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qui dilatent ou raréfient les liquides renfermés dans les fruits que la fermentation peut y être excitée et l’organisation intérieure à peu près détruite. — 2* Une température de 8 OM 10® centigrades au-dessus de zéro. Une température plus élevée favoriserait trop la fermentation. Si elle était abaissée au-dessous de zéro, la fermentation ne pouvant avoir lieu, la maturation resterait complètement stationnaire. — 3® Que la fruiterie soit complètement privée de inaction de là lumière. Cet agent accélère la maturation en facilitant les réactions chimiques. — k^Que V atmosT^hère de la fruiterie ne renferme que la quardité d' oxygéné rigoureusement nécessaire pour qu'on puisse y pénétrer sans danger y et que Von y conserve tout l’acide carbonique dégagé par les fruits. On sait, en effet, que la présence de l’oxygène est indispensable pour que la fermentation et par conséquent la maturation puissent avoir lieu. En en diminuant la proportion, on rendra donc lu maturation moins prompte. Quant à l’acide carbonique, il semble, d’après les expériences de Couverchel, concourir assez puissamment à la conservation des fruits. — ■ 5® Que cette atmosphère soit plutôt sèche qu’humide, L’humidité est aussi une des conditions nécessaires à la fermentation dans les fruits; elle diminue la résistance des tissus et favorise l’épanchement des liquides; il est donc convenable d’éviter son accumulation dans la fruiterie ; mais il ne faudrait pas toutefois que ce local fût par trop sec, car les fruits, perdant alors par leur surface une quantité notable de leurs fluides aqueux, se rideraient, se dessécheraient et ne mûriraient pas. — 6® Que les fruits soient placés de telle sorte qu’on diminue autant que possible la pression qu'ils exercent sur eux-mêmes par leur propre poids.

Cette pression, si elle est continue, détermine la rupture des vaisseaux et des cellules vers les points où elle s’exerce; les divers fluides se confondent, et ce mélange favorise les réactions.

Voici maintenant comment nous proposons de construire la fruiterie pour qu’elle remplisse ces conditions. On choisira un terrain très sec, un peu élevé et placé à l’exposition du nord. Les dimensions du local seront déterminées par la quantité de fruits à conserver; celui dont nous donnons le plan et l’élévation(^^. 13 1 4 et 1315) présente une longueur intérieure de 5 mètres, sur 4 de large et 3 d’élévation.

On peut y placer 8000 fruits, en admettant que chacun d’eux occupe un espace de 0“,lo cari’és. Le plancher est à 0“,70 au-dessous du sol environnant; si le terrain est bien sec, on pourra descendre jusqu’à 1 mètre. Cette disposition permettra de défendre plus facilement l’atmosphère de la fruiterie contre l’influence de la température extérieure. Pour empêcher l’eau des pluies de s’accumuler dans le sol placé près des murs et de s’infiltrer dans la fruiterie, on donne à la surface environnante (A, ^5^. 13 14) une pente opposée aux murs. Ceux-ci sont en outre construits en ciment jusqu’au-dessus du sol. La fruiterie est entourée de deux murs (A et B, fig, 1315) laissant entre eux un espace vide et continu (C) de 0“,50 de large ; cette couche d’air interposée entre les deux murs est un excellent moyen de soustraire l’intérieur à l’action de la température extérieure. Ces deux murs, présentant chacun une épaisseur de 0“,33, sont construits avec une sorte de mortier ou pisé formé de terre argileuse, de paille et d’un peu de marne. Cette matière est préférable à la maçonnerie ordinaire, d’abord parce qu’elle est moins bon conducteur de la chaleur, ensuite parce qu’elle coûte moins cher. Ces murs sont disposés de telle sorte, que le sol du couloir (G) soit au niveau de celui de la fruiterie.

L’enceinte est percée de six ouvertures, trois dans le mur extérieur et trois dans le mur intérieur. Celles du mur exiérieur, semblables aux ouvertures du mur intérieur, sont pratiquées en face de celles-ci. Ces ouvertu res se composent, pour le mur extérieur : 1® d’une double porte ^D, fg, 1315): la porte extérieure s’ouvre en

dehors, celle de l’intérieur en dedans et se ploie en deus, dans le sens de sa largeur, comme un contrevent. Lors des fortes gelées, on tasse de la paille dans le vide laissé entre ces deux portes ; 2° de deux guichets (E) de 0“,50 carrés, placés de chaque côté, s’ouvrant à 1“,50 du sol, et fermés par une double cloison dont l’une s’ouvre en dehors et l’autre en dedans. L’espace compris entre ces deux cloisons doit être aussi soigneusement rempli de paille au commencement de l’hiver.

Le mur intérieur présente une porte (F) et deux guichets (G); mais ici la porte est simple; les guichets sont aussi fermés par deux cloisons: celle du dehors est à coulisse, celle du dedans s’ouvre en dehors. Aussitôt que les fruits sont réunis dans la fruiterie, on doit, pour empêcher l’air du couloir de pénétrer dans l’intérieur, coller des bandes de papier sur les jointures des guichets. Ces guichets sont destinés seulement à laisser pénétrer dans l’intérieur l’air et la lumière, afin de pouvoir net toyer et aérer facilement la fruiterie avant d’y rentrer la récolte. Nous verrons tout à l’heure qu’il est facile de se débarrasser de l’humidité intérieure, déterminée par la présence des fruits, sans qu’il soit besoin d’avoir recours à des courants d’air.

Fig. 13H. — Élévation de la fruiterie, suivant la ligue KL, de la figure 1315.

Fig. 1315. — Plan de la fruiterie suivant la ligne GH de la figure 1314.

Le plafond (B, /î^r. 13i4) se compose d’une couche de mousse, maintenue par des lattes, et recouverte en dessus ef en dessous d’une couche de batifodage ; le tout présentant une épaisseur de 0“,33. Ce mode de construction est indispensable pour empêcher l’influence de la température extérieure de se faire sentir à travers ce plafond. Ceplafond est surmonté d’une toiture eu chaume, épaisse d’au moins 0",33. On réserve dans cette toiture une lucarne (C) qui permet d’utiliser le grenier. Cette lucarne doit être soigneusement fermée.

Le sol de la fruiterie est parqueté en chêne. Les parois et môme le plafond doivent recevoir un lambris de sapin. Ces précautions concourent encore à maintenir

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dans l’intérieur une température égale et une atmosphère exempte d’humidité. Toutes les parois sont garnies, depuis ü“, 50 du parquet jusqu’au plafond, de tablettes en kpin destinées à recevoir les fruits. Elles sont placées à 0^,25 les unes des autres, et présentent une largeur de 0-‘\50. Afin qu’on puisse voir à la fois tous les fruits rangé's sur ces tablettes, on donne aux plus élevées (D, y^^.”i316) une inclinaison de 45® environ. Cette pente dinnnue à mesure que l’on descend, jusqu’à ce que, arrivées à 1“,50 du sol, les tablettes (E, fig. 1314) se trouvent placées horizontalement. Toutes les tablettes inclinées en avant présentent la forme d’un gradin (A, fig. 131G) ; chaque degré offre une largeur de 0“,I0 environ, et est muni d’un petit rebord de 0“,02 de saillie. Afin que l’air puisse circuler librement de bas en haut entre ces tablettes, on laisse libre le derrière de chacun des degrés disposés en gradin. Quant à ceux placés horizontalement (B), on atteint le même but en les formant à l’aide de feuillets larges de 0“,10, et suffisamment espacés entre eux. Ces diverses tablettes, fixées contre le lambris à l’aide de

tasseaux, sont soutenues en avant par des montants

(D) , placés à i“,50 les uns des autres. Des traverses

(E) , attachées sur ces montants, supportent des tringles horizontales (Fj ou obliques et taillées en crémaillère (G), suivant la disposition des tablettes, et sur lesquelles s^’appuient ces dernières sur toute leur largeur. Au centre de la fruiterie nous avons réservé une table (I, fg. 1314) longue de 2 mètres et large de 1 mètre, isolée des tablettes

par un espace d’un mètre. Le dessus de cette table, destiné à recevoir momentanément des fruits, est entouré d’un rebord semblable à celui des tablettes. Le dessous est pourvu de trois tablettes horizontales disposées comme les précédentes.

,, Il arrive parfois qu’on peut éviter une notable partie des frais de construction de la fruiterie Si, par exemple, on peut disposer d’une cave placée sous terre, ou mieux, d’une grotte creusée dans le roc, on en profite pour y établir la fruiterie. On n’a alors à s’occuper que de l’aménagement intérieur, qui doit toujours rester le môme. Toutefois il est indispensable que cette cave ou cette grotte soit parfaitement sèche et bien abritée de l’influence de la température extérieure.

Soins à donner aux fruits dans la fruiterie. — Le succès de la conservation des fruits dépend encore des soins qu’on leur donne dans la fruiterie. A mesure que les fruits y sont rentrés, on les dépose sur la table, que l’on a couverte d’une petite couche de mousse bien sèclie. Là, on trie, et l’on met à part chaque variété ; on sépare avec soin tous les fruits tachés et meurtris qui ne se conserveraient pas, puis on abandonne les fruits sains sur la table pendant deux ou trois jours afin de leur laisser perdre une partie de leur humidité. Après ces quelques jours, on répand sur chaque tablette une petite couche de mousse sèche ou de coton, on essuie les fruits doucement avec un morceau de flanelle, et on les range en laissant eàitre chacun d’eux un espace de 0“,ül, et en réunissant ensemble les variétés semblables. Lorsque tous les fruits sont ainsi disposés, on laisse les portes et les guichets ouverts pendant le jour, à moins qu’il ne fasse un temps humide. Huit jours d’exposition à l’air sont nécessaires pour enlever aux fruits l’humidité surabondante qu’ils renferment. Après quoi on ferme hermétiquement toutes les issues, et les portes ne sont plus ouvertes que pour le service intérieur.

Jusqu’à présent, on n’a employé d’autre moyen, pour enlever l’humidité répandue par les fruits dans la fruiterie, que de déterminer des courants d’air plus ou moins intenses. Ce procédé présente des inconvénients assez graves. Et d’abord, on permet ainsi à la température intérieure de s’équilibrer avec celle du dehors, ce qui produit le plus souvent un changement de température nuisible dans la fruiterie. D’un autre côté, on introduit à l’intérieur un air beaucoup moins chargé d’acide carbonique : ce qui n’est pas moins fâcheux ; puis les fruits se trouvent momentanément éclairés, ce qui hâte aussi leur maturation. Enfin, ce procédé, tout vicieux qu’il est, ne

peut encore être mis en pratique qu autant que la température extérieure n’est pas au dessous de zéro et que lo temps est sec. Or, comme pendant l’hiver le contraire a presque toujours lieu, il s’ensuit que l’on est obligé d’abandonner les fruits à l’humidité nuisible de la fruiterie. Pour faire disparaître cette cause de non-succès, nous conseillons l’emploi du chlorure de calcium, qu il ne faut pas confondre avec le chlorure de chaux (voyez Calcium). Cette substance, d’un prix très-modique, a la propriété d’absorber une si grande quantité d’humidité (environ le double de son poids', qu’elle devient déliquescente après avoir été exposée, pendant un certain temps, à l’influence d’un air humide. On peut donc facilement s’expliquer comment ce sel, introduit dans la fruiterie en quantité suffisante, absorbera constamment l’humidité dégagée par les fruits, et maintiendra l’atmosphère dans un état, de siccité convenable. La chaux vive présente bien aussi, en partie, la même propriété d’absorption de l’humidité, mais son emploi n’offrirait pasles mêmes avantages; car, cette matière se combinant très-promptement avec l’acide carbonique, elle absorberait tout ce gaz, dont la présence est nécessaire à la conservation des fruits. Pour employer le chlorure de calcium, on construit une sorte de caisse en bois doublée de plomb (A, fig. 13l7),présen-

Fig. 1317. — Appareil pour recevoir le chlorure de calcium dans la fruiteri»

tant une surface de 0“,50 carrés, et une profondeur de 0“,10. Elle doit être élevée à 0“,40 du sol environ, sur une petite table (B) présentant, sur l’un de ses côtés, en G, une pente de Ü“,03. Au milieu, du côté le plus bas de la caisse, on réserve une petite ouverture ou déversoir D.Ce petit appareil étant placé dans la fruiterie sous l’un des bouts de la table (J, fig. 1315), on y répand du chlorure de calcium bien sec, en morceaux poreux et non fondus, sur une épaisseur d’environ 0“,08 ; à mesure qu’il se liquéfie, le liquide s’écoule par le déversoir et tombe dans un vase de grès placé au-dessous. Si la quantité de chlorure employée est entièrement liquéfiée avant la consommation totale des fruits, on en ajoute une nouvelle dose. Il suffira d’environ 20 kil. de ce sel, employé en trois fois, pour enlever à la fruiterie toute l’humidité nuisible. Le liquide qui résulte de cette opération doit être soigneusement conservé dans des vases en grès, couverts avec soin jusqu’à l’année suivante. A cette époque, lorsque la fruiterie est de nouveau remplie, on verse ce liquide dans un vase en fonle, on le place sur le feu, et l’on fait évaporer jusqu’à siccité. Le résidu est encore du chlorure de calcium, que l’on peut employer chaque année de la môme manière.

La fruiterie doit être visitée tous les huit jours, pour enlever les fruits qui commencent à se gâter, mettre à part ceux qui sont mûrs, et renouveler au besoin le chlorure de calcium.

