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tnnum)^ d’où lui vient son nom d’esculine. On l’obtient en traitant par l’eau l’écorce râpée à l’avance, et en ajoutant à la dissolution filtrée de l’acétate de plomb. Le précipité blanc qui se forme est mis en suspension dans

l’eau et soumis à l’action d’un courant d’hydrogène sulfuré, qui précipite le plomb à l’état de sulfure et met Vesculine en liberté. La liqueur filtrée et convenablement concentrée laisse peu à peu cristalliser l’esculine. Ce corps rentre dans la catégorie des glucosides^ c’est-àdire de ces corps tels que la salicine, la populine, etc., qui, sous l’influence des acides, donnent, en prenant de l’eau, du glucose et un nouveau produit de composition moins complexe. Ainsi Vesculine^ au contact de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique dilués, se convertit en glucose et esculéfine. L’esculine se présente sous la forme d’un corps solide, cristallin, sans odeur, de saveur amère, soluble dans l’eau et donnant une dissolution incolore quand le rayon lumineux la traverse, et d’un reflet bleuâtre quand il est réfléchi. Elle entre en fusion à 1G0°, et, si on chauffe plus fortement, elle éprouve une décomposition totale et fournit encore de V esculétine, L’esculine, découverte par Sœseke, dans le Guillandinn- Moringa, a été étudiée principalement par Trommsdorff.

ESCULIQUE (ACIDE) (Chimie) (G26H23012). Corps acide produit par l’action de la potasse sur la saponine (Q2bjJ‘230^^) qu’on extrait habituellement des marrons d’Inde. Il a beaucoup d’analogie avec les acides gras. Il a été isolé par M Frémy. B.

ESOCES (Zoologie).— Cuvier nomme ainsi la deuxième famille de Poissons de l’ordre des Malacoptérygiens abdominaux, qui ont les caractères suivants : mâchoires garnies de fortes dents ; la supérieure sans lèvre ; orifice des opercules très-grand ; pas de^ nageoire adipeuse; la dorsale opposée à l’anale; intestins courts et sans cæcum. Ils sont voraces. Cette famille comprend une

douzaine de genres, dont les principaux sont les genres Brochet, Micros tome ^ Chauliode^ Stomie^ Orphie, Demi-Bec, Exocet, Mormijre, etc.

ESOPHAGE (Anatomie). — Voyez CEsophage.

ESPADON (Zoologie), Xiphias, Lin. — Genre de Poissons, de l’ordre des Acanthoptérygiens famille des Scomberoïdes. Son nom rappelle que les os de la tête se prolongent en une lame comprimée, tranchante des deux côtés comme la lame d’une épée. Cette lance est longue comme un tiers du corps. La mâchoire inférieure se termine aussi en une pointe aiguë, mais beaucoup plus courte ; elle n’est que le neuvième de l’animal. On n’en connaît qu’une espèce; l’I?. commun (X. glaclius, Lin.); il a le corps allongé, les dents sont remplacées par des granulations, et il a quatre branchies très-ouvertes et à double feuillet. Ses pectorales sont en forme de faux et attachées si bas, qu’on les prendrait pour les ventrales absentes. La dorsale qui occupe tout le dos commence par une pointe très-haute; puis les rayons diminuent, deviennent très-courts et se relèvent près de la queue. L’anale est de même; la caudale est profondément divisée en deux lobes aigus. Sa peau est rude, bleu foncé sur le dos, blanc argenté sous le ventre. Bien que ce poisson ait des muscles puissants, que sa taille dépasse souvent 4 mètres (on en a vu de 6 à 7 mètres), et son poids 150 kilogrammes, et qu’il soit bien armé,

Fig. 977. — Espadon commun (long. 4 mètres.)

il n’est pas vorace et fait peu la guerre aux autres habitants de la mer ; sa nourriture consiste principalement en plantes marines. Sa chair, quoique un peu sèche, a a été recherchée de tout temps, et la queue était le morceau le plus estimé des Romains; aussi le pêchet-on activement dans toutes les mers, et surtout dans la Méditerranée, aux environs de la Sicile, où on le poursuit, comme la baleine, à coups de harpon. Il a la singulière habitude de frapper de son arme tranchante les carènes des navires dans lesquelles elle se brise souvent après avoir pénétré à une assez grande profondeur. Une espèce de Lernée (crustacé) vit quelquefois en parasite dans sa chair, et l’irrite au point de le rendre si furieux, qu’il échoue sur le rivage. F. L.

