Fourmi fauve
fniimiis forment le genre type de la famille des HétéroL-ynes. En gL^néral, chaque espèce de cette famille est représentée par trois sortes d'individus, les mâles, les femelles et les neutres ou femelles stériles, nommées aussi ouvrières , mulets. Le grand genre Founii! de Linné, tribu des Formicaires do Latrcille , comprend des liyniénoptères vivant en sociétés souvent fort Dorabreuses, et formées de femelles et de mâles ai- . , , ,. lés, et de neutres
Fis. 1ÏS3. - Fourmi fauve, fcmcle; .' , ,, ..
lougueur: oi-soio pnves d ailes
(chez tous les autres hyménoptères qui vivent en société, les neutres sont ailés). Leur corps, s,n]e et allongé, se compose d'une tète r.sspz grosse, triangulaire ou ovoïde, d'un thorax assez volumineux et d'un abdomen ovalaire se joignant au thorax par un nœud double ou simple, que forme le premier ou les deux premiers anneaux abdominaux. Les pattes sont grêles et terminées par deux cnichetssans pelotes. La bouche est armée de mandibules cornées, protégées par un labre carré, très-fortes et tiès-saillantes dans les neutres et dans les femelles, de forme ordinairement triangulaire et dentées sur leur bord libre ; les mâchoires et la languette sont petites, avec des palpes maxillaires et labiales, filiformes ou sétacées. La tète porte de chaque côté un œil composé, arrondi, plus gros chez les mâles qui possèdent en outre, ainsi que les femelles, trois petits yeux lisses; ces yeux lisses manquent souvent chez les neutres. Les antennes, plus courtes que le corps, sont coudées et légèrement épaissies vers leur extrémité libre. Les ailes des mâles et des femelles sont grandes et tombent facilement: on n'en trouve aucune trace chez les neutres. Bien que rangées dans la section des Porle-aiguillon, les fourmis n'ont pas toujours celte arme défensive naturelle ; dans beaucoup d'espèces, l'aiguillon manque, et l'insecte, pour se défendre, lance par l'anus une liqueur acide, sécrétée par des glandes spéciales, et que les chimistes ont décrite comme un acide particulier sous le ncm d'acide fonnique; c'est lui qui exhale l'odeur connue de tout le monde que répandent les fourmis et qu'elles laissent souvent pour trace de leur passage.
L'existence ou l'absence de l'aiguillon combinée avec la présence d'un nœud simple ou double à l'union de l'abdomen avec le thorax, fournit à Latreille les moyens de partager ses Fommaires en trois groupes faciles â distinguer, et qui ont été conservés: 1° Fourmis ou Formicaires dépourvues d'aiguillon, le premier anneau de l'abdomen ne formant f/u'un seul nœud ; genres Fourmi, Latr. ; Poh/ergue, Latr. 2° Formicaires pourvues d'un aiguillon chez les femelles et les neutres, premier anneau de Vatidomen formant un seul nœud ; gejires Ponére, Latr. ; Odontomai/ue, Latr. 'i° Forniiciiires pourvues d'un aiguillon cite: les femelles et les neutres, premier anneau de l'abdomen formant deux nœuds; genres Mi/rmicé, Latr. ; Eciton, Latr. ; OEcodome, Latr. ; Atte, Fabric. ; Cryptocère, Latr.
Genre Fourmi. — L'espèce do fourmi la plus commune dans notre pays est le type du genre Fourmi de Latrcille {Formica), caractérisé par tes mandibules triaugulairos, très-dentées ; c'est la F, noire {F. nigra. Lin.), qui établit son habitation sur le bord des chemins , dans les champs, les jardins, et creuse à fleur do terre de petites galeries aboutissant i son habitation. Lo neutre, que l'on voit le plus communément, a 0"',00a de longncur; il est brun-noirâtre, avec les mandibules et le premier article des antennes jilus clair, les tarses d'un rouge pâle. La F. écliancree F. emarymata, 0\iv.\ est aussi très-commune en France, et habile les fentes des murs, le pied des arbres; elle pénètre dans les m;iisonpour s'attaquer aux friandises que l'on y conserve. Kilo ressemble beaucoup â la pi'écédeute, mais sa couleur est
le brun marron, <t le corselet est rougeàtre. On trouve communément sur les arbres aux environs de Paris, la F. fuligineuse ou enfumée {F. fuliginosa, Lati'.), de la (aille des précédentes, avec le corps d'un noir luisait, très-foncé, la tète grosse, en forme de cœur.
Plusieurs espèces habitent les bois, oii l'on rencontre communément la F. fauve [F. riifn , Lin.). Elle y construit avec de petits morceaux de bois, de paille, de feuilles et un peu de terre et de sable, de vastes fourmilières qui s'élèvent on pain de sucre ou en dôme jusqu'à 0",8t) et 0'°,90 au dessus du sol environnant. Les individus neutres ont 0",00" à U'",()08 de longueur; ils sont noirâtres avec une grande partie de la tête, le thorax et le nœud de l'abdomen de couleur fauve. Les femelles et les mâles ont environ l)'°,01, et portent des ailes d'une couleur ronssâtre. Cette espèce est remarquable pour l'abondance de sa liqueur acide ; les neutres et les femelles la lancent avec force dès qu'on les irrite; leurs fourmilières, lorsqu'on y touche, exhalent aussitôt une forte odeur d'acide forniique. Les chimistes ont longtemps extrait cet acide de la fourmi fauve. D.ans les mêmes lieux que la précédente espèce vit la F. sanguine {F. sanguinea, Latr.), qui lui ressemble beaucoup pour la taille, mais s'en distingue par la coloration ; la tête et les antennes sont d'un rouge sanguin, le thorax et les pattes fauves, l'abdomen d'un noir cendré. On Ironve encore dans les bois deux autres espèces, la F. mineuse (F. cunicularia, Latr.), longue d'environ 0'»,006, laièle noire avec des antennes rougeàtres, le thorax d'un fauve pâle, l'abdomen noir cendré, les pattes fauves ; la F. noircendré {F. fusca. Lin.), longue de 0'",00S ou un peu plus, d'un noir cendré, les pattes et la base des antennes rougeàtres. Cette dernière espèce est très-commui e. Genres voisins de celui des Fourmis. — Notre pays possède encore comme espèces communes, rangées dans les genres voisins, la F. resserrée {Poneru contracta, Latr.), très-petite et qui vit sous les pierres; laF. rouga (Mgrmica rufn, Latr.l, qui fait d'assez fortes piqûres; la F. roussàtre{Poli/ergus rufescens.hvilT.) on F. amazone de Huber, d'un roux pale, longue de O'",009 environ ; la F. maçonne [Atta structor, Lalr.), assez répandue en France", où elle construit des nids dans la terre sablonneuse et forme, avec la terre qu'elle retire de son habitation, une sorte de couvercle qui en protège l'entrée.
Les Fourmilières. — Toutes les espèces de fourmis vivent en sociétés qui se construisent des nids souvent considérables, bien connus sous le nom de fourmilières. La place choisie pour l'établi- sèment de ces demeures populeuses diffère selon les espèces, et selon remplacement aussi le mode de construction varie. Pierre Huber, le fils de cet aveugle opiniâtre, qui fut l'historien des abeilles, nous a décrit l'architecture des fourmis, et les distingue des F. cliarpentières dont les fourmilières sont construites avec de petits morceaux de bois, les feuilles linéaires et rigides des sapins, des brins de chaume, etc.; des F. maçonnes ou mineuses, dont les nids, en forme de monticules, ne sont composés que de terre, sans autres matériaux; des F. menuisiércs ou sculpteuses, qui se creusent dans l'intérieur du tronc d'un ai bre une demeure composée d'une multitude de chambres formant plusieurs étages. Les belles observations de Huber, conlirmées depuis par Latreille, ont été résumées par ce naturaliste qui, lui-même, est un maître comme historien des fourmis. Je ne puis mieux faire que de lui emprunter ce résumé sur l'architecture de ces curieux insectes.
« Une espèce des plus multipliées d;ms toute l'Kuropc, et dont on doime les larves et les nymphe-, sous le nom ù'œufs de /burmis, en nourriture aux perdreaux et aux jeunes faisans, est la F. fauve (F. rufu. Lin.) L'habitation dos fourmis de cette espèce est composée de brins de chaume, de fragments ligneux, do cailloux et do coquillages d'un petit volume ; en un mot, de tous les objets d'un transport facile qu'elles rencontrent; et, comme elles ramassent souvent, dans le même dessein, des grains de blé, d'orge et d'avoine, on a cru qu'elles faisaient des provisions pour l'hiver et les temps de disette Cette habitation se présente sons la forme d'uu
monticule ou d'un dôme arrondi, dont la base est souvent couverte de terre et de peiits cailloux, et au-dessus do la(|uelle les matériaux ligneux s'élèvent eu pain de sucre. Tout parait d'abord disposé sans ordre; mais un œil attoniif découvre bientôt <iuo tout est arrangé- de manière à éloigner les eaux de la fourmilière, à la défendre des injures de l'air, des attaques de ses ennemis, à Ini méiiiiger la chaleur du soleil, et à conserver celle de son intérieur. La portion la plus considéiabic du nid G3
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est cacIiOe et s'étend plus ou moins profondément dans la terre. Des avenues en forme d'entonnoirs assez iiTÙguliers conduisent du sommet de l'édifice dans son intérieur; leur nombre est proportionna' à la population, et leur ouverture est plus ou moins largo. On en trouve quelquefois une principale à la partie supérieure. Souvent aussi il y en a plusieurs à peu piès égales, et autour desquelles sont placés circulaircment, depuis la base du monticule jusqu'à son extrémité, beaucoup de passages plus étroits. Bien dilTéientes de quelques autres espèces du môme genre, qui se tiennent volontiers dans leur nid et à l'abri du soleil, les fourmis fauves semblent préférer de vivre en plein air, et ne pas redouter, dans leurs travaux, notre présence. Les habitations en dôme de plusieurs autres fourmis sont fermées avec de la terre de tous côtés, et n'ont qu'une issue assez petite près de leur base, à laquelle môme on ne parvient souvent que par une galerie tortueuse qui serpente dans le gazon. On serait tenté de croire que les fourmis fauves ont moins de prévoyance, puisque leur demeure est percée d'un grand nombre de portes, où les eaux pluviales et les ennemis de ces insectes trouvent un accès facile. Mais elles ont soin, vers le déclin du jour ou aux approches du mauvais temps, de fermer les passages et de se barricader; elles apportent d'abord de petites poutres près des galeries, dont elles veulent diminuer l'entrée, et les enfoncent môme quelquefois dans le massif du chaume; elles vont ensuite en chercher d'autres, mais plus faibles, qu'elles pUicent sur les précédentes, dans un sens contraire; enfin elles emploient des morceaux de feuilles sèches ou d'autres matériaux d'une forme élargie pour recouvrir le tout. Les dernières portes étant fermées, quelques individus sont placés deriière, pour la garde et pour veiller à la sûreté des autres. Au retour du soleil sur l'horizon, les barricades sont défaites et les passages ordinaires sont rétablis. Ces travaux se renouvellent chaque jour, soir et matin, pendant la belle saison ; si cependant le temps est pluvieux, les portes l'estcnt fermées.
