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qui croissent dans l'eau, ce Quide peut être corrompu au point de derenir mortel pour rAnguille, qui s'efforce en vain, en s'abritant alors dans la fange, de se soustraire à l'influence funeste de cette chaleur desséchante.
« On a écrit aussi que t'Angi^ille ne supportait pas des changements rapides et trèsmarqués dans la qualité des eaux au milieu desquelles elle habitait. Cependant M. Septfonlaines a prouvé plusieurs fois qu'on pouvait la transporter, sans lui faire courir aucun danger , d'une rivière bourbeuse dans le vivier le plus limnide, du sein d'une eau froide dans celui d une eau tempérée. Il s'est assuré que des changements inverses ne nuisaient pas davantage à ce poisson ; et sur trois cents individus qui ont éprouvé sous ses yeux ces diverses, transmigrations, et qui les ont essuyées dans ditférentes saisons, il n'en a péri que quinze, qui lui ont paru ne succomber qu à la fatigue du lransi>ort , et aux suites de leur réunion ei ae leur séjour très-prolongé dans un vaiss' au trop peu spacieux.
• <c Né<inmoins, lorsque leur passage d'un réservoir dans un autre, quelle que soit la nature de l'eau de ces viviers, a lieu pendant des chaleurs excessives, il arrive souvent que les Anguilles gagnent une maladie épidémique pour ces animaux, et dont les svmptômes consistent dans les taches blancnes qui leur surviennent. Nous verrons dans notre Discours sur la manière de multiplier et de conserver les individus des diverses espèces de poisson , quels remèdes on peut opposer aux effets de cette maladie, dont les taches blanches et accidentelles dénotent la présence.
<f Les Murènes dont nous parlons sont sujettes, ainsi que plusieurs autres poissons, et particulièrement ceux que l'homme élève avec plus ou moins de soin, à d'autres maladies dont nous traiterons dans la suite de cet ouvrage, et dont quelques-unes peuvent être causées par une grande abondance de vers dans quelque partie intérieure de leur corps, comme, par exemple, dans leurs intestins.
« Pendant la ()lupart de ces dérangements, lorsque les suites peuvent en être trèsgraves, TAnguille se tient renfermée dans son terrier, ou, si elle manque d^asile, elle remonte souvent vers la superflcie de l'eau; elle s'y a^te, va, revient sans but déterminé, tournoie sur elle-même, ressemble par ses mouvements à un serpent prêt à se noyer et luttant encore un peu contre les flots. Son corps, enflé d'un bout à l'autre, et
Sar là devenu plus léger relativement au uide dans lequel elle nage, la soulève et la relient ainsi vers la surface de l'eau. Au bout de quelque temps, sa peau se flétrit et devient blanche; et lorsqu'elle éprouve cette altération, signe d'une mort prochaine, on dirait qu'elle ne prend plus soin de conserver une vie qu'elle sent ne pouvoir plus retenir : ses nageoires se remuent encore an p^tt ; ses yeux paraissant encore se tour-
ner vers les objets qui l'entourent : mais sans force, sans précaution, sans inté rôt utile pour sa sûreté elle s*abandonne pour ainsi dire, et souffre qu'on l'approche qu'on l'enlève même sans qu'elle cnerche i s'échapper (1).
« Au reste, lorsque des maladies ne dérangent pas l'organisation intérieure d< l'Anguille, lorsque sa vie n'est attaquée ouc
f^ar des blessures, elle la perd assez difnciement; le princifie vital paraît disséminé d'une manière assez indépendante, si je puis employer ce mot, dans les diverses parties de cette Murène, pour qu'il ne puisse être éteint que li»rsqu'on cherche à Tanéanlir dans plusieurs points è la fois ; et, de même que dans plusieurs Serpents, et particulièrement dans la Vipère, une heure après la séparation du tronc et de la tête, 1 une et l'autre de ces portions peuvent donner encore des signes d'une grande irritablité.