ESPARCETTE (Botanique agricole). — Voyez Sainfoin.

ESPALIER (Horticulture). — Les arbres fruitiers reçoivent d’autant mieux l’influence des rayons du soleil que leurs rameaux sont étalés ou, comme disent les jardiers, pa/mw sur un plan. Mais lorsque ainsi palissés, ils sont, en outre, adossés à un mur dont la réverbération augmente encore la quantité de chaleur qu’ils reçoivent, le développement et la maturation des fruits se font dans des conditions particulièrement favorables. On nomme espalier le mode de culture qui consiste à palisser les arbres fruitiers contre les murs. La culture en espalier convient sprtout dans les contrées où la température est insuffisante pour faire mûrir certaines sortes de fruits ; tel est le cas pour la région septentrionale et pour la région moyenne de la France. Dans les contrées chaudes, les espaliers n’ont le plus souvent aucune raison d’être, et en donnant trop de chaleur aux fruits, ils peuvent avoir de sérieux inconvénients.

Les principales conditions qu’il faut observer en construisant les murs en espaliers ont été indiquées au mot Murs. Il convient de placer ici des indications sur le mode de palissage qu’il est à propos d’adopter pour fixer les arbres contre le mur. Le mode le plus convenable est le palissage à la loque, parce qu’il permet de pratiquer le dressage des branches de la manière la plus parfaite. II consiste dans l’emploi de fragments d’étoffe de laine de 0*1™, 01 à 0***,06 de longueur sur 0“,03 environ de largeur. On les plie en deux, puis, prenant les branches dans l’espèce d’écharpe ainsi formée, on fixe les deux extrémités de la loque contre le mur à l’aide d’un clou à pointe un peu obtuse, à large tête et d’une longueur d’environ 0“,03 à 0“,05. Ces clous seront enfoncés à la profondeur de 0“,02 à 0“,04, à l’aide d’un marteau spécial dont la tête, fendue sur un des côtés, peut faire l’office de tenaille pour enlever les clous lors du dépalissage. Les loques peuvent servir plusieurs fois; chaque année, après le dépalissage, on les fait bouillir dans l’eau, afin de détruire

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les œufs d’insectes nuisibles qu’elles renferment souvent en très-grande quantité. Le palissage à la loque n’est cependant possible que sur les murs recouverts d’une couche de plâtre d’au moins O™. 03 d’épaisseur, afin que les clous

puissent être enfoncés partout sans obstacle. Si quelque circonstance locale forçait de renoncer à couvrir le mur de cet enduit, il faudrait adopter alors le palissage au treillage^ qui se pratique en fixant, â l’aide de ligatures, les rameaux et les branches sur un treillage en bois ou en fer établi préalablement contre le mur. L^>s treillages en fil de fer offrent l’avantage d’une grande économie, sans entraîner aucun inconvénient dont les treillages en bois soient exempts. Quant aux dispositions spéciales de l’espalier et à la manière de conduire les arbres palissés, il en sera traité dans l’article spécial à chaque espèce.