« Ces fourmis commencent leur habitation par creuser dans la terre une cavité plus ou moins spacieuse. Les unes vont ensuite chercher aux environs lesmatéiiaux propres à la construction de la charpente extérieure, et les disposent dans un ordre peu régulier, mais de façon à couvrir néanmoins l'entrée de la demeure. D'autres ouvrières apportent les parcelles de terre qu'elles ont détachées en creusant l'excavation, les mêlent avec les matériaux déjà mis en œuvre, afin de remplir les vides et de fortifier l'édifice. A en juger d'après ses dehors, on croirait qu'il est massif; mais il n'en est pas ainsi. Son intérieur est divisé en plusieurs étages et offre des galeries, des salles spacieuses, qui, quoique basses et d'une construction grossière, sont commodes pour leur usage; les larves elles nymphes (jeunes fourmis dans leurs premiers âges) y sont transportées à certaines heures du jour. La salle la plus grande est presque au centre de l'édifice. Klle est beaucoup plus élevée que les antres, et traversée seulement par des poutres soutenant le plafond. Toutes les galeries y aboutissent, et c'est là que se tiennent la plupart des fourmis. La terre étant délayée par li'S eaux pluviales, et durcie ensuite par le soleil, forme une sorte de moHicr qui donne de la solidité à l'édifice. L'eau môme, après de longues pluies, n'y pénètre guère, lorsqu'il est habité et qu'il n'a point été dérangé au delà d'un quart de | once (U^jOUT) à partir de sa surface. On no peut en obseï ver la portion souterraine que lorsqu'il est situé contre une pente. Si on enlève le monticule de chaume, on verra la coupe intérinuredu bâtiment; des loges pratiquées horizontalement dans la terre composent ce» souterrains. »
Latroille, donne ensuite des descriptions de Ilubcr, le résumé suivant sur les travaux de construction des fourmis innçonnes : « Le monticule élevé par la /'', noir-cendrée (/''. fusM , Lin.) oflro toujours des murs épais, composé» do terre grossière et raboteuse, et à l'intéricur do.* étages très-prononcés, ainsi que do larges voiites ponlenuo» par de» piliers solide», et dont la forre est proportionnelle à la largeur do ces vofites. On y voit parloui do grands vides et do gros massifs do terre. On n'y trouve point do chemins ni de p;:ileries proprement dites, mais des passages en forme d'u'ii do bieuf. La /•'■ brunn ou /''. rwin; {l'\ nigra. Lin.) est beaucoup plus industiieu'e; son nid est construit par étages de i à .) lignes (()",() lO à ()",0r.;) do liant, dont les cloisons n'ont pas plus d'iino demi-ligno {()'',i)0\) d'épaisseur, ot dont la matière est d'un grain si fin, que les parois intérieure» des nuira paraissent fort unies. Ce» étages suivent la
pente du terrain et ne sont pas toujours arrangés avec la môme régularité, ni sur un plan bien fixe ; mais le supérieur recouvre toujours les autres, et cette disposition concentrique est continuée jusqu'aux logements souterrains La fouriuilière que cette espèce place souvent
dans les herbes, tur le bord des sentiers, a une forme arrondie ; redoutant les ardeurs du soleil, ces fourmis s'y renferment pendant le jour, ou n'en sortent, quoique le nid ait souvent à sa surface deux ou trois petites ouvertures, que par des galeries souterraines dont l'issue est à quelques pieds de distance, u Cette demeure populeuse offre souvent une quarantaine d'étages, dont la moitié environ au-dessous du niveau du sol; chaque étage se compose de loges oii peuvent se tenir les fourmis adultes, de logettes plus étroites où elles placent, à divers étages, suivant la température des diverses heures du jour, leurs larves et leurs nymphes, l'espoir de l'industrieuse cité, enfin de galeries s'entrc-croisaut par des sortes de carrefours, et qui font communiquer loges et logettes les unes avec les autres. Rien de plus intéressant que le travail de la construction de cette fourmilière; LaticiUe le décrit ainsi d'après Huber : « N'ayant pour pouvoir lier les molécules terreuses employées exclusivement à la construction de leurs ouvrages d'autres ressources que l'eau, elles ne se livrent au travail que dans les instants du jour où la chute d'une pluie douce les y invite. Elles profitent surtout de celles du printemps, et la nuit môme alors ne suspend pas leur activité. Des étages entiers sont entièrement construits du soir au matin. M. Huber est parvenu parfois à les faire travailler au moyen d'une pluie artificielle. Les fourmis ratissent avec leurs mandibules la terre du fond de leur domicile, en détachent des molécules, les réunissent en une petite pelote, l'emportent avec leurs dents et l'appliquent à l'endroit où elle doit rester. Elles la divisent et la pous- ' sent avec ces organes, de manière à remplir les petites irrégularités des murs ou des piliers qu'elles coirimenccnt par construire; elles palpent à chaque instant avec leurs aniennes les brins de terre, et, après leur avoir donné la disposition convenable, elles les affermissent en se servant de leurs p.attes antérieures. Ce travail va très vite. Les fondements des piliers et des cloisons étant jetés, elles leur donnent plus de relief par la superposition de nouveaux matériaux. Souvent, lorsque deux petits murs, destinés à former une galerie, élevés vis-à-vis l'un de l'autre et à peu de di.stance sont à la hauteur de 4 à 5 lignes (t/'",010 à 0'",012), elles s'occupent de la construction du plafond on travaillant maintenant dans un sens horizontal j elles attachent contre l'arôte intérieure et supérieure du mur des brins déterre mouillée, lui forment ainsi un rebord qui, s'étendaut peu à pou, vient à rencontrer celui du mur opposé. La largeur de la galerie est le plus souvent d'un quart do pouce («'"lOO? ) et les cloisons ont environ une demi-ligne ((i'",OI)l) d'épaisseur. Le plafond est cintré. Les sonuuilés des pilieis, les angles produits parles rencontres des uiurs.les bords supérieurs, sont toujours les points d'appui et les fondements des voûtes et des plafonds, ou des loges, des salles et des places qui partagent l'intérieur des étages. On no peut s'eni|)ècher d'admirer leur activité à porter le mortier, l'ordre qu'elles observent dans leurs opérations et l'accord qui règne cjitre elles. La pluie augmente la cohésion entre les parties et fait di.sparaitrc les inégalités de la maçonnerie. Trop violente quelquefois, elle pont détruire des cases dont la voûte n'est pas encore finie'; mais les fourmis ne tardent pas à les relever. Souvent un étage complet est achevé dans l'espace de sept ou huit heures. M. Huber a cependant vu ces insectes détruire les casos qui n'étaient pas encore recouvertes, et en répaitir les matériaux sur le dernier étage de l'habitation, à la suite d'un vent violent du nord, qui, on desséchant trop promptcment la ni.açonnerie, diminuait l'adhérence do ses parties et dès lors sa solidité. Ces fourmis savent donc à la fois miner et bâtir, et leurs tr.avaux se font de conei'it, l.Hit ilaii. les excavations inférieures que dans la paru.' ii|'i ut mr dc! l'édifice ([ui s'élève au-dcssusdu sol. I.llr, , t,i] h iii.iiit aus.si avec do la terro, et à la manifueclra iciiiK.s,i/('r/yi(7<'.v, Latr.) îles galeries couvertes qu'elles conduJKrnt <le]iuis leur nid ju.squ'au pied des arbres, mômejus(|u'à l'iuigiiie des branches, afin d'étro plu» en sùreié dans les excursions qu'elles font pour chercher leur nourriture. »
Huber a décrit aussi les travaux plus grossiers de nos (ourmis noir-condrées, ot voici les réfioxions curieuses que lui suggèrent sos observations : « Jo me suis assuré, dit-il, quo chaque fourmi agit iudépendamiueut dc ses
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compagnes. La premiùro qui conçoit un plan d'une exécution facile en trace aussitôt l'esquisse ; les antres n'ont plus qu'à continuer ce qu'elle a commencé : celles-ci jugent par l'inspection des premiers travaux de ceux qu'elles doivent entreprendre; elles savent toutes ébaucher, continuer, polir ou retranclier leur ouvrage, selon l'occiision; l'eau fournit le ciment dont elles ont besoin; le soleil et l'air durcissent la matière de leurs édifices ; elles n'ont d'autres ciseaux que leurs dents , d'autre compas que leurs antennes, a'autre truelle que leurs pattes de devant, dont elles se servent d'une manière admirable pour appuyer et consolider leur terre mouillée.»
D'autres espèces de fourmis, habitant sur les arbres, développent d'autres aptitudes encore, ce sont les menuisières ou scnipleuses de Huber. ■• Qu'on se représente, dit-il en décrivant la demeure de la F. fuligitteuse {F.fu- /ii/!)i(X>a,Latr.), l'intérieur d'un arbre entièrement sculpté, des étages sans nombre, plus ou moins horizontaux, dont les planchers et les plafonds, à 5 ou G lignes (0",0I2 ou O^.OIâ) de distance les uns des autres, sont aussi minces qu'une carte à jouer, supportés tantôt par des cloisons verticales, que forment une infinité de cases, tantôt par une multitude de petites colonnes assez légères, qui laissent voir entre elles la profondeur d'un étage presque entier, le tout d'un bois noirâtre et enfumé, et l'on aura une idée assez juste des cités de ces fourmis. La plupart des cloisons verticales qui divisent chaque étage en compartiments sont parallèles; elles suivent le sens des couclies ligneuses, toujours concentriques, ce qui donne un air de régularité à l'ouvrage : les planchers, pris dans leur ensemble, sont horizontaux ; les petites colonnes sont de 1 à 2 lignes (O^.OOS à O'",00o) d'épaisseur, plus ou moins arrondies, d'une hauteur égale à l'élévation de l'étage qu'elles supportent, plus larges en haut et en bas que dans le milieu, un peu aplaties à leurs extrémités, et rangées en ligne parce qu'elles ont été taillées dans des cloisons parallèles. Quels nombreux appartements, quelle multitude de logements, de coi ri dors, ces insectes ne se procurent-ils pas par leur seule industrie? Et quel travail une si grande entrp prise n'a-t-elle pas dû leur coûter? » La fourmi ful/^ineuse habite en i^ociétés nombreuses de bien des nillieis d'individus les troncs des saules et des chêne.' . Les vieux cliâtaigniers donnent asile, surtout dans ,e midi de la France, à la F. éthiopienne (F. œthiops Latr.) et à la F. Iiercule ou rongebois (F. Iieiculai.' g. Lin.), deux espèces bien moins industrieuses que ' j fuligineuse. On trouve encore sur les arbres des e.-pè'' js qui, au lieu de sculpter, giichent avec un peu de terre, des toiles d'araignées et des p:ircelles de la vermoulure des arbres, une sorte de matière analogue au papier mâché, et en font leur nid. Telles sont les habitudes de la F. rouge [Mi/rmica ru fa. Lin.) et de la F. jaune [F. lutea, Latr.). Cette dernière espèce est très-commune dans les Alpes ; son nid a dans les luontagnes une forme allongée, réguliète, calculée pour résister aux accidents du temps; il est constamment dirigé de l'est à l'ouest; le sommet et la pente la plus rapide regardent le levant d'hiver, et de l'autre côté le nid s'abaisse doucementen talus. Les montagnards des Alpes ont une telle confiance dans la constance de la direction du nid de cette espèce, que dans la nuit ou au milieu des brumes épaisses, ils se servent des nids de celte espèce comme de boussoles pour s'orienter. Huber a constaté que cotte confiance n'a rien d'exagéré ; mais ce qu'il a vu de plus curieux encore, c'est que la même espèce, dans les plaines, ne donne plus à son nid cette forme particulière, sans doute parce qu'elle n'a plus les mêmes dangers à prévoir.
Il parait que l'o^ervation des espèces de fourmis des pays exotiques ajouterait bien des faits nouveaux à ceux que l'observiition des fourmilières de nos pays a fait connaître. (1 M. le professeur K, Ulanchard cite plusieurs nids curieux que possède le Muséum d'histoire naturelle do Paris, sans indications précises sur les espèces do fourmis qui les ont construits. L'un, rappirté des Indes orientales, a près de I pied (0"',33) do diamètre; il est cntièrrnient formé d'une terre jaune assez semblable ù de la terre glaise. C'est un immense labyrinthe dont le chemin est garni, dans toute sa longueur, d'un mur assez élevé pour protéger les travailleurs. Cette habitation n'offre qu'une seule ouvei ture ù sou sommet par lai|uello les fourmis redescendaient. Un av.tre, rapporté d'Amérique, ne présente à la vue qu'une masse inmiense de petites branches do bois enchevêtrées les unes dans les autres; la forme de cette demeure n'est pas moins singulière; elle est ronde comme un fiomage de Hollande.
La F. émeraude {F. smaragdula) du Sénégal construit son nid dans les arbres avec des feuilles assemblées couvenablement; la /•'. fongueuse [F. fungosa, Fabr., ou F. liis/iinosa, Latr.) de la Guyane forme, avec le duvet tiré des capsules du fromager, une matière feutrée ayant l'aspect de l'amadou, et dont son nid est entièrement composé. On emploie à Cayenne cette espèce d'amadou pour étancher le sang dans les hémorragies. Une fourmi du Brésil {F. merdicu/(i), observée par M. Lund, récolte des parcelles de la iïente des chevaux et des mules et en construit son nid, qu'elle fixe sur des tiges d'arbustes.
