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~Y~ c’e,st-à-dire 2000 kilogrammètres.

en nous rappelant que P = 1000 et h— 2.

Nous voyons que l’expression de la puissance vive peut nous fournir un moyen d’évaluer le travail d’une force sans rien connaître de cette force, sinon la vitesse qu’elle a imprimée à un mobile et la masse de ce mobile. Quel est, par exemple, le travail de la force explosive de la poudre dans un fusil d’infanterie ordinaire, sachant que le poids de la balle est de 29 grammes et que sa vitesse est de 405 mètres environ au sortir du canon ? L’expression HJL-PL' devient 0M^x 405 X 405

Ce travail est donc de 252 kilogrammètres ou égal à celui qu’il faudrait dépenser sur un poids de 252 kilogrammes pour le soulever d’une hauteur verticale de 1 mètre. Le travail de la poudre est, en réalité, plus grand, à cause des résistances que le projectile a dû surmonter dans l’intérieur du canon. ‘ M. D.

FORGE médicatrice (Médecine). — On donne ce nom à cette puissance conservatrice en vertu de laquelle les maladies se guériraient d’elles-mêmes sans le secours des médicaments. Un grand nombre de médecins avaient déjà admis une force médicatrice, lorsque Sydenham vint mettre en lumière la puissance de la nature dans la cure des maladies. Sans entrer dans une longue dissertation pour admettre ou pour repousser l’existence d’une force particulière qui serait la force médicatrice, constatons ici que la force qui a produit, organisé un être

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vivant, d’après certaines lois bien précises et bien déterminées (voyez FoncE vitale), doit être la même qui conserve, continue de maintenir dans son intégrité et tend à ramener sous sa loi l’organisation lorsqu’elle s’en écarte au point de constituer la maladie. Ce n’est pas ici nier le rôle du médecin dont la mission serait sans objet, si la nature était toujours assez puissante pour accomplir son œuvre de restauration de la santé sans un secours étranger; mais il ne saurait en être ainsi, mille causes de dérangement viennent à la traverse, qui altèrent plus ou moins profondément la composition intime de nos organes, modifient leurs fonctions, par cela même jettent la confusion dans l’économie vivante et déterminent ces désordres que l’on appelle maladies. Lorsque ces maladies se déclarent, c’est alors que le médecin doit aider cette force médicatrice, cette force vitale toujours active et toujours agissante à ramener sous ses lois le fonctionnement des organes accidentellement perverti, en écartant les causes qui ont amené et qui entretiennent ces dérangements; c’est alors qu’il appelle à son secours toutes les ressources que lui fournit d’abord l’hygiène, puis la thérapeutique, la matière médicale, etc. Son rôle devient ici d’une utilité incontestable. Pour nous donc la force médicatrice n’est pas autre que la force vitale qui tient sous ses lois tous les êtres vivants. Pour faire compre.ndre toute notre pensée, citons un exemple : la domestication des animaux et des plantes consiste à approprier aux besoins de l’homme un certain nombre d’êtres vivants; pour cela, il doit les façonner d’une certaine manière, en vue du but qu’il se propose, au moyen d’une série de mesures qui les modifient, les transforment et en font, pour ainsi dire, des êtres nouveaux, des êtres artificiels. Aux yeux de Dieu, ce ne sont plus ceux qu’il a créés, ce sont des bâtards, des monstres, de véritables malades ; le bœuf engraissé et mené à l’abattoir n’est pas le taureau de la création ; le cochon domestique, le chat, ne sont plus ceux de la nature; d’un autre côté, la rose mousseuse, la belle rose entièrement doublée n’est plus la fleur de l’églantier, etc. C’est la main de l’homme qui a amené toutes ces transformations, qu’il la retire, qu’il cesse d’agir, et bientôt la force vitale, la force médicatrice, si vous voulez, aura ramené le cochon domestique à son type primitif, le rosier mousseux sera redevenu un églantier ne donnant plus que la rose simple, la vraie rose, telle que le Créateur l’avait faite; voilà donc bien la force vitale agissant pour redresser ce que l’homme avait fait dans un sens opposé aux vues du Créateur ; c’est bien évidemment la force médicatrice, si vous voulez considérer comme des maladies ces transformations que l’homme avait opérées pour ses besoins personnelsou pour ses agréments. Ainsi, donc, il n’y a pas de force médicatrice proprement dite, mais une force vitale avec ses lois, sous l’empire desquelles elle tend incessamment à ramener tous les êtres vivants de la création, lorsqu’une cause quelconque a dérangé cette merveilleuse harmonie.

Force vitale (Physiologie). — La force vitale, celle qui constitue la vie, est cette puissance en vertu de laquelle les êtres organisés, animaux ou végétaux, existent durant un espace de temps pendant lequel ils naissent, croissent, se reproduisent et meurent pour rentrer sous les lois de la matière brute, inerte. C’est par elle que les organes exercent les fonctions qui font remplir à l’animal et au végétal toutes les phases de son existence ; sans elle aucun être organisé ne pourrait même commencer à exister. Cependant les phénomènes que présentent les fonctions des corps vivants sont en partie des conséquences des lois de la physique et de la chimie, mais elles ne peuvent les expliquer tous ; il en est, en effet, qui ne se produisent que là où il y a vie, et la vie, loin d’être elle-même la conséquence de l’organisation de la maiière vivante, est, au contraire, la raison d’être de celle-ci. « La nature propre de chaque animal est fixée longtemps avant que celui-ci ait aucune des particularités de structure à l’aide desquelles cette nature se manifestera. Le germe n’est pas une miniature de l’animal qui doit en provenir, mais le siège de la force organogénique qui déterminera l’édification de cet être nouveau» (Milne-Edwards, Leçow5 la physiologie^ t. I, p. 2). De sorte que l'organisation ne doit pas, siiivantles idées de la majeure partie des physiologistes, être considérée comme étant tout dans les corps vivants; au contraire,

« chacune de ces machines admirabh's, en naissant dans la main du Créateur, me semble être appelée d’avance à exercer une série d’actes déterminés et porter en elle le germe de la puissance qui la fera agir, avant que d’être

pourvue des instruments nécessaires à l’exercice de cette force. 11 y a toujours harmonie entre les fonctions et les organes; mais cequi dominedans l’être animé et commande, en quelque sorte, la nature qui lui sera propre, c’est la maniéré dont les forces qu’il met en jeu doivent s’exercer dans son organisme, et non la manière dont ses organes sont constitues » (Milne-Edwards, loco cit.). Quelle est maintenant la nature de cette force vitale, des lois générales auxquelles elle est assujettie? C’est une question dont la discussion nous entraînerait trop loin. Nous dirons seulement que la matière organisée n’est pas soustraite absolument à l’action des puissances physiques et chimiques, et surtout qu’elle n’est pas en opposition avec ces puissances; seulement les lois de la vie exercent une influence plus ou moins grande sur celles des corps bruts, et les modifient dans quelques parties, ainsi que cela se remarque aussi dans ces corps, lorsque les affinités chimiques, par exemple, sont modifiées par l’influence d’agents physiques, tels que l’électricité, la chaleur, etc. Ajoutons, en terminant, que la physiologie doit repousser bien loin les opinions d’une certaine école d’outre-Rhin surtout, dont les prétentions consistent à nier l’existence des lois de la vie, qui serait tout simplement le résultat des forces physiques et chimiques. Suivant M. Lehman, « tous les phénomènes propres aux êtres vivants doivent pouvoir s’expliquer par les lois de la physique et de la chimie... aussi, dans un avenir peu éloigné, la physiologie animale sera-t-elle entièrement réduite aux seuls principes de la physique et de la chimie. » Telle n’est pas, du reste, l’opinion de chimistes français de premier ordre, MM. Dumas et Chevreul, dont le témoignage dans cette question ne doit pas être suspect. Ainsi le premier dans ses beaux travaux pose en faitqu’indépendamment des phénomènes physico-chimiques qui existent dans les êtres vivants, il y en a d’autres qui sont sous la dépendance d’un principe immatériel. M. Chevreul n’est pas moins explicite: tous les actes fonctionnels, suivant lui, fussent-ils expliqués par les lois de la matière inerte, le problème ne serait pas résolu, et « il est évident, dit-ii, qu’il y a au delà une cause plus générale dont l’effet, réduit à l’expression la plus simple, se révèle dans le développement progressif du germe et de l’être qui en provient, etc. »

FORCEPS (Médecine), mot latin qui veut dire tenailles. — On appelle ainsi, dans l’art des accouchements, un instrument en forme de pince, employé, dans certains accouchements difficiles, pour saisir la tête du fœtus et l’amener au dehors. Deux accoucheurs anglais, Chamberleyn et Drinkwater, paraissent être les premiers qui se soient servis d’un forceps, de l’invention du premier, pour terminer les accouchements laborieux ; c’était vers le milieu du xvii® siècle. Mais on ne sait rien de précis à cet égard, ces médecins ayant fait un secret de leur pratique; il faut aller ensuite jusqu’en 1721 pour trouver le véritable forceps. A cette époque, Palfin, professeur à Gand, montra à l’Académie des sciences de Paris un instrument qu’il appelait mains., destiné à saisir la tète du fœtus, et c’est véritablement à lui que revient l’honneur de l’invention du forceps. Depuis cette époque, des perfectionnements nombreux et utiles ont modifié cet instrument dans sa forme, sa longueur, ses dimensions, etc. Et, sans nous étendre davantage sur ce sujet, nous dirons que celui que l’on doit à Levret est préféré par l’immense majorité des accoucheurs. Comme tous les forceps, il est composé de deux branches dans chacune desquelles on distingue la cuiller, le manche et le point de jonction; la cuiller est fenêtrée et courbée sur le plat pour s’accommoder à la forme de la tête du fœtus; elle est aussi courbée sur son champ, et cette courbure est tout entière au-dessus d’un plan horizontal sur lequel reposerait l’instrument. La forme des branches est assez indifférente; seulement elles doivent offrir le plus de prise possible aux mains de l’accoucheur , et leur dimension doit être telle que le lieu de leur jonction soit justement le point où elles finissent et où commencent les cuillers. Les moyens d’union sont ordinairement un pivot porté sur la branche dite branche mâle., mieux nommée branche droite, et reçu dans une mortaise de la branche femelle ou branche gauche. Cette jonction peut se faire aussi par une double encoche ou par tout autre moyen. La longueur du forceps de Levret est de 0“,40 à 0“*,43, les cuillers comptant environ pour 0“,25, et les manches pour 0“,17. Pour la manœuvre de cet instrument, nous sommes obligé de renvoyer aux Traités d’accouchements. F — n.

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FORCES (Médecine). — L’appréciation des forces d’nn malade est un point très-important pour diriger la conduite du médecin. Aussi la plupart des nosologistes ontils reconnu des maladies sthéniques ou actives et des maladies asthéniques (du grec sthenos, force, et de Va privatif) ou passives. Malheureusement, dans la pratique, cette évaluation est souvent très-difficile, et il ne faut rien moins qu’une grande habitude d’observation et une grande sagacité pour discerner les cas, souvent très-obscurs, dans lesquels les forces sont en excès ou en défaut. Les forces, dans l’homme malade, peuvent être augmentées ou diminuées, perverties ou opprimées.

augmentation des forces se reconnaît à la coloration de la peau, à l’élévation de la chaleur, à la force du pouls, à l’ampleur de la respiration, à l’animation de la face, à la fermeté des chairs. Elle est plus marquée au début des maladies que vers le déclin. La diminution des forces se distingue par l’abattement général, par la lenteur et l’indécision des mouvements, par la pâleur de la peau, la faiblesse du poyls, la fréquence de la respiration, la diminution de la chaleur, la mollesse des chairs, la gêne dans le décubitus, etc. Elle est quelquefois trèsrapide, comme cela se remarque dans les fièvres de mauvais caractère, dans le choléra, dans quelques inflammations aiguës. Aux signes indiqués plus haut viennent alors se joindre successivement l’affaissement de la physionomie, la difficulté des mouvements, l’amaigrissement, la sensibilité au froid ; dans les maladies aiguës surtout, les sueurs froides, les déjections involontaires, les défaillances, les syncopes; dans les maladies chroniques, la maigreur générale, l’œdématie du tissu cellulaire, la difficulté des mouvements, etc. Lorsqu’il y a perversion des forces.^ on remarque un désordre plus ou moins grand dans les manifestations des phénomènes qui constituent les forces, les malades se montrent tantôt exaltés et dans un état de surexcitation extrême, le moment d’après dans un état d’abattement et de prolapsus considérable. Ces alternatives se remarquent surtout dans les fonctions de relation ; ainsi dans les facultés intellectuelles, dans les sensations, dans les gestes, les mouvements, etc. ^oppression des forces est plus difficile à apprécier, et il serait dangereux de la confondre avec la faiblesse dont elle offre souvent les principaux caractères, tels que l’abattement des traits, la pâleur de la peau, la difficulté, la lenteur des mouvements, la paresse et l’engourdissement des sons et des facultés intellectuelles, la petitesse, quelquefois l’irrégularité du pouls, le froid des extrémités, etc. La difficulté est grande quelquefois pour reconnaître si cet ensemble de symptômes tient à la faiblesse ou à l’oppression des forces; cependant, voici par exemple ce qu’on observe; on a affaire à un sujet jeune, bien constitué, on est au début de la maladie, il n’y a pas eu de fatigues excessives du corps ou de l’esprit, pas de privation d’aliments; le malade était habitué, au contraire, à la bonne chair et à l’oisiveté ; il n’a pas été en proie à des chagrins profonds; enfin les premiers moyens employés pour combattre la maladie ont été des débilitants (saignée, diète), ou bien il y a eu des évacuations naturelles (sueurs, hémorrhagies, évacuations alvines),et le mal a diminué, les forces se sont relevées ; il est bien évident que dans ce cas, il y avait oppression des forces. Mais si des émissions sanguines, si des évacuations naturelles ont augmenté la faiblesse, si, au contraire, les toniques ont modéré le mal, c’est qu’on avait à combattre un affaiblissement réel. Laënnec conseille d’explorer avec soin les battements du cœur au moyen du stéthoscope; si les contractions du ventricule sont énergiques, on pourra saigner sans crainte; si, au contraire, elles sont faibles, le pouls eût-il de la force, il faut se défier de la saignée. On voit, d’après tout ce que nous venons de dire, avec quelle prudence le médecin môme le plus expérimenté doit instituer son traitement dans les cas obscurs, que les tâtonnements, dans le début, lui sont bien permis quelquefois, et qu’il est excusable de suspendre son jugement, pour ne pas agir au hasard. F — n.

Forces (Économie rurale). — Ce nom a été donné à un instrument particulier que l’on emploie pour la tonte des moutons (voyez Tonte).

FORESTIER (Garde) (Sylviculture). — Voyez Forêts, Sylviculture.

FORESTIERA (Botanique). — Genre de plantes Dicotylédones dialypétales hypogynes., tyi e de la petite famille des Forestiérées, dans la classe des Crotoninées de M. Ad. Brongniart, Etabli par Michaux, sovs le nom de Âdelia., auquel Willdenow a substitué celui de Borya., ce genre a reçu le nom qu’il porte de Poiret, en mé-

moire de son ami Forestier, médecin à Saint-Quentin, amqteur zélé de la botanique. Ce sont des arbrisseaux â feuilles opposées, pétiolées, â fleurs axillaires, dioïques. On les rencontre en Géorgie, dans la Floride. La F. à feuilles de cassine {F. cassindides, Poir.) croît aux Antilles; ses fleurs sont petites et réunies dans l’aisselle des feuilles en petits paquets pédonculés.

FORESTIÈRE (Ecole ) (Sylviculture). — Etablie à Nancy, le août 1824, cette école a pour mission de former et d’instruire des jeunes gens qui se destinent au service de l’administration des forêts. Elle dépend du ministère des finances, et reçoit tous les ans, après un concours, un nombre limité d’élèves (de 20 à 30) qui passent deux ans à l’école. Les conditions pour concourir sont ; d’être Français , d’avoir de dix-neuf à vingtdeux ans, d’ôtre pourvu du diplôme de bachelier ès sciences, et d’avoir un revenu annuel de 1 600 francs. Les examinateurs sont les mêmes que pour l’Ecole polytechnique, et les matières sur lesquelles les élèves sont interrogés sont presque identiques. L’enseignement de l’école comprend les mathématiques, la sylviculture, l’histoire naturelle, la législation forestière, le dessin, etc. Les élèves qui ont satisfait aux examens de sortie ont rang de garde général y et sont employés dans l’administration au fur et à mesure des besoins. Ils jouissent provisoirement du traitement de garde général adjoint.

Forestiers (Zoologie). — Nom employé par d’Azara pour désigner des Oiseaux qui habitent constamment les bois épais et fourrés, sans même se poser sur les brandies sèches. Ce groupe, dont les caractères manquent de la précision nécessaire pour former un genre distinct, se rapproche des Fringilles sous certains rapports. Vieillot leur en a trouvé beaucoup avec ses Némosies. D’Azara en a décrit cinq espèces, toutes de l’Amérique méridionale.

FORÊTS (Géographie physique). — Chacun sait que l’on nomme forêt une vaste étendue de terrain couverte d’arbres ; le mot bois s’applique ordinairement à des étendues beaucoup plus restreintes de sol couvert de végétaux arborescents. Cette distinction n’a pas néanmoins une grande précision. Les forêts, selon le dicton vulgaire, sont vieilles comme le monde ; la plupart des pays où les races humaines se sont établies et ont grandi en civilisation nous apparaissent dans l’histoire comme abondamment boisées à l’origine. La forêt semble témoigner de la fertilité du sol qu’elle tient en réserve ; elle entretient cette fertilité ; plus d’une fois l’homme, regrettant des défrichements trop précipités, a dû s’efforcer de reboiser des terres imprudemment dépouillées de leur végétation forestière. Les contrées orientales des États-Unis américains semblent nous représenter ce qui a dû se passer plus ou moins rapidement dans la plus grande partie de notre Europe, et il est curieux de remarquer que ces deux berceaux de la civilisation humaine, l’un exploité depuis trois mille ans, l’autre presque vierge encore, mais déjà consacré par les progrès merveilleux des peuples qui viennent d’y éclore, figurent parmi les contrées du globe où la végétation forestière avait le plus riche développement. L’Amérique méridionale recèle, encore à notre époque des forêts où le pied de l’homme civilisé n’a pas marqué sa trace et qui nous offrent le spectacle grandiose de la nature primitive dans toute sa puissance de production spontanée. « Parmi les phénomènes de la nature dont la peinture élève l’âme, dit un célèbre voyageur, se trouve surtout l’immense région boisée qui, dans la zone torride de l’Amérique australe, remplit les bassins réunis de l’Orénoque et du fleuve des Amazones. C’est cette région qui, dans le sens le plus rigoureux du mot, mérite le nom de forêt vierge ou forêt primitive^ dont on a fait un emploi si abusif dans ces derniers temps. Si chaque forêt sauvage et touffue à laquelle l’homme n’a point encore mis la cognée dévastatrice doit s’appeler primitive^ il faut reconnaître qu’il existe beaucoup de ces forêts dans les zones froides et tempérées Mais s’il s’agit ici d’un territoire impénétrable où Ton ne peut pas même se frayer une route avec la hache entre des arbres de 8 à 12 pieds de diamètre, la forêt primitive appartient exclusivement aux tropiques. Ce ne sont pas toujours, comme on se l’imagine en Europe, les lianes grimpantes, sarmenteuses, flexibles qui causent cette impénétrabilité ; les lianes ne forment souvent qu’une très- petite masse de buissons. Ce qui entrave principalement le passage, ce sont les plantes frutescentes qui occupent tous les intervalles... En jetant un coup d’œil sur la région boisée qui occupe toute l’Amérique méridionale, depuis les savane.s de Vénézuela (llanos de Caracas) jusqu’aux pampas de

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Buénos-Ayres, entre le 8° de latitude nord et le 19» de latitude sud, on reconnaît que ce hylée (du grec hylaion^ espace boisé) de la zone tropicale surpasse en étendue toutes les autres contrées boisées du globe. Sa superficie est environ douze fois celle de l’Allemagne. Traversée en tous sens par des fleuves dont les aflluents de premier et de second ordre surpassent quelquefois, par l’abondance de leur eau, notre Danube et notre Rhin, cette contrée doit l’exubérance merveilleuse de sa végétation arborescente à l’influence combinée de l’humidité et de la chaleur. Dans la zone tempérée, particulièrement en Europe et dans l’Asie septentrionale, ou peut dénommer les forêts d’après les espèces d’arbres groupés comme plantes sociales, qui composent chacune d’elles. Dans les forêts septentrionales de chênes, de sapins et de bouleaux, dans les forêts orientales de tilleuls, il ne domine ordinairement qu’une seule espèce d’amentacées, de conifères ou de tiliacées; quelquefois une espèce de conifères s’associe à quelques amentacées. Cette uniformité de groupes est étrangère aux forêts tropicales. En raison de l’énorme multiplicité d’espèces de cette flore sylvaine, on ne saurait demander de quoi se composent les forêts primitives. Une quantité prodigieuse de familles végétales s’y trouve condensée ; à peine y existe-t-il quelques places occupées par une seule et môme espèce. Chaque jour, à chaque temps d’arrêt, le voyageur rencontre de nouveaux genres; il aperçoit souvent des fleurs qu’il ne peut atteindre , tandis que la forme d’une feuille et la ramification d’une tige attirent son attention. Les rivières, avec leurs innombrables branches latérales, sont les seules routes du pays... il existe des villages isolés de missionnaires, à quelques milles seulement l’un de l’autre, dont les moines mettent un jour et demi pour se faire des visites réciproques, en suivant, dans un tronc d’arbre taillé en canot, les courbures des petites rivières.. Les jaguars, disait un Indien de la tribu des Durimonds, s’enfoncent, entraînés par leur humeur vagabonde et leur rapacité, dans les massifs si impénétrables, qu’il leur est impossible de chasser sur le sol; étant réduits à vivre longtemps sur les arbres, ils deviennent la terreur des singes et des belettes » (Al. de Humboldt, Tableaux delà nature, t. I, trad. de F. Hœfer). J’emprunte encore au môme ouvrage les passages suivants qui complètent cette description : « Le lit du fleuve (l’Orénoque, un peu au-dessus du confluent de l’Apure) n’avait plus que 900 pieds de large et formait en ligne droite un canal qui, des deux côtés, est bordé de bois touffus. La lisière delà forêt oflre un aspect inaccoutumé. En avant du massif presque impénétrable composé de troncs gigantesques de Cœsalpinia, de Cedrela et de Desrnonthus, on voit le rivage sablonneux garni d’une haie très-régulière de Sauso. Cette haie n’a que 4 pieds de haut; elle est formée d’un petit arbrisseau, VHermesia castanei folia, genre nouveau de la famille des Euphorhiacées. Tout près de là se trouvent quelques palmiers épineux, à stipe élancé (peut-être des Martinazia ou Bactris), que les Espagnols nomment Piritu et Corozo. On dirait une haie de jardin taillée, qui présenterait des ouvertures, très-distantes les unes des autres, pareilles à des portes. Les grands quadrupèdes de la forêt ont sans dnute eux-mêmes percé ces ouvertures pour arriver plus commodément à la rivière. C’est de là qu’on voit sortir, à l’aube du jour et au coucher du soleil, le tigre d’Amérique, le tapir, le pécari, conduisant leurs petits à l’abreuvoir. Quand ils sont inquiétés par l’apparition d’un canot d’indiens, ils ne cherchent pas à rompre brusquement la haie de sauso ; on a le plaisir de les voir se retirer lentement, pendant quatre ou cinq cents pas, entre la haie et la rivière et disparaître par l’ouverture la plus rapprochée. Durant notre navigation, presque non interrompue de soixante-quatorze jours, dans une étendue de 380 milles géographiques sur l’Orénoque , jusqu’aux sources de ce fleuve, sur le Cassiquiare et le Rio-Negro, nous vîmes, enfermés dans notre canot, ce spectacle se répéter sur beaucoup de points et, je dois le dire, toujours avec un nouveau charme, nous vîmes apparaître par troupes les animaux des classes les plus différentes, descendant le rivage pour se désaltérer, se baigner ou pour pêcher; aux grands mammifères se mêlaient des hérons aux couleurs variées, despalamédées (kamichis) et des hoccos à la démarche fière... Au-dessous des missions de Santa- Barbara de Arichuna, nous passâmes, comme d’ordinaire, la nuit en plein air sur la rive plate et sablonneuse de l’Apure, bordée à peu de distance par une forêt impénétrable. La nuit était d’une douce moiteur et il faisait un beau clair de lune,.. Les rames de notre radeau étaient

solidement fixées dans le sol pour y attacher nos hamacs. Il régnait un profond silence; on n’entendait qu’à de rares intervalles le ronflement des Dauphins d'eau pro-

pres au delta de l’Orénoque... Après onze heures, il s’éleva dans la forêt voisine un tel vacarme, qu’il fallut renoncer à tout sommeil pour le reste de la nuit. Un hurlement sauvage retentissait dans la forêt. Parmi les voix nombreuses qui éclataient à la fois, les Indiens ne purent reconnaître que celles qui se faisaient entendre seules après un court temps d’arrêt. C’était le piaulement plaintif des alouates ou singes hurleurs, le gémissement flûté des petits sapajous, le grognement babillard du Singe nocturne rayé {Nyctipithecus trivirgalus), les cris saccadés du grand tigre (jaguar), du couguar ou lion d’Amérique sans crinière, du pécari, de l’aï et d’une légion de perroquets, de parraquas et d’autres oiseaux semblables aux faisans. Quand les tigres approchaient de la lisière delà forêt, notre chien, qui jusque-là aboyait sans interruption, venait en hurlant chercher un refuge sous nos hamacs. Quelquefois le cri du tigre partait du haut d’un arbre, et alors il était constamment accompagné des sons modulés, plaintifs des singes, qui cherchaient à se soustraire à quelque poursuite inattendue... La scène tumultueuse me paraissait venir d’un combat d’animaux né d’un accident, continué longtemps et se développant en proportion. Le jaguar poursuit les pécaris et les tapirs, qui, dans leur fuite, brisent les buissons arborescents épais qui leur barrent le passage. Ainsi alarmés, les singes mêlent du haut des arbres leurs cris à ceux des grands quadrupèdes; ils réveillent les troupes d’oiseaux perchés en société, et peu à peu l’alerte se communique à tous les animaux... Avec ces scènes de la nature, qui se renouvelaient souvent pour nous, contraste singulièrement le silence qui, sous les tropiques, règne vers l’heure de midi pendant une journée extrêmement chaude... Le thermomètre, à l’ombre, marquait plus de 40° Réaumur (50" cent.)... les blocs de pierre et les rochers nus étaient tous couverts d’une multitude de gros iguanes à écailles épaisses, de lézards geckos et de salamandres tachetées. Immobiles, la tête levée, la gueule béante, ils semblent aspirer avec délices l’air embrasé. Les grands mammifères se cachent dans les taillis; les oiseaux s’abritent sous le feuillage des arbres ou dans les fentes des rochers. Dans ce calme apparent de la nature, l’oreille attentive aux moindres sons perçoit un bruit sourd, un bourdonnement d’insectes près du sol et dans les couches inférieures de l’atmosphère. Là tout annonce un monde de forces organiques en activité. Dans chaque buisson, sous l’écorce crevassée de l’arbre, dans la motte de terre habitée par des hyménoptères, partout enfin la vie se révèle hautement : on dirait une de ces mille voix par lesquellesla nature parle à l’âme capable de la comprendre. »

