‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-ChristChapitre 37 sur 105 · ARD · texte numérisé non relu

ARD

DICTIONNAIRE Pfi PATROLQGIE,

ARN

sacrifices^ ou la cifconcission, ou le baotAme. n y â un baptême de sang, au^si efficace que le baptême d'eau; n'est de celui-là qu*ont été baptisés les Innocents massacrés

f)ar Hérode, et que le sont encore les maryrs de la roi quand ils ne peuvent recevoir lô premier. lésus-Christ Ta reçu des mains de saint lean, non qu'il en eût besoin, mais

Eour en faire une loi éternelle à tous les ommes. Pès que le prêtre l'administre dans les formes et avec les paroles de rinslilution, le Saint-Esprit répand intérieurement dans le bapiême U plénitude de la grftce, et donne au sacrement sa perfection. C'est pourquoi le baptême est valide, fût-ll conféré par un ministre indigne. Que ce soit Paul ou Judas qui baptise, c'est Jésus-Christ

?ui lave et efface les péchés. Le baptême de ean ne lavait que les coros, celui de Jésus- Christ purifle les âmes. C'est par TEsprit- Saint ou par 3on esprit que Jésus-Cnrist fût conduit dans le désert pour y être tenté du démon.

Le pain que le Sauveur présentait 'à ses disciples, dans la dernière cène, est resté le même en apparence, mais il a changé de de nature et s'est fait chair par la toutepuissance du Verbe. C'est une nourriture qui donne la vie à l'âme et l'accroissement au corps. L'homme animal ne doit point être admis parmi les convives du Seigneur ; tout ce qql tient & )a chair et au sang doit être exclu$ de cette assemblée. L*eucharistie est un sacrifice continuel, un holocauste permanent ; Quelque nombreuse que soit la multitude, elle ne le consume pas, et le laps des années ne le fait point vieillir. Ce n'est que dans l'Eglise que l'on wange la chair Qe l'Agneau, et personne n'y a part que le véritable Israélite.

On ne doit réitérer ni le baptême ni l'ordination, parce que il n'est pas permis d'annuler C0 que le Saint-Esprit a sanctifié ; et comme la divinité est la même dans le Saint- Esprit aue daus Jésus-Christ, il s'ensuit que ce qu'ils ont statué est d'une égale autorité. L'enseignement même de$ apêtres doit être accepté avec la même soumission que celui de JésuS'Cbrist, parce qu'if a eu le t^aint-Esprlt pour inspirateur. Arnauld insiste beaucoup sur le lavement des pieds, et nous le représente comme un acte d'humilité capable d'effacer nos fautes journalières. Dans son sermon sur la Cène, û parte de tout ce oui se pratiquait en ce jour : la consécration du saint chrême, la bénédiction des huiles pour le baptême, la confirmation et l'ordination } on réconciliait les pécheurs à l'église, et on rendait la communion aux excommuniés. Les juges ouvraient les prisons^ et les criminels condamnés étaieqt rendus à la liberté,

Sp-mofu i'Amauld. — Le discours sur la Passion eat une paraphrase du cantique d'Habacuc; celui de la Résurrection affirme, d*aprè9 qutilguQs anciens auteurs, qu'on croyait qu'Adani avait été enterré au lieu même ou la croix de Jésus-Christ fut plante «vir le i^alvair^i de sort0 (|ue ce premier

homme fut sanctifié par l'effusion de ce sang divin. Dans le discours des louaogesde Marie, il croit que saint Joseph survécut au crucifiement de Jésus-Christ. L'Ecriture n'en dit rien, comme elle ne nous apprend pas non plus si c'est avec son âme seule, ou avec son âme réunie à son corps, que la sainte Vierge est montée au ciel. Arnauld ne veut rien dt**cider là-dessus ; il croit seulement que son séjour sur la (erre ne fut pas long après la mort de son Fils.

J)es sept paroles de Jésus-Chrtst sur la croix. — Ce livre commence par Texplication de ces paroles : Afon Dieu, mon Dieu^ pourquoi rnavez-vous abandonné f et finit à celies-ci : Mon Père, ie remets mon âme entre vos mains. Arnauld fait voir que toutes ces façons de parler regardaient rhumanité de Jësus-Christ, et non sa dirinité. C'est en distinguant les deux natures qu'il concilie ce qui, à première vue, parait contraire à U foi de Jésus -Christ sur l'incarnation du Verbe. Comme homme, il se plaint qu'il est abandonné ; comme Dieu, il accorde le paradis au bon larron. Titelman relève la douceur du style, la gravité des sentiments, la solidité des pensées et l'onction qui se fait sentir dans tout le cours de Touvrase,

Ouvrage des six jours. — L'abbé de Bonneval prouve, dans la préface de ee traité, oue les livres de Moïse sont les plus anciens livres connus. Il cite ensuite, dans le corps de l'ouvrage, les Commentaireos de saint Ambroise et de saint Basile sur cette matière ; mais il traite mal Origène et son livre des Principes, Il l'accuse d'avoir introduit dans l'Eglise les dogmes de Platon, Terreur touchant le salut des démons et la préexistence des âmes. Quoique Moïse ne diae rien de la création des anges, on ne peut douter qu'il n'en ait eu connaissance, puisqu'en plusieurs endroits de ses livres il

{)arle des esprits célestes. Arnauld croit qu'il es a compris dans la création du ciel. Du reste, l'auteur s'attache plus au sens moral et allégorique qu'au sens littéral dans tout ce qu'il dit sur l'ouvrage des six jours.

