DE PATROLOGIE. ANS
foi par la raison, mais pour entendre expliquer les motifs de leur croyance et pour en rendre témoignage aux autres. C'est la question que nous font les infidèles, en se mo- Îuant de notre simplicité, quand ils nous emandent par quelle nécessité Dieu s'est fait homme et a rendu la vie au monde par sa mort, puisqu'il pouvait le faire autrement, soit par un ange, soit par un homme, ou même par sa seule volonté. ^ L'ouvrage est divisé en deux livres. Le premier contient les sophismes que les infiaèles apportaient pour montrer que Ta religion chrétienne est contraire à la raison, et les réponses que les chrétiens opposaient à ces objections. C'est faire injure à Dieu, disaient les infidèles, de dire (ju'il est né d'une femme, qu'il a été nourri de lait, qu'il a souffert, qu'il est mort. -- Au contraire, répondaient les chrétiens, Dieu a montré sa sagesse et sa bonté pour les hommes dans l'économie de l'incarnation. Puisque la mort é'iait entrée dans le monde par la désobéissance de l'homme; puisque le péché, qui nous a causé la mort, avait commencé par la femme, il fallait que l'auteur de notre justice et de notre salut se fit homme et naquît d'une femme. Quant à cette oj^jection, qu'il est indigne de Dieu d'être sujet aux souffrances et à la mort qui sont les suites de Tincarnation, il est aisé de répondre que tous ces inconvénients disparaissent, si l'on considère que Jésus-Christ comme Dieu n'a rien souffert, et que comme homme il n'a souffert que ce qu'il a bien voulu souffrir, sans y être contraint, mais en accomplissant volontairement ce qu'il savait être la volonté de son Père. — 11 fait voir ensuite que, le péché étant une dette, il ne convenait pas à Dieu de le laisser impuni. La chute des anges avait laissé un vide dans le ciel ; Dieii avait à cœur de le combler, et l'homme n'y pouvait prétendre qu'après une satisfaction proportionnée à la grandeur de son péché. Or cette satisfaction était audessus des forces de l'humanité : il fallait donc un Homme-Dieu.
Il montre dans le second livre que l'homme a été créé juste, pour être heureux en jouissant de Dieu ; qu'il ne serait pas mort s'il n'eût point péché , et qu'il ressuscitera un jour, pour jouir avec son corps de la félicité éternelle. Mais , dit-il , l'humanité ne peut arriver là que par un Hon>me-Dieu : donc l'incarnation a été nécessaire au salut du ^enre humain. Mais , pour atteindre ce but, il fallait que notre médiateur fût en même temps Dieu parfait et homme parfait; de la race d'Adam selon son humanité , fils d'une vierge selon la chair , et réunissant en lui deux natures en une seule personne, exempte de péché et soumise à la mort, par dévouement et par choix ; c'est-à-dire qu'en conseU'^ tant à sacrifier sa vie pour le salut des hommes, son sang avait été plus que suffisant pour effacer tous les péchés du monde, même les péchés de ses bourreaux. Entrant alors dans le détail des circonstances de l'incarnation, Boson lui demande comment Dieu eût pu prendre un corps de la masse corronn
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mcnONNidRE DE PATHOLOGIE.
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pue, sans en prendre le pécbé ; car, encore que sa conception ait été pure, il est né d'une Tierge conçue dans le péché. Saint Anselme répond que, « cet homme étant indubitablement Dieu et Tau leur de notre réconciliation, il est également certain qu'il est sans péché.» A regard de la sainte Vierge , il ne dit rien autre chose, sinon que « Dieu, avant de nal Ire d*elle, Tavait entièrement purifiée. » Sur «a fin de Touvrage, il donne diverses raisons de rimpossibilité de la réconciliation du démon et des autres mauvais anges. La principale est , « qu'étant tombés eux-mêmes, et sans avoir été poussés de personne , c'est à eux de se relever, ce qu'ils ne pourront jamais. » Les infidèles dont il parle dans son traité étaient les Juifs ou les Musulmans d'Espagne. Il pouvait également l'adresser aux païens , puisqu'il n'argumente en faveur de nos mystères que par des raisonnements appuyés sur les lumières de la raison.
be la conception virginale, — Ce fut encore aux instances du m(jine Boson qu'AnseloM composa le traité de la conceptiou virginale et du péché originel. Cet écrit rentre dans la matière du précédent , mais en la traitant avec plus d'étendue. 11 commence par la définition du péché originel, ainsi nommé parce S[ue tous lesdescendantsd' Adam iecontractent eur origine, par le fait même de leur conception. 11 dit ensuite qu'il ne commence à iniecter l'homme qu'après l'union de TAme au corps dans le sein de la mère ; au'il est le
Eéché personnel d'Adam, mais qu il passe à )us ses descendants par la voie ordinaire de la génération; en sorte que tous naissent avec ce péché, excepté celui qui est né de la Vierge aune manière miraculeuse et contre les lois de la nature. C'est la raison par 1«k
2uelle saint Anselme démontre que Jésushrist, quoique né de la masse corrompue, n'a contracté aucun péché en se faisant homme. 11 dit aussi que ce qui avait servi à la formation de son corps dans le sein de sa mère n'avait rien d'immonde; Il soutient même que le eerme de la génération de tous les hommes n a rien d'impur par lui-même, et que nous ne naissons avec le péché originel que par la nécessité de satisfaire pour Te péché d Adam, qui nous est communiqué fMir la génération. 11 propose diverses questions qui ont rapport au péché origmel:
Antre autres, pourquoi oe péché est moins opnsidérable dans les enfants que dans Adam; Bi .la raison de cette différence vient de ce
Îu'Adam a péotié par sa propre volonté... Il écide, sans aucune ambiguïté, que « les enfants morts sans baptême sont ilamnés » ; et pour montrer que Dieu , en les punissant pour la faute de leur père, ne commet pas d'injustice, il lait cette comparaison : a Si un homme et sa femme, élevés, sans aucun mérite de leur part, à la plus haute dignité, s'en rendaient indignes par un crime commis de fiuocert, et,déchusde cette dignité.se voyaient i^oudamnés à la servitude, qui s'aviserait de trouver mauvais que les enfants engendrésdans 41^ esclavage fussent réduits au même état? J)€ la vérUé.^LQ traité de la vérité^ comme
celui du libre arbitre qui le suit, est en forme de dialogue. Saint Anselme ne se souvenait point d'avoir lu nulle part la définition de la vérité. Avant de la donner lui-même, il en expose plusieurs exemples. « On dit qu*un discours est vrai quand il aiBrme ce qui est et qu'il nie ce qui n'est pas ; nous pensons vrai quand nous voulons ce qui est juste, et nous sommes dans le vrai toutes les lois que nous faisons le bien. Il y a même une vérité dans nos sensations, parce que nos sens nous rapportent toujours vrai ; s'ils nous sont une occasion d'erreur, ce n'est que par la précipitation de notre jugement. > Enfin, € la Térité est dans re!isencede toutes choses, parcequ'elles sont et doivent être relativement à la suprême vérité , qui est Tessence m^e des choses. D*où il suit que la vérité des choses est leur rectitude autant qu'elle peut être conçue par Tosprit; car cette rectitude n'est pas perceptible aux yeux du corps. » Il raisonne sur la justice comme sur la vérité, mais il la fait consister plutôt dans la volonté de pelui qui agit que dans l'action même.
De la volonté. — Dans un petit traité ««r la volonté^ il dit qu'elle est l'instrument naturel d(> l'Âme , et il y distingue deux affections principales, l'une qui est inséparable deTâme même, et qui consiste à vouloir toujours ce qui lui est commode ; l'autre qui peut en être séparée, comme la liberté du choix entre la justice et l'iniquité. Ensuite il distingue en Dieu trois volontés : une efiiciente, qui fait tout ce qu'elle veut; l'autre qui ap prouve tout ce qui est : Et vidit Deus quod tiset bonum; et la troisième qui ne ftil que permettre qu'une chose soit , sans la faire ni l'approuver. Saint Anselme traite aussi du pouvoir, qu'il définit en général l'aptitude à une chose.
Du libre arbitre.^Ld pouvoir de i^her n'est point nécessaire à la liberté, puisque le libre arbitre n'est autre chose que le pou* voir de conserver la droiture de la volonté. Les anges et les hommes, avant leur chute, ont eu Te libre arbitre, et par conséquent ont conservé autant qu'ils l'ont voulu la droiture de leur volonté. La faute d'Adam , en lui portant atteinte, ne l'a pas fait périr. « Cette rectitude, dit saint Anselme , est un don de Dieu, et il n'est point su pouvoir de l'homme de la recouvrer, après l'avoir perdue, si Dieu ne la lui rend. » 11 écoute qu en pareil cas Dieu fait un plus grand miracle qu'en rendant la vie à un mort, et la raison qu'il en donne, c'est que « le corps, en mourant, ne pèche point, et, par conséquent , ne se rend pas indigne de ressusciter ; au lieu que la volonté en perdant sa rectitude pèche, et par là mérite d en être privée pour toiqours. > Il distingue le libre arbitre en incréé et créé : le premier est de Dieu; le second est des an^es et de l'homme, et se subdivise en deux, suivant qu'on a conservé la droiture de volonté ou qu'on l'a perdue. 11 range les premiers parmi les anges qui ont persévéré dans le bien, les seconds parmi les mauvais auges ou les hommes , avec cette différence pourtant que l'homme seul peut recouvrer cette
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DICTiONNAIflE DE PATROLOGiE.
rectitude de volonté avec le seconrs de Dieu. Monologue de la Trinité. — Cet ouvrage est divisé en soixante-dix-neuf chapitres, dans lesquels saint Anselme prouve, par des ar^ments tirés de la raison , tout ce aue la fui a<>u5 enseigne de l'existence et de la nature de Dieu. U coromence par les preuves de Inexistence de la Divinité , puis il vient à la connaissance de sa nature en trois personnes, autant que la raison , aidée de la foi, peut nous les faire connaître. Il suit ce que saint Augustin avait dit sur cette matière dans ses livres sur la Trinité ; mais i] n'hésite pas de dire, avec les Grecs, qu'il y a en Dieu Iroîs substances , et une seule essence ou nature , prenant le terme de substance pnur celui de personne, comme il s'en explique lui-même dans la préface de son livre. Ses raisonnements sont très-métaphysiques, et tellement enchaînés les uns dans les autres, qu*il est difiicile d'en saisir la suite, et d*en sentir toute la puissance. Il s'entretient avec lui-même, ou avec Dieu, sur l'existence de cet Etre suprême et sur tous ses attributs. 1] montre gu'il est tout ce que la foi nous eo apprena : éternel , immuable , tout-puissaut» immense, incompréhensible * juste, pieux» miséricordieux et vrai. La vérité, la justice» la bonté, ne sont en Dieu qu'une même chose. Pour donner une idée de Torime des personnes en Dieu, ii propose Fexemple d'une fontaine d'où naît d'abord uû ruisseau , puis un lac ou un fleuve. Ce n'est qu*une même eau dans la fontaine, dans le ruisseau . dans le lac ou dans le fleuve ; et toutefois la fontaine n'est pas le ruisseau, ni le ruisseau le lac ou le fleuve. Le ruisseau liait de la fontaine, et non pas du lac; le lac nall de la fontaine et du ruisseau. Le ruisseau est tout entier de la fontaine , et le lac tout entier de la fontaine et du ruisseau. La nature divine est une dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit , mais chacune de ces personnes a ses propriétés qui la distinguent des autres. Le Père ne tire son origine de personne ; le Fils est engendré du Père, et le Saint-Esprit procède du Père et du Fils.
