TR0DI]CT10N
est en lutte perpétuelle. Car la vie n'est que ce combat .prolongé, tout entier à favantage des fi)fces vitales, dans rétat normal, et elle s'arrête à rinstant où les corps qui en ont joui rentrent dans la classe des corps inorganiques. Â toutes ces difGcuUés, le panthéiste ne r^M)od past ou ne répond que par de nouvelles suppositions qui ramènent de nouvelles contradicUoos, de nouvelles impossibilités (1).
Ce que nous venons de dire des végétaux est applicable de tout point, et à bien plus forte raison, aux animaux, lesquels, à cause de leur organisation plus compliquée, sont exposés à des causes de destruction encore plus nombreuses et plus énergiques.
i La vie en général suppose Toi^anisation en général, et la vie propre de chaque être suppose Torganisation propre de cet être, comme la marche d'une horloge suppose l'horloge : aussi ne Toyons-nous la vie que dans des êtres tout organisés et faits pour en jouir; et tous les efforts des physiciens n'ont pu encore nous montrer la matière s'organisant, soit d'elle-même, soit par une cause extérieure quelconque. En effet, la vie exerçant sur les éléments qui font k chaque instant partie du corps vivant, et sur ceux qu'elle y attire, une action contraire à ce que produiraient sans elle les afûnilés chimiques ordinaires, il répugne qu'elle puisse être elle-même produite par ces affinités ; et cependant l'on ne tonnait dans la nature aucune autre force capable de réunir des molécules auparavant séparées.
« La naissance des êtres organisés est donc le plus grand mystère de l'économie organique et de toute la nature; jusqu'à présent nous les voyons se développer, mais jamais se former; il j a plus : tous ceux à l'origine desquels on a pu remonter, ont tenu d'abord à un
corps de la même forme qu'eux, mais développé avant eux, en un mot, h un parent. Tant
que\e petit-n'a point de vie propre, mais participe à celle de son parent, il s'appelle un
ffcrme.
« Le Jieu où le germe est attaché, la cause occasionnelle qui le détache et lui donne une vie isolée, varient ; mais cette adhérence primitive à un être semblable est une règle sans exception (Cuvier). »
Les lois générales de la physique et de la chimie, loin de pouvoir, comme le prétendent Lamardr, Fouroault, etc., produire l'organisme, quelque simple qu'on le suppose, tendent au contraire à le détruire, à en séparer les éléments, pour faire rentrer la matière dans sou
(I) Qoe D^aorions-noos pas à dire si nous suivions b Ibse malérialisie à travers les innombrables ab- •ardilés |{u'*elle entraîne ? Par exemple, accordons ai paalbëtsie la molécule organique et son développeâeoi dans on globule de liquide : où arriverons- M«s?A la production d*un être dont i! est sans àmtwuei difficile de se faire une idée. puisqu*on a'ai a jamais f u qui ait eu une seroblatûe origine ; ■aiâ, eu supposant qq*il tienne de la nature du végé- Ut, ajirés on déveloôpement tel quel, il se décompQ«en« ei tout sera Uni. Sur quoi, en eflet, se fondenii-on pour soutenir que ce produit sponUiné de la naiière sera pourvu de tous les organes qui doivent coQfoorir à là forma lion de la graine, le phénomène iepiss éleTé, la fonction la plus orffanique et la plus viule de la végéution? Quoi ! Ce végétal primitirengfsdré sans germe, sans graine, se constituera de manière qoe tout, dans ses fonctions, dans ses appareils, dans tonte la complication de ses orsanes, a*a«n ip^uoe tendance unique : la reproduction de son espèce par une graine !!! Car, qu'on le remarque bien, c'est en effet pour sa reproduction seule que U plante s*accroU, se nourrit, se développe : aussi- Idt^ ce résolut est aueint par la formation de la graïae, on le v^tal meurt, ou il recommence à préparer on nouveau germe qui doit le reproduire.
Ce qoi a donné lieu surtout à la supposition de ItêaératkMis spontanées de végétaux, cest la difficulté d*eipliquer la propagation de certaines piaules qui tiaissent dans des conditions vraiment extraordinaires. Des moisissures apparaissent sur près-
3 ne toutes les substances organiques qui s'altèrent, es champignons et des algues croissent même sur une foule d'animaux vivants, et pour ne citer que Thomme, on sait aujourd'hui que le favH» de la teigne est un champignon (Scbônlein, Lebert); qu'un autre champignon cause le porrigo decalvans (Gruby), un autre Vherpts ionmraM (Gruby), un autre la mentagre, qu'un autre accompagne le muguet ; qu'une algue flliforme, bien étudiée par M. Robin, croit sur la langue et dans les interstices des dents. On voi« végéter des cryptogames sur les parties atteintes de
Sangrène sénile, les surfaces que le vésicatoire a énudées, les ulcères. On en a trouvé une espèce (le dactylium) qui s'éuit développée sur un jaune d'oeuf dont la coquille était intacte, une autre (le iporotrichium albuminis) qui avait pris naissance aux dépens du blanc d'un œuf entier; d'autres encore, certains uredo, ustilago , trickomycetes^ ne se trouvent que dans la cavité close de certains fruits, sous l'éniderme de froits ou de plantes, ou au centre d'arbres volumineux. On a vu des moisissures développées dans le péritoine de Perruches, de Pigeons, d'une Biche, etc. (Rousseau et Sernirier.) Le docteur Helmareclit a retiré une conferve de rœll d'un ministre protesunt, auquel cette opération a rendu la vue. Tous ces faiu s'expliquent par l'existence et !• transport d'organes reproducteurs, de spores répandus dans Tatinosphère, et dont la ténuité n'est pas telle, au moins pour la plupart, qu'ils aient pu échapper au microscope d^Ehrenberg.
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état plus général et plus prépondérant d'inorganisation, d*inertie et de mort. La vie n'esl qu^une lutte sans relAche contre les agents naturels qui l'oppriment, et c*est précisément quand ceux-ci remportent sur elle qu'elle s'éteint, et qu'elle abandonne à leur puissance la matière des organes qui lui servaient de support.
« Après la mort, dit Cuvier, les éléments qui composent le corps, livrés aux affinités chimiques, ne tardent point à se séparer : d'où résulte plus ou moins promptement la dissolution du corps qui a été vivant. C'était donc par le mouvement vital que la dissolution était arrêtée, et que les éléments du corps étaient momentanément réunis. »
« La vie, dit encore Cuvier, ne naît que de la vie; et il n'en existe d'autre que celle qui a été transmise de corps vivants en corps vivants par une -succession non interrompue. »
Dire que la vie ne naît que de la vie, c'est dire que l'organisation ne natt que de Torga- Disation, celle-ci étant la condition préalable et nécessaire de la vie. La vie, en effet,* est avant tout le résultat et le produit 'de l'organisation, et c'est ce produit organisé qui donne naissance èi une organisation nouvelle. D'où il suit que les premiers êtres organisés virants ont dû être créés de toutes pièces, sous peine de ne pouvoir jamais exister.
Qu'on se rappelle ce que nous avons dit relativement â l'origine panthéiste des végétaux : ce sont les mêmes impossibilités pour l'origine des animaux. Toutefois admettons un premier germe spontanément organisé et développé dans un globule de liquide. Comment ce germe se nourrira-t-il ? comment croîira-t-il?ll n'y a aucune enveloppe pour le protéger, aucun organe pour élaborer les éléments qu'il doit s'assimiler.
On a cherché un appui à la thèse que nous combattons, parmi les Infusoires, les êtres les plus obscurs, les moins observables de la série animale. Parmi ces infiniment petits il s'en trouve quelques-uns qu'on voit apparaître sans qu'on puisse bien s'expliquer comment ils ont été engendrés, parce que la faiblesse de nos organes et l'imperfection de nos instruments ne nous permettent pas d'approfondir cette origine. On s'est hâté d'en conclure qu'ils naissaient spontanément de la matière. Admirez la puissance de ce raisonnement. On sait de la manière la plus positive que la presque totalité des Infusoires se reproduisent par la voie de la génération, qu'il en est ainsi pour tout le reste de la série animale ; loin de supposer, comme Tanalogie l'exige rigoureusement, le même mode de propagation pour les Infusoires dont on n'a pu encore observer l'origine, on s'empresse d'en tirer une con • clusion diamétralement opposée : on veut qu'ils naissent de la matière. C'est se jouer de
la logique et du bon sens.
L'expérience constate que si l'on verse de l'eau sur certaines substances^ on voit bientôt, avec le secours du microscope, apparaître une quantité prodigieuse d'animaux ou de végétaux dont on aurait vainement cherché les analogues ou les germes soit dans l'eau, aoit dans la substance employée. En recherchant les conditions essentielles du phénomène, on a trouvé qu'il ne se produisait jamais sans l'intervention d'un corps solide ou matière à infuser ^ de l'eau et d'un fluide élastique comme Tair atmosphérique, etc. (1).
La matière soumise à l'infusion doit être un corps organique végétal ou animal. Ainsi on obtiendra des Infusoires avec de la Gbrine, de Talbumine, de la chair, du foin, de lamidon, du gluten, certaines graines. On en verra naître encore du cadavre d*autres Infusoires, ou de la décomposition de la matière verte de Priesley, ou simplement du terreau, qui, comme on sait, est d origine organique. On voit ces animalcules se développer dan» les parties des êtres organisés où la vie languit, dans quelques produits excrétoires : c'est ainsi qu'un Vibrion se forme dans le tartre qui se dépose entre les dents, etc. Toute-
(1) Od oublie le cal<M*iqtie, fluide indispensable à tout développement, puisqu^au-dessous d'une certaine lempérature. rien ne peut se reproduire. Ainsi, ptur opérer une génération spontanée, c'est-à-dire pour accomplir une création, il faudrait le concours cke l'eau, de Vair, d^in corps solide ou la terre, et du feu. Que de «fiscussions, que de recherches, que d'hypothèses, que de syslèmes, l'esprit humain n*a-t-il pas traversés depuis les philosophes grecs ! Et tout cela s'est fait en vain ; car nous voilà rame-
nés à la doctrine des quatre élémenu du philosophe de Samos, à la doctrine de Pythagore :
guituor eternus genit »Iia corpora mandat dilUnet. ExiUisdaosunt oaerosa, saoque Pondère ia iitferiut, tellus ai(|ue tm4a feraiiiar : El tulidem gravitate careni : nullonoe preiiienta Alta pelunt aer, alqiie aère parlor ignn, Qu» quanquam spaiio distant, tameii omnia fiant Ex ipsis, et in ipsa cadunt....
(Ovide, Melanu \\h xv.)
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fois on a remarqué que certaines substances organiques aslrigentes (quinquina) . ou aromatiques (huiles volatiles) ou grasses (huiles fixes) s'opposent à la formation des infusoires.
La plupart des physiologistes reconnaissent qu'en employant avec Tair et Teau une substanc^ inorganiquei un minéral, on n'obtiendrait pas d'infusoires. Certaines substances employées, comme le corail, le marbre, Tanthracile, ne sont pas absolument purgées de principes organiques, et Teau peut en contenir alors mémo qu'elle a été distillée. (Tiedmann, Wrisberg, Treviranus, J. Muller, Aug. Bérard, etc.)
Nous avons dit que la production des Infusoires exigeait l'intervention de l'eau. L'eau de source, de pluie, de rosée, est la plus favorable. Pour introduire plus de rigueur dans les expériences et détruire les œufs d'infusoîres, s'il en existait, on a quelquefois employé Teau bouillie. Peau distillée, tenue plusieurs mois dans des vases clos.
Avec une matière organique et l'eau, il faut un gaz, air atmosphérique, par exemple, pour la génération des animalcules. Fray et Burdach assurent avoir obtenu le même résul- Ul avec l'hydrogène et l'azote.
A ces conditions matérielles de la production des Infusoires, il faut ajouter le concours (le la chaleur et de la lumière. La température la plus favorable est celle de 32 à 35"* centigrade. Quant à la lumière, si l'on dispose une série de vases de moins en moins éclairés et ne contenant que de l'eau, les vases exposés à la lumière renfermeront bientôt des productions végétales dont le nombre ira décroissant dans les vases moins éclairés. A mesure que le nombre de ces productions végétales diminue, leur simplicité augmente. Les vases les plus éclairés contiennent, au bout d'un certain temps, avec des Infusoires végétaux, qudques monas tenno appartenant au règne animal.
SI une infusion de substances animales est disposée en deux vases dont l'un sera tenu à la lumière et l'autre dans l'obscurité, les Infusoires pulluleront dans le vaso.éclairé, tandis que le rase tenu dans l'obscurité ne contiendra guère que des individus d*une seula espèce, des menas terme appartenant aux derniers degrés de l'animalité.
Lis faits que nous venons d'exposer, ne paraissent susceptibles de recevoir que ces trois explications : ou bien les Infusoires observés seraient tombés dans la liqueur oik< on les décourre ; ou bien ils proviendraient d'œufs de parents de ces Infusoires ; ou bien enfin i\s seraient le produit de la génération spontanée.
Si Ion suppose la possibilité que des Infusoires desséchés, emportés par les vents, tombent dans le liquide où ils ressusciteraient à la manière des Rotifères de Spallauzani, ou a contre cette supposition le nombre infini des individus qu'on voit» s'agiter dans les infusions, et le temps nécessaire pour leur apparition (souvent plus de vingt-quatre heures et même plusieurs jours), tandis que l'eau ranime presqu'à l'instant ceux de ces animalcules dont la vie a été suspendue par la dessiccation. D'où il faut conclure que la résurrection d'infusoires doit être rejetée comme explicatien générait. Les animalcules microscopiques proviennent-ils d'une éclosion d'ovules I C'est ce que Yanalegie nous autorise à admettre, vu la généralité et l'uniformité du procéiié par lequel s'opère la reproduction des animaux dans tout le reste de la série. 11 ne serait pas rationnel de regarder les Infusoires comme une exception à une loi si générale et de se refuser à admettre qu'ils viennent d'œufs contenus dans les liquides destinés aux eipériences, surtout si l'on considère que ces petits êtres ont une organisation assez compliquée, ainsi qu'Ehrenberg en a fait la découverte.
Un argument décisif contre la génération spontanée des Infusoires se tire do la constante reproduction de certaines formes qui ont permis de diviser ces êtres en genres et en espèces, comme les animaux qui viennent de parents et auxquels ces parents ont transmis leur forme. La génération spontanée ne devrait-elle pas nous montrer, chaque jour, des espèces nouvelles t
On objecte que pendant !a production des Infusoires, on aperçoit d'abord de simples corpuscules, des monades, qui s'agglomèrent ensuite pour former ou des animalcules ou des membranes se mouvant en totalité. Mais qui ne sait que beaucoup d'espèces animales
I» INTRODUCTION. fO
qui ëf idemment proviennent de parents, et par conséquent d'ovules ou d'œufs, subissenf dans leur développement diverses métamorphoses, et les recherches d'Ehrenberg et do plusieurs autres naturalistes ne nous ont-elles pas appris que les Infusoires sont sujets à ces métamorphoses 7
Hais, dit-on encore, si les animaux des infusions proviennent d*œufs tombés ou contenus dans les matières soumises h Tobservation, il semble que les variétés des produits devraient dépendre seulement de la variété des œufs et non des autres conditions de Texpérience, comme la nature de la matière employée, son état, la quantité de lumière, etc.
Or, en prenant les résultats d'un grand nombre d'observateurs, on voit les espèces produites, ou leur nombre, varier suivant les conditions des expériences. Ainsi Spallanzani, opérant sur des graines en germination, a obtenu des Infusoires plus ou moins nombreux suivant l'époque. Des graines bouillies, celle du trèfle par exemple, donnent d'autres Infu* soires que les graines qui n'ont pas subi l'ébullition ; les graines écrasées les donnent plus petits que les graines ei^tières ; ils ne sont pas les mêmes dans les infusions de courge et dans les infusions de camomille. Les espèces produites varient encore suivant la quantité de lumière admise ou suivant que Tinfusion est végétale ou animale (Morren). Une infusion de pois à laquelle on ajoute de l'eau distillée de laurier-cerise donne des animalcules plus grêles, mais plus vifs, qu'une simple infusion de pois (Treviranus) (1).
A ces observations, on répond que cependant certaines espèces des plus simples se retrouvent dans toutes les infusions, et que si les autres espèces apparaissent, celles-ci dans une condition, celles-là dans une autre, c'est que ces conditions so'nt précisément celles sans lesquelles leurs ovules ne se développeraient pas. Mais on peut couper court à cette apparente difficulté en niant les faits principaux sur lesquels elle repose. En effet, H. Ehrenberg affirme que les espèces produites ne paraissent pas déterminées par la nature de la substance employée, puisque dàttê une même substance et toutes les autres conditions étant les mêmes, il a vu se produire tantôt certains Infusoires, tantôt des Infusoires d'une autre forme. D'où pouvait venir la différence dans les résultats, sinon de la différence des œufs présents dans l'infusion 7
Mais d'où viennent ces œufs 7 Ils existent dans les matières employées aux expériences ; ils y ont été apportés par la substance organique, par l'eau, par l'air. C'est ce qui a été reconnu pour certains animaux provenant incontestablement de parents et qui ont apparu lorsque leurs œufs étaient restés attachés aux plantes vertes employées dans les infusions. C'est ainsi qu'on a vu des Rotifères et des Forculariens se propager dans des infusions de foin (loblot). Pourquoi de véritables Infusoires ne se développeraient-ils pas de cette façon 7
On a tenté des expériences qu'on a crues propres à détruire les œufs des Infusoires en supposant qu'il en existât : on a soumis à l'ébullition la matière organique qui devait servir à l'infusion, pensant bien que des œt$f$ cuiu ne conserveraient pas la propriété d'éclore et ne développeraient pas le germe qu'ils contenaient ; et pourtant, en dépit de toutes ces précautions, on a vu apparaître des Infusoires dans ces liquides bouillis.
La réponse est facile. Ou le germe des œufs n'a pas été détruit par l'ébullition, ou l'air a apporté les œufs dans les liquides après leur ébuUition.
Qui n'a vu cent fois, dans un rayon de soleil introduit dans un appartement parla tissure d'un volet, voltiger des myriades d'atomes en suspension dans l'air 7 N'est-il pas vraisemblable que ces particules sont accompagnées d'autres corps plus ténus encore, parmi lesquels il se rencontre des œufs d'Infusoires ? Ces œufs, comme les graines et les spores de beaucoup de plantes, ont sans doute la propriété de se dessécher sans se détruire et de s'offrir dans cet état aux vents, qui les transportent d'un lieu dans un autre.
(1) M. Bory Saint-Vinceiil, en mélanseant des plantes d'Amérique et des plantes d*Europe, prétend •trieusement avoir obtenu des métis dinfu&oires !
îi INTRODUCTION. Si
Voici une oxpérience décisive et qui démontre qu'il ne se développe d'infusoires qu*au- Uol qu'il y a eu possibilité d'un dépôt d'œufs dans le liquide. Elle a été publiée par ILScfaultze dnusVEdinburgnewphilotophical journal {janyier iSS7). On mit dans un flacon de l'eau distillée avec des substances végétales et animales. Le bouchon était traversé de deux tubes à analyses munis de leurs boules ; celles de l'un des tubes étaient pleines d'acide sulfurique concentré» celles de l'autre contenaient une solution concentrée de potasse. Le contenu du bocal fut porté à l'ébullition pour détruire tout ce qu'il pouvait contenir d'êtres vivants et d'œufs. Ceci fait, chaque jour pendant deux mois, on aspirait par Ton des tubes l'air du flacon, lequel était remplacé par de l'air de l'appartement, qui se lavait dans l'acide sulfurique. Ce flacon était sur une fenêtre bien éclairée, et à côté de lui un autre vase ouvert contenait les mêmes substances. Chaque jour le contenu.de l'un et de Taulre fut examiné. Bans le dernier il se développa des Vibrions, des Monades, des Polygastriques et des Rotateurs. Dans le bocal fermé, il ne se forma ni Infusoire, ni conferve, m moisissure ; mais après deux mois écoulés, on le déboucha, et alors il s'y développa les mêmes Infusoires qui s'élaient montrés dans le flacon primitivement laissé ouvert (1). Cette «ipérieoce a paru de nature à clore la discussion et à mettre fin au débat (2).