Autres écrits d'ilrnau/d.— Dom Mabillon, étant à CUcaux, transcrivit deux ouvrages de l'abbé de Bonne val. L'un avait pour litre : Des dons du Saint-Esprit, et l'autre un Commentaire sur le psaume cxxxii, divisé en cinq homélies. Ces deux opuscules ont été publiés par Casimir Oudin,â Leyde,1692. Les Méditations d'Arnauld se trouvent dans l'édition des œuvres de saint Cyprlep, OxforJ, 1682. On conserve à Clairvaux un commentaire sur la prophétie d'isaïe ; Trithème parle de ses lettres dans le Catalogue Ju'il donne de ses ouvrages ; il n*est pas outeux qu'il n'en ait publié un g and nombre, et Arnould, évêque de Lizieux, fait même mention de plusieurs, mais aucune n'est arrivée jusqu'à nous.

AHNOBE l'Ancïen, rhéteur distlnçué, se rendit célèbre par un écrit qu'il publia contre les païens, ce qui le fit ranger au nombre des apologistes de la religion chrétienne. )1 naquit à Sicque, en Numidie, dans le m*

àW

siècle ( cette ville» comme OP fait, faisait partie de la province proconsulaire d Afrique, Chargé d'enseigner la rhétorique dans sa patrie, son savoir et son éloquence lui

DlCTKWQiAIRE l>£ PATHOLOGIE* ARN 446

tout le vide de cette accusatiop, en démoq-

frappait pression subite, par un songe ou une vision

Îui les portait h embrasser le christianisme. roobe, pressé par une impulsion de cette nature, quitta aussitôt le paganisme, pour obéir à une voix qui lui parla d'en haut, et dans laquelle il crut reconnaître la volonté de Dieu. Mais comme, dans ses leçonsi il

tablissement du christianisme. Au contraire, c'était depuis la prédication de rÉvangile

Sue ces calamités étaient devenues moins 'éauentes, tandis que s'il était vrai que les chrétiens fussent la cause des ferres, des famines, des pestes et autres fléaux semblables, ils auraient dû, depuis trois cents ans, les subir sans interruption, h moins que les païens ne veuillent faire de leurs dieux des

de Dieu. Mais comme, dans ses leçonSi il dieux de théâtre, qui dans le premier mos*était jusque-là fortement prononcé contre ment se fâchent et s'apaisent sans raison, la religion chrétienne, l'évêque d^ Sicque pour s'irriter plus tard au souvenir des In-

exigea, avant de l'admettre au baptême, qu*u constatât sa conversion par quelque acte public. Ce fut pour remplir cette condition qu'ArnobCi qui souhaitait vivement d*ètre baptisé, parce que son retour était sincère, composa plusieurs écrits pleins de force et d*éloquence, et dont i| ne nous reste plus

f[uc ses sept livres contre les gentils. Dès ijr9 l'Eglise s'empressa d'ouvrir la barrière qu'elle tenait fermée devant lui, et Tadmit avec bonheur dans sgn seiOi Trithëme a même prétendu qu'il fut par la suite élevé aux ordres sacrés, mais aucun des anciens u*a parlé de cette circonstance, ni de ce qu'il St. même après son baptême. Son nom a été célèbre dans toute rantiquité, soit par les nouveaux écrits qu'il composa et que nous n'avons plus, soit pour avoip été le maître de Lactance, celui de tous les Pères latins qui a écrit avec le plus de netteté et de politesse, et dont le stvle se rapproche davantage de l'éloquence qe Cicéron. Selon Topinioa la plus coqimune, l'ouvrage d'Arnobedatedu cppamencement du iv^^siècle^ au temps de la persécution do Dioctétien. On croit que {e dernier livre ne nous est pas narvenu dans toute son intégrité. La mei^ leure édition de ses Œuvres est celle revue par Saumaise et publiée h Leyde en 1651, On la préfère h toutes les autres, ^ cause de la correction du texte, mais plus encore à cause des notes cf itiques que plusieurs savants y ont jointes. C est cette édition de choix que M. f abbé Migne a reproduite lans sa collection universelle des Pères et des Docteurç de rfgUsa, collection enrichie encore de tout ce qu'ont produit de plus remarquable, sur le dogme, la morale et la discipline, tes autres écrivains ecclésiastiques.

nous l'avons dit, nous n'avons que sept livres d'Arnotje contre les gentils, et on convient généralement qu'il n'f^fi composa pas davantage. Quelques éditions ont bien parlé d'un viii* livre, mais il est bien reconnu aujourd'hui que ce livre était l'c^uvre de Minutius Félix.

