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peut être utile. Il suffit de dessécher la farine à une température de 115® à 120°; la diminution de poids qu’elle subit donne la quantité d’eau qu’elle renfermait.
La farine des boulangers de Paris contient de 16 à 17 p. 100 d’eau. Une proportion d’eau notablement différente indiquerait déjà que la farine ne peut pas être dans son état normal.
On rendrait probablement service à la probité du commerce en constatant comparativement et par des moyennes, dans chaque localité, les proportions de gluten et d’amidon des grains du pays, en ayant égard aux variations qui résultent de la différence d’exposition et de sol, et des circonstances météorologiques. Les farines qui servent ordinairement à la panification renferment de 24 à 34 p. 100 de gluten humide. M. Barse les distingue en trois classes : la première contient 30 p. 100 et au-dessus de gluten humide; la deuxième,’ 27 p. 100 et au-dessus; la troisième, 24 p. lOO et au-dessus. Toute farine, avant d’être livrée au commerce, pourrait être ainsi titrée, et le pain devrait porter le titre de la farine avec laquelle il a été fabriqué. L.
Farine fossile (Minéralogie), nom vulgaire d’une variété pulvérulente de chaux carbonatée.
Farine empoisonnée (Minéralogie), nom donné parles mineurs à l’oxyde blanc d’arsenic qu’on voit sur certains minerais de cobalt ou dans les fourneaux où l’on fond ces minerais.
FARLOUSE (Zoologie), Ânthus, Bechst. — Nom d’un oiseau connu aussi sous celui Alouette des pre's, et qui sert de type au genre Farlouse, généralement nommé Pipi. Ce genre appartient à l’ordre des Passereaux, famille des Dentirostres, tribu des Becs-fins ; longtemps réunies aux alouettes, à cause de l’ongle long qu’elles portent à leur pouce, les farlouses se rapprochent des becs-fins par leur bec grêle et échancré, et se distinguent des bergeronnettes par la brièveté de leurs pennes et des couvertures secondaires. La F. des prés {Anthus praiensis, Bechst.) vulgairement Pipi des buissons, Pieuquette, Pipi farlouse, se tient dans nos prairies humides et niche dans les joncs ou les touffes de gazon; elle est d’un brunolivâtre en dessus, blanchâtre en dessous, avec des taches brunes à la poitrine et aux flancs; sa longueur totale est de 0“, 1 5 ; elle niche dans les joncs ; en automne elle s’engraisse des baies sucrées et elle est alors recherchée comme un gibier délicat, sous le nom de bec-figue ou de vinette. La F. rousseline {A. campestris, Beschst.), vulgairement Pipi rousselin, a 0“,Ï6 de longueur, habite les lieux pierreux de l’Europe tempérée et méridionale et niche dans le sable. On trouve encore dans toute l’Europe la F. des arbres (A. arboreus, Bechst.) qui niche sur les coteaux couverts et dans les prairies, et a la taille de la farlouse des prés; et la F. spioncelle {A. aquaticusy Bech ) de la taille de la F. rousseline, qui en hiver recherche les lieux bas et humides, et en été les plateaux des hautes montagnes. Tous ces oiseaux ont un plumage brun ou roussâtre en dessus, avec le dessous plus clair ou blanchâtre. Leurs œufs sont grisâtres avec des taches noires ou brunes.
FAROUCH ou Farouche (Agriculture). — L’un des noms vulgaires du trèfle incarnat.
FASCIA (Anatomie). — Ce mot tout latin signifie bande. Il désigne certaines expansions aponévrotiques, des feuillets celluleux résistants , des aponévroses d’enveloppe destinées à maintenir des muscles ou autres organes dans leurs positions respectives. D’où l’on a distingué deux sortesde fascia: les F. celluleux F . aponévrotiques.
Le F. celluleux superficiel (superficialis) est une couche celluleuse sous-cutanée qui enveloppe tout le corps sans être interrompue nulle part ; très-mince dans certaines régions, il s’épaissit sur le bas-ventre et vers les régions iliaques, et se confond sur le sternum et le long de la colonne vertébrale avec le tissu fibreux ; c’est dans son épaisseur que se trouvent les muscles peauciers des animaux. — Le F. celluleux profond s’étend sur la face pariétale des membranes séreuses, qu’il suit dans l’abdomen, dans la poitrine, d’où il se porte au col, où il se confond avec l’aponévrose d’enveloppe de cette partie.
Le F. iliuca est un feuillet aponévrotique qui s’étend des muscles psoas à la crête de l’os des iles ; en bas, il s’unit au ligament de- Fallope; en avant et en arrière au fascia lata, avec lequel il se confond poiur former la paroi postérieure de l’arcade crurale, — Le F. lata est la plus forte aponévrose d’enveloppe; il recouvre tous les muscles de la cuisse ; en haut, il se fixe au bassin en s’unissant, d’une part, au muscle grand oblique de l’abdomen, au niveau de l’ai'cade crurale, s’attache â la
crête du pubis ; d’autre part, il s’insère à la crête iliaque jusqu’à la ligne courbe supérieure de l’ilium, si prolonge sur le moyen fessier, un peu sur le grand fessier, en ne descendant jusqu’à la cuisse que vers la partie antérieure de l’épine. En dedans, il s’implante sur les ligaments de la symphyse du pubis, sur cet os et l’ischium. Enfin, en arrière, il naît du tissu cellulaire que recouvre le sacrum, le coccyx, celui de la marge de l'anus; de ces différents points, il descend sur la cuisse dont il enveloppe tous les muscles, en donnant des prolongements entre plusieurs d’entre eux. Enfin, il se termine en se confondant avec l’aponévrose de la jambe, avec le tendon du triceps, et en se fixant aux condyles du fémur et à la tubérosité externe du tibia. — Le F. transversalis est une expansion fibreuse qui se détache de l’arcade crurale et du tendon du muscle droit, et entre pour beaucoup dans la formation du canal inguinal (voyez Inguinal [Canal]).
Fascia lata (Muscle du) (Anatomie). — Il occupe la région externe de la cuisse, est court, aplati, a une forme quadrilatère. Il naît de la crête iliaque, de l’épine antérieure et supérieure, entre le couturier et le moyen fessier ; de là il descend vers le tiers supérieur de la cuisse, et se termine par de petits faisceaux aponévrotiques qui se continuent avec l’aponévrose fascia lata (voyez plus haut), en se confondant avec elle. C’est le muscle iUo-aponevrosi-fèmoral, de Chaussier. Il est tenseur de l’aponévrose fascia lata. F — n,
FASGIGULÊ (Zoologie et Botanique), du latin fascis^ faisceau. — Se dit des organes qui se montrent réunis en faisceaux.
FASCIÉ (Zoologie et Botanique), du latin fascia, bandelette. — Ce terme s’applique aux organes ou aux espèces d’animaux ou de plantes qui se font remarquer par une ou plusieurs bandes d’une couleur tranchée. On l’emploie aussi pour désigner, chez les plantes, certaines dispositions des fibres étalées symétriquement en bandelettes, comme on en observe, par exemple, dans l’inflorescence de l’amarante à crête.
FASGIOLE (Zoologie), Fasciola, Lamk ; du latin fasciola, petite bandelette. — Genre de Vers intestinaux ou Helminthes, appelé aussi Distome, et qui contient, parmi ses espèces, la douve du foie, si commune chez le mouton, le bœuf, le cochon, et que l’on rencontre aussi assez souvent chez l’homme (voyez Douve, Distome et Vers intestinaux).
FASCIOLAIRES (Zoologie). — Genre de Mollusques^ classe des Gastéropodes, ordre des P ectinibr anches, famille des Buccindides, tribu des Rochers, détaché par Lamarck du genre Fuseau, dont il se distingue par deux ou trois plis très-obliques et inégaux à la columelle, vers la naissance du syphon. La F. tulipe ou Tulipe d’Inde est rubanée, lisse, jaune rougeâtre, rayée de lignes de couleur variable ou tachée de points couleur de rouille, rangés en lignes.
FASÉOLE (Botanique horticole). — Nom vulgaire de plusieurs espèces de graines provenant de plantes des genres Fève, Dolic, Haricot, de la famille des Léguminesues.
FASTIGIÉ (Botanique), du latin fastigium, faîte. — Se dit.des végétaux dont les rameaux, au lieu de s’étendre latéralement dans une direction voisine de l’horizontale, se dirigent vers le sommet de la plante en se serrant contre la tige principale. Le peuplier pyramidal {fiopulus fastigiata) offre un type de cette disposition.
FAUGHAGE (Agriculture), du mot faulx, instrument employé pour cette opération agricole. — La récolte du foin et même des céréales au moyen de la faulx reçoit le nom de fauchage; mais souvent on donne ce nom d’une manière générale à l’opération qui consiste à couper le foin ou les blés, quel que soit l’instrument employé pour l’exécuter.
FAÜGHET (Zoologie), du verbe faucher. — Nom vulgaire de l’oiseau que les naturalistes nomment le Bec en ciseaux (voyez ce mot).
Fauchet (Agriculture). — Voyez Faücillon. ^
FAUCHEUR (Zoologie), Phalangium, Lin. — Genre à’ Arachnides , de l’ordre des A. trachéennes, famille des Holètres, tribu des Phalangiens , caractérisé par : des antennes-pinces saillantes, beaucoup plus courtes que le corps; deux palpes filiformes sans épines, terminées par un article long et crochu ; des yeux portés sur un tubercule commun ; des trachées tubulaires ; des . pieds trèslongs et très-minces qui donnent des signes d’irritabilité en se contractant quelque temps après avoir été séparés du corps. Ils ont aussi, à l’origine des deux pieds posté-
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rieurs, un stigmate caché par les hanches. Le F . des murailles {F. cornutum, mâle, et Opilio, femelle. Lin.) a le corps ovale, roussàtre, blanc dessous; deux rangées depetites épines sur le tubercule qui porte les yeux ; les antennes-pinces cornées dans le mâle ; une bande noire, à bords festonnés sur le dos, dans la femelle. M. Kirby a formé, aux dépens de ce genre, celui des Gonolepies qu’il caractérise par des palpes épineuses; les hanches postérieures très-grandes et soudées entre elles, forment une sorte de plaque sous le ventre.
FAUCHEUSE (Agriculture). — Machine destinée à faucher les prairies pour la récolte du fourrage (voyez Instruments agricoles).
FAUCHON (Agriculture), diminutif de faulx. — Instrument employé par les moissonneurs, et olfrant dans sa forme une grande analogie avec la faulx. Cet instrument, d’abord uniquement employé en Belgique, et dont l’usage se répand beaucoup en France, est plus habituellement nommé sape flamande (voyez Sape, Récolte, Instruments agricoles).
