‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-Christ (volume 3)Chapitre 40 sur 204 · M CHE POISSON · texte numérisé non relu

M CHE POISSON

* <es par une carapace osseuse , très-forle,

^\ « dure, que des poids très-loiirds ne

*^^TPOl l'écraser ; garanties par cette sorte

^ (' boodier, mais n'ayant rien pour nuire,

'^ (h ne redoutent point la société de leurs

-^ïojbîîbles, qu'elles ne peuvent à leur tour

i,-T>:l'!er|>ar au. une offense.

Udmeur, et la force pour résister, sont i.i/ucrcquidislinguelaTortue franche, et c'est ,< !-^ireà ces qualités que les Grecs firent \'u5ion lorsqu'ils la donnèrent pour comfWieàla beautés lorsque Phidias la plaça oûiiiine un symbole aux pieds de sa Vénus. Jl;n de brillant dans ses mœurs, non plus qi& dans les couleurs dont elle est variée : tiîs jes habitudes sont aussi constantes •me son eûvelofipe a de solidité ; plus pat.»*ûie ou'a^ssante, elle n*éprouve presque jaûàis de désirs véhéments ; plus prudente que turajeuse, elle se défend rarement, niais tlle èerche à se mettre à Tabri ; et elW euipkne toute sa force à se cramponner, loryjne, ne pouTant briser sa carapace, on cherche à l'enlever a?ec cette couverture.

Il j^aratl que le temps de l'accouplement ài:h TcKtu«iS franches varie dans les différents i^\%suiTant la température, la positu>u feui»:(;àoa au delà de la li^ne, la saiv>n '\e> \¥i^» etc. C'est vers latin de mars, ou dM\sl« coïumencement d'avril, qu'elles se reihercheot dios la plupart des contrées chaudes de Ti/ré/ique septentrionale ; cl bient<>( apr^s /« femelles commencent à /•Ofti/e kmjst^k sur le rivage ; elles préfôfti;/tet7aners,|ps sables dépourvus de vase ^/ Jf tU7'5 mari'i«, où la chaleur du soleil P^'ul pLi âjVme'jl faire éclore des œufs, quel!''5a/ie:j.'o''riCiit après les avoir [>ondus. Ii5t^mW..'ce|je'iJarit (jue ce n'est pas par M/fffrife /)our les petits qui lui devront /fyV/uri^uek mère Tortue laisse ses œufs ^<uf /e saWe ; elle y creuse avec ses nageoire, et au-dessus de l'endroit où parvientt'nlWspliis ii.jules vagues, un ou plusieurs lîum d'environ un pied de largeur et deux fHeiis de profondeur : elle y dépose ses œufs = 1 lo/ubre de plus de cent; ces œufs sont ^*'^''^ (Je deux ou trois pouces de diamè- ' '• W la nierabrjne qui les couvre res- "♦•i^jWe en qui Ijat sorte à du ]\firlieiiiin fL'HiiilA, Us renferment du blanc qui ne se ^*!*rcit point, dit-on, à quelque degré de feu tJ'H IVijK)se, et du jgune qui se durcit^ ''^lûiue celui des œufs de poule. Rien ne /'fJ distraire les Tortues de leurs soins îiilemels : uniquement occupées de leurs 'i'jf>, elles ne peuvent être troublées par •inine crainte; et comme si elles voulaient '^dérokr aux yeux de ceux qui les recher- '^ûl, elles les couvrent d'un peu de sable, ^ cei>endanl assez légèrement pour que •chaleur du soleil puisse les 'échauffer et l^&ire éclore. Elles font plusieurs pontes, ^'^ioQées Tune de l'autre Je (juatorze jours <*f eniiiDn, et de trois semaines dems cer- '^i^cs contrées; ordinairement elles en font '''''\ L>\péririjce des dangers qt^clles '' 'iculjor^iut^ le jour éciaire les pour- ^ -^ dr leurs ennemis, et peut-être la

ETC

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crainte qu'elles ont de la chaieur ardente du soleil dans les contrées torrides, font qu'elles choisissent presque toujours le temps de la nuit pour aller déposer leurs œufs, et c'est appaiv^mment d après , leurs petits voyages nocturnes que les anciens ont pensé qu'elles couvaient pendant les ténèbres.