Le vaste massif de forêts dont A. de Humboldt a si bien tracé quelques tableaux se continue en suivant les parties montagneuses des diverses régions de l’Amérique méridionale. Cet océan de verdure séculaire remonte dans le bassin du Maragnon jusque vers les sommets des Andes, au Vénézuéla, à la Nouvelle-Genade, au Pérou ; puis il se poursuit avec les Cordillères dans le Chili et jusqu’en Patagonie. Interrompues sur d’immenses étendues parles llanos de Vénézuéla au nord et les pampas de la Plata au midi, les forêts reprennent leur empire dans toutes les parties de l’Amérique du Sud qu’arrosent de grands cours d’eau, sur les bords de l’üruguay, du Paraguay, du Rio-Colorado, du Rio-Negro, etc.

Peuplée d’autres essences forestières où dominent les pins, les sapins, les mélèzes, les aunes, les bouleaux, les peupliers, les saules, les érables, les frênes, les chênes, les noyers, etc., l’Amérique du Nord, malgré l’invasion rapide et triomphante des colons européens , possède d’immenses forêts, surtout au nord et à l’est de sa vaste étendue. Il n’y a guère qu’un siècle, le territoire des États-Unis, qui s’étend sur environ IGO 000 lieues carrées, entre le Wabash et l’océan Atlantique, n’était, selon Malte-Brun, qu’une seule forêt, sauf les plaines du Kentucky et du Tennessee. Vers le milieu du dernier siècle, dit F. Cooper, une vue à vol d’oiseau de toute la région à l’est du Mississipi ne devait offrir qu’une vaste étendue de bois bordés d’une frange étroite de terre cultivée sur les bords de la mer et coupés par la surface brillante de différents lacs et par les lignes fantastiques de quelques rivières; des solitudes solennelles étendaient leur large ceinture sur toute la Nouvelle-Angleterre et offraient le couvert des forêts aux pas silencieux du guerj lier sauvage. L’activité prodigieuse des colons américains ■ a rompu cette unité grandiose des forêts pour livrer à

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une culture intelligente et féconde bien des vallées cachées pendant des siècles sous les bois; mais elle n’a pu encore enlever à cette contrée son caractère éminemment forestier. D’ailleurs la forêt règne encore sur presque tout le Canada et remonte vers le nord jusqu’aux froids rivages de la baie d’Hudson, au Labrador, au Maine oriental, aux Nouvelleî-Galles. Sur l’autre versant des Montagnes-Rocbeuses., elle revêt de ses ombrages séculaires la Colombie anglaise, l’Amérique russe jusque sur les bords de la mer de Behring. Mais son empire s’arrête à l’Orégon et au Mississipi. A l’ouest et au sud de ces grands cours d’eau, les vastes prairies se déroulent sans fin, et les forêts ne revêtent plus que les montagnes, sur les flancs desquelles on les trouve encore reléguées au Mexique et tout le long de l’isthme de Panama, par où elles vont se lier, en suivant les Andes, aux vastes forêts de Caracas,, de l’Orénoque et du Brésil.

L’ancien continent n’est pas comparable au nouveau pour l’abondance des contrées forestières. L’Asie et l’Afrique renferment dans leurs parties centrales de vastes plateaux ou plaines arides qui surpassent de beaucoup les prairies de l’ouest du Mississipi, les llanos du Vénézuela et de la Nouvelle-Grenade, les pampas de Buénos- Ayres et de la Plata. En Asie, non- seulement la Sibérie étend au nord de l’Altaï ses steppes interminables, nonseulement l’Arabie, à l’ouest, déroule ses plaines de sables brûlants, mais encore entre la Sibérie, la Chine et l’Inde règne le désert de Kobi ou Gobi^ nom mongol qui signifie nu et sec et qui a pour synonyme le nom chinois désert de Chamo, c’est-à-dire mer de sable. Ce désert mesure 500 lieues de l’est à l’ouest, et tel est son aspect désolé, que les géographes sont portés à le considérer, selon les traditions locales, comme le fond d’une mer desséchée depuis quelques siècles seulement. L’Afrique, sur ce point, surpasse encore l’Asie; au sud des États barbaresques, entre le Fezzan, le Sénégal et l’Atlantique s’étend le grand désert ou Sahara des Arabes, continué entre le Fez/.an, l’Égypte et la Nubie, par le désert de Libye, De l’Égypte à l’Océan, ces vastes étendues, à peine recouvertes d’une végétation rabougrie, comptent 1 200 lieues de longueur sur plus de 500 lieues de largeur; c’est une surface plus grande que celle de toute l’Europe. Le centre de l’Afrique équatoriale, encore incomplètement connu, malgré les découvertes nombreuses qui y ont été faites, paraît abonder en plateaux sablonneux arides et en plaines marécageuses remplies de lacs stagnants, foyers d’exhalaisons dangereuses. Cette différence marquée dans la végétation forestière de l’ancien et du nouveau monde s’explique par la distribution toute différente des eaux à leur surface. Ce qui donne à la terre des continents le pouvoir de produire desforêts, c’est un réseau de rivières nombreuses et de fleuves arrosant leur surface. Nulle contrée n’est plus riche, sous ce rapport, que le continent américain, et partout où l’ancien continent a reçu la même faveur, il a porté ou porte encore de magnifiques forêts, A travers les steppes de la Sibérie, l’Altaï fait couler vers l’océan Glacial de grands fleuves presque parallèles; l’Irtyche, rObi, l’Ienisseï, l’Angara, la Lena et leurs nombreux tributaires roulent, comme dit Mal te- Brun, à travers des plaines désertes, d’où l’éternel hiver bannit les arts et la vie sociale; mais leurs bords sont fréquemment ombragés par de sombres et vastes forêts. Sur les côtes orientales de l’Asie, un climat plus doux coïncide avec un vaste système de cours d’eau ; aussi la Mandchourie et la Corée possèdent dans leurs parties élevées et montagneuses des forêts puissantes et étendues. La Chine, si abondamment arrosée, est depuis longtemps exploitée par une population merveilleusement nombreuse, qui ne laisse presque pas un coin de terre sans culture et a sans doute depuis longtemps défriché les forêts qu’a pu porter cette riche et immense contrée. Les deux Indes, dans leurs montagnes et le long des grands fleuves du Camboje, du Meïnam, du Brahmapoutre, du Gange, possèdent peut-être les plus belles forêts de l’Asie. Enfin, la Perse fut dans la première antiquité un pays de forêts touffues que l’homme a depuis longtemps dépouillé. Les parties bien arrosées par les fleuves sont particulièrement rares en Afrique ; mais la Barbarie, la Sénégambie, la Guinée et d’autres parties de ce vaste continent sont boisées assez richement dans certains cantons pour trancher complètement avec l’aspect général sOus lequel nous nous représentons la nature africaine. Une des véritables régions forestières de l’ancien continent est sans contredit l’Europe, avec ses terres profondément découpées par les mers et sillonnées de nombreux cours d’eau. Aussi toutes les traditions nous la représentent-elles comme

abondamment boisée dans ses diverses parties avant que les peuples qui l’habitent, croissant et grandissant en puissance et en civilisation, n’eussent détruit, surtout dans l’Occident, une grande partie des forêts européennes. Les trois grandes péninsules méridionales , l’FiSpagne, l’Italie et la Grèce, portaient aux premiers temps de riiistoire d’épaisses forêts sur les sommets du Rhodope, du Pinde, des Apennins, des Sierras-Nevada etMorenaet des Pyrénées. Dans l’Espagne, en particulier, les Carthaginois ont trouvé une vaste forêt nommée, par les anciens la forêt Gastulonienne, dont il ne subsiste que des débris méconnaissables. La Gaule, les îles Britanniques, couvertes de forêts épaisses, abritaient dans leurs profondeurs les mystères du culte druidique- L’Allemâgne ou Germanie antique était plus boisée encore, puisque, au dire de César, une immense forêt, la forêt Hercynienne, la couvrait des bords du Rhin jusqu’aux confins de la Sarmatie (Pologne et Hongrie) et de la Dacie (provinces Danubiennes). Cette forêt n’était sans doute pas absolument continue, puisque Tacite, à la fin du siècle de notre ère, tout en indiquant en Germanie des forêts considérables dans les parties que nous nommons actuellement la Saxe, le Meckembourg, le Brandebourg, la Silésie, le Hanovre, la Hesse, la Franconie, mentionne en même temps des plaines fertiles en céréales ; mais la forêt Hercynienne couvrait certainement plus des trois quarts du pays entre le Rhin et l’Oder. Ces forêts se prolongeaient sur la Ghersonèse Cimbrique, le Danemark d’aujourd’hui et sur la plus grande partie de la presqu’île Scandinave. Quant aux pays slaves ou sarmates, ce sont encore de riches régions forestières. L’Europe a donc vu jadis, avant la formation des nations qui ont pendant des siècles illustré son histoire, des peuplades nombreuses mener à l’ombre de forêts épaisses une existence analogue à celle des Peaux-Rouges de la Nouvelle-Angleterre ; à mesure que ces peuplades se sont fixées et policées, leur agriculture plus active a défriché ce sol destiné à tant de vicissitudes, et aujourd’hui certaines contrées conservent à peine quelques débris de leurs forêts premières, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, la Pologne, la Russie, la Suède et la Norwége, recèlent encore des trésors de végétation ligneuse dont la conservation et l’entretien sont véritablement d’intérêt général en Europe. « Parmi les productions de l’Allemagne, dit Malte-Brun, les forêts tiennent le premier rang, puisque, outre qu’elles fournissent à la consommation des habitants, aux constructions, aux fabriques et aux mines, elles donnent un excédant considérable à l’exportation ; elles couvrent, selon l’opinion reçue, un tiers du pays. Dans la région centrale, le chêne est l’arbre dominant, et toutes les collines sont ornées de cet arbre national, autour duquel se groupent les hêtres, moins beaux cependant qu’en Danemark , des frênes magnifiques, des ormes, des peupliers, des pins et des sapins, tandis que, dans les positions plus abritées, les noyers, les châtaigniers, les pommiers, les poiriers, les amandiers, les pêchers et toutes sortes d’arbres fruitiers étalent leurs riches productions. Les arbres conifères, et principalement le pin, qui, dans cette zone, se tient aux hauteurs moyennes et occupe quelques terrains arides, se multiplient davantage dans les plaines sablonneuses qu’arrosent l’Oder et l’Elbe; mais ce n’est généralement que l’espèce la plus commune, et il né faut chercher dans l’Allemagne septentrionale ni le pin au bois ferme ni le sapin élancé que la Scandinavie fournit aux constructions navales Il faut en excepter les belles col-

lines du Holstein oriental, du Mecklembourg maritime,, de l’île de Rugen, où les chênes reparaissent sur un sol moins sablonneux; cette lisière appartient à la région des îles et péninsules dano-cimbriques. » Dans le midii de l’Allemagne, notre auteur signale deux échelles de végétation forestière, l’une sur le versant nord des Alpes, depuis le Tyrol jusqu’au Danube, l’autre sur la pente orientale du même massif de montagnes, en Autriche, en Styrie, eu Garniole. Dans la première zone régnent surtout le sapin, le mélèze, le pin cimbro, le bouleau ; dans la seconde, les essences sont plus variées et se succèdent plus rapidement suivant les altitudes Le Danemark, au XI® et au xii® siècle, était richement boisé dans le Jutland; il ne conserve plus aujourd’hui que de longues bandes de forêts dans sa partie orientale et dans le Lauenbourg la forêt de Sachsenwald; les frênes, aunes, chênes et bouleaux dominent sur ce sol humecté. La Norwége compte parmi ses plus précieuses richesses les vastes forêts qui se dressent sur les rochers aigus du pied de ses montagnes, forêts où abondent le bouleau, dont la sève

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fermentée fournit une sorte de vin blanc mousseux, l’érable, le pin, le sapin, qui parvient jusqu’à plus de 50 mètres de hauteur et offre une valeur incomparable pour la mâture et la charpente. C’est le princip^il objet de commerce avee l’étranger. Dans le midi de ce pays glacé, le chêne reprend son empire comme essence forestière. La Suède, où l’agriculture a un développement remarquable, exploite fructueusement des forêts immenses de pins, de sapins, surtout dans la partie moyenne et septentrionale. Presque toutes les parties de la Pologne possèdent des forêts, et la Masovie en particulier ; les pins dans les plaines sablonneuses, les hêtres, les sapins sur les terrains élevés, les chênes sur tous les sols vigoureux. « Les mélèzes, dit encore Malte-Brun, les tilleuls, l’orme et le frêne, mêlant ensemble leur ombrage, donnent à plusieurs forêts de la Pologne un aspect agréablement varié. La plus belle forêt de bouleaux est près de Varka, en Masovie, et les plus grands tilleuls ombragent Prenn, sur le Niemen. Cependant, quoique les forêts de la Pologne comptent au delà de cent espèces d’arbres, elles en possèdent peu qui soient propres à la construction. » Pour la Russie, les forêts forment une des premières richesses naturelles, « source qui restera longtemps inépuisable, dit un auteur, et qui le serait absolument si elles étaient entretenues d’une façon plus méthodique et plus exacte. » On estime que dans cette contrée les foi’êts de pins, sapins et autres arbres verts couvrent 70 millions d’hectares. Au-dessus du 65® de latitude, les tilleuls et les bouleaux se marient dans les bois aux arbres résineux. Une des plus vastes forêts de l’empire russe, en Europe, est celle de Volkhonski, entre Novgorod et Tver. Les chênes, les érables, les hêtres, les peupliers sont assez répandus au-dessous du 5‘2® de latitude. Toutes ces essences sont un important objet de commerce, surtout les pins pour la mâture et les constructions. Le sud de la Russie d’Europe est dépourvu entièrement de bois; là se déroulent des plaines sans fin riches en céréales. En résumé, la Russie d’Europe possède i70 millions d’hectares de forêts de tous genres, c’est-à-dire plus du tiers de son territoire. Les autres contrées de l’Europe sont moins riches en forêts ; le défrichement n’y a laissé que des lambeaux de leur ancienne végétation fore.stière ; l’Espagne, l’Italie, l’Angleterre sont particulièrement appauvries à cet égard. On peut souhaiter, et l’on se préoccupe d’y pourvoir, que le déboisement s’arrête en France là où il est parvenu et que même surplus d’un point les efforts de rho.mme parviennent à réparer d’imprudentes destructions. Sur une superficie totale de 53 millions d’hectares, notre pays possède 7 8Ü0 (JOO hectares de forêts {\ environ du territoire) principalement situées dans les provinces orientales et couvrant des Ardennes aux Alpes les Vosges, le plateau de Langres, la Côte-d’Or, les Cévennes, le Jura ; en outre, les bassins de la Seine et de la Loire renferment de belles forêts, telles que celles de Compiègne (14 385 hectares), de Fontainebleau (IG 438 hectares), de Rambouillet (12 818 hectares), de Villers- Golterets (Il 134 hectares), d’Oiléans (42 550 hectares). Quant aux espèces d’arbres qu’on y cultive, on pourra consulter l’article Essences fouestières. L’article suivant est consacré spécialement à l’entretien et à l’exploitation des forêts. « Ad. F.

Forêts (Sylviculture^ — La culture des arbres forestiers peut être envisagée sous les trois points de vue suivants : 1“ lorsque les ai bres répartis sans ordre sur toute la surface du sol sont reproduits après leur exploitation, soit à l’aide de nouvelles tiges qui naissent sur les anciennes souches, soit au moyen d’ensemencements naturels ou artificiels, si ces surfaces boisées présentent une étendue considérable, elles prennent le nom de forêts^ et celui de 6ow lorsqu’elles sont plus restreintes; 2® lorsque les arbres sont régulièrement plantés en lignes parallèles plus ou moins nombreuses, qu’on leur laisse acquérir tout leur développement avant de les abattre et qu’ils sont renouvelés seulement à l’aide de nouvelles plantations, ce mode de culiure prend le nom de plantation d’ alignement ; 3“ enfin quand les arbres maintenus à une faible hauteur sont disposés de manière à servir de clôture et forment ce que l’on nomme une haie vive.

Aux articles Plantation et Haie, il est traité de ces deux derniers modes de culture, et l’article Essences FORESTIÈRES Contient l’indication des espèces d’arbres cultivées au point de vue forestier. Il ne sera donc question ici que de la culture des bois et forêis.

• Les forêts doivent leur formation soit à des ensemencements naturels, soit à des ensemencements artificiels ou à des plantations. Le repeuplement des forêts par l’en-

semencement naturel est à la fois le plus économique et le plus durable; nous verrons, en traitant de l’entretien et de l’exploitation, les soins que l’on doit apporter dans ces opérations pour favoriser le repeuplement. Malheureusement il n’est pas toujours possible d’en profiter pour perpétuer les forêts. Souvent le petit nombre ou l’infertilité des arbres existants dans un canton de bois ne permettra pas d’en attendre une quantité suffisante de semences pour le repeuplement naturel. D’autres fois, l’espèce de bo:s existante sera tellement mauvaise ou chétive, qu’un changement d’espèce deviendra nécessaire. Enfin, certaines circonstances pourront forcer de couper une jeune forêt avant qu’elle puisse fournir ellcniême les semences nécessaires à son entretien . Dans ces diverses circonstances, on sera donc obligé d’avoir recours soit aux ensemencements artificiels, soit aux plantations; mais, hors ces exceptions, il sera toujours plus profitable d’avoir recours aux ensemencements naturels.

Les forêts, en général, peuvent être partagées en taillis et en futaie ; on distingue également des forêts d'arbres d'une seule espèce et des forêts mixtes.

Les taillis sont des bois que l’on coupe ordh-'airement assez jeunes, soit pour les employer au chauffage, soit pour en faire du charbon, des échalas, des cercles, etc. Ce qui les distingue surtout des futaies, c’est qu’ils repoussent de leur souche. On divise ordinairement les bois taillis en trois classes : les jeunes taillis, qui s’exploitent à l’âge de sept, huit ou neuf ans; ils sont généralemxent composés de saules marceau, coudriers, châtaigniers, bouleaux, employés à divers usages et surtout au chauffage des habitants de la campagne. Les taillis moyens sont ceux que l’on exploite à l’âge de dix-huit à vingt ans pour en tirer du charbon ou du petit bois de chauffage. Les hauts taillis s’exploitent à l’age de vingtcinq à quarante ans et fournissent du bois de chauffage pour les villes, de petites pièces de charpente et de charronnage et surtout des bois de fente pour la latte, les échalas, etc. La futaie se distingue du taillis en ce qu’elle se repeuple presque entièrement par les semis. On divise les futaies en plusieurs classes caractérisées par leur âge. Ainsi on distingue les recrus, âgés de un à dix ans ; les gaulis, âgés de onze à trente ans; les perchis ou jeune futaie, âgés de trente à soixante-dix ans ; la haute futaie, âgée de soixante-dix à cent ans ; les vieilles écorces, âgées de plus d’un siècle. On nomme futaie sur taillis les jeunes arbres ou baliveaux de tous les âges réservés dans les taillis.

Il existe peu de forêts d’arbres d’une seule espèce. Nous exceptons toutefois les arbres résineux, qui exigent presque tous ce mode de culture. Les forêts mixtes sont composées d’espèces mélangées; mais le nombre des espèces est toujours d’autant moins grand que le bois a vieilli davantage, les grandes espèces, comme le hêtre, le chêne, survivant à toutes les autres.

Les travaux relatifs à la culture des forêts consistent dans les trois opérations suivantes : la création, Ventretien.,V exploitation. Ces trois opérations constituent surtout la science forestière.

Tout ce qui concerne la création des bois et forêts est traité au mot Reboiseaient (v. Supplément) ; il ne sera question dans le présent article que de leur entretien et de leur exploitation.

1® Travaux d'entretien»

Dans tout ce qui va suivre, scit pour les travaux d’entretien, soit pour l’exploitation, nous confondrons les forêts artificielles et les forêts naturelles, car les soins qu’elles réclament à cet égard ne présentent aucune différence.

Assainissement. — Quoiqu’il soit possible de cultiver en bois les terrains les plus humides, il y aura tout avantage à débarrasser ceux-ci de leur humidité surabondante; les bois qu’on y fera croître y acquerront une plus grande valeur. Toutes les fois donc que le sol forestier sera exposé à un excès d’humidité, surtout à la stagnation des eaux, on étudiera la configuration du terrain et l’on s’efforcera de diriger ces eaux hors de la forêt, à l’aide de rigoles et de fossés multipliés.