« Cette Vitalité tenace est une des causes de la longue vie que nous croyons devoir attribuer aux Anguilles, ainsi qu'à la plupart des autres poissons. Toutes les analogies indiquent cette durée considérable, malgré ce qu'ont écrit f)lusieurs auteurs, qui ont voulu limiter la vie de ces Murènes à quinze ans, et même à huit années : et d'ailleurs, nous savons, de manière à ne pouvoir pas en douter, qu'au bout de six ans une Anguille ne pèse quelquefois que cinq hectogrammes (2) : que des Anguilles co^iservées pendant neurans, n'ont acquis qu'une longueur de vingl-six centimètres ; que ces Anguilles, avant d'être devenues l'objet d'une observation précise, avaient déjà dixneuf centimètres, et par conséquent devaient être âgées de cinq ou six ans ; qu'à la Qn de l'expérience elles avaient au moins quatorze ans ; qu'à cet Age de quatorze ans, elles ne présentaient encore que le quart ou tout au plus le tiers de la longueur des grandes Anguilles nêchées dans des lacs de la Prusse ^3), et qu'elles n'auraient pu parvenir à celle dernière dimension qu après un intervalle de quatre-vingts ans. Les Anguilles de trois ou quatre mètres de longueur, vues dans des lacs de la Prusse, par des observateurs dignes de foi, avaient donc au moins q* atrevingt-quatorze ans : nous devons dire que des preuves de fait, et des témoignais irrécusables se réunissent aux probabilités fondées sur les analogies les plus grandes oouf nous faire attribuer une longue vie à la Murène anguille.
« Mais comment se perpétue cette espèce utile et curieuse? L'Anguille vient d'un y& ritable œuf, comme tous les poissons. L'œul éclôt le plus souvent dans le ventre de la mère, comme celui des Raies, des Squales, de plusieurs Blennies, de plusieurs Siluresj la pression sur la partie inférieure du corpa de la mère, facilite la sortie des petits déjl
(t) Lettre déjH cilée de M. SepifonUines. (i) Actes de FAcad. de Stock., Mém. de Uans H* derstrœm.
(5) Leure de M. Septfontalnet.
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écl06.Ce$ faits, bien vus, bien constatés par les mtoralistes récents, sont simples et coofonnes aux vérités physiologiques les mieoi prouvées, aux résultats les plus sûrs éâ redierches anatomiques sur les pois- J005 et particulièrement sur FAnguille; et cependant combien, depuis deux mille ans, ils ont été altérés et dénaturés par une trop grande confiance dans des observations précipitées et mal faites, qui ont séduit les plus beaai ^nies, parmi lesquels nous comptons DOD-seulement Pline, mais même Aristote I Lorsque les Anguilles mettent bas leurs petits, communément elles reposent sur la Têse du fond des eaux ; c'est au milieu de cette terre ou de ce sable humecté qu'on voit frétiller les Murènes qui viennent de parttUifk la lumière : Aristote a pensé que leor g^ration était due h cette fange (1). Li^ mères vont quelquefois frotter leur ventre contre des rochers ou d'autres corps dors, pour se débarrasser ulus facilement des petits déjk éclos dans leur intérieur ; Pline a écrit que par ce frottement elles faisaient jaûlir des fragments de leur corps, qui s'animaient, et aue telle était la seule ori^ne diS jeunes Murènes dont nous exposons la véritable manière de naître (2). Baulres andeos auteurs ont pldcé celte m^me on^i^e dans les chairs corrompues dt*5 cadaTrfS des chevaux ou d'autres animaux jetés dafl5i*eau, cadavres autour desgoWs doiftùt souvent fourmiller de trèsteaoes ÂD^uilks, forcées de s'en nourrir par le défaut de (out autre aliment placé à leur portétf. A des époques bien plus rapprochées de nous, Helmout a cru que les Anguilles veiiaient de la rosée du mois de îuai ; et Leuwetiboeck a pris la peine de montrer la cause de cette erreur, en faisant voir que éans celle belle partie du priuti mps, lorsque J atmosphère est tranquille, et que le calme rétfne sur Te «u, la portion de ce fluide la plus chaude est la plus voisine de la surface, et que c'est celte couche plus échauffai plus rividante, et plus analogue à leur eut de ftiblesse, que les jeunes Anguilles
Cuîeot alors prélérer. Schwenckfeld , de »law, en Silésie, a fait naître les Murènes inguilies des branchies du Cynrin bordeiièn; ; Schoneveld, de Kiel dans le Holstein, iTOttIa qu'elles vinssent à la lumière sur hpeaades Gades morues, ou des Salmones ^ans. Us ont pris l'un et l'autre pour de très-petites Âlurèues anguilles, des Gordius, <le$ Sangsues, ou d'autres Vers qui s'attadient à la peau ou aux branchies de plusieurs poissons. Ëller, Charleton, Fahlherg, Gesner, Birckoltz ont reconnu, au contraire, la Tériiable manière dont se reproduit l'espèce que nous décrivons. Plusieurs ob^e^vatears des temps récents sont tombés, à la vérité, dans une erreur combattue même par Aristote, en prenant les Vers qu'ils voyaient dans les intestins des Anguiiles qu'ils disséquaient, pour des fœtus de ces animaux.