Dès le début de son premier livre, il avoue sans peine que si la religion chrétienne était la cause de toutes les calamités publiques, comme les païens l'en accusaient, ce serait la une preuve évidente de sa faus- ^el4, Mai4 il feit rçnfQfUr ^p nOfne tcw|)s

pour s'irriter plus tard au souvenir des injures qu'on leur a faites, sans faire attention même qu'ils les avaient pardonnées ; ce qui ne peut convenir h un vrai Dieu. La persécution contre les chrétiens était donc une persécution injuste, puisqu'il était prouvé qu'ils n'adoraient pas d'autre Dieu que le souverain Créateur de toutes choses , éternel, infini, incorporel, qui existait avant toutes les fausses divinités, sans être limité par aucun temps ni resserré par aucun espace.

Mais, disaient les païens, ce n'est point pour adorer un être souverain que vous encourrez l'indignation de nos dieux; mais c'est parce que vous rendez des honneurs divins à un homme mort sur une croiic. <t Mais, répliquait Arnobe, vos dieux sont donc des envieux et des jaloux, puisqu'ils trouvent mauvais qu'on accorde à un au tre les honneiîra qu'ils acceptent si bien pour eux-mêmes parce qu'on a bien voulq les leur décerner avant qu'ils eussent rien fait pour les mériter. Vous êtes donc injustes, quand, adorant des hommes qui ont été suiets i toutes les infirmités humaines, vogs trouvez h redire que les chrétiens adorent Jésus-Christ, qui leurafait millefois plus de bien quelespalena n'en ont jamais reçu de tous leiirs aieuxT Le suppbce de la croix ne porto aucune at* teinte à la gloire de Jésus-Christ, Tignomlnie de celte mort i^'enlève rien 6 l'éclat de ses discours ni de ses œuvres; il l'a endurée, non parce qu'il la méritait, mais par la cruauté de ceux qui l'ont fait mourir, ^

Arnobe prouve ensuite la divinité de Jésus-Christ, d'abord par le grand nombre de miracles qu'U a opérés, non avec le secours de la magie^ comme on avait l'Impudence de le soutenir, mais par sa puissance personnelle et divine : ensuite par la rapide propagation de sa doctrine, quoiqu'il n'eût employé pour la répandre dans le monde que des gens sans lettres et sans nom.

Mais les païens niaient tous ces faits ; ils soutenaient que les livres des chrétiens où ils se trouvaient consignés étaient l'œuvre d'hommes ignorants et grossiers, qui n V vaient pas n)oins péché contre la vérité de l'histoire que contre la pureté de la langue dans laquelle ils avalent écrit. Arnobe n'a pas de peine à démontrer toute la fausseté de cette accusation, En effet, y a-t-il apparence que ceux qui ont écrit la vie de Jesus- Christ aient été assez fourbea pour s^ dire

ARN

DlGTIONNiURE DE PATROLOGIE.

ARN

témoins cculaires de faits qu*i]s n^avaient point vus, ni assez fous pour les aller débiter par le monde, sans autre espérance que d'encourir la haine des nations et de s'ex-

Soser à la mort 7 Si les miracles de Jésushrist n'avaient pas été. plus clairs aue le jour, on n'eût jamais vu tant de peuples, si éloignés les uns des autres, si différents dans leurs mœurs, dans leurs coutumes , dans leur langage, se réunir pour Tembrasser de tous les Doints de Tunivers.

Si Jésus-ubrist est Dieu, disaient encore les païens, pourquoi s'est-il montré comme un nomme et pourquoi est-il mort ainsi ? — C'était, répond Arnobe, afin de converser avec les hommes, de les faire jouir de sa présence, et d'accomplir ainsi l'cBuvre de leur rédemption ; du reste, il est mort, non comme Dieu, mais comme homme, par un effet de sa volonté et sans que ses ennemis eussent jamais pu réussir à l'y contraindre.

Il* Livre. — Un grand sujet de plainte de la part des païens, c'était que Jésus-Christ avait entièrement aboli le culte de leurs dieux. — a C'est vrai, leur répond Arnobe, mais en cela Jésus-Christ est bien moins digne de votre haine que de votre amour, puisqu'il vous fait connaître l'objet de la véritable religion, le seul vrai Dieu, que tout homme est naturellement forcé d'admettre et de proclamer comme l'auteur de tout bien et le créateur de l'univers. » La multitude des conversions à la foi de l'Evangile, la constance des martyrs dans les tourments, les progrès de la religion au fort des plus sanglantes persécutions, lui fournissent des arguments pour prouver aue c'est à tort qu'on accusait les chrétiens de légèreté dans leur croyance, puisque Jésus-Christ a attesté la vérité de sa doctrine par des miracles incontestables, tandis que Platon , Cronius , Numénius et tous les ))hilosophes dont les païens suivaient les opinions, ne les avaient autorisées. par aucun prodige. Au contraire, l'opinion de Platon sur la nature et l'origine de l'Ame est fausse en principe et d'une conséquence dangereuse pour les mœurs ; on en peut dire autant de celle d'Epicure, qui enseignait que TAme mourait avec le corps. Arnobe soutient que l'âme est immortelle ; mais il avoue ingénument qu'il ne sait point d'où elle tire son origine; ce qui peut s'ignorer sans préjudice de la foi et sans que les païens en puissent tirer aucun avantage contre la religion, puisque la création du monde, le lieu et la situation du soleil et de la lune, le changement des saisons , étaient pour eux autant de mvstères impé* nétrables.

