‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 22 sur 204 · ARG · texte numérisé non relu

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REPTILES

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« Le corps et la queue sont couverts d'écaillés petites et arrondies.

« L'animal est de deux couleurs : d'un noir

Elus ou moins foncé» et d'un blanc éclatant, e blanc de neige s*étend sur le museau ; il règne ensuite en forme de bande étroite, depuis le devant de la tête jusqu'à la partie postérieure de la queue, qui est blanche, ainsi que la nageoire caudale et la dernière partie de celle ofe l'anus. »

arachnoïde. Voy. Nerf.

, ARCHER, Toxotes, eenre de poissons de Tordre des Acanthoptérygiens, famille des Squamraipennes. On n'en connaît qu'une espèce, I'Argher sagittaire [Toxotes jaculator^ Cuv.), ainsi nommé de la singulière faculté qu'il possède de lancer, avec sa bouche, à plus ae trois pieds de hauteur, des gouttes d'eau qu'il sait adroitement diriger contre les insectes qui se tiennent sur Tes plantes aquatiques ou même sur celles qui bordent le rivage. 11 paraît même que ces projectiles, d'une espèce particulière, manquent rarement d'atteindre le but vers lequel ils sont dirigés, c'est-à-dire de malheureux petits animaux, qu'une chute par conséquent inévitable livre incontinent à leur adroit ennemi.

L'ensemble du corps du Sagittaire représente un ovale régulier; très -fortement comprimé en arrière, il augmente sensiblement d'épaisseur à partir des premiers rayons dorsaux, iusqu'aux yeux, où alors la tête se termine brusquement en un museau court et pointu. Cette tête, on dessus, offre une surface parfaitement plane, et, à l'exception du maxillaire, toutes ses parties externes sont protégées par des écailles semblables à celles du corps.

On trouve ce poisson non-seulement dans le Gançe, mais, à ce qu'il paraît, aussi dans les rivières de la plupart des îles qui composent l'Archipel des Indes, où il est connu sous le nom d Ikan-Sumpit.

Son industrie le fait rechercher des habitants de ces contrées, et particulièrement des Chinois de Java,quirélèvent dans leurs maisons comme objet de curiosité et d'amusement ; car, afin de lui voir exercer ses manœuvres, ils ont le soin de placer des mouches et des fourmis, qu'ils lui destinent, sur des fils ou des bAtons suspendus au-dessus du vase dans lequel ils le conservent.

ARGENTINE, genre de poissons de la famille des Salmones. La seule espèce qui compose ce genre est l'AROENTiifE sphtrènb (Ara, sphyrœnGf lÀnnX petit abdominal de la Méditerranée, de nuit h dix pouces de longueur. Elle est bien petite, mais sa parure est riche et élégante ; elle a reçu de la nature les ornements que la mythologie grecque a donnés à plusieurs divinités de la mer ; et la poésie verrait dans les effets de ses couleurs agréables et vives, une robe d'argent étendue sur presque toute sa surface, une sorte de voile de pourpre placé sur sa tête, et un manteau d'un vert argentin, comme jeté dans sa partie supérieure. Cependant cet éclat fait son malheur : un petit

poisson perdu, pour ainsi dire, dans rimmensité des mers, est pour l'homme une leçon de sagesse ; tant les lois de la natare sont immuables et générales. Revêtue d*écailles moins belles, l'Argentine sphvrène n'aurait point à redouter le filet ou 1 appât du pêcheur ; mais elle est couverte d une substance dont les nuances et les reflets sont ceux des perles orientales. Par une suite d'une conformation particulière , les éléments de ses écailles ne se réunissent pas seulement sur sa peau en lames blancnes et chatoyantes : ils se rassemblent dans son intérieur en poudre brillante et fine. Sa vessie natatoire, qui est assez grande à proportion de la longueur totale de Tanimal» est Sarticulièrement couverte d'une poussière 'argent, ou plutôt de petites feuilles argentées et éclatantes. Les arts inventés par le luxe ont «u recours à ces molécules argentines ; ils les ont introduites dans de petits f;lobes d'un verre très-pur et très-diapnane, es ont collées contre la surface intérieure de ces boules blanches et transparentes, ont produit des perles artificielles ae toutes les grosseurs qu'ils ont pu désirer ; et la sphyrène a été tourmentée, poursuivie et prise, malgré sa petitesse et le nombre de ses asiles, comme les poissons les plus grauds et les plus propres à satisfaire des besoins plus réels que ceux de la vanité.

On trouve cette Argentine dans la Méditerranée, notamment auprès de la campagne de Rome et des rivages de l'Etrurie. La tête est si diaphane qu'on distingue aisément au travers de son cr&ne les lobes de son cerveau.

ARTÈRES. Voy. Circulation

ASFUR. Voy. Pomagentre.

ASPIC. Voy. Vipère.

ASPIDOPHORE, c'est-à-dire porte ^bouciter, genre de poissons que Cuvier place parmi les Acanthoptérygiens à joues cuirassées. Leur nom est tiré de leur conformation extérieure. Leur corps en effet est protégé, dans toute sa longueur, par une cuirasse composée de plaques anguleuses tout à fait analogues à celles dont se trouve enveloppé un autre poisson de la famille des joues cuirassées, le Péristédion malarmat. Les Aspidophores se distinguent, en outre, des Cottes, parce qu'ils n'ont de dents ni à l'extrémité du vomer ni aux os palatins.

Nos côtes de l'Océan n'en ont jusqu'à présent encore offert qu'une seule espèce aux recherches des ichthyologistes. C'est l'Aspi— dophore d'Europe (Aspidophorus europctus^ Cuv. ; Cottua cataphractus^ Linn. et BI.), lequel ne parait pas habiter la Méditerranée , mais se trouve, suivant Klein et Géorgia» dans la Baltique.

Cet Aspidophore n'atteint que quelques pouces de longueur, et est un de ceux dont la bouche s'ouvre sous le museau, et

3ui ont la menbrane des branchies garnie e petits filaments charnus ; son corps est octogone, assez mince en arrière, mais large et un peu déprimé antérieurement.

Ce poisson, qu'on ne mange point, sq

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tieotdaos les lieux sablonneux: Pogge est son nom anglais ; on rappelle Lisitza (Re- Dud), en rosse, et Brodamus dans le nord. Pinni les espèces étrangères , il s'en troore une qui a aussi , comme celle-ci, la boocbe située sous le museau et des villosiiés aux parties de la bouche et sous le moseau; c'est TAspidophore Esturgeon (ii^ptdêpkêruê aeipenêerinus , Tiles., Phalangis- U$ adpmitrinuê. Pall.).

Il est fort conimun sur les côtes du Kamchatka et autour de Ttle d'Unoloska. 11 est Dommé par les Russes de ces contrées, aJDsi que les autres Asnidophores, Lisitza ; ks habitants des îles Aieutiennes l'appellent fcuschadangoisch.

Il y a des Aspidophores qui ont la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure; leur museau ne fait point saillie en afaotdeleur bouche, et ils ne portent point d^épiaes. Cette petite subdivision se compose de trois espèces.

L'AsnooFHOftB DODÉCAÈDRE {Agotius dO' iecoidnM.TUes., Acad. de Petersb.). Les mers Orientales le nourrissent en abondance. Les Kamchadales le nomment Vulna,

L'AsMDOPHomi k MUSEAU ÉTROIT ( Agotius

roitfatiM^TUes., Acad.de Pétersb.). Beaucoup

d'individus de celle espèce ont été trouvés

par M. IWesius près de l'Ue Sagalien, et

dans le golfe d'Aniva.

L'AsnDoraoAK usas (Agonus levigaltM^ Tiles., Jfëm.rfe i'Acad. de Pétersb.), ont leurs dorsales assez rapprochées l'une de l'autre ; eeux que nous allons maintenant signaler les ont au contraire très-séparées ; de plus, leurs mâeboires sont égales et leurs rayons de la premiëra dorsale robustes. Cette subdirisioo renferme I'Aspidophorb hauts aonKaj (A$pidophoru$ superciliosus^ Cuv.

^aJ.; ; il est originaire du nord de l'Océan '^^'citi^e; I'Aspidophorb a quatre cornes {ÀtpîOùpkorui quadricomis^ Cuv., Val.). Il est remarquable par les quatre tubercules sûllants qui lui ont va4u son nom spécifique. L* troisième et dernière espèce de ces M^pbores à dorsales éloignées, est l'AsfoonoBM A DIX PANS [AspidophoTus decago^ •WfCuv., Val.). Ces auteurs n'en parlent f^ d'après Biock, qui la dit venir des Indes Orientales.

AS1S. — On a donné ce nom à un des reptiles les plus célèbres dans les anciens ^ûtes de la science ; les fables merveilleuses ^ ks bits grandis et multipliés par la peur ^mi accumulés sur son compte ; mais ce ^i a surtout contribué à sa réputation, f[^i |a triste prérogative au'on lui attribue J mir servi à soustraire l'infortunée Cléo- P^tre h l'ignominie que lui réservait son superbe vainqueur. L'histoire rapporte, comme diacuQ le sait, que la reine d'E^pte , ce /a- ^ prodigef réduite par les armes et désespérant de soumettre Octave aux charmes qui ^^ient su séduire J. César et M. Antoine, r^lut de se faire mourir pour ne point pa- ^ le triomphe du général qui compttiit , en rt^nlrant dans Rome, la tratner à Ja suite de ton char comme une déoouille opime ; elle

se fit, dit-on, apporter en secret, et caché sous des fleurs, d'autres disent sous des figues et des raisins, un Aspis dont la morsure ne laissait pas de trace et faisait passer sans angoisses clu sommeil à la mort ; elle essaya d'abord la violence du venin sur ses deui suivantes , Hœra et Carnicone, qui tombèrent à l'instant comme frappées de la foudre ; puis, agaçant le serpent avec un fuseau d'or, elle se fit mordre au-dessus de la mamelle gauche, et mourut aussitôt. Il est difficile de savoir précisément quel fut cet Aspis si vanté des anciens. Beaucoup d'auteurs en parlent, mais aucun d'eux ne donne de détails exacts sur les caractères de ce reptile ; il paraît que dans l'origine, l'on confondait sous ce nom un grand nombre de serpents venimeux , puisque , au rapport d'iBlien , les Egyptiens distinguaient seize espèces d'Aspis ; avec une étude plus attentive le nom devint un peu plus spécifique, et A. Lucain nous apprend sur 1 Aspis une particularité qui permet presque de reconnaître que ce nom s'appliquait spécialement à la Vipère Eaje. Il dit en eifet :

Âifrida somniferum tumidaeervice levavit.

(Phars,^ lib. ix.)

Or cette faculté de gonfler son cou est à peu près caractéristique do la Vipère Eaje^ puisque les Vipères Naja^ qui partagent àyQcVHaje cette propriété, ne se retrouvent pas dans les paquets de serpents momifiés des monuments égyptiens ; l'étymologie que le scoliaste d'Aristophane donne du mot Aspis (de ivntCo^, distendre) semble confirmer cette présomption: aussi les auteurs moder- . nés s'accordent-ils à voir l' Aspis des anciens dans la Vipère Eaje. Néanmoins Nicander ajoute à la description de l' Aspis au cou dilatable un autre caractère qui est propre à la Vipère Céraste :

Prœierea geminm coUi itutar fronu earundœ Hœrent ;

Ce gui jette quelques doutes sur la détermination de l'Aspis, et donne à penser que ce mot s'appliquait encore de son temps indifféremment a la Vi^^ère Eaje^ à la Vipère Céraste dont A. Lucain fait avec raison deux espèces bien distinctes; ce que Strabon dit à l'égard de la grandeur différente des deux espèces d'Aspis d'Egypte dont il parle, s'applique effectivement aussi assez bien à ces deux sortes d'Ophidiens. Enfin Laurenti voit, on ne sait sur quelle raison particulière, l'Aspis des anciens dans la Vipère d'Egypte^ a laquelle il donne môme le nom à'Aspxs de Cléopàtre. Tout ce que l'on [)eut dire à l'appui de cette dernière opinion, c'est que ce serpent se retrouve, aussi bien que les deux précédents, enveloppé dans les paquets de serpents momifiés et figurés sur les monuments et les papyrus de l'anlâque Egy-

f^te. Toutefois ou se console un peu de 'obscurité dans laquelle les auteurs grecs et latins nous ont laissés sur l'Aspis, en songeant que son principal titre de gloire est bien douteux, et que le genre de mort de la reine Cléopàtre n'est pas lui-même authentique-

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ment prouvé. Il [)ardit au contraire devoir être relégué parmi ces contes que la politique met en usage dans certaines occasions pour endormir Tinquiétudc des oisii^ et des curieux. Il ne sera peut-être pas hors de propos de relever, au sujet de TAspis des anciens, une erreur de la statuaire assez répandue ; 1 on croit généralement (}ue la sta- \ue de marbre de Paros qui ornait le belvéder du Vatican, et dont on voit une copie en bronze dans la niche de l'escalier qui, dans les jardins des Tuileries, conduit des parterres à la terrasse du bord de Teau, représente Cléopâlre mourant de la piç^ûre d*un Aspis, et que c'est précisément 1 elligie qu'Octave fil exécuter à Alexandrie , et qui, au défaut de Cléopâlre elle-même, orna son triomphe. Mais il est facile d'apercevoir que le serpent enroulé au bras gauche de cette statue est disposé trop régulièrement pour être autre chose qu'un ornement. En effet^ les anciens avaient vu, dans les replis étroils des serpents qui enlacent leur proie, un emblème de l'attachement, et ils rappelaient cette idée dans la confection des bracelets qui chez eux, comme chez nous , étaient un signe d'esclavage et de fidélité amoureuse. Ces bracelets en forme de serpents, et que Ton nommait à cause de cela OphiSf se portaient impairs, attachés au bras gauche, comme on le voit sur plusieurs statues, et la mode, il y a peu d'années, a reproduit chez nous ces sortes de bracelets impairs, à gauche, avec leur forme de serinent : seulement nos dames portaient ces sortes de bracelets au poignet comme le pcricarpium des anciens, au lieu de les mettre au mi-bras. La statue dite de Cléonâtie, ornée d'un Ophis, est d'ailleurs couchée sur des rochers, ce qui ne peut s'appliquer à la reine d'Egypte. Aussi les archéologues depuis longtemps regardent-ils cette statue comme une Ariane abandonnée sur les rochers de Naxos , ou au moins une dame romaine représentée en Ariane. Au reste, le mot Aspis se transmettant d'âge en âge avec le vague de son attribution, chacun rappliqua, au gré de son caprice, à des reptiles de divers genres et sans autre analogie entre eux que celle d'inspirer l'épouvante et l'effroi; c'est ainsi que le traducteur de la Bible remplace par le mot Aspis une idée équivalente, plutôt que le mot latin correspondant à celui qui se trouve dans le texte original du Psalmiste et du Deutéronome* L'on se servit surtout du mol Aspis pour désigner des serpents venimeux indigènes, que Ton redoutait le plus. Aussi chaque pays eut-il son Aspis ; ce sont ces erreurs populaires que Linné , de Lacépède et quelques auteurs de leur époque ont consacrées, en donnant, sur cette seule autorité des couiumts locales^ le nom d'Aspis soit à la Vipère commune d'Europe ou à quelqu'une des variétés de coloration qu'elle offre accidentellement, soit à des Vipères plus ou moins voisines de cette espèce. Un mot dont l'application est si douteuse, dont on s'est servi d'une manière si abusive et si

défectueuse, ne peut subsister sans danger de confusion, et doit rester seulement pour mémoire dans le vocabulaire de la science. Aussi le mol Aspis est-il aujourd'hui inusité en erpétologie.

ASPRO. Voy. Apron.

ASTHODERME, genre de poissons de la' famille des Scombéroïdes. L'Astrodbrmk TACHETÉ (Asi, gutiatus. Bon.), seule espèce connue, a, comme les Cor^^pnènes , la tôie élevée et tranchante, et une seule nageoire du dos, laquelle règne sur toute l'étendue de celui-ci. Sa bouche est petite, il n'a que quatre rayons à la membrane branchiale ; ses ventrales sont très-peu déréloppées, et situées positivement sous le col. Mais ce qui le distingue particulièrement, c'est la forme singulière de ses écailles, qui sont découpées en étoiles, d'où le nom* générique d'Astroderme qu'on lui a imposé. Il est argenté, semé de taches noires sur le corps; avec ses nageoires d'un rouge magnifique. ATHÉRINE, genre de poissons Acantboi»lérygie is que Cuvit^r place entre les Mojiloïdos et les Gohioides. A leur petite taille, h leur corps comprimé , à leurs larges écailles et à leur couleur argentée, on serait, à la première vue, tenté dt» prendre ces poissons pour de petites Clùpées. Apkitre latéralement, leur tête est déprimée en dessus et obtuse en avant; leur mâchoire supérieure est seule pnotraclile; riofériébre, qui est percée de quelques petits pores, est très-longue et peut s abaisser beaucoup; Tune et l'autre sont garnies de Jents trèsfines. Les yeux sont grands, lee joues écailleuses, les opercules minces et sans épines: la membrane brartchiale a six rayons.

On pêche en grand nombre dans la Méditerranée plusieurs espèces d'Athérines qui sont les Aphies des anciens; l'une d'elles, dont la tête se termine en pointe, qui a neuf rayons épineux à la première nageoire du dos, onze mous à la deuxième, et douze à l'anale, est appelée Sauclet dans le Languedoc et Cabassou par les Provençaux; c'est VAiturina Uepsetus de Cuvier. Il y a encore le JàEL [Alherina Boyer de Risso}-, et Ibèêccb^n {Atherina Mochon de Cuvier).

Sur les côtes de l'Océan on en trouve vtUQ autre qu'on nomme vulgairement le Prêtre, Abusseauouttoseré(i4^/icrinaprtf#*w^fr,Cuv.) Ce nom de Prêtre vient delà bande d'argent qui est imprimée sur chacun de ses Bancs, et qu'on a comparée à une étole. Cette baiide argentée, d'ailleurs, est commune à toutes les espèces d'A'nérines aujourd hui connues; la chair de ces poissons, qui, commo les Clupées, se tiennent quelquefois en troupes serrées, est d'un excellent goût.

ATLAS. Voy. Squëlêtts.

AXOLOTL. — Les Mexicains donnent ce nom h un reptile batracien, qui, par sa forme extérieure, ressemble tant a une larre de Triton ou de Salamandre au moment où elle va passer à son état parfait, qu'on l'a longtemps regardé comme un individu au premier âge de quelnue espèce de ces genres, de la grande Salamandre des monts Aile-

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^hanjspar eiemple;mart dfes observations sninw rt des recherches analomiques ullérieurcs ont fait voir que la disposition organique de PAîoIoll, momentanée seulemeil cher les Triions, reste constante chez 1ut\(t qae cet animal ne perd à aucun tMDpsde sa TÎe ses branchies en panaches libres, flottante sur les eOtés du cou, ni sa qoeoe ensifonne, comprimée en aviron et suraiontée, en dessous comme en dessus, d'u'^e membrane natatoire continue, qui se prolonge en forme de petite crête le long du mhis jusque rers l'origine des membres anléri'^iirs L'Axolotl parrient à vingt ou Ting(<inq centimètres de longueur, la queue «1 prend à peu près la moitié. Il se trouve «1 société dans les lacs des plus hautes

montagnes du Mexique, à plusieurs milliers de pieds au-dessus du niveau de la mer; il ne parait pas quitter Feau, et ses habitudes sont à peu près celles des Triions; comme eux il paraît pouvoir supportet* impunément un abaissement assez fort de température; les habitants l'emploient parfois cnmme aliment. On ne connaît encore qu'une seule espèce d'Axolotl ; c'est celle que Hernandez a fait connaître sous les noms de Gyrinus edulis, Lusus aquarum^ PUcis ludierui , et

2ui depuis ont été décrites, sous ceux de 'yrinus mexicanus, Proteuê mexicanuiy Syren pisciformis^ etc.

AZOTE dans le sang et dans le chyle, d'où vient-il? Voy. Digestion.

BAGUES. Toy. Spare.

BAILLEMENT. Voy. Rfspiratiojï.

BALEINE fi) (Histoire de la Baleine FiAMCBE, Balma mysticetus, Linn., Honn., Cuv.)— Ed traitant de la Baleine nous ne iou\ons parier qu*à la raison; et cependant V\maig^aV\on sen émue par l'immensité des o\)jelM\ue nous exposerons. — Nous aurons sous les >eux le plus grand des animaux. La masse H la rilesse concourent à sa force : Vocéan lui a été donné pour empire, et en le créant, la oature paraît avoir épuisé sa puissance merTeilleuse. — Nous devons, en effet, rejeter larmi les fables Texislence de ce raoQslre hyperborëen , de ce redoutable habitant des mers, que des pêcheurs etfrayés oulDommékraken^ et qui, long de plusieurs miJIiers de mètres, étendu comme un banc de 5al)/e, semblable à un amas de roches, colorpU leiu salée, attirant sa proie par le Kqoide abondant que répandaient ses pores, iVittnien poljpe gigantesque, et relevant OH bits nombreux comme autant de mâts démesurés, agissait de même qu'un volcan sousHnarin, et enlr'ouvrait, disait-on, son M'ïedos, pour engloutir, ainsi que dans un wlme, des légions de poissons et de moliûsaues.

Mais k la place de cette chimère, la Baleine franche montre sur la surftice des mers son éûorrae volume. Lorsque le temps ne Di«oque pas à son développement, ses dioensioDs étonnent. On ne peut guère douter y» on nej'ait rue, à certaines époques et wns certaines mers, longue de près de cent j|ï^lfes;et dès lors, pour avoir une idée dislUïcie de sa grandeur, nous ne devons plus «comparer avec les plus colossaux des ani- D^ttxlerrestres. L'Hippopotame, le Rhinocé- ^t iKléphant, ne peuvent oas nous servir

(1) DoDl)ëoicien Baolnun, suivant Bocha ri, etplus V^**^Wablcmenl du grec y«)^v«, appliqué par Jjttole aux animaux que nous nommons aujoiir- ^J^achatott. — Ulysticetus parait venir du grec gj2» mmiachCf et x^pç , eétacé (célacé à raous-

de terme de comparaison. Nous ne trouvons pas non plus cette mesure dans ces arbres antiques dont nous admirons les cimes élevées : cette échelle est encore trop courte. Il faut que nous ayons recours à ces flèches élancées dans les airs, au-dessus de quelques temples gothiques; ou plutôt il faut que nous comparions la longueur de la baleine entièrement développée, à la hauteur de ces monts qui forment \e< rives de tant de fleuves, lorsqu'ils ne couleïit plus qu'à une petite distance de l'océan , et particulièrement à celle dos montagnes qui bordent les rivages de la Seine. En vain, par exemple, placerions-nous par la pensée une grande Baleine auprès d'une des tours du principal temple de Paris; en vain la dresserions-nous contre ce monument, un tiers de l'animal s'élèverait au-dessus du sommet de la tour.