Concorde ae la prescience et de la prédestination. — Le dernier des ouvrages de saint Anselme , suivant Tordre des temps, est la Concorde de la prescience et de la prédestiner tion. Û le composa sur lafin de sa vieet qiiand les forces lui manquaient ; aussi fut-il longtemps à Tachever. Il s'y propose trois questions, qu'il résout séparément.^ La première est de savoir comment la prescience en JKeu oe nuit pas au libre arbitre de l'homme, puisque ce que Dieu a prévu arrive nécessairement, et que cependant le libre arbitre exclut toute nécessité. Le saint docteur répoQd : « Il n*y a point d'incompatibilité entre la prescience et le libre arbitre , parce que Dieu ne prévoit les choses que comme elles se feront, sans imposer à l'agent libre aucune nécessité d'agir. Il prévoit la mauvaise action du pécheur , mais il prévoit aussi qu'il pécliera librement. Si donc la prescience de Dieu emporte dans ce cas une nécessité, elle n^est point antécédente ^ mais subséquente,
c'est-à-dire que le pécheur ne commettra pas un crime parce que Dieu Ta prévu , mais Dieu Va prévu parce que le péeneur le commettra librement. » Il fait voir ensuite que si la prescience imposait la nécessité. Dieu même ne serait pas libre ; il ferait tout par nécessité, puisqu'il a lout prévu avant de le feire. Il rapporte divers exemples de l'Ecriture qui prouvent qu'il y a beaucoup de cho^^es qui passent pour nécessaires et immuables par rapport à l'éternité , et qui ne laissent pas de s'exécuter dans le temps très-librement. Tel est le décret de la prédestination des élus, dont il est parlé dans 1*8-. pitre aux Romains.
Mais ce décret lui-Hmême n*est-il pas eontraire h la liberté de Thomme? C'est la se*coude question , et saint Anselme y répond que la prédestination n'est pas plus contraire % la liberté (|ue la prescience , parce que Dieu, en prédestinant quelqu'un, ne nécessite pas sa volonté au bien, pas plus qu'il ne nécessite au mal celui qu il réprouve. Il laisse à l'un et à Tautre 1 usage absolu de leur liberté. »
La troisième question traite de î'accord de la grâce avec la liberté. Saint Anselme fait voir, d'abord, par l'autorité de l'Ecriture, la nécessité de la grâce pour toute bonne action, et la liberté que l'homme possède de faire le bien quand il veut. U distingue ensuite l'action de la gr&ce dans les adultes et dans les enfants. « Dans les enfants , dit-îl, la grâce seule opère le salut ; dans les adultes elle l'opère avec le libre arbitre et en l'aidant; parce qu'en effet, sans la grâce, le libre arbitre ne pourrait pas même conserver la rectitude qu'il n'a acquise que par elle. » Il explique les passages de l'Ecriture qui semblent tout donner a la grâce h l'exclusion du libre arbitre, et ceux qui paraissent tout attribuer au libre arbitre à rexclusioudela grâce.
Du pain azyme et du pmn fermmté, — Ce traité est adressé \ Yaleramu: , évèque de de Numboupg, qui était encore engage dans le schisme des Grecs. Le saint docteur y établit que, ni l'une ni l'autre ^e ees qualités ne changeant la substance du para, on peut, sauf fessence du sacriflce , l'offrir avec du pain azyme ou du pain fermenté. Toutefois il est mieux de pfeférer le premier, parce que Jésus-Christ en a usé ainsi. U explique ensuite les passages objectés par les Grecs, à peu près comme les anciens auteurs l'avaient fait avant lui.
Homélies. — Les traités dent nous venons de parler composent la première partie des ouvrages de saint Anselme; la seconde renferme ses écrits oratoires, ascétiques et moraux, n n'est pas douteux qu'un évèque aussi zélé , et qui avait l'éloquence en partage, n'ait souvent instruit son peuple. Son histiorien l'a remarqué plus d'une fois dans le récit de sa vie, où Ton voit que, n'étant encore qu'abbé du Bec , il prêchait sauvent ses religieux. Cependant il ne nous reste que seize homélies , et encore n'est-on pas certain qu'elles soient toutes de lui.
Médikttiom. «--Ob peut en dire awtatfl 4a
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recueil de ses Méditations^ qui en comprend vingt-une. Le prologue publié en tête nous apprend que saint Anselme les composa
Ëour exciter ses lecteurs à aimer et craindre deu, et les aider à s'examiner et à se connaître eux-mêmes. C'est pourquoi il leur conseille de les lire avec calme, modération, et sans s'astreindre à une lecture entière. Il les partagea en plusieurs paragraphes , afin que chacun fût libre de les r.ommencer ou de les finir à son gré, et d'éviter par ce moyen
. l'ennui que cause toujours la longueur. Oraisons. — Ses oraisons, dans le recueil qui nous en reste , sont au nombre de 74>, la plupart faites pour ses amis. On les a distribuées suivant Tordre des matières. La première est à la sainte Trinité; la seconde
• au Père, par les mérites de Jésus-Christ ; les
en a plusieurs pour le prêtre avant la messe, pendant le sacrifice et avant la communion. Viennent ensuite des rhythmes et des oraisons adressés à Dieu , à la croix, à la Vierge et à tous les saints, et une oraison générale pour le patron de l'église dans laquelle on célèbre les saints mystères. Toutes ces oraisons ont été en grande estime dans l'Eglise. Saint Thomas, un de ses successeurs sur le siège de Cantorbéry , et cjui vivait dans le même siècle, en possédait un recueil où il faisait ses prières avant d'offrir le sacrifice, et depuis elles ont passé à l'usage commun de tous les fidèles.
Lettres, — On a remarqué dans la Vie de saint Anselme qu'il demeura trente-trois ans à l'abbajre du Bec, qu'il y fut trois ans simple religieux , quinze ans prieur, et quinze ans abbé -, après quoi on l'éleva au siège de Cantorbéry, qu'il occupa environ seize ans. C'est l'orare suivi dans la distribution de ses lettres, qui forment la troisième partie de ses ouvrages. Elles sont au nombre de 426. Nous ne parlerons que de quelques-unes qui nous ont paru plus intéressantes.
La première est à Lanfranc , pour le féliciter de sa promotion è l'épiscopat. Elle était accompagnée d'un petit présent pour le nouvel élu , et d'une autre lettre pour Odon et Lanzon, deux moines de Cantorbéry , dans laquelle il leur prescrivait , suivant leurs désirs, un plan de vie plus sainte que celle qu'ils avaient menée jusqu'alors. Il les exhorte à la lecture de l'Écriture sainte, dans laquelle ils trouveront toutes les lumières nécessaires pour se conduire sagement et pour se faire comprendre au nombre des prédestinés.
Un moine , nommé Huguea , l'avait consulté sur la façon de se comporter envers son supérieur, dont les mœurs étaient mauvaises et avec lequel, par cette raison, il ne pouvait vivre eu paix. Saint Anselme lui conseille, ou de se séparer de ce supérieur, avec sa permission, ou de lui obéir en patience et en silence, parce qu'on n'est point obligé de reprendre ceux oui s'offensent des remontrauces au lieu de s en corriger.
Un abbé , nommé Rainaud, lui avait demandé son Monologua, Saint Anselme De put le lui refuser ; mais 11 lui recommanda de ne le communiquer ni à des vétilleux, ni à de grands parleurs. Il craignait qu'ils De condamnassent ses expressions sans les comprendre, comme il était déjà arrivé à qnelques-uns, qui, remarquant qu'il s'était servi du terme de siibstance , au heu depersonne^ en parlant de la sainte Trinité, s'imaginaient qu'il admettait en Dieu trois substances proprement dites, quoique sous ce nom if entendît avec lesGrecs ce que les Latins entendent ordinairement par le mot de personne.
Roscelin, chanoine de Compiègne, enseignait que les trois personnes de la Trinité étaient trois choses réellement distinctes comme le sont trois anges ou trois âmes, et il soutenait que dans cette distinction on ne pouvait concevoir comment le Père et le Saint-Esprit ne se seraient pas incarnés avec le Fils. Il essayait de donner cours à ses erreurs, en disant aue saint Anselme pensait là-dessus comme lui. Le saint abbé, averti, s'efforça d'abord de donner un bon sens à la proposition de Roscelin, disant que sans doute par les trois choses il entendait les trois relations qui distiuguent entre elles les trois personnes de la. Trinité; ce qui est avoué de tout le monde. Mais, faisant attention qu'il ajoutait que les trois personnes n'ont qu'une même volonté et une même puissance, il en conclut que, ces attributs étant dans les personnes, non selon les relations, mais selon la substance, il fallait que Roscelin admit trois dieux, ou ne sût ce qu'il disait. Ayant appris ensuite que Roscelin, en distinguant en Dieu trois choses , soutenait qu'on pouvait dire aussi qu'il y a trois dieux,il adressa une seconde lettre à Foulques, évèque de Reauvais, le priant de la faire lire dans le concile que Ramaud devait assembler à Reims. Il fait profession de croire tout ce qui est contenu dans les Symboles des apôtres, de Constantinople et de saint Athanase, et il dit anathème à l'erreur de Roscelin.
Les travaux de l'épiscopat ne lui faisaient rien relâcher de ses jeûnes, de sorte qu'on craignait qu'il ne succombât à ses austérités. Matbilde, reine d'Angleterre, lui écrivit làdessus une lettre très-sage et pleine de charité. Elle lui rappela l'exemple de saint Paul, qui ordonnait a son disciple Timothée de boire un peu de vin ; et celui de saint Grégoire, qui, épuisé par les travaux de la prédication, ne faisait aucune difticulté de réparer ses forces par la nourriture. Elle ioignit les présents aux remontrances , et le bon arehevèque la remercia , en l'exhortant à prendre la défense de l'honneur et des intérêts de l'Eglise.
Il écrivit deux lettres ii Baudouin, roi de Jérusalem, pour l'exhorter à se conduire, lui et son peuple, suivant la loi de Dieu, dans le lieu où s'est accomplie la rédemption du genre humain, et de se rendre par ses bonnes œuvres le modèle de tous les rois.
Mais ia plus importante des lettres de saix^
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Anselme» celle qui a presque la valeur d'un traité, c*est sa lettre sur rEucharistie. Il y y enseigne que, « toute la nature de Thomme étant corrompue par le péché et dans son âme et dans son corps, il a fallu que Dieu, qui venait racheter 1 une et Tautre , s'unit à tous les deux, afin que rftroe de l'homme fût raehetée par l'Ame de Jésus-Christ, et son corps par le corps de Jésus-Christ. C'est pour les représenter qu'on ofl^e sur l'autel do pain et au yin. Lorsque nous y recevons dignement ce pain fait corps , notre corps participe à l'immortalité de celui de Jésus- Christ; de raéme notre âme devient conforme à la sieane en prenant le vin changé en son sang, rien n'ayant paru plus propre à représenter l'âme de Jésus^Christ que le sang, qui en est le siéçe. Ce n'est pas qu'en recevant le sang de Jésus-Christ on ne reçoive que son Ame, et réciproquement; non, dans la réception de son sang; comme dans la communion de son corps, on reçoit Jésus- Christ tout entier et comme homme el comme Dieu. » Il dit ensuite que la coutume de recevoir séparément les deux espèces vient de ce que Jésus-Christ les donna ainsi à ses disciples dans la dernière cène, afin qu'ils comprissent qu'ils devaient se conformer à lui, et selon l^me ef selon le corps. Ensuite il s'explique en ces termes la présence réelle ou la transsubstantiation : « Suivant les définitions des saints Pères, nous devons croire que le pain déposé sur l'autel est changé par les paroles solennelles au cori)s de Jésus- Christ ; que la substance du pain et du vin ne demeure pas, mais seulement l'espèce ou apparence, savoir : la forme, la couleur et le goût. » 11 convient aue les infidèles comme les fidèles, les méchants comme les bons, reçoivent substantiellement le corps de Jésus-Christ, mais avec cette différence que les uns le reçoivent avec fruit, et qu'ils en sont fortifiés et affermis dans la vertu, tandis que les autres le reçoivent pour leur condamnation. Il cite, à ce propos, un passage de saint Angustin, tiré de son iv* livre du Baptême.