Il répond ensuite à plusieurs questions

Ïue les païens proposaient sur la manière ont Jésus-Christ a racheté le monde. Il dit que les âmes de ceux mêmes qui sont morts avant sa venue ont eu part aux bienfaits de cette rédemption universelle ; que Jésus- Christ appelle indistinctement tous les hommes au salut; qu'il leur accorde également à tous le pouvoir de venir à lui, sans exception d^âge, de sexe, de condition ai de per-

sonne , mais qu'il laisse à chacun la liberté de profiter ou de ne pas profiter de cette grâce; cependant, quoiqu'il ne contraigne personne d'ajouter loi à ses promesses, lui seul a le pouvoir de doter nos âmes du salut et de 1 immortalité. C'est moins par l'antiquité de son établissement^que parla grandeur du Dieu qu'elle adore, qu'on doit estimer une religion ; les dieux dos païens ne subsistaient pas il y a deux mille ans ; tandis que le Dieu tout-puissant des chrétiens n'est point né dans le temps, mais qu'il est éternel, ou plutôt l'éternité même. On né peut donc leur reprocher d'adorer un Dieu nouveau, mais un Dieu dont ils ont ignoré longtemps l'existence, quoique de tout temps les honneurs divins lui fussent dus. Ils ne sauraient dire pourquoi il a tant tardé d'envoyer son Christ; mais ils sont convenus que tout ce qui regarde notre salut s'est accompli à l'heure et d'après l'ordre arrêté dans les décrets immuables de la Divinité. C'est à tort que les persécutions auxquels les chrétiens sont exposés leur servent de prétexte d'accuser le Dieu de l'Evangile , puisque leurs dieux eux-mêmes ne les mettent pas à couvert de la peste, de la guerre et de tant d'autres fléaux dont ils ont été afiligés dans tous les temps. D'ailleurs, il importe peu aux chrétiens d'être persécutés en ce monde, jmisque, n'ayant rien à y espérer, il n'ont rien à y perdre, et que la mort, qui les en fait sortir, leur ouvre les portes de l'éternité.

m* et IV* Livres. — Dans ces deux livres, Arnobe explique par diverses raisons le refus que faisaient les chrétiens d'adorer les idoles. La première, c'est que, reconnaissant pour Dieu le souverain maître du ciel et de la terre et le créateur de toutes choses, ils n'étaient nullement dans l'obligation d'en adorer d'autres; d'autant plus que les païens n'avaient jamais pu leur prouver qu'il en existât, et qu'ils ignorent eux-mêmes où résident ceux qu'ils adorent comme des dieux; ils n'en connaissent pas le nombre, et ils sont absolument incapables de donner une raison des différents noms sous lesquels ils les invoquent. Les autres raisons sont prises dans la nature même de la divinité et s'expliquent toutes seules : en effet, il est facile cte comprendre que les chrétiens ne pouvaient s'expliquer qu'un être immortel, aussi grand et aussi parfait que Dieu, pût être de différents sexes, mâle et femelle tout ensemble. Les dieux des païens étaient non-seulement matériels et revêtus d'un corps, mais ils n'en adoraient aucun qui n'eût exercé quelque art ou quelque métier sur* la terre. Les uns avaient été médecins, les autres chasseurs, d'autres pasteurs, et ainsi du reste ; la plupart n'étaient que des choses personnifiées, c'est-à-dire des mots vides, des noms sans réalité : tels étaient les dieux de la Paix^ de la Concorde^ de la Victoire^ auxquels ils ne laissaient pas cependant de consacrer des temples et des autels. C'est donc en vain qu'ils prétendaient que ces dieux, invoqués par leurs devins

ARN

ARN

iM

ou aruspices, et appelés par leur nom, se présentaient d'eux-mêmes et répondaient eiactement à ceux (|ui venaient les consulter. Rien n'était moins avéré que ces faits, et, au contraire, on voyait souvent oue ces sortes d'oracles étaient suivis d'un enet entièrement opposé aux promesses de la prédiction. Ce qui rendait encore le culte des dieux indigne de tout esprit raisonnable , c'est qu'il y en avait plusieurs du même nom, trois Jupiters, quatre Vulcains, trois Dianes, quatre Vénus, en sorte qu'il était impossible de distinguer entre eux quel était le véritable Jupiter ou le véritable Vulcain. Outre cela, leur origine était honteuse et infâme, et les païens eux-mêmes n'hésitaient pas à les reconnaître pour coupables de plusieurs crimes, comme de vols, d'adultères, de rapts, d'homicides et autres actions de cette nature. Certes ! ils n'auraient f)u sans impiété leur attribuer de tels foriuts, ni permettre à leurs poëtes de les représenter sur la scène, s'ils n'avaient eu foi dans la vérité de ces imputations.