Clôtures. — Il serait désirable de pouvoir entourer les forêts d’une clôture impénétrable; on éviterait ainsi les dégâts occasionnés par les maraudeurs et par l’abroutissement des bestiaux. Mais ce résultat ne pourrait être atteint qu’à l’aide de clôtures murées ou de fortes palissades dont la dépense excéderait de beaucoup les avantages qu’on en obtiendrait ; aussi ces sortes de clôtures

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sont-elles réservées seulement pour les petits bois ou pour les parcs. Toutefois il sera utile d’entourer les forêts d’un fossé de 2 mètres de largeur sur lm,50 de profondeur, en ayant soin de rejeter la terre du côté de la forêt. Ces fossés se rempliront bientôt de ronces et de broussailles qui en feront une clôture solide.

Ab7'is. — Sur les bords de la mer, où il est si difficile de faire réussir les plants forestiers sans avoir formé des abris préalables, il est nécessaire de conserver, lors des exploitations, des massifs d’une dizaine de mètres de largeur destinés à protéger contre les vents la végétation des jeunes plants ou le recru des taillis. On réservera dans le môme but, autour de chaque coupe, des lisières de 2 à 3 mètres de largeur, particulièrement dans les localités dont le sol est sec et élevé.

Nettoiement des taillis, — L’opération du nettoiement consiste à faire couper, dans les taillis âgés de cinq à dix ans, les épines, les ronces, les viornes, les genêts, la bruyère, les brins ou jeunes tiges diflormes qui croissent sur les mômes souches que les brins bien venants, les plants de nerprun, bourdaines et autres arbrisseaux semblables qui n’ont qu’une courte durée; enfin les plants de charme et autres espèces inférieures, lorsque le sol est suffisamment garni d’espèces du premier ordre. Toutefois on ne devra pas oublier, en pratiquant le nettoiement, que le sol forestier ne doit rester découvert dans aucune de ses parties, pas môme dans les endroits uniquement garnis d’épines ou autres arbrisseaux de peu de valeur; car aussitôt qu’un vide se produit, le sol, desséché par le soleil, devient stérile, et les arbres dépérissent.

Eclaircie et éJagage des taillis. — Pendant l’été qui suit la coupe d’un taillis, il se développe sur chaque souche un certain nombre de bourgeons qui donnent lieu à autant de brins. Ceux-ci sont généralement trop nombreux pour pouvoir acquérir tous un d éveloppement convenable ; de là la nécessité d’en supp'^uuer plusieurs afin de concentrer l’action de la sève sui- quelques-uns seulement. Mais cette éclaircie doit être faite avec prudence. Si, pour un taillis qui sera exploité à l'âge de trente ou quarante ans, ou supprimait d’un seul coup et pendant l’une des premières années tous les brins qui ne doivent pas être conservés jusqu’à cet âge, il en résulterait un grand vide entre chaque souche, et, le soleil desséchant alors la terre, la croissance du bois souffrirait beaucoup. L’éclaircie des taillis, et surtout de ceux qui doivent avoir une longue durée, doit donc être faite progressivement et de manière que le sol, étant toujours couvert, il ne se dessèche pas autant. Il faudra veiller aussi à ce que les brins, suffisamment rapprochés, croissent plus droits et plus élevés et que les nouveaux bourgeons qui pourraient naître intempestivement sur la souche après chaque éclaircie soient étouffés par le manque de lumière. Pour remplir ces diverses conditions, on opérera de la manière suivante.

Deux ans après la coupe des taillis, dont la durée doit être portée à trente ou quarante ans, on éclaircit une première fois. On laisse sur chaque souche douze à quatorze brins, en choisissant de préférence ceux qui sont les plus rapprochés du sol, et on les répartit le plus régulièrement possible sur tout le périmètre de la souche.

Vers la dixième année, on applique aux souches une seconde éclaircie. Le nombre de brins qu’on laisse sur chacune d’elles est déterminé par la vigueur de ces brins et par la distance qui sépare les souches ; mais on ne doit pas, en général, en conserver plus de huit ou dix sur chaque souche.

Pour les taillis qui ne doivent durer que de quinze à vingt ans, on n’éclaircit qu’une seule fois, à l’âge de huit ans, et on laisse sur chaque souche un nombre de brins un peu plus grand que pour les taillis de plus longue durée. C’est à ce moment qu’on pratique aussi le nettoiement et l’élagage des brins.

Si, malgré toutes les précautions que l’on a prises pour prévenir le développement de nouveaux jets à la place de ceux qu’on a coupés lors des éclaircies, quelques bourgeons paraissaient au pied des souches, on ferait passer dans ce taillis, âgé au moins de dix ans, un troupeau de bétail pour brouter ces brins, afin d’en accélérer la destruction.

Eclaircie des futaies d'arbres non résineux. — La première opération à faire dans les jeunes massifs de futaie de chêne ou de hêtre, repeuplés au moyen de l’ensemencement, consiste à enlever, vers la vingVquatrième pnée, tous les bois blancs dont la présence est devenue inutile pour abriter les autres espèces et qui en gênent le développent. Mais cette première suppression est in-

suffisante pour des arbres dont l’ex loîtatîon n’aura lieu qu’à quatre-vingts ou cent ans et qui sont souvent placés à moins de 1 mètre de distance les uns des autres. Ils devront donc être eux-mêmes successivement enlevés jusqu’à ce qu’il existe entie chacun d’eux un espace suffisant pour qu’ils puissent attendre sans se gêner le moment de l’exploitation. Quant à cet espacement, il est subordonné au degré de fertilité du sol, à la nature des espèces qui peuvent croître plus ou moins serrées, enfin à l’âge qu’on laissera acquérir à la futaie. Dans tous les cas, ces éclaircies successives devront toujours être faites au moment où les arbres à enlever commencent à souffrir, et de manière que le sol soit constamment assez couvert pour ne pas être desséché par le soleil ; les arbres devront toujours rester suffisamment rapprochés pour qu’ils tendent à croître en hauteur. Dans le plus grand nombre de cas, ces éclaircies seront faites tous les douze ou quinze ans.

Eclaircie des forêts résineuses Les massifs d’arbres résineux doivent aussi recevoir des éclaircies successives ; mais l’expérience a démontré que, pour développer des tiges bien filé s, ils ont besoin d’être plus rapprochés que les arbres non résineux. Quant à la distance à laisser entre eux, elle variera aussi suivant les espèces et la nature du soi : le mélèze et les épicéas seront tenus plus serrés que les pins. D’un autre côté, les mômes espèces devront être plus rapprochées dans un terrain sec et peu profond que dans un sol substantiel et profond. Lors de ces éclaircies progressives, on ne supprimera chaque fois que les arbres qui sont dépassés paries autres et qui sont sur le point d’être étouffés.

Elagage des arbres de haut jet. — L’élagage des arbres plantés en plein bois et destinés à former des futaies est presque toujours inutile. En effet, ces arbres sont toujours maintenus tellement serrés, que la lumière ne peut pénétrer au-dessous de leur tête et favoriser le développement des ramifications inférieures. A mesure que les arbres grandissent, ces ramifications se détruisent d’ellesmêmes sans qu’il soit besoin de les retrancher. Toutefois, lorsque, par une circonstance quelconque, ces arbres se trouvent plus ou moins isolés pendant leur jeunesse, tels que ceux qui, sous le nom de baliveaux, sont réservés dans les taillis ou bien encore ceux qui croissent sur les lisières des futaies, il faut, si l’on veut avoir des troncs bien droits et suffisamment élevés, leur appliquer l’opération de l’élagage. Mais cette opération tout exceptionnelle doit être pratiquée avec une grande circonspection et avec les soins que nous indiquons plus loin, en parlant de l’élagage des plantations d’alignement.

Du marnage des bois. — L’emploi de !a marne a pour eftet de rendre les sols compactes plus perméables à l’air et à l’eau et de favoriser la nutrition de.s plantes en rendant solubles dans l’eau certains principes utiles à la végétation. L’action de cet amendement calcaire, presque exclusivement employé jusqu’ici pour la culture des plantes herbacées, paraît agir aussi efficacement sur l’accroissement des arbres. Plusieurs observations nous l’ont démontré. Nous’citerons, entre autres, un marnage exécuté sur un taillis situé dans la commune de Bacqueville (Seine-Inférieure) et assis sur un sol argilo-siliceux. Cette opération, faite immédiatement après la coupe du taillis et pratiquée seulement sur la moitié de la surface d’un terrain parfaitement homogène et soumis aux mômes influences dans toute son étendue, a donné lieu à une végétation moitié plus vigoureuse sur la partie qui avait été marnée. L’efficacité de la marne pourrait être expliquée, selon nous, par la présence dans les terrains couverts de bois d’une grande quantité de débris organiques à l’état acide et, par conséquent, non solubles dans l’eau et que la présence de l’amendement calcaire transforme en éléments nutritifs. Les terrains humides et surtout ceux qui sont privés de l’élément calcaire devront donc être soumis à cette pratique. On choisira pour l’effectuer le moment de la coupe des bois, afin que la marne, entièrement exposée à l’action des intempéries et surtout de la gelée, se délite plus complètement. Quant à la quantité de marne à répandre sur une surface donnée et au laps de temps qui devra s’écouler entre chaque marnage, on pourra suivre les indications fournies par la pratique de chaque contrée à l’égard des terres labourées.

2® Travaux d'exploitation des bois et forêts.

L’exploitation des bois se compose en général de deux opérations bien distinctes ; X aménagement et l'exploita' tion proprement dite.

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De V amenagement. — L’aménagement est l’art de diviser une forêt en coupes successives ou de régler l’étendue ou l’âge des coupes annuelles de manière à assurer une succession constante de produits. Admettons qu’il s’agisse d’un bois de 10 hectares exploité intégralement à chaque dixième année ; si l’on veut convertir ce produit périodique en un revenu annuel, on divise ce bois en 10 fractions égales qu’on exploite successivement d’année en année : l’effet de cette nouvelle disposition est de permettre à chaque fraction de croître jusqu’à 10 ans, tout en assurant à perpétuité une coupe annuelle.

En général, l’exploitation la plus restreinte doit embrasser un intervalle d’au moins 10 ans, parce que ce laps de temps est nécessaire pour que les produits ligneux soient susceptibles de quelque valeur. Mais on a toute latitude pour choisir une période d’aménagement beaucoup plus longue; elle peut varier de 10 à 150 ans et môme plus. La principale question à résoudre est de savoir à quel âge on doit régler l’a ménagement d’une forêt po ur en obtenir le produit le plus avantageux possible.

Si un bois âgé de 10 ans ne développait chaque année qu’une masse de produit ligneux égale à la quantité développée pendant chacune des années précédentes, il n’y aurait d’autre avantage à l’exploiter à un âge plus ou moins avancé que celui d’avoir du bois d’un échantillon plus ou moins fort; mais l’expérience a démontré que le volume des arbres se développe suivant une progression qui s’approche de celle des carrés des nombres naturels. Ainsi, si le produit d’un hectare de bois âgé de 10 ans équivaut à 100, le produit du même bois présentera la progression suivante en avançant en âge :

20 ans.

H équivaudra à

On pourrait donc en conclure que l’aménagement devrait toujours être conçu de manière que l’exploitation n’arrive pour chaque fraction de la forêt qu’au moment où le plus grand nombre des arbres présentent des signes de décrépitude, c’est-à-dire à l’âge de lüO è 250 ans et plus.

A la vérité, on a cru reconnaître que le plus grand produit en matière ligneuse n’était pas en rapport avec le plus grand produit en argent; on a prétendu que plus l’aménagement avait de durée, moins le bénéfice net était élevé, et cela en raison des intérêts composés des capitaux engagés dans cette culture; mais les recherches publiées récemment par quelques forestiers ont fait voir qite la valeur de la superficie permanente ou la richesse propre des forêt saugmentait sans cesse à mesure que l’on augmentait la durée de l’aménagement, et que cette plus grande valeur compensait et au delà la perte occasionnée par les intérêts composés. D’où il suit que l’on devrait s’en tenir à notre première conclusion.

Mais on conçoit qu’il n’y a qu’un être moral comme l’État, dont l’existence est continue, qui puisse adopter un aménagement de 100 à 300 ans et attendre pendant ce laps de temps la réalisation de ce produit. Les communes, les particuliers ont besoin d’adopter des aménagements beaucoup moins prolongés. D’un autre côté, comme la durée de l’aménagement influe nécessairement sur le mode de reproduction du bois après chaque exploitation, on a dû adopter, suivant la durée de chaque aménagement, un mode de culture différent. De là, les futaies qui se reproduisent uniquement au moyen des semences; les taillis sous futaies qui se régénèrent à la fois au moyen des souches et des semences; enfin, les taillis proprement dits qui sont entretenus seulement au moyen du recru des souches. Disons maintenant un mot de la durée de l’aménagement qui convient le mieux à chacune de ces sortes de forêts.

Aménagement des futaies. — Nous venons de le dire, l’aménagement desforôts en futaies ne convient guère qu’à l’État, qui peut attendre la réalisation de pareils produits. Quant à la durée de l’aménagement, au poii.t de vue du maximum du produit, il devra nécessairement varier suivant la nature des espèces qui composent la futaie Nous indiquons ici cette variation ;

Espèces Cü'.ttposant la futaie.

Chêne ... t

Hêtre j

Epicéa \

Sapin j

Erable,

Frêne.

Orme. ,

Tilleul,

Pin...,

Mélèze

Bouleau )

Aune j

Durée de raméiKigonieul , . 140 à 160 ans.

. 110 à 120 ans»

. . 100 à 1 10 ans.

70 à 80 ans.

à 65 ans.

Ces indications sont pour un sol de fertilité moyenne. Dans un terrain d’excellente qualité, la durée de l’aménagement devra être un peu augmentée; elle sera restreinte, au contraire, dans les sols de qualité inférieure.

Aménagement des futaies sur taillis. — Nous savons qu’on nomme futaies sur taillis les forêts composées de baliveaux réservés dans les taillis à chaque exploitation. L’usage le plus général est de réserver 50 baliveaux par hectare. Supposons que la durée de l’aménagement du taillis soit de 25 ans, on réservera, lors de la première coupe, 50 baliveaux par hectare, en choisissant de préférence les brins provenant des semences. Lors de la seconde coupe, on ne réserve plus par hectare que 18 de ces baliveaux, et l’on abattra de préférence ceux qui sont faibles, difformes ou trop rapprochés les uns des autres ; ces 18 baliveaux seront alors âgés de 50 ans. A la troisième coupe, ces baliveaux, alors âgés de 75 ans, seront réduits au nombre de 8 par hectare. A la quatrième coupe, ils auront 100 ans, et l’on n’en conservera plus qu’environ 3 par hectare; enfin, aux coupes suivantes, on pourra encore, lorsque le sol sera de bonne qualité et que ces baliveaux continueront de croître, en réserver 1 ou 2 par heetî' e. Lorsque tous les baliveaux ont ainsi successivement di, paru, on fait une nouvelle réserve semblable à la première.

Toutefois, le nombre des baliveaux que nous venons d’indiquer comme devant être réservés sur le taillis devra être un peu diminué dans les terrains humides qui ont besoin d’être aérés; on l’augmentera, au contraire, dans les terrains secs qui doivent être abrités contre l’ardeur du soleil.

Cette espèce de forêt présente en quelque sorte les avantages réunis de la futaie et des taillis. Ainsi, la coupe du taillis permet au propriétaire de réaliser une partie du produit à des époques rapprochées, et les réserves de baliveaux lui fournissent, comme la futaie, des bois de construction. D’un autre côté, lorsque les baliveaux arrivent à un certain âge, ils répandent des graines qui concourent à la régénération du taillis.

Mais ces avantages ne peuvent se produire sans inconvénient dans toutes les circonstances. En effet, il faut d’abord admettre, comme première condition de succès, que l’aménagement du taillis sera réglé au moins à 20 ou 25 ans. Si les réserves étaient faites sur un taillis coupé à 10 ans, par exemple, les jeunes baliveaux, n’étant plus serrés, ne croîtraient plus assez en hauteur, et l’on n’aurait ainsi que des arbres mal faits; en outre, leur tête étant très-large et peu élevée, le taillis du dessous serait bientôt étoulfé.

Le succès des futaies sur taillis exigeant une longue durée dans l’aménagement du taillis, cette sorte de forêt ne convient que pour les communes aisées ou les riches particuliers.

Aménagement des taillis. — Si l’on a en vue, dans l’aménagement d’un taillis, d’obtenir le produit le plus avantageux sous tous les rapports, on devra, par suite du principe que nous avons posé plus haut, conduire la durée de l’aménagement jusqu’à sa dernière limite. Cette limite est déterminée par l’âge auquel les souches de chaque espèce d’arbres peuvent donner lieu à une nouvelle végétation, après la coupe des tiges qu’elles portaient. bn conçoit, en effet, que, si l’on dépassait cet âge, on verrait bientôt disparaître le taillis, puisqu’il ne se perpétue que par le recru successif des souches. Nous indiquons ici l’âge auquel les souches de chaque espèce cessent en général de donner de nouveaux recrus, après que le taillis a été exploité plusieurs fois.

Espèces d'ai’bi'es. Durée extrême des souches.

Chêne 150 à 220 ans.

Hêtre 60 à 90

Charme 80 à 100

Châtaignier 50 à 60

Erable 80 à 120

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Espèces d’arbres. Durée exlrême des souches.

Or 'ne 100 à IbO ans.

Frêne 80 à 120

Bouleau 50 à 60

Aune 50 à 80

Tilleul 100 à 150

Alizier des bois 50 à 80

Allouchier 50 à 80

Peuplier 40 à GO

Saule 30 à 40

Tous les autres arbrisseaux 20 à 40

Mais si un taillis était aménagé à l’âge moyen de 80 ans, par exemple, beaucoup de souches auraient disparu au moment de l’exploitation, parce que leur recru aurait été étouft'é par la végétation des brins les plus vigoureux ; de sorte qu’après la coupe, les souches se trouveraient beaucoup plus espacées que lors de la première année; le sol présenterait beaucoup de vides et, le terrain n’étant pas assez couvert, la végétation en soufirirait. De là la nécessité de ne pas donner aux aménagements des taillis une durée aussi longue que celle que l’on pourrait adopter si l’on tenait compte seulement de la durée des souches du taillis. Aussi les aménagements ne dépassent ils guère 40 ans. Il s’en faut môme de beaucoup que tous les taillis soient conduits jusqu’à cette limite. Le plus grand nombre sont exploités à des époques qui varient entre 10 et 30 ans.

Quant au choix entre ces diverses époques d’exploitation, il est déterminé soit par les besoins du propriétaire, besoins qui exigent que les produits soient réalisés à des époques plus ou moins rapprochées, soit par la nature du sol et par les espèces qui dominent dans le taillis et font que celui-ci arrive plus ou moins vite au degré d’accroissement qu’il doit avoir pour être exploité avec avantage, soit enfin par l’usage auquel on destine les produits. Veut-on faire servir les bois aux ouvrages de fente, à l’exploitation des mines, etc., il faudra laisser vieillir le taillis. Possède-t-on un taillis composé uniquement de châtaignier, de coudrier, destinés à faire des cercles, il faudra le couper aumoment où les brins seront propres à cet usage. Un taillis de frêne s’exploite lorsque les perches ont atteint les dimensions propres aux ouvrages de charronnage. Un taillis de chêne doit être coupé avant l’époque où la qualité de l’écorce commence à se détériorer.

Tout ce que nous venons de dire relativement aux taillis démontre que cette sorte de bois convient surtout aux particuliers qui ne peuvent, comme l’État ou les communes riches, attendre une époque très-reculée pour réaliser les produits.

Exécution de l’aménagement. — Abornement. — Lorsque ces diverses questions sont résolues, on partage la surface de la forêt en autant de fractions que la révolution du mode de l’aménagement choisi compte d’années, et on limite chacune de ces fractions par un abornement. Autrefois, lorsque le sol avait peu de valeur, on marquait les limites de chaque coupe par des arbres auxquels on donnait le nom de pieds corniers; ces arbres, qui acquéraient des dimensions souvent colossales, étaient destinés à pourrir sur pied. Mais, aujourd’hui que les arbres et le sol ont acquis une plus grande valeur, les limites entre les coupes sont déterminées par des bornes en pierre portant le numéro d’ordre des coupes. On emploie le même moyen, ainsi que des fossés, pour séparer les forêts contiguës; mais il est plus convenable d’ouvrir une route mitoyenne sur tous les points de la propriété qui sont limitrophes d’une autre forêt. Cette route, bordée de fossés, ouvre une voie commode pour l’extraction des bois.

Reconnaissance des coupes précédentes. — S’il s’agit de changer l’aménagement d’une forêt, on devra le faire d’une manière progressive; les' changements brusques, lorsqu’ils ne sont pas impossibles, ont au moins pour efifet de priver momentanément le propriétaire de ses revenus. On évitera cet inconvénient en reconnaissant les coupes précédentes et en augmentant ou en diminuant leur étendue, selon que l’on voudra diminuer ou augmenter la durée de l’aménagement. Admettons, par exemple, qu’un taillis {fig. 1196) de 30 hectares, aménagé d’abord à 20 ans, doive être exploité avec plus d’avantage à 30 ans, les coupes, qui présentaient d’abord une ctendue de I hectare 50 cei.tiares, comme l’indiquent les

lignes ponctuées de notre figure, seront réduites à 1 hectare, et le nombre s’élèvera de 20 à 30. Puis, au lieu de suspendre les coupes pendant lO ans, pour laisser à la plus ancienne (A) le temps d’acquérir 30 ans d’âge, on commencera l’exploitation l’année môme, en coupant d’abord la parcelle (A) qui est la plus âgée. On conçoit qu’en opérant ainsi, le résultat cherché sera obtenu à la fin de la révolution de l’aménagement. On remarquera toutefois que le revenu du propriétaire sera diminué d’un tiers pendant les premières années; mais le taillis avançant en âge à mesure que l’on s’éloignera de la première année d’exploitation, il en résultera une augmentation telle dans le revenu, qu’à la quatorzième année ce revenu sera égal à ce qu’il était lors de l’aménagement de 20 ans, et qu’à la trentième année l’augmentation de produit sera dans la proportion de 2 à 3 .

Forme et étendue des coupes. — La configuration des coupes ou ventes doit être déterminée de manière que l’exploitation soit d’une surveillance facile et que chaque vente aboutisse ' sur une route destinée à l’extraction des bois. Ces ventes sont ordinairement séparées par des chemins tracés en ligne droite {fig, 1197). S’il s’agit de forêts aménagées en futaie et destinées à se repeupler au moyen d’ensemencements naturels, il est bon de donner aux coupes une forme et une étendue qui facilitent ces réensemencements; sur une surface plane ou peu tourmentée, les coupes auront la disposition de rec-

tangles très-allongés, de manière que les jeunes plants soient abrités par les arbres voisins. On dirigera autant que possible ces bandes de l’est à l’ouest pour procurer de l’ombrage aux plants. Pour les mêmes forêts en futaie, mais assises sur des terrains en pente ra- • pide, on fait tourner les coupes suivant la pente du terrain , afin d’empêcher l’eau des pluies d’entraîner les graines, ce qui aurait lieu si ces coupes étaient dirigées parallèlement à la pente.

Il est bien important de conserver autant que possible la contiguïté des coupes qui doivent être exploitées successivement et d’éviter que la traite des coupes ne se I fasse à travers les jeunes recrus. Il faut éviter aussi

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d’ouvrir la serio des coupes au sud et au sud-ouest, à cause des influences trop vives de la chaleur et des vents d’orage.

Quant à l’étendue des coupes, doivent-elles offrir une étendue égale en superficie ou donner seulement des produits égaux ? 11 est évident que, l’intérêt du propriétaire étant surtout d’avoir un revenu égal chaque année, les coupes devront avant tout présenter des produits égaux. Ces deux conditions se trouvent remplies si l’on a eu le soin d’aménager chaque partie différente suivant la nature du sol, les espèces qui forment les massifs et l’usage le plus avantageux que l’on peut en faire. A. Du Bn.