Traité aseétiaue. — Cet ouvrage, le dernier dans la collection des QKuvres de saint Anselme, est divisé en cinq chapitres. Le premier traite de la fin qu'un moine doit se proposer, qui est de se sanctifier dans son état, en s'occupant continuellement de Dieu et des choses divines. Il distingue, dans le second, les principes de nos pensées : les unes nous viennent de Dieu, les autres de nous-mêmes, et plusieurs du démon. Celles qui nous viennent de Dieu éclairent notre esprit et nous aident à avancer dans la vertu ; celles (jui viennent de nous naissent de la mémoire et des souvenirs ; celles qui nous portent au vice, c'est le démon qui nous les inspire. Il est parlé, dans le troisième, du combat de la chair contre l'esprit ; dans le quatrième, des divers degrés de chasteté. Cette vertu renferme la pureté de l'âme comme celle du corps ; on 1 acquiert et on la conserve par la mortification de la chair et la*pratique des bonnes œuvres. Le cinquième
chapitre est intitulé : É)e la science spirituelle. Il n en est pas de cette science comme des profanes, que les personnes vicieuses peuvent acquérir. Elle n'entre en société ni avec l'iniquité, ni avec les ténèbres, mais seulement avec la justice et les autres vertus.
Saint Anselme fut un des plus célèbres docteurs de son temps, et le premier oui allia avec la théologie cette précision oialectique et cette méthode scolastique qui donne tant de force aux preuves de la vérité, et qui confond l'erreur en découvrant ses sophismes. Il est vrai oue dans les siècles suivants on a quelqueâ)is abusé de cette méthode ; on a fait de la théologie une espèce de logique contentieuse, souvent une audacieuse métaphysique qui s'exerçait témérairement et sans fruit sur des questions où la simple foi répand plus de lumières que toutes les spéculations; mais cela ne prouve rien contre la théologie scolastique en ellemême. Elle est nécessaire, jusqu'à un certain point, pour confondre toutes les espèces d'hérétiques, mais surtout ceux qui, comme les ariens, s'arment de la subtuité du raisonnement plutôt que de l'autorité des livres saints. Ses ouvrages ascétiques sont instructifs,édifiants, pleins d'onction et d'une certaine tendresse d'amour pour Dieu, oui échauffe les cœurs les plus insensibles. Un stj^Ie simple, naturel, clair et concis, fait le principal mérite de ses lettres. On juge par le poème lugubre qu'il composa à la mort de Lanfranc que, quoiqu'il fit des vers, il manquait du génie particulier qui fait les poètes.
ANSELME, moine de Saint-Remi de Reims, fut chargé par Hérimar, son abbé, de mettre par écrit tout ce oui s'était passé dans la dédicace de son Eglise par le pape Léon IX; les actes du concile que le saint pontife tint dans l'église qu'il venait de consacrer, et les miracles opérés par l'intercession du grand évéque qui avait donné l'onction sainte au premier roi chrétien. Anselme y ajouta la relation du voyage de Léon IX, de Rome à Reims; de sorte que son écrit est quelquefois intitulé : Itinéraire du pape Léon IX en France. C'est sous ce titre qu il est nommé par Sigebert. Trithème dit que Anselme y a recueilli tout ce que ce pape lit en France, soit dans les conciles, soit en d'autres assemblées. Hérimar était alors abbé de Saint-Remi. Aussitôt que son église fut achevée, il envoya des députés à Rome
Erier le pape d'en venir faire la dédicace, éon IX répondit qu'encore qu'aucune affaire ne l'appellerait en France, sa piété envers saint Rémi serait un motif suffisant pour le déterminer à venir consacrer l'église construite sous son nom. L'abbé, prévenu de son départ de Rome, invita le roi Henri à honorer cette cérémonie de sa présence, et à ordonner aux évéques de son royaume d'y assister. Le roi le promit. Hérimar envoya des lettres dans toutes les provinces de France et les pays voisins, invitant les fidèles à se trouver a cette solennité, tant par respect pour leur saint patron que dans le but
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d'y recevoir la bénédiction apostolique. Le pape> de son côté, adressa des mandements aux évoques et aux abbés, les convoquant à Reims pour ie f octobre 1(A9, aQn d'assister au concile qu'il se proposait de tenir aussitôt après cette dédicace. On en eommença la cérémonie ce jour^là mftme ; elle fut achevée le iendemain. L'ouverture du concile se fit le troisième Jour du mois ; le
Quatrième, ou tint la seconde session» et la ernière le jour suivant. Nous n'avons point à rendre compte ici des actes de ce concile j nous observerons seulement que le pape j donna une bulle portant que personne ne célébrerait la messe sur le mattre-autel de i'ériise de Saint*Remi, que l'archevêque de R€»ms et l'abbé de ce monastère. Cependant* deux fois l'année, sept prêtres» choisis parmi le clergé de Reims, pourraient v offrir le saint sacrifice : savoir, la seconde fête de Pflques et la veille de l'Ascension, selon la coutume de rfislise de Rome. Anselme rap^
E)rte cette bulle, avec la lettre du pape éon IX aux évêques et aux fidèles de toute la France. L'ouvrage d'Anselme se trouve tout entier dans le VIII' tome des Actes de l'ordre de Saint-Benoit, avec les notes de dom Mabillon. Tout cet écrit se distingue par une noble simplicité^ beaucoup d'ordre et un (Âmix de détails qui font plaisir.
ANSELME, chanoine de liége, florisaait au XI* siècle. Il était de condition noble, et lignait à beaucoup d'esprit une grande io* tégrité de mœurs. Son mérite le rendit cher \ Wasou, évêgue de Liège en IMl, et à Théoduin, (pii lui succéda en 1048. Il fit avec celui-ci le voyage de Rome en 1053, et k son retour il fut élu doyen de la cathédrale de Liège. Il eut part, en 1055» au choix que l'on fit d'un abbé de Saint^Uubert, et avec Godekaic , homme de vertu et de probité, il contribua à faire tomber les suffrages rar ThierrjTt dont la réputation de piété n'était pas moins hiea établie. A son retour de Aome, l'empereur Henri, qui avait su ap<précis Anselme pendant sou voyage, le demanda à l'évèque Théoduin, pour le mettre k la tète de l'école de Fulde. Il continua, par l'ordre de ses supérieurs, VHiêioire des ivé-
Sues dé Liigcj commencée par Hériger, abbé e Lobbes en 991, et déjà continuée par un autre chanoine de Liége« nommé Alexandre, qui avait ^trepris ce travail à la aoIUcitatîon de la bienheureuse Ide, abbesse de Sainl^é^ile de Cologne.
Anselme divisa son Uistoirn en deux,
Iiarties comme l'avait fait Alexandre; mais à où oelui*ci n'avait donné qu'un abrégé de IWùloire d'Hériger» il la reproduisit tout entière, en la divisant par chapitres et en donnant un titre è chacun, pour en faciliter la lecture et k reodre plus méthodique. Il composa la aecondie partie sur des Alémoirea qu'on lui fournit» aur le témoignage de personnes dignes de foi, sur ce qu'il avait vu lui-même et sur ce qu'il trouva dans Touvrage d'Alexandre. Il commença comme lui sa seconde partie à l'épiscopat de saint Tiiéodard et la imit k celui de Wason. U dé-
dia le tout k Amon, qui avait été ordonné archevêque de Cologne l'année précédeote, 1055. h'Biitoire des évéque$ de ÎÀige comprend également celle des évêques de Tongrès et de Maestricht, qui n'ont occupé successivement qu'un même siège épiscopal^ placé d'abord a Tongres, pois a Mae&trichl, et fixé enfin k Liése. Dom Martène et dooa llrsin Durand, de la congrégation de Safal* liaur, ont reproduit, en l'abrégeant» le rivail d'Anselme. L'édition la plus complète
d^k de plui On la retrouve au tome IX des Actes de Vordrê de SmiM-BenoU. Anselme vivait encore en 1056, époque k laquelle il publiai son Histoire. On ne sait de combien d*aa nées il survécut k cette publication.
ANSELME (saint), évêque de Lucques, fut, parmi les partisans du pape Grégoiro VU, un de ceux qui montrèrent le plus de zèle k le défendre contre ses calomniateurs. Il naquit k MantouCf et s'appUq^ua, dè$ sa jeunesse» k l'étude de U grammaire et de la dialectique. A son entrée dans le clen$é, le pape Alexandre II, qui avait conservé le gouvernement du diocèse de Lucques ius~ que sous la tiare pontificale^ l'envoya k i empereur Henri, pour recevoir Tinvestiture de cet évêché. Anselmci oui ne reconnaissait pas aux puissances séculières le droit de conférer les dignités ecclésiastiques, revint d'Allemagne sans avoir rien réclamé de l'empereur. Il se soumit plus tard, puis en eut aes scrupules, et, feignant un pèlerinage» il alla se faire moine dans l'abbave deCluny. Il n'en sortit, pour reprendre le gouvernement de son Eglise, que sur un ordre exprès du pape Grégoire VU, qui lui permit de conserver Thabit monastique. Il produis sit de grands fruits dans son diocèse par ses prédications. Maisi en vertu d'un décret du pape Léon IX» avant voulu obliger les chanoines de sa calnédrale k la vie commune, il éprouva de leur part une telle résistance» que, malgré deux lettres «ki pape Grégoire» qui leur reprochait leur indocilité, et deux conciles qui condamnaient leurs rébellions, Anselme fut obligé de quitter sa ville épiscopale, et se retira auprès de la comtesse Mathiide, dont le pape l'avait £ait le directeur. Il Taida de ses conseils daitô le maniement des affaires aéculières» mais toujours en lui faisant observer les lois de l'équité que prescrivent l'Evangile et les canons : il y avait alors peu d'évèques en Lombardie. Le pape Grégoire confia k Anselme le soin de toutes les églises qui manquaient de pasteurs, et réWbUtf k cet eifet, son légat dans cette province. Tous accouraient klui : les catholiques pour recevoir sa h^édictiou, les excommuniés pour être absous j d'autres pour être promiia aux ordres sacres. S'il arrivait k quelques schismatiquea d'entrer en discussion avec lui» il leur fermait la bouche et leur rendait la réplique impossible» par sa doctrine et son éloquence } car il possédait une vaste érudition» il savait nar c<9ur
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toute l'Ecriture sainte, et lorsqu'il était interrogé sur quelque passage, il disait aussitôt comment chaque saint Père l'avait expliqtié. H disait la messe tous les jours, et s'il lui arrÎTait d'en être empêché par quelque affaire» il eu restait chagrin pour le reste tte la journée. Sentant sa fin approcher, il refommanda à ceui qui l'entouraient de persévérer dans la foi et dans la doctrine du pape Grégoire VII. Il mourut à Mantout», le 18 mars IW6, dans la treizième année de son épiscopat. On a de lui plusieurs ouvrages. Le premier, par ordre de date est son
Apologie pour Grégoire VII. — Cet outrage est divisé en deux livres. Anselme prouve dans le premier que Guibert ne pouvait s'attribuer le soin de l'EcUse universelle, puisqu'elle avait un pape légitime, et élu suivant les canons; par conséquent qu'il n'était qu*ufi usurpateur, et que le roi, dont il prenait la défense, renversait toutes les lois de TEglise en vendant les évêchés on en ne les accordant que sous te condition des investitures. Il allègue grand nombre de passages contre les schismalicpies, et rejette SHT eux la fâcheuse nécessité où l'on s'était trouvé de prendre les armes pour la défense de l'Eglise. 11 exhorte Guibert à quitter le schisme, ^ se réunir à l'Eglise, qui est la mère de tous les chrétiens, en l'assurant que, dan* la joie de son retour, die Imitera tout ce que fil le père de famille pour l'enfant prodigue. Dans le second livre, il fait voir que ce n'est point aux princes de la terre (ju il appartient de donner des pasteurs > . Eglise, mais que, par un usage établi jepuis les apôtres, c'est au clergé, d'accord avec le peuple chrétien, de pourvoir de pasteurs les églises vacantes. Le« empereurs Zenon et Anastase, l'un et l'autre de la secte des eutychiens, sont les premiers qui aient substitué des évéqnes de leur communion à des évéques catholiques. Plus tard, si quelques empereurs d'Occident ont ordonné que le décret de l'élection du pape leur serait envoyé, d'autres ont révoqué cette ordonnance, 00 du moins aucun d'eux n'a touché jamais à l'élection faite à ftome. Il rapporte les autorités des papes et des conciles sur les élections des évèques, et montre <iue dans les premiers siècles les princes séculiers n'y avaient d'autre part que celle que l'Eglise voulait bien leur accorder , c'est-à-dire de les corroborer de. leur approbation. A cette objection, qu'un concile de Rome, présidé par Nicolas 11, avait décrété que le pape ne serait sacré qu'après que son élection aurait été notifiée il l'empereur, il répond que les rois d'Allemagne s'étaient rendus indignes de cette faveur, en déposant des papes qui ne peuvent être déposés ni iugés par personne, et en en choisissant d autres sans la participation du clergé et du peuple romain, a qui cette élection appartient de droit, d'après un décret de ce même concile. 11 donne pour dernière raison que le pape Nicolas M était homme, et qu'il a pu faillir par surprise; que le pape Boniface 11 fit de même un décret qui fut annulé après sa mort,
comme contraire aux canons. — H vient ensuite au pouvoir que les princes avaient usurpé sur l'Eglise, en s'arrogeant le droit d'investiture. 11 entre dans le détail des inconvénients qui résultent de l'exercice de ce pouvoir. C'est une source de simonie, parce qu'on achète les faveurs du prince ou par argent ou par flatterie \ c'est la cause des désordres de 1 Eglise, parée que les princes nomment souvent à des évéchés des sujets indignes, fSsute do les conriattre, et quelquefois aussi parce qu'ils aiment k voir dans ces places des pasteurs lAches, et qui n'osent reprendre les péchés des grands. — Il décrit les scandales que donnent k TEfflise de semblables pasteurs. Ils ne pensent a leurs troupeaux que pour en tirer la graisse ; ils ne s'occupent que des vanités du siècle; ils partaient tous les plaisirs de la cour; è peine si trois & quatre fois l'année ils trouvent le temps de visiter leur Eglise, pendant que les canons interdisent à un évéque de s'absenter trois dimanches de suite ae sa cathédrale. On dira qu'il faut des clercs aux princes pour le service divin; maïs n'est-il pas plus raisonnable que l'évéque, dans le diocèse duquel le prince fait sa demeure, lui envoie des clercs vertueux pour cet usase ? C'est, ajoute Anselme, pour remédier a tous ces désordres, que Grégoire VII a défendu les investitures dans un concile de Rome où se trouvaient réunis plus de cinquante évêques. Il prouve par les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, que pour se conformer aux décrets des conciles généraux, des papes et des saints Pères, ces princes ont déclaré que l'élection des évèques appartenait au clergé et au peuple; que Von • devait remplir le siège vacant par un sujet du diocèse, et qu'il ne fallait avoir égard, dans l'élection, ni à la faveur, ni aux présents, mais au seul mérite de la personne. Ce qui lui donne occasion de perler des simoniaques, comme le concile d'Antioche parlait des schismatiques, en invoquant contre eux la répression de la puissance séculière. Enfin il termine son second livre par l'annonce d'un traité contre ceux qui prétendent que les bieus de l'Eglise sont sous la dépendance des princes, en sorte qu'ils peuvent en disposer.