Longtemps ce géant des géants a exercé sur son vaste empire une domination non combattue.

Sans rival redouable, sans bes^ ins difficiles à satisfaire, sans appétits cruels, il régnait paisiblement sur la surface des mers dont les vents ne bouleversaient pas les flots, ou trouvait aisément, dans des baies entourées de rivages escarpés, un abri sûr contre les fureurs des tempêtes.

Mais le pouvoir de l'homme a tout changé pour la Baleine. L'art de la navigation a détruit la sécurité, diminué le domaine, altéré la destinée du [dus grand des animaux.

L'homme a su lui opposer un volume égal au sien, une force égale h la sienne. Il a construit, pour ainsi dire, une montagne flottante; il Ta animée, en quelque sorte, par son génie; il lui a donné la résistance des bois les plus compactes ; il lui a imprimé la vitesse dos vents, qu'il a su maîtriser par ses voiles; et, la conduisant contrôle colosse do l'océan, il l'a contraint h fuir jusque vers les extrémités du monde.

C'est malgré lui néanmoins que l'homme a ainsi relégué la Baleine. M ne l'a pas attaqiîée pour l'éloigner de sa demeure, comme ir en a écarté le Tigre^ le Goedor, le CrocvH

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dile, et le serpent Deyin : il Ta combattue pour la conquérir. Hais pour la vaincre, il ne s'est pas contenté d'entreprises isolées et de combats partiels : il a médité de grands préparatifs, réuni de grands mo^rens, concerté de grands mouYements, combiné de grandes manœuvres; il a fait à la Baleine une véritable guerre navale; et la poursuivant avec ses flottes jusqu'au milieu des glaces polaires, il a ensanglanté cet empire du froid, comme il avait ensanglanté le reste de la terre; et les cris du carnage ont retenti dans ces montagnes flottantes, dans ces solitudes profondes, dans ces asiles redoutables des brumes, du silence et de la nuit.

Cependant, avant de décrire ces terribles expéditions, connaissons mieux cette énorme Baleine.

Les individus de cette espèce, que Ton rencontre à une assez grande distance du pôle arctique, ont depuis vingt jusqu'à quarante mètres de longueur. Leur circonférence, dans l'endroit le plus gros de leur tête, de leur corps ou de leur queue, n'est pas toujours dans la même proportion avec leur longueur totale. La plus grande circonférence surpassait en effet la moitié de la longueur dans un individu de seize mètres de long; elle n'égalait pas cette même longueur teteie dans dautres individus longs de plus de trente mètres.

Le poids total de ces derniers individus surpassait centcinauante mille kilogrammes.

On a écrit que les femelles étaient plus

S rosses que les mÂles. Cette différence, que uffon a fait observer dans les oiseaux de f)roie, et que nous avons indiquée pour e plus grand nombre des poissons, lesquels viennent d'un œuf, comme les oiseaux, serait remarquable dans des animaux qui ont des mamelles, et qui mettent au jour des petits tout formés.

Quoi gu'il en soit de cette supériorité de la Baleine lemelle sur la Baleine mftie, l'une et l'autre, vues de loin, paraissent une masse informe. On dirait que tout ce qui s'éloigne des autres êtres par un attribut très-frappant, tel que celui de la grandeur, s'en écarte aussi par le plus grand nombre de ses autres pro-

f)riétés; et 1 on croirait que lorsque la nature àçonne plus de matière, produit un plus grand volume, anime des organes plus étendus, elle est forcée, pour ainsi dire, d'employer des précautions particulières, de réunir des proportions peu communes, de fortifier les ressorts en les rapprochant, de consolider l'ensemble par la juxta-position d'un très-jsrand nombre de parties , et d'exclure ainsi ces rapports entre les dimensions, que nous considérons comme les éléments de la beauté des formes, parce que nous les trouvons dans les objets les plus analogues à nos sens, à nos Qualités, à nos modifications, et avec lesquels nous communiquons le plus fréquefnmeut.

En s'approchant néanmoins de cette masse informe, on la voit en quelque sorte se changer en un tout mibux ordonné. On peut comparer ce gigantesque ensemble à une es-

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pèce de cylindre immense et irrégulier, dont le diamètre est égal, ou à peu près, au tien de la longueur.

La tête forme la partie antérieure de ce cylindre démesuré; son volume égale le quart et quelquefois le tiers* total du volume delà Baleine. Elle est convexe par-dessus, de manière à représenter une portion d'une large sphère. Vers le milieu de cette grande vortte et un peu sur le derrière s'élève une bosse, sur laquelle sont placés les orifices desdeii évents.

On donne ce nom d^évents à deux cauaui qui partent du fond de la bouche, parcoureot obliquement, et en se courbant, l'intérieur de la tète, et aboutissent vers le milieu de sa partie supérieure. Le diamètre de leur orifice extérieur est ordinairement le centième, ou environ, de la longueur totale de Tindividu.

Ils servent à rejeter l'eau qui pénètre dais l'intérieur de la gueule de la Baleine franx;he« ou à introduire jusqu'à son larynx, et par conséquent jusqu'à ses poumons, l'air nécessaire à la respiration de ce cétacé, lorsque ce grand mammifère nage à la surface de la mer, mais que sa tête est assez enfoncée dans l'eau pour qu'il ne puisse aspirer l'air par la bouche, sans aspirer en même temps une trop grande quantité de fluide aqueux

La Baleine fait sortir par ces évents un assez grand volume d'eau pour qu'un canot Euisse en être bientôt rempli. Elle lance ce uide avec tant de rapidité, particulièreraenl quand elle est animée par des affections vives, tourmentée par des Blessures et irritée

f)arla douleur, que le bruit de l'eau quis'éève et retombe en colonnes ou se disperse en gouttes effraye presque tous ceux qui l'eu* tendent pour la première fois, et peut retentir fort loin, si la mer est très-calme. On a comparé ce bruit, ainsi que celui que produit 1 aspiration de la Baleine au bruiss^ ment sourd et terrible d'un orage éloigne. On a écrit qu'on le distinguait d'aussi loin que le coup d'un gros canon. On apréfeuau d'ailleurs que cette aspiration de l'air atmosphérique et ce double jet d'eau communiquaient à la surface de la mer un mouvement que l'on apercevait à une distance de plus de deux mille mètres : et cooinienlces effets seraient-ils surprenants , s'il est vraj, comme on Ta assuré, que la Baleine franche fait monter l'eau qui jaillit de ses évents jusqu'à plus de treize met es de hauteur?

Il paraît que cette Baleine a reçu un organe particulier pour lancer ainsi l'eau au-dessus de sa tête. On sait du moins que d'autres cétacés présentent cet organe, dont on peu/ voir la description dans les Leçons d'ana^otnit comparée de Cuvier (tome II, page 672); et i| existe vraisemblablement dans tous les cétacés, avec quelques modifications relatives, à leur genre et à leur espèce. ,

Cet organe consiste dans deux V^"^ grandes et membraneuses, formées u^oe peau noirâtre et muqueuse, ridées lorsqu'elles sont vides, ovoïdes lorsqu'elles soni

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gooflées. Ces deux poches sont couchées sous U peau , au-devant des évents , avec la *(>artie lupérieure desquelles elles communiqueul. Des fibres charnues très-fortes partent de la circonférence ,du crâne, se réunisseol au-dessus de ces poches ou boursest H les compriment Yiolemment à la volonté (Je ranimai.

Lors doDC que le cétacé veut faire jaillir ane certaine quantité d'eau contenue dans sa bourbe, il donne à sa langue et à ses mâcboires le mouvement nécessaire pour avaler ceite eau : mais comme il ferme en même temps son pharynx, il force ce fluide à remonter dans les évents; il lui imprime un fflouveffleBt assez rapide pour que cette eau très-ivessée soulève une valvule charnue l^acM dans Tévent vers son extrémité supérieure, el auHdessous des poches : l'eau pénètre dans les poches ; la valvule se referme ; ranimai eofflpnme ses bourses; Teau en sort avec fiotence; la valvule, qui ne peut s'ouvrir que de bas en haut, résiste à son effort, e( ce liquide, au lieu de reutrer dans la bouche, sort par l'orifice supérieur deTévent, et s'élève dans Taii è une hauteur proportionnée à la force de la compression des bourses.

L'ouverture de la bouche de la Baleine franche esl Irès-graiâe; elle se prolonge jusau'&u-dessous des orifices supérieurs des évents ; elle s'étend même vers la base de la nageoire peetonle; et l'on pourrait dire par ccûséqaent qu'elle va presque jusqu'à Vépau/e. ^ l'on re^rde ranimai par côté, on voit le bord supérieur et le bord inférieur de cette ourerture présenter, depuis le bout du museau jusqu'auprès de l'œil, une courbe très-semblable à la lettre S placée horizou- (aJemenl

Les deux nsâcboires sont à peu près aussi avancées lune que l'autre. Celle de dessous est trés-iaiige, surtout vers le milieu de sa looçieur.

Lmlérienr de la gueule est si vaste dans >a Baleine franche, que dans un individu de pelle espèce, qui n'était encore parvenu qu'à lipgtHpjalre mètres de longueur, et qui fut prisenl7%,au cap de Hourdel, dans la baie (ie la Somme, la capacité de la bouche était ttMz grande pour que deux hommes aient po j entrer sans se baisser (1).

La langue est molle, spongieuse, arrondie pr-devanl, blanche, tachetée de noir sur les ^f», adhérente à la mâchoire inférieure,. ^ susceptible de quelques mouvements.

^^ longueur surpasse souvent neuf mètres ; ^ largeur est de trois ou quatre. Elle peut donner plus de six tonneaux d'huile; et l^uhamel assure que lorsqu'elle est salée, elle

Eut être recherchée comme un mets déat.

U Baleine franche n'a pas de dents; mais lout le dessous de la mâchoire supérieure, ou, pour mieux dire, toute la voûte du palais ttt garnie de lames que Ton désigne sous le

(1) Méoioires envoyés à Duhamel du Monceau.

nom de fanons. Donnons une idée nette de leur contexture, de leur forme, de leur grandeur, de leur couleur, deleur position, de leur nombre, de leur mobilité, ue leur développement, de l'usage auquel la nature les a destinés, et de ceux auxquels l'art a su les faire servir.

La surface d'un iSanon est unie, polie, et semblable à celle de la corne. Il est composé de poils, ou plutôt de crins, placés à côté les uns des autres dans le sens de sa lon-

(;ueur, très-rapprochés, réunis et comme celés par une substance gélatineuse, qui, lorsqu'elle est sèche, lui donne presque toutes les qualités de la corne, aont il a l'apparence.

Chacun de ces fanons est d'ailleurs trèsaplati, allongé, et très-semblable, par sa forme générale, à la lame d'une faux. Il se courbe un peu dans sa longueur comme cette lame, dimmue graduellement de hauteur et d'épaisseur, se termine en pointe, et montre sur son bord inférieur ou concave un tranchant analogue à celui de la faux. Ce bord concave ou inférieur est garni, presque depuis son origine jusqu'à la pointe du fanon, de crins qu'aucune substance gélatineuse ne réunit , et qui représentent. Te long de ce bord tranchant et aminci, une sorte de frange d'autant plus longue et d'autant plus touffue, qu'elle est plus près de la pointe ou de Textrémité du fanon.

La couleur de cette lame cornée est ordinairement noire, et marbrée de nuances moins foncées; mais le fanon est souvent caché sous une espèce d'épiderme dont la teinte est grisâtre.

Maintenant disons comment les fanons sont placés.

Le palais présente un os qui s'étend depuis le bout du museau jusqu'à l'entrée du gosier. Cet os est recouvert d'une substance blanche et ferme, à laquelle on a donné le nom de genciv$ de la Baleine. C'est le long et de chaque côté de cet os que les fanons sont distribués et situés transversalement.

En se supposant dans Tintérieur d'une Baleine franche, on voit donc au-dessus de sa tête deux rangées de lames parallèles et transversales. Ces lames, presque verticales, ne sont que très-faiblement inclinées en arrière. Le bout de chaque fanon, opposé à sa pointe, entre dans la aenctve, la traverse, et pénètre jusqu'à l'os longitudinal. Le bord convexe de la lame s'applique contre le palais, s'insère même dans sa substance. Les franges de crin attachées au bord concave de chaque fanon font paraître le palais comme hérisse de poils très-gros et très-durs ; et sortant vers la pointe de chaque lame au delà des lèvres, elles forment le long de ces lèvres une autre franse extérieure, ou une sorte de barbe^ qui a fait donner le nom de barbes aux fanons des Baleines.

Le palais étant un peu ovale, il est évident que les lames transversales sont d'autaut plus longues, qu'elles sont situées plus près du plus grand diamètre transversal de cet Dvale, lequel se trouve vers le milieu de la

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longueur du palais. Les fanoiis les plus coufls sonl vers rentrée du gosier, ou vers Je bout du museau.

Il n*e8t pas rare de mesurer des fanons de einq mètres de longueur. Ils ont alors, au bout qui pénètre dans la gencive, quatre ou cinq décimètres de hauteur, et deux ou trois centimètres d*épaisseur ; et Ton compte fféquemment trois ou quatre cents de ces lames cornées, grandes ou petites de chaque côté de Vos longitudinal.

Mais, indépendamment de ces lames, en forme de faux, on trouve des fanons trèspetits, couchés Tun au-dessus de Tautre, comme le* tuiles qui recouvrent les toits, et placés dans une gouttière longitudinale, que Pou voit au-dessous de T^xtrémité de Pos longitudinal du palais. Ces £mons particuliers empêchent que cette extrémité, quelque minoe, et, par conséquent, quelque tranch/inie qu'elle (misse être, ne blesse la lèvre inférieure.

Cependant, comment se développent ces fanons ?

Le savant anatoipiste de Londres, M. Hunter, a fait voir que ces productions se développaient d une manière très-anslogue à eelle dont croissent les cheveux de Thomme et la corne Ue^ animaux ruminants. C'est une nouvelle preuve de Tidentité de nature que noua avons tâcbé de faire reconnaître entre les cheveux, les poils, les crins, la corne, les plumi'S, les écailles, les tuberoule3, les piquants et les aiguillons (1). Mais, quoi qu'il en soit, le fanon tire sa nourriture, et en quelque sorte le ressort de son extension graduelle, de la substance blanche à laquelle on a donné le nom de geruive. Il est accompagné, pour ainsi dire, dans son développement, pÀr des lames qu'on a nommées intermédiQ^resy parce qu'elles le séparent du fanon le plus voisin, et qui, posées sur la môme base, produites dans la même substance, formées dans le même temps, ne £ai>ant qu'un seul corps avec^ le fanon, le renforçant, le maintenant à sa place, croissant dans la même pro|)ortion, et s'étendant jusqu'à la lèvre supérieure, s'y altèrent, s'y ramollissent, s'y délayent et s'y dissolvent comme un épiderme plongé dans l'eau.

L'auteur de l'Histoire hollandaise des pêches dans la mer du Nord (2) rapporte qu on trouve souvent, au milieu de beaux fanons, des fanons plus petits, que l'on regarde comme ayant poussé à la plaee de lames plus grandes, déracinées et arrachées par quelque accident.

On assure qu(* lorsque la Baiome franche ferme entièrement la gueule, ou dans quelque autre circonstance, les fanons peuvent se rapprocher un peu l'un de l'autre, et se disfH)serde manière à être un peu plus indinéiS cpue (kiis leur position ordinaire.

(i) Voyez Tan. Poisson de ce Dictionnaire.

{%) Histoire des pèches, des découverleâ et des établlftsemenls des Hollandais dans les mers du Nord ; ouvra^ traduit du hollandais, par M. Bernard Dérègle, ttfi.

Après la mort de la Baleme, répideme glulineux qui recouvre les fanons, se sèche, et les colle les uns aux autres. Si l'on veat les pré[)arer pour le commerce et les arts, on commence donc par les séparer avec un coin ; on les fend ensuite dans le sens de leur longueur avec des couperets bien aiguisés; on divise ainsi les différentes couches dont ils sont composés, et qui étaient retenues l'une coolre l'autre par des filaments entrelacés et par une substance gélatineuse ; on les met dans de l'eau froide, ou quelauefois dans de l'eau chaude; on les attendrit souvent dans l'huile que la Baleine a fournie ; on les ratisse au bout de quelques heures; on les brosse; eo les place, un à un, sur une planche bien polie; on le^ racle de nouveau ; on en eoupe les extrémités; on les expose h Tair pendant quelques heures, et on les dispose de manière qu'ils puissent continuer d% sécher sans s'altérer et se corrompis (1).

C'est après avoir eu recours à ces procir dés qu'on se sert ou qu'on s'est servi de ces fanons pour plusieurs ouvrages, et parlico- Uèrement pour fortiûer des corsets, $ootepir des paniers, forme* des parApiuies, monter des lunettes, garnir des éyeotaiis, composer des baguettes ot laire des cannes flexibles et légères. On a pensé aussi ouoa pourrait en dégaaer les crins 4o o^^re ï s'en servir pour faire d^3 eofde&t de la i" celle, et même une s^rte de grosse étoffe (3).

Mais guel est l'orgaBe de la Baleiae qui ne mérite pas une attention partieulière? Examinons ses yeux, et recooniissena les rapporta de leur structura s^veo la oature de son séjour.

L'œil est placé immédiateqienl Att*4esstts de la commissure des lèvres, et par coosé-

Ïuent très-près de ré^)aule de la Baleine. resque également éloigné du monticuifi des évents et de l'extrémité du museau, très-rapproché du bord inférieur de TâWmal, très-éc^rlé de l'œil opposé, il nepaw» destiné qu'à voir les objets auxqui'Is & ^ leine présente son immense côté; et il oe faut pas négliger d'observer que voilà un rapport frappant entre la Baleine francne,

3ui parcourt avec tant de vitesse la surface e 1 océan et plonge dans ses abtoçs, ei plusieurs des qiseaux privilégiés qui Ira* versent avec tantde rapiq>té les vastes champs de l'air et s'élancent au plus liant <le j% raos|)hère. L'œil de la Baleine est cepeuûani placé sur une espèce de petite convexiw, qui, s'élevant au-dessus dfe la surface d^^ lèvres, lui permet de se diriger de le»» sorte, que lorsque Vanimal considère un

tance.

Mais ce qui étonne, dans le premier tno-

(1) Histoire des pèches des Hollandais, etc, ^»^ 1, pag. 131. ^^

(i) Histoire des pèches des Hollaadais, ctCi >^ 1, pag. 69.

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ment de Texamea, e^est que l'œil de la Ba- Mne soit si petit, qu'on a peine quelquefois \ ]t découvrir. Sun diamètre n est souteot que lacent quatre-vingt-douzième partie de la kHQgueur totale du cétacé. Il est garni de paupières comme V(m\ des autres mammiftres : mais ces paupières sont si confiées par la graisse huileuse qui en occupe rifllérieur, ou'eMes n'ont presque aucune mobilité; elfes sont d'ailleurs aénuées de pi\s, et Ton ne Toit aucun vestige de cette iTHsièfBe paupière que Ton peut apercevoir ëans rhomme, que l*on remarque dans les quidrapèdeSy et qui est si développée dans les oiseaux.

La Baleine parait donc privée de presque tons les RK>yens de garantir l'intérieur de sonŒiUde^ impressions douloureuses delà Ittmtère très-vive que répandent autour dVlle, pendant les tongs jours de l'été, la sorbcedes mers qu'elle fréquente, ou les moat^es de glace dont elle est entourée. Hais, avant la fin de cet article, nous reiBari]uefons combien les effets de la conformation particulière de cet organe peuvent suppléer du nombre et à la mobilité des paupières.

L(e\\de la Baleine, considéré dans son «Qsembte, est assez aplati par-devant pour auesonaie lougUudinal ne soit quelquefois, ï son aie transverse, que dans le rapport de ê h iL Mais il n'en est pas de même du crisfa//tn: conformé comme celui des MssoBSf des Phoques, de plusieurs quadrupèdes ovipares qui marchent ou nagent souvent au-dessous de l'eau, et des Cormorans, ainsi que de quelques autres oiseaux plongeurs, le eristallin de la Baleine franchn est asseï coDveie par devant et par derrière pour ressembler à une sphère, au lieu de représenter une lentille, de même que celui desquadrupèdes et celui des oiseaux. Il paraît du moins qae le rapport de Taie longitudinal, du cristallin à son diamètre transite, est, dans la Baleine franche, comme celui de 13 à i5, lors môme que ce diamètre w ce( aie sont les plus dinérents l'un de / aafre (1).

La forme eénérale de l'oeil est maintenue, w très^ranue partie, dans la Baleine franchie, conin)e dans les animaux dont l'oeil n'est pas sphérique, par ^enveloppe à la- ^aelfe on a donné le nom de seiérotique^ et qui environne tout Torgane de la vue , ^Keplé dans Tendroit où la cornée est située. Ce nom de sclérotique venant de sclo- ^K qui, en grec, signine dureté, convient tien mieux h t'enveloppe de l'œil de la Baleiue tranche dans laquelle elle est très-* dure, qu'à celle de l'œil de l'homme et de •œil des quadrupèdes, dans lesquels, ainsi l^edans 1 homme, elle est remarquable par *a mollesse. Mais la sclérotique de la Baleine franche n'a pas dans toute son étendue y»© égale dureté: elle est beaucoup plus dure dans ses parties latérales que dan^ le

(t^Covier, Leçons tPanatomie comparée, vol. U,

fond de l'œil, quoiqu'elle soit très-fréqueminent, dans ce même fond, épaisse de plus de trente-sii millimètres, pendant que l'épaisseur des parties latérales n t;ti excède guère vingt-quaire Cette dififeri^nce vient de ce que les mailles que l'on voit dans la substance fibreuse, et en apparence tendineuse de la scléi-olique, sont plus grandes dans le fond que sur les côtés de 1 œil, et qu'au lieu de contenir une uoatière fongueuse et flexible, comme sur ces mêmes côtés, elles sont remplies, vers le fond de rœil, d'une huile proprement dite.