Conservation des raisins frais. — Les raisins peuvent également être conservés frais. Voici quels sont les procédés employés par les cultivateurs de Thomery. Et d’abord ils s’efforcent d’en garder une certaine portion, le plus lard possible, sur les treilles. Ils choisissent pour cela les grappes des deux cordons supérieurs des murs exposés au levant. Ces raisins sont moins aqueux, et par conséquent moins sensibles au froid ; ils les en défendent d’ailleurs en les abritant avec des feuilles de fougère sèches et môme avec des paillassons. Ils en conservent ainsi parfois jusqu’à Noël.

Quant aux grappes qu’ils veulent garder au delà de cette époque, ils procèdent ainsi : Les raisins destinés à être conservés jusqu’en mai sont choisis sur les espaliers parmi les grappes qui ont été le mieux abritées contre l’humidité atmosphérique. On prend celles qui ont été

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soumises au cisellement et dont les grains sont les plus gros et les moins serrés. On les récolte du l'^au 15 novembre. Le local où le raisin est conservé est ordinairement une pièce dépendante de l’habitation et exclusivement consacrée à cet usage. Des tablettes superposées et oftVant une largeur de 0“,80 environ couvrent les murailles depuis le sol jusqu’au plafond. Au milieu et à 0“,80 des tablettes latérales, une autre série de tablettes s’élèvent également jusqu’au plafond. Ces tablettes se composent d’un cadre en bois rempli par un grillage en fil de fer. C’est sur ce grillage, couvert d’une légère couche de feuilles de fougères cueillies vertes et séchées à l’ombre, qu’on étend les grappes de raisin. On les visite souvent et l’on enlève avec des ciseaux les grains qui commencent à s’altérer. Cette sorte de fruiterie présente les inconvénients suivants : on est souvent obligé d’y introduire de la chaleur pour la défendre des froids de l’hiver; de là des,changements nuisibles de température. L’accumulation de l’humidité force, d’un autre côté, à l’aérer de temps en temps, et produit le môme résultat dans un sens inverse. Enfin, si les courants d’air résultant de cette aération sont trop considérables, le raisin se dessèche, se ride et perd, sinon sa qualité, du moins sa valeur commerciale. Nous pensons donc qu’il y aura plus d’avantage à remplacer ce local par la fruiterie dontnous avons donné la description au commencement de cet article. Il n’y aurait qu’à changer la disposition des tablettes de façon à les approprier à cette destination spéciale. Il faudrait aussi n’user du chlorure de calcium qu’avec prudence, dans la crainte de faire rider le raisin.

Lorsqu’on n’aura à conserver qu’une quantité peu considérable de raisin, la môme fruiterie pourra servir à la fois et pour les raisins et pour les autres fruits. Les grappes seront alors étendues sur des tablettes spéciales, ou bien on leur donnera les dispositions suivantes qui auront pour effet d’économiser la place. Chaque grappe sera d’abord fixée par la pointe dans un petit crochet en fil de fer, disposé en S. Ainsi attachées, elles seront moins exposées à pourrir, parce que les grains auront une tendance à s’écarter les uns des autres. On accrochera ensuite le côté opposé dè l’S autour d’un ou plusieurs cerceaux superposés suspendus eux-mêmes au plafond de la fruiterie, et rendus mobilçs par de petites poulies. Si l’on veut conserver ainsi une plus grande quantité de raisin, on pourra, pour perdre moins d’espace, remplacer les cerceaux par des châssis en bois longs et larges de 1“,33. Ces châssis sont garnis de tringles , séparées les unes des autres par un intervalle de 0‘“,20, et portant d’un côté de petites pointes destinées à suspendre les crochets des grappes. Ces châssis sont aussi suspendus au plafond de façon à en occuper toute la surface, et se meuvent également de haut en bas comme les cerceaux. Toutefois les raisins ainsi suspendus se rident davantage et perdent plus de leurs qualités que ceux que l’on conserve étendus sur des tablettes.

M. Rose Gharmeux, de Thomery, a imaginé depuis peu d’années un mode de conservation des raisins qui

Fig. 1318. — Consertalion des raisins frais par le procédé Rose Gharmeux.

donne de bien meilleurs résultats que tous les procédés employés jusqu’à ce jour. Voici en quoi il consiste : Pré-

rieures de ce local une série de petits râteliers analogue à celui indiqué par la figure 13 18 et disposés par lignes superposées distantes l’une de l’autre de 0“,30; établir au centre de ce local un support destiné à recevoir la plus grande quantité possible de ces râteliers. Placer dans chacune des entailles A de ces râteliers une petite bouteille B remplie aux trois quarts d’eau ordinaire à laquelle on ajoute une pincée de charbon de bois réduit en poudre G, pour empêcher l’eau de se putréfier. Récolter le raisin à l’époque ordinaire en choisissant les grappes les plus belles, les plus saines et qui ont été soumises au cisellement. Couper les sarments qui portent deux grappes et placer la base de chacun de ces sarments dans une des bouteilles, ainsi que le montre notre figure. Ces raisins sont visités tous les huit jours; on supprime chaque fois avec des ciseaux les grains altérés et l’on surveille l’action du chlorure de calcium dont on use comme nous l’avons expliqué plus haut. M. Gharmeux conserve ainsi une partie notable de ses chasselas et môme des raisins frankinthal jusqu’en avril.

Le succès de cette opération est tel qu’à cette époque les grains des raisins ne sont pas plus ridés et la rafle de la grappe est aussi verte que le jour où on les a détachées du sol.

Conservation des fruits sans le secours de la fruiterie, — Lorsqu’on n’a pas de fruiterie à sa disposition, ou lorsque la récolte a été trop abondante, on peut également les conserver en les mettant dans des jarres ou des tonneaux. Ce procédé, moins parfait que le premier, donne cependant encore des résultats satisfaisants. On prend alors les précautions suivantes :

On choisit des vases neufs, on les sèche soigneusement ; puis on place au fond une couche de chaux éteinte ou de charbon en poudre, mélangée d’une certaine quantité de sulfate de fer aussi en poudre, et destinée à absorber l’oxygène. On y range avec soin les pommes et les poires, observant de placer la queue en haut pour la première couche, et en bas pour la seconde, en alternant ainsi jusqu’à l’orifice du vase. On ajoute de nouvelle chaux ou du charbon après qu’on a placé chaque couche de fruits, pour combler les interstices que ceux-ci laissent entre eux. Lorsque le vase est rempli, on le ferme hermétiquement, et on le place dans un lieu sec et non exposé à la chaleur et surtout aux changements de température. A. DU Br.

Fruits [Arbres et arbrisseaux fruitiers). — Les arbres fruitiers ont acquis une grande importance par les fruits qu’ils fournissent si abondamment et qui concourent à notre alimentation soit directement, soit en servant à la fabrication de l’huile, puis des boissons fermentées, le cidre et le vin. -— On peut adopter pour les arbres et arbrisseaux fruitiers la classification suivante basée sur le mode d’emploi de leurs produits.

Classification des arbres et arbrisseaux fruitiers.

Arbres à fruits f Vigne, propres I Pommier, aux boissons fer- j Poirier.

raentées ( Cormier.

I Fruits à pépins

Fruits à noyaux.

Arbres à fruits de table

Fruits en baie.

Fruits nuculaires

Fruits à osselet

Fruits en capsul \ Fruits eu légum

(Olivier.

Noyer.

Noisetier.

Amandier.

(Poirier.

Pommier.

Cognassier.

Oranger.

Citronnier.

Grenadier.

/ Pêcher.

i Prunier.

Cerisier.

Abricotier.

Amandier.

Cornouiller.

Jujubier.

Pistachier.

' Vigne.

Groseillier.

Framboisier. Epine-vinette.

Figuier.

l Figuier d'Inde, l Noisetier.

I Noyer.

l Néflier.

< Azerolier.

( Cormier.

Châtaignier, Caroubier.

parer un local ayant tontes les qualités de la fruiterie décrite plus haut. Fixer contre toutes les parois inté-

La culture des arbres à fruits de table et l’usage de leurs fruits, qui, au dire des historiens, étaient presque

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inconnus dans les Gaules avant l’invasion des Romains, n’ont cessé, depuis cette époque, de s’étendre davantage, et cet aliment est devenu, depuis longtemps, un objet de première nécessité.

Avant rétablissement des chemins de fer en France, la culture et le commerce des fruits de table n’avaient d’importance que dans le voisinage immédiat des grands centres de population. Partout ailleurs, ces produits, d’un transport difficile, auraient manqué de débouchés, faute de voies de communication assez rapides. Aussi, dans les localités môme les plus favorables à cette culture par leur sol et leur climat, la production des fruits était limitée par les besoins de la consommation locale ; et dans les années de grande abondance une partie notable de ces produits était perdue faute de moyens d’exportation, tandis que d’autres contrées, moins favorisées, en étaient complètement privées. Ce fâcheux état de choses tend heureusement à disparaître. Depuis que des voies ferrées sillonnent toute la surface de notre territoire, les fruits sont facilement transportés des lieux de production vers les centres de consommation, situés souvent à de grandes distances. Aujourd’hui, chacun de nos départements peut prendre sa part des produits de tous les autres. Les pèches et les figues de la Provence et du Roussillon arrivent à Paris et à Lille, et les pommes de l’Auvergne et de la Normandie sont consommées à Marseille. Pour montrer le progrès rapide que fait le commerce des fruits, nous plaçons ici les chiffres suivants qui nous ont été obligeamment fournis par l’administration du chemin de fer d’Orléans. Ce chemin de fer a transporté à Paris :

En 1852, 900 tonnes de 1 000 kil. de fruits frais.

En 1858, 2 329 tonnes — —

La quantité de fruits transportés a donc plus que doublé dans l’espace de cinq ans. Non-seulement les chemins de fer ouvrent à nos fruits la voie du commerce intérieur, mais ils en font l’objet d’une exportation considérable. L’Angleterre, le nord de l’Allemagne, la Russie, achètent chaque année une grande partie du produit de nos vergers. Sous cette utile influence, la culture des arbres fruitiers prend, depuis quelques années, un accroissement immense et devient une industrie nouvelle et réellement lucrative. Les plantations s’étendent sur tous les points; les pépinières, insuffisantes, se multiplient partout, et, si l’on favorise ce mouvement en lui imprimant une direction convenable, il n’est pas douteux que notre territoire, si favorable à la production des fruits par son sol et son climat, ne devienne bientôt le jardin fruitier du nord de l’Europe. Toutefois, cette culture ne donnera des bénéfices réels qu’aux conditions suivantes :

1" Adopter pour ces arbres un mode de culture et de taille tel qu’on obtienne sur une surface de terrain donnée la somme de produit la plus considérable, et que le produit maximum soit réalisé le plus tôt possible. Pour cela, renoncer à cette culture de fantaisie adoptée par certains amateurs qui, ne voyant dans l’arboriculture qu’une distraction, se créent à plaisir des difficultés, torturent les arbres en leur imposant les contours les plus bizarres et sacrifient ainsi le fond à la forme.

2“ Ne produire que des fruits de première qualité lorsqu’ils ont à franchir de grandes distances pour arriver au lieu de consommation. — En effet, ces produits, ayant une valeur intrinsèque assez élevée, pourront encore être vendus à un prix suffisamment rémunérateur, quoiqu’ils arrivent au consommmateur chargés de frais de transport et d’emballage. Si au contraire ces deux dernières dépenses, qui restent toujours les mêmes, quelle que soit la qualité des produits, s’appliquent à des fruits médiocres, il n’y aura plus proportion entre leur valeur réelle et les frais dont ils seront grevés. — Leur prix de vente sera alors insuffisant pour le producteur.

3® Ne cultiver dans chaque localité que les sortes de fruits qui y acquièrent toutes leurs qualités sans exiger des soins minutieux. On pourra réaliser alors un bénéfice net plus élevé. Ainsi on choisira un climat analogue a celui de l’Anjou pour les poires. Une atmosphère humide comme celle de la Normandie et de certaines 1 égions de l’Auvergne pour les pommes. Le Midi et surtout le climat de l’olivier pour les fruits précoces, tels que raisins, fruits à noyau, figues et fraises. Ils pourront ôtie obtenus là, sans soins très-coûteux , longtemps avant l’époque à laquelle apparaissent les produits similaires du 4 ientre et du Nord. A. du Br.

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FRUTESCENT (Botanique), du latin Frutex^ arbrisseau.— Se dit d’un végétal ligneux, rameux dès sa base à la manière des arbrisseaux. Une plante est dite sousfrutescerite^ lorsque la partie inférieure de sa tige seule est ligneuse. Une plante frutiqueuse est celle qui, étant herbacée, tend à devenir frutescente.

FUGACÉEiS (Botanique). — Nom du premier ordre de la famille des Hydrophytes (Algues), établi en 18 1 3 par Lamouroux dans son Essai sur les genres de plantes marines mn articulées. Pour M. Brongniart, elles forment une famille de l’ordre des Aplosporées^ classe des Algues. Cet ordre a pour type le genre Fucus dont on désigne souvent les nombreuses espèces sous le nom de Varechs. Plusieurs de ces algues ont des usages importants. Les unes renferment une matière sucrée, la plupart donnent d’excellents engrais. On en extrait de la soude et de l’iode. Genres principaux : Fucus., Laminaire , Turbinaire , Chorde , Furcellaire , Osmundaire.