Canisius, à qui nous devons l'Apologie de Grégoire VU, dit qu'elle est suivie, dans le même manuscrit, d'un traité ou recueil de
Eassages, dans lesquels Anselme s'applique démontrer que les biens et les revenus de l'Eglise ne sont nullement k la disposition du roi. 11 doute si ce recueil n'est pas une suite ou même un troisième livre de TApologie de Grégoire VU contre Guibert. Les passa-
§es sont tirés de l'Ecriture, des condles, des écrétales des papes, soit fausses, soit véritables, parce qu'on ne les distinguait point encore de son temps. On trouve ces deux ouvrages dans le tome UI des Ltconn de Canisius et dans la JKWtortWjue dti Pèrtn.
AutrM écrite . —On n'a pas encore imprimé deux aufres écrits dont il est parlé dans la Vie de saint Anselme ; savoir, une explica-
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tioQ des LammtcUions de Jérémie et une du Psautier. Il entreprit celle-ci à la prière de la comtesse Mathilde , mais la mort ne lui laissa pas le temps de Tachever. Elle le surprit à la fin du dernier verset du psaume cxxix : Nous vous avons béni, Seigneur l On lui attribue encore une collection de canons divisée en treize livres. Elle se trouve dans la bibliothèque du Vatican, sous le nom du bienheureux Anselme, évêque de Lucaues.
Dom Mabillon, qui avait une copie tirée de ce manuscrit, rapporte le titre de chajjue livre, sans examiner si l'ouvrage est de Fauteur dont il porte le nom, ne doutant pas apparemment qu'il ne fût de cet évèque. Quelques-uns ont exprimé des doutes à cet égard, mais nous croyons que l'autorité des anciens manuscrits, où le nom d'Anselme se lit avec la qualité d'évêque de Lucques, doit l'emporter sur toutes les preuves négatives. Waoing a fait imprimer, sous le nom de
sième sur le Salve, Regina, et le quatrième sur les actions de Jésus-Christ. On les a reproduits tous les quatre dans le XXVII* tome de la Bibliothèque des Pères, avec la préface où Wading affirme, d'après plusieurs criti-
Sues, qu'ils sont attribués à saint Anselme, ans un manuscrit du monastère de Saint- Benoit, àMantoue. Mais on ne reconnaît dans aucun de ces écrits le çénie ni le style de saint Anselme. C'est un tissu d'exclamations froides et déplacées, d'expressions basses et quelquefois indécentes. Les sentiments sont loin d'y répondre à la noblesse du sujet. L'auteur paraît être un dévot à froid qui veut donner le change à son public, en iaisant prendre pour le feu de l'amour divin la glace de son cœur. Le style de saint Anselme est simple, noble, toujours à la hauteur de sa pensée, et exprimant naturelle^ ment et sans emphase les sentiments d'un cœur plein de charité.
ANSëLME de Laon, doven et archidiacre de cette église, professa d abord avec réputation à l'Université de Paris, et ensuite à l'école de Laon, qu'il dirigea successivement avec son frère Raoul, comme lui docteur habile et maître consommé. Le siège épiscopal ayant vaqué deux ans, après la mort d'Ingelvan, le clergé se détermina à lui donner pour successeur uaudri, référendaire du roi u'Angleterre. Gaudri était riche, mais plus guerrier qu'ecclésiastique. Anselme, ne le Jufeant pas digne de l'émscopat, s'opposa seul son élection; mais il fut aussi le seul à lui témoigner de l'attention au moment de ses .disgrâces. Les bourgeois, irrités qu'il eût entrepris de dissoudre la commune ou société qu'ils avaient faite entre eux, pour se défendre contre les nobles, jurèrent sa mort. Anselme Ten avertit ; et quelques jours après, quand il succomba sous leurs coups, Anselme fut le seul qui prit soin de sa sépulture, en le faisant enterrer à la hâte dans i'églisede Saint-Vincent. Anselme, au rapport de Guiberty fit plus de catholiques par ses
leçons sur l'Ëcnture sainte et par la pureté de sa foi, que les erreurs du temps n'en per* vertirent. Il eut parmi ses écoliers Guillaume de Ghampeaux, et plusieurs autres illustres
Îersonnages qui furent dans la suite élevés l'épiscopat. Il était déjà très-avancé en Age lorsque Pierre Abailard vint prendre ses leçons. Soit que la vieillesse le mit hors d'état de les continuer avec la même force et le même éclat qu'auparavant, soit que le disciple se crût plus savant que le maître, Abailard parle d'Anselme avec mépris. Suivant lui, il ne savait résoudre les doutes de personne, et devait plus au loujg temps qu'il avait enseigné, qu'à son esprit et à sa mémoire, la grande réputation dont il jouissait. Il le comparait à un arbre qui montrait quelquefois de belles feuilles, mais (^ui ne portait point de fruit. Mais la postérité, qm ne se contente pas d'une figure poétique pour former son opinion, en a appelé de ce jugement d' Abailard, et conservé aux écrits et a la personne d* Anselme son estime et sa vénération.
Il a composé plusieurs écrits, dont quelques-uns ont été rendus publics; entre autres, une Glose interlinéaire 9ur la Bible^ qui est entre les mains de ,tout le monde, et à laquelle on a joint les gloses ordinaires de Nicolas de Lyre et de Hu^es de Saint- Thierry. Henri de Gand en fait mention dans son Catalogue des écrivains ecclésiastiques. Les Commentaires sur le Cantique des cantiques et sur V Apocalypse^ imprimés dans le recueil des ouvrages de saint Anselme, dans les éditions de 1573 et 1612, sont d'Anselme de Laon. C'est le sentiment d'Oudin, qui les a lus sous son nom dans les manuscrits. Trithème lui attribue un Commentaires sur les Psaumes; Sandérus cite de lui des Lettres qui ne sont point imprimées. On possède à la Bibliothèque Nationale un Commentaire sur saini Matthieu, qui n'a jamais été publié. C'est à tort qu'on lui attribue celui qui se trouve parmi les œuvres de saint Anselme de Cantorbéry, et seize Homélies sur les Evangiles, imprimées dans le même recueil. Ces deux ouvrages sont de Pierre Babion, moine anglais, qui écrivait vers l'an 1360. On en juge ainsi et par le génie et par le style de l'auteur , mais ^surtout par un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, où co commentaire porte son nom.
ANSELME, comte de Ribemont, non moins illustre par sa piété que par sa naissance, après avoir employé une partie de ses biens à fonder les aboayes de Saint-Amand, d'Anchin et de Notre-Dame de Ribemont, prit parti dans la Croisade résolue au concile de Clermont, en 1095. Les historiens du temps lui donnent le premier rang après Godefroy de Bouillon, chef de cette expédition, et relèvent beaucoup sa valeur, sa générosité, sa magnificence, son art de diriger l'attaaue des places et de gouverner des armées. Il fut tué d'un coup de pierre au siège du château d'Archos. Guibert de Nogent, qui rapporte ce fait, dit aue l'armée des Français perdit beaucoup a sa mort^ et qu'il fut
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honoré comme immartyr, ainsi que plusieurs de ceux qui périrent en cette guerre. Sa mort arriva au mois d'avril 1099, avant que les croisés eussent levé le siège d*Archos. Selon Guibert de Notent, dont nous avons déjà invoqué le témoignage, il rendit un service signalé aux gens de lettres en rédi-
1;eanl par écrit tout ce qui se passa parmi es croisés dans la Romanie et TArméaie, et en racontant de quelle manière ils s'emparèrent de la ville de Nicée en Bilhjrnie. Anselme fit aussi la relation de la prise d'Antioche, et des combats que les croisés eurent à soutenir contre les émirs de Galépie, de Damas et de Jérusalem. II adressa ces deux re ations à Manassé II, archevêque de Reims. La première est perdue ; ta seconde a été publiée par dom Luc d'Achérv, dans le tome VU de son SpiciUge. Anselme y fait mention de la première, qui décrivait le siège et la prise de Nicée, le 20 juin 1097. On forma le siège d'Antioche le 21 octobre de la même année. Ce siège dura sept mois, après lesquels l'armée chrétienne se rendit, par intelligences, maîtresse de la place. Pendant ce temps les croisés eurent beaucoup à souffirir, et par les sorties que les assiégés ne cessaient de faire tous les jours, et par le manque de vivres, et par la perte des hommes et des chevaux. Anselme s'applique à laire ressortir dans tous ces événements la main de Dieu, qui voulut punir les croisés de leur orgueil, parce qu'ils n'attribuaient qu*à eux-mêmes et à leur valeur toutes les victoires qu'ils avaient remportées. Le comte, au contraire, bien loin de penser comme eux, rend grâces à Dieu de tous les succès de rexpédition, de la victoire sur les Turcs, de l'abondance qui succéda à la disette dans le camp des chrétiens, et de la reddition de la ville avant qu'elle pût être secourue par les Perses, qui avaient dèjii passé l'Eupbrate. On la dépeupla et l'on mit à mort tous les païens qui s y trouvaient; cependant il en restait encore dans le château. Trois jours après, le roi de Perse arriva avec le sultan de Damas et celui de Jérusalem. Ils mirent le siège devant Antioche, et affamèrent les chrétiens. Dans cette extrémité, ils découvrirent la lance qui avait f^ercé le côté du Sauveur, et après avoir conéssé leurs péchés et reçu la communion, ils firent une sortie , précédés de cette lance et du boîs de la vraie croit, mirent les ennemis en fuite, en tuèrent un grand nombre, et rentrèrent victorieux en rendant grAces à Dieu de la victoire. Anselme en donna avis à Tarcbevêque de Reims, et le conjura de prier avec plus de ferveur encore pour le succès de la croisade. Après l'avoir chargé de veiller au maintien de la paix dans ses terres et d'empêcher que les églises et les pauvres ne fussent opprimés par les tyrans, il ajouta : « Maintenant, la porte de la terre sainte nous est ouverte; et, entre autres bons événements, le roi de Babylone nous a envoyé des députés pour nous assurer qu'il était soumis à nos ordres. Nous conjurons tous ceux qui liront cette lettre de prier pour
DiGTiomi, n PAntOLOoiB. L
nous et pour nos morts. » — On ne manqua pas en France de leur rendre ces bons offices. L'archevêque de Reims écrivit à Lambert, èvêaue d'Arras, de faire prier dans toutes les églises de son diocèse pour le succès de la croisade , pour les évêques du Puy et d*Orange, pour Anselme de Rioemont et pour tous ceux gui, dans cette expédition, avaient fini leur vie par un glorieux martyre.