Pour tous leurs petits soins, il leur faut un sable mobile; elles ont une sorte d'affection marquée pour certains parages plus compiodes, moins fréquentés, et par conséquent moins dangereux; elles traversent même des espaces de mer très-étendus pour y parvenir. Celles qui pondent dans les lies de Caïman, voisines de la côte méridionale do Cuba, où elles trouvent res|)èce de rivage qu'elles préfèrent, y arrivent de plus de cent lieues de distance. Celles qui passent unegrande partie del'année sur les bords des îles Gallapagos, situées sous la ligne et dans la mer du Sud, se rendent pour leurs pontes^ sur les côtes oceidenlales de l'Amérique méridionale, qui en sont éloignées de plus de deux cents lieues; et les Tortues qui vont déposer leurs œufs sur \^?i bords de l'île de l'Ascension, font encore plus de chemin puisque les terres les plus voisines de cette île soit à trois cents lieues de distance

La chaleur du sobil suffit pour faire éclore les' œufs des Tortues dans les contrées qu'elles habitent; vingt ou vingt-cinq jours après qu'ils ont été déposés, on voit sortir du sable les petites Tortues, qui présentent tout au plus doux ou trois |)Ouces de longueur, sur un peu moins de largeur; elles sont doncbien éloignées de la grandeur à laquelle elles peuvt^it parvenir. Au rsle, le temf>s nécessaire {)0ur que les petites Tortues puissent éclore^doit varier suivant la température. Kroger assure qu'à Saint-Vincent, île du Ca|>-Vert, il ne faut que dixsept jours pour qu'Wles sortent de leurs œufs; mais elles ont besoin de neuf jours de plus pour devenir capables de gagner la mer. L'insti.ict dont elles sont déjà pourvues, ou, pour mieux dire, la conformité de leur organisation avec celle de leur père et mère, les con iuisent vers les eaux voisines, où elles doivent trouver la sûreté et l'aliment de leur vie. Elles ji'y traînent avec lenteur; mais, trop faibles encore fiour résister au choc des vagues, elles sont rejetées par les flots sur le sable du rivage, où les grands oiseaux de mer, les Crocodiles, les Tigres, ou les Couguars, se rassemblent pour les dévorer. Aussi n'en échappe-t-il que tres-peu. L'homme en détruit d'ailleurs un grand nombre avant qu'elles ne soient développées. On recherche même, dans les îles ou elles abondent, les œufs qu'elles laissent sur le sable , et qui donnent une nourriture aussi agréable que saine.

C'est depuis le mois d'avril jusqu'au mois de septembre que dure la ponte des Tortues franches sur les côtes clés îles de l'Amérique voisines du golfe du Mexique; mais l(^ t( inps de leurs diverses nont(*s varie suivaif Ifvs pays; sur la (rôle u Issinl, en Afrique , les Tortues viennent déposer leur

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ceufs depuis le mois de septembre jusqu'au mots de janvier; pendant toute la saison des pontes, 1 on va non-seulement à la recherche ^ des œufs , mais encore à celle des petites Tortues, que l'on peut saisir avec facilité; ]orsqu!on les a prises, on les renferme dans des espaces plus ou moins grands, entourés de pieux, et où la haute mer peut parvenir; ei c'est dans ces espèces de parcs qu'on les laisse croître pour en avoir au besoin, sans courir les hasards d'une pêche incertaine, et sans éprouver les inconvénients qui v sont quelquefois attachés. Les pêcheurs choisissent aussi cette saison pour prendre les grandes Tortues femelles, qui leur échappent sur les rivages plus difQcilement qu'à la mer, et dont la chair est plus estimée que celle des mâles, surtout dans le temps de la ponte.