FUCHSIA (Botanique), Fuchsia., Plum.; dédié à Léonard Fuchs, fameux médecin et botaniste bavarois. — Genre de plantes Dicotylédones dialypétales périgynes de la famille des Œnotherées. Les fuchsias sont des arbrisseaux à feuilles opposées, ordinairement denticulées. Leurs fleurs sont disposées en grappe ou solitaires, axillaires, pendantes et le plus souvent colorées d’écarlate très-vif. Ces plantes habitent les deux Amériques. On en connaît aujourd’hui plus de cinquante espèces dont une quinzaine environ sont cultivées dans les jardins. L’horticulture en a obtenu une assez grande quantité d’hybrides et de variétés. L’une des espèces les plus anciennement connues, est la F. coccinée {F. coccinea., Ait.), arbrisseau s’élevant jusqu’à 2 mètres et dont la tige est très-rameuse. Ses fleurs sont très-gracieuses avec leur calice d’un rouge écarlate et leurs pétales violets. Cette espèce est originaire de la terre de Magellan. Ce n’est guère que depuis 1822 que ces jolies espèces du genre se sont répandues dans nos jardins. Les autres espèces cultivées les plus connues sont : la F. éclatante (F. fulgens, DC.), du Mexique, à tubes rouge-vermillon clair, corolle vermillon foncé; la F. à feuilles dentées [F. serrati folia., R. et Pav.), fleurs rose carminé, corolle vermillon clair; la F. corymhifère (F. corymbiflora., R. et Pav.), à fleurs terminales en longues grappes pendantes, rouge carminé, etc. Les variétés sont extrêmement nombreuses et le Bon Jardinier n’en cite pas moins de 85. -t

Le fuchsia, arbuste de serre tempérée, exige de la lumière, de l’humidité, une terre légère plutôt que substantielle; ainsi moitié terre de bruyère, moitié terre franche, et un peu de terreau de feuilles. 11 ne faut pas les tenir exposés à une chaleur trop vive ; il est môme préférable de les tenir en serre froide. Vers le mois de novembre, on fera bien de supprimer une partie des branches et de rapprocher de la tige celles que, l’on conserve, et si l’on tient à ce qu’ils ne s’élèvent pas, on peut môme rabattre les tiges à peu de distance du sol. Au printemps on aura des pousses vigoureuses, qu’on dégagera pour lui donner un aspect gracieux et ne pas l’épuiser. Indépendamment des ouvrages modernes, on consultera avec fruit l’ouvrage du père Plumier, intitulé : Nova plantarujn americanarum généra., 1713. On y trouvera une très-bonne description de cette plante, q;ie l’auteur avait découverte. C’est au milieu des forêts du Mexique, du Pérou et d;i Chili, qu’on l’a surtout rencontrée dans des lieux humides et ombragés. Une seule espèce nous vient de la Nouvelle-Zélande.

Caractères du genre : calice coloré à tube cylindrique, à 4 lobes; pétales ne dépassant pas la longueur du calice, 8étamines; ovaire à 4 loges; baie à 4 loges, pulpeuse ou presque sèche et renfermant de nombreuses graines.

FUCOIDES (Botanique fossile). — On a désigné par ce nom et par celui de Fucites tous les végétaux fossiles qui paraissent avoir appartenu au grand groupe des Al~ yues. M. Ad. Brongniart pense que, en raison des formes peu régulières et souvent inconstantes de ces plantes, qui rendent difficile leur correspondance aux principaux genres admis actuellement dans cette famille, en raison de ce que l’on est privé des caractères fournis par la fructification et par la structure anatomique des frondes, il faut réserver le nom de Fuc6ide“ aux espèces qu’on ne peut pas ranger presque avec certitude dans des genres déterminés, et placer les espèces dont les formes sont mieux caractérisées dans les genres Fucites., Laminarites., Encélites, Delessérites, etc. Plusieurs sont des végétaux marins et fournissent à la géologie de très-bons

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caractères. On en trouve dans les terrains crétacés inférieurs, et môme dans des terrains plus anciens et jusqu’aux calcaires de transition, mais plus rarement ; puis on en rencontre d'autres dans les terrains tertiaires, surtout dans les calcaires.

FUCUS (Botanique), du grec phukos, algue. — Genre de plantes marines, de la division des Cryptogames amphigenes, classe des Algues, famille des Fucacées, établi par Linné, et qui a subi depuis une foule de modifications dans la classification et le nombre des espèces qu’il comprend. Tel que l’ont adopté Lyngbye et Agardli, ce genre se compose d’un petit nombre d’espèces à tige s’élevant ordinairement d’un empâtement. Leurs rameaux sont ailés et partagés par une nervure; les fructifications qui les terminent se présentent sous la forme de tubercules. Leurs différentes parties sont couvertes de houppes de poils blancs. Les fucus ont une couleur olive, qui varie de teinte suivant l’âge. Leur dimension ne dépasse guère plus d’un mètre. Ces plantes sont très-abondantes sur les côtes de l’Océan. F.lles vivent principalement dans les mers où le flux et le reflux se fait sentir. On en rencontre très-peu dans les mers australes. Deux des plus communs sur les côtes de France sont ; le F. vesiculosus et le F. serratus. Ils croissent sur les rochers.

Fij. 1320. — Fucus on 'varech vésieuleiix, portant k tubercules fructifères (grand, natur.).

Le premier a passé pour le querens marina des anciens, lequel servait à teindre la laine et était employé comme remède contre la goutte ; mais les données sont assez obscures à ce sujet. Il a été beaucoup vanté dans les derniers temps contre l’obésité. On emploie ces deux espèces comme fourrage dans certaines localités du Nord, ou bien on les utilise comme engrais. Par l’incinération, elles fournissent de la potasse et de la soude en abondance. La médecine s’en est servie avec succès pour le traitement des maladies scrofuleuses; l’iode que les algues contiennent peut faire employer celles-ci aux mômes usages. Les fucus, ainsi que d’autres algues voisines, sont désignés vulgairement sous les noms de Varech, Gouëmon (voyez Varech). G — s.

FUGACE (Bolanique). — Synonyme de Caduc (voyez ce mot).

FÜIRÈNE (Botanique), Fuirena. — Genre de plantes Monocolylédones pe'rispermées, famille des Cypéracées, tribu des Scirpées , très-voisin des Scirpes, établi par Rottbœll. Ce sont des plantes herbacées, à chaumes simples et feuillés, rarement engainés; épillets en ombelles axillaires et terminales, formés de paillettes mucronée.s, imbriquées de toute part; 3 étamines; 1 style bifide; elles ont le port des scirpes. La F. panicuîêe {F. paniculata, Lin. fils) croît à Surinam et à la Nouvelle Hollande. La F. blanchâtre (F. flavescens, Wahl) est une plante du Sénégal, tetite couverte d’un duvet velu et blanchâtre.

FULGORE (Zoologie), Fuigora, Lin. — Genre d’/«sectes de l’ordre des Hémiptères, section des Homoptères, famille des Cicadaires muettes de Latreille; tribu des Fulgoriens, famille des Fulgorides, groupe des Fulgorites de M Blanchard; elles ont le front avancé en forme de museau, deux yeux lisses avec les antennes insérées au-dessous. L’espèce type est la F. porte-lanterne (F. lanternaria. Lin.), grande et beUe espèce longue

de 0“,10, agréablement variée de jaune et de roux, une grande tache en forme d’œil sur chaque aile ; le museau très-dilaté et vésiculeux, les antennes très-courtes. Plusieurs voyageurs assurent que cet insecte répand par sa tôte une forte lumière dans l’obscurité. Cette opinion a été surtout accréditée par mademoiselle Mérian, qui assure que, pendant son voyage dans la Guyane, en ayant renfermé un certain nombre dans sa chambre, ils s’échappèrent pendant la nuit et lépandirent une clarté telle qu’il était possible de lire à cette lumière. Depuis cette époque aucun autre voyageur n’a pu être témoin du môme ptiénomène, de sorte qu’il paraît difficile de se former une opinion à cet égard. Cependant, comme l’assertion de mademoiselle Mérian est positive et que sou autorité est d’une grande valeur, on a pensé avec quelque raison que les fulgores avaient cette faculté à certaines époques de leur vie, pendant le temps de l’accouplement, par exemple, et qu’elles la perdaient ensuite. On en connaît encore deux autres espèces, l’une nouvelle, que M. le professeur Blanchard appelle Fulgora graciliceps, et l’autre établie par Guéroult sous le nom de F. castresii. Toutes les fulgores sont exotiques. La F. européenne (F. europœa. Lin.) fait partie aujourd’hui du genre Pseudophuna de Burmeister.

FULGORIENS, Fulgorides, Fülgorites (Zoologie). — • Ces noms établis par M. Blanchard servent à désigner trois groupes d’insectes (voyez Fulgore). La tribu des Fulgoriens comprend des insectes qui ont, en général, des couleurs vives et variées. On les rencontre dans toutes les parties du monde, voltigeant ou marchant sur les végétaux, particulièrement dans les régions chaudes. Il y en a d’une grande taille. Cette tribu se divise en trois familles : les Cercopides, les Membracides et les Fulgorides. La famille des Fulgorides a pour caractères : antennes au-dessous des yeux, deux ocelles, corselet nullement prolongé. M. Blanchard les partage en six groupes dont le dernier, celui des Fülgorites, se distingue par le front séparé par un rebord, les antennes ne dépassant pas les joues, le protothorax aussi long que le mésothorax. Il comprend huit genres dont les principaux sont; les Fiâtes, \qs Lystres, les Fulgores.

FULGÜRITES (Minéralogie). — Tubes de sable vitrifié, qui se forment quelquefcis quand la foudre tombe dans une masse de sable. L’action électrique peut produire des traces de fusion à la surface de certaines rochec, ainsi que Ramond l’a constaté dans les Pyrénées. Dans le sable, elle occasionne un effet analogue, et il en résulte sur toute la longueur de son trajet un tube à parois très-fines, qui reste enterré dans la roche arénacée. Les premiers de ces tubes furent observés en 17il,en Silésie ; le docteur Hentzen les retrouva dans la Senne, en 1805, et indiqua leur origine. Depuis cette époque, l’observation d’un très-grand nombre de fulgurites, dont quelques-unes ont 10 à 12 mètres de longueur, n’a pu laisser aucun doute sur leur origine, surtout depuis que M. Hagen, de Kœnigsberg, a assisté à la production de l’une d’elles dans une plaine voisine de la mer Baltique.

FULIGINEUX, Fuliginosités (Médecine), du latin fuligOy suie. On dit que la langue, les dents et les lèvres sont fuligineuses ou couvertes de fuliginosités lorsqu’on y remarque un enduit, une croûte noirâtre, qui approche de la couleur de la suie; on l’observe surtout dans certaines formes adynamiques des fièvres typhoïdes (voyez Typhoïde [Fièvre]).

FULMINATES (Chimie). — Sels formés avec plusieurs bases par l’acide fulminique, qui est un composé de cyanogène et d’oxygène, C*Az-0^ ou Cy^O^.

FULMI-COION. — Voyez Poudre-coton.

Fulminate de mercure. — Poudre fulminante de H iward, qui l’a découverte. C’est une combinaison de protoxyde de mercure et d’acide fulminique.

Préparation. — On dissout à une douce chaleur 100 parties en poids de mercure dans 1 000 parties d’acide nitrique ayant une densité de 1,4, et on verse cette dissolution portée à 55" dans 830 parties d’alcool ayant une densité de 0,83. En volume, il faut prendre pour 1 partie de mercure, 12 parties d’acide nitrique à 35" B. et 11 parties d’alcool à 86" cent.; !a dissolution du mercure dans l’acide nitrique se fait dans une cornue en verre dont le col plonge dans un ballon à deux tubulures placé dans un vase où il arrive constamment de l’eau fraîche, de manière que les vapeurs acides se condensent complètement. Quand tout le mercure est dissous et que la dissolution est à la température de 55", on la verse lentement dans l’alcool renfermé dans un matras en verre, d’un volume égal à six fois celui du liquide

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qu’il doit contenir. Au bout de quelques minutes, commence un léger dégagement de gaz qui augmente peu à peu et donne au liquide une apparence mousseuse. Alors il se dégage du matras une vapeur épaisse, blanchâtre, trés-inflammable , qui doit être rejetée soigneusement dans l’atmosphère. Quand le dégagement est terminé, on jette le contenu du matras sur un filtre, et on lave le précipité de fulminate à l’eau pure et froide, jusqu’à ce que le papier bleu de tournesol ne rougisse plus par les eaux de lavage. On étend alors le filtre sur une plaque de faïence chauffée au-dessous de 100" par un courant de vapeur. On partage ensuite le précipité desséché en portions de 5 à G grammes, que l’on renferme chacune dans un papier et que l’on introduit dans un grand bocal en verre, que l’on bouche. On obtient ainsi de 100 parties en poids de mercure, 130 parties de fulminate.

Propriétés. — Il est sous forme de petits cristaux brillants, d’un gris brunâtre, qui se dissolvent entièrement dans 130 parties d’eau bouillante et se précipitent de nouveau par le refroidissement. Il se décompose avec flamme et explosion, soit par le choc, soit par la chaleur à 188°. L’explosion a toujours lieu par le choc entre le fer et le fer, un peu moins facilement entre le fer et le bronze, le fer et le cuivre; par le frottement, elle se produit entre deux plaques de bois, ou entre le fer et le marbre et le bois. Lorsrju’on le mouille de 5 p. 100 de son poids d’eau, l’inflammation ne se propage pas à partir de la portion choquée ; humectée avec 30 p. 100 d’eau, on peut le broyer sans danger sur une table de marbre avec une molette en bois. Si on le recouvre d’une traînée de poudre ordinaire, celle-ci est projetée par l’explosion sans s’enflammer, mais lorsque la poudre est dans une cartouche elle s’enflamme. Aussi, pour faire les capsules fulminantes, on broie le fulminate avec 30 p. 100 de son poids d’eau sur une table de marbre, avec une molette de bois de gaiac; on y incorpore de son poids de poudre ordinaire ou de salpêtre; on introduit la pâte dans les capsules et on laisse sécher. Avec l kilogramme de mercure on produit 1*‘,250 de fulminate avec lequel on peut préparer 40000 capsules.