Au reste, celte portion moins dure de la sclérotique de la Baleine esi traversée par un canal dans lequel passe Textréinilé du nerf optique : les parois de ce canal sont formés par la dure-mère ; et c'est de la face externe de cette dure-mère que se détachent, comme par un éi)anoùis;)e£Dent, les fibres qui composent la sclérotique.

On distingue d autant plus ces libres, que leur couleur est blanche, et que la substance renfermée dans les mailles qu elles entourent est d'une nuance brune.

Nous entrons avec plaisir dans les détails en apparence les plus minutieux, pfiree que tout intéresse dans un colosse tel que la Baleine franche, et que nous découvrons facilement dans ses organes très-développés, ce que notre vue, même aidée par la loupe et par le microscope, ne peut pas toujours distinguer dans les organes analogues des autres animaux. La Baleine franclie est, pour ainsi dire, un grand ei^emplaire de l'être organisé, vivant et sensible, d^nt aucun caractère ne peut édiapper à Teiamen.

C'est ainsi, par exemple, qu'on voit dans la Baleine, encore mieux que dans les Rhinocéros ou dans d'autres énormes quadrupèdes, la manière dont la sclérotique se réunit souvent è la cornée. Au lieu d'être simplement attachée è celte cornée par une cèJiuiosité, elle pénètre fréquemment dans sa substance ; et l'on aperçoit feciiement les fibres blanches de la sclérotique de la Baieine,qui entrent dans l'épaisseur de sa cof- Dée, en lilaments très-déliés, mais assoi longs.

C'est encore ainsi que, dans 1» choroïde ou seconde enveloppe de l'œil de la Baleine^ on peut distinguer sans aucune loufite les ouvertures des vaisseaui, de même que la membrane intérieure que Ton connaît sous le nem de BMi^ckienne ; et qu'on compte» pour ainsi dire, les fibres rayonnantes qui, semblables à des cercles, entourent le cristallin sphérique.

Continuons cependant.

Lorsque la prunelle de la Baleine franche est rétrécie par la dilatation de l'iris, elle devient une ouverture allongée transversalement.

L'ensemble de l'œil est d*ailleurs mû dans ce cétacé par quatre muscles droits, par un autre muscle droit, nommé ^spenseur^ et divisé en quatre ; et par deui; muscle^ obliques , l'un supérieur et l'autre infér rieur.

Remarquons encore que la Baleine, comme

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la plupart des animaux qui vivent dans Teau, n*a point de points lacrymaux, ni d4

§ landes destinées à répandre sur le devant e l*œil une liqueur propre à le tenir dans Fétat de propreté et de souplesse nécessaire ; mais que Ton trouve sous la paupière supérieure des sortes de lacunes d'où s'écoule une •humeur épaisse et mucilagi* neuse.

Passons maintenant à l'examen de l'organe de l'ouïe.

La Baleine a dans cet organe, comme tous les cétacés, un labyrinthe, trois canaux membraneux et demi-circulaires, un limaçon, un orifice cocMéaire, un vestibule, un orifice vestibulaire (1), une cavité appelée caisse du tympan^ une membrane du tympan des osselets articulés et placés dans cette caisse depuis cette membrane du tympan jusqu'à 1 orifice vestibulaire, une trompe nommée trompe d'Eusiache (2), et un canal qui, de la membrane du tympan, aboutit et s ouvre à Textérieur.

Le limaçon de la Baleine est même fort erand ; toutes sqs parties sont bien développées. L'orifice ou la fenôtre cochléaire qui fait communiquer ce limaçon avec la caisse du tympan, offre une grande étendue. Le marteau, un des osselets de la caisse du tympan, et qui communique immédiatement avec la membrane du même nom, présente aussi des dimensions très-remarquahles par leur grandeur.

Mais la spirale du limaçon ne fait qu'un tour et demi, et ne s'élève pas à mesure

au'elle enveloppe son axe. Il est si difficile 'apercevoir tes canaux demi-circulaires, qu'un très-çrand anatomiste, Pierre Camper, en a nié l'existence, et qu'on croirait peut-être encore qu'ils manquent à rorcille de la Baleine, malgré les indicatious de l'analogie, sans les recherches éclairées de Cavier. Le marteau n'a point cet appendice que l'on connaît sous le nom de manche^ le tvmpan a la forme d'un entonnoir allongé, dont la pointe est fixée au bas du col du marteau. Le méat^ ou conduit extérieur, n'est osseux dans aucune de ses portions ; c'est un canal cartilagineux et très-mince, qui part du tympan, serpente dans la coucne graisseuse, parvient jusqu'à la surface de la peau, s'ouvre à l'extérieur par un trou très-petit, et n'est terminé par aucun vestige de conque, de pavillon membraneux ou cartilagineux, d'oreille externe plus ou moins large ou plus ou moins longue.

Ce défaut d'oreille extérieure qui lie la Baleine franche avec tous les autres céta-

(!) Nous prérërons les épilbètes de cochléaire et de veiitbulaire^ proposées par Guvier, à celles de ronde et d*atNi/e qui ne peuvent élre employées avec exactitude qu'en parlant de Torgane de Vouie de rhoinme et d'un petit nombre d'animaux.

(i) Le tube dont nous parlons, et tous les tubes analogues que peut présenter Torgane de Touîe de llKHume M d^ animaux, ont été appelés trompe d'Euêlache, parce que celui de Toreille de Thomme a été découvert par Eustacbe, habile anatomiste du XVI* siècle.

ces, avec les Lamantins, les Dugons, les . Morses et le plus grand nombre des Phoques, R les éloigne de tous les autres mammifères, ! et pourrait presque être compté parmi les ] caractères distinctifs des animaux qui pas- ' sent la plus grande partie de leur vie dans l'eau douce ou salée.

( L'oreille des cétacés présente cependant des particularités plus dignes d'attention que celles que nous venons d'indiquer.

Vétrter^ l'un des osselets de la caisse du tympan, n'a, au lieu des deux branches qu'il oS're dans la plupart des mammifères, qu'un corps conique, comprimé» et percé d'uo très-petit trou.

La nartie de l'os temporal à laquelle on a donne le nom de rocher^ et dans l'intérieur de laquelle sont creusées les cavités de l'oreille des mammifères, est, dans la Baleine, d'une substance plus dure que dans aucune autre espèce d'animal vertébré. Mais voici un fait plus extraordinaire et plus curieux.

Le rocher de la Baleine franche n'est point articulé avec les autres parties osseuses de la tête ; il est suspendu par des ligaments, et placé à côté de la base du crAne, sous une sorte de voûte formée en grande partie par l'os occipital.

Ce rocher, ainsi isolé et suspendu, présente, vers le bord interne de sa face supérieure, une proéminence demi-circulaire, qui contient le limaçon. On voit sur cette même proéminence un orifice qui appa^ tient au méat ou conduit auditif interne, et qui répond à un trou de la base du crâne.

Au-dessous du labyrinthe que renferme ce rocher, est la caisse du tympan.

Cette caisse est formée par une lanae osseuse que l'on croirait roulée sur elle-même, et dont le côté interne est beaucoup plus épais que le côté extérieur.

L'ouverture extérieure de cette caisse, sur laquelle est tendue la membrane du tympan, n'est pas limitée par un cadre osseux et régulier comme dans plusieurs mammifères, mais rendue très-irrégulière par trois apophyses placées sur sa circonférence*

Cette même caisse du tympan adhère tut autres |>ortioos du rocher par son extrémité postérieure, et par une apophyse de la partie antérieure desonbord leplus mince*

De l'extrémité antérieure de la caisse part la trompe, analogue à la trompe d'Eustam de l'homme. Ce tube est membraneux, p^^® l'os maxillaire supérieur, et aboutit à 1a partie supérieure de l'évent par un orifice qu'une valvule rend impénétrable à Teau lancée par ce même évent, môme avec toute la vitesse que l'animal peut imprimer à ce fluide.

Mais après avoir jeté un coup d'œiî sur le corps de la Baleine franche^ après avoir considéré sa tête et les principaux organes que contient cette tête si extraordinaire et si vaste, que devons-nous d'abord examiner?

La queue de ce cétacé.

Cette partie de la Baleine a la figure d un cône, dont la base s'applique au corps proprement dit. Les muscles qui la coinyosew

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S0D( très-rigoureax. Une saillie longiUidiode s'étend dans sa partie supérieure, depois le milieu de sa longueur jusqu'à son eitréoité. Elle est terminée par une grande ugeoire, dont la position est remarquable. Celle nageoire est horizontale, au lieu d'être Terticale comme la nageoire de la queue 4es poissons ; et cette situation, qui est aussi celle de la caudale de tous les autres cétacés, suffirait seule pour faire distinguer lOQtes les espèces de cette famille d'avec tons les autres animaux vertébrés et à sang roQge.

Cette nageoire horizontale est composée de deoi lobes oyales« dont la réunion produit UQ croissant échancré dans trois endroits de soD intérieur, et dont chacUn peut offrir uamoufement très-rapide, un jeu très- va* lié, et une action indépendante.

Uans ooe Baleine franche, qui n'avait que vingt-quatre mètres de longueur, et qui échooa en 1726 au cap de Hourdel, il y avait 00 e^Mce de quatre mètres entre les deux

Einles du croissant formé par les deux los de la caudale, et par conséquent une dislance égale au sixième de la longueur totale. Dans nne Baleine plus petite encore, et qui n'était longue que de seize mètres, e^lte distance entre les deux pointes du

croissant surpasseÂtle tiers de la plus grande

longueur de Vanimal.

Ce grand inslroment de natation est le

fins puissant de ceux que la Baleine a reçus;

niais il D'est pas le seul. Ses deux bras peufeni être comparés aux deux nageoires pectorales des poissons : au lieu d'être composés, ainsi gue ces nageoires, de rayons soutenus et liés par une membrane, ils sont formés, sans dout^, d'os que nous décrirons bieotM, de muscles, et de chair tendineuse, recoarerts par une peau épaisse ; mais l'ensemble oue chacun de ses bras présente consiste (fans une sorte de sac aplati, arrondi dans la plus srande partie de sa circonfé^ Y^iMîe, termine en pointe, ayant une surface sssez étendue pour que sa longueur sur- P^sse k sixième de la longueur totale du cétêd^ei que sa largeur égale le plus soui^enl la moitié de sa longueur, reunissant ^n tous les caractères d'une rame agile et forte.

Là femelle a une double mamelle, placée dans un sillon longitudinal et plissé, aplatie et peu apparente, excepté dans le temps où b Baleine nourrit et oju cette mamelle s'é- ^ et s'allonge au point d'avoir quelquefctfune longueur et un diamètre égaux au cmauantième ou à peu près de la longueur

La oeau du sillon longitudinal, qui garantit la mamelle, est moins serrée et moins dure que celle qui revêt le reste de la sur- &ee de la Biileine.

Cette dernière peau est très-forte, quoique percée de grands pores. Son épaisseur surpasse deux décimètres. Elle n'est pas Svnie de poils comme celle de la plupart des Mamonfères.

L'éoidenne qui la recouvre est très-lisse,

DicTioflif. DE Zoologie. II.

très-poreux, com|>osé de plusieurs couchest dont la plus intérieure a le plus d'épaisseur et de dureté, luisant, et pénétré d une hu meur muqueuse ainsi gue d'une sorte d'huile qui diminue sa rigidité, et le préserve des altérations que ferait subir à cette surpeau le séjour alternatif de la Baleine dans l'eau et à la surface *des mers.

Cette huile et cette substance visqueuse rendent même l'épiderme si brillant, que lorsque la Baleine franche est exposée aux rayons du soleil, sa surface est resplendissante comme celle du métal poli.

Le tissu muqueux qui sépare l'épiderme de la peau est plus épais que dans tous les autres Mammifères. La couleur de ce tissu, ou, ce qui est la même chose, la couleur de la Baleine, varie beaucoup suivant la nourriture, l'Age, le sexe, et peut-être suivant la température du séjour habituel de ce cétacé. Elle est quelquefois d'un noir très-

{>ur, très-foncé, et sans mélange ; d'autres bis d'un noir nuancé ou mêlé degris. Plusiexirs Baleines sont moitié blanches et moitié brunes. On en trouve d'autres jaspées ou rayées de noir et de iaunàtre. Souvent le dessous de la tête et du corps présente une blancheur éclatante. On a vu dans les mers du Japon, et, ce qui est moins surprenant, au Spitzberg, et par conséquent à dix degrés du pôle boréal, des Baleines entièrement blanches, et l'on peut rencontrer fréquemment de ces cétacés marqués de blanc sur un fond noir, ou gris, ou jaspé, etc., parce que la cicatrice des blessures de ces animaux produit presque toujours une tache blanche.

La chair qui est au-dessous de l'épiderme et de la peau est rougeâtre, grossière, dure et sèche, excepté celle de la queue, qui est moins coriace et plus succulente, quoique peu agréable à un goût délicat, surtout dans certaines circonstances ott elle répand une odeur rebutante. Les Japonais cependant, et particulièrement ceux qui sont obligés de supporter des travaux pénibles, l'ont préférée à plusieurs autres aliments; ils l'ont trouvée très-bonne, très-fortifiante et trèssalubre.

Entre cette chair et la peau, est un lard épais, dont une partie de la graisse est si liquide, qu'elle s écoule et forme une huile, même sans être exprimée.

11 est possible que cette huile très -fluide passe au travers des intervalles des tissus et des pores des membranes, qu'elle parvienne jusque dans l'intérieur de la gueule, qu'elle soit rejetée par les éventa avec l'eau de la mer, qu'elle nage sur l'eau salée, et qu'elle soit avidement recherchée par des oiseaux de mer, ainsi que Duhamel t'a rapporté.

Le lard a moins d'épaisseur autour de la queue qu'autour du corps proprement dit ; mais il en a une très-grande au-dessous de la mâchoire inférieure, où cette épaisseur est quelquefois de plii3 d'un mètre (i^ Lors-

{{) Histoire des pèches des Hotlandais^ etc.» 1. 1,

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3u'on le faitbouiJKr^on m retire d«tti sortes ^huiles : l'une pure et légère ; Tautre un S eu mêlée, onctueuse, gluante, d'une fluiité que le froid diminue beaucoup, moins légère que la première, mais cependant moins pesante que Teau. Il n*est pas rare qu'une seule Baleine franche donne jusqu'à quatre-vingt-dix tonneaux de ces différentes huiles.

Lorsqu'on a sous les yeux le cadavre d'une Baleine franche, et qu'on a enlevé son épiderme, son tissu rauqueux, sa peau, son lard et sa rhair, que découvre-t-on ? sa charpente osseuse.

Quelles particularités présentent les os de la tête ?

Pendantque l'animal est encore trèshjie^ne, les pariétaux se soudent avec les temporaux et avec l'occipital, et ces cinq os réunis forment une voûte de plusieurs mètres de long, sur une largeur égale à plus de la moitié de la longueur.

Le sphénoïde reste divisé en plusieurs pièces pendant tonte la vie de ta Baleine.

Les sutures que Tanimal préscmte loi^ qu'il est un peu avancé en âge sont telles, que les deux pièces qui se Réunissent, amincies dans leurs bords et taillées en hiseau à l'endroit de leur jonoKon, représentent chacune une bande ou face inclinée, et s'ap-

F cliquent, dans cette portion de leur surface, 'une au-dessus de l'autre, comme les écailles de plusieurs poissons.

Si l'on ouvre le crAnè, on voit que Hntérieur de sa base est presque de niveau. On ne découvre ni fosse ethmoidaUf ai lame tri'* biée^nï aucune protubérance semblable à ces quatre crochets, ou apophyses clinoides^ qui s'élèvent sur le fond du crâne de l*homme et d'un si grand nombi^ de Mammifères.

Que remarque-t-on cependant de particulier è la Baleine A*anche, lorsqu'on regarde le dehors de ce crâne T

Les deux ouvertures que l'on notnoïè trous orbitaires internes antérieurs^ eH qui font communiquer la cavité de l'orbite de r«èil, ou la fosse orbitaire, ëVèc le creux auquel on a donné le nom de fosse ndMi/f, sont, dans la Baleine frà^n^fie, très-pétils et recouverts par des lames osîseuses.

Ce cétacé n'a pas oe troà qu'on ap^llê incisif j et que montro, dans tant do Ham'mifères, la partie des os intermaxillaires qai suit l'extrémité de la mâchoire.

Mais, an liem d'un seul orifice comm^ dans l'homme, trots on quatre trous serveùt à la communication de k cavité de l'orbite avec l'intérieur de l'os maxillaire supérieur.

Les deux os do la mâchoire inférieure forment par lear réonion une portion de cercle oti d^elKpse qui a communément plus de huit ou neuf mètres d'étendue, et que les pécheurs ont fréquemment em/vloyée comme un trophée, et dressée sur te tillac, pour annoncer la prise d'une Baleine et la grandeur de leur conquête.

L'une des galeries du Muséum d'histoire naturelle renferme trois os maxillaires d'une

Baleine : la longueur de ces os est de neuf mètres ou environ.

L'occiput est arrondi. Il s'articule avec l'épine dorsale à son extrémité postérieure, et par de larges condyles ou faces saillantes.

On compte sept vertèbres du cou, comme dans l'homme et presque tous les Mamojifères. Là première de ces vertèbres, qu'on appelle VattaSj est soudée avec la secoodv, qui a reçtt le non i'axis.

Dans la Baleine de vingt-quatre mètres de longueur, qui échoua en 1726 au cap de Hourdel, l'épine dorsale avait auprès de la caudale un »ami-mètre de diamètre, et par conséquent à été comt)arée avec raison à une grosse poutre de quatorze ou quinze mètres de longueur. On a écrit que sa couleur et sa contexture paraissaient, au pre* mier coup d'ceil, semotables à celle aun grès grisâtre ; On aurait p« ajouter, et enduit d'une si>bstance huileuse. Presque tons les os de ia Baleine fl*anche réunissent en effet à une compacité et à un tissu particulier, une sorte d'apparence onctueuse qulls doivenft h l'huile dof^t ils sont pénétrés pendant qu'ils sont encore frais.

Dans une Baleine échouée, en 1769, sar un des rivages dislande, on cfompta en tout soixante-trois rerrèbres, smytiiH HM.Otafsen et Povelsen.

Il pai^âft quela Baleine dbnrtïious écrivons l'histoire a ^inze côtes de diaqne côté de l'épine du dos, et que chattine de ces cotes à très-souveirt plus de sept mètres de longueur, sur un demi-mètre de circonférence.

Le sternum, âtéc lequel les |)re^èrcsd8 ces côtes s'articulent, est large, maispou épais, surtout dans sa partie âtnérieure.

Les clavicules que 1 on trouve dans ceui des Mammifères qui font un très-grand usage de leurs bras, soît pour grimper sur les arbres, soit pour attaquer et Se défendre, •oit pour saishr el porter à leur bouche Tairment qu'ils préfèrent, n'ont point d'aftâlogues dans la Baleine franche.

On peut voir, dans l'une des galeries du Mtiséum natfOOAl d'histoire naturelle, une èmoplalè qui apparrlénait à tfne baleine, el dont la longueur est de trois mètres.

L*os do bras proprement dit. ou Vhumênu^ est très-court, arrondi vers le haut, et comme ttarqué jpar une petite tubérosrlé.

Le cubitus ei le radius ^ ou îes deut os de Févant-^bras, sont lrès-*comprimés ouaplaiis latéralement.

On ne compté qne cinq os dans ib carpe ou dans la main proprement dite. Ils fortuenl deux rangées. Tune de trois, l'autre de deux pièces : ils sont très-aplatis, réunis de manière a présenter Timage d'une sorte de pavé, et presque tous hexagones,

Les os du métacarpe sont aussi très-aplatis, et soudés les uns aux autres. .

Le nombre des phalanges n'est pas 'e même dans les cinq doigts. .

Tous ces os du bras, do Tavant-braS, du carpe, du métacarpe et des doigts, non-sôu-

msL

POISSOm , ETC.

ksDMil sont articulés de manière ((u*ils ne peuTeiit se mouvoir les uns sur les autres, fomine les os des extrémités antérieures delboflinie et de plusieurs Mammifères, •Meocore sont réunis par des cartilages trfs-toogs, qui recouvrent quelquefois la BOitié des os qu*îls joignent Tun à Tantre, ei Missent qu'un peu de souplesse à Tensenble qa*ils contribuent à former. 11 n\y a faillears aucun muselé propre à tourner TstaBl-bras de telle sorte que la paume de la iDiin deTienne alternativement supérieure M inférieure à la face qui lui est opposée ; (Ki,ce 4{8i est la nième dhose, il n'y a ni suftiaUnr^ m pranateur. Des rudiments apoaéffotiqaes de muscles sont étendus sur tDQle te sarfaee des os, et en consolident les min^tiofts.

T^wt concourt donc pour que Textrémité ittténewe de la Baleine franche soit une véritable rame élastiaueet puissante, plutôt qa'oo erg«ne propre a saisir, retenir et palper les objets extérieurs.

Celle élasticité et cette vigueur doivent d'atili^nt moins étonner, que la nageoire pectorale ou l'extrémité antérieure de la Baleine est très-charnue; que lorsqu'on dépèce ce cètacé, on enlève de cette nageoire d« grandes portions de muscles; et qoe VVmtabiUté de ces parties musculaires est 51 vive, ao'elles bondissent longtemps après arofr hé détachées du corps de Tanimdl.

