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sances Yives est alors — ^ — | ^ — • Après le choc, la vi-
jyiV 4- M' Y'
tesse commune est U = — et la puissance vive
- — - Si nous comparons ces deux puissances, nous verrons que la première l’emporte sur la seconde de la quantité généralement qu’il y a
perte d’une certaine quantité de travail exprimée par cette dernière formule. C’est envisager les choses d’une manière incomplète. Il y a transformation de travail, mais jamais perte dans le sens rigoureux du mot, MM' (Y Y'Î2
(M 4- M'~) ' représente la portion du travail qui a été
absorbée parles corps choquant et choqué pour opérer les déformations permanentes que les chocs produisent toujours. Aussi, dans les machines qui servent à transporter le travail de la force motrice du récepteur à l’outil (voyez Machines), les chocs ont-ils un double inconvénient : ils détériorent d’abord la machine, puis tout le travail consommé en route pour produire ces détériorations arrive nécessairement en moins à l’outil. Mais il est des cas, au contraire, où cette déformation est justement l’objet qu’on se propose^ comme lorsqu’on forge le fer ou les autres métaux; on ne peut donc plus l’appeler travail perdu. Si nous supposons V' nul et M' infiniment
grand, l’expression du travail absorbé devient c’est-
à-dire précisément égal au travail disponible du marteau ; d’où on conclut que dans une forge, pour obtenir le plus d’effet possible de l’action du marteau, il faut que l’enclume soit inébranlable, et que l’enclume et le marteau soient le plus durs possible pour qu’ils ne s’usent pas, et aussi pour que tout le travail de la déformation porte sur le fer.
Dans le cas, au contraire, où le choc a lieu entre deux corps parfaitement élastiques, il n’y a plus de consommation de travail, parce qu’il n’y a plus de déformation permanente des corps qui se choquent. Tout ce que perd le marteau est gagné par le corps qu’il frappe. Si, par exemple, nous voulons enfoncer un pieu à l’aide du mouton, la base du mouton et la tête du pieu devro nt être aussi élastiques que possible; si, malgré cela, le mouton ne rebondit pas, auquel cas tout le travail du mouton a passé tout entier dans le pieu, ce qui est la condition la plus favorable, le produit delà résistance qui s’oppose à ce que le pieu avance, multipliée par la quantité dont il s’enfonce, est égal à M et V étant la
masse et la vitesse du mouton. On voit dès lors que la vitesse du mouton est plus influente que sa masse sur l’effet produit. La masse étant 10 et la vitesse 1, le travail sera 5 ; la masse étant 6 et la vitesse 2, le travail sera 10 ou le double. Ajoutons, pour être vrai, qu’il faudra deux fois plus de travail pour donner une vitesse 2 à une masse égale à 5, que pour donner une vitesse 1 à une masse égale à 10; de sorte qu’en somme, le travail produit par le marteau sur le pieu sera toujours dans la môme proportion avec le travail produit par le moteur sur le marteau. Comme en réalité le marteau et le pieu ne sont pas parfaitement élastiques, cette dernière conclusion n’est pas exacte et on reconnaît aisément qu’il y a plus d’avantage à augmenter la masse du marteau que sa vitesse. ^ M- D.
Choc en nETour. (Physique). — Commotion violente et quelquefois mortelle produite par la foudre à une distance souvent considérable du point directement atteint par elle.
Lorsqu’un nuage orageux s’est abaissé à une petite dis*
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tance du sol, tous les objets terrestres sont fortement électrisés par influence et d’une manière inverse au nuage. Au moment où la foudre éclate en un point, le nuage, se trouvant brusquement déchargé de son électricité, tous les objets électrisés par lui se désélectrisent brusquement à leur tour. C’est à ce mouvement tout interne du fluide électrique qu’est dû le choc en retour.
Les écarts brusques auxquels se livrent les animaux pendant les orages intenses sont dus beaucoup plus au choc en retour qu’à la terreur, qui n’est, d’ailleurs, ellemême souvent qu’un effet de l’électricité sur nos organes.