Contre-espalier. — On nomme contre-espalier \QmoàQ de culture des arbres fruitiers qui consiste à les palisser sur des treillages en plein air et sans mur. Les contreespaliers se prêtent à toutes les formes auxquelles on soumet les arbres palissés en espaliers, et ils ont acquis depuis quelques années une grande importance en horticulture. Nous avons pu remplacer par des contre-espaliers doubles en cordons verticaux les anciennes formes des arbres en plein air ; nous sommes parvenus ainsi à doubler le produit sur une surface donnée et à obtenir le pi'oduit maximum huit ans plus tôt et avec beaucoup moins de difficulté (voyez Poirier). A. du Br. ESPARGOUTE (Botanique). — Voyez Spergule, ESPÈCE (Sciences naturelles), du latin species^ apparence et espèce. — Dans la langue vulgaire, on désigne comme de même espèce (ce qui, dans l’origine, a voulu dire de même apparence) les êtres qui se présentent aux yeux sous les traits d’une ressemblance aussi complète que possible. Cependant, il est des différences que l’expérience nous apprend à ne pas considérer comme les caractères d’une espèce particulière; ainsi on n’a nulle difficulté à admettre que les hommes bruns et les blonds sont d’une seule et môme espèce, que le cheval bai et ie cheval pie ne forment pas deux espèces distinctes. On admet donc que l’espèce n’est pas fondée sur une identité absolue d’aspect et implique encore certaines variétés dans les formes. Mais lorsqu’on s’étudie à rechercher à quelles limites s’arrêtent les différences que peuvent offrir les êtres d’une même espèce, on rencontre des difficultés considérables; car on s’aperçoit que le sens du mot espèce varie suivant les personnes qui l’emploient. Quelques exemples feront comprendre ce que je veux dire. Pour un homme du monde, pour un chasseur, le chien braque et le chien épagneul représentent chacun une espèce distincte de chiens; pour un agriculteur, le bœuf limousin et le bœuf charolais sont de deux espèces différentes, le chou cabus et le chou-fleur ne sont pas de la même espèce. Et cependant le langage vulgaire désigne aussi comme des espèces distinctes le rat^ la souris, le loir, le mulot, qui sont bien plus éloignés entre eux que les êtres qui viennent d’être indiqués, puisque ceux-ci ne sont après tout que des variétés produites par l’industrie humaine, tandis que le rat, la souris, le loir et le mulot ont été créés différents les uns des autres.

Pour mettre de l’ordre dans cette confusion, les naturalistes ont senti la nécessité de définir le groupe d’êtres auquel s’appliquerait le nom êêespèce. Mais, il faut en convenir, cette définition est difficile à trouver, car l’espèce étant un groupe naturel créé et non une simple réunion conventionnelle d’êtres semblables à tel ou tel degré, la définition de l’espèce suppose une connaissance plus complète que nous ne l’avons encore de la véritable nature de ce groupe fondamental. G. Cuvier a défini l’espèce dans les termes suivants : « On doit définir l’cspècc, la réunion des individus descendus Eun de l’autre ou de parents communs, et des individus qui leur ressemblent autant qu’ils se ressemblent entre eux (Règne animal, t. I, inti'oduction) . » La définition de Cuvier s’applique spécialement aux animaux, hiQn qu’elle puisse sans inconvénient être étendue aux végétaux ; mais il est évident ‘

qu’elle ne saurait convenir en rien aux êtres du règne minéral, dont nous nous occuperons un peu plus loin. Lamarck, différant peu de G. Cuvier, considère l’espèce, parmi les corps vivants (animaux et végétaux), comme la collection entière d’individus en tout semblables qui furent produits par d’autres individus pareils à eux et, par conséquent, qui forment race {Philosophie zoologique, 1. 1). En un mot, sous une forme ou sous une autre, l’idée si clairement exprimée par Cuvier est celle que les naturalistes, zoologistes et botanistès ont unanimement adoptée dans l’état actuel de nos connaissances. Ainsi Adrien de Jussieu n’hésite pas à définir l’e^juèce, en botanique : « La collection de tous les individus qui se ressemblent entre eux plus qu’ils ne ressemblent à d’autres et qui, par la génération, en reproduisent de semblables, de telle sorte qu’on peut, par analogie, les supposer tous issus originairement d’un môme individu {Cours élém. d'hist nat.. Botanique). »