(1) Arislote, UiU, des animaux, 1. vi, c. 16. (i) Pline, 1. IX, c. 51
Leuwenhoeck a eu tort de chercher les œufs de ces poissons dans leur vessie urinaire, et Vallisnieri dans leur vessie natatoire : mais Muller, et peut-être Hondini, ont tu les ovaires ainsi que les œufs de la femelle ; et la laite du mâle a été également reconnue.
« D'après toutes ces considérations, on doit éprouver un assez grand étonnement, et ce vif intérêt qu'inspirent les recherches et les doutes d'un des plus habiles et des plus célèbres physiciens, lorsqu'on lit dans le Voyage de Spallanzani (i), que des millions d'Anguilles ont été pêchées dans les marais, les'lacs ou les fleuves de l'Italie et de la Sicile, sans qu'on ait vu dans leur intérieur ni œufs ni fœtus. Ce savant observateur explique ce phénomène, en disant que les Anguilles ne multiplient que dans la mer; et voilà pourquoi, continue-t-il, on n'en trouve pas, suivant Senebier, dans le lac de Genève, jusqu'auquel la chute du Rhône ne leur permet pas de remonter, tandis qu'on en pêche dans le lac de Neufchâtel, qui communique avec la mer par le Rhin et le lac de Brenna. 11 in vile, en conséquence , les naturalistes à faire de nouvelles recherches sur les Anguilles qu'ils rencontreront au milieu des eaux salées, et de la mer proprement dite, dans le temps du frai de ces animaux, c'esi-à-dire vers le milieu de l'automne, ou le comme: cernent de l'hiver.
« Les œufs de TAnguille éclosant presque toujours dans le ventre de Id mère, y doivent être fécondés : il est d<»nc nécessaire qu'il y ait dans cette espèce un véritable accouplement du mâle avec la femelle, comme dans celles desRaies,desSquales, des Singnathes» des 'Blennies et des Silures ; ce qui contirme ce que nous avons déjà dit de la nature de ses affections. Et comme la conformation des Murènes est semblable en beaucoup de points h celle des serpents, l'accouplement des serpents et celui des Murènes doivent avoir lieu, à peu près, de la même manière. Rondelet a vu, en eff« t, le mâle et la femelle entrelacés dans le moment de leur réunion la plus intime, comme deux couleuvres le sont dans des circonstances analogues ; et ce fait a été observé depuis par plusieurs naturalistes.
<x Dans TAnguille, comme dans tous les autres poissons qui éclosent dans le ventre de leur mère, les œufs renfermés dans l'intérieur de la femelle sont beaucoun plus volumineux que ceux qui sont ponaus par les espèces de poissons auxquelles on n'a pas donné le nom de Vivipares ou de Vipères : le nombre de ces œufs doit donc être beaucoup plus petit dans les premiers que dans les seconds : et c'est ce qui a été reconnu plus d'une fois.
« L'Anguille est féconde au moins dès sa douzième année. M. Sepifontaines a trouvé des petits bien formés dans le ventre d'une femelle qui n'avait encore que trente-rciaq centimètres de longueuFi et qui, par consé-
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quent, pouvait n'être âgée que de douze ans. Cette espèce croissant au moios jusqu'à sa quatre-vingt-quatorzième année, chaque individu femelle peut produire pendant un intervalle de quatre-vingt-deux ans; et ceci sert à expli(îuer la grande quantité d*An-
(;uilles que l'on rencontre dans les eaux qui eur conviennenl. Cependant, comme le nombre des petits qu'elles peuvent mettre au jour chaque année est très-limité, et que, d'un autre coté, les accidents, les maladies, l'activité des pêcheurs, et la voracité des
Srands poissons, des Loutres, et des oiseaux 'eau, en détruisent fréquemment une multitude, on ne peut se rendre raison de leur multiplication qu'en leur attribuant une vie et même un temps de fécondité beaucoup plus longs qu'un siècle, et beaucoup {)lus analogues à la nature des poissons, ^insi qu'à la longévité qui en est la suite.
« Au reste, il parait que dans certaines contrées, et dans quelques circonstances, il arrive aux œufs de l'Anguille ce qui survient quelquefois à ceux des Raies , des Squales, des Blennics, des Silures, etc.; c'est que la femelle s'en débarrasse avant que les petits no soient éclos ; et l'on peut lu conclure des exi^ressions employées par quelques naturalistes en traitant de cette .Murène, et uotamment par Redi, dans son ouvrage des Animaux vivants dans les animaux vivants.