CHOCARDS, Ghoquarts, Ghoqüards (Zoologie), Pijrr/iocoraa?, Guv., du gvQc purros, rouge; korax^ corbeau; corbeau qui a les pattes rouges. — Genre à'Oiseaux^ passereaux^ famille des Dentirostres, établi par Cuvier et Vieillot aux dépens de celui des Corbeaux, avec lesquels ils ont de grands rapports; ils ont le bec comprimé, arqué et échancré des merles, il est grêle, et les narines sont couvertes de plumes comme dans les corbeaux. On en connaît à peine deux espèces : le C. des Alpes [P. alpinus, Vieil. ; Corvus pyrrhœorax, Lin.), tout noir, bec jaune, les pieds noirs d’abord, puis jaunes, enfin rouges à l’âge adulte ; il niche dans les fentes des rochers des plus hautes cimes des Alpes, où il habite ordinairement ; l’hiver seulement ils descendent en troupes dans les vallées. Il vit de limaçons, d’insectes, de grains et de fruits, et, à l’exemple du corbeau, il ne dédaigne pas la charogne. La femelle pond quatre ou cinq œufs. Cette espèce est très-nombreuse et fait souvent de grands dégâts dans les champs nouvellement ensemencés. Longueur totale, 0“,40. Le C, sicrin, {P- hexanemus^ Guv. Vaill. ; P. crinitus^ Vieil.) se distingue parce que, parmi les plumes qui couvrent son oreille de chaque côté, il y a trois tiges sans barbes aussi longues que le corps et qui ont l’apparence de crins, d’où le nom spécifique de crinitus que lui a donné Vieillot.
CHOCOLAT (Économie domestique). — Ce mot, qui paraît être d’origine mexicaine, nous a été apporté, en môme temps que la substance alimentaire qu’il désigne, par les Espagnols, qui trouvèrent le chocolat en usage au Mexique, en 1520. Les Mexicains le prenaient simplement en le faisant mousser dans l’eau chaude. Mais ce n’est qu’en 1 660 qu’il fut connu à Paris, à peu près à la môme époque que le café (voyez Cacaoyer, Café). Le chocolat est une espèce de pâte alimentaire faite avec des amandes torréfiées de cacao, du sucre, et parfois quelques aromates, le tout broyé et malaxé avec le plus grand soin, tantôt à la main, tantôt à l’aide d’une machine. Plusieurs espèces de cacao sont employées à la fabrication du chocolat ; mais la qualité la plus estimée est faite avec l’espèce connue sous le nom de caraque. Depuis quelque temps, l’industrie des chocolats a fait à Paris des progrès qui lui ont assuré une des premières places dans le commerce international. Mais aussi, la fraude a suivi la môme progression, et le consommateur ne sait plus aujourd’hui où il doit placer sa confiance. Ainsi on emploie du cacao dont on a extrait le beurre, que l’on remplace par de l’huile d’olives ou d’amandes douces, par des graisses animales, etc. D’autres fois, pour augmenter le poids, on y ajoute de la farine, de la fécule de pomme de terre, des farines de riz, de lentilles, etc. Toutes ces fraudes ont pour but de pouvoir donner des chocolats à bon marché, tandis que c’est une marchandise qui doit toujours être assez chère, et dont le prix de revient varie, suivant les qualités, de 3 à 5 francs le kil. En général, le bon chocolat a une odeur de cacao prononcée ; sa cassure ne doit présenter rien de graveleux; il se fond dans la bouche en y laissant une espèce de fraîcheur. Lorsqu’il est cuit dans l’eau, il ne doit point s’épaissir et se prendre en gelée en refroidissant. Il ne doit point prendre un goût rance, ni exhaler en cuisant une odeur de colle.