Malheureusement, cette définition ne résout pas toutes les difficultés que présente l’étude des espèces en histoire naturelle. D’abord, au point de vue pratique, elle ne fournit aucun moyen infaillible de reconnaître l’espèce chez des êtres qui ne vivent pas à portée de nos observations et ne nous sont connus que par des dépouilles d’individus morts ou de quelques individus vivants isolés. Comment savoir, en effet, si tels et tels de ces êtres sont descendus, oui ou non, de parents communs ; nous n’en pouvons plus juger que par l’étude et l’appréciation de leurs ressemblances; le meilleur trait de la définition de l’espèce demeure insaisissable pour nous. De là viennent les divergences et les incertitudes des naturalistes quant au nombre des espèces, surtout en ce qui concerne celles que nous connaissons seulement par les collections ou les herbiers. Mais il faut avouer encore que ce trait fondamental de la définition de l’espèce, la filiation des êtres par voie de reproduction, fût-il partout appréciable, ne lèverait pas toutes les difficultés. Ainsi le loupeXlQ chien domestique sont accessibles à toutes nos observations, et tous les traits de la définition de l’espèce peuvent être recherchés en eux; cependant les zoologistes ne sont pas d’accord à leur égard : les uns les réunissent dans une même espèce, les autres en font deux espèces distinctes. La difficulté provient de ce que le chien domestique a subi entre les mains de l’homme assez de modifications pour que le vulgaire reconnaisse un très-grand nombre d’espèces de chiens domestiques ; que, dès lors, il est possible d’admettre le loup comme le type sauvage du chien, car la louve et le chien, le loup et la chienne produisent ensemble et paraissent capables de faire race, comme disait Lamarck. Cependant le loup et le chien présentent des différences aussi grandes que celles qui séparent beaucoup d’espèces, et Ton ne saurait regarder leur aptitude à produire ensemble comme une raison suffisante pour les réunir dans la même espèce , puisque le cheval et Vâne, qui, à coup sûr, sont d’espèces différentes, produisent le mulet et le bardeau. On a dû reconnaître, en effet, que les individus d’espèces différentes, mais trèsvoisines, peuvent, chez les plantes comme chez les animaux, produire ensemble des êtres d’une conformation intermédiaire, incapables de se propager ou ne pouvant tout au plus donner qu’une ou deux générations qui s’éteignent par stérilité. Ces êtres anormaux, nommés mulets et métis, ne se produisent guère d’ailleurs que sous l’influence de la volonté humaine ; à peine a-t-on pu prouver que, dans la liberté de la vie sauvage, il se fasse de pareils croisements. Ces croisements étant néanmoins possibles, il en résulte une certaine incertitude relativement à un des traits les plus importants de l’espèce. Ce qui rend cette incertitude bien plus grande encore, c’est la puissance accordée à l’homme par son créateur, non pas seulement de croiser les espèces, mais de modifier une même espèce dans les individus qui en sortent par générations successives. C’est en vertu de ce pouvoir que l’agriculture a créé tant de variétés ou races dans les espèces du chien, du cheval, du porc, de la chèvre, du mouton, du bœuf, du coq, du canard, etc. Aussi dociles à la volonté humaine, les espèces végétales se sont modifiées en des variétés infiniment nombreuses, et, comme les variétés animales, elles diffèrent assez les unes des autres pour que le vulgaire les considère habituellement comme de véritables espèces.

Tels sont donc les difficiles problèmes que l’étude des espèces donne à résoudre au naturaliste. Aucun guide infaillible ne lui reste pour reconnaître si deux êtres sont ou ne sont pas de la même espèce ; c’est l’observation patiente d’un grand nombre d’êtres analogues, l’habitude

Fig. 978. - Branche d’espalier palissée à la loque.

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de les comparer et d’apprécier leurs rapports qui, peu à peu, l’instruisent à résoudre ces problèmes. Mais combien ces résultats sont discutables et doivent changer avec l’étai de nos connaissances ! Combien il serait présomptueux de prendre aucun d’eux comme une donnée sûre propre à justifier telle ou telle conséquence pratique ! Que penser des naturalistes ou des politiques qui, à l’exemple de certains écrivains d’Amérique, ne craindraient pas de légitimer l’esclavage des noirs, en affirmant que le genre humain renferme plusieurs espèces dont l’une est faite pour commander aux autres? Tout est incertain dans ce principe anti-humanitaire; il est impossible de démontrer jusqu’à l’évidence qu’il y a plusieurs espèces humaines, et il faudrait au moins une évidence absolue pour se laisser conduire à admettre que le nègre, étant d’une espèce inférieure, est dévolu à l’esclavage sous la férule du blanc. La science, si elle ne conclut pas avec évidence à l’unité de l’espèce humaine, y incline plutôt qu’elle ne s’en écarte ; mais en tous cas elle ne peut, sur ce point, donner aucune certitude et ne saurait, par conséquent, fournir l’odieux témoignage qu’on veut lui arracher.