Levons une dernière difficulté. Si les Infusoires proviennent d'œufs, si, dans une matière ei des conditions déterminées, on voit naître aussi des Infusoires d'une espèce déterminée, il font supposer non-seulement qu'il y a partout des œufs d'Infusoires, mais encore qu'il y a dans la plus petite masse d'air des œufs de toutes les espèces connues d'Infusoires 1 U est fiaux que les espèces qui apparaissent dans les infusions soient aussi variées qu'eu Va dit, puisque huit familles seulement y fournissent des genres et non tous leurs geares. Ces familles sont celles des Vibrioniens^ Amibiens ^ Monadei^ Eugleniens^ Enchely«mf , Triekodiens, Plœsconiens^ Paraméciens. Chaque jour, les naturalistes tendent à réduire le nombre des espèces qu'ils reconnaissent dans les infusions ; chaque jour, ils constatent qu'on a décrit, comme caractères d'espèces différentes, des états successifs d'un même individu qui se métamorphose. Or, puisque le nombre des espèces d'Infusoires est limité, il ne serait pas plus étomiant qu'il y eût des œufs de tous dans toutes les poussières, qu'il ne l'est de voir apparaître tout à coup, et sans qu'on sache d'où sont venues les graines, des milliers de pavots noirs, ou de peupliers, ou de crucifères, dans des terrains que Ton vient d'écobuer ou sur lesquels une forêt a été incendiée. Quant au nombre prodigieux d'individus qui s'agitent dans une goutte d'infusion, cela s'explique par le grand nombre d*œuis tombés dans le liquide et par la rapidité de la propagation de ces petits êtres. D'après un calcul fait par J. Muller sur la multiplication d'un Rotateur {Hydatina senta)^ ct^t animal pourrait se trouver en dix jours à la tête d'une lignée d'un million d'individus.
On trouvera à l'article Génébation spositanéb de ce Dictionnaire, de nouveaux arguments contre la génération spontanée des Infusoires et particulièrement contre celle des Entozoaires, dont la reproduction a longtemps embarrassé les naturalistes, et sur laquelle les travaux de M. Van Beneden viennent de jeter un si grand jour.
(1) Ao lieu de purjger Tair des ovules qu*il pournil ooolenlr, âi Taide de TucUe sulfurique, M. Srbwaan a imaginé de le soumettre à la chaleur r\m%t avani de le mettre au contact de rinfusion. l.fs matières que cf^Ue-ci contenait n'ont point subi h «léoompo-^ilîon putride, et il n*y a apparu ni animaux infusoires ni végétaux.
(2) On a découvert , il y a quelques années, des Ven wàtroêçuMmes (RIaires, monoslonies, disto- ■m, etc.) dans le sang des Grenouilles, dans celui «W certains poissons el de quelques mollusques. HM. QrwI&j el Debfond, en 1845, en ont signalé, chez le Cfaîen domestique, qui circulent avec les globules de rc fluide dans tous les vaisseaux. Le nomure de ces ilaires microscopiques qui trouvent vie cl pâture ÛAns le !iang du rJncii, qui ii:iissnnl dans ce liquitlo ^\\ t«Hjte saîb<m et y nijouruciil des mois cl do» an-
nées, ce nombre est considérable : vinfft-deux de ces quadrupèdes en portaient avec eux 52,000 chacun, terme moyen, et chez plusieurs, on en a compté jusqu'à ii4,000; une seule goutte de sang, extraite de n'importe quelle partie du corps, peu en contenir une douzaine. Gomme leur diamètre est moins grand que celui des globules sanguins, elles traversent les plus petits vaisseaux capillaires. Le sang qui charrie tant d'animalcules, ne présente d ailleurs de modifications bien notables ni dans ses caractères physiques, ni dans la proportion en poids de ses prmcipes organiques el inorganiques. — MM. Gniby et Defafond ont constaté le sexe dans ces animaux ; ils ont établi des rapports de familles entre les uns cl les autres et ont cru devoir conclure que les grandes niaires pondaient, dans le sang, des (ilaires microscopiques.
i5 INTRODUCTION. 9.4
Exposé de la théorie de Lamarck sur rinvariabilité des espèces et sur Vorigine des animaux et des végétaux actuels. — Passage de FOrang-Outang à l'état d'homme. — Observations diverses.
Considérons à présent une autre face de la thèse matérialiste, la transiormation graduelle des espèces inférieures en espèces plus parfaites. Cet autre point de vue se rattache intimement comme conséquence au système des générations spontanées. En effet, une fois la molécule organique formée, elle sera devenue un animal, le plus bas de la série, si Ton veut, une éponge, par exemple, laquelle, en se développant par suite de ses besoins et des circonstances, se sera transformée en rayonné, qui sera devenu successivement tous les rayonnes ; ensuite, toujours en vertu des mêmes causes, le plus parfait des rayonnes sera devenu mollusque,puis tous les mollusques. Le plus élevé des mollusques sera devenu un articulé, puis un reptile, un poisson, un oiseau, un mammifère, un singe, et enfin un homme.
Il est donc de la plus haute importance de s*enquérir si les espèces ont une existence réelle et permanente dans la nature ; ou si, comme quelques naturalistes le prétendent, elles sont susceptibles d*6tre indéfiniment modifiées, dans le cours d*une longue suite de générations. La fixité des espèces est le nœud de la grande difQculté entre le panthéisme matérialiste et la thèse chrétienne. Cette question est donc fondamentale et doit être ici discutée à fond. Impossible, d'ailleurs, de constituer la science sur une base solide tant qu'on ne sera pas fixé nettement sur la nature, la valeur et la définition rationnelle et logique de l'espèce.
L'immutabilité des espèces, au moins dans l'ordre de choses où nous vivons, et depuis l'apparition de l'homme sur le globe, n'est qu'une application spéciale d'un autre grand fait, l'immutabilité des lois physiques et physiologiques qui président à l'évolution des êtres. Depuis un temps immémorial, la marche de la nature s'accomplit dans une harmonieuse uniformité, qui toutefois n'exclut point la variété; mais celle-ci est restreinte ellemême dans des limites déterminées, et dépend de lois qui lui sont propres. L'unité dans la variété, telle est la loi du monde ; unité dans l'espèce, variété dans les individus, telle est la base de toute la théorie des classifications scientifiques. S'il n'existait pour chaque être une forme propre, caractéristique et permanente, un type radical et constitutif de l'espèce et dont il est comme individu la réalisation variée, il serait impossible d'établir aucune classification, de coordonner aucun système; la notion même de la science serait détruite, et l'univers ne vous présenterait de toutes parts que des êtres isolés, entre lesquels l'esprit ne pourrait saisir aucun rapport de ressemblance, aucun point fixe de comparaison et de relation, aucun caractère commun, durable et constant ; ce serait la négation de tout ordre, de toute harmonie ; ce serait, nous le répétons, la destruction complète de toute science, ce serait le chaos.
A la vérité, les partisans de la non-fixité des espèces accordent qu'un botaniste ou un zoologiste puisse raisonner comme si les caractères spécifiques étaient constants, parce qu'ils bornent leurs observations à une période de temps fort limitée. C'est ainsi que l'astronome, en construisant ses cartes célestes d'un siècle à l'autre, peut procéder comme si les places apparentes des étoiles fixes restaient absolument les mêmes, et que la précession des équinoies ne produisît b cet égard aucune altération. De même, dans le monde organique, la stabilité d'une espèce peut être considérée comme absolue, si nous ne nous reportons pas au delà de la période restreinte de l'histoire de l'homme; mais s'il s'écoule un nombre de siècles suffisant pour que d'importantes modifications puissent avoir lieu dans le climat, dans la géographie physique, etc., les caractères des individus descendant de souches communes pourront dès lors s'écarter indéfiniment de leur type primitif.
Si ces doctrines sont fondées, nous devons reconnaître tout d'abord un principe ne changement incessant dans le mondo organique, cl il n'est aucun degré de dissemblance,
dans les animaux et les plantes ayant eiisté jadis, par exemple, durant les périodes géologiques, qui puisse nous autoriser à conclure qu'ils n*ont point été les ancêtres et les pro-» totypes des espèces actuellement vivantes. C'est par suite de ces idées, que M. Geoffroy Saint-Hilaire et son école prétendent que, depuis les siècles les plus reculés jusqu'à ce jour, il s*est produit dans le règne animal, au moyen de la génération, une succesion d'êtres non interrompue, et que les anciens animaux dont les débris ont été conservés dans les terrains stratifiés de notre planète, peuvent, quoique différents de ceux qui vivent aujourd'hui, avoir été les ancêtres de ces derniers. Cette théorie est spécieuse, et comme elle a (ait des partisans, il est nécessaire de développer d'une manière complète les données et les raisonnements à l'aide desquels elle peut être réfutée. Mais, avant de la combattre directement, nous allons présenter les faits et les arguments dont on s'est servi pour l'appuyer. Ecoutons le naturaliste philosophe qui a développé ce système avec le plus de complaisance, écoutons le fameux Lamarck :
« On appelle espice^ dit-il, toute collection d'individus semblables qui furent produits par d'autres individus pareils à eux. Cette définition est exacte; car tout individu jouissant de la vie ressemble toujours, à très-peu près, à celui ou à ceux dont il provient. Mais on ajoute à cette définition la supposition que les individus qui composent une espèce ne varient jamais dans leur caractère spécifique, et que, conséquemment, l'espèce a une constance absolue dans la nature.
< C'est uniquement cette supposition que je me propose de combattre, parce que des preuves évidentes obtenues par l'observation constatent qu'elle n'est pas fondée (1).
« P\us nous avançons, ajoute-t-il, dans la connaissance des différents corps organisés, dont presque toutes les parties du globe sont couvertes, plus notre embarras s'accroît pour déterminer ce qui doit être regardé comme espèce, et è plus forte raison pour limiter e( distinguer les genres.
« A mesure qu'on recueille les productions de la nature, à mesure que nos collections s*eDricbissent, nous Voyons presque tous les vides se remplir et nos lignes de séparation s>ffacer. Nous nous trouvons réduits à une détermination arbitraire, qui tantôt nous porte è saisir les moindres différences des variétés pour en former le caractère de ce que nous appelons espèce, et tantôt nous fait déclarer variété de telle espèce des individus un peu HiCTérents, que d'autres regardent comme constituant une espèce particulière.
« Je le répète, plus nos collections s'enrichissent, plus nous rencontrons des preuves que tout est plus ou moins nuancé, que les différences remarquables s'évanouissent, et que le plus souvent la nature ne laisse à notre disposition, pour établir des distinctions, que des particularités minutieuses, et en quelque sorte puériles. •
« Que de genres, parmi les animaux et les végétaux, sont d'une étendue telle^ par la quantité d'espèces qu'on y rapporte, que l'étude et la détermination de ces espèces y sont maintenant presque impraticables? Les espècesde ces genres, rangées en séries et rapprochées d'après la considération de leurs rapports naturels, présentent, avec celles qui les a?oisinent, des différences si légères, qu'elles se nuancent, et que ces espèces se confondent, en quelque sorte, les unes avec les autres ; ne laissant presque aucun moyen de fixer par Fexpression les petites différences qui les distinguent.
« il n'y a que ceux qui se sont longtemps et fortement occupés de la détermination des espèces, et qui ont consulté de riches collections, qui peuvent savoir jusqu'à quel point les espèces, parmi les corps vivants, se fondent les unes dans les autres ; et qui ont pu se convaincre que, dans les parties où nous voyons des espèces isolées, cela n'est ainsi que parce qu'il nous en manque d'autres qui en sont plus voisines, et que nous n'avons pas encore recueillies... (2),
« Non-seulement beaucoup de genres, mais des ordres entiers, et quelquefois des classes même, nous présentent déjà des portions presque complètes de Tétat de choses que je viens d*indiquer.
(4) PhiL ZooL, P^ris, !809, tome I, pag. 51. (t) PhiL ZobL, tonte l, png. 5759.
S7 LNTHODUCTION. Î8
« Or» lorsque» dans ces cas» l'on a rangé les espèces en séries» et qu'elles sont toutes bien placées suivant leurs rapports naturels, si vous en choisissez unei et si ensuite» faisant un saut par-dessus plusieurs autres» vous en prenez une autre un peu éloignée; ces deux espèces» mises en comparaison» vous offriront alors de grandes dissemblances entre elles. C'est ainsi que nous avons commencé à voir les productions de la nature qui se sont trouvées le plus à notre portée (1).
c Nous trouvons alors les distinctions génériques et spécifiques faciles à établir; et ce n'est qu'après avoir acquis plus d'expérience» et nous être rendus maîtres des anneaux intermédiaires complétant la chaîne des espèces» que nous commençons à entrevoir les difficultés et les doutes qui nous attendent. Mais» en même temps que nous sommes ainsi forcés de recourir à des caractères insignifiants» quand nous essayons de séparer les espèces, nous reconnaissons une disparité frappante entre des individus que nous savons être descendus d'une souche commune; et les particularités nouvelles qui les distinguent à nos yeux, transmises régulièrement de génération en génération» constituent ce qui forme les races. »
« Quantité de faits» dit plus loin Lamarck» nous apprennent qu'à mesure que les individus d'une de nos espèces changent de situation, de climat» de manière d'être ou d'habitude» ils en reçoivent des influences qui changent peu à peu la consistance et les proportions de leurs parties» leur forme» leurs facultés, leur organisation même ; en sorte que tout en eux participe» avec le temps» aux mutations qu'ils ont éprouvées.
« Dans le même climat » des situations et des expositions très-différentes font d'abord simplement varier les individus qui s'y trouvent exposés ; mais» par suite des temps» la continuelle différence des situations des individus dont je parle» qui vivent et se reproduisent successivement dans les mêmes circonstances» amène en eux des différences qui deviennent» en quelque sorte» essentielles à leur être; de manière qu'à la suite de beaucoup de générations qui se sont succédé les unes aux autres» ces individus» qui appartenaient originairement à une autre espèce» se trouvent à la fin transformés en une espèce nouvelle» distincte de l'autre.
« Par exemple» que les graines d'une graminée» ou de toute autre plante naturelle à une prairie humide» soient transportées par une circonstance quelconque» d*abord sur le penchant d'une colline voisine, où le sol» quoique plus élevé» sera encore assez frais pour permettre à la plante d'y conserver son existence» et qu'ensuite» après y avoir vécu» et s'y être bien des fois*régénérée» elle atteigne, de proche en proche» le sol sec et presque aride d'une côte montagneuse ; si la plante réussit à y subsister, et s'y perpétue pendant une suite de générations, elle sera alors tellement changée» que les' botanistes qui l'y ren contreront en constitueront une espèce particulière (2).
« Dans ce cas» un climat défavorable, une nourriture insuffisante» un manque d'abri contre les vents» et diverses autres causes» donneront lieu à une race nouvelle dont les individus seront petits» maigres dans leurs parties; et certains de leurs organes» ayant pris plus de développement que d'autres, offriront alors des proportions particulières (3). »
« Ce que la nature fait avec beaucoup de temps» reprend Lamarck» nous le faisons tous les jours» en changeant nous-mêmes subitement, par rapport à un végétal vivant, les circonstances dans lesquelles lui et tous les individus de son espèce se rencontraient.
« Tous les botanistes savent que les végétaux qu'ils transportent de leur lieu natal dans les jardins pour les y cultiver, y subissent peu à peu des changements qui les rendent à la fin méconnaissables. Beaucoup de plantes très-velues naturellement» y deviennent gla-* bres ou à peu près; quantité de celles qui étaient couchées et traînantes» y voient redresser leur tige; d'autres y perdent leurs épines ou leurs aspérités ; d'autres encore, de l'état ligneux et vivace que leur tige possédait dans les climats chauds qu'elles habitaient, passent dans nos climats à l'état herbacé, et, parmi elles, plusieurs ne sont plus que des
(I) PhiL ZooL, loii!« I, p:»g. (>•>. ^ (5) Phil. ZuoL, lutuc 1, p.ig. i2o.
(i) Pkti,Zoot., toine 1, i^ig. ()i-(>5.
pUotes annuelles; enfin» les dimensions de lears parties y subissent elles-mêmes des changements très-considérables. Ces effets des changements de circonstances sont tellement recoonos» que les botanistes n*aiment point à décrire les plantes des jardins 9 à moins qu'elles n'y soient nouvellement cultivées.
« Le froment cultivé ( tritieum êativum ) n'est-il pas un végétal amené par l'homme à Tétat où nous le voyons actuellement? Qu'on me dise dans quel pays une plante semblable habite naturellement, c'est-à-dire» sans y être la suite de sa culture dans quelque voisinage 7 c Où trouve-t-on dans la nature nos choux» nos laitues» etc.» dans l'état où nous les possédons dans nos jardins potagers ? N*en est-il pas de même à l'égard de quantité d*animiax que la domesticité a changés ou considérablement modifiés ?
c Que de races très-différentes parmi nos poules et nos pigeons domestiques» nous nous sommes procurées en les élevant dans diverses circonstances (et dans différents pays» et qu'en vain 00 chercherait maintenant à retrouver telles dans la nature 1
t Celles qui sont le moins changées» sans doute par une domesticité moins ancienne» et parce qu'elles ne vivent pas dans un climat qui leur soit étranger» n'en offrent pas moins» dans Tétat de certaines de leurs parties, de grandes différences produites par les habitudes que nous leur avons fait contracter. Ainsi nos Canards et nos Oies domestiques retrouvent leur tjpe dans les Canards et les Oies sauvages; mais les nôtres ont perdu la faculté de pouvoir s'élever dans les hautes régions de Taîr, et de traverser de grands pays en volant ; enfin il s'est opéré un changement réel dans l'étal de leurs parties» comparées à celles des animaux de la race dont ils proviennent.
€ Qui ne sait que tel oiseau de nos climats que nous élevons dans une cage» et qui y vit
«nnq ou six années de suite» étant après cela remplacé dans la nature, c'est-à-dire rendu
à la liberté, n'est plus alors en é(at de voler comme ses semblables qui ont toiJÛ^^^rs été
fa'/>re5 f I« i^er changement de circonstance opéré sur cet individu n'a fait, à la vérité,
que diminuer sa faculté de voler, et, sans doute, n'a opéré aucun changement dans la
forme de ses parties. Mais si une nombreuse suite de générations des individus de la même
race avait été tenue en captivité pendant une durée considérable» il n'y a nul doute que la
forme même des parties de ces individus n'eût peu à peu subi des changements notables.
A pJosforte raison» si» au lieu d'une simple captivité constamment soutenue à leur égard»
celte circonstance eût été en même temps accompagnée d'un changement de climat fort
dilTéreot, et que ces individus» par degrés» eussent été habitués à d'autres sortes de
DOorriCure, et à d'autres actions pour s'en saisir ; certes» ces circonstances, réunies et
difeoues constantes, eussent formé insensiblement une nouvelle race alors tout à fait
particalière.