Charte d'Anselme. — On a dit plus haut qu'Anselme avait fondé le monastère de Ribeimotit en l'honneur de notre Dame et de saint Nicolas. La charte de fondation que ce comte écrivit lui-même est datée de Laon, la 23* année du règne de Philippe, roi de France, et de Jèsift-Christ 1073. Elle porte que cette église sera exempte de toute cnarge et de toute servitude, saui la soumission aux églises de Reims et de Laon ; que les moines auront la liberté de choisir leur abbé, et que l'élu sera présenté à l'èvêque ou par le comte, ou par quelqu'un de ses héritiers, pour être béni et recevoir la charge des ftmes par la transmission du bâton pastoral. Elinand, évêque de Laon, Renaud de Reims, et Renaud, comte de Soissons, souscrivirent à cette charte. Le roi Philippe la confirma par un diplôme daté de Ribemont, en 1Q74. Vingt ans plus tard, Geofl'roi, fils d'Anselme, ratifia toutes les donations faites par son père» et abandonna l'église de Saint-Germain, située dans le château même de Ribemont, à Tévêque Rarthélemy, qui la fit desservir par des moines.
La lettre du comte Anselme, écrite avec toute la naïveté et la foi candide de cette époque, est un titre à la reconnaissance des historiens, comme sa charte est un monument éternel de sa piété. En la lisant, on trouve tout simple qu*il ait été en même temps un héros et un martyr.
ANSELME, évêque d'Havelberge, suifra-
Sanl de Magdebourg, en Rasse-Saxe, se renit recommandable par sa doctrine et par ses écrits. Très-versé dans les lettres humaines et la belle littérature, il fit son étude spéciale des écrits des Pères, et sut en tirer aes armes pour la défense des dogmes de la religion. Envoyé par l'empereur Lothaire II en qualité d'ambassadeur à Constantinople, il eut avec les évêques grecs les plus habiles des conférences sur les questions qui les divisaient avec l'Église romaine. Ces évêques avaient eux-mêmes provoqué la dispute, et quoiqu' Anselme défendit avec force la doctrine catholique, tout &e passa avec convenance et mocfé ration. Quelques années après son retour, Anselme, attac[ué d'un mal de gorge qui lui laissait à peine la liberté de
Sarler, fut miraculeusement guéri par saint ernard, qui prêchait alors la croisade en Allemagne. Il vivait encore en 11^9, comme on le voit par une lettre du pape Eugène III au roi Conrad, et dont Anselme fut le porteur. Le pieux pontife le chargeait, avec Artrie, archevêque de Rrême, de consoler ce monarque du mauvais succès de la croisades dont il était de retour. Cette lettre est du 2k juin 1149.
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DICTIONNAIRE tffi PATROLOGUL
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Conférences avec les Grecs. — Dans le cours delamêtne année, setrouvantàTiiscplumau-
{)rès du pape Eugène III, peu de temps après e départ cl*un évéque grec, ambassadeur de Constanlinople, qui avait proposé plusieurs objections contre la doctrine et les rites latins, ce pontife le pria de composerun traité en forme de dialogue, où il reproduirait, autant oue possible, les discussions qui avaient fait le sujet de ses conférences de Conslantinople. ■— Anselme obéit avec humilité ; il n'atfecta dans son écrit ni le ton ni 1 autorité d'un maître; mais il se contenta de reproduire ce que ses souvenirs lui en avaient conservé. On avait choisi pour discuter avec lui Néchitès, archevêque de Nicoraédie, le plus renommédesdouzedocteurs qui gouvernaient les études, et celui dont les réponses, dans des questions difficiles,
tassaient pour des sentences irrévocables, a conférence se tint dans le quartier des Pisans, près Féglise de Sainte-Irène. Outre les Grecs, il s'y trouva plusieurs Latins, et, entre autres, un nommé Moïse de Bergame, qui servit d interprète. Anselme, en rapportant ces conférences, évita Técucil de quelques controversistes latins qui, n^ayant ouï les Grecs qu'en passant, leur prêtent quelquefois ce qu'ils n'ont pas dit. Son ouvrage a pour titre Ant^timenon^ ou recueil d'ol)jections. Il est précédé d'un traité de la perpéttnté et de Vuniformité de VÉglise,
11 y avait des hommes que la multitude des ordres religieux choquait, et qui ne se montraient pas moins scandalisés de la variété de leurs observances que de la diversité des pratiques, des coutumes et des lois qu'ils remarouaient dans la religion chrétienne. C'est a ces gens oisifs, comme il les appelle, que Tévèque d'Havalbe.ge répond dans ce traité. Ils en voulaient particulièrement aux ordres religieux nouvellement établis, dont ils censuraient le vêtement, les pratiques et la règle. Ils auraient voulu réduire tous ces ordres aux moines qui vivaient sous la règle de saint Benoit, et aux chanoines réguliers qui observaient celle de saint Augustin. Aussi, quand il arrivait
Îu'un de ces religieux s'éloignât de son evoir, ils en faisaient retomber le blâme sur Tordre tout entier, et pour un seul apostat ils décriaient ceux qui vivaient dans la crainte de Dieu et les habitudes de la plus stricte observance. Pour répondre à toutes ces objections, Anselme lait voir que l'Ëglise est une dans la foi et dans la chanté ; qu'elle n'est Qu'on corps vivilié et gouverné par le Saint-Esprit; qu'encore qu'il y ait diversité oe grâces, de dons spirituels, de ministères, d'opérations, il n'y a néanmoins, selon saint Paul, qu'un même Esprit et un même Dieu. A des époqnes différ^'Utes, sous l'Aneien et le Nouveau Testament, il y a eu différents sacrifices pour honorer Dieu et fléchir sa justice; sans le secours de la loi écrite, Noé et At>rfthftm ont été agréables au Seigneur par la foi, et quoique les anciens patriarches ignorassent beaucoup des articles de la fbi, on ne laisse pas de croire cependant qu'ils
n'aient été sauvés parla croyancequ'ilsayaient au Messie futur, puisque, la doctrine établie dans l'ancienne comme dans la nouvelle loi a été autorisée par des prodiges, et que si la première ne parlait clairement que de Dieu le Père, et obscurément du Fils, sa divinité comme celle du Saint-Esprit a été manifestée dans la seconde. Anselme explique ensuite les sept sceaux de i'Apoc^lyse des sept états différents de l'Église, ei il conclut que les changements arrivés dans la discipline, ayant eu pour principe la vicissitude des temps et une condescendance nécessaire
f>our l'infirmité humaine, ne doivent scanda» iser personne, parce qu'encore que la manière de vivre varie parmi les hommes» la foi reste toujours uniforme et intacte.
Premier Dialogue. — La principale objection des Grecs contre les Latins regardait la procession du Saint-Esprit. Ils soutenaient qu'on ne pouvait le fane procéder du Père et du Fils sans admettre en Dieu une pluralité de principes. Anselme répond qu'iin'y a en Dieu qu'un seul principe, et que le Saint-Esprit, en procédant du Père et du Fils, n'en procède que comme d'un seul principe^ parce que le Père et le Fils sont un, on sorte que nier cette procession du Saint- Esprit c'est nier son existence, et conséouemment renverser le mystère de la sainte Trinité. En effet, être et procéder est une même chose à l'égard du Saint-Esprit, parce que sa procession est. substantielle, et comme le Fils est Dieu de Dieu, il est avec le Père un même principe du Saint-Esprit, à cause de l'unité de substantje. îl rapporte les passages de l'Ecriture qui établissent cette procession, et ajoute que si l'Evangile ne 1 exprime pas positivement, il ne dit rien non plus qui y soit contraire. On peut donc, sans témérité, s'en rapporter aux svmboles de la foi et aux décisions des concius. Les Grecs ont bien accepté la consubstantialité du Fils, la maternité divine de la Vierge et la divinité du Samt-Esprit, quoique ces expressions ne soient pas formellement dans l'Ecriture, mais seulement en substance. Il produit p^lusieurs passages des Pères grecs, de Didyme, de saint Cyrille, de saint Chrysostome et du symbole de saint Athanase^ où ces Pères établissent la procession du Saint-Esprit. Il rapporte aussi les témoignages des Pères latins, de saint Jérôme, do saint Augustin , de saint Hilaire , dont les écrits fjroclament la môme doctrine. Il rejette le langage de ceux qui disaient que le Saifit-Espril procède du Père par le Fils, et fait ressortir le ridicule de l'exemple qu'ils apportaient pour le justifler. Le résultat de la première conférence fut qu'on exprima des deux côtés le vœu d'un concile général des deux EgHses, réunies par l'autorité du pape et du consentement des empereurs, pour y décider la question de la processiou du Saint-Esprit.
Second Dialogue. — Dans la seconde conféreTiCe, ^ui se tint à la basilique de Sainte- Sophie, 1 archevêque Néchitès m?ecti va contre l'Eglise romaine. Quoiqu'il ne lui refur
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^t pM iQ premier rang entre las égUses patriarcales, qi le àroit ae présider au concile Pénéraly il avança qu'elle s'était séparée de Eglise d*Orieut par sa hauteur ; que, célébrant ses conciles avec les évéques d*Occideut, elle ne pouvait obliger les Grées à recevoir ses décrets, ni leur envoyer ses ordres ; qu'on Le trouvait dans aucun symbole qu'il fût ordonné de confesser en particulier ] Eglise romaine, mais une Eglise une, sainte, caihalique et apostoliaue; que, quoiqu'il eût pour elle de la vénération, il ne croj^ait pas que les Grecs dussent quitter leurs rites pour adopter les siens, sans les avoir soums ftyparavant à l'examen de la raison, éclaira par le témoignage des Ecritures.