Maiffré les ténèbres dont les Tortues franches cherchent, pour ainsi dire, à s'envelopper lorsqu'elles vont déposer leurs œuis, elles ne peuvent se dérobera la poursuite de leurs ennemis. À l'entrée de la nuit, surtout lorsqu'il fait clair de lune, les pêcheurs, se tenant en silence sur la rive, attendent le moment où les Tortues sortent de l'eau ou reviennent à la mer après avoir pondu ; ils les assomment à coup de massue, ou ils les retournent rapidement, sans leur donner le temps de se défendre, et de les aveugler par le sable qu'elles font quelquefois rejaillir avec leurs nageoires. Lorsqu'elles sont très-grandes il faut crue plusieurs hommes se réunissent, et quelquefois même se servent de pieux comme d'autant de leviers pour les renverser sur le dos. La Tortue franche a la carapace trop plate pour pouvoir se remettre sur ses pattes, lorsqu'elle a été ainsi chavirée^ suivant l'expression des pêcheurs. On a voulu rendre touchante cette manièrede prendre les Tortues, et l'on a dit aue lorsqu'elles étaient retournées, hors d état de se défendre et qu'elles ne pouvaient plus que s'épuiser en vains efforts, elles jetaient des cris plaintifs et versaient un torrent de larmes. Plusieurs Tortues, tant marines que terrestres, font entendre souvent un siiilement plus ou moins fort, et même un gémissement trèsdistinct, lorsqu'elles éprouvent avec vivacité ou l'amour ou la crainte. 11 peut donc se faire que la Tortue franche jette des cris lorsqu'elle s'efforce en vain de reprendre sa position naturelle et que la frayeur commence à la saisir ; mais on a exagéré, sans doute, les signes de sa douleur.

Pourvu que les matelots soient en nombre, ils peuvent, dans moins de trois heures, retour4ier quarante ou cinquante Tortues qui renferment une grande quantité d'œufs.

Ils passent le jour à mettre en pièces celles qu'ils ont prises pendant la nuit; ils en salent la chair, et même les œufs et les intestins. Ils retirent quelquefois de la graisse des grandes Tortues jusqu'à trente-trois pintes d'une huile jaune ou verdâtre, qui sert à brûler, que Ton emploie môme dans les aliments lorsqu'elle est fraîche, et dont tous les os de ces animaux sont pénétrés,

ainsi que ceux des Cétacés ; ou bien ils les traînent renversées sur leur carapace.jusque dans les parcs où ils veulent les conseiîer.

Les pêcheurs des Antilles eldesllesiç Bahama, qui vont sur les côtes de Ce, sur celles des îles voisines, et principale ment des îles de Caïman, ont achevé de ' charger leurs navires ordinaiferaeni w bout de six semaines ou de deux mois; ils rapportent dans leurs îles les produits de leur pêche ; et cette chair de Tortue salii, qui sert à la nourriture du peuple et des esclaves, n'est pas moins employée daos les colonies d'Amérique que la Morue (hos les divers pays de l'Europe.

On peut aussi prendre les Tortues fiioches au milieu des eaux : on se sert d'une varre ou d'une sorte de harpon pour cette pêche, ainsi que pour celle ae laBalÔM*. on choisit une nuit calme, où la luoeédaite une mer tranquille. Deux pêcheurs moDteot sur un petit canot que l'un d'eux coodoit: ils reconnaissent qu'ils sont près de quai*

Sue grande Tortue, à l'écume qu'elle pr^ uit lorsqu'elle monte vers la surbce de l'eau ; ils s'en approchent avec assez de vitesse pour que la Tortue n'ait pas le imfi de s'échapper. Un des deux pêcheurs i lance aussitôt son harpon avec tant de fone qu'il perce la couverture supérieure, et pénètre jusqu'à la chair : la Tortue blessée se précipite au fond de l'eau ; mais on lui Uche une corde à laquelle tient le harpoç, et lorsqu'elle a perdu beaucoup de sang, il ^ aisé de la tirer daos le bateau ousurlerinp'

Sur les côtes de la Guyane, on prend te Tortues avec une sorte de filet, nomrà 1« foie ; il est large de quinze à vingt pieds» sur quarante ou cinauante de'longj^ mailles ont un pied d'ouverture en tm^ et le fil a une ligne et demie de f^' On attache, de deux en deux mtmj^^ flots d'un demi-pied de longueur, ftlsoj"** lige épineuse, que les Indiens w^ moucou-moucoUf et qui tient licufe^^*?^' On attache aussi au bas du filet qiutî^ ^^ cinq grosses pierres, du poids de quanij^^ ou cinquante livres, pourletenirbieDleiwi Aux deux bouts qui sont à fleur feau, on met des bouées^ c est-à-dire de gros iû«; ceaux de moucotMnoucoUy qui senenj « marquer l'endroit où est le filet : on m ordinairement les foies fort près des » T^arce que les Tortues vont brouter des ^ pèces de fucw^ qui croissent sur les rochers dont ces petites îles sont bordées.