FAUCILLE (Agriculture), diminutif de faulx. — L’un des instruments le plus communément employés pour faire la moisson, et qui se compose d’un manche en bois ou manette, long de 0“,15 environ, et d’un fer recourbé en forme de C, tranchant ou dentelé sur son bord concave. Cette forme, du reste, varie suivant les différents
Fig. 1032. — Faucille sans dents.
pays; la lame est plus ou moins large; la courbe a un rayon plus ou moins grand; tantôt le tranchant est aiguisé comme celui d’une faulx {fiy. (032), d’autres fois il est denté comme une scie (jfig. 1031). Quelle est la meilleure des deux? L’expérience semble prouver qu’elles sont également bonnes ; seulement la faucille dentée s’use plus rapidement. Nous ne dirons rien de la manière de se servir de cet instrument ; la pratique journalière des gens de la campagne en sait et peut nous en apprendre beaucoup plus que tout ce que nous pourrions dire dans une longue description.
> L’emploi de la faucille pour la coupe des céréales a certains avantages qui, malgré les inventions récentes d’instruments agricoles, et surtout la pratique de la faulx et de la sape appliquée à la moisson, la feront conserver longtemps encore pour les exploitations rurales minimes, et dans certains terrains d’un acc.ès difficile. Ainsi les javelles sont plus régulièrement faites; elles sont bien étendues et sèchent d’autant mieux qu’elles sont supportées par un chaume plus élevé, et que l’air peut les pénétrer plus facilement ; les épis n’étant pas en contact avec le sol ne sont pas aussi exposés à germer dans les temps pluvieux et les années humides ; enfin l’usage de la faucille n’exige pas une grande force; il permet d’y employer tous les bras disponibles. Mais à coté de ces avantages, il y a de grands inconvénients; c’est un travail très-pénible par la position que le moissonneur est obligé de garder toute la journée, le plus souvent sous un soleil brûlant; il est tellement lent, qu’un bon ouvrier ne peut pas couper plus de 20 ares de blé par jour; un sapeur vigoureux en coupera au moins le double ; un bon faucheur ira au moins à GO ares. Il est vrai qu’il faudra lui adjoindre un enfant ou une femme pour disposer les javelles; enfin la faucille laisse un chaume trop long; de là une perte notable de paille (voyez Récolte, Instruments agricoles).
Faucille (Zoologie). — Nom vulgaire donné à plusieurs poissons, tels que le le Saumon, le Cy-
prin .
FAUCILLON (Agriculture). — Les femmes et les enfants des campagnes vont récolter le menu bois, les broussailles, les feuillages, les herbes, les fruits sauvages avec une petite faucille, que l’on nomme faudllon dans beaucoup de pays.
FAUCON (Zoologie). — Le nom Faucon s’applique, suivant les pays, à divers oiseaux analogues entre eux, auprès desquels les zoologistes ont dû ranger d’autres oiseaux encore, désignés vulgairement par des noms particuliers. Aussi Linné forma-t-il un grand genre Faucon [Falco), dont G. Cuvier fit sa seconde division de la famille des Oiseaux de proie diurnes, et il caractérise ainsi cette tribu : « Ils ont la tête et le cou revêtus de plumes; leurs sourcils forment une saillie qui fait paraître l'œil enfoncé et donne à leur physionomie un caractère tout différent de celle des vautours; la plupart se nourrissent de proie vivante, mais ils diffèrent beaucoup entre eux par le courage qu’ils mettent à la poursuivre.» Dans leur jeune âge, ces oiseaux portent des plumages variés ou livrées fort différents de celui de leur âge adulte, et qui a souvent rendu très-difficile la distinction des espèces ; les femelles sont d’un tiers plus grosses que les mâles, et ceux-ci ont reçu de là le nom vulgaire de Tiercelets. Ce grand genre ou tribu comprend véritablement plusieurs genres, que G. Cuvier a distribués dans deux sections; la distinction de ces deux groupes repose précisément sur des différences d’organisation et de mœurs qui rendaient certaines espèces propres à la fauconnerie, et qui en écartaient d’autres; aussi l’usage a-t-il fait adopter, parmi les naturalistes, les mômes termes qu’employaient les fauconniers. La première section, celle des Faucons proprement dits, habituellement désignés sous le nom à'Oiseaux de proie nobles, comprenait, selon G. Cuvier, les deux genres Faucon et Gerfaut; mais, comme Cuvier le soupçonnait lui-même, on a dû depuis faire rentrer les espèces du second genre dans le premier. Dans la seconde section, celle des Oiseaux de proie ignobles, c’est-à-dire impropres ou peu propres à la fauconnerie, se placent les genres Aigle, Aigle -pêcheur, Balbusard, Circaète, Harpie, Aigle-Autour, Autour, Epervier, Milan , Bondrée , Buse , Busard , Messager. Peut-être doit-on préférer aujourd’hui à cette distribution peu rationnelle des genres de la tribu des Faucons, la division proposée par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, et fondée sur la forme aiguë ou obtuse de l’aile : les Acutipennes, qui sont les oiseaux de haut vol, comprendraient les faucons et les balbusards; les Obtusipennes, qui sont les oiseaux de bas vol, comprendraient les autres genres énumérés ci-dessus.
Genre Faucon {Falco , Bechstein) ; caractères : bec courbé dès sa base, armé d’une dent aiguë de chaque côté de sa pointe; la plus longue des pennes de l’aile est la seconde, et la première est presque aussi longue, ce qui rend l’aile aiguë et longue de façon à l’affaiblir pour les efforts dans le sens vertical, et les contraint à voler contre le vent pour s’élever dans les airs en ligne droite, ou à prendre un vol oblique quand l’air est calme. Les ailes des faucons sont, en général, aussi longues ou trèspeu moins longues que leur queue. Leur vol est trèsrapide; on en a vu parcourir des distances de plusieurs centaines de lieues , avec une vitesse soutenue de 20 lieues à l’heure. Leur marche est sautillante et maladroite, parce que leurs longs doigts, armés d’ongles courbes, se posent mal sur le sol. Ce sont les plus courageux des oiseaux de proie diurnes ; ils attaquent et saisissent leur victime avec les serres, se réservant le bec pour frapper. Les oiseaux, les petits mammifères, tentent particulièrement leur appétit ; ils vont dans un trou ou dans un creux d’arbre dévorer leur proie expirante, qu’ils plument, si c’est un oiseau, et avalent par gros morceaux ; les poils ou menues plumes, les parties cornées, sont rejetées plus tard en une petite pelote. Les faucons habitent les forêts, les montagnes, les champs, et vivent par couples solitaires.
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Le F. ordinaire^ nommé aussi pèlerin^ passager {F . communis^ Gmel.; F. pereqrinus^ Brisson), est, malgré sa petite taille, qui ne dépasse pas celle d’une poule (mâle, Ü““,38 ; femelle, 0“,50) le premier des oiseaux de proie par la puissance de son vol, la force de son bec crochu, la vigueur de ses ongles longs, acérés, courbés en demi-cercle; enfin, par son audace et son courage. 11 se distingue extérieurement par des moustaches noires, \rian gui aires, plus larges que dans les autres espèces, placées sur la joue, et des ailes pointues, au moins aussi longues que la queue, incommodes pour la marche, mais constituées pour le vol. Ses couleurs varient suivant l’àgc et le sexe; ainsi, les jeunes ont le dessus brun, avec les plumes bordées de raies roussâtres, le dessous blanchâtre, avec des taches longitudinales brunes; mais, à mesure que l’oiseau vieillit, le dos devient plus brun et se raye, en travers, de cendré noirâtre, les taches du ventre tendent aussi à devenir noires et transversales; le cou, au contraire, blanchit; la queue est brune avec taches rousses en dessus et raies plus claires en dessous, la cire du bec et les tarses sont jaunes. Le faucon est commun dans tout l’hémi-sphère nord, et place son nid dans les fentes des rochers escarpés, sur lesquels il se plaît à habiter. La femelle y dépose trois ou quatre œufs jaunes, tachés de brun, qu’elle couve pendant trois semaines, le mâle alors pourvoit à sa nourriture; dès que les petits peuvent se suffire, les parents les chassent au loin avec de grands cris. Le faucon commun niche en France, dans les Alpes, les Pyrénées et sur les rocs de nos côtes. La vie du faucon est très-longue; en 1793, on en prit un au cap de Bonne-Espérance qui portait un collier d’or sur lequel était gravé le nom du roi Jacques P' d’Angleterre, avec le millésime 1610. 11 devait donc avoir plus de cent quatre-vingts ans; pourtant, il conservait encore beaucoup de vigueur.
Sa proie consiste ordinairement en un oiseau assez gros, tel qu’un canard, un pigeon, un poulet, un faisan; aussi les Américains le nomment épervier à poules
mangeur de poulets. Pour saisir sa victime, le faucon s’élève et plane dans l’air, puis fond verticalement sur elle comme s’il tombait ; il s’attaque de môme au milan. Cette audace, jointe à la beauté de son vol et à son aptitude pour se laisser apprivoiser, a fait rechercher le faucon au moyen âge pour le bel art de la Fauconnerie (voyez ce mot). Le trait essentiel du caractère du faucôn est la hardiesse ; Audubon en a vu un venir prendre une proie à trente pas de son fusil. 11 ose pénétrer dans les colombiers des fermes; il ne craint pas de s’établir dans les villes, et M. Gerbe en a observé un qui pendant plus d’un mois a tenu domicile sur les tours de la cathédrale de Paris et a vécu de pigeons domestiques qu’il chassait jusque dans les rueslesplus populeuses
Les autres espèces européennes sont assez connues sous des noms spéciaux. Le Hobereau {F. subbuteo, Lin.) est plus petit que le faucon (taille du mâle, <i“, tO); il vit sédentaire en France, et se nourrit surtout d’alouettes (voyez Hobeheau). h' Emerillon (F. œsalon. Lin.), qui se nourrit comme le précédent, est plus petit encore; la taille du mâle n’est que de 0“,24 ; c’est celle d’une grive ; il habite le nord de l’Europe, en été, et descend vers le midi à l’approche de l’hiver (voyez EMÉRiLLONj.On trouve en Pologne, en Russie, dans les montagnes des Etats autrichiens, et jusque dans l’Apennin, le Kobez ou Cresserelle grise (F. vespertinus^ Gmel.), qui se nourrit d’insectes ; il n’est guère plus gros que l’émérillon, le mâle ayant 0“,28 seulement; il est rare en France {voyez Cresserelle grise). La Cresserelle ou Crécerelle {P^ tinnunculus.^\An.)^ connue aussi sous les noms à'Emouchet et de Mouquet^ a, chez le mâle, une taille de 0®,35 à 0“,38; c’est l’oiseau de proie le plus commun dans l’Europe tempérée ; elle vit de souris, de mulots, de lézards, de petits oiseaux et môme d’insectes (voyez Cresserelle). La Cresserellette.^ Petite Cresserelle ou Crécerme{F. Schintzet Temm.; F. cen-
chris, Frisch et Nauman) habite les rivages de la Méditerranée, réside en Grèce, et se voit de passage en France, au printemps et jusqu’à l’automne; elle vit de petits reptiles et d’insectes; le mâle a 0“,31 de taille (voyez Cresserellette).