V' Livre. — Les différents événements de la vie des dieux fournissent encore à Aruobe les preuves de la fausseté de leur culte. En effet, les moyens employés par Numa Pompilius, second roi de Rome, pour apprendre de Jupiter l'expiation des fouares, c est-à-dire les pratiques religieuses à observer pour détourner la colère du ciel ; les amours de Cybèle et d'Atys, celles de Jupiter; celles de la Bonne Déesse, que son mari Faunus fit mourir à coups de bâton, parce qu'elle avait bu avec excès et qu'elle sétait enivrée ; les orgies qui se commettaient dans les Bacchanales et les autres fêtes des dieux, ne sont guère propres à fournir des arguments en faveur de leur divinité. 11 est vrai gue les païens donnaient à toutes ces histoires un tour mystérieux ; mais Arnobe leur démontre qu'ils le faisaient sans fondement. D'ailleurs, si toutes les actions des dieux étaient des mystères, c'était une témérité à eux de les exposer, comme ils le faisaient, aux yeux de tout le monde, et bien plus, une impiété révoltante d'appliquer leurs noms à des choses indignes, a des actions sales et déshonnêtes. C'est ainsi qu'ils avaient déshonoré le nom de Vénus, en en faisant le symbole de l'impudicité.

Ti* et vil* Livres. — Apres avoir ainsi fait ressortir le ridicule et l'odieux du polythéisme, Arnobe emploie le reste de son ouvrage à détruire tes objections que les païens formulaient contre la religion chrétienne. La principale était que les chrétiens n'avaient point de temples. Arnobe avoue le fait, et il dit que les chrétiens en agissaient delà sorte, dans la conviction

3ue ce serait faire iiqure à la Divinité que e l'enfermer entre des murailles, et de la soumettre aux besoins d'une demeure matérielle, comme tous les êtres vivants de la création. Dieu a tout créé, il pourvoit aux beaoins de chaque être , et lui-même n'a besoin de rien. — Ce n'est point pour met-

tre nos dieux à l'abri des injures de l'air

3ue nous leur bâtissons des temples, réponaient les païens, mais c'est ann que nous puissions leur parler de plus près, nous entretenir en quelque sorte avec eux, et jouir de toute la plénitude de leur présence; d'autant que nous savons par expérience qu'ils n'entendent point lorsqu'on les invoque en plein air. C'est une erreur qu'Arnobe réfute sans peine au profit du christianisme, puisqu'il est dans la nature même du vrai Dieu d entendre, dans tous les endroits du monde, les prières qu'on lui adresse, de pénétrer même iusqir aux plus secrètes pensées de ceux qui l'invoquent, et d'être également présent en tout lieu, en remplissant Tunivers de sou immensité.

Un autre chef d'accusation que les païens faisaient valoir contre les chrétiens, c'est qu'ils n'adoraient point d'idoles et ne leur offraient aucuns sacrifices. A quoi Arnobe répondait par ce raisonnement : Ou il est assuré que les dieux sont dans le ciel, ou cela n'est pas certain. Dans le premier cas, c'est donc à eux, et non pas aux idoles qui les représentent, qu'il faut adresser ses prières ; dans le second cas, pourquoi éri-

f;er des statues à des êtres dont on suspecte a divinité ? Ensuite il leur démontre que c'était une folie à eux de croire qu'aussitôt après leur consécration, ces idoles deve naient la demeure de la divinité ; paralt-il vraisemblable que ces prétendues divinités consentissent à quitter le ciel, qu'on suppose être leur demeure naturelle, pour venir habiter dans des idoles, qui ne sont pas même capables de les mettre à couvert des insultes de leurs ennemis, puisqu'on est obligé d'employer des chiens pour veiller à leur conservation ? Quant aux sacrifices, Arnobe soutient qu'on ne doitpointen offriraux dieux ; et il se fonde premièrement sur l'autorité de Varron, qui dit en termes exprès que les dieux se soucient peu des sacrifices et n'en exigent de personne; secondement, parce qu'on ne peut offrir de sacrifices aux dieux que pour deux raisons : ou bien afin qu'ils se nourrissent des viandes qui leur sont immolées, ou bien pour apaiser leur colère et se les rendre favorables. Or ces deux motifs sont également déraisonnables et impies, puisqu'il ne convient aux dieux d'être sujets ni au besoin, ni à la passion» ni à la colère, ni à la faim.

Sur la fin de son ouvrage , Arnobe s'applique à démontrer la fausseté de plusieurs histoires ;que les païens avaient inventées pour autoriser le culte de leurs dieux. Mais il ne répond point à une objection qu'il s'était adressée lui-même à propos de la foudre 3ui tomba sur le Capitole, et de la statue de upiler qui fut renversée. C'est ce silence que les critiques et les commentateurs n'acceptent que comme une lacune qui les autorise à affirmer que son ouvrage n'est pas complet, ou que du moins le dernier de ses livres n' est jamais narvenu tout entier jus* qu'à nous.