Vévèque d'Bavelbergç , qui avait déjit prouvé nar l'autorité de 1 Ecriture que la priluauié ae TEglise romaine est de droit divin; qu'elle a sur les Églises {patriarcales d*Orient le privilège de a'avoir jamais été inrectée d'aucune nérésiei interrompit l'archevëque de Nicomédie, pour faire remarqueràrassembléequeceprélatneconnaissaii ni la religion de TËglise romaine, \i\ sa sin-« cérité, ni sa douceur, ni son éqiûté» ni sa sagesse, ni sa charité envi^rSk tout le uxonde, ni son ei^actitude dans Texamea des causes ecnr clésii^iqMes, ni sa liberté à vendre ses jugements. S'il eût connu en elle toutes ces grandes qualités, comme elle les possède en effet, il n en aurait pas parlé de la sortei mais se serait ran^é de lui-même à sa communion et è son otiéissance. Après avoir prouvé que l'établissement du patriarcat de Constantinoh pie était une entreprise des conciles de Constantinoule et de Gnalcédoiné, il fait voir Que cette ville, pour être devenue le siège aes empereurs, n'est pas pour cela la maîtresse des Eglises ; autrement il faudrait en dire autant de celle d'Antioche et des autres où les empereurs ont séjourné; d'où il résulterait qu'il y aurait non un Pierre, prince des apôtres, mais plusieurs, ce qui est absurde, puisque l'Eglise, qui est une, ne doit avoir qu*uii chef. Il établit pour maxime que Ton ne doit tenir aucun concile que le pape n'y préside par lui-même ou par ses légats, et il en donne des preuves par le détail des conciles tenus môme eu Orient, Néchitès convint que tout ce qu'Anselme avait dit sur ce siyet se trouvait dans les archives de Véglise de Sainte-Sophie^
On proj)osa ensuite la question des azymes, et 1 on convint que la chose étant iudifférente en elle-même, puisqu'à Kome on permettait aux Grecs de consacrer avec du pain fermenté, la variété des usages en ce
S oint n'aurait jamais dû fournir un si\jetde ivision entre les deux Eglises. On reconnut toutefois qu'il serait diflicile aux Grecs de changer à cet égard une pratique qui était passée en habitude, sans l'autorité d un concile général, — il yavaitun autre point sur lequel les Grecs se séparaient encore des Latins ; c'était l'usage de no mettre de Teau dans le calice qu'après la consécration. Né^ chitèsea donne pour raison que 1 Ecriture ne dit point qjie» dans s^idevaiére cène» ^ésu^
Christ ait nftlé de l^etu au va du eaUeeu U ajoute que si les Greoa en Biettenft aprèa la consécration, c'est afin que le peuple, r«pr6* sente par cette eau, se trouve sanctifié par son union au sacriOce et sa participation au. sacreipent. U reconaait en termes clairs que le vin offert dans le calice est changé, par le ministère du prêtre et par la vertu des paro<^ les sacramentelles, au saugde )a nouvelle et éternelle alliance. Répondant aux reproches que l'on faisait aux Grecs de rebaptiser ias Latins, il les rejeile comme des calomnies qui ne se sont accréditées que par l'ignc^ rance où ceux^i étaient des rites grecs. Il
Koteste qu'on ne rebaptisait jamais ceux qui raient été au nom de ksainte Trinité. Si l'on oignait d'huUe eeus qui passaient des Latins aux Grecs, c'était dans le doute ^'iU eussent reçu le sacre«M»t de l-onction, qu'il» n'admipistraient à personne quand ils avaient des preuves du contraire. Cette seconda conférence se termina, comme la preaûère.
Far le v<eu d'un cooeito universel: toute assemblée applaudit en pendant grâces à Dieu, et en demandant que l'on oait par éenA ce qui venait de se passer.
Qn attribue h Anselme un ouvrage d*ua autrç geqre^ ilititulé : Apalagn des cAa»eta«» régnlms: miis les plus savants critiques !• croient l'œuvre d*un auteur eontemporaia oui portait le même nom. Su reste, \» slyto diffère complètement de celui des Jlialo* gués; il n'est ai aussi net, ni aussi bien soutenu, et il s'en faut beaucoup que lesraison* nements présentent la même justesse et la même solidité. Les applications de l'Ecritur* sont froides, et presque toujours déplacées eli inutiles. Anselme composa aussi plusieurs Vies de saints, et écrivit un grand nombre de lettres, iMis ces ouvrages ne sont pas ve* nus jusqu'à nous.
ANTIOCHUS, moine. — L'an 61& de lé»
sus-Christ et la cinquième année du régna d'HéracIius, les Perses ayant passé le iwxt^ dain, conquis la Palestine et pris d'assaut la ville de Jérusalem, tuèrent plusieurs nul-* liers de clercs, de moines et de religieuseSf brûlèrent les églises et pillèrent le Saint- Sépulcre, auquel ils ravirent ce qu'il possédait de plus précieux, ses vases sacrés, ses reliques et le bois de la vraie croix. Cinq ans plus tard, en 619, ils s'emparèrent d'Aivcyre, capitale de la Galatie, près de laquelle était le moaa:<tère d'Ataline. L'abbé hustache et ses moines furent obligés d'ahan* donner le pays pour échapper aux infidèles. Ne pouvant emporter avec eux beaucoup de livres, Tabbé écrivit à Antiochus, moine de la laure de Saint-Sabas en Palestine, à quatr^vingts stades de Jérusalem, pour lui demander uci abrégé de l'Ëcriture sainte qui pût contenir, en un seul volume lacile à
{porter, tout ce qui est nécessaiioau saïut. Il e pria en mérne temps d • lui raconter la mort et les vertus de quarante-quatre moi* nés de la môme laure tués par les Arabes lors de la prise de Jérusalem.
Antiochus obtempéra aux désirs d'i£uslache, et dt ce que cet abbé lui avait demandén
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mais avec moins d'exactitude qu'il Teût fait si la crainte des barbares ne l'eût forcé, comme les autres, à changer continuellement de demeure. Il mit en tète de son ouvrage la lettre qu'il avait reçue de l'abbé d'Attaline; puis, venant au récit du martyre de ses confrères, il raconte que huit joufs avant la prise de Jérusalem, la laure de Saint-^abas fut attac[uée par les Arabes. De tous les moinf s qui la composaient en grand nombre, il n'en resta que quarante-quatre des plus anciens et des plus vertueux. Ces barbares, après avoir pillé l'église, les tourmentèrent cruellement pendant plusieurs jours, pour les obliger;^ découvrir les richesses du monastère; mais, se voyant frustrés dans leurs espérances, ils entrèrent en fureur et les mirent en pièces. Ce fut avec un visage gai et en rendant grâces à Dieu qu'ils reçurent la mort. Depuis longtemps us n'avaient qu'un désir, celui de se réunir à Jésus-Christ. Il parle ensuite de ce qui lui était arrivé à lui-même et à ses frères, depuis l'incursion des Arabes, des maux qu'ils causèrent dans la ville de Jérusalem, et de la perle de la vraie croix.
L'Abrégé de l'Ecriture qu'Antiochus composa pour 1 abbé Eustache est intitulé : Paradecte$y parce qu'il comprend 130 discours moraux qui renierment (les préceptes et des maximes sur les principaux devoirs du chrétien, appuyés de divers passages de l'Ecriture et des anciens docteurs. C'est comme un corps de théologie morale. Il est précédé d'un prologue dans lequel l'auteur rend compte des motifs qui 1 ont porté à écrire. - Il donne, dans le dernier chapitre, le catalo-
Sue de toutes les hérésies, depuis celle e Simon le Magicien jusqu'à celle des sévériens et des jacobitos, ainsi nommés de Jacob Zanzale,*Syrien de naissance et disciple de Sévère. 11 proteste, pour sa part, qu'il s'en tient, avec TEglise, à ce qu'ont enseigné Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysos tome et saint Cvrille d'Alexandrie. Suit une Exomologese, ou prière, dans laquelle Antiochus reconnaît que c'est en punition des péchés des chrétiens que Dieu a permis que les sanctuaires fussent abandonnés, le peuple traîné en captivité, les corps des saints arrachés des tombeaux et laissés sans sépultures, et la croix de Jésus-Christ, l'espérance de notre salut, la force et l'ornement de la religion, enlevée par les barbares. II rappelle à Dieu ses miséricordes, et le conjure d'en fairo ressentir les effets à son peuple. L'ouvrage d'Antiochus a été inséré dans toutes ies bibliothèques des Pères, et il se trouve reproduit dans le Cours complet de Patrologie édité par M. l'abbé Migne, à Montrouge.
ANTIPAÏRE, évoque de Rostres en Arabie, ne gouverna cette Eglise qu'après la mort de Constantin, qui assistait encore au concile de Chalcédoine en 451. Le nom d'Antipalre se lit parmi ceux des évoques à qui l'empereur Léon adressa une lettre circulaire, pour savoir d'eux ce qu'ils, pensaient du concile
de Chalcédoine et de la nersonne de Timothée d'Elure. C'était vers l'an 460; ainsi Antipatre était dès lors évoque de Rostres. André de Césarée cite un passage de ses écrits dans le 22* discours de son Commentaire $ur l Apocalypse.
Antipalre composa plusieurs ouvrages, dont le plus considérable paraît avoir été la réfutation de l'Apologie de saint Pamphyle pour Origène. Elle était divisée en plusieurs livres ou discours» comme on le voit par les fragments du premier livre, qui furent cités dans le secô:ia concile deNicee. Il y en a un plus srand nombre et de plus longs dans les Parallèles de saint Jean Damascène. On lit dans la Vie de saint Sabas par Cyrille de Scythople, que l'abbé Gélase, voyant l'origénisme se répandre de plus en plus, fit lire publiquement dans l'église l'écrit d'Antipatre contre les dogmes d'Ori^ène. Antipatre fut chargé par saint Euthymius de plaider l'innocence et de tirer de prison un certain Térébon, préfet delà tribu des Sarrasins, arrêté parle gouverneur d'Arabie, sur de fausses accusations. Lambécius parle d'une homélie d'Antipatre sur saint Jean-Baptiste, sur le silence de Zacharie et sur la salutation de la sainte Vierge ; il ne nous en reste aucun monument. On en cite une sur la Théophanie ou baptême de Jésus-Christ, et une autre sur la femme affligée d'une perte de sang; on en retrouve un passage dans les Actes du second concile de Nicée. L^s ma nuscrits anglais présentent un^rand nombre d'homélies sous le nom d'Antipatre de Bostres; mais la plupart de ces discours sont supposés ou appartiennent à un homonyme inconnu. Du temps d'Antipatre, on ne connaissait pas encore les fêtes de la Présentation de la sainte Vierge au temple, de son Entrée, de son Assomption.
ANTOINE, écrivain au \V ou iif siècle, — Nous avons, sous le nom d'Antoine, un poê* me contre les gentils, intitulé : Carmen ad^ versus gentes, L^fQnité du sujet, la similitude du titre, l'ont fait réunir, par tous les éditeurs de la Bibliothèque des Pèresy à celui 3 ne Commodien composa contré les dieux es païens avec cette inscription : Adversus genttum deos. A la fin du dernier siècle, Muratorius l'a publié, sous le nom de saint Paulin de Noie; mais, comme l'a fort judicieusement observé , dans un ouvrage eriti- 3ue édité à Paris en 1717, le savant bénéictin Jean Liron, ce n'est pas à saint Paulin qu'il faut faire honneur de cet ouvrage, mais il un nommé Antoine, chrétien récemment converti des superstitions du paganisme & la foi de Jésus-Christ. Du reste. Te Jouma/ des savants de la môme année, journal dont personne n'a jamais songé à décliner la compétence en fait d'érudi^tion, est d'accord làdessus avec l'auteur de la Bibliothèque historique et critique des écrivains de le congréga^. tion de Saint-Maur,
Quel fut donc cet Antoine auteur du poëme contre les gentils ^ Certes, nous confessons ici, sans honte et sans arrière-pensée,
toute notre impuissance ii le foire connaître.
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flçnoMNAiRE m: patrologie.
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6*il arait écnt en grec, peut-être parviendrions-nous à le découvrir plus facilement parmi les écrivains dé cette langue ; ou tout au moins nous rencontrerions un auteur de ce nom, à qui nous pourrions, avec quelque vraisemblance, attribuer son ouvrage. Mais c*est précisément la nécessité de le rechercher parmi les écrivains latins qui dépiste la critique et la met en défaut.