Les pêcheurs visitent de temps en letnf les filets. Lorsque la foie commence à cm suivant leur langage, c'est-à-dire lorsqueii» s'enfonce d'un côté plus que de Vautre^tj se hâte de la retirer. Les Tortues ne peu«w se dégager aisément de cette sorte de ret^ parce que les lames d'eau, qui sont is-^ lortes près des îlots, donnent auxbottUJ'^ filet un mouvement continuel qui les tto*»|' dit ou les embarrasse. Si Ton diffère"^ visiter les filets, on trouve quelquefois w Tortues noyées; lorsque les Requins e< i^ Espadons rencontrent des Tortues [^

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POISSONS, ETC

ClIE

^ U foie, et hors d*étnt de fuir et de se

^ttAdre, i\s les détorcnl et brisent le filet.

U(\MUj[)s de /(lier la Tortue franche est

4e^ iaotier jasqa*en mai.

On se contente quelquefois d^approcher

èncmratdans un esquif des Tortues fran-

tleB,q[m dorment et Qotteni à la surf.ice de

hmn ^ les retourne, on les saisit, ayant

fidte n'aient eu le temps de se réveiller

*fci*eiAiir; on les pousse ensuite devant

m jwqu'à la rite, et c'est è peu près de

eKi« manière que les anciens les péchaient

teu les mers ae Tlnde. Pline a écrit au*oa

les eelend ronfler d'assez loin, lorsqu elles

éoriBeftl ea flottant à la surface de Peau.

Le rottleoent que ce naturaliste leur attri-

iMie pourmi venir du peu d'ouverture de

lft^riolte,qui est étroite, ainsi que celle

4»TMu«s(i6terre; ce qui doit ajoutera

la MUié qu'ont ces animaux de ne point

•▼alerVen dans laquelle ils sont ulongés

Si les Tortues demeurent quelque temps sor Peau exposées pendant le iour è toute fxndfur des contrées équatoriales, lorsque la mer est presque calme et que les petits llocs ne Douraiit point atteindre jusciu*au dessu5 aeieurcarapace, cessent de le baigner* \« so\cl\ dessèche cette couverture, la rend jAus \ègkrft el empêche les Tortues de plonger ais^oeDl, tant leur légèreté spécifiaue est Toisioe de celle de l'eau, et tant elles ont de peioe ï augmenter leur poids. Les Tortues p6arent en effet se rendre plus ou moios pesuies, en recevant plus ou moins Jjirdajis leur! poumons, et en augmentant ou dîBiifliJifli par là le volume de leur corps de méoie aue les poissons introduisent de Fair dam leur vessie aérienne, lorsqu'ils THilenl s'élever à la surface de Teau ; n)ais a âat qoe Je poids que les Tortues peuvent se domwr en chassant l'air de leurs ^roumons ne soit pas très-considérable, puisqu'il ne peut bi/ancrr celui que leur fait perdre la ^kessiccalion de leur carapace, et qui n'égale iafluis le siiziëme du poids total de ranimai.

i^dessiccalion de la carapace des Tortues, M les empêchant de plonger , donne aux "^^^^irs plus de facilité pour les prendre. 1 elles sont très-près du rivage où l'on ^^1 /es entraîner, elles se cramponnent avec tode force, que quatre hommes ont quel- Mis bien de la peine à les arracher, du ^ÎD qu'elles saisissent ; et comme tous ^ doigts ne sont pas pourvus d'ongles, ^que n'étant point sépares les uns des au- ^ ils ne peuvent pas embrasser les corps, ^ doit supposer, dans les Tortues, une force USïs-grande, qui d*ailleurs est prouvée

er la vigueur de leurs mAchoires, et par la ;ililé avec laquelle elles portent sur leur ^ autant d'hommes qu'il peut y en tenir. ^ a même prétendu que, dans l'Océan Indien, il y avait des Tortues assez fortes «t assez grandes pour transporter (juatorze liouiuies; quelque exagéré que puisse être ce nombre. Ton doit admettre, dans la Tortue franche, une puissance d'autant plus

DicnoBN. DE Zoologie. II.

remarquable que, malgré sa force, ses habitudes sont paisibles. .