« Où trouve-t-on maintenant dans la nature cette multitude de races de Chiens que» par suite de la domesticité où nous avons réduit ces animaux, nous avons mises dans le cas d'exister telles qu'elles sont actuellement ? Où trouve-t-on ces Dogues, ces Lévriers, ces Barbets, ces Epagneuls, ces Bichons, etc., etc., races qui offrent entre elles de plus grandes difiTérences que celles que nous admettons comme spécifiques entre les animaux d'oo même genre qui vivent librement dans la nature ?
< Sans doute, une race première et unique, alors fort voisine du Loup, s'il n'en est luimême le Trai type, a été soumise par l'homme, à une époque quelconque, à la domesticité (1)...
« Il n'est pas douteux qu'à l'égard des animaux, des changements importants dans les circonstances où ils ont l'habitude de vivre n'en produisent pareillement dans leurs parties ; mais ici les mutations sont beaucoup plus lentes à s'opérer que dans les végétaux, et, par conséquent, sont pour nous moins sensibles» et leur cause moins reconnaissable.
« Quant aux circonstances qui ont tant de puissance pour modifier les organes des corps
(I) Pkil. ZooL, (orne I, png. 2i6-^9. .
féreotes parmi les aiiimaux, ont fait voir que les Iim.es entre ces espèces prétendues constantes n'étaient pas aussi solides qu'on Ta imaginé.
« A la vérité, souvent il ne résulte rien de ces singuliers accouplements, surtout lorsqu'ils sont très-disparates, et alors les individus qui en proviennent sont, en général, inféconds : mais aussi, lorsque les disparates sont moins grandes, on sait que les défauts dont il s'agit n'ont plus lieu. Or, ce moyen seul sufQt pour créer de proche en proche des variétés qui deviennent ensuite des races, et qui, avec le temps, constituent ce que nous nommons des espèces (1). »
' Mais si tous ces arguments et les conséquences qui en découlent ont quelque solidité, quels furent donc, demanderons-nous, les types primordiaux de forme, d'organisation et d'instinct d'où sont'provenues les diversités de caractères que présentent aujourd'hui les animaux et les plantes? quelle est la tige unique, primitive, d'où tant de rameaux, ou, si l'on veut, tant de variétés de forme seraient sorties par voie de transmutation? y a-t-il eu plusieurs tiges? ou bien, devons-nous, ainsi que les prêtres égyptiens le faisaient à l'égard de l'univers, attribuer l'origine de toute la création à un seul œuf?
Sur ce point, la science matérialiste en est réduite aux conjectures, et voici ce qu'elle a imaginé.
L'observation conduit à reconnaître que si, d'une extrémité & l'autre, on dispose toute la série des animaux connus dans l'ordre de leurs rapports naturels, on trouve que l'on peut passer progressivement, sauf quelques interruptions, des êtres les plus simples à ceux qui ont une structure plus compliquée» et qu'à mesure que la complexité de leur organisation augmente, le nombre et l'éléyation de leurs facultés augmentent aussi. On remarque, parmi lesfplantes, une sorte de gradation semblable. L'exploration des terrains stratifiés qui composent l'enveloppe d(^ notre planète, a paru présenter une disposition analogue dans la distribution des fossiles, c'est-à-dire qu'on a cru reconnaître que les plantes et les animaux doués de l'organisation la plus simple ont existé avant ceux dont la structure était plus compliquée, et que ces derniers ont été formés successivement à des époques plus modernes, chaque race nouvelle se trouvant plus complètement déyeloppée que les races les plus parfaites de la période précédente.
Cette dernière donnée géologique parait avoir obtenu l'entière confiance de Lamarck. Il adoptait aussi l'opinion des anciens naturalistes, et croyait qUe l'océan primitif avail couvert toute la terre, longtemps après qu'elle fut devenue la demeure d'êtres vivants; et ce fut par suite de cette opinion, qu'il soutint le principe de la priorité des types des animaux marias sur ceux des animaux terrestres, omettant qu'une évolution graduelle avait transformé quelques-^ins des premiers, au point qu'ils avaient pu quitter leur s^our aquatique et venir habiter la terre ferme.
Ces hypothèses, dégà émises par Telliamed (de Maillet) et par plusieurs autres auteurs modernes, étaient en contradiction avec une des maximes de la philosophie antique, qui proclamait que les choses créées se trouvaient tougours plus parfaites en sortant des odains du Créateur, et qu'elles tendaient à une détérioration progressive, quand elles étaient abandonnées à elles-mêmes :
Omniafatls
un pejus mère, ac reiro sublapsa referri.
Aussi les anciennes écoles de philosophie avaient-elles recours, pour réparei^ cette dégénérescence des êtres, à des réintervenlioos de la Divinité; elles admettaient que l'ordre, l'excellence et l'énergie première du monde physique et moral, avaient été souvent rétablis à l'aide d'un tel moyen.
Lamarck et ses partisans, se fondant sur le développement progressif de la vie organique et sur les conséquences qu'ils crurent résulter des données géologiques, prirent le
(I) Phll. Zoo!,, lome I, pag. G3-C4.
eontre-pied du dogme ancien. Ils admirent que les formes les plus simples et les facultés les plus imparfaites avaient caractérisé les premiers êtres créés, et que ceux-ci avaient servi d*origine à tous les autres. On supposa que la matière inerte avait été douée de vie dans le principe ; que» par la suite des temps, la sensation avait été ajoutée h la simple force vitale; que, plus tard encore, vinrent la vue, Touïe et les autres sens, puis Tinstinct et les iacultés intellectuelles ; et que, finalement, en vertu de la tendance des choses à un perfectionnement progressifs IHrrationnel avait fait place au rationnel.
Mais, en admettant cette évolution progressive de plantes et d'animaux descendant les phis composés des plus simples, on fut forcé de recourir à une nouvelle hypothèse, pour eiplîquer comment, après un nombre de siècles si considérable, il y avait encore tant d'êtres conformés de la manière la plus simple ; pourquoi la majorité des créatures vivantes 86 sont maintenues. stationnaires pendant cette longue suite de périodes, tandis que d*autres auraient fait des progrès si extraordinaires ; pourquoi il existe de si prodigieuses multitudes dlnfusoires et de Polypes, ou de Conferves et autres plantes cryptogames; pourquoi enfin Tacte du développement s'est produit avec une force si inégale et si irr^ulière, à Tégard des classes d'êtres les plus perfectionnées, que la série présente des interruptions considérables (I)...
On a essayé de répondre à cette objection. Pour cela, on a considéré la nature comme une puissance déléguée^ un instrument , une pièce de mécanisme j agissant par. nécessité, obli" gée de procéder graduellement dans toutes ses opérations; elle ne peut engendrer à la fois des animaux et des plantes de toutes les classes ; mais elle doit toujours commencer par produire les espèces les plus simples, et partir de celles-ci pour arriver aux plus comp\exes« y ajoutant successivement divers systèmes d'organes, dont elle multiplie de plus en plus le nombre et l'activité.
La nature, celle qu'on a imaginée pour la commodité du système , travaille donc constamment à la formation des rudiments élémentaires de la vie animale et végétale, par la généralian spontanée. Des Monades, de grossières ébauches, mais douées de vie, voilà ses seules créations directes. Les rudiments primitifs des plantes et des animaux se développent graduellement et arrivent à constituer les classes les plus élevées et les plus parfaites, en vertu de l'action lente, mais incessante, de deux principes essentiels : 1" la tendance à
(i) Noos aDons voir tout à Vhture Lamarck essayer 4t Boatrer que rbomnae n^est qu'un Orang-Ouiang nodifté. Mais une chose fâcheuse pour le système que tant d'antres faits ruinent fondamentalement, €tu la coexistence de Fespèce transformable et de Tespèce transformée. Gomment se fait-il que, dans tes droonstances absolument les mêmes, une partie ée fespèce Orang ait subi cette profonde traasmutation dont il est question, taudis que l'autre n'a pas changé? Comment les circonstances qui ont Influé «or certains individus ont-elles été absolument sans HIet snr les autres? Signale-t-on au moins cette influeace à quelque degré, et comme un commencement de awàification dans Torganisalion ou dans les facultés insiiDCtîTes de cette brute passant à l'état dliofnme? On n'a pu, on ne peut assigner rien de ifmMabie.
I L'expérience de plusieurs milliers d'années a suflisaniment réfuté ce système. Gomment se fait-il que ron ne déooorre aucun exemple de semblables dé- Ydcopements pendant ceue longue observation? L'Abeille a travaillé avec ardeur et sans interruption dans Tart de faire son agréable produit, depuis les jours d'Aristote; la Fourmi n'a cessé de construire fces labyrinthes, depuis que Salomon recommandait son exemple ; mais, depuis le temps qu'elles furent décrites par le philosophe et le sage jusqu'aux belles recherches des Huber, nous sommes certains qu*elles n'oM aeqoit aucune nonvdie perception on un aonvel organe pour améliorer leurs travaux. L'Egypte qui, comme la très-bien l^it obscr\'er la savante
commission des naturalistes français, nous a conservé un Muséum d'histoire naturelle, non-seulement dans ses peintures, mais dans les momies de ses animaux , nous présente chaque espèce, après trois mille ans, parfaitement identique avec celles d'auîourd'hui. À quels efforts l'homme ne s'est-il pas livré et ne se Irvre-t-il pas encore plus spécialement de nos jours pour découvrir de nouvelles ressources, de nouvelles forces mécaniques, et pour donner un champ plus vaste à l'usage de ses sens! Et cependant^ liéias! aucun nouveau membre ne nous a^ poussé, pas un seul organe ne s]est plus développé, aucun nouveau canal de perception ne s'ouvre pour nous donner l'espoir qu'après plusieurs milliers d'années, nous atteindrons un plus h;uit degré de l'échelle de l'amélioration progressive, ou que nous nous éloignerons de quelques pas de ulus de notre consanguinité avec le Singe babillard. > Wisenian, Discours sur les rtmports entre la science et la religion révélée, U L p. 492-193.
c Je crois aussi peu que le cèdre du Liban fut originairement un lichen, que l'Eléphant doive son ori> gine à une Huître, i Traité xoolog. et phy^olog. des vers intestinaux, par Bremser.
Après avoir vicloHetisement reloué l'étranse opinion de Lamarck, M. Fourcault ajoute : c S il était encore nécessaire de combattre une sembhible hypothèse, il nous serait facile d'accumuler des preuves et (tes faits, et nous les choisirions même parmi ceux (|ue le célèbre naturaliste a offerts. > L)is de r organisme vivant, t. 1, p. 550.
l'avancement progressif dans les pliéiiomèDes d'organisation, avec un plus haut degré d'instinct et d'intelligence, etc. ; et 2* la force des circonstances extérieur esy c'est-à-dire de» changements produits dans la condition physique de la terre ou dans les relations mutuelles des plantes et des animaux. Les espèces, en se répandant sur le globe, sont exposées è des changements de climat, à des alternatives diverses relativement à la quantité et à là qualité de leur nourriture ; elles rencontrent de nouveaux animaux, de nouvelles plantes qui accélèrent ou retardent leur développement, en pourvoyant à leur subsistance ou en détruisant leurs ennemis. De plus, la nature de chaque localité est changeante par elle-même; de sorte que les habitudes et l'organisation des espèces seraient modiûées par l'influence des révolutions locales, lors môme que les rapports d'autres animaux et d'autres plantes resteraient invariables.
Or, si le premier de ces principes, la tendance au développement progressifs pouvait, dit Lamarck, s'exercer avec une liberté complète, il donnerait naissance, dans le cours des siècles, à une échelle d'êtres graduée, conduisant, par les transitions les plus insensibles, de la structure la plus simple à la plus complexe, et du plus humble degré d^intelligence au plus élevé. Mais, par suite de l'intervention continue des causes extérieures dont nous venons de parler, la régularité de cet ordre se trouve singulièrement troublée, et le monde organique n'offre qu'une simple approximation d'un tel état de choses : les progrès do quelques races étant retardés par un concours de circonstances défavorables, et ceux de quelques autres se trouvant, au contraire, accélérés par un assemblage deconéittons favorables. 11 en résulte que toutes sortes d'anomalies interrompent la continuité du plan, et que des lacunes, comprenant peut-être des familles et des genres entiers, se rencontrent entre les points les plus rapprochés de la série-
Pour se faire une idée exacte, s'il est possible, de ce mécanisme compliqué, voyons-en l'application, montrons-le en mouvement. Il ne sera pas sans intérêt de voir comment les rouages dont il se compose peuvent produire, sous la direction de l'auteur, les effets si extraordinaires que l'on observe dans l'état actuel de la création animée. Obligé de nous borner, nous passerons sous silence les moyens à l'aide desquels, après une suite immense de générations, un petit corps gélatineux se trouve transformé en chêne ou en singe , et nous arriverons tout d'abord au dernier degré du plan progressif, par suite duquel l'Orang- Outang, provenant originairement d'une monade, atteint peu à peu jusqu'aux attributs et aux facultés de l'homme, a Si une race quelconque de Quadrumanes^ dit Lamarck, surtout la plus perfectionnée d'entre elles , perdait par la nécessité des circonstances (quelles circonstances? de quelle nature?), ou par quelque autre cause, l'habitude de grimper sur les arbres et d'en empoigner les branches avec les pieds, comme avec les mains, pour s'y ac-* crocher; et si les individus de cette race, pendant une suite de générations, étaient forcés de ne se servir de leurs pieds que pour marcher, et cessaient d'employer leurs mains comme des pieds ; il n'est pas douteux, d'après les observations exposées dans le chapitre précédent, que ces Quadrumanes ne fussent à la fin transformés en Bimanes^ et que les pouces de leurs pieds ne cessassent d'être écartés des doigts, ces pieds ne leur servant plus qu'à marcher.
« En outre, si les individus dont je parle, mus par le besoin de dominer, et de voir à la fois au loin et au large, s'efforçaient de se tenir debout, et en prenaient constamment l'habitude de génération en génération ; il n*est pas douteux encore que leurs pieds ne'prissent insensiblement une conformation propre à les tenir dans une attitude redressée; que leurs jambes n'acquissent des mollets, et que ces animaux ne pussent alors marcher que péniblement sur les pieds et les mains à la fois.
« EnGn, si ces mêmes individus cessaient d'employer leurs mâchoires comme des armes pour mordre, déchirer ou sais'r, ou comme des tenailles pour couper l'herbe et s'en nourrir, et qu'ils ne les fissent servir qu'à la mastication ; il n'est pas douteux encore que leur angle facial ne devint plus ouvert, que leur museau ne se raccourcit de plus en plus, et qu'à la On, ce museau étant entièrement effacé, ils n'eussent leurs dents incisives verticales.
41 INTRODUCTION. it
« Qae Too suppose maintenant qu*ane raoa de Quadrumaneif comme la plus perfectionnée» ajani acquis par des habitudes constantes dans tous ses individus, la conformation que je Tiens de citer, et la faculté de se tenir et de marcher debout, et qu'ensuite elle soit parrenue à dooiioer les autres races d'animaux, alors on concevra :
« 1* Que cette race, plus perfectionnée dans ses facultés, étant par là venue à bout de maîtriser les autres, se sera emparée à la surface du globe de tous les lieux qui lui conviennent ;
c 2r Qu'elle en aura chassé les autres races éminentes et dans le cas de lui disputer les biens de la terre, et qu'elle les aura contraintes de se réfugier dans les lieux qu'elle n'occupe pas;
« 3* Que, nuisant à la grande multiplication des races qui l'avoisinent par leurs rapports, et les tenant reléguées dans des bois ou autres *Heux déserts, elle aura arrêté les progrès da perfectionnement de leurs facultés, tandis qu'elle-même, maîtresse de se répandre partout, de s'y multiplier sans obstacle de la part des autres, et d'y vivre par troupes nombreuses, se sera successivement créé des besoins nouveaux qui auront excité son industrie et perfectionné graduellement ses moyens et ses facultés ;
« 4* Qu'enfin cette race prééminente ayant acquis une suprématie absolue sur toutes les antres, elle sera parvenue à mettre entre elle et les animaux les plus perfectionnés une différence et, en quelque sorte, une distance considérable.
c Ainsi, la race de Quadrumaneê la plus perfectionnée aura pu devenir dominante;
changer ses habitudes par suite de l'empire absolu qu'elle aura pris sur les autres, et de ses
nouveaux besoins ; en acquérir progressivement des modifications dans son organisation et
des tacuUfts nouvelles et nombreuses ; borner les plus perfectionnées des autres races
à Vétat où elles sont parvenues, et amener entre elle et ces dernières des distinctions très-
remarquêbles (i). m
La sopériorité et l'accroissement d'intelligence acquis par la race dominante prouvent la tendance naturelle du monde organique à se perfectionner de plus en plus, de même que ses efforts pour arrêter la marche progressive des autres races offrent l'exemple d'une des causes perturbatrices dont nous avons parlé précédemment, cette force des circonstance$ extérieures qui a occasionné de si grandes lacunes dans la série régulière des êtres organisés.
« L'Orang d'Angola {Simia troglodytes^ Linn.), ajoute Lamarck, est le plus perfectionné des animaux : il l'est beaucoup plus que TOrang des Indes [Simia satyras^ Linn.)» que l'on a Ktomé Orang-Outang; et, néanmoins, sous le rapport de l'organisation, ils sont l'un et l'autre fort inférieurs à l'homme en facultés corporelles et d'intelligence (2). Ces animaux se (iennent debout dans bien des occasions ; mais comme ils n'ont point de cette attitude une habitude soutenue, leur organisation n'en a pas été suffisamment modifiée ; en sorte que la station pour eux est un état de gêne fort incommode.
«On sait par les relations des voyageurs, surtout à l'égard de l'Orang des Indes, que lorsqu'un danger pressant l'oblige à fuir, il retombe aussitôt sur ses quatre pattes. Cela déctie, nous dit-on, la véritable origine de cet animal, puisqu'il est forcé de quitter cette contenance étrangère qui en imposait (3).
« Pour l'homme qui, par ses habitudes maintenues dans les individus de son espèce depuis une grande suite de générations, ne peut que se tenir debout dans ses déplacements, cette attitude n'en est pas moins pour lui un état fatigant, dans lequel il ne saurait se naintenir que pendant un temps Domé et à l'aide de la contraction de plusieurs de sqs arnsdes.
« Si la colonne vertébrale du corps humain formait l'axe de oe corps, et soutenait la tête en éqmlit»^, ainsi que les autres parties, l'homme debout pourrait s'j trouver dans un état
(i^ t^' ^^: lome I, pag. 549-352. les corps vivants, page 136, quelques obserTalions
(t) Voyex, dit Lamarck, dans mes Recnerches sur sur ÏOrang d* Angola.
^5) Phil. ZooL, tome I, pag. 35S.