Mais gu'avons-nous à dire du fluide qui ooarrit ces muscles et entretient ces qua- Ktés î

La quantité de sang qni circule dans la Baleine est plus grande à prof»ortion que ceHe qai coule dans les Quadrupèdes. Le dièmèirt de l'aorte surpasse souvent quatre décimètres. Le cœur est large et aplati. On a écrïc que le trou Boial, par lequel le sang des Mammifères qui ne sont pas encore nés, peut parcourir les cavités du cœur, aller des vemtiidâns les artères, et circuler dans la lolalilé du système vascolaire sans passer Par/esfioumons, restait ouvert dans la Bafciae franche pendant toute sa vie, et qu'elle derait à cette particularité la facilité de vivre loogtemps sous Teau. On pourrait croire aoe cette ouverture du trou Botal est en ef- Kt maintenue par Thabitude aue la jeune Bileioe contracte en naissant ae na^ser un temps assez long dans le fond de la mer, et pir conséquent sans gonfler ses poumons par des inspirations de Tair atmosphérique, el sans donner accès dans leurs vaisseaux au Wï^ apporté par les veines, qui alors est forcé de couler par le trou Bolal pour pénétrer jusqu'à l'aorte. Quoiqu'il en Soit cependant de la durée de celte ouverture, la Baleine franche est obligée de venir fréquemaent à la surface de la mer, pour respirer lair de l'atmosphère, et introduire dans si'.s poumons la fluide réparateur saus lequel le sang aurait bientôt perdu les qualités les plus nécessaires à la vie ; mais comme ses UHimons sont très-volumineux, elle a moins besoin de renouveler souvent les inspira-

tions qui les remplissent de Buide atmosphérique.

Le gosier de la Baleine est très-étroit, et beaucoup plus qu'on ne le croirait lorsqu'on voit tonte l'étendue de la gueule de cet animal démesuré.

L'œsophase est beaucoup plus erand à pro^iortion, lonç de plus de trois mètres, et revêtu è l'intérieur d'une membrane trèsdense, glanduleuse et plissée.

Le célèbre Hunter nous a appris que la Baleine, ainsi que tous les autres cétacés, présentait dans son estomac une conformation bien remarquabhe dans un habitant des mers, qui vit de substance animale. Cet organe a de très-grands rapports avec Testoraae des animaux Ruminants. Il est partagé en plusieurs cavités très-distinctes ; et il en offre môme cinq, au lieu de n*en montrer que quatre, comme ces Ruminants.

Ces cinq portions, ou, si on l'aime mieux, ces cinq estomacs sont renfermés dans une enveloppe commune ; et voici les formes particulières qui leur sont propres. Le premier est un ovoïde Imparfait, sillonnéàTintérieur de rides grandes et irrégulières. Le second, très-grand, et plus long que le premier, a sur sa surface intérieure des plis nombreux et inégaux ; il communique avec le troisième par un orifice rond et étroit, mais qu'aucune valvule ne ferme. Le troisième ne paraît, à cause de sa petitesse, qu'un passage du second au quatrième. Les parois intérieures de ce dernier sont garnies d'appea dices menus et déliés, que l'on a comparés à des poils ; il aboutit au cinquième par une. ouverture ronde, plus étroite que l'orifice par lequel les aliments entrent du troisième estomac dans celte quatrième poche; et enfin, le cinquième est lisse et se réunit parle pylore avec les intestins proprement dits, dont la longueur est souvent de plus de cent vingt mètres.

La Baleine franche a un véritable cœcum, un foie très-volumineux, une rate peu étendue, un pancréas très-long, une vessie ordinairement allongée et de grandeur médiocre.

Mais ne devons-nous pas maintenant remarquer quels sont les effets des divers organes que nous venons de décrire, quel usage la Baleine peut en faire; et avant cette recherche, quels caractères particuliers appartiennent aux centres d'action qui produisent ou modifient les sensations de la Baleine, ses mouvements et ses habitudes ?

Le cerveau de la Baleine non-seulement ne renferme pas cette cavité digitale et ce lobe postérieur qui n'appartiennent qu'à l'homme et è des espèces de la famille des Singes, mais encore est très-petit relativement à la masse de ce cétacé. Il est des Baleines franches dans lesquelles le poids du cerveau n'est que le vingt-cinq-millième du

Foids total de l'animal, pendant que dans homme il est au-deèsus du Quarantième; dans tous les quadrupèdes dont on a pu connaître exactement Tintérieur de la tôte, et particulièrement dans l'Eléphant, au-dessu$

BAL

REPTILES

BAL

du cinq •centième ; dans le Serin, au-dessus du vingtième ; dans le Coq et le Moineau, au-dessus du trentième ; dans l'Aigle, audessus du deux-centième ; dans TOie, audessus du quatre-centième ; dans la Grenouille, au-dessus du deux-centième ; dans la Couleuvre à collier, au-dessus du huitcentième ; et dans le Cyprin Carpe, au-dessus du six-centième.

A la vérité, il n'est guère que du six-millième du poids total de Tinaividu dans la Tortue marine, du quatorze-centième dans TËsoce Brochet, du deux-millième dans le Silure Glanis, du deux-mille-cinq-centième dans le Squale Requin, et du trente-huit millième dans le Scombrethon.

Le diaphragme de la Baleine franche est doué d*un6 grande vigueur. Les muscles abdominaux, qui sont très-puissants et composés d'un mélaage de fibres musculaires et de fibres tendineuses, l'attachent par-devant. La Baleine a, par cette organisation, la force nécessaire pour contre-balancer la résistance du fluide aqueux qui l'entoure, lorsqu'elle a besoin d'inspirer un grand volume d air ; et d'ailleurs, la position du diaphragme, qui^ au lieu d'être verticale, est inclinée en arrière, rend plus facile cette grande inspiration, parce qu'elle permet aux poumons de s'étendre le long de l'épine du uos, et de se développer dans un plus grand espace.

Mais animons le colosse dont nous étudions les propriétés : nous avons vu la structure des organes de ses sens ; quels en sont les résultats ? quelle est la délicatesse de ses sens ? quelle est, par exemple, la finesse du toucher ?

La Baleine a deux bras, elle peut les appliquer à des objets étrangers; elle peut placer ces objets entre son corps et l'un de ses bras, les retenir dans cette position, toucher à la fois plus d'une de leurs surfaces. Mais ce bras ne se plie pas comme celui de l'homme, et la main qui le termine ne se courbe pas, et ne se divise pas en doists déliés et flexibles, pour s'appliquer à tous les contours, pénétrer dans les cavités, saisir toutes les formes. La peau de la Baleine, dénuée d'écaillés et de tubercules, n'arrête pas les impressions; elle ne les intercepte pas, si elle les amortit par son épaisseur, et les diminue par sa densité; elle les laisse pénétrer jusqu'aux houppes nerveuses répandues auprès cle presque tous les points de la surface extérieure de l'animal. Mais quelle couche de graisse ne trouve-t-on pas au-dessous de cette peau? et tout le monde sait que les animaux dans lesquels la peau recouvre une très-grande quantité de graisse ont h proportion beaucoup moins de sensibilité dans cette même peau.

La grandeur, la mollesse et la mobilité de la langue ne permettent pas de douter quele sens du goût n'ait une sorte de finesse dans la Baleine franche. La voilà donc beaucoup plus favorisée que les poissons pour le goût et pourle tbucher, quoique moins bien traitée pour ces deux sens que Iti plupart des MamfQifères. Mais quel degré de force a, dans cet

animal extraordinaire, le sens de l'odorat, si étonnant dans plusieurs Quadrupèdes, si puissant dans presque tous les poissons? Ce cétacé a-t-il reçu un odorat exquis, que semblent lui assurer, d'un côté, sa qualité de mammifère, etde l'autre, celle d'habitant des eaux?

Au premier coup d'œil, non-seulement on considérerait l'odorat de la Baleine comme très-faible, mais même on pourrait croire

u'elle est entièrement privée d'odorat; et es lors combien l'analogie serait trompeuse relativement à ce cétaoé 1

En effet, la Baleine franche manque de cette paire de nerfs qui appartient aui Quadrupèdes , aux oiseaux , aux Quadrupèdes ovipares , aux Serpents et aux poissons, que l'on a nommée la première paire i cause de la portion du cerveau de laquelld elle sort, et de sa direction vers la partie la plus avancée du museau, et qui a reçu aussi Je nom de pâtre de nerfs olfactifi^^ parce qu'elle communique au cerveau les unpressions des substances odorantes.

De plus, les longs tuyaux que l'on nomme éverUSf et que Ton a aussi appelés nartnef, ne présentent ni cryptes ou cavités, ni foUicules mnqueux^ ni lames saillantes; ne communiquent avec aucun sinus^ ne montrent aucun appareil propre à donner ou fortifier les sensations ae 1 odorat, et ne sont revêtus à l'intérieur que d'une peau sèehe,

S eu sensible, et capable de résister, sans en tre offensée, aux courants si souvent renouyelés d'une eau salée, rejetée avec violence. Mais apprenons de Cuvier que la Baleine franche doit avoir comme les autres cétacés un organe particulier, qui est dans ces animaux celui de l'odorat, et qu'il a vu dans le Dauphin vulgaire, ainsi que dans le Marsouin.

Nous avons dit, en parlant de la conformation de l'oreille, que le tuvau auquel oni donné le nom de trompe étEustache, e( q^ fait communiquer l'intérieur de la caisse da tympan avec la bouche, remontait vers le haut de l'évent, dans la cavité duquel il aboutissait. La partie de ce tuyau fui est voisine de l'oreille montre à sa face mleroe un trou assez large, qui donne dans un espace vide. Ce creux est grand, situé profondément, placé entrel'œil, l'oreille et le crâne, et entouré dune cellulosité très-ferme, qui en maintient les parois. Ce creux se prolonge en différents sinus, terminés^ par des membranes collées contre les os. Ces sinus et cette cavité sont tapissés d'une membrane noirâtre, muqueuse et tendre. Ils communiquent avec les sinus frontaux par un canai 3ui va en montant, et qui passe au devaû» e l'orbite. .

On voit donc que les émanations odorantes, apportées par l'eau de ^^^f?^ par l'air de l'atmosphère, pénètrent facnj ment jusqu'à ce creux et à ces sinus pari onfice de l'évent ou l'ouverture de la boucne, par l'évent et parla trompe d'Kustacne.un doit y supposer le siège deTodorat. .

A la vérité, on ne trouve dans ces 51DUS,uj dans cette cavité, que des ramifications ae ♦

BAL

POISSONS , ETC

BAL

Sld

ciDquième paire de nerfs ; et c*esl la première ptireqoi, daos presçiue tous les animaux, reçotttiiraDsaiet les impressions des corps odonnts.

liais qu'on ait sans cesse présente une im-

efite Térilé : les nerfs qui se distribuent les dirers organes des sens, sont tous de Btete nature; ils ne diffèrent que par leurs difisioDs plus ou moins grandes : ils feraient QiUre les mêmes sensations s*ils étaient égatemeot déliés et placés de manière à être égaienient ébranlés par la présence des corps . eilMeurs. Nous ne voyons par Toeil et n'entcodons par Toreille, au lieu de voir par ToreîHe et aentendre par l'œil, que parce que le nerf optique est placé au fond d une sorte de lanette qui écarte les rayons inutiles, Tiumlceax oui forment Timage de l'objet, pfoportiODne la vivacité de la lumière à la dâicatesse des rameaux jierveux, et parce qoe le nerf acoustique se développe dans un •ppsreil qui donne aux vibrations sonores le degré de netteté et de force le plus analogue à la ténuité des expansions de ce même aerf. Plusieurs fois, ennn, des coups violents, oad*autres impressions que Ion n'éprouvait que par un véritable toucher, soit à Tex' teneur, soit X l'intérieur, ont dor>QéJa sen-.. ulioQ du son ou celle de la lumière.

Quoi qu'il en soit cependant du véritable or^ne de fodorat dans la Baleine, les obserîalions proaveot, iodéoendamment de toute êDêhgie, gu'el/e sent les corpuscules odorants, e( même qu'elle distingue de loin les ouaoees oa les diverses qualités des odeurs. Nous prierons rapporter à ce sujet un uit que doos trouvons dans les notes manuscritesdusénateurPléville-le-Peley, vice-amiral et lodeo ministre de la marine. Ce respediUe homme d'Etat, l'un des plus braves oiilitiïrts, des plus intrépides navigateurs el des plus habiles marins, dit, dans une de ces notes, que nous transcrivons avec d'autant plus d'empressement qu'elle peut être lï^HKile à ceux qui s'occupent de la grande P^cbe de la Morue : « La Kaleine, poursui- JUit i Ja côte de Terre-Neuve la Morue, le Capelao, le Ifaauereau, inquiète souvent les bateaux pécheurs; elle les oblige quelqoelbis à quitter le fond dans le fort de w pèche, et leur fait perdre la journée.

* i'étais on jour avec mes pêcheurs ; des faleines parurent sur l'horizon ; je me prélevai k leur céder la place ; mais la quan- ^ de Morue qui était dans le bateau y <v<it répandu beaucoup d'eau qui s'était pwrie; pour porter la voile nécessaire, j'ordonnai qu'on jetât à la mer cette eau,

Ë empoisonnait; peu après, je vis les eines s'éloimer, et mes bateaux contitiaèrenl de pêcher.

«Je réfléchis sur ce qui venait de se P^r, et j'admis pour un moment la possibilité que cette eau infecte avait fait fuir les Baleines.

« Quelques jours après, j'ordonnai à tous iBes bateaux de conserver cette même eau, et de la jeter à la mer tous ensemble, si Itt Baleines approchaient, sauf à couper

leurs câbles et à fuir si ces monstres continuaient d'avancer.

« Ce second essai réussit à merveille ; il fut répété deux ou trois fois, et toujours avec succès ; et depuis je me suis intimement persuadé que la mauvaise odeur de cette eau pourrie est sentie de loin par la Baleine et qu'elle lui déplaît. /

« Cette découverte est fort utile à toutes les pêches faites par bateaux, etc. »

Les Baleines franches sont donc averties fortement et de loin de la présence des corps odorants.

Elles entendent aussi, à de grandes distances des sons ou des bruits même assez faibles.

Et d'abord, pour percevoir les vibrations du fluide atmosphérique, elles ont reemm canal déférent très-larçe, leur trompe a^Etu^ tache ayant un grand diamètre*. Mais de plus, dans le temps même où elles nagent à la surface de l'Océan , leur oreille est presque toi^ours plongée à deux ou trois mètres au-dessous du niveau de la mer. Glest donc par le mojen de l'eau que les vibrations sonores parviennent à leur orçane acoustique ; et tout le monde sait que 1 eau est un des meilleurs conducteurs de ces vibrations, que les sons les plus faibles suivent des courants ou des masses d'eau jusqu'à des distances bien supérieures & l'espace que leur fait parcourir le fluide atmosphérique.

Voici d'ailleurs une raison forte pour supposer dans l'oreille de la Baleine franche un assez haut degré de délicatesse. Ceux qui se sont occupés d'acoustique ont pu remarauer depuis longtemps que les personnes dont l'organe de l'ouïe est le plus sensible, et qui reconnaissent dans un son les plus faibles nuances d'élévation, d'intensité ou de toute autre modification, ne reçoivent cependant des corps sonores que les impressions les plus confuses, lorsqu'un bruit violent, tel que celui du tambour ou d'une grosse cloche» • retentit auprès d'elles. On les croirait alors très-sourdes; elles ne s'aperçoivent même, dans ces moments d'ébranlement extraordinaire, d*aucun autre effet sonore que celui ?ui agite leur organe auditif, très-facile à mouvoir. D'un autre côté, les pêcheurs qui poursuivent la Baleine franche, savent que» lorsqu'elle rejette par ses évents une trèsgrande quantité d'eau, le bruit du fluide qui s'élève en serbes et retombe en pluie sur la surface de l'océan l'empêche si fort de distinguer d'autres effets sonores que, dans cette circonstance, des bâtiments peuvent \ souvent s'approcher d'elle sans qu elle eu soit avertie, et qu'on choisit presque toujours ce temps d étourdissement pour l'atteindre avec plus de facilité, l'attaquer do plus près, et la harponner plus sûrement»

La vue des Baleines franches doit être néanmoins aussi bonne, et peut-être meilleure que leur ouïe.

En effet, nous avons dit aue leur cristallin était presque sphérique. Il a souvent une densité supérieure à celle du cristallin des Quadrupèdes et des autresanimauxqui vivent

tu

BAL

REPTILES

BAt

toujours dans Tair de l'atmosphère. Il présente môme "une seconde qualité plus remarquable encore : imprégné de substance huileuse, il est plus inflammable que le cristallin {\es animaux terrestres.

Aucun physicien n'ignore que plus les rayons lumineux tombent obliquement sur la surface d'un corps diaphane, et plus, en le traversant, ils sont réfractés, c'est-à-dire détournés de leur première direction, et réunis dans un foyer à une plus petite distance de la substance transparente.

La réfraction des rayons de la lumière est donc plus grande au travers d'une sphère que d'une lentille aplatie. Elle est aussi proportionnée à la densité du corps diaphane; et Newton a appris qu'elle est également d*autant plus forte que la substance traversée par les rayons lumineux exerce, par sa nature inflammable , une attraction plus puissante sur ces mêmes ravons.

Trois causes très-actives donnent donc au cristallin des Baleines, comme à celui des Photjues et des poissons, une réfraction de$ plus fortes.

Quel est cependant Iç fluide que traverse la lumière pour arriver à l'organe de la vue des Baleines franches? Leur œil, placé auprès de la commissure des lèvres, est presque toujours situé à plusieurs mètres au-dessous du niveau de la mer, lors môme qu'elles nagent à la surface de l'Océan ; les rayons lumineux ne parviennent donc à l'œil des Baleines qu'en passant au travers de Teau. La densité de l'eau est très-supérieure à celle de Tair, et beaucoup plus rapprocbi^^e de la densité du cristallin des Baleines. La réfraction des rayons lumineux est d'autant plus faible que la densité du fluide qu'ils traversent est moins ditférente de celle du corps diaphane oui doit les réfracter. La lumière, passant de reau dans l'œil et dans le cristallin des Baleines, serait donc très-peu réfractée, le foyer où les rayons se réuniraient serait très-éloigné de ce cristallin ; les rayons ne seraient f^as rassemblés au degré convenable Jorsqu ils tomberaient sur la rétine, et il n'y aurait pas de visioi distincte, si cette cause d'une grande faiblesse dans la réfraction n'était contre-balancée par les trois causes puissantes et coulraires que nous Yenoas d'indiquer.

Le cristallin des Baleines franches présente un degré de sphéricité, de densité el d'inflammabilité , ou, en un seul mot, un degré de force réfringente, très-propre k compeuser le défiant de réfractioo que produit la densité de l'eau. Ces cétacés on4 donc un organe optique très-adapté au fluide dans leouelils vivent; la lame d'eau qui couvre leur œil, et au travers de laquelle ils aperçoivent les corps étrangers, est pour eux comme un instrument de dioptrique, eomme un verre arliflciel, comme une lunette capable de rendre leiu: vue nette et (lis« tincte, avec cette difl'érence qu'ici c'est l'organisation de l'œil qui corrige les efl'ets d'un verre qu'ils ne peuvent quitter, et que les luDeties de rhomme compensent au contraire

les défauts d'un œil déformé, altéré ou affaibli, auquel on ne peut rendre ni sa force, ni sa pureté, ni sa forme.

Ajoutons une nouvelle considération.

Les rivages couverts d'une neige brillante, et les montagnes de glaces nolies et éclatantes, dont les Baleines francnes sont souvent très-près, blesseraient d'autant plus leurs yeux que ces organes ne sont pas garantis )ar des paupières mobiles, comme ceux des )uadrupèdes, et que pendant plusieurs mois le suite ces mers hyperboréennes et gelées réfléchissent les rayons du soleil. &lais la lame d'eau qui recouvre l'œil de ces cétacés est comme un voile qui intercepte une grande Quantité de rayons de lumière; l'animal peut 1 épaissir facilement et avec promptitude, en s'enfonçant de quelques mètres au-lessous de lasurfacedelamer; et si, dans quelques circonstances très-rares et pendant des moments très-courts, l'œil de la Baleine est tout à fait hors de l'eau, on va comprendre aisément ce qui remplace le voile aqueux qui ne le garantit plus d*une lumière trq) vive.

La réfraction que le cristallin produit est si fort augmentée par le peu de densité de Pair (^ui a pris alors la place de l'eau, et qui ai>outit jusqu'à la cornée, que le foy^er des rayons lumineux, plus rapproché du cr»stailin, ne tombe plus sur la rétine, n &5it plus sur les houppes nerveuses qui composent la véritable partie sensible de l'organei et ne peut plus éblouir le cétacé.

Les Baleines franches ont donc reçu de

fraudes sources de sensibilité, d'instinct et intelligence, de grands principes de mouvement, de grandes causes d'action.

Voyons ^gir ces aniaiaux, dont tous les attributs sont des sujets d'adonratioa et d'étude.

Suivons-les sur les mers.

On dit que la mère porte son fœtus pendant dix mois ou environ; que pendant la gestation elle est plus gasse qu'auparavant, surtout lorsqu'elle approche du temps où elle doit mettre bas.

Quoi qu'il en soit, elle ne donne ordinairement le jour qu'à un Baleineau à^la fois, et jamais la même portée n'en a renfermé plus de deux. Le 4i^leineau a presque toulours plus de sept ou huit mètres eu venant \ la lumière. Les pêclieurs du Groëuijand, qui ont eu tant d'occasions d'ex^iner les babitudes de la Baleine franche, ont expose la manière dont la Baleine mère allaite &ou Baleineau. Lorsqu'elle veut lui donner à téter, elle s'approche de la surface de la mer, se retourne a demi, nage ou flotte sur un côté, et, par de légères, mais fréquentes oscillations, se place tantôt au-dessous, tantôt au-dessus de son Baleineau, de manière que l'un et l'autre puissent aliecnativement rejeter par leurs évents l'eau salée trop abon* dante dans leur gueule, et recevoir le ijiauvol air atmosphérique nécessaire à leur respiration.

Le lait ressemUe beauoaup à celui de là

il3

BAL

BAL

SU

nehe, mais contient plus de crème et de s^uh» sUDce nutritive.

Le Baleineau telte aa moins pendant ua m; les Anglais l'appellent alors Shorieai^ D est très-gros et peut donner environ cinqtWDte tonneaux de graisse. Au bout de deux •w, il reçoit le nom de Siant, paraît, dit-on, comme hébété, et ne fournit qu'une trentaine de tonneaux de substance buileuse.

On le Domcpe ensuite Sçulfish, et l'on ne connaît plus son âge que par la longueur des barbes ou extrémités d^ f^E^noos qu? bordent ses mâchoires.

