NAR
idées attachées à ce premier des Quadrupèdes» ce dominateur redoutable et paisible des rirages et des forêts humides de la zone torride, cet Eléphant si remarquable par sa forme, ses dimensions, ses organes, ses armes, sa force , son industrie et son instinct.
Le Narval est, à beaucoup d'égard, l'Eléphant de la mer. Parmi tous les animaux que nous connaissons, eux seuls ont reçu ces dents si longues, si dures, si pointues, si propres à la défense et à Tatt^ue. Tous deux ont une grande masse, un grand volume, des muscles vigoureux, une peau épaisse. Hais les résultats de leur conformation sont bien différents : Tun , trèsdoux par caractère, n'use de ses armes que pour se défendre , ne repousse que ceux qui le provoquent, ne perce que ceux qui I attaquent, n'écrase que ceux qui lui résistent, ne poursuit et n'immole que ceux qui l'irritent; l'autre, impatient, pour ainsi aire, de toute supériorité, se précipite sur tout ce qui lui fait ombrage, se jette en furieux contre l'obstacle le plus insensible, affronte la puissance, brave le danger, recherche le carnage, attac[ue sans provoca* tioD, combat sans rivalité, et tue sans be-. soin.
Et ce qui est très-remarquable, c'est aue l'Eléphant vit au milieu d'une atmosphère perpétuellement embrasée par les rayons ardents du soleil des tropiques, et que le Narval habite au milieu des riaces de l'Océan polaire, dans cet empire éternel du froid, que la moitié de l'année voit en- Tahie par les ténèbres.
Hais l'Eléphant ne peut se nourrir que de végétaux, le Narval a besoin d'une proie ; et dès lors tout est expliqué.
Les Narvals ressemblent aux Harsouins par leur tête sphérique, et ils sont privés de nageoire dorsale, comme la dernière espèce de ce genre, le Béluga. La structure de leur tète osseuse les rapproche des Dauphins proprement dits; mais ce qui les distingue surtout des uns et des autres d'une manière génériaue, ce sont les défenses qui uaissenten avant dans un alvéole commun à leurs maxillaires supérieurs et à leurs intermaxillaires, se dirigent horizontalement en avant, et atteignent jus-
3u'à la longueur de 8 à 10 pieds. Ces éfenses, au nombre de deux, ne se développent pas toujours également : lorsque toutes deux grandissent de même, c'est Je cas le plus rare. Ordinairement une des deux reste rudimentaire et cachée dans l'alvéole. Cette défense avortée est obtuse à sa racine, parce que son bulbe producteur s'oblitère; l'autre, au contraire, dont le bulbe reste actif, présente à sa base la cavité où ce bulbe loge.
Les Narvals se rencontrent principalement dans les mers polaires, où ils vivent en troupes plus ou moins nombreuses.
^ Lb Narval {M. Monoceros). Cette espèce àngulière de cétacés parait être confinée dans les régions du Nord les plus élevées dans les mers du Groenland et du Spitzberg.
Sans doute les Norwégiens et es Danois, qû paraissent avoir de tout temps fréqti^ ces mers, ont de tout temps aussi connu le Narval : un animal marin conformé $m manière aussi remarquable n'a pas maDqoê d'attirer l'attention des navigateurs cmi ooi été h portée de l'observer. La longaedétense dont ce cétacé est armé parait même atoir fait un objet de commerce pour les Danois, longtemps avant que dans le resté de liarope on se fit une idée juste de l'animal qui la produit; car elle fat Tendue, suiTtut toute vraisemblance, pendant bien des années, comme étant la corne de la îmem Licorne; et, les propriétés merveilleuse qu'on attribuait à cette corne faisant élever à un très-haut prix ces dents de Narrais, il n'a rien moins fallu que le goût des prodiKtions naturelles, qui se développa dans le xTii* siècle , pour faire tomber le voile sous lequel se cachait l'origine de ces dents. Avant cette époque, on les rejgardiit comme des productions rares et précieuse: on les montrait comme des objets déco»
site ; on les garnissait de riches oroemei^; on les conservait dans les trésors des é^ ses et des princes (1). Tout le charmequiks environnait a disparu à la première Daoifôstation de la vérité; et, du cabinet des carieux, comme de l'officine des apothicaires, elles ont passé dans le musée des natunlistes.
Ce n'est guère que vers le milieu du ivf siècle qu'on a acquis des notions ud peu justes sur l'origine de ces dents, et sur ranimai qui les produisait; mais on avait encore alors des idées si peu exactes de la différence des cornes aux dents, qu'oo était incertain auquel de ces produits o^ ganiques devaient être rapportées lesdéfoses du Narval.
Tulpius, médecin et magistrat hollandais, eut occasion, en 16&8, de Yoir un Naml échoué près de l'Ile Ma]a, et fut vraisen)bl^ blement un des premiers savants quipurent acquérir par eux-mêmes quelque 'm de la nature ae ce cétacé. Il en donne a« figure très-médiocre, mais supérieure èplosieurs de celles qu'on a publiées depuis* L'individu qu'il observa avait une défeiw longue de 9 pieds, et sa teinte était noirâtre ; cependant il avait plus de 20 pie^ de longueur; ce qui ferait supposer quii était adulte : or, nous verrons que les trtejeunes Narvals ont seuls cette couleur.
Wormius, médecin et professeur à Y^^ versité de Copenhague, parvint à se prowrer un dessin de Narval, ainsi qu'une tèle« cet animal, dépouillée de sa peau et de ^ chairs, dans lesquels il reconnut tous 1^ caractères généraux des Baleines. Ce célatf .que Wormius nomme Unicomu Marinuf^^ trouve représenté par deux figures ^ peu différentes l'une de l'autre dans^J deux ouvrages, mais irop peu fidèleme»
pour donner une idée même légère de c
(1) On en conservait une dans le trésor de Sti^ Denis.