L'éducation dfs jeunes. — Dans ces demeures compliquées et spacieuses dont la disposition vient d'être indiquée, loge une population dont l'abondance est devenue proverbiale. On y rencontre plusieurs femelles mères qui, plus toléiantes que la reine des abeilles, vivent sans ilébats dans la même cité; des miles be.aucoup plus nombreux, et enfin des myriades d'ouvrières ou individus neutres. Les occupations de ce peuple industrieux consistent, outre les constructions qu'exige la fourmilière, dans l'éducation des œufs et des larves et dans la recherche de la nourriture. Dans le milieu de l'été a lieu la ponte qui se fait avec une sorte de solennité. La femelle qui doit pondre commence par faire tomber ses ailes au moyen de ses pattes postérieures ou les neutres les lui arrachent. On l'installe dans la partie de l'habitation la plus convenable, et une sentinelle soigneuseluent relevée de temps en temps veille sur elle pendant que dans sou ventre, qui gonfle peu à peu, se développent les œufs qu'attend son laborieux entourage. Le moment venu, un cortège de douze ou quinze ouvrières se forme autour d'elle, et l'accoiupagne en la comblant de c.iresscset de prévenances; on la conduit, on la porte, au besoin, dans les divers quartiers de la fourmilière, et les œufs, à mesure que la ponte a lieu, sont relevés par les neutres et rangés en petits tas dans des loges choisies. Ces œufs sont cylindriques et d'un blanc opaque; ils grossissent peu à peu et deviennent de plus en plus transparents, jusqu'à ce qu'on distingue dans leur masse limpide les anneaux de la larve qui s'y est formée. C'est quinze jours aptes la ponte que l'œuf éclôt et donne le jour à une larve d'une parfaite transparence. C'est un petit ver blanc, de forme conique, dépourvu de pattes et composé d'une petite tête écailleuse suivie de douze anneaux. La bouche est armée seulement de deux petits crochets écartés, qui sont des rudiments de mandibules; au-dessous se voient deux paires de petites pointes, et au milieu de ia seconde un luamelon cylindrique et rétractile, avec lequel la larve reçoit la" becquée que lui donnent les neutres chaque jour. Ce jeune nourrisson a déji'i coûté bien des soins aux ouvrières; tout le temps de l'incubation de l'œuf, elles s'en sont occupées sans relâche, le tournant et retournant pour le nettoyer et l'humecter sans cesse avec leur langue, le transportant, selon les besoins, dans telle ou telle partie de l'habitation. Ces soins minutieux simt indispensables au succès de l'éclosion, et des milliers d œufs les reçoivent en même temps. Les larves n'exigent pas moins de dévouement; il faut aposter près d'elles une garde pour les défendre; il faut aller à la qnête des liquides sucrés qui fout leur meilleure nourriture. « Mais, dit M. le professeur E. Blanchard, à peine le soleil commence-t-il à jeter ses rayons, que les fourrais placées en dehors de la fourmilière vont au plus vite en avertir c'Ilcs <|iii sont restées dans l'intérieur; elles les touchent avec leurs antennes, elles les entraînent avec leurs mandibules, pour leur faire comprendre de quoi il s'agit. La scène la plus singulière et la plus animée va se passer alors. En peu d'instants toutes les issues sont encombrées par les fourmis qui se pressent vers le dehors. Les larves sont emportées en même temps par les ouvrières, pour être placées au sommet de la fourmilière et ressentir les elïets de la ch.v leur du soleil. Les larves des feirielles, plus grosses que celles des mâles et des neutres, sont trans|iortées avec plus de dilllcuité à travers les passages étroits de l'habitation ; mais on redouble d'elïorts, et on p;u-vient toujours à les déposer près de celles des autres individus. Pendant quelques instants, on voit ordinairement les fourmis elles-mêmes se tenir réunies en groupes nombreux à la surface de la Ibiirmilière, et se complaire aussi sous l'innuem-e iln -mI.mI. C.rp.nikint elles ne laissent pas longlemp-. lr,l..ri- . ,1" r-.'i mie rlKdeurdirecte aussi forte ; rll. ^ li, ni ,i . m hi. mut |iour les mettre dans des loges peu prikMnli ., ^ u • j ,•^ peuvent encoro ressentir une chaleur pleinement sullisaiite. » Outre ces soins luboiicux, les ouvrières s'occupent sans cesse ^
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nettoyer les larves, i les aidei' lors de chaque mue à se débarrasser de leiu" peau vieillie. Au ternie de leur accroissement, les lar\es des formicaires dépourvus d'aiguillon se filent une coque de soie, de couleur gris-jaunâtre, sous laquelle elles passentà l'état de nymphe, mais d'où elles- ne sortent qu'avec le secours des ouvrières. « Ce qu'il y a de remarquable, ajoute le même observateur que je viens de citer, c'est qu'elles savent toujours conuaitre le moment oii l'insecte va éclore, car elles ne se trompent jamais. Ce n'est pas sans difficulté que ces laborieuses ouvrières viennent déchirer la coque des pauvres prisonnières. Plusieurs individus se mettent à la fois après la même; ils commencent par arracher, et c'est toujours à la partie supérieure, quelques fragments de soie pour amincir l'étoife; ils parviennent à la percer à force de la pincer, de la tordre en divers sens, et à l'entamer complètement en passant leurs mandibules au travers. Mais il leur faut encore agrandir l'ouverture pour que l'insecte nouveau puisse sortir. C'est quand cette opération est aclievée qu'ils commencent à eu tirer la prisonnière, en prenant les plus grandes précautions pour ne lui faire aucun mal. Le malheureux insecte n'est cependant pas h ce moment libre de prendre son essor; son état exige encore des soins de la part des ouvrières; il est encore revêtu de l'enveloppe de la nymphe. Ce sont celles-ci qui doivent l'en débarrasser. Peu i peu le nouveau-né, ayant ses antennes et ses pattes dégagées, commence à marcher; les ouvrières lui apportent aussitôt de la nourriture dont il paraît avoir un pressant besoin. Pendant plusieurs jours encore, les habitants de la fourmilière donnent une attention particulière aux individus qui viennent de naître ; ils leur apportent la subsistance quotidienne; ils les accompagnent en tous lieux, comme pour leur faire connaître toutes les issues do l'habitation. Les laborieuses ouvrières s'acquittent également du soin difficile d'étendre les ailes des individus mâles et femelles qui viennent d'éclore, et elles s'en acquittent toujours avec une assez grande adresse pour ne pas rompre ces membranes fragiles. Enfin,-elles ne cessent de diriger tousieurs mouvements jusqu'àl'instant où ceux-ci vont quitter la fourmilière, u
Uuber et Latreille ont observé l'un et l'autre que la sortie des individus ailés (les mâles et les femelles) n'a lieu que lorsque la température extérieure s'élève à environ 20° cent., et que chez la plupart de nos fourmis indigènes la dernière translbruiation des jeunes n'a lieu qu'au milieu de l'été, et même en automne. Dès que le temps est favorable, mâles et femelles nouvelli'ment éclos abandonnent la fourmilière, lluber a décrit plus d'une de ces scènes curieuses ; voici comment il raconte le départ desindividus !i.i\éi dolti Fourmi (les gazons {Mtjnnica cespiium, Latr.) : « Quels objets brillent à l'.os yeux sur cet autre monticule qui s'élève dans l'herbe? Ce sont encore des mâles de fourmis qui sortent par centaines de leurs souterrains, et promènent leurs ailes argentées et transparentes & la surface du nid; les femelles, en plus petit nombre, traînent au milieu d'eux leur large ventre bronzé, et déploient aussi leurs ailes dont l'éclat changeant ajoute encore ft l'aspect agréable qu'offre leur réunion. Un nombreux cortège d'ouvrières les acconipngne sur toutes les plantes qu'elles parcourent : déjà le désordre et l'agitation règijent sur la fourmilière; l'elTervesccncc augmente & chaque instant; les insectes ailés montent avec vivacité le long des brins d'herbe, et les ouvrières les y suivent, courant d'un mâle â un antre, les louchent de leurs antcimes et leur oITrent de la nourriture : les mâles quittent enfin le toit paternel; ils s'élèvent dans les airs comme par ujio impulsion générale, et les femelles partent après eux. La tronpe ailée a disparu, et les ouvrières retomnent encore quelques instants sur les traces de ces êtres fîivorisés, qu'elles ont goÎKiiés avec tant de persévérance et qu'elles ne reverront jamais. » La pinpnildes fenullescl des mâles d'une génération abaiidoiment, en ell'et, la fourmilière natale pour jeter les fondemeni» de cités nouvelles, et parfois assez loin de leur lieu natal. Après relie joyeuse excursion des mâles cl des femelle» à travers les airs calmes cl attiédi» par le soleil, les femelles destinées à devenir bienlôl mère» savent se construire une demeure provisoire; en attendant que des ouvrières sorties de leurs flancs prciment le poids de ce» travaux, elles le» remplissent sans embarras jusqu'au jour où de» neutres élevés par leurs soins les déchargent de ce labeur irni^ité.
Du reste, tous ces individu» ailés, mâles ou femelles, ne survivent pa» â l'automne, et il ne reste l'hiver dan» la roiirniilièi'c que des neutres plus ou moins engourdi».
La vie des neutres paraît se prolonger deux ou trois ans.
Certaines espèces de fourmis exécutent ce que Hubor nomme des mirjrations ; c'est-à-dire qu'elles abandonnent une fourmilière trop ombragée, trop humide, trop voisine d'une fourmilière ennemie ou dérangée par quelque accident, pour fonder une nouvelle ville. Ces migrations, si l'on en juge par la manière dont elles se pratiquent, ne résultent pas d'une résolution généralede la nation; il semble plutôt qu'une ou quelques ouvrières en conçoivent le dessein et le fassent accepter de leurs nombreuses compagnes. On voit en elTet quelques fourmis s'approcher des autres et après quelques caresses se saisir d'elles plus ou moins brusquement et les emporter au nouveau lieu d'habitation qu'elles ont choisi. Dès que les porteuses que Huber nomme rprruteuses^ ont déposé leurs recrues dans la nouvelle fourmilière, celles-ci reprennent lu chemin de l'ancienne, non pour s'y établir de nouveau, mais pour recruter à leur tour de nouveaux émigrants d'une façon tout aussi cavalière. En peu de temps est organisé un ti-ansport général des habitants du vieux nid vers lo nouveau. On peut alors observer sur le chemin qui unit les deux habitations un va-et-vient continuel ; mais toutes les fourmis qui se dirigent vers la nouvelle fourmilière portent une compagne; toutes celles qui marchent vers l'ancienne sont libres de tout fardeau.
L'aUmeniatiiM des fourmis, leurs troupeaux. — Les fourmis ne se préparent point, comme les abeilles, les guêpes, les bourdons, une nourriture spéciale; chacun s.ait qu'elles butinent partout, sur les viandes fraîches ou avancées, sur les fruits, sur les sucreries principalement. Elles s'attaquent à plusieurs espèces de larves et d'insectes, mais surtout aux chenilles; elles décharnent rapidement les cadavres des petits vertébrés, à tel point qu'on les emploie souvent pour préparer des squelettes de petits oiseaux, de petits mammifères, de petits reptiles. Ce sont surtout les fourmis fauves de nos bois qui nous rendent cet office. On croit en général que les fourmilières renferment de vastes greniers ou la prévoyante fourmi entasse d'abondantes provisions pour l'hiver; c'est là, sinon une erreur, au moins une grande exagération. Les fourmis de nos pays s'engourdissent l'hiver dans leurs fourmilières bien closes et n'ont besoin d'aucunes provisions pour cette saison ; c'est donc seulement pour les temps rigoureux où elles ne peuvent sortir, qu'elles réunissent dans quelques coins de leur demeure de menus débris dont elles puissent subsister.
Toutefois si l'observation précise a dépouillé les fourmis d'une de leurs vertus proverbiales, c'est pour nous révéler des faits bien plus curieux que ceux d'une épargne prévoyante. « On n'eût jamais deviné, dit Huber, que les fourmis fussent des peuples pasteurs ! » et en clfet qui voudra croire sans le vérifier par soi-même que certaines fourmis savent se créer un bétail qu'elles veut traire pour alimenter leurs larvesetpourso régaler ellesmêmes d'un mets exquis?.... cependant c'est un des faits les mieux établis de leur histoire. Beaucoup d'espèces de fourmis sont très-friandes d'une liqueur sucrée que les pilcerons font sortir par les deux cornes de l'extrémité postérieure de leur corps. Aussi sont-elles fréquemment occupées à rechercher ces animaux que Linné nommait les imr/ies îles fourmis. Bien loin d'obtenir violemment la liqueur désirée, elles en font doucement la traite; Huber les a vues caresser doucement de leurs antennes l'extn'imité postérieure du corps des pucerons et aussitôt le liquide sucré s'écoule; la fourmi trayeuse saisit avec ses antennes la goutte de miel qui se forme au bout de chaque corne et la porte à sa bouche. Mais non contentes du nombre de puceronslibros qu'elles peuvent rencontrer dans leurs excursions, plusieurs espèces élèvent et établissent pour leur usage de vraies étables à pucerons, soit dans le voisinage do leur fourmilière, soit dans la fourmilière même.
Les F. jaunes (F. lutea] no sortent presque jamais de leur demeure et lluber ne pouvait s'expliquer comment elles y subsistent. « Ayant un jour retourné la terre dont l habitation de ces fourmi» était composée, il trouva des pucerons dansleur nid. Lesnicinesdes graminées qui ombrageaient la fourmilière, en i)ll'raient aussi do dilférentes espèces et rass(>mblés en l'iuniiles xssez nombreuses. Les fourmis semblaient épier auprès d'eux lo moment do leur évacuation miellée, ou la déterniinaio»rt même piir les moyens indiqués ci devant. H imporfliit de savoir si celle cohabitation était générale. M. Huber KO hâta de fouiller dans un grand nombre do nids de fourmis jaunos, cl il y trouva toujours des pucerons, surtout après dus pluies chaudes. 11 ne tarda pus ti, être
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tiînioin de l'affection intéressée qu'elles ont pour eux et qui va jusqu'à la jalousie. Elles les prenaient souvent à la bouche et les emportaient au fond du nid; d autres fois elles les réunissaient au milieu d elles, ou les suivaient avec sollicitude. L'établissement d'une de ces peuplades de fourmis, avec leurs pucerons, dans une boite Titrée, lui donnala facilité de constater encore ces observations, et de se convaincre qu'elles les gardent avec la même vigilance, et les traitent avec les mêmes soins que s'ils étaient de leur propre famille. Le corps de ces pucerons étant três-mou, que de précautions délicates ne doivent-elles pas prendre, lorsqu'elles veulent les détacher du végétal auquel ils sont fixés avec leur trompe, afin de pouvoir les transporter dans leur demeure! C est ^ toujours en les caressant avec leurs antennes, qu elles les engagent à retirer l'instrument qui leur sert à pomper les sucs de la plante. Souvent d'autres fourtiiis voisines tâchent de les leur dérober; mais les propriétaires connaissent tout le prix de ces petits animaux, et détendent avec chaleur leur possession.... Quatre ou cinq espèces possèdent des pucerons, mais en plus petit nombre et moins constamment que les fourmis jaunes. Plus actives et vagabondes, elles peuvent grimper sur les végétaux chargés de pucerons, et se pourvoir sans les déplacer. Il en est même qui se construisent avec de a terre un tuyau qui les conduit de leur domicile à la branche où sont leurs nourriciers, et peuvent sans crainte ramener les pucerons au logis. La fourmi rouge {Myr- 7iiira rufa), celle des g.izons (.17. cespitum], la brune (F. nigra) et une autre espèce presque microscopique, ont toujours, eu automne, en hiver et au printemps, de ces insectes. Ceux qui habitent avec la dernière, sent proportionnés à sa petitesse. Plus ingénieuses et plus prévoyantes encore, d'autres fourmis bâtissent, avec de la terre, autour des tiges des plantes, des maisonnettes destinées aux pucerons qu'elles y réunissent. Tantôt elle est en forme de sphère, lisse et unie en dedans, telle est celle que M. Hubcr a trouvée au milieu de la tige d un tithymale qui lui servait d'axe: elle avait dans le bas une ouverture fort étroite, et par laquelle les fourmis brunes, propriétaires du bercail et pouvant en jouir paisiblement, sortaient et entraient et se trouvaient à proximité de leur propre liabitatiou. Tantôt cette demeure des pucerons, comme celle que le même observateur a vue au pied d'un chardon et dont il attribue la construction aux fourmis rouges, avait la forme d'un tuyau, long de 2 pouces 1/2 (0",nG1) sur 1 1/2 (0",Oil). L'ayant ouvert, il s'aperçut
qu'elles y vivaient avec leurs larves et des pucerons
Les pucerons du plantain commun se retirent, lorsque sa tige se dessèche sous les feuilles radicales. Des fourmis les y suivent et s'enferment alors avec eux, eu murant avec de la terre humide tous les vides qui se trouvent entre le sol et le bord des feuilles. Creusant ensuite le terrain situé au-dessous, elles se donnent plus d'espace pour approcher des pucerons, et se ménagent des galeries souterraines qui vont de là à leur propre habitation. Les fourmis ne s'engourdissent qu'à 2° au-dessus de zéro du thermomètre de P.éaumur (r l/.' de l'échelle centigrade), et lorsque l'iiiver n'est pas rigoureux, la profondair do leur nid les garantit, et leur activité n'est point interrompue. Sans des ressources, particulières elles seraient donc alors exposées à périr. Ces pucerons fournissent à leurs besoins ; et, chose extraordinaire, ils s'eiigi.urdissent au même degré de froid que les fourmis, et Eoitcnt de leur léthargie eu même temps qu'elles. Les fourmis qui n'ont point l'instinct de se les approprier, connaissent du moins les lieux où ils sont cachés et rapportent à leurs compagnes le peu de miellée qu'elles ont recueillie auprès d'eux... La conservation des pucerons est d'un si grand intérêt pour les fourinis que les œufs mêmes de ces insectes sont l'objet de leurs soins. C'est ce que M. lluber a observé relativement aux fourmis jaunes. Elles rassemblent et gardent ces œufs avec le plus grand soin ; elles les lèchent constamment, les enduisent d'un gluten qui les colle ensemble, et remplissent, en un mot, tnules les conditions nécessaires à leur entretien, de sorte qu'ils éclosent dans leur habitation, comme s'ils avaient été abandonnés aux soins de la nature» (Latieille).