Le fulminate de mercure est généralement employé pour les amorces u-es fusils. Les amorces les plus ordinaires sont les amorces à capsules qui renferment environ fsr^oiG de fulminate. Les amorces cirées renferment environ 0®‘‘,033 de fulminate incorporé avec de la cire. Ce corps doit être manié avec les plus grandes précautions; plusieurs opérateurs ont été tués, et des fabriques de poudre fulminante ont été détruites par l’explosion de quelques kilogrammes de matière (voyez Capsules).

Fulminate d’augent. — On dissout une pièce de 0C60 dans 45 grammes d’acide nitrique, et on fait chauffer avec 60 grammes d’alcool. On opère comme pour le fulminate de mercure. Il est beaucoup plus explosif que celui-ci ; O^^OI de fulminate d’argent jeté sur des charbons ardents détone aussi fort qu’un coup de pistolet; le plus léger frottement entre deux corps suffit pour en provoquer l’explosion, surtout quand il est sec et chaud. Aussi le fractionne-t-on en plusieurs parties quand il est encore très-humide, et le prépare-t-on avec des baguettes de bois tendre et des cuillers en papier.

Il ne peut pas être employé pour faire des capsules et des amorces fulminantes, mais il sert à préparer les bonbons chinois. Une parcelle de cette poudre est collée, avec quelques grains de verre pilé ou de sable, entre deux bandes étroites de parchemin. Lorsque l’on tire ces bandes en sens contraire, le frottement des grains de verre ou de sable contre la poudre fulminante suffit pour produire l’explosion. Les cartes et les pois fulminants se préparent delà môme manière. Pour ceux-ci, on prend de petites perles en verre creux, dè la grosseur d’un petit pois, on y introduit un peu de fulminate d’argent humide, on enveloppe la perle d’un morceau de papier brouillard, et on laisse sécher. Lorsqu’on les jette avec force par terre ou qu’on les presse avec le pied, ils font explosion. Ces joujoux ont souvent causé des blessures.

L’acide fulminique n’a pu être isolé jusqu’à présent, on ne le connaît qu’en combinaison. L.

FUMAGE DES VIANDES. — Voyez Salaisons.

FUMARIAGLES (Botanique). — Famille de plantes Dicotylédones dialypétales hypogynes, établie par Jussieu et rangée par M. Ad. Brongniart dans la classe des Papavérinées. Caractères : calice à 2 sépales caducs opposés ; 4 pétales inégaux, quelquefois soudés et portant un tube, le supérieur plus grand et terminé en éperon ou simple et gibbeux ; G étamines diadelphes; anthères s’ou-

vrant parun sillon longitudinal; ovaire libre, globuleux, stigmate en 2 lames; le fruit est un akène ou capsule renfermant des graines munies d’arille. Les fumariacées sont des herbes à tige charnue et à racine souvent renflée. Leurs feuilles sont al ternes, décomposées en de nombreuses divisions grêles. Leurs fleurs sont blanches, jaunes ou rouges, et disposées le plus souvent en épis terminaux. Ces plantes habitent les régions tempérées, principalement de l’hémisphère boréal. Leurs propriétés sont toniques et dépuratives. Genres principaux : Fumeterre, Diélytrie, Hypécoon., Corydalide. Monographie: De Candolle, Systema, t. II.

FÜMARIQUE (Acide), Acide paiiamaléique (Chimie) (C'^HO^.HO). — Produit de l’action de la chaleur sur l’acide malique (voyez ce mot]. Si l’on chauffe de l’acide malique en ayant soin de ne pas dépasser la température de 200°, on recueille un acide volatil appelé acide maiéique^ dont la formule est G^H^O^.iHO, qui ne diffère par conséquent de l’acide malique que par les éléments de deux équivalents d’eau. Si l’on chauffe l’acide maléique à la température de 130 ou 140®, on obtient un nouvel acide pyrogéné, c’est l’acide paramaléique ou fumarique. Ce dernier nom lui vient de ce qu’il se trouve tout formé dans la fumeterre {Fumaria officinalis) ; on le trouve aussi dans quelques autres végétaux, le lichen d’Islande, les champignons, etc.

Pour le retirer de la fumeterre, on exprime le suc de la plante et on le fait bouillir pour coaguler les principes albumineux. On traite ensuite par un sel de plomb qui donne lieu à un fumarate de plomb insoluble, lequel est ultérieurement décomposé par l’hydrogène sulfuré. On obtient ainsi l’acide fumarique sous la forme de petits cristaux peu solubles dans l’eau, mais très-solubles dans l’alcool ou l’acide azotique étendu.

FUMÉES (Géologie). — Il s’échappe souvent des cratères volcaniques des fumées épaisses et noires, surtout avant l’éruption de la lave, et qui forment une colonne immense s’élevant quelquefois jusqu’à 5 à G kilomètres de hauteur. Lorsqu’une éruption se prépare, elle s’annonce ordinairement par des tremblements de terre; bientôt le volcan lance des fumées abondantes, composées de gaz divers et de vapeurs d’eau, puis des matières pulvérulentes, quelquefois en quantité immense, nommées rapilli ou lapilli et pouzzolanes des blocs de matières solides, etc. Mais laissons parler Pline le Jeune décrivant, dans une lettre à Tacite, la mort de son oncle, u II était à Misène (16 kilomètres S.-O. de Naples , où il commandait la flotte. Le neuvième jour avant les calendes de septembre (79 de notre ère), vers la septième heure, ma mère l’avertit qu’il paraissait un nuage d’une

grandeur et d’une forme extraordinaires Aussitôt il

se lève et monte en un lieu d’où il pouvait aisément observer ce prodige. La nuée s’élançait dans l’air, sans qu’on pût distinguer à une si grande distance de quelle montagne elle s’échappait : on sut plus tard que c’était du Vésuve. Sa forme approchait de celle d’un arbre, et particulièrement d’un pin, car, s’élevant vers le ciel comme sur un tronc immense, sa tête s’étendait en rameaux {nam longissimo trimco elata in altum, quibusdam ramis diffundebatur) Ce nuage paraissait tan-

tôt blanc, tantôt de diverses couleurs, selon qu’il était plus chargé de cendres ou de terre. Ce prodige surprit mon oncle; il voulut l’examiner de plus près, lî fait préparer des quadrirèmes et y monte lui-même. Il se dirige à la hâ'e vers des lieux d’où tout le monde s’enfuit : il va droit au danger.,... Déjà sur ses vaisseaux volait une cendre plus épaisse et plus chaude, à mesure qu’ils approchaient; déjà tombaient autour d’eux des pierres calcinées et des cailloux tout noirs, tout brûlés,

tout brisés par la violence du feu Il se fait conduire

chez Pomponianus... Cependant on voyait luire, de plusieurs endroits du mont Vésuve, de larges flammes et un vaste embrasement dont les ténèbres augmentaient 1 é-

clat Ils sortent. Ils attachent des oreillers autour de

leur tête ; c’était une sorte de rempart contre les pierres

qui tombaient Autour d’eux régnait la plus sombre

et la plus épaisse des nuits Mon oncle se coucha sur

un drap étendu, demanda de l’eau froide et en but deux fois. Bientôt les flammes et une odeur de soufre qui en annonçait l’approche mirent tout le monde en fuite et forcèrent mon oncle à se lever. Il se lève appuyé sur deux jeunes esclaves, et au môme instant il tombe mort. J’imagine que cette épaisse fumée arrêta sa respiration et le suffoqua. » Dans une autre lettre, Pline complète

sa descripiion. « J’étais resté à Misène avec ma

mère Depuis bon nombre de jours, un tremblement

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de terre s’était fait sentir;... il redoubla pendant cette nuit avec tant de violence, qu’on eût dit un bouleversement général Nous prenons le parti de quitter la

ville ; le peuple épouvanté s’enfuit avec nous, on nous presse, on nous pousse. Dès que nous sommes hors de la ville, nous nous arrêtons Une nuée noire et horri-

ble, déchirée par des feux qui s’élançaient en serpentant, s’ouvrait et laissait échapper de longs sillons de flammes semblables à des éclairs La cendre commence à tom-

ber sur nous; je tourne la tête et j’aperçois derrière nous une épaisse fumée qui nous suivait en se répandant sur la terre comme un torrent (Respicio ; densa caligo iergis imminebat, quœ nos^ torreniis modo infusaterrœ^

sequebatur) Quittons le grand chemin, dis-je à ma

mère, de peur d’être écrasés dans les ténèbres par la foule qui se presse sur nos pas. A peine nous étions-nous arrêtés que les ténèbres s’épaississent encore ; on n’eût pas dit seulement une nuit sombre et chargée de nuages («oæ illunis et nubila)^ mais l’obscurité d’une chambre close

où toutes les lumières seraient éteintes Il parut une

lueur, c’était l’approche du feu, il s’arrêta pourtant loin

de nous L’obscurité revient et la pluie de cendres

recommence ( Tenebræ rursus, omis rursus multus et gravis). Nous étions réduits à secouer nos habits de temps en temps; sans cette précaution, nous étions engloutis et étouffés sous cette masse brûlante Enfin

cette noire vapeur se dissipe peu à peu comme une fumée ou comme un nuage.... » Nous demandons pardon au lecteur de cette longue citation ; mais il ne nous était pas possible de présenter un tableau plus saisissant des fumées volcaniques. C’est pendant cette éruption que Pompéies et Herculanum furent engloutis. On a vu ces fumées transportées par les vents à des distances considérables. D’autres fois, dans certaines contrées, comme au Monte- Cerboli, il s’élève des crevasses du sol des courants très-chauds d’un mélange de gaz et de vapeurs entraînant avec elles des substances parmi lesquelles une grande quantité d’acide borique (voyez Boiuque [Acide], Gendres volcaniques, Volcans).

FUMEROLLES (Géologie). — ■ On donne ce nom, en Italie, aux canaux par lesquels s’échappent, dans les terrains volcaniques de ces contrées, des vapèurs en grande partie aqueuses. Dans d’autres endroits, elles entraînent aussi du soufre ou des sels de fer, de chaux, d’ammoniaque, etc., comme on le voit à la solfatare. Les fumerolles du Vésuve contiennent beaucoup de gaz acide chlorhydrique, etc. ( voyez Volcans , Cendres volcaniques).

FUMET (Chasse). — Émanations qui se dégagent du corps des animaux, et qui persistent assez longtemps dons les lieux où ils ont passé. Certains animaux, et surtout les chiens, possèdent à un haut degré la propriété de sentir le fumet et surtout celui du gibier. On sait que ce moyen est grandement utilisé tous les jours par les chasseurs.

FÜMETERRE (Botanique), Fumaria, Lin.; du latin fumus, Rimée, à cause de l’odeur désagréable qu’exhalent ces plantes, ou plutôt à cause de l’aspect un peu vaporeux de leur feuillage qui semble s’exhaler du sol comme une fumée ; on remarquera que le nom grec est kapnos, qui signifie également fumée; — Genre déplantés Dicotylédones dialypétales hypogynes, type de la famille des Fumariarées.

Caractères : pétale supérieur à base gibbeuse ou éperonnée ; capsule indéhiscente, à une seule graine ; style caduc; fruit charnu, puis sec, subglobuleux, se partageant en deux à la maturité. Les fumeterres sont des plantes annuelles, presque toutes indigènes. Elles ont peu de consistance. Leurs feuilles sont alternes, multifides, et leurs fleurs, petites, blanchâtres ou purpurines, sont en grappes terminales. La F. officinale {F. officinalis. Lin.), l’une des plus communes dans nos champs, a les feuilles pétiolées, glabres, glauques, avec les divisions cunéiformes.Toutes les parties de cette plante ont une saveur amère, mais surtout ses tiges et ses feuilles, qui augmente encore par la dessiccation. On l’a employée en médecine contre les maladies de la

peau, sans lui avoir reconnu des propriétés bien lemarquabies. Les anciens la considéraient comme dépurative^ et l’administraient dans les dartres, dans les affections cachectiques, dans les obstructions abdominales. On l’a regardée aussi comme un bon antiscorbutique. Elle entre dans la confection du fameux suc d’herbes dépuratif, si employé autrefois, et que l’on fait avec la chicorée, la fumeterre, la bourrache et le cerfeuil. La F. en épi (F. spicata. Lin.) a les fleurs rougeâtres, foncées au sommet. Ses feuilles sont déchiquetées, à segments capillaires. On trouve encore dans les champs des environs de Paris la F. de Vaillant (F. Vaillantii, Lois.) et la F, à petites fleurs (F. parviflora, Lamk), l’une à pédicelles fructifères un peu plus longs que les bractées, et l’autre à pédicelles fructifères ayant le double de la longueur des bractées.

La F. bulbeuse (F. bulbosa, Lin.) fait partie aujourd’hui du genre Corydalis (de Cand.), qui en est trèsvoisin, sous le nom de C. creux [C. cava, Schw.). Elle a porté aussi dans les officines le nom de Aristolochia fabacea, et a été vantée comme vermifuge, comme antiseptique contre les ulcères sordides. Parmentier dit que la racine bulbeuse fournit de l’amidon avec lequel on peut faire des potages.