iKi

ÀRN

ÂRN

Arûoibei au jugedient de saint Jérôme* est inéésl et caûfus» %\ où ne troure ni ordre ni méuiodedans ses ouvrages. L'enseigoeinent do la rhétorique qu*il professait, l'djraut obligé de lire leà auteurs profanes anciens et modernes^ il s'était rendu très'-habile dans la théologie païenne » où il puisa depuis les argumenta qui lui éerrirent à la terrasser I mail» comme tous ies noureaux con^ Tertis qui oonnàissetit mieux le faible de la* religioâ G|a'ils abandonnent (}ue les dogmes de la rëliflioD qu'ils embrassent , il montra plds d'hanileté k combattre le paganisme qu'à défendre lé christianisme. 11 éoririt son ouvrage n étant encore que catéchumène»

avant d'avoir ou le temps de s'instruire des dogtkies de la religion. C'est ce défaut d'instruction qui Ta fait tomber dans aUelques erreurs sur l'origine et la nature de l'âme» et eur d'autres vérités importantes très-mal présentées dans ses livres. Mais ces InadveN tances ou ces oublis ne doivent pas tirer à conséquence pour Son orthodoxie , d'autant qu'il ne s'est point attaché opiniâtrement aux erreurs qu'on lui reprodhCf et que, dans d'autres passages» il s'expliqtie plus exacte^ ment sur ces vérités. Yossius appelle Ar^ DObe le Yarron des écrivains eeelésiastinues. Son style africain est dur$ enflé, et quelquefois obscur jusqu'à la confusion ; on y remar^ que cependant une certaine élégance^ ûeïé- Béfgiei des tours délicats, des raisonnements subtils* Il a du talerit pour une raillerie fine et ingénieuse daus la manière dont il re-^ présente la théologie païenne ; mais s'il se permet quelquefois la satire ^ il ne s'oublie jamais jnsqu à la personnalité. Jamais il ne cite rKcriture, et quoiqu'il rapporte plu^ sieurs^ miracles contenusdans les saintsEvaxi*' giles » U les expose sans indiquer la source ; ee qiil donne lieu de croire qu'il les connais* Mit plutM pour les avoir entendus raconter^ que pour les avoir lus luinnèrae dans les li* yfte$ «acres. Cependant 11 déclare asset clai» remefit qu'avant d'écrire en faveur de la re« ligion cnrétienne # il avait parcouru les ouvrages des Itères qui avaient traité la même matière avant lui. U emprunte même très^ aoovëdt les propres paroles de saint Clément d'Alexandrie ^ mais sans le citer. 11 en use de mdnie à l'égard de Cicéron , dont il a copié tant de choses ^ que saint Jérôme n'hésite pas d'affirmer que les sept livres d'Ar* nobe Ile sont presque qu'un abrégé des Dialogues de cet orateur ; mais tf'est-11 pas exeiisé |9or son titre de rhéteur et de professeur é'éloquenee ? Qudi qu'il en soit^ A r nobe mé^ rtle une belle plaee parmi les apologistes de la religiem ebretienne, et h l'époque où il les éfirivfl , ses livres vetSiaient dans leof* temps, #1 ne petfvaienl ïoànqvker d'arriver k leur adresse*

AHNOtfe^ que l'cnl a anmommé m lutnn, peur le distinguer d'un «fiire écrivain du nUnoA nom qui florissait vers la fln du uv sMete» soua le règne de l'empereur Dioclétien, était, suivant l'opinion la plus com^ mune» d'origine gauloise. La manière dont il parle de la grâce donne lieu de croire qu'il

écrivait dans Un temps oi!^ ces matières agitaient et divisaient les docteurs. Il prend vi-' siblement le parti des semipélagiens contre la doctrine de saint Augustin et de ses dis*ciples I ce qui fait suppose!* qu'il vivait vers le milieu du v* siècle. Ce qu il rapporte de la désolation des villes et des provmces dont il attribue la cause à l'inobservance de la discipline ecclésiastique, convient surtout à cette époque. Il est on endroit de son com«* mentairë sur le psaume cv, dans lequel il semble se rainer au nombre des évèques» ou tout au mnms des prêtres» puisqu'il rappelle qu'il était nourri avec les autres, des oblations que l'on faisait pour les morts.

Nous avons de lui un Commeàtairê $ur let Piaumeè. Perdu pendant longtemps» ne livre fut retrouvé) dans le monastère de Franken* dal» entre Spire et Worms^ avec une dédicace adressée par Jkmobe lui-même k Léonce et Rustique, deux évêques qui l'avaient engagé à 1 entreprendre, il profita» pour le composer^ de tout ce qu'il trouva de bon dans les anciens interprète! , et prinôipalement dans Origèue , ce qui porte k croire qu'il eut quelque connaissance de la langue grecque. Il expoae d'abord le psaume tout entier, puis il en donne une explication abrégée» si succincte» qu'elle ne peut être considérée que comme une espèce de paraphrase. Le but qu'il se propose dans ce Commentaire , c'est de découvrir daus les psaumes toute Téconomie de l'Incarnation* C'est pourquoi il s'attache exclusivenient au sens allégorique, et rapporte k iésus«>Christ et k son Église le texte entier des psaumes. Dans son commentaire, sur le psaume cix% il réfute l'hérésie de Photin^ qui n*B com« mencé k pBrait^e que vers l'an 347» c'est-èdire plusieurs années après A r nobe l'An^ cien»qui a écrit contre les gentils. (Foy. l'art, précédent.) £n elpliquant le psaume cxxxviit, il se sert de quelques expressions africaines» et de certaines façons de lire que saint Augustin reprenait dails le peuple d'Hippone; quelquel-Uns en ont conjecturé qu'Arnobe le Jeune était Africain de nais^ sance, et qu'il avait écrit ses Commentaires pour l'usage de cette province \ mais ne pou*> vait-il pas tout aussi bien avoir emprunté ces locutions aux interprètes dont il e^était servi?