Les guerres, lesconqiiiHes et l'esc!avai/c chez /es fourmis. — Nous venons de voir les fourmis architectes, nourrices, pardeuscsde troupeaux; le tableau vu chai nriMiiiiiitcMi an 1; 1» guerre avec toutes ses horreurs, la fin.iH' ;m luiinV ri miurtiière,vas'allumcrentrclesfourmilii rr^il'r^l'i tr.Mlilféreiitcs, tantôt pour la réduction en esclava'.;i'd une pan le des vaincues, tantôt pour l'extermination d'une des répu-
bliques ennemies. Ce petit insecte grêle porte en lui un grand courage et une confiance évidente dans la puissance du nombre et de l'union des volontés. Il a d'ailleurs son équipement militaire tout prêt sur lui, ariiie de jet, et arme tranchante. L'ennemi est il hors d'atteinte, la fourmi se redresse sur ses pieds de derrière, fait passer son abdomen entre ses jambes et lance avec force un jet d'acide formique. La lutte a-t-elle lieu corps à corps, les mandibules sont l'arme cruelle avec laquelle la fourmi saisit et déchire son ennemi. La taille les effraye peu, car elles savent se mettre plusieurs à lutter contre un ennemi qui a sur elles cet avantage.
Deux de nos espèces indigènes, plus spécialement guerrières que les autres, dédaignent les travaux paisibles et ont le curieux instinct d'enlever des ouvrières d'autres espèces et d'en faire des esclaves qui soignent leurs demeures, élèvent leurs petits et deviennent les ménagères dociles de ces brigands paresseux. Ces deux espèces nommées fourmis amazoïms par Huber, qui nous a révélé ces faits extraordinaires, sont la fourmi ou polyergue roussàtro {Polyergus rufescens, Latr.), et la fourmi sanouine [Formica sanguinea, Latr.), qui l'une et l'autre vivent d.ans les bois. C'est le 17 juin 1804, entre 4 et 5 heures de l'après-midi, aux environs de Genève, que P. Huber vit pour la première fois une do ces razzias des fourmis roussâtres. A ses pieds défilait avec rapidité un corps d'armée de ces fourinis; la troupe occupait 2°',50 à 3 mètres de longueur, sur 0",10 environ de largeur. Elle traversa le chemin où marchaitrobservatenr, pénétra sous une haie vive, puis déboucha dans une prairie à traverslaquelleellesedirigeaversun nid de fourinis noir-cendrées [F. /usca, Latr. ) dont le dôme s'élevait dans l'herbe à vingt pas delà haie. Les sentinelles de la fourmilière menacée s'élancèrent à la tête de l'armée ennemiepour repousser l'attaque,pendant que quelques-unes d'entre elles allaient jeter l'alarme dans la cité, d'où sortirent bientôt de nombreux renforts. Mais l'armée des fourmis roussâtres était trop rapprochée; après un combat très-vif, mais trèscourt, les fourmis noir-cendrées culbutées de toutes parts, allèrent se cacher dans le fond de leur ville dont les por^ tes fuient proniptement envahies par les vainqueurs, qui d'ailleurs ouvrirent dans les flancs de la ville prise plus d'une large brèciie. Trois ou quatre minutes après cette prise d'assaut, chaque fourmi roussàtro ressortit de la fourmilière, emportant à sa bouche une larve ou une nymphe de noir-cendrée, et l'armée, retournant par où elle était venue, disparut emportant ses prisonniers. Cette scène de violence s'ofi^rit bien des fois depuis aux yeux du patient observateur, il appela ses amis à vérifier l'exactitude de ses observations, bien des naturalistes ont pu s'en assurer depuis et récemment encore, un littérateur philosophe que l'élude de la nature a captivé, M. Michelet, se refusant de croire à un fait choquant et hideux suivant lui, a dû s'incliner aussi devant la brutale éloquence du fait ; il vit et observa en tousses points une de ces expéditions qui répugnaient si fort à ses convictions, et ne pouvant plus nier le fait, il s'est consolé en cherchant une excuse à la Providence pour avoir mis dans la création d'aussi mauvais exemples. Plus naturaliste et moins raisonneur, Huber ne chercha qu'à comprendre le but de ces expéditions fréquentes, et il reconnut que les fourmis roussâtres ne sont cap.ibles d'aucun des travaux nécessaires à l'éducation de leurs petits, qu'elles ont absolument besoin d'esclaves de l'espèce industrieuse des noir-cendrées pour vaquer à ces travaux domestiques. Aussi ces esclaves, sur le sort desquels M. Jlichelet est disposé à s'attendrir, se plaisent dans la cité où la violence a placé leur berceau ; elles y vivent sur le pied d'égalité avec les guerriers dont elles élèvent les rejetons, elles y retrouvent une patrie avec une protection plusellic.ice peut-être que parmi celles de leur espèce. C'est ainsi que se forment ces fourmilières mixtes des polyergucs loiissàtres où l'on trouve toujours deux s.Ttes do neutres bien distinctes, les uns de couleur rousse, exclusivement guerriers, les autres exclusivement ménagères, de couleur noire cendrée.
Les fourmis sanguines ont les mômes h.abitudcs et leurs fourmilières offrent constamment, outre les neutres de l'espèce qui sont véritablement des sold.als, des neutres de la fourmi noii-condiée ou de la fourmi mineuse, (Formicn ctmiailnrin, Latr.), conquises de la même fai.m (lur d II!-, li's cas ciiés précédemment et aJonneos anx Il H 111 \ .li.iiii --iiiiu.s. llubrr a décrit une des expéditions drs liMiiini, s.iir'iiiiies, obs.unée par lui le lô juillet à 10 heures du ukUiu. La tactique est uu peu différente de celle que suivent le» fourmis roussâtres. Une poignée de
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soldats s'avancent en éclaiieurs; ils reconnaissent à la hâte un nid de noir-cendrées situé ;'i vingt pas de leur fonrmilil'rc mixte, et se dispersent autour de la ville qu'ils projettent d'envahir. Les noir-cendrées attaquent bravement cette avant-garde, qui s'arrête aussitôt comme pour attendre du renfort ; en elVct de petites brigades de fourmis sanguines arrivent successivement, l'attaque est reprise, mais en mOme temps plus d'un messager va demander de nouvelles troupes. Les noir -cendrées sont sorties cependant de leur cité et se sont rangées en bataille sur (i",40 de front etO^j-SO de profondeui'; les sanguines encore inférieures en nombre n'engagent pas encore le combat sur tonte la ligne, et livrent seulement çà et lA sur le front de bataille quelques escarmouches où les noir-cendrées sont toujours les premières à attaquer, 'l'outcfuls ni leur nombre ni leur ardeur à attaquer ne rassurent celles-ci sur l'issue de la lutte; lin certain nombre d'ouviitrcs des noir-cendrées s'occupent à transporter leurs nymphes hors de la fouimilière et les rassemblent sur le côté opposé au champ de bataille, pour être mieux préparées à les emporter en cas de défaite. Du môme côté fuient les jeunes femelles qui portent l'espoir de la république menacée. Dfes que les sanguines sont réunies en nombre suffisant, une attaque générale a lieu ; les noir-cendrées résistent vaillamment, mais enfin il leur faut abandoimer la victoire, elles fuient en emportant les nymphes mises en réserve. Les sanguines victorieuses pénètrent dans la ville prise où les noir-cendrées ont laissé encore de nombreuses nymphes; les sanguines les enlèvent et les portent dans leur demeure. Bientôtelles changent de résolution, et abandonnant leur propre demeure, elles s'établissent dans la cité des noir-cendrées, et méditent de là de nouvelles conquêtes. Ces expéditions guerrières des fourmis sanguines ont lieu cinq ou six fois dans un été; butinant tantôt sur les fourmis noir-cendrées, tantôt^'snr les fourmis mineuses, elles possèdent souvent à la fois dans leur fourmilière des esclaves de ces doux espèces. Plus actives dans leurs mœurs guerrières, les fourmis roussàtres pratiquent leurs razzias plusieurs jours de suite et régulièrement à la même heure.
D'autres espèces de fourmis se font la guerre par simple rivalité de voisinage, comme les nations n'en donnent que trop souvent l'exemple dans l'espèce humaine. <i Si nous voulons, dit lluber, voir des armées en présence, une guerre dans toutes les formes, il faut aller dans les forêts, où les fourmis fauves établissent leur domination sur tous les insectes qui se trouvent sur leur passage. Nous y verrons des cités populeuses et rivales, des routes battues, partant de la fourmilière comme autant de rayons et fréquentées par une foule iunombrable de combattants, des guerres entre des hordes de la niêine espèce; car elles sont naturellement ennemies et jalouses du territoire voisin de leur capitale. C'est là que j'ai pu observer doux des plus grandes fourmilières aux prises l'une avec l'autre. Je ne dirai pas ce qui avait .allumé la discord»; entre ces républiques; elles étaient de la mèmt; espèce, semblables pour la grandeur et la population, et situées :'i cent pas de distance. » Huber raconteîalors une batailla livrée sur u!i champ d'environ un mètre carié entre des milliers de soldais ; au lieu d'odeur de poudre c'était inie odeur pénéirante d'acide fornn'que, puis de nombreux cadavres pêle-mêle avec des blessés et des deux parts un égal acharnement. La nuit vint suspendre la bataille qui fut reprise avant l'aurore, vers le milieu du jour un des partis perdait évidemment du terrain quand une longue pluie vint nieiirc flu à cette lutte sanglante. Pendant toute In batiiille un certain nombre d'onvrièns restées dans chaque fourmilière n'avtiicntpas cessé de vaquer Iranquillement à tous les travaux habituels de la cité. M. Micliclet nous a raronlé avec un véritable r.liarnic de style et une grande chaleur de sentimciit, «ne Imlailh^ entre dmix espèces difTérentcs; je me fais un plaisir de citer ce morceiui où le brillant écrivain se borne à dire, co qu'il a vu ol sonti. « Le 8 juin au soir, on m'appoila do la forêt un gros morceau do terre mêlé de petites bûclioilesdo bois et surtout do petits débris d'arhie» du Nord, de» aiguilles de sapin ou menues feuilles piquantes qui semblent des épinei. Au milieu de?, linbitaiits pêle-iuêle, de toute tnilloctde tout état, muf-i, larves, nymphes, ouvrière» fort petites, grandes fourmis qui scndjlali'ut ôtie dos guerrièrps et do» pioicrtricci, cnliii quelques fumelle» qui venaient de preniiro leui-n liabil» de noce», le» aile» qu'elle» pnrtonl nu leuqi» de luurt amours. C'était ainsi im spécimen très complet ilo lacilû, varié, mois bien marqué d'un mémo signe, tout
ce peuple brunâtre ayant au corselet une même tache d'un rouge obscur... c'étaient des fourmis cbarpentières, de celles qui éiayent leurs étages supérieurs avec les bûchettes de bois. Ce peuple, dans ce grand changement de situation n'était nullement abattu. Il continuait ses affaires. Le capital, c'était de soustraire les œufs et les les nymphes à l'action d'un soleil trop fort. Le mouvement général les avait tirés de leurs souterrains et les avait mis en dessus. Les petites fourmis s'en occupaient activement. Les grosses allaient, venaient, faisaient des rondes, ei même extérieurement, autour d'un grand vase de terre qui contenait ce fragment démembré de la cité. Elles marchaient d'un pas ferme, ne reculaient devant rien. Nous-mêmes ne leur faisions pas peur. Quand nous présentions devant elles quelque obstacle, une branchette ou notre doigt, elles s'.asseyaient sur leurs reins, manœuvraient à merveille leurs petits bras, et nous tapaient à la façon d'un jeune chat.
