‹ Dictionnaire général des sciences théoriques et appliquées ... avec des figures intercalées dans le texteChapitre 29 sur 385 · AGO · texte numérisé non relu

AGO

AGR

r.u moins de sa surveillance. Aussitôt après sa naissance, le petit agneau sera placé à portée de la mère afin qu’elle Jouisse le caresser de sa langue, et pour l’y engager on pourra répandre sur lui un peu de sel ou de son ; ensuite on s’occupera de le faire téter, en ayant soin d’écarter la laine qui pourrait exister auprès du pis, et qui gênerait la. succion. Lorsque quelque circonstance s’oppose à ce que la mère allaite son agneau, il faudra avoir recours à une autre brebis qu’on cherchera à tromper pour lui faire accepter ce nouveau nourrisson ; ou bien on le nourrira avec du lait de vache. Dans tous les cas, il faudra que la température de la bergerie soit un peu plus élevée que de coutume, et que la nourriture des mères soit plus substantielle. Au bout d’une douzaine de jours on commencera à faire sortir les brebis mères ; l’allaitement devra continuer pendant quatre ou cinq mois ; au bout de ce temps, le sevrage commencera et se fera progressivement, autant qu’il sera possible. Pendant ce temps, il sera, bon de donner aux agneaux une ration de deux poignées de son et une d’avoine par jour, et une quantité double depuis le sevrage jusqu’à huit ou neuf mois. A cette époque, l’agneau pourra vivre comme le reste du troupeau .

AGNÜS-GASTUS (Botanique), du grec agnos, pur, et du latin castus^ chaste. — Espèce de plante du genre Gattilier {Vitex, Lin.), plantes Dicotglédonées de la famille des Verhénacées , tribu des Viticées. L’agnuscastus, nommé aussi arhi^e au poivre, petit poivre, poivre sauvage^ poivre des moines, est le Gattilier commun. C’est un arbrisseau buissonneux de 3 à 4 mètres de haut ; feuilles à folioles lancéolées, acuminées, blanchâtres en dessous; fleurs violettes, disposées en panicules axillaires et terminales ; calice campanulé ; corolle trois fois plus longue que le calice, à gorge renflée ; étamines très-saillantes. L’agnus-castus fleurit à la fin de l’été, dans les lieux humides des régions chaudes de l’Europe méridionale, de l’Égypte, etc. On en trouve aussi dans quelques départements du midi de la France, On a attribué à’ cette plante une influence favorable à la chasteté, qui explique son nom et n’est nullement démontrée.

AGOUTI (Zoologie), — nom exotique de l’animal. — Genre d’animaux Mammifères de l’ordre des Rongeurs, qui est en quelque sorte, dans le nouveau continent, l’analogue de notre genre Lièvre. Cependant les agoutis [Chloromys, Fr. Cuvier), par leur conformation extérieure, se rapprochent davantage des cochons d'Inde avec lesquels ils formaient le genre Cavia de Linné, et dont ils ne se distinguent guère que par leurs jambes plus longues ; du reste ils ont aussi quatre doigts devant, trois derrière, quatre dents mâchelières partout, seulement, dans les : goutis, elles sont presque égales, à couronne plate irrégulièrement sillonnée, à contour arrondi. Les jambes de derrière sont d’un tiers plus longues que celles de devant ; c’est là ce qui leur donne une certaine ressemblance avec nos lièvres. Les agoutis mangent des fruits, des feuilles, des racines. Leur chair est assez délicate, quoi-

Fig. 68. — Agouti (l/io environ de la grandeur naturelle)*,

qu’elle ait un goût sauvage. Leurs mœurs sont à peu près celles de nos lapins. On les trouve aux Antilles et dans l’Amérique méridionale. Les principales espèces sont ; V Agouti {Cavia Acuti, Lin.), dont la queue est réduite à un simple tubercule ; grand comme un lièvre. UAcouchi [Cavia Acuchi, Gmel.) ; un peu plus petit. Le Zfèyre des créoles de Buénos-Ayres [Cavia pata- (jonica, Pennant), à longues oreilles, à queue très-courte,

est un des plus grands rongeurs que nous connaissions (hauteur, ü“,45). Les Indiens l’appellent Mara. — Daubenton avait recommandé l’importation dans nos climats et la domestication de V Agouti, et M. le professeur Is. Geoffroy Saint-Hilaire a récemment signalé au même point de vue le Mara : ces deux animaux rendraient les mômes services que le lapin.

AGRAFE DE Valentin (Médecine). — Espèce de pince, à laquelle on a donné le nom de Valentin, son inventeur, qui l’employait, dans l’opération du bec-de-lièvre, pour rapprocher les bords de la plaie.

AGRICULTURE, du latin nger, champ, Qtcultura, culture. — Ce nom désigne un art et une science qui occupent une place considérable parmi les travaux et les connaissances de l’espèce humaine. L’agriculture est en effet, d’une manière générale, Vart de faire produire au sol sur lequel l’homme s’est établi les plantes et les animaux nécessaires à la satisfaction de tous ses besoins. Dès que les hommes ne vivent plus à l’état de chasseurs ou de pasteurs nomades, dès qu’ils se fixent dans une contrée pour y former des cités, ils sont contraints de faire de l’agriculture : inhabiles d’abord, ils travaillent grossièrement la terre et en tirent un faible produit ; mais l’expérience les conduit lentement à réformer leurs pratiques premières, et ainsi se constitue peu à peu dans chaque pays un art agricole, empirique et traditionnel, qui le plus souvent est dans son ensemble heureusement approprié au climat et à la nature de la contrée, bien que susceptible d’ailleurs de perfectionnements que les agriculteurs devraient toujours s’occuper de rechercher avec prudence, mais avec ardeur.

La science agricole, oxx. l’agriculture considérée comme science, est une explication rationnelle des procédés employés dans l’art agricole, et elle a pour objet de faire comprendre leur degré d’efficacité et de provoquer les perfectionnements que l’expérience pourrait apprendre à y introduire. Gomme on le doit comprendre, l’art de l’agriculture existe bien avant la science, car les hommes ont eu besoin d’apprendre bien des choses avant de constituer la science agricole. L’agriculteur, en efiet, cultive, sur une terre d’une composition très-variable selon les contrées, des plantes et des animaux ; pour comprendreun peu comment il y parvient, il faut connaître la physique, qui explique les phénomènes atmosphériques de chaleur, d’humidité, etc. ; la chimie, qui analyse la terre môme du champ cultivé, l’air, les pluies toujours en rapport avec sa surface; la botanique, qui fait connaître la structure des plantes, leur manière de se nourrir et de se reproduire ; la zoologie, qui fait connaître à son tour la structure des animaux, leurs aptitudes, leurs besoins et leurs fonctions, etc., etc. L’agriculteur sait bien faire venir du blé, du foin, sans toutes ces connaissances; mais il ne pourrait expliquer les opérations que l’expérience traditionnelle lui a enseignées, et il les comprend moins que le savant, qui de son côté ne sa rait les exécuter comme lui. Mais si ces deux hommes viennent à réunir ce qu’ils savent avec le seul désir d’apprendre l’un de l’autre à mieux faire, leur concours est le gage assuré des progrès rapides de l’agriculture. Dans ce concours d’efforts, le savant devra emprunter au cultivateur les trésors d’expérience qui lui manquent, et le cultivateur devra se faire expliquer autant que possible ce qu’il fait et s’attendre que souvent la science avouera son insuffisance; mais les lumières qu’elle peut donner feront éclore dans l’esprit de l’homme pratique les idées de perfectionnement qui augmenteront les produits du sol et rendront plus fécondes les sueurs de celui qui les cultive. En un mot, pour faire entrer l’agriculture dans cette voie ce progrès où marche l’industrie manufacturière, il faut imiter l’exemple de celle-ci. Les physiciens et les chimistes, incapables de manufacturer eux-mêmes, guident les travaux des chefs d’industrie ; de môme les naturalistes, initiés à la physiologie des plantes et des animaux, et aux notions de chimie et de physique, sont les hommes destinés à guider les agriculteurs, sans être d’ailleurs aptes à cultiver par eux mômes. Parfois l’agriculteur réunit en lui-même ces deux ordres de connaissances pratiques et théoriques; il peut 'alors se montrer un homme supérieur et exercer la plus heureuse influence sur l’agriculture de son pays et sur la prospérité publique.