FUMIER (Agriculture), du nom latin fimus. — Les animaux domestiques bien entretenus ne couchent pas à nu sur le sol des bâtiments où on les tient à l’abri; on a soin de placer sous eux une litière en général formée de paille, et dans laquelle tombent naturellement leur fiente et leurs urines. C’est cette litière, mêlée à leurs excréments, qui reçoit le nom de fumier et forme, dans^ les écuries et les étables, un lit moelleux indispensable pour le bon entretien des animaux; le fumier est en outre un des plus précieux produits pour le cultivateur. « C’est le fumier, dit Olivier de Serres [Théâtre d’agriculture, 1604), qui réjouit, réchauffe, engraisse, amollit, adoucit, dompte et rend aises les terres lasses par trop de travail, celles qui, de leur nature, sont froides, maigres, dures, amères, rebelles et difficiles à cultiver, tant il est vertueux! » Et en remontant bien plus loin que le xvii' siècle : « Attachezvous, disait Caton l’Ancien (200 ans av. J.-C.), à avoir un gros tas de fumier; conservez le fumier avec soin. » Varron, répétant le môme conseil, recommande au fermier d’avoir deux fosses à fumier, l’une pour recevoir celui de chaque jour, l’autre pour tenir en réserve l’ancien qu’on va porter aux champs. Plus explicite encore, Columelle décrit minutieusement ces deux fosses qui devront être toutes deux sur un sol légèrement incliné, murées et pavées, de manière à ne laisser échapper ni infiltrer aucun liquide ; « car, ajoute-t-il, il est très-important de conserver au fumier toute sa force, en évitant la dessiccation des sucs, et de le laisser macérer dans une continuelle humidité... Les cultivateurs habiles couvrent avec des claies de branchages tout ce qu’ils ont retiré de leurs bergeries et de leurs étables, pour empêcher qu’il ne soit desséché par les vents ou brûlé par les rayons du soleil. » L’agronome romain n’admet pas qu’un fermier intelligent et soigneux ne trouve rien pour faire du fumier. « Je sais, dit-il, qu’il est certaines métairies où l’on pourrait n’avoir ni bestiaux ni volailles; cependant il faut qu’un cultivateur soit bien négligent si, même en un tel lieu, il manque d’engrais. Ne peut il pas recueillir et entasser des feuilles quelconques, et le terreau qui s’amasse au pied des buissons et dans les chemins? Ne peut-il pas obtenir la permission de couper la fougère chez un voisin auquel cet enlèvement ne fait aucun tort, et la mêler aux immondices de la cour? Ne peut-il pas creuser une fosse â engrais et y accumuler la cendre, les ordures des ruisseaux, les chaumes et les balayures de tous genres? >» Ainsi l’agriculture antique en savait autant que l’agriculture moderne sur la nécessité de faire du fumier, et les mêmes préceptes avaient alors à lutter contre la même indolence des agriculteui’s. Tous les auteurs s’accordent à déplorer la négligence avec laquelle on traite les fumiers dans la plupart des fermes de la France. Il est curieux de lire ce qu’écrivait déjà sur ce point, en 1663, 1e célèbre Bernard Palissy dans sa Recepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs thrésors : « Quand tu iras par les villages, considère un peu les fumiers des laboureurs, et tu verras qu’ils les mettent hors de leurs estables, tantost en lieu hautettantostenlieu bas,sans aucuneconsidération,mais (pourvu) qu’il soit appilé, il leur suffit; et puis prend garde au temps des pluyes, et tu verras que les eaux qui tom-

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boni sur lesdits emportent une teinUire noire en passant par ledit fumier, et trouvant le bas, pente ou inclinaison du lieu où les fumiers seront mis, les eaux qui passeront par lesdits fumiers emporteront ladite teinture, qui est la piincipale, et le total de la substance du fumier. Par quoy le fumier ainsi lavé ne peut servir, sinon de parade ; mais estant porté au champ, il n’y fait aucun profit. Voilà pas doneques une ignorance manifeste, qui est grandement à regretter.. ... Si tu veux que ton fumier te serve à plein et à outrance, il faut que tu creuses une fosse en quelque lieu convenable, près de tes étables, et icelle fosse creusée en manière d’un claune ou d’un abreuvoir, faut que tu paves de caillous ou de pierres, ou de briques ledit claune ou fosse, et icelui bien pavé avec du moi ticr de chaux et de sable, tu porteras tes fumiers pour garder en ladite fosse, jusques au temps qu’il le faudra porter aux champs. Et afin que ledit fumier ne soit gasté par les pluyes ni par le soleil, tu feras quelque manière de loge pour couvrir ledit fumier : et quand il viendra au temps des semailles, tu porteras ledit fumier dans le champ avec toute sa substance, et tu trouveras que le pavé de la fosse ou réceptacle aura gardé toute la liqueur du fumier, qui autrement se fust perdue, la terre cust sucée partie de la substance dudit fumier ; et te faut ici noter que, si au fons de la fosse ou réceptacle dudit fumier se trouve quelque matière claire qui sera descendue des fumiers et que ladite matière ne se puisse porter dans des paniers, il faut que tu prenes des basses (bassins en bois) qui puissent tenir l’eau, comme si tu voulais porter de la vendange, et lors tu porteras ladite matière claire, soit urine des bestes ou ce que tu voudras. Je t’asseure que c’est le meilleur du fumier, voire le plus salé : et si tu le fais ainsi, tu rapporteras à la terre la mesme chose qui lui avoit esté ostée par les accroissements des semences, et les semences que tu y mettras après reprendront la mesme chose que tu y auras portée. Voilà comment il faut qu’un chacun mette peine d’entendre son art, et pourquoy y est requis que les laboureurs ayent quelque philosophie, ou autrement ils ne font qu’avorter la terre et meurtrir les arbres » Ces quelques lignes du simple potier de terre prescrivaient donc sous Charles IX, avec les motifs les plus justes, une excellente pratique que nos agriculteurs les plus avancés suivent seuls encore aujourd'hui ; et malgré l’admirable sagacité de cet observateur de génie, ma'gré trois siècles écoulés, on en est encore à déplorer que, suivant sa naïve expression, un trop grand nombre de laboureurs n’aient aucune philosophie et ne fassent qu’avorter la terre qu’ils devraient féconder. « On peut, dit le professeur Boussingault, à la première vue, juger de l’industrie, du degré d’intelligence d’un cultivateur, par les soins qu’il donne à son tas de fumier. C’est une chose déplorable de voir avec quelle négligence on laisse perdre les engrais dans une grande partie de la France ; on rencontre des villages, et malheureusement ils sont nombreux, où le fumier est déposé précisément de manière à recevoir toute la pluie qui s’écoule des toitures des habitations, comme si on se proposait de profiter des eaux pluviales pour le laver. Le secret de la culture prospère de la Flandre française consiste peut-être dans le soin extrême qtie l’on met dans ce pays à recueillir tout ce qui doit servir à féconder la terre. Les sociétés d’agriculture, atijourd’iîui si multipliées, rendraient un véritable service, si elles encourageaient, par tous les moyens dont elles disposent, l'économie des engrais; si elles recherchaient, pour les récompenser, les cultivateurs qui conservent leurs fumiers de la manière la plus rationnelle. » J’ai cité ces divers passages d'auteurs de toutes époques pour montrer quel prix tous les agronomes attachent à la production et au bon aménugement des fumiers; je pourrais en citer mille autres, et je me bornerai à dire qu’il n’est pas possible d’ouvrir un livre traitant d’agriculture avec quelque autorité, sans y trouver les mêmes préceptes.

La nature et les propriétés des fumiers varient suivant la nature des animaux (lui y ont déposé leurs excréments, suivant l’alimentation donnée à ces animaux, suivant la naiure et la quantité des litières, suivant l’aménagement des fumiers, soit dans l’étable, soit au dehors.

Les animaux sous lesquels se fait habituellement le fumier dans les fermes, sont les boeufs et les vaches, les chevaux, les moulons et les porcs. Le régime des premiers est entièrement héi bivoi e, les porcs seuls sont omnivores. Les agriculteurs regardent, en général, la fiente des moutons comme la plus énej'gique et la plus fécon-

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dante parmi celles des animaux que je viens de citer; ensuite viendrait le crottin des chevaux, puis la bouse de bœuf on de vache, et enfin la fiente de porc. On ne saurait donc négliger ces dilTérences pour apprécier la valeur des fumiers. Les excréments plus secs des moutons et des chevaux supportent une moins grande addition de litière et donnent des fumiers d’une action puissante, mais peu durable, et que l’on distingue sous le nom de fumiers chauds. Les fumiers provenant des bêtes à cornes admettent une plus grande proportion de litière, sont beaucoup plus humides et sont, par opposition, appelés fumiers froids; moins énergiques et plus lents, ils ont ime action bien plus prolongée que les précédents. Quant aux fumiers de porcs, on les emploie rarement seuls; ils réussissent très- bien mélangés avec les fumiers de cheval, parce qu’ils sont très-aqueux et modèrent l’échaufferrent de ceux-ci. Dans un livre aussi élémentaire, il est impossible de donner autre chose que des renseignements très-généraux, et justement parce que l’emploi des fumiers est, dans la pratique, soumis à une foule de considérations particulières, il m’est, sur ce sujet plus que sur tout autre, impossible de descendre dans les détails. Je dirai donc d’une façon générale que le fumier des bêtes à cornes est bon sur les sols calcaires, surtout lorsque l’année est sèche, car c’est le fumier le plus riche en humidité. Dans les pâturages, les vaches déposent leurs bouses çà et là et fument très-mal le terrain, car la fiente accumulée sur quelques points s’y dessèche et n’étend pas son action fertilisante sur les pai ties intermédiaires. C’est donc une excellente pratique que celle delà Flandre, où l'on délaye cette fiente dans l’eau pour la répandre uniformément sur toute la superficie du champ. Dans d’autres pays de culture soignée, on enlève les bouses à mesure qu’elles sont déposées par les bêtes et on les porte au tas de fumier. Le fumier de cheval doit être mis en terre à l’état frais, et convient aux sols argileux et profonds que l’on appelle froids ; il fait mal dans les terrains sablonneux et calcaires. Abandonné à l’air, le fumier de cheval s’échauffe et fermente rapidement, surtout lorsqu’il est mis en tas; la perte qu’il éprouve est alors considérable et lui enlève bientôt la plus grande partie de ses principes engraissants. Ce fumier n’a donc qu’une valeur inférieure au fumier de vache, lorsqu’il n’a pas été soigné; mais on peut le conserver en lui maintenant sa valeur. Il faut, pour cela, le tasser fortement pour empêcher l’accès de l’air dans la masse et le couvrir d’une couche de terre, ou mieux encore il faut le maintenir humide par un arrosage suffisant Le fumier de mouton est soc, peu fermentescible et très-riche en excréments des animaux, parce qu’habituellement on le laisse sous leurs pieds dans les bergeries, jusqu’au moment de le porter aux champs. Il est bon, avant de l’appliquer à la terre, de le mettre en tas et de l’arroser souvent pour commencer la décomposition de la litière, qui ne se produirait que lentement. Ce fumier a des usages spéciaux; il réussit bien, dans les terres froidc.s, au chanvre, au tabac, au chou, au colza, à la navette, et en général à toutes les crucifères; mais il ne faut l’appliquer ni au blé, ni à l’orge, ni à la betterave, ni au lin, ni à la vigne, ni aux plantes potagères non crucifères. Cependant ce fumier peut aller sur toutes les cultures à peu près, dans les terrains maigres, et il y produit des résultats remarquables la première année* et sensibles encore la deuxième ; mais après deux ans, il faut recommencer. Souvent on applique aux terres la fiente de mouton par un procédé tout spécial, qui est le parcage. 11 consiste à établir temporairement, et dans une enceinte mobile nommée ;;arc, un troupeau de moutons sur un champ. L’enceinte est formée de claies légères munies de supports, et peut rapidement se monter et se démonter, de façon qu’après un certain laps de temps, le troupeau peut être transporté sur un autie champ, et ainsi de suite (voyez Parcage). Pendant ce séjour momentané sur chaque champ, les moutons y déposent leur engrais, et l’on estime dans le pays de Bray (Seine-Inférieure) que 100 moutons fument, en moyenne, par nuit, 1 are ( O centiares. Le parcage est un bon moyen d’engraisser le sol dans les pays montueux, où il épargne le transport des fumiers à travers des chemins difficiles, et dans les pays où l’on manque de litières et de lourrages. Mais il faut y renoncer dans les autres cas, car les animaux souffrent d’être exposés à toutes les injure.s du temps ; il y a en outre déperdition d’engrais, et dans le même temps le même nombre de bêtes à laine donne dans la bergerie, une plus grande quantité de ftimier. Le parcage est quelquefois appliqué aux bêtes ^ cornes.

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comme dans certaines parties de la Normandie et en Angleterre; on en peut tirer un bon parti en le dirigeant d’une façon rationnelle.