DiCTioïiii. DE Zoologie. II. 2
4S IMTRODUCIIOll. M
de repos. Or, cpii ne sait ^*ils e& «rt {ms aiim,.que la tète A4^B*«rtteale peint à son centre de {^aTfté, que la poitrine et le ?entre, ainsi que les viscères que ees eavités renferment, pèsent presque eAttè^ement sur la partie antérieure de la eokuuie vertébrale; que celle-ci repose sur une base oblique, etc. Y Aussi, comme le dit Ridierand, est-il nécessaire que dans la station, une puissance active veiUe tans cesse k prévenir les chutea dan^^iesquelles le poids et ta disposition des parties id^enl à entraîner leeepp8..*4 « J*ai ohservé, dit ce même sa* vantdans sa Physiologie (vol. Il, p. 268), que les enfants, dont la tôte est volumineuse, le ventre saillant et les viscères surèfaargés de graisse, «'accoutument difficilement à se tenir debout; ce n*est guère qu*k la finée la deuxième année qu'ils osent s'abandooner i leurs propres forces ; ils restent exposés à des chutes fréquentes, et ont une tendance naturelle à reprendre J'éiat de {quadrupède (1). »
« Maintenant, ajoute Lamard^^ pour suivre dans tous ses points la (supposiuon préseolén dès le commencement de ces observ#jUu2BS, il conviant d*y jouter les considérations sui« vantes :
« Le$ individus de la race dominante dont il a été quesuon, s'étant emparés de tous le» lieux d*habitation qui leur furent com.modes» et ayant considérablement multiplié leuri besoins à meeure que les sociétés qu'ils y formaient devenaient plus nombreuses, ont dû pareillement multiplier leurs idées, et par suite ressentir le besoin de les communiquer à leurs semblables. On conçoit qu'il en sera résulté peor eux la nécessité d'auga>enter et de varier en même proportion les signes propres k la coipa^uiMcation de ces idées. Il e^t donc évident que leci individusde œlte race auront dû &ipe dos efforts oontinuels, et employa tous leurs moyens dans ces eflérta, pour nréer, multi|ilier et varier suffisamment les sigm^a que leurs idées et le^irs besoins nomtMreut rendaient nécessaires.
< Il n'en est pas ainsi des autres anifliaui t oar« q«eîiqne les plue parfaits d'entre eux, tels que les Quadrumanes, vivent, la plupart, par troupes, depuis Téminente suprématie de la race citée, ils sent restés sans progrès dans le perfectiMiw^ent de leura facultés, étant pourchassés de toutes parts et relégués dans des lieu^ aanvages, déserts* rarement spacieux, et où, misérables et inquiets, ils sont sans cesse contraints de fuir et de se cacher. Dans cette situation» oes animaux ne $e forment plus de nouveaux besoipsy n'acquiè» rent plus d'idées nouvelles , n'en ont qu'un très-petit nombrct et toigours les mêmes qm les occupent ; et, parmi ces idées, il y en a très-peu qu'ils aient besoin de communiquer aux autres individus de leur espèce. 11 ne leur faut donc que tfès-i^eu de sigpes différents pour se faire entendre do leurs semblables : aussi* queiquQS mouvements du 9^9B ou d^ certaines de ses parties* quelques sifflementsg ^t quelques orîa yariés par de simples m-* flexions de voix, leur suffisent»
« Au contraire, les individus de la race dominante déjà mentionnée lompt mi b^Sf^n d% multiplier les signes pour communiquer rapidement leurs idées devenues de plus en çim nombreuses, et ne pouvant plus se eonteater^ m da signes pae<prpimî<p4est ni des ioflexiMS possibles de leurs joixi pour représenter cette multitude de lignes devenui^ néeessairest seront parvenus, par différents efforts, k fermer des sons articulés ; d'abord ils n'en au-* ront eippleyé qu'un petit nombres CQ(\jQinten|ent ayec des inflexions de leurs ¥oii; par ht suite, ils les auront multipliés, variés et perfectionnés, selo^ l'accroissemeni de leurs be^ soins et selon qu'ils s^ seront plu3 exercés ^ les proQttire)i &n eflTet, Texerçiee lisbituel de leur iosi^f ^ leur langea et de leum lèvr^ pour artiootor las sons» aura éminemment développé wt ffix ^tt« tiçnité..
«c De lj|L, iPwr^eVo r^^ p#rtie«l)drei l'origm^ de l'adOHiiMelDifMJIté 4a parler; et oqwm l'éloignement des lieux où les individus qui la composent se seront répandus fayerise ht corruption des râpes convenus pom* rwlre cbaqv^ idée, de \k V^tif^ des Moguês, qui se seront diversi^ées parto^t•
c Ainsi, à cet égard, les besoins seuis auront tout fait : ils auront fait naître les efforts ;
(^) PhU. Zool.. tema L eaa. 355 el 3t4.
et les organes propres mt ârticnlitioiM des sms se seront dérdoppés pàt leur emploi Miituel (1). »
Tetie est Tesqulsse fldèlSy Iittér«de» de la théorie étraiige SMteoue ptr Ltoodrckt et Moptée par les naturalistes qui, interprétant à leur manière les monuments géologiques» ont voulu écarter Huterrention répétée de la Cause première dans Texplication qu'ils ont donnée de Tapparition suoeessive de nouTeUes raoes d*animaux et de plantes» et de Texliiction des races préexistantes» aux différentes phases d'évolution de notre planète,
La question des créations ou apparitions luceessires de plantes et d'animaux à la sur-* ftee du globe, d*après les données géologiqu;es» doit faire ailleurs l'objet de notre examen. IloQS nous renfermerons ài^urd'hui dans oelle de l'immutabilité des espèces; c'est là la grande thèse que neas nous proposons d'étiablir contrairement aux assertions du pan^ théisme matérialiste. ^
lllt-
Le lyittes de la transformation graduelle des espèces est réfuté par la permanence des espèces
de la création actuelle.
Quand on jette les yeux sur les divers groupes entre lesquels les plantes et tes animaux ont été divisés, on les trouve d*abord si naturels qu'on n'hésite point h regarder, avec Linné, t les genres comme aussi bien établis dans la nature que les espèces qui les composent (2). v Hais, lorsqu'on examinant les nombreuses gradations intermédiaires, on vient à reconnaître que, la plupart du temps, toutes les lignes de démarcation ont disparu là même où elles étaient d'abord le* plus distinctes, on commence par mettre en doute l'existence réelle des genres, et Ton Onit par leS regarder comme des signes arbitraires et artificiels, inventés, comme ceux qui servent à distinguer les constellations célestes, uniquement pour la commodité de la classification.
Passant ensuite aux espèces, de nouveaux doutes s*élèvent dans l'esprit relativement à. leur nature; on se demande si elles ne seraient pas aussi peu réelles que les genres ; et parmi les divers phénomènes qui fixent notre attention, il en est deux surtout qui excitent notre étonnement : c'est d'abord, que quelques individus s'écartent considérablement du type ordinaire par l'effet de circonstances particulières; puis, que les particularités nouvellement acquises par ces individus sont fidèlement transmises à leur postérité. Od se demande avec inquiétude jusqu'où de telles modifications peuvent s'étendre dans on laps de temps immense, et pendant que de grands changements s'accomplissent dans Fétat physique du globe. Toutefois, on àe rassure bientôt quand on voit que la nature a défendu le mélange des descendants de souches primitives distinctes, ou que, du moins elle a frappé de stérilité leur progéniture, empêchant ainsi que ces races se confondent, et iadiquaot par là qu^une multitude de types distincts doivent avoir été créés dans le principe, et s'être consevés purs et à l'abri de toute altération jusqu*à ce jour.
Confiant dans cette loi générale, le naturaliste qui cherche à se rendre compte de la marche de la nature, essaie de résoudre chaque problèmt difficile qu'il rencontre par l'expérience directe. Mais bientèt il se trouve arrêté pai des embarras d'un autre genre; de nouveaux phénomènes, tels que la fécondation d*une hybride et, dans le règne végétal, la reproduction d*une hybride à travers plusieurs générations, le jettent dans de nouvelles perplexités. H se voit réduit à choisir entre deux alternatives : il faut ou qu'il nie la réalité des fcit observés* ou qu'il déclare que les deux espèces de l'union desquelles proviennent les individus féconds n'étaient que de simples variétés. En adoptant cette dernière proposition, il est forcé de mettre en doute te fait de la distinction de toutes les autres espèces supposées qui ne diffèrent pas plus entre elles que les individus auxquels ces hybrides féconds doivent leur existence; et bien qu'il ne puisse^ dans tous ces divers cas, se procurer imroé-
ai) M9« M^pLt MMif If M* 38(^SS7. — Dans h réfuté um hideuses docirinea sur le^fueUes nom fccëapitre x, I 5, do lome II, de notre Tableau de ta viendrons ailleurs.
eréotion ou 6i4n mataftsté t^ar têt (tuvre$^ nous avons (2) < Oencs otmie e^i nntiiralè, îH pHmordio lâle
creatum, etc. > Pnil. Dot. 1 159, etc.
it INTRODUCTION. M
diatement un indiridu fécond proyenanl de parents hybrides, Texpérience lui fait voir^ cependant, qu'après plusieurs essais sans résultat, raccouplement des deux espèces dis* tinctes peut, sous Finfluence de circonstances très-favorables, finir par donner naissance à une progéniture féconde. Or, ne peut-on pas supposer que de telles circonstances se sont présentées phisieurs fois'dans le cours d'un grand nombre de siècles ?
En voyant ainsi s'écrouler successivement chacun des jalons sur lesquels il s'était appuyé, l'observateur dont nous parlons est disposé à adopter la première doctrine nouvelle qui lui est présentée, même la plus invraisemblable, la plus absurde; car, à ses yeux, il n'y a plus de stabilité dans la création animée, tout y est dans un changement continuel. C'est alors que le géologue vient lui apprendre qu'il y a eu des vicissitudes sans fin dans la forme et dans la structure des êtres organisés des anciens temps ; que l'ordre de choses actuel n'a été amené que graduellement ; que les phénomènes d'organisation ont subi uo développement progressif, subordonné aux besoins de l'existence, et s'étendant depuis l'état le )>]us simple jusqu'au plus complexe ; que l'apparition de l'homme est le dernier phénomène d'une longue suite d'événements ; et enfin qu'une série de révolutions phy« siques, contemporaines avec des révolutions analogues dans le règne organique, et non moins importantes que celles-ci, peuvent être observées dans le monde inorganique.
Il trouve donc dans ces idées la confirmation des préjugés qu'il a conçus relativement à la stabilité du caractère de l'espèce, et il n'est pas éloigné de supposer un rapport nécessaire entre une série de changements produits dans le monde inorganique, et la propriété dont jouissent les espèces d'êtres modifiées indéfiniment par l'influence des circonstances extérieures. II ne s'arrête pas dans ces conjectures ; il en vient à regarder comme tout à fait vraisemblable que la forme extérieure, la structure intérieure, les facultés instinctives, et la raison elle-même, ont pu se développer graduellement, à partir de l'état le pl«s simple de l'existence ; que tous les animaux, l'homme aussi bien que les êtres dépourvus de raison, peuvent avoir eu une origine commune ; que tous forment peut-être autant de parties d'un système de développement continu et progressif, s'étendant depuis les organisations les plus imparfaites jusqu'aux plus complexes ; enfin, il abjure son ancienne croyance relativement à l'origine reculée de son espèce, et, portant ses regards en avant, il contemple, comme compensation, la perfectibilité future des facultés physiques, intellectuelles et morales de l'homme.
Il convient maintenant d'examiner ce qu'il y a de défectueux sous le rapport des preuves et de captieux à l'égard du raisonnement, dans les motifs qui ont fait adopter ces étranges conclusions.
Il est indubitable que lorsque l'auteur de la nature créa les animaux et les plantes, il prévit toutes les circonstances possibles au milieu desquelles les descendants de chaque espèce de l'un et de l'autre règne sont destinés à vivre, et que celle-ci fut douée d'une organisation telle qu'elle puisse vivre et se reproduire au milieu des circonstances variables auxquelles elle doit être inévitablement exposée. Or, l'étendue des limites de ces circonstances différera essentiellement dans presque tous les cas. Prenons, par exemple, une des conditions qui exerce le plus d'influence sur la vie, celle de la température. Il y a, près de l'équateur, quelques districts assez étendus où, dans l'espace de plusieurs milliers de siècles, le thermomètre ne pourrait jamais varier de plus de 11* centigr. ; dé sorte que si une plante ou un animal était organisé de manière à supporter cette varia-
tion de température, rien n'empêcherait qu'il continuât à vivre à la surface du globe pendant une période de temps marquée par ce nombre considérable de siècles, quoique chaque individu fût exposé à périr tout d'un coup, par suite du moindre excès de chaud ou de froid, au delà du degré thermométrique que nous venons d'indiquer. Mais si une espèce se trouvait placée sous une des zones tempérées, et si sa constitution ne lui permettait de supporter qu'une variation de température égale à celle que nous signalions lout à l'heure, elle périrait inévitablement avant qu'une seule année fât écoulée. Suivant M de Humboldt, à Cumana, sous la zone torride, la différence entre la tempe-
'^ Introduction m
rirtire des mois les plus chauds et les plus froias nest que ae 2 degrés centlgr. eoTiron; tandis que sous les zones tempérées, larariation annuelle s'élève à 83* environ, et qu'au Canada la différence la plus grande est de 50" centigr.
On peut appliquer la môme remarque aux diverses autres conditions nécessaires à Tezistence, à la nourriture, par exemple. En effet, on conçoit aisément que la nourriture peut être régulière pendant une période de temps indéfinie dans telle partie du monde et dans telle autre, précaire et sujette à toutes les sortes de changements, sous le rapport de sa nature et de sa quantité. Plusieurs conditions paraissent nécessaires pour que les espèces paissent vivre pendant un temps considérable sous des circonstances aussi variables. Si ëone la température et la nourriture sont au nombre des causes extérieures qui, suivant certaines lois de physiologie animale et régétale, modifient l'organisation, la forme ou les lacoltés des individus, on reconnaît bientôt que les degrés de variabilité, considérés par rapport à un type commun, doivent différer considérablement dans les deux cas que noos supposions tout à l'heure, puisqu'il faut, dans l'un, qu'une espèce se plie à une bien plus grande diversité de circonstances que dans l'autre.
S*il j avait une loi, par exemple, en vertu de laquelle une nourriture insuffisante dût arrêter la croissance des individus aptes par leur nature à supporter des privations de cette sorte, et que l'un d'eux, ne pouvant, par suite de cette cause, atteindre les dimensions propres à son espèce, doonêt le jour à une progéniture chétive, il en résulterait une race avortée, ainsi que plusieurs variétés du Cheval et du Chien en offrent de si remarquables exemples. La différence de taille qu'on observe entre quelques races de chiens est : < comme un à cinq dans les dimensions linéaires, ce qui fait plus du centuple de la masse ^1). b Or, il y a tout lieu de croire que les espèces, en général, ne peuvent exister sous des circonstances capables de donner naissance à des dimensions si disproportionnées, et, par suite, il y aura une multitude d'espèces distinctes, parmi lesquelles on ne rencontrera pas deux individus adultes s'éloignant autant d'un certain type de dimensions que les simples variétés de certaines autres espèces, celles du Chien, par exemple. Maintenant, si nous supposons que ce que l'on observe à l'égard de la taille peut avoir lieu aussi par rapport à la couleur et à plusieurs autres conditions, il s'ensuivra que le degré de discordance possible entre les variétés de la môme espèce surpassera quelquefois la plus grande disparité qu'il puisse y avoir entre deux individus appartenant à des espèces distinctes.
U en sera de même à l'égard de l'instinct; car s'il a été prévu qu'une espèce aura è combattre une grande diversité d'ennemis , il faudra nécessairement qu'elle soit douée de betocoupde prudence et de ruse ou décourage, et d'autres qualités capables de se développer en certaines occasions. L'histoire et les habitudes d'une variété d'une telle espèce peuvent souvent différer beaucoup plus de celles de quelque autre variété, que ne différeront entre elles l'histoire et les habitudes de plusieurs espèces distinctes , chez qui la faculté de seplier à des circonstances diverses est plus bornée. Quelles sont donc les limites de la variabilité observée dans les espèces? La définition que Lamarck a donnée de l'espèce n'est pas exaete; il n'est pomt vrai que les naturalistes supposent, en général, «...dans chaque animal, une organisation constante, et des parties qui n'ont jamais varié et qui ne varient jamais (2). » Tous admettent, au contraire, que les circonstances influent sur les habitudes d'un individu, et que ces habitudes peuvent, à leur tour, modifier l'état de ses organes et de ses diverses parties; mais la différence d'opinion qui partage les savants porte sur l'étendue des modifications que peuvent subir les habitudes et les organes de telle ou telle espèce.
Examinons donc d'abord quels sont, dans l'histoire des espèces connues, les faits positifs oui peuvent établir qu'une somme de changements considérables et permanents s'est pro-
(i) CuTier, Diuours iur les rhotutiotu du globe, (2) Ph'iL ZooL, tome 1, pag 200. »*^tiMi, page 151.
d«itft dans Informel dai» la atruoture ou daaa l'iaslinct d'kidîvîdM deficeadaat d'une aoi>r^ cbe oaouDoiie. Ce $ont lea aniaiaux aoumU h l'état de domeatMité et le$ plantaa Qi^yéet qui présentent les exemples l^a plus authentiques del'étMdue, de la rariabilité des espècea» Celles qui, soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal, ont rQ^aniaatiw la pkus flexible» eelles qfxi peuvent se plier à une grande diversité de eireonstaMes nouvelles, soufe lea ^us utiles à rbomme. Elles peuvent,, seules, être transportées par M dass diffiireBlA olinàstaf et leur» propriétés ou leurs instincts sont susceptibles d'être i^odifiés suivant \&m différences qui peuvent se produire dans leur nourriture et dans teups habitudes. Si lem ressoufces d'une espèce sont tellement limitées, et si ses habitudes aiosi que ses faeidléa ont uu c^raetère si borné et si local que les individus dont elle se eooepose ne puissenk vivre qu'en un très-petit nombre de points de la surface du globe^ il est rare qu'une teUe espèce soit d'une grande utilité.
Les modifications produites dans les différentes rn^es de Chiens montrent, de la nHinîàrei la plus frappante, l'influence de l*homme. Ces animaux ont été transporta dans tous le» climats et placés dans toutes les circonstances possibles. « C'est surtout, dit Bureau de l^ Malle, dans le Chien, le compagnon, le gardien, le serviteur, et» poui^ainsi dire, l'ami intime de l'homme, le Chien, objet constant de ses affections, de ses soins et de sa prévoyanoo^ que le développement et les progrès de Téducation domestique, que la puissante infiuene» d'un génie supérieur sur les mœurs et l'intelligence de l'animal, $e manif4^ieat d'uaa^ manière presque miraculeuse (1). » Différentes races ont subi des changements remar-i quables h regard de l'épaisseur et de la couleur de leur pelage; les Chiens de Guinée soni presque nus, tandis que ceux du cercle polaire arctique sont couverts d'une fourrura chaude, moitié poil et moitié laine qMi leur permet de supporter le froid le plus intense sans inconvénient. Ces animaux offrent encore des différences d'une autre nature, mais non moins remarquables : telles sont particulièrement celles que présentent la iQpgueur de leur nez et la convexité de leur front.
Mais ce serait vainement que nous espérerions trouver quelques-uns de ces changements essentiels , qui seuls pourraient donner une apparence de fondement à la théorie de I«amarck , relativement au développement de nouveaux organes et à l'oblitération graduella de certains autres. «....Enfin, dit Cuvier, et eeci est le fnaœknuw de variation connu jus-* qu'à ce jour dans le règne animal, il 7 a des races de Chiens qui ont un doigt de plus ais pied de derrière avec les os du tarse correspondants, comme il y a dans l'espèce bumaÂaa quelques familles sexdigitaires.
« Mais dans toutes ces variations les relations des os restent les mêmes, et Jamais là forme des dents ne change d'une manière appréciable; tout au plus y a^-t^il quelques indi/-« vidus oit il se développe une fausse molaire de plus, soit d'un côté, soit de l'autre (2). »
Lamarck pense qu'il ne serait point impossible que le Loup eût servi d'origine au Chiens d'autres naturalistes le font descendre du Chacal^ d'autres eufin , avec Linné, Buffou, F. Cuvier, de Blainville, regardent le Chien comme une espèce distincte. Malgré l'antipathie et la haine invétérée qui empêchent les Chiens et les Loups de s'approcher, on est parvenu à faire produire une Louve avec un Chien braque avec lequel elle avait été élevée i,ès sa jeunesse (M. de S()ontin, dans Buffon). Il résulte des expériences de Buffon sur les produits de ces deux individus jusqu'à la quatrième génération, que ces métis allaient se rapprochant du type de leur grand'mère Louve à chaque génération. Cette différence entre les produits du Chien avec le Loup, et les produits des diverses races de Chien, démontre que le Loup et le Chien sont deux espèces distinctes ; ce qui est encore prouvé par le fait des Chiens devenus sauvages depuis plus de deux cents ans en Amérique ; ces Chiens, en e^et, ne sont pas redevenus Loups, comuie cela a lieu pour le Coehon et le Chat, qiui redeviennent Sanglier et Chat sauvages.
Après avoir étudié comparativement toutes les espèces du genre Canii^ tant vivantes que
(I) iifin. det icienc. nat.^ lomt XXI, pag. 63 (2) DUeoun itir Ui révolutiotu dm 9/aài, page 151
fossiles, M. de BlainTille s'exprime ainsi : « Nous acceptons, avec le sens commun et avec Bolbn^ce que la force de son génie, soutenu de Tobsei'vûtion, quoi qu'on en ait dit , lui â MmoDtré m priori coimne a poêhrtori^ que dans le règne Végétal comme dans te règne ammâl, les iodivictas de èetes différents qui, paranthèse ou par accouplement , peuvent produire des individus eux-mêmes féconde en tout semblable^ à leurs parents, et ne é\t* Cirant que par des nuances en plus ou en moins, consiituenf une espèce. Dès lors tontes tel races et rariétés si nombreuses de Chiens qui Sê trouvent dans toutes les parties du Mode, et d^aatanl plus variées et plus nombreuses que Tespèce humaine est elle-même ï on plus haut degré de civilisation, ne constituent qu'une seule et même espèce remon-* lut k l'acte de la oréatlcrn divine (1). »
Où sait que le Cheval, !e Bioeuf, le Cochon et divers autres animaux domestiques, qui ont *
été introduits dans FAroérique méridionale, et qui sont devenus sauvages dans plusieurs
parties de ee continent, onl entièrement perdu toute marque de domesticité, et ont repris
tes fetractères originaux de leur Qspèce. Mais les Chiens sont aussi devenus sauvages K
Cttba, I Mtlii et dans toutes les îles Caraïbes. Au xtw siècle, ils chassaient, en
saréoBbsant par meutes de douze à cinquante, ou même plus, et attaquaient sans crainte
te troupes de Sangliers et d'autres animaux. Les voyageurs ont assuré qu'ils avaient la
phis grande ressemblance avec le Chien de berger ; toujours est-il certain qu'ils ne ftirent
Jamais transformés en Loups, ils étaient extrêmement féroces, mais lorsqu'on parvenait à
s'emparer de quelques-uns de leurs petits, et qu'on les transportait des bois dans les villes,
M les élevait sans peine dans la plus parfaite soumission envers l'homme. De nombpeut
exemples démontrent que l'étendue des changements que produit dans les espèces l'état
de domesticUë, tient à la faculté de varier plus ou moins, dont elles sont do ;ées original^
îement. Bien que le Cheval soil, depuis aussi longtemps que le Chien, soumis à l'état de
damesCJdfé, ses diverses races s^écartent infiniment moins d'un type commun; l'Ane a subi
moias de changements eneore; le Chameau n'en a presque point éprouvé, et pourtant, il
est probaUe que ces deux espèces sont soumises à l'homme depuis aussi longtemps que
teChevaL
Coflune fes naturalistes qui sontiennent la théorie de la variabilité des espèces comptent bMBcoop sur la lenteur, et l'imperceptibilité des changements que le temps peut produire, iti regrettent tivemeût que l'antiquité ne nous ait pas transmis des descriptions exactes et défigures d'animaux et déplantes, qui nous auraient fourni des données de comparaison Mre les eonditiotis respectives des espèces, h deux époques considérablement éloignées l^uie dei^Tantre. Bh bien 1 nous avons mieux qu'un pareil témoignage : les prêtres égyptinsaoas ont I4gué,à cet égard, dan» leurs cimetières, des informations qui peuvent PvftHement nous tenir Keu des muséums et des ouvrages que les philosophes grecs ne iow OQl |M9 laines
. Cest à l'habileté et aux recherches des naturalistes qui faisaient partie de l'expédition française en Egypte ^uç i^ovis devoQS la découverte de ces précieux documents. M. Geofiîoj 8aiotrHikiîr« §4 set eoi)ègiMft« an Ueiàde s'oeeuper excluaiveneBil de la rechercbe de momies Immaines, examinèrent ^vec le plus grand soin et envoyèrent en France un grand |tt4alMP«^d*eQrpeeiBbauEiés d^ammaiix nmés^ taie (|<ie leBœu^ le Gbien, ta Gbat» le Sioge^ HchneamoDt le CrocQdttQ et Ilbis.
fiaoe le rapport effidel, préseMé par tas professeurs du Muséum à Êaris, sur la valeur de ees oi^ets, on trouva plusieurs passages qui» malgré Féloquence donfils sont empreints» Foofraient paraltte singulier», al l'on oubliait k fuel peîAt tas Mt^walistes devait |tp^ préeler nnfiuence d^ ffit»^ aio^ rér0é^^ svr fhistoire ancienne du globe.
• U aeiaUe, diaMil4l% que la superstitioa des anoians Egyptiens ait été^ ûispirte par ta aatore» dans la vue 4e, laissetr W loonument de son histoire. Ces bottrmes biaerres, etl avae lasl de «oia lea ètraa brata doat ils avatairt &U diseiyet/i de taw stupida
(1) CêiM. fau. Cahis, page 181
ftS INTRODUCTION. 56
adoratiou» nous ont laissé, dans leurs grottes sacrées» des cabinets de zoologie presque complets; le climat s*est joint à l'art des embaumements pour préserver ces corps de toute corruption ; et nous pouvons nous assurer à présent par nos yeux de ce qu'étaient un grand nombre d'espèces, il y a trois mille ans....
« On ne peut maîtriser les élans de son imagination, lorsqu'on voit encore conservé, avec ses moindres os, ses moindres poib, et parfaitement reconnaissable» tel animal qui avait, il y a deux ou trois mille ans, dans Tbèbes ou dans Hemphis, des prêtres et des autels (1). »
Parmi ces momies égyptiennes, non-seulement il y en avait qui appartenaient à des reptiles, à des oiseaux, à des quadrupèdes sauvages; mais ce qui, peut-être, était beaucoup plus important encore pour décider la grande question de la permanence des espèces, c'est que l'on en trouva aussi de plusieurs animaux domestiques, tels que le Bœuf, le Chien et le Chat. Or, telle était, suivant Cuvier, la conformité de toutes ces diverses espèces avec celles qui vivent aujourd'hui, que, respectivement, elles n'offraient pas plus de différence qu'on n'en observe entre les momies humaines et les corps humains que l'on embaume de nos jours. Cependant, quelques-un^ de ces animaux ont, depuis cette époque, été transportés par l'homme dans presque tous les climats, et se sont vus forcés d'assujettir leurs habitudes à la plus grande diversité de circonstances. Le Chat, par exemple, qui a été transporté par toute la terre, et qui, depuis les trois siècles derniers, est naturalisé ëans toutes les parties du Nouveau-Monde, depuis les froides régions du Canada jusqu'aux plaines tropicales de la Guyane, a subi à peine quelques légères modifications; on le retrouve tel en<* jre que l'animal qui était réputé sacré chez les Egyptiens.
Le Bœuf comprend sans doute plusieurs races très-distinctes; mais le bœuf Apis, celui qui était conduit dans les processions solennelles par les prêtres égyptiens, ne différait point des espèces actuelles. La race bovine est devenue sauvage en Amérique; or, quoique le climat offrit dans ce pays des particularités que peut-être on ne rencontrerait dans aucune partie de Fancien monde; quoique cette race y ait à peine trouvé pour sa nourriture une seule plante exactement de la même espèce que celles qui lui servaient de pâture dans notre continent, au lieu de subir dans ses formes et dans ses habitudes la moindre altération, eNe est revenue à un état de ressemblance parfaite avec le bétail sauvage, originaire d'Europe (3).
En réponse aux arguments tirés des momies égyptiennes, I^marck prétendait qu'elles étaient identiques avec leurs descendants, vivant dans la même contrée, parce que le climat et la configuration des bords du Nil n'avaient point éprouvé de changements pendant les trente siècles derniers. Mais pourquoi, demandera-t-on, d'autres individus de ces espèces conservent-ils les mêmes caractères dans un si grand nombre de régions où le climat et tant d*autres conditions sont si variés?
(4) Ann. du Muséum d*h!stoire naturelle, tome 1, page !Û(4. — Les rapporteurs étaient MM. Cuvier, Laicépède et Lamai-ck.
(2) c il y a dans les animaux, dit Cuvier, des caractères qui résistent à toutes les iifflaences, soit naturelles, soit humaines, et rien n'annonce que le temps ait, à leur égard, plus d*effet que le climat et la domesticité.
c Je sais que quelques naturalistes comptent beaucoup sur les milliers de siècles qu'ib accumulent d*un trait de plume ; mais, dans de semblables matières, nous ne pouvons guère juger de ce qu'un long temps produirait, qif en multipliant par la pensée ce que produit un temps moindre. J*ai donc cherché à recueillir les plus anciens documents sur les formes des animaux, et il n'en existe point qui égaient, pour Tantiquité et pour l^bondance, ceux (|!ie nous fournil TEgypte. Elle nous offre, non-seulement des Images, mais les corps des animaux euxmêmes, embaumés dans ces catacombes.
f J'ai examiné avec le plus grand soin les figures
d'animaux et d*oiseaux gravés sur les nombreux obélisques venus d'Egypte dans l'ancienne Rome. Toutes ces figures sont, pour l'enseiuble, qui seul h pu éire l'objet de l'attention des artistes, d'une ressemblance parftiite avec les espèces telles que nous les voyons aujourd'hui.
c Chacun peut examiner les copies qu'en donnent Kirker et Zœga : sans conserver la pureté de trait des originaux, elles offrent encore des figures trésreconnaissables. On y distingue aisément l'Ibis , le Vautour, la Chouette, le Faucon, l'Oie d'Egypte, le Vanneau, le Râle de terre, la Vipère hige ou i Aspic, le Céraste, le Lièvre d'Egypte avec ses longues oreilles, l'Hippopotame même ; et dans ces nombreux monuments gravés dans le grand ouvrage sur l'Egypte» on voit quelquefois les animaux les plus rares, rAIgazel, pÂr exemple, qui n'a été vu en Eorope que depuis quelques années. »
Diuoun mr lu révoluUons de la surface du gUf^^ page 125-
n INTRODUCTIOIt 8«
Des recherches analogues ont été faites parles botanistes, au sujet des plantes de la plus haute antiquité, et l'on est arrivé aux mêmes résultats, c'est-à-dire que Ton a constaté ridentité des espèces appartenant à ces temps reculés, avec les mêmes espèces existant à notre époque (1). M. Hafaudel, en 1726, reconnut dans les monuments égyptiens le musa, le nelumbo, le colocase et le persea; et M. Bonastre assure (2) avoir reconnu, tant en nature que d'après les dessins, plus de quatre-vingts plantes dans les restes de l'ancienne Bgypte. Mais, ce qui est plus important, nous trouvons dans certains pays, tels que celui que nous Tenons de citer, les objets conservés en nature et parfaitement semblables aux nôtres. Ainsi, Vxxn des botanistes, qui est le plus connu par l'etactitude de ses descriptions, M. Kuntb (3), a reconnu une vingtaine de nos plantes actuelles parmi les fragments de végétaux trouYés dans les momies de la haute Egypte. M. de CandoUe aussi a reconnu, sans la moindre incertitude, les feuilles de l'olivier dans une couronne de momie, et des grains de blé (W) dans les caisses de celles des momies qui passent pour les plus anciennes (5). Une e^rience de trois mille ans est un fait de quelque importance pour corroborer les raisonnements qui résultent des faits actuels, et pour contre-balancer les doutes vagues de ceux qui nient la permanence des espèces.
DeliUe a trouvé dans les tombeaux des rois des vases hermétiquement fermés, contenant du blé dont les grains conservaient non-seulement leur forme, mais aussi leur couleur; ce qui prouve l'efTicacité de l'embaumement, au moyen du bitume, dans un climat sec et uniforme. 11 était impossible de reconnaître la moindre différence entre ce blé et celui qui croit en Orient et ailleurs; et des comparaisons semblables, faites à l'égard de toutes les aulres plantes, ont donné le même résultat.
« Qu'on me dise, objecte Lamarck, dans quel pays le froment cultivé habite naturellement, c'esr-à-dîre, sans y être la suite de sa culture dans quelque voisinage (6). » La réponse est bien simple; tous les naturalistes savent que la distribution géographique d'un grand nombre d'espèces est extrêmement bornée ; que l'on devait s'attendre à ce que ce fût dans son pays natal que chaque plante utile dût être cultivée d'abord avec le plus de succès, et que, probablement, chaque station qu'elle occupait partiellement, quafid elle croissait à l'état sauvage, devait être choisie par l'agriculteur comme la plus ftvorable, lorsqu'il voulait la propager artificiellement. Un auteur moderne, qui a écrit sur les céréales, a supposé que la Palestine était la patrie originaire du blé et de Torge, opinion qui repose sur les traditions hébraïques et égyptiennes, et sur les migrations du culte de Cérès, qui ne sont probablement que les migrations de la plante (7).
Si nous admettons que quelqu'une des plantes sauvages a été transformée en blé commun, et que quelque individu du genre CaniSy non encore privé, a été également transformé en chien, uniquement parce que nous ne pouvons trouver ni le chien domestique, ni le blé cultivé , à l'état de nature , bientôt aussi nous devrons faire une supposition analogue à l'égard du chameau ; car il semble fort douteux qu'aucune race de cette espèce de quadrupède se rencontre aujourd'hui h Tétat sauvage.
Hais, dira-t-on, si l'agriculture ne fournit point d'exemples de changements extraordinaires de formes et d'organisation , l'horticulteur, du moins, pourra citer des faits capables de détruire le raisonnement précédent. La pomme sauvage a été transformée en pomme de verger et la prunelle en prune. Les fleurs ont changé de couleur, elles sont devenues doubles, et ces nouveaux caractères peuvent être perpétués par la semence : une plante amère, à feuilles glauques et cloquées, a été enlevée du bord de la mer qu'elle habitait, comme la moutarde des champs ; transportée de là dans les jardins, elle perdit sa
(I) Les plantes mentionnées par les Grecs et les tombeaux Egyptiens, par M. Passalacgua : Ann. des
Rucuains se reconnaissent aujourd'hui, quand leurs iciencei nat,, vol. vni, 1826, pag. 448.
formes ont été bien décrites : les noms mêmes se (4) Trilicum turgidum.
retrouvent dans le grec moderne et niaiien. (5) Phyiiolog. végét., tome H, page 696.
(i) Jaurmii pharmac, 1750, pag. 645. (6) Phil, ZooL, tome l page 2*.
(5) Recherches sur les plantes trouvées dans les (7) Sur roHgine et la patrie de$ céréaiêi, etc.
Ann. des sciences naf., tome FX.
M INTRODUCTION. Oi
salure et fut métamorphosée en ckux végétaux distiucts, io chou rouge et le chou-fleur, qui offrent entre eux tulant de dissemblance i]ue chaouD en préseote par rapport a U plante-mère. Ces faits et beaucoup d'autres aualogues doivent être certainement compttid au nombre des merveilles de U oature ; et ils attestent, d'une manière encore pius Trapp»D(e peul-ôtre qu'aucun exemple tiré du règne aoîmal , l'étendue des modifications quo les espèces sont susceptibles d'éprouver. Mais dans ces différeals cas, nous arrivons bientôt à de certaines limites, au delà desquelles nous ne pouvons déterminer aucun changement dans les individus provenant de la même souche ; tandis que, d'un autre côté, il est facile de prouver que ces modifications extraordinaires ne sauraient avoir lieu que rarement, et ne pourraient jamais se perpétuer i, l'état sauvage pendant plusieurs géuéralions* sous toutes les circonstances possibles. Ces modifications sont à considérer comme des cas extrêmes produits par l'influence de l'homme, et non comme des phénomènes indiquant dans la nature ta faculté du modifier poussée jusqu'à l'infini.
La propagation d'une planle par bourgeons en greffes et par boutures, est évidemment un moyen que la nature ne met point en usage. Ce genre de muUiplicalfon, de même que celui qu'on obtient à l'aide des racines et dos marcoites, parait donner lieu simplement à l'exteosiou de la vie d'un individu, et non à la reproduction de l'espèce t«)le qu'elle s'opérerait par la voie dos semences. Toutes les plantes obtenues par greffes ou par marcottes conservent exactement les qualités particulières de l'individu auquel elles doivent leur origine, et comme individus elles n'ont qu'une existence bornée, tantôt plus longue et tantôt plus courte (1). Les horticulteurs semblent admettre aujourd'hui qu'aucune de nos variétés do fruits cultivées dans les jardins ne peut être considérée GOmiue étant rigoureusement permanente, mais que ces diverses variétés s'épuisent au bout d'un certain temps (2). Nous sommes donc forcés de recourir de nouveau aux semences; mais alors les graines ont une tendance si marquée h revenir au type original, que toute notrtt «dresse se trouve quelquefois en défaut lorsque nous cherchons b rétaklir ta variété perdue.
Les diverse» espèces de choux offrent, ainsi que cela a été reconnu, un exemple remarquable de la déviation qui peut avoir lieu par rapport h un type commun ; mais on •' peine k comprendre qu'elles aient pu se produire, et surtout qu'elles se soient perpétuées pendant plusieurs générations sans l'intervention de l'homme. Ce n'est qu'au moyen d'un engrais abondant que ces variétés ont été obtenues, et, dans on sol maigre, elles dégénèrent promptement. Si donc nous supposons que la graine du chou sauvage ait été transportée, k l'état de nature, du bord de la mer dans un terrain bien fumé, et qu'elle y ail donné uaissAoce It un chou-fleiu', celui-ci répandra bientôt sa semence sur quelque sol environnant moins fertile, el les plantes qui en proviendront se rapprocheront de la souehe-iBère.
Mais lors mèiae quft nous irions jusqa'i supposer le premier terrain dont nous parlions tout i l'heure, constamment amendé par le fumier provenant de nombreuses troupes d'animaux sauvages, et, par suite, aussi fertile que le sol d'un jardin, toiijours seraitil que U variété ae pourrait s'y maintenir , par la raison que ces races étant extrêmeà en féconder d'autres, les jardiniers sont forcés d'apporter les plus grands ipôcher tout croisement de s'opérer. I.e mélange du pollen des variétés ( le sol le moins riche, détruirait bientôt les caractères particuliers de la paît U partie la mieux amendée ; car, si malgré nos soins ces accidents se «ns cesse parmi les variétés employées à notre alimentation, il est aisé de peu de temps suffirait pour qu'une telle cause pût détruire toutes les paran observe h l'état saavage.
m à la BoMirime, par Snitlt, pan TTaHtactUm d^la SMiélé d'HenkatUm, wL D, IW7. -^ »~ " page ItM.
«u <Ia M- Kalgtil, insérées dans tes
•I mTRODUGTlON. êl
Bieo que les races élevées avec soin dans nos jardins, soit sous le rapport de ratilité, soit sous eélai de Tagrément, se perpétuent souvent, comme on le sait, par semence, raremeat la gralue qu'elles produisent est aussi abondante ou d'une nature aussi féconde 406 edie des individus sauvages ; de sorte que si les soins de l'homme venaient à manquer aux plantes cultivées, la yariété la plus fertile finirait toujours par remporter sur h plus stérile
Bts remarques semblables peuvent s'appliquer aux fleurs doubles, qui offrent au botaniste des anomalies si étranges. Chez elles Tovaire est souvent abortif, et les graines, quand elles se trouvent fécondes, sont généralement beaucoup moins abondantes que dans les fleurs simples.
Quelques expériences extrêmement curieuses, faites dernièrement sur la production de fleurs Meues au lieu de fleurs rouges dans le Bydrangea hortensisy montrent l'effet immédiat que produisent certains sols sur les couleurs du calice et des pétales. Dans le terreau ou dans le fumier, les fleurs sont rouges invariablement; dans quelques terres maréeageufts elles sont bleues, et le même changement se produit toujours dans une cer« taiae fflarae jaune.
On ignore encore a quelle substance ou a quelle propriété de la terre tiennent ces changements (1); mais ce que les jardiniers savent fort bien, c'est que certaines plantes, lorsqu'elles sont placées sous l'influence de circonstances particulières, éprouvent diverses modiflcations suivant les espèces,— résultats qui ne manquent jamais d'avoir lieu, chaque lois que les expériences sont répétées. La nature de ces résultats dépend néanmoins des espèces, aussi forment-ils en partie le caractère spécifique ; ils se reproduisent plusieurs fois, et indiquent certains rapports déterminés et invariables, entre les particularités physiologiques de la plante et l'influence de certains agents extérieurs. Loin de jeter du doute sur h variabilité des espèces, ils tendent au contraire à fortifier l'opinion qui admet ce principe, et nous offrent une classe de phénomènes qui, lorsqu'ils seront mieux compris, pourront aider à reconnaître l'identité des espèces, et prouveront que les attributs qu'ils eurent à l'origine subsisteront aussi longtemps qu'il restera sur la terre quelque descendant de la souche primitive.
Nous venons d'établir que la crojance à la réalité des espèces n'était point incompatible arec l'idée que le caractère spécifique est sujet à une très-grande variabilité, opîtiion qui, an ibod, n'est guère autre chose que Fextension de Fidée que l'on doit conserver de Tidcnfilé d'un indiridu, à travers les changements qull est susceptible d'éprouver.
Si un quadrupède, habitant une froide région des latitudes septentrionales et couvert d'une épaisse fourrure de poil ou de laine, venait à être transporté dans un climat mériditmaf, sourent il lui arriverait de perdre, dans le cours d'un petit nombre d'années, une gntide partie de sa fourrure; mais celle ci reviendrait peu îi peu s'il était rendu à son pays natal, quoique, là même peut-être, le retour de l'hiver et de Tété amènent des changements * peu près semblables. On sait que le Lièvre alpin {Lepus variabilis, Pal.) et lUermine {Musiela erminea^ Linn.) deviennent blancs pendant l'hiver et reprennent leur couleur natoeHe pendant Tété ; que le plumage du Lagopède éprouve une métamorphose pareille, wus le rapport de la couleur et de l'épaisseur, et que ce changement est également tem^ portire (2). D'un autre cOté, si nous apprivoisons quelque animal sauvage, et si nous parvenons à modifier ses moeurs et ses instincts par la domesticité, il peut, s'il vient à s'édiapper, devenir en peu d'années presque aussi sauvage et aussi indocile qu'auparavant ; ce qui toutefois n'empêcherait pas que, pris une seconde fois, il ne pûl être apprivoisé de nouveau. Si, après avoir placé une plante dans un sol préparé de manière à multiplier
m Hort. Troïu., vol. MI, paee 475. seule^la différence entre l'Hyène de Perse et eelle de
(J) I^ Loup el le Renard habitent, dît Cuvier, Maroc. Que Ton prenne, ajouie-l-il, les Eléphants
la aone lorrMe |wiq«'à la zone glaciale, et, les pKis dissemblables, et que l'on voie s'il y a la
dans cet immense intervalle, ils n'éprouvent d'autre moindre dilEérence dans le nombre ou dans les arti-
variélé qu*on peu plus ou un peu moïfls de beauté , culaiions des os, dans la structure des dents, etc. > __ .___ • U^ crinièiie fla»^ foornte ftiH
es INTRODUCTION. 64
les pétales de ses fleurs, et à en changer la couleur ou à la rendre plus vivo, nous venons ensuite à la priver de nos soins, les fleurs en redeviennent simples. Dans ces exemples comme dans beaucoup d'autres analogues, nous devons supposer que Tindividu a été produit avec un certain nombre de qualités; et, quand il s*agit d'animaux, avec une diversité d'instincts dont quelques-uns peuvent être développés ou ne pas l'être, suivant les circonstances ; ou qui, après s'être manifestés pendant un certain temps, peuvent redevenir latents quand les causes excitantes cessent d'agir.
La formation de races nouvelles semble devoir être la conséquence nécessaire de l'aptitude des individus à varier, si, toutefois, il existe une loi générale en vertu de laquelle les descendants d'un individu quelconque ont avec lui une ressemblance intime. Mais, avant de conclure qu'il n'y a point de limites à la déviation d'un type original susceptible de se produire dans le cours d'un nombre infini de générations, il faudrait avoir la preuve que dans chaque génération successive les individus peuvent acquérir, sous l'influence d'un certain nombre de changements de circonstances, un égal nombre de nouvelles particularités. Or, tout porte à croire que c'est le contraire q\^ a lieu ; car nous voyons toujours que la quantité de la divergence diminue dans une proportion très-rapide.
On ne peut objecter qu'il est hors de notre pouvoir de modifier les circonstances de la même manière que pourrait le faire une suite d'événements naturels s'accomplissant dans le cours de quelque grand cycle géologique. Car, lorsque des individus sont doués de la faculté de se conformer à des circonstances nouvelles, cette faculté, en général, n'ei^ige pas un temps très-long pour se développer ; et, en effet, si un long temps était nécessaire, on ne verrait pas trop comment la modification répondrait à son but ; car tous les individus mourraient avant que de nouvelles qualités, de nouvelles habitudes, ou de nouveaux instincts se fussent produits en eux.
Quand nous sommes parvenus à naturaliser quelque plante tropicale dans un climat tempéré, rien ne nous empêche d'essayer, peu à peu, d'étendre sa distribution à des latitudes plus élevées ou à des hauteurs plus considérables au-dessus du niveau de la mer, en accor^ dant, toutefois, des quantités de temps égales ou un nombre égal de générations, pour accoutumer l'espèce à une augmentatation graduelle de froid. Mais il n'est pas un cultivateur et un jardinier qui ne sachent que de telles expériences ne peuvent réussir; et il y a bien plus de chances de succès h soumettre quelques plantes, dans te cours des deux premières générations , à une très-grande différence de température» que, plus tard, à une différence bien moindre, lors même que celle-ci serait maintenue pendant plusieurs siècles.
Il en est de même si, au lieu de la température, on suppose une autre cause modifiante, telle que la qualité de la nourriture, ou la nature des dangers auxquels un animal est exposé, ou bien le sol dans lequel une plante végète. L'altération produite dans les habitudes, dans la forme, ou dans l'organisation, est souvent très-rapide pendant un court espace de temps ; mais quand les circonstances viennent h changer, toute modification cesse, et l'individu périt, quelque faible d'ailleurs que puisse être le changement. Ainsi, on peut habituer quelques herbivores à se nourrir en partie de poisson ou de chair, mais on ne peut réussir à leur faire manger certaines plantes qu'ils refusent et qui même les empoisonneraient, quoiqu'elles puissent être une excellente nourriture pour d'autres espèces du même ordre. Quand l'homme emploie la force ou la ruse contre des animaux sauvages, ceux-ci deviennent bientôt eux-mêmes plus rusés et se tiennent bien plus sur leurs gardes; de nouveaux instincts semblent souvent se développer en eux, et devenir héréditaires jusqu'aux deux ou trois premières générations ; mais que l'habileté et l'adresse de l'homme augmentent , même graduellement , et aucun changement ultérieur ne pourra avoir lieu, aucune faculté nouvelle ne se manifestera chez ces animaux par suite d'un accroissement de dangers. Le changement susceptible de se produire dans les habitudes de l'espèce a atteint un point au delà duquel aucune autre dhh*
» INTRODUCTK^ ÔC
di&atioQ n'est possible , quelle que soit d'ailleurs la dorée du temps pendant lequel agisseot les nouvelles circonstanc^s ; aussi, Tespèce serait-elle plutôt détruite que de su« bir ooe transformation telle, qu'elle pût se perpétuer sous Tinfluence du nouvel ordre de cbeses.
Oa peut admettre en principe, que les animaux actuellement soumis à rintluence de
rkûmme avaient ^ à rorigine, une tendance naturelle à la domesticité.^lVà été bien reconnu,
par MM. F. Cuvier et Dureau de la Malle , que si quelques animaux n'avaient pas
maoïfesté, à Tétat sauvage , une certaine aptitude à seconder les efforts de l'homme,
on n'eût jamais essayé, de les soumettre à l'état de domesticité. S'ils avaient tous
ressemblé ta Loup, au Renard et à l'Hyène, l'expérimentateur eût été découragé
par de nombreux insuccès, avant d'avoir pu enfin arriver à quelques résultats,
même incomplets; de même, à l'égard des plantes, si les premiers avantages dus
à leur culture avaient été obtenus par un moyen aussi lent et aussi coûteux que
celai à Taide duquel nous parvenons aiyourd'hui à quelque amélioration dans cer-
taioes races, nous serions restés jusqu'ici dans l'ignorance sur le plus grand nombre de leurs
qualités utiles.
U est incontestable qu'un grand nombre de qualités et d'habitudes nouvelles ont été acquises, depuis peu de temps, par certaines races de Chiens qui les ont transmises à leurs descendants. Hais ces nouvelles facultés , ayant un rapport intime avec les habitudes de ranimai à l'état sauvage, n'indiquent aucune tendance à s'écarter indéfiniment du type primitif de l'espèce. Une race de chiens employés à chasser le cerf sur le plateau de Santa*Fé , dans le Mexique , offre un exemple remarquable d'un instîact nouveau devenu héréditaire. « Le mode d'attaque qu'ils emploient , dit M. Rouliu , consiste à saisir l'animal au bas-ventre , et à le renverser par une brusque secousse , en proûtâDt da moment où son corps porte seulement sur les jambes de devant. Le poids de l'animal renversé est souvent sextuple de celui du Chien.
< Sans avoir reçu aucune éducation, le Chien de race pure apporte à cette chasse certaines dispositions que n'ont point des ChieLs courants d'une espèce supérieure qu'on a amenée depuis peu d'Europe. Par exemple, il n'attaque jamais de front un cerf au milieu de sa course ; et même quand celui-ci, ne l'apercevant pas, vient à lui directement, il se met it 'écart et l'assaillit de flanc ; un autre Chien n'use point de semblables précautions, et sourent est renversé mort sur la place, avec les vertèbres du cou luxées par la violence dueboc.
< Chez les pauvres habitants des bords de la Magdeleine, ce chien s'est abâtardi en partie par le mélange, en partie par le défaut d'une nourriture suffisante ; toutefois, chez cette race dégénérée, un nouvel instinct semble devenir héréditaire. La chasse à laquelle 00 l'appUque depuis longtemps presque exclusivement, est celle du pécari à mâchoire blanche; l'adresse du Chien y consiste à modérer son ardeur, à ne s'attacher à aucun animal en particulier, mais à tenir toute la troupe en échec : or, parmi ces Chiens on ^n voit maint^oant qui, la première fois qu'on les mène au bois, savent déjà comment attaquer. Un Chien d'une autre espèce se lance tout d'abord, est environné, et quelle^que soit sa force, est dévoré dans un instant (1). »
Quelques Anglais, appelés depuis peu à diriger une des principales associations pour l'exploitation des mines, dans le Mexique, celle de Real del Monte, amenèrent avec eux, de leurs pays, quelques lévriers de la meilleure race, pour chasser les lièvres qui abondent dans cette contrée. Le grand plateau où a lieu la chasse ordinairement est k plus de 2,700 m. au-dessus du niveau de la mer ; et le mercure, dans le baromètre, s'y tient habituellement k la hauteur d'environ dix-neuf pouces (0 m, kS). Bien que les Lévriers ne puissent pas supporter la fatigue d'une longue chasse dans cette atmosphère raréfiée, et qu'avant d'atteindre leur proie* Ut soient obligés de se reposer pour prendre haleine, ils ont produit des Chiens
(1) Recherches sur quelques changements obser- Taucien dans le nouveau continent, par M. Roulin* ^ dans tes animaux domestiques transportés de iifiii. des scisn^ mu,, tome XYl, page 16, i8i9.
m INTRODUCTION. %^
qu'onaparfaitemetit réussie élever, et qui, ne souffrant nullement de rextrême raréfte^ lion de Tair, forcent les lièYres avec autant d'agilité queles Lévriers les plus;vites, originaifet <le cette contrée.
L'attitude immobile et circonspecte du Chien d*arrét a été regardée avec raison comme «me simple modification d'une habitude qui peut avoir été utile à une race sauvage accoutumée à sentir le gibier, et à fondre sur lui à Timproviste, s'arrêtant d'abord un instant pour le laisser partir, et pour l'atteindre ensuite plus sûrement. Mais la faculté dont est doué le Chien qui rapporte le gibier, semble plus inexplicable, et ne peut aussi facilement être attribuée aux passions instinctives de l'espèce. M. Magendie, dit un auteur français dans un mémoire récemment publié, ayant appris qu'il y avait en Angleterre une race de Chiens qui arrêtaient et rapportaient le gibier naturellement, s'en procura un couple, dont il eut un petit, qu'il garda constamment sous ses yeux, jusqu'à ce que l'ayant conduit ^ la ehasse, il put aussi s*assurer par lui-même que, sans avoir reçu aucune instruction, il rap^ portait aussi fidèlement que les Chiens exercés h cette Hïanœuvfe à l'aide du fouet et du eellier de ibree.
On a peine à s'expliquer la nature et l'étendue de telles facultés acquises, ainsi que des habitudes et des dispositions dont héritent le Chien de berger et plusieurs autres raees, si on les considère comme des modifications d'instincts nécessaires à la conservation de l'espèce à l'étal sauTage. Lorsque des habitudes aussi remarquables se manifestent dans des races de cette espèce, on peut raisonnablement supposer qu elles leur ont été données uniquement dans un but d'utilité pour l'homme, et en vue de la eonservation du Chieiii qui s'attire la prolectieo de celui-ci par les services qu il lui rend.
En étudiant les habitudes des animaux on doit s'appliquer, autant que possible, à rap^ f)orter leurs qualités domestiques à des modifications d'instinets innés en eux. F. Cuvier a successivement iodiqué, dans un admirable essai sur la domesticité des mammifères, Te* rigine véritable de plusieurs dispositions que l'on attribue ordinairement k la seule iiî'^ fluence de l'éducation (1) Mais ce serait aller trop loin que de ne point vouloir admettre que quelques-unes des qualités de certains animaux et de certaines plantes ont pu ne leur «voir été données qn^en vue des relations qui devaient exister entre eux et l'homme, — Surtout lorsqu'on voit que ces relations sont souvent si intimes, que le pins grand nombre des individus dHme espèce, et tous même quelquefois, comme cela a lieu pour le chameau, sont soumis i l'influence de la race humaine.
Plusieurs espèces, non moins hostiles à nos personnes qu'à nos propriétés, se muftipHent malgré nos efforts pour les détruire ; d'autres, au contraire, prennent par nos soins une extension considérable. Dans l'uti et l'autre cas, nous devons supposer qite les ressources relatives de l'homme et des espèces qui lui sont favorables ou préjudiciables, n'ont point été calculées et appliquées sans prévoyance. Rejeter cette supposition, serait refuser ce qu'on doit accorder à l'égard de l'économie de la nature dans toutes les autres parties de la eréation organique ; car il est évident que les forces relatives des diverses espèces de plantes et d'animaux contemporains se balancent exactement ; d'un autre côté, leuru goéts, leurs penchants et leurs instincts respectifs se trouvent combinés de t^Hé sorte qu'ils sont tous en harmonie parfaite les uns avec les autres. El, en effet, s*ï[ n'en était point ainsi, chaque espèce pourrait-efle, entourée comme elle Test de dangers sans nombre, se conserver pendant des périodes de temps immenses.
La docilité des individusde quelques-unes de nos espèces domestiques s'étendant, comme on le sait, jusqu'à acquérir d^é facultés étrangères à leurs habitudes el à leurs' instincts na*tnrels, leur a sans doute ^é donnée en vue de leur destination à tirre auprès de l'homme. Vais, pour éviter que Us variétés ne se muItipUeift indéfiniment à l'aide de ce moyen, de telles facultés ne se transmettent jamais d'une génération à nne autre.
On eite un Cochon qui a été élevé h chasser et à rapporter le gibier avec une habileté
(I) Méii. du Mus. dliittwre naturelle^ — Jamêsoo., EH, NewJiPhiL Imtf., nomevos^, 7, S.
Il INTRÛDUGTimL 70
TraiUMOt extraordinaire (i) ; plusieurs autres individus iotelIigeDts, de la lùènke espèce, soot ptr?eniis à apprendre à épeler ; mais, ainsi que nous le disions tout à Theure, de lêlles facultés y acquises accidentellement, ne deviennent jamais héréditaires; car n'ayant neaii rapport a^ec les besoins de Tanimal à Tétat sauvage» elles ne peuvent être le dévelofpemmt d*aueune tendance instinctive.
Da miflial en domesticité, dit U. F. Cuvîer, n*est point, à Tégard du sentiment de contrainte, dans une situation essentiellement différente de celle d'un animal abandonné à luimême, il vit eo société sans qu'il lui en coûte aucun effort, parce que» probablement, il étaitdflstiné à vivre ainsi ; et il se conforme à la volonté de Thomme parce que, à l'état sauvage, il avait no nbef auquel il était aecoutomé à obéir. Rien, dans sa nouvelle situation, ne •etroAVeaB désaccord avec ses peficbants; il satisfait ses besoins par soumission à un maître, et ne fait aucun sacrifice reUtiveûaent à ses inclinations naturelles. Tous les aniuu sooableBt ku'squ'ila soni abandonnés à eux-mêmes, forment des troupeaux plus ou noiat nombreux, ot touslfis individus du m0me troupeau se connaissent, sont attachés le5 iBisiui avtrM, et nesouffreat pas qu'aucun individu étranger se joigne h eux. De plus, h ïéùA HQvaipp, ils obéissmit à mi individu qui, par sa supériorité est devenu le chef du kùuptm, Mo^ eapàoes dMieetiques avaient originaireoient cette tendance naturelle à la soatabiMté; et amsuoe espèce aolit4ire, ifuelque aisé qu'il puisse étna de ramener 4 l'éttU privée a a eocore fourni de véritables races domestiques. Nous ne faisons donc que développer, à noire profit, tes penabaotsqui portent ies individus de certaines espèces à se reprocher de leurs semblables
Lt Mouton, dont aou« avons pris soin, est porté à nous suivre comme il suivrait le trou- {aav au m\l\eu duquel il aarait été élevé ; ett quand des individus appartenant à des espèces qui vivent par troupes ont été aooout|iniés à un mailre , c*est lui seul qu'ils reconnaissent jwur cbe( c'esli lui aeul qu'ils obéissent* « L'Eléphant ne se laisse conduire que par le ct^roèc quii a adopté ; le Chien lui-même, élevé dans la solitude avec son maître est me-^ naçani pour tous les autres hommes ; et ciiacan sait combien il est dangereui^ de se trouver au milieu des troupeaux de Vaobasi dans les pâturages peu fréquentés, quand çlles n'ont pas ï leur tête le vauber qui les conduit.
■ Toutnous persuade donc qu'autrefois les hommes n'ont été pour les animauzdomestiques, comme ceux qui en ont un soin spécial ne sont encore aujourd'hui, que des membresde la société qoe ces animaux forment entre eux et qu'ils ne se distinguent pour ceux-ci, dans l'assodalion, que par l'autorité qu'ils ont su prendre k l'aide de leur supériorité d'intelligence,
< Ainsi, tout animal sociable qui reconnatt l'homme pour membre et pour chef de sa troupe, est un animal domestique. On pourrais même dire que^ dès qu'an tel animal recon-' nâltlliofflme pour membre de son association, il est domestique, l'baeAOïe ne pouvant pas entrer dans une semblable société sans en devenir le chef (^' »
Hais l'ingénieux auteur dont je viens de citer les observations admet qae l'obéissance accordée indifféremment à toutle monde, par les individusde plusieurs espaces domestiques^ est sans analogie avec les divers états de choses qui ont pu précéder leur asservissement à l'homme. Chaque troupe de Chevaux sauvages a, il est vraijpour chef un étalon qui conduit- à sa suite tous les individus dont se compose le troupeau ; mais lorsqu'un Cheval devenu domestique a passé de main en main, et qu'il a servi plusieurs maîtres, il devient également docile envers tout le monde, et soumis à Xo\ki individu qui fait [iartie de la race kumaioe. Il est à supposer que la faculté de se modifier ainsi, que le Cheval doit k son instinct, lui a été donnée pour le mettre à portée de rendre de plus grands services à l'homme; et Use pourrait que la facilité avec laquelle plusieurs autres caractères acquit deviennent héréditaires, dans plusieurs races de cheyauXj^ ne fût explicable que par une supposition pareille. L'amble, par exemple, qui est l'allure à laquelle les races domestiques sont ex-
ff)Cflit teiala nouvelle forêt, près de Itin^wood, (2) Euai sur ta ' domesticité des Mammifères^ par Ms le comté d • Hoiits, que ce cochon a cié ainsi F. Cuvier, An», des scieMces smt^relleSf lome IX, dreaié par M. Toomer, gardien de Broomy Lodge. page 525.
71 INTOODUCTION. »
duslvement habitaées, en quelques parties de l'Amérique espagnole, est, dans le cours de plusieurs générations, devenu héréditaire ; aussi, les jeunes poulains prennent-ils cette allure avant même d*étre dressés (1).
Il semble raisonnable aussi de supposer que la faculté accordée au Chevai, au Chien, au Bœuf, au Mouton, au Chat, et à plusieurs espèces d'oiseaux domestiques , de supporter presque tous les climats, leur a été donnée dans le but exprès de les rendre aptes à suirre l'homme dans toutes les parties du globe, afin qu'ils pussent à la fois lui être utiles et jouir de sa protection. Si à cela on objecte que l'Eléphant qui, par l'union de la force avec l'intelligence et la docilité, serait capable de nous rendre les plus grands services, ne peut vivre que sous les plus chaudes latitudes, nous répondrons que la quantité de végétaux nécessaire à la nourriture de cet animal rendrait son entretien trop coûteux dans la zone tempérée, et impossible dans la zone polaire arctique.
Parmi les divers changements opérés par l'homme aucun ne paraît, au premier aspect, plus remarquable que la soumission complète àlaquelle lia assiigetti certains animauxdomestiques. On sait que, tout jeunes que puissent être les petits de plusieurs races non privées lorsqu'ils tombent entre nos mains, ils conservent, toute leur vie, une timidité extrême el une grande appréhension du danger ; tandis que après une ou deux générations, les descendants de la même souche accordent ordinairement à l'homme une confiance sans bornes. On peut croire, cependant, que de tels changements ne sont pas sans analogie dans l'état de nature, ou, pour parler plus exactement, dans les circonstances où Tintervention de l'homme n'a point eu lieu.
M. Darwin rapporte que dans les lies Galapagos, situées immédiatement sous l'équateur, et a plus de 900 lieues environ à l'ouest du continent américain, tous les oiseaux terrestres, tels que les Bouvreuils, les Pigeons, les Faucons et divers autres oiseaux, sont tellement familiers avec l'homme qu'on peut les atteindre avec une baguette. « Un jour, dit cet auteur» un moqueur vint s'abattre sur le bord d'une cruche que je tenais à la main, et se mit tran* ^Uementày boire, puis se laissa enlever avec le vase.» Cependant, autrefois, lorque les premiers Européens abordèrent dans ces ties, où ils ne trouvèrent point d'habitants, les oiseaux étaient encore moins farouches qu'à présent. Déjà ils commencent à acquérir cette crainte salutaire de l'homme qui, dans les contrées depuis longtemps civilisées, est naturelle même aux jeunes oiseaux, à qui pourtant on n'a jamais fait de mal. Dans les lies Falkland, les oiseaux et les Renards mêmes n'ont aucune peur de l'homme ; tandis que dans le continent voisin de l'Amérique du Sud, un grand nombre d'oiseaux appartenant aux mêmes espèces, sont extrêmement sauvages ; ce qu'expliquent les attaques auxquelles, pendant plusieurs siècles, ils ont été en butte de la part des habitants (2)
Le docteur Richardson rapporte dans l'histoire intéressante qu'il a publiée surlesmoBurs des animaux de l'Amérique du Nord, que, « sur les points escarpés où les chasseurs ont rarement pénétré, les Bélien de montagne présentent la eimplicité de caractère si remar-quable dans f espèce domestique^ et se laissent approcher sans aucune difficulté ; mais que dans les lieux où ils ont souvent été attaqués avec des armes à feu, ils sont excessivement sauvages ; qu'à l'approche du danger ils donnent l'alarme à leurs compagnons, par une sorte de sifflement, et escaladent les rochers avec une vitesse et une agilité qui déjouent toute poursuite (3). »
n est donc probable que l'homme, en se répandant sur le globe, a apprivoisé un grand nombre de races sauvages, mais qu'il en a aussi rendu sauvages beaucoup d'autres qui ne l'étaient pas. Si quelques-uns des grands carnassiers capables d'escalader les rochers, s'étaient frayé une issue dans les monUgnes de l'Amérique du Nord avant que nos chasseurs y eussent pénétré, il est à croire qu'une modification semblable aurait eu lieu dans les instincts du Mouton.
L'Eléphant, plus qu'aucun autre animal, offre un exemple frappantdes principaux points
(1) ^reau de la MaUe, Ann. des sciences naturelies, (2) Voyage de Beagle, Journal de Darwin, p. 475. toinc XXI. (3) Fauna Boreali-Americana, oage i73.
que je me suis efforcé d^établir; car la sagacité merveilleuse avec laquelle il se plie aux exigences que réclame de lui la société de Thomme, et les nouvelles habitudes qu*il ooatracte» ne sont ni le résultat du temps, ni celui des modiûcations produites dans lo cours de plusieurs générations. Ces animaux multiplient à Tétat de captivité, ainsi que cela est reconnu aujourd'hui, contrairement à l'opinion vdigaire de plusieurs naturalistes BU>denie$, et conformément à celle des anciens, d'Ëlien et de Columelle (i). Cependant on a toujours eu rhabitudo, comme étant le moyen le moins dispendieux, de ne prendre les individus sauvages, dans les forêts, que lorsqu'ils ont acquis leur entière croissance ; peu d'années, et môme quelquefois, dit-on, peu de mois après, leur éducation est complètement terminée.
Si Tespèce entière avait, commme le Chameau, été soumise à l'état de domesticité, depuis une époque reculée dans l'histoire de l'homme, on aurait pu, sans doute, attribuer la supériorité d'intelligence de l'^Ëléphaut à ses rapports anciens et familiers avec le maître de la erteUon ; mais nous savons qu'il suffit d'un petit nombre d'années pour produire dans cet animal un aussi prodigieux changement d'habitudes ; et lorsqu'une fois ce changement est accompli, en vain le même individu restèrait-il l'objet de soins prolongés pendant un siècle, il ne se foit plus aucun progrès dans le développement général de ses &cultés. S'il en était autrement, son intelligence mériterait bientôt une qualification supérieure à celle de « demi*raisonnement » que le poëte lui a donné.
D'après le témoignage des Anglais qui firent la dernière guerre de Burmèse, il parait, et ee lail viendrait h l'appui d'autres récits plus anciens, que lorsqu'on veut obtenir des Eléphants quelque exercice extraordinaire, on peut réussir à leur faire comprendre que cela \ear vaudra une récompense. On leur montre quelque aliment qu'on sait être de leur goût, pour les exciter i foire ce qu'on désire d'eux, et ils paraissent si bien comprendre la nature deéecontraif que son inexécution, de la part du maître, n'est pas sans danger pour lui. L'Eléphant manifeste ainsi la faculté qu'il possède d'adapter, avec une promptitude vraiment surprenante, ses instincts sociaux à de nouvelles circonstances ; mais l'étendue de ce diiDgement est subordonnée h des limites non moins strictes qu'arbitraires. Rien n'indique une tendance à l'affaiblissement continu de certains attributs dont l'Eléphant était doué originairement ; de même qu'il n'y a nul motif de prévoir qu'en plusieurs nilliers de siècles aucun changement considérable sera jamais produit. Tout ce qu'on peut déduire de Tanalogie, c'est que l'on parviendrait probablement à obtenir quelques races particulières, plus utiles, si l'on tentait sérieusement d'en faire l'expérience, et que quelque caractère individuel, aujourd'hui accidentel et temporaire seulement, pourrait se perpétuer parla génération.
Ainsi, chaque fois que les qualités domestiques existent chez quelque animal, elles semblent n*exigeraucun procédé nouveau pour leurdéveloppemeht;mai$elles paraissent avoir été refusées complètement à certaines classes, telles que la plupart des quadrumanes, qui auraient pu, d*après leur force et leurs dispositions sociales, rendre à l'homme de trèsgrands services. L'Orang-Outang, que Lamarck, par la seule raison, je pense, de la ressemblance de sa forme avec celle de l'homme, a considéré comme le plus parfait des animaux inférieurs, a été apprivoisé par les sauvages de Bornéo, qui l'exercèrent à monter à des arbres très-élevés, et à en rapporter les fruits. Il est vrai, dit-on, qu'il n'bbéit à ses maîtres qu'avec une répugnance extrême, et que la plus sévère discipline est nécessaire pour le maintenir en état de soumission. Rien, d'ailleurs, de ce que Ton sait des facultés de cet animal n*autorise h supposer qu'il rivalise d'intelligence avec l'Eléphant, et ne vient h Tappui des rêves de ceux qui s'imaginent que la race de TOrang-Outang peut être transformée en celle de l'homme. Un des Baboins de Sumatra {Simia Carpo/cgu*) paraît être plus docile, et les habitants l'emploient souvent à grimper aux arbres, pour cueillir des noix de coco, genre de service pour lequel cet animal déploie beaucoup d'adresse. Il
(1) Sur Uê habUudes, etc., de r Eléphant, par M. Corse, Phil. Trans. 1799.
DiCTiOMN. DE Zoologie. IL 8
-75 INTRODUCllON. 76
choisit, dit sir Slamford Rallies, les noix mûres avec une très-grande sagacité, et n'«i cueille que la quantité qu*on lui demande (1). Suivant M. de Humbeldt, le Singe Capucin et le Singe Cacajao sont de mémje dressés, sur les riv€s inférieures de TOrénoque, à monter sur les arbres et à en cueillir les fruits (2).
C'est aux partisans de la tb(forie de Lam'arck h expliquer comment il se fait que ces mêmes sauvages de Bornéo n*ont point fini par acquérir, après plusieurs générations, les bras allongés de TOrang, ou même la queue prenante de quelques Singes américains, à force de s'exercer à grimper aux arbres. Il était naturel de prévoir que ces sauvages, au lieu de s'astreindre à dompter des brutes intraitables et obstinées, « devaient être excitées à faire des efforts en rapport avec leurs besoins, et que ces efforts, longtemps continués, devaient nécessairement donner naissance à de nouveaux organes (3) ; » ou plutôt à la féacquisition d'organes qui, contrairement au principe du système progressifs se seraient appauvris chez des races d'hommes qui en avaient un besoin constant.
Il suit donc des différents faits considérés jusqu'ici, qu'un court espace de temps suffit, • en général, pour produire presque tout le changement qu'une modification des circonstances extérieures peut déterminer dans les habitudes d'une espèce, et que la faculté de se plier è des circonstances nouvelles existe à des degrés très-différents chez les diverses espèces.
Certaines qualités semblent être attribuées à quelques espèces , exclusivement en vue des relations destinées à avoir lieu entre elles , et surtout entre certaines espèces et Thomme ; mais de telles qualités sont toujours liées si intimement avec les habitudes et les tendances primitives de chaque espèce à l'état sauvage, qu'elles n'impliquent nullement la faculté de s'écarter indéiiniment du type primordial. Les habitudes acquises, qui résultent de rintervention de l'homme , se transmettent rarement aux descendants; et quand «cette transmission a lieu, c'est presque toujours relativement à des habitudes qui ont quelque rapport sensible avec les attributs de l'espèce, à l'état d'indépendance.
Il nous reste encore à examiner un autre ordre de phénomènes, ceux qui ont rapport h la production des hybrides (4). Ces phénomènes ont été envisagés sous des points de vue très-différents à l'égard de leur influence sur la question de la distinction permanente des espèces ; quelques naturalistes les considèrent comme la preuve la plus palpable en faveur de la réalité des espèces ; d'autres, au contraire, les faisant intervenir à l'appui de la doctrine opposée, c'est-à-dire de celle qui admet que toutes les variétés d'organisation et d'instinct qu'on observe aujourd'hui dans le règne animal et dans le règne végétal peu* vent devoir leur origine à un petit nombre de types primordiaux.
Quant aux Mammifères et aux oiseaux, on a remarqué que les races dont les habitudes et l'organisation diffèrent d'une manière sensible ne s'accouplent point ensemble; ce n'es| que parmi les espèces très-voisines les unes des autres qu'un tel rapprochement engendre de nouveaux êtres. On peut considérer comme une règle générale, qui n'offre que très-peu d'exceptions parmi les quadrupèdes, que la progéniture des hybrides est stérile ; et je ne $ache aucun exemple bien authentique de la propagation du Mulet au-delà d'une génération. Le plus grand nombre d'observations et d'expériences se rapportent à la progéniture croisée du Cheval et de l'Ane ; elles ont prouvé que le Mulet peut engendrer, et que la Mule peut produire. C'est ce qui arrive en Espagne et en Italie , et surtout aux Antilles et à la Nouvelle-Hollande ; mais ces Mulets n'ont jamais multiplié dans les climats froids , rarement ils se sont reproduits dans les régions chaudes, et plus rarement encore dans les montrées tempérées.
La progéniture hybride de TAnesse et du Cheval , le yi^yioç d'Aristote , et le hinnus de Pline, diffère du Mulet, c'est-à-dire , de la progéniture de l'Ane et de la Jument. Dans ces
(1) Linn. Trans,, vol. XUI, p. 24i. (3) PhiL Zool., lome I.
(2) Voyage aux Régiotu équinoxiateê du nouveau (4) De v$/>c;, métis^ prodiiil de deux espèces difTé- «ofiimeni, fait en 1799, 1800, 1801, 1803, 1803 et rentes.
1804, par AL de HuipDoldt et A. Bonpiand, relation iiisloriquc.
Î7 LNTRODUCTION. 78
deuxgenreii d*bybrides, dit BuflTon, les individus tienDeiit plus de la mère que du père, nonseulement sous le rapport de la taille, mais aussi sous le rapport de la forme du eorps ; quant \ la forme de la tète, des membres et de la queue, il y a plus de ressemblance avec le père. Le même naturaliste a conclu de diverses expériences sur le croisement des races, que dans les accouplements qui ont lieu entre le Bouc et la Brebis, le Chien et la Louve, le Chardonneret et le Serin, le m&le transmet son sexe au plus grand nombre des individus provenant de ces sortes de croisements, et que la prépondérance des m&les sur les femelles excède celle qui domine quand les parents sont delà même espèce.
Suivant le célèbre John Hunter, la véritable distinction des espèces doit finalement se déduire de leur inaptitude à multiplier les unes avec les autres, et à donner naissance à des descendants capables de se reproduire. Il n'admettait point , toutefois , que le Cheval et VÂne fussent de la même espèce , à cause du petit nombre d'exemples que Ton citait de la reproduction des Mulets ; mais il soutenait que le Loup, le Chien et le Chacal appartenaient tous à une même espèce, deux expériences lui ayant prouvé que le Chien reproduisait avec le Loup et le Chacal, et que le Mulet résultant de Tun ou de l'autre de ces accouplements reproduisait à son tour avec le Chien. Nous ferons observer, néanmoins , que, dans ces deux cas, l'un des parents , au moins, était toujours de pure race , et que rienn*a prouvé qu'une véritable race hybride pouvait être perpétuée; ce dont au restia je ne crois pas qu'un seul exemple ait encore été cité, soit à l'égard du croisement du Cheval et de l'Ane , ou de celui de tels autres mammifères que ce soit.
Si plus lard on venait à reconnaître que deux Mulets peuvent reproduire leur espèce , il Tuerait encore à rechercher si une telle reproduction ne devrait point être considérée comme une monstruosité résultant de quelque cause accidentelle, ou, pour parler plus philosophiquement, de quelque loi générale non encore comprise, mais qui ne saurait s'opposer d'une manière permanente à ces lois de génération, dont, en général, l'effet est d'empêcher le mélange des espèces. Si, psix exemple, en observait que, dès la première génération, les descendants d'une race hybride dégénèrent d'une manière sensible, soit sous le rapport de la force, soit sous celui de Tintelligence, ou de quelque autre attribut nécessaire à sa conservation dans l'état de nature, on pourrait en conclure que, de même qu'un monstre , c'est une variété purement accidentelle et passagère. Il ne parait pas probable non plus que la plupart de ces monstres soient jamais autrement produits qu'artificiellement; car, dans les eipériences de Hunter, il fallait presque toujours recourir à la violence ou à la ruse pour dbÊanit ud «ecooplement anormal (1).
n parait que l'hybride ou Mulet présente rarement un caractère exactement intermédiaire entre les deux individus qui l'ont produit. Ainsi, dans le cours de ses expériences , Hunter a observé qu'un jeune Chien hybride ressemblait au Loup bien plus que tout le reste de la portée , et Wiegmann rapporte que, dans une portée obtenue à la ménagerie royale de Berlin, d'un Chien d'arrêt blanc et d'une Louve, deux petits se rapprochaient du Chien-Loup ordinaire , tandis que le troisième avait , comme les Chiens d'arrêt , les oreilles pendantes.
Il existe sans doute une analogie très-intime entre ces phénomènes et ceux qui résultent du mélange des deux races distinctes appartenant à la même espèce, soit chez les animaux inférieurs, soit chez Vhomme. Le D' Prichard, dans son « Histoire physique de la race humaine, » cite plusieurs exemples où les caractères propres aux parents ont été transmis d'une manière très-inégale aux descendants : ainsi, des enfants complètement blancs ou noirs sont nés de l'union de l'Européen et du nègre ; quelquefois la couleur ou quelque autre particularité de l'un des deux parents ne se reproduit pas chez les descendants immédiats, mais elle reparaît dans une génération ultérieure ; comme lorsqu'une mère et un père noirs, originaires d'un père blanc, donnent naissance à un enfant blanc (2). Le même auteur observe fort iudicieusement que, s'il v avait mélange entre les
(t) Remarques supplémentaires, PhiL Trans. 1789. (2) PricharJ, vol. I, p. 217.
T9 INTHODUCTION. 80
desceDdants d*espèces différentes, et si la propagation des races hybrides arait lieu fré^ quemmeot , le inonde animal n*offrirait bientôt plus qu'une scène de confusion ; partout ses diverses tribus seraient confondues , et Ton trouverait peut-être plus d'hybrides que de vraies et pures races (1).
On a pensé que l'histoire du règne végétal fournissait une preuve plus décisive en faveur de la théorie relative à la formation d'espèces nouvelles et permanentes provenant de souches hybrides. Les premières expériences exactes qui aient été faites sur ce curieux sujet sont attribuées à Kôlreuter : il obtint une hybride de deux espèces de tabac , Nico^ liana rustica eiN. paniculata^ qui diffèrent considérablement l'une de l'autre, tantàTégard de la forme des feuilles, que delà couleur de la corolle et de la hauteur de la tige. Le stigmate d'une tige de N. rusiica ayant été imprégné du pollen d'une tige de N. paniculcUa , la graine mûrit , et produisit une hybride intermédiaire entre les deux parents ; mais les étamines de cette plante f comme celles de toutes les hybrides élevées par ce botaniste , étaient imparfaites. Il imprégna ensuite cette hybride de pollen de N. paniculata , et obtint des plantes qui ressemblaient beaucoup plus à celle-ci qu'à la N. rustica ; puis , continuant ainsi pendant plusieurs générations, il finit, k force de persévérance, par changer la Nicotiana rustica en Nicotiana paniculata.
Le mode d'imprégnation qu'il avait adopté consistait à ^terles anthères de la plante destinée à la fructification, avant qu'elles eussent répandu leur pollen, et à mettre ensuite un pollen étranger sur les stigmates.
La même expérience a, depuis, été répétée avec succès par Wiegmann, qui parvint à ramener les hybrides à un état de ressemblance parfaite avec l'un ou l'autre de leurs parents, en les croisant un nombre de fois suffisant.
Dans plusieurs autres expériences de Wiegmann, le mélange des caractères des parents qui avaient servi de souche était complet; la couleur et la forme des feuilles et des fleurs, et jusqu'à l'odeur même, étaient intermédiaires, comme dans les individus provenant du croisement des deux espèces de Bouillon-Blanc. L'Oignon <^mmun et le Poireau ( Allium cepa et A. porrum ), fécomdés l'un par l'autre, donnèreul aussi une plante hybride, qui, par ses feuilles et ses fleurs, se rapprochait beaucoup de l'Oignon cultivé, en même temps qu'elle avait l'odeur et la bulbe oblongue du Poireau.
Le même botaniste remarque que, lorsque les végétaux hybrides ne sont pas rigoureusement intermédiaires entre les plantes qui les ont produits, ils se rapprochent plus souvent de l'espèce femelle que de l'espèce mile, mais ne présentent jamais de caractères étrangers à toutes deux. Un croisement nouveau avec une des souches originelles ramène généralement la plante hybride à une grande ressemblance avec cette souche; néanmoins il n*en est pas toijjours ainsi , le produit résultant d'un tel croisement continuant quelquefois à offrir le caractère d'une hybride complète.
En général, le succès des tentatives qui ont pour but la production et la perpétuation des liybrides dépend , parmi les plantes comme parmi les animaux, du degré de ressemblance qui existe entre les espèces mélangées. Si leur organisation diffère beaucoup, la fécondation n'a jamais lieu; si elle diffère un peu moins, il se forme des graines, mais elles restent toujours imparfaites et stériles. Pour qu'il y ait développement de jeunes plantes hybrides, il faut que l'analogie entre les espèces croisées devienne plus sensible, et encore cela n'empêche-t-il pas les jeunes plantes de rester infécondes; ce n'est que lorsque les espèces productrices ont entre elles la plus grande similitude, que la race hybride peut se perpétuer pendant plusieurs générations. Dans ce cas même, les exemples les mieux avérés semblent se borner au croisement d'hybrides avec des individus de pure race; car dans aucune des expériences qui ont été décrites avec le plus d'exactitude, on ne voit les parents originaires être tous deux hybrides.
Wiegmann a diversifié, autant que possible, le procédé à l'aide duquel il déterminait
<l}Pri€hard, voLi, p. 97.
pirmi les plantes ces alliances anomales. Il semait souvent, près les unes des autreé, des rangées parallèles des espèces qu'il désirait obtenir; mais, au lieu de mutiler, comme lolreuler, les plantes d*un des individus générateurs, il se bornait à 6ter le pollen de leurs, anthères. Les branches des plantes étaient ensuite recourbées, avec précaution, les unesvers les autres , et entrelacées ; de sorte que le vent, et de nombreux insectes , en passant des fleurs de Tune de ces espèces à celles de l'autre, entraînaient le pollen et donnaient lieu à la fécondation.
Le même observateur a vu un exemple remarquable de la manière dont les hybrides peuTent être formées à Tétat de nature. Les stigmates de quelques giroflées jaunes et de quelques œillets, cultivés en un lieu sec, et exposés au soleil, avaient mûri au point d*6tre humides, et de pouvoir, par conséquent, absorber le pollen avec avidité, bien que leurs anthères ne fussent point encore développées. Ces stigmates s'imprégnèrent du poUen de quelques autres plantes voisines appartenant aux mêmes espèces; mais si ces plantes eussent éléd^espèces différentes, sans, toutefois, que leur organisation ofl'rlt trop de dissemblance, un tel mélange eût produit des races hybrides.
Lorsqu'on voit quelle activité déploient certains insectes, tels que les abeilles, et plusieurs autres du même genre, pour transporter de fleur en fleur la poussière anthérique des plantes, on a peine à comprendre comment il ne se produit pas sans cesse , entre espèces différentes, des alliances confuses.
N^observe-4-on pas continuellement aussi avec quelle diligence merveilleuse les Abeilles sont occupées h recueillir la poussière rouge et jaune dont les étamines des fleurs sont couferliïs; à en charger leurs pattes de derrière, et à la transporter jusqu'à la ruche pour en uourrir leurs jeunes? En pourvoyant ainsi aux besoins de leur propre race, ces insectes faforisent singulièrement le phénomène de la fcuctification (1). Peu de personnes ont besoin ifu'oa leur rappelle que, dans certaines plantes les étamines ne croissent pas sur les mêmes Qfurs que les pistils , et qu'à moins que le sommet du pistil ne soit toucbj par la poussière fécondante, ni le fruit ne grossit, ni la graine ne mûrit. C'est grâce aux Abeilles, surtout, que le développement du fruit s'opère chez plusieurs des espèces en question, ces insectes laissant échapper involontairement, lorsqu'ils viennent visiter les pistils, la poussière qu'ils ont recueillie sur les étamines.
Que de fois ne voit-on pas, aux heures les plus chaudes d une journée d'été, les mâles des plantes dioïques, telles que l'If, rester séparés des femelles, et envoyer dans l'atfflospbère, à Taide du moindre souffle de vent, des nuages de pollen I L'intervention si rare du zéphîr dans la fécondation des plantes d'une espèce avec le pollen d'autres plantes, semble réaliser ce qu'on raconte du miracle auquel les crédules gardiens des cavales de \&. Lusitanie ajoutaient tant de foi.
Ore omnei vertœ in xephyrum, Uant rtipibus a/<t>, Exceplantque levés auras; et sœpe^ sine uUis Conjugiis, vento gravidœ {mirabile dictu) (2).
Mais il parait que les plantes, de même que les animaux, éprouvent une répulsion natu?relie pour les alliances sexuelles anomales : aussi, dans la plupart des expériences tentées,, soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal, a-t-il fallu recourir à la force pour produire Timprégnation. Le stigmate s'imbibe lentement, et avec une sorte de répugnance, si Ton peut s'exprimer ainsi, des granules du pollen d'une autre espèce, même lorsqu'il en est abondamment couvert; et si, à cet instant, la moindre parcelle de poussière anthérique provenant de sa propre espèce vient à tomber sur lui, il l'absorbe aussitôt, et l'effet du pollen étranger se trouve annihilé. De plus,.il arrive assez rarement que les organes mâles et femelles de la fructification atteignent précisément au même instant, dans des espèces différentes, leur point de maturité. Là même où un tel synchronisme se manifeste» et où, par suite, une imprégnation croisée a lieu, il reste encore beaucoup de chances con* tre la formation d'une race hybride.
(I) Voir ce qu'a écrit Barion sur la Géographie des (i) Gcorg, lib. ni, 275,
Ptaitffs,p. 67.
Si ron.considère le règne végétal d'une manière générale, il faut se rappeler que parmi les graines qui ont atteint leur entière maturité, il y en a une grande partie qui sont mangées par lesinsectes, les oiseaux et d'autres animaux, ou qui se perdent faute de place et de circonstances favorables pour germer. Les plantes maladives sont les premières détruites par les causes préjudiciables à l'espèce; elles se trouvent ordinairement étouffées par des individus plus vigoureux de leur propre espèce. Si donc la force ou la fécondité relative des hybrides étaient tant soit peu moindres, ces dernières ne pourraient se maintenir pendant plusieurs générations, lors même qu'à l'état sauvage elles seraient toiyours produites audelà d'une génération. Dans la lutte universelle qui règne entre tous les êtres au sujet de l'existence, le droit du plus fort l'emporte souvent sur celui du plus faible; et la force ainsi que la durée d'une race dépendent principalement de sa fécondité ; mais cette qualité est, comme on le sait, très-restreinte chez les hybrides.
La Cenlaurea hybrida est une plante qui n'a jamais de graine, et dont la production est attribuée au mélange fréquent de deux espèces bien connues de centaurée; elle croit à l'état sauvage sur une colline voisine de Turin. Le Ranunculus lacerust qui est stérile aussi, s'est produit accidentellement à Grenoble, et près de Paris, par l'union de deux renoncules; mais ce résultat n'a été obtenu que dans les jardins (1)
M. Herbert, dans un des mémoires ingénieux qu'il a publiés sur les plantes hybrides, cherche à expliquer pourquoi elles ne se rencontrent point à l'état de nature; il fonde son raisonnement sur ce que toutes les combinaisons auxquelles il était probable que l'on pût arriver, ont déjà été faites, il y a plusieurs siècles, et ont formé les diverses espèces des botanistes; mais dans nos jardins, dit-il, chaque fois que des espèces ayant quelque affinité les unes pour les autres sont amenées de régions différentes et mises en contact pour la première fois, elles donnent naissance à des espèces d'hybrides (2). Quoi qu^l en soit, aucune donnée ne prouve encore qu'une seule race hybride permanente ait jamais été produite, même dans les jardins, par l'union de deux espèces voisines amenées d'habitations éloignées. Jusqu'à ce que quelque fait de cette sorte soit parfaitement établi, et qu'une nouvelle espèce, capable de se perpétuer sans la participation de Thomme, puisse être indiquée , il serait assez raisonnable de n'admettre cette source hypothétique de nourelles espèces qu'avec la plus grande réserve. Quant à cette circonstance que des races croisées engendrent quelquefois des variétés, on ne peut guère la révoquer en doute; mais il est fort probable que ces variétés ont une durée moins longue encore que les races provenant de greffes ou de boutures.
De Candolle, dont Topinion sur une question philosophique de celte nature mérite la plus grande considération, a dit, dans son Essai sur ta géographie botanique, que les diverses variétés de plantes peuvent être partagées en deux catégories générales : celles qui sont dues à des circonstances extérieures, et celles qui résultent de Thybridité. Après avoir cité plusieurs arguments qui tendent à prouver que ni Tune ni l'autre de ces causes ne peut expliquer la diversité constante qu'on observe dans les plantes indigènes des diverses régions du globe, il s'exprime ainsi à l'égard du croisement des races : o Je comprends trèsbien, quoique je ne partage pas complètement cette opinion, je comprends et j'admets, jiour quelques cas, que, dans un [)ays où se trouvent rapproc.iées plusieurs espèces des mêmes genres, iîpeut se former des espèces hybrides, et je sens qu'on peut expliquer par là le grand nombre d'espèces de certains genres qu'on trouve dans plusieurs régions; mais je ne conçois pas comment on pourrait admettre la même explication ppur des espèces qui vivent naturellement à de grandes dislances. Si les trois Mélèzes connus dans le monde vivaient dans les mêmes lieux, je pourrais croire que l'un d'eux est le produit du croisement des deux autres; mais je ne saurais admettre que, par exemple, l'espèce de Sibérie «il été produite par le croisement de celles d'Europe et d'Amérique. Je vois donc qu'il existe, dans les êtres organisés, des différences permanentes qui ne peuvent être rapportées
(l) W. Herberl, llorlk. Traiis., vol. IV, p. il- (i) laid.
M rNTRODDCTlON. m
ï aamine des causes actuelles de varialion; ce sont ces différences qui constituent les espèce... (1). »
Les arguments les plus décisifs, peut-être, contre la probabilité de Topinion qui attribue TorigiDe des espèces permanentes à des races croisées, doivent se déduire de ce fait allégué par de Candolle, savoir: la grande affinité qu'on observe entre certaines espèces qui. se trouvent dans des districts botaniques différents, ou dans des contrées habitées par des groupes d'espèces distinctes de plantes indigènes; car, dans ce cas, les naturalistes, qui ne soot point disposés à adopter toutes les idées des partisans du système de la transformatioD, sont obligés d'admettre que, dans quelques cas, des espèces qui, à Tégard des caracr lèrcs, se rapprochent le plus les unes des autres, furent créées ainsi dès l'origine ; — supposition tout à fait défavorable à Topinion qui admet, comme une des lois générales de la« nature, qu'il n'a jamais été produit qu'un très-petit nombre de types primordiaux, et que toutes les races intermédiaires doivent leur origine au mélange de ces souches.
Cette donnée, comme on le voit, est complètement en désaccord avec celles que la science possède sur la génération des hybrides; car les phénomènes observés prouvent que si^ dans le principe, les types avaient été un peu différents les uns des autres, aucune rac$ trméî 9l aurait jamais été produite^ non plus que ces races fécondes que l'on reconnaît aujourd'hui pour des espèces distinctes.
D'inextricables diflicultés se présentent aussi à l'égard de la propagation permanente des races h} brides, lorsqu'on cherche à s'expliquer comment le mélange des différents instincts et des diverses tendances de deux espèces peut assurer la conservation de la race intermédiaire. Le Mulet commun, obtenu arliQciellement, peut être protégé par l'homme; mais, & Vélal sauvage, il n'aurait pas précisément les mêmes besoins que le Cheval ou l'Ane ; et si, par suite de gaelque différence de cette nature, il venait à s'éloigner de son troupeau et à 5 égarer, il deviendrait bientôt la proie des animaux féroces.
Si BOUS considérons quelques genres d'insectes, comme l'Abeille, nous trouvons que chacune des nombreuses espèces dont ce genre se compose présente quelque différence, dans ses mœurs, dans sa manière de recueillir le miel, de construire sa demeure, de prendre soin de ses jeunes, et dans plusieurs autres particularités. Parmi les Mouches à miel communes, les travailleuses sont décrites, par Kirby et Spence, comme étant douées, au moins,, de trente sortes différentes d'instincts (2).
On voit aus.M, dans une classe très-nombreuse d'Araignées, que ces insectes ont presque autant de manières de faire leurs toiles qu'ils forment d'espèces. Quand on pense à la complication des relations de ces instincts avec les espèces coexistantes, soit du règne aoimaJ, soit du règne végétal, on a peine à comprendre comment une race bâtarde peut aaltre de l'union de dcui de ces espèces, et retenir exactement ce qu'il faut des qualités de chacun des parents auxquels primitivement elle doit son origine, pour se conserver malgré les dangers qui l'entourent.
Nous pourrions aussidemander, si, parmi les insectes, il n'a été créé qu'un petit nombre de types génériques, et si les espèces interraédiiaires sont d'origine hybride, où sont ces types originaux réunissant, comme ils devraient le faire, les éléments de tous les insectes qui se sont manifestés dans les nombreuses races qui en dérivent ? De même aussi, à l'égard de tous les autres animaux et des plantes, nous pourrions, si les espèces en général ont une origine hybride, rechercher où sont les souches qui présentent la réunion des habitudes, des propriétés et des organes dont toutes les espèces intermédiaires devraient nous ofTrir de simples modifications?
Je terminerai ce sujet ea résumant succinctement les résultats auxquels j ai été amené par la considération des phénomèmes d'hybridité. Il paraît que l'aversion des individus d'espèces différentes pour l'acte du rapprochement spxuel est commun aux animaux et aux
, (l)£j#«i élémentaire de Géographie botanique, (i) Introduction à rt:niomo.ogie,\o\. M, p:kg^'ô''^K
page 60. Ed. 1817.
87 CSTKODUCTIO?!. CT
piaules» et que c'est seulement lorsqu'il y a entre les espèces une analogie intime, tact à l'égard de l'organisation que des mœurs, que leur union produit des desct^ndants. Les Mulets se rencontrent à l'état de nature, et jusqu'à présent l'on ne sache pas qu'ils se soient jamais perpétués à l'état sauvage. Mais il a été prouvé que les hybrides ne sont pas toujours stériles, lorsque les parents dont ils proviennent originairement ont une grande affinité Tun pour l'autre, quoique jusqu'ici la race mélangée paraisse ne s'être maintenue pendant plusieurs générations qu'à l'aide du croisement des hybrides avec des individus de race» pures: expérience qui ne justiQe nullement l'hypothèse de l'établissement d'une vraie race hybride qui soit permanente.
On peut conclure de là que la répugnance pour le rapprochement sexuel offre eu général un bon moye» pour reconnaître les souches originelles ou les espèces, et que la reproduction dos hybrides est une preuve de l'affinité très-grande des espèces. Plus tard, peutêtre, le nombre de générations pendant lesquelles les hybrides peuvent se perpétuer, avant que la race s'éteigne (car elle semble, d'ordinaire, dégénérer promptement), fournira au zoologiste et au botaniste un moyeu de déterminer expérimentalement les différences d'aflinité que présentent les espèces alliées.
Je remarquerai aussi que si Ton était parvenu à constater qirune seule espè.ce permanente eût jamais été produite par hybridité'(ce dont on n'a aucune preuve bien avérée), cela aurait certainement prêté quelque soutien aux idées des anciens sur la détérioration graduelle des choses créées, mais n'aurait, en aucune manière, appuyé la théorie de Lamarck sur leur perfectibilité progressive; caries observations faites jusqu'à présent ont montré que l'organisation des animaux et des plantes hybrides tend à dégénérer.
Nous avons déjà remarqué que la théorie du développement progressif résulte de la tentative faite par les partisans du système de la variabilité. des espèces de baser leurs doctrines sur une des généralisations les plus populaires en géologie. Mais les recherches géologiques modernes ont entièrement détruit, dans les groupes successifs des êtres animés,, toute apparence de la gradation que l'on supposait indiquer les progrès opérés lentement dans le monde organique, à partir de la structure la plus simple jusqu'à l'organisation la plus complexe.
Des arguments d'une nouvelle force vont nous confirmer de plus en plus dans la conviction que le principe fondamental de YhérédiU des forme» est inaltérable.