‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-Christ (volume 2)Chapitre 133 sur 209 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

MORl

sur nos peosées et nos actions les plus secrètes : nous en défier pour autrui, car rien n*est plus difficile à distinguer que la mort apparente de la mort réelle, le seul signe caractéristique de cette dernière étant la putréfaction de notre corps glacé. Aussi combien n'a-t-on pas eu à déplorer celte précipitation avec laquelle on inhumait autrefois les personnes frappées de mort subite I Que de victimes qui se sont réveillées dans la nuit du tombeau, pour s'y voir enfermées vivantes et y mourir de mille morts 1 £t dire que de temps en temps, malgré tant d'exemples, les journaux en enregistrent encore ae nouveaux dans leurs colonnes I Sans doute, dans les grandes localités où l'autorité veille, avec une vigilance toute paternelle, à ce que de pareils malheurs ne se renouvellent pas,^ chacun peut avoir la cx)nfiance aue ce parent, cet ami, dont on fait les funérailles, n'est réellement qu'un cadavre à qui on va dire un dernier adieu, et dont on fait bénir la dépouille mortelle, pendant qu'on prie pour son âme, qui, dégagée de ses liens terrestres, plane déjà radieuse dans Timmensité des cieux ; mais, dans nos petits villages, dans los chaumières, chez le pauvre qui n'a pas de lieu séparé où le mort puisse être déposé avant que la cloche ne rappelle è l'église, uue de fois on trompe le magistrat sur 1 heure véritable à laquelle l'individu a rendu le dernier soupir, aflu d'être plus tôt délivré de ce corps inutile^ et qui est devenu pour la famille un véritable embarras!

Déjà on a paré, en partie, à ces inconvénients en |)rolonçeant jusqu'à quarante-huit heures l'inhumation de la personne frappée subitement par la mort : eh bieni ce n est

Êas encore assez, et nous voudrions que IM. les curés eussent le droit de se refuser à faire l'enlèvement du corps jusau'à ce qu'il fût constaté par eux-mêmes qu'il commence à se putréfier ; jusque-là, il est à craindre que ce soit un corps vivant de plus qu'on voue volontairement a une mort inévitable. Je sais que cela peut devenir un motif de luttes pénibles à soutenir entre le pasteur et ses paroissiens ; mais combien d'autres luttes ne soutient-il pas pour rester fidèle aux règlti de l'Eglise 1 et puis, oui l'assure que dans ce corps, pour lequel u va renouveler le sacrifice sanglant et rémunérateur, ou réciter les prières des morts, il n'existe pas encore une âme qu'il peut sauver et qu'il abandonne à sa destinée 1

Il Y aurait, ce me semble, un moyen de concilier tout à la fois les lois de la tendresse et des bienséances pour la famille, la ri'sponsabilité des magistrats et la tranquillité des pasteurs : ce serait d'instituer des confréries cbarpçées du soin de veiller sur les individus qui meurent au milieu de la santé la plus parfaite. Voici ce qui nous fait attirer l'attention de chacun sur cette congrégation toute fraternelle.

Nous trouvant à Florence (duché de Tos^ cane) le 2& décembre 1840, nous fûmes frappé d'un spectacle qui nous impressionna vive^ ment, il consistait en une double file d'in-

dividus, marchant parallèlement deux à deui, portant un chapeau noir à larges ailes (chapeau des pleureurs), de grands manteaui noirs, de gros souliers, des guêtres noires jusqu'au-dessus des genoux, de larges culottes noires, et masqués. Chacun d'eux avait à la main un bâton résineux, brûlant par le bout supérieur, et au milieu de la file élait un corps inanimé, placé sur un brancard, que quatre frères portaient sur leurs épaules. M'étant informé pourquoi cet enterrement à pareille heure (dix heures du soir,? on me répondit : Ce n est pas un enterrement, c'est un individu qui vient de mourir de mort subite, et que les frèrt$ dt k Mort sont allés prendre pour le transporter dans un local où rien ne sera épargné pour le rappeler h la vie. Allez, c'est une bieo belle institution que a^We des frères qî k Mort! e\\Q se compose de gens appartenant aux premières famihes de Ta cité, gens qui peuvent disposer, en grande partie, de kiir temps, et qui vont le consacrer à raniarre mort. Il aura constamment auprès de luidtui frères, relevés par d'autres frères; car b service est de deux heures, et tout le im\^ qu'ils y resteront sera employé à renjpliriei prescriptions aue le docteur de la confuie aura faites. Si l'individu n'est pas tout à Lii mort, et qu'on soit assez heureux pour le ranimer, on le soignera jusqu'à ce qui puisse être transporté chez lui; sinon, dès qu'il commencera à se puiré/ier^ on le portera à l'église, après en avoir prévenu la famille.

Je suivis les frères de la mort^ et, quoiqu'il soii défendu aux inlrus d'entrer dans le local destiné aux morts, dont oo vaut cous* tater la fin réelle, je ne me ra{>pelle pas trup comment je m'y pris, mais je me trouvai dans un local spacieux, dont la température était modérée. Un lit fort haut était au milieu de l'appartement ; l'individu fui dé()osé sur ce lit, et, pendant qu'on s'occupait à le dépouiller de ses vêtements, je fus reconnu, et .on me pria poliment de me retirer, raccès de ce lieu étant interdit à la ikffliile même de la personne dont on s'occupait avec uo zèle, un empressement, une bieareillauce, des attentions délicates dont je fus pénétré. Voilà ce que je voudrais voir instituer dans les campagnes, c'est-à-dire qu'on pourrait, soit^à la mairie, soit au presbytère, avoir une pièce qui serait consacrée à l'usage pieux et philanthropique dont il vient d'être parié, ei où chacun, à tour de rôle, irait agir et prier* car on ne cherche pas seulement à rappei«r à la vie le corps inanimé, on prie aussi pour son âme.

Maintenant aue nous avons dit que la pi^tréfaction était le seul signe de mort réelle, est-il besoin d'indiquer ceux qui se remarquent dans les cas de mort apfNU'ente? Nous ne le pensons pas, car c'est, ce nous sembli'i ctiose inutij e, nous bornao t à répéter : Voulezvous n'avoir pas à redouter d avoir enterré une personne vivante > attendez que sou corps tombe en pourriture avant de le c^^ fier à la terre.

MOIISSE DE CORSE

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