Ce Baleineau est, pec^da^t le temps qui

suit iaraédiatement sa naissance , l'objet

aune grande tendresse, et d'uae solJicilud«|

qu^cun obstacle ne lasse, qu'aucun danger

nmtimidç. La oière le soigne môme quel-

auefois pendant irpis ou quatre ans, suivant

lassertiûo des premiers navigateurs qui sont

allés à la pèche da la pleine, et suivant l'o-^

puiiond*Aibert, ainsi que de quelques autres;

écriîains qui sont venus après lui. Elle ne

le perd pas un ii^stant de vue. S'U ne nage

encore qii'avec peine, elle le précède, lui

ouvre la route au milieu des flots agités, ne

souffre pas qu'il reste trop longtemps soua

Veau, liûsiruilpaF son exemple, lencoiH

wge, |>our ûnsl dire, par son attention, le

lûuu^ dans fiaffaisue, le soutient lorsqu'il

De Terail pl«s ^ 4e vaips efforts , te prend

enuti sa lageoir^ pectorale et son corps,

K embrasse êfoc teiOr^ss^, le serre avec pré-.

cMm, 1^ ioH qaelqui^ois sur son dos,

/ ^mporle âv^ elle, ipodôre ses mouvements

pwir oe pas laîsset échapper sim doux far-

f^ pare les ooaps qui pourraient Fatteifi-

dre. attaone renoemi qui voudrait le lui

nvtf * el> MM même qu'elle trouverait aisé»

mem son salut dans la fuite, combat aveo

acûaraemeot, brave les douleurs les plus

H'es, renverse et anéantit ce qui s'oppose à

sa force, ou répaBd tout son sang et meurt

p^utAt {a« d'ahAudduoer l'être qu'elle chérit

Plas<|iiesa t«.

hSttiHm mutueUe et touchante du mâle,

^fékm\lA, et de l'individu qui leur doit

'• /eitf, preMîèra source du bonheur pour

««141116 ieattUe, k mirUm entière du globe

P» fe«t doBft vous offrir un asile (1) 1 Ces

J^anaaaea omi», «ta vastes solitudes, ces

ûwens racolés îles pèles, ne peuvent donc

'ûtts demusr vas retraite inviolable I En

Tuo VM$ MHS éiis oonflée fc la grandeur de

la jiistaac», h ta i^e«r 4es irimas, à la

Tialeoce ctesi tsa^idtes : o# besoin impérieux

v jouissasees sans cesse renouvelées, que

'««ssiélé iNiOMÛie » fort Battre, vous pour*

*jut au travers ds l'^pace, des orages et des

B»oe8; il vous trd«ble a«i bout du mo»de,

J<>«ine aa sein des oités qu'il a élevées ; et,

M? lograt de la nature, il ne tend qu^à Tat-

to«ter et l'asservir I

Ceoendant quel temps est nécessaire pour

(•) Toyei ptrticolièrenient une lettre de M. de la jfIftaMiére* a^fressée de Saint-lean de Luz à Du- If stpsliiiée pcir es dernier dans son fraiié du

que ce Baleineau si chéri , si soigné, si protégé, si défendu, parvienne au terme de son accroissement ?

On rtgnore. On ne connaît pas la durée du développement des Baleines : nous savons seulement qu'il s'opère avec une grands lenteur, V y a plus de cinq ou six siècles qu'on donne la chasse à ces animaux ; et néanmoins, depuis le premier carnage que l'homn^e en a rait, aucun de ces cétacés ne paraît avoir encore eu le temps nécessaire

f)Our acquérir le volume qu'ils présentaient ors des premières navigations et des premières pèches dans les mers polaires. La vie de la Baleine peut donc être de bien des siècles; et lorsque But£on a dit: Une Baleine peut bien vivre mille ans , îfuisqu^une carpM en vit plus de deux ccn^s, il n'a rien dit d'exagéré. Quel nouveau sujet de réflexions !

Voilà, dans le même objet, l'exemple de }aplus longue durée, en môme temps que do la plus grande masse; et cet être si supérieur est un des habitants de Tantique Océan.

Mais quelle q^uantité d'aliments et quelle nourriture particulière doivent développer un volume si énorme, et conserver pendant tant de siècles le souffle qui l'anime, et le^ ressorts qui le font mouvoir ?

Quelques auteurs ont pensé que la Baleine franche se nourrissait de poissons, et parti* culièrement de Gades, de Scombres et de Clupées; ils ont même indiqué les espèces de ces osseux qu'elle préférait : mais il paraît qu'ils ont attribué à la Baleine franche ce qui appartient au Nordcaper et à (juelques autres Baleines. La Franche n'a vraisemblablement pour aliments que des Crabes et des Zoophjrtes, tels que des ilc^mes et des Clios. Ces animaux, dont elle fait sa proie, sont bien petits ; mais leur nombre compense le peu de substance que présente chacun de ces Mollusques ou Insectes. Us sont si multipliés dans les mers fréquentées par la Baleine franche, que ce cétacé n'a souvent q^u'à ouvrir la gueule pour en prendre plusieurs milliers à la fois. Elle les aspire, pour ainsi, dire, avec l'eau de la mer qui les entraîne, et qu'elle r^ette ensuite par ses évents ; et comme cette eau salée est quelquefois chargée de vasQ, et charrie des algues et des débns de ces plantes marines, u ne serait pas surprenant Qu'on eût trouvé dans l'estomiBc de quelqu^f Baj^^ioes franches, des sédiments de limon et des fragments de vjôsâ^u^l ^mriuSt c|imq«e l^iliment qui oouvieat 9»k céiacé ifmi to^^ éori vous l'histoire ne soit ooti^posé que de substances véritablement aoisAales.

(Joe ^uveUe pi^uvedu besoin qu'ont les Baleines franches de se nourrir de Molius ques et de Crabes , est l'état de maigreur aqqu^ elles sont induites lorsqu'elles séjournent dans des mers oùr ces Mollusques et ces Crabes sont en très-petit nombre. Le capitaine Jacques Colnett a vu et pris de ces Baleines dénuées de graisse, à seize degrés treize minutes de latitude boréale , dans le

tl5

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tililPTlLES ,

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SU

grand Océan équinoxial, auprès de Guatimala, et par conséqueot dans la zone torride (1). Elles étaient si maigres, qu'elles avaient à peine assez d*huile pour flotter ; et lorsqu'elles furent dépecées» leurs carcasses coulèrent à fond comme des pierres pesantes.

Les qualités des aliments de la Baleine franche donnent à ses excréments un peu de solidité» et une couleur ordinairement Yoisine de celle du safran, mais qui, dans certaines circonstances, offre des nuances rougefltres, et peut fournir, suivant l'opinion de certains auteurs, une teinture assez belle et durable. Cette dernière propriété s'accorderait avec ce que nous avons dit dans plus d'un endroit de VHistoire des poissons. Nous y avons fait observer que les Mollusques, non-seulement élaboraient cette substance, qui, en se durcissant autour d'eux, devenait une nacre brillante ou une coquille ornée des plus vives couleurs, mais encore paraissaient fournir aux poissons dont ils étaient la proie la matière argentine qui se rassemblait en écailles resplendissantes du feu des diamants et des pierres précieuses. La chair et les sucs de ces Mollusques, décomposés et remaniés, pour ainsi dire, dans les organes de la Baleine franche , ne produisent ni nacre, ni coquille, ni écailles vivement colorées, mais transmettraient à un des résultats de la digestion de ce cétacé des élémentsdecouleur plus ou moins nombreux et plus ou moins actifs.

Au reste, à quelque distance que la Baleine franche doive aller chercher raliment qui lui convient, elle peut la franchir avec une grande facilité; sa viiesse est si grande, que ce cétacé laisse derrière lui une voie large et profonde, comme celle d'un vaisseau qui vogue à pleines voiles. Elle parcourt onze mètres par seconde. Elle va plus vite que les vents alizés; deux fois plus prompte, elle dépasserait les vents les plus impétueux; trente fois plus rapide, elle aurait franchi 1 espace aussitôt que le son. En supposant 9ue douze heures de repos lui suffisent par jour, il ne lui faudrait que quarante-sept jours ou environ pour faire le tour du monde en suivant l'équateur, et vingt-quatre jours pour aller d'un pôle à l'autre, le long d'un méridien.

Comment se donne-t-elle cette vitesse prodigieuse ? par sa caudale, mais surtout par sa queue.

Ses muscles étant non-seulement trèspuissants, mais très-souples, ses mouvements sont faciles et soudains. L'éclair n'est pas plus prompt qu'un coup de sa caudale. Cette nageoire, dont la surface est quelquefois de neuf ou dix mètres carrés, et qui est horizontale, frappe l'eau avec violence, de haut en bas, ou de bas en haut, lorsque l'animal a besoin, pour s'élever, d'éprouver de la résistance dans le fluide au-dessus duquel

(1) A Voyage to the iouth Atlantic, for the purpose of exteoding the sperroaceti whale fisheries, etc., bv Cipuin James Coloeu. London, 1798.

sa queue se trouve, ou que, tendant à s'enfoncer dans l'océan, il cherche un obstacle dans la couche aqueuse qui recouvre sa

Jueue. Cependant , lorsque la Baleine part es profondeurs de l'Océan pour monter jusqu'à la surface de la mer, et que sa caudale aeit plusieurs fois de haut en bas, il est évident qu'elle est obligée, à chaque coup, de relever sa caudale pour la rabaisser ensuite. Elle ne la porte cependant vers le haut qu'avec lenteur, au lieu aue c'est arec rapidité qu'elle la ramène vers le bas jusqu'à la ligne horizontale et même au-deli.

Par une suite de cette diflférence, l'action que le cétacé peut exercer de bas en haut, et qui l'empêcherait de s'élever, est presque nulle relativement à celle qu'il exerce de haut en bas ; et, ne perdant presque aucuoe partie de la grande lorce qu*il emploie pour son ascension, il monte avec une vitesse extraordinaire.

Mais, lorsqu'au lieu de monter ou de descendre, la Baleine veut s'avancer horizontalement, elle frappe vers le haut et vers le bas avec une égale vitesse; elle agit dans les deux sens avec une force égale; elle trouve une égale résistance; elle éprouve une égale réaction. La caudale néanmoins, en se portant vers le bas et vers le haut, et en se relevant ou se rabaissant ensuite comme un ressort puissant, est hors de la liçne horizontale ; elle est pliée sur l'extrémité de la queue à laquelle eUe est attachée; elle forme avec cette queue un an^le plus ou moins ouvert et tourné alternatiToment vers le fond de l'Océan et vers Tatmosphère; elle présente donc aux couches d'eau sup^ rieures et aux couches inférieures une surface inclinée ; elle reçoit, pour ainsi dire, leur réaction sur un plan incliné.

Quelles sont les deux directions dans lesquelles elle est repoussée ?

Lorsque, après avoir été relevée, et descendant vers la ligne horizontale, elle frappe la couche d'eau inférieure, il est clair qu'elle est repoussée dans une ligne dirigée de bas en haut, mais inclinée en avant. Lomo'aa contraire , après avoir été rabaissée, elle se relève vers la liçne horizontale pour apr contre la couche d'eau supérieure, la réaction Qu'elle reçoit est dans le sens d'une ligne dirigée de haut en bas, et néanmoins inclinée en avant. L'impulsion supérieure et l'impulsion inférieure se succédant afee tant de rapidité, que leurs effets doifeot ôtre considérés comme simultanés, la caudale est donc poussée en même temps dans deux directions qui tendent l'une vers le haut, et l'autre vers le bas. Mais ces deux directions sont obliques ; mais elles partent en quelque sorte du même point; mais elles forment un angle; mais elles peuvent être regardées comme les deux côtés contigus d'un parallélogramme. La caudale, et par conséquent la Baleine, dont tout le corps partage le mouvement de cette nageoire»

doivent donc suivre la diagonale de oe pft* rallélogramme, et jmu* conséquent se aoufair en avant. La Balema parcourt une ligne ko^

BAL

POISSONS, ETC

BAL

mootale, si la^ répulsion supérieure et la Tépttlsion inférieure sont égales : elle s'a- Twce ea s'élevant, si la réaction qui vient (l*ea bas remporte sur l'autre; elle s'avance en s'ahaissant, si la répulsion produite par les coaches supérieures est la plus forte; et b diagonale qu'elle décrit est d'autant plus kngue dans un temps donné, ou, ce qui est h même chose, sa vitesse est d'autant plus griûde, que les couches d'eau ont été frappées avec plus de Tigueur, que les deux léictions sont plus puissantes, et que l'angle lormé par les directions de ces deux forces «st plus aigu.

Ce que nous menons de dire explique pourquoi, dans les moments où la Baleme vent monter Terticalement, elle est obligée, après a? oir relevé sa caudale, et à l'instant où elle veut frapper l'eau, non-seulement de nmener cette nageoire jusqu'à la ligne holizûoule, comme lorsqu'elle ne veut que s'araoeer horizontalement, mais même de la M faire dépasser vers le bas. En effet, sans cette précaution, la caudale, en se mouvant sur son articulation, en tournant sur l'extrémité de la queue comme sur une charnière, et en ne retombant cependant que ÎTisqu'k \a ligne horizontale, serait repouslèe de bas eu haut sans doute, mais dans une ligne inclinée en avant, parce qu'elle jurait agi elle-même par un plan incliné sur la coucbe d'eau inférieure. Ce n'est qu'après MfOJr dépassé la ligne horizontale, qu elle reçoit de là couche inférieure une impulsion qui tend à la porter de bas en haut, et en même temps en arrière, et qui, se combinant avec là première répulsion, laquelle •est dirigée rers le haut et obliquement en avant, peut déterminer la caudale à parcouii'r Qoe diagonale oui se trouve la liçne rerticale, et par conséquent forcer la Baleine 2 moaier verticalement.

Un raisonnement semblable démontrerait vnrqooi la Baleine qui veut descendre dam ine ligne verticale, est obligée, après aroir labaissé sa caudale, de la relever caotre les couches supérieures, non-seule- JDeot jusqu'à la ligne horizontale, mais môme au-dessus de cette ligne.

Ao reste» on comprendra encore mieux les effets qpie nous venons d'exposer, lorsau*o& saura de quelle manière la Baleine vaoche est plongée dans l'eau, même lorsqia'elle nage k la surface de la mer. On peut commencer d'en avoir une idée nette, en

E' ant les yeux sur les dessins de sir Joseph ncks, qfui représentent la Baleine nordcaper. Qiron regarde ensuite le dessin qui représente la Baleine franche, et que 1 on sache que lorsqu'elle nage même au plus baut des eaux, elle est assez enfoncée dans le fluide qui la soutient, pour qu'on n'aperfoive que le sommet de sa tête et celui de son dos. Ces deux sommités s'élèvent seules au-dessus de la surface de la mer. Elles naraissent comme deux portions de sphère séparées; car renfoncement compris entre le dos et la tête est recouvert par l'eau ; et dti liaut de la sommité antérieure, mais

très-près de la surface des flots, jaillissent les deux colonnes aqueuses que la Baleine franche lance par ses évents.

La caudale est donc placée à une distance de la surface de l'océan, égale au sixième ou à peu près de la longueur totale du cétacé; et par conséquent, il est deâ Baleines où cette nageoire est surmontée par une couche d'eau épaisse de six ou sept mètres.

La caudale cependant n'est pas pour la Baleine le plus puissant instrument de natation.

La queue de ce cétacé exécute, vers la droite ou vers la gauche, à la volonté de l'animal, des mouvements analogues à ceux qu'il imprime à sa caudale; et dès lors cette queue doit lui servir, non-seulement à changer de direction et à tourner vers la gauche ou vers la droite, mais encore à s'avancer horizontalement. Quelle différence cependant entre les effets que la caudale peut produire, et la vitesse que la Baleine peut recevoir de sa queue qui, mue avec agilité comme la caudale, présente des dimensions si supérieures a celles de cette nageoire I C'est dans cette queue, que réside la véritable puissance de la Baleine franche; c'est le grand ressort de sa vitesse ; c'est le grand levier avec lequel elle ébranle, fracasse et anéantit ; ou plutôt toute la force du cétacé réside dans l'ensemble formé par sa queue et par la nageoire qui la termine. Ses bras, ou, si on I aime mieux, ses nageoires pectorales, peuvent bien ajouter à la facilité avec laquelle la Baleine cnange l'intensité ou la direction de ses mouvements$ repousse ses ennemis ou leur donne la mort ; mais, nous le répétons, elle a reçu ses rames proprement dites, sou gouvernail, ses armes, sa lourde massue, lorsque la nature a donné à sa queue et à la nageoire qui y est attachée, la figure, la disposition, le volume, la masse, la mobilité, la sou-

(>lesse, la vigueur qu'elles montrent, et par e moyen desquelles elle a pu tant de cois briser ou renverser et submei^er de grandes embarcations.

Ajoutons que la facilité avec laquelle la Baleine franche agite non-seulement ses deux bras, mais encore les deux lobes de sa caudale, indépendamment l'un de l'autre , est pour elle un moyen bien utile de varier ses mouvements, de fléchir sa route, de changer sa position, et particulièrement de se coucher sur le côté, de se renverser sur le dos, et de tourner à volonté sur l'axe que l'on peut supposer dans le sens de sa plus grande longueur.

S'il est vrai que la Baleine franche a audessous de la gor^e un vaste réservoir qu'elle gonfle en y introduisant de l'air de 1 atmosphère, et qui ressemble plus ou moins à celui que nous ferons reconnaître dans d'autres énormes cétacés, elle est aidée dans plusieurs circonstances de ses mouvements, de ses voyages, de ses combats, par une nouvelle et grande cause d'agilité et de succès.

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BAL

REPTILES

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Mais, quoi qu'il en soit, corament pourraiton éire étonné des effets terribles qu'une Baleine franche peut produire, si l'on réfléchit au calcul suivant?

Une Baleine franche peut peser plus de cent cinquante mille kilogrammes. Sa masse est donc égale à celle de cent Rhinocéros, ou de cent Hippopotames, ou de cent Eléphants; eUâ est égale à celle de cent quinze Biillions de quelques-uns des quailrupèdes . qui appartiennent h la famille des Rongeurs et au Keare dts Musaraignes. Il faut multiplier Te^ tpi(mbres qui représentent cette masse, par ceux qui désignent une Yitesse suffisante pour faire parcourir à la Baleine onze mètres par seconde. Il est évident que voilà une mesure de la force de la Baleine, Quel choc ce oétacé doit produire 1

Un boulet de quarante-huit a sans doute une vitesse cent fois plus grande; mais comme sa masse est au moins six mille fois plus petite, sa force n'est que le soixantième de celle de la Baleine. Le choc de ce cétacé est donc égal à celui de soixante boulets de quarante-huit. Quelle terrible batterie 1 et cependant , lorsi^u'elle agite une grande partie de sa masse^ lorsqu'elle fait vibrer sa queue, qu'elle lui imprime un mouvement oien supérieur à celui qui fait parcourir onze mètres par seconde, qu'elle lui donne, pour ainsi dire, la rapidité de l'éclair, quel Violent coup de foudre elle doit frapper 1

£si-OD surpris maintenant que, lorsque des bâtiments l'assiègent dans une i;>aie, elle n'ail besoin que de ploft^jer et de se relever avec violence au-dessous de ces iraisseaux,

f)our les soulever, les culbuier, les couJei* à 6nd , disperser cette faible barrière , et cingler en vainqueur sur le vaste Océan (1)?

A la force individuelle les Baleines fran* ches peuvent réunir la puissance que donne le nombre. Quelque troublées qu'elles soient maintenant dans leurs, retraites boréales, elles vont encore souvent par troupes. Ne se disputant pas une nourriture qu'elles trouvent ordinairement en très-grande abondance, et D*é(ani pas habituellement agitées par des passions violentes, elles sont naturellement pacitiques, douces, et eotrainées les unes vers les autres par une sorte d'affeetioo quelquefois assez vive et même assez coostaote. Mais si elles n'ont pas besoia «to m défendre les unes contre les autres, elles peuvent être* contraintes d'employer leur puissance peur repousser des ennemis dangereux, ou d'avoiv recours à quelques manœuvres pour se délivrer d'attaques importunes se débarrasser d'un concours fatigant, et faire oess^ r des douleurs trop prolongées.

Un petit animal de la famille des Crustacés, et auquel on a donné le nom de Pou de Bahine^ tourmente beaucoup la Baleine franche. Il s'attache si fortement à la peau de ce cétacé, qu'on la déchire plutôt que

(1) On peut voir, dans Touvrage du savani professeur Schneider sur la Synonymie des poissons et des céuicës décrits par Artédi, le passage d'Albert, qa'U cite page 163.

de l'en arracher. 11 se cramponne parti- ' culièrenient à la commissure des nageoires, ' aux lèvres, aux parties de la génération, »' aux endroits les plus sensibles, et pu la '< Baleine ne peut pas, en se frottant, se déli- •! vrerde cet ennemi dont les morsures sonl * très-douloureuses et très-vives, surtout pen-i * dant le temps des chaleurs. i

D'autres parasites pullulent aussi sur son i corps. Très-souvent l'épaisseur de ces lé- 5

Juments la préserve de leur piqûre, et même ! u sentiment de leur présence ; mais, dans i quelques circonstances , ils doivent Tagiler, i comme la mouche du désert rend furieux le i lion et la panthère, au moins, s'il est vrai, ainsi qu'on Ta écrit, qu'ils se multiplient quelquefois sur la langue de ce cétacé, la I rongent et la dévorent, aii point de la détruire presque en entier, et de donner la mort à la Baleine.

Ces parasites et ces Cmslacés attirent fl'équemment sur le dos de la Baleine franche un grand liorahre d'oiseaux de mer qui aiment à se nourrir de ces Crustacés et de ces Insectes, les cherchent sans crainte sur ce large dos, et débarrassent le cétacé de ces animaux incommodes, comme le piquebœuf délivre les bœufs qni habitent les plaines brûlantes de l'Afrique des larves de Taons ou d'autres Insectes fatigants et funestes.

Aussi n'avons-tious pas été surpris de lire, dans le voyage du capitaine Colnett autour du cap Horn et dans le grand Océan, que depuis Vile Grande de l'Océan Atlanfi-

3ue, jusqu'auprès dos côtes de la Californie» avait vu des troupes de Pétrels bleus ^ccompngner les Baleines franches (1).