Lorsque, au lieu de faire saler les Tortues franches, on veut les manger fraîches, et ne rien perdre du bon goût de leur chair ni de leurs propriétés bienfaisantes, on leur enlève le plastron, la tète, les pattes et la Jueue, et on fait ensuite cuire leur chair ans la carapace, qui sert deplat. La portion la plus estimée est celle qui touche de plus près cette couverture supérieure ou le plastron. Cette chair, ainsi gue les œufs de la Tortue franche, sont principalement trèssalutaires dans les maladies auiquelles les gens de mer sont le plus sujets : on prétend même que leurs sucs ont une assez grande activité, au moins dans les pays les plus chauds, pour être des remèdes très-puissants dans toutes les maladies qui demandent que le sang soit épuré.

Il paraît que c'est la Tortue franche quo quelques peuples Américains regardent comme un objet sacré, et comme un présent particulier de la Divinité; ils la nomment Voiisùn de Dieu^ à cause de l'effet merveilleux que sa chair produit, disent-ils, lorsqu'on a avalé «quelque breuvage empoisonné.

Non-s3u1ement on recherche leur chair et leurs œufs, mais encore leur carapace a été employée par les Indiens pour couvrir leurs maisons; et Diodore de Sicile, ainsi

3ue Pline, ont écrit que des peuples voisins e l'Ethiopie et de la mer Rouge s'en servaient comme de nacelles pour naviguer près du continent.

Dans les temps anciens, lors de l'enfance des sociétés, ces grandes carapaces d'une substance très-compacte, et d'un diamètre de plusieurs pieds, étaient les boucliers de

f peuples qui n'avaient pas encore découvert 'art funeste d'armer leurs flèches d'un acier trempé plus dur que ces enveloppes osseuses; et les hordes à demi sauvages qui habitent de nos jours certaines contrées équatoriales, tant de l'ancien que du nouveau monde, n'ont pas imaginé de défenses plus solides.

Les diverses grandeurs des Tortues franches sont renfermées dans des limites assez éloignées, puisque, de la longueur de deux ou trois pouces, elles parviennent quelquefois à celle de six ou sept pieds; et comme cet accroissement assez grand a lieu dans une couverture très-osseuse, très-compacte, très-dure, et où par conséquent la matière doit être, pour ainsi dire, resserrée, pressée, et le développement plus lent, il n'est pas surprenant que ce ne soit qu'après plusieurs années que les Tortues acquièrent tout leur volume.

Elles n'atteignent à peu près à leur entier développement qu'au bout de vingt ans ou environ; et l'on a pu en juger d'une manière certaine par des Tortues élevées dans les espèces de parcs dont nous avons parlé. Si l'on devait estimer la durée de la vie dans les Tortues franches de la même manière que dans les Quadrupèdes vivipares, ou

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trouverait bientôt, d*après ces vingt ans employés h leur accroissement total, le nombre des années que la nature leur a destinées ; mais la même proportion ne peut \^m être ici emplojrée. Les Tortues demeui-ent souvent au milieu d'un fluide dont la température est plus égale quecellede Tair; telles habitent presque toujours le même élément aue les poissons; elles doivent participer à leurs propriétés, et jouir de même d'une vie fort lonçue. Copendaift, comme tous les animaux perissont lorsque leurs os «ont devenus entièrement solides, et comme ceux des Tortues sont bien plus durs que ceux des poissons, et par conséauent beaucoup plus près de Tétat d*ossiucation extrême, nous ne devons pas penser que la vie <ies Tortues soit en proportion aussi longue que celle des poissons; mais elles ont avec ces animaux an assez grand nombre de rapports, po«r uoe, d'après les vingt ans que leur entier développemeut exige, on pense quelles atteignent untrès-grand nombre d'années, même plus d'un siècle, et dès lors on ne doit point Mre étonné que l'on manque d'observations stir un espace de teoaps qui surpasse beaucoup celui de la vie des onservateurs.