La nature et le mode d’organisation des animaux ne sont pas les seules causes qui modifient profondément la qualité du fumier qu’ils produisent. « Il est hors de toute contestation, dit le professeur Girardin, que plus la nourriture donnée aux animaux est substantielle, plus le fumier contient de principes fertilisants; une bôtebien nourrie produit deux fois autant de fumier qu’une bête mal nourrie; les animaux sains, et surtout les animaux gras, donnent des fumiers bien meilleurs et plus abondants que les animaux maigres ou malades; les vaches laitières ou pleines donnent un fumier moins riche que les boeufs de travail ; les élèves procurent un engrais moins riche que les animaux adultes. La quantité de fumier à produire ne dépend donc pas tant du nombre de têtes de bétail que de la quantité des fourrages qu’on lui fait manger; elle dépend encore du mode de nourriture, soit à l’étable, soit au pâturage, attendu qu’avec le dernier mode une très-grande partie des excréments ne peut être recueillie. » Puis, abordant un peu plus loin une question de première importance pour la France, le savant écrivain ajoute, et je ne puis mieux faire que de transcrire ses paroles : « Le système de culture alterne, combiné avec la nourriture à l’étabL, est celui qui procure le fumier en plus grande abondance, de meilleure qualité et au plus bas prix. Malheureusement ce système n’est pas celui qui prédomine en France. Si encore on avait des herbages en proportions siifTisantes pour entretenir un nombreux bétail! mais, loin de là, presque partout on réserve la plus forte partie du sol cultivable aux céréales, au colza et autres plantes épuisantes. On manque de prairies naturelles; on ne fait pas assez de racines fourragères et de prairies artificielles. On ne sait pas assez qu’avec de l’herbe et des racines en abondance, on peut nourrir plus de bestiaux ; qu’avec des bestiaux bien nourris, on a plus de fumier, et qu’avec plus de fumier on peut avoir, sur une moindre surface de terre, autant et plus de grains qui remplissent la cassette du

fermier L’extension des prairies, des légumineuses et

des racines fourragères : voilà actuellement le point essentiel, parce qu’avec beaucoup de fourrages on peut faire prédominer le bétail, ce qui accroît forcément la masse des engrais , donne , par suite , la possibilité de moins fumer, et, comme dernière conséquence, amène à avoir des récoltes de toute nature plus abondantes et nécessairement plus lucratives. Notre agriculture aurait besoin de 4:263172050 quintaux métriques de fumier de ferme. M. Rohart, à qui j’emprunte ces chiffres, affirme qu’en admettantles conditionsles plus favorables, elle n’en saurait produire actuellement plus de 1 283164 115 quintaux. D’où vient ce déficit annuel de près de 3 milliards de quintaux de fumier? Evidemment de l’insuffisance de notre bétail; et cette insuffisance tient uniquement à ce que nous ne consacrons pas assez de terres aux prairies naturelles et artificielles. Notre système cultural a donc besoin -d’être profondément et radicalement modifié. Malgré l’attachement qu’on porte aux choses anciennes, malgré les dérangements qui peuvent résulter du changement, on ne peut repousser tous les perfectionnements qui se présentent, par simple respect pour l’habitude. » J’ai tenu à citer in extenso ce grave conseil d’un homnie compétent, pour répondre à b4en des idées fausses qui ont cuiirs sur les convenances et les besoins de l’agriculture de notre pays. Je reviens maintenant au sujet spécial de cet article.

Les agronomes ont cherché à déterminer combien de fumier fournit une quantité donnée de fourrage consommée par des animaux de telle ou telle espèce. Ce problème très-difficile peut, d’après les expériences de Thaër, Flotow, Pabst, Boussingault, recevoir pour solution générale la formule de calcul que voici : On prepd le poids des fourrages secs entrés dans les étables, on y ajoute le poids des litières également sèches, et on double la somme. 'Ainsi l’expérience a enseigné aux agriculteurs qu’une vache laitière bien nourrie et suffisamment pourvue de litière rend, chaque année, environ vingt-cinq fois son poids de fumier, de sorte qu’en supposant que la bête pèse 500 à 600 kilogrammes, on peut estimer de 12000 à 15000 kilogrammes son rendement en fumier. Or, comme une telle vache consomme par an l’équivalent de 5475 kilogrammes de foin sec et emploie 730 kilogrammes do paille de litière, poids total, 6205 kilogrammes, dont le double, 12 410, représente sensiblement le poids du fumier produit en un au. G. Heuzé,

par des expériences faite àGrandjouan, vers 1842, est arrivé à mieux préciser les données de ce calcul : Réduisez, dit-il, la nourriture et la litière de quelque nature qu’elle soit, à l’état de siccité, et multipliez le résultat par un des nombres que voici :

Pour les chevaux, par le nombre 1,30

— bœufs de travail, id 1,50

— vaches, id 2,30

— porcs, id 2,50

— bêtes à laine, id 1,20

Chiffre moyen. 1,80

Pour appliquer ces formules d’estimation, il faut savoir combien chaque espèce de fourrage ou de litière perd de son poids par la dessiccation; on pourra adopter les nombres suivants :

Fourrages.

Le foin sec du commerce se réduit

par la dessiccation à 8?

Fourrages verts, pommes de terre... 25

Rutabaga. 10

Betteraves 15

Carottes 13

Topinambours. 22

Panais 15

Navets, feuilles de choux 10

Résidus de betteraves 30

Résidus de pommes de terre 25

Fèves de marais 84

Tourteaux de lin et de colza 90

Vesces 85

Avoine. '. 87

Son 75

Graines de sarrasin 88

p. 100 du poids brut.

Litticres.

Paille de céréales £0

Paille de sarrasin 85

Sciure de bois, feuilles mortes 75

Suivant le professeur Girardin, on peut estimer ainsi qu’il suit le rendement annuel approximatif des divers animaux d’une ferme.

kil. kil.

Vache laitière, nourrie à l’étable, pesant 400 1 1 000 de fumier.

Bœuf à l’engrais — 500 25 000 —

Cheval de trait.,.. — 600 9 000 —

Bœuf de travail — 600 11 000 —

Mouton, allant au pâturage. .. . — 40 500 —

Porc adulte — 100 1 400 —

Totaux 2 240 57 900 de fumier.

Prenant la question à un autre point de vue, d’autres agronomes ont recherché combien produit de fumier telle ou telle sorte de fourrage. Suivant Jacques Bujault, il faudrait adopter les nombres que voici :

100 kil. de paille donnent 200 kilog. de fumier

100 — de foin — 220

100 — déracinés — 100

100 — de récoltes vertes 100 —

La paille des céréales est la litière préférée et de l’usage le plus général ; son mérite est dans sa structure creuse et tubulaire, qui la rend très-propre à s’imbiber des excréments humides et à les retenir; d’une autre part, elle forme au bétail une couche douce et saine; enfin elle donne plus de fumier qu’aucune autre litière , parce qu’elle ne se réduit pas beaucoup sous les animaux. La paille du seigle et celle du blé offrent ces divers avantages au plus haut degré. On voit dès lors quel prix un bon fermier doit attacher à sa paille, et combien il se fait de tort lorsqu’il la vend au lieu d’en faire de la litière. Trop d’agriculteurs méconnaissent ce vieux proverbe de nos campagnes : Vendre sa 'paille^ c’est vendre son fumier' et qui vend son fumier^ vide son grenier. La vente de la paille n’est rationnelle que dans les conditions particulières où, jouissant d’un débouché avantageux, on peut racheter, à la place, du fumier ou de l’engrais, à meilleur compte que celui que cetle paille aurait produit. Dans les pays où l’on manque de paille, on peut employer comme litière les bruyères, les fougères, les feuilles d’arbre, les genêts, les roseaux, la mousse, les gazons, la tourbe, les ajoncs, les ramilles, le buis, la sciure de bois, et môme avec certains soins la terre sèche, particulièrement pour les bergeries (voyea Litière).

« Dans la pratique raisonnée, dit le professeur Girar-

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din, on donne de 2 à. 3 kilogrammes de paille-Iitière ec vingt-cpiatre heures par cheval ; de 3 à 5 kilogrammes par hôte bovine dont les excréments sont plus aqueux; 750 grammes par porc, ce qui n’est pas assez, en raison de la grande fluidité des déjections. Quant aux moutons, leurs crottins étant secs, ce n’est que pour recueillir leurs urines qu’on leur fournit de la litière. Mais dans la plupart des fermes à culture céréale, où les pailles sont très-abondantes, on en met le plus possible sous les animaux, ce qui est une faute, car cela donne des fumiers trop pailleux et moins riches; ce que savent trèsbien les fermiers qui observent...

... Du moment qu’on recueille soigneusement toutes les déjections du bétail, on ne peut pas demander davantage ; le fumier en est plus actif et il y a moins de paille gaspillée en litière. On a toujours bien lemoyen de faire dépenser les pailles; les convertir en viande, en lait, en laine, c’est une opération bien autrement lucrative que d’en faire de la litière. »

Le séjour du bétail dans des étables bien aménagées pour la bonne récolte du fumier et de tous les liquides qu’il laisse écouler, est particulièrement favorable à la production abondante de ce précieux engrais. Les étables belges par leur bonne disposition augmentent cette production de façon à la rendre souvent double de ce qu’elle est dans d’autres étables. Cette disposition consiste à pratiquer, en avant des bêtes, un trottoir planchéié ou cimenté (fig, 1322, A) sur lequel on dépose le

fourrage amassé auprès d’elles ou les baquets pour leur donner des aliments liquides ; derrière elles un espace large (C) et un peu enfoncé où se rendent toutes les urines, et où l’on jette tous les jours le fumier qu’on enlève sous les animaux. La figure ci dessus représente une coupe en élévation d’une étable belge ; le bétail occupe remplacement B, et la galerie couverte D est destinée à la conservation des racines. Dans des expériences faites à Roville dans une étable de ce genre, M. de Dombasle a reconnu qu’une vache laitière tenue à l’étable lui donnait par an trente voitures de fumier (19500 kilogrammes), tandis qu’une vache laitière nourrie au pâturage ne lui en donnait que quinze voitures environ (9750 kilogr.); qu’un bœuf à l’engrais, ne sortant par conséquent pas de l’étable, produisait en un an trenteneuf voitures (25 350 kilogr.), tandis qu’un bœuf de travail n’en produisait que douze (7800 kilogr.). L’étable belge a cependant le défaut d’être coûteuse, parce qu’elle a de grandes dimensions par rapport au bétail qu’elle abrite. Dans une exploitation menée avec économie, on devra préférer d’enlever le fumier à mesure qu’il se produit, et on pourra alors placer une seconde rangée de bétail dans l’espace réservé par les éleveurs belges à l’accumulation du fumier. Mais ce qui résulte des faits que j’ai cités, c’est que, pour obtenir beaucoup de fumier, il faut tenir les animaux à l’étable toute l’année, leur donner une nourriture abondante et toute la litière nécessaire pour absorber leurs déjections.

On a pu voir, par les passages de divers auteurs qui figurent au commencement de cet article, que le traitement des fumiers, après leur production et jusqu’au jour de leur emploi, est le plus souvent abandonné à la plus préjudiciable négligence. Les inconvénients de cette regrettable incurie sont nombreux et des plus grands. Le fumier est, on doit toujours se le rappeler, un mélange de matières végétales fournies par les litières avec

des matières animales qui sont les excréments et les déjections liquides du bétail. Ce mélange a une tendance à se décomposer plus ou moins rapidement, et cette décomposition est nécessaire, car elle a pour résultat la production d’un certain nombre de substances liquides ou gazeuses, éminemment fertilisantes, et qui font toute la richesse du fumier. Il faut donc le traiter de façon à ce que, d’une part, la décomposition progressive des éléments du fumier s’opère peu à peu, et que, d’une autre part, les produits si précieux de cette décomposition ne s’évaporent pas ou ne s’écoulent pas au hasard sans être récoltés. On comprendra donc sans peine qu’abandonné sans soin dans une cour de ferme et en plein air, le fumier se dessèche au soleil d’été ou se trouve noyé par les pluies d’hiver. La sécheresse arrête la décomposition du fumier et fait évaporer les produits gazeux déjà formés dans sa masse ; l’excès d’humidité lave et entraîne tout ce qu’il renferme de soluble ou de liquide, et l’emmène dans les ruisseaux de la voie publique ou dans quelque mare infecte, malsaine, et où se perdent des trésors de matières fertilisantes. Ce liquide noirâtre et puant, qui devrait rester dans le fumier ou être récolté avec soin, c'est le purin^ c’est la plus active partie du fumier. « M. deDombasle, dit le professeur Girardin, estimait à 3 francs la valeur d’un tonneau de purin de 6 à 7 hectolitres D’un tas de fumier de 12 mètres de long sur

7 mètres de large et 1“,50 de haut, il recueillait annuellement 150 tonneaux, c’est-à-dire 900 hectolitres de purin représentant 450 francs en argent. » Et voilà ce que tant de cultivateurs français laissent couler comme une ordure, au risque d’empester l’air au voisinage des habitations, d’y attirer dans les temps chauds une foule d’insectes désagréables et nuisibles aux bestiaux !

Une autre erreur grave à signaler consiste à penser qu’un renouvellement quotidien des litières, dès que les animaux les ont salies, rend le fumier plus abondant sans diminuer sa valeur. Les fumiers enlevés trop fréquemment ne renferment pas assez de fiente et d’urine pour la quantité de paille, et ne donnent qu’un engrais inférieur. Par une erreur tonte contraire, beaucoup de fermiers laissent le fumier à l’étable jusqu’au moment où on doit le porter aux champs. Cette méthode, qui exige des étables trop spacieuses, provoque l’altération du fumier qui blanchit (moisit) facilement dans ces conditions, et entretient en outre dans l’étable une atmosphère chaude, impure et malsaine pour les animaux. Dans nos bonnes fermes du nord et du centre de la France, on enlève le fumier de l’étable tous les huit ou douze jours, et tous les deux ou trois jours on met de la litière fraîche sur l’ancienne. Des observations nombreuses, citées dans les ouvrages techniques, démontrent que cette pratique est bonne et ne mérite aucun des reproches qu’ont pris l’habitude de lui faire ceux qui ne l’ont pas essayée et s’obstinent dans des méthodes beaucoup moins avantageuses.