Mais voici trss ennemis de la Balei'ie. remarquables par leur grandeur, leur t-^fr lité, leurs forces et leurs amies. Ils la suivent avec acharnement, ils la combnllenl avec fureur; et cependant reconnaissons de nouveau la puissance de la Baleine franche : leur audace s'évanouit devant elle, s'ils ne peuvent pas, réunis plusieurs ensemble, concerter différentes attaques simultanées, combiner les efforts successifs de (tivers combattants, et si elle n'est pas encore trop ienne pour présenter tous les «ttribul^de l'espèce. . ,

Ces trois ennemis sont îe Squale Scie, le cétacé auquel on a donné le nom de Batkphin Orque, et le Squale Requin.

Le Squale Scie, que les pêcheurs nomment souvent YiveÙe , rencontre-t-ii «"^ Baleine franche dont l'âge soit encore trèspeu avaqcé et la vigueur peu développée, u ose, si la faim le dévore, se jeter sur ce cetacé

La jeune Baleme, pour le repousser, en- Ibnce sa tète dans reau, relève sa queue, l'agite et frap[)e des deux côtés. .

Si elle atteint son ennemi, elle laÇcaDie, le tue, 1 écrase d'un seul coup. Mais »• Squale se précipite en arrière, 1 évitât

m A Voyage, etc.. by James Colnell. LondWi

POISSONS , KTG

OAjL

bondit, tourne et retourne autour de son adtersAire, change è chaque iDstant son attvpie, saisit le moment le plus favorable, sélioce sur la Baleine, enfonce dans son dos la lame loDgue, osseuse et dentelée, d»inl son museau est garni, la retire avec Tiolenre, blesse profondément le jeune cétâfé, le déchire, le suit dans les profondeurs de l'Océan, le force è remonter vers la surface de la mer» recommence un combat terrible, et, s*il oe peut lui donner la mort, eiDÎre en frémissant.

Ltô Dauphins Orques se réunissent, fbrment une grande troupe , s'avancent tous eoseoible vers la Baleine ft*anche, Tattaquent de toutes narts, la mordent, la harcèlent, la foUgoeot Jla contraignent à ouvrir sa gueule, el, se jeiant sur sa langue, dont on dit qu^ils sont Irès-avides, la mettant en pièces, et Varrach&Dt par lambeaux, causent des douleurs insupportables au cétacé vaincu par le Dombre, et Teosanglantent par des blessures morleUes.

Les énormes Requins du Nord, que quel* ques navigateurs ont nommés Ours de mer à cause de leur voracité, combattent la Baleine sous Teao : ils ne cherchent pas à se i 1er sur sa langue; mais ils parviennent à «utoucer dans son venire les quintuples r^T\^ de leurs dents pointues et dentelées, et îui enlèvent d'énormes morceaux de téguments et de ffluscles.

Cependant on mugissement sourd ex-* Mime, a-t-^B dit, et les tourments et la rage de la Baleioe.

Uoe saeur abondante manifeste l'excès de

sa lassitude et le commencement de son

épuisement. Bile montre par là un nouveau

rapport avec les Quadrupèdes, et parlicu-

liéfeaieet avec le Cheval. Mais cette transpi-

ralioD a un caractère particulier : elle est, au

flKHDs en grande partie, le produit de celte

$ui)<tance graisseuse que nous avons vue

distribuée au-dessous de ses téguments, et

fue des mouvements forcés et une extrême

iÂttilude font suinter par les pores de la

f tto. Cne agitation violeute et une natation

^^rapide peuvent donc, en se prolongeant

trop longtemps « ou en revenant très-fré-

foêoiment , n^aigrir la Baleine franche ,

OMome le défaut d'une nourriture assez co-

pieiise et a^sez substan ieile.

Au reste, cette sueur, qui annonce la dinûnulion de sts forces ,^ n'étant qu'une transpiration huileuse ou graisseuse trèsfchaoffée, il n'est pas surprenant qu'elle répande une odeur sourent très-fétide ; et cette émanation infecte est une nouvelle cause qui attire les oiseaux de mer autour des troupes de Baleines franches, dont elle peut leur indiquer de loin la présence.

Cependant fa Baleine blessée, privée de presque tout son sang, harassée, excédée, tciablée par ses propres efforts, n'a plus qu'un fiaible reste de sa vigueur et de sa puissance. VOurs blanc, ou' plutôt VOurs *ian7tme. ce vorace et redoutable animal fOe la faim rend si souvent plus terrible neore, quitte alors les bancs de glace o«

les rives gelées sur lesquels il se tient en embuscade, se jette à la nage, arrive jusqu'à oe célacé, ose l'attaquer. Mais, quoi(^u6 expirante, elle montre encore qu'elle est le plus grand des animaux : elle ranime ses forces défaillantes; et peu d'instants même avant sa mort, un coup de sa queue immole l'ennemi trop audacieux qui a eu ne trouver en elle qu'une victime sans défense. Elle peut dautant plus faire ce dernier effort, que ses muscles sont très-susceplibles d'une excitation soudaine. Ils conservent une grande irritabilité longtemps après la mort du cétacé : ils sont par conséquent très -propres à montrer les phénomènes éle(ftriques auxquels on a donné le nom de Galvanisme; et un physicien attentif oe manauera pas d'observer que la Baleine franche non-seulement vit au milieu de§ eaux comme la Raie Torpille, le Gymnote engourdissanif le Malaptérure électrique, etc., mais encore est imprégnée, comme ces

Êoissons, d'une grande quantité de substance uileuse et idioélectrique.

Le cadavre de la Baleine flotte sur la mer. L'Ours maiitime, les Squales, les oiseaux de mer , se précipitent alors sur cette proie facile, la déchirent et la dévorent.

Mais cet Ours maritime n'insulte ainsi, pour ainsi dire, aux derniers moments de la leune Baleine, que.dans les parages polaires, les seuls qu'il inteste; et la Baleine franche habite dans tous les climats. Elle appartient aux deux hémisphères, ou plutôt les mers australes et les mers boréales lui appartiennent.

Disons maintenant quels sont les endroits qu'elle paraît préférer.

Quels sont les rivages, les continents et les iles auprès desquels on l'a vue, ou les mers dans lesquelles on l'a rencoutrée ?

Le Spitzberg, vers le quatre-vingtième de-

fjréde latitude; le nouveau Groëulaud, l'Isande, le vieux Groenland, le détroit de I>avis, le Canada, Terre-Neuve, la Caroline, cette partie de l'Océan Atlantique austral qui est située au quarantième degré de latitude et vers le trente-sixième degré de longitude occidentale, à compter du méridien de Paris ; file Mocha, placée également au quarantième degré de latitude, et voisine des côtes du Chili, dans le grand Océan méridional; Gualimala, le golfe de Panama^ les lies Galla^tago, et les rivages occidentaux du Mexique, dans la zone torride; le Japon, la Corée, les Philippines, le cap de Galles, è la pointe de l'ile de Ceylaa;i; iea environs du golfe Persique, l'ile de Socolora, près de l'Arabie heureuse, la côte orientale d'Afrique, Madagascar, la baie de Sainte-Hélène , la Guinée, la Corse, dans h Méditerranée; le golfe de Gascogne, la Baltique, la Norwége.

Nous venons, par la|>ensée, de fairele tour du monde; et dans tous les climats, dans toutes les parties de l'Océan, nous voyons que la Baleine franche s'y est montrée. Mais nous avons trois cotisidérations importantes è présentera cesiget.

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REPTILES

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Premièrement, on peut croire qu*à toutes les latitudes on a vu les Baleines franches réunies plusieurs ensemble, pourvu qu'on les rencontrât dans l'Océan; et ce n'est pres-

Îue jamais que dans de petites mers, dans es mers intérieures et très-fréquentées, comme la Méditerranée, que ces cétacés , tels que la Baleine franche prise près de Ttle de Corse en 1620, ont paru isolés, aprèsavoir été apparemment rejetés de leur route, entraînés et égarés par quelque grande agitation des eaux.

Secondement, lesanciens Grecs, et surtout Aristote, ses contemporains, et ceux qui sont ▼enus après lui, ont pu avoir des notions très-muUipliées sur les Baleines franches, non-seulement parce que plusieurs de ces Baleines ont pu entrer accidentellement dans la Méditerranée, dont ils habitaient les bords, mais encore à cause des relations que la guerre et le commerce avaient données à la Grèce avec la mer d'Arabie, celle de Perse, et les golfes du Sinde et du Gange, que fréquentaient les cétacés dont nous parlons, et où ces Baleines franches devaient être plus nombreuses que de nos jours.

Troisièmement, les géographes apprendront avec intérêt que pendant longtemps on a vu tous les ans, près des côtes de laCorée, entre le Japon et la Chine, des Baleines dont le dos était encore chargé de harpons lancés par des pécheurs européens près des rivages du Spitzberç ou du Groenland (1).

Il est donc au moins une saison de l'année où la mer est assez dégagée de glaces pour livrer un passage qui conduise de l'Océan Atlantique septentrional dans le Krand Océan boréal, au travers de l'Océan glacial arctique.

Les Baleines harponnées dans le nord de l'Europe, et retrouvées dans le nord de l'Asie, ont dû passer au nord de la nouvelle Zemble, s'approcher très-près du pôle, suivre presque un diamètre du cercle polaire, pénétrer dans le grand Océan par le détroit de Behring, traverser le bassin du même nom, voguer le long du Kamtschatka, des îles Kuriles, de l'île de Jéso, et parvenir

i'usque vers le trentième degré de latitude >oreale, près de l'embouchure du fleuve qui baigne les murs de Nankin.

Elles ont dû, pendant ce long trajet, parcourir une lime au moins de quatre-vingts degrés, ou ae mille myriamétres: mais, d'après ce que nous avons déjà dit, il estpossible que, pour ce grand voyage, elles n'aient eu besoin que de dix ou onze jours. Et quel obstacle la température de l'air

BDurrait-elle opposer à la Baleine franche ? ans les zones brûlantes, elle trouve aisément au fond des eaux un abri ou un soulagement contre les effets de la chaleur de 1 atmosphère. Lorsqu'elle nage à la surface de 1 Océan équinoxial, elle ne craint pas que l'ardeur du soleil de la zone torride dfessèche sa peau d*une manière funeste, comme les

(1) Duhamel, Traité des pêekes; pèche de la Baleine, etc.

rayons de cet astre dessèchent, dans quelques circonstances, la peau de l'Eléphant et des autres Pachydermes ; les téguments qui revêtent son dos, continuellement arrosés

I)ar les vagues, ou submergés à sa volonté orsqu'elle sillonne pendant le calme la sur- { face unie de la mer, ne cessent de conserrer toute la souplesse qui lui est nécessaire: et lorsqu'elle s'approche du pôle, n'est-elle pas garantie des effets nuisibles du froid par la couche épaisse de graisse qui la recouvre ?

Si elle abandonne certains parages, c'est donc principalement ou pour se procurerune nourriture plus abondante, ou pour chercher à se dérober à la poursuitederhomme. Dans le douzième, le treizième et le quatorzième siècle, les Baleines franches étaient si répandues auprès des rivages français, que la pèche de ces animaux y était très-lucrative; mais, harcelées avec acharnement, elles se retirèrent vers des latitudes plus septentrionales.

L^historien des pèches des Hollandais dans les mers du Nord dit c^ue les Baleines franches, trouvant une nourriture abondante et un repos très-peu troublé auprès des côtes du Groenland, de l'île de J. Majeo,et du SpitzÉerg, y étaient très-muUipliées; mais que lespécneurs des différentes nations arrivant dans ces parages, se les partageant comme leur domaine, et ne cessant d*y attaquer ces grands cétacés, les Baleines franches, devenues farouches, abandonné* rent des mers où un combat succédait sans cesse à un autre combat, se réfugièrent vers les glaces du pôle, et conserveront cet asile jusqu'à l'époaue où, poursuivies au miliea de ces glaces les plus septentrionales, elles reviendront vers les côtes du Spitzberg elles baies du Groenland, qu'elles habitaient paisiblement avant l'arrivée des premiers narigateurs.

Voilà pourquoi plus on approche du pWet

glus on trouve de bancs de glace, et plus les aleines que l'on rencontre sont grosses, chargées, de graisse huileuse , famiWfW, pour ainsi dire, et faciles à prendre.

Et voilà pourquoi encore les grandes Baleines franches que Ton voit en deçà du soixantième degré de latitude, vers le Labrador, par exemple, et vers le Canada, paraissent presque toutes blessées pa^desaa^ pons lancés dans les parages polaires.

On assure néanmoins que pendant Thi^er les Baleines disparaissent d auprès des rivages envahis par les glaces, quittent le voisinage du pôle, et s'avancent dans la zone tempérée, jusqu'au retour du printemps.

Mais, dans celte migration périodique, elles ne doivent pas fuir un froid qu'elles peuvent supporter ; elles n'évitent pas les effets directs d*une température rigoureuse ; elles ne s'éloignent que de ces croûtes de glace, ou de ces masses congelées, durcies, immobiles et profondes, qui ne leur permettraient fli de chercher leur nourriture sur l^s MS* fonds, fni de venir à la surface de 1 Océan

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POISS(^S , ETC.

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respirer Tair de l'atmosphère, sans lequel dles ne peuvent yivre.

Lorsqu'on réfléchit aux troupes nombreuses de Baleines franches qui dans des temps if^-recalés habitaient toutes les mers, à l'é- Donoitéde leurs os, à la nature de ces parties osseuses, à Ja facilité avec laquelle ces portions compactes et huileuses peuvent résister aux effets de Thumidité, on n*est pas surpris qu*on ait trouvé des fragments de squelettes de Baleine dans plusieurs contrées dû ^obe, sous des couches plus ou moins épti5ses ; ces fragaients ne sont que de nouvelles preuves du séjour de TOcéan au-des- SOS de toutes les portions de la terre qui sont maintenant plus élevées que le niveau des mers.

Et cependant, comment le nombre de ces eéucés ne serait -il pas très-dimi-

DOé!

11 y a plus de deux ou trois siècles que ïm Basques, ces marins intrépides, les premiers qui aient osé affronter les dangers de fOoièXk glaàal et voguer vers le pôle arctique, animés par le succès avec lequel ils avaient péché la Baleine franche dans le golfe de iàascogDe, s'avancèrent en haute mer, parvinrent, après différentes tentatives, jusqu'aux cfttes dislande et à celles du Groënuod, développèrent toutes les ressources d'un peuple entreprenant et laborieux, équipèrent des flottes de cinquante ou soixante Danres, ef, aidi^ par les Islandais, trouvôrenl dsns une pèche abondante le dédommagemeDi de leurs peines et la récompense de leurs efforts.

Dès la fin du xvi* siècle, en 1598, lous le règne d'Elisabeth, les Anglais, qui avaieat été obligés jusqu'à cette époque de se servir des Basc[ues pour la pécne de la luJeioa, l'extraction de l'huile, et même, suifiot MM. Pennant et Hackluyts, pour le radoubdes tonneaux, envoyèrent dans le Groêoldod des navires destinés à cette même pédie.

Ms it08,ils s'avancèrent jusqu'au quatre- ^iofùème degré de latitude septentrionale, 61/mat possession de l'île de J. Ma) en, et <la Spitzberg, que les Hollandais avaient déeooTert en 15^.

Oq vit, dès 1612, ces mêmes Hollandais, aidés par les Basques, qui composaient une pirtie de leurs équipages et dingeaient leurs leotatives, se montrer sur les côtes du Spitzberg sur celles du Groenland, dans le détroit de Davis, résister avec constance aux efforts que les Anglais ne cessèrent de renouveler afin de leur interdire les parages fréquentés par les Baleines franches, et faire coostruire avec soin dans leur patrie les Bugasins, les ateliers et les fourneaux nécessaires pour tirer le parti le plus avantageux des produits de la prise de ces cétacés.

D'autres peuples, encouragés par les succès des Anglais et des Hollandais, les Brémoîs, les Bambourgeois, les Danois, arrivèrent dans les mers du Nord : tout concou- ' mtk la destruction de la Baleine; leurs ri-

valités se turent : ils partagèrent les rivages les plus favorables a leur entreprise; ils élevèrent paisiblement leurs fourneaux sur les côtes et dans le fond des baies qu'ils avaient choisies ou qu'on leur avait cédées.

Les Hollandais particulièrement, réunis en compagnies, formèrent de ^ands établissements sur les rivages du Spitzbers, de l'tlede J. Mayen« de l'Islande, du Groenland, et du détroit de Davis, dont les golfes et les anses étaient encore peuplés d'un grand nombre de cétacés.

Ils fondèrent dans l'Ile d'Amsterdam le village de Smeerenbourg (bourg de la fonte) ; ils y bâtirent des boulangeries, des entrepôts, des boutiques de diverses marchandises, des cabarets, des auberges ; ils y envoyèrent, à la suite de leurs escadres pêcheuses, des navires charçés de vin, d'eau-de-vie, de tabac, de différents comestibles.

On fondit dans ces établissements, ainsi que dans les fourneaux des autres nations, presque tout le lard des Baleines dont on s'était rendu maître; on y prépara l'huile que donnait cette fonte; un égal nombre de vaisseaux put rapporter le produit d'un plus grand nombre de ces animaux.

Les Baleines franches étaient encore sans méfiance ; une expérience cruelle ne leur avait pas appris à reconnaître les pièges de l'homme et à redouter l'arrivée de ses flottes : loin de les fuir, elles nageaient avec assurance le long des côtes et dans les baies les plus voisines; elles se montraient avec sécurité à la surface de la mer; elles environnaient en foule les navires ; se jouant autour de ces bâtiments, elles se livraient, pour ainsi dire, à l'avidité des pêcheurs, et les escadres les plus nombreuses ne pouvaient emporter la dépouille que d'une petite partie de celles qui se présentaient d'ellesmêmes au harpon.

£n 1672, le gouvernement anelais encouragea par une prime la pêche de la Baleine.

En 1695, la compagnie anglaise formée pour cette même pêche était soutenue par des souscriptions dont la valeur montait à 82,000 livres sterling.

Le capitaine hollandais Zorgdrager, qui commandait le vaisseau nommé U$ Quatre^' Frères f rapporte qu'en 1697, il se trouva dans une baie du Groenland, avec quinze navires brémois qui avaient pris cent quatre-vingtdix Baleines ; cinquante bâtiments de Hambourg, qui en avaient harponné cinq cent 3uinze ; et cent vingt et un vaisseaux hollanais, qui en avaient pris douze cent cinquante-deux.

Pendant près d'un siècle, on n'a pas eu besoin, pour trouver de grandes troupes de ces cétacés, de toucher aux plages de fflace: on se contentait de faire voile vers le Spitzberg et les autres îles du nord ; et l'on fondait dans les fourneaux de ces contrées boréales une si grande quantité d'huile de Baleine, que les navires pêcheurs nesufOsaienl

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{REPTSiES ,

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pas pour la rapporter, et qu'on était obligé d'envoyer chercher une partie considérable de cetle huile par d'autres bAiimenls.

Lorsque ensuite les Baleines franches furent devenues si farouchesdtns les environs de Smeerenboîirg et ât^s autres endroits fréquentés par les pêcheurs, qu'on ne pouvait f;îus ni les approcher, ni les surprendre, ni es tromper et les retenir par des appâts, ou redoubla de patience et d'efforts. On ne cessa de les suivre dans leurs retraites successives. On put d'autant plus aisément ne pas s'écarter de leurs traces, que ces animaux paraissaient n'abandonner qu'à regret les plages où ils avaient pendant tant de temps Vogué en liberté, et les bancs de sable oui leur avaient fourni l'aliment qu'ils préièrent. Leur migration fut lente et progressive: elles ne s'éloignèrent d'abord qu'à de petites dîstancf^s; etlors(|ue, voulant, pour ainsi dire, le repos par-dessus tout, elles quilt^rent une patrie trop fréquemment troublée, abandonnèrent pour toujours les côtes, les baies, les bancs auprès desquels elles étaient nées, et allèrent au loin se réfugier sur les bords d(*s glaces, elles virnt arriver leurs ennemis d'aut<tnt plus acharnés contre elles , que , pour les atteindre , ils avaient été forcés de braver les tempêtes et la mort.

En vain un brouillard, une bnnne, un orage, un vent impétueux, empêchaient souvent qu*on ne poursuivît celles que le harpon avait percées; en vain ces cétacés blessés s*échappàient quelquefois à de si grandes dislances, que l'équipage du canot pêcheur était obligé de couper la ligne attachée au harpon, et qui, l'entraînant avec vitesse, l'aurait bientôt assez éloigné des vaisseaux pour qu*il fût perdu sur la surface des mers; en vain les Baleines que la lance avait ensanglantées avertissaient par leur fuite précipitée celles que l'on n'avait pas encore découvertes de 1 approche de l'ennemi: le courage ou plutôt llaudace des pêcheurs surmontait tous les obstacles. Ils montaient au haut des mâts pour apercevoir de loin les cétacées qu'ils cherchaient ; ils affrontaient les glaçons flottants, et, voulant trouver leur salut dans le danger même, ils amarraient leurs bâtiments aux extrémités des glaces mouvantes.

Les Baleines, fatiguées enfin d'une guerre si longue et si opiniâtre, disparurent de nouveau, s'enfoncèrent sous les glaces fixes, et choisirent |:)articulièrement leur asile sous cette crotlte immense et congelée que lesBataves avaient nommée Westys (la glace de l'ouest.)

Les pécheurs allèrent jusqu'à ces glaces immobiles, au travers de glaçons mouvants, de montagnes flottantes, et par conséquent de tous les périls; il les investirent ; et, s'a|>prochant dans leurs chaloupes de ces bords glacés, ils épièrent avec une constance merveilleuse les moments où les Baleines étaient contraintes de sortir de dessous leur voûte gelée et protectrice, pour respirer l'air de ratHiosphère.

Immédiatement avant la guerre de ITI4, les Bas jues se livraient encore à ces noWei et périlleuses entreprises, dont ils avalent les premiers donné le glorieux exemple.