Le chocolat fabriqué sans aromates est d’une digestion souvent difficile pour quelques estomacs; aussi"a-t-on l’habitude de l’aromatiser parfois avec de la vanille ou de la cannelle, ce qui lui donne une saveur plus agréable et le rend plus facile à digérer. Du reste, c’est un aliment de bonne nature, réparateur, et une longue expérience avait démontré ses qualités nutritives bien avant que la chimie et la physiologie vinssent à leur tour confirmer et expliquer ces résultats. Les analyses chimiques ont trouvé, en effet, dans le cacao une matière grasse trèsabondante (beurre de cacao), une forte proportion de matières azotées (albumine, fibrine, etc.), et si on joint à cela le sucre qui entre dans la fabrication du chocolat, on a les trois éléments qui, dans l’économie, concourent, à la production des graisses, aux combustions
respiratoires et à la réparation des tissus musculaires. C’est donc sous une seule forme un aliment complet. En résumé, lorsque le chocolat a été fait sans fraude par de bons chocolatiers, qu’il a été bien cuit et bien préparé, c’est un aliment sain, très-bon pour les convalescents, et d’une digestion facile, surtout lorsqu’il a été cuit à l’eau. Celui que l’on prépare au lait ne convient qu’aux estomacs plus solides. F — n
GHQEROPOTAME (Zoologie fossile), du grec choïros, cochon, et potamos^ fleuve. — Nom donné par Cuvier à un Mammifère pachyderme fossile trouvé dans les terrains gypseux des environs de Paris, et qu’il a classé dans le genre Cochon; il avait des dents molaires coniques ressemblant à celles des Hippopotames, et à la mâchoire inférieure des canines courtes comme dans les Pécaris, mais moins aplaties et ressemblant davantage à celles des Carnassiers. Richard Owen a fait à peu près les mômes observations sur une mâchoire inférieure de chœropotame trouvée dans les terrains tertiaires d’eau douce de l’île de Wight ; de sorte que cet animal paraît confirmer l’idée des zoologistes qui pensent que les pachydermes sont un groupe qui se lie par les chœropotames aux carnassiers, et par les éléphants et les mastodontes, aux rongeurs, peut-être môme par d’autres grands fossiles aux ruminants et aux cétacés.
GHOIN (Botanique), Schœnus^ Lin., du grec schoïnos^ jonc. — Genre de plantes Monocotylédones hypoyynes ^ delà famille des Cypéracées; fleurs à glume univalve, imbriquées de tous côtés ou distiques et formant des épillets groupés en tête ou en paquets serrés; 3 étamines et l’ovaire supérieur ; graine ronde ou ovoïde, nue. Ce sont des plantes à tiges cylindriques ou triangulaires à feuilles jonciformes, fleurs écailleuses sans éclat. Ce genre est très-nombreux en espèces qui croissent en général dans les prairies humides et marécageuses; quelques unes en Europe, la plupart sont exotiques. Linné les a divisées en deux sections , les unes à tiges cylindriques, les autres à tiges triangulaires. Le C. marisque [S. mariscus. Lin.) aies tiges dressées, garnies de feuilles linéaires, finement dentées en scie sur le bord ; ses fleurs, roussâtres, sont réunies en petites têtes. On le trouve sur le bord des étangs et des eaux stagnantes. Le C. brun {S. fuscus. Lin.), tiges redressées, triangulaires, haut de 0‘“,15 à 0“,18 en général; ces deux espèces se trouvent en France dans les pâturages humides et les marais tourbeux.
CHOLÉDOQUE (Ganai.), ductus choledochus . — On donne ce nom à un canal qui résulte de la réunion des deux conduits cystique et hépatique et qui vient verser la bile dans le duodénum vers la partie postérieure de sa seconde courbure, en traversant très-obliquement les tuniques de cet organe. Logé profondément dans la cavité abdominale, il descend vers l’intestin en passant entre l’artère hépatique et la veine porte, derrière l’extrémité droite du pancréas. Il est composé d’une tunique extérieure assez épaisse et d’une tunique intérieure trèsmince. On trouve quelquefois des calculs biliaires engagés dans le canal cholédoque (voyez Calcul, Bile).