Forêts (Exploitation proprement dite des) (Sylviculture). — En général, les coupes de forêts sont vendues sur pied, et ce sont les acquéreurs qui tirent ensuite le meilleur parti possible de la vente, en donnant à chaque espèce d’arbre ou à chaque partie du môme arbre la destination la plus avantageuse. Mais quelquefois aussi le propriétaire se charge de ces soins, il vend séparément les divers produits de son exploitation. Toutes les fois qu’on pourra s’occuper de ces détails, on ne devra pas hésiter à le faire, car on tirera un bien meilleur parti des coupes; mais ce mode exige des connaissances spéciales, et il faut savoir séparer les arbres qui sont les plus propres aux usages suivants :

1“ Bois de chauffage;

2° Cercles de futailles;

3“ Échalas;

4° Perches propres à divers usages ;

5° Écorces pour le tannage ;

6" Bois propre à faire le charbon.

Dans une futaie, il faudra pouvoir distinguer :

1" Les bois propres à faire des pièces de marine ou de charpente;

2“ Les bois propres aux ouvrages de fente;

3® Ceux propres à la menuiserie et à l’ébénisterie ;

4" Ceux propres au charronnage;

5” Les bois recherchés par les sabotiers ;

(3° Les bois de chauffage ;

7" Les menus bois et copeaux.

Ces divers produits sont d’abord mis à part à mesure que l'on exploite; on les façonne ensuite selon leur destination. Nous avoDb âidiqué plus haut, en faisant l’étude spéciale des principojes espèces d’arbres forestiers, les divers usages auxquels le bois de chacun d’eux peut être employé.

Évaluation des produits d'une coupe.

Si la coupe est exploitée par le propriétaire et vendue en détail après qn’il en a fait façonner les diverses sortes de bois, il n’est pas difficile d’évaluer les produits de cette coupe, car il suffit de faire réunir en masse régulière ces diverses qualités et d’en déterminer la quantité en mètres cubes; mais si l’on veut évaluer les produits d’une coupe sur pied, l’opération présente plus de difficultés.

Pour un bois en futaie, il faudra, si l’on veut une évaluation exacte, mesurer isolément chaque tige pour en connaître le volume en mètres cubes.

On mesurera d’abord la circonférence à 1“, IG du sol, à l’aide d’une chaînette en fil de fer divisée en centimètres.

On détermine ensuite la hauteur de la tige à l’aide de l’instrument imaginé ptir M, Noirot {fig. 1198). On place cet instrument, au moyen d’un pied planté en terre, à 10 mètres de l’arbre; on dispose horizontalement l’alidade fixe (A), au moyen du petit niveau (C) en la dirigeant vers la tige de l’arbre. On fait monter l’alidade mobile (B) jusqu’au point où elle permet de voir dans sa direction le sommet de la tige; on la fixe au moyen d’une vis de pression, et il ne s’agit plus que do lire sur le limbe (D) de l’instrument le nombre de mètres et de décimètres

qui expriment la hauteur de la tige au-dessus de l’instrument. 11 faut ajouter à cette hauteur la distance entre le sol et le point de la tige où l’alidade fixe est dirigée.

La grosseur du sommet de la tige est également déterminée à 1”,1G de ce sommet. Pour connaître cette troisième mesure, il faut tenir compte de la grosseur de la tige vers sa b:ise et de sa hauteur, puis se rappeler que dans les futaies sur taillis la grosseur de la tige d’un arbre décroît de 0'“,08 par mètre de hauteur, et que dans les futaies pleines cette décroissance n’est que de 0“,04 par mètre. On arrivera facilement de cette manière à estimer la grosseur du sommet, et comme on connaîtra d’ailleurs la grosseur de la base, on pourra établir la grosseur moyenne, qui, jointe à la hauteur, permettra de transformer facilement la tige de chaque arbre en mètres cubes. Ajoutons qu’en prenant la circonférence du sommet et de la base de chaque tige, on devra déduire l’épaisseur de l’écorce, laquelle équivaut au cinquième de ces circonférences.

Pour évaluer le produit d’une coupe de taillis sur pied, on peut faire abattre un quart d’hectare dans la meilleure partie de la coupe, un quart d’hectare dans la partie médiocre et un quart dans la plus mauvaise partie. On fait soigneusement débiter le bois provenant de chacune de ces portions, on additionne leurs produits réunis et le tiers du total forme la valeur moyenne d’un quart d’hectare. Quoiqu’il en soit de ces divers modes d’estimation des produits sur pied, il est certain qu’ils laissent toujours un vaste champ à l’incertitude, et que l’estimation h vue d’œil, par des hommes entendus et rompus à ce genre de travaux, présentera toujours plus de précision et sera en môme temps d’une exécution plus simple et plus facile.

Exploitation des futaies.

Les futaies peuvent être exploitées de différentes manières, mais elles sont loin de présenter toutes les mômes avantages.

Jardinage. — Ce mode consiste à parcourir toute l’étendue de la forêt et à enlever çà et là les arbres qui dépérissent et ceux qui sont parvenus à l’époque de leur maturité. Ce procédé présente surtout les inconvénients suivants : Il donne un revenu beaucoup plus faible; l’extraction des arbres occasionne des dégâts notables; les jeunes plants de recru, étouffés par les grands arbres, se développent très-lentement et un grand nombre périssent pendant leur jeunesse.

Coupes par bandes. — Au lieu de chercher çà et là les arbres mûrs ou dépérissants, on fait chaque année une coupe pleine à lat|uelle on donne la forme d’un rectangle très-allongé ou d’une zone. Tous les arbres qui se trouvent dans cette surface sont abattus, à l’exception de quelques porte-graines. Cette bande forme la coupe annuelle, qui se repeuple naturellement par de jeunes plants qui se trouvent déjà sur le sol et surtout par ceux qui doivent provenir des graines qui tombent des massifs d’arbres entre lesquels cette lisière est resserrée. Dans la vue de favoriser les semis naturels, on enlève les herbes en grattant le terrain à la pioche. Les arbres isolés que l’on a htissés de distance en distance pour aider au repeuplement doivent être coupés aussitôt que le plant est assez épais et assez fort pour se passer d’abri. Toutefois on reproche à ce mode d’exploitation les deux inconvénients suivants : les réensemencements s’y font incomplètement et souvent les recrus périssent faute d’un abri suffisant ; en second lieu, ce mode donne prise aux vents, qui, pendant l’hiver, renversent un grand nombre des arbres réservés.

Coupes par éclaircies. — Lorsqu’un massif est jugé prochainement exploitable, il est mis en défense quelques années à l’avance; c’est-à dire que, pour conserver les graines, le pâturage et le pacage y sont interdits. Quand le moment de l’exploitation est arrivé, on procède à l’assiette de la première coupe ou coupe sômhre^ en désignant pour l’abatage les arbres situés dans les endroits les plus épais, de manière que ceux qui restent conservent un ombrage égal à toute l’étendue du sol. Cette opération importante et délicate a le double objet de permettre au semis de lever et d’empêcher l’accroissement des herbes. L’air circulera à travers le massif, la lumière commencera à s’y introduire et les jeunes plants se développeront, en môme temps qu’ils seront protégés contre les gelées et la chaleur.

Lorsque le plant, répandu uniformément sur le sol, a pris une hauteur de 0“,30 à 0“,40, lorsqu’on n’a plus

Ffg. 1198.— Insirumer.t pour mesurer la hauteur des arbres.

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iieu de craindre que le soleil et la sécheresse le fassent périr, lorsque enfin le massif est bien garni, on procède à la coupe secondaire ou coupe claire. Dans celle-ci on comprend une grande partie des arbres restants, en observant pour l’espacement de ceux que l’on conserve des règles à peu près semblables fi celles de la coupe sombre. Ces arbres conservés subsistent jusqu’à l’époque où le semis, ayant atteint une hauteur moyenne d’un mètre, est devenu assez robuste pour être exposé sans inconvénient à l’influence de l’air, du soleil et des météores. A cette époque, on procède à la cowpe définitive^ laquelle comprend tous les arbres restants, sauf quelquesuns, destinés à servir de porte-graines dans les endroits que l’on ne juge pas suffisamment repeuplés.

Ces trois exploitations embrassent ordinairement une période d’environ dix années. La rareté ou l’abondance des graines, la rapidité ou la lenteur de la croissance des plants en déterminent les époques respectives. Dans les suis de bonne qualité deux coupes suffisent pour opérer le repeuplement. Les trois coupes ne sont indispensables que dans les terrains trop secs.

Des trois modes d’exploitation que nous venons d’indiquer, on devra généralement préférer le dernier, car il facilite surtout le repeuplement naturel.

Exploitation des taillis.

Deux procédés peuvent être employés pour l’exploitation des taillis, la coupe pleine et le furetage. Le premier procédé est le plus généralement employé.

Du furetage. — On appelle ainsi le mode d’exploitation qui consiste à couper dans un taillis les plus gros brins, en laissant subsister les petits jusqu’à l’époque où ils auront atteint la dimension des premiers. Dans les bois où le furetage s’exerce, l’exploitation revient tous les dix ans dans la même partie de la forêt. Sur chaque souche il y a des brins de trois âges différents. On coupe tous ceux qui ont plus de 0“,33 de tour, et on laisse subsister les autres. On conserve tous les brins de semence.

Les coupes nouvellement- furetées sont couvertes d’herbes, de genêts, de brins cassés ou pliés; mais quelques années après on n’aperçoit aucune trace des dégâts que l’exploitation avait occasionnés, et les arbustes parasites sont étouffés. Les petits brins, trouvant l’espace nécessaire pour se développer, croissent avec force ; et comme le sol n’est jamais découvert, les racines reçoivent une nourriture abondante ; le taillis procure aux derniers jets des souches un abri contre les vents desséchants et contre les gelées. Ce mode d’exploitation peut être avantageusement employé dans les terrains secs et légers, surtout pour le hêtre. Nous devons cependant faire remarquer que, le furetage ayant pour effet de rendre impossibles les repeuplements naturels, les souches s’épuisent, ne produisent plus api’ès un certain laps de temps, et laissent bientôt des vides nombreux dans les taillis.

Coupe et abatage des bois.

Futaies. — L’abatage des futaies se fait de deux manières : les arbres sont coupés à blanc ou en pivotant.

Pour la coupe à blanc, on se sert ordinairement de la cognée. On fait d’abord une entaille tout à fait à la base de la tige et du côté où l’arbre doit tomber ; et, lorsque cette première entaille est assez profonde , c’est-à-dire lorsqu’elle comprend environ la moitié du diamètre de l’arbre, on en pratique une seconde du côté opposé, en augmentant progressivement sa profondeur jusqu’à la chute de l’arbre; si l’arbre penche du côté opposé à celui où l’on veut qu’il tombe, on fixe, près du sommet, un câble avec lequel on le tire.

On commence à remplacer, dans cette sorte d’abatage, la cognée par la scie. Dans ce cas, on fait d’abord une légère entaille avec la cognée du côté de la tige où l’arbre doit tomber; cette entaille doit être placée le plus bas possible, afin de ne pas diminuer la longueur du tronc. Puis on introduit dans cette entaille la scie appelée passe-partout, et on la fait manœuvrer par deux ouvriers. Lorsque cette première section est assez profonde, on en pratique une semblable du côté opposé, on y introduit un coin, et, en le chassant lentement, on détermine la chute de l’arbre,

La coupe en pivotant consiste à faire une tranchée autour de l’arbre et à couper ses racines latérales; l’arbre tombe, et l’on gagne ainsi 0“,40 ou û“,50 sur sa longueur. C’est à ce dernier procédé qu’on devra généra-

lement donner la préférence : on ne perd alors aucune partie de la tige, et les racines ainsi coupées donnent souvent lieu à un nouveau recru. Quel que soit le mode d’abatage employé pour les futaies, il est d’un grand intérêt d’employer des bûcherons adroits, afin d’éviter quela chute des arbres ne brise d’autres arbres voisins, ou que l’arbre abattu ne soit lui-même endommagé dans sa chute. Le mieux est d’élaguer sur place les arbres dont les branches ont quelque valeur.

Coupe des taillis. — Les taillis se régénèrent surtout par les nouveaux jets qui naissent des souches après chaque coupe ; il importe donc de les exploiter de manière à placer ces souches dans les conditions les plus favorables, pour donner lieu à de nouvelles productions. Le mode de coupe le plus en usage consiste à couper les brins sur les souches sans attaquer celles-ci, de sorte qu’api'ès trois ou quatre couches successives les souches s’élèvent au-dessus du sol et deviennent volumineuses. Mais comme, lorsque ces souches, dont le produit se développe toujours vers le sommet, viennent à périr, rien ne remplit le vide qu’elles laissent, on a proposé de les couper entre deux terres, à chaque exploitation, ou, tout au moins, de les ravaler immédiatement au-dessus du collet. Il en résulte que les nouveaux brins qui se développent, naissant presque toujours du sol, s’y enracinent; la souche principale meurt, mais chacun des brins donne lieu à une souche nouvelle. Ce nouveau procédé n’est pas sans inconvénient ; il arrive souvent, en effet, qu’un certain nombre de souches ravalées à la surface du sol, ou même entre deux terres, ne repoussent pas. On évitera ces accidents en laissant intactes les souches de hêtre, d’aune, les grosses souches de chêne et de frêne qui ont encore produit des brins vigoureux, et en ravalant, au contraire, les souches de charme, d’orme, de tremble, ainsi que les vieilles souches de chêne et de frêne.

Dans tous les cas, la coupe des brins devra être faite le plus près possible de la souche, et, lorsque cette dernière devra être ravalée, on le fera immédiatement au-dessus du collet. Ces diverses coupes devront toujours être légèrement inclinées, afin que l’eau des pluies ne puisse y séjourner et déterminer la carie.

Epoque la plus favorable pour la coupe des bois. — De nombreuses expériences ont démontré que la saison la plus favorable pour la coupe des bois est l’hiver. On a reconnu que les bois coupés pendant le repos de la végétation ne se gâtent pas aussi promptement et ne se gercent pas aussi facilement ; ils sont moins vite attaqués par les insectes et fournissent plus de chaleur que ceux abattus en temps de sève.

L’abatage des bois pendant la végétation présente, lorsqu’ils’agit défaillis, un autre désavantage: la sève du printemps ayant été dépensée au profit des brins que l’on exploite, les recrus qui naissent sur les souches immédiatement après la coupe sont maigres, chétifs, et ont à peine le temps de s’aoûter avant l’hiver. C’est donc du mois d’octobre au mois d’avril que la coupe devra être pratiquée. II est toutefois une époque plus précise encore pour l’abatage des taillis ; car si on les exploite au commencement de Thiver, la coupe restera exposée jusqu’au printemps à toutes les inteuipéries, et le recru sera moins vigoureux; il sera donc préférable, surtout dans le Nord, de ne commencer cette exploitation qu’après les grands froids, c’est-à-dire en février, et de la terminer en mars.

Quant à la question de savoir si l’on doit avoir égard aux phases de la lune, nous pensons avec Duhamel, Baudrillart, de Burgsdorf, etc., que rien ne justifie l’opinion qu’on ne doive abattre les arbres que pendant son décours; il est donc indifférent de les exploiter pendant les différentes phases de cet astre.

Ecorcement du chêne,

La meilleure écorce pour faire le tau est celle qui provient des taillis de chênes âgés de 18 à 30 ans. L’écorce des chênes de 60, 75 et 80 ans sert bien au même usage, mais il faut qu’elle soit nettoj'-ée, c’est-à-dire que les rugosités soient enlevées. C’est du 10 mai au 10 juin que l’on enlève l’écorce sur les brins de chêne.

L’ouvrier abat la tige à la cognée, et, au moyen de sa serpe, il fend l’écorce et l’enlève ensuite à l’aide d’une espèce de spatule appropriée à cet usage. L’écorce enlevée est immédiatement mise en paquets. Quelquefois l’écorcement se fait sur pied, ce qui est plus facile qu’après l’abatage, parce que la sève se retire presque aus-

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sitôt qne le brin est coupé; mais, si Ton est obligé de souffrir ce mode, il faut exiger que le brin soit abattu aussitôt après son écorcement ; car, si l’on tardait et que la soucbe eût le temps de pousser des bourgeons, on les détruirait infailliblement en coupant plus tard le brin écorcé. On doit également veiller à ce qu’avant l’écorcement sur pied l’ouvrier coupe circulairement l’écorce à la base de la tige; sans cette précaution, les lanières d’écorce enlevées pourraient se prolonger au-dessous du collet du brin et nuire à la nouvelle production de la souche.

Vidange des coupes.

Il est de la plus grande importance de ne point laisser trop longtemps dans les coupes le bois abattu : il empêche une partie des nouveaux jets de pousser, et le passage des hommes, des bestiaux et des charrettes nuit beaucoup à ceux qui sont nés. Pour les taillis, la vidange doit être faite avant la végétation des souches. Quant aux futaies exploitées par éclaircies, elle doit être effectuée à l’instant même, avant le développement des jeunes plants. Lorsque le commerce du sabotage, des cercles, ou d’autres circonstances, imposeront la nécessité de laisser séjourner le bois dans la forêt au delà des époques que nous venons de fixer, on devra au moins le faire réunir le long des chemins ou dans les endroits vides. A. du Br.

Bour ce que nous aurions à dire sur radministratîon des forêts, nous renvoyons à l’art. Eaux et Foré! s du Dictionn. des Lett. et des B. -Arts de notre Encyclopédie.

rORFICULE (Zoologie), Forficula, Lin. — Genre d’insectes, de l’ordre des Orthoptères, famille des Coureurs^ caractérisé par : trois articles aux tarses; les ailes pliées en éventail et se repliant en travers sous des étuis crustacés très-courts ; le corps allongé, étroit, déprimé, avec deux grandes pièces écailleuses, mobiles, formant une pince à son extrémité postérieure ; la tête est presque triangulaire, découverte, les antennes filiformes, languette fourchue, corselet carré en forme de plaque. On rencontre ces insectes, plus connus encore sous le nom de Perce-oreilles, soit à terre, soit sur des plantes, dans certains fruits auxquels ils font beaucoup de tort, soit sous les écorces des arbres où ils semblent vivre en grande société. C’est là surtout que le jardinier doit les chercher pour les détruire autant qu’il le pourra.

Les curieuses recherches de M. Léon Dufour ont particulièrement dévoilé Forganisaiion intérieure de ces animaux; elles sont consignées dans son Mémoire, Annal, des scienc. natur., D® série, t. XIII. Ces insectes lui paraissent devoir former un ordre particulier, qu’il nomme Labidours (du grec labis, idos, pince, et oura^ queue).

Parmi les espèces peu nombreuses que renferme ce genre, nous citerons particulièrement la F’, auriculaire. Grand Perce-oreille {F. auricularia , Lin.), longue de 0‘",014, brune, la tête rousse, les bords du corselet grisâtres, les pieds d’un jaune d’ocre, antennes de 14 articles. Cette espèce, bien connue de tout le monde en

Europe, a été frappée d’une proscription générale, soit en raison des torts qu’elle cause dans nos j ardins, soit parce qu’on a supposé qu’elle s’introduisait dans l’oreille; nous allons examiner brièvement ces deux raisons : pour la première, la proscription dont ces insectes sont l’objet n’est que trop justifiée ; en effet, pendant la nuit ils dévorent les jeunes pousses, les fleurs et les fruits. Ils s’attaquent particulièrement aux abricots, aux pêches, aux prunes, et même aux poires et aux pom-

Fig. 1199. - Forficuie. ^^^^s des espaliers, et quelquefois des arbres en plein vent. Ils font aussi le désespoir des fleuristes, en rongeant les plus belles fleurs, œillets, dahlias, etc., avant leur épanouissement. Le meilleur moyen qu’on ait trouvé jusqu’à présent pour s’opposer à leurs ravages, c’est de leur fournir, près des endroits qu’ils fréquentenÇdes retraites où, après leurs excursions nocturnes, ils puissent se réfugier à l’approche du jour; ainsi des claies, des paillassons roulés, des pots à fleurs vides et renversés, de larges ardoises, des tuiles, des pierres mises à plat sur un sol inégal, des tiges creuses de roseau, de sureau, d’hélianthe, etc. On a employé aussi des coquilles d’escargots, des sabots de

pieds de mouton ou de cochon, dont on garnit les baguettes que l’on met aux fleurs pour leur servir de tuteurs. Les forficules, qui fuient la lumière, se réfugient dans ces cachettes, que l’on a soin de visiter tous les matins pour détruire toutes celles qu’on y trouve. On visitera aussi avec soin les troncs d’arbres, et on aura soin d’enlever les fragments d’écorce qui sont détachés et qui leur servent de retraite. N’oublions pas que les volailles en détruisent aussi un grand nombre, et que les oiseaux leur font une guerre acharnée. La seconde cause de la proscription dont sont frappées les forficules est moins sérieuse. On a dit qu’elles s’introduisaient dans l’oreille de l’I.omme, perforaient le tympan, pénétraient même dans le cerveau où elles devenaient la source de désordres mortels. Depuis longtemps, les naturalistes et les médecins ont fait justice de cette fable hautement démentie par Geoffroy, et si l’on doit admettre qu’un perce-oreille a pu s’introduire dans l’oreille externe d’un individu couché par terre, ce qui est vrai, il faut dire aussi que la présence d’un hôte aussi incommode n’a pu être tolérée assez longtemps dans un endroit aussi sensible pour lui permettre de perforer le tympan, et à supposer qu’il eût été perforé auparavant, l’anatomie de l’oreille prouve qu’il n’avait aucun moyen d’aller plus loin et de pénétrer dans le cerveau. Du reste, il n’existe dans la science médicale aucun fait de ce genre, et M. le docteur Blanchet, médecin des sourds-muets, qui a fait à ce sujet un grand nombre d’expériences, qui a scruté avec soin ce que la pratique de ses devanciers et la sienne propre ont pu lui fournir de documents, n’en a pas recueilli davantage. 11 faut donc rayer cette feble de l’histoire de l’insecte qui nous occupe. La F. naine. Petit Perce-oreille {F. minor, Lin.), qui n’a guère que 0“,007 à 0“,008 de long, est brune, à corselet et tête noirs, pattes jaunes, se trouve fréquemment autour des fumiers. On la voit quelquefois le soir se brûler en venant voler autour de nos lumières.

Le nom de Perce-oreille, qui a surtout été cause de l’antipathie générale que l’on a pour cet insecte, viendrait, selon quelques-uns, de la ressemblance que l’on a cru trouver entre les pinces qui terminent leur abdomen en arrière, et les petites pinces courbées dont se servaient autrefois les orfèvres, lorsqu’ils voulaient percer le lobe inférieur de l’oreille pour y introduire des boucles d’oreilles, et qu’ils appelaient Perce-oreilles.

FORGER (Hippiatrique . — On dit qu’un cheval forge lorsque, dans les allures du pas et du trot, il touche les fers de ses pieds de devant avec la pince des fers de ceux de derrière. Ce défaut, qui produit un choc dont on entend facilement le bruit, se rencontre souvent chez les jeunes chevaux qui n’ont pas encore acquis toute leur force; chez ceux dont le corps est trop court relativement à la longueur des membres ou dont les jambes de derrière sont trop allongées. Dans le premier cas, il disparaît ordinairement lorsque le cheval a acquis toute sa vigueur. On remédiera autant que possible à cet inconvénient, dans le second cas, en raccourcissant la longueur de la pince aux pieds de derrière et en adoptant un fer à crampons tronqué sur le devant aux dépens du bord externe et de la face inférieure ; pour les pieds do devant, on se servira d’un fer à pince épaisse, à tâtons courts et minces.

