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tons leur volume , leur poids, leur déplacement, etc.; mais, pour qu'il en soit ainsi, il faut que Tattention constate, apprécie l'irapression, pour que la sensation soit rendue complète. Celte remarque est très-importante, en ce qu*elle éloigne toute explication ' mécanique que Ton pourrait vouloir donner. Mais quel est donc le siège du tactî Dans l'état naturel , il n'y a de destiné à Taccomplissement de cette sensation que la peau et un peu de l'origine des membranes muqueuses; mais on n est pas bien d'accord sur le véritable lieu où l'impression retentit. Ainsi, tandis que les uns la font résider dans les papilles nerveuses, les autres, au contraire , l'attribuent à la totalité de la peau. Je crois que toute la différence naît de ce qu'on n'est pas bien fixé sur la structure des papilles ; c'est-à-dire que, pendant que certains anatomistes les considèrent comme une expansion nerveuse, les autres les croient composées de nerfs, de vaisseaux sanguins, de tissu cel- • lulaire, etc., et alors on se demande si la sensation a lieu par le nerf isolément ou par la totalité de la papille. Quoi qu'il en soit , laissant à d'autres le soin de résoudre une question qui n'est pas d'un bien grand intérêt, nous dirons que le tact est principalement établi sur la main , non point parce qu'elle est plus sensible et plus délicate , mais parce que, entièrement sous l'influence de la volonté, elle prend les formes les plus convenables pour s'accommoder à la forme du corps que l'on veut explorer.
Un philosophe grec, Aristole, a prétendu que l'homme doit sa supériorité sur les animaux à l'usage de la main. Jamais erreur ne fut plus grande ; car l'homme doit sa supériorité à son intelligence; et, s'il se sert merveilleusement de ses mains, c'est qu'il entrait dans les desseins du Créateur qu'il en soit ainsi. Donnez la main à un animal , il ne saura pas s'en servir, ou, s'il s'en sert, ce ne sera que pour l'assujettir à ses instincts bestiaux : voyez le singe, et l'usage qu'il en fait. Du reste, il est si vrai que le tact est actif, que l'aveugle, qui est borné dans ses relattons avec les corps environnants à ce sens, aidé par l'ouïe, quoique pouvant s'en passer dans bien des cas, fait par lui seul des choses surprenantes à mesure qu'il le perfectionne davantage. Ainsi, il est question, dans l'histoire des artistes , que le sculpteur Ganivarius, ayant perdu la vue à l'âge de vingt ans , resta quelque temps dans le désespoir ; cependant il perfectionna si bien son tact qu'il espéra pouvoir faire encore des portraits. Le pape Urbain YIII eut la patience de lui prêter sa figure pour l'encourager, et il a suffi que le pape lui eût fait faire ainsi son portrait, pour que plusieurs grands personnages en tissent autant : le sort de rartiste fut dès lors assuré.
Un fait non moins curieux est celui que raconte Félix Plater, d'un individu qui, étant devenu tout à la fois sourd , muet et aveugle, se faisait écrire sur le bras ce qu'on voulait lui dire, et trouvait ainsi le moyen de se mettre en communication avec ceux qui l'en-
touraient. Boyle dit avoir connu un aveugle qui avait tellement exercé son tact, qu'il reeounaissait la couleur des objets en les touchant. Il prétendait que la couleur blanche lui paraissait plus lisse que la couleur noire; le rouge était encore plus doux q|ue le blanc , et, au contraire,la sensation delà couleur verteétait beaucoup plus forte que celle du rouge, etc. Ce fait peut paraître extraordinaire , et nous douterions nous-mème de son authenticité, si Bett n'avait , dans son iuurnal , publié en Hollande , consigné, en 1 année 1685, Thistoire non moins curieuse d'un organiste anglais, qui, étant devenu aveugle, continua cependant son état, et perfectionna tellement son sens du toucher, qu'il parviut, lui aussi, à distinguer les couleurs. Il jouait auxca^ tes, et môme avec beaucoup d'avantage, car, en donnant, il pouvait connaître le jeu des autres. Donc le tact se perfectionne beaucoup par l'exercice.
Jusqu'à présent il n'a été question que du toucher perfectionné à la main. Les autres parties du corps sont-elles susceptibles des mêmes perfectionnements tactiles ? Nous devons le croire, puisqu'il est des observations fort curieuses qui établissent incontestablement ce fait ; et, par exemple :
Ânderson, ayant été privé fort jeune de la vue, par la destruction complète du globe de l'œil, à la suite de la petite vérole, lui si bien cultivé par son père qu'il devint un très-bon mathématicien. En outre , il avait tellement perfectionné la sensibilité tactile de la peau et le sens de Touïe que, d'une part, il s'était rendu accessible à la lumière, de telle sorte qu'il distinguait la clarté des ténèbres, le beau temps d'avec le mauvais; et, d'autr« part , lorsqu'il était introduit daus un appartement, il allait juste se placer au milieu, et , de là , au son de sa voix et au bruit de ses pieds, il estimait la grandeur de la pièce, à un pouce près; il disait si elle était bien ou mal éclairée. Enfin, un jour assistant à une éclipse, il distingua les petites tacbes qui passaient devant le soleil avant tout autre, et fut le premier à le dire aux observateurs. N'oublions pas que les yeui manquaient complètement.
D'ailleurs , si la peau n'était pas susceptible de perfectionner ses qualités taciiles, quel mérite aurait la trente-deuxième lettre de Montesquieu, de son livre des LtUrcs persanes? On sait que le voyageur Rica éttit à son correspondant et lui dit : Arrivé à Paris, je suis entré dans une maison où étaient plusieurs personnes ({ui jouaient. J ai demandé la rue qui était assez éloignée
de là. Un homme »'est présenté pour mj conduire. Il m'a mené par plusieurs rues. me faisant éviter les obstacles. Arrivé à roa destination , il me dit : Vous y voilé, vous n'avez qu'à demander la maison. Ayant de le quitter, je m'enquis de ce qu'il était et de ce qu'il faisait , il me répondit : Je suis aveugle ;j'Kabite« depuis bien des anné^f cette maison d'où vous venez, qui, depuis longtemps, est consacrée à trois cents ayeugiest sous le nom d'hôpital des Qw'nse-yipg^f' "
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