Aujourd’hui V Agriculture pourrait se diviser en plusieurs branches constituant chacune un art et une science collatérale, mais aucune division philosophique de ce vaste champ de nos connaissances n’a encore été adoptée. On a proposé, pour désigner la science agricole,

AGR

AGR

l’ensemble des théories concernant les pratiques de la culture en général, le mot Agronomie^ réservant le mot Agriculture pour l’art agricole. En tout cas l’agriculture en général doit se partager en trois branches principales: 1® la culture des champs ou Agriculture proprement dite ; 2® la culture des jardins ou Horticulture ; 3® la culture des forêts ou Sy lviculture. A l’agriculture proprement dite se rapportent comme subdivisions, la Zootechnie ou science des animaux domestiques, V Économie rurale ou science de l’exploitation des propriétés foncières consacrées à la culture, la Mécanique agricole^ etc., puis certaines branches spéciales, comme Ÿ Arboriculture (culture des arbres), la Viticulture^ (culture de la vigne).

Destinée à satisfaire les premiers besoins de l’homme, l’agriculture a nécessairement été la première industrie de toutes les nations, et chacune l’a pratiquée selon le sol et le climat. Les Égyptiens, dans l’antiquité, ont cultivé d’une manière très-parfaite la vallée du Nil périodiquement fécondée par le limon de ce fleuve. Les Grecs paraissent leur avoir emprunté les premières notions d’agriculture et, dès le ix« siècle avant notre ère, Hésiode composait son poème les Travaux et les J ours ^ où nous trouvons une esquisse intéressante des procédés agricoles de cette époque reculée. Les Romains ont longtemps allié à leurs occupations guerrières une pratique assidue des travaux agricoles, et l’on peut citer parmi les ouvrages qu’ils nous ont laissés sur ce sujet les traités de Caton l’Ancien, de Golumelle, de Palladius, de Varron {De re rusticâ)^ les Géorgiques du grand poète Virgile, les Géoponiques de Cassianus Bassus. — Ouvrages à consulter ; Théâtre d'agriculture d’Olivier de Serres; Maison rustique de Ch. Estienne; Nouvelle Maison rustique de Liger; Üours d’agriculture de l’abbé Rozier; Éléments d’agriculture de Duhamel; Nouveau Cours complet d’agriculture du XIX* siècle par les membres de la section d’ Agriculture de l’Institut de France; et enfin, parmi les livres tout à fait modernes, et en laissant de côté un grand nombre de travaux sur des points spéciaux d’agriculture, il faut citer : Maison rustique du xix® siècle., continuée parle Journal d’agriculture pratique; Cours d’agriculture âo M. de Gasparin ; Annales agricoles de Roville par Mathieu de Dombasle; Animaux domestiques par David Low, traduction de Royer ; Cours élémentaire d’agriculture de MM. Girardin et Du Breuil; Dictionnaire raisonne d’ agriculture et d’économie du bétail parM. Richard (du Cantal),; Précis d’agriculture de MM. Payen et Richard ; Économie rurale par M. Boussingault, et enfin le Livre de la ferme et des maisons de campagne par P. Joigneaux, qui est l’ouvrage le plus récent et le plus pratique qui existe sur la matière. Ad. F.

AGRION (Zoologie), du mot grec agrios., sauvage. — Genre d’insectes Névroptères., lamille des Subu licornes., formé , comme le genre Æshne , aux dépens du grand genre Demoiselles ou Libellules de Linné. Les Agrions [Agrion., Fabricius) se distinguent des Libellules proprement dites et des Æshnes par leurs ailes perpendicplaires dans le repos et par l’élargissement transversal de leur tête dont les yeux sont lort écartés. L’abdomen menu et filiforme est parfois très-long et porte à son extrémité, chez les femelles, des lames en scie ; point de vésicule au front, yeux lisses, égaux, disposés en triangles, lobe niédian de la lèvre divisé en deux jusqu’à sa base. Les principales espèces ?>ont:V A. vierge {A. virgo.. Latreille), long de 0™,07 à 0^,08, d’un vert doré ou bleu vert dont l’éclat rappelle l’aspect d’une bobine de soie, les ailes supérieures bleues ou marquées au milieu d’une large bande bleue ou brun jaunâtre; VA. jouvencelle

ou fillette {A. puella., Latr.), moitié plus petit que le précédent^ d’un éclat soyeux comme lui , mais offrant dans sa coloration une grande variabilité ; les ailes sont

habituellement incolores et l’abdomen annelé de noir. Ces deux espèces sont très-communes en France, pendant l’été, sur les plantes aquatiques et dans les prairies au voisinage des eaux douces (voyez Libellule).

AGRIPAUME (Botanique), des mots latins agei\ champ, et palma., main, allusion sans doute aux digitations des feuilles de la plante {Leonurus., Lin.). — Genre de plantes Dicotylédones., famille des Labiées. L’espèce la plus commune, VAgrip. Cardiaque {Leonurus Cardiaca^ De Candolle) atteint 1 mètre de hauteur et porte des feuilles larges divisées en plusieurs lobes, des fleurs velues, petites, purpurines ou blanchâtres, en verticilles axillaires serrés. Cette plante croît dans les lieux incultes, le long des haies et des chemins ; elle passe pour avoir des propriétés vulnéraires, toniques et vermifuges; on lui attribuait aussi une certaine efficacité contre les palpitations de cœur : de là son nom de Cardiaque. Ses fleurs sont très-recherchées des abeilles. — Caractères du genre : Calice turbiné à 5 nervures et à 5 dents subulées un peu épineuses ; corolle à tube non ou rarement à peine saillant, nu en dedans ou garni d’un anneau oblique de poils, à limbe bilabié, à lèvre supérieure oblongue, rétrécie à la base, à lèvre inférieure étalée, trifide ; étamines à anthères rapprochées par paires, à 2 loges parallèles, à valves nues. G — s.

AGRONOMIE (Agriculture), des mots grecs agros., champ, et nomos., loi. — Science ou étude théorique des principes qu’il convient de regarder comme devant servir de guide aux agriculteurs pour tirer du sol les meilleurs produits aux moindres frais. On nomme Agronome l’homme qui se livre à l’étude et à la recherche de ces principes ; V agriculteur devient en même temps un agronome., lorsqu’il renonce à suivre aveuglément une pratique traditionnelle pour raisonner ses procédés d’exploitation et se rendre compte de leurs motifs, de leurs avantages et de leurs défauts; V agronome fort souvent n’est

pas agriculteur., et il n’est pas nécessaire qu’il le soit (voyez Agriculture).

AIG

AIG

AGROSTEMME (Botanique), Agrostemma^ du grec agrùs^ champ, et siemmo^ couronne; couronne des champs, pour la beauté de ses fleurs. — Genre de la famille des Caryophy liées créé par Linné. L’espèce principale est la Nielle des champs [A. Giihago, Lin.) dont la graine, lorsqu’elle se trouve dans les blés, donne au pain un goût très-désagréable. Ce genre a été réuni aux Lychnides fvoy. ce mot),

AGROSTIDÉES (Botanique). — Tribu établie par Kunth dans la famille des Graminées. — Caractères : Épillets uniflores, quelquefois avec le rudiment d’une autre fleur; glume et glumelle à 2 folioles membraneuses, l’inférieure souvent prolongée en arête ; stigmates sessiles ou portés par des styles courts.— Genres principaux : Agrostide^ Gastridie, Lagure, Polypogon^ etc.