FORGES ou Forges-les-Eaux (Médecine, Eaux minérales). — Bourg de France (Seine-Inférieure), arrondissement et à 20 kilomètres S.-E. de Neufcbâtel -en- Bray, où l’on trouve plusieurs sources d’eau minérale ferrugineuse bicarbonatée froide (trois anciennes et une nouvelle). Les trois anciennement connues sont la Cardinale, la Royale et la Reinette ; elles paraissent devoir les propriétés toniques dont elles sont douées, surtout à l’existence du protoxyde de fer crénaté : la Cardinale en contient Ü‘=*’,098 ; la Royale, 0s'',0G7, et la Reinette, 0®‘‘,022: il y existe aussi une matière organique que l’on retrouve dans les canaux parcourus par ces eaux, mêlée à un dépôt ferro-calcaire. A l’état sec, ce dépôt contient: matière organique, 0®'*', 14 7 ; sesquioxyde de fer et de manganèse, Os',811 ; carbonate de chaux, conferves, 0®'’,0i2. Les eaux de Forges sont franchement toniques et conviennent parfaitement dans la ch’orose,'*ranémie, etc. Il faut commencer à boire l’eau de la Reinette, et arriver par degrés à celle de la source Cardinale, qui est supportée difficilement lorsqu’elle est pure; on peut trèsbien la mêler par parties égales avec la Reinette, Ces eaux, que l’on emploie surtout en boisson, se conservent mal, à l’instar des piincipales eaux franchement ferrugineuses (voyez Ferrugineuses [Eaux]). Elles ont été

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recommandées contre la stérilité, et leur vogue s’est accrue à la naissance de Louis XIV, arrivée quelque temps après un voyage qu’y avait fait Anne d’Autriche; tout le monde sait que cette reine avait été stérile jusque-là. Elles ne sont pas très-fréquentées aujourd’hui.

FotîGES ou La CHAPELi,E-scn-Kai)RE (Médecine, Eaux minérales). — La Chapcllc-sur-Erdre est un village de France (Loire-Inférieure), arrondissement et à lO kilomètres N. de Nantes^ à 1 kilomètre duquel existe une source minérale ferrugineuse bicarbonatée froide, d’une minéralisation faible. Elle ne contient, en effet, que : carbonate de chaux, 0^‘‘,003o; carbonate de magnésie, 08'',01G6; oxyde de fer, etc. Cependant, elle a

été employée avec succès contre la chlorose, les engorgements des viscères abdominaux.

Forges-les-Bauns, Forges-sur-Briis (Médecine, Eaux minérales). — Village de France (Seine-et-Oise), arrondissement et à 22 kilomètres S.-E. de Rambouillet, où l’on rencontre plusieurs sources d’eau bicarbonatée mixte froide contenant en moyenne : carbonate de soude et de magnésie, O^r J35. suPate de chaux et de magnésie, 0®*',075; chlorure de sodium et de magnésium, ()s%130; des traces de fer et de matière organique. Depuis une quarantaine d’années, ces eaux dont la minéralisation n’explique pas une vertu thérapeutique précise, sontpourtant employées contre les scrofules chez les enfants, et particulièrement ceux que l’assistance publique de Paris y envoie chaque jour. Maintenant qiielle part faut il faire dans les succès obtenus, d’une part'à l’usage de ces eaux, d’autre part au séjour de la campagne, dans une vallée bien aérée et d’une salubrité reconnue, aux soins de propreté, etc.? C’est à l’expérience à prononcer, après avoir tenu compte de tous les faits. En attendant, l’Académie de médecine, consultée sur la question, n’a pas voulu engager sa responsabilité « au sujet de cette station, et a refusé, sur la considération de l’analyse chimique, de lui attribuer un caractère véritablement thérapeutique, c’est-à-dire d’admettre les eaux de Forges-sur-Briis au nombre des eaux minérales, etc. {Dict. des eaux minérales). Comme on le voit, ce n’est pas une négation absolue, mais bien une prudente réserve qui ne préjuge rien pour l’avenir et qui doit provoquer de nouvelles recherches. Ces eaux, du reste, sont administrées en bains et en douches dans un établissement indépendant de celui de l’assistance publique. F — n.

FORMATIONS géologiques (Géologie). — Voyez Terrains.

FORMES (Vétérinaire). — On donne ce nom à des tumeurs osseuses qui se développent autour de la couronne des pieds des chevaux. On les remarque le. plus souvent aux pieds de devant et de chaque côté du pied. Cette exostose se présente sous l’apparence d’une tumeur dure non adhérente à la peau,qui, en acquérant un certain développement, détermine une boiterie intense, principalement lorsqu’elle est située sur le trajet d’un tendon ou de quelques ligaments. Cette maladie estgravesurtoutlorsqu’elle a déterminé la déformation, l’atrophie du sabot, Tankylose, etc. En général, c’est une de celles qui résistent le plus aux moyens de traitement. Si l’on a quelques chances de réussir, c’est au début qu’il faut employer énergiquement les antiphlogistiques, les résolutifs, les frondants, les vésicatoires, enfin les irritants, les caustiques, boutons de feu appliqués soit en pointes profondes, soit en raies. Trop souvent tous ces moyens sont inefficaces.

Formes cristallines (Minéralogie). — Voyez Cristallisation, Cristallin iSystème).

FORMICAIRES (Zoologie), Formicariæ^ Lat. — Nom d’une tribu d'insectes, de l’ordre des Hyménoptères, section des famille des He'te'rogynes ; c'est

le grand genre des Fourmis [Formica, Lin.), « si vantées pour leur prévoyance, dont plusieurs sont si connues, les unes parles dégâts qu’elles font dans nos jardins, dans l’intérieur môme des habitations, où elles attaquent nos sucreries, les viandes conservées et leur communiquent une odeur de musc désagréable ; les autres, par le tort qu’elles font aux arbres en rongeant leur intérieur pour s’y établir et s’y propager » {Règne animal). Les formicaires se distinguent par le pédicule de l’abdomen en forme d’écaille ou de nœud; les antennes coudées, terminées ordinairement en massue; la tête triangulaire; les mandibules très-fortes dans le plus grand nombre; Tabdomen est presque ovoïde et muni, dans les femelles et les ouvrières, tantôt d’un aiguillon, tantôt de glandes situées près de l'anus et qui sécrètent un acide particulier connu sous le nom d'acide formique (voyez Formique

[acide]). Ces insectes vivent en sociétés nombreuses, et chaque espèce est composée de trois sortes d’individus, les mâles et les femelles, qui ont des ailes longues, trèscaduques, et les neutres, sans ailes et qui ne sont que des femelles dont les ovaires sont imparfaits. Les mâles se distinguent par des antennes de I i articles, la tète petite, les yeux très-grands, les mandibules faibles, l’abdomen terminé par des pince?; ils sont beaucoup plus petits que les femelles; celles-ci ont des antennes de 12 articles, les mandibules très-dévcloppées, les yeux moyens et peu saillants. Les neutres sont aptères, à tète grande et globuleuse, avec des mandibules; ils ont dos yeux moyens et pas d’ocelles. Nous renvoyons au mot Fourmi pour ce qui regarde les mœurs de ces insectes, leur organisation en société, etc. Cette tribu se divise de la manière suivante : fo les Fourmis proprement dites; 2<> les Folyergues; 3° les Potières, comprenant le sous- genre des Odontomaques ; 4“ les Myrmices^ comprenant le sousgenre Ëciton; 5" les Attes de Fabricius, OEcodomes de Latreille; G® enfin les Cryptocères.

FORMICANT (Pouls) (Médecine), du latin formica, fourmi. — Galien a donné le nom de pouls formicant à une espèce de pouls inégal, extrêmement petit, faible et fréquent et qui produit sous le doigt une sensation semblable au mouvement que ferait une fourmi en marchant. Il annonce une extrême débilité et un danger imminent. — On a aussi quelquefois désigné sous le nom de douleur formicante une douleur que l’on a comparée à celle que produiraient des fourmis qui s’agiteraient dans une partie du corps.

FORMIQUE (Acide) (C2H03,H0) (Chimie'. — Uquide incolore, d’une saveur brûlante, d’une odeur vive, répandant à l’air des fumées quand il est monohydraté, se solidifiant au dessous de zéro, en donnant di's cristaux bien définis; sa densité est 1,146; son point d’ébullition, 100°; sa densité de vapeur, 2,125. C’est un produit fréquent de l’oxydation des matières organiques; il est cependant susceptible lui-même d’une oxydation plus avancée; en prenant 2 équivalents d’oxygène, il se transforme en eau et en acide carbonique, produit ultime de la combustion des substances carburées. Traité par l’acide sulfurique, il se convertit en oxyde de carbone. On peut extraire l’acide formique des fourmis rouges qui le sécrètent en quantité notable, ou mieux encore en oxydant l’amidon, la cellulose, à l’aide d’un mélange de peroxyde de manganè.se, d’eau et d’acide sulfurique; mais, dans ces derniers temps, M. Berthelot a donné un mode de préparation bien plus commode et qui donne l’acide formique en abondance. Il introduit dans une grande cornue un mélange de 1 kilogramme de glycérine sirupeuse, de 1 kilogramme d’acideoxalique et de 1 00 à 2ii0 grammes d’eau ; il chauffe avec précaution en ne dépassant pas 100°. Des torrents d’acide carbonique se dégagent, et au bout de douze heures environ, l’acide formique qui a pris naissance est mélangé dans la cornue avec la glycérine non décomposée. On ajoute a'ors de l’eau, on distille, on neutralise le produit distillé par le carbonate de plomb ; il se précipite du formiate de plomb qu’on décompose ultérieurement par l’hydrogène sulfuré.

Formiates. — Ils ont pour formule générale MO,C2HO^. Un grand nombre de formiates sont solubles; les principaux formiates insolubles sont le formiate de plomb, le formiate de protoxyde de fer, le formiate d’argent. Le formiate d’ammoniaque offre cette particularité que, par la chaleur, il se dédouble en eau et acide cyanhydrique.

L’acide formique et ses composés ont été principalement étudiés par MM. Gehlen, Dôbereiner, Pelouze, Laurent, Berthelot, Guckelberger, Sclilicper. B.

FORMULAIRE (Médecine). — On appelle ainsi les recueils des recettes ou formules de médicaments. Les uns contiennent les préparations officinales que l’on trouve toujours dans les pharmacies et qui, pour la plupart, ont été dans l’origine composées par des médecins célèbres et plus tard adoptées, modifiées, réformées par les corps savants. Ces formulaires ont le plus souvent un caractère semi-officiel et contiennent un ensemble de formules sanctionnées et approuvées, des principaux médicaments que l’on conserve dans les pharmacies pour le service des malades. Tel est le Codex medicamentarius de la Faculté de Paris. On peut citer encore les formulaires particuliers â l’usage des pauvres, des hospices civils, des hôpitaux militaires, etc. Toutefois, dans ces derniers recueils, on ne trouve guère que les médicaments les plus usuels, et les médecins attachés à ces établissements y choisissent ceux qui sont à leur disposition et dont ibs peuvent se servir dans le traitement des malades

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auxquelb ils sont appelés à donner leurs soins. Il y a des formulaires dans lesquels on ne trouve que des recettes particulières dues à des praticiens célèbres et qui ont obtenu une vogue plus ou moins méritée; ce sont des poudres, des pilules, des pastilles, des élixirs, des opiats, etc. Enfin, à la suite d’une pratique un peu longue, chaque médecin ne manque pas d’avoir son formulaire particulier, fruit de son expérience, formé en général d’un nombre assez restreint de médicaments simples ou composés, choisis avec le discernement et l’aptitude propres à cliacun et à l’aide desquels il a pu satisfaire à tous les besoins de sa pratique.

FO EMULE (Médecine). — On appelle ainsi une près" cription pharmaceutique ou, pour parler vulgairement, une ordonnance de médecine indiquant quelle devra être la composition d’un médicament, désignant les substances qui doivent y entrer, les doses de ces substances et môme la manière de préparer et d’administrer le médicament. L’art de formuler exige des connaissances trèsétendues sur les diverses propriétés physiques et chimiques des médicaments, sur leurs provenances, sur les doses auxquelles ils doivent être employés, sur leur action physiologique; en un mot, c’est un art difficile, minutieux et auquel les jeunes médecins ne sauraient trop s’appliquer. Les substances qui entrent dans la composition d’un médicament ne doivent pas être prises au hasard parmi toutes celles dont les propriétés sont analogues ; avant de les réunir dans une formule, le médecin devra se rendre compte des modifîcalions qui peuvent résulter de leur association, des réactions de leurs principes immédiats les uns sur les autres ; il devra aussi examiner comment, dans certains cas, il devra atténuer ou augmenter l’action physiologique et les propriétés thérapeutiques du médicament qui doit jouer le principal rôle dans sa formule. Nous ne pouvons indiquer ici tout ce que demande d’attention, de soin, d’exactitude et surtout de science, cet art qui vient résumer dans une formule le résultat de l’examen d’un malade, le jugement que porte le médecin sur la maladie et les effets qu’il attend de sa prescription. C’est un moment solennel pourlui, et le vieux mé^tecin peut se rappeler que plus d’une fois la main lui a tremblé en écrivant sa prescription, dont le résultat pouvait être la guérison d’un chef de famille ou d’un enfant chéri. Disons encore que, pendant qu’il formule, le médecin doit donner toute son attention à ce qu’il écrit; il fei a faire silence autour de lui pour ne pas être distrait; il écrira le plus lisiblement possible, les doses seront clairement indiquées, il relira sa prescription à haute voix, indiquera la manière d’administrer le médicament et les précautions qu’il pourrait y avoir à prend^’e. Les médecins avaient l’habitude autrefois de formuler en latin ; cette méthode, qui pouvait avoir un bon côté, n’est plus dans nos usages. Nous croyons devoir aussi donner une indication sommaire des signes employés autrefois dans les formules et que l’on retrouve quelquefois dans les auteurs et de leur valeur en poids décimaux. Toute formule commençait par ce signe R ou qui voulait dire prenez et qui représentait plus ou moins exactement un R en latin recipe. Le signe âa placé en accolade après deux ou plusieurs substances indiquait qu’elles devaient être prises à la môme dose; venaient ensuite les signes suivants : ft), une livre ou 500 grammes; une once ou 32 grammes; 5, un gros ou 4 grammes; gr., un grain ou CE‘’,05; 3, un scrupule ou 1®‘',30. Il y avait encore quelques autres signes, mais beaucoup moins usités.

Les préparations pharmaceutiques que prescrit le médecin sont de deux sortes : 1“ les préparaiions offleino.les ; ce sont celles dont la composition est indiquée par le codex et que l’on trouve en général toutes préparées dans les pharmacies. Il n’est point nécessaire d’en donner le détail dans la prescription ; on les indique seulement avec le nom qu’elles portent dans le codex ; seulement le médecin doit en connaître la formule, et lorsqu’il veut la modifier, il doit l’indiquer clairement au pharmacien; ainsi les pilules de Méglin, par exemple, sont une préparation officinale dont voici la formule : extrait de jusquiame, extrait de valériane, oxyde de zinc, de chaque 2 grammes; faites, selon l’art, 3G pilules; si le médecin veut changer la dose d’une de ces substances, il fera bien de l’écrire en entier. 2» Les préparations dites magistrales sont celles dont la composition est indiquée en détail par le médecin pour un cas spécial et déterminé et que le pharmacien prépare immédiatement. Dans toute formule, on distingue la base ou substance

active et les associations ; quelquefois on ajoute à cette base un adgimant^ un auxiliaire^ qui a pour but le plus souvent d’augmenter sou énergie; parfois un correct dans l’intention d’adoucir son effet trop énergique ; enfin Y excipient sert de véhicule à la base ; ce sont des infusions, des eaux distillées pour les médicaments liquides, des poudres de réglisse, de 1 amidon, de la gomme dans les médicaments solides, etc. N’oublions pas le corps édulcorant, qui doit entrer dans la plupart des médicaments liquides, tels que les potions, les loocliii, dans une proportion qui rende le médicament supportable au goût; ce sont les sirops appropriés à la maladie, le sucre, le miel. Nous ne répéterons pas ce qui a été dit ailleurs sur la fixation de la dose (voyez ce mot) des médicaments, nous ajouterons seulement un mot sur Vhabitude et la tolérance. Il est des médicaments qui, administrés d’abord à faible dose, peuvent être portés, au bout de quelque temps, à des doses énormes ; ainsi nous avons vu de pauvres malades torturés par des douleurs incessantes qui ne pouvaient plus être calmées que par des doses effrayantes d’opium (plusieurs grammes) ; à côté de cela, il y en a d’autres dont il faut bien se garder d’augmenter les doses inconsidérément; ce sont les poisons qui désorganisent les tissus et qui agissent comme caustiques; l’expérience, aidée du raisonnement, devra guider le médecin dans ce cas. La tolérance est bien une espèce d’habitude ; une des conditions -pour qu’elle s’établisse, c’est de réitérer les doses à de courts intervalles ; mais elle se distingue de l’habitude en ce que celle-ci persiste tant que I on administre le médicament, tandis que la tolérance cesse quelquefois tout à coup pendant l’administration de la substance, qui peut subitement révéler son activité et son énergie par une série d’accidents plus ou moins redoutables ; c’est alors que l’on dit qu’il y a saturation. F— n.

Formule (Algèbre). — Expression algébrique qui contient la solution générale d’un problème (voyez Algèbre).

Formule chimique (Chimie). — Réunion désignés représentant d’une manière abrégée la composition chimique d’un composé. Pour établir les formules des corps, on est convenu de représenter chaque corps simple par la première lettre de son nom écrite en majuscule et suivie d’une autre lettre en minuscule quand cela est nécessaire pour éviter la confusion. C’est ainsi que l’oxygène, l’hydrogène, le carbone, le chlore, le cobalt... sont représentés par les signes O, H, G, Cl, Cb... On est convenu, de plus, qu’à ces symboles seraient attachées des valeurs numéri(iues constantes pour chacun d’eux, variables de l’un àl’autre et exprimantles proportions suivant lesquelles les corps simples se combinent entre eux (voyez Equivalents). Ces proportions sont pour l’oxygène, 0=8; pour l’hydrogène, H = 1 ; pour le carbone C = G. Enfin, on est convenu d’écrire à côté les uns des autres les symboles des corps simples qui forment le composé, et, lorsqu’un corps simple y entre en plus d’une proportion, de représenter le nombre de proportions dans lequel il s’y trouve par un chiffre placé au-dessus et à droite du symbole qui représente ce corps. L’oxide de carbone et l’acide carbonique ayant pour formules chimiques CO et CQ2, nous en conclurons que le premier est formé par l’union de G parties en poids de charbon pour 8 d’oxygène, et le second de G parties de charbon pour 1 G d’oxygène.

Nous avons donné à l’article Equivalents le tableau des nombres proportionnels des divers corps simples, et à chaque composé, nous faisons connaître sa formule, en rappelant les nombres proportionnels des corps qui entrent dans sa composition.

FORTIFIANT (Médecine). — On donne ce nom à des substances alimentaires ou médicamenteuses, auxquelles on attribue la propriété de ranimer les forces lorsqu’elles paraissent abattues, de les augmenter lorsqu’elles sont affaiblies. Cette dénomination manque d’exactitude et de précision, et ne peut servir à désigner un groupe d’aliments ou de médicaments que l’on puisse caractériser d’une manière nette; cela tient surtout à ce que le mot faiblesse n’a pas lui-même un sens bien déterminé. En effet, elle peut tenir à l’affaiblissement d’un ou de plusieurs systèmes d’organes; ainsi le système nerveux est-il frappé d’inertie plus ou moins subite, son influence peut se faire sentir sur le système musculaire ; de là un accablement, de l’indolence, de la débilité, cet état cédera à un agent excitant, diffusil)lc, alcoolique, éthéré, vineux, qui provoquera le rétablissement de l’influx nerveux. D’autres fois, il y a faiblesse générale par défaut de nutrition, qui peut tenir à des causes diverses;

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dans ce cas, il faudra relever les forces par une alimentation substantielle , aidée d’une médication tonique, excitante, etc., afin d’assurer une digestion parfaite et une assimilation réparatrice.

FORTIFICATION (Génie militaire). — La fortification est l’art d’organiser une position de telle sorte que le corps qui l’occupe puisse y résister sans désavantage à un corps de troupes plus considérable. Elle comprend deux grandes divisions : la fortification naturelle et la fortification artificielle. Nous ne nous occuperons pas de la première.

La fortification artificielle, c’est-à-dire créée par la main des hommes, se subdivise en fortification passafjère et fortification permanente, suivant le but qu’on se propose d’atteindre. Lorsqu’une position, par son emplacement et par les richesses qu’elle renferme, est d’une importance constante, on l’entoure de fortifications permanentes. Au contraire, lorsqu’il s’agit de fortifier un point auquel la position respective de deux armées ennemies donne une importance momentanée, on a recours à la fortification passagère.

Fortification passagère. — Les ouvrages qui ressortissent de la fortification passagère prennent, en général, le nom de retranchements. Ils doivent remplir les deux conditions suivantes ; 1" intercepter les projectiles de l’assaillant; 2" arrêter l’assaillant lui-même et l’empêcher d’arriver jusqu’au défenseur pour l’attaquer à l’arme blanche. On obtient ce double résultat en creusant un fossé suffisamment large et profond dont on rejette les terres du côté de l’intérieur, de manière à form.er une masse couvrante ou parapet destinée à arrêter les projectiles et à présenter un obstacle à l’assaillant. L’ensemble du parapet et du fossé prolongés en ligne droite sur une certaine longueur porte le nom de face. En général, un ouvrage est formé de plusieurs faces faisant entre elles des angles dont le sommet peut être tourné à l’extérieur ou à l’intérieur; ils sont 5'G^7lants dans le premier cas, et rentrants dans le second.

Si l’on suppose que le retranchement soit construit sur un terrain horizontal, la hauteur du parapet au-dessus du sol est invariable, et si l’on imagine un plan vertical perpendiculaire à sa direction générale, l’intersection de ce plan et de la face est une figure constante à laquelle on donne le nom de profil droit., et dontf/iç'. 1200) notre dessin indique la forme générale : ABCDEF est le remblai ou parapet; GHIK est le déblai ou fossé; AK est la ligne du sol horizontal.

D, l’arête la plus élevée du remblai, s’appelle crête intérieure ou ligne de /<?M;les défenseurs font feu pardessus. Sa hauteur au-dessus du sol dépend de l’élévation de l’objet à couvrir ; la hauteur minimum est de 2 mètres pour l’infanterie et 4“,50 pour la cavalerie.

En avant de la crête intérieure est le talus DE auquel on donne le nom de plongée. C’est sur ce talus que les fusiliers appuient leur arme; EF est le talus extérieur, et l’arête E, intersection de la plongée et du talus extérieur, se nomme la crête extérieure. L’épaisseur du parapet est la distance de comprise entre les deux plans verticaux passant par les deux crêtes. Cette épaisseur varie suivant la nature des projectiles que doit employer l’assaillant, depuis 3“,30 pour les boulets de 12 jusqu’à 0“,60 pour les balles d’infanterie.

Les défenseurs font feu par dessus la crête intérieure, en montant su’’ la banquette horizontale BC dont la largeur dépend du nombre de rangs de défenseurs qu’on veut y placer. On lui donne 0“,80 pour un seul rang, et 1“',20 pour deux rangs. CD est le talus intérieur; AB le talus de banquette. FG est une petite bande de terre qui sépare le remblai du fossé ; on lui donne le nom de berme; elle a pour objet de reculer la masse diT parapet, de manière que son poids ne fasse pas ébouler les terres du fossé, et, en second lieu, elle facilite la construction de l’ouvrage.

Le fossé se compose de trois parties distinctes : GH ou talus êi escarpe; HI, fond du fossé; et Kl, talus de contrescarpe. La largeur du fossé, qui se compte tou-

Fig. 1201. — Tracé d’un front de fortification.

jours à la partie supérieure, ne peut être moindre que de 4 mètres, afin que l’ennemi ne puisse le franchir avec des planches ou des madriers ; la profondeur est généralement comprise entre 2 mètres et 4 mètres.

Formes générales des ouvrages de fortification. — On peut regarder comme un résultat de l’expérience qu’au moment d’une attaque le soldat abrité derrière un parapet dirip^e son coup de fusil perpendiculairement à la crête. If. résulte de ce fait que, dans les retranchements en ligne droite, les feux battent tout le terrain en avant depuis le sommet de la contrescarpe, si l’on a choisi convenablement la pente de la plongée; mais le fos^é est évidemment au-dessous des coups partant delà crête intérieure. C’est là un inconvénient très-grave, car l’as-

saillant peut, en sacrifiant plus ou moins de monde, atteindre ce fossé, et il y est alors complètement à l’abri pour préparer ses moyens d’escalade.