Une autre question moins grave au point de vue pratique, mais tout aussi importante au point de vue philosophique, doit être au moins indiquée ici ; c’est celle de la fixité ou de la variabilité de l’espèce. « On n'a aucune preuve, dit Cuvier {Règne animal. Introduction), que toutes les différences qui distinguent aujourd’hui les êtres organisés soient de nature à avoir pu être ainsi produites par les circonstances. Tout ce qu’on a avancé sur ce sujet est hypothétique ; l’expérience paraît montrer, au contraire, que, dans l’état actuel du globe, les variétés sont renfermées dans des limites assez étroites, et aussi loin que nous pouvons remonter dans l’antiquité, nous voyons que ces limites étaient les mêmes qu’aujourd’hui. » Linné, plus absolu encore, avait dit, un demisiècle avant, dans sa Philosophia botanica : « Nous comptons autant d’espèces qu’il a été créé de formes diverses à l’origine des choses Chacune des formes et struc-

tures actuelles dérive de celles que l’Être infini a initialement produites, et elles ont subsisté semblables à elles-mêmes à travers la suite des temps. » Mais un peu plus tard, dans un autre ouwrà^e { Amœnitates academ.), le même Linné a des doutes; il se demande si à l’origine toutes les espèces d’un même genre n’ont pas constitué une seule espèce qui serait ensuite devenue multiple par des générations hybrides, c’est-à dire des croisements. Buffon, à la même époque, concevait autrement la variabilité de l’espèce; des modifications graduelles devenues héréditaires sous l’influence des conditions environnantes peuvent donner, selon lui, des espèces nouvelles dérivées des espèces primitives, mais définitivement différentes de celles-ci. Lamarck a développé cette idée nouvelle dans sa Philosophie zoologique et a trouvé des disciples convaincus dans Geoffroy Saint-Hilaire et son école. L’idée de la fixité de l’espèce adoptée avec une certaine réserve par Cuvier a été, au contraire, accusée même jusqu’à l’exagération par Duméril {Erpétologie générale), par de Blainville {Hist. des sc. de l’organ.), en zoologie; par A. L. de Jussieu {Gener. plant.), en botanique. Il ne convient nullement d’entrer ici dans une discussion pareille, et je me bornerai à dire que les idées modérées de Cuvier sur la fixité relative des espèces, exprimées dans le passage cité plus haut, sont aujourd’hui encore adoptées par la plupart des naturalistes. Les lecteurs curieux de poursuivre la discussion que j’abandonne ici pourront consulter, outre les ouvragesque j’ai déjà cités, le résumé lucide et consciencieux des vues des auteurs sur Vespèce, que Is. Geoffroy Saint-Hilaire a donné dans son Histoire générale des règnes organiques (t. II, 2® partie), ouvrage que la mort prématurée de son auteur laisse malheureux sement inachevé.

Dans le règne inorganique, les difficultés que comporte la question de l’espèce sont d’un autre genre. Les minéraux se présentent comme des portions de matière n’ayant ni forme ni structure essentiellement propres et ne se tenant par aucun lien de filiation, puisqu’ils ne naissent pas de parents semblables à eux. Aussi, dans ce règne, avant de définir l’espèce, il faut définir l’individu minéralogique. Cette définition repose principalement sur la constitution chimique et les formes cristallines que présentent les minéraux ; mais, dans la plupart des auteurs, elle a quelque chose d’artificiel qui se retrouve nécessairement dans la définition de l’espèce minéralogique ; il en sera parlé au mot Règne minéral (voyez Races, Variétés, Reproduction). Ad. F.

ESPÈCES (Pharmacie). — On appelle espèces des végétaux ou parties de végétaux ayant des propriétés physiques et un mode d’action analogues, que l’on mélange après les avoir fait sécher et que l’on conserve pour l’usage. On en fait des infusions, des décoctions, pour tisanes, bains, lotions, gargarismes, collyres, injections, etc. Elles doivent être séchées avec soin et conservées à l’abri de l’humidité et de la lumière. Voici quelles sont les principales espèces :