A la vérité, à la fin de son livre intitulé : Choix d'arguments critiques ^ et publié à Hambourg en 1725, Fabricius attribue le
foëme en question à un certain Antoine de ussala, mais sans donner aucune raison motivée de son sentiment. Or, si par cet Antoine il entend celui dont plusieurs lettres de saint Augustin nous ont conservé le souvenir, le savant érudit est tombé dans une grare erreur. En effet, TAntoine dont il est
Question ici, avant de se faire chrétien, avait té longtemps attaché au culte des faux dieux, comme il est facile de s*en convaincre par plusieurs passages de son poëme.£td*abord dès le début, il avoue dans ses premiers vers qu'il a étudié toutes les sectes, comparé toutes les doctrines, parcouru le cercle de tous les systèmes- et quMI n'a rien découvert de plus sage que <le s'attacher au Christ et de croire à ses enseignements.
c Discuuif fateor^ sectas Antonius otnne$ ; Pturima quœsivi, per singuta quœque cticurn, Std nihil inveni tnelius quam credere Chri$lo, i
Plus loin, vers le milieu de l'ouvrage, après avoir rapporté toutes les fables do la théologie dont il fait voir en passant tout. le vide et tout le ridicule, sans oublier d'étaler au grand jour tous les crimes et toutes les turpitudes des faux dieux, il ajoute : « Et pourtant, aux jours do mon aveuglement, j'ai honoré tout cela d'un culte ; mais la tempête n a pas été longue, mon incertitude s'est trouvée bientôt tixée; la sainte Eglise m'a ouvert un port salutaire, où j'ai trouvé un refuge contre la fureur des flots :
€ Hœc ego cunctaprius^ clarum cum lumen adeptuê^ Neque diu incertum et tôt tempestatibus actum, Sancta $alutari suscepit Ecclesta portu^ Pottque vagos fluctus tranquiUa sede locavit. i
Puis enfin, quelques vers plus bas, il bénit le gouvernement de la Providence, qui dispose tout pour le salut de ses élus; et il la remercie, après l'avoir retiré des ténèbres de Terreur, d éclairer encore de ses lumières divines la voie qui doit le conduire à la félicité.
c Rector enim noster sic undiqvie cuncta gubemat ; Vt modo quis nobis errorem mentis ademit^ Hic meliora via paradisi lumina pandat, i
Ces citations ont un double but, celui de taire connaître un peu le style et la versifi-> cation du poëte, sur lesquels la critique ne peut pas insister beaucoup, à propos d'un ouvrage aussi,.court; mais aussi, et surtout, celui de démontrer que c'est à tort que l'on confond l'auteur de ce poëme avec Antoinede Fussala, qui évidemment était né de parents chrétiens. C'est ainsi que saint Augustin en parle dans sa lettre 161* : « Fussala était une forteresse située sur les confins du territoire
, d'Hippone; Jusque-làelle n*ayaitpaseu d'é-
. vêque; j'offris a ses habitants, sans qu'ils
me l'eussent demandé, un nommé Antoine,
que je possédais alors dans mon clergé et
3ue ]'avais fait élever dans un monastère es sa plus tendre enfance. »
Les auteurs de Y Histoire littéraire de la France ont voulu aussi émettre leur avis dans la question, en produisant un autre Antoine dont il est fait mention dans les lettres de saint Jérôme; mais cet avis n*est qu'une simple conjecture, qui nous parait également dénuée de toute espèce de fondement.
Quoi qu'il en soit, si l'on sa trouve dans une ignorance complète sur la personne de l'auteur, on ne peut pas en affirmer autant du mérite de son œuvre. Les folies du paganisme, les crimes de ses dieux, les turpitudes de leur culte y sont exposés avec une concision qui n'ôte rien à la force de ses raisonnements, à l'amertume de son ironie, mais qui, au contraire, achève de les tuer sous la honte et le ridicule. A leur tour, les vérités primitives de la religion, l'existence de Dieu, la génération du Verbe, l'action du Saint-Esprit dans la création du genre humain, la chute de l'homme, l'incarnation de Jésus-Christ et les incommensurables bienfaits de sa rédemption y sont présentés et rendus avec un choix de pensées, une exactitude rigoureuse d'expressions et une magnificence de figures oui maintiennent constamment le vers à la nauteurde son sujet.
ANTOINE (saint), patriarche des cénobites, naquit en 251 , au village de Côme , près d'Héraclée , dans la haute Egypte. Ses parents , après lui avoir donné une éducation chrétienne, furent enlevés de ce monde, et le laissèrent, à l'ftge de dix-huit ans, possesseur d'une fortune considérable. Ces paroles de Jésus-Christ, adressées au jeune nom- < me de l'Evangile : Vendez ce que vous avez, donnez-le aux pauvres, et votts aurez un trésor dans le ciel, firent une telle impression sur lui, qu'il vendit ses terres, en distribua le prix aux pauvres, et se retira dans le désert pour se liver à toutes les rigueurs de la vie ascétique. Les tenlations que le démon lui fit éprouver dans cet état, et qui trou* blèrent pendant vingt ans sa solitude, sont célèbres dans l'antiquité ecclésiastique » aussi bien que les mortifications par lesquelles il sortit victorieux de ces longs et rudes combats qui lui valurent le don des miracles. Antoine vivait isolé, au milieu des décombres d'un vieux cbAteau situé sur une haute montagne, sans autre communication avec les hommes que par un vieux serviteur, qui lui portait de temps en temps quelques aliments ; un cilice qui lui servait de tunique, couvert d'un manteau de peau de brebis, attaché par une ceinture, formait son vêtement. Six onces de pain trempé dans l'eau, un peu de sel et quelques dattes, étaient sa nourriture de tous les jours, lors-
3u'il ne jeûnait pas. Il ne s'interrompait , ans la contemplation des choses célestes, dans la méditation des vérités étemelles » que par le travail des mains, soit pour c«ai ^
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WCnONNAmE DE WlTROLOGTE.
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tiver une portion de terre , soit pour faire 4es nattes , dont la vente lui procurait entcore de quoi soulager les pauvres. La répmafioD de sa sainteté attira auprès de lui de nombreux disciples. Il descendit de sbl montagne pour les rassembler dans le monastère de Phainm , composé de diverses cellules, ou plutôt de buttes et de cabanes , éparses çà et là. Le désir d'une vie plus retirée le porta ensuite h s'enfoncer plus avant dans le désert. Il s'arrêta au pied d'une montagne dont l'aspect seul était effrayant. L'affluence des personnes qui Vy suivirent l'obligea de former en cet endroit un nouveau monastère semblable au premier, après quoi il gravît sur le sommet escarpé de la montagne, y bAlit une cellule , et y fixa sa demeure. Bientôt d'autres monastères s'établirent dans celte partie du désert, de sorte que les vastes solitudes de la Thébaïde furent couvertes de cénobites , dont les uns remplissaient ces monastères, les autres s'enterraient dans des cavernes formées par l'extracti(Hi des pierres qui avaient servi à la construction des fameuses pvramides. Le nombre de ces habitants du oesert s'élevait, il sa mort, k plus de 15,000. — Saint Athanase, que la persécution avait souvent contraint de se réfugier dans ces retraites profondes, nous trace ainsi le tab'eau de la vie qu'on y menait : « Les monastères , dit-il, comme autant de temples, sont r^^mplis de personnes dont la vie se passe à chanter des paawnea, à Hre, à prier, a jeûvier, À veiller , qui mettent toutes leurs espérances dans teë biens h venir, sont unies par les liens d'une charité admirable, et travaillent moins pour leur propre entrelien que pour celui des pauvres : c*ost comme une vaste région absolument séparée du monde, et dont les heureux habitants n'ont d'autre soin que celui de s'exercer dans la justice et la piété. » Les différents monastères avaient chacun leur supérieur, et tous ces supérieurs étaient subordonnés à Antoine , qui avait conservé la surintendance générale sur toutes les colonies religieuses du désert. Lorsqu*il ne pou^ vait point y faire de visites, il leur adressait des lettres et des instructions pour les entretenir dans leur première ferveur. 11 des^ coudait encore de sa montagne pour satis* faire à l'empressement des gens du monde , qui venaient le consulter sur leurs besoins spiriAueis. Quoique Antoine ne se fût point appliqué è Tétude des sciences et des belleslettres, la lecture des Livres saints et ses pro- !>res méditations l'avaient mis en état de dé-* eodre la religion contre ses ennemis. Des philosophes païens, curieux de voir un solitaire dont la renommée publiait tant de merveilles, allaient souvent le voir pour disputer avec lui. Plusieurs, frappés de la force ei de la clarté avec lesquelles il confondait Irars sophismes, prouvait la vérité du chrisj tianisme et dévoilait les absurdités dujpaganism«, se convertirent à la foi. Veux lois il fut obligé de quitter sa solitude, et de se rendre à Alexandrie : la première, en 911, pendant la perséeutâon de Maximûn , pour èer^
Tîr les chrétiens retenus en prison ou condamnés aux mines, et les encourager en présence des juges, et jusque sous la hache des bourreaux , à persévérer dans la foi de Nicée ; la seconde, à la prière de saint Athanase, en 355, pour confondre les ariens, qui voulaient le laire' regarder comme un de leurs partisans . et le peuple courait en foule pour lui entendre prêcher la doctrine de Jésus-Christ. Constantin le Grand, qui le traitait de Pire^ lui écrivit de sa propre main pour lui demander le secours de ses prières, en sollicitant comme une faveur quelques mots de réponse ii sa tendresse filiale. A la première de cos lettres , le saint avait rassemblé ses solitaires el leur avait dit, sans montrer aucune sorte d'émotion : «( Les maîtres du siècle nous ont écrit; mais quelle relation peut-il y avoir entre eux et des hommes qui ignorent jusqu'au langage do monde, auquel ils sont étrangers t Si vous aiimirez la condescendance d'un empereur , formé de poussière aussi bien que nous, et qui doit pareillement retourner en poussière, quel doit être votre étonuement en peo<^ant que le Monarque éternel nous a tracé la loi de sa propre main, et nous a parlé par son propre Fils? » Cependant les frères lui ayant représenté qu'un empereur si chrétien méritait les plus grands égards , et qu'il pourrait se scandafiser d'un détdcliû&meût dont il ne pénétrerait pas le motif, il ouvrit la lettre» et y fit une réponse que sâint Athanase nous a conservée. Antoine, sentant sa fin approcher, entreprit, pour la dernière fois, la visite de ses monastères ; il se retira ensuite sur le sommet de sa montagne, avec ses deux
{)lus chers disciples, Macaire et Amatbas. Il eur défendit d*embauraer son corps, suivant l'usage des Egyptiens , qu'il avait souvent condamné comme une pratique vaine et superstitieuse. Il leur recommanda de l'enterrer, comme les anciens patriarches , de garder le secret sur le lien de sa sépulture, el d'envoyer son manteau à saint A tnanase, afin de prouver par là qu'il mourait dans sa communion. Après quelques autres dispositions semblables : « Adieu, mes enfants, leur ditjl, Antoine s'en va; il n'est plus avec vous. » C'est ainsi qu'il ctpira paisiblement, en âS6 , h l'âge de cent cinq ans, sans que ses grandes austérités lui eussent jamais fait éprouver aucunes des infirm lés q\x\ sont le partage ordinaire de la vieillesse.
Ses lettres, écrites en langue égyptienne, ont été traduites en grec, et dti grec en mauvais latin dans la ÉxbKothique deè P^ères ; il ne nous reste plus aujourd'hui que cette dernière v«Tsion. Quelques critiques lui attribuent aussi une RigU et des Sfrmtms; mais il n'en est fait mention ni dans sa Yie, écrite par saint Athanase, ni dans aucun autre monument de l'antiquité. Ses exemples et ses instructions étaient la rèffle vivante à laquelle ses disciples avaient 1 habitude de se conformer. Le corps de saint Antoine fut découvf rt en 561 , transféré solennéliement à Alexandrie, et de là, un siècle après , k Goneitenlînople, (nmt le soastraf re Aux rave-
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DIGTIONMAIRE DE PATML06IE.
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gcs des Snrrasii». De eette rflle il fut transporté dans le diocèse de Vienne, en Dauphiné, à la fin du x* siècle. Ou seigoeui- de <etle proTîme, nonimé JosseliUt auquel Ompereur de Constantinopie en ayait iait i)réseDl , le déposa daos Téglise priorale de la Motte-Saint-Didier, laquelle devint easusie le chef-lieu de Tordre de Sainl-Anioirte. Cet ordr^^ fondé paF Albert de Bavière, comte de Bainaut , afin de faire la guerre aux Tores, « été supprimé et incorporé à celui de Malte, par deux bulles en date des 17 djécembre 1776 «C 7 mai 1777.