Les faces formant entre elles des angles saillants ont le môme défaut que les retranchements en ligne droite, c’est-à-dire que les fossés ne sont atteints par aucun projectile; mais elles ont encore un autre inconvénient, qui est la conséquence de la direction générale du tir. Considérons, en effet, les crêtes intérieures de deux faces d’ouvrage et élevons-leur des perpendiculaires à leur point d’intersection. Il est évident que toute la portion de terrain comprise dans le secteur formé par oes perpendiculaires ne sera atteinte par aucun coup de feu ; on lui donne le nom de secteur .dépourvu de feux. Les

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assaillants pourront donc s’approcher, sans courir aucun danger, du sommet de l'ouvrage en cheiuinant le long delà bissectrice de l’angle des faces qu’on appelle la capitale do l’angle saillant.

Le dernier inconvénient que nous venons de signaler disparaît, du moins en partie, lorsqu’on emploie une succession d’angles alternativement saillants et rentrants. Le premier effet d’angles saillants à côté d'angles rentrants est de faire flanquer le secteur dépourvu de feux; mais il y a encore un autre avantage, celui du flanquement diXine partie des fossés quand les faces forment entr e elles des angles convenables.

Lorsque les positions à défendre sont isolées et accessibles de tous côtés, comme un plateau, un village, etc., on les défend par un ouvrage fermé. Au contraire, si la position à défendre présente un front d’une étendue plus ou moins considérable qui ne peut être tourné, les retranchements doivent occuper toute la longueur du front du côté des attaques ; on leur donne alors le nom de lignes. Si les lignes sont formées de faces jointives, sans autres interruptions qu’un petit nombre de passages étroits nécessaires aux communications, on leur donne le nom de lignes continues. Mais si l’on défend le front au moyen d’une série d’ouvrages isolés, les lignes .sont dites à intervalles.

Les principales formes employées dans la fortification passagère sont : le redan., composé de deux faces faisant entre elles un angle saillant tourné vers l’extérieur, et d’une ligne de gorge; la tenaille, composée de deux faces faisant entre elles un angle rentrant; la lunette, composée de deux faces à angle saillant et de deux autres faces appelées flancs, faisant aussi des angles saillants avec les premières, et d’une gorge la queue d'hironde, qui n’est autre chose qu’une tenaille augmentée d’une face à chaque extrémité ; enfin, le front bastionné dont le tracé est emprunté à la fortification permanente, et dont nous nous occuperons spécialement plus loin.

Défdement. — Il arrive rarement que le terrain sur lequel on doit asseoir un retranchement soit horizontal. Le sol offre le plus souvent des accidents qui changent le relief et quelquefois aussi le tracé de la fortification. Supposons, pour plus de simplicité, qu’un retranchement soit placé sur un terrain horizontal, mais qu’il y ait en avant d’une des faces de l’ouvrage une hauteur située dans la limite de la portée des armes. Les coups de l’ennemi partant de l'“,50 au-dessus du sol de la hauteur et rasant la crête plongent dans l'intérieur de l’ouvrage dont les défenseurs ne sont plus à couvert. L’art du cléflement consiste à les garantir de ces coups plongeants, On arrive à ce résultat en mettant les crêtes dans un plan passant au moins à 2 mètres au-dessus du terreplein que l’on veut défiler, et laissant à l“,50 au-dessous de lui toutes les hauteurs dangereuses dans la limite de la portée des armes. Ce plan porte le nom de plan de dé filment.

Notions historiques sur la fortification permanente, — Les premières fortifications bastionnées datent du milieu du XV* siècle. Les défenseurs d’une position, qui se contentèrent d’abord d’une ligne de pieux, durent plus tard remplacer le bois par la pierre, et s’entourer de murailles. On donnait à ces murailles de grandes épaisseurs, d’abord pour augmenter leur solidité, ensuite pour établir à la partie supérieure une large plate-forme sur laquelle se tenait le défenseur pour surveiller les mouvements de l’ennemi ; la muraille était habituellement précédée d’un fossé. Le défenseur monté sur la plate-forme se trouvait en partie garanti par un mur à hauteur d’appui. Lorsque ce petit mur était assez élevé pour couvrir complètement un homme, on l’interrompait de distance en distance, et, dans ces intervalles, il arrivait seulement à hauteur d’appui : on disait que le mur était crénelé. C’était par les intervalles appelés créweuwæ que le défenseur lançait à l’assaillant des flèches et des pierres.

Plus tard, afin d’augmenter la défense du pied des murailles, on écarta du mur principal le petit mur supérieur, en le soutenant au moyen de consoles de pierre. Un espace plus ou moins large existait alors entre les deux murs, et, à travers ces intervalles appelés mâchicoulis, le défenseur pouvait faire pleuvoir sur l’assaillant toutes sortes de projectiles.

Les fortifications très-élevées au-dessus du sol, et composées essentiellement de maçonneries, se soutinrent pendant tout le moyen âge; mais l’invention de la poudre changea les systèmes d’attaque et de défense. Il fallut, pour faciliter les manœuvres des pièces d’artillerie, augmenter la largeur des plate-formes, et se résoudre à abais-

I ser les murailles que l’assaillant pouvait battre en brèche de loin. On songea bientôt à les couvrir par des terrassements; en même temps, on remplaça les anciennes tours élevées destinées à flanquer les fossés par des tours réduites au même niveau que l’enceinte, et trèsagrandies, qui prirent le nom de boulevards.

L’assaillant, changeant alors de tactique, abandonna les attaques sur les remparts proprement dits, et les reporta sur les boulevards dont le point saillant était plus faible. Ce fut alors qu’on introduisit la forme bastionnée à laquelle on ne saurait assigner de date précise. Les ingénieurs les plus célèbres par leurs travaux sur la fortification bastionnée sont : l’Italien Marchi, l’Allemand Daniel Speckle, les Hollandais et Coëhorn,\c%

Français Evrard, de Ville, Pagau, Vauban, fondateur de l’école française, et Cormontaingne . La fortification de nos^ places fortes est basée sur les idées de Vauban, modifiées par Cormontaingne.

Tracé d'un front de fortification. — Lorsqu’on veut entourer une ville de fortifications, on commence par lui circonscrire un polygone dont les côtés ont à peu près la môme longueur. Ce sont les côtés extérieurs de

fronts bastionnés dont la léunion forme l’enceinte de le place. La ligne de notre tracé {fig. 1201) représente la partie supérieure de la maçonnerie de l'escarpe, à laquelle on a donné le nom de magistrale.

Soit AB un de ces côtés extérieurs dont la longueur varie entre 350 et 370 mètres. Sur le milieu O on lui élève une perpendiculaire 01 égaie au sixième de sa largeur, et on joint l’extrémité de cette perpendiculaire avec celles du côté extérieur; on obtient ainsi les dir.ections des faces qui ont pour longueur le tiers du côté extérieur, et qui donnent des feux croisés en avant de la ligne du front ; pour défendre en môme temps et la partie du terrain en avant des deux points A et B et les fossés des deux faces, on en construit deux autres CE, DF, en abaissant des points C et D des perpendiculaires sur les prolongements des premières faces ; les dernières prennent le nom de flancs. Si les lignes de défense AF, BE, ont des longueurs convenables, les deux plans satisfont bien à la double condition de porter des feux sur le terrain en avant des points A et B, et dans les fossés des faces AC et BD. En joignant les points E et F, on obtient une cinquième face appelée courtine, qui donne des feux directs sur le terrain en avant de AB. Les angles C et D se nomment angles d'épaules, et ceux des flancs avec la courtine angles de flancs . A et B sont les saillants des bastions; le minimum de ces derniers angles est de GO degrés.

La nomenclature des différentes parties du parapet est la môme que pour la fortification passagère; la seule différence est dans le relief et l’épaisseur. La hauteur de l’escarpe du corps de place est de 10 mètres quand les fossés sont secs, et 8 mètres quand ils sont pleins d’eau. Au saillant du bastion, la crête a un commandement de 7 mètres sur la campagne, et se trouve à 3 mètres au-dessus de la magistrale. Un pan coupé, de 4 mètres de largeur, perpendiculaire à la capitale, permet de tirer dans cette direction. La crête de la face a une pente de 1“,60 du saillant à Fangle d’épaule. Les crêtes des flancs et de la courtine sont horizontales, avec un commandement de G“,50 sur la campagne et un relief de 2“,60 au-dessus de la magistrale.

On arrive du sol de la ville sur le terre-plein du bastion au moyen d’une rampe inclinée généralement à 8 mètres de base pour 1 mètre de hauteur. Une rue de 8 mètres au moins de largeur, nommée rue militaire, sépare les pieds du talus de la fortification des constructions civiles.

En avant de l’escarpe est le fossé dont la largeur au saillant est de 30 mètres. Les fonds des fossés secs ont une pente vers le milieu; les eaux pluviales ou des sources se rassemblent dans un petit fos'é auquel on a donné le nom de cunette. En avant du fossé les terres sont soutenues, soit au moyen d’un mur en maçonnerie, soit par un simple talus en terre, aussi roide que possible; c’est la contrescarpe. Au delà de la contrescarpe se trouvent les glacis destinés à couvrir les maçonneries de l’escarpe contre les coups éloignés de l'artillerie.

Une ligne de fronts bastionnés ainsi organisés pourrait suffire, à la rigueur, à la défense d’une place ; l’enceinte de Paris est construite dans ce système . Mais on se contente i arement d’une défense aussi simple ; on ajoute presque toujours sur chaque front bastionné quelques ouvrages de fortification dont le plus généralement employé est la demi-lune, qui a la forme d'un redan dont

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les faces s’arrêtent à la contrescarpe du corps de place.

Le long des contrescarpes du corps de place et de la demi-lune se trouve le chemin couvert, où le défenseur est abrité par le massif des glacis dont la surface en pente douce doit être parfaitement battue par tous les ouvrages en arrière. P.

FOSSANE ou Fossa (Zoologie). — Nom par lequel on désigne à Madagascar une espèce de Mammifère ûxv genre Genette (voyez ce mot), Viverra fossa. Lin., propre à Madagascar et au sud de l’Afrique. Elle a le dessus du corps, les flancs et la queue fauves, le dessous et les jambes blanc-jaunâtre ; des taches roux-brun forment sur le dos quatre bandes longitudinales; et des demi-anneaux roussâlres sur la queue, qui n’a que moitié delà longueur du corps . Poivre, qui a envoyé, en 1761, à Buffbn la première peau bourrée, de cet animal, prétend qu’elle n’a pas de poche odoriférante, ni odeur de parfum. Cet animal est très sauvage, et, quoiqu’il mange volontiers de la viande, il préfère les fruits eî surtout les bananes, sur lesquelles, au rapport de Poivre, il se jette avec voracité.

FOSSE (Anatomie), Fossa, du latin fodio,ie creuse.

— Les anatomistes ont employé ce mot pour désigner des enfoncements, des cavités plus ou moins évasées et profondes, dont l’ouverture est plus large que le fond ; il «n existe un assez grand nombre dans le corps humain ; c’est surtout en ostéologie, quelquefois en splanchnologie, qu’on a fait usage du mot fosse. Nous citerons les plus importantes.

Fosse canine. — Cavité plus ou moins profonde, existant de chaque côté à la face, en avant des os maxillaires supérieur^, immédiatement sur les dents canines. Le muscle canin s’attache à sa partie moyenne.

Fosse iliaque. — La F. iliaque externe est un espace large, concave, situé à la face externe et supérieure de l’os des iles, au-dessus de la cavité cotyldide ; elle est occupée par les muscles fessiers. La F. iliaque interne, F. iliaque proprement dite, est une large excavation qui occupe toute la face interne supérieure de l’os des iles, et où s’insère le muscle iliaque.

Fosse jugulaire. — Cavité plus ou moins profonde située à la partie inférieure du rocher, sur le sillon qui résulte de son articulation avec l’occipital; elle loge le golfe de la veine jugulaire interne.

Fosse lacrymale. — Petit enfoncement que l’on remarque de chaque côté, en dehors de la portion orbitaire du coronal, et où se trouve logée la glande lacrymale.

Fosse malaire, Fosse maxillaire. — Ce sont les fosses canines.

Fosse nasale. — On appelle ainsi deux grandes cavités situées dans l’épaisseur de la face, au-dessous de la base du crâne, au-dessus de la voûte palatine, entre les fosses orbitaires et canines. Presque tous les os de la face concourent à les former. Elles sont tapissées dans toute leur étendue par membrane pituitaire ,C[\x\ est le siège du sens de l’odorat (voyez Nez, Nasales [Fosses], Odorat.)

Fosse orbitaire . — Grandes et profondes excavations situées sur les côtés du nez, au-dessous de la base du crâne et au-dessus des sinus maxillaires. Les os coronal, .palatin, maxillaire, sf hénoïde, malaire ou de la pommette, ethmoïde, unguls ou lacrymal, concourent à former cliacune d’elles. Elles renfeiment l’œil et toutes ses dépendances (voyez Œil).

Fosse pariétale. — C’est la portion concave de la face interne de chacun des pariétaux. Elles correspondent aux bosses pariétales.

Fosse pituitaire, Fosse sphénoïdale, Fosse turgique.

— Ces mots servent à désigner une cavité peu profonde, creusée dans l’épaisseur du corps du sphénoïde, dans laquelle est logée la glande pituitaire. On a cru trouver à cet enfoncement quelque ressemblance avec une selle turque, d’où lui est venu aussi le nom de selle turcique, ephippion (en grec, une selle de cheval).

Fosse ptérygoïdienne. — Excavations que l’on remarque à la face postérieure des apophyses ptérygoïdes, entre les deux lames ou ailes de ces apopliyses. Elles donnent attache aux muscles ptérygoïdiens internes.

Fosse sous- épineuse. — On appelle ainsi la portion delà face externe ou postérieure de l’omoplate, qui est située au-dessous de l’épine de cet os. Eile donne attache au muscle du môme nom.

Fosse sus-épineuse. — C’est la portion de la face externe de l’omoplate située au-dessus de l’épine. Elle donne attache au muscle sus-épineux.

Fosse sous-scapulaire. — Toute la face antérieure ou costale de l’omoplate forme une concavité peu profonde

à laquelle on a donné le nom de F. sous-scapulaire. Le muscle sous-scapulaire s’y attache.

Fosse temporale. — Situées à la partie antérieure latérale du crâne, les F. temporales forment de chaque côté de la tête une dépression bornée en haut par la ligne courbe temporale, et en bas par l’arcade zygomatique. Elle loge le muscle temporal. Quelques anatomistes les nomment F. iempor. extern., et appellent F. tempor. internes OM F. latér. moyennes de la base du crâne, un enfoncement situé de chaque côté de la selle turcique.

Fosse zygomatique. — C’est la continuation des fosses temporaires, la partie la plus profonde de celles ci; elles sont situées entre la face postérieure de l’os inaxillairo et la partie adjacente du sphénoïde.

Fosse d’Amyntas (Médecine). — Espèce de bandage pour les fractures des os propres du nez, imaginé par Amyntas de Rhodes, et auquel Galien adonné le nom de son inventeur. Il se fait avec une bande longue d’environ G mètres, sur un travers de doigt de largeur. Ou la fixe d’abord autour de la tête, puis les tours viennent successivement se croiser sur la face, et surtout sur la racine du nez en formant une espèce d’X. Un tour do bande qui passe sur le bout du nez est destiné à relever les pièces osseuses situées au-dessus, en leur faisant faire une sorte de bascule.

Fosse a fumier (Economie rurale). — Voyez Fumier.

Fosse d’aisances (Hygiène) ,que nous emploierons comme synonyme de Latrines. — On sait ce que c’est qu’une fosse d’aisances; cette expression porte avec elle son étymologie et sa définition. 11 n’en est pas de même du mot/ntrines. Suivant Varron, expert en science archéologique, il viendrait du IdiXin lavando dont on aurait fait lavatrinœ, salle de bains, endroit où on lave. Iln’aurait donc pas ia môme signification que chez les modernes. En effet, il n’y avait pas dans l’ancienne Rome de latrines particulières, et le Tibre, dans lequel se déversaient de nombreux canaux, servit pendant longtemps de latrines publiques. Le mot lotrina devait donc signifier le vase que l’on employait aux mômes usages, et que l’on faisait laver et jeter dans les cloaques particulières conduisant à la grande cloaque. H y avait aussi d’autres petites cloaques servant aux usages privés [usibus priva tis servientes) (Marliani, topographie de Rome). « Immundis quœcumque vomit latrina c/oacib. (Columel.) ; la latrine rejette toutes choses quelconques dans les immondes cloaques. » Longtemps avant, Plaute avait dit ; « Non pluris fado quam ancillammeam quæ lavai latrinam: je n’en fais pas plus de cas que de la servante qui lave ma latrine. » II paraît donc prouvé que les anciens n’avaient pas de latrines; tout au plus y avait-il dans les palais des espèces de cloaques conduisant par des canaux souterrains les immondices , soit dans le Tibre, comme nous l’avons dit plus haut, soit dans cette immense cloaque (ce mot est féminin en archéologie, d’après le Dict. de l'Acad.), cloaca maxima, entreprise par Tarquin l’Ancien, et terminée par Tarquin le Superbe, l’an 239 de Rome, 600 ans avant Jésus-Christ. Nous empruntons à M. Dézobry {Dict. génér. de biographie et d'histoire) quelques détails sur cette cloaque, que l’on peut bien considérer comme les latrines publiques de l’ancienne Rome. Elle « commençait vers l’extrémité nord du Forum, le traversait du nord au sud, et aboutissait dans le Tibre, un peu au-dessous du pont Palatin, aujourd’hui le Ponte rotto. Sa longueur était d’environ 600 mètres, sa largeur de 4“,i7, et sa hauteur, à partir du sol, de plus de 10 mètres (Barthélemi ne lui donne que 4 mètres (l2 pieds et quelques pouces de hauteur) {Mém, de F Acad, des inscript., t. XXVIII). 11 était couvert d’une voûte à plein cintre, de trois rangs de voussoirs posés en liais ou l’un sur l’autre, et alternativement en travertin et en pépérin. Il en existe encore environ 170 mètres, à partir du Tibre. Ce qui distingue cette cloaque, c’est qu’elle fut fondée dans un marais, qu’elle est bâtie en grosses pierres de taille posées et jointes sans ciment, que le sol où elle se trouve est sujet aux tremblements de terre, et que cependant elle dure depuis environ 2360 ans. » On voit que nos édiles parisiens ont, avec juste raison, fait de nombreux emprunts à ceux de Rome, et pour que l’analogie soit plus complète, Dion Cassius nous rapporte qu’après avoir fait curer et nettoyer ce canal. Agrippa voulut le visiter lui-même, et qu’une barque le reçut qui le conduisit jusqu’au Tibre. Avec le temps, cet étatde choses avait changé. Des latrines publiquesavaient été construites, de telle sorte que, vers la fin du iv® siècle, au rapport de Publius Victor, leur nombre s’élevait à 144; il est vrai.que quelques écrivains ont réduit ce chif-

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fre à 44. Quoiqu’il en soit, puisqu’il y avait des latrines publiques, il dut y avoir aussi des latrines particulières pour l’usage dessomptueuses habitations des patriciens, et particulièrement sous l’empire, dans les palaisdes souverains. On sait quel fut le sort de l’empereur Elagabale (Héliogabale), tué par les prétoriens, et dont le corps fut jeté dans une petite cloaque, cloacula (Lampride). D’autre part, on a trouvé dans les ruines du palais, sur le mont Palatin, des latimes construites en marbre. Il faut dire aussi que, dans un grand nombre de maisons considérables, bâties dans les quartiers excentriques de Rome, il n’y avait pas de ces petits réservoirs conduisant au grand égout collecteur^ mais seulement des vases en bois, nommés sellœ /hmï7fare5,dans lesquels on déposait toutes les immondices de la journée, et que l’on faisait transporter le soir par des esclaves dans la cloaque la plus voisine; c’est ce qu’on appelait sterquilinium. Et Columelle nous dit même qu’il en fallait deux, l’un pour recevoir les déjections récentes, et l’autre pour les anciennes qui, delà, sont conduites dans les champs. On trouve dans le dictionnaire nommé le Calepin, du nom de son auteur Calepino, la définition suivante de ce mot sterquilinium : « Un endroit plein d’ordures , ou un réceptacle d’ordures. »

On trouvait aussi dans un grand nombre de carrefours de vastes amphores servant d’urinoirs aux passants ; ceux-ci, comme encore aujourd’hui, n’en souillaient pas moins trop souvent les édifices publics. On évitait ces malpropretés en faisant peindre sur les murs deux serpents, pour indiquer que c’était un lieu sacré.

L’usage des latrines dans les maisons particulières des modernes remonte assez haut , surtout dans les grandes villes. On peut voir dans le savant Rapport de M. Chevallier, sur le concours ouvert piar la société d'encouragement pour l'industrie nationale, 1848, ce qui a été fait dans ce genre depuis 1348; à cette époque fut instituée une pénalité contre les habitants qui ne nettoyaient pas la partie de la voie publique située devant leurs demeures; et en effet les boues, les immondices et les excréments rejetés dans les rues s’entassaient sans que personne prît soin de les enlever ; malgré les prescriptions de l’autorité qui, après le pavage de quelques rues, ordonné par Philippe-Auguste en 11 84, enjoignaient aux habitants de balayer les ordures qui encombraient le devant de leurs maisons. Ces sages mesures n’eurent pas tout le succès qu’on était en droit d’en attendre ; les habitants s’associèrent, par quartiers, pour louer un tombereau qui allait porter et verser au loin dans la campagne ces ordures et ces immondices. Mais bientôt ces tombereaux mal construits laissèrent tomber incessamment sur la voie publique une partie des déjections ou immondices dont ils étaient remplis ; de telle sorte que les habitants du faubourg Saint-Honoré, que traversaient surtout ces véhicules, demandèrent à l’autorité de ne pas subir les effets des prescriptions contenues dans le rescrit. Bien plus, il arrivait souvent que ces tombereaux déposaient leur contenu tout simplement sur les places publiques, si bien qu’en 1392 il fallut défendre de porter pendant la nuit, sur la place de Grève, les fientes des latrines; et encore cette défense ne fut guère écoutée, puisqu’en 1395 un édit condamna les contrevenants à 60 sols d'amende et à être jetés en prison au pain et à l'eau. Enfin, on trouve dans des lettres patentes de Charles VI, en 1404, la mention que « plusieurs personnes portaient et jetaient dans la Seine tant de boues, fumiers, autres ordures et immondices, que ces eaux en étaient corrompues et très-préjudiciables à la santé publique. » Nous en avons dit assez pour justifier les rigueurs de nos administrations modernes, dans l’accomplissement des prescriptions qui leur sont imposées par les devoirs de leurs charges. Trop souvent l’ignorance, l’incurie, l’indifférence, l’égoïsme, l’intérêt mai entendu des particuliers viennent lutter contre les mesures de l’administration éclairée par une longue expérience et par les progrès de la science. En remontant la chaîne des temps, on voit combien l’édilité parisienne a eu de résistances à vaincre pour arriver où nous en sommes; grâces lui soient rendues pour l’activité vigilante de ses membres, qui défendaient avec persévérance le dépôt de la santé et du bien-être public qui leur était confié, en présence surtout de cette incurie inconcevable des habitants. Nous n’avons vu jusqu’à présent aucunes traces de latrines ou de fosses d’aisances ; il devait pourtant exister quelque chose d’analogue, puisque, dans une ordonnance attribuée au roi Jean en 1348, on donne le nom de chambres basses, que l'on dit courtoises^ à des

espèces de fosses d’aisances ou réceptacles souterrains qui existaient alors dans un grand nombre de cités, et que l’on appelait aussi fosses à privez, fosses à retraits, conservant le nom de privez pour les latrines. Enfin, sous le règne de François P', un arrêt du parlement du 13 septembre 1533 rend obligatoire à Paris la construction immédiate de fosses à retraits clans toutes les maisons qui en sont dépourvues, à peine de saisie des loyers des maisons pour faire lesdites fosses. Il fut ordonné en même temps de faire vider ces fosses la nuit, au moyen de tombereaux fermés. Malheureusement ces prescriptions furent encore négligées, puisqu’un édit du parlement de 1651 dit que l’ordre de la police est éludé. Nous ne voulons pas mettre sous les yeux du lecteur cette série d’efforts de l’administration, trop souvent vaincus par la résistance passive de la population, et nous citerons seulement pour nous résumer un arrêt du parlement du 4 juin 1734, constatant que ces fosses n’existent point partout, et que les maisons du faubourg Montmartre particulièrement en sont dépourvues ! Nous ne parlerons pas de la construction de ces fosses, que rien ne réglementait et qui étaient faites aux caprices des propriétaires. Sauf quelques mesures concernant le parcours des tuyaux, la confection des ventouses, etc., ou n’avait pris aucune précaution pour les fosses; ce n’était souvent que de simples excavations pratiquées dans le sol, d’où s’échappaient les matières liquides; cellesci s’infiltraient dans la terre et allaient infecter les eaux souterraines qui alimentaient les puits du voisinage. Il y avait encore un autre inconvénient, c’est que, lorsqu’on enlevait les matières solides d’une fosse, les liquides ambiants affinaient dans la fosse vide, et les ouvriers vidangeurs couraient le risque d’être asphyxiés pendant leurs travaux.