On ne peut f)as apporter la même exOuse

frour les endroits où il favorise ouvertement es erreurs des semipélagiens* On voit bieii dans ces passages que c'est lui qui parle en son nom, et qu'il j propose, non le sen^ tifflent des autres» itiàis son sentiment pro^ pre et personnel, il y établit, à l'exemple de ces hérétiques» une grâce générale prévenante, qu'il fait consister dans l!inoeroft« tion du Fils de Dieu pour le salut des hommes» dans les exemples de vertu qu'il leur a laissés; dans ses instructions, daoe ses miracles» dans sa passion et dans l'accom^ plissement de tous les autres mystères qui ont dépendu de la volonté de Dieu sssïs que les hemi^es même aient songé k les dema»* .der. C'est dans son Commentaire du psaume

MCTIdNMAnUK DE PAUUNLOME.

ÀRH

èu

CTLTt qu'il s'en etçlicme surtout catégoriquement. A(>rès avoir établi cette grftce générale qui prérient la Tolonté de tous les hommes, if dit que la volonté de I^homme prévient à son tour la erdce de Dieu dans le baptême ; qu'il croit d^à, avant de recevoir ce saci^menl , qu'il commence par offrir ail prêtre une volonté parfaite, qu*il fait profession orale de la foi, et que c'est par ces degrés différents qu'il s'élève jusqu'k la grftce sanctifiante que le baptâme lui confère. Il ajoute que l'homme peut publier cette grâce, parce que la foi, jointe att désir lui a fait obtenir tous les dons de Dieu. Ce n'est pas seulement en passant et par irréflexion quM enseiffne cette doctrine, condamnée depuis dans le concile d'Orange, mais c'est avec une intention arrêtée et en répondant aui objections des disciples de saint Augustin. 11 les traite de prédestinatiens ^ terme inventé par les hérétiques pour rendre odieux ceux qui suivaient la doctrine du salut docteur. Comme eux, Arnobe traite d'hérésie la doctrine de la prédestination; il soutient qu'elle détruit le libre arbitre, en mettant 1 homme dans la fatale nécessité de pécher. H rejette absolument la double prédestination, soutenant qu'on ne pouvait Tappuyer, ni sur ces paroles de saint Padl : Jacob diUxi^ Esau autem odio kabui : et ailleurs: Cuivult misereturet auem vult induraty ni sur un autre texte de l'Ècritare. En expliquant ce passage du psaume xc : Codent a taiere tuo mt7/e, et decem milita a dextris tuis^ il remarque que le prophète ne dit rien du côté gauche, qui représente le libre arbitre : mais qu'il né parle que du cAté droit, parce que c'est dans la droite qn*e9t le secours de Dieu ', cependant ce n'est pas sans raison qu'il a nommé en premier lieu le côté, parce qu'il est au pouvoir de notre libre arbitre de croire d'abord, et d'obtenir ensuite la grâce par le mérite de la foi. Dans sa paraphrase du psaume t, il remarque que David ne dit pas qu*il a été conçu avec le péché, mats dans le péché : Eccê enim in tniquitatibus eonceptus sum^ et in peceatii concepit me mater mea. Il désignait par là le péché de sa mère, et non pas un p^ché qui fut commun à l'humanité fout entière ; parce que tout péché se forme d'abord dans le cœur, et s'accomplit ensuite par la parole et parles œuvres. Ainsi celui qui ne fait que de naître se trouve enveloppé dans la condamnation d^Adam, mais il n'a point de péché qui lui soit propre. Il est vrai que ces dernières paroles peuvent s'entendre du péché actuel, dont les enfants ne sont pas capables; et cette inlerprétatlort parait d'autant plus juste, qu'Amobe luimême reconnaît ailleurs que tout le genre humain a péri dans la prévarication d'Adam, et que c'est pour lui rendre la vie que le Fils de Dieu s'est fait homme; c'est le péché d'Adam qui nous a fait mourir, c'est la mort de Jésus-Christ qui nous a rendu la vie. Il y a même plusieurs endroits, dans son commentaire, où il parle de la grâce en catholique, confessant la nécessite de son se^

cours pour être délivré des agitations qui troublent notre cœur^ Il appelle Jésus-Christ notre force et la lumière ae oosyéut. Il dit ailleurs, et contre les péladenâ qui croyaient à la toute-puissance du libfe arbitre, que c'était se tromper que de prétendre que le libre arbitre iQt assez fort pour pouvoir se passer du secours de Dieu. Il remarque âvee raison que s'il est dangereux de dépouiller l'homme de son libre arbitre, parce que ce serait ôter le péch^ et ouvrir la port^ a toutes sortes de dissolutions,. il ne Vesi pas moins d'accorder tant de puissance au liore

arbitre, qu'il n'ait plus besoin da la force u Seigneur. 11 dit encore qu'il tle faut paâ présumer du libre arbitre qui nous a été donné, mais tout attendre de Dieu, parcô que le libre arbitre est quelquefois vaincu, tandis que Dieu ne peut jamais l'être. Enfla il enseigne que la nature humaine étant aussi faible qu'elle Test devenue par suite de la corruption du péché, elfe ne petit rien faire de bien sans le secours de la grlcO) et sans que la volonté de l'homme soit dirigée par la voloiité du Créateur.