« Tous les climats peuvent convenir à l'Anguille : on la pêche dans des contrées très-chaudes, à la Jamaïque, dans d'autres portions de l'Amérique voisines des tropiques, dans les Indes orientales ; elle n'est point étrangère aux régions glacées, à l'Islande, au Groenland ; et on la trouve dans toutes les contrées tempérées , depuis la Chin^, où elle a été fijgurée très-exactement pour l'intéressante suite de dessins donnés par la Hollande à la France, et déposés dans le Muséum d'histoire naturelle, jusqu'aux côtes occidentales du royaume et à ses dé-
Sartemeuts méridionaux, dans lesquels les (urènes de cette espèce deviennent trèsbelles et très-bonnes, particulièrement celles qui vivent dans le bassin si célébré de la poétique fontaine de Vaucluse (1).
« Dans des temps plus reculés et antérieurs aux dernières catastrophes que le globe a éprouvées, ces mêmes Murènes ont dû être aussi très-répandues en Europe, ou du moins très-multipliées dans un grand nombre de contrées, puisqu'on reconnaît leurs restes ou leur empreinte dans presque tous les amas de poissons pétrifiés ou fossiles que les uaturalistes ont elé à portée d'examiner, et surtout dans celui que l'on a découvert à iEningen , auprès Qu lac de Constance, et dont une notice a été envoyée dans le temi)S par le célèbre Lavater à l'illustre Saussure (2). »
il) Mole conirauniatiée vers 1788 par Tévèque xes, am> très-zéle et trèt-éclairé des sciences naturelles.
(2) Voyage dans les Alpes, par Horace-Bënédicl de Saussure, i. IN, § l'jr>5.
Cuvier dit que nos pêcheurs distinguent quatre sortes d'Anguilles : 1** VÀnguilU vermaux, qui est, à ce qu'il parait, la plus commune; 2'* V Anguille à long 6ec,.dont le museau est plus comprimé et pins pointu ; 3* V Anguille plat bec (grig-eel des Anglais], qui Ta plus aplati et t)}us obtus , l'œil plus petit ; k'* Y Anguille pimpemeaux {glui^ eel des Anglais), qui Ta plus court à proportion, et dont les ypux sont plus giands qu aux autres. Reg. an.^ t. Il, p. 3b9.
Les CoNGRBS. — Nos mers en nourrissent deux espèces; la première est le Congab commun (Murœna conger, Linn.).
• Le Congre a beaucoup de rapports avec l'Anguille, mais il en diffère par les proportions de ses diverses parties ; par la plus fjrande longueur des petits appendices cyindriques placés sur le museau, et que Ton a nommés oarbillons ; par le diamètre de ses yeux, qui sont plus gros; par la nuance noire que présente presque toujours le bord supérieur de sa nageoire dorsale; par la place de cette nageoire, ordinairement plus rapprochée de la tête ; .par la manière dont se montre aux yeux la ligne latérale composée d'une longue série de points blancs ; par sa couleur qui, sur sa partie supérieure, est blanche, ou cendrée, ou noire, suivant les plages qu'il fréquente, qui, sur sa partie inférieure, est blanche, et qui d'ailleurs offre fréquemment des teintes vertes sur là tête, des teintes bleues sur le dos, et des teintes jaunes sous le corps ainsi que sous la queue; par ses dimensions supérieures ^ celles de l'Anguille, puisqu'il n est pas très-rare de lui voir de trente à quarante décimètres de longueur, avec une circonférence de près de cinq décimètres, et que, suivant Gesner, il peut parvenir à une longueur de près de six mètres ; et enfin par la nature de son habitation, qu'il choisit presque toujours au milieu des eaux salées. On le trouve dans toutes les grandes mers de .'ancien et du nouveau continent ; il est très-répandu surtout dans rOcéan d'Europe, s'^ir les côtes d*Anglelene et de France, dans îa Méditerranée, où il a été très-recherché des anciens, et dans la Propontide, où il Va été dans des temps moins reculés (1). Ses œufs sont enveloppés d'une matière graisseuse trèsabondante.
Il est très-vorace ; et comme il est grand et fort, il peut se procurer aisément l'aliment qui lui est nécessaire.
La recherche à laquelle le besoin et la faim le réduisent , est d'ailleurs d'autant moins pénible, qu'il vit presque toujours auprès de l'embouchure des grands fleuves, 011 il se tient comme en embuscade pour faire sa proie et des poissons qui descendent ôes rivières dans la mer, et de ceux qui remontent de la mer dans lès rivières. 11 se jette avec vitesse sur ces animaux ; il les empêche de s'échapper, en s'entortillant autour dVux comme un Serpent autour de sa v.ctime ; il les renferme pour ainsi dire dans
(I) Bclou, liv. I, ch;ip. 6i.
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