Il faut arriver bien près de nous, jusqu’à J 809, pour voir modifier d’une manière sérieuse et salutaire un état de choses aussi déplorable ; à cette époque l’administration, éclairée par l’expérience des temps, imposa à tous les propriétaires, pour la construction des fosses d’aisances, une série déréglés dont les dispositions les plus importantes, résumées dans le travail de Parent-Duchatel (article Latrines du Dict. de l'Indust.), sont les suivantes :

1° Toutes les fosses auront sous clef une hauteur suffisante pour qu’un homme puisse s’y tenir debout.

2° On ne doit plus employer que des pierres siliceuses, réunies au mortier hydraulique, pour la construction du sol intérieur, des murs latéraux et de la voûte.

3° Les angles seront partout arrondis.

4° L’ouverture pour l’extraction des matières aura une dimension triple de celle qui est nécessaire pour le passage d’un homme.

5° Enfin deux ouvertures seront ménagées, l’une pour la chute des matières, et l’autre pour donner issue aux gaz qui seront conduits par un tuyau au-dessus de la toiture des maisons.

Ces dispositions, sévèrement exécutées et sagement modifiées à mesure que l’expérience vint éclairer l’administration sur de nouvelles exigences, ont eu pour résultat la suppression successive de la très-grande majorité des fosses perdues, qui auront bientôt complètement disparu. Une nouvelle amélioration, dont l’idée remonte jusque vers la fin du siècle dernier, est celle ûq?, séparateurs ; elle est due à Gourlier, architecte de Versailles,, en 1788, il proposa de pratiquer dans la fosse une cloison transversale qui la diviserait en deux parties, l’une située immédiatement au-dessous du tuyau de décharge, destinée à conserver les matières solides, tandis ^ue l’autre recueillerait les matières liquides qui déborderaient de la première. Ce système, dont l’application a été longtemps retardée, a enfin été adopté avec les modifications qu’il a dû subir, et en 1831 et 1854 l’administralion en a prescrit l’emploi. Son principal mérite est de rendre les vidanges plus faciles et moins dangereuses pour les ouvriers, moins incommodes et moins coûteuses; mais pour qu’il joigne à ces avantages celui d’enlever la mauvaise odeur, il faut qu’il se complète par un bon système de ventilation (voyez Séparateur, Ventilation). Dans ces derniers temps, M. Deplanque a saisi l’administration d’un nouveau procédé qui a pour but de faire écouler dans l’égout « un liquide presque inodore et privé de la majeure partie des matières organiques qui l’accompagnent au moment de son excrétion, et qui seraient retenues dans la fosse par une décomposition et une précipitation continue et dans un état qui permettrait de les employer utilement pour les besoins de l’agriculture » (Tardieu, Dict, d'hygiène publique). Ce

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système, dit fosse à siphon^ est à l’essai et a besoin pour être apprécié de la sanction de la pratique (voyez Siphon [fosse «]) .

A. Giraud, architecte distingué de Paris, a proposé, en 1786, le système des fosses mobiles, dont l’idée première appartient aux anciens. Celui de Giraud consiste dans une grande cuve placée dans une cave sous un châssis élevé, afin que l’air circule librement tout autour. C’est l’analogue de la fosse ordinaire. Sous le châssis, on met un petit réservoir portatif qui, au moyen d’un robinet de 0“,16 de diamètre et d’un large tuyau, reçoit les déjections. Lorsque le petit réservoir est plein, on l’enlève et on le remplace par un autre. Le séparateur a été appliqué aussi aux fosses mobiles, et l’administration parisienne en a prescrit l’emploi dans son ordonnance du 8 novembre 1861, qui porte, article 7 : A l’avenir, les appareils de fosses mobiles devront être disposés de telle sorte que la séparation des matières solides et liquides s’opère dans les fosses.

Tout ce que nous venons de dire s’applique particulièrement à la ville de Paris ; malheureusement « il s’en faut de beaucoup, dit M. Tardieu, que l’usage des latrines et des fosses d’aisances soit aussi répandu qu’il devrait l’être. Il suffit de parcourir les rapports des conseils d’hygiène des départements, et particulièrement ceux du midi de la France, pour reconnaître dans combien de cités de premier ordre, les habitations sont dépourvues de latrines [Dict. d’hygiène). » Il résulte d’une telle négligence d'?u3 inconvénients graves. Le premier est l’insalubrité des logements, du pauvre surtout, causée par le méphitisme des matières fécales jetées sans soin dans des latrines mal disposées et tenues avec une malpropreté dégoûtante lorsqu’elles existent , et, à leur défaut, répandues le plus souvent sur la voie publique, après avoir été conservées pendant le jour dans quelque coin des habitations. Si d’uli autre côté l’on considère la mauvaise odeur qui s’exhale au loin des établissements où l’on recueiile et où Ton travaille les matières provenant des latrincis- et des fosses d’aisances, on comprendra que le dégoût bien naturel pour ce genre de travaux impose aux administrations municipalesl’obligation de les éloigner le plus possible des grands centres de population, et surtout de provoquer par des encouragements de toute espèce les découvertes capables de transformer et désinfecter ces matières sans nuire à leurs qualités agricoles. C’est ce qui nous amène au second des deux inconvénients que nous avons signalés plus haut. La perte pour l’agriculture est considérable si l’on ne recueille pas avec soin, dans des fosses d’aisances bien construites, les matières fécales liquides et solides, pour les utiliser au profit de la culture des terres; nous ne pouvons entrer dans les détails que comporte ce sujet. Nous ne citerons qu’un chiffre d’après les travaux deM. Chevallier; les 1 600 000 habitants qui composent la population de Paris, en nombre rond, produisent chaque année 438 000 000 kilogrammes de matières tant liquides que solides, qui seraient capables de fumer très-fructueusement 28 000 000 d’hectares de terres, c’est-à-dire plus de la moitié du territoire de la France qui n’en contient que 62 760 798. Le problème à résoudre pour la construction des latrines et des fosses d’aisances, consiste donc, d’une part, à éviter les miasmes délétères et les odeurs nuisibles et désagréables; d’autre part, à conserver toutes les matières liquides et solides, et à les enlever rapidement au moyen de procédés qui ne présentent de danger ni pour la salubrité publique, ni pour les ouvriers chargés de ces travaux (voyez Vidanges).

Quel que soit le système employé pour recevoir les matières fécales, elles doivent être conduites par des tuyaux de décharge et de raccordement dont la construction demande certaines précautions ; ainsi ils devront être aussi directs que possible; les courbes qu’on sera forcé de leur faire subir ne présenteront pas d’angles où les matières pourraient séjourner; leur surface sera lisse et polie ; on choisira pour les construire des matières qui ne puissent être altérées en aucune manière par l’action des gaz ou des ordures liquides et solides qui devront les traverser; ils devront être en fonte et les joints seront bouchés avec du mastic; ils auront un diamètre au moins de 0'",20. Ces tuyaux sont bien préférables à ceux de poterie, souvent mal cuits et mal ajustés.

Quant aux latrines elles-mêmes, on distinguera dans leur construction ce qui regarde les cabinets d’aisances d’une part, d’autre part les sièges. Le sol des cabmets devra avoir une inclinaison suflisante du côté de la fosse

afin de procurer un écoulement facile aux liquides urineux ou autres tombés par accident, il sera construit en bitume ou en dalles jointes au ciment romain, surtout dans les latrines des établissements publics, ou dans celles destinées à plusieurs ménages; il devra être uni et ne présenter aucune cavité où les parties liquides puissent séjourner. Les murs seront peints. De plus, ce cabinet sera pourvu d’une fenêtre, et la propreté la plus scrupuleuse sera maintenue au moyen de lavages fréquents. « Nous sommes disposés, * dit M. Tardieu, à adopter ce principe paradoxal que le cabinet d’aisances doit être le lieu le plus propre d’un établissement ; » on pourrait dire aussi, d’un appartement. Quant au siége.^il sera de bois de chêne, avec un couvercle également de chêne, poli et ciré; au-dessous, on enchâssera dans du bois dur, de la pierre ou de la fonte, une cuvette de faïence ou de terre cuite vernie. Plusieurs moyens ont été proposés pour éviter la fuite des émanations méphitiques qui remontent de l’intérieur de la fosse. Les cuvettes inventées par MM. Rogier et Mothès, constituent jusqu’à présent le meilleur système de fermeture hermétique. C’est une simple valve en forme de cuiller mobile sur un axe par une de ses extrémités et qui s’abaisse sous le poids d’une très-petite quantité de liquide. Placé à l’orifice du tuyau de conduite, il se relève de lui-même aussitôt que la pression a cessé, de manière à empêcher l’issue des émanations fétides. Dans les latrines particulières, on fera bien d’avoir un plancher de chêne ciré.

Mais toutes ces précautions prises, il restera encore à se préserver des miasmes et de l’infection produite par les émanations de la fosse et des tuyaux de chute, qui peuvent remonter de la fosse dans le cabinet. C’est ce qui arrivera toutes les fois que la force élastique des gaz de la fosse et du conduit est plus grande que celle du cabinet. On remédie à cet inconvénient par un ensemble de procédés que l’on trouvera exposés aux mots Ventilation et Vidanges, et qui reposent sur la construction du tuyau d’appel dont il a été question plus haut. Nous n’entrerons pas dans de plus longs détails sur ce sujet et surtout sur ce qui regarde la construction, la surveillance et l’entretien des latrines et des fosses dans les établissements publics (consultez l’article Fosses d’aisances du Dict. d’hygiène publique.^ par M. le professeur Tardieu, 2® édition).

Mesures administratives. Voici les principales dispositions administratives qui règlent cette partie si importante des services publics.

L’ordonnance concernant le service des fosses mobiles, du 6 juin 1834, porte ;

Art. 28. 11 ne pourra être établi dans Paris, en remplacement des fosses d’aisances en maçonnerie ou pour en tenir lieu, que des appareils approuvés par l’autorité compétente.

Art. 29. Aucun appareil de fosses mobiles ne pourra être placé dans toute fosse supprimée dans laquelle il reviendrait des eaux quelconques.

L’article 30 réglemente la profession d’entrepreneur de fosses mobiles dans Paris.

L’article 31 dit que le transport des appareils aura lieu de 7 heures du matin à 4 heures du soir du i®® octobre au 31 mars, et de 6 heures du matin à 1 heure du 1®^ avril au 30 septembre.

Les articles suivants prescrivent aux propriétaires qui voudront établir des fosses mobiles d’en faire la déclaration préalable à la préfecture de police ; un plan de la localité sera joint à cette déclaration. Les appareils seront établis sur un sol rendu imperméable, et disposés en forme de cuvette. Ils devront être enlevés et remplacés avant que les matières débordent, mais seulement après une déclaration faite à la direction de la salubrité. Nous avons donné plus haut l’article 7 de l’ordonnance du 8 novembre 1861 qui prescrit l’emploi des appareils séparateurs pour les fosses mobiles.

L’ordonnance du 23 octobre 1860 réglemente ce qui est relatif aux fosses d’aisances. Elle ordonne de ne construire ni de réparer aucune fosse sans une déclaration préalable, avec plan de la fosse à construire ou à réparer, à moins que les travaux ne soient prescrits par l’architecte de l’administration. Défense de combler desfosses ou de les convertir en caves sans la permission du préfet de police. En un mot, ne procéder à aucun travail dans les fosses sans déclaration et autorisation. Les ouvriers travaillant dans les fosses devront être ceints d’un bridage dont l’a tache sera tenue par un ouvrier placé à l’extérieur. Il y aura toujours autant

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d’ouvriers en del)ors qu’au dedans de la fosse. Les propriétaires ou entrepreneurs seront responsables, etc. (voyez les mots Excréments, Fumier, Plomb, Séparateur, Siphon (/b^i'C.î ô), Tuyaux d’appel, Urines, Ventilation, Vidanges, Voirie). *

Ouvrages à consulter : Rech.^ur la nature et leseffets du méffhitisnie des fosses d aisances, par Hallé, 1785. — Me'm. sur la construction des latrines publiques et sur r assainissement des latrines et des fosses d' aisances, ptsx Darcet. — Rech. sur le méphitisme des fosses d'aisances, par Dupuytren, Thénard et Barruel {Journ. de méd., t. II.) — Rapp. sur les amélioraiions à introduire dans les fosses d'aisances, e\c„, par MM. Labarraque, Chevallier et Parent-Duchatelet {Ann. d'hyg., etc., t. XIV). — Dict. de Vindustr., art. Latrines, par Parent-Duchatelet. — Observations sur le méphitisme et la désinfection des fosses d'aisances, par M. A. Guérard, Annales d'hygiène, t. XXXII. — Rapp. adressé à S. E . M. le Ministre de l'intérieur sur la construction et V assainissement des latrines et des fosses d’aisances, par Grassi, 1858 {Ann.

FOSSILES (Géologie), du latin fossilis, Qnïoui. — L’étymologie de ce mot le rend applicable à toutes les substances extraites du sein de la terre, et c’est dans ce sens qu’il fut d’abord employé par les minéralogistes; il désignait alors en môme temps des minéraux proprement dits et des débris de corps organisés conservés dans les roches. Linné appliqua ce nom à sa troisième classe du règne minéral, et partagea cette classe des Fossiliae.n trois ordres : 1“ Fossilia terrœ (sable, ocre, argile, humus); 2° Fosdlia concreta (caillou, stalactite, poudingue, etc.); 3® Fossilia pétri ficata (zoolithe, ornitholithe, phytolithe, etc.) . Peu à peu les corps compris dans ce dernier ordre, et désignés d’abord sous le nom de pétrifications, conservèrent exclusivement le nom de fossiles, et actuellement les géologues et les minéralogistes français s'accordent généralement à nommer fossiles tous les débris ou traces de corps organisés, animaux ou végétaux, que l’on trouve dans les matières minérales dont le sol est constitué, et dans une position et des conditions telles que ces ôtr es organisés ont dû exister avant que la roche où on les rencontre ne fût formée.

Il y a longtemps que des débris, des moules, des empreintes d’animaux et de plantes observés dans les roches extraites des mines et des carrières ont frappé l’attention des savants ou des pliilosophes; mais on peut dire aussi que pendant longtemps leur véritable nature, leur origine et les phénomènes généraux, que leur existence nous doit révéler, furent absolument méconnus. Cette ignorance des observateurs est restée naïvement empreinte dans le nom même àejeux de la nature {lusus naturœ), qui servit longtemps à désigner ces corps bizarres, parce qu’ils n’étaient pas compris. Parmi ces jeux de la nature, celui qui étonnait le plus les savants des anciens âges était la présence dans le sol des montagnes, de coquilles analogues à celles que la mer rejette sur ses rivages. La première vue exacte sur ce phénomène se trouve dans l’ouvrage des Eaux et fontaines, publié en 1580 par le célèbre Bernard Palissy. Pythagore paraît avoir admis autrefois ces mêmes idées, autant qu’on en peut juger par ce que nous en disent les auteurs anciens, Ovide, par exemple {Métamorph., liv. XV). Dans un remarquable exposé de l’enseignement de Pythagore, le poète romain, développant la théorie de la transformation indéfinie des êtres terrestres et de la matière de notre planète, met dans la bouche du philosophe ionien des vers dont voici le sens : « J’ai vu par moi-même ce qui jadis fut une terre ferme devenue actuellement une mer; j’ai vu des terres produites par l’océan, et loin des mers reposent des coquilles marines, et procul a pelago conclus jacuere marinœ.... ■ ce qui fut une plaine devient une vallée par la chute des eaux courantes, et l’inondation nivelle une montagne en une plaine unie. »

«I Un potier de terre, qui ne savait ni latin ni grec, est-il dit dans {'Histoire de l’Académie des sciences de Paris, année 1720, fut le premier, vers la fin du xvi* siècle, qui osa dire dans Paris, et à la face de tous les docteurs, que les coquilles déposées autrefois par la mer dans les lieux où elles se trouvaient alors, que des animaux et surtout des poissons avaient donné aux pierres figurées (ossements fossiles) toutes leurs différentes figurés et il défia toute l’école d’Aristote d’attaquer ses

preuves : c’est Bernard Palissy, Saintongeois, aussi grand phy.sicien que la nature en puisse former un ; cependant son système a dormi près de cert ans, et le nom môme de l’auteur est presque mort. Enfin, les idées de Palissy

se sont réveillées dans l’esprit de plusieurs savants; elles ont fait la fortune qu’elles méritaient. » Buflbn,en 1746, citait ce passage dans sa théorie la terre, au début d’un exposé de ses idées sur les coquilles et autres productions de la mer, qu’on trouve dans l’intérieur de la terre, et, comme si ces idées mômes formaient à ses yeux le fondement d’une théorie de la terre, il prenait pour épigraphe de son œuvre les vers d’Ovide que j’ai cités tout à l’heure. Notre grand naturaliste démontre avec une force incontestable que les coquilles, les poissons pétrifiés, les madrépores, les fragments de test de crustacés et d’oursins, sont des dépouilles d’animaux ayant vécu dans les mers qui ont baigné la surface des continents actuels, et qui ont travaillé à la formation des roches où se rencontrent ces débris organiques. Il signale en même temps l’existence, dans le sein de la terre, d’ossements d’animaux terrestres et de végétaux fossiles étrangers à nos pays, et il y voit les traces d’un monde que le temps a détruit. Comment comprendre qu’en présence de ces interprétations sagaces de faits laborieusement réunis, Voltaire, avec une raillerie mesquine, ait ridiculisé sans examen ces premiers efforts de, la géologie naissante? Les poissons fossiles sont pour lui des poissons rares, rejetés de la table des Romains, parce qu’ils n’étaient pas frais ; les coquilles ont été rapportées et semées sur leur chemin par les pèlerins du temps des croisades. « Gomment se peut-if, s’écrie BiiHon, que des personnes éclairées et qui se piquent même de philosophie aient encore des idées fausses sur ce sujet ? » Et le savant prend soin de réfuter sérieusement ces misérables objections !

Cinquante ans plus tard, le 1®*' pluviôse an V (20 janvier 1797), Georges Cuvier ouvrait une ère nouvelle à la géologie et à l’histoire des fossiles; il lisait à la nouvelle Académie des sciences son premier mémoire sur les éléphants fossiles. Ce grand homme donna un sens tout nouveau à l’étude des fossiles. « Les savants, dit-il dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe, étudiaient, à la vérité, les débris fossiles des corps organisés mais, plus occupés des animaux ou des plan-

tes considérés comme tels, que de la théorie de la terre, ou regardant ces pétrifications ou ces fossiles comme des curiosités, plutôt que comme des documents historiques, ou bien enfin se contentant d’explications partielles sur le gisement de chaque morceau, ils ont presque toujours négligé de rechercher les lois générales de position ou de rapport des fossiles avec les couches. Cependant l’idée de cette recherche était bien naturelle. Comment ne voyait-on pas que c’est aux fossiles seuls qu’est due la naissance de la théorie de la terre; que, sans eux, l’on n’aurait peut-être jamais songé qu’il y ait eu dans la formation du globe des époques successives et une série d’opérations différentes? Eux seuls, en eflèt, donnent la certitude que le globe n’a pas toujours eu la même enveloppe, par la certitude où l’on est qu’ils ont dû vivre à la surface avant d’être ainsi ensevelis dans la profondeur. Ce n’est que par analogie que l’on a étendu aux terrains primitifs (terrains cristallins) la conclusion que les fossiles fournissent directement pour les terrains secondaires, et, s’il n’y avait que des terrains sans fossiles, personne ne pourrait soutenir que ces terrains n’ont pas été formés tous ensemble. C’est encore par les fossiles, toute légère qu’est restée leur connaissance, que nous avons reconnu le peu que nous savons sur la nature des révolutions du globe. Us nous ont appris que les couches qui les recèlent ont été déposées paisiblement dans un liquide ; que leurs variations ont correspondu à celles du liquide ; que leur mise à nu a été occasionnée par le transport de ce liquide; que cette mise à nu a eu lieu plus d’une fois : rien de tout cela ne serait ceriain sans les fossiles. » Cette, sorte de programme d’une science nouvelle fut admirablement rempli, et la paléontologie ou science des êtres anciens date de Cuvier et lui survivra longtemps. Bien des travaux ont enrichi cette science sans sortir de la voie tracée par son fondateur, et aujourd’hui encore l’histoire des fossiles repose sur les principes établis par lui. ;

Avant de jeter un coup d’œil sur les principales sortes de fossiles que l’on rencontre dans les couches du globe, il est bon de recherclier comment ces débris ont pu se conserver et quelles transformations générales ils ont pu subir. Il est bien connu de tout le monde que dans les conditions les plus ordinaires les cadavres d’animaux, les débris de végétaux se détruisent après un temps qui n’est pas fort long; les parties molles cèdent les premières à la décomposition et ne durent en général que quelques années; les parties cornées, osseuses, ligneuses,

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résistent mieux, mais, après un ou deux siècles, la \ lus grande partie des êtres qui ont vécu à une certaine époque ont disparu jusque dans leurs moindres traces. 11 le faut bien, car tout nous enseigne que, comme le disait déjà Pytliagore, rien ne périt dans notre monde, tout se transforme et reparaît sous une nouvelle face, naître c’est commencer à être autre chose que ce que l’on a

été maiSj au milieu de ces transmutations, la somme

de matière demeure constante (Ovide, if/é/um., liv. XV). Les générations qui périssent doivent donc livrer leur matière à celles qui les suivent; la conservation prolongée de ces cadavres troublerait indubitablement la production de leurs descendants, si elle devenait un fait quelque peu général. C’est donc exceptionnellement que se conserveront intactes certaines dépouilles d’êtres vivants ; il faut que peu de temps après la mort une matière non putrescible et incrustante les enveloppe, les pénètre, les ensevelisse ou les pétrifie. Les eaux seules charrient des matières de ce genre, et ce sont elles qui nous ont préparé les fossiles. Mais qu’on ne s’y trompe pas, bien que le nombi’e des débris fossiles que nous rencontrons soit considérable, dépasse môme toute imagination, un petit nombre d’entre eux conservent encore la matière qui les a constitués pendant leur vie. D’abord les parties molles ont disparu, et nous n’en retrouvons parfois des traces que dans les empreintes ou les moulages qu'elles ont laissés dans la matière minérale fossilisatrice. Quant aux parties dures, bien souvent leurs formes seules subsistent, la substance minérale amenée par les eaux s’est lentement substituée à la matière organisée et en a fréquemment pris tout à fait la place. Ainsi des myriades d’êtres vivants qui ont peuplé les diverses époques de l’histoire primitive de notre globe, le plus grand nombre a péri sans qu’aucune trace de leur être subsiste aujourd’hui; un grand nombre néanmoins ont laissé dans le linceul minéral, que les eaux leur ont fabriqué peu à peu, des empreintes, des moulages, des pétrifications; beaucoup moins d’entre eux nous ont transmis véritablement quelque portion de leur corps demeurée plus ou moins intacte, malgré les siècles. Constant Prévost a démontré que la formation des fossiles n’est pas d’ailleurs un phénomène particulier aux époques antérieures à l’âge actuel, mais qu’aujourd’hui encore sous nos eaux il s’en forme peu à peu, comme cela s’est fait auparavant; mais ils demeurent, comme les dépôts où ils s’enfouissent, inaccessibles, quant à présent, à nos investigations.