Mais si l'on ne connaît pas de ftiits précis relativement à la longueur de la vie des Tortues franches, on en a recueilli qui prouvent que la Tortue d'eau douce, appelée la Bourbeuse, peut vivre au moins quatre-vingts ans, et qui confirment par conséquent notre opinion touchant l'Age auauei les Tortues de mer peuvent parvenir. Cette longue durée do m vie defs Tortues les a fait regarder par les J.iponais comme un emblème du bonheur; et c'est apparemment par une suite de cette idée qu'ils ornent des images )liis ou moins défigurées de ces Quadrupèdes es temples de leurs dieux et les palais de leurs prmces.

Une Tortue franche peut, chaque été, donner l'existence h près de trois cents individus, -dont chacun, au bout d'un a^sez eourt espace de temps, pourrait faire nattre a son tour trois cents petites Tortues. On sera donc émerveillé, si l'on pense au nombre prodigieux de ces animaux dont une seule Tortue peut peupler une vaste plage pendant la durée totale de sa vie. Toutes fes côtes des zones torrides devraient être couvertes de ces Quadrupèdes, dont la multiplication, loin d'être nuisible, serait certainement bien plus avantageuse que celle de tant d'autres espèces; mais à peine un tren*tième de petites Tortues écioses peuvent parvenir à un certain développement; un nombre immense d*OBufs sont d ailleurs enlevés, avant que les petits aient vu le jour ; «t parmi les Tortues qui ont déjà acquis une :grandeur un peu considérable, combien ne «ont (K>int le proie des ennemis de toute ^pèoe^qui en font la chass % et ^de l'homme qui les poursuit sur la terre et sur les eaux. Malgré tous les dangers qui les environnent, les Tortues franches sont répandues en assez grande quantité sur toutes les plages chau-

des, tant de l'ancien que ou nouveau taà nent, où les côtes sont basses et sabkj neuses ; on les rencoriire dans rAméria septentrionale, jusqu'aux lies de Bnban et aux côtes voisines du cap de la Florié Dans toutes ces contrées des deux monda distantes de l'équateur de 23 ou 30 d(

f;rés, tant au nord qu'au sud, on rotroo^ a môme espèce des Tortties franches , u 5 eu modiûee seulemenH par la différent e la température et par la diversité de herbes qu'elles paissent, ou des coquil lages dont elles se noûitissenti et ceti grande et précieuse espèce de Tortue d peut-elle pas passer facilement d'une Ile l'autre ? Les Tortues franches ne soot-die pas en effet des habitants de la mer, pluK

3ue de la terre ? Pouvant demeurer asse e temps sous l'eau, ayant plus de peine s'enfoncer dans cet élément qu*à s'v élerei nageant avec la plus çrande fiicilité i & surface, ne jouissent^Tles pas daos leur migrations de tcfit l'air ifui leur est néces saire^ ne trouvent-elles pas sur tous le bas- fonds Therbe et les coquillases qa 4eur conviennent? Ne peuveat-elies pai ^'aHleurs ^ passer de hoùrriture pendan plusieurs mois? Et cette possibilité de 6in de grands vtïjrages u'est-elle pas frnnyk par le fait, puisqu'elles traversent {rtns à cent lieues de mer, potir aller déposer Ieur5 œufs sur les rivages qu'elles préfèrent et puisque des navigateurs ont roocootré à

Îlus de sept cents Tieues de io^te (être des ortues de mer d'une espèce peu iltérente de la Tortue franche ? Ils les o(k nétne trouvées dans des régions de lamerasseï élevées en latitude, où elles dormaitm paisiblement en flottant à la surface de Peau.