11 Dans leurs rondes autour du vase, elles rencontrèrent sur le sable des noir-cendrées qui ont pris possession de notre jardin et y ont fait en dessous de grands établissements.... La rencontre fut peu amicale. Quoique les grosses cbarpentières eussent parmi les leurs des fourmis de taille assez petite, elles différaient fort des noires par leurs hautes jambes et la tache rouge du corselet. Elles furent impitoyables. Peut être soupçonnaientelles que ces rôdeuses noires étaient des espions envoyés pour observer, pour préparer des embûches à la colonie émigranle qui venait de débarquer. Bref, les grosses charpeiitières tuèrent les petites maçonnes. Cet acte eut des résultats terribles et incalculables. Le vase était malheureusement placé près d'un pommier couvert de ces pucerons lanigères, qui font la désolation des jardiniers et la joie des fourmis. Nos maçonnes venaient de prendre possession du précieux troupeau sucré et s'étaient campées dans les racines même-; de l'arbre, à portée do cette grande exploitation. Elles y étaient, sous terre, en corps de peuple, dans un nombre infini. Le meurtre eut lieu à U heures. A 11 heures un quart, au plus tard, tout le peuple noir était averti, soulevé, il était debout, monté de tous ses souterrains, sorti par toutes ses portes. Sous ces longues colonnes sombres, le sable avait disparu ; nos allées étaient noires, vivantes. Le soleil, qui tombait d'aplomb dans le petit jardin, piquait, brillait la multitude qui n'en avançait que plus vite... La furie de la chaleur, surtout la crainte que ces géants envahisseurs n'entreprissent sur leur famille, tout cela les poussait intrépides au-devant de la mort. D'une mort qui nous semblait certaine, car chacune des grossescharpentières, pour la taille et l'épaisseur, valait bien huit ou dix de ces petites maçonnes. Aux premières rencontres nous avions vu qu'une grosso sur une petite l'exterminait d'un seul coup. Les maçonnes avaient le nombre. Mais qnoi? Si les premiers r.angs étaient arrê'és, périssaient, puis les seconds, pui.s les troisièmes, si l'armée, avançant, ne laistiit que fournir de nouvelles victimes ? Telles étaient nus in(|uiétudes. Nous craignions tout pour les petits iiuligrues de notro jardin, troublés par cette intrusion d'un piMiplo étr.inger que nous avions amené, peuple mal appris et brutal, qui, sans provocation aucune, avait débu'é par des meurtres sur les habitants du pays. Nous n'avions comparé, il faut l'avouer, que les forces matérielles et nou tenu compte des forces morales. Nous vimcs au ju-emier choc une adresse et une entente du côté des prtites noires qui nous étonna. Six par six, elles s'emparaient d'une des grosses, ch.acuno tenant, immobilisant nue patte; et deux rucnre lui montant sur le dos, sautaient aux antenues, iir les lâchaient plus; do sorte que ce géant, ainsi lié p:ir tous 1rs membres, devenait un cori's inerte. Il semblait perdre l'esprit, s'iiébéler, n'avoir plus conscience de son énorme supérioritéde forces. D'autres venaient alors, qui dessus, dessous, sans danger le perçnieul. La scène, regardée do près était elTfoyable. Ourlqiie intérêt que les petites méritassent |Hiur leur hériûsmi!, leur furie faisait horreur. Il était inipi il.h- lie voir sans pitié ces pauvres géants garrniir , un < i iMeiunit traînés, tir;iillc'>s â droite et i\ gauche, ii.e-ejni ( .iinue en pleine mer dans ces flots de rage et d'arlitu-ueiuent, aveugles, impuissants et sans rés'stance, comme do pauvres moutons i\ la boucherie. Nous aurions voulu, pour beaucoup, les séparer. Mais comment faire? Non» étions devant l'inllni. Les forces dcriionnne expirent en jn^ésence de pareilles multitudes, l'.lles n'auraient pas lâché pi' d, et le lurreut écoulé, lo massacre eût coutimié. Le seul remède, mais atroce, et pire que lo mal, eût été, â force de paille, de brûler les
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deux peuples, les vainqueurs et les vaincus. Ce qui nous i frappa le plus, c'est qu'en réalité il n'y avait de garrottées que bien peu de grosses. Si celles qui restaient libres j fussent tombées sur les assaillantes, elles en pouvaient ' faire aisément un épouvantable carnage. Mais elles ne s'en avisaient pas. Elles couraient éperdues, et justement fuyaient au fond du danger niCme. Hélas! elles n'étaient pas vaincues seulement, elles paraissaient devenues fol- j les.... Je les e.xcuse. Nous-mêmes, nous avions presque 1 terreur à voir ces légions de la mort, cette terrible ar- j mée de petits squelettes noirs, qui avaient tous escaladé le malheureux vase de terre, et, dans ce lieu resserré, étouffé, brûlant, n'ayant pas même de place, furieux montaient les uns sur les antres. .\ mesure que la déroute des grosses devenait certaine, des appétits effroyables se révélaient chez les noires Nous en vîmes le moment.... Ce fut un coup de théâtre.... La gloutonne armée des noires se jeta sur les eul'ants. Ceux-ci, d'une race supérieure, étaient assez lourds; de plus, leur enveloppe oblongue de nymphes aux contours arrondis, offrait peu do prise. Deux, trois, quatre pentes noires, réunis--ant leurs efforts, parvenaient difficjiêment à en faire remonter un seul du fond du vas;; de terre sur ses parois vernissées. Elles prirent alors brusquement une résolution terrible : ce fut d'arracher ces maillots; d'emporter les enfants nus. Arrachement difficile, car le petit adhère fortement, et ses membres repliés sont de plus soudés cntreenx ; de sorte que ce développement violent et subit ne se faisait que par blessures, écartellement. Elles Itjs emportaient tels quels, palpitants et déchirés.... C'était de la chair, de la viande que l'on cmport;\it, une proie tendre pour les jeunes restés au logis... Cette immense exécution sur le peuple et sur les enfants fut tellement précipitée qu'à 3 heures de l'après-midi tout était fini à peu prés : la cité, dans tous les sens dépeuplée et saccagée, et sou avenir était sans résurrection » (Michelet, l'iivsede).
Le lantjaye (les fourmis, — Pour exécuter tant de traçaux, où la puissance du nombre joue un si grand rôle, et qui ne se répètent pas uniformément toujours semblables à eux-mêmes, les fourmis ont besoin de s'entendre, de communiquer entre elles. Tous les observateurs sont demeurés convaincus que ce don ne leur fait pas défaut. Rarement elles se rencontrent sans se toucher des antennes, se frapper doucement sur les flancs; atlleurs elles tiraillent d'un côté ou d'un autre leurs compagnes pour se faire mieux comprendre. Huber leur accorde bien plus encore ce ?oni des affections Nives les unes pour les autici, une sorte de confratcrr ilo tendre, et Ua- 'ircile conlirmc sans hésiter celle manière de voir; Il assure avoif eu lieu de vérilier pro.sque tous les faits annoncés par lluber. Se prévenir des dangers connue des heureuses aubaines, se secourir en cas darcidenl, lénioiguer de la jnie en se retrouxaiU après une séparation, soigner les blessés de leur uaiiou, c'est ce que ces deux respectables observateurs assurent avoir vu faire fréquemment cher, ces hiuubles insectes.
Les dégâts des fourmis. — Il me semble en fermin.int cette histoire des fourmis que leur vie sociale, qui rappelle celle des abeilles, otïre encore plus d'intérêt, de variété et témoigne d'une sorte, de supériorité intellectuelle sur ces mouches industrieuses. Cependant les sentiments qu'inspirent généralement ces deux insectes son! bien ditiérents ; la mouche ;i miel, malgré son aiguillon, est vue avec ftiveur, presque avec reconnaissance, on respecte ses travaux, on se plaît à la voir butiner; la fourmi ne recueille que l'auimadversion, c'est une vermine qu'il faut détruire, on tuerait volontiers toutes celles que l'on rencontre si leur inépuisable multiplication ne défiait toutes le^ haiins. C'est que les fourmis, si laborieuses et si adroites, ne produisent rien pour notre industrie, ni pour notre alimentation, ni miel, ni cire : loin de là, elles nous incommodent, les unes par leur odeur, d'autres eu gâtant les viandes, les fruits, les sucreries que nous voulons conserver, d'iuitres en s'établissnnt dans nos demeures dont elles dégradent les boiseries, d'autres nuisent à nos arbres fruiiicrs, quelquesunes même appartenant à des génies armés d'un aiguillon nous fout redouter des piqûres que d'autres formicaircB sont incapables do faire. Si l'on en croit les voyageur», les pays exotiques auraient beaucoup â souffrir des dégâts de certaines cs|)èces de formicaires. Aux A» tilles, dans la Nouvelle-Gren.ido, une espèce de fourmi dévaste les jMaiitations de cannes et suivant le vo}'agcur Castles, de 1173 à 1780 ce fut pour cette dernière contréti un fléau tel qu'on sougeait â renoncer à la cul-
ture de la canne, lorsque l'ourngan de 1780 vint ramener le fléau à de moindres proportions. M. Lund a vu, dans !'.\mérique méridionale, une espèce à grosse tête ((iKcodomus refjhaloles, Latr.) couper les feuilles des aibres en peu d'instants, de façon à leur faire le plus grand toit. On ose â peine rapporter d'autres assertions plus étranges énoncées par mademoiselle de Mérian, démenties par Siedman qui leur substitue d'autres récits contestables. Je me bornerai à indiquer, en terminant, quelques moyens propres à combattre la multiplication ou l'invasion des fourmis. D'abord, si nous n'avons pas, comme en d'autres contrées des mammifères spéciaux, fourmiliers, tatous, pangolins, pour dévorer ces insectes, un grand nombre de nos oiseaux et particulièrement les pics, en détruisent des milliards d'individus chaque année. Ils sont aidés dans cette tâche par quelques insectes et entre antres par les fourmilions.
Les jardiniers pour détruire les fourmis profitent de leur gotit pour le sucre; ils suspendent, aux arbres attaqués, de petites bouteilles contenant de l'eau et du miel. Les fourmis vont s'y noyer en grand nombre. On peut les attirer en niasses en plaçant sur le sol des vases renversés enduits (le sirop à l'intérieur; les fourmis s'y accumulent et chaque jour on en détruit l'amas avec de l'eau biuiUante. Plusieurs odeurs sont recommandées comme capables de les éloigner; celles du marc de café bouilli et séché, de l'huile de genièvre, de la lavande les chassent, assure-t-on, des armoires oti on redoute leurs invasions. On emploie avec succès la glu mise au pied des arbres, la suie de cheminée, le goudron, un cercle de coton cardé collé autour de l'arbre. Les moyens les plus efficaces sont évidemment ceux qui détruisent les fourmilières elles-mêmes. On peut y réussir eu versant chaque jour sur la fourmilière un pot d'eau bouillante; l'urine est, dit on plus efficace encore, surtout en y ajoutant de la suie, une poignée de tabac à fumer, ou bien de la chaux vive, ou mieux encore une forte décoction de feuilles de noyer. Ces moyens doivent être employés le soir, quand les fourmis sont toutes rentrées dans leur demeure.
Les principaux auteurs à consulter pour l'histoire naturelle des fourmis sont : P. Huber, liecherclies sur les mœurs des fourmis i/idiyntes, Paris et Genève, 1812. — Latreille, Histoire naturelle des fourmis, Paris, 18112.
Ad. F.
FOURMILIER ou MïnMÉcopiiAGE(Zoologiei, ,1/ycme. cophagit. Lin. — Genre de Mammifères, ordre des Kdenlés , tribu des Edent--s ordinaires, groupe des Edeiilés ordinaires sans mrich >ires. Ce sont des animaux velus, â museau long terminé par une bouche petite et sans dents contenant une langue filiforme très extensible, toujours chargée d'une salive visqueuse. Ils font pénétrer cette langue dans les galeries ioutenaines des fourmis et des termites, et la retirent chargée de ces insectes dont ils font leur nourriture ordinaire. Leurs pattes antérieures, robustes et armées d'ongles vigoureux et tranchants, leur font une bonne défense en môme temps qu'elles leur servent à fouir les fourmilières et à mettre à découvert de grandes quantité d'insectes. Ces ongles sont, â l'état de repos, reployés contre une callosité du poignet, en sorte que rauim.ai est obligé de poser le pied sur le côté et n'a qu'une démarche Icutc et pénible.
On trouve les fourmiliers dans les régions chaudes ou tempérées du nouveau continent; ils n'ont qu'un petit â la fois, et ils le portent sur le dos. On en connaît trois genres comprenant chacun une sSMle cs|H"cc : 1" le Tamanoir on F. à crinière {M. juhata, Bull"), long de l'",.30, gris-Li.in, blanc su» '.es épaules, à queue longue non préhensile, g.^ruic' de poils très longs. Il ne griuqie ptis et habite les lieux bas; ses griffes sont des armes redoutables avec lesquelles il frappe circulaircment de chaque côté; 2' le Tainandua {M. lamauitun, (iuv.), long de 0'°,70, de couleur variable Sa queue lor-jiie, prenante, et nue au bout, lui sert ù se suspendre aux branches des arbres; a» le Di-mi/x ou /•". diil-viyie (.U. diduclij/a. Lin.), qui n'a que deux ongles, dou* un très-grand, au lieu de quatre aux doigts de devant ; sa ttiillc est celle du rat; sou poil laineux est do couleur fauve Comme le précédent, il a la queue prenante et nue au bout.
