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Denys se servoioDt dans leurs guerres.par-* ticufieres, c*est-à-dire dans celles qu*ils entreprenoient pour retirer leurs biens des mains des usurpateurs ^ ou pour empêcher qu*iis ne leur uissent enlevez. Et comme leur condition et Télat ecclésiastique , où ils s'estoient engagez, ne souffroit pas qu'ils maniassent les armes , ils abandonnoient cette charge à leur avoué, qui recevoit des mains de Tabbé cette enseigne, et la portoit dans les combats. Car c'est là le véritable usage deroriilamme,quoyque quelques sçavants en ayent écrit autrement, etaycnt avancé des choses peu conformes i la vérité.
Pour commencer par la recherche du nom d'oriflamme, la plupart des écrivains estiment» qu'on le doit tirer de sa matière, de sa couleur et de sa forme. Quant à sa figure, il est hors de doute qu'elle estoit faite comme les bannières de nos églises, fendues en divers endroits par le bas, ornées de franges, et attachées par le haut à un bâton de travers, qui les tient étendues, et est soutenu d'une forme de pique. Us ajoutent que sa matière estoit de soie ou de tafetas, sa couleur rouge. On a donné le nom d'oriflamme à cette bannière, parce qu'elle estoit découpée par le bas en ngure de flammes, ou parce qu'estant de couleur vermeille, lorsqu'elle voltigeoit au vent, elle paroissoit de loin en guisede flammes, et en outre, parce quelamatierede là lance qui la soutenoit estoit dorée.
L'oriflamme estoit donc l'enseigne particulière de l'abbé et du monastère de âaint- Denys , qu'ils faisoient porter dans leurs guerres par leur avoué. Car c'estoit là la
f)rincipale fonction des avouez, qui en quaité de défenseurs et de protecteurs des monastères et des églises, entreprenoient la conduite de leurs vassaux pour la défense de leurs droits, et portèrent leurs enseignes à la guerre : d'où vient qu'ils sont ordinairement appelez les porte-enseignes des églises signiferi ècctesiarum. Les comtes du Vexin et de Pontoise (1) avoient ce titre dans le monastère de Saint-Denys dont ils estoient les avouez et les protecteurs, et en cette qualité ils portoient l'oriflamme dans les guerres qui s'entreprenoient pour la défense de ses biens. D'où vient que pour le plus souvent cette bannière est nommée l'enseigne de Saint-Denys, dans les auteurs, non parce qu'elle estoit conservée en l'église de ce monastère, mais parce qu'elle estoit la bannière ordinaire qu'on portoit dans les
Suerres de celte abbaye. D où l'on peut inuire qu'elle n'a esté portée par nos rois dans leurs guerres, qu'après qu'ils sont devenus propriétaires des comtez de Pontoise et de Mante » c'est-à-dire du Vexin ; ce qui arriva sous le règne de Philippes I, ou de Louys le Gros, sou fils. Car l'histoire remarque que Simon, comte de Pontoise et d'Amiens, avant dessein de se retirer au monastère ae Saint-Claude donna à l'abbaye de Cluny (2) la ville de Mante, et ses dépen-
(1) A. Duchesne, en FUist. de Béthune, I. i,ch. 3.
(2) Preuves de TUist. de Goucy, p. 313, Bibl. Qun., p. 527.
HERALDIQUE. ORI i^)
dances, et que le roy Philippes s'en estant emparé, vraysemblablemenl comme d'une
filace frontière, et nécessaire à rfotat , sur es plaintes qui lui en furent faites, eu fil la restitution à ce monastère, par acte passé à Mante l'an mille soixante et seize, qui est l'année que Simon se relira à Saint-Claude. Mais il y a lieu de croire que le roy s'en aocommoda depuis, avec les moines de Cluny, d'autant que nous lisons qu'inconlinant après , cette place fut en sa possession, et qu'il en disposa comme d'un biea qui luy appartenoit. Car Orderic Vital (1) assure que le même roy voulant appaiser Louys, surnommé le Gros, son fils, qui vouloil se tmger de Bertrade de Monfort, sa belle-mere, qui l'avoit voulu empoisonner, luy fil don de Pontoise, de Mante et de tout le comté du Vexin. Suger (2) ajoute que Louys, à la prière de son père, consentit depuis que Philippes, fils du roy et de Bertrade, jouïsl du comté de Mante : et ce en faveur du mariage que le roy et Bertrade procurèrent à ce jeune prince avec Theritiere ae Monllhery. Tant il j a qu'il paroît assez que le comté du Vexin tomba au domaine de nos rois en ce temps-là et qu'ainsi ce fut en cette qualité qu ils ont commencé à faire porter Foriflamme, ou l'euseigne de Saint-Denys dans leurs guerres : l'histoire n'en faisant aucune mention avant le règne de Louys le Gros; car je ne m'arrête pas aux discours de ceui qui ont avancé qu'elle estoit connue dès le temps de Dagobert, de Pépin et de Charlemagne, toutes ces histoires qui ont débité ces fables, estant à bon droit réputées pour apocryphi's. IJ faut donc tenir pour constant que Louys la Gros fut le premier de nos rois qui, en
Ïualité de comte du Vexin, lira roriflamme e dessus l'autel de l'église de Saint-Denys, et la fit porter dans ses armées, comme la principale enseigne du protecteur de 5oîi royaume, et dont il invoquoit le secours dans son cry d'armes, particulièrement lorsqu'ayant appris que Henry V, roy d'Alemagne venoit en Fiance avec ses troupes (3). Il est arrivé dans la suite que nos rois, qui estoient entrez dans les droits de ces comtes, s'en sont servis pour leurs guerres particulières, comme estant la bannière qui portoit le nom du protecteur de leur royaume, ainsi que j'ay remarqué , la tirant de dessus l'autel de l'église de Saint-Denys, avec les mêmes cérémonies, et les mêmes
|)rieres que l'on avoit accoutumé d'observer orsqu'on la mettoit entre les mains des comtes du Vexin pour les guerres particulières de ce monastère. ^ Juvenal des Ursins (&) a décrit ainsi les cérémonies qui s'observoient lorsqu'on con* finit l'oriflamme au chevalier aui la devoit porter : « Le roy s'en alla à daint-Denvs, visita les corps SS., fit ses otfraodes, fit bénir l'oriflamme par l'abbé de Saint-Denys, et la bailla à messire Pierre de Villers, le-
1) Orderic, I. viii, si, xii, p. 700, 815» 881*
2) Suger., in Lud. c. 8, 17.
3J Doublet, 1. III, cil. 13.
4) Juvenal des Ursins, an. 1581.