GHOLÉRA-MORBUS (Médecine), du grec cholé^ bile, red, je coule, et du mot latin morbus^ maladie. Maladie dans laquelle la bile s’écoule. — ■ Le choléra-morbus, trop connu de nos jours, est caractérisé par des vomissements opiniâtres, .une diarrhée séreuse incessante et d’un caractère particulier; la diminution ou la suppression des urines ; des spasmes ; des crampes très-douloureuses dans les membres, etc. On le distingue en choléra asia’‘ tique^ choléra indien^ qui attaque épidémiquement des populations entières, et le choléra sporadique qu’on observe sur des individus isolés.
Le C. asiatique^ nommé aussi C. épidémique, C. indien, est originaire de l’Asie. En 1817, ce fléau destructeur, franchissant le Delta du Gange, son berceau, et remontant ce fleuve, envahit successivement toute l’Asie occidentale, s’étendant même par l’Égypte dans l’Afrique septentrionale, il ravage la Perse, une partie de la Tartarie, gagnant au nord jusqu’aux frontières de la Russie d’Europe ; pendant douze ans, il se renferme dans cette zone et semble arrêté par le fleuve Oural et par la chaîne des montagnes du même nom. Mais, en 1829, il pénètre en Europe par Orenbourg sur l’Oural, arrive à Moscou en septembre 1830, s’étend dans le reste de la Russie, en Pologne, en Hongrie, en Autriche, en Prusse, en Angleterre et éclate en France au commencement de 1832 (mars); pendant plus de six mois, il exerce ses ravages dans le nord delà France et surtout dans la capitale, sans épargner complètement Les autres contrées; dans les années 1833 et 1834, on n’en observa que quelques
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cas isolés, et on commençait à penser que peut être il ne reparaîtrait plus, lorsqu’en décembre l83i il est signalé à Marseille et à Cette, et, quelques mois après, c’est-àdire de juin à octobre, décime les populations dans six départements, dont cinq méditerranéens et celui de Vaucluse. Depuis cette époque, la France a encore eu à subir deux terribles épidémies cholériques en 184‘J et en 1854.
Causes. — Les causes du choléra asiatique peuvent être générales, locales ou individuelles : ainsi, pour les premières, l’air et les eaux sont lés principaux véhicules qui transportent et déposent dans certaines localités les effluves et les miasmes chargés des principes dont nous ne^ connaissons ni l’origine ni la nature, qui constituent* l’essence de la maladie; aussi voit-on, en général, l’épidémie envahir avec une certaine préférence les pays marécageux, bas, humides, sur le bord des rivières et des cours d’eaux un peu stagnantes, dans le voisinage des étangs fangeux, etc. Bien des arguments, bien des observations, plus ou moins spécieux, ont été opposés à cette assertion ; mais le fait n’en est pas moins réel pour tous les esprits non prévenus qui ont bien voulu l’observer, et ces exceptions, quelque nombreuses qu’elles paraissent, prouvent seulement que nous ne connaissons pas tous les éléments du problème à résoudre, et que d’autres causes, telles que la direction des vents, les différentes variations atmosphériques, la nature hygrométrique constante ou accidentelle du sol, du souf^-sol, la situation sous le vent de quelque mare ou étang plus ou moins éloignés, etc., peuvent jouer un rôle immense, qu’il ne faudrait pas manquer d’étudier si, ce qu’à Dieu ne plaise, nous devions encore être visités par ce fléau. D’autres causes générales peuvent encore être signalées : ainsi, les disettes, les invasions, les guerres où de grandes masses d’hommes réunies sur un seul point sont soumises à toutes les causes de débilité et de maladie qu’entraînent les privations et les misères ainsi la guerre de Pologne en 1831, celle d’Orient en 1854 et 1856.
Les causes locales sont celles qui ont rapport aux habitations particulièrement : ainsi des maisons humides, des cours basses, mal pavées et peu aérées, des escaliers sombres et mal tenus, les immondices accumulées près des maisons, des ruisseaux infects, stagnants, le voisinage d’un puisart, d’une mare, des rues malpropres, des lavoirs mal construits, les voies publiques couvertes de débris végétaux ou animaux, etc.