AGROSTIS ou AcnosTiDE (Botanique), du ^Qcagrostis, gazon. — Genre de plantes Monocotylédones de la famille des Graminées.^ type de la tribu des Agrostidées. Il renferme des herbes gazonnantes, à feuilles planes, à fleurs en panicules lâches, formées d’épillets pédicellés uniflores. Ces herbes, auxquelles la finesse de leurs panicules donne une élégance charmante, sont en général de bonnes espèces fourragères. 'V Agrostide jouet du vent [A. spica ventiilAn.) [fig. 70), très-commune dans nos moissons, est une des plus grandes et des plus gracieuses. L’A. blanche (^4. alba et stolonifera^ Lin.), appelée vulgairement Cernue., et aussi traînasse à cause de sa tige stolonifère (on nomme aussi traînasse la renouée des oiseaux)^ VA. des chiens {A. canina^ Lin.), sont des herbes vivaces également abondantes dans les prairies naturelles. On cultive souvent comme bordure dans les jardins l’Agrostide élégante {A. elegans., Thore), plante annuelle du midi de laFrance, qui produit un très-joli effet par sa légèreté et la finesse de ses fleurs. G • — s.

AÏ (Médecine), nom gascon, adopté par M. Velpeau pour désigner une maladie caractérisée par un gonflement avec crépitation douloureuse des tendons, particulièrement des muscles radiaux externes., du long abducteur qI du court exteyiseur du pouce. Elle est déterminée par une violence extérieure ou une grande fatigue, et dure environ une quinzaine de j:ours, sans présenter en général de gravité. Le traitement consiste dans le repos, l’emploi des émollients, puis des résolutifs, aidés d’une compression modérée au moyen d’un bandage roulé.

Ai (Zoologie). — Animal mammifère du genre Paresseux ou Bradype de Linné (voyez Paresseux).

AIGLE (Zoologie), du latin aquila., aigle. — Ce nom

mun^ ou Grand Aigle., ou Aigle doré [Falco chrysaètos, Lin.), qui est l’espèce la plus répandue dans les contrées montagneuses de notre pays, mais auprès duquel se placent beaucoup d’autres oiseaux désignés aussi dans divers pays sous le nom Ainsi, tandis que V Aigle royal

est l’espèce commune en Suisse, en Allemagne, en Pologne, en Écosse, dans le nord et l’orient de l’Europe, puis dans l’Amérique du Nord ; le midi de l’Europe voit ordinairement dans ses montagnes V Aigle impérial [Falco imperialis., Temminck), qui est sans doute VAëtos des Grecs et V Aquila des Latins; du reste les mêmes montagnes nourrissent aussi V Aigle criard.. Petit Aigle ou Aigle tacheté [Aquilanœvia., Cuvier), plus petit d’un tiers et qui n’a jamais pu être confondu avec le précédent. D’autres espèces représentent ce même type dans diverses contrées de l’Afrique, de l’Asie, etc. ; mais nous parlerons surtout de l’aigle de notre pays; plus loin il sera traité du groupe des Aigles et de leur distribution méthodique.

Laigle royal ou aigle commun est un oiseau dont la femelle mesure I“,20 de longueur de l’extrémité du bec

Fig. 72.— Tête d’aigle royal, femelle (1/t de grandeur naturelle).

à celle de la queue, atteint, les ailes étendues, 2“,90 d’envergure et qui peut peser de 8 à 9 kilog.; le mâle n’a que 1 mètre de long et pèse environ 6 kilog. Son œil grand, étincelant d’un feu brun clair, est enfoncé sous une saillie de l’orbite, qui le recouvre comme un toit avancé ; l’iris est d’un beau jaune clair, et brille d’un feu très-vif; l’humeur vitrée est couleur de topaze; le cristallin, qui est sec et solide, a le brillant et l’éclat du diamant. Cette disposition des parties donne à son regard une farouche et puissante majesté ; son bec fort, recouvert à sa base d’une peau jaune nommée cire., se prolonge en un cône de corne bleuâtre recourbé vers son extrémité en une pointe acérée. Son rude plumage est d’un aspect sombre, fauve, et môme d’un roux doré sur le derrière de la tête; blanc à la moitié supérieure de la queue, il offre partout ailleurs une coloration noire ou brune obscure; à l’âge adulte les pennes de la queue sont rayées de bandes irrégulières cendrées. Avant cette époque l’aigle a diverses livrées ou plumages qui annoncent son âge et ont fait rapporter à une espèce distincte des individus encore imparfaits de plumage. Ce puissant oiseau est armé de serres vigoureuses à ongles noirs et pointus ; une peau écailleuse et jaune recouvre ses pattes courtes et trapues. S’il y a lieu de croire que les anciens ont décrit et célébré comme oiseau de Jupiter, dépositaire de la foudre et messager des dieux, VA igle impérial., on peutappliquer ce qu’ils en ont dit à V Aigle royal qui ne lui cède guère sous aucun rapport. A la puissance des armes qu’il tient de la nature, il joint la vigueur et la dureté du corps, la force des ailes et des jambes, la rapidité du vol, la fierté de l’attitude, la vue perçante. Buffbn l’a comparé au lion, et l’a considéré en quelque sorte comme le roi des oiseaux. L’aigle a plusieurs convenances physiques et morales avec le lion : la force, la magnanimité ; ils dédaignent également les petits animaux, et méprisent leurs insultes. Ce n’est qu’après avoir été longtemps provoqué par les cris importuns de la corneille ou de la pie, que l’aigle se détermine à les punir de mort. « Il est,

« ajoute le grand naturaliste, solitaire comme le lion,

<( habitant d’un désert dont il défend l’entrée et l’usage U delà chasse à tous les autres oiseaux.... Les aigles se « tiennent assez loin les uns des autres pour que l’espace (( qu’ils se sont départi leur fournisse une ample subsis- (( tance.... On assure que le môme nid sert à l’aigle pen- <( dant toute sa vie. C’est réellement un ouvrage assez con- (( sidérable pour n’être fait qu’une fois, et assez solide pour « durer longtemps. Ce nid, qu’on appelle son aire., est tout « plat et non pas creux comme celui de la plupart des « autres oiseaux; placé ordinairement entre deux rochers,

AIG

AIG

« dans un lieu sec et inaccessible, il est construit comme « un plancher avec de petites perches ou bâtons de cinq à .. six pieds ( 1“,70 à 2 mètres), appuyés par les deux bouts, il et traversés par des branches souples recouvertes de plu- « sieurs lits de jonc et de bruyère. Ce plancher ou ce Il nid t St large de plusieurs pieds (on en a trouvé de « 5 pieds carrés ou 2mq,89) et assez ferme non-seulement « pour soutenir l’aigle, sa femelle et ses petits, mais pour M supporter encore le poids d’une grande quantité de vi- « vres. Il n’est point couvert par le haut et n’est abrité « que par l’avancement des parties supérieures du ro- « cher. » Dans cette aire habite un couple dont l’union persiste jusqu’à la mort de l’un d’eux ; or la longévité de l’aigle paraît considérable. Il est commun de trouver des aires où le même couple est fixé de mémoire d’homme ; on a gardé à Vienne un aigle captif pendant cent quatre ans. Vers le mois de mars, en Europe, l’aigle royal travaille avec sa femelle à réparer son nid au milieu duquel celle-ci dépose bientôt deux ou trois, rarement quatre œufs d’un blanc sale, marqués de taches rousses, et gros comme environ trois œufs de poule. La mère les couve trente jours, et il en sort des aiglons couverts d’un duvet blanchâtre que les parents soignent pendant trois ou quatre mois, jusqu’à ce que, se sentant assez forts, les petits prennent leur vol pour ne plus revoir leur aire natale. Les jeunes n’ont pris qu’à la troisième année leur plumage d’adulte. Pendant que la femelle couve, le mâle pourvoit à ses besoins, et, pendant qu’il ne chasse pas, il fait au-dessus de son aire des évolutions continuelles d’une hardiesse et d’une rapidité merveilleuses. L’extrême voracité des aiglons exige que les parents se livrent à une chasse active pour les approvisionner. Aussi trouve-t-on à cette époque dans le voisinage de l’aire des animaux entiers, des débris de tous genres. Tl paraît qu’il leur déplaît en général d’en encombrer l’aire elle-même, et que quelque saillie de rocher peu éloignée leur sert habituellement de boucherie. Le docteur Jonathan Franklin cite le fait d’un gentilhomme écossais près de la maison duquel habitèrent deux aigles pendant plusieurs étés : « Il y avait, dit-il, à quelque distance du nid « une pierre d’environ six pieds ( 2 mètres ) de longueur « sur autant de largeur; sur cette pierz’e le maître delà « maison et sa servante trouvaient, pendant que le nid « renfermait des aiglons, une provision de coqs de bruyè- « re, de perdrix, de lièvres, de lapins, de canards, de « bécasses, et parfois même des chevreaux, des faons, des « agneaux. »

Il ajoute que plus d’une fois, pris à l’improviste, ce geiiMlhomme envoya faire pour sa propre table des emprunts au garde-manger de ses voisins les oiseaux de proie. Les aigles le souffraient sans résistance, pourvu que l’on n’approchât pas du nid lui-même, et iis n’étaient pas longtemps sans apporter d’autres vivres. « Mais lors- « que le fruit de leur chasse ne leur était pas enlevé, le U père et la mère vaguaient çà et là avec leurs petits « jusqu’à ce que les provisions fussent tout à fait épui- « sées.... Dès que les aiglons étaient capables de sau- « tiller à la hauteur de la pierre, vers laquelle condui- « sait un étroit sentier suspendu sur un redoutable pré- « cipice, les aigles apportaient des lièvres et des lapins « vivants et, les plaçant sur cette table de sacrifice, ils « exerçaient leurs petits à tuer ces victimes et à les dé- « pecer.... Ges deux aigles étaient fidèles l’un à l’autre « et formaient d’ailleurs un ménage égoïste et personnel; « le père et la mère ne permettaient point à leurs aiglons « devenus gi ands de s’établir et de vivre auprès d’eux ; « ils les chassaient impitoyablement à une grande dis- « tance. » ( La Vie des animaux^ par Jon. Franklin, 2® série, ouvrage traduit par A. Esquiros. ) Si l’on pouvait comparer ces mœurs instinctives aux mœurs librement volontaires de l’espèce humaine, ce sont là les scènes d’un repaire de bandits. Du reste, on a plusieurs exemples d’hommes ayant tiré du voisinage de l’aigle les mêmes ressources pour s’approvisionner.

Le vol de l’aigle est lourd lorsqu’il rase le sol ; mais il devient léger, facile et très-puissant dans les hautes régions de l’air. Les ailes largement déployées et presque immobiles, la queue épanouie, l’oiseau glisse dans l’air avec une rapidité très-grande, mais que l’on a beaucoup exagérée en l’évaluant. à 78 kilomètres à l’heure. Naumann affirme qu’au vol l’aigle n’atteindrait pas un pigeon. Néanmoins, lorsque du haut de l’air, l’aigle, planant comme un point à peine visible, a découvert une proie de son regard perçant, il se laisse descendre vers elle comme une flèche ; ses serres sont ouvertes et saisissent la victime avec une force irrésistible ; en même temps

quelques coups d’aile relèvent l’essor de l’oiseau et le ramènent dans les plaines de l’air qu’il traverse en se dirigeant vers son nid. On a beaucoup contesté que les aigles aient pu enlever des enfants ; mais, outre plusieurs exemples dignes de foi, voici un fait rapporté par Degland dans son Ornithologie euro-péenne et que M. Moquin-Tandon avait communiqué à l’Académie des sciences de Toulouse : Deux petites filles du canton de Vaud, l’une âgée de cinq ans, l’autre de trois, jouaient ensemble, lorsqu’un aigle de taille médiocre se précipita sur la première, et, malgré les cris de sa compagne, malgré l’arrivée de quelques paysans, l’enleva dans les airs. Deux mois après, un berger rencontra, gisant sur un rocher dans la montagne, et à 2 kilomètres de l’endroit où l’enlèvement avait été pratiqué, le cadavre de l’enfant à moitié nu, déchiré, meurtri et desséché.

Pendant qu’il plane à la recherche d’une proie l’aigle fait parfois entendre un cri rauque et sourd qui fait trembler au loin et met en fuite les autres oiseaux. Glouton jusqu’à s’alourdir en se repaissant sans mesure, l’aigle supporte sans peine un jeûne prolongé ; on a eu tort de dire qu’il ne boit pas et se repaît de sang.

Il serait d’ailleurs fort long de relever toutes les fables qui ont été débitées au sujet des mœurs et du caractère de l’aigle ; nous nous bornons à l’esquisse que nous venons d’en faire, de laquelle nous avons retranché tous les faits erronés où peu certains. L’aigle est un oiseau défiant, sauvage, d’une approche difficile ; il défend ses petits avec un courage que l’on a exagéré, mais qui ne laisse pas que de s’être montré parfois remarquable. Les montagnards des Pyrénées en font souvent l’expérience ; voici, d’après Gérard {Bict. univ. d hist. nat.)^ comment se fait chez eux la chasse aux aiglons : « Cette H chasse se fait à deux; l’un des dénicheurs est armé « d’une carabine à double canon, l’autre d’une espèce de « pique de fer longue d’environ 0“’,60. Aux premières « lueurs du jour, les chasseurs arrivent sur la cime de « la montagne où l’aigle a établi son aire, et pendant « qu’il est allé chercher de la nourriture pour ses « petits. Le premier se place sur le sommet du roc, et, «la carabine à la main, attend l’arrivée de l’aigle (i pour l’attaquer ; l’autre descend au fond de l’aire, « soit d’anfractuosité en anfractuosité, soit au moyen de « cordes. Il s’empare des aiglons trop faibles encore pour « résister longtemps ; l’aigle a entendu les cris de ses « petits, il accourt et se précipite sur le hardi monta- « gnard, qui le frappe avec sa pique, tandis que son « compagnon tire sur l’oiseau. » Le but de cette chasse est de détruire une race nuisible aux troupeaux. On peut prendre l’aigle adulte au traquenard, pourvu qu’on fixe assez bien ce piège pour que l’oiseau ne l’emporte pas. Il ne paraît pas possible d’apprivoiser l’aigle adulte, mais les aiglons élevés en captivité s’y accoutument tout en conservant un caractère triste ; avec l’âge ils deviennent parfois méchants et dangereux. On assure que les Tartares de l’Asie septentrionale dressent l’aigle royal à la chasse des renards, des antilopes, des lièvres et des loups. Tenu en grand honneur chez les Indiens de l’Amérique du Nord, il leur fournit des plumes trèsrecherchées comme ornements. La chair de l’aigle est dure et peu savoureuse.

Les opinions plus ou moins exactes qui ont eu cours sur les mœurs et le caractère de l’aigle ont engagé divers peuples à adopter cet oiseau comme symbole. Les Perses avaient reçu des Assyriens l’usage de porter pour enseigne une aigle d’or aux ailes étendues. Les Romains avaient admis l’aigle parmi les quatre animaux qui figuraient comme enseignes de leurs bataillons ; depuis Marius, elle fut seule employée, et se transmit successivement aux empereurs d’Occident et d’Orient, aux empereurs d’Allemagne, puis d’Autriche. La Prusse, la Russie, la Pologne, les États-Unis d’Amérique font figurer l’aigle dans leurs armoiries ; la France a pris l’aigle pour enseigne militaire avec Napoléon P® et l’a repris en i85I sous Napoléon III.

Aigles (Zoologie classique) {Aquila^ Cuv.). — Genre d'Oiseaux de proie diurnes formé par Cuvier dans le démembrement du grand genre Falco de Linné. L’ordre des Rajoace.? ou Ois. de proie [Accipitres aété divisé par Cuvier en deux familles : lo Ois, de proie diurnes; 2° Ois. de proie nocturnes. La famille des diurnes lut partagée en deux tribus, celle des Vautours et celle des Faucons. Cette deuxième tribu (genre Falco do Linné) est à son tour partagée en deux sections : celle des Oiseaux de proie nobles (Faucons, Gerfauts), et celle

AIG

ATG

des Oiseaux de proie ignobles (parce qu’on ne peut les employer en fauconnerie) , qui comprend elle-même six divisions: les Aigles^ les Autours^ les Milans^ les Buses^ les Busards et les Messagers ou Secrétaires.

La division des A igles., caractérisée par un bec très-fort, droit à sa base et courbé seulement vers sa pointe, renlerme les plus grandes espèces d’oiseaux de proie. Cuvier avait admis dans cette division sept genres : Aigles proprement dits {Aguila., Guv.), Aigles pêcheurs {HaliœtuSy ?>BN\gïïy).yBalhusards[Pandion, Savigny), Circaètes (Circaetus., Vieillot), Harpies ou Aigles pêcheurs à ailes courtes (Harpyia, Guv.), Aigles-autours {Morphnus., Cuv.), Cymindis [CymindiSy Guv.).

Le genre Aquila ou Aigle proprement dit comprend les aigles à tarse emplumé jusqu’à la racine des doigts, dont les ailes sont aussi longues que la queue ; ils habitent les montagnes et vivent de proie terrestre. — On doit citer comme espèces remarquables : lA Aigle royale Aigle commun, grand Aigle (Falco chrysaetos et fulvus des auteurs) ci-dessus décrit. — Aigle impérial., vulgairement Aigle de Thèbes (Falco imperialis , Bechstein, ou A. heliaca, Savigny), souvent nommé Aigle à dos blanc parce qu’il porte, à la base de l’aile, sur l’omoplate, une grande tache blanche ; ses ailes sont plus longues, son corps plus trapu que chez l’aigle royal. Il habite les hautes montagnes du midi de l’Europe. — 'V Aigle criard , A. tacheté. Petit Aigle o\x Canardière (Falco nœvius et maculatus, Gmelin)', d’un tiers plus petit que les précédents ; il a les tarses plus grêles. Je plumage brun ; queue noirâtre avec des bandes plus pâles, le haut de l’aile parsemé de taches fauves. On le trouve dans les Apennins, dans le midi de l’Europe, rarement dans le nord : il n’attaque que des animaux très-faibles. Cuvier cite encore V Aigle botté (Falco pennatus, Gmel., Brisson), moins grand que la buse, le bec presque aussi courbé qu’elle ; le plumage fauve, tacheté de brun, les pieds bleus : c’est le plus petit de nos aigles ; très-rare en France, il habite l’est et le midi de l’Europe ; on en a tué il y a quelques années un individu à Meudon près de Paris.

Les autres espèces, étrangères à l’Europe, ^ontV Aigle griffard de l’Afrique méridionale; vqutourin du

môme pays, etc.

Aigle-auto üR (Zoologie) Morphnus, Cuvier. — L’un des genres admis par Cuvier dans cette division des Oiseaux de proie ignobles qu’il a nommée les Aigles (voyez Aigles). — Caractères : Les ailes plus courtes que îa queue, les doigts faibles. Ces aigles tiennent des éperviers et des autours par leurs tarses grêles, et des aigles par leur taille et souvent par leurs tarses velus ; on les trouve surtout en Amérique. Les principales espèces sont : V Aigle autour huppé de la Guyane (Falco guyancnsis, Daudin), Petit Aigle de la Guyane ; — VÜrubitinga (Falco Urubitinga, Daudin) ; — Y Aigle-autour noir huppé d’Afrique (Falco occipitalis, Daudin), grand comme un corbeau ; — Y Aigle-autour varié ou Urutaurana, Autour huppé. Aigle moyen de la Guyane, Epervier patu d’Azzara (Spizaètus ornatus. Vieil.).

Aigle pêcheur ou Pygargue (Zoologie) , Haliœtus, Savigny. — L’un des genres admis par Cuvier dans cette division des Oiseaux de proie ignobles qu’il a nommée les Aigles (voyez Aigles).— Caractères : Les ailes aussi longues que la queue, les tarses couverts de plumes seulement à leur moitié supérieure; ils habitent le voisinage des rivières ou de la mer et vivent surtout de poissons. Les principales espèces sont : YOrfraie ou Pygargue (Falco ossifragus, Gmelin), répandu dans tout le nord du globe (voyez Orfraie) ; — Y Aigle a tête blanche (F. leucocephalus, Gmel.), espèce américaine un peu plus petite que notre aigle commun, tête et partie supérieure du cou blanches, ainsi que la queue. C’est l’oiseau qui figure dans les armes des États-Unis d’Amérique. Audubon, dans son beau livre sur les oiseaux d’Amérique, a raconté d’une façon très-dramatique une scène des chasses de l’aigle à tête blanche , sur les bords du Mississipi.

<( Quand vous verrez deux arbres dont la cime dépasse, s’élever en face l’un de l’autre , sur les deux bords du fleuve, regardez bien : l’aigle est là perché sur l’un d’eux ; son œil étincelle et roule dans son orbite comme

un globe de feu; il observe, il épie Sur l’arbre opposé

sa femelle est en sentinelle, et de temps en temps son cri semble exhorter le mâle à la patience. Il y répond par un battement d’ailes, par une inclination de tout sen corps et par un cri aigre et strident qui ressemble au rire d’un maniaque; puis il se redresse immobile et silencieux comme une statue Enfin un son lointain

que le vent fait voler sur le courant arrive à l’ouïe des deux époux; ce bruit retentit avec la raucité d’un instrument de cuivre, c’est la voix du cygne. La femelle avertit le mâle par un appel composé de deux notes : tout le corps de l’aigle frémit; deux ou trois coups de bec, dont il frappe rapidement son plumage, le préparent â son expédition; il va partir. Le cygne vient comme un vaisseau flottant dans l’air, son cou de neige étendu en

avant, l’œil étincelant d’inquiétude Un cri de guerre

se fait entendre; l’aigle part aussi rapide que l’étoile

filante, le cygne a vu son bourreau une seule chance

de salut lui reste, c’est de plonger dans le courant ; mais l’aigle l’a prévu. Se tenant sans cesse au-dessous de sa victime, et menaçant de la frapper au ventre ou sous une aile, il la force à rester dans l’air. Le cygne s’affaiblit, se lasse et désespère de lui échapper; mais l’aigle craint que sa proie n’aille tomber dans les eaux du fleuve qui coule au-dessous d’eux : un coup de serres frappe le cygne sous l’aile et le précipite obliquement sur l’une

des rives On ne saurait voir sans frémir le triomphe

de l’aigle. Il danse sur ce corps palpitant, il plonge ses armes d’airain dans le cœur du cygne mourant; il bat des ailes, hurle de joie, s’enivre des dernières convulsions de sa victime ; il lève vers le ciel sa tête blanchie et ses yeux s’enflamment d’un éclat sanglant. Sa femelle le rejoint, et tous deux déchirant leur proie se gorgent du sang chaud que leurs coups en font jaillir. »

Aigle pêcheur a ailes courtes (Zoologie). — Voyez Harpie.

AIGREFIN (Zoologie). — Voyez Morue.

AIGRELIER (Botanique). — Nom vulgaire du Sorbier torminal ou Alizier des bois (voyez Alisier, Sorbier).

AIGREMOINE (Botanique), Agrimonia, altération du mot grec argemon, taie de l’œil, ou plutôt dérivé des mots sauvage, et solitaire. — Genre de la

famille des Ro^acee^, tribu des Dryadées; caractérisé par des tiges vivaces, herbacées, à feuilles composées; fleurs jaunes, en longues grappes, à 5 pétales, 12 à 20 étamines,

1 à 2 ovaires qui mûrissent en akènes renfermés dans le tube du calice. Nous possédons communément en France YAigr. eupatoire (A. eupatoria,lAn.) qui croît dans presque tous les climats le long des haies, sur la lisière des bois. Elle donne vers le mois de juillet de petites fleurs jaunes disposées en longs épis grêles, et plus tard un petit fruit hérissé des épines durcies du calice. Elle est employée en décoction pour gargarismes, contre les maux de gorge. Elle passe pour dé^tersive et astringente ; on l’a recommandée dans quelques diarrhées rebelles. Ses fleurs peuvent aussi donner aux étoffes de laine une couleur d’or très-solide, G — s.

AIGRETTE (Zoologie). — Faisceau de plumes droites, le plus souvent minces, effilées, qui ornent la tête de certains oiseaux, comme les paons, les hiboux, les ducs, les hérons, quelques espèces de grues, telles que la grue couronnée, la demoiselle de Numidie, etc. On a donné le môme nom à des bouquets de poils qu’on observe sur le corps de certains insectes.

Aigrette (Zoologie). — Buffon a donné ce nom à un singe du genre Macaque (Simia aygula. Lin.), parce qu’il porte sur la tête un bouquet de poils dressés : ce n’est sans doute qu’une variété du Macaque commun. — Plusieurs espèces de hérons portent le nom êC aigrette; on les trouvera indiquées au mot Héron.

Aigrette (Botanique). — On donne ce nom à des houppes de soies ou de poils qui surmontent certaines parties des plantes, et le plus souvent le fruit ; elles représentent alors le limbe du calice, comme on peut l’observer chez les Composées, les V a.lérianées , les Dipsacées. Lorsque les corolles sont tombées, ces aigrettes deviennent tout à fait apparentes et s’étalent souvent comme dans le pissenlit, vulgairement nommé à cause de cela Chandelle des prés, par les enfants. Selon Cassini, la sécheresse fait diverger les poils dont se compose l’aigrette, de sorte qu’en s’appuyant sur les organes voisins, celle-ci détache et soulève le fruit qu’elle surmonte et le vent ne tarde pas à l’emporter au loin. L’aigrette est sessile dans les chardons, les centaurées, le seneçon, le cinéraire, tandis qu’elle est pédilée ou rétrécie à sa base en une sorte de support grêle nommé pédile , dans la laitue, le salsifis, le pissenlit, etc. ; elle O'&t plumeuse dans les scorsonères, les circes, où les poils qui la composent sont couverts eux-mêmes de petits poils visibles à l’œil nu. Elle est au contraire lorsque ses poils semblent •

présenter une surface unie, comme dans les laitues, le laiteron, l’érigéron, etc.; à la loupe, on reconnaît néau-

AIG

AIG

moins que ces poils sont encore hérissés. Les akènes, sorte de fruits secs, sont dits aigrettes lorsqu’ils sont surmontés d’une aigrette.

AIGREURS (Médecine). — On désigne ainsi une incommodité fréquente consistant en des rapports acides , gazeux ou liquides, qui pendant le travail de la digestion reviennent de l’estomac. Ils tiennent soit à la nature des aliments, soit à un état maladif habituel de l’estomac. Dans le premier cas, on évitera les aliments qui les provoquent d’habitude ; dans le second, si elles sont légères et récentes, on prendra 06',50 à 0»%60 de magnésie décarbonatée le matin, pendant une huitaine, ou bien on consultera un médecin.

AIGUË (Maladie) (Médecine). — Voyez Maladie.

AIGUE-MARINE (Minéralogie). — Émeraude diaphane de couleur vert d’eau (voyez Émeraude).

AIGUILLAT (Zoologie), à cause de l’épine acérée comme une aiguille que ce poisson porte sur le dos ( Spinax, Guv.). — C’est un des nombreux poissons du genre Squale, vulgairement nommés chiens de mer; l’aiguillat est très-commun sur nos marchés ; son corps effilé, couvert d’une peau chagrinée, brune en dessus, blanchâtre en dessous, mesure deO“,75 à 1 mètre de longueur ; lesjeunes sont tachetés de blanc. La première nageoire dorsale est armée d’un aiguillon cartilagineux très-acéré, mais non venimeux. La chair de l’aiguillat est filamenteuse, dure et peu savoureuse ; dans certains pays on recherche beaucoup le jaune de ses œufs. Sa peau, comme celle de la roussette et du requin, est employée, sous le nom de peau de chagrin^ à polir le bois, l’ivoire, et môme certains métaux. Il se nourrit de poissons, de crustacés, de mollusques; on tire de son foie une huile limpide employée dans les arts pour préparer les peaux, et qui a été vantée, sans beaucoup de fondement, contre les rhumatismes.— L’aiguillat [Spinax acanthias,, Cuv.) est le type d’un des nombreux sous-genres du grand genre Sgim/e, famille des Sélaciens, ordre des Poissoyis chondroptérygiens à branchies fixes, selon la méthode de G. Cuvier. Le sous-genre Aiguillât {Spinax) se distingue des autres Squales en ce qu’il n’a pas de nageoire anale, mais il est pourvu d’évents, d’une épine à la nageoire dorsale et de petites dents tranchantes sur plusieurs rangs. Le Sagre et le Mangin ou Aiguillât Blainville, de Risso, sont du même sous-genre, et les trois espèces se pêchent sur toutes les côtes de la Méditerranée et de l’Océan.

AIGUILLE (Chirurgie), — On emploie dans la pratique chirurgicale des aiguilles de formes et de dimensions très-variées, en acier, en argent, en or, en platine, suivant les usages auxquels on les destine. Il convient de citer entre autres :

1® Uaiguille a acupuncture (voyez ce mot).

2" L'aiguille a cataracte, destinée à opérer Vabaissement ou dépression du cristallin cataracté (voyez Cataracte) ; elle se compose d’une tige en acier longue de 0“,030 à 0“,036, droite, terminée en fer de lance, à pointe aiguë et à bord tranchant : c’est l’aiguille de Beer; ou bien elle se termine, en se recourbant, par une pointe triangulaire [aiguille de Scarpa), ou aplatie [aiguille de Dupuytren) : ces deux espèces d’aiguilles ont d’ailleurs été modifiées par plusieurs chirurgiens. Quelles que soient ses différentes formes, cette tige est montée sur un manche à quatre pans, sur l’un desquels existe un point blanc correspondant à une des faces de l’aiguille, afin d’indiquer la position de l’instrument lorsqu’il a pénétré dans l’œil.

3" Aiguilles à ligature. — Ce sont des aiguilles courbes, quelquefois montées sur un manche, percées d’une ou de plusieurs ouvertures à une de leurs extrémités ; elles sont destinées à passer un ou plusieurs fils à travers les tissus, autour d’un vaisseau, pour en faire la ligature.

4“ Aiguille à séton. — C’est une petite lame d’acier aiguë, mince et étroite, tranchante dans une partie de sa longueur, et percée vers sa tête d’un trou destiné à recevoir une mèche de linge ou de coton ; cet instrument sert d’un seul coup à faire le trajet du séton, et à porter la mèche dans ce trajet (voyez Séton).

5" Aiguilleà suture. — Les aiguilles à suture présentent des différences nombreuses, eu égard aux parties divisées qu’on veut réunir, ou aux vices de conformation auxquels on veut remédier (voyez Suture). F — n.

Aiguilles a coudre (Technologie). — Les aiguilles qui sont livrées au commerce au prix de 1 0 à 15 francs le mille, pour les qualités du premier choix, et de 4 à 5 francs pour les secondes qualités, passent successivement, avant d’être terminées, par les mains de quatre-vingt-dix à quatre-vingt-quinze ouvriers, et ce n’est qu’à cette condition qu’on peut les donner à un aussi bas prix. Leur fa-

brication offre un des exemples les plus remarquables de la puissance de la division du travail. Un certain nombre des opérations qu’elle exige sont très-délicates ; par l’ha"^ bitude de faire toujours le même travail, les ouvriers parviennent à les exécuter avec une rapidité et une précision qui frappent d’étonnement tous ceux qui les voient à l’œuvre.

En Angleterre on fabrique les aiguilles avec de l’acier étiré en fils ; sur le continent, et en France en particulier, on emploie le plus souvent du fil de fer que l’on cémente après que l’aiguille est dégrossie. Les opérations sont ainsi rendues plus faciles, mais donnent des produits moins parfaits. Les opérations diverses par lesquelles doit passer une aiguille peuvent se diviser en cinq séries :

1" Façonnage de l’aiguille ou conversion du fil métallique en aiguilles brutes, comprenant une vingtaine d’opérations ;

2“ Cémentation, trempe et recuit des aiguilles brutes, comprenant une douzaine d’opérations ;

3° Polissage, cinq opérations répétées chacune dix fois, et une dernière qui ne s’exécute qu’une fois ;

4° Triage, cinq opérations ;

5“ Derniers tours de main, mise en paquets, une dizaine d’opérations.

Chacune de ces opérations est faite par un ouvrier spécial. Nous allons les passer sommairement en revue en insistant un peu plus sur les plus importantes.

P® série. — Les fils sont essayés à la jaw^epour vérifier leur calibre ou leur grosseur. La jauge est formée par un disque d’acier sur le pourtour duquel sont creusées des fentes dont les largeurs correspondent aux diverses grosseurs de fil dont on a besoin. Les fils qui n’ont pas le calibre voulu ou dont le calibre n’est pas uniforme dans leur longueur sont renvoyés à la filière pour y être repris. Ceux qui ont satisfait à ce premier examen sont essayés à la cémentation et à la trempe. Les meilleures qualités sont réservées pour la fabrication des aiguilles dites anglaises.

Le fil ainsi vérifié est dévidé sur des dévidoirs [fg. 73)

Fig. 73. — Dévidoir pour le fil de fer à aiguilles.

dont la dimension est en rapport avec la longueur des aiguilles. Les bottes formées de 90 à 100 tours sont coupées d’abord en deux parties égales, puis celles-ci réunies et coupées en morceaux d’une longueur un peu supérieure au double de celle de l’aiguille finie. Cette opération se fait avec des cisailles mues mécaniquement, et un seul ouvrier peut couper en un jour 400 000 fils de deux aiguilles.

Les bouts obtenus sont courbes ; pour les redresser on les réunit, au nombre de 5 ou 6000, en paquets que l’on roule au moyen d’une règle à jour appelée râpe sur une table de fonte chauffée au rouge cerise. On emploie ordinairement la règle à bascule [fig. 74). Cinq ou six balancements de la râpe suffisent à cette opération qui marche très-vite.

Les fils dressés sont portés à l’aiguiserie consistant en une grande pièce dans laquelle 25 ou 30 meules d’un grès d’une dureté moyenne tournent avec une grande rapidité au moyen de l’eau ou de la vapeur. Chaque ouvrier, assis devant sa meule, prend dans sa main, entre le pouce et l’index, 50 ou 60 fils et les présente par un bout à la meule en les faisant rouler entre ses doigts pour les user d’une manière régulière, ce qui est d’une trèspande importance. Comme dans leur mouvement rapide il arrive assez souvent que les meules éclatent, elles sont recouvertes d’une forte feuille de tôle n’ayant que l’ouverture nécessaire pour l’appointage des aiguilles ; un écran de verre sert en outre à préserver les yeux de l’ouvrier des étincelles de fer incandescent.

Une fois appointés par les deux bouts, les fils sont por-

AIG

AIG

tés à V estampage qui a pour but de dessiner la double gouttière dans laquelle doit être percé Vœil ou chas de l’aiguille. Pour estamper les fils, on procède comme il suit. L’aiguille jumelle est placée de telle sorte q ie

Pig. — Règle à bascule pour dresser les aiguilles.

son milieu portant sur un petit bloc d’acier correspond à un poinçon situé à la partie inférieure d’un bloc de fonte appelé mouton ; le bloc d’acier porte lui-môme deux saillies analogues à celles du poinçon. L’estampeur appuie le pied sur l’étrier, soulève le mouton, place l’aiguille, laisse tomber brusquement l’outil qui dessine ainsi par percussion les deux têtes, leurs gouttières et la place de leurs chas. Un estampeur fait par journée de dix heures de travail 8 à 10 000 estampages correspondant à IGou 20000 aiguilles, ce qui correspond à IG ou 17 coups de mouton par minute.

Le perçage est une opération analogue à l’estampage, et se fait par des femmes au moyen d’un balancier portant un double poinçon dont les deux branches forment les deux chas. Au fur et à mesure du percement, les aiguilles sont prises par une petite fille qui les enfile dans deux broches de fer de 0™,15 à 0“,20 de long de manière à les fixer. Quelques coups d’une lime triangulaire suffisent pour séparer les aiguilles jumelles en deux aiguilles dont on arrondit les têtes à la lime.

2*^ série. — Les aiguilles arrivées à cet état sont soumises à un premier triage qui fait rejeter celles qui sont défectueuses. On porte les autres à l’atelier de cémentation. Les aiguilles y sont disposées au nombre de 2 ou 300 000 dans des boîtes ou marmites de fonte par rangées bien régulières alternant avec des lits de charbon ; puis les boîtes, lutées avec soin pour empêcher l’accès de l’air, sont introduites dans des fours que l’on chauffe au rouge pendant sept à huit heures, et qu’on laisse ensuite refroidir lentement. Les aiguilles se sont ainsi imprégnées de charbon et transformées en acier. Comme dans cette opération et les précédentes elles ont pu se déformer, on les redresse à la râpe ou règle à bascule comme la première fois. Les aiguilles sont alors pesées par tas de lo kil. contenant depuis 250 jusqu’à 500 000 aiguilles qu’on met dans des boîtes séparées et qu’on porte à l’atelier de trempage.

Un ouvrier étale les aiguilles sur les plateaux, au nombre de 8 à 10000 pour chaque plateau, que le trerapeur pose sur deux barreaux en terre cuite dans un fourneau chauffé au charbon de bois. Quand elles sont arrivées au rouge cerise, il les retire et les jette en les éparpillant circulai rement dans un baquet rempli d’eau froide; il les en retire au moyen de crochets et les jette pêle-mêle dans une caisse pendant qu’une autre charge ciuauffe au four. Un autre ouvrier prend cette boîte de

ses deux mains et l’agite de droite à gauche et d’arrière en ayant, et ramène ainsi en quelques instants toutes les aiguilles au parallélisme. Pour les décrasser, un ouvrier place 15 à 20000 aiguilles tant à côté les unes des autres que bout à bout dans une toile serrée qu’il étrangle et lie par les deux extrémités; un autre dépose le paquet sur une table et l’y fait rouler en appuyant dessus avec une règle en bois; il trempe ensuite le paquet dans de l’eauj et le fait rouler de nouveau quelques instants.

On porte alors chaque paquet près des poêles à recuire, et on les déroule; deux ouvriers y disposent les aiguilles encore mouillées sur des plaques de fonte chauffées, en forment deux rangées qu’ils roulent en appuyant sur elles avec une règle de fer courbe pour qu’elles reçoivent successivement et également l’action du feu; puis, quand elles ont pris une couleur bleue, ils les jettent dans une sébile d’où elles sont prises pour être de nouveau mises en ordre comme plus haut. Un ouvrier j les reprend alors une à une, les roule entre ses doigts pour reconnaître celles qui seraient déformées et qu’il doit redresser sur un petit tas à l’aide d’un marteau particulier. Il les jette ensuite dans une boîte où un ouvrier les remet en ordre.

3® série. — Le polissage est l’opération la plus longue dans la fabrication des aiguilles, mais elle se fait sur 5 à 600 000 aiguilles à la fois.