Bientôt après, les Anglais donnèrent de nouveaux encouragements à la pêche de la Baleine, par la formation d'une société respectable, par l'assurance d'un intérêtavantageux, par une prime très-forte, par de grandes récompenses distribuées à ceux dont la pêche avait été la plus abondante, par d«$ indemnités égales aux pertes éprouvées dans les premières tentatives, par une exefDption de droits sur les objets d'approvisionnement, par la liberté la plus illimitée accordée pour la formation des équipages gne dans aucune circonstance une levée forcée de matelots ne pouvait atteindre tri inquiéter.

Avant la révolution qui a créé les États- Unis, les habitants du continent de l'Atoén(|ue septentrionale avaient obtenu, dans la penche de la Baleine, des succès qui présageaient ceux qui leur étaient réservés. Dès 1765, Anticosl, Rhode-Island , et d'autres villt3S américaines, avaient armé un grand nombre de navires. Deux ans après, les Bataves envoyèrent cent trenle-aeux navires pêcheurs sur les côtes du Groenland, et trente-deux au détroit de Davis. Bn 1768,1e

frand Frédéric, dont les vues politiques taient aussi admirables crue les tâents militaires, ordonna que la ville d'Rnbden émiif)ât [)lusieurs navires pour la pêche des laeines frandies. En 1774, une compagnie suédoise, très-favorisée, fut Âablie à G(h thembourg, pour envoyer pêcher dans le détroit de Da Vis et près des ri vages du Groenland. En 1775, le roi de Danemarck donna des bâtiments de TEtat à une eorD|)agme établie à Berghem pour le même objet. Le

f Parlement d'Angleterre augmenta, en ITW» es faveurs dont jouissaient ceux qui preliaient part à la pêche de la Baleine. Le gooverneraent français ordonna, en 1784, qu'on araxât à ses frais six bâtiments pour la inéaie pêch;», et engagea plusieurs familles de Jïle de NantuckeU, très-habiles et très-eiercées dans l'art 4^ la poche, à venir s'établira Dunkerque. Les Hambourgeois ont encore eîîvoyé, en 1789 , trente-dent navires au Groenland, ou an détroit de Davis. Et coibment trn peuple navigafteur et écltfrré i)*wrait-il pas cherché à romtnencer, o<>nserver on perfectionner des entreprises qui procu rent une si grande quantité d'objets de commerce nécessaires ou précieux, emploient tant de constructeurs, donnent iies bénéfices considérables à tant de fournisseurs d'agrès, d'anparaux ou de vivres, font mouvoir tant de bras, et forment les matelots les plus sobres, les plus robustes, les plus experinientés, les plus intrépides?

En considérant un si grand nombre de té* sultals importants, pourrait^n être ëlon«é de l'attention, des soins, des précautions multipliées, par lesquels on tôche d'assurer ou d accroître les succès de la poche de la Baleine?

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POISSONS > îLiC.

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Les narîres qti^n emploie i cette pêche OBl ocdinairement de trente-cinq à quarante m^\r^% de longueur. On les double d'un bordage de chêne assez épais et assez fort pour résister au choc des çlaces. On leur doocw à chacun depuis six jusqu'à huit on neuf chaloupes, d'un peu plus de tiuil mètres de longueur, de deui raètrt^s ou environ de hrgeur, et d*tin mèlre de profondeur, depuis le plH*bord jusqu'à la quille. Un ou deux tûrponf^eurs sont destinés pour chacune de c«s chaloupes pêcheuses. On les choisit issezâdroRs pour percer la Baleine, encore éloignée, dans Tendroil le plus convenable ; »i5« habiles pour diriger la chaloupe suin:it la route de la Baleme fbanche, même lorsqu*eltft nage entre deux eaux ; et asset npérhDeftlés pour juger de Tendroit où ce cMacé è\èTera le sommet de sa tête au dessus de h surface de la mel^, afin de respirer par ses érents Tair de l'atmosphère.

Le harpon qu'ils lancent est un dard un

r pesant et triangulaire, dont le fer, long près tfun mètre, doit être doux, bien corroyé, très-affilé au bout, tranchant des deux cArts, et barbelé sur ses bords. Ce fer, ou te dard proprement dit, se termine pal» une douille de ufês d'un mètre de longueur, d dans hquelle on ftit entrer un manche Vrtvgros, cl lou's de deut ou trois mètres. On attache au dard tnême, ou à sa douille, la ligne, qui est faffe du plus beau chanvre, et que l'on m gtndrtfrtne pas, pour qu'elle coaserre S9 flexibilité, malgré le froid extr^me qae Von éprouve dans les parages où J on &jt h pêche dé la Baleine.

La lance dont on se sert pour cette pêche diffère du harpon, en ce que le fer n a pas dW/eioa areilfes qui empêchent cru'on ïre la relire facilement du corps de la Baleine, et quon n'en porte plusieurs coups de suite avec force et rapidité. Elle a souvent cinq mètres de long, et la longueur du fer est a l'eu près Je tiers de la longueur totale de cet «\sirument.

Le printemps est la saison la plus favorable pour la pèche des Baleines franches, aux de^ lrès-voi>ins du (»ôle. L'été l'e^ beauom moins. Kn effi-t, la chaleur du soleil, âpres le solstice, fondant la glace en difl'ôrenls endroits, produit des ouvertures, trèsiar^es dans les portions de plages congelées où la croûte était le moins épaisse. Les Haleines qaillenf alors les bords des immenses bancs de glace, même lorsqu'elles ne ^1 pas poursuivies. Elles parcourent de ifèâ-grandes distances au-dessous de ces àarops vastes et endurcis, parce qu'elles fespirent facilement dans cette Vaste retraite, en nageant d'ouverture en ouverture; et les {lécheurs peuvent d'autant moins les suivre ûans ces espaces ouverts, que les glaçons détachés qui y flottent briseraient ou arrêteraient les canots que Ton voudrait y faire ▼ôguer.

D'ailleurs, pendant le printemps, les Baleines trouvent, en avant des champs immobiles de elace, une nourriture abondante et couY^oaLble.

Il est sans doute des années et des parages où l'on ne peut que pendant l'été ou pendant l'automne surprendre les Baleines, ou se rencontrer avec leur passage; mais on a souvent vu, dans le mois d'avril ou de mai, un si grand nombre de fiaieines franches réunies entre le 77" et le 79" degrés de latitude nord, que l'eau lancée par leurs évents, et retombant en pluie plus ou moins divisée, représentait de loin la fumée qui s'élève au-dessus d'une immense capitale.

Néanmoins les pêcheurs qui, par exemple, dans le détroit de Davis, ou vers le Spilzberg, pénètrent très-avant au milieu des glaces, doivent commencer leurs tentatives plus tard et les finir plus t6t, pour ne pas s exposer à des dé^çels imprévus ou à des gelées subites, dont les effets pourraient leur être funestes.

Au reste, les glaces des mors polaires se présentent aux pêcheurs de Baleines dans quatre états différents.

Premièrement, ces glaces sont contigués; secondement, elles sont divisées en grandes plages immobiles; troisièmement, elles consistent dans des bancs de glaçons accumulés ; quatrièmement, enfin, ces banes ou montagnes d'eau gelée sont mouvants, et les courants, ainsi que les vents, les entraînent

Les pêcheurs hollandais ont dorme le nom de champs de glace aux espaces glacés dd pins de deux milles de diamètre; de hancé de glaccy aux espaces gelés dont le diamètre a moins de deut milles, méfia plus d'un demi-mille ; et de grMids glùç&n^^, aux espaces elacés qui n'ont pas plus d'un demimille de diamètre.

On rehcontre Vers le Spit^berg de grands bahcs de glace qui ont quatre o»ti cmq myriamètres de circonférence. Comme tes intervalles qui les séparent forment «ne sorte de {^rt naturel, dans lequel la mer est pres-

2ue toujours tranquille, les pêcheurs s'y tablissenl sans crainte; TUarife ils redoutent de se placer entre les petits bancs qui n*ont que deux ou trois cents mètres de tour, et que la moindre agitation de l'Océan peut rapprocher les uns des autres. Ils peuvent bien, avec des gaffes ou d'autres instrutoents, détourner de petits glaçohs. îïs eitl aussi employé souvent avec suCfcès, pour amortir le clïoc des glaçons plus étendus et plus rajVides, le corps d'une Baleiné dépouillée de son lard, et placé sur le côté et en dehors du bâtiment. Mais que servent ces précautions, ou d'autres semblables, contre Ces masses durcies et mobiles qui ont plus de cinquante mètres d'élévation? ce n'est que lorsque ces glaçons étendus et flottants sont très-éloignés l'un de l'autre qu'on ose pêcher la Baleine dans les vides qui les séparent. On cherche un banc qui ait au moinâ trois ou quatre brasses de profondeur audessous de la surface de l'eia, et qui soit assez fort par son volume, et assez stable par sa masse, pour reiemr le navire qu'on y amarre.

Il est très-rare que l'équipage d'un seul navire puisse poursuivre en même temps

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REPTILES

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deux Baleines au milieu des glaces mouvantes. On ne hasarde une seconde attaque, que lorsque la Baleine franche, harponnée et suivie, est entièrement épuisée et près d'expirer.

Mais, dans quelque parageque Ton pèche, dès que le matelot gt^etteufj qui est placé dans un point élevé du bâtiment, d'où sa vue peut s'étendre au loin, aperçoit une Baleine, il donne le signal convenu ; les chaloupes partent, et, à force de rames, on s'avance en silence vers l'endroit où on l'a vue. Le pécheur le plus bardi et le plus vigoureux est debout sur l'avant de sa chaloupe, tenant le harpon de la main droite. Les Basques sont fameux par leur habileté à lancercet mstrument de mort.

Dans les premiers temps de la pèche de la Baleine, on approchait le plus possible de cet animal avant de lui donner le premier coup de* harpon. Quelquefois même le harponneur ne l'attaquait que lorsque la cha* loupe était arrivée sur le dos de ce cétacé.

liais le plus souvent, dès que la chaloupe est parvenue à dix mètres de la Baleine franche, le harponneur jette avec force le harpon contre l'un des endroits les plus sensibles de l'animal, comme le dos, le dessous du ventre, les deux masses de chair mollasse gui sont à côté des évents. Le plus

f;rand poids de l'instrument étant dans le èr triangulaire, de quelque manière qu'il soit lancé, sa pointe tombe et frappe la première. Une U^e de douze brasses ou environ est attachée à ce fer, et prolongée par d'autres cordages.

Albert rapporte que, de son temps, des pêcheurs, au lieu de jeter le harpon avec la main, le lançaient par le moyen d'une baliste; et le savant Schneider fait observer que les Anglais, voulant atteindre la Baleine à une distance bien supérieure à celle de dix mètres, ont renouvelé oc dernier moyen, en remplaçant la baliste par une arme à feu, et en substituant le harpon à la balle de cette arme, dans le canon de laquelle ils font entrer le manche de cet instrument (1). Les Hollandais ont employé, comme les Anglais, une sorte da mousquet pour lancer le harpon avec moins de danger et avec plus de lorce et de facilité (2).

A l'instant où la Baieine se sent blessée, ejle s'échappe avec vitesse. Sa fuite est si rapide, que si la corde, formée par toutes les lignes qu'elle entraîne, lui résistait un instant, la chaloupe chavirerait et coulerait k fond : aussi a-t-on le plus grand soin d'empêcher que cette corde ou ligne générale ne s'accroche; et de plus, on ne cesse de la mpuiller, afin que son frottement contre le bord de la chaloupe ne l'enflamme pas et n'allume pas le bois.

C^penaant l'équipage, resté à bord du vaisseau, observe de loin les manœuvres de

(1) Peivi Artedi Synonymsa ptsctiim, etc., auctore J. G. Schneider, etc., pag. 165.

(2) Hhtoire de$ pèche» de» Hollandais, etc., t. I, p.tfï

la chaloupe. Lorsqu'il croit que la Balein^ s'est assez éloignée pour avoir obligé dd filer la plus grande partie des cordages, unj seconde chaloupe lorce de rames vers I4I première, et attache successivement sq$\ lignes à celles qu'emporte le cétacé.

Le secours se fait-il attendre; les matelots de la chaloupe l'appellent k grand cris. Ils se servent de grands porte-voix; ils font] entendre leurs trompes ou cornets de détresse. Ils ont recours aux deux lignes qu'ils nomment lignes de réserve: ils font doux tours de la dernière qui leur reste; ils l'attachent au bord de leur nacelle; ils se laissent remorquer par l'énorme animal ; ils relèvent de temps en temps la chaloupe, oui s'enfonct presque jusqu'à fleur d'eau, en laissant couler peu à peu cette seconde ligne de réserve, leur dernière ressource; et enfin, s'ils no •voient pas la corde extrêmement longua tt violemment tendue se casser avec effort, oa le harpon se détacher de la Baleine en dj chirant les chairs du cétacé, ils sont forcés de couper eux-mêmes cette corde, et d'abandonner leur proie, le barpon et leurs lignes, pour éviter d'être précipités sous les glaces, ou engloutis dans les abîmes de l'Océan.

Mais lorsque le service se fait avec exactitude, la seconde chaloupe arrive au moment convenable; les autres la suivent, et se placent autour de la première, à la distança d'une portée de canon l'une de l'autre, pour veiller sur un plus grand champ. On pavillon particulier nommé gaillaraet^ et éleré sur le vaisseau, indique ce que l'on reconnaît, du haut des mâts, de la route du cétacé. La Baleine, tourmentée par la douleur que lui cause sa large blessure, fait les plus grands efforts pour se délivrer du barpon qui la déchire; elle s'agite, se fatigue, s'échauffe; elle vient à la surface de la mer chercher un air qui la rafraîchisse et lui donne des forces nouvelles. Toutes les chaloupes voguent alors vers elle; le harponneur du second de ces b&timents lui lance un second harpon ; on l'attaque avec la lance. L'animal plonge, et fuit de nouveau irec vitesse; on le poursuit avec courage; 00 Ib suit avec précaution. Si la corde attachée au second harpon se rel&che, et surtout si •Ho flotte sur l'eau, on est sûr que le cétacé est très-affaibli, et peut-être déjà mort; on la ramène à soi; on la retire, en la disposant en cercles ou plutôt en spirales, aflode pouvoir la filer de nouveau avec facilité^ si le cétacé, par un dernier effort, s'enfuit une troisième foie. Hais, quelques farces que la Baleine conserve après là seconde attaque, elle reparaît à la surface de l'Océan beaucoup plus tôt qu'après sa première blessure. Si quelque coup de lance a pénétré jusqu'à ses poumons, le sang sort en abondance par ses deux évents. On ose alors s'approcher de plus près du colosse; on le perce avec la lance; on le frappe à coups redoublés ; on tâche de faire pénétrer l'arme meurtrière au défaut des côtes. La Baleine, blessée mortellement, se réfugie quelguefois sous des glaces voisines : mais la dou-

POISSONS , ETC

BâL

\eur insupportable que ses plaies profondes lai fonl éprouver, les harpons qu'elle em- [lortc, qu^elle secoue, et dont le mouvement agnodit ses blessures, sa fatigue extrême, $00 affaiblissement que chaque instant acrmtt, tout Tobliee à sortir de cet asile. Oie ne suit plus dans sa fuite de direction déierminée. Bientôt elle s'arrête; et, réduite aai abois, elle ne peut plus que soulever son èDorme masse et chercher a parer avec sesaa^nres les coups qu'on lui porte encorf. Redoutable cepeudantlorsmêmequ'elle eipîre, ses derniers moments sont ceux du

Sas grand des animaux. Tant qu'elle comit encore contre la mort, on évite avec ^Âth sa terrible queue, dont un seul coup ferait toler la chaloupe en éclats; on ne, manœuTreque pour l'empêcher 'd'aller terminer sa croelle agonie dansMes profondeurs recoa?ertes par des bancs de glace, qui ne permettraient d'en retirer son cadavre qu'a* veebeaucouD de peine.

Les Groemandais, par un usage semblable à celui au'Oppien attribue à ceux qui péchaient de son temps dans la mer Atlantique, attachent aux harpons qu'ils lancent, avec aul&nl d'adresse que d'intrépidité, contre la Meine, des espèces d'outrés faites avec de \a peau de?hoque,el pleines d'air atmosphérique. Ces outres très-légères non-seulement font que les harpons qui se détachent flottent et oe 50III pas perdus, mais encore empêchent te céUcé blessé de plonger dans h m^T^ ef de disparaître aux yeux des pêcheurs. Elles augmentent assez la légèreté n)écifiaue de l'animal, dans un moment où 1 affaibiisseiDeDt de ses forces ne permet à ses nageoires et à sa queue de lutter contre cède légèreté qu'avec beaucoup de désavandfge, pour que la petite différence qui existe oitfinairement entre cette légèreté et celle de l'eau salée s'évanouisse, et que la Baleine ne pusse pas s'enfoncer.

us habitants de plusieurs lies voisines du lamtschatka vont, pendant l'automne, 1 \^ raiherche des Baleines franches, qui ai)oadeDt alors près de leurs côtes. Lors- <fu ils en trouvent d'endormies, ils s'en approchent sans bruit, et les percent avec des (Ms empoisonnés. La blessure, d'abord léztfre, fait bientôt éprouver à l'animal des lourments insupportables : il pousse, a-t-on ^l« desmugiêsemenU horribles f s'enfle et

Duhamel dit, dans son Traité des péchesy oe plusieurs témoins oculaires, dignes de '^u ont assuré les faits suivants :

Dans l'Amérique septentrionale, près des Hvages de la Floride, des sauvages, aussi tierces à plonger qu'à nager, et aussi audaueui qu'adroits, ont pris des Baleines franrbes en se jetant sur leur tête, enfonçant <1^Qs un de leurs évents un long cône de ^>ii, se cramponnant à ce cône, se laissant ^'itralner sous l'eau, reparaissant avec l'ani- M faisant entrer un autre cône dans le ^t^od évent, réduisant ainsi les Baleines à lit; respirer que par l'ouverture de lour é^j- ule, et les forçant à se jeter sur la côte,

DiGTio!«5. DE Zoologie. II.

fui

OU à s'échouer sur des bas-fonds, pour tenir leur bouche ouverte sans avaler un fluide qu'elles ne pourraient plus rejeter par des évents entièrement bouchés.

Les pêcheurs de quelques contrées sont

auelquefois parvenus à fermer, avec des lets très-forts, l'entrée très-étroite d'anses dans lesquelles des Baleines avaient pénétré pendant la haute mer, et où, laissées à sec par la retraite de la.marée, que les filets les ont empêchées de suivre, elles se sont trouvées livrées sans défense aux lances et aux harpons.

Lorsqu'on s'est assuré que la Baleine est morte, ou si affaiblie, qu'on n'a plus à craindre qu'une blessure nouvelle lui redonne un accès de rage dont les pêcheurs seraient à l'instant les victimes, on la remet dans sa

Sosition naturelle, par le mo^yen de cordages xés à deux chaloupes qui s'éloignent en sens contraire, si elle s'était tournée sur uu de ses côtés ou sur son dos. On passe un nœud coulant par-dessus la nageoire de la queue, ou on perce cette queue pour y attacher une corde; on fait passer ensuite uu funin au travers des deux nageoires pectorales qu'on a percées; on les ramène sur le ventre de l'animal ; ou les serre avec force, aQn qu'elles n'opposent aucun obstacle aux rameurs pendant la remorque de la Baleine ; et les chaloupes se préparent à l'entraîner vers le navire ou vers le rivage où l'on doit la dépecer.

Si l'on tardait trop d'attacher une corde à l'animal expiré, son cadavre dériverait, et, entraîné par des courants ou par l'agitation des vagues, pourrait échapper aux matelots, ou, dénué d'une assez grande

S quantité de matière huileuse et légère, s'énoncerait, et ne remonterait que lorsque la putréfaction des organes intérieurs I aurait gonflé au point d'augmenter beaucoup son volume.

L'auteur de VHistoire des pêches des Hollandais dans les mers du Nord fait observer avec soin que, si l'on remorquait la Baleine franche par la tête, la gueule énorme de ce célacé, qui est toujours ouverte après la mort (le l'animal, parce que la m&choire inférieure n'est plus maintenue contre celle d'en haut, serait comme une sorte de gouffre qui agirait sur un immense volume d'eau, et ferait éprouver aux rameurs une résistance souvent insurmontable.

Lorsqu'on a amarré le cadavre d'une Baleine franche au navire,* et que son volume n'est pas trop grand relativement aux dimensions du vaisseau, les chaloupes vont souvent à la recherche d'autres individus, avant qu'on ne s'occupe de dépecer la première Éaleine.

Mais enfin on prépare deux palans, l'un pour tourner le cetacé, et l'autre pour tenir sa gueule élevée au-dessus de l'eau, de manière qu'elle ne puisse pas se remplir. Les dépeceurs garnissent leurs bottes de crampons, afin de se tenir fermes ou de marcher en sûreté sur la Baleine; et les opérations du dépècement commencent.

REPTILES

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Elles se fonlcoramuaémentà bâbord. Avant tout, on tourne un peu ranimai sur luimême par le moyen d'un pa/an fixé par un bout au mât de misaine, et attaché par 1 autre à la aueue de la Baleine. Cette manœuvre fait Que la tête du cétacé, laquelle se trouve du côté de la poupe, s'enfonce un peu dans l'eau. On la relève, et un funm serre assez fortement une mâchoire contre 1 autre, pour aue les dépeceurs puissent marcher sur la mâchoire inférieure sans courir le danger de tomber dans la mer, entraînés par le mouvement de cette mâchoire d en bas. Deux dépeceurs se placent sur la tête et sur le cou de la Baleine; deux harponneurs se mettent sur son dos; et des aides, [liftnbués dans deux chaloupes, dont l'une est à 1 avant et l'autre à l'arrière de ranimai,, éloignent du cadavre les Oiseaux d'eau, qui se précipiteraient hardiment et en grand nombre sur la chair et sut le lard du cétacé. Cette occupation a fait donner à ces aides le nom de cormorans. Leur fonction est aussi de fournir aux travailleurs les instruments dont ces derniers peuvent avoir besoin. Les principaux de ces instruments consistent dans des couteaux de bon acier, nommés Iran-chants, dont la longueur est de deux tiers de mètre, et dont le manche a deux mètres de long; dans d'autres couteaux, dans des mains de fer, dans des crochets, etc.