L’Amérique possède, outre le Faucon commun ou Pèleriny plusieurs espèces qui lui sont propres. La plus remarquable est le F. de la Caroline ou Emérillon de Saint- Üomingue, de Buffon {F.sparverius, Gmel.), assez voisin de la cresserelle, bien qu’un peu plus petit (taille du mâle, 0“,28) ; il a le dessus du corps d’un roux vineux, strié transversalement de noir, la tête grise avec le som-
met roux-vineux, du cendré bleuâtre sur le haut de l’aile, le bec bleuâtre et le tour des yeux d’un jaune vif. Ce faucon se nourrit de petits mammifères, de petits oiseaux, de reptiles et d’insectes; il se plaît autour des villages et des villes, sur les points les plus élevés qu’il peut choisir; c’est ainsi qu’on le trouve sur le sommet des plus hauts arbres, sur la flèche des clochers, au faîte des mâts de navire. « Bien loin de nuire, dit Aie. d’Orbigny, il se rend utile en détruisant les rats; les habitants s’y attachent, et souvent ils nous ont cherché querelle pour avoir détruit leur voisin familier. On l’élève fréquemment dans les habitations pour le faire chasser aux souris, et il devient l’hôte de la maison, l’ami des enfants auxquels il fait rarement du mal. » Il niche de septembre à novembre dans des trous de clochers ou de rocs élevés; la ponte est de deux œufs blancs, alternativement couvés par la femelle et par le mâle. On trouve communément les oiseaux de cette espèce dans les deux Amériques. Les Etats-Unis possèdent en outre une espèce très-voisine de notre émérillon, c’est le F. des pigeons {F.columbai'ius^ Gmel.), nommé aussi Hobereau des pigeons, Epervier des pigeons, Epervier de la Caroline; cet oiseau poursuit surtout les troupes de pigeons émigrants, et aussi les troupiales qui émigrentde môme. M. Le Maoût donne sur la chasse de ce faucon les détails suivants ; « Quand cet oiseau de proie est blessé au vol, il resserre l’aile blessée et descend en tournoyant jusqu’à terre; si on ne le prend pas, il se sauve en clopinant et disparaît dans les bois; si le chasseur arrive près de lui et essaye de le saisir, il hérisse ses plumes, pous.se un cri aigre et s’accule contre un tronc d’arbre ou contre un rocher, en ouvrant ses griffes dont il menace son vain • queur. » On peut encore signaler aux Etats-Unis, le F. à culotte rousse, Emérillon couleur de plomb (F. femo^ ralis, Temm.), plombé noirâtre en dessus, plombé plus clair en dessous, et dont le mâle a 0“,35 de taille. Ce faucon vit seul ou par paires à la lisière des bois; il guette patiemment sa proie du haut d’un arbre ou rase rapidement la terre entre les arbres épars, pour découvrir quelque victime ; il est si peu farouche que Aie. d’Orbigny, en traversant les hautes herbes des prairies, l’a vu souvent voler en avant de lui pour saisir les oiseaux qui se levaient à son approche.
Parmi les espèces de l’Asie, l’une des plus curieuses est le F. moineau (F. cœrulescens, Gmel.), un peu plus grand que notre moineau, et le plus petit des oiseaux de proie; il habite l’Inde, le Bengale, Sumatra. On peut signaler en Afrique le F. montagnard. (F. rupicolis, Lath.), appelé au cap de Bonne-Espérance, où il est trèscommun, F. rouge ou F. de pierres; et le Huppart ou F. huppé (F. frontalis, Daud.), qui habite aussi le midi de l’Afrique, et vit de pôche au bord des grands lacs ou sur les plages maritimes ; le mâle a la taille d’ro pigeon.
Le genre Gerfault de G. Cuvier, qui comprenait une espèce bien connue et deux autres moins incontestables, n’a plus de raison d’ôtre, puisqu’il est bien établi aujourd’hui que le bec des gerfaults est armé d’une dent de chaque côté, comme celui des faucons; les fauconniers la limaient et produisaient ainsi le feston qui a longtemps trompé les naturalistes. A peine les gerfaults pourraient-ils former aujourd’hui un sous-genre de faucons, distingués par leur queue notablement plus longue que les ailes. L’espèce la mieux connue est le Gerfault du nord, G. blanc ou F. blanc (F. candicans^ Gmel.), qui est le Gerfault de la langue vulgaire ; grand et bel oiseau dont le mâle atteint 0“,48 et 0“,50 de longueur, du bout du bec à l’extrémité de la queue. C’est le premier des oiseaux de fauconnerie ; il se nourrit surtout d’oiseaux gallinacés, et habite la région polaire de l’hémisphère boréal. On s’accorde aujourd’hui à regarder comme des espèces distinctes le Gerfault d'Islande (F. islandicus, Brehm), un peu plus grand que le précédent, le G. de Norwége (F. gyrfalco^ Schleg.). Deux espèces européennes se rapporteraient au même sousgenre, le Lanier (F. lanarius, Schleg.) de l’Europe orientale, et le Sacre IF. sacer, Schleg.) des mêmes contrées, qui n’est peut-être qu’une variété un peu grande du précédent (voyez Gerfault). Ad. F. et F. L.
FAUGO.NNÉRIE (Art de la chasse). — Ou nomme ainsi l’art de dresser des oiseaux de proie, désignés sous le nom général de Fûwco?2^, à chasser d’autres animaux, et surtout des oiseaux. Cet art est le principe de la chasse à l'oiseau, l’un des passe-temps favoris des seigneurs du moyen âge et de la renaissance. Dans les deux derniers siècles, en s’habituant à la vie des coui’s, les fils des seigneurs français délaissèrent peu à peu les jlaisirs
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du manoir héréditaire, en même temps que d’autres habitudes de luxe absorbaient leurs riches revenus. Maintenant que la noblesse elle-même a perdu son existence privilégiée, la fauconnerie n’est plus guère qu’un souvenir; ses traditions sont ensevelies dans de vieux livres inconnus du vulgaire et ce n’est qu’au fond de l’Angleterre, dans quelques villes de l’Allemagne, de la Belgique, qu’on trouverait encore des fauconniers dignes des anciens maîtres, et capables de guider une chasse au vol ; Tun des exercices les plus élégants qui se puissent imaginer, et l’un des mieux faits pour montrer quel pouvoir l’homme peut exercer sur les animaux. Aussi la fauconnerie provoque-t-elle encore aujourd’hui un sentiment général de curiosité, et quelques détails sur cet art d’autrefois ne paraîtront pas déplacés ici.
Les oiseaux que l’on dressait surtout en fauconnerie étaient : le Gerfault [Falco candicans^ Gmel.) dont la taille est de 0'“,49; le Sacre (F. 5«cer, Schlegel), environ de la môme taille ; le Lanier [F. lanarius^ Lin.), taille, 0“,40 ; le Faucon commun (F, peregrinus^ Lin.), même taille ; VEmérillon [F. œsalon^ Lin.), taille, 0“,24 ; le Hobereau (F. subbuteo,\Ax\.)^ taille, 0“, 30; VEpervier (F. iVww5, Lin.), taille, 0“,34; V Autour [F . palumbarius^ Lin.), taille, 0“,48. On distingue parmi eux : 1" Les rameurs^ oiseaux de haut vol ou de leurre, à ailes minces, déliées, peu convexes et fortement tendues quand elles sont déployées, qui, doués d’un vol aisé, rapide et puissant, volent contre le vent, la tête droite, s’élèvent sans peine dans les plus hautes régions et s’y jouent en tous sens ; ce sont le gerfault, le sacre, le faucon, le lanier, l’émérillon et le hobereau. — 2® Les voiliers^ oiseaux de bas vol ou de poing, à ailes plus épaisses, arquées, moins puissantes, qui ne peuvent voler que dans le sens du vent, la tête basse, et ne s’élèvent dans les régions supérieures que pour découvrir leur proie ; ce sont l’épervier et l’autour. Huber de Genève, à qui est empruntée cette distinction, la complète en relevant les aptitudes et les manœuvres des faucons de l’une et de l’autre catégorie. Les oiseaux de haut vol saisissent la proie qui est plus légère que prompte, et frappent, au contraire, pour l’affaiblir, celle qui est plus prompte que légère. Leur instinct guide leur premier coup au point le plus vulnérable, le creux de l’occiput chez les oiseaux, l’intervalle entre l’épaule et les côtes chez les quadrupèdes. Les plus habiles à porter ce coup mortel sont les petits oiseaux de haut vol ; ainsi, les émérillons semblent à peine toucher leur victime, et elle tombe expirante. Les oiseaux de bas vol ne frappent généralement pas la proie; ils la saisissent et la tiennent serrée jusqu’à l’étouffer. Tandis que ces derniers, en quittant le poing de leur maître, vont poursuivre les habitants des bois et des buissons dans leurs retraites de feuillage, les oiseaux de leurre, dès qu’on leur a ôté leur chaperon, montent au haut des airs d’où leur regard découvre tous les oiseaux qui s’y balancent, et, choisissant leur proie, ils tombent sur elle sans que rien les puisse détourner. Enfin, la serre des rameurs, nommée main par les fauconniers, a des doigts nobles, c’est-à-dire longs, déliés, souples, et d’une plus vigoureuse étreinte; la main des oiseaux de poing a des doigts ignobles, gros, courts, et. armés d’ongles moins crochus et moins acérés.
Ces aptitudes diverses, jointes aux différences de taille, de conformation et d’appétits, expliquent les emplois divers auxquels les fauconniers dressaient leurs oiseaux, et la multiplicité des procédés mis en œuvre. On admettait en fauconnerie sept vols distincts, c’est à-dire sept manières de chasser à l’oiseau : le vol pour le milan, le vol pour le héron, le vol pour la corneille, le vol pour la pie, le vol pour le lièvre, le vol pour champs, et le vol pour rivières Les cinq premiers vols constituentla hautevolerie, les deux derniers forment la basse-volerie.
Choix et dressage. — Un bon faucon doit avoir la tête ronde, le bec court et gros, le cou fort long, la poitrine nerveuse , le haut des ailes, près du corps, large, les cuisses longues, les jambes courtes, la main large, avec des doigts déliés et nerveux, des ongles fermes et recourbés, les ailes longues. Il doit chevaucher contre le vent, c’est-à-dire lui résister lorsqu’on l’y expose sur le poing. Le plumage doit être uniforme et les mains de couleur vert d’eau. L’œil doit être fier et assuré, les jambes fines, les formes élégantes et sveltes. Il faut, en outre, qu’il soit sain de toute maladie. Tels sont les préceptes de fauconnerie.