Les causes individuelles tiennent à certaines professions insalubres, aux habitudes de vie irrégulière, au mauvais régime alimentaire, aux privations, à la misère, à la débauche, à l’abus de certains aliments, tels que les légumes frais, les fruits, des boissons alcooliques, de celles qui sont glacées, etc. On peut signaler aussi une mauvaise santé habituelle, un état maladif des organes digestifs, des dispositions aux vomissements, à la diarrhée, aux indigestions, les passions tristes. La peur joue souvent un très-grand rôle dans la production du choléra.
Symptômes . — On a dit que le choléra anatique se déclarait brusquement; c’est, jusqu’à un certain point, une erreur qu’il est très-important de détruire : ainsi, constamment, il est précédé par une diarrhée dite prodromique; à la vérité, cette diarrhée est quelquefois de courte durée, et, dans la période intense de l’épidémie cholérique, elle peut ne durer que deux ou trois heures; mais le plus souvent elle dépasse un jour et peut aller jusqu’à quatre, cinq, six, dix jours et môme plus. Cette diarrhée est ordinairement sans colique ; les malades se présentent sur le siège et rendent, pour ainsi dire sans s’en douter, des selles d’abord jaunâtres, bilieuses, quelquefois sanguinolentes, puis liquides comme de l’eau, blanchâtres, troubles, mêlées le plus souvent de petits grumeaux floconneux; il y a des borborygmes, des gargouillements dans le ventre, des vomissements, perte de l’appétit, de l’abattement, un certain sentiment de faiblesse générale; quelquefois la maladie se borne à ces prodromes, et soit qu’elle ait été combattue par des moyens rationnels, soit par les seules forces de la nature, la santé se rétablit sans autre accident ; on peut môme dire que, pendant le cours d’une épidémie cholérique, l’immense majorité des individus éprouvent quelques-uns des symptômes dont nous venons de parler ; cette nuance légère de la maladie a reçu généralement le nom de cholérine ; et, depuis la grande épidémie de 1832, à plusieurs reprises la santé publique, dans certaines localités, a subi des dérangements de cette espèce sans que la maladie ait pris un plus grand développement; ces faits ont été observés particulièrement en été, pendant les temps chauds et dans la saison des fruits.
Cependant les choses ne se passent pas toujours aussi bien; à cette nuance légère succèdent des symptômes qui annoncent l’invasion véritable d’une première période de choléra grave, qu’on a désignée sous le nom de période algide asphyxique , période dé cyanose., choléra bleu. Les phénomènes précédents persistent et se développent avec plus d’intensité, la diarrhée augmente, les selles deviennent de plus en plus fatigantes ; les vomissements suivent la môme marche: ils sont muqueux, quelquefois un peu bilieux, arrivent sans efforts et soulagent le malade pour un moment; les matières rendues par les selles, aussi bien que par les vomissements, sont claires, blanchâtres, floconneuses, âcres, inodores, ressemblant à de l’eau de riz ou de gruau, à la sérosité du sang ; ceci est un des signes les plus caractéristiques du choléra asiatique, surtout pour ce qui est du liquide rendu par les selles. Bientôt les yeux s’enfoncent, un cercle noirâtre d’un aspect particulier se dessine autour des orbites, il survient des crampes très-douloureuses dans les membres, une soif inextinguible tourmente le malade, les urines sont supprimées, la voix, d’abord enrouée, se brise, se casse, jusqu’à ce que, s’éteignant tout à fait, il ne reste plus qu’une parole péniblement soufflée dans l’oreille des assistants; cependant le malade est dans une agitation continuelle, les extrémités se refroidissent, les mains semblent maigrir, se dessécher, les doigts s’effilent, les ongles se bordent d’une auréole bleuâtre qui s’étend bientôt à la main tout entière, le nez devient froid, la teinte bleuâtre envahit toute la face; la langue, souvent molle, couverte d’un enduit blanchâtre, se refroidit aussi, et rien ne peut donner une idée de la sensation pénible qu’on éprouve à sentir froide comme un glaçon cette langue qui s’agite et que le malade projette encore avec force hors de la bouche ; pendant ce temps, le pouls devient plus faible et finit môme par être imperceptible ; un sang noir, épais, visqueux remplit tous les vaisseaux, aussi bien les artères que les veines, et finit par rendre la circulation impossible ; la respiration, sans paraître pénible pour le malade, se ralentit, les inspirations reviennent à des intervalles quelquefois assez éloignés, l’air expiré est froid; une sueur visqueuse inonde le malade, les selles et les vomissements cessent quelquefois complètement. Cependant, au milieu de ces affreux désordi-es, les facultés intellectuelles se maintiennent dans toute leur intégrité; le malade, fortement affaissé, indifférent pour ainsi dire à ce qui se passe autour de lui, entend, comprend et répond avec justesse : rien ne lui échappe, et, comme on l’a dit avec une effrayante vérité, c’est un cadavre conservant la parole. Lorsque ces symptômes persistent et s’aggravent, le malade succombe dans un intervalle de temps qui varie de deux ou trois heures à cinq ou six jours et môme plus.