Les fumiers peuvent être employés tels qu’ils sortent de l’étable, c’est-à-dire sans avoir fermenté; c’est ce qu’on appelle les fumiers frais, longs ou pailleux. Souvent aussi on les laisse pourrir de façon à former une masse pâteuse, noirâtre; on les nomme alors fumiers courts, gras, ou plus communément beurre noir. M. le professeur Girardin résume ainsi avec une heureu^se précision les propriétés de chaque sorte de fumiers au point de vue des cultures : «( Les fumiers longs, occupant beaucoup de volume, ont une action bien plus longue et plus durable sur la végétation que les fumiers courts ; aussi les applique-t on particulièrement aux végétaux qui restent longtemps en terre, et aux sols forts, compactes et argileux dont ils ameublissent les particules en raison de leur contexture fibreuse. Les fumiers courts, au contraire, lourds et compactes, ont une action instantanée sur les plantes, mais cette action est de peu de durée; aussi les applique-t-on spécialement aux végétaux qui n’ont qu’une existence de trois à quatre mois, et aux terres légères. » On ne saurait recommander en principe l’emploi de l’une ni de l’autre de ces sortes de fumiers. Les fumiers frais renferment des fragments de végétaux trop peu décomposés pour fournir les principes fécondants qu’ils pourraient donner et donneront avec le temps. Les fumiers gras abandonnés à une fermentation prolongée ont perdu, sous la forme liquide ou gazeuse, une partie considérable de leurs éléments lesplus puissants. Pour les réduire en beurre noir, on a dû les entasser on grande masse ; cet amas s’est échauffé peu à peu, et une fumée très- visible s’est dégagée en même temps qu’un purin abondant s’écoulait par-des-

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sous. En admettant que l’agriculteur soigneux puisse recueillir ce purin, il faut bien reconnaître que les gaz dégagés sont insaisissables, et que ces gaz se composent suL’tout d’acide carbonique, d’ammoniaque et d’azote, c’est-à-dire des gaz les plus utiles aux plantes. On trouve citée partout une expérience bien convaincante du grand chimiste anglais H. Davy. Il prit un de ces vases à col courbé, que l’on nomme une cornwc, et la remplit de fumier en fermentation; puis il appliqua le bec de cette cornue sous la racine d’un gazon dépendant d’une bordure dans un jardin. Huit jours après, une riche et vigoureuse touffe d’herbe tranchant surtout le gazon environnant indiquait à tous les yeux le point où les émanations /iu fumier arrivaient sous les racines. M. Kærte, professeur d’agriculture à Mœglin (Prusse), pense qu’on peut évaluer, en moyenne, à un quart la réduction de volume du fumier pendant une fermentation prolongée : 100 voitures de fumier se réduisent environ à 75. Il faut donc que le fumier subisse un commencement de fermentation et soit employé avant d’être réduit à l’état gras ; c’est alors ce que M. le professeur Boussingault, M. le professeur Girardin, appellent le fumier normal. Ils conseillent, et les meilleurs agriculteurs suivent cette méthode, de mettre en tas pour deux ou trois mois le fumier sortant de l’étable, et cette mise en tas doit être pratiquée et dirigée d’une façon rationnelle avec une attention soutenue. M. le professeur Girardin résume ainsi les conditions que doit remplir un bon aménagement du fumier destiné à le convertir en fumier normal : 1® Recueillir tout le purin dans un réservoir placé de manière qu’il soit facile de reverser au besoin ce liquide sur le fumier ; 2“ ne laisser arriver sur le fumier aucune eau étrangère; 3° garantir le fumier d’une évaporation trop prompteetdes lavages opérés par les eaux pluviales; 4® tasser fortement le fumier à sa surface pour que l’ammoniaque produite par la fermenlation dans le centre de la masse ne s’en échappe point, et ne toucher ou remuer le tas de fumier que le moins possible ; 5“ donner à l’emplacement où l’on tient le fumier une largeur suffisante pour qu’il ne soit pas nécessaire d’élever le tas à une trop grande hauteur ; 6® faire sur cet emplacement assez de divisions ou de tas pour que l’ancien fumier ne se trouve pas toujours enfoui sous le nouveau ; 7“ enfin disposer l’emplacement de telle sorte que les voitures puissent en approcher facilement, et qu’il ne faille pas de trop grands efforts pour enlever des charges un peu lourdes.

* Ces principes sont pratiqués de manières si différentes par les agriculteurs les plus habiles, qu’il est impossible d’entrer ici dans des détails aussi étendus, et qu’il faut renvoyer aux ouvrages techniques ; le Livre de la ferme de P. Joigueaux ;le Journal d' agriculture pratique^ années 1859, 18G3; la Fosse à fumier de Boussingault; Bes fumiers et autres engrais animaux par J. Girardin ; V Atmosphère^ le sol et les engrais par Ad. Bobierre; V Economie rurale de Boussingault, etc.

Le fumier normal, convenablementhumecté, doit peser de 760 à 800 kilogrammes par mètre cube, et il contient environ 75 p. 100 d’humidité. Il se compose, outre l’eau que je viens d’indiquer, di'humus provenant de la décomposition des plantes, des litières; de matières animales en décomposition ; ùq sels d'ammoniaque, de soude., de potasse; de carbonates calcaires et magnésiens ; de phosphates des mômes bases; de silicates, sulfates et phosphates solubles; de fer et de matières terreuses. M. P. Thénard a récemment recherché dans un travail très-curieux quels composés chimiques secondaires existent dans le fumier, et y a signalé un acide spécial, qu’il a nommé acide fumique, et auquel il a attribué un rôle important pour expliquer un grand nombre de pratiques agricoles résultant de l’expérience.

Pour appliquer le fumier, il faut le charger sur les voitures de transport, et, au lieu de l’enlever à la fourche, il est préférable de le détacher par tranches à l’aide d’une sorte de grand couteau muni d’un manche transversal propre à recevoir les deux mains. Un ouvrier peut charger 1 000 h 1 200 kilogrammes de fumier par heure. Il est très-utile de ne pas déposer le fumier sur le champ par petits tas, mais bien de l’étendre immédiatement en couche sur le sol, et de l’enfouir le plus tôt possible par un labour léger. La quantité qu’il faut employer varie prodigieusement suivant les circonstances, et pour en juger, il suffit de citer les quantités moyennes indiquées par des agronomes ou consacrées par l’habitude. Le poids de fumier frais qu’il faut donner pour la fumure d’un hectare est, suivant M. de Dombasle, de 20000 à

25000 kilogrammes; M. Boussingault recommande de 48000 à 49000 kilogrammes de fumier à demi consommé; Thaër en employait 60 000 kilogrammes à Mæglin; aux environs de Paris, c’est 54000 kilogrammes; 100000 dans la Flandre et le Hainaut. Après avoir rapporté ces nombres et d’autres, le professeur Girardin recommande une fumure de 30000 kilogrammes de fumier bien préparé, pour trois ans (soit 10000 kilogrammes par an). Le fumier de ferme coûte, en général, de 10 francs à 15 francs la voiture de 2000 kilogrammes, c’est-à-dire en moyenne 6^,25 les 1000 kilogrammes; ce prix s’élève beaucoup en ce moment et monte souvent jusqu’à 8 francs.

On nomme fumiers de ville les boues, les débris de toute espèce ramassés comme ordures dans les grandes villes. C’est un engrais riche et très-recherché des populations rurales environnantes. Les Anglais y mêlent des cendres de houille et forment ainsi leur police-manure ou fumier de police. La boue des rues de Paris vaut 500 500 francs pour l’adjudicataire qui l’achète en masse, et 3600000 francs lorsqu’après un séjour dans les pourrissoirs, elle est vendue aux cultivateurs de la banlieue à raison de 3 francs à 5 francs le mètre cube. On estime que l’engrais perdu dans les égouts et entraîné avec les eaux dans les rivières est un déchet énorme et des plus regrettables. Suivant les calculs de Johnson, les égouts de Londres versent chaque jour à la Tamise 230 000 hectolitres d’eau vaseuse, contenant l’engrais nécessaire pour 28000 hectares de terres stériles, et qui aurait pu produire la nourriture de 150000 individus. Milan s’est assuré un accroissement considérable de production agricole en utilisant les dépôts des égouts.

En mélangeant divers engrais avec ou sans addition de matières minérales, on a formé les composts ou en~ grais composés, qui sont assez analogues aux fumiers de ville. Leur composition varie beaucoup selon les matières, dont on dispose, les terres et les cultures auxquelles on les destine. Cet article déjà trop long ne saurait s’augmenter encore de ces détails, et je renvoie au mot Jauf- FRET où, en traitant de V engrais J au ffret , véritable type de compost, je dirai quelques mots des engrais composés.

Je me bornerai, pour terminer le présent article, à donner ici des renseignements indispensables sur la valeur relative des principaux engrais, telle que l’ont établie, en 1840 et 1842, les travaux de Boussingault et de Payen. J’emprunte ces documents à l’excellent livre du professeur Barrai, le Bon Fermier; ils consistent en une table fondée sur le dosage de la quantité d’azote contenue dans 100 parties de matières, et indiquant combien, eu poids, il faut employer d’un engrais pour avoir autant d’azote qu’en renferment 100 parties en poids de fumier moyen (celui-ci renferme 60 p. 100 d’azote à l’état normal); cette quantité d’engrais se nomme Véqui‘ valent par rapport à la quantité de fumier.

Xable des équivalents des engrais d’après le dosage en azote..

Fumier moyen 100,0

Paille de froment (à 19 p. 100 d'eau)..... 250,0

— — (à 5 p. 100 d’eau) 122,5

— de seigle 142,9

— d’avoine 214,2

— d’orge 260,9

Balles de froment 70,6

Paille de pois 33,5

— de millet 76,9

— de sarrasin 125,0

— de lentille 59,4

Tiges sèches de topinambour 162,1

Fanes de colza 80,0

— d’œillettes 65,1

— de pommes de terre 109,1

Feuilles de carottes 70,6

— de chêne 50,6

— de peuplier 111,1

— de hêtre 50,6

— d’acacia...., 83,3

— et rameaux de buis 51,^

Fucus digité (séché à l’air) 69,8

— saccharin [id.) 44,9

Sciure de sapin 260,9

— de chêne 111,1

Touraillons d’orge ^3,^

Marc de pommes.... 101,7

— de houblon 101,8

Pulpe de betteraves (sucreries) 157,9

— (distilleries). 285,7

Pulpe de pommes de terre (féculeries) ....... . 113,2

Eaux de féculeries 857,1

Marc de raisin ^^>2

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Tourteaux Je lin

— de colza

— d’arachide

de «amelirie

de chènevis

— de pavot

— de faînes

— de noix.

— de graine de colon

— de sésame

Marc d’olive

Excréments de vache

L'rme de vache

Excréments de cheval

Urine de cheval

Excréments de porc

Urine de porc

Excréments de mouton

Urine de mouton

Excréments de pigeon, frais

— sec, ou colombine

Excréments d’homme

Urine humaine

Purin de vacherie .

Engrais liquide du dépotoir de la Villeüe ....

Poudrelte de Bondy (près Paris)

Chair musculaire séchée à i’air

Sang liquide des abattoirs

Sang coagulé et pressé

Poudre d’os

Os bouillis pour extraction de gélatine

Résidus de colle d’os

Noir hn, neuf

Noir des raffineries

Râpure de cornes

Plumes

Bourre de poil de bœuf

( biffons de laine pure

Guano du Pérou

Engrais Rohart

Engrais Derrien

Coquilles d’huîtres

Limon de la Loire

— de la Gironde.

du Nil

Il est bien entendu que ces chiffres représentent les riuantités des divers engrais qui peuvent remplacer 100 kilogrammes de fumier moyen; de telle sorte que plus l’engrais est riche en azote, et par conséquent plus il est fécondant, plus le chiffre correspondant est faible.

M. Barrai ajoute avec grande raison les deux restrictions suivantes; r Les doses équivalentes ci-dessus pourront ne pas produire les mômes résultats sur les récoltes, parce que les principes constitutifs et fécondants seront ■d’une assimilation plus ou moins facile; 2" l’absence d’une ou de plusieurs substances différant de l’élément azoté pourra se faire fortement sentir par suite de l’usage prolongé d’un engrais qui, riche d’ailleurs en azote, ne ■contiendra pas cette substance. L’importance du rôle des phosphates dans la végétation a engagé M. Boussingault à dresser une autre table d’équivalents des engrais d’après le dosage de l’acide phosphorique; je ne puis la rapporter ici, et on la trouvera dans le Bon Fermier^ que j’ai déjà cité. Ad. F.

FUMIGATIONS (Médecine, Hygiène), — On appelle ainsi l’action de réduire une ou plusieurs substance en vapeurs ou en gaz, et de h s faire dégager dans l’air, soit pour obtenir un effet prophylactique, comme moyen désinfectant,?,o\\ dans un but thérapeutique, pour déterminer sur l’économie une action analogue à celle que l’on obtient des substances médicamenteuses appliquées directement sur la peau. Dans le premier cas, les fumigations constituent les procédés désinfectants; il en a été question au mot Désinfection.

Comme moyen thérapeutique ^ on peut employer en fumigations presque toutes les substances capables de se réduire en vapeurs, soit seules, soit à l’aide de la chaleur sèche ou humide, de telle sorte qu’elles empruntent, dans ce dernier cas, une partie de leur effet à ces derniers agents. Ainsi, l’éther, l’ammoniaque, qui se vaporisent à la température ordinaire, ne doivent leurs propriétés qu’à eux-mômes, aussi bien que tous les autres corps qui n’ont pas besoin de l’intervention du calorique pour le faire. Les baumes, les résines, le soufre , etc. , qui sont réduits en vapeur sur des corps incandescents, doivent à la chaleur une petite partie de leurs propriétés. Enfin , celles qui sont faites avec de l’eau chargée de principes médicamenteux et réduite en vapeur, doivent leurs effets à une triple action de l’eau, de la chaleur et du médicament. En général, les fumigations sèches et chaudes excitent la peau, la rou-

gissent, y appellent le sang. Celles qui sont humides la dilatent, favorisent l’absorption et agissent comme les fomentations humides. Nous pouvons donc les distinguer en émollientes, narcotiques ou calmantes, toniques, excitantes, etc.