Lorsqu’on n’achète pas l'oiseau d’un fauconnier, on le prend à l’état de liberté, et il faut le dresser. Cette édu-
cation diffère selon l’âge du captif. On nthnme 7iiais les faucons pris dans le nid; branchiers, ceux qui, récemment sortis du nid, commencent à sauter de branche en branche ; sors, ceux qui approchent de la première mue ; hagards, ceux qui ont déjà subi une ou plusieurs mues; au-dessus de ces divers âges, les faucons sont adultes. Quand on a pris des faucons niais, on achève de les élever avant de comrnencer le dressage proprement dit. S’agit-il d’un oiseau de haut vol, on lui donne pour aire un tonneau défoncé à une extrémité, garni de paille et couché de côté sur un mur bas, ou un petit tertre à portée de la main. S’agit-il d’un oiseau de bas vol, l’aire est une hutte de paille nattée, posée sur un arbre bas. Leur nourriture consiste en morceaux de viande de bœuf ou de mouton , soigneusement nettoyée de la graisse, des peaux ou des tendons qui y auraient pu adhérer ; on y ajoute de temps en temps quelques fragments de volaille, avec la plume et les os. C’est sur une planche ou tablette adaptée à l’entrée du tonneau, que l’on sert cette nourriture aux oiseaux de haut vol, tandis qu’on la jette à terre aux oiseaux de bas vol, dès qu’ils sont capables de descendre Ja chercher. Trois semaines environ après leur première sortie de l’aire, les oiseaux de haut vol montent à d essor, c’est-à-dire commencent à essayer leurs ailes en s’élevant dans l’air ; au bout de six semaines, ils savent y saisir les hirondelles, les chauves-souris ; il est temps de procéder au dressage, et pour cela on s’empare des jeunes oiseaux au moyen d’un piège ou d’un filet.
Les faucons adultes se prennent avec un filet à alouettes ; mais la difficulté consiste à les y attirer. On les aflfriande à l’aide d’un pigeon attaché à l’extrémité d’une longue corde dont l’autre bout est dans la main du chasseur. D’autres fois, c’est à l’aide d’un vieux faucon privé ou d’un grand-duc, auquel on fait prendre la position d’un oiseau en chasse. Du reste, rien n’est plus multiplié que les procédés de capture décrits par les auteurs de traités de fauconnerie.
On nomme affaitage le dressage du faucon pour la chasse. On commence par couvrir l’oiseau captif d’un linge qui le plonge dans l’obscurité et le calme par l’abattement qui en résulte. On lui met ensuite un chaperon ou capuchon surmonté d’une houppe, et bouchant les yeux en laissant le bec libre pour manger ; en même temps on lui attache aux pieds, \Q&jets, sorte de menottes de cuir souple, munies d’une lanière de 0“,10 de longueur, que termine un anneau où est gravé le nom du maître, et où l’on passe une corde de 1 mètre à 1“,30. Ainsi bridé, on fixe le faucon à un billot à fleur de terre, entouré de paille, et l’on s’occupe de rompre le naturel farouche, du captif. Pour se rendre maître du faucon, il faut d’abord briser ses forces par la fatigue et le jeûne. Le fauconnier, placé dans l’obscurité, la main couverte d’un gant, prend l’oiseau sur son poing et l’y tient continuellement, sans lui laisser ni repos ni sommeil, et calmant ses mouvements de résistance par de l’eau froide qu’il lui jette, et dont il lui baigne la tête au besoin. Cette épreuve, où se relayent deux ou trois dresseurs, dure au moins trois jours et trois nuits, sans qué l’oiseau ait un instant de trêve. Enfin, il est épuisé, immobile et comme stupéfié ; on lui met un chaperon. On l’habitue ensuite à se laisser docilement ôter et remettre le chaperon, à prendre, lorsqu’il est déchaperonné, le pât ou nourriture qu’on lui présente à la main. On lui donne aussi de temps en temps des boulettes de filasse, nommées cures, qui, en le purgeant, augmentent son appétit et diminuent ses forces. Bientôt il reconnaît son maître et s’y attache ; on lui apprend alors, en plein air, à sauter sur le poing pour y prendre le pdt, et, lorsqu’il est formé à ce premier exercice, on le dresse à connaître le leurre, sorte de représentation grossière d’un oiseau avec plumes et pattes, sur lequel on met sa viande pour le lui faire rechercher. On l’excite en même temps par un cri toujours semblable , pour le rendre docile à la voix. Ce môme leurre sert peu à peu à le dresser à fon dre dessus; puis on en vient à attacher sur ce leurre l’espèce de gibier que l’on veut faire chasser à l’oiseau. On le lance ensuite peu à peu sur ce gibier captif d’abord, puis mis en liberté. Pendant toutes ces leçons, on n’a pas cessé de tenir le faucon avec une longue corde ou filière. Enfin, quand on le croit assuré, c’est-à-dire assez docile pour chasser et revenir au fauconnier, on le fait voler pour bon, c’est-à-dire chasser en liberté. Cette méthode générale d’affaitage est complétée par des procédés spéciaux propres à chaque sorte d’oiseaux. Les plus difficiles à dresser, à cause de leur force et de leur caractère rebelle et fier, sont les sacres et les gerfaults ; leur
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éducation demande de quarante à cinquante jours de leçons assidues et méthodiquement graduées. Le faucon, le lanier réclament un dressage moins long et moins pénible, trente jours environ. Mais le hobereau et surtout l’émérillon se dressent bien plus facilement encore, grâce à leur caractère doux et sociable. L’autour et surtout l’épervier exigent à peu près autant de soins que le faucon, mais ne se dressent pas de môme (voyez Aütoürserie). Les fauconniers , en observant minutieusement ces oiseaux, ont relevé une longue liste de maladies pour lesquelles ils se transmettent des recettes de remèdes bizarres, et ils s’accordent tous pour recommander de donner les plus grands soins à la santé des oiseaux de chasse. Ces précieux animaux sont en effet sujets à des affections qui attaquent soit l’appareil respiratoire, soit l’appareil du vol, et sont causées par des efforts trop violents ; à des chancres de la base du bec, à des taies sur les yeux, à des enflures goutteuses des serres, à des abcès internes provenant de refroidissements, à des maux d’oreille, à l’épilepsie, la gravelle, la teigne, etc.
Chasse à l’oiseau. — La chasse à l’oiseau était surtout un spectacle, une récréation et n’avait guère d’autre but. On recherchait donc pour proie l’animal dont la lutte avec les faucons offrait le plus d’incidents et provoquait les plus élégantes manœuvres. A ce titre venait en première ligne le l’o^ du milan. « La première difficulté à vaincre était de le faire descendre des hautes régions de l’atmosphère où le faucon n’aurait pu l’atteindre : pour cela, on prenait un duc (voyez ce mot) ; on affublait ce duc d’une queue de renard pour le rendre plus remarquable, et on le laissait ainsi dans une prairie voltiger à fleur de terre. Bientôt le milan, planant dans la nue pour guetter une proie, distinguait de sa vue perçante un objet bizarre s’agitant sur le sol; il descendait pour l’examiner de plus près; aussitôt on lançait sur lui un faucon, qui, dès l’abord, s’élevait au-dessus du milan pour fondre sur lui verticalement; alors commençait un combat ou plutôt des évolutions de l’intérêt le plus varié : le milan, fin voilier, fuyait devant le faucon en s’élevant, s’abaissant, croisant brusquement sa route, et prenant à angle aigu les directions les plus imprévues : le faucon, non moins agile que lui, mais plus courageux, et en outre stimulé par la faim, le poursuivait avec ardeur dans ses mille circonvolutions; il le saisissait enfin et l’apportait à son maître » (Le Maoût, Histoire naturelle des Oiseaux). »
* Quant au vol du héron., j’en donnerai une idée en citant le récit d’une chasse faite à Norfolk (Angleterre), en 1 825, pour essayer de relever un exercice tombé en désuétude. La chasse eut lieu « dans une campagne plate et marécageuse. Les chasseurs se rassemblèrent dans l’après-midi; le vent soufflait du côté d’un gîte de hérons. 11 y avait quatre paires de faucons, tous femelles, de la race (lisez ; espèce) connue sous le nom de faucons pèlerins, une des plus estimées en Angleterre dans les beaux temps de la fauconnerie. Après une heure ou deux, de préparation et d’attente, quelques hérons passèrent, mais à une trop grande distance. Enfin, l’un de ces oiseaux parut venir à une portée raisonnable, et les chasseurs se disposèrent à l’attaquer. Chacun de ces hommes, à cheval et un faucon au poing, s’avança lentement dans la direction où planait le héron. Dès que ce dernier fut en face des chasseurs, quoique à une hauteur considérable dans l’air, ils enlevèrent les chaperons de la tête d’une paire de faucons. Les deux oiseaux de proie restèrent sur le poing jusqu’à ce qu’ils eussent vu le héron : alors la chasse commença avec une grande ardeur. Les faucons partirent, droit comme des flèches, vers le héron qui était alors à une grande distance au-dessus de leur tête. Pendant qu’ils s’élançaient, un malheureux corbeau s’avisa de traverser leur course. L’un des faucons, à l’instant môme, se précipita sur lui. Le corbeau essaya d’échapper en se retirant dans une plantation. Le faucon le suivit, mais ne put le prendre. L’autre faucon gagna de vitesse le héron qui se prépara à recevoir l’attaque, en dégorgeant son lest qui consistait en deux ou trois poissons. Cependant, le faucon, après avoir volé en décrivant des cercles, fondit à la fin sur sa proie ■et la frappa dans le dos. On les vit alors, ennemi et victime, tomber tous les deux d’une grande hauteur vers la terre. Le premier faucon, qui avait perdu du temps à chasser le corbeau, volait maintenant à toute vitesse pour assister son camarade; il arriva juste au moment où celui-ci et le héron étaient eu train de descendre. Sur ces entrefaites, un freux (espèce de corbeau) eut la maladresse de traverser le ciel : le faucon, désappointé, le
frappa, et ils tombèrent tous les deux à une vingtaine de mètres de l’endroit où le premier faucon et le héron étaient tombés l’un sur l’autre. A peine eurent-ils touché la terre que chacun des vainqueurs commença à mettre sa victime en pièces; mais aussitôt les fauconniers survinrent, les leurres furent jetés, et les faucons dévorèrent des pigeons que chacun des chasseurs tenait en réserve dans un sac. Les deux autres faucons, plus jeunes et moins expérimentés, ayant été lâchés à leur tour, manquèrent deux hérons ; mais ils en attaquèrent Jin troisième avec succès. L’aile de ce dernier oiseau était brisée, et le fauconnier l’acheva » (D'' Jonathan Franklin, La vie des animaux., trad. d’Esquiros, 2® série). Cette chasse n’était pas sans danger pour le faucon ; le héron a dans son bec long et tranchant une arme défensive d'autant plus dangereuse, dit Vieillot, qu’il s’en sert dans le moment qu’on s’y attend le moins ; c’est pourquoi les chasseurs ne doivent l’approcher qu’avec précaution, lorsqu’il n’est que blessé ; car, en étendant le cou de toute sa longueur, il peut atteindre au moins trois pieds à la ronde. Ce cou, effacé et perdu dans les épaules, replié dans le repos en forme de charnière, se développe comme un ressort, lance le bec comme un javelot lorsque l’oiseau le redresse brusquement, et l’œil de son ennemi est le but où il vise. Aussi les fauconniers prenaient-ils grand soin de suivre la lutte de manière à pouvoir intervenir dès que le héron était à terre, pour préserver les faucons de ses coups furieux.