Si le malade ne succombe pas pendant cette première période, peu à peu les symptômes s’amendent et nous entrons dans la seconde, dite période de réaction. Les évacuations cholériques sont moins abondantes et moins fréquentes, la soif est moins vive, la langue s’humecte, prend une teinte rosée, le pouls redevient perceptible, la voix revient, la chaleur se rétablit, les urines commencent à couler de nouveau, les crampes diminuent, mais cessent quelquefois très-lentement, une sueur douce inonde la peau, la cyanose disparaît et est remplacée par une couleur d’un rouge plus ou moins vif, surtout au visage, le sommeil reparaît et au bout de quelques jours le malade entre en pleine convalescence.
Mais la réaction n’est pas toujours aussi régulière et aussi franche, et alors survient cette forme à laquelle, on a donné le nom de retic/fow fyp/mi'rfc, parce qu’en effet elle offre de nombreux traits de ressemblance avec la fièvre typhoïde (voyez ce mot) ; un hoquet opiniâtre remplace les vomissements, la langue devient rouge, sèche, râpeuse, quelquefois noirâtre, aussi bien que les lèvres et les dents ; la face est rouge, les yeux s’injectent, la peau s’échauffe, le pouls est petit, médiocrement fréquent, la voix reste faible, il y a un mal de tôte souvent violent ; les malades sont dans un demi-coma ou dans la stupeur, ils ne répondent que difficilement aux questions qu’on leur adresse, le regard est stupide, ébahi, il y a un délire plus ou moins intense ; lorsque tous ces symptômes vont en s’aggravant, l’état comateux augmente et les malades succombent dans un espace de temps qui ne dépasse pas huit ou dix jours ; lorsqu’au contraire ils diminuent, les malades entrent en convalescence; mais celle-ci est ordi- ' naii’ement très-longue, les fonctions digestives ne se rétablissent qu’avec une extrême difficulté et les forces ne se relèvent que très-lentement.
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Pronostic. — Le pronostic du choléra est très-grave, surtout pendant la période meurtrière de l’épidémie ; il est plus grave pour les enfants, les femmes, les gens valétudinaires, ceux qui sont sujets aux diarrhées, qui digèrent mal, qui sont convalescents d’une maladie longue et douloureuse, et en général pour tous ceux qui n’ont pas le cachet de la force, de la santé, qui n’ont pas des habitudes de sobriété, et pour ceux qui sont dans de mauvaises conditions hygiéniques d’habitations, d’alimentation et d’affections morales.