Le dépècement commence derrière la tête, très-près de l'œil. La pièce de lard qu on enlève, et que l'on nomme ptice de revirement, a deux tiers de mètre de largeur; on la lève dans toute la longueur de la Baleine. On donne communément un demi -mètre de large aux autres bandes, q^'?»^,<^oupe ensuite, et qu'on lève toujours de la tète à la aueue, dans toute l'épaisseur de ce lard httileux. On tire ces ditférentes bandes dessus le navire, par le moyen de crochets ; on les traîne sur le tiUac, et on les iait tomber dans la cale, où on les arrange. On continue alors de tourner la Baleine, afin de mettre entièrement à découvert le côté par lequel on a commencé le dépècement, et de dépouiller la partie inférieure de ce môme côté, sur laquelle on enlève les bandes huileuses avec plus de facilité que sur le dos, parce que le lard y est moins épais.

Quand cette dernière opération est terminée, on travaille au dépouillement de la tôle. On coupe la langue très-profondément, et avec d'autant plus de soin, que celle d une Baleine franche ordinaire donne communément six tonneaux d'huile. Plusieurs pécheurs cependant ne cherchent h extraire cette huile que lorsque la pèche n a pas été abondante: on a prétendu quelle était plus sèche que les huiles provenues des autres parties de la Baleine; qu'elle était assez corrosive pour altérer les chaudières dans lesquelles on la faisait couler; et que c était principalement cette huile extraite do la langue que les ouvriers employés à découper le lard prenaient garde de laisser rejaillir sur leurs mains ou sur leurs bras, pour ne pas

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être incommodés au point de courir le danger de devenir perclus.

Pour enlever plus facilemeut les fanons, on soulève la tele avec une amure fixée au pied de Vartimon; et trois crochets attachés aux palans dont nous avons parlé, et enfoncés dans la partie supérieure du museau, foDt ouvrir la gueule au point que les dépeceurs peuvent couper les racines des fanons.

Ou s'occupe ensuite du dépècement (h second côté de la Baleine franche. On «chèw de faire tourner le cétacé sur son axe loogitudiual; et on enlève le lard du secoo*! côté, comme on a enlevé celui du premier. Mais comme, dans le revirement de ranimai, la partie inférieure du wcond côté esl celle qui se présente la première, la derni^ bande dont ce môme côté est dé[)omné esl la grande pièce dite de nvirenmt. Cette grande bande a ordinairement dixoèlresde longueur, lors mèmequa le céUcô ne foi»nit que deux cent cinquante mvnagriBmw d'huile, et cent mjriagramraesdefanow.

Il est aisé d'imaginer les différences qw l'on introduit dans les opérations que nous venons d'indiquer, si on dépouille la BaleiK sur la côte ou près du rivage, au lieu de» dépecer auprès du vaisseau.

Lorsqu'on a uni d'enlever le lard, > langue et les fanons, ou repousse et m aller è la dérive la carcasse gigantesque <k la Baleine fraache. Les Oiseaux deausfH troupent sur ces restes immenses, quoiqui^ soient moins attirés par ces débris queç un cadavre qui u'est pas encore ûm»

graisse. Les Ours maritimes sassefflbteoi»; S>ur de cette masse flottante et oa ioB^^ avec avidité.

Veut-on cependant ^^^^9^^^^^ les tonneaux? on le ^pare de la JnW on le coupe par morceaux de W««^ mètres carrés de surface ou envttoo, » "» entasse ces morceaux dans les tonn»'

Veut-on le (aire fondre, soit à gj navire, comme les Basaues le préKn^ ;• soit dans un atelier établi à iem^cm^ le fait dans plusieurs contrées, et c«r les Hollandais l'ont pratiqué P^n^f S temps à Smeerenbourg dans le SF^"^ on se sert de chaudières de cuivre »

ou de fer fondu. Ces chaudières sont ^ grandes ; ordinairement elles c^l^ chacune environ cinq tonneaux oe s» ^ huileuse. On les pose sur un foomj cuivre, et on les y maçonne pou^evr la chaudière, en se renversant sur le n'allume un incendie dangereux, t^^ ^ l'eau dans la chaudière avant JT Jr lard, afin que cette gra>sse ne s aliacu r au fond de ce vaste récipient, et ne s J?pas sans se fondre; on le renttue ^j^^^^^

pas sans se ronare; ou le r^iu..» -- j,,

avec soiD dès qu'il commence à s écw» ^

Trois heures après le commenteiu»'

l'opération, on puise l'huile toute booU ^

avec de grandes cuUlères de cuijre • ,

verse sur une grille qui recouvre J^^ baquet de bois ; la grille purifie rn»» "1

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POISSONS, ETC

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reieiMQt les morceaux, pour ainsi dire iufusibtes,que l'on nomme lardons (i).

LTiuife, encore bouillante, coule du premier baquet dans ud second , que Ton a reicpJi apx deux tiers d^eau froide, et auquel OOidûQpé comnaunéDoent un mètre de proibodetjr. deux de large, et cinq ou six de long. L iiaile surnage dans ce second baquet, se refroidit et continue de se purifier en se séparant des matières étrangères, oui tombent au fond du réservoir. On la lait passer da second baquet dans un troisième, et du troisième dans un quatrième. Ces deux derniers sont remplis, comme le second, feiQ liroide jusquaux deux tiers; i*huile ichète de s'y perfectionner, et, du dernier baquet, CD la fait entrer par une longue goullièrQ dans les tonneaux destinés k la conserfer ou & la transporter au loin.

lu reste, moins le temps pendant lequel on

Krde le lard dans les tonnes est Ions, et plus uiJequouen retire doit être recnercnée.

L'buile et les fanons de la Baleine francha oesoDtoasles seules parties utiles de cet aoioiaL Les Groënlaodais. et d^autres habitants des contrées du Nord, trouvent la peau et les nageoires de ee cétacé très-agréables au gpùl. Sa chair fraiebe ou salée a souvent sem ^ h nouTr\\ure des équipages basques. Le c%v\la\ne Co^nell rapporte que le cœur d'une jeune Baleine, qui n'avait enc'Ore que cinqmèlresdeJorïgueur, etque ses matelots prirem au mois d'août 1793, près de Guatimêk, dâDs le grand Océan équinoxial, parut un mets eiauis à son éauipage. Les intestins de la Baleine franene servent à remfïlacer le verre des fenêtres; les tendons bumissent des fils propres à faire des filcls; 00 ait de très-bonnes lignes avec les poils gui lenDÎneut les fanons, et on emploie dans piu5iears pays les côtes et les grands os des BïJcboires pour composer la cbarpente des cabanes, ou pour mieux enclore des jardins tt des champ^.

Us afauiages que Ton retire de la pêche

desMeines iraDcnes ont facilement engagé,

dans Û05 temps modernes, les peuples entre-

pfenaats et déjà familiarisés avec les navi-

plions lointaines, k chercher ces cétacés

partout où ils ont espéré les trouver. On

1?> poursuit maintenant dans Thémisphère

î^Mralcomme dans l'hémisobère arctique,

*} jl^ns le grand Océan boréal comme dans

O^au ailanlique septentrional; on les y

i^be même, au moins trôs-souveut, avec

f'Ui de facilité, avec moins de danger, avec

•oms de peine. Ou les atteint à une assez

^^^de distance du cercle polaire pour n'a-

*«Jir jms bes(dn de braver les riggeurs du

l'Oid ni les écueils de glace. Le capitaine Col-

ûell trouva, par exemple, un grand nombre

^cts animaux vers le quarantième degré

oe latitude australe, auprès de Tîle Mocha et

<les eûtes occidentales du Chili } et, h la même

(t)On remet ces lardons dans la chaudière, ponr • um ime colle qui sert à ëifiérenu usages; et 4pfe* rexifieiMMi é» cette colle, on empioie l nour- ^ ucft clûeitt le Hiarc épais qui reste au fond de la

latitude, ainsi que dans le même hémisphèr:\ et vers le trente-septième degré de longitude occidentale du méridien de Paris, il avait vu» peu de temps auparavant, de si grandes troupes de ces Baleines, qu'il les crut assez nombreuses pour fournir toute Thuile que

fourrait emporter la moitié des vaisseaux aleiniers de Londres (1).

Cette multitude de Baleines disparaîtra cependant dans l'hémisphère austral, de même que dans le boréal. La plus grande des espèces s'éteindra comme tant d'autres. Découverte dans ses retraites les plus cachées, atteinte dans ses asiles les plus reculés, vaincue par la force irrésistible de l'intelligence humaine, elle disparaîtra de dessus le globe; il ne restera pas même l'espérance de la retrouver dans quelque partie de la terre non encore visitée par des voyageurs civilisés, comme on peut avoir celle de découvrir, dans les immenses solitudes du nouveau continent, VEléphant de VOhio et le Mégathérium. Quelle portion de l'Océan n'aura pas été en effet traversée dans tous les sens ? quel rivage n'aura pas été reconnu? de quelles plages gelées les deux lones ghciales auront-elles pu dérober les tristes bords ? On ne verra plus que quelques restes de cette espèce gigantesque; ses débris deviendront une poussière que les vents dis-^ perseront, et elle ne subsistera que dans le souvenir des hommes et dans les tableaux du génie. Tout diminue et dépérit donc sur le globe? Quelle révolution en remontera les ressorts? La nature n'est immortelle que dans son ensemble, et si l'art de l'homme embellit et ranime quelques-uns de ses ouvrages, combien d'autres qu'il dégrade, mutile et anéantit !

BALISTE, genre de Poissons de la famille des Sclérodermes de Cuvier.— Lacépède,qul vient de tracer Thisloire des Squales, des Raies et des Lophies, commence ainsi celle (les Balistes: « La nombreuse famille des Squales et celle des Raies nous ont présenté la grandeur, la force, des armes terribles, des mouvements rapides, tous les attributs de la puissance. Le genre des Lophies nous a montré ensuite les ressources de la ruse

3ui supplée au pouvoir. Toutes ces finesses 'un instinct assez étendu, et ces armes redoutables d'énormes espèces, nous les avons vues également employées pour attaquer de nombreux ennemis, pour saisir une proie abondante, pour vaincre des résistances violentes. Le genre des Balistes va maintenant déployer devant nous des movens multipliés de défense: mais nous chercnerons en vain dans cette famille tranquille cette conformation intérieure qui donne le besoin dassaillir des adversaires dangereux, et ces formes extérieures qui assurent le succès. En répandant dans le sein des mers les Lo-

Shies et les Squales, la nature y a semé et es périls cachés, et des dangers évidents, souvent inévitables: on dirait que, 5us[)endant son souffle créateur, et réagissant en

(l) yo9»ge du cûpitame i. C^lnett, déjà cite, page il.

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auelque sorte contre elle-même, elle a eu la estruction pour but, lorsqu'elle a produit les Squales et les Lophies. £u plaçant au contraire les Balistes au milieude ces mêmes mers, elle paraît avoir repris plus que jamais l'exercice de sa puissance vivifiante, et ne l'avoir dirigée que vers la conservation. Ce ne sont pas des animaux impétueux qu'elle a armés pour les combats, mais des êtres paisibles qu'elle a munis pour leur sûrelé. Aussi, lorsque nous retirons nos regards de dessus les genres que nous venons d'exa? miner , lorsque nous cessons d'observer et leurs diverses embuscades et leurs attaques h force ouverte, lorsque surtout, nous dégageant du milieu des Requins et des autres Squales très-grands et très-voraces, nous ne voyons plus les flots de la mer rougis par le sang de nombreuses victimes, ou des gouffres animés et insatiables engloutissant à chaque instant une nouvelle proie, et que nous arrêtons notre vue sur cette famille des Balistes, que la nature a si favorablement traitée, puisqu'elle a été destinée à ne faire ni recevoir aucune offense, à n'inspirer ni éprouver aucune crainte, nous ressentons une affection un peu voisine du sentiment auquel se livrent avec tant d'attraits ceux qui, parcourant l'histoire des actes de l'espèce numaine, soulagent par la douce contemplation des époques ae vertu et de bonheur leur cœur tourmenté par le spectacle des temps d'infortunes et de crimes.

« Le contraste offert parles genres que nous venons d'examiner, et par celui qui se présente à nous, est d'autant plus marqué, et la sensation qu'il fait naître est d'autant plus vive, que rien ne répugne à l'œil ni à l'esprit dans la considération de cette intéressante famille des Balistes. Si elle ne recherche pas les combats, elle ne fuit pas lâchement, même devant des ennemis très-supérieurs en force; elle se défend avec courage; elle use de toutes ses ressources avec adresse ; et elle a reçu la plus brillante des parures. Nous ferons voir, en décrivant les différentes espèces qui la composent, qu'elle présente les couleurs les plus vives, les plus agréables et les mieux opposées. £n observant même les Balistes les mieux traités à cet égard, on dirait que la distribution, la nuance et l'op position de leurs couleurs ont souvent servi de modèle au goût délicat.

« Et que l'on ne soit pas étonné de cette empreinte de la magnificence de la nature, que l'on voit sur les différentes espèces do Balistes: c'est dans les climats les plus chauds qu'elles habitent. Excepté une seule de ces esi)èces, que l'on trouve dans le bassin de la Méditerranée, elles n'ont été encore vues

Sue dans ces contrées équatoriales, où des ots de lumière et toutes les influences d'une chaleur productive pénétrent , pour ainsi dire, et 1 air, et la terre, et les eaux ; où volent dans l'atmosphère les Oiseaux-Mouches, ceux de Paradis, les Colibris, les Perroquets , et tant d'autres oiseaux richement décorés ; où bourdonnent au milieu des plus belles ilours tant d'Insectes resplen-

dissants d'or, de vert et d'azur; où les teinte* de Tarc-en-ciel se déploient avec tant d*éclai sur les écailles luisantes des Serpents et de^ Quadrupèdes ovipares, et où, jusqu'au sein de la terre, se forment ces diamants et ces pierres précieuses que l'art sait faire briller de tant de feux diversement colorés. Les Baslites ont aussi reçu une part distinguée des dons de la chaleur et de la lumière r<%-

Eandues dans les mers équatoriales, aussi ien que sur les continents dont ces mers arrosent les bords. Ils ajoutent d'autant plas, sur ces plages échauffées par un soleil tou— jours voisin, à la pompe du spectacle qu V présentent les eaux et tout ce qu'elles recèlent, qu'ils forment des troupes très-nonabreuses.^Chaque espèce de Baliste reoferme en effet beaucoup d'individus; et le genre entier de ces beaux poissons contient tant d'espèces, qu'un des naturalistes les plus habiles et les plus exercés à ordonner avec convenance et à observer avec fruit des légions d'animaux , le célèbre Commerson , s'écrie dans son ouvrage, en traitant des Balistes : Quelle vie pourrait suffire pour décrirey pour comparer^ pour bien connaître tous ceux que Von a déjà vus ? »

Mais sachons quelles sont les formes sur lesquelles la nature a disposé les couleurs diversifiées dont nous venons de parler. Examinons en quoi consistent les moyens de défense dont les Balistes sont pourvus.

Leur corps est très-comprimé par les côtés, et se termine, le plus souvent, le long du dos et sous le ventre, par un bord aigu que l'on a comparé à une carène. Il est tout couvert de petits tubercules, ou d'écaillés très-dures, réunis par groupes, distrilîués par compartiments plus ou moins réguliers, et fortement attaches à un cuir épais. Ce tégument particulier revêt non-seulement ie corps proprement dit des Balistes, mais encore leur tête, qui parait le plus souvent peu distincte du corps; et il cache ainsi lovii l'animal sous une sorte de cuirasse et de casque, que des dents très-acérées ont beaucoup de peine à percer. Mais, indépendamment de cette espèce d'armure défensive el complète, ils ont encore, pour protéger leur vie, des moyens puissants de faire lâcher prise aux ennemis qui les attaquent.

Des aiguillons, à la vérité très-petits, mais très-durs, hérissent souvent une partie de leur queue ; et comme ils sont recourbés vers la tête, ils auraient bientôt ensanglanté la gueule des gros poissons qui voudraient saisir et retenir un Baliste par la queue.

Les cartilagineux du genre dont nous traitons ont d'ailleurs deux nageoires dorsales ; et la première de ces nageoires présente toujours un rayon très-fort, très-gros, très-long, et souvent garni de pointes, qui, couché dfans une fossette placée sur le dos, et se relevant avec vitesse à la volonté de l'animal, pénètre très-avant dans le palais de ceux de leurs ennemis qui les attaquent par la partie supérieure de leur corps, el leb contraint bientôt à s'enfuir, ou leur donne quelquefois la mort par une suite de bled-

fil

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surts multipliées, qu'U peut faire en s'abaissant et se redressant plusieurs fois.

Ie5 nageoires inférieures, ou, pour mieux (lire, la nageoire thoracique, et impropreiDent Tentraie» présente dans les Balistes une eœformation que Ton n*a encore observée dâos aucun genre de poissons. Non-seulement les nageoires dites ventrales sont ici Wprochées de très-près, comme sur le mile du Sauale roussette; non-seulement elles sont réunies, comme nous le verrons, sur les Cycloptêres parmi les cartilagineux, et sur lesGobies^ parmi les poissons osseux ; ouis encore elles sont confondues Tune dans Taulre, réduites à une seule, et même quelquefois composées d'un seul rayon.

Ce rayon, soit isolé, soit accompagné (T autres rayons plus ou moins nombreux, est presque toujours caché en grande partie sous la f>eau; et cependant il est assez gros, assez fort, et souvent assez hérissé de petites aiguilles pour faire de la nageoire tnoraciaue une arme presque aussi redoutable que la première nageoire dorsale* et mettre le dessous du corps do l'animai à couvert d'une dent ennemie.

Cet isolement» dans certains Balistes, du n^ou iT^s-aWongé que Ton voit à la pre- Tû\ète nageoire dorsale et à Tinférieure, et sa réunion avec d*aalres rayons moins puissants dans d*au/re5 animaux de la même famiUe, soDt les caractères dont on s'est sern pour répaDdre quelque clarté dans la description des diverses espèces de ce genre, et pour en l'aire retenir les attributs ivec plus de facilité.

Bes Crabes, de petits Mollusques , des Polypes bien plus petits encore, tels sont les aliments qui conviennent aux Balistes; el s^iï leur arrive d*emplover à attaquer une proie d'une autre nature àes armes dont ils se servent pour se défendre avec courage et i^ec succès, ce n'est que lorsqu'une faim ^^elle les presse, et que la nécessité les y cootraiot,

1/ est des saisons et des rivages où ceux foi se sont nourris de Balistes en ont été si gravement incommodés, que l'on a regardé ces poissons comme renfermant un poison plus ou moins actif. Il n'est pas surprenant que, dans certaines circonstances lie temns ou de lieu , des Balistes nourris ^ Mollusques et de Polypes dont les sucs peufent être mortels pour l'homme et pour Iniques animaux, aient eu dans leurs intestins quelques restes de ces Vers malfai- ^ts qu on n*aura pas eu le soin d'en ôter, eftptr le moyen de ce poison étranger, ûent causé des accidents plus ou moins buiestes à Thomme ou aux animaux qui en iQront mangé. Il peut même se faire qu'une ^ngue habitude de ces aliments nuisibles ût détérioré les sucs et altéré les chairs de quelques Balistes, au point de leur donner des qualités presque aussi délétères que celles (|ue possèdent ces Vers marins ; mais ks fiahstes n'en sont pas moins par euxuièmes dénués de tout venin proprement dit; et les effets qu'éprouvent ceux qui s'en

nourrissent ne peuvent ressembler aux suites d'un poison réel que lorsque ces cartilagineux ont perdu la véritable nature de leur chair et de leurs sucs, ou qu'ils contiennent une substance étrangère et dangereuse. On ne doit donc manger de Balistes qu'après les plus grandes précautions ; mais il ne faut pas moms retrancher le terrible pouvoir d'empoisonner des qualités uropres a ces animaux.

Les Balistes s'aident, en nageant, d'une vessie à air qu'ils ont auprès du dos; ils ont cependant reçu un autre moyen d'augmenter la facilité avec laquelle ils peuvent s'élever ou s'abaisser au milieu des eaux de la mer. Les téguments que recouvre leur ventre sont suscepUbles d'une grande extension ; et l'animal peut, quand il le veut, introduire dans cette cavité une quantité de gaz assez considérable pour y produire un gonflement très-marqué. En accroissant ainsi son volume par l'admission d'un fluide plus léger que l'eau, il diminue sa pesanteur spéciflque, il s'élève au sein des mers. Il s'enfonce dans leurs profondeurs, en faisant sortir de l'intérieur de son corps Te gaz qu'il jr avait fait pénétrer, et lorsque la crainte produite par quelque attouchement soudain, ou quelque autre circonstance , fait naître dans le Éaliste une compression subite, le gaz, qui s'échappe avec vitesse, passe avec assez de rapidité et de force au travers des intestins, du gosier, de l'ouverture de la bouche et de celle des branchies, pour faire entendre une sorte de sifflement.

Malgré le double secours d'une vessie aérienne et de la dilatation du ventre, les Balistes paraissent nager avec difliculté ; c'est que la peau épaisse, dure et tuberculeuse, qui enveloppe la queue , ôte à cette partie la liberté de se mouvoir avec assez cie rapidité pour donner à l'animal une grande force progressive.

Tels sont les caractères généraux qui appartiennent à tous les Balistes ; chaque espèce en présente d'ailleurs de particuliers que nous allons indiquer, en commençant par celle à laquelle nous avons conservé le nom de Vieille, et que nous devons faire connaître la première.

Cette dénomination de Vieille vient de la nature du sifflement qu'elle produit, et dans lequel on a voulu trouver des rapports avec les sons d'une voix afifaiblie par l'âge, et de )a forme de ses dents de devant, que l'on a considérées comme un peu semblables à des dents décharnées.

Le Baliste Vieille parvient quelquefois jus-

2u'à la longueur de trois pieds, ou de près 'un mètre. L'ouverture aes branchies est plus grande ({ue sur la plupart des autres Balistes ; trois rangs d'aiguillons sont ordinairement placés au-devant de la nageoire thoracique ou inférieure, qui est très-longue, et ne contribue pas peu à défendre ie dessous du corps. La nageoire de la queue est en forme de croissant; les deux rayons qui en composent les pointes se prolongent en très-longs filaments. De semblat>les pro-

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REPtU.ES,

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