Lettre è Canêtantf». — A la nouvelle des troubles et des périls qui affligeaient TEglise d'Aleiandne, le pieux solitaire n'eut
gis besoin qu'on le pressât de solliciter en vetir du saint év4que Athanase , si nécessaire A son peuple et à toute l'Eglise d'Orient. Il écrivit avec zèle , et Constantin lui répondit avec distinction et avec bonté, mais sans lui accorder les grâces qu'il sollicitait. «Il ne pouvait, disait-il, mépriserle jugement d'un concile : un petit nombre de personnes peuvent bien être soupçonnées de luger avec partialité et par passion; mais on ne peut pas croire qu'on si grand nouibre d^éTèqoes, la plupart pieux el savants, se soient coalisés contre Athanase , sans être mus autrement que par rimpostore et la calomnie. Au reste, cet Athanase est un insolent, un brouillon , un superbe et un séditieux. » C'est ainsi que les ennemis de ce saint évêque t'avaient caractérisé auprès de l'empereur. La seconde lettre de saint Antoine à l'empereur Constantin est celle qu'il lui répondit à la prière de ses moines , et dont saint Athanase nous a conservé le précis, il témoigne à rempereur et à ses deux (ils sa joie de ce qu'ils adoraient Jésus-Christ. 11 les exhorte à ne pas faire grand cas des choses présentes , mais à penser plutôt au jugement h venir; à considérer aue Jésus- Christ est le seul roi véritable et éternel ; à aroir beaucoup de clémence et d'humanité, et enin, à renare la j ustice et è prendre soin des pauvres. Tillemont, dans le tone VI de son JfMotrv ecclé$ia$iifue , nous apprend qu*à son avènement à l'empire, Censtantius écrivît h saint Antoine, pour le prier de venir à Gonstantrmple. Le saint , délibérant sur ee qu'il devait faire en cette occanon , prit l'avis de PftuI le Simple , un de ses disciples, qui lui fit oette réponse : « On vous appeUera Antoine, $i vous y allée; et si vous n'y allez pas , vous serez l'abbé Antoine. » Il Toulait dire parla que le monde n'hcHiore la vertu que dans ceux qui le fuient.
Les sept lettres de saint Antoine, qui nous sont conservées dans la Bibliothèque des Pèresy roulent toutes sur des matières de piété. La première, qui est adressée aux frères en général, traite de trois manières difl5érentes dont Dieu nous appelle à lui : par des inspirations intérieures, par la lecture des Livres saints, et par les tentations et les afflictions qu'il nous envoie. — La seconde est adressée aux Arsénoïtes en particulier. Saint
Jérôme la regarde comme la frius eonsidér-
rable de toutes. Elle est oléine de tendrease, et mêlée de réflexions éaifiantes sur la bonté de Dieu, qui nous a donné son tils pour nous racheter, et sur les ruses du démon, toujours attentif à nous perdre. Il y remarque que les bons et les mauvais anges ont regu différents noms suivant leurs différentes actions. Les bons ont été nommés archanges, trônes, puissances , dominations , etc. , pour avoir obéi aux ordres du Crf^aleur; les noms de diable et de Satan ont été donnés aux méchants, à cause de leurs crimes. C'est par une raison semblable qu'on a donné à certains hommes le nom de patriarches, de prophètes, de rois, de prêtres, déjuges, d'apôtres, à cause de leurs vertus. — Dans la troisième, qu'il écrivit à ses moines, après leur avoir représenté les bienfaits de Dieu envers nous, el particulièrement son incarnation , ses souffrances et sa mort , il les exhorte à ne désirer que les biens à venir , en s'elfor-
Îant de les mériter par une vie sainte. — ^ans la quatrième, i! leur dit que l'avénement de Jésus-Christ est proche , et qu'ils doivent s'y préparer en s'exerçant à la vertu par la componction du cœur. Il y appelle l'Eglise catholique la maison de vérité. — Dans la cinquième, pour les engager à veiller sur eux-raèrar's, il leur représente combien les anges sont sensibles au salut et à la perte des hommes, et combien est grand le péché, qui n'a pu être effacé que par la mort du Fils de Dieu. 11 dit nettem^ nt que toutes choses n'ont qu'un même principe , les anges comme les nommes, le ciel comme la terre, excepté la parfaite et bienheureuse Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit. — 11 marque, dans la sixième, ce que la Providence a fait dans tous les âges pour le salut de rhumanilé , dont la plaie était si profonde qu'elle n'a pu être guérit» que par le Fils unique de Dieu. — La septième est imparfiiite. Il y exhorte ses frères k travailler à se connaître eux-naôraes pour arriver à la connaissance de Dieu. Snr la fin, il parie de l'hérésie d'Arius. Cki trouve dans ces lettres plusieurs phrases empruntées les unes des autres et reproduites dans les mêmes termes; quelques-unes mêmes n'ont que peu ou point de sens. Peut-être le texte a-t-il été altéré et corrompu par la faute des traducteurs. . .
A Bnlaeius. — A la nouvelle des violences
Îue le duc Balacius commettait dans Alexanrie, pour maintenir Grégoire sur le siège épisropal, d'où l'on avait fait descendre Athanase, Antoine lui écrivit en ces termes : « Je vois la colère de Dieu fondre sur toi ; cesse donc de persécuter les chrétiens , de peur qu'elle ne te surprenne; car elle est prête à tomber. » Balacius se mit h rire, jeta la lettre par terre et cracha dessus. Il maltraita ceux qui l'avaient apportée , et les chargea de porier cette réponse à Antoine : «Puisque tu prends soin des moines , je vais aussi venir à toi. » Mais, cinq jours apès , la prédiction d'Antoine s'étaft réalisée : Balacius était mort en voyage, ayafit en la ouisse dé-
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DKTIONNAmE DE PATR0L0G1E.
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chirée par le cheval de Nestorïas f\ vicaire d*après celte édition qu^ils ont été reproduits, d'Egypte» qui l'accompagnait. mais en latin seulement, dans Y Ancienne
A saint Théodore de Tabenne. -— Il nous reste de saint Antoine une lettre fort courte, adressée à saint Théodore, successeur d*Orsise, à Tabenne. Elle lui fut remise par deux de. ses religieux, oui, en revenant d* Alexandrie, avaient passé par le désert du saint anachorète , et obtenu de lui cette marque d'affection pour leur abbé. Saint Antoine, beaucoup plus Agé que saint Théodore, l'appelle son fils, et lui lait part d'une révélation dans laquelle Dieu lui avait fait connaître qu'il userait d'indulgence envers tous les vrais adorateurs de Jésus-Christ, qui, après être tombés dans quelque faute, depuis leur baptême, en témoigneraient un vrai et profond repentir. Cette lettre, suivant le désir de saint Antoine , fut lue en présence de tous les frères, pour qui elle fut un sujet de douce et pieuse édification.
Saint Atbanase, en décrivant les actions du divin Antoine^ comme l'appelle saint Gré-
goire de Nazianze, a fait, sous la forme d'une istoire, la règle de la vie religieuse. Aussi saint Chrysostome exhortait-il ses auditeurs à la lire pour v apprendre la vraie sagesse par l'exemple de ce saint, oui avait presque égalé la gloire et la vertu des apôtres ; qui avait paru rempli de l'esprit de prophétie ; qui a montré par ses exemples ce que Jésus-Christ commande par ses préceptes ; et qui a été lui-même une des plus admirables preuves de la vérité de notre religion , puisqu'il n'est aucune secte qui puisse revendiouer un aussi grand homme. C'est lui , dit dozomène, «ui a établi la vie solitaire dans toute sa perfection et dans toute sa pureté, par les exercices continuels des plus sublimes vertus.
ANTOINE, surnommé MéLissE, parce qu'à l'exemple des abeilles il avait sucé le miel des écrits des Pères et des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, était Grec d'origine. II s'appliqua à faire des extraits des saints Pères, et à les rédiger par ordre, de manière à mettre d'un seul coup sous les yeux des lecteurs tout ce que les anciens avaient écrit sur un même point de dogme, de morale et de discipline. Entre un çrand nombre de Pères et a écrivains ecclésiastiques, il cite Pbotius et Théophylacte, qu*on croit avoir été archevêque en Bulgarie sur la fin du XI* siècle, et qui mourut en 1090. On est donc autorisé à croire qu'il écrivit à peu près vers le même temps, puisque Jean d'Antioche le cite lui-même dans ses églogues ascétiques publiées en 1098. Los extraits d'Antoine sont distribués en lieux communs, sous cent soixante-seize titres, qui traitent chacun d'une matière particulière. Tous ces titres sont divisés en deux livres; soixante-seize dans le premier, et cent dnns le second-, le dénier titre regarde la participation des saints mystères. Ces deux livres ont été traduits du srec en latin, par Conrad Gesner, et imprimés dans rces deux langues à Zurich, en 1546. C'est
Bibliothèque des Pèresy à Paris, 1589. Antoine Mélisse, parlant de la confession des péchés, dit qu*il est nécessaire de la faire aux mêmes ministres à qui la dispensation des divins mystères est confiée.
ANTONINDS HONORATDS, évêque de Constantioe en Afrique, vivait au v* siècle. Dans la persécution que Genséric, roi des Vandales, suscita contre les catholiques en faveur des ariens et pour aider à la propagation de leurs doctrines, A ntoninus écrivit à un Espagnol nommé Arcade, pour le consoler dans son exil, le soutenir dans sa foi, et le préparer à des épreuves plus dures encore, si elles étaient dans les desseins de la Providence. Sa lettre, qui ne manque pas d'élégance, est écrite d'un style grave, palpitant de sentiments généreux et chrétiens» et exhalant, au rapport de Baronius» ce parfum de piété primitive qui rappelle les écrits des apôtres. On ne sait au juste à quelle date la reporter, mais on croit généralement qu'elle fut écrite entre les années usn et UO.
« Courage, Ame fidèle , dit-il à Arcade» courase l réjouissez-vous, comme un confesseur de l'unité, d'avoir mérité de souffrir pour le nom de Jésus^Christ, et de porter» avec les apêtrés, les stigmates de la persécution. Déjà le serpent gît sous vos pieds ; il a pu vous combattre, mais il n'a pu vous vaincre. Je vous en prie, écrasez-lui la tête ; qu'il ne se relève pas dans cette arène de votre martyre, et que rien ne soit capable de vous ébranler ! C'est avec amour que le Christ vous contemple ; c'est avec bonheur que les anges viennent à votre secours ; la tourbe des démons a les yeux fixés sur votre talon ; qu'une défection de votre part ne change pas en joie leurs larmes de rureur. Tout le chœur des martyrs qui vous ont précédé vous observe, vous encourage, vous présente la couronne. Abtje vous en supplie, attachez-vous à ce que vous tenez, ae peur qu'un autre ne reçoive votre récompense. Tene quod tenee^ ne alter aceipiat co^ ronam tuam. Le combat n'est que l'effort d'un instant, la victoire est la jouissance de l'éternité. Vous avez commencé, achevez votre œuvre ; aujourd'hui vous devez comprendre le but de vos souffrances. »
Pour l'encourager, il lui rappelle Texem-
{)1e de Job, que ni l'amour de la fSmille, ni *attrail des richesses, ni les prières de ses amis n'ont pu vaincre; l'exemple d'Adam, qui s'est laissé séduire par sa femme, et qui a entraîné dans sa chute sa postérité tout entière ; l'exemple des Machabées, que leur mère elle-même exhortait à la mort, qui se réjouit maintenant de partager leur couronne. « C'est dans le sein d'une mère aussi, lui dit-il que Dieu, nous a fait puiser la vie, et si pour la foi il vous en demande aujourd'hui le sacrifice, c'est afin de vous ftire louir de toute sa majesté. Voyez le monde» il doit périr ; voyez le soleil i la lune» les
ANT
DICTIONNAIRE DE PATRMiOGIE.