Nature de la maladie, mode de propagation. — En signalant parmi les causes générales les principes infectieux, les effluves, les miasmes, nous n’avons pas voulu dire qu’elles ont une action directe, essentielle pour la production de la maladie, elles agissent comme causes secondaires en favorisant l’action des causes principales dont l’essence, comme nous l’avons déjà dit, est des plus difficiles à saisir ; en effet, ces causes détermineront bien et presque toujours des fièvres typhoïdes, des fièvres intermittentes, pernicieuses, sporadiques ou épidémiques, mais non pas le choléra, si la cause spéciale, immédiate qui lui donne naissance n’existe pas. Cette cause, quelle est-elle ? est-elle transportable par les individus? est-elle de nature contagieuse ? Pour résoudre la question, il faut dire un mot de ce qu’on entend par une épidémie contagieuse (voyez Contagion). C’est celle qui se reproduit par le contact médiat ou immédiat des individus en tous temps, en tous lieux, qui ne reproduit que la maladie primitive spéciale ; qui a pour caractères de pouvoir agir d’une manière plus ou moins médiate, de pouvoir être transportée au loin dans tous les temps et dans tous les lieux, de se développer peu à peu, par f uite des rapports même les plus légers et avec d’autant plus de certitude que ces rapports sont plus immédiats, de se retirer lentement et en laissant des cas isolés qui reparaissent de loin en loin. En appliquant ces principes au choléra-morbus, on trouve cotte différence, qu’il débute presque toujours sur des personnes qui n’ont eu entre elles aucun rapport, et que, après quelques jom-s, il attaque tout à coup un grand nombre d’individus épars. Les personnes environnant les cholériques n’y sont pas plus exposées que d’autres, à moins qu’elles ne se trouvent dans des conditions de localité favorables au développement de la maladie. L’épidémie ne s’étend pas de proche en proche, mais par sauts et par bonds, respectant un quartier, une commune, en envahissant une autre sans raisons appréciables; elle peut être transportée au loin sans distinction apparente de temps ni de lieu ; elle cesse souvent brusquement sans qu’il en reste de traces. La conclusion à tirer de cet exposé, c’est que le choléra n’est pas contagieux. Nous ne reproduisons pas ici tous les systèmes par lesquels on a cherché à expliquer l’éclosion, le développement de la maladie ; c’est de la théorie qui n’est pas encore suffisamment basée sur des faits. Quant à la nature, à l’essence même de la maladie, les uns (Broussais, Bouillaud) l’ont regardée comme une inflammation de la membrane muqueuse des organes de la digestion; d’autres, comme une névralgie gastrointestinale, avec flux immodéré de liquides; d’autres (Roclîoux), comme une névrose des organes placés sous l’influence du grand sympathique ; on peut voir par ce qui a été dit plus haut, qu’il est difficile de ne pas y rattacher l’idée d’une forme quelconque à'irritation gastro-intestinale.
Traitement . — Dans le choléra-morbus, plus encore que dans d’autres maladies, il est difficile d’exposer une médication directe, mais seulement des indications curatives à remplir. Nous allons passer en revue les principaux moyens qui ont été emploj’-és. Dans la période dite cholérine, ou de diarrhée, les antiphlogistiques, tels que saignées locales ou générales, les cataplasmes sur le ventre, la diète absolue, les lavements laudanisés, les boissons légèrement stimulantes lorsqu’il n’y a pas de vomissements; les boissons fraîches, glacées, la glace lorsque ce symptôme existe, constituent l’ensemble du traitement le plus rationnel. Dans la période algide, tant que le pouls se conserve, que le refroidissement n’est pas complet, le même traitement pourra être employé si le malade est jeune, s’il est fort, s’il n’y a pas encore de prostration; on y joindra la glace par petits morceaux à l’intérieur, à l’extérieur en friction pour combattre les crampes ; on continuera les opiacés en lavement ; les vomitifs et surtout l’ipécacuanha, conseillé, môme dans la période de diarrhée, par plusieurs médecins, ont été vantés avec raison par un grand nombre de praticiens. On doit aussi des succès au sous-nitrate de
bismuth ; mais quand le refroidissement est presque général, que le pouls n’est plus perceptible, qu’il y a cyanose, etc.; tout en continuant la glace en frictions contre les crampes, on a recours aux excitants internes et externes ; ainsi le café, le punch, les vins généreux, l’acétate d’ammoniaque, la menthe, l’huile de caïéput, les sudorifiques, etc. il convient de faire observer que, dans cette période, l’absorption intestinale se fait très-imparfaitement, que l’action des médicaments internes est trèsproblématique, et que l’on doit tenir compte de cette circonstance. A l’extérieur, tous les excitants imaginables ont été tentés; ainsi le calorique sous différentes formes, aux extrémités, au tronc, le repassage avec un fer chaud de la colonne vertébrale au moyen d’une flanelle imbibée d’essence de térébenthine, les frictions ammoniacales, les vésicatoires, les sinapismes. Enfin, lorsque la période de réaction prend le caractère typhoïde, on combat la congestion cérébrale par les saignées, les sangsues, les dérivatifs, la glace, les boissons douces et l’ensemble des moyens qu’on oppose généralement aux fièvres typhoïdes. Voilà l’ensemble des idées qui dominent dans les travaux de la commission envoyée en Russie, en Prusse et en Autriche en 1831, dans ceux qui ont été faits pendant la grande épidémie do 1832 à Paris, en 1835 par la commission que la faculté de Montpellier chargea de visiter les départements du midi de la France, ravagés par le choléra. Nous avons traversé les épidémies de 1832, 18 i9 et 1864, nous avons vu et agi, nous avons pu comparer, et nous avouons que la réaction qui s’est opérée pendant les deux dernières, dans les idées d’un certain nombre de médecins, d’une manière absolue contre le traitement antiphlogistique, n’a en rien ébranlé et changé nos convictions.