Mais toutes ces fagons de parler étaient souvent communes aux semipélariens. Ils reconnaissaient des grâces générales accordées à tous les homme$ ; ils ne faisaient pa$ difBculté d'avouer que le libre arbitre avait besoin de la grftce ae Jésus-Christ pour opé* rerle bien; ils admettaient encore Tetistence du pechë originel et la nécessité du baptême, imposée même aut enfants. poui être sauvés. Toutefois cela ne les empêchait pas d'enseigner, en même temps que la grâce nous est donnée suivant nos mériteSi que la persévérance dans le bien dépend du libre Arbitre, qui établit aussi la différence entre ceux qui veulent et ceux qui ne veulent

f>as être sauvés. La çrftce générale, qui, dans e sentiment d^Arnobe. prévient la volonté de l'individu, n'est qu une grâce extérieure» également commune aux floêlest et aux infidèles. II dit nettement, comme nous venons de le remarquer» que le bon mouvement de notre volonté suffit pour nous mériter la grâce justiQanle que nous recevons dans le baptéiue. 11 fonde ce mérite sur les nous désirs et sur la foi de l'homme, qu'il attribue non à la grâce intérieure et excitante, mais au libre arbitre. S'il enseigne que Dieu nous prévient par ses grâces génér aies, il enseigne aussi que nous prévenons la grâce de Dieu

f)ar notre bonne volonté, et qu'en nous la 6i précède la grâce que nous recevons au baptême. — Du reste Fauste de Riez tenait absolument le même langage ; il s'appu ait comme Cassien, de l'exemple de Corneille le centurion, en qui ils soutenaient l'un et l'autre que la bonne volonté avait prévenu la grâce de Dieu.

On a plusieurs éditions des CotHmentaffeg d'Arnobe sur tes Psaumes^ mais la meilleure

£armi les anciennes, est celle iTtwnmôe à jon en 1677, et insérée dans la Éibliothi'rdes Pires. C'est celle qu'a repro^fuite, en perfectionuant, M. l'abbé Migne, dans son Cours complet de Patrologie. Ces Corn-

ARN

DICTIONNAIRE DE PATROLOGŒ.

ARN

mentaires sont sutris de petites annotations sur certains passages des Evangiles de saint Jean, de saint Matthieu et de saint Luc. Quoique, dans toutes les éditions précédentes, ces annotations soient publiées sous le nom d*Arnobe, toutefois on n*a aucune

f)reuye positive qu'elles soient réellement de ui. La seule induction probable, c*est que Fauteur de ces notes rappelle la manière d'Arnobe, en expliquant presque toujours rÊcriture sainte dans un sens allégorique.

On trouve aussi dans cette m6me-^i6/tothèque des Pères^ reproduite par notre édition, un Dialogue ou Dispute entre un catholique qui prend le nom d'Arnobe et un disciple d'Eulychès, nommé Sérapion. Le fond de cette discussion est le mystère de la Trinité et celui de l'Incarnation ; mais l'auteur y touche eu môme temps de l'accord de la grâce et du libre arbitre. Feuardent et quelques autres critiques attribuent cet écrit à l'auteur du Commentaire sur les Psaumes^ et les raisons qu'ils en donnent sont que ces deux ouvrages sont écrits avec la môme précision et la môme vivacité de pensées, que le style en est également négligé, que les mômes expressions s'y reproduisent souvent, et que Ton y combat les mômes erreurs. On peut ajouter à ces témoignages celui d'Alcum, qui cite cet ouvrage sous le nom d'Arnobe, nom que plusieurs anciens manuscrits lui* ont conservé. Cependant, si ce dialogue est réellement de lui, il faut qu'Arnobe ait bien changé de sentiment sur la grâce ; car dans son Commentaire il se déclare en plusieurs endroits contre la doctrine de saint Augustin, sans toutefois le nommer, tandis que dans sa conférence avec Sérapion il ne parle qu'avec éloge de ce savant docteur de TE^lise. 11 soutient que sa doctrine ne diffère en rien de celle des apôtres, qu'il l'embrasse avec le môme respect, et qu'il en prend la défense avec le môme dévouement. Enfla il adhère partout à ce que saint Augustin dit de la grâce et de sa nécessité pour surmonter les tentations, La conformité de style, de doctrine et d'expressions Ut encore attribuer à Arnobe un ouvrage intitulé, Prœdestinatus, parce que l'auteur y combat certains hérétiques

au'il appelle prédestinatiens;m^\s\à plupart es anciens critiques lui en ont vivement contesté la propriété. Hincraar l'attribue à Hygin, qui avait écrit une Histoire des hérésies; d'autres à Primase, disciple de saint Augustin, et le célèbre Mabillon ne s'éloigne pas trop de ce sentiment; Piccinardi soutient que le Prœdestinatus est, ou de Vincent de Saint-Victor, contre qui saint Au- Suslin écrivit ses quatre livres sur VOrigine e rdmey ou du prôire Vincent, qui, d'après Gennade, composa un Commentaire sur les Psaumes, De toutes ces opinions, celle qui l'attribue à Arnobe le Jeune nous parait la plus vraisemblable. