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Les attractions ou répulsions des corps électrisés mauvais conducteurs sont une conséquence directe des attractions et répulsions des électricités elles-mômes, et de la difficulté qu’elles éprouvent à circuler dans les corps mauvais conducteurs, qui fait qu’elles entraînent ces corps avec eux. Cette dernière cause ne peut plus être invoquée quand il s’agit de bons conducteurs ; mais môme dans ce cas il est bien certain que, quelle qu’en soit la cause exacte, l’électricité est retenue plus ou moins fortement à la surface; l’attraction ou la répulsion des corps sera donc, comme précédemment, une conséquence des actions mutuelles des fluides.

Sources d'électricité statique. — Les causes qui donnent lieu à une production d’électricité sont extrêmement nombreuses : le frottement, la compression, la percussion, la déformation temporaire ou permanente, la rupture, la cristallisation des corps, leurs variations de températures, les réactions chimiques auxquelles ils donnent lieu, les phénomènes de la vie chez les végétaux et les animaux, etc., en un mot, tous les phénomènes mécaniques, physiques, chimiques et physiologiques peuvent en fournir. Mais les deux principales sources d’électricité statique sont le frottement (voyez Électriques {Machines] et l’évaporation (voyez Electricité atmosphérique, Orages). Les autres sources, quoiqu’elles puissent être très-abondantes, ne produisent généralement des effets bien marqués qu’à la condition que l’électricité puisse circuler d’une manière continue dans des conducteurs appropriés, ce qui est le cas de l’électricité dynamique.

Ellctricité dynam.que (Physique). — Électricité en mouvement. Bien que nous admettions qu’elle soit de nature identique à celle de l’électricité statique, de l’état de mouvement dans lequel elle se trouve naissent des lois toutes spéciales.

La circulation de l’électricité dans un conducteur forme ce que l’on appelle courant électrique. Sa direction est donnée par celle de l’électricité positive ou du courant positif. Un courant électrique possède exactement la môme intensité dans toute sa longueur, à moins que le conducteur qui lui sert de canal n’éprouve des pertes par le contact d’autres corps plus ou moins conducteurs. Ce courant occupe à la fois toute la section du canal au lieu de se porter simplement à sa surface, comme le fait l’électricité statique. Son mouvement y est soumis à des lois qui ont une grande analogie avec celles qui président au mouvement des fluides (liquides ou gaz) dans les tuyaux de conduites (voyez GouRA^T électrique, Piles électriques).

Deux éléments successifs d’un môme courant se repoussent, en sorte que le passage de l’électricité dans un conducteur tend à l’allonger dans le sens du courant. Cet effet imperceptible, si on veut le mesurer par les procédés ordinaires, suffit cependant pour imprimer au conducteur un ébranlement moléculaire qui en change peu à peu la structure, s’il est fréquemment répété, et, dans certains cas, produit de véritables sons.

Deux courants parallèles et de môme sens s’attirent, en sorte que, dans un courant contourné en spirale, les diverses spires s’attirent l’une l’autre, et tendent à se presser l’une vers l’autre. Ce phénomène est encore extérieurement extrêmement peu marqué, mais, dans certains cas, peut donner lieu à certains phénomènes moléculaires curieux : c’est ce qui a lieu notamment dans les solénoïdes (voyez ce mot). Deux courants parallèles et de sens contraire se repoussent. Ces deux actions attractive et répulsive varient pour deux éléments de courant ou deux portions infiniment petites de courant, en raison directe des intensités des deux courants pris individuellement, ou en raison inverse du carré de leurs distances, et suivant le degré d’inclinaison qu’ils présentent sur la ligne qui joint leurs deux centres. L'action exercée l’un sur l’autre par deux courants de longueur déterminée se déduit par le calcul des lois précédentes (voy. Solénoïdes).

Les actions exercées par les courants les uns sur les autres ont été découvertes par Ampère, et c’est presque uniquement à ses recherches que l’on doit en même temps la connaissance des lois mathématiques qui les enchaînent. La théorie générale à laquelle il est parvenu, et qu’il a exposée dans sa Théorie des phénomènes électro-dynamiques (Paris, 182G), s’étend aux actions exercées par les courants sur les aimants et réciproquement, et lui a permis d’établir un lien remarquable entre le magnétisme et l’électricité (voyez Electro-magnétisme). Malheureusement, la théorie des actions exercées par les

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courants sur le fer doux n’est pas encore très-avancée.

En dehors des traités généraux de physique, il exi-te des traités spéciaux d’électricité; Becquerel, Traité expérimental de l'électricité et du magnétisme, et Traité des applications de V électricité. 'L^s, Archives de l'électricité, publiées à Genève par M. de la Rive, ainsi que le Traité d'électricité théorique et appliquée, du môme auteur, contiennent toutes les découvertes faites jusqu’à ce jour dans cette science.

Electricité atmosphérique (Physique). — L’air, par tous les temps, est chargé d’une quantité d’électricité, plus ou moins grande. Par les temps calmes, cette électricité est toujours positive. Nulle à la surface du sol, elle va en augmentant à mesure que l’on s’élève dans l’atmosphère, et est surtout abondante quand le temps est sec et pur. L’ensemble des observations faites en divers lieux depuis plus d’un demi-siècle semble montrer de plus, d’une part, que l’électricité atmosphérique, au moins dans les couches inférieures de l’atmosphère, est plus abondante l’hiVer que l’été ; d’autre part, que, dans le courant d’une journée, elle présente deux rnaxima et deux minima : les rnaxima, vers huit heures du matin et neuf heures du soir dans nos climats ; les minima, vers trois heures de l’après-midi et deux heures du matin.

De Saussure est le premier qui ait fait des recherches suivies sur l’électricité de l’atmosphère pendant les temps calmes. Il se servait à cet effet d’un électroscupe à pailles muni d’un chapeau métallique B, pour l’abriter contre la pluie, et surmonté d’une tige de cuivre terminée en pointe G. Si on élève brusquement cet électroscope au-dessus de sa tête en rase campagne et dans un lieu découvert, on voit les pailles diverger d’une manière sensible sous l’influence de l’électricité positive. Pour étudier l’air à de plus grandes hauteurs, on peut se servir, comme l’a fait M. Becquerel, d’un -fil de soie métallisé dans toute sa longueur, que l’on enroule d’une manière Fig. 883. - Electroscope de Saussure, lâche sur un plateau

que l’on substitue à l’aiguille, et dont l’une des extrémités est attachée à l’extrémité d’une flèche. Gelle-ci, étant lancée avec un arc ordinaire, entraîne le fil avec elle. Si la flèche est lancée horizontalement, on n’observe aucun phénomène électrique ; mais si on la fait monter verticalement, les pailles divergent à mesure que le fil se déroule.

Les phénomènes électriques acquièrent une énergie incomparablement plus grande pendant les temps orageux (voyez Orages).

L’électricité positive de l’atmosphère trouve sa source principale dans l’évaporation constante qui s’effectue à la surface du globe. Gette origine, accusée pour la première fois par M. Pouillet, a été confirmée ultérieurement par de nouvelles expériences de M. Matteucci. L’eau pure ne produit rien, mais les eaux qui tiennent en dissolution quelque substance saline, ainsi qu’il arrive môme pour les eaux douces, donnent des vapeurs chargées d’électricité positive , tandis que ces eaux elles-mêmes restent électrisées négativement.

ÉLEGTRIGITÉ MÉDIGALE (Médecine), (voy. Traitement DES MALADIES PAR l’ÉLECTRICITÉ).

ELEGÏRIQÜE (Machine) (Physique). — Machine servant à produire de l’électricité de tension ou de Y électricité statique).

La machine électrique ordinaire [fig . 884.) se compose d’un plateau de verre GG fixé en son centre à un axe métallique D, et pouvant tourner verticalement entre deux paires de coussins .frotteurs ao! , eé , supportés par deux montants en bois B, B', portant en môme temps l’axe de la roue. En avant de cette roue, et sur la môme table à laquelle sont fixés les supports, s’élèvent quatre pieds en verre enduits de gomme laque, sur lesquels reposent deux

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cylindres de cuivre creux A, A' formant les conducteurs de la machine. Ces conducteurs sont munis, à leurs extrémités regardant le plateau, de deux tiges de cuivre recourbées en fer à cheval 6, h' embrassant le plateau, et garnies in-

térieurement de pointes métalliques dirigées vers les deux surfaces du verre. Ce sont les mâchoires des conducteurs; les extrémités opposées de ceux-ci sont reliées entre elles par une autre tige de cuivre GH, en forme de T. A l’exception des dents des mâchoires, toutes les parties des conducteurs doivent être arrondies avec soin. Les coussins sont généralement formés chacun d’une lame de bois recouverte de sept à huit doubles de flanelle épaisse, et par-dessus d’une peau flexible dont les bords sont cloués à la lame de bois, et dont la surface extérieure est garnie d’une légère couche de suif saupou drée d’or massif en poudre fine. Ils sont portés par les montants de la machine, au moyen de ressorts qui les pressent doucement à la surface du plateau et lui permettent de suivre ses oscillations.

Lorsqu’on tourne le plateau, la portion du verre qui a passé entre les coussins y a pris une forte charge d’électricité positive. En arrivant entre les mâchoires de la machine cette électricité décompose l’électricité neutre des conducteurs, repousse l’électricité de môme nom et attire T électricité négative qui s’écoule par les pointes, vient neutraliser le plateau et lui permettre de prendre une nouvelle charge en repassant entre les coussins. La charge s’accroît ainsi sur les conducteurs jusqu’à ce que l’électricité qui leur est donnée sous l’influence du plateau égale celle que le conducteur perd dans le même temps, soit par ses supports, soit par le contact de l’air. La puissance d’une machine croît donc avec la rapidité du mouvement de rotation du verre, ce qui augmente le gain, et avec le degré de sécheresse de l’air, ce qui diminue les pertes. Elle augmente aussi avec l’étendue du plateau et aussi avec sa nature,

tous les verres étant loin de former des plateaux de même qualité. A mesure que le plateau se charge d’électricité positive par le frottement des coussins, ceux-ci prennent des quantités correspondantes d’électrické négative qui deviendrait un obstacle à la marche de la machine, si on ne lui donnait un libre écoulement dans le sol ; aussi a-t-on soin d’assurer cet écoulement au moyen d’une tige de cuivre qui règne dans toute la longueur de chacun des supports des coussins, et se termine par une chaîne qui traîne sur le sol.

Cette machine ne permet de recueillir que de l’électricité positive.

La machine de N aime ^ du nom de son inventeur, permet de recueillir à la fois les deux électricités. Elle se compose {fig. 885), au lieu d’un plateau, d’un cylindre de verre G mobile autour d’un axe G porté par deux pieds en verre ; de chaque côté se trouvent deux cylindres horizontaux en cuivre A, B, parallèles au cylindre de verre et portes également chacun par deux pieds de verre vernis à la gomme laque. L’un des cylindres B porte un large coussin frotteur, muni d’une lame de taffetas verni qui recouvre le verre pour le préserver du contact de l’air ; l’autre A est muni d’une rangée de dents aiguës dirigées vers le verre. Le cylindre G en tournant s’électrise positivement par le frottement du coussin ; il électrise par influence le conducteur A , lui enlève son électricité négative qui s’écoule par les pointes et lui laisse un excès d’électricité positive. En môme temps, le coussin se charge d’une quantité correspondante d’électricité négative, qu’il transmet au conducteur B. Cette machine est moins puissante que la machine ordinaire, par cela seul qu’elle donne à la fois les deux électricités. Mais on peut n’y accumuler que l’une ou l’autre de ces deux électricités, et lui donner ainsi pli s de force. Il suffit pour cela de mettre l’un ou l’autre des conducteurs en communication avec le sol.

La machine de Van Marum (/?^.886) permet également d’obtenir à volonté l’une ou l’autre des deux électricités. Son plateau est porté à l’extrémité d’un axe très-solide EE' ; les coussins a«, a' a' sont isolés sur des pieds en verre, mais on peut à volonté les faire communiquer au sol ou au conducteur A, à l’aide

des arcs métalliques BB','ô6', GG', cc\ lesquels peuvent tourner autour de l’axe général AEF. Ces deux dernières machines sont peu répandues.

La machine électrique d’ Armstrong {mro de son inven-

Fig. 885. — Machine électrique de Nairne.

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teur) est fondée sur un tout autre système que les

Fig. 886. — Machine électrique de Van Marum.

précédentes, bien que ce soit encore le frottement qui

Fig. 887. — Machine hjdro-éleclrique d’Armstrong.

y donne lieu au dégagement d’électricité. Elle se c?m-

pose d’une cbaudiôre à vapeur C, à foyer intérieur, portée par quatre pieds de verre verni à la gomme laque. La vapeur s’en échappe par plusieurs tubes disposés parallèlement, au nombre de trois dans notre gravure, et logés dans leur partie moyenne dans une boîte à étoupe, tenue humide au moyen d’un peu d’eau, de telle soi te i qu’une partie de la vapeur d’eau s’y condense en gouttelettes qui sont entraînées par la vapeur non condensée„ | Chacun de ces tubes de sortie de la vapeur est terminé par » une sorte de tête creuse ifig. 888 ) dans laquelle on engage ' un petit cylindre de buis a, percé, suivant son axe, d’une i ouverture en avant de laquelle est un repli métallique qui force la vapeur et les gouttelettes qu’elle entraîne à faire un circuit d’où résulte un frottement énergique des gouttelettes sur le métal. Par l’effet de ce frottement, ces gouttelettes se chargent foi tement d’électricité positive, ainsi que le jet de

vapeur. Un peigne E F'f- 888.— • Orifice de sortie de la vapeur J

placé au milieu du jet dans la machine d’Armstrong.

recueille cette électricité et la transmet au conducteur I. Lorsque la machine marche sous une pression de 7 ou 8 atmosphères, là elle se charge d’une quantité telle d’élec» !

tricité, que l’on en peut tirer presque sans interruption î

des étincelles de plusieurs centimètres de longueur. On |

conçoit que la vapeur entraînant de l’électricité positive, t

la machine doive garder un excès correspondant d’électricité négative.

Le premier fait de dégagement d’électricité par la vapeur, qui conduisit Armstrong à la construction de sa machine, fut observé par W. Patterson, à la houillère de Cramlington, près de Newcastle, en septembre 1839.

La première machine électrique fut imaginée par Otto de Guericke. Elle se composait d’un globe de soufre mobile sur un axe, et que l’on frottait avec la main. Ce n’est que successivement qu’elle arriva au point où se trouve actuellement la machine ordinaire (v. suppl.).

ELECTRO-AIMANT (Physique). — Aimant formé par l’action d’un courant électrique sur du fer doux.

Le premier électro-aimant, construit en 1831 par M. Pouillet, se composait d’un cylindre de fer doux replié en forme de fer à cheval; ses deux branches parallèles étaient entourées d’un grand uombre de spires

Fig. 889. — Eleciro aimant.

d’un fil de cuivre recouvert de soie, pour isoler les spires les unes des autres, et celles-ci étaient disposées de ’ telle sorte qu’en redressant le cylindre, elles marcliaient

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toutes dans le môme sens. Dès qu’un courant électrique parcourt les circonvolutions du fil, le fer doux s’aimante énergiquement ; à chacune de ses extrémités se forme un pôle magnétique, et si on leur présente un morceau de fer doux, celui-ci est attiré vivement. On peut, comme l’indique la figure, attacher au fer doux un plateau qu’on charge de différents poids. Lorsque l’électro-aimant a des dimensions un peu considérables et que la pile est elle-même un peu forte, l’électro-aimant peut supporter des poids de plusieurs centaines de kilogrammes.

La forme des électro-aimants a beaucoup varié. Aucune des nouvelles ne vaut la première; nous en exceptons toutefois la forme concentrique. Dans ces derniers, un cylindre de fer doux plein est fixé au centre d’un disque circulaire du môme métal, sur lequel vient s’ajuster un cylindre creux s’élevant au même niveau que le cylindre plein. Dans l’intervalle annulaire compris entre ces deux cylindres est logé le fil conducteur formant un nombre convenable de circonvolutions. Ces électro-aimants sont d’un usage très-avantageux dans un asséz grand nombre de cas.

L’aimantation du fer doux se fait très-rapidement; elle cesse avec une égale rapidité. Cette succession d’effets peut se répéter plusieurs milliers de fois par seconde, lorsque le fer est bien doux"; mais il ne faudrait pas croire que l’électro-aimant mette un temps aussi court à acquérir toute la force magnétique qui peut être développée en lui par le courant. L’aimantation commence à se développer au moment précis où le courant passe, mais elle se développe graduellement quelquefois pendant la durée d’une seconde, et même plus. Si l’établissement du courant ne dure que ~ de seconde, l’aimantation n’aura atteint qu’un degré correspondant à cette durée, 'mais suffisant encore pour produire des effets sensibles d’attraction sur le fer doux.

L’énergie que peuvent acquérir les électro-aimants les a fait employer comme moteurs dans les machines dites électro-motrices (voyez ce mot). Cette qualité, jointe è la rapidité avec laquelle l’aimantation peut y naître et mourir, en fait une des parties essentielles des télégraphes électriques.

ELECTRO-CHIMIE (Physique). — C’est la science qui s’occupe des applications de l’électricité à la chimie. L’étincelle électrique traversant un mélange de deux gaz peut produire leur combinaison ; presque toujours, comme dans le cas de l’oxygène et de l’hydrogène mélangés, une seule étincelle est suffisante ; il faut, au contraire, une série d’étincelles pour effectuer une décomposition, comme pour l’ammoniaque, par exemple. Le courant de la pile ne détermine, que des décompositions. Pour qu’un corps soit détruit par la pile, il faut qu’il soit bon conducteur de l’électricité ; la substance soumise à l’expérience s’appelle électrolyte^ et l’action do la décomposer par l’électricité voltaïque s’appelle électrolyse. On a cru que les résultats de l’électrolyse feraient connaître la constitution intime des corps. Berzelius a conçu d’après cela une théorie générale dans laquelle tous les composés résultent de deux éléments antagonistes qui se sont unis entre eux, parce qu’ils étaient chargés d’électricités différentes ; ces éléments peuvent être séparés par la pile, celui qui est chargé d’électricité négative se dégageant au pôle positif, et l’autre au pôle négatif. Cette théorie ne peut plus guère se soutenir aujourd’hui, et c’est seulement par habitude et pour la commodité du langage que l’on a conservé le nom de corps électro-positifs à ceux qui se portent au pôle négatif, et le nom de corp5 électro-négatifs à ceux qui se rendent au pôle positif. Les lois des décompositions chimiques exercées par la pile sont dues à Faraday, qui s’est livré à ce sujet à des recherches extrêmement nombreuses. Ces recherches, démonstratives en tant qu’il s’agit de prouver la coïncidence de l’action chimique avec la production du courant et la corrélation directe de ces deux phénomènes, laissent toujours obscure la cause môme de la décomposition. Grothüs a entrepris de donner cette explication, mais il est parvenu tout au plus à indiquer la manière dont les molécules se disposent sous l’influence du courant électrique sans en assigner la cause. Une branche de l’électro-chimie est l’étude de la production des courants sous l’influence de forces chimiques. M. Becquerel a fait un grand nombre de travaux sur ce sujet tendant à prouver que toute action chimique donne naissance à un courant; il y a là matière à discussion; peut-être l’action chimique et la production du courant ne sont-ils pas l’un la source de l’autre, mais sont-ils tous deux les effets d’une môme cause encore inconnue. L’électrolyse a servi

à préparer certains métaux, tels que le magnésium ob* tenu ainsi par M. Bunsen, le lithium par M. Troost. M. Deville a expérimenté ce moyen pour l’aluminium. A l’électro-chimie se rattachent plusieurs industries : la galvanoplastie, l’électrotypie, l’extraction métallurgique de l’argent, etc.

Développement de V électricité dans les phénomènes chimiques. — Dans la plupart des actions chimiques, il se produit un dégagement d’électricité que l’on peut mettre en évidence, soit au moyen de l’électroscope condensateur, soit à l’aide du multiplicateur.

1® Dans la combinaison de l’oxygène avec un autre corps, l’oxygène prend l’électricité positive, le corps combustible l’électricité négative.

2“ Dans la combinaison des acides avec les bases, l’acide prend l’électricité positive, et la base l’électricité négative. Avec un acide, l’eau distillée joue le rôle de base et s’électrise négativement ; avec un alcali, elle joue le rôle d’acide et s’électrise positivement.

3“ Toutes les fois qu’un métal est attaqué par un liquide, ce métal prend l’électricité négative, et l’acide l’électricité positive. Ces phénomènes s’observent lorsque le zinc se dissout dans l’eau acidulée avec l’acide sulfurique, et lorsqu’il remplace le cuivre dans une dissolution de sulfate de cuivre.

En général, toutes les fois que dans un corps composé il y a substitution d’un élément à un autre, il se produit un dégagement d’électricité.

Il est facile de comprendre comment, au moyen d’un multiplicateur, on peut observer ces phénomènes. Prenons pour exemple le cas d’un métal se dissolvant dans un acide, comme le zinc dans l’acide sulfurique.

Aux deux extrémités du fil d’un multiplicateur G, comme le montre la figure, on adapte deux lames de platine et on les fait plonger dans de l’eau acidulée avec l’acide sulfurique ; l’aiguille du galvanomètre reste immobile ,

Fig. 890. — Dégagement d’électricité par l’action du zinc sur l’eau acidulée»

le platine n’est pas attaqué par l’acide, mais si à l’une des lames de platine P on substitue une lame de zinc Z, immédiatement une forte déviation de l’aiguille dans le fil de l’appareil indique l’existence d’un courant allant de la lame de platine à la lame de zinc, c’est-à-dire que le zinc a pris l’électricité négative, et l’acide l’électricité positive qui a été recueillie par la lame de platine. Les phénomènes chimiques sont généralement regardés comme la condition de production d’électricité dans les piles. Des expériences nombreuses ont montré que toutes les fois qu’il n’y a pas d’action chimique, il n’y a pas de courant, et, d’autre part, que dans une pile, avec les mêmes métaux, on peut changer le sens du courant en changeant les liquides de la pile. Ainsi, Davy a constaté qu’une pile à auges, construite avec du fer et du cuivre et chargée avec de l’eau acidulée par de l’acide sulfurique, donne un courant allant dans chaque auge du fer au cuivre ; c’est le fer qui est le plus attaqué; si on remplace l’eau acidulée par de l’ammoniaque, le cuivre est plus attaqué que le fer: la direction du courant est inverse.

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Action de VélectricUé sur les combinaisons chimiques. — Les courants électriques décomposent les combinaisons chimiques.

Les combinaisons binaires , oxydes , acides , chlorures, etc., se dédoublent en leurs éléments; l’oxygène se dégage toujours au pôle positif; l’hydrogène et les métaux ou métalloïdes se portent au pôle négatif. Quant aux composés non oxygénés, le pôle auquel se rend chaque élément dépend du corps auquel il est uni. Le chlore se dégage au pôle négatif dans la décomposition de l’acide chlorique, au pôle positif dans celle d’un chlorure. Le môme corps peut donc être tantôt électropositif, tantôt électronégatif, sauf toutefois l’oxygène qui se rend invariablement au pôle positif ; ainsi le chlore est électropositif par rapport à l’oxygène, électronégatif par rapport aux métaux.

Quant aux dissolutions salines, dans certains cas on observe simplement une séparation de la base et de l’acide, comme cela a lieu pour le sulfate de potasse. Au pôle positif, on trouve l’acide ; au pôle négatif, la base.

Mais lorsque le sel n’a pas pour base un oxyde des métaux alcalins, le courant a généralement pour effet nonseulement de séparer l’oxyde et l’acide, mais de décomposer l’oxyde lui-même dont l’oxygène se porte avec l’acide au pôle positif, tandis que le métal se dépose au pôle négatif. Si le courant a une grande intensité, le métal réduit se présente sous la forme d’une poudre sans cohésion ; s’il agit lentement, le dépôt métallique est homogène, cohérent et se moule avec la plus grande exactitude sur le corps conducteur en communication avec le pôle négatif de la pile. C’est là le principe de la galvanoplastie (voyez ce mot).

L’acide lui-même peut subir une décomposition : avec l’azotate d’argent, par exemple, l’acide azotique se décompose, l’oxygène se rend au pôle positif, tandis que l’azote et l’argent se portent au pôle négatif.

Pour décomposer un corps, il suffit de le faire traverser par le courant en y plongeant des lames de platine que l’on relie par des fils de cuivre aux pôles d’une pile. Ainsi, pour décomposer l’eau, on se sert d’un vase en verre V {fig. 891 ) dont le fond est traversé par des fils de platine qui sortent au dehors et communiquent avec les

pôles P et P' de la pile. Sur chacun ue ces fils isolés l’un de l’autre, on place de petites cloches AC, BD graduées et pleines d’eau. On rend le liquide meilleur conducteur en y ajoutant quelques gouttes d’acide sulfurique. L’oxygène se dégage le long du fil en communication avec le pôle positif, et l’hydrogène autour du second fil. Ce petit appareil a reçu le nom de voltamètre.

Les lois des décompositions chimiques découvertes par Faraday sont les suivantes :

De loi. — L’action décomposante d’un courant est la même dans toutes ses parties. Plusieurs voltamètres étant introduits dans un même circuit, chacun d’eux renferme des quantités égales de gaz.

2® loi. — La quantité de substance décomposée est proportionnelle à la quantité d’électricité qui passe dans un temps donné.

3® loi. — Quand un môme courant traverse successivement plusieurs dissolutions salines, les poids des éléments séparés sont proportionnels à leurs équivalents chimiques.

On fait passer à travers des dissolutions de sulfate de

cuivre, d’acétate de plomb, d’azotate d’argent, réunies par des arcs de platine, un courant qui traverse aussi un voltamètre ; les poids d’hydrogène, de cuivre, de plomb, d’argent mis en liberté, sont entre eux comme les nombres 1, 32, 104, 108, équivalents chimiques de ces corps. i ^ De ces lois il résulte que l’on peut mesurer les quan- ; tités d’électricité qui traversent un circuit par le poids d’hydrogène mis en liberté, qui se dégage dans un volta- i mètre placé dans le circuit; et on appelle équivalent d'électricité dynamique la quantité d’électricité capable de décomposer un équivalent d’eau.

4® loi. — Le travail chimique intérieur qui, dans chaque couple, engendre l’électricité est équivalent au travail chimique produit en un point quelconque du cir- . cuit extérieur. ;

Si, pour décomposer du sulfate de zinc, il faut em- I ployer une pile formée de trois couples de Bunsen, pour I chaque équivalent de zinc mis en liberté, il se dissoudra j dans chaque couple un équivalent de zinc.

C’est là une loi que l’on a intérêt à ne pas oublier. On J ne doit employer que le nombre de couples suffisant pour * vaincre la résistance du corps que l’on veut décomposer. | Si l’on emploie dix couples, on dépensera dix fois plus I de zinc que si l’on n’employait qu’un seul couple sans | produire un travail chimique extérieur plus considé- \ rable. H. G. f

ÉLECTRO-DYNAMIQUE. — Voyez Solénoïdes.

ELEGTRO-MAGNÉTISME (Physique). - Branche de la physique embrassant l’ensemblè des phénomènes pro- , duits par l’action des courants sur les aimants ou les substances magnétiques, et par la réaction de^ ces der- i niers sur les courants et les conducteurs électriques.

Action des courants sur les aimants. — Un courant i électrique circulant dans le voisinage d’une aiguille ai- ; mantée, librement suspendue sur un pivot, la dévie de sa position d’équilibre et tend à la mettre en croix avec lui, ce qui aurait lieu exactement sans l’action directrice terrestre. Le sens de la déviation change avec la direc- ' tion du courant et avec sa position au-dessus ou au-dessous de l’aiguille. Ampère a imaginé la formule suivante pour relier entre eux ces phénomènes en apparence compliqués : Il suppose qu’une petite figure soit couchée sur le conducteur, de manière que le courant lui entre par les pieds et lui sorte par la tête, et qu’elle ait sa face tournée vers l’aimant : le pôle austral de cet aimant est chassé vers la gauche de la figure, qu'on appelle aussi gauche du courant.

La force qui dévie ainsi l’aiguille {force électro-magnétique) diminue dans le môme rapport que la distance augmente entre l’aiguille et le courant; elle croît comme l’intensité du courant ; elle s’exerce au travers de toutes les substances, excepté les substances magnétiques. Cette propriété des courants est d’une très-grande importance en physique; elle a conduit au l’appareil

le plus commode et le plus précis que nous ayons pour mesurer l’intensité des courants électriques fournis par les piles ou par toute autre source continue d’électricité dynamique. Il est d’autres courants dont la durée, généralement très-courte, force le plus souvent à recourir à d’autres moyens (voyez Galvanomètre, Induction),

En outre de cette action directrice des courants sur les aimants, les premiers peuvent produire sur les seconds des phénomènes d’attr action, ^ de répulsion ou de rotation continue, suivant les conditions dans lesquelles on se place. L’action des courants sur les aimants a été découverte, en 1820, par OErsted, professeur à Copenhague.

Action des aimants sur les courants. — Toute action en physique est accompagnée d’une réaction égale et contraire ; si l’aimant est fixe et le courant mobile, c’est le courant qui sera dévié de sa direction et se mettra en croix avec l’aiguille, de manière qu’il ait le pôle austral à sa gauche; c’est lui qui sera attiré ou repoussé, ou bien qui prendra un mouvement de rotation continue.

Aimantation par les courants. — Ce n’est point sur l’acier, mais sur son magnétisme qu’agit le courant; si l’acier est entraîné, c’est qu’il existe entre lui et son magnétisme une force coercitive (voyez Aimant, Aimantation) qui empêche le dernier de s’y mouvoir librement.

La force coercitive n’existe pas dans le fer doux ; les . mômes effets ne s’y produisent dç"S pas de la même | manière. Un courant, mobile ou non, passant dans le voisinage d’un morceau de fer doux, l’aimantera de telle sorte que le pôle austral de l’aimant ainsi formé se trouve à la gauche du courant, et l’aimantation durera tant que durera le courant, pour finir avec lui. L’aimant produit dans ces circonstances. est appelé électro-aimant (voyez

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ce mot) ; il peut acquérir une puissance extrêmement considérable, et il en existe qui portent plusieurs milliers de kilogrammes; il peut être soumis, de la part du courant qui lui a donné naissance, à une force d’attraction que l’on a utilisée dans la construction de quelques machines électromotrices ^ et qui provient de ce que si le magnétisme peut circuler dans le fer doux, il ne peut en sortir; mais jamais il ne peut être repoussé ni éprouver de mouvement de rotation continue. Il faut, pour obtenir ce dernier résultat, employer des artifices particuliers (voyez Électromotrices [Machines]]. C’est à Arago qu’est due la découverte de cette propriété des courants d’aimanter le fer doux.

Les courants peuvent également aimanter des barreaux d’acier ; mais la force coercitive de ceux-ci formant un obstacle à leur aimantation comme à leur désaimantation, il faut moins prolonger l’action du courant que la rendre énergique, de même qu’un coup de marteau rapidement donné sur un clou produira sur lui plus d’elfet qu’une pression simple et prolongée; aussi le procédé d’aimantation le plus efficace consiste-t-il à faire passer la décharge d’une batterie électrique dans un fil bien isolé, enroulé autour du barreau d’acier.

Production de courants ‘par les aimants. — Voyez Induction.

Action de la terre sur les courants. — La terre, étant considérée comme un gros aimant, doit exercer sur les courants électriques les mêmes actions de direction, d’attraction, de répulsion, de rotation continue, que les aimants ordinaires, et c’est ce qui a lieu en effet.

L’analogie qui existe entre les actions qui se passent entre les aimants et les courants, et celles qui ont lieu entre les courants et les courants ont conduit Ampère à une théorie du magnétisme adoptée assez généralement par les physiciens, et qui rattache d’une manière intime le magnétisme à l’électricité. D’après cette théorie, chaque parcelle de fer ou d’acier serait enveloppée par des courants électriques circulant dans toutes les directions à travers les barreaux non aimantés. L’aimantation, quelle qu’en soit la cause, aurait pour effet de ramener plus ou moins complètement tous ces courants partiels au parallélisme et de constituer de véritables solénoïdes (voyez ce mot).

C’est aux travaux d’Ampère que nous devons la théorie des effets produits entre les aimants et les courants; la théorie des phénomènes d’aimantation du fer doux par l’électricité est encore à faire malgré son importance, et malgré l’énorme quantité d’expériences entreprises sur ce point. Ces expériences manquent du lien mathématique qui seul permettrait de coordonner les résultats obtenus. M. D.

ELEGTROMÈTRE (Physique). — Appareil de physique

destiné à évaluer le degré de charge d’un corps électrisé.

Toutes les machines électriques sont ordinairement munies d’un électromètre dit de Henley. Il se compose d’une tige conductrice AB, que l’on fixe sur le conducteur de la machine, et munie d’un demi-cercle gradué C, au centre duquel se meut une tige mince, terminée par une balle de sureau a. A mesure que la machine se charge, la balle électrisée par elle est repoussée davantage, et l’angle dont elle est écartée de la verticale permet d’apprécier le degré de charge obtenu.

Cet écart n’est toutefois pas proportionnel à la charge : un écart double indique une charge plus que doublée. Presque tous les électroscopes peuvent devenir des électromètres au même titre, s’ils sont munis de graduations permettant de juger de la force répulsive qui produit leurs indications (voyez ElectroscoPEs). Mais chacun d’eux a besoin d’une graduation spéciale, si l’on veut que ses indications soient proportionnelles au degré de charge électrique à mesurer.

ELECTROMOTRICE (Force) (Physique). — On appelle /brce électromotrice la cause d’un courant électrique. Ainsi, quand Volta construisit sa pile, il admit une force électromotrice produisant le mouvement de l’électricité ; il supposa que cette force résidait au contact des deux métaux, zinc et cuivre; plus tard, on reconnut qu’elle se développait au contact du zinc et du liquide qui l’attaque. On a même cherché dans l’action chimique qui se produit en même temps la cause de la force électromotrice; mais des expériences de M. Gassiot ont fait abandonner cette idée; ces deux effets sont concomitants ; il n’est pas démontré que l’un d’eux fasse naître l’autre. La partie de la physique qui traite de l’origine de la force électromotrice est donc encore fort obscure. Quand un courant traverse un circuit fermé, son intensité est

donnée par la formule due à Ohm (voyez Ohm

[lois de]). La quantité >. est dite la résistance du circuit, et se calcule facilement d’après la nature des corps qui la constituent. Quant à E, c’est une quantité qui dépend uniquement de la nature de la source, et, par suite, de la force électromotrice qui s’y trouve mise en jeu. Pour ces raisons, on prend E comme mesure de cette force. Bien des procédés ont été employés pour mesurer cette quantité dansdes différentes espèces de piles. MM. Becquerel, Wheatstone, et

Fig. 892. — Électromèire de Henley.

Fig. 893. - Appareil de M. Régnault pour la mesure des forces éleclromotiices.

surtout Poggendorf, en ont donné de très-remarquables Nous ne citerons ici que la méthode d’opposition due à M. J. Régnault; elle est fondée sur ce principe que si l’on lait passer dans un môme circuit, mais en sens inverse,

les courants de deux piles de même nature, on ne constate aucune déviation dans un galvanomètre placé dans le circuit, car les deux forces électromotrices mises en jeu sont égales et de signe contraire ; d’après cela, si deux

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j'orces électromotrices de nature différente, mais de sens contraire, viennent à se détruire, on sera en droit de conclure à leur égalité. Il fallait commencer par choisir une unité de comparaison. M. Régnault s'adressa au couple thermo- électrique, bismuth et cuivre, dont les soudures sont maintenues, l’une à lOO® et l’autre à zéro. Il réunit soixante de ces éléments, de sorte que, quand la pile ainsi montée fonctionne en entier, sa force électromotrice est égale à soixante unités. Les éléments sont supportés par deux traverses horizontales en bois (/?^. 893). Sur une troisième traverse glisse un curseur G, qui porte un ressort en cuivre. Ce ressort s’appuie successivement sur les fils de cuivre des différents éléments thermo-électriques; il est d’ailleurs mis en rapport par le bouton b avec un circuit métallique. Deux auges prismatiques M et M' sont maintenues, la première pleine d’eau bouillante, la seconde pleine de glace fondante; dans ces auges plongent les soudures de la pile qui est mise ainsi en action, et a pour pôle positif son extrémité «, et pour })ôle négatif lè bouton b du curseur G. Les soixante couples précédents seraient insuffisants pour détruire le courant de la plupart des sources d’électricité ; aussi, M. J. Régnault leur a-t-il associé des couples auxiliaires Il t\ f'\ sont formés d’une lame de zinc pur plongée dans une dissolution saturée de sulfate de zinc, et d’une lame de cadmium pur, aussi plongée dans une dissolution satui-ée de sulfate du même métal ; un vase poreux sépare les deux liquides. Chacun de ces couples a été reconnu en valoir cinquante-cinq de ceux de la pile thermoélectrique.

Veut-on déterminer la force électromotrice d’un couple donné V. On le place dans le même circuit avec un galvanomètre G et la pile thermo-électrique, en ayant soin de mettre ces deux sources d’électricité en opposition. Si l’élément V possède une force électromotrice trop considérable, on place dans le circuit les éléments /*, f\ f\ et il arrive toujours qu’avec un nombre convenable de ces éléments et une position déterminée du curseur, on amène le galvanomètre au zéro. La valeur de la force électromotrice de l’élément V est alors exprimée par le nombre des couples thermo-électriques mis en jeu, augmentée d'autant de fois cinquante-cinq qu’il y a de couples au cadmium introduits dans le circuit. H. G.

Electromotrices (Machines) (Physique). — D’après M. Figuier, l’abbé Salvator dal Negro, ecclésiastique de Padoue, aurait, le premier, tenté la construction d’un électromoteur. Les Allemands réclament, au sujet de cette idée, en faveur de M. Jedlick dont les essais dateraient de 181^9. Les Anglais et lés Américains élèvent des réclamations analogues. Ge qu’il y a de certain, c’est que la première machine électi omotrice qui attira l’attention publique est due à M. Jacobi, savant russe, qui l’imagina en 1834. Au début, l’on attendit beaucoup de cette force nouvelle, et un bateau fut lancé à Saint-Pétersbourg, sur la Néva, afin de mettre à l’essai la machine nouvelle. L’expérience fut faite en 1839 ; la barque contenait douze personnes; elle avait coûté 60000 francs; elle navigua pendant plusieurs heures, mais le moteur ne put dépasser la force des f d’un cheval-vapeur, bien que la pile mise en action fût constituée par 128 couples deGrove, de grande dimension. Les moteurs électriques, pour la plupart, sont fondés sur l’attraction réciproque des électro-aimants et du fer doux ; il en résulte bien des difficultésqu’il faut lever. L’électricité réagissant par induction sur le circuit qu’elle parcourt, y développe un effort contraire au sien ; la cessation de Faction magnétique dans les électro-aimants ne correspond pas exactement à l’interruption du courant ; les parties de la machine qui subissent d’énormes attractions n’ont pas la rigidité nécessaire pour y résister et se déforment; les points entre lesquels jaillit l’étincelle s’oxydent et se détériorent : telles sont les causes principales de l’insuccès de tous ceux qui ont voulu construire des machines électromotrices d'une grande force, toutes ces difficultés disparaissant d’ailleurs dans les petits modèles où la puissance mise en jeu est très-ffiible. 11 est bon aussi de remarquer que si la force attractive des électro-aimants sur le fer doux est considérable au contact, elle cesse à une faible distance, que d’ailleurs, môme au contact, cette force a une limite dépendante des dimensions de l’électro-aimant, et que l’on ne peut dépasser, quels que soient l’intensité du courant employé et le nombre des spires qu’on lui fait traverser. Si l’on veut en outre considérer la question du prix de revient, il faut dire que les meilleurs électromoteurs exposés en 1855 à la grande exposition universelle de Paris, dépensaient au moins

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1 ,50 par heure et par cheval-vapeur, tandis que dans la machine à vapeur la même force, pendant le même temps, revient à O^OC. MM. Joule et Scoresby ont déduit de la théorie mécanique de la chaleur que deux poids

disparaissant, l’un par combustion, 1 autre par dissolution dans une pile, peuvent produire au maximum des travaux mécaniques dans on kilogrammètres pour le charbon, à

80 kilogrammètres pour le zinc, d’où résulte que dans étions les meilleures, la force magnétique est 25 fois plus chère que celle de la vapeur. Nous sommes donc bien loin de voir la vapeur détrônée par l’électricité, et la première question à résoudre pour cela est la découverte d’une pile dont l’entretien soit peu coûteux.

Il ^ est, d’après cela, inutile d’entrer dans de grands détails sur les très-nombreux électromoteurs inventés jusqu’à ce jour ; nous nous bornerons seulement à la description rapide de ceux qui ont le mieux fonctionné. A ce titre, il faut citer les machines duos à M. Froment, et principalement celle qui, dans ses ateliers, est employée

Fig. 894. — Machine électi omotrice de M. Froment.

à faire mouvoir des tours ou des machines à diviser. Elle est formée d’un bâti en fonte reposant sur un socle. Sur ce bâti s’appuie une roue R, en fonte aussi, mobile autour de son axe, et portant, sur sa circonférence huit armatures en fer doux, qui, pendant la rotation, passent devant quatre électro-aimants fixes dont les bobines convergent vers l’axe de rotation. Les armatures, attirées par les électro-aimants, se précipitent dans leur direction, en approchent très-près sans arriver au contact, et dépassent la position d’équilibre en vertu de la vitesse acquise. D’ailleurs, les électro-aimants ne fonctionnent que par intermittence, et l’action de chacun d’eux cesse au moment oû une armature arrive en face; de plus, à ce moment l’électro-ai niant suivant agit et attire à son tour la palette de fer doux. Un commutateur fort simple mis en mouvement par la roue à cames r suffit à distribuer utilement l’électricité. On voit dans la figure qui est au-dessous, le mode de distribution du courant aux électro-aimants. Le courant arrivant par t passe dans l’arc métallique cc, et de là par le bouton n dans le ressort l fixé à une pièce d’ivoire. Puis par l’intermédiaire des boutons de platine a et 6, quand ils sont en contact dans le ressort /' qui communique par n avec le fil de l’électro-aimant. Le courant est fermé périodiquement en ab par la roue à cames qui, en soulevant le gobelet <7, établit le contact de a et de 6.

M. Larmenjeat a appliqué les électro-aimants circulaires à trois pôles, de M. Nicklès. La figure représente une portion de l’appareil vu en relief, parallèlement et per- | pendiculairement à l’axe de rotation A. Sür cet axe se • trouvent trois électro- aimants circulaires, dont un seul est figuré. Ghacun d’eux est formé d’un cylindre creux, en fer doux, dans lequel s’emboîte l’axe A. Aux extrémités et au milieu du cylindre sont fixés trois disques D en fer doux, celui du milieu ayant une épaisseur double. Entre

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ces disques se trouvent enroulés les fils destinés à conduire le courant. Dans de semblables électro-aimants, les disques extrêmes sont des pôles magnétiques de môme nom, le disque central étant un pôle de nom contraire. Sur la circonférence des disques sont incrustées six plaques de laiton /, qui forment des régions sans attraction magnétique sensible. Les pièces attirées sont des contacts G de forme cylindrique, mobiles autour de tourillons, afin de diminuer les frottements. Ces contacts sont au nombre de six, et leurs tourillons se meuvent dans des cavités pratiquées dans deux plaques métalliques, dont une seulement XY est représentée sur la figure 896. Les trois électro-aimants sont disposés à la suite l’un de l’autre sur l’axe A; seulement, si l’on considère sur chacun d’eux les génératrices qui passent par des lames de cuivre, elles ne se correspondent pas, en sorte que l’action attractive qui fait rouler les électro-aimants sur les contacts n’a lieu que successivement. D’ailleurs, un distributeur amène à tour de rôle le courant dans les trois électro-aimants. Il consiste en une poulie P sur laquelle s’appuie un ressort communiquant avec le pôle

Fig. 895. — Moteur électrique de M. Larmenjeat.

positif d’une pile, en une roue R formée de six parties métalliques et de six non métalliques, enfin de trois galets g dont chacun est relié à un électro-aimant. Le courant arrive dans P, dans R; de là, passe dans l’un au plus des trois galets, fait agir l’un des électro-aimants, revient de là par une des trois poulies p, p\p'\ et retourne à la pile. Voici donc comment la machine fonctionne : le courant traverse l’un des électro-aimants ; les portions aimantées de cet appareil roulent sur les contacts, mais, lorsque c’est le cuivre qui arrive sur les cylindres G, celui des galets g par lequel passait le courant cesse de le transmettre; la partie métallique de la roue R vient en contact avec un second galet, et un deuxième électro-aimant fonctionne jusqu’à ce que a devienne le tour du troisième, et ainsi de suite. Le moteur Larmenjeat, d’après les essais faits par le jury de l’exposition de 1855, a donné, comme minimum de dépense, 4^,05 de zinc de consommation par cheval de force et par heure. G’est donc, pour le zinc seulement, une consommation de 3', 15 par cheval et par heure. G’est d’ailleurs, avec la machine de M. Roux, celle qui donne le plus d’effet utile.

Le moteur de M. Roux possède des électro-aimants, de forme toute particulière; ils sont représentés en E et E'

couvre les fils conducteurs de l’électricité. L’on a ainsi deux pôles, l’un à l’extrémité libre de F, l’autre à l’extrémité libre de G; ce dernier entoure l’autre, et la môme armature peut leur être appliquée. Dans le moteur de M. Roux, il y a deux électro-aimants E, E’ au-dessous desquels se présentent deux plaqués de fer doux P et P', d’une assez forte masse. Ges plaques sont soutenues par les tiges articulées t et t', de sorte que quand elles s’élèvent ou s’abaissent, elles sont forcées d’avoir un déplacement latéral; ce déplacement produit le mouvement des bielles B, B', et, par suite, de la double manivelle MM' et de l’axe AA'. L’appareil étant en repos, nous supposerons la palette P' distante, autant que posai ble,de l’électro-aimant, alors P est en contact. Si l’on fait passer le courant dans E', la palette P' s’abaisse jusqu’au plus bas point de sa course, alors P se relève ; on fait cesser le courant dans E' pour le diriger dans E, et l’effet contraire se produit, de sorte que le mouvement de rotation de AA' devient continu.

La machine de M. Roux a pu ne dépenser que 1^,50 de zinc par cheval de force et par heure. Les résultats les plus économiques s’obtiennent en augmentant la dimension des couples et diminuant leur nombre; mais alors il est difficile d’augmenter la puissance de la machine qui, comme tout électromoteur, ne peut être appliquée que pour de petites

ÊlÊGTROPHORE (Physique) , du grec électron, électricité, et phéro, porter). — Instrument de physique dû au Suédois Vilke, et servant à donner de l’électricité.

G’est une véritable machine électrique portative. Il se compose :

1° d’un plateau de bois circulaire GG' muni d’un rebord, et sur lequel on a coulé un gâteau de résine à surface plane; 2" d’un second disque de bois P recouvert

Fig. 896. — Moteur électrique de M. Roux.

VUS à leur place; F en est une section vue séparément; quand on les regarde de face, on voit que le fer doux central F a une forme aplatie. Une de ses extrémités ■est soudée à une chemise G de môme métal, qui re-

Fig. 897. — Électiophore.

sur ses deux faces de feuilles d’étain, et muni d’un manche de verre M perpendiculaire à son plan.

— Pour charger l’électrophore, on

commence par en sécher soigneusement toutes les parties, puis on électrise résineusement le gâteau en frappant vivement sa surface libre avec une peau de chat. Cette électrisation se conserve assez longtemps par un temps sec. Si alors on applique le plateau de bois à la surface du gâteau, et qu’on l’y touche un instant avec le doigt, l’électricité neutre du plateau conducteur est décomposée, l’électricité négative repoussée s’écoule par le doigt dans le sol, et l’électricité positive attirée reste condensée à la surface inférieure du plateau.

En enlevant le doigt, puis soulevant le plateau par son manche isolant, on le trouve assez fortement chargé d’électricité positive, pour qu’on en puisse tirer une étincelle, Par un temps bien sec, l’électrophore peut fournir

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ainsi pendant plusieurs jours de l’électricité sans qu’il soit besoin de le recharger.

ELECTRO-PHYSIOLOGIE (Physiologie). — (Voyez Traitement par l’électricité).

ELECTRO-PUNCTURE (Médecine). — Voyez Traitement MÉDICAL por l'électricité .

ELEGTROSGOPES (Physique), du grec électron^ électricité; scopéin^ voir). — Instruments de physique destinés à accuser la présence de Télectricité dans les corps, et à reconnaître la nature de cette électricité. Leur forme et leur sensibilité sont trés-variables.

L’électroscope le plus anciennement imaginé, celui de Gilbert, consistait en une petite aiguille métallique mobile sur une pointe également métallique. Lorsqu’en approchant un corps de l’ime des extrémités de cette aiguille, on la voyait se mouvoir par attraction, on en concluait que le corps était électrisé. Mais cet électroscope n’étant pas isolé répondait de la môme manière à l’action d’un corps électrisé, de quelque manière qu’il lefùt.

Dufay substitua à l’aiguille métallique une aiguille de verre portant à l’une de ses extrémités une petite boule creuse en cuivre A, équilibrée par une petite masse

de verre B fixée à l’autre extrémité de l’aiguille. Un corps électrisé commençait par attirer la boule ; le contact ayant lieu, elle lui transmettait une portion de son électricité et l’attraction se transformait en une répulsion.

La tige de verre D qui supportait 1a boule lui permettait de conserver quelque temps l’électricité qu’elle avait reçue. Il suffit alors de lui présenter successivement un bâton de verre et un bâton de résine électrisés par frottement. Si le verre la repousse, elle est électrisée comme le verre ou positivement; si c’est au contraire la résine, elle est électrisée comme la résine ou négativement. Au lieu d’aiguille, on peut se contenter d’une petite balle de sureau suspendue à un fil de soie, ce qui constitue le pendule électrique (voyez Électricité).

Ces appareils sont trop peu sensibles à cause de la perte rapide de l’électricité dans l’air, surtout quand celui-ci est un peu humide. Le suivant, bien préférable, constitue l’électroscope ordinaire. Une petite cloche de verre tubulée C, renversée sur un plateau de cuivre B garni de quatre petites colonnes de cuivre a, h,c,d, qu’elle recouvre, reçoit dans sa tubulure supérieure un bouchon métallique qui y est fixé par de la gomme laque. Ce bouchon se termine extérieurement par une boule A, et à sa partie inférieure il porte une tige de métal percée à son extrémité de deux petits trous auxquels on suspend, soit deux fils fins de métal terminés par de petites balles de sureau g et /q soit deux pailles minces, soit deux feuilles d’or. La cloche est vernie à la gomme laque à sa partie

supérieure pour la rendre plus isolante. Lorsqu’on touche le bouton A avec un corps électrisé, les deux balles g et h divergent immédiatement ; électrisées toutes deux de la même manière que le corps, elles se repoussent et gardent assez longtemps leur électricité pour qu’on puisse en constater la nature. Les colonnes inférieures électrisées par l’influence des balles agissent sur celles-ci par attraction et augmentent la divergence, et par conséquent la sensibilité de l’appareil. Si les balles de verre sont électrisées positivement et qu’on en approche un bâton de verre électrisé par frottement, elles divergeront davantage ; elles se rapprocheront, au contraire, si elles sont électrisées négativement. Le contraire aurait lieu si Ton substituait un bâton de résine au bâton de verre. Si l’on remplace les deux balles par deux minces lames d’or battu, et le bouton A par un condensateur, on aura X'électroscope condensateur de Volta, le plus sensible de tous les éloctroscopes (voyez Condensateur).

Fig. 899. — Electroscniu; ordinaire.

Fig. 898- — Elecli’oscopu de Dufay.

L’appareil que représente notre figure, qui est dû à Cou» lomb, peut servir à la fois ù^électroscope et dé électromètre. Il est également d’une exquise sensibilité. Il se compose, ainsi qu’on en peut juger, d’une très-mince aiguille de gomrne laque, portant à l’une de ses extrémités un petit disque de clinquant 6, et suspendue par un simple fil de cocon ou un cheveu au centre d’une cloche de verre A. Celleci est entourée d’une bande de papierdiviséeen 360°, et est traversée par un petit tube de verre dans l’axe duquel est mastiqué un fil de cuivre terminé à ses deux bouts par deux petites boules c et d.

Lorsqu’on touche d avec un corps électrisé, le clinquant vient au contact de c, s’électrise lui-

même de la môme pj». 900. — Eleclroscope de Coulomb.

manière, et est repoussé d’une quantité d’autant plus grande que la charge électrique est plus forte. Il conserve assez longtemps son électricité pour qu’on en puisse constater 1a nature. De tous les électroscopes, le plus sensible est incontestablement la grenouille.

Électroscope météorologique de Saussure. — L’électroscope qu’employait de Saussure pour constater la présence de l’électricité dans l’air et apprécier sa nature est un électroscope ordinaire à balle de sureau ou à paille, présentant les particularités suivantes :

La garniture métallique qui supporte les pailles se prolonge supérieurement en une tige T assez longue (0“,GO) terminée elle-même en pointe; une petite cloche en métal D, faisant corps avec la tige à sa partie inférieure, est destinée à mettre l’appareil à l’abri de la pluie. Sur une des parois de la cloche se trouve une graduation qui permet de juger du degré d’écartement des boules. Saussure employait un procédé spécial qu’il est inutile de décrire ici pour apprécier le rapport de ces divisions avec la charge électrique des boules ou des pailles. La partie supérieure de l’instrument étant terminée en pointe, il est clair que son électricité sera toujours de môme nature que celle du corps influent, car le fluide de nom contraire s’écoulera par la pointe. Volta conseille de munir l’extrémité de la tige d’un corps brûlant avec flamme, par exemple d’un morceau d’amadou ou d’une mèche soufrée en ignition. L’expérience montre, en effet, que, dans beaucoup de circonstances où l’instrument n’accuse aucun signe d’électricité atmosphérique, cette addition suffit pour produire la divergence des boules. M. Riess (Arc/nves de l'électricitéy t. V) attribue cette particularité curieuse à ce que l’amadou en ignition présente comme une foule de pointes trèsdéliées qui facilitent l’écoulement du fluide contraire. Quand la combustion a lieu avec flamme, le rôle des pointes est joué, suivantle môme auteur, par les nombreux filets de vapeur conductrice s’échappant de la flamme ellemême et se disséminant dans l’air dans toutes les directions possibles.

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Èlectvoscope météorologique de Peltier. — L’appareil le plus convenable et le plus senJble pour l’étude de l’électricité atmosphérique est celui qu’a imaginé Peltier et qui est, à proprement parler, une modification du diagomètre de Rousseau (voyez ce mot). La figure et la description suivantes sont empruntées au Traité d'électricité deM. Gavarret.

Sur le milieu d’une cage cylindrique de verre s’élève une tige métallique armée de deux boules G, B. La boule supérieure G est creuse, son diamètre est de 0'", 10 environ. La boule inférieure B est beaucoup plus petite et appuie sur un gros tampon de gomme laque à travers lequel la tige pénètre dans la cage de verre. Sur le milieu de sa longueur, la tige AB porte un chapeau destiné à mettre l'appareil à l’abri de la pluie. A l’intérieur de la cage, la tige métallique AB communique avec un anneau

Fig. 902. — Électroscupe de Peltier.

de cuivre D dont la partie inférieure est armée d’une pointe d’acier qui porte une chape métallique. Un fil de cuivre ab et une aiguille aimantée cd sont fixés à cette plaque horizontalement et dans le même plan vertical. De cette manière, le fil ab et l’aiguille sont solidaires et tendent toujours à revenir ensemble dans le plan du méridien magnétique qnand une cause quelconque les en a écartés. L’anneau D est soudé, à sa partie inférieure, avec une tige métallique engagée dans un gros tube de verre rempli de gomme laque et encastré dans un support uo bois. A cette tige verticale est fixée une grosse aiguille métallique et horizontale EF. De cette manière, la tige AB, les deux boules G, B, l’anneau D, l’aiguille EF et le fil de cuivre ab sont reliés par des communications métalliques; de plus, ces diverses pièces forment un ensemble parfaitement isolé. La boule inférieure B, en tournant autour de la tige métallique, fait monter ou descendre le cylindre G. Quand l’appareil est au repos, on abaisse le cylindre G jusqu’à ce qu’il appuie sur la chape du fil ab; quand l’appareil doit marcher, on rend au fil ab la liberté de se mouvoir en soulevant le cylindre G.

Quand on veut faire une observation, on commence par orienter l’appareil ; à cet effet, on place l’aiguille EF dans le plan du méridien magnétique et on soulève le cylindre G. Le fil oè, entraîné par l’aiguille aimantée cd, vient se placer dans le plan du méridien magnétique, parallèlement à EF, au-dessus et très-près de cette aiguille. Les choses étant ainsi disposées, présentant à la boule G un corps électrisé positivement, l’aiguille fixe EF et le fil ab s’électrisent positivement par inffuence et se repoussent, le fil ab s’écarte angulairement de l’aiguille EF jusqu’à ee que la répulsion de ces deux corps soit équilibrée par la force directrice de l’aiguille aimantée cd. Deux cercles divisés, placés l’un sur le couvercle et l’autre sur le support de la cage de verre, permettent de me-

surer l’angle d’écartement du fil «6 et d’éviter les erreurs de parallaxe. Si l’on touche avec le doigt la tige AB, l’appareil prend une charge permanente négative. On peut aussi remplacer la boule G par une pointe; dans ce cas, l’électroscope prend par influence, une charge permanente de môme signe que celle du corps inducteur.

ELEGÏRO-THERAPIE (Médecine). — Voyez Traitement médical pur l'électricité.

ELEGTUAIRE (Pharmacie). — Ge nom, dont la signification n’est pas bien nettement précisée, a été donné à des médicaments mous ou demi-solides, composés de poudres diverses incorporées dans des pulpes, des sucs, des extraits, des sirops, du miel, etc. Lorsqu’ils sont mous, ils prennent les noms de confections , à' opiats ; ce sont les électuaires proprement dits. On les appelle pâtes, tablettes., bols., lorsqu’ils sont plus consistants.

ELÉDON ou Elédone (Zoologie), Eledon, Leach. — Genre de Mollusques de la classe des céphalopodes, du grand genre des Seiches {sepia de Linnée), section des Poulpes, dont le caractère essentiel est d’avoir une seule rangée de ventouses à leurs huit bras ou tentacules, tandis que les autres poulpes en ont deux rangées. L’espèce type est VE. musqué {Octopus moschatus, Lamk), qui habite la Méditerranée et répand une odeur très-forte à laquelle il doit son nom vulgaire de Poulpe musqué, et les noms italiens de Muscardino et Muscarolo. G’est un poulpe long de 0“,30 à 0“,40, brun en dessus, plus clair en dessous, avec de très-longs bras, la tête à peu près grande comme le corps. Il se nourrit de petits poissons et de vers marins.

ELÉIDE (Botanique), Elæis, Jacq. ; du grec elaios^ olivier. — Genre de plantes Monocotylédones périspermées, famille des Palmiers, tribu des Coedinées. Fleurs monoïques sur des spadices différents; mâles, 6 étamines à filets soudés; femelles, ovaire à 3 loges; 3 stigmates en crochet; drupe jaune ou rouge, munie de 3 pores au sommet. L’£'. de Guinée {E. guiueensis. Lin.) est un arbre s’élevant environ à une dizaine de mètres. Ses feuilles, qui atteignent souvent une longueur de 6 mètres, sont à divisions linéaires, lancéolées. Ses spadices, qui portent de 6 à 800 fruits serrés, à chair épaisse et oléagineuse, pèsent souvent 20 kil. Get arbre est originaire de la Guinée. On le cultive dans différents pays ciiauds, notamment en Amérique, pour l’huile grasse qu’on extrait de ses fruits, et qui est généralement connue sous le nom à'huile de palme. On obtient ce produitpar pression et décoction du péricarpe. L’huile de palme est d’une couleur orangé foncé. Son odeur est aromatique et assez agréable. Elle s’enflamme promptement et donne une lumière brillante ; aussi son usage le’ plus important est-il pour l’éclairage. On l’em]doie dans la fabrication des bougies stéariques, et l’Angleterre en fait un commerce considérable. L’huile de palme sert aussi dans certains pays pour la préparation des aliments. On la fait encore entrer dans la composition de certains savons. On extrait des graines de l’éléide une substance onctueuse, adoucissante et d’un goût agréable, que les nègres nomment quioquio ou thiothio, et le commerce beurre de Galam. Elle sert, en quelque sorte, aux mômes usages que l’huile de palme dont elle diffère peu ; mais elle se rancit encore plus vite. En Afrique, on l’emploie en friction contre les rhumatismes. G — s.

Eléments des planètes (Astronomie). — Voyez Planètes.

Eléments (Anatomie). — Voyez Tissus.

ELÉMI (Botanique médicale). — Substance résineuse produite par plusieurs espèces d’arbres de la famille des Burséracées, et particulièrement, d’après le profes. Guibourt, par Vlcica icicariba, deGand. qui croît au Brésil, et par VAmyris agallocha, Roxb. (cette dernière origine douteuse,) du Bengale. Delà, deux espèces d’élémi dans le commerce : le faux ou bâtard, ou ù' Amérique, d’un blanc jaunâtre, onctueux au toucher, et cependant sec et cassant; d’une odeur agréable, d’une saveur parfumée et amère ; la seconde sorte, le vrai élémi, Véiémi oriental. On le dit tiré d’Ethiopie, mais il vient vraiment d’Amérique (Guibourl). Il est blanchâtre, mou, d’une odeur forte et suave ; desséché à l’air, il devient jaune et friable ; il est solide à l’extérieur, gluant à l’intérieur. Ces résines jouissent de propriétés irritantes et entrent dans la composition de l’onguent d'arcæus, de styrax, du baume de Fioraventi, etc. (voyez Iciqüier).

ELËOCOCGA (Botanique), Elœococca, Comm. ; du grec elaion, huile, et kokkos, grain. — Genre de plantes Dicotylédones dialypétales hypogynes, famille des Euphorbiacées, désigné sous le nom de Dryandra, par

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Thnnberg. Il comprend des arbres à fleurs monoïques, dont les femelles ont un ovaire surmonté de 3-5 stigmates et creusé d’autant de loges, devenant une capsule qui se sépare en autant de coques ayant chacune une grosse graine. — h'E. du Japon a été nommé arbre d’huile^ à cause de l’huile que ses graines fournissent en abondance; et celui de Chine arbre du vernis^ par le môme motif. Ces produits sont utilisés dans l’industrie ; l’âcreté de l’huile est telle qu’il n’est pas possible de l’employer dans l’alimentation.

ÉLÉOTRIS (Zoologie), Eleotris ^ Gronov.; du grec eleios^ marécageux. — Genre de Poissons^ de l’ordre des Acanthoptéryyiens Gobioïdes, établi par Gronovius et adopté par Cuvier pour des espèces qui constituent un groupe voisin des Gobies et qui ont la première dorsale à aiguillons flexibles, mais dont les ventrales sont parfaitement distinctes; la tête obtuse, un peu déprimée, les yeux écartés et la membrane branchiale portant six rayons. La plupart vivent dans les mers chaudes. Le Dormeur {Eleotris dormitatrix^ Ciiv. ; P/atycephalus dormitator, Block) est des Antilles ; c’est une espèce assez grande, à tête déprimée, à joues renflées, nageoires tachetées de noir; elle se tient dans les marais. Il y en a aussi au Sénégal et dans l’Inde. Sur nos côtes des Alpes maritimes, la Méditerranée en a une Jolie petite espèce, décrite par Risso, qui lui a donné le nom de Gobius ammtus. Elle a le corps doré, ponctué de noir, avec une tache bleue à la base des pectorales. Son corps est d’un beau jaune doré, couvert de petits points noirs, la tête grande, les nageoires d’un rouge doré, les pectorales ornées à leur base d’une belle tache bleue. Ce poisson, long de 0“,10, se trouve au milieu des roches coralligènes.

ÉLÉPHANT (Zoologie), du nom grec désignant

l’ivoire et l’animal qui le produit. — Jusqu’aux dernières années du xviii® siècle, on n’avait pas imaginé que les éléphants, si diftérents par leur taille et leur conformation de tous les autres quadrupèdes, pussent appartenir à plusieurs espèces; le vulgaire, aussi bien que les naturalistes, assimilait, sauf des variations attribuées à des races locales, tous les éléphants répandus en Asie et en Afrique, depuis ITndo-Chine et les îles malaises jusqu’au cap de Bonne-Espérance, au Congo et au Sénégal. Une étude attentive a conduit G. Cuvier (en 179G) à admettre deux espèces d’éléphants et peut-être aujourd’hui en fautil reconnaître une troisième. Le nom d'éléphant s’applique donc à un genre {Elephas^ Lin.) où doivent être placées sans doute, auprès des espèces vivantes, quelques espèces fossiles aujourd’hui disparues. Ce genre, dans la , méthode de Cuvier, forme, avec le g^nva Mastodonte^ la famille des Proboscidiens ou Pachydermes à trompe et à défenses, la première de l’ordre des Pachydermes, classe des Mammifères. Cuvier, donnant les caractères de cette famille, trace, avec sa netteté habituelle, une courte description de la conformation des éléphants. « Les proboscidiens ont 6 doigts à tous les pieds, bien complets dans le squelette, mais tellement enroulés dans la peau calleuse qui entoure le pied, qu’ils n’apparaissent au dehors que par les ongles attachés sur le bord de cette espèce de sabot. Les dents canines et les incisives proprement dites leur manquent, mais dans leurs os incisifs sont implantées deux défenses qui sortent de la bouche et prennent souvent un accroissement énorme. La grandeur nécessaire aux alvéoles de ces défenses rend la mâchoire supérieure si haute et raccourcit tellement les os du nez que les narines se trouvent dans le squelette vers le haut de la face; mais elles se prolongent dans l’animal vivant en une trompe cylindrique, composée de plusieurs milliers Je petits muscles diversement entrelacés, mobiles en tous sens, douée d’un sentiment exquis et terminée par un appendice en forme de doigt. Cette trompe donne à l’éléphant presque autant d’adresse que la perfection de la main peut en donner au singe. Il s’en sert pour saisir tout ce qu’il veut porter à sa bouche et pour pomper sa boisson qu’il lance ensuite dans son gosier en y recourbant cet admirable organe et y supplée ainsi à un long cou qui n’aurait pu porter cette grosse tête et ses lourdes défenses. Au reste, les parois du crâne contiennent de pands vides qui rendent la tête plus légère; la mâchoire inférieure n’a point d’incisives du tout; les intestins sont très-volumineux, l’estomac simple, le cæcum énorme; les mamelles au nombre de deux seulement, placées sous la poitrine. Le petit tette avec la bouche et non avec la trompe [Règne animal, t. I, p. 237. 1829). » La figure ci jointe est l’esquisse d’une coupe de la tête de l’éléphant, tirée des dessins anatomiques faits d’après nature

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par G. Cuvier et Lauriilard, et publiés soit dans les Ossements fossiles, &o\t dans V Anatomie comparée, recueil de planches de myologie. Cette figure représente dans le contour extérieur de la tête de l’éléphant une coupe du crâne

Fig. 903. — 'Coupe verticale médiane de la tête d’un éléphant, montrant la communication de la trompe avec les fosses nasales (i).

osseux montrant : les cellules [a] situées dans l’épaisseur des parois du crâne; la cavité crânienne {b) que remplit le cerveau durant la vie ; une des fosses nasales osseuses (c), celle du côté gauche, s’abouchant avec le conduit charnu (fl?)ducôté correspondant de la trompe. On peut se rendre ainsi plus facilement compte de ce qu’entendent les naturalistes en présentant la trompe comme un prolongement des narines. Il est bon de remarquer d’ailleurs que la lèvre supérieure fait partie de ce prolongement et complète les narines pour fermer en dessous le double conduit qu’elles forment; car à la bouche on ne trouve que la base de la trompe en haut, et en dessous la lèvre inférieure bien reconnaissable. Quant aux dents, on a déjà vu que ces animaux n’ont que deux sortes de dents, comme les Rongeurs, des incisives au nombre de deux à chaque mâchoire et des molaires; celLs-ci sont relevées à leur couronne en un certain nombre de saillies mousses ou collines enveloppées d’émail comme le reste de la dent et entre lesquelles vient se placer, chez les éléphants, une substance osseuse particulière, connue sous le nom de cément. L’ivoire, au contraire, est placé au-dessous de l’émail, qui lui sert de recouvrement. Les incisives des éléphants s’usent peu, sortent de la bouche en grandissant et forment une paire de défenses dont la longueur est quelquefois considérable. Ce sont ces défenses qui fournissent le plus bel ivoire employé dans les arts; on en tire des éléphants de l’Afrique aussi bien que des éléphants de l’Inde ; celui des éléphants fossiles est quelquefois assez bien conservé pour qu’on puisse l’employer aux mêmes usages, et l’ivoire fossile des Mastodontes, qui s’est imprégné pendant son séjour dans la terre de sels de cuivre, fournit une sorte de turquoise dont on se sert en bijouterie (voyez Ivoire). Les éléphants n’ont de dé-

(1) a, cellules frontales. — b, coupe du trou vertébral et de la cavité crânienne. — c, l’une des fosses nasales osseuses. — d, l’un des canaux charnus de la trompe. — e, racine de la défense de gauche. — f, dent molaire supérieure se développant,

— g, molaire supérieure en usage précédée d’une molaire usée,

— h, molaire inférieure. — i, os maxillaire inférieur.

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fenses qu’à la mâchoire supérieure ; mais on voit aussi une paire de défenses inférieures, moins grandes il est vrai que les autres, à la mâchoire inférieure de certains Mastodontes,

Les Proboscidiens, soit vivants, soit fossiles, sont les plus grands de tous les mammifères terrestres. Ils sont neu nombreux en espèces, mais si l’on joint les espèces perdues aux deux ou trois que possèdent l’Afrique et rinde actuelle, on constate qu’ils ont eu des représentants dans les trois parties de l’ancien continent et que les deux Amériques en ont aussi nourri. Jusqu’à ce jour, on n’a point encore observé de débris de ces animaux à Madagascar, et quoi qu’on en ait dit, il ne paraît pas que la Nouvelle-Hollande en ait possédé. Les anciens manomifères de ce singulier continent ont été, comme ceux qui l’habitent aujourd’hui, des mammifères marsupiaux (voyez Éléphants fossiles).

Le genre Éléphant {Elephas, Lin.) a pour caractère distinctif la singulière disposition des dents molaires; chacune de ces dents se compose d’un certain nombre de lames verticales juxtaposées et reliées entre elles par une substance corticale ou cément de nature osseuse ; chacune de ces lames se compose d’ivoire recouvert d’une couche d’émail et renfermant à son centre une pulpe dentaire. Cette composition des molaires des plus grands de nos quadrupèdes vivants est entièrement semblable à celle des molaires des cochons d’Inde, des rats et de plusieurs autres rongeurs. Mais ce qui est particulier aux éléphants, c’est le mode d’apparition de ces dents ; comme chacune d’elles peut avoir 0“,25 et 0“,30 de longueur, il semble qu’elles ne puissent tenir toutes ensemble dans les mâchoires, et elles s’y succèdent peu à peu en poussant d’arrière en avant, de façon que l’animal n’en a que 2 ou 3 en môme temps de chaque côté d’une de ses mâchoires. M. Corse {Trans. philos.^ 1799, texte anglais) nous a appris que cette succession se répète jusqu’à huit fois dans VÉ. des Indes^ qu’il y a par conséquent 32 dents molaires qui occupent successivement les ditférentes parties des deux mâchoires. Les premières paraissent huit ou dix jours après la naissance, sont bien formées à six semaines et complètement sorties à trois mois; les secondes sont bien sorties à deux ans; les troisièmes paraissent à cette époque et font tomber les secondes à six ans ; elles sont à leur tour poussées en avant et en dehors par les quatrièmes à neuf ans; on ne connaît pas bien les époques d’apparition des cinq dents suivantes. Pendant que s’opèrent ces changements de molaires, les défenses de lait tombent et sont remplacées définitivement par celles que l’animal conserve toute sa vie.

La trompe des éléphants est une sorte de tuyau conique assez long pour toucher le sol de son extrémité, l’animal étant debout, ce qui, dans certains individus, suppose 2 mètres à 2“,50 de longueur. Ce tube musculeux est creusé intérieurement de deux canaux correspondant chacun à une narine ; à l’extrémité de la trompe se voit nettement leur cloison do séparation ; cette extrémité est formée par une sorte de bourrelet délicat, légèrement renflé, très-sensible, et qui, à la partie moyenne et supérieure, est pourvu d’un prolongement triangulaire, mobile et jouant le rôle d’une espèce de doigt. Cet instrument curieux permet à ce colosse animal d’exécuter beaucoup des mouvements dont la main seule de l’homme est capable et lui donne une adresse qui ne se retrouve guère que chez certains singes parmi les animaux. Ainsi on a pu voir des éléphants tourner des têtes d’écrou, ouvrir une porte avec une clef, retirer le bouchon d’une bouteille, dénouer une corde, etc. Cette adresse singulière peut faire illusion sur l’intelligence des éléphants, et on a eu raison de mettre à néant bien des exagérations accréditées sur ce sujet ; mais il faut cependant reconnaître qu’un instrument aussi délicat ne peut être l’organe d’un animal stupide et brutal, comme l’ont écrit quelques auteurs en exagérant en sens contraire.

Tout le monde connaît d’ailleurs les formes peu agréables des éléphants ; leur tronc court et ramassé, soulevé vers le dos en une voûte peu charnue, repose sur des jambes droites comme des piliers, dont les articulations se distinguent à peine et qui, amincies vers le milieu, s’appli- (juent sur le sol par une large plante arrondie comme un moignon. Cette masse, plus élevée sur le train de devant que sur celui de derrière, supporte une tête énoi me à saillies très-marquées et voilée de chaque côté, par deux larges peaux échancrées, qui sont les oreilles. Cependant, on aperçoit dans cette masse bizarrement informe deux petits yeux noirs, brillants et assez expressifs. L’ouïe des éléphants est assez fine, mais leur odorat est

surtout exquis, et le même organe qui reçoit les émanations odorantes est aussi celui du toucher le plus délicat. Il ne faudrait pas croire cependant que la trompe soit le siège de ces deux sens et prendre à la lettre l’expression singulière de Buffon, «L’éléphant a donc le nez dans la main ; » l’odorat a on siège, comme chez les autres mammifères, dans les fosses nasales osseuses, à la surface de la cloison qui les sépare du crâne (voyez /ï^r. 904, c). La trompe est un simple tube d’aspiration pour les effluves odorants, et comme ce tube a aussi d’autres fonctions à remplir, une disposition spéciale, fort bien indiquée par Boitard, le rend au besoin indépendant des véritables cavités olfactives. « Les tuyaux de la trompe, dans l’endroit où ils touchent aux parois osseuses qui les terminent et qui renferment l’organe de l’odorat, sont munis chacun, d’une valvule cartilagineuse et élastique (sorte de soupape organisée), que l’animal ouvre et ferme à sa volonté. S’agit-il de remplir sa trompe d’eau ; pour porter cette eau à sa bouche, après avoir respiré l’eau, il ferme ses valvules. S’agit-il de flairer la piste d’un chasseur ou d’employer de toute autre manière le sens de l’odorat; les valvules restent ouvertes. » La peau des éléphants a un aspect tout à fait remarquable et peu fait pour flatter l’œil ; elle est dépourvue de poils et ne porte que des soies clair-semées dans les rides, assez nombreuses aux cils des paupières, derrière la tête, dans les trous des oreilles, au dedans des cuisses et des jambes. La queue, courte et menue, est garnie à l'extrémité d’une houppe de très-grosses soies, semblables à des filets de corne noirs, luisants et très-résistants. Sur tout le corps à peu près, l’épiderme est dur, calleux, comme gercé et ressemble assez bien, comme ledit Buffon, à l’écorce d’un vieux chêne. II paraît, du reste, que cet épiderme exige un certain entretien pour ne pas s’accumuler en plaques épaisses sur la peau; dans l’état de nature, les éléphants se lavent très-souvent et se couvrent ensuite de boue, de vase ou même de sable qu’ils répandent sur eux avec leur trompe. En captivité, ils ont besoin d’avoir de l’eau à leur disposition pour s’y plonger; dans les Indes, on prend soin de les frotter avec de l’huile et de les baigner régulièrement.

« Il résulte pour l’éléphant, dit Buffon, plusieurs inconvénients de sa conformation bizarre : il peut à peine tourner la tête; il ne peut se retourner lui- même, pour rétrograder, qu’en faisant un circuit. Les chasseurs qui l’attaquent par derrière ou par le flanc évitent les effets de sa vengeance par des mouvements circulaires: ils ont le temps de lui porter de nouvelles atteintes pendant qu’il

fait effort pour se tourner contre eux Il a le genou

comme l’homme et le pied aussi bas; mais ce pied, sans étendue, est aussi sans ressort et sans force, et le genou est dur et sans souplesse; cependant, tant que l’éléphant est jeune et qu’il se porte bien, il le fléchit pour se coucher, pour se laisser monter ou charger; mais dès qu’il est vieux ou malade, ce mouvement devient si difficile, qu’il aime mieux dormir debout et que, si on le fait coucher, il faut ensuite des machines pour le relever et le remettre en pied. Ses défenses, qui deviennent avec l’âge un poids énorme, fatiguent prodigieusement la tête et la tirent en bas; en sorte que l’animal est quelquefois obligé de faire des trous dans le mur de sa loge pour les soutenir et se soulager de leur poids. » C^s derniers faits, très-exacts d’ailleurs, ne s’observent que chez les éléphants captifs, privés d’un exercice suffisant, qui languissent incomplètement soignés dans les ménageries.

Les éléphants se nourrissent exclusivement de substances végétales ; ce sont des herbes, de jeunes pousses d’arbres et d’arbustes, des grains et des fruits. Ils en doivent consommer une quantité énorme, si l’on en juge par ce qu’ils mangent en captivité ; la ration quotidienne d’un éléphant d’Afrique, qui vécut à la Ménagerie de Versailles, de 1G68 à 1681, était, selon Buffon, de 35 à 40 kilogrammes de pain, environ 28 litres de potage contenant 2 kilogrammes de pain ou de riz cuit à l’eau, 12 litres de vin, une gerbe de blé dont il mangeait le grain et jouait avec la paille. En comptant les rations de sept éléphants qui ont vécu au Muséum d’histoire naturelle de Paris, de 1836 à 1862, on voit que chacun d’eux recevait par jour : 3 à 4 bottes de foin et 4 à 5 bottes de paille; de 30 à 60 litres de son; 4 pains de 2 kilog. et souvent une dizaine de bottes de carottes. Il faut ajouter à cela tout ce que leur donne le public pendant tout le jour en été.

Tous ces aliments sont, comme les boissons, pris avec la trompe et portés par elle dans la bouche ouverte jus-

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qu’à l’entrée du gosier. On assure que les éléphants se montrent gourmands et gloutons; ils paraissent prendre volontiers le goût des liqueurs fortes et s’y livrent, quand on le leur permet, jusqu’à s’enivrer. Adolphe Delegorgue rapporte même un fait remarquable, qu’il affirme n’avoir voulu croire qu’aprês en avoir été témoin ( Voyage dans l'Afrique australe^ t. I) : « L’éléphant, dit-il, a cela de commun avec l’homme, qu’il aime une légère inflammation du cerveau que lui procurent les fruits fermentés par l’action du soleil : Y Om-kouscfdouâne et le Makano des Amazoulous. Ces fruits sauvages, qu’il abat avec sa trompe, acquièrent en quelques jours d’abandon sur la

terre les propriétés qu’il désire , l’éléphant repasse

alors, les cherche un à un, les ramasse et les mange. » Leur jus fermenté, qui enivre l’homme, n’épargne pas l’éléphant et produit chez lui une ivresse passagère qui le rend très-dangereux pour l’homme malencontreusement amené à trouffier cette singulière orgie.

Malgré le passage deBuffon que nous citions plus haut, il ne faut pas croire que les éléphants manquent d’agilité; ils ont un trot assez rapide et un cheval au galop les suit avec peine lorsqu’ils se hâtent ; leur allure habituelle est le pas. Leur marche est bruyante et laisse une large piste. Leur voix est un roulement grave, profond et très-sonore ; les anciens affirmaient qu’il pouvait pousser par la trompe un son rauque et filé comme celui d’une trompette ; mais les éléphants font rarement entendre ce cri en captivité. Delegorgue en parle et le compare à un étonnant bruit d’orgues ; c’est en chassant dans l’Afrique australe des troupes d’éléphants sauvages qu’il a eu l'occasion de l’entendre; plus d’une fois il a vu un de ces animaux avertir toute la troupe de la présence du chasseur par ces bruyants « sons de trompe. »

Les éléphants vivent dans les lieux humides et d’une végétation active ; comme ils se tiennent en troupes souvent nombreuses et consomment une grande quantité de nourriture, ils ont bientôt dévasté le pays où ils s’étaieni établis et il leur faut en changer. Leurs bandes sont conduites par quelque vieux mâle qui a sur ses compagnons un grand ascendant. Les femelles sont mêlées à la bande avec leurs petits. En parlant de chaque espèce, nous reviendrons un peu sur ce sujet et nous parlerons de leur reproduction.

Le trait le plus curieux pour le vulgaire, dans l’histoire de l’éléphant, est sans contredit son intelligence si vantée. Ce colosse, grave, lent et puissant, inspire l’idée d’une sagesse supérieure ; l’aspect de son front large et fortement bombé lui en donne presque le signe extérieur. Mais, d’une part, la lenteur des éléphants de nos ménageries est l’inertie mélancolique du prisonnier inactif; d’une autre part, leur front doit son ampleur aux énormes cellules situées dans les parois du crâne (voyez /?^. 90i,«), et non au développement du cerveau qui, proportionnellement au corps, est beaucoup moins volumineux que celui de la plupart de nos animaux domestiques. Les anciens ont vanté avec raison la douceur des éléphants, la facilité avec laquelle on les apprivoise, l’attachement qu’ils ont pour leur maître et leur ressentiment pour les injures, toutes qualités que les éléphants possèdent en effet, mais qui leur sont en grande partie communes avec le chien. Mais ils ont notablement exagéré leur intelligence et souvent ils leur ont prêté les raisonnements les plus subtils et jusqu’à des sentiments religieux, un culte des offrandes à la lune, l’adoration du soleil et desprièi’es à la terre pendant leurs maladies. Ils ont aussi supposé aux éléphants une fidélité conjugale inaltérable, de la pudeur et une résistance invincible à se faire les ministres de l'injustice. Ces e.xagérations ridicules, accréditées par Pline, ont du reste leur origine dans les préjugés asiatiques. Les Malais désignent les éléphants par un nom qui leur est commun avec l’homme et qui implique l’idée d’nn être raisonnable. Les Indiens ont la prétention de pouvoir gouverner les éléphants en agissant sur leurs j)assions comme on agit sur celles des hommes, et il n’est pas jusqiÇà la coquetterie et à l’amour de la louange auxquels ils ne les aient crus sensibles. Beaucoup de voyageurs et même de naturalistes, heureux d’avoir à parler d’êtres aussi merveilleux, ont adopté trop facilement les récits mensongers ou exagérés qu’ils avaient recueillis, et longtemps l’histoire des éléphants a tenu du roman plus que de la vérité.

L’ivoire des éléphants a été corînu bien avant que l'on sût de quels animaux il provenait. Il en est plusieurs fois question dans la Bible, où il est désigné sous le nom de sissabim [les Rois^ liv. III, chap. x). Hérodote est le plus ancien des auteurs grecs qui aient parlé des élé-

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pliants. II les cite, ainsi que les lions et quelques autres animaux, parmi les productions de la Libye orientale; toutefois, ce ne fut guère qu’à l’époque d’Alexandre que les Européens eurent à leur égard des renseigne ments un peu exacts. Aristote parle longuement des éléphants, et ce qu’il en dit est, en général, fort exact ; il est certain, d’ailleurs qu’Alexandre eut des éléphants indiens à sa disposition. Il les avait conquis sur le roi indien Porus, lorsqu’il le vainquit et le fit prisonnier, et ce fut Séleucus Nicator qui commanda le corps d’armée dont ces animaux firent partie. Plus tard, il en reçut luimême cinquante de Sandrocottus, lorsqu’il reconnut à ce dernier la possession du Pendjab et de quelques autres provinces indiennes que Sandrocottus avait soulevées après la mort d’Alexandre. Les Ptolémées, qui régnèrent sur l’Égypte après le démembrement de l’empire fondé par ce grand conquérant, possédèrent, comme les Séleucides, en Syrie, de nombreux éléphants, mais il paraît que ce furent des éléphants de l’espèce africaine. Annibal conduisit de Carthage en Europe, après la seconde guerre punique, un certain nombre d’éléphants et, pour les faire parvenir en Italie, il leur fit traverser l’Espagne et la Gaule méridionale. Trois des quarante éléphants qu’il possédait en quittant l’Espagne avaient péri lorsqu’il traversa le Bhône, et, suivant Polybe, les trente-sept qui lui restèrent moururent tous, à l’exception d’un seul, à la bataille de la Trébie, où cependant Annibal fut vainqueur. Ces éléphants étaient des éléphants africains. De leur côté, les Romains avaient déjà possédé des éléphants asiatiques en l’an de Rome 479 (273 av. J.-C.). Curius Dentatus, vainqueur de Pyrrhus, lui avait pris quatre de ces animaux, que Pyrrhus lui-même avait enlevés à Démétrius Poliorcète, roi de Macédoine. C’étaient les premiers que l’on eût vus en Italie. Ils parurent au triomphe de Curius Dentatus.

Les Romains employèrent bientôt eux-mêmes des éléphants dans leurs armées ou pour les divertissements publics de l’amphithéâtre. L’an 502 de Rome, dit Pline, on amena à Rome cent quarante-deux éléphants pris dans la bataille que Métellus gagna sur les Carthaginois, et on leur fit passer le détroit sur des radeaux soutenus par des tonneaux vides ; ils combattirent dans le cirque, et on les tua à coups de javelots. Pompée, César et ses successeurs firent combattre ainsi devant le peuple des éléphants contre des bandes d’hommes armés. D’une autre part, les Romains avaient de ces animaux dans leurs guerres contre Persée, contre Antioebus et contre Jugurtha. Valère Maxime dit que, sous Septime Sévère, on en possédait trois cents dans les ai mées de l’empire. Élien (liv. II, chap. xi), Columelle (liv. III, chap. vni) disent positivement que du temps du Néron on possédait à Rome des éléphants nés dans cette ville en domesticité et qu’on profitait de leur jeune âge pour les dresser à mille tours d’adresse. L’empereur Gallien en posséda encore dix au milieu du iii® siècle. Tous ces éléphants étaient, sans aucun doute, tirés du nord de l’Afrique, et la preuve, c’est que les médailles romaines représentent toujours des éléphants africains , comme le montre la grandeur de leurs oreilles.

Pendant le moyen âge, l’Europe n’en eut qu’un trèspetit nombre. Le calife Haroun-al-Raschid, qui sollicitait l’alliance de Charlemagne, lui envoya un éléphant qui arriva à Pise en 801 et que l’on conduisit à Aix-la- Chapelle, où il vécut jusqu’en 810. En 1222, Frédéric II, de retour de la Terre-Sainte et après avoir conclu la paix avec le Soudan d’Égypte, ramena un éléphant, et saint Louis en eut un autre qu’il donna au roi d’Angleterre, Henri III. Trois siècles après, lorsque les peuples de l’Europe occidentale, et en particulier les Portugais eurent établi des relations avec le Sénégal et la côte de Guinée, on revit l’éléphant en Europe. En 1514, Emmanuel, roi de Portugal, en envoya un au pape Léon X. La France n’en reçut un qu’en 1608; il avait été rapporté du Congo et offert à Louis XIV par le roi de Portugal. Depuis lors il en est venu dans plusieurs occasions, et l’Angleterre en a reçu plus fréquemment encore.

Depuis son institution, la ménagerie du Muséum d’histoire naturelle de Paris a reçu six éléphants d’Asie (4 mâles et 2 femelles) ; et 4 éléphants d’Afrique (2 mâles tout jeunes et 2 femelles). Elle en compte encore actuellement 5 vivants (3 asiatiques, 2 africains). Celui de ces animaux qui a vécu le plus longtemps est une femelle d’Afrique donnée en 1825 par le vice-roi d’Egypte, morte en 1855.

La grande force des éléphants, leur intelligence, la facilité avec laquelle ils se prêtent aux désirs de leur maître

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en foiu des animaux précieux dont les Indiens et les Européens établis dans l’Inde font usage dans beaucoup d’occasions. Les peuples africains de notre époque ne se servent point des éléphants comme le faisaient les Carthaginois et les anciens Égyptiens. Les nègres, les Cafres et les Hottentots ne chassent ces gigantesques animaux que pour se nourrir de leur chair, et surtout pour recueillir leurs défenses destinées au commerce de l’ivoire.

On admet maintenant trois espèces parmi les éléphants vivants qui nous sont connus.

§ 1. VÉ. des Indes ou É. d'Asie {E. indiens^ Guv.) se distingue par une tête oblongue, un front concave, relevé et bombé des deux côtés ; des oreilles plus petites que dans l’espèce africaine; quatre sabots seulement aux pieds de derrière, qui néanmoins ont 5 doigts comme ceux de devant ; enfin des dents molaires dont la couronne présente des rubans transverses, ondoyants et festonnés sur leur contour et qui se composent à l’âge adulte de vingt et quelques lames. Le squelette compte 19 côtes; ô vertèbres sacrées et 34 caudales. La taille ordinaire est de 2“,‘20 à 2>«,50 pour les femelles et de 2“,60 à 3 mètres pour les mâles (hauteur mesurée aux épaules). La femelle a des défenses très-courtes; certains mâles leur ressemblent à cet égard et, dans les Indes, on les nomme mooknu^ tandis qu’on nomme dauntelah ceux qui ont de longues défenses. Les éléphants de cette espèce se trouvent dans l’Inde continentale, principalement dans le royaume deSiam, dans l’empire des Birmans, au Bengale et dans l’Indoustan. Il est probable que ceux de Sumatra et de Bornéo forment une autre espèce, mais ceux de Geylan paraissent identiques à ceux de' l’Inde. Gette espèce est celle qu’Aristote a connue et observée.

C’est aujourd’hui la seule qui soit employée à l’état domestique, mais non pas exactement à la manière des animaux qui partagent nos travaux. Les éléphants que l’on emploie aux Indes ont été prisindivicluellement à l’état sauvage. On a prétendu fort à tort que ces animaux refusaient de se propager sous les yeux de l’homme et qu’une sorte de pudeur leur faisait redouter tout regard indiscret. G’est une erreur grossière. John Gorse qui, de 1792 à 1797, dirigea, pour la Gompagnie anglaise des Indes, la chasse aux éléphants dans le Bengale, s’est assuré que l’éléphant se reproduit en captivité du moment où on lui en laisse la liberté ; il a observé la gestation de femelles domestiques et a constaté qu’elles portent pendant près de 21 mois (618 à 620 jours) et ne donnent qu’un seul petit; celui-ci a 0“,95 à I mètre de hauteur en naissant, il a les yeux ouverts et marche aussitôt ; sa croissance est lente et ne se termine guère qu’à 24 ou 25 ans. Buflfon en a conclu que la vie des éléphants doit durer au moins 160 ans. « Les éléphants, dit Aristote, vivent, selon les uns, 200 ans, 120 ans selon les autres; la force de l’âge est pour eux à 60 ans. » Moins précis dans un autre passage, il parle d’une longévité prétendue de 200 à 300 ansd’autres auteurs ont été moins réservés ; Philostrate, entre autres, prétend que l’éléphant Ajax, qui avait combattu

Fig. 904. — Elétihant des Indes, femelle.

dans l’armée de Porus, vivait encore 400 ans après. H y a là une exagération à peu près incontestable. Dans nos ménageries, nous ne les conservons guère au delà d’une vingtaine d’années; ceux qu’on nourrit dans l’Inde vivent beaucoup plus longtemps captifs, mais leur âge est rarement connu avec exactitude, de sorte que sur ce point on n’a aucun renseignement certain.

En captivité l’éléphant des Indes se montre assez doux, docile et môme facile à intimider. On n’a jamais pu, malgré les efforts les plus persévérants, l’habituer à entendre la détonation d’une arme à feu sans prendre la fuite avec terreur, et à cause de cela les Indiens, dans les temps modernes, ont dû renoncer à employer dans les batailles ces gigantesques auxiliaires. Leur possession est néanmoins très-recherchée encore comme un des signes les plus apparents de puissance et de richesse ; on installe suf leur dos une sorte de tourelle en forme de tente et les femmes y prennent place pour se promener sur cette puissante monture. Il faut, du reste, prendre l’habitude de son pas dur et saccadé pour ne pas le trouver fort désagréable; la meilleure place est sur la base du cou On a trop répandu dans le monde l’opinion que l’éléphant est un animal affectueux, dévoué, capable de générosité, de fidélité, de rancune et de reconnaissance. Pour quelques faits qui peuvent faire supposer des sentiments de ce genre, on en citerait mille autres qui en démontrent l’absence habituelle. Il est bien vrai que l’éléphant

s’accoutume à obéir à son cornac ou conducteur (nommé dans l’Inde mahoud), qu’il parvient à deviner ce que lui dit celui-ci et à exécuter avec adresse ses ordres habituels; mais il n’aime jamais assez ce conducteur pour ne pas épier toutes les occasions de retourner dans les bois même après de longues années de domesticité. En marche , l’éléphant doit tou- .

jours avoir son mahoud surle cou pour le maintenir et le gouverner, ce que celui-ci fait avec une verge garnie à son extrémité d’un fer pointu et d’un crochet, au moyen duquel il le pique sur la tête et lui tire une des oreilles de diverses manières. L’amour maternel ne saurait même attacher assez les éléphants pour les

empêcher de fuir. Du reste, une fois de retour dans les bois, ils ne savent pas reconnaître les pièges employés une première fois à les prendre et y retombent aussi facilement; quelquefois, il a suffi de la voix impérieuse de leur cornac entendue^ travers le bois pour les intimider et Ip faire revenir auprès de lui, même après deux ou troismois de liberté. L’éléphant est sujet à quelques accès de colère sons l’empire d’un mauvais traitement ou d’une souffrance aiguë, et sa force le rend alors terrible ; mais il redevient promptement calme etinoffénsif, comme il l’est d’habitude. On lui apprend à s’agenouiller sur un geste de son cornac, à se charger lui-même avec sa trompe des objets qu’il doit porter sur son dos, enfin il aide luimême son conducteur à monter sur son cou, en pliant un de ses pieds de devant pour lui servir cornme d’échelon. Il est d’ailleurs capable de remplir un service régulier de transports ou de travaux plus ou moins analogues et de comprendre d’une façon étonnante la voix accompa-

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gnée de ceilaini? gestes. On s’est assuré au Muséum de Paris que cet animal prend plaisir à entendre la musique, mais, comme on l’a vu plus haut, le bruit, la flamme l’épouvantent.

Les Indiens voient dans l’éléphant un animal sacré, dans lequel a passé l’âme de quelque grand prince trépassé; les plus vénérés sont les éléphants blancs, variété de l’espèce ordinaire, mais que leur rareté fait regarder comme renfermant l’âme d’un grand roi. « Le roi de Siam, dit Dumont d’ürville en 1830 {Voyage pittoresque autour du monde)^ était alors possesseur de six éléphants blancs, nombre inouï dans les annales de la contrée et regardé comme d’un favorable augure pour la prospérité de son règne. Nous en vîmes quatre, les deux autres étant de trop capricieuse nature pour être visités sans péril. Ces animaux avaient la robe vraiment blanche, sauf quelques places couleur de chair dans les endroits où le poil était tombé. Nul indice ne témoignait que cette blancheur fût une maladie ; leur taille variait de 0 à 9 pieds (2 à 3 mètres). Leur généalogie, soigneusement constatée, les faisait originaires du royaume de Laos. Chacun de ces éléphants a une étable séparée, avec dix gardiens pour son service. Les défenses des mâles sont garnies de clochettes d’or, une chaîne à mailles d’or leur couvre aussi le sommet de la tête, et un petit coussin de velours brodé est fixé sur leur dos. »

Parmi les éléphants ordinaires, on vante surtout ceux de Ceylan et de la Gochinchine. Ils servent aux Indes à transporter du bois, des fardeaux très-pesants, de l’artillerie en temps de guerre. Quelquefois on les attelle à des voitures au moyen d’une corde passée autour du cou et à laquelle s’attache de chaque côté une autre corde formant trait. Un éléphant, dont Buflbn évalue approximativement le poids à 4 000 kilogrammes, peut porter de I 600 à 2 000 kilogrammes; avec sa trompe il enlève sans peine un poids de 150 kilogrammes pour le placer sur son dos. Il peut faire de 80 à 100 kilom. (20 à 25 lieues) par jour et jusqu’à 140 à IGO kilom. lorsqu’on le presse. On estime que cet animal fait le service d’environ six chevaux ; mais sa structure et sa masse rendent sa force difficile à utiliser, et on porte à 7 ou 8 francs par jour la dépense de sa nourriture. Le prix d’un éléphant apprivoisé varie sur les marchés de l’Inde de 1000 à 5 000 francs, selon la taille, la beauté, le bon état de la queue, des oreilles et des ongles.

On distingue aux Indes une variété dont les mâles ont de grandes défenses et que l’on nomme dauntelah (de daund^ dent) et une autre variété nommée mookua, dont les mâles n’ont que de très-petites défenses, comme les femelles.

La chasse aux éléphants se fait en Asie de différentes manières suivant les contrées, mais tous les procédés se rapportent à deux méthodes générales déjà décrites dans les auteurs grecs et latins. Tantôt on entreprend cette chasse avec plusieurs centaines d’hommes et quelques éléphants privés. On forme avec les traqueurs un vaste cercle qui circonscrit la troupe et la pousse en l’effrayant par des cris, du bruit et des flambeaux vers une enceinte de pieux (nommée keddah) qui va en se rétrécissant peu à peu jusqu’à ne plus admettre qu’un éléphant de front sans qu’il puisse se retourner pour en sortir. Cette sorte de couloir est fort long, puisqu’on en peut prendre souvent une centaine et plus en une môme chasse. A son issue, l’on place un ou deux éléphants privés qui successivement prennent avec eux et maintietinent chaque éléphant sauvage. La seconde méthode consiste à s’emparer isolément de l’éléphant, soit avec un nœud coulant adroitement passé à un de ses pieds, soit en l’attirant au moyen d’une femelle apprivoisée. En tout cas, de quelque manière que l’éléphant ait été pris, l’éducation ne dure pas très-longtemps; familiarisés après quelques jours, les nouveaux captifs sont dressés au bout de six mois.

§ 2. On a pensé, dans ces derniers temps, que les éléphants de Sumatra, qui ont vingt vertèbres dorsales au lieu de dix-neuf et quatre vertèbres sacrées au lieu de cinq, formaient une espèce à. part, et Temminck a donné à cette espèce le nom d’Etephas Sumatranus. Leurs dents présentent des rubans analogues à ceux de l’éléphant des , Indes, mais un peu moins étroits.

§ 3. VÉ. d'Afrique {E. Âfricanus, Cuv.) se di.stingue par sa tête ronde, son front convexe, ses grandes oreilles couvrant une partie de l’épaule, ses dents molaires composées de lamelles moins nombreuses et présentant sur leur couronne, au lieu de rubans transverses, des figures en forme de losanges. Ses défenses sont généralement beaucoup plus grandes dans les deux sexes qu’on ne le

voit chez l’espèce indienne ; aussi l’éléphant d’Afrique est-il spécialement chassé pour le commerce de l’ivoire. Souvent on ne lui trouve que trois sabots aux pieds de derrière. Son squelette possède 21 côtes, 4 vertèbres sa crées et 26 caudales. Sa peau est d’un ton foncé noirâtre. Sa taille paraît varier selon les contrées. Les anciens s’accordent tous à représenter les éléphants de Libye (Afrique barbaresque) comme moins forts et moins gros que ceux de l’Inde; les modernes, en observant les éléphants d’Abyssinie, du Sénégal, du Congo, ont confirmé cette observation ; mais ceux de l’Afrique australe se sont montrés, au contraire, de plus grande taille, comme en témoignent plusieurs voyageurs et en particulier Delegorgue. L’éléphant d’Afrique, selon lui, l’emporte sur l’asiatique par ses formes plus dégagées, par ses 12 pieds (4 mètres) de hauteur, par ses redoutables défenses et par son pas plus large. Il importe d’ajouter qu’ayant tué près d’une cinquantaine de ces animaux au pays des Cafres, Delegorgueen avait souvent mesuré les dimensions.

Depuis plus de quinze siècles l'éléphant d’Afrique a cessé d’être réduit en captivité par aucun peuple ; il a même disparu de l’Afrique septentrionale. Dans les autres parties de ce vaste continent, il n’est chassé que pour l’ivoire de ses défenses; beaucoup de souverains nègres se réservent le monopole du commerce de cette riche matière. On a prétendu, sans aucune raison, que cette espèce était indomptable; il est cependant bien établi que les Carthaginois et les Romains ont asservi ceux des côtes barbaresques, comme les Indiens asservissent les leurs, et, d’un autre côté, dans nos ménageries, les éléphants d’Afrique qu’on a possédés se sont toujours montrés plus doux et moins irritables que ceux de l’Asie. Le voyageur Levaillant ( Voyage dans l'intérieur de V A~ frique) a chassé l’éléphant dans l’Afrique australe et a donné quelques détails intéressants sur cette espèce ; mais c’est dans la relation d’Ad. Delegorgue qu’on trouvera les plus curieuses observations sur le caractère et les mœurs de l’éléphant d’Afrique qu’il a chassé (1838-1844) dans le pays de Natal. Ne pouvant étendre devantage un article déjà si long, nous renvoyons le lecteur curieux aux récits profondément originatix du chasseur. Il a rencontré quelquefois l’éléphant isolé, mais le plus souvent par troupes de trois, sept, quinze, trente, cinquante, quatre-vingts, voire môme de plusieurs centaines; il décrit ainsi la fuite désordonnée d’une troupe qui a essuyé le feu du chasseur : « La masse s’ébranle au son de la trompe et présente un large front où chacun se presse et marche comme si la foule le poussait. Les défenses se heurtent et résonnent, riche bruit d’ivoire qui tente, armes terribles qui effrayent. La poussière se soulève en nuages impénétrables à l’œil ; les taillis sont piétinés comme de l’herbe menue; tout est couché : l’escadron unit tout... Un arbre sain et solide, à toutes branches, de 60 pieds (20 mètres) de haut, de 9 pieds (3 mètres) de circonférence, brisé aussi nettement qu’une canne sur le genou d’un homme, voilà ce quej’ai vu! C’était l’ouvrage d’un ou de trois éléphants ; que l’on juge maintenant de leur force collective. Rien au monde ne saurait donner une idée du tableau de destruction qui s’oflfre après la retraite hâtée d’une troupe d’éléphants Dix ans, vingt ans ensuite, la na -

ture n’a pas encore réparé tout le dégât ; des troncs renversés tous dans le môme sens attestent encore le trajet du bataillon monstre, et les jeunes arbres devenus grands portent la trace de la courbure qui leur fit de la tête toucher la terre. » Eh bien ! une pareille masse rebrousse che min ou se détourne si à soixante pas devant elle se présente un seul homme agitant avec des cris un bouclier retentissant ou tirant un coup de fusil. On peut traquer ainsi ces animaux sansdifficulté( les pousser de tel ou tel côté, les diviser peu à peu ; ces mouvements rapides et répétés échauffent autant les chasseurs que leur monstrueux gibier ; mais les éléphants ont pour se rafraîchir une curieuse ressource. « Au besoin, dit Delegorgue comme témoin oculaire, lorsque, la chaleur les accable, ils se pressent les uns contre les autres pour recueillir l’eau que l’un d’eux fait sortir d’une poche de son estomac et qu’il lance en l’air avec sa trompe. » Un autre fait vu par Delegorgue, c’est la protection donnée par les mères à leur petit, lorsque la troupe fuit un danger. « Etitre les quatre pieds de l’éléphante, sous elle-même, sous ce dôme maternel, couraitle jeune, dont les pas incertains étaient guidés par sa mère. La trompe de celle-ci, passée sous son poitrail, s’unissait à celle de son petit et la dirigeait comme la main d’une femme conduisant son enfant. » Quant à l’agilité de l’éléphant, voici ce qu’en dit le môme observa-

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leur : « L’éléphant n’a non-seulement aucune peine à se relever de terre, mais encore le fait-il avec la plus grande facilité, quand il s’est vautré dans ces bourbiers si fréquents dans les forêts, où il laisse sa colossale empreinte ; et, sans aucun doute, si l’animal devait craindre une chute faute de pouvoir aisément se relever, on ne le verrait pas s’exposer à descendre des pentes d’une forte inclinaison, sablonneuses, de 80 pieds (26 mètres environ) de haut, glissant sur ses pieds qui, raides et immobiles, tracent un large sillon comme une voiture enrayée. »