En résumé, on peut distinguer parmi toutes les traces d’êtres organisés auxquelles s’applique aujourd’hui le nom de fossiles : ■»

1° Les fossiles proprement dits ou les parties d’animaux ou de plantes conservées sans altération ou à peu près; ce sont des os, des dents, des cornes, des ongles, des piquants, des écailles, des coquilles, des carapaces de crustacés, des madrépores, des fragments de bois; encore la conservation n’est-elle complète que dans les terrains les plus récents, et les altérations sont d’autant plus grandes que l’on retrouve ces parties dans des couches plus anciennes.

2" Les pétrifications ou débris organiques dont la substance a été complètement remplacée par des molécules de matière minérale, sans que les formes caractéristiques, et souvent la structure intime, aient cessé d’être reconnaissables; les matières minérales qui ont le plus souvent imprégné de cette façon des débris organiques sont le carbonate calcaire, le sulfate calcaire, la silice, le fer oxydé.

3“ Les moules et empreintes qui sont des reproductions de formes extérieures des êtres vivants ou de quelques-unes de leurs parties ; tantôt le corps moulé a été détruit, et la matière minérale environnante nous a conservé en creux le moulage ou plutôt l’empreinte de ses formes ; tantôt, dans un moule en creux de ce genre, de nouvelle matière minérale s’est introduite et a donné un moule en relief. Ainsi nous sont parvenues les formes de parties molles incapables de se conserver; ainsi nous ont été léguées parfois jusqu’aux empreintes de pas de quadrupèdes, d’oiseaux, de crustacés, sur les grèves sablonneuses des mers anciennes, durcies aujourd’hui en des masses de grès (voyez Empreintes).

4® Il est une dernière sorte de débris d’origine organique qu’il faut mentionner ici, malgré leur nature singulière, ce sont les coprolites ou matières fécales fossiles. Tantôt ces matières forment de petits amas comparables aux couches de guano de l’époque actuelle; tantôt elles s’observent au milieu de débris retraçant un animal et

correspondant à la cavité abdominale, de telle sorte que ces coprolites étaient évidemment contenus dans l’intestin quand l’animal a succombé ; tantôt enfin les coprolites sont de petits corps arrondis, souvent contournés en spirale, de consistance dure et d’une couleur blonde ou grise. On a souvent dans les coprolites reconnu des fragments concassés d’animaux, comme cela se voit communément dans les matières fécales de poissons, de reptiles. La forme des coprolites a permis de reconnaître souvent la classe ou môme la famille des animaux qui les ont produits.

Ces diverses sortes de fossiles se rencontrent dans les diftérentes couches des terrains de sédiment, suivant un ordre qui va être indiqué un peu plus loin. Mais auparavant il convient de consigner ici quelques résultats généraux d’une haute importance : I® Si l’on compare les débris fossiles d’êtres vivants avec les parties analogues des êtres actuellement vivants auxquels les premiers ressemblent le plus, on rencontre rarement une ressemblance assez exacte pour regarder les espèces comme identiques. On est donc amené à cette conclusion remarquable, que les espèces animales et végétales qui ont peuplé lu surface du globe aux diverses périodes dont les terrains de sédiment sont les traces, étaient différentes des espèces qui la peuplent dans la période actuelle. C’est seulement dans quelques dépôts récents que l’on trouve des fossiles identiques avec des espèces encore vivantes. — 2® Non-seulement les espèces d’êtres organisés de l’époque présente sont différentes de celles des époques géologiques ; mais la même différence s’observe ordinairement entre les espèces d’une époque quelconque et celles des époques antérieures. — 3® On na voit jamais une espèce, rencontrée dans un terrain et disparue dans les couches immédiatement superposées, se montrer de nouveau après une certaine période ; chaque espèce a eu son temps et a disparu ensuite définitivement. — 4® En outre, plus on remonte vers des terrains anciennement déposés, plus les espèces d’êtres organisés sont dissemblables à celles qui vivent aujourd’hui. Il en résulte qu’elles nous donnent l'idée de genres distincts de ceux que nous font connaître aujourd’hui le règne animal et le règne végétal, et nous admettons qu’il y a des genres perdus, comme il y a des espèces perdues. — 5® En examinant des terrains plus anciens encore, nous reconnaissons de la môme manière qu’il a disparu des groupes de genres qui formaient de véritables familles naturelles; enfin l’étude des terrains le plus anciennement déposés nous révèle des formes si éloignées de celles des animaux et des plantes de notre époque, qu’il faut les rapporter à des ordres, a des classes maintenant sans représentants et disparues à jamais.

Ces résultats généraux de l’étude des fossiles nous font concevoir dans celle de notre globe une série de périodes où les conditions générales de formation des terrains, de végétation et de production animale étaient successivement différentes. Ausri les espèces ^ossiles sont-elles propres, par leur présence ou leur absence, à faire reconnaître les terrains les uns des autres et à déterminer les limites exactes des époques géologiques qui ont précédé celle où nous sommes en ce moment. Cuvier et Al. Brongniart ont, les premiers, montré dans leur ouvrage sur les terrains du bassin de Paris combien l’étude des fossiles de chaque couche en révélait nettement les rapports d’âge avec les autres couches voisines, et donnait de la certitude pour reconnaître soit cette môme couche dans d’autres localités, soit, dans d’autres localités aussi, les couches contemporaines d’une nature minérale différente (voyez Terrains). Mais dans le présent article, préoccupé surtout de faire connaître les principaux fossiles, je laisse de côté les inductions que leur étude fournit pour l’histoire môme des terrains, et je m’attache à l’indication des principaux types d’êtres organisés antédiluviens, aujourd’hui connus.

cour d’œil sur les principaux fossiles.

1® Période paléozoïque.

I. Epoque cambrienne et silurienne. — Cette première époque de l’apparition des êtres vivants nous a laissé des débris d’animaux appartenant aux quatre embranchements du règne animal, de telle sorte que dès l’origine les quatre grands plans d’organisation suivant lesquels sont conformés les animaux actuels furent représentés dans la création.

Parmi les animaux Vertébrés^ ce sont des Poissons

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composant divers genres éteints de la sous-classe des Chondroptérygiens ou Poissons cartilagineux , famille des Sélaciens; c’est auprès des Cestracions de Cuvier que ces genres perdus viendraient se grouper.

L’embranchement des ou était surtout

représenté dans cette première période par un groupe de Crustacés assez différents de ceux que l’on connaît aujourd’hui pour former au moins une famille, sinon un ordre distinct, sons le nom général de Trilobites {fig. 1202, 1203). Les fossiles de ce groupe nous montrent, en général, la forme d’un bouclier ovale , composé d’articles divisés en trois parties par deux dépressions longitudinales symétriquement placées de chaque côté; le plus antérieur de ces articles est beaucoup plus grand et constitue une plaque voûtée, arrondie, portant deux yeux à facettes semblables à ceux des crustacés actuels, que nous nommons Limules ‘ fig. 1211). On présume que ces

Fig. 1202. — Trilobite (Paradoxides spmulosus)

crustacésévidemment marins, au moins pourle plus grand nombre, vivaient loin des côtes ou dans les bas-tonds,

réunis en familles nombreuses, qu’ils nageaient sur le dos, et que, leurs pieds entièrement charnus ne pouvant les fixer solidement aux corps submergés, ils devaient habituellement se mouvoir sans cesse dans les eaux. L’époque silurienne a vu le maximum de développement des trilobites dont aucune espèce n’a survécu à la fin de la période carbonifère. Dans cet ordre d’animaux éteints, on a pu distinguer jusqu’à sept familles clans lesquelles se distribuent plus de vingt genres (voyez Trilobites).

Une autre classe d’animaux annelés, celledes^?2we/2c/e^, avait aussi des représentants dans ces mers du premier âge de la création vivante, car on connaît dans les couches cambriennes une belle espèce de Néréide représentée ici par la figure i204.

Des genres nombreux, dont quelques-uns se sont perpétués jusqu’à notre époque et dont la plupart se sont éteints, représentent, aux époques cambrienne et silurienne, les piâncipales classes d’animaux Mollusques; je ne puis que citer ici quelques-uns des plus remarquables. Les gem'cs de Céphalopodes qui vivaient à cette époque se rapportent tous au groupe des Nautiles ou Céphalopodes à coquilles divisées par des cloisons en un grand nombre de chambres successives. L’un des plus répandus parmi ces genres aujourd’hui éteints est le genre Lituiie dont on voit ici une des espèces {fig. 1205). On peut encore citer les genres G?/rocémf?Ye et Ôrthocératite dont nous retrouverons de nombreuses espèces à l’époque suivante. Les espèces de Mollusques gastéropodes de cette époque se rapportent à quelques genres encore existants, les genres Natice^ Cabochon., Helcion, ou, en

bien plus grand nombre, à des genres perdus, tels queles Scalifes, les Murchisonies, les Bellérophons, qui se retrouvent encore aux époques suivantes. Des faits ana-

Fig. ]204. — Aiiiiélide (Nercides cainbriensis).

logues se présentent pour les Mollusques acéphales testacés; la classe des Hrachiopodes compte plusieurs genres propres à cette période : les genres Orthisina (fig. 1206)

Fig. 120S. — Cüphalopode (I.iluile corne Fig. 1207. — Siplioiiolrcle de bélier). vemiqueuse.

Siphonotreta [fig. 1207), d’autres également perdus, qui se retrouvent aussi dans d’autres périodes fort anciennes, les les Orthis., d’autres enfin représentés

encore par des espèces actuellement vivantes, les genres Lingule [fig. 1209), Térébrutule. Pour compléter ce qui

Fig. 1208. — Hiilycile labyrinthique Fig. 1209. — Lingule de Lowis. (partie grossie).

concerne les Mollusques, il faut signaler à cette époque de première apparition des êtres vivants sur le globe, l’existence d’un assez grand nombre de Bryozoaires on Polypes cellulaires de Cuvier, généralement regardes aujourd’hui comme appartenant au type des mollusques. Ces genres, presque tous perdus, se rapprochaient des Cellépores de nos mers actuelles.

Le dernier embranchement du règne animal, celui des

Fig. 1203. — Trilobite (Calymene Bliimeiibachii) .

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Zoophyies ou Ânimanùc rayonnes, peuplait les mers antiques de nombreuses espèces é' Echinoderrnes,, de Po types à polypiers, de Spongiaires, Les Ec.hinodermeS de cette première époque se rapportent à des genres tout spéciaux du groupe des Comatules et des Encrines, ou à d’autres genres du même groupe, également perdus, ■et qui ont survécu quelque temps à cette époque. Quant

Fig. 1210.— Cy.ilhaxoniede Dalman. Fig. 1211. — Liniule arrondie.

aux Polypiers ou Madrépores de l’époque silurienne, ils sont assez nombreux, assez variés, et lorment des genres à peu près tous éteints aujourd’hui ; on verra figurées cicontre une espèce du genre Halycite [fig. 1208) ou Caténipore , aujourd’hui détruit, une autre du genre Cyathaxonie [fig, 1210), également perdu.

Le règne végétal de l'époque cambrienne et silurienne n’a pas laissé des débris très-abondants, et ceux qu’on a le mieux reconnus jusqu’à présent proviennent de plantes marines de l'embranchement des Acotylédones ow Cryptogames. Cette flore antique n’est d’ailleurs pas assez bien étudiée encore pour se distinguer nettement de celle de l’époque carbonifère qui va se présenter bientôt. Mais l’existence de dépôts de houille à l’époque silurienne fait conjecturer qu’elle a possédé des végétaux terrestres jusqu’ici incomus pour nous.

IL Epoque dévonienne. — La faune et la flore de cette nouvelle époque ont de grands rapports avec celles de l’époque précédente. Parmi les animaux Vertébrés, régnaient à l’âge dévonien des familles toutes particulières de Poissons : les Diptéridés à écailles presque carrées, avec deux nageoires dorsales, deux anales, et la queue disposée comme celle de nos squales actuels; les Acro-

Fig. 1212. — Pterichlhys cornu. Fig. 1213. — Gyrocératite d'Eifel.

lépisidés aux formes élancées, avec la queue et les écailles des précédents, une seule dorsale et une seule anale; les Acanthodidés, qui ne diffèrent des précédents que par des écailles presque microscopiques ; les Céphaiaspidést singuliers poissons cuirassés de plaques os-

seuses sur la partie antéi’ieure du corps, la tête plate et arrondie, le corps aplati, dépourvu de nageoires abdominales, comme on peut le voir dans la figure ci-jointe du Pterichthys cornu (fig. 1212). Mais, outre ces poissons à formes spéciales et dont beaucoup de genres se sont éteints à la fin de l’époque dévonienne, cette époque semble avoir vu apparaître les Reptiles sauriens dans un genre nommé Sauropteris par les paléontologistes.

Les animaux Atiiculés ou Annelés comptent encore à cette époque des genres de Trilobites, mais en outre

Fig. 12iV. — Clyménie de Sedwick, vue de côté et de face; au-dessous est le dessin du contour d’une des cloisons.

apparaissent certaines espèces dl Annélides tubicoles, des genres Serpule et Spirorbe. Parmi les Mollusques, il faut citer des genres de Céphalopodes caractéristiques

Fig. 1213. — Cupressocrinite épaisse.

de l’époque dévonienne : les Gyrocératites (1213), les j Clyménies (fig . 1214), de nombreuses espèces de Gastéropodes et àl Acéphales testacés, dont quelques-unes représentent des genres encore vivants aujourd’hui , comme les genres Turbo, Phasianelle, Dentale, Pholadomye, Lucine, Moule, Peigne. Certains genres de Brachiopodes fournissaient à cette époque des espèces toutes spéciales, comme la Calcéole sandaline, la Térébratule élargie. Enfin l’embranchement des Zoophytes a donné à l’époque dévonienne de nombreux Echinodermes crinoïdes, tels que les Cupressocrinites (fig< 1215), des Polypiers et quelques Spongiaires.

Le règne végétal comptait à cette époque de nombreux représentants dans les mers et sur la terre ferme ; mais la flore dévonienne, très-analogue celle de l’époque carbonifère, n’en a pas encore été bien nettement dis-

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tirgnüc. On y connaît quant à présent des végétaux marins analogues à nos Fucus, des Fougères telles que les Fphcnopieris [fig. 121G), et môme des Dicotylédones

Fig. 1216. — Sphcnopleris lâche (Fougère).

du groupe des Sigillariées, analogues, par conséquent, à nos arbres verts résineux d’aujourd’hui.

III. Epoque carbonifère, — Les débris d’animaux sont beaucoup plus variés dans cette nouvelle période. Pour la

première fois apparaissent des espèces des classes des //isectes Arachnides ,àç^Cirrhipèdes ,Q\ aussi des espèces

Fi". 1218- — Échinocrinus elliptique; à côté de l’animal ont été figurées une des plaques hexagonales et une série ainbulacraire.

de Foraminifères voyez ce motet d'Echinides (fig . 1218). Dans les mers ou lesfieuvesde cetteépoque dominaient des Poissons cnriil(iginenx,\oismsde nos raies, de nos squales, dont les dents nous sont surtout conservées dans les

couches carbonifères, et qui se rapportent h des genres perdus ;puisdes Po2.ÿ.yo?25055et<j;,quelesLe)j?rfo.9^éi?5semblent

Fig. 1219. — Nevropleris hétérophylle (Fougère).

seuls rappeler encore aujourd’hui, et qui doivent constituer le groupe spécial des Palœoniscidés, où il faut surtout citer les Paîœoniscus et les Amhlypterus (fig. 1217), et d’autres poissons de la plus grande taille, à dents fortes et striées, très-voisins des reptiles. Ces mômes océans nourrissaient des Crustacés trilohiies, de petits Enfomostracés, voisins de nos Cypris, quelques espèces du genre actuel des Limules ; puis encore des Mollusques céphalopodes, voisins des Nautiles, diverses espèces de Gastéropodes, d' Acéphales testacés, de Brachiopodes; enfin des Zoophytes du groupe des Oursins et de celui des Crindides, de nombreux Polypes à polypiers calcaires. Les terres que baignaient ces mers étaient nombreuses et paraissent avoir formé des sortes d’archipels au milieu desquels de grandes étendues de terre ferme se mêlaient à des îles plus restreintes. Sur les côtes vivaient quelques Reptiles sauriens , tels que ceux qu on a nommes Noi hosaw es, puis des’ Insectes coléoptères, orthoptères, névroptères^ une espèce de Scoi pion d’un genre éteint aujourd hui .

Mais les richesses zoologiques conservées dans les couches du terrain carbonifère, ont moins d intérêt encore que les débris de végétaux fossiles dont les dépôts de cette époque nous ont gardé les empreintes encore bien reconnaissables. « C’est à l’époque carbonifère, dit Aie d’Orbigny , que se montre un luxe exubérant de végétaux I ces élégantes Fougères arborescentes, au feuillage léger comme la plus riche dentelle; ces Lépidodendrons élancés (fg. 1220); ces feuilles si '^ariées des Fougères (fg. 12 D), des Lycqpodiacées ^ .dont la terre devait être couverte; ces Sigillariées [fg-^ 1221) tesques luttant de hauteur avec les Conifères [fg. i222) de l’époque. Dieu sans doute aujourd’hui n’égalerait le pittoresque d’une telle richesse végétale, dont néanmoins nous donnent une idée quelques-unes des p«rties rnontueuses privilégiées de la zone torride. Cette magnifique végétation couvrant alors les régions tropicales, les régions tempérées et jusqu’aux régions de 1 ile Melville, où, depuis, les frimas sont éternels; cette végétation croissant pai’tout sous une température uni-

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formément chaude, déterminée par la chaleur centrale propre à la terre, était pourtant destinée, après quelques milliers de siècles, après tant de révolutions terrestres, à devenir pour la race humaine une nouvelle Providence ! N’est-il pas merveilleux qu’elle se soit conservée comme

Fig. 1220. — Lepidodendron de Slernberg; (Lycopodiacce, lige.)

pour donner à l’homme, sur tous ces points maintenant refroidis et souvent glacés, une chaleur factice que la nature ne produit plus? N’est-il pas merveilleux devoir,

Fig. 1221. — Sigillariade Grœser; fragment de la' surface du tronc.

après un laps de temps si considérable, cette antique végétation rivaliser et même dépasser la végétation moderne pour les services qu’elle rend à l’humanité? On

lui doit en effet ces magasins souterrains, ces inépuisables dépôts devenus, en ce moment, des sources incessantes de prospérité et les plus pui.ssants moteurs du développement de l’industrie et du commerce. >' M. le professeur Ad. Brongniart, qui a créé la science des végétaux fossiles, porte à environ 500 le nombre des espèces de plantes actuellement connues dans les couches carbonifères ; elles se classent ainsi : Cryptogames amphigènes , 2; Crypt. acrogènes, Fougères, 297; idem, Lycopodiacées , 109; idem, Equisétacées^ 12; Dicotylédones gymnospermes^ 121, dont 4G SigiUariées et 16 Conifères; quelques Monocotylédones encore maldé-

Fig. 1222.— Walchia hypnoldes (espèce de conifère); rameau.

finies. Le savant botaniste résume ainsi les caractères delà flore carbonifère : «Absence complète des Dicotylédones angiospermes; absence complèle ou presque complète des Motiocuty/édones ; prédominance des Cryptogames acrogènes, et formes insolites et actuellement détruites dans les familles des Fougères, des Lycopodiacées et des Equisétacées ; grand développement des Dicotylédones gymnospermes , mais résultant de l’existence de familles complètement détruites, non-senlement actuellement, mais dès la fin de celte période. » «

J’ai donné quelques développements à ces esquisses des faunes et des flores des premiers âges des êtres organisés, parce que j’ai voulu faire bien connaître quels grands groupes ou types de formes organiques se sont montrés dès ces premiers temps : on peut déjà se rendre compte s’il est vrai que les êtres les plus imparfaits ou les plus simples en organisation aient paru les premiers dans l’un comme dans l’autre règne, et combien il importe dans de pareilles questions de réfréner par l’étude minutieuse des faits les élans auxquels l’imagination est toujours tentée de céder. Mais cette question reviendra un peu plus bas.

.Epoque permienne. — Une révolution considérable, en terminant l’époque carbonifère, paraît avoir très-notablement modifié les conditions générales de la vie à la surface du globe, car les zoologistes et les botanistes ont également reconnu qu’avec la période carbonifère finissent une population particulière d’animaux et une végétation toute spéciale. Cependant l’époque permienne semble un dernier reflet de la période carbonifère expirante; la période permienne, selon le professeur Ad, Brongniart, n’en présente qu’une sorte de résidu déjà privé de la plupart de ses genres les plus caractéristiques ; et pendant la période suivante, nous n’en trouvons plus aucune trace. Aie. d’Orbigny constate que l’étude des animaux fossiles de l’époque permipnne donne le môme résultat. « Les mers permiennes, dit-il, offraient des animaux voisins, comme ensemble de caractères, des autres étages paléozoïques précédents : par exemp'e, les mêmes genres que ceux de l’étage carboniférien, et en outre des genres et surtout des espèces bien distinctes. Cette faune se composait de deux genres de Reptiles, sans doute riverains et marins, de cinq genres nouveaux de Poissons placoïdes (cartilagineux) et ganoides (couverts d’écailles brillantes en "mosaïque' seulement, de Crustacés, de Mollusques de toutes les classes, parmi lesquels trois genres nouveaux. Les Huîtres, par exemple, commencent à se montrer avec quelques Zouphites inaperçus jusqu’alors. «Les végétaux dont les débris nous

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ont été conservés sont des Algues^ des Fougères^ des Equ ùétacées^ des Lycopodiacées^ des Conifères, plantes marines et terrestres.

2“ Période triasique.

Une seconde période commence évidemment pour la création animale et végétale, après l’époque permienne. Plus de trois cents des genres d’animaux de la période précédente disparaissent pour toujours; ainsi avec l’époque permienne s’éteignent le genre Notliosaure parn-i les Reptiles, une soixantaine de genres de Poissons cartilagineux ou osseux, tout le groupe des Crustacés triloèîïe^qdix-sept genres de Mollusques cé phalopod.es, six genres environ de Gastéropodes, Acéphales testacés, Brachiopodes , et de nombreux genres de Zoophytes, et surtout, parmi eux, de Crinoïdes. Avec cette même époque permienne finit aussi, pour le règne végétal, ce que M. le professeur Ad. Brongniart appelle le règne des Cryptogames acrogènes {Fougères, Lycopodiacées, Equisétacées, etc.). Ainsi l’étude des fossiles des deux règnes conduit au même résultat sur ce point et révèle avec évidence un changement important dans les êtres organisés, au moment où nous sommes parvenus dans la série des âges antédiluviens.

La nouvelle période, nommée par beaucoup de paléontologistes période triasique, est marquée surtout par la première apparition des Oiseaux, un développement tout à fait caractéristique de la classe des Reptiles, et surtout des grands Sauriens entièrement perdus aujourd’hui, l’apparition des Crustacés décapodes, Ae.'s, Ammonites, Trigonies, Plicatules parmi les Mollusques , des Pentacrines parmi les Zoophytes crindides : enfin parmi les végétaux au règne des Cryptogames acrogènes succède celui des Dicotylédones gymnospermes [Conifères, Cycadées et groupes voisins). Dans les deux règnes, toutes les espèces de cette seconde période sont absolument différentes de celles qui ont vécu pendant la première.

Selon toute vraisemblance, la période triasique a moins duré que la période paléozoïque; on n’y distingue guère que deux époques.

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