KouniHn,u-.R (Zoologie), Mi/alliera, Ilig.; Miirnwlhera, ■Vieil. — Geuic d'Oueriun, do l'ordre des l'asseremix, famille des benlirnslrcs. Ils se distinguent des Merles, dont Buffon les a séparés avec raison, par leurs jambes hautes et leur queue couiitc. Ils sont, du reste, caracléri-
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ses par un bec droit faiblement denté, des ailes moyennes, un plumage à teintes sombres. Sonnini est le premier qui ail fait connaître cetoiseau. 11 l'a observé dans l'intérieur des terres de la Guyane, dans les hantes et sombres fnrGls qui couvrent le sol de cette partie de l'Américjne méridio iiale. Ils y vivent en petites troupes, et s'y nourrissent principalement de fourmis, qui sont en quantité prodigieuse dans ces terres chaudes et humides. La brièveté de leurs ailes et de leur queue rend leur vol peu soutenu. On n'est jamais parvenu à les apprivoiser, car ils se tuent promptement en cage. Leur chair est estimée. Ce g'Mire comprend des espèces du nouveau continent, nom- j breases et difl'érentes par la force et la longueur du bec j | elles out des teintes plus bi-unes que les br'cves (voyez ce : mot), avec lesquelles Cuvier les a confondues. Ces oiseaux ■volent peu ;-iIs ont une voix sonore ; vifs et agiles, on les voit toujours en mouvement; mais loin des lieux habités, où ils ne trouveraient pas leur nourriture habituelle. Du reste, ils ont un naturel sociable. Leurs femelles sont plus grosses que les mâles. Il y en a qui ont le bec épais et arqué ; l'espèce la plus remarquable d'entre eux est le Roi des fourmiliers (Tio'dus rex, Gm. ; Corvus gral/arius, Sliaw), le plus grand et le plus élevé ; il a la queue plus courte et on le prendrait pour un échass'er. Il est de la taille d'une caille ((l°',20). Son plumage est gris, agréablement bigarré. Il vit isolé. Vieillot en a fait le type de son genre Grallaria. D'airtres espèces ont le bec plus droit, mais encore assez fort, ce qui les rapproche des pies-grièches ; tels sont le Telema {tiirdus formicivvrus, Lalh.i,le Palicour {Turdus formicii'orus, Gm.) et le Petit Beffroi [Turdus lineutus, Gm.).
Ce genre a beaucoup exercé la patience des ornithologistes, qui sont à peine parvenus à y porter la lumière. Indépendamment de Cuvier, plusieurs autres, parmi lesquels Temminck. Vieillot, Is. Geoffroy Saint-Hilaire; dans la classification de ce dernier auteur, les fourmiliers sont un genre voisin des Brèves, dans la tribu des Laniens, famille des Turdidés, section des Passereaux déo- (Idcltjtes coturnstres, de l'ordre des Passereaux.
FOURMILIÈRE (Zoologie). — Voyez Foir.iii.
Foiir.Mii.iÈnE (Médecine vétérinaire!. — Maladie du pied du cheval consistant dans lu décollement de la mu raille et le plus souvent déviation de l'os du pied. Son nom vient de ce qu'on l'a comparée à une fourmilière. Elle est le plus souvent la suite d'une fourbnre et elle est très-grave, surtout lorsqu'il y a déformation du sabot. Mais lorsqu'elle n'existe qu'en pince, on peut la guérir assez facilement au moyen d'une ojjératiou analogue à celle du javart encorné, qui consiste à enlever la jiortion de la paroi qui est décollée, à mettre à découvert les tissus altérés. On a recours ensuite à un fer couvert. La fourmilière avec déviation de l'os et déviation du sabot est pres(|ue toujours incurable.
FOCRMI-I.ION (Zoologie), Mi/rmeleonides, Lat. — Sous-fauiille li'lii^edcs, de l'ordre des Névroptèrcs, famille des l'iariipeiuies; ayant l> articles aux tarses, des antennes en massue ; la lèle Iransverse, ne se prolongeant pas en bec ni museau, présentant des yeux ordinaires, ronds et saillants s C pal])es dont les labiales sont plus longuesque les autres et renflées au bout. Le premier segment de leur thorax est petit ; leurs ailes sont égales, allongées et disposées en toit; leur abdomen est long et
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cylindrique, avec deux nppeudice» .saillants à l'extrémité dans IcH miles; leurs pieds sont courts. On les trouve Heulcinent dans les endruiis chauds et sablonneux. Cette BOUB-famillc comprend, dans la méthode du Uir/ni: auiinnt , le seul Ronrc Fourmi-lion, subdivisé en deux Bousgcnrcs : 1" le» !•'. proprement dits [Mirnielemi, Fab.), espèce type F. ordinnire {Mi/meleo forminirius. Lin.); les nuleimns Bout fuitiformcs, terminées par des crochets et plus pe-
tites que le corps; leur abdomen e^t linéaire et trèslong ; leurs ailes sont transparentes, avec des nervures noires coupées de blanc. Cet insecte, noir taché de jaune et long d'environ 0°',025, est commun chez nous et doit son nom à la quantité de fourmis que dévore sa larve. Celle-ci présente dans ses mœurs des particularités curieuses; elle a l'abdomen volumineux, la tète petite, aplatie et armée de deux longues mandibules dentelées aux côtés internes et pointues au bout, servant à la fois de pinces et de suçoir; son corps est gris comme le sable au milieu duquel elle vit. Quoiqu'elle soit pourvue de six pattes, sa démarche est trop lente pour qu'elle puisse atteindre sa proie à la course ; mais elle, use de ruse pour la surprendre. Dans ce but, elle creuse un piège en forme d'entonnoir dans le sable le plus fin ot
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se tient au fond, en ne laissant voir que sa tête, attendant patiemment qu'un insecte tombe dans le précipice ainsi formé. Si cet insecte cherche à s'échapper ou s'il est trop loin pour que la larve puisse s'en saisir, elle lui jette avec la tète et les mandibules une grande quantité de sable, de façon à l'étourdir et à le faire rouler au fond. Elle l'entraine ensuite, le tue, le suce et rejette au loin son cadavre. Lorsque cette larve doit passer à l'état de nymphe, elle file un cocon soyeux rond et blanc, recouvert de grains de sable d'oti f'iiisecte parfait sort au bout de quinze ou vingt jours.
2" Les Ascataphes (.iscalaphes, Fab.), dont les ailes .sont plus larges et moins longues que dans les précédentes ; les antennes sont longues et terminées brusquement eu bouton, l'abdomen est ovale-oblong et très-peu plus long que le thorax. (Voyez Ascauphe. )
FOURNIER (Zoologie), Furnarius, Vieil.; Figulus, Spix. — Genre d'Oiseaux, do l'ordre des Passereaux, famille des Ti'nuirostres, confondu par Cuvier avec le genre Sucrier, qui fait partie du groupe des Grimpereaux. Ce genre, établi par Vieillot sous le nom de Furnarius et adopté par la plupart des ornithologistes, est ainsi caractérisé ; bec aussi épais que large, comprimé latéralement, entier, robuste, fléchi en arc, poiiitu ; narines longitudinales, couvertes d'une membrane; ailes faibles, à pennes bAlardes courtes; quatre doigts, trois devant et un derrière. Ce sont de petits oiseaux des pays chauds de l'Amérique du Sud, Brésil, Paraguay, Guyane, etc. ils sont en général do coidour sombre, variée de blanc et de noir; leur nourriture se compose d'insectes, de petits vers, de graines; ils ont une allure vive et légère, un vol court et bas. Ils vivent sédentaires, quelquefois seuls, le plus souvent par paires, habitent les plaines et les lieux découverts et sont d'un naturel très-peu sauvage. Dans ce genre, on a compris deux esjièces décrites par d'Azara sous le nom de Anumbi. Lo F. commun, nonnné Hornéro à la Plata (/•'. rnfns. Vieil. ; M,'r,>ps rufits, Gm.), long de O-'iia àO'",IK, r.i inii.-.iir.- m .Irssus, lilaucliàlrc i la gorge; il \m\n\r |r , ,i,ii,.... ini-.inrs dr 1,1 l'l:ila, dans les'buissons, on il l.ul mi, mli ,■ nn sou couliuiii'i (|ui est In répétition de plu, m plus i .ipuli; de la .syllabe clii. Ce qui est de plus remarqué en lui, c'est la construction de soji nid en argile, de plus do (i"',18 de diamètre, de peu d'épaisseur et qui a la forme d'un four, d'oi"! lui vient son nom. L'ouverture est prati(|uée sur le cûlé, et l'intérieur est partagé en deux parties par une cloison qui laisse une ouverture par laquelle l'oiseau pénètre dans la pallie inféiieure, dans laquelle il dépose sur nue couche d'herbe quatre œuf» longs do 0"',020, piquetés do roux sur un fond blanc. Ce nid sort ordinairement plusieurs années. Il est construit dans un lieu apparent, sur uno grosse branche dégarnie de feuilles, sur un poteau, une croix, même sur une fenêtre. Le / . nnumlji [F. amimhi, Vieil.) ou simplement Anumln do d'Azara, est un peu plus long; il a le Iront d'un rougo s'alïuiblissaut
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sur la tôfc ; SOS ailos sont argentées en dcssons ; son bec ( d'un brun rouge. Il construit un nid également dans un endroit découvert, haut et large et percé d'un grand trou ;\ sa partie supérieure. VAitumbi rouge {F. ntber. Vieil.), Amimbi roufje do d'Azara, est long de 0°',20. Il a le dessus de la tête et la queue d'une belle couleur de carmin, ainsi que les ailes, dont les pennes ont la pointe noirâtre. Il existe encore quelques espèces de fournicrs, parmi lesquelles on peut citer le F. fuligineux (F. fu- /ir/iiiosiis, Less.), qui vit sur les bords de la mer.
FOURRAGE de disiîtte (Botanique). — Kom vulgaire de la Siiargoule des c/iamjis.
FOURRÀGÈRliS (Plantes) .Économie rurale).- Voyez Plantes FOinRAGÈuES.
FOURRAGERS (Arbres) vÉconomie rurale). — Presque tous les arbres do nos bois, de nos propriétés rurales ont fourni leur contingent à la production fourragère p.ar leurs feuilles et quelquefois même par leurs jeunes tiges; il faut en excepter pourtant les arbres fruitiers. Mais tous les animaux qui constituent notre bétail ne mangent pas également les feuilles d'arbres, ainsi il faut d'abord retranclier les cbevaux, qui n'en font guère usage qu'à défaut d'autre nourriture et dans les moments de disette. Mais comme on peut le voir au mot Fouruages, les mou:ons se trouvent bien de celte nourriture, s.-urtout lorsque le troupeau est entretenu en vue de la production de la laine plutôt que dans le but de l'engraissement et du développement des qualités propies à la boucherie. Les feuilles fourragères les plus généralement employées pour l'alimentation du bétail ont été classées dans l'ordre suivant : chêne, frêne, orme, saule, tilleul, acacia, érable, peuplier, charme, hêtre, aune, bouleau. Il faut y joindre les feuilles de vigne, celles do quelques arbres verts.
FOURRAGES (Économie rurale), Pabula des L.atins. — Dans son acception la plus générale, ce mot comprend tous les produits qui servent à la nourriture du bétail. Ainsi l'herbe fraîche des prairies naturelles et celle des prairies artificielles, le foin, les pailles des céréales et de certaines plantes légumineuses, les grains et graines des mêmes végétaux, un grand nombre de racines et tubercules, les résidus de certaines fabrications, huileries, distilleries, etc. ; les feuilles vertes et sèches de plusieurs arbres, etc. Autrefois, la nourriture des bestiaux ne se composait guère que de l'herbe fraîche ou sèche des prés, de la paille et des graines de céréales et de quelques légumineuses, de feuilles d'arbres ; mais, dans ces derniers temps, la culture des plantes fourragères a pris un grand développement, et l'introduction des prairies artificielles a été l'occasion d'un progiès immense en ce genre. Il s'en faut beaucoup que toutes ces substances végétales aient la même qualité nutritive; des expériences nombreuses, des recherches multipliées ont été faites pour établir la valeur c nipaiative des différents fourrages, et si elles n'ont pas conduit à des résultats positifs, elles n'en sont pas moins d'une grande utilité par les données aiiproximatives qu'elles Iburnissunt. Nous allons citer queli|ues-uns des chiffres obtenus en prenant pour type 1(111 kilcigrammes de bon foin bien récolté. On a trouvé qu'il fallait pour remplacer cette quantité : graines de blé, fèves, pois, lentilles, 40 kilogrammes; maïs, seigle, 46 kilogrammes; tourteaux de liu, de colza, orge, sarrasin, 'M kilogrammes; avoine, (iO kilogranniies ; foin de trèfle, de luzerne, de sainfoin, 1)0 kilogrammes; feuilles sèches d'orme, d'érable, d'.acacia, tourteaux de chènevis, de cameline, 1 10 kilogr.uiimes; balles de céréales, \2'i kilogi-anmies.; feuilles sèches de peuplier, de tilleul, paille de lentille, 12.'> kilogrammes; ajonc vert écrasé, paille de vesce, de pois, feuilles sèches cl.' l'iènr, |."i() kilogrammes; paille demaïs, cosses docruiif rr.. jiiii Isilogrammes; ponmies de terre, paille de féMioll'^, il'.aonu', 220 kilogrammes ; fourrage vert de gesse, |i,nllc il orge, racine de rutabaga, de carottes, topiuamlmuis, chou\ lavis, hiiU'raves, résidus de féculeiies, 2:iO kilogr:ininirs; paille île froment, 280 kilogrammes; résidus de raisin, des distilleries de grains, racine de panais, 3(iO kilogrammes; paille de seigle, fourrage frais d'avoine, d'orge, de sainfoin, de vesce, résidus de fruits, .'160 kilogrammes; fourrage frais de trèfle, do sarrasin, do seigle, do froment, de racines de navets, 425 kilogrammes ; herbe des prés, luzerne fraîche, -liO kilogiammes ; feuilles fraîches du riitalia(;ns, racines de raves, S'.'.'i kilogrammes; paille de Min asm, feuilles de betteraves, de choux, résidus des distilloi les de pommes de terre, (i2.'> kilogrammes; feuilles d'' pommes de terre, 700 kilogrammes. Quant i la quantité de inoduits fourragers que peuvent donner les ter-
rains, on sait combien elle est susceptible de varier suivant la qualité du sol, le mode de culture, etc. Voici pourtant dans quel ordre on peut les classer comparativement, en commençant par les plantes les plus productives prises sèches : choux-raves, pommes de terre, luzerne, trèfle, navets, carottes, maïs, betteraves, seigle, froment, avoine, foin ordinaire, pois, vesces, lèves, orge. Cela ne veut pas dire que le cultivateur doive prendre pour base de son prix de revient les données que nous venons de présenter pour établir la force productive annuelle des substances fourragères ; il est une autre considération bien importante et qui doit tenir une grande place dans ses calculs et dans ses prévisions; en effet, il existe entre les fourrages proprement dits et les racines une différence capitale : les premiers sont essentiellement améliorants, c'est-à-dire que non-seulement ils peuvent compenser l'épuisement des autres cultures, mais encore contribuer à l'accroissenient de leurs produits. Les racines, au contraire, sont épuisantes et paraissent consommer tout l'engrais qu'elles peuvent produite; de là deux inconvénients graves : augmenter les frais dé production, d'une part, et obliger l'agriculteur de choisir pour ses cultures des sols de bonne qualité, d'autre part ; p.ar conséquent, augmenter indirectement les prix de revient. Maintenant, si l'on considère que toutes les substances fourragères n'ont pas les mêmes qualités nutritives, que, par exemple, 100 kilogrammes de foin ne sont représentés en moyenne que par 350 de racines, on arrivera à cette conclusion que les racines considérées comme fourrages reviennent à des prix élevés. Ce qui peut servir à expliquer pourquoi leur cnltnre ne s'est pas développée en raison des encouragements qu'elle a reçus. C'est, du reste, un point d'économie rurale qui demande à être sérieusement étudié.