« Mais, dit Le Maoût, de tous les vols le plus amusant, le plus riche en incidents, le plus commode à observer, le plus facile, sinon le plus noble, était le vol de la corneille : on se servait, comme pour le milan, d’un duc, afin de l’attirer, puis on lançait sur elle deux faucons. L’oiseau poursuivi s’élevait d’abord au plus haut des airs, les faucons parvenaient bientôt à prendre le dessus ; alors la corneille, désespérant de leur échapper par le vol, descendait avec une vitesse incroyable et se jetait entre les branches d’un arbre : les faucons ne l’y suivaient pas et se contentaient de planer au-dessus. Mais les fauconniers venaient sous l’arbre où s’était réfugiée la corneille, et, par leurs cris, la forçaient de déserter son asile. Elle tentait encore de toutes les ressources de la vitesse et de la ruse, mais le plus souvent elle demeurait au pouvoir de ses ennemis. Le vol de la pie est aussi vif que celui de la corneille : il ne se fait pas de poing en fortf c’est-à-dire que le faucon n’attaqne pas en partant du poing ; ordinairement on le jette à mont, parce que l’on attaque la pie lorsqu’elle est dans un arbre. Les faucons, étant jetés et élevés àune certaine hauteur, sont guidés par la voix du fauconnier et les mouvements du leurre; lorsqu’on lesjuge à portée d’attaquer, on se hâte de faire partir la pie, qui cherche à fuir d’arbre en arbre. Souvent elle est prise au passage ; mais quand le faucon l’a manquée, on a beaucoup de peine à la faire partir de l’arbre qui lui a servi de refuge ; sa frayeur est telle qu’elle se laisse prendre par le chasseur, plutôt que de s’exposer à la tei-rible descente du faucon. » La chasse au lièvre, au faisan, au canard, à la perdrix, se faisait avec un chien qui forçait le gibier à quitter le gîte ou à s’envoler; le faucon, préalablement jeté à mont, planait en attendant cet instant et se mettait aussitôt à la poursuite de la proie.
Historique. — Aristote et Pline, parmi les anciens, ont parlé de la chasse à l’oiseau ; Elien en a donné un traité méthodique , développé ensuite par Firmius. Les rois mérovingiens, d’après le témoignage de Grégoire de Tours, étaient amateurs passionnés des plaisirs de la fauconnerie ; peu à peu ces plaisirs coûteux devinrent le privilège exclusif de la noblesse, et les dames s’adonnèrent longtemps avec ardeur à un exercice qui reproduisait beaucoup des épisodes des grandes chasses tant aimées des seigneurs, mais n’en avaient ni les fatigues, ni les dangers. L’offre d’un faucon bien dressé était une des galanteries délicates d’un jeune noble à celle qu’il courtisait; l’adresse et l’élégance dans les chasses au faucon étaient des moyens puissants de séduction. Plusieurs princes ou rois se signalèrent par leur habileté dans la fauconnerie; à la cour des Carlovingiens , les charges de fauconniers étaient lurcatives et pourvues de nombreux priviiége-s; un capitulaire de Charlemagne (805) défendait aux serfs de prendre part à aucune chasse à l’oiseau. Les empereurs d’Allemagne conservèrent les traditions de leurs prédécesseurs ; Frédéric I®' (1152-1190) dressait lui-même des faucons; Frédéric II (1212-1250), le plus habile fauconnier de son temps, ne pouvait se priver de ce genre de plaisir et s’y livrait
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même sur le champ de bataille pendant que ses troupes donnaient contre l’ennemi ; il a composé un traité de fauconnerie fort estimé [Uart de chasser avec les oiseaux deproie). Les empereurs Henri III (l<!39), Henri IV(i06G) firent graver un faucon sur le sceau impérial et sur quelques-unes de leurs monnaies. Très-cultivée chez les Anglo-Saxons, la fauconnerie fut tenue peut-être en plus grand honneur encore par les conquérants normands de l’Angleterre ; Henri VIII avait pour la chasse à l’oiseau un goût passionné. « L’importance des rangs et des personnes, dit un auteur anglais, se mesurait alors à la valeur de l’oiseau de proie. Les gerfaults étaient réservés aux rois; le faucon proprement dit était l’oiseau des princes; le faucon pèlerin appartenait aux comtes; le bastard (l’émérillon) suffisait pour un baron ; le sacre, pour un chevalier; l’autour, pour une dame; le hobereau, pour un jeune homme; l’épervier,pourun prêtre.» La cour des Valois, si avide de magnificence, ne négligea pas la fauconnerie; le roi Jean, durant sa captivité en Angleterre, y trouvait ses plus douces distractions, et, sous ses yeux, son chambellan rédigeait un traité de fauconnerie pour l’éducation du jeune Charles V. La plus belle époque de la fauconnerie, en France, lut le règne de François 1®^ ; Henri II la maintint en honneur, et Charles IX, au milieu des sanglants désordres de son règne, s’étudiait à devenir un fauconnier sans rival. L’usage des armes à feu, changeant complètement les anciens procédés de chasse, ruina peu à peu la fauconnerie, et l’Europe occidentale, dès lexvii® siècle, commença à délaisser cet art antique et renommé, qui périt sans retour, avec les autres moeurs de l’ancienne noblesse, à la fin du xviii® siècle. Mais les peuples de l’Orient ont conservé l’amour de la chasse à l’oiseau: les Persans y sont particulièrement experts, et tous les indigènes du nord de l’Afrique la pratiquent encore avec ardeur.
Parmi les nombreux ouvrages écrits sur la fauconnerie, je renverrai le lecteur aux suivants, qui font autorité auprès des chasseurs: La Fauconnerie de Charles d’Arcussiade Câpre, seigneur d’Æ'^pan’on, Paris, lG27,in-4". — La Fauconnerie de Jean de Franchière. Paris, 1728, in-4°. — L’article Fauconnehie de la 1'® édition de VFncyclop. méthodiq., par Leroi, lieutenant des chasses du parc de Versailles. — Observât, sur le vol des ois. de proie, par Huber, Genève, 1784. Ad. F.
FAULX (Agriculture), du nom latin faix. — Voy. Faux.
Faune (Zoologie), nom mythologique des divinités des forêts. — On emploie ce mot en histoire naturelle pour désigner la population animale d’une contrée ou d’une époque géologique. On appelle faire la faune d'un pays ou d'un terrain, décrire les espèces animales qu’on a pu recueillir dans ce pays, ou les débris fossiles d’animaux provenant du terrain. Le mot flore s’emploie d’une façon analogue pour les espèces végétales. Souvent on ajoute au mot une épithète restrictive, lorsqu’on ne décrit que les espèces d’une classe déterminée; ainsi faune ornithologique, description des oiseaux d’un pays ; faune malacologique, description des mollusques ; faune entomologique, description des insectes, etc.
FAU VEAU (Agriculture). — On désigne ainsi un bœuf dont la robe est fauve.
FAUVES (Bêtes) (Art de la chasse). — Les chasseurs désignent sous ce nom, d’après leur couleur, les cerfs, les chevreuils, les daims, tandis qu’ils nomment bêtes noires les sangliers ; bêtes rousses, les renards, etc. Le nom de bêtes fauves prend dans la langue vulgaire un sens plus étendu.
FAUVETTE (Zoologie). — Ce nom rappelle à tout le monde les êtres les plus gracieux de la création, ces oiseaux alertes, mobiles, inoffensifs, familiers et timides à la fois, qui, au retour du beau temps, peuplent nos buissons et les font résonner de leurs chants variés et harmonieux. a Le retour des oiseaux, au printemps, dit Buflfon, est le premier signal et la douce annonce du réveil de la nature vivante; et les feuillages renaissants et les bocages revêtus de leur nouvelle parure sembleraient moins frais sans les nouveaux hôtes qui viennent les animer. De ces hôtes des bois, les fauvettes sont les plus nombreuses comme les plus aimables : vives, agiles, légères et sans cesse remuées, tous leurs mouvements ont Fair du sentiment, tous leurs accents le ton de la joie. Ces jolis oiseaux arrivent au moment où les arbres développent leurs feuilles et commencent à laisser épanouir leurs fleurs ; ils se dispersent dans toute l’étendue de nos campagnes : les uns viennent habiter nos jardins, d’autres préfèrent les avenues et les bosquets; plusieurs espèces s’enfoncent dans les grands bois, d’autres fréquen-
tent les endroits incultes et montueux, couverts de broussailles et d’arbustes, et quelques-unes se cachent au milieu des roseaux. Ainsi les fauvettes remplissent tous les lieux de la terre, et les animent par les mouvements de leur tendre gaieté. En leur donnant tant de qualités aimables, la nature semble avoir oublié de parer leur plumage. Il est obscur et terne, excepté quelques espèces qui sont légèrement tachetées ; toutes les autres n’ont que des teintes plus ou moins sombres de blanchâtre, de gris et de roussâtre.. . La fauvette fut l’emblème des amours volages ; cependant, vive et gaie, elle n’en est ni moins aimante, ni moins fidèlement attachée. Le mâle prodigue à sa femelle mille petits soins pendant qu’elle couve; il partage sa sollicitude pour les. petits qui viennent d’éclore, et ne la quitte même pas après l’éducation de sa famille... Presque toutes les fauvettes partent en môme temps, au milieu de l’automne; et à peine en voit-on encore quelques-unes en octobre : leur départ se fait avant que les premiers froids viennent détruire les insectes et flétrir les petits fruits dont elles vivent ; car non-seulement on les voit chasser aux mouches, aux moucherons et chercher les vermisseaux, mais encore manger les baies de lierre, de mézéréon et de ronces ; elles engraissent môme beaucoup, dans la saison de la maturité des graines du sureau, de l’hièble et du troène. » C’est à cette époque que leur chair savoureuse est recherchée de certains gourmets. Toutes les fauvettes ont un chant remarquable, et un certain nombre d’espèces lui doivent une célébrité universelle; ce sont vraiment les musiciens de la belle saison, et la sonorité, la variété, l’expression de leur mélodie demeure sans rivalité comme sans imitation. Ces petits artistes emplumés nous doivent intéresser encore à bien d’autres titres. D’abord ils détruisent, pour se nourrir, des myriades d’insectes dont ils nous aident ainsi à conjurer les dégâts. Les observations de M. Florent Prévost, de M. Sacc, de M. Gloger, de M. de Tschudi, ont mis en évidence l’énorme destruction de vers, de chenilles, de chrysalides, de sauterelles, de pucerons, de charançons, etc., que l’on doit à ces petits chasseurs mélodieux, surtout pendant qu’ils élèvent leur famille. Mais eu môme temps ces observateurs ont signalé, avec la dernière insistance, le préjudice grave que causaient à l’agriculture la plupart des paysans, surtout dans nos départements méridionaux, en se livrant à une chasse acharnée des fauvettes, rossignols, rouges-gorges, traquets, bergeronnettes, et autres petits oiseaux insectivores désignés souvent par le nom général de becs-fins ; et, non contents de poursuivre eux-mêmes dans leur imprévoyance ou leur ignorance ces alliés naturels de l’agriculteur, ils laissent encore leurs enfants adopter pour amusement la destruction des nids et des couvées, que ces couples gracieux ont cachés dans la verdure. C’est une œuvre de bien public que de consacrer ses efforts à changer sur ce point les idées et les habitudes de nos populations rurales. Qu’elles apprennent à épargner ces hôtes printaniers, soit lorsque, dans leurs migrations, ils traversent les climats méridionaux pour se répandre dans nos provinces, soit lorsqu’ils ont établi leur demeure au milieu des campagnes qu’ils ne demandent qu’à protéger. Aux qualités aimables et utiles qui viennent d’être signalées, les fauvettes joignent souvent la plus intéressante adresse dans la construction de leur nid, comme le prouveront les détails donnés plus loin sur quelques espèces.