Les défenses seules fournissent l’ivoire à l’industrie ; les unes sont droites, les autres plus ou moins courbées ; les plus longues qu’ait vues Delegorgue mesuraient 2“,15 suivant la courbure et pesaient 60 kilogrammes chacune. Levaillant en a-eu qui pesaient chacune jusqu’à 80 kilogrammes ; la longueur moyenne est de 1 mètre environ et le poids moyen de 9 kilogrammes. L’ivoire des femelles est plus dense et comme tel plus estimé que celui des mâles ; il ne jaunit pas si promptement ; mais le poids d’une défense de femelle n’excède jamais 15 kilogrammes, souvent il atteint à peine 7 ou 8 kilogrammes. Les Cafres se livrent à la chasse aux éléphants en véritables armées dont l’ensemble peut monter jusqu’à 15 000 et 20000 réunis solennellement dans ce but. C’est alors une véritable battue exercée sur toute une forêt que l’on cerne entièrement ; le cercle se resserre peu à peu, et enfin on en vient à une mêlée. « Les animaux, dit Delegorgue, surpris par tant d’ennemis, se débandaient, et quelque grand mâle s’écartant, les guerriers l’entouraient et le perçaient de mille coups. Furieuse, la bête se retournait, chargeait, renversait, brisait et lançait en l’air hommes, boucliers, javelots. A l’un succédait l’autre, tous des plus braves ; dix, vingt, cent hommes quelquefois étaient ainsi traités. » Le Boschjesman procède à moins de frais ; rampant comme un serpent et muni d’armes empoisonnées, il arrive inaperçu jusque sur les talons du colosse, se dresse alors et plante son arme envenimée au ventre, à l’aine ou simplement à la jambe, puis il s’esquive, et quelques heures après sa victime a succombé au poison. Les colons hollandais chassent l’éléphant au fusil ou à l’aide de chausses-trapes, de pièges de divers genres. Un dernier fait est signalé par Delegorgue, qui l’avait constaté trois fois par lui-même. Si, dans la fuite d’une troupe, un élé-

phanteau tout jeune est abandonné par sa mère, on voit le pauvre animal tourner, s’agiter avec inquiétude pour la chercher. Un des chasseurs parvient-il à lui couper la retraite, il n’a qu’à s’approcher, au risque d’être culbuté d’un coup de tête, et si, après s’être passé la main sur le front inondé de sueur, il en frotte le bout de la trompe de l’éléphanteau, celui-ci, calmé aussitôt et trompé sans doute par l’odeur, suit obstinément le chasseur comme il aurait suivi sa mère, et on est assuré dès lors de sa possession. La chair du jeune éléphant ressemble à celle du veau ; toutes les parties sont bonnes, mais les pieds offrent surtout un mets exquis. La chair des éléphants adultes est très-grossière, très- coriace et peu mangeable pour un Européen ; les morceaux de trompe donnent un excellent bouillon. Quant à la peau de l’éléphant d’Afrique, c’est un cuir ridé, inégal, spongieux et peu solide qui n’est guère d’aucun usage.

Éléphants fossiles (Géologie). — On trouve en Europe et dans le nord de l’Asie un grand nombre de débris d’éléphants fossiles qui appartiennent à une ou à plusieurs espèces perdues. Pendant longtemps ces ossements ont été attribués à deshommes, à des géants des temps héroïques, et l’on a ainsi trouvé des os d’éléphants suspendus dans les églises comme des reliques de cegenre; ces fables n’ont cédé que peu à peu à une connaissance plus exacte des faits. G. Cuvier {Ossements fossiles) a fait une longue et minutieuse étude des débris de ce genre. Il a reconnu qu’on trouvait abondamment des ossements d’éléphants fossiles dans toutes les parties de l’Italie, en Grèce, sur presque tous les points de la France, dans toute la vallée du Rhin, par toute l’Allemagne, dans les îles Britanniques,^ en Scandinavie, etla Russie européenne et asiatique en est véritablement couverte. L’abondance inexplicable des dents d’éléphants fossiles dans la Sibérie a même accrédité chez le vulgaire la fable du mammout on mammouth^ animal souterrain, ne pouvant impunément voir le jour et dont ces dents seraient les cornes. Elles y sont d’ailleurs activement recherchées et sont l’objet d’un commerce important (voyez Ivoire). Cette fable est corroborée par la découverte dans ces pays glacés d’os d’éléphants conservant encore quelques lambeaux de chair et même d’un de ces animaux entier, chair, cuir et poil, échoué dans une montagne de glace, en 1799, sur les bords de la mer

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Fig. 905. — Squelette d’éléphant dit mammouth.

Glaciale, près de l’embouchure de la Léna; après cinq années, la glace fondue peu à peu laissa voir un éléphant couvert de crins noirs longs de 0“,40 à 0“,45 et d’une laine rougeâtre extrêmement abondante. Cette étonnante découverte s’est renouvelée vers 1848. On conserve au musée de Saint-Pétersbourg le squelette de 1799 qui porte encore desséchées une partie des chairs de la tête, mais qui a perdu les doigts des pieds; nous en don-

nons ici une figure où l’on pourra admirer l’énorme proportion et l’élégante courbure des défenses. Les parties de l’Afrique et de l’Asie tropicale qu’on a pu explorer ont également fourni des ossements fossiles de ce genre ; enfin on en a trouvé aussi en Amérique. Ces ossements si nombreux se rapportent surtout à une espèce détruite aujourd’hui, plus voisine de l’éléphant des Indes que de l’espèce africaine, et que Cuvier a nommée, d’après Blu-

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menbach, Mammouth ou Eleph.as primigenius. Cette espèce, vêtue d’une laine épaisse, pouvait sans doute habiter les régions froides. On a, d’après l’étude des ossements fossiles, admis encore sept ou neuf espèces encore fort contestées aujourd’hui. Les débris fossiles d’éléphants se rencontrent dans les couches des terrains de l’époque pliocène, qui a immédiatement précédé l’époque géologique actuelle ; les plus anciens se trouvent en Europe et aux Indes dans les couches de l’époque miocène.

P. G. et Ad. F.

ÉLÉPHANTIASIS (Médecine), du grec elephas, clephari' ios^ éléphant, parce que, dans la maladie de ce nom, la peau offre quelque ressemblance avec la peau de l’éléphant. — Les médecins grecs ont d’abord donné ce nom à une espèce de lèpre, caractérisée par des tubercules durs, proéminents, par la chute des poils, la diminution, souvent l’abolition de la sensibilité dans les parties de la peau affectées ; celle-ci devient rude, épaisse, rugueuse comme celle de l’éléphant. Plus tard, les médecins arabes ont aussi désigné sous ce nom une maladie remarquable par un gonflement de la peau, dû à l’inflammation des vaisseaux et des ganglions lymphatiques et du tissu cellulaire sous-cutané, accompagné de douleur, rougeur, tuméfaction permanente devenant de plus en plus considérable. De là, deux maladies distinctes décrites par les modernes ; VE. des Grecs et VE. des Arabes.

§ I. Èléphantiasis des Grecs. — Cette affection, que quelques auteurs regardent comme le tsarâth des Hébreux, nommée aussi lèpre tuberculeuse., léoniiasis, satyjdasisy mal rouge de Cayenne., paraît être originaire de l’Égypte. Lucrèce, dans le tableau qu’il a tracé avec tant d’énergie des ravages de cette cruelle maladie, dit qu’elle n’existe nulle part ailleurs que dans le centre de l’Égypte,

auprès du Nil {propter flumina Nili neque prœterea

usquam), et il entend bien parler de l’éléphantiasis, qu’il nomme elephas morbus., et non pas d’une autre espèce de lèpre que l’on savait parfaitement exister chez les Hébreux de temps immémorial, comme on le verra à l’arâcle Lèpre. Arétée de Cappadoce, qui fut peut-être conîomporain de Lucrèce, lui donne le nom dV èléphantiasis., et deux cents ans après, Lactance parle des leprosi^ des elephantiaci. Cette maladie a été aussi appelée leom tiasis., parce que, dans certains cas, la peau du front, épaissie et ridée, les lèvres déformées, les oreilles et les narines développées outre mesure, donnent à la physionomie un aspect léonin. Le nom de satyriasis vient probablement de la ressemblance que l’on a cru trouver avec la figure des satyres de la Fable, ou peut-être encore avec l’espèce de singe nommée en grec Satyros. On trouve en effet dans Aristote la désignation d’une maladie dans la- <}uelle le fades paraît prendre la ressemblance d’un autre animal et d’un satyre [saiyrian) (voyez De lib. IV,

ch. ni). Enfin, cinq cents ans plus tard, Galien la désigne sous le nom de satyriasmos. Nous avons des doutes sur l’existence de cette espèce de lèpre chez les Hébreux; niais il est certain qu’elle se répandit dans les pays occid^entaux avec les autres variétés de cette maladie et qu’elle exerça des ravages au moyen âge et jusqu’à la suppression des léproseries ou maladreries. Elle envahit aussi l’Écosse, la Norwége, jusqu’au pays d’Astracan, et dans le Nord on lui donna le nom de lèpre arctique. Il paraît bien aussi que la maladie décrite en Norwége par MM.Danie.lssen et Bœck est véritablement l’éléphantiasis des Grecs. Du reste, il règne une grande confusion dans l’histoire de la lèpre et de l’éléphantiasis, cette confusion que nous avons déjà signalée à propos des Hébreux, se retrouve au moyen âge dans nos pays de l’Occident ; toutefois, il paraît hors de doute que la maladie éléphantiaque était rare dans les nombreuses léproseries qui existaient en France à cette époque. Aujourd’hui, on en trouve quelques cas dans les pays tropicaux, aux Antilles, à Gayenne, où elle porte le nom de mal rouge de Cayenne ; mais en France, on ne l’observe guère que chez des malades qui 'l’ont apportée des pays où elle est répandue; elle paraît donc concenti ée principalement dans sa patrie primitive.

IC É . des Grecs est caractérisé par l’apparition de taches rouge cramoisi ou fauve, accompagnées de l’insensibilité de la partie des téguments sur laquelle elles se développent, quelquefois, mais rarement, la sensibilité y est exaltée ;par des tubercules proéminents, irréguliers, d’une grosseur variable depuis celle d’un petit pois jusqu’à une noix et même un œuf de poule, couleur fauve ou pourpre, faciles à malaxer ; plus tard, par des ulcérations, des destructions de parties plus ou moins considérables. Cette maladie se présente sous plusieurs aspects difi’érents qui

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n’ava,ient pas été bien étudiés jusqu’à ces derniers temps, où Biet proposa d’en distinguer deux variétés: cette division généralement adoptée et principalement par MM. Cazenave et Schedel, constitue rE". des Grecs tuberculeux et VE. des Grecs non tuberculeux. La première est à peu de chose près celle que nous avons présentée plus haut et dont la plus haute et dernière expression est la destruction des muscles, la nécrose des os, la gangrène partielle des membres, la séparation des doigts, des orteils, etc. Dans la seconde variété, il y a absence préalable de tubercules, partielle ou générale; ce dernier cas a été observé surtout par MM. Danielssen et Bœck dans la spedalskhed ou éléphantiasis de Norwége, et par M. le docteur Faivre au Brésil, où la maladie porte le nom de morphée. Cette variété, du reste, est beaucoup plus rare que l’autre. La durée de l’éléphantiasis des Grecs est à peu près indéterminée.

La maladie qui nous occupe se développe le plus souvent sous l’influence des températures extrêmes; mais elle, paraît surtout déterminée par la négligence des soins de propreté, la mauvaise nourriture, les habitations malsaines : voilà pourquoi elle a toujours reculé devant les progrès de la civilisation. Elle paraît héréditaire dans certaines familles, mais non contagieuse; elle est endémique en Égypte et dans quelques autres contrées. Le traitement opposé à cette terrible maladie a été le plus souvent inefficace ; on a préconisé tour à tour l’ellébore noir, le mercure, l’arsenic, enfin, dans ces derniers temps, l’iode, puis les bains, d’abord ceux que l’on conseille généralement dans les maladies de la peau, ceux de l’eau du Jourdain, puis les bains mercuriaux; dans l’antiquité, on avait môme recommandé les bains de sang, et surtout ceux de sang humain. Un régime très-sévère, les émollients, les mucilagineux, l’opium, seront aussi employés de temps en temps pour calmer l’irritation momentanée produite par une niédication énergique.

§ 2. Éléphantiasis des Arabes. — Connue aussi sous les noms de maladie glandulaire des Barbades., jambe des Barbades, éléphantiasis tubéreux, dai-fil (maladie de l’éléphant) des peuples orientaux, cette maladie avait à peine été signalée au x® siècle par le médecin arabe Razès qui avait cherché à la séparer de l’éléphantiasis des Grecs. Après cette époque,confondue pendant longtemps soit avec la lèpre, soit avec l’éléphantiasis des Grecs, ce n’est que dans le siècle dernier qu’elle a été bien étudiée aux Barbades par Hillary et Hendy, qui lui donnèrent le nom de maladie glandulaire des Barbades, et plus tard par Alard dans un travail plein de recherches savantes publié d’abord en 1806, puis unesecondefoisen 1824.Enfin,ledocteur Louis Valentin a enrichi la science et éclairé l’histoire de cette cruelle maladie par un certain nombre d’observations faites surtout en Provence, à Vitroles, aux Martigues, près de Marseille, à Nice, etc. (voyez Dictionnaii e des sciences médicales, article Éléphantiasis). Cette maladie, qui a été, comme on le voit, observée en France, où on en trouve même aujourd’hui quelques exemples, est encoreendémiquedans quelques vallées du Piémont (vallée d’Aost) ; mais elle sévit particulièrement en Égypte, sur la côte de Malabar, à Ceylan, au Japon, aux Barbades, à Bourbon, etc. Elle est caractérisée par une tuméfaction plus ou moins considérable de la peau et du tissu cellulaire, causée par l’inflammation des lymphatiques cutanés. La maladie peut se développer sur toutes les parties du corps, mais c’est aux membres, et surtout aux membres inférieurs, qu’on l’observe plus particulièrement, le plus souvent d’un seul côté. Elle débute ordinairement d’une manière insidieuse par des symptômes légers et peu graves ; c’est ou un érysipèle fugace, des frissons, des envies de vomir; ce dernier symptôme a une importance réelle pour certains observateurs; une espèce de corde noueuse, tendue, douloureuse, rouge, le long des membres; puis ces petits accidents s’apaisent pour revenir au bout de quelques mois plus forts, plus longs, et chaque accès laissant le membre empâté ; enfin, au bout de quelques années, ils se rapprochent et le gonflement devient permanent, peut aftécter les formes les plus bizarres et acquérir un développement énorme qui quelquefois se complique de crevasses, de gerçures. La sensibilité est plus obtuse, mais rarement elle est abolie dans les parties affectées. Cette maladie attaque les deux sexes; elle n’est pas contagieuse et ne paraît pas héréditaire, et pourtant L. Valentin cite des faits qui doivent au moins inspirer des doutes. Indépendamment de la malpropreté, de l’habitation dans les lieux bas, humides et chauds, de la mauvaise nourriture, etc., le froid subit et intense peut jouer un certain rôle comme cause. Alard

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