Quant au traitement prophylactique., il doit tenir à un ensemble de mesures, les unes générales, les autres particulières; les premières regardent l’administration, qui doit mettre tous ses soins à l’assainissement des localités en temps ordinaire ; en temps d’épidémie, à user sur une grande échelle des visites hygiéniques prescrites en 1 854 ; à l’organisation de commissions temporaires de salubrité chargées de proposer d’urgence les mesures jugées nécessaires ; enfin, à ce que le service des eaux, des boues^ des immondices, du balayage ; celui des marchés, quant à la surveillance des fruits, des viandes, des poissons, des légumes, etc., soient faits avec toute la célérité et le soin possibles. Les précautions individuelles consistent dans la sobriété, l’usage modéré des boissons fermentées, alcooliques, des fruits, des légumes verts; les individus valétudinaires surtout veilleront avec un soin extrême à leur régime alimentaire ; ils éviteront le froid, l’humidité, les grandes réunions, les émotions vives, les veilles prolongées, le travail excessif, etc. Ils porteront de la laine sur la peau ; si c’est en été, ils éviteront les refroidissements subits, les marches forcées, etc.
Le choléra asiatique est-il une maladie nouvelle pour l’Europe? On a dit que la fameuse peste noire de 1348 était une épidémie de choléra-morbus. Pour répondre à cette question, il faut dire un mot de la peste noire. Après avoir envahi l’Asie toute entière, les rives du Bosphore, les côtes du nord de l’Afrique, elle pénétra en Europe par l’Italie, et sévit d’abord à Florence, d’où les historiens lui donnèrent le nom àe. peste de Florence; elle reçut aussi des Italiens celui de anguinalgia [mal des aines). Simon de Couvain l’appelle pestis inguinaria [peste des aines). En France, les contemporains l’appellent épydimie, mortalité des bosses; enfin, plus tard, elle est désignée sous le nom éiQpestis atra [peste terrible), non pas peste noire, comme on a traduit improprement le mot a/r«. Voici maintenant ce que disent quelques auteurs contemporains,, et d’abord un médecin : « Pour la cure curative, dit Guy de Ghauliac, on faisait des saignées ou évacuations,... et les aposthèmes extérieurs étaient meuris avec des oignons cuits, etc. » « Des tumeurs, dit Boccace, grosses, les unes comme une pomme, les autres comme un œuf, se développaient d’abord aux aines et sous les aisselles... » Le continuateur de Nangis n’est pas moins explicite : « Sitôt qu’une tumeur se levait à l’aine ou aux aisselles, on était perdu. » Écoutez aussi le poète Guillaume de Macliaut, narrateur contemporain de la peste de 1348 :
. . . corrompus en devenoieiit Et que \em' couleur en perdaient.
Car tuit estoient raaltraitié,
Descouluré et deshaitié,
Boces avoient, etgransclos (clous)
Dont on moroit,
..... il en mourut cinq cent mil.