Les F. émollientes sont : l’eau en vapeur à la température de 3S® à 40", et toutes les substances émollientes vaporisées par l’intermédiaire de l’eau. L’action qui en résulte est plus marquée que celle que l’on obtient par la fomentation; le principe médicamenteux pénètre mieux sous cet état. Aussi emploie-t-on avec avantage dans les inflammations du larynx, de la trachée, des bronches, les fumigations avec les décoctions de mauve, de guimauve, de graine de lin, etc.

Les F. narcotiques sèches par la combustion des feuilles de jusquiarne, de belladone, de stramoine, sont employées avantageusement dans les atfections nerveuses, dans l’asthme, etc. Les décoctions de pavot et des plantes indiquées plus haut, réduites en vapeur, ont souvent réussi dans certaines bronchites douloureuses, dans les névroses des organes respiratoires.

Les F. excitantes sont très-usitées, soit sèches, soit humides, comme l’éther, l’ammoniaque, le soufre, le succin, les résines, les baumes, le camphre, le chlore, l’iode, le protochlorure de mercure, les huiles essentielles, les plantes aromatiques, etc. Nous ne pouvons indiquer ici les effets déterminés par chacun de ces agents en particulier; tous sont compris dans la médication excitante et môme irritante quelquefois. Le tabac, qui appartient aux agents narcotico-âcres, a été considéré pendant longtemps comme plus irritant que sédatif, et c’est pour cela que les lavements avec la fumée de tabac ont été recommandés dans les asphyxies, et surtout chez les noyés.

Les F. toniques sont beaucoup moins utiles et aussi moins employées que les précédentes; le tannin, l’acide gallique, les quinquinas et les sels de quinine, ne se vaporisent pas facilement, cependant on a fait quelquefois avec succès des fumigations avec des décoctions de roses de Provins, d’écorce de grenadier, de chêne, de quinquina dans certains relâchements du rectum ou autres parties. F. — n.

FUMURE (Agriculture), opération agricole qui consiste à répandre le fumier sur les champs. Dans la culture générale, elle se lie tellement à la question des FCMiEr.s et engcais que nous renverrons le lecteur à ces deux mots ; il ne sera question ici que de la fumure qui a trait à la culture àQs jardins fruitiers et à celle de la vigne.

Fumure des jardins fruitiers. — Lorsque le sol du jardin fruitier aura été préparé (voyez Jap.din fruitier), il importe encore de le fumer convenablement. Pour que cette fumure produise l’effet qu’on en attend, il faut qu’elle soit placée à une profondeur déterminée. Si on la place tout à fait à la surface du terrain, elle n’arrivera que tardivement jusqu’aux racines, qui ont, au contraire, besoin de recevoir son influence immédiate pour aider à la reprise de sarbres. Si, d’un autre côté, on l’enterre trop profondément, à 0“*,G0 ou 0“,S0 au-(lessous de la surface, elle sera entraînée plus profondément encore par l’eau des pluies, et il se passera bien du temps avant que les racines puissent en profiter. C’est donc dans la couche comprise entre la surface et 0“,40 de profondeur que cette fumure doit être appliquée. Pour cela, on la répanîi sur toutes les plates-bandes, après le défoncement et immédiatement avant la plantation, puis on l’enterre à l’aide d’un labour assez profond.

Quant à la nature des engrais à employer dans ce cas, il faudra se servir de ceux que l’on a sous la main : les fumiers proprement dits, les vases d’étang ou de fossés extraites depuis une année au moins et souvent remuées. Mais, si l’on est obligé d’acheter ces matières fertilisantes, il faudra se procurer les plus convenables pour cette destination. Les fumiers ordinaires n’ont pas un effet assez prolongé; il faut rerommencer trop souvent. Les engrais à décomposition lente, quoique aussi énergiques, sont préférables. Nous comprenons dans cette série : les os concassés^ les chiffons de laine^ la bourre., les les poils^ les déchets de corne., les tendons., etc.

On a beaucoup agité la question de savoir si les arbres fruitiers devaient être fumés ; on a prétendu que cette opération était nuisible aux arbres, en ce qu’elle les empêchait de se mettre aussi promptement à fruit. Gela est vrai ; mais, aux yeux de la plupart des cultivateurs instruits, c’est là un résultat plus avantageux que nuisible; car le retard de la production du fruit, occasionné par la fumure, est dù à ce que celle ci donne lieu à une

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végétation vigoureuse ; or cette vigueur est indispensable pour que la charpente des arbres arrive le plus tôt. possible à son complet développement, et que l’arbre donne ainsi son produit maximum dans le laps de temps le plus court. Ce développement complet étant obtenu, on pourra ensuite diminuer la dose des engrais pour arrêter la vigueur de l’arbre et le faire se mettre à fruit. La fumure ainsi appliquée aux arbres fruitiers est donc une opération utile. Mais, pour qu’elle agisse dans de justes limites, il ne faut pas qu’elle soit trop abondante. Quelques cultivateurs ont l’habitude de fumer, tous les trois ans, les plates-bandes du jardin fruitier; nous pensons, avec M. de. Bcngy-Puyvalléc, que cette méthode est vicieuse, en ce qu’on est obligé de fumer trop abondamment à la fois. Il s’ensuit que les fruits ont une saveur moins agréable; que la sève, momentanément trop abondante, ne peut être contenue qu’avec peine dans les vaisseaux, et qu’il en peut résulter des extravasations qui déterminent des maladies. 11 vaut donc mieux fumer tous les ans, et fumer moins à la fois ; la végétation en sera plus régulière. Quant aux engrais à employer, ils pourront se composer de fumier de cheval ou de mouton, peu consommé pour les terres argileuses, et de fumier de vache pour les terres légères, soit calcaires, soit siliceuses. Si l’on était obligé d’acheter des engrais pour cette destination, il serait préférable d’avoir recours à d’autres matières au moins aussi fertilisantes, mais dont l’action se prolonge beaucoup plus et se trouve, par cela même, plus en rapport avec la longue durée des arbres. Tels sont surtout les os concassés, les râpures de corne, les tendons, les crins, les poils, les débris de bourre, les chiffons de laine un peu fermentés, etc. L’effet de ces engrais étant beaucoup plus prolongé, on pourra ne les employer que tous les cinq ou six ans. Quelle que soit la nature des engrais choisis, on les répandra à la surface du sol occupé par les racines, puis on les enterrera par i@ labour du printemps.

Un des moyens les plus énergiques de favoriser le développement des arbres fruitiers est incontestablement l’application des engrais liquides au moment où la végétation est le plus active et pendant les grandes chaleurs de l’été. C’est, en effet, pendant ce laps de temps que les plantes et les arbres ont le plus besoin de trouver dans le sol une humidité abondante, tenant en dissolution les éléments nutritifs. Or c’est aussi à cette époque que le «ol est le plus desséché, par suite de l’évaporation, et que les racines n’y trouvent ni l’humidité ni les éléments nutritifs dont elles ont besoin. L’application des engrais liquides, htite dans ces circonstances, stimule donc énergiquement la végétation des arbres; mais employé pendant le repos de la végétation, ils peuvent déterminer la pourriture des racines.

• Toutes les matières organiques, riches en azote, et se dissolvant facilement dans l’eau, peuvent être employées comme engrais liquide. Telles sont particulièrement les ■matières suivantes :

1“ Le guano naturel. — Y ajouter huit fois son volume d’eau. Il est malheureusement assez difficile de se procurer cet engrais bien pur. Il en existe cependant dans plusieurs maisons de commerce du Havre et de Nantes, <iue nous ne saurions indiquer ici.

2" Tourteaux de graines oléagineuses., colza, lin., arachide, sésame, etc. — Ces tourteaux sontréduiisen poudre, puis ajoutés à six fois leur volume d’eau. On abandonne ce mélange à lui-même, et on l’emploie lorsqu’il commence à fermenter.

3“ Matières fécales. — Les réunir dans une citerne, y -ajouter une suffisante quantité d’eau pour les rendre assez liquides, et les répandre lorsqu’elles commenceront à fermenter. Pour désinfecter cet engrais, on pourra y ajouter l kilog. de couperose du commerce, réduite en poudre, par hectolitre de liquide.

40 Sang des abattoirs. — Le laisser fermenter un peu •et y ajouter 1 kilog. de couperose par hectolitre pour le désinfecter.

3“ Urines. — Les employer fraîches en les étendant de quatre fois leur volume d’eau, ou les employer fermentées en y ajoutant 40 grammes de couperose par hectolitre pour les désinfecter.

6“ Purin ou jus de fumier. — Les employer sans préparation.

■j“ Mélange des matières précédentes. — On peut encore former un engrais liquide d’une grande puissance en mélangeant tout ou partie des matières précédentes.

Il est bien entendu que l’action de ces engrais sera d’autant plus énergique, qu’ils seront plus riches en azote.

On peut, à cet égard, les classer à peu près de la manière suivante : matières fécales, sang, guano, tourteaux, purin, urines.

Ajoutons encore que le résultat de ces engrais liquides, appliqués pendant la végétation, sera d’autant plus satisfaisant, que le sol où on les répandra sera plus perméable et plus exposé à la sécheresse.

Quant au mode d’application de ces engrais, il sera bon de suivre les indications suivantes : les répandre dans la soirée après que le soleil ne frappe plus les surfaces qui doivent être arrosées, afin de donner le temps à ces liquides de s’imprégner dans le sol avant d’être vaporisés; — répandre ces engrais sur toute la surface du terrain qu’on suppose être occupée par les racines des arbres, et surtout vers le point où existent les extrémités radiculaires; — enlever, avant l’arrosage, 0“,04 environ de la couche superficielle du sol, et la replacer aussitôt après l’application de l’engrais; — ou bien couvrir le sol, arrosé d’une couche de litière, d’environ 0“',05 d’épaisseur.

On évitera ainsi de voir la surface du sol se durcir sous l’influence de ces arrosements, et de perdre par l’évaporation une grande partie de ces éléments de fertilité. On pourra répéter ces arrosements trois ou quatre fois pendant l’été.

Fumure de la vigne. — Quelques œnologues, prenant comme exemple certains vignobles exceptionnels de la Champagne, de la Bourgogne, des côtes du Rhin, qui ne sont pas fumés et dont les produits ont acquis une qualité supérieure et un prix très-élevé, ont proscrit les engrais comme nuisibles à la qualité du vin. D’autres, considérant que les produits augmentent toujours en raison directe de l’abondance des engrais, ont recommandé une fumure copieuse ; ces deux opinions contradictoires, envisagées d’une manière absolue, sont également erronées; mais elles peuvent devenir justes dans certaines circonstances.

En effet, si l’absence de toute espèce de fumier diminue beaucoup le produit de la vigne, ce que l’on perd en quantité, on le gagne parfois en qualité. On peut donc, dans certains crus tout à fait exceptionnels, et dont les produits sont très- recherchés, s’abstenir de toute espèce de fumure. Mais il n’en doit pas être ainsi pour les crus ordinaires, où la diminution du produit ne sera pas compensée par l’augmentation de la qualité; les engrais y sont nécessaires, et nous allons examiner quels sont ceux qu’il convient d’employer.

Les fumiers composés de litières nouvellement sorties des étables ou des écuries, les dépôts des voiries, les gadoues, les os broyés, les cornes, les chiffons de laine, et généralement toutes les substances très-azotées, déterminent dans la vigne une végétation vigoureuse; mais elles ont toujours pour effet, au moins pendant les premières années qui suivent leur application, de donner un vin sans qualité, et qui offre une saveur et une odeur désagréables. Toutefois ces inconvénients sont moins redoutables dans les terrains secs, et sous le climat brûlant dû Midi, que dans les sols substantiels et dans les vignobles du centre et du nord de la Fi ance, parce que l’excès de matières fermentescibles, produit dans le moût du raisin par les engrais azotés, est moins à craindre dans la première condition que dans la seconde.

Les varechs, employés comme fumure dans quelques vignobles des bords de la mer, produisent les mômes inconvénients. Aussi devra-t-on n’employer ces matières que pendant la première formation de la vigne, et donner ensuite la préférence aux engrais végétaux et minéraux très-riches en sels de potasse et dont voici les principaux.

Végétaux herbacés. — Dans les vignobles du Midi, où la vigne est bien plus espacée que dans le Nord, on sème, après la taille, avant l’iiiver ou au printemps, entre les rangs, certaines plantes, telles que le lupin pour les sols légers, ou la féverole pour les terres compactes, et on les enterre au moment de leur floraison. Dans les vignobles du Centre qui permettraient l’usage de cette pratique, on pourrait employer la vesce et le seigle. On pourrait aussi se servir de certaines plantes qui croissent en abondance dans les lieux humides, telles que roseaux, joncs, typhas, carex, etc., et que l’on enterrerait au pied des vignes immédiatement après les avoir coupées. Cet usage est adopté par les vignerons des bords du Rhône.

Végétaux ligneux. — Tous les arbrisseaux, et surtout ceux qui conservent leurs feuilles, peuvent aussi être employés pour la fumure des vignes, après que leurs tiges ont été froissées par les pieds des chevaux ou les

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