Quelque attrayante que soit l’étude de ces charmants oiseaux, les naturalistes y ont rencontré des difficultés très-grandes, parce que le nombre d s oiseaux insectivores, à bec fin, qui se rapprochent des fauvettes, est énorme, et que les différences qui les peuvent faire distinguer sont très-peu tranchées. G. Cuvier, dans son Règne animal (2<= édition), emploie le nom de Fauvette pour désigner un sous-genre û'Oiseaux, de l’ordre des Passereaux, famille des Dentirosires, genre Bec-fin [Motacilla, Lin.). Ce grand genre linnéen, adopté par Cuvier, a été généralement nommé depuis une tribu, et les sous-genres de Cuvier sont alors des genres dont voici les noms : T G. (Saxico/a,Bechst. ) comprenant,
parmi nos oiseaux vulgaires, le traquet, le tarier, le motteuxou cul-blanc; 2>>G. Bwôfd/e(St//ym, Wolf et Meyer), où se placent le rouge-gorge, le gorge-bleue, le rossignol de muraille ou gorge-noire; 3“ G. Fauvette^ [Curruea, Bechst. ), où l’on trouve le rossignol, le rossignol de rivière ou rousserolle, la petite rousserolle ou effarvatc, la fauvette des roseaux, puis les fauvettes proprement dites de nos bosquets et de nos buissons; 4° G. Accentevr [Accentor, Bechst.), qui renferme la fauvette des Alpes, U
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traîne- buissons; 5” G. Roitelet ou Figuier (Régulas, Cuv.)» réunissant le roitelet, les pouillots; G» G. Troglodyte (Troglodytes, Cuv.)» a pour type le troglodyte d’Europe; 7® G. Hochequeue ou Lavandière (Motacüla^ Beclist.); 8” G. Bergeronnette (Budytes, Cuv.); 9“ G. Farlouse (Anthus^ Bechst.), qui comprend le pipi, l’alouette de pré ou farlouse. Il est impossible de résumer ici les travaux dont les oiseaux qui nous occupent ont été l’objet depuis Cuvier, qui les avait lui-même appelés de ses vœux ; je me borne à indiquer, parmi les auteurs les plus utiles à consulter, Ch. Bonaparte, Gerbe, et surtout Degland (Ornithol. europ.]. Is. Geoffroy Saint-Hilaire, en s’inspirant de ces travaux, a donné des becs-fins ou Motacillæ de Linné une distribution générique, qui a été publiée dans VHist. naf. des Oiseaux, de Le Maoût, et qui ne diffère guère de celle de G. Cuvier que par la réunion des espèces du genre Rubiette à celles du genre Fauvette.
Genre Fauvette (Sylvia^ Wolf et Meyer). Caractères : Le& Becs-fins ow Motacilliens ont tous un bec droit, menu, semblable à un poinçon ; les Fauvettes se distinguent des Bergeronnettes et des Farlouses par leur ongle du pouce, qui n’est pas long et qui est très-recourbé au lieu d’être droit; les couvertures des ailes ne sont pas longues comme dans les Lavandières ; leur bec très-fin n’est pas déprimé à la base comme celui des Traguets^ ni grêle comme une aiguille, ainsi que celui des Roitelets et des Troglodytes ; enfin, les Accenteurs se distinguent par la forme légèrement rentrée des bords du bec, qui rend celui-ci un peu conique, tandis que celui des Fauvettes est un peu comprimé.
Sans suivre davantage la marche méthodique des savants, j’indiquerai les principales espèces de Fauvettes de nos pays, en les groupant, comme l’avait fait Temminck, d’après les lieux qu’elles habitent; cette marche est plus convenable pour les personnes du monde.
1“ Fauvettes des bois, des buissons, des lieux secs. — D’abord se présente le meilleur chanteur de ce genre, le Rossignol (Sylvia luscinia, Lath.), le plus célèbre des oiseaux, qui nous arrive en avril et nous quitte vers la fin de septembre, pour émigrer vers le Levant ; auprès de lui doit se placer le Grand Rossignol (S. philornela, Bechst.) de l’Europe orientale et de l’Asie (voyez Rossignol). Puis viennent les espèces dont G. Cuvier faisait
Fig. 1034. — Le Rossignol.
son genre : le Rossignol de muraille ou Bec-fin de muraille, Rubiette, le Rossignol de muraille ou Gorgenoire, ou Bec-fin de muraille (S. phœnicui'us. Lath.), si commun en Europe ; le Rouge-queue (S. tilhys, Lath. ; Motacilla erythacus. Lin. ), qui vit toute l’année en Provence; le gracieux Rouge-gorge [S. rubecula, Lath.), qui passe presque toute l’année dans nos pays; le Gorgebleue (S. cyanecula, Meyer; M. suecica, Gmel.), assez commun aussi dans nos contrées (voyez Rübiette, Rougegorge, etc.).
Enfin, nous arrivons aux espèces qui portent véritablement le nom de Fauvettes dans la langue vulgaire. La Fauvette proprement dite, nommée aussi Colombaude, Bec-fin orphee (S. orphea, Temm ), peut se reconnaître à sa grande taille (0“,I7 de longueur) parmi les fauvettes de France; son plumage est brun cendré en dessus, blanchâtre en dessous, avec du blanc au bout de l’aile, la penne externe de la queue aux deux tiers blanche, la suivante marquée d’une tache blanche au bout, et les autres d’un liséré. Elle nous arrive en avril et repart en septembre, mais elle est surtout abondante en Provence, en Piémont, en Lombardie, en Dalmatie; son nid, fait de brins d’herbe, de laine, de fils d’araignée, est assez peu soigné; la femelle y dépose quatre ou cinq œufs d’un
blanc sale, jaspé de brun et de gris, et dont la longueur est de 0”,0i9. La fauvette vit dans les haies, les buissons; craintive, mais agile et gaie, elle voltige de branche en branche tout en chantant, se tait au moindie bruit et se cache dans la feuillée; puis reprend bientôt avec insouciance ses mouvements vagabonds et sa chanson joyeuse. Elle habite entre les buissons, les bosquets des jardins et les champs semés de légumes. On y voit les fauvettes s’agacer, se poursuivre, se livrer de légère combats que termine toujours quelque chant de gaieté. Le matin, elles recueillentla rosée; on les voit, après les petites pluies d’été, courir sur les feuiUes mouillées et se baigner dans les gouttes qu’elles font tomber du feuillage. Le nid de la fauvette orphée est un de ceux que le coucou choisit le plus souvent pour déposer ses œufs; on ne sait trop comment elle le tolère sans s’en inquiéter, car, en toute autre circonstance, elle abandonne ses œufs dès qu’on y a touché (O. Des Murs et Chenu). On trouve dans le nord de l’Europe une espèce un peu plus grande encore, qui ne se montre chez nous que de passage, dans la Provence, vers le mois de septembre, c’est la F. rayée^ Bec-fin rayé ou F. épervière (S. nisoria, Bechst.), dont la taille est de 0“,17 à 0”,I8, qui porte sur le ventre des ondes grisâtres, transversales, et qui d’ailleurs ressemble à la précédente surtout par ses mœurs et son caractère. Une des espèces les plus communes en France est la F. à têtenoire(S. utricapilla, Lath,), longue de 0“,14, brune en dessus, blanchâtre en dessous ; une calotte noire chez le mâle, rousse chez la femelle. Son chant facile, pur, léger, modulé avec expression, approche de celui da rossignol, à tel point que certaines personnes le préfèrent; c’est un air calme, rempli de nuances douces, trèslié et très-varié, qui compense par sa pureté le timbre plus sonore et plus expressif de la voix du rossignol. La femelle chante avec moins d’étendue que le mâle, mais avec douceur. Cet oiseau gracieux nous arrive en avril et nous quitte en septembre; pendant presque tout ce séjour, il chante depuis le lever du soleil jusque fort tard dans la nuit, ne s’interrompant que dans les heures très-chaudes du jour. Gomme presque toutes nos fauvettes, celle-ci fait deux couvées pertdant la belle saison, et le couple se partage, avec une mutualité touchante, les soins que réclame chaque couvée. La fauvette à tête noire se laisse élever en cage, s’apprivoise bien, et devient un des hôtes les plus aimables que l’on puisse avoir. Elle s’attache à son maître, l’accueille par un chant particulier, et s’élance vers lui, dit Buffon, contre les mailles de sa cage, comme pour s’efforcer de rompre cet obstacle et de le joindre, et, par un continuel battement d’ailes accompagné de petits cris, elle semble exprimer l’empressement et la reconnaissance.
« Un autre chanteur hardi et qui chante de tout cœur, est la Grisette, F. roussâtre de Cuvier, F. cendrée (S. cinerea, Lath.) ; la chaleur du jour, qui fait taire tous les autres oiseaux, ne lui impose pas silence ; il continue sa cadence, ne se reposant que pour avaler quelques pucerons sur les rosiers ou les chèvrefeuilles, ou bien une mouche quand il peut en attraper » (Des Murs et Chenu). Cette fauvette, commune dans toutes les parties de l’Europe, arrive en mars dans le nord de la France, et regagne au mois de septembre les climats méridionaux. Elle a ü“,14 de longueur; le dessus de son corps est grisbrun-roussâtre, le dessous blanc, du blanc au bord et au bout de la queue, les longues plumes et les couvertures de l’aile bordées de roux. Elle niche assez près de terre, dans les taillis, les broussailles, les colzas ; son nid est arrondi en forme de coupe et reçoit quatre à six œufs. La F . des jardins, vulgairement F. bretonne. Petite F., Passerinetie , Bec-fin fauvette [S. hortensis, Bechst.), a la môme taille que la précédente et se trouve peut-être plus communément encore en France. Elle a le dessus du corps gris-brun olivâtre, le dessous d’un blanc jaunâtre, et point de blanc à la queue; elle pose son nid â i“,50 environ sur les arbrisseaux, les buissons, les touffes de hautes herbes. VEcho du monde savant cite un trait curieux d’une fauvette de cette espèce. Deux fois elle avait construit son nid dans un buisson de lierre accolé au mur d’un jardin; deux fois le vent détruisit le frôle édifice. L’oiseau reprit une troisième fois son œuvre au môme endroit, mais il apporta un brin de laine, et l’attacha de telle manière à deux des branches du buisson, que le vent put souffler dès lors sans ébranler le nid, N’est-ce pas le cas de s’écrier avec La Fontaine ;
Qu’on me dise, après ce récif.