E. toniques. — Ce sont, en général, des substances amères; elles sont presque inodores. Les plus souvent employées sont les sommités de chamédrys (petit chêne), do petite centaurée, les feuilles de ménianthe, la fumeterre, la gentiane, le quinquina, etc. Elles recèlent en général du tannin, de l’acide gallique, qui exercent sur les tissus organiques une impression fortifiante dans certaines maladies chroniques et dans les convalescences des fièvres de long cours. Dans ce groupe rentrent les substancedécorées des noms de stomachiques, antiscorbutiques , uns tiscrofuleuses, fébrifuges , dépuratives, astringentes, etc-

E. excitantes, dites aussi stimulantes. — Elles sont aromatiques. Ce sont les sommités de sauge, de thym, de serpolet, de mélisse, d’hj'^sope, de menthe poivrée, d’absinthe, etc. ; les baies de genièvre, la racine de valériane, la cannelle, etc. Ces espèces recèlent une certaine proportion d’huile volatile, de la résine, du camphre, etc. On range aussi dans cette catégorie : 1° les apéritifs : racines de persil, de fenouil, d’asperge, d’ache, de petit houx, dites racines apéritives; 2» les sudorifiques : racines de salsepareille, de squine, de gaïae, de sassafras; 3» les anthelmintiques, surtout ceux qui sont aromatiques, tels que l’absinthe, la tanaisie, la camomille romaine; les autres rentreraient plutôt dans la classe des toniques.

E. émollientes. — On y distingue les feuilles sèches de mauve, de guimauve, de bouillon blanc, de seneçon, de pariétaire, etc., employées en décoctions pour usage externe; à l’intérieur, on emploie les infusions de fleurs de mauve, de violettes, de tussilage, de coquelicot, dites aussi espèces pectorales; en décoction, les fruits dits pectoraux ou béchiques; ce sont les dattes, les jujubes, les figues et les raisins de Corinthe.

On a encore donné le nom d’espèces à des médicaments chez lesquels l’observation a démontré des propriétés spéciales et déterminées, ainsi : les semences froides : courge, citrouille, melon, concombre, avec lesquelles on prépare des émulsions adoucissantes; les farines emollicïttes : ée, graine de lin, de seigle et d’orge; les farines résolutives : de fenugrec, de fève, d’orobe et de lupin blanc ; les E. carminatives : fruits d’anis, de carvi, de coriandre, de fenouil, employées pour faire évacuer les gaz contenus dans le canal digestif.

ESPÉRANCE MATHÉMATIQUE (Probabilités). — On appelle ainsi, dans le calcul des probabilités, le produit de la probabilité d’un événement par le bénéfice qu’on attend de cet événement. Lorsque deux joueurs se mettent au jeu, leurs mises doivent naturellement être proportionnelles aux chances qu’ils ont de gagner. Celui qui a 2, 3... fois plus de motifs d’espérer qu’il gagnera, hasardera volontiers 2, 3... fois plus. A l’inverse, celui qui a moins de chances de gain hasardera moins, ou bien, s’il s’expose à perdre une forte somme, ce sera en vue d’un bénéfice plus grand : or le bénéfice d’un joueur, c’est la mise de l’autre joueur. Il suit de là que les joueurs doivent exposer des sommes proportionnelles à la probabilité qu’ils ont de gagner. Et c’est ce que l’on énonce en disant que, dans un jeu équitable, l’espérance mathématique doit être la même de part et d’autre.

Cette règle est générale et ne s’applique pas seulement aux jeux. Ainsi, lorsqu’un propriétaire assure sa maison, l’événement qu’il prévoit est l'incendie, auquel cas on lui en payerait la valeur. Au contraire, l’assureur espère que la maison ne brûlera pas, et que la prime sera son bénéfice. Pour que le traité soit juste, il faut que la valeur V de la maison, multipliée par la pi obabilité qu’elle brûlera, soit égale à la prime P multipliée par la probabilité que la maison ne brûlera pas. Si l’on sait que sur 10000 maisons il en brûle une, il faudra que

'' X îcîïiü = P X S' ™ que la prime P soit ^ de la valeur de la maison. Bien entendu qu’on devra, de plus, avoir égard à l’intérêt du capital de la compagnie d assurances, aux frais d’administration et à son juste bénéfice. Il faut, en outre, que la compagnie opère sur un grand nombre de maisons, afin que les moyennes qui servent de base au calcul se vérifient ; ce qui arrivera indubitablement en vertu de la loi des grands nombres, si

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