En France, d'après les documents les plus récents, la production des fourrages, en prenant ce mot dans sou ancienne acception, se fait sur une étendue de 5,100,000 hectares en prairies naturelles et 2,554,000 en prairies artificielles, donnant pour les premières 150,000,000 de quintanx,et pour les secondes 8 1 ,O0ll,OCO, soit 23 1 ,1)00,000 de quintaux; or, la consommation étant de 458,000,000 quintaux, il en résulte que ces prairies ne fournissent que la moitié environ de ce qu'il faut pour nourrir notre bétail; le surplus est fourni par les différentes sources que nous avons indiquées plus haut, telles que tiges et graines de céréales, tiges fraîches et sèches et graines de légumineuses, sons, tourteaux, résidus, m.ircs, racines, tubercules, feuilles, pâturages dans les terres vagues, balles, gousses, siliques, fruits, etc.
La culture de ces produits et toutes les questions qui se rattachent à leur récolte, à leur conserv.ation, etc., sont d'un haut intérêt pour l'agricnlteur et ponr le pays. Et s'il est vrai, conune le prétendent la plupart des agriculteurs, que les cultures fourragères doivent occuper la moitié de l'étendue d'une ferme et que cette proportion doit s'accroître en raison de la médiocrité du sol, on conçoit l'importance qui s'attache à cette question. Quant au point de vue sous lequel la production des fourrages doit être envisagée, dans ce qui a rapport à la distribution que l'on en fait aux bestiaux, on trouvera aux mots Régime alimentaire du bétail , Foin , Fouhragers [Arbrex), Prés, Pbaiiiiks artificielles, Racines, Tour teaux et au nom de chaque plante fourragère autant de détails que l'étendue restreinte de notre livre en comporte sur tous les objets indiipiés. Nous allons seulement dire quelques mots sur les feuilles des arbres et de quelques plantes fourragères.
Les feuilles des arbres peuvent être employées à l'état de fciiillards et de feuilles di:tachées. On appelle feuilliirds des branches d'arbres g.arnies de feuilles qui sont un produit de l'élagago de certains arbres exidoités en têtards, tels que l'acacia, le bouleau, le saule, ou en trgiM levées, tels que certains peupliers. C'est au mois de sr|iiriiibre ou au connnencement d'octobre que se fait cette récolte ; après avoir coupé les branches, on les laisse sécher, puis on les lie en fagots que l'on serre dans des endroits secs pour on faire usage au comniencemcnt de l'hiver. Qiiehiuefois on les emploie en vert que l'on coupe à mesure des besoins. Les moutons sont friands de ce fourrage qui convient parfaitement à leur nature.
L(is feuilles delaehées liCA arbres constituent un bon fourrage nutritif; on a pu voir au connnencement de cet article combien il se rapproche du foin sous ce rapport; après les feuilles des arbres et à un degré inférieur viennent les feuilles de plantes fourragères, do maïs, de betteraves, de carottes, do choux, etc. Si l'on excepte ce qui
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tient essenlielicment aux organes de la fructification, comme les fleiii-s, les fruits et surtout les g'-aines, c'e5t dans les feuilles qu'existe la plus grande somme de principes nutriiifs, et aujourd'hui on sait que l'excellence de ces principes est dit à la prc'sence de l'azote, de telle sorte qu'une substance végétale est d'autant plus nutritive qu'elle en contient davantage, et l'on sait aussi, par exemple, que les tiges des végétaux en contiennent moitié moins que les feuilles ; aussi doit-on considérer comme très-inférieur en qualité le foin qui a perdu une partie de ses feuilles. Le moment où celles-ci présentent, sous le rapport nutritif, toutes les qualités désirables est celui où elles ont atteint tout l'^ur développement, vers la fin de l'été ; il ne faut pas attendre plus tard pour les récolter, autrement elles perdent, illes s'appauvrissent en avançant vers le terme de leur vitalité. On pf ut voir au mot Foin ce qui a été dit à cet égard pour l'époque dj la faucliaison.
FOURREAU (Zoologie). — Nom vulgaire donné en St)logne à l'espèce d'Oiseau nommée MésanfjC à longue queue iPnrus caudal us. Un.)- on l'a encore appelée dans le même pays Gueule de-fmir.
FoiîRr.EAB DE PISTOLET (Zoologie). — On a quelquefois donné ce nom à quelques espèces de Coquilles du genre Jambnunenu.
Fourre bcisson, Focrcisson (Zoologie). — On a appelé ainsi quelquefois l'oiseau connu plus spécialement sous Je nom de Tror/lorh/'e d'Europe, et en plusieurs endi'oits ECUS celui de Roitelet, h cause de l'habitude qu'il a de se fourrer dans 1"S buissons.
FOrRRURES (Zoologie). — Voyez Fflleterhîs.
FOLITEAU (Botaniqti'e). —Nom vulgaire du Hêtre dans quelques pays.
FOVILLA (Botani(|ue). — On appelle ainsi une matière fluide, épaisse, contenue dans l'enveloppe interne du pollen (voyez ce mot). Dans cette mai ière nagent de nombreux corpuscules granuleux et opaipies, des gouttelettes huileuses, et beaucoup plus rarement des grains de fé cule. 0 Les corpuscules sont eu général de deux sortes,
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la plupart extrêmement petits et s])liériques ; quelquesuns beaucoup plus gros, globuleux eux-mêmes ou ellipsoïdes, ou allongés en courts cylinires, aniiiiciesà leurs extrémités. On a cru reconnaître, dans ces derniers, des mouvements de conlraction ou de flexion, cnmnie dans les animalcirles infusoircs. Mais ces délicates observations demandent Autre encore soigneusement véiifiées^de Jussieu. » Toutefois, celte matière intérieure joue un grand rôle dans la reproducliondcs plantes.
FOYER (Chirurgie). — On désigne sous le nom de /<»/«• purulent, foijer de suppuration, la partie où se forme le pus 4 la suite d'une inflammation, qu'elle soit déterminée par une lésion extérieure ou par inio cause interne. Le tissu cellulaire, les organes pareuchyir.ateux, etc., servent de foyer à la suppuitition. lissent simples ou multiples, situés sous la peau, dans la profondeur des tissus ou dans les grandes cavités. Souvent faciles ù être ouverts pour donner issue au pus, iN sont (pielquefois placés sous des aponévroses, des muscles épais, môme dans les cnvité.s, et plus ou moins diniciles ;\ découvrir, à bi"!) cmistaler et à atteindre ; enfin, il peut se faire qu'ils soient tout & fait inacccBiibles aux instruments. Il peut arriver aussi qu'ils se forment loin du lieu où le pus a été élaboré; ce sont alois ceux qu'on appelle ahrèr: froids.
FRACTION (Arithmétique). — On appelle fraction en Çénéralunc partie quelconque de l'tinilé. La valeur d'iuio fraction s'exprime 4 l'aide do doux termes, l'un appelé
' (I) Graine dt- pollen de r«iii«nilior nain, dont la nicmlirnnc Itilcrniî a coinniciico k faim naillif par Ici troin porr» «ou» fornio d'aulanld'amiieiilfii (. cl »'i»t croviic à re»lrùniile duiio d'ullut. iMi dnoiiani imuo au jt-l de f.>vjl a f, où l'on peut apercevoir dos i;rniiie>dcdiveri«ri |:ru»eut«.
[i; Orus granule! de la Kflmie dm marais [fJiltiseits palustru, Lin).
numérateur et l'autre dénominateur. Le dénominaîcur indique en combien de parties on suppose divisée l'unité principale, et le numérateur combien on prend de ces parties. Ainsi la fraction ^ signifie 3 fois la W partie de l'unité. Lorsque le dénominateur est une puissance quelconque de 10, la fraction s'appelle fraction décimale (voyez plus loin); telles sont les fractions t^-, y^, etc.
Ce tnode d'expression s'applique d'ailleurs à une c|uantité quelconque, qu'elle soit plus grande ou plus petite que l'unité, lorsque l'on veut l'exprimer à l'aide d'une partie déterminée de l'unité, ainsi =- représente 9 fuis la le partie de l'unité, s, 7 fois le tiers de l'unité, etc. Ordinairement un nombre supérieur à l'unité, exprimi; de cette façon, s'appelle nombre fractionnaire.
Toutes les propriétés essentielles des fjactiojis ou des nombres fractiunnaires se déduisent de la manière même de les exprimer. Ainsi, par exemple, il est évidi'jit que si on multiplie le numérateur d'une fj'action par un certain nombre entier n, on obtient une fraction n fois plus grande; de même, si on multiplie le dénominateur par le nombre n, on obtient une fraction )( (ois plus petite. De li résulte que si l'on multiplie simultanément les deux teriTies d'une fraction par le même nombre, ou ne change pas la valeur de cette fraction. Il y a donc une infinité de manières d'exprimer dans la numération fractionnelle une même quantité. Ainsi les quantités 7, j, vq, -j-j, 57;, etc., sont égales entre elles. Il peut être utile, quand on a une expression fractionnaire dont les terme.î sont considérables, de lui substituer une fraction plus simple qui ait la même valeur. Il sulfit pour cela de diviser les deux termes successivement, et autant de l'ois que cela est possible, par ■>,3, 5..., etc. Lorsqu'il n'existe pins aucun nombre qui puisse diviser à la fois le numérateur et le dénominateur d'une fraction, celle-ci est dite
!')-)-erf«c<!6/« ; telles sont les fractions =, -j^, j, etc.
Lorsque deux fracUons irrèduclil'tes uml égales cHes <int nccessairemenl le même nmnvraleur cl le même dénominateur.
Réduclion au même dénominateur. ~Fm r.rofiinnt do la propriété précédétue, on peut facrlcDieul réduire diverses fractions à avoir le inéine dénoniinmeur, chose souvent fort utile; il suffit pour cela de uuiliiplirr les deux termes de chacune d'elles par un nombre convenable. Ainsi les fractions j, |, |. 3,so;iti-esp?clivciKent égales aux fractions |ÎJ, ^, ", |^,, que l'on obtient on multipliant les deux termes <le chacune d'elles par les nombres 20, 15, 12 et 30.
Addition et soustraction des fractions. — Pour ajouter des fractions entre elles ou pour les retrancher l'une de l'autre, il stiflii évidemment de les réduire au mente dénominateur, et <!e l'aire ensuite l'addition ou la soustraction des nuiTiérateurs. Ainsi, par exemple,
I 3 2 1. 20 43 2t 30 Ha 1 + 7 + 5 + û — fin "i" Sn "■" en r.n GO
Multiplication et division des fractions. — Pour multiplier tuio fraction par iiiio fr.iction, il suffit de multiplier les numérateurs enli'O eux et les dénominateurs en re eux. Ainsi
ax5 is s
Qu:ind on a un grand nombre de fractions :\ multiplier les unes par les autres il peut arriver que le mdmo nombre se trouve une ou plusieurs fois au numéraUnir et au dénominateur; on peut alors le supprimer le même nombre du fois dans les <l(iux termes. Ainsi :
«^Ô^3^i^!i~4XliX3X7 XS^7
I;a manière dont s'ciïurtuo la divi.ion dos fraclims est indiquée au mot Diaiuion.
FRA
d095 FRA
Le mode de numération fractionnelle permet de se rendre compte des propriétés suivantes, qui sont souvint utiles.