Que les bêtes n’ont pas d’esprit 1
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La F. bahillarde ou Bec-fin babillard (S. curruca Lath.) doit son nom au petit chant vif et gai qu’elle répète sans cesse en voletant au-dessus des haies, où elle se leplonge à tous moments; au printemps, on l’entend tout le jour, et on la voit s’agiter, leste et remuante, le long des grands chemins bordés d’épine blanche, de groseilliers, sur les jeunes plants de sapin, dans les fourrés près de terre, où elle cache son nid. Sa longueur est de 0‘",13 à 0“,14 ; son bec est très-menu ; son dos, brunâtre; son ventre, blanc; le dessus de la tête, grisâtre; la première penne de la queue est blanche en grande partie.
Toutes ces fauvettes de buissons et de lieux secs peuvent être élevées en captivité et y vivre une dizaine d’années. On trouvera au mot rossignol quelques indications sur la manière de les habituer à leur prison et de cultiver leur talent pour le chant.
Les mœurs et le genre d’habitation rapprochent des fauvettes que je viens de citer de jolis petits oiseaux, que G. Cuvier avait rapprochés des roitelets, et que l’on paraît s’accorder à ramener aujourd’hui dans le genre Fauvette; ce sont : le Bec-fin pouillot ou F. fitis (S. trochilus^ Lath.), répandu dans toute l’Europe; le Bec-fin véloce^ Pouillot collybüe ou F. ve'loce {S. rufa^ Lath.), commun en France, en Suisse, en Italie et en Allemagne; le Pouillot sylvicole. Bec-fin siffleur ou F . sylvicole (S. sylvicola^ Lath.), qui habite les mêmes contrées; enfin, le Grand Pouillot de Cuvier, F. hypoldis ou vulgairement LuscinioleiS. hypoldis, Lath.), qui passe chez nous toute la belle moitié de l’année (voyez Pouillot).
2“ Fauvettes riveraines ou des lieux humides, — Sur les bords de nos rivières, de nos lacs et de nos étangs, et en général dans les lieux aquatiques de nos contrées, on rencontre d’autres espèces de Fauvettes, qui ont été réunies par plusieurs auteurs dans un sous-genre ou même un genre sous le nom de Rousserolles. C’est d’abord la Rousserolleon Rossignol de rivière (S . turddides, Temm. ), longue de 0“,19; puis \di Petite Rousserolle, Bec-fin des roseaux o\x Effarvate{S. arundinacea, Lath.), d’un tiers environ plus petite ; la Verderolle (S. palustris, Bechst.), de même taille que celle-ci (voyez Rousserolle). Dans les mômes lieux se trouvent aussi la Bouscarle ou Rossignol de marais [S. celti, La Marmora), de l’Europe mé-
diterranéenne , commune en hiver dans le midi de la France; elle a 0“,I4; son plumage est brun châtain en dessus, blanc en dessous, avec des taches brunes sur les flancs. Son nid, artistement construit dans les broussailles épaisses, sur les grandes plantes aquatiques, contient quatre ou cinq œufs d’un rouge biique, longs de 0“,019. Son chant, bien que sonore, est trop saccadé pour être musical. La F. des joncs. Grasset ou Bec-fin phragmite (S. phragmitis est, une petite espèce que l’on trouve dans toute l’Europe ; mais dans les roseaux des bords du Danube, on trouve le Bec-fin riverain, F .
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fluviatile (S. fluviatilis, Wolf), un peu plus grand et d’ailleurs assez semblable au phragmite.
Parmi les fauvettes étrangères, certaines espèces possèdent, pour la construction de leur nid, une industrie des plus intéressantes. La F. cisticole (S. cisticola , Temm.) construit un nid en forme de bourse, pourvu supérieurement d’une ouverture oblique et enveloppé d une touffe de plantes aquatiques, au milieu desquelles il reste dissimulé. La F. pmc-pmc (S. tetrix, Vieill.), de l’Afrique australe, suspend aux branches d’un buisson épineux un nid arrondi, formé de duvet, et dont les parois ont une épaisseur considérable; à son sommet se voit un enfoncement où l’oiseau se glisse, et qui le conduit à l’intérieur. Le voyageur Levaillant, dans son Hist. nat. des ois, d' Afrique, a décrit les travaux merveilleux du Capocier (S. macroura, Lath.) ou Petite F. tachetée du Cap; son récit ne peut être résumé et ne saurait trouver place ici à cause de son étendue. Je signalerai, en terminant, le curieux instinct de la F. couturière {S. sutoria, ou Tati, qui vit dans l’Inde : elle compose le tissu de son nid de fibres menues, de plumes, de duvet, d’aigrettes de chardon; puis elle file avec son bec et ses pattes le coton qu’elle a recueilli sur les cotonniers ; elle praticjue ensuite des trous le long du bord de plusieurs feuilles à limbe solide et large, et, dans ces trous, elle passe son fil de manière à coudre ensemble plusieurs feuilles qui forment ainsi une petite tente suspendue, enveloppant parfaitement le nid que torîa.
l’oiseau veut cacher à ses ennemis, parmi lesquels il craint surtout les singes et les serpents. Le colonel Sykès a vu des nids dans lesquels le fil de coton était réellement terminé par un nœud (Le Maoût, Hist, nat. des ois,).
Parmi les espèces que Cuvier lui-même était disposé à ranger, comme on i’a généralement fait depuis, dans un genre spécial sous le nom A' Accenteurs{Accentor , Bechst.), il faut signaler la F. des Alpes, Pégot ou Accenteur alpin [Motacilla alpina, Gmel.), longue de 0”,16, d’un
Fig. 1037. — Fauvette des Alpes ou Accenteur des Alpes.
plumage cendré, avec la gorge blanche, pointillée de noir ; il habite les pâturages des Alpes. Mais l’espèce la plus intéressante est le Trame-buissons^ F. d'hiver ou
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J. mouchet{Moiac.modulariSylÀn.), la seule fanvetteqiii nous reste en hiver et qui égaie un peu cette saison par son agréable ramage. Cet oiseau est, en dessus, d’un fauve tacheté de noir, et cendré-ardoisé en dessous. Il niche deux fois l’an et se tient toujours dans les buissons ; sa longueur est de 0“,15. Cette fauvette habite la belle saison dans les bois, et les quitte en automne pour venir dans les jardins où elle passe l’hiver. Ad. F.
FAUX (Agriculture), du latin faix, faux, d’où vient que l’on écrivait autrefois et que plusieurs écrivent encore faulx. — Cet instrument, si connu de temps immémorial et dont l’usage est si répandu, est spécialement employé pour couper l’herbe des prairies naturelles et artificielles, et à cet égard il fournit un travail très expéditif. C’est pourquoi, déjà depuis longtemps, on s’en était servi pour la coupe de quelques céréales, telles que l’avoine et l’orge, lorsqu’on eut l’idée de remplacer l’usage de la faucille, qui donne un travail trop lent, par celui de la faux, pour la récolte du blé et du seigle. Il en sera question plus loin. La forme de la faux varie suivant les diverses contrées agricoles, et suivant les produits à l’exploitation desquels elle est employée. En général, elle se compose d’une lame mince, en acier, légèrement arquée, se relevant doucement vers la pointe et un peu convexe à sa face supérieure. Elle est longue d’environ 1 mètre, large de 0“,12 à 0“, 15 vers son talon, et diminuant insensiblement de largeur jusqu’à l’autre extrémité qui se termine en pointe aiguë ; tranchante sur son bord concave dans toute son étendue, elle présente sur le bord convexe une arête solide, épaisse d’environ 0“,010, qui contribue à la maintenir fermement dans sa forme primitive. ‘Cette lame présente à son talon une espèce de poignée en forme de crampon, terminée par un bouton recourbé, et qui est fixée à l’extrémité du manche par une forte virole à l’aise, permettant, au moyen d’un coin de fer et d’un ou deux morceaux de cuir, de faire varier, au gré du faucheur, l’ouverture de l’angle que forme la lame avec le manche ; celui-ci est en bois, long de 2 mètres, généralement droit, et porte vers son milieu une poignée, quelquefois une auiie à son extrémité. Plus l’angle que forme l’articulation de la faux avec le manche est ouvert, plus le fauchage exige de force, mais aussi plus le champ parcouru par la faux est grand et plus chaque coup fait de travail. Ce qui fait quelorsque l’hei be est très-forte, il faut diminuer l’ouverture de cet angle. La figure 1038 que nous donnons représente la faux champenoise, une des plus usitées en France ; celles qu’on emploie dans d’autres provinces et en Allemagne, en Angleterre, etc., offrent toutes des modifications plus ou moins profondes.
Lorsqu’on veut employer la faux pour les céréales, il est nécessaire de lui faire subir des changements qui demandent quelques éclaircissements. Pour le blé, le seigle
fig 103ci. — Faux champenoise. Fig. 1039.— Fauxmuniedesonployon A,
et toutes les céréales à tiges élevées, on a l’habitude de faucher en dedans^ c’est-à-dire que l’ouvrier se place de manière à avoir le grain à sa gauche; il dirige sa faux de droite à gauche, et les tiges qu’il coupe sont rejetées
sur celles qui restent debout. Un aide, femme ou enfant, armé d’une faucille ou d’un crochet de sapeur (voyez ce mot), les réunit et les met en javelles. Pour ce travail, la faux doit être armée de deux baguettes recourbées, fixées au manche et maintenues par une petite traverse. Cet accessoire se nomme ployon ou play on {fig. 1039). Il sert à empêcher les tiges coupées de tomber de l’autre côté de la lame, en glissant sur elle dans le mouvement du coup de faux. Pour les céréales à tiges basses (avoine, orge), on fauche en dehors, de gauche à droite; ici le faucheur a le grain à sa droite et fait tomber les tiges en dehors ; or, comme celles-ci n’auraient rien pour les soutenir, le manche de la faux est garni d’une espèce de ployon terminé par une traverse assez forte, d’où partent quatre ou cinq baguettes parallèles à la lame de la faux et aiguisées à leur extrémité. Cet appareil se nomme râteau {fig, 1040). Pendant l’opération du fauchage, les tiges
Fig. 1040. — Faux ordinaire avec son râteau.
renversées parle mouvement delafaux se couchentsur le râteau, une légère secousse de l’ouvrier les dépose en an- ( voyezFoiN,PRAiniES). Ces pratiques, dureste,varienl infiniment suivant les pays. L’emploi de la faux nécessite un outillage destiné à battre et à aiguiser la faux, qui se compose d’une ceinture, d'un cornet ou aiguière en bois, en corne, en fer-blanc, d’une pierre à aiguiser, d’une petite enclume que l’on plante en terre et d’un marteau Lorsque le tranchant de la faux est trop émoussé et qu’il ne peut plus être ravivé par la pierre à aiguiser, l’ouvrier est obligé de la battre. Pour cela, il la démanche, plante son enclume en terre, et, tenant la faux de la main gauche, il passe successivement toutes les parties du tranchant sur l’enclume, pendant que de la droite il frappe doucement avec le marteau, jusqu’à ce qu’il ait obtenu l’amincissement désiré. Cette opération demande de l’habitude et une grande adresse.