Les Tortues franches ne sont cepcndani pas si fort attachées aux zones tomdes, qu'on ne les rencontre quelquefois daos les mers voisines de nos côtes. Il se pourrait qu'elles habitent dans la MédilerranéeiOù elles fréquenteraient de préférence, sans doute, les parages les (^us méridionaux, ei où les CaouarifSy qui leur ressemblent beaucoup, sont en très-grand nombre. Elles de vraient y choisir pour leur ponte Jes rirages bas, sablonneux, presque déserts et Irè.^ chauds, qui séparent l'Egvpte delà Barbarie proprement dite, et où elles trouveraient l« solitude, l'abri, la chaleur et le lorrain qui leur sont nécessaires; on n'a du moins i-v •mais vu pondre des Tortues marines sur w^ côtes de Provence ni du Languedoc, où cependant l'on en prend de temps en letfl'^ quelques-unes. Elles peuvent aussi éire quelquefois jetées par des accidents particuliers vers de plus hautes latitudes, sans en périr; Sibbald dit tenir d'un homme digne de foi, qu'on prenait quelquefois des T^ tues marines dans les Orcades ; et l'ou doit présumer que les Tortues franches peuvent non-seulement vivre un eertaia nombre d'années à ces latitudes élevées, mais roênw y parvenir à tout leur dévelop/emenl. I>^ tempêtes ou d'autr s causes puissantes M»

^ CHK BOISSONS,

•^JjNquefois descendre vers les zones ^?Jf^» <^t chassent des mers glaciales les r?*Y v*^^ qw» peuplent cet empire du h1^. "^«sard pourrait dotoc fairo renril^ !??^.^*ïe les grandes Tortues frani«iil; ^"^<i»enses animaux ; et Ton de- Sl(w!!*^^ *"^érét sur la surface de l^aniJFWaD, d^un ^^^ 1^ Tortues de mer,

»mmaui accoutumés à être plongés dans

2^!^!?/^®"*» ^u soleiUsouverain do-

wa^ttNes contrées torrides, et de Tau-

^^.W^ cétacés, qui, relégués dans

»J2! L ^6^^^^s et de ténèbres, n'ont

i!\!L!iî?'^\^ ''^»i les douces influences

«Pf^J^i* lumière, lieu des beaux

jcnrs Qcn nature, n'en ont presque jamais

rtwmnueiesienjp^jçs et les horreurs.

OflP^ufciter surtout, è ce sujet, deux

eimples remarquables. En 1752, une Tortue

{o^ ff^ ^^«Ppe,où elle avait été jetée

«ï? '$ 'r" P^ une tourmente : elle pesait

* '"-^ oî^cw f'^^ livres, et avait a peu

P** ^ ^T2^ '^og sur quatre île largeur.

•eux ^l R^*^ pécha, dans le pertuis

d'AaW?'?' inift,? ''^^e plus grande encore ;

rileai«***'**^"v^^ de long; elle pesait plus

de Wll dH^ u^f ^s, et, comme ordinaire-

,j^i L^ \<î% Tortues, l'on doit compter

ftkA ^^V^^^^ (ûtai, la chair de celle du periiûs d'Aniioehe devait peser [)lus de aoatrecenls l/rres. Elle fut portée à fabbaye de Lûof-Tmt près de Vaonos en Brç-

Ce n'est que sur les rivages presoue déserts, et par exemple sur une partie de ceux de r.\iDérique, voisins de la ligne et baignés parli iner Pacifique, que les Tortues franrwspeavefll en liberté parvenir à tout TaccroittemeDt pour lequel la nature les a fait n»«rp, et jouir en paix do la longue vie è ^ laquelle elles ool été destinées.

\^ I^s animaux féroces ne sont donc pas les

swls qui, dans le voisinage de l'homme, ne

Sfî^** n» crotlre ni se multiplier ; ce roi

^ , «tfflalure, qui souvent en devient le ty-

^^y ^ WD-seulement repousse dans les dé-

^ i *^j** esoèces dangereuses, mais encore

j;^. «fl iositiaUe avidité se tourne souvent

^, ^}^ elle-même, et relègue sur les plages

** *^*Ne» les espèces les plus utiles et les

*$ douces ; au lieu d^augmenter ses jouis-

^^ceSfil les diminue en détruisant inutile-

ETC

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