Lorsque les aiguilles sont trempées, recuites et dressées, on les porte dans l’atelier destiné à la confection des rouleaux. On dispose dans une auge en bois deux ou trois carrés de toile, de manière qu’ils en couvrent le fond et les côtés et qu ils débordent au dehors; on augmente l’épaisseur de cette enveloppe au moyen de plusieurs bandes de toile longitudinales; sur le fond on étend une couche de petites pierres de schiste quartzeux micacé, de silex, d’émeri, de calcaire compacte, ou même de potée d’étain si l’on veut avoir un poli blanc. On range par-dessus une couche de 0“,01 d’aiguilles sur une longueur de 0™,45 environ, ce qui correspond à sept ou huit longueurs d’aiguilles; on recommence une couche de pierres, une couche d’aiguilles jusqu’à la cinquième qu’on recouvre d’une sixième couche de pierres, et on verse sur le tout un demi-litre d’huile de colza. On replie alors la toile par les deux bords, puis par les deux bouts, on ferme le rouleau que l’on serre fortement avec une uCclle, et on l’envoie à l’atelier de polissage.

Le polissoir est formé de deux chariots pesants se mouvant alternativement en sens contraire, sur des madriers en bois. C’est entre le chariot et les madriers que sont placés les paquets d’aiguilles qui sont ainsi roulés sous une forte pression; les cailloux qu’ils contiennent s’écrasent peu à peu, et leur frottement finit par donner à l’aiguille le poli dont elle a besoin. Après dix-huit ou vingt heures de ce travail, les rouleaux sont défaits, leur contenu versé dans une sébile où on les recouvre de sciure de bois ou de paille hachée, puis dans un tonneau mobile sur son axe où elles se nettoient, de là, enfin, dans un van de cuivre où elles sont vannées à la manière du blé. Cette opération du polissage se recommence huit ou dix fois en changeant successivement la nature des matières employées. La huitième fois, on ne met que de l’huile, la neuvième et la dixième, que du son de froment gros, sec et dépouillé de farine ; enfin on essuie les aiguilles une à une.

4® série. — Ces diverses opérations, surtout de polissage, amènent un déchet notable dans le produit ; un dixième au moins doit être mis au rebut. Les aiguilles sont donc transportées dans un atelier à part et très-sec ; là, elles sont d’abord détournées, c’est-à-dire qu’un ouvrier met toutes les têtes du même côté en même temps qu’il rejette toutes celles qui sont cassées par le milieu. Un second ouvrier prend les aiguilles détournées, les étale sur une table, rejette celles qui sont cassées à la tête et sépare les autres en deux classes suivant leur degré de poli. Un troisième ouvrier les reprend pour séparer celles dont la pointe est cassée, sauf à les appointer de nouveau; un quatrième redresse au marteau, sur une enclume en bois, celles qui se sont recourbées pendant le polissage; un cinquième les sépare toutes en trois tas suivant leur longueur. Cette dernière opération s’exécute au tact et pourrait être confiée à un aveugle.

5® série. — Bronzage., d ri liage, brunissage, mise en paquets. — Un enfant aligne sur une table en cuivre un certain nombre d’aiguilles, les têtes en dehors, et un ouvrier vient placer au-dessous des têtes une barre de fer rouge : l’aiguille s’échauffe et prend bientôt une couleur bleue

ÂlG

dont on voit les restes dans la gouttière du chas. Ce chas est encore imparfait; un ouvrier le présente a drille^ eu burin d’acier très-fin et animé d’un mouvement de cotation très-rapide; le chas est ainsi régularisé et arrondi sur les bords afin qu’il ne coupe pins le fil. Cette opération délicate, qui exige une grande sûreté de coup d’œil, se fait avec une rapidité merveilleuse par les ouvriers exercés. Reste le brunissage qui consiste à donner à l’aiguille le dernier poli. Il se fait sur une bobine de buffle recouverte de matières pulvérulentes de diverses natures. On procède ensuite à la mise en paquets.

Un ouvrier coupe en rectangles d’une grandeur déterminée par celle des aiguilles, des feuilles d’un papier bleu ou violet préparé de manière qu’il prenne peu l’humidité ; un deuxième ouvrier armé d’une règle en fer dont le bord supérieur est muni de cannelures d’une profondeur telle qu’une seule aiguille puisse s’y loger, sépare du tas 100 aiguilles qu’il met dans le papier; un troisième achève le pliage du paquet qu’il place ensuite dans une boîte portant le numéro des aiguilles ; un qua,trième écrit sur les paquets, ce numéro, le nom du fabricant et la marque adoptée. Un cinquième réunit en un seul 10 paquets de lOO, les enveloppe de papier bleu ou violet, les lie d’un fil blanc ou rouge et les recouvre quelquefois d’une feuille de papier blanc portant des figures et des caractères dorés. Un cinquième enfin réunit ces paquets par cinquante renfermant 50000 aiguilles, les enveloppe de papier blanc, puis d’une ou deux vessies de bœuf desséchées, par-dessus d’une toile cirée, et enfin d’une feuille de papier gris. C’est dans cet état qu’elles sont livrées par les fabricants. M. D.

Aiguilles (Chemins de fer). — Portions de rails qui servent à opérer les changements de voie. Ces aiguilles peuvent tourner à l’une de leurs extrémités autour de boulons verticaux et sont liées l’une à l’autre par une traverse qui maintient leur écartement. On appelle aiguilleur l’ouvrier chargé de manœuvrer les aiguilles (voyez Chemin de fer).

Aiguille aimantée (Physique). — Lame d’acier de forme variable, aimantée, et suspendue par un de ses points- autour duquel elle peut tourner librement (voyez Aimant). L’aiguille aimantée forme la partie essentielle des boussales (voyez ce mot) ; elle jouit de cette propriété remarquable d’être dirigée par la terre de manière que l’une de ses extrémités se tourne vers le nord et l’autre vers le midi. A Paris la direction de l’aiguille aimantée n’est pas rigoureusement celle du nord au sud; sur la plupart des points de la surface du globe elle s’écarte plus ou moins du plan du méridien terrestre, et l’angle qu’elle forme avec ce plan s’appelle déclinaison (voyez ce mot).

L’aiguille aimantée bien exactement suspendue par son centre de gravité ne se tiendrait pas non plus dans une position horizontale; l’un de ses pôles s’incline vers la terre d’un angle variable d’un point à l’autre de la surface du globe qu’on appelle inclinaison (voyez ce mot).

Aiguille de mer (Zoologie), Syngnathus acus^ Lin. — Poisson du genre Syngnathe (voyez ce mot).

AIGUILLETTE (Zoologie), Bulimus acicula^ Brug. — Très-petite coquille qu’on rencontre partout sous les mousses, sur les vieilles murailles, et nommée ainsi à cause de sa forme mince et allongée : elle appartient aux Mollusq. gastérop. pulmonés terrestres^ grand genre Escargot {HeliXy Lin.).

AIGUILLON (Zoologie). — On donne ce nom à une espèce d’arme offensive et défensive dont sont pourvus les scorpions et certains Insectes Hyménoptères, etqui, placée à l’extrémité postérieure du corps, opère une piqûre, dans laquelle est versé un liquide venimeux. Dans les Hyménoptères, cette arme, logée dans l’abdomen, a quelque analogie avec ce que, chez les autres Insectes, on désigne sous le nom de tarière et oviducte (voy. ces mots), du reste elle n’existe que dans les femelles et dans les neutres. L’aiguillon, qu’on rencontre dans les abeilles, les guêpes, les frelons, les bourdons, etc., est une espèce d’aiguille très-fine, barbelée. Elle se compose réellement de deux dards très-fins, accolés et recouverts d’un étui corné formant intérieurement une gouttière où s’écoule le venin sécrété par une petite glande interne. Tout l’appareil est retiré pendant le repos et des muscles le font iortir avec énergie quand l’animal veut s’en servir ; parois, à cause des dentelures du dard, celui-ci reste dansa blessure et la déchirure qui en résulte à l’abdomen de l’insecte amène sa mort. Chez les scorpions l’aiguillon a’est autre chose que le dernier segment de l’abdomen

Page 1