I; Si l'un ajoute un même nombre aux deux termes (rime fraction, on en augmente la valeur; cette valeur diminuerait si l'on relrancliait un même nombre des deux termes. Si l'on considère, en effet, la fraction .-, elle dif-
lire de l'unité do =. En ajoutant '2 aux deux termes, on a ^. qui diffère de l'unité do f , quantité plus petite que ij\ ^ est donc plus grand que =,ce qui démontre la doubla propriété énoncée. Il est à remarquer que si la fraction était plus grajide que l'unité, ce serait le résultat inverse que l'on obtiendrait. Ainsi r est plus' grand
Exemple : soit le rapport jj^^
qui est une valeur approchée par défaut du nombre ic. La fraction ' "' est approchée par excès ; on fera les calculs suivants :
Nous ne terminons pas l'opération, n'ayant besoin de considérer que les quotients communs qui sont 3,7, 15, 1, et qui donnent la fraction continue
II. Si l'on a plusieurs fractions , , m n- i «'<■■> sn faisant la somme des numérateurs et divisant pnr la somme des dénominateurs , la fraction ainsi obtenue
b-f b' + b' +"" " ""* valeur intermédiaire entre la plus grande et la plus petite des fractions données. Ainsi, par exemple, si l'on considère les fractions décroissantes
2' 3' 4' 6' ''' '^^^s'JoQ 7T> obtenue comme il vient d'être
dit, est plus petite que j et plus grande que r. La dé -
nionstration générale de cette propriété se fait d'ailleurs comme il suit :
Soit T la plus grande des fractions; en désignant sa
valeur propre par la lettre m, nous aurons évidemment les relations suivantes :
D'oij on déduit
a = mh, a' < mb\ a" < »;/-"
et, par suite,
a + a' + a' -f . .. < «i{i + 4' -|- 4" . OU, ce qui revient au même,
L'expression considérée est donc plu plus grande des fractions données. On d à fait de nifime qu'elle est plus grande qii
FHACTIO.N'S co.vTiNi-ES tAlgrbrc).— On désigne sous ce nom des expressions de la l'orme
ph
ne la t tout
leiite.
d -{■ etc.
dans lesquelles «, i, c,... sont des nombres entiers et positifs, que l'on appelle les quotients incomplets. Si
l'on prend successivement les expressions a, a+r,
■ et qu'on les réduise en fractions ordinaires,
on obtient les réduites successives. Or, ces réduites jouissent de la propriété d'être alterualivemcnt plus grandes et plus petites que la valeur de la fraction continue, et de s'en rapprocher de plus en plus. Non •seulement chaque réduite est plus rapprochée qu'aucune des réduites |)récédrntes, mais encore plus que toute autre fraction <iui aurait un dénominateur moindre que celui de cette réduite. De lA l'usage que l'on fait des fractions continues pour exprimer approximativement, en termes simples, le rapport de doux nombres donnés.
Indiquons comment on convertit une fraction ordinaire — en fraction continue. Il sufilt d'opérer sur les deux
termes, loninic si on en cherchait le pliis grand commun diviseur. On arrive ainsi h un reste nul, et les quotients Bucccbsil's tout les quotients incouipleis de la fraction Continue.
Cette partie, commune aux deux rapports, appartiendra évidemment au nombre intermédiaire Tt. Or, si l'on forme les réduites successives
on a des fractions alternativement plus petites et plus grandes que ir, et qui en fournissent des expressions approchées de plus en plus exactes. C'est d'abord le nombre entier 3, puis le rapport d'Archimède ^ qui, réduit en décimales, donne 3,142, et n'est en erreur que d'aune unité en plus sur les millièmes. Le rapport suivant n'est pas usité; mais le dernier, presque aussi simple, est beaucoup plus exact : il équivaut à 3,1415029, qui n'est en erreur que sur le septième chift're, c'est le rapport de Métius.
Loi de formation des réduites. — Les deux premières réduite? se calculent directement; quant aux suivantes, on les obtient plus simplement à l'aide de la proposition suivante : cliaque réduite se forme en multipliant les deux termes de la réduite pi-écédente par le nouveau quotient, et en ajoutant respectivement à ces produits les deux termes de l'antépénultième.
Les fractions continues jouissent de beaucoup de propriétés curieuses. Lagrange en a fait la base d'une méthode pour la résolution des équations. Nous renverrons pour tous ces détails i VAlgèiire d'Euler, au Traité de la résolution des équations numériques par Lagrange, aux Eléments d'algèbre de M. Lefébnre de Fourcy, de M. Sonnet, etc. E. R.
Fractions déci»i.\les (Arithmétique). — On appelle fraction décimale tout nombre (lui représente une gran deur plus petite que l'unité, contenant un certain nombre de parties de l'unité divisée en parties de dix en dix fois plus petites: par exemple, sept dixièmes, trente-neuf centièmes, mille trente-deux dix millièmes, etc.; ces nombres s'écrivent : 0,7, 0,32, 0,1032, etc. (voir l'article NuMÉiiATioN pour la numération des fractions décimales).
Qnand une grandeur contient une ou plusieurs fois l'unité et un reste exprimé par une fraction décimale, le nombre qui la représente est appelé nombre décimal; on l'énonce à la façon des nombres fractionnaires ordinaires ; parexemple, on dit vingt-cinq unités, trente-deux centièmes, et on l'écrit 25,32.
Les fractiotis décimales peuvent être considérées comme des fractions ordinaires dont le numérateur est composé de l'ensemble des chiffres qui sont ;\ droite de la virgule, et dont le dénominateur' est égal à l'unité suivie d'autant de zéros qu'il y a de chiffres décimaux, c'est-à-dire de chiffres à droite de la virgule. Ainsi la fraction décimale 0,i5273 est équivalente .Ma fraction
ordinaire j^,^^^^^^
Il n'y a pas plus de dimculté :\ trouver un noc.bro fractionnaire .ayant la l'orme d'une fraction ordinaire, et qui soit équivalent t'i un nombre décimal quelconque.
Soit, par exemple, 1, 23-15, ce nombre est équivalent
A. i unités et ^,ouàS+S' «>»<="«"* luoOO*
FRA
dC96
FRA
La règle consiste donc tout simplement à prendre pour numérateur de la fraclion cliercliée le nombre décimal donné après avoir supprimé la virgule, et pour dénominateur de cette mi'me fi'action l'unité suivie d'autant de zéros qu'il y a de cliill'res après la virgule dans le nombre donné.
Les fractions décimales ne sont que des cas particuliers des nombres décimaux dans lesquels le nombre des entiers est réduit à zéro. Toutes les règles du calcul des nombres décimaux s'appliquent naturellenient au calcul de ces fractions, et par conséquent tout ce que nous dirons désormais des nombres décimaux devra être également entendu des fractions décimales (I).
Une première remarque que nous ferons tout d'abord, c'est qu'un nombre décimal ne change pas quand on ajoute des zéros, soit à gauche de la partie entière, soit à droite de la partie décimale; cela est évident, puisque cola lie modifie en rien le nombre ni la grandeur des diverses unités décimales représeniées par le nombre décimal. On peut donc aussi bien écrire 0,12 que 0,120j que 0,lîOO, etc.
Une seconde remarque est que si, dans un nombre décimal, on déplace la virgule d'un, do deux ou de trois rangs, etc., vers la droite ou vers lu gauche, on obtient im nouveau nombre décimal qui est égal au premier, multiplié ou divisé par It), 100, 10110. En effet, avancer la virgule d'un rang vers la droite, c'est faire des unités avec îes dixièmes précédents, et ainsi de suite, élever d'un ordre les unités de tous les ordres ; et, de même, avancer la virgule d'un rang vers la gauche, c'est transformer les unités en dixièmes, les dixièmes en centièmes, etc., c'està-dire abaisser d'un ordre les unités représentées par chaque chiffre.
De là résultent d'une manière évidente les règles de la multiplication ou de la division d'un nombre décimal par une puissance quelconque de 10.
A'ous allons maintenant dire en quelques mots comment se fûnt les opérations de calcul des nombres décimaux.
Addition des nombres décimnv.v. — L'addition des nombres décimaux se f.iit comme celle des nombres entiers. On écrit les nombres décimaux les uns au dessous des autres, en ayant soin de placer dans une même colonne verticale les chiffres représentant des unités do même ordre, puis on fait la somme des chiffres placés dans une même colonne, en commençant par la colonne qui est le plus à droite, pour passer ensuite à celle qui est immédiatement à gauche, et ainsi de suite. Soit à additionner les nombres suivants : 45,003, 23,19, 4,5234, 3,fi, on écrira :
Soustraction des nomhres décimaux. — Pour soustraire un nombre décimal d'un autre, on retranche successivement les unités de chaque ordre contenues dans le premier nombre, des unilés correspondantes contenues dans le second, comme on fait pour les nombres entiers, et lorsque le chiffre à retrancher est trop fort, on ajoute une dizaine au nombre supérieur et on en tient compte dans la soustraction qui suit. Soit à retrancher ib,i-Hi de 38,047, on a :
Mulliiiliailion des nomhres décimaux. — La règle pour la nnilliplication de deux nombres décimaux l'un par l'autre est la suivante :
On multiplie les deux facteurs comme si la virgule n'existait pas, et dans le produit ainsi trouvé, on sépare Bnr la droite autant de chiffres décimaux qu'il s'en trouve & la foin dans le multiplicande et le multiplicateur.
La raison de cette règle est bien sii]i|)le. Supposons d'abord que le multiplicateur soit iiji nombre entier, on obtient au produit des unilés de inCmeordre que c(!lles qu'on avait an inulliplicuiide, et, parcon^é(|uent, il doit y avoir au produit io niôinc iionibrc de chiffres décimaux qu'au mulliplicando. Soit à niiiltiplier ï,'i'ib par 3'.), il
(0 LcR nombrcB enticm pcuvcut élrc regardé» comme <1os oombrci décimaux dont la partie décimale cul nulle.
est clair qu'en répétant .39 fois le nombre de millièmes représenté par le multiplicande, on aura encore des millièmes.
Supposons maintenant que le multiplicateur soit 0,0039, le produit devra représenter 30 fois la dix-millième partie du multiplicande ; c'est-à-dire que pour avoir un multiplicateur entier, il suffit d'avancer la virgule d'autant de rangs vers la gauche dans le multiplicande qu'il y a de cliifl'res décimaux dans le multiplicateur. Il revient au même de faire le produit comme si les deux nombres étaient entiers et de prendre au produit autant de chiffres décimaux qu'il y en a dans les deux facteurs proposés. Soit à multiplier2,3-.'5 par 0,0039, le produitest 0,0090075.
Division des nombres décimaux. — Examinons d'abord le cas où le diviseur est un nombre entier; il est clair qu'on pourra faire la division comme si le dividende représentait un nombre entier, à la condition de mettre au quotient autant de chiffres décimaux qu'il y en avait au dividende. C;ir en prenant la 25' partie d'un nombre tel que 40,375 ou 40375 millièmes, on trouvera un nombre 1855 de millièmes, qu'on peut écrire 1,855. De là résulte la règle suivante :
Pour diviser un nombre décimal par nn nombre entier, on effectue la division comme si le dividende était entier, et on a soin, lorsqu'on a abaissé le chiffre des unités du dividende, de mettre une vii'gule à la droite du chiffre du quotient qui correspond au dividende partiel ainsi formé. On dispose l'opération comme ci- contre :
Il peut arriver que la division ne se termine pas lorsqu'on a abaissé tous les chiffres du dividende; alors on a o'otenu un quotient qu'on dit approché à moins d'une unité de l'ordre de celles exprimées par le dernier chiffre du dividende; en effet, si l'on augmentait d'une unité le dernier chiffre du quotient trouvé, chiffre qui représente précisément des unités de cet ordre, on aurait un quotient trop fort.
On pourrait, de même, se proposer de trouver un quotient décimal plus approché, par exemple, tel que si on lui ajoutait un cent-millième, on eût un nombre trop fort. Piien no sera plus facile que d'y parvenir; car si on réduit le dividende en cent millièmes, par l'addition d'un nombi-e convenable de zéros, il n'y a plus qu'à effectuer ro]iération comme précédemment, c'est-à-dire à pousser la (li\isiiiiijuM|u'ù ce ([u'on ait écrit au quotient le chiffre des ciMit-niilliènios. Dans la pratique, au lieu d';ijouter d'aboid les zéros an dividende pour les abaisser ensuite successivement dans le courant de l'opération, on se contente de les ajouter à mesure qu'il en est besoin pour la formation des dividendes partiels. Soit à diviser 35,2 par 17, le quotient sera :
35,2 I tT
, .^ 2 a moins 11 un rtixicnie,
nul I ■-."■OoS „„.. à nioins d'un cculicmc,
iSO 2,0"0 à moins d'un millicnif,
li 2,0703 à moins d'un dix-millicme, etc.
Supposons mainlcnant que le diviseur soit aussi un nombre décimal. On peut multiplier le dividende et le diviseur par un même nombre sans changer le quotient; prolitons-en pour rendre le diviseur entier : nuiltiplions pour cola le dividende et le diviseur par une puissance de 10 d'ordre marqué par h: unnili]-i' des cliill'res décimaux du diviseur; cela revient :'i eiVi' e,- i;, virgule au diviseur et a la reculer dans li' du ni. lele (l':iulant de rangs vers la droite qu'il y a de cliiilies .1, , imauN au diviseur. Nous sommes alors ramenés au cas précédent, et on peut formuler ainsi la règle générale do la division do deux nombres décimaux qnolcomiucs :
On supprime la virgule du diviseur et on avance la virgule dans le dividende d'autant di! rangs vers la droite qu'il y a de chiffres di'cimaux au diviseur; on est ainsramené à la division d'un nombre décimal par un nombre entier.