La fabrication des faux est une industrie importante, et qui demande des soins particuliers. On en fabrique en France à Poligny, à Sarreguemines, en Alsace, dans le Doubs, etc. Mais on en importe beaucoup d’Allemagne, et surtout de Styrie; ces dernières portent une marque particulière par chaque fabrique; les meilleures portent un raisin, une écrevisse, une clef, un cierge, un calice, un poisson, etc. Les importations de faux en France .se sont élevées, en 1835, à 259 035 kilogrammes, dont la m.ajeure partie d’Allemagne, tandis que les exportations n’ont été que de 20 223 kilogrammes. Mais l’importation va en diminuant tous les ans, par l’activité croissante de nos fabriques.
Faux (Anatomie). — Certains replis membraneux, configurés en un triangle courbé sur lui-même, rappellent la forme d’un fer de faux et ont reçu le nom de cet instrument. Ainsi la faux du cerveau est un repli de la membrane nommée dure-mère; ce repli pénètre dans la
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grande scissure du cerveau et sépare les deux hémisphères de cet organe. La faux du cerveau s’attache par son extrémité effilée à l’apophyse crista-galli de l’os ellimoide; son bord convexe s’insère le long de la ligne médiane de la voûte du crâne, et sa base va reposer sur un autre repli de la dure-mère dirigé transversalement par rapport au plan médian, et nommé tente du cervelet. En dessous de la tente du cervelet et dans le prolongement de la faux du cerveau se trouve un troisième repli de la dure-mère, appelé faux du cervelet.^ qui, par son bord convexe, est fixé à la ligne médiane du crâne; par sa base, sous la tente du cervelet, et dont l’extrémité ou sommetaiteintlcgrand trou occipital. — Divers replis du péritoine, qui rappellent la figure d’une faux, ont aussi reçu ce nom; le principal est \z. grande faux du péritoine.^ nommée aussi faux de la veine ombilicale, qui s’étend de l’ombilic au bord antéro-inférieur du foie.
Faux ou Renard (Zoologie). — Espèce de Poissons du genre Requin, nommé par Cuvier Charcharias vulpes, et que l’on pêche sur nos côtes. Son nom vulgaire de Faux est dû au développement du lobe supérieur de sa nageoire caudale, aussi long que le reste du corps; sa figure rappelle celle d’une lame de faux (voyez Requin).
FAUX, Fausse (Zoologie). — On applique cette épithète à des organes ou à des espèces que l’on désigne par le nom d’organes ou d’espèces semblables, dont on veut néanmoins les distinguer. La plupart des noms ainsi formés appartiennent plus à la langue vulgaire qu’au langage des naturalistes; mais c’est un motif précisément pour ne pas les omettre ici.
Fausses ailes. — Nom parfois donné aux cuillerons des insectes diptères (voyez Cuilleron).
Faux-Bomryx. — Quelques auteurs ont réuni sous ce nom dans une petite tribu les papillons nocturnes des genres Arctie^ Callimorphe, Lithosie^ et quelques espèces de Teignes.
Faux bourdon. — Réaumur nomme ainsi dans ses ouvrages les mâles ém?, abeilles.
Fausses chenilles. — On donne souvent ce nom à des larves de certains insectes hyménoptères qui ont 8, 18 ou 22 pattes ou fausses pattes.
Faux-Corail. — Nom vague et mal fait par lequel quelques auteurs désignent des madrépores arborescents, grossièrement analogues au corail rouge.
Fausse-Frigane. — Nom employé par De Geer pour désigner les Insectes névroptères du genre Perle.
Faux-Grigi. — Nom d’une espèce éiOiseau du genre Aracari.
Faux-Grivou. — Nom vulgaire d’une espèce de Merle [Turdus albicollis).
Fausse-Linotte. — Nom vulgaire d’une espèce de Becfin (Oiseaui, la Motacilla palmarum, Gmelin, originaire de Haïti, et nommé aussi Bimbelé.
Fausses nageoires. — Se dit parfois des nageoires adipeuses, c’est-à-dire dépourvues de rayons et remplies de graisse qu’on observe sur certains poissons.
Fausses nymphes. — Certains auteurs appellent ainsi, sans raison, les 7njmpties (voyez Chrysalide), de certains insectes , comme les friganes, nymphes qui vivent enfermées dans un fourreau formé de matières étrangères et y demeurent inactives.
Fausses pattes. — On nomme ainsi, ou, plus justement, pattes membraneuses, les tubercules saillants, non articulés, pourvus de soies plus ou moins longues et diversement figurées qui tiennent lieu de membres chez les Annélides, ou qui suppléent à l’insuffisance des pattes chez les chenilles des insectes lépidoptères. — Ou donne encore ce même nom aux petits appendices écailleux et articulés que l’on voit sous l’abdomen (vulgairement la queue) des Crustacés.
Faux-Perroquet, — Nom vulgaire d’une espèce d’Ofseau du genre Bec-croisé {Loxia, Briss,).
Faux-Pucerons. — Réaumur et De Geer avaient donné ce nom à un genre d'insectes hémiptères voisins des Kermès et nommé aujourd’hui Psyla, d’après Geoffroy.
t Aux-ScoRPioNS. — Nom donné par Latreille à la 1“ famille des Arachnides trachéennes (voyez Trachéennes). On a aussi désigné sous ce nom le genre Pince (voyez ce mot) , de la même famille.
FAUX, ÏAussE (Botanique). — Ces termes sont beaucoup plus répandus en botanique qu’en zoologie, parce que, dans la désignation des plantes, la langue vulgaire est plus pauvre encoi e que dans celle des animaux.
Faux-Acacia. — Cet arbre, connu dans nos Jardins sous le nom d' Acacia, n’est pas cependant un véritable acacia et n’a môme avec les arbres de ce genre qu’une ressem-
blance incomplète (voyez Acacia). Tournefort, adoptant le nom vulgaire, lui donna la dénomination latine de Pseudo-acacia, , mais, pour consacrer la mémoire de Jean Robin, jardinier célèbre sous le règne de notre Henri IV, qui fit venir d’Amérique les premières graines de cet arbre et le multiplia en France, Linné donna au Fauxacacia le nom de Robinier, aujourd’hui généralement adopté (voyez Robinier).
Faux-Acorus. — Nom vulgaire et scientifique d’une espèce d'iris {Iris pseudo-acorus. Lin. ).
Fausse-Ambroisie ou Ambroisie sauvage. — Nom vulgaire du Cochlearia coronopus. Lin.
Faux-Amome. — L’un des noms du Cassis {Ribes nigrurn. Lin.).
Faux-Baume du Pérou. — Nom vulgaire du Mélilot bleu {Melilotus cœrulea, Lamk).
Fausses baies. — Baies qui o firent intérieurement des loges et des graines rangées dans un ordre apparent.
Faux -Benjoin. — Espèce de Badamier de Tîle de France, où son bois fin et serré de tissu lui avait valu le nom dQ bien-joint. Gomme il laisse suinter de son écorce une résine odorante qui rappelle un peu le benjoin, cette double ressemblance de nom et de produit trompa quelques personnes, qui prirent cet arbre pour celui d’où provient le benjoin véritable ; Linné fils y fut trompé luimême. C’est pour signaler cette erreur promptement reconnue que cet arbre, fut nommé Faux-benjoin; c’est le Terminalia angustifolia ou Badamier à feuilles étroites, de Jacquin.
Fausse-Branc-ursine. — Nom vulgaire de la Berçe branc-ursine.
Faux-Bresillet. — Arbre exotique nommé Brasiliastrum par Lamark, et rapporté par Jussieu au Picramnia antidesma de Swarlz il’éréhentacées).
Faux-Buis. — Nom vulgaire du Fi^agon piquant. A Tîle Maurice, à Bourbon, on nomme ainsi une Rubiacée du genre Fernelia et le Buis de Chine Murraya {buxifolia, Sonn.), de la famille des Aurantiacées.
Faux-Café. — On donne souvent ce nom aux fruits de certaines plantes de la même famille (Rubiacées) ou du même genre que le Café.
Faux Galament. — Nom donné quelquefois à VIris faux-acorus {Iris jaune. Glaïeul des marais).
Fausse-Cannelle. — Nom vulgaire du Laurier casse {Casse en bois).
Faux-Chamaras. — Nom vulgaire de la Germandrée des bois {Teucrium scorodonia, Lin.).
Faux-Champignons. — On a donné ce nom , dans certaines classifications, à une tribu de la famille des Lichens, où les apothécies (partie qui renferme les organes de la reproduction) sont rondes et charnues.
Faux-Chervi. — Nom donné dans quelques contrées à la Carotte sauvage {Daucus cnrota).
Fausses cloisons. — Voyez Fruit.
Fausse-Coloquinte. — Nom d’une espèce de Courge.
Faux-Cumin. — Nom vulgaire de la graine d’une espèce de Niijelle.
Faux-Cytise.- — Nom peu usité et appliqué à plusieurs arbustes : le Vella pseudo-cytisus, l'Anthyllis cytisoides et le Cytise velu.
Faux-Digtamne. — Nom spécifique du Marrube fuuxdictamne.
Fausse-Digitale. — Nom donné par Boccone à la Cataleptique (Dracocephalum virginianum, Juss.).
Fausse-Ebène, Faux-Ebénier. — Nom vulgaire du Cytise aubours.
Fausses étamines. — Filets d’étamines avortées que l’on observe dans les fleurons stériles des plantes delà famille des Composées.
Faux-Froment. — Nom vulgaire de V Avoine élevée.
Fausse-Germandrée. — Nom vulgaire d’une Véronique, la Vcronica chamædrys.
Fausse-Guimauve. — Nom vulgaire du Sida abutilon.
Faux-Hellébores ou Faux-Ellébores. — Diverses espèces d’Ellébores ont été souvent regardées comme l’Ellébore des anciens ; à Paris on avait considéré comme tel VEll. vert; ailleurs, VEll. noir. Certaines Adonides reçurent même ce nom (voyez Ellébore).
Faux-Hermodatte. — Ôn a pu désigner ainsi l'Iris tubéreux, de Linné, regardé à tort comme VHermodatte des Anciens.
Faux-Indigo. — Nom vulgaire du Gatéga officinal.
Faux-Ip; CACUANHAS. — Diverses plantes dont les racines ont été employées pour remplacer celles de ITpécacuanha du Brésil, sont désignées vulgairement sous ce nom. Tel est à i’île Maurice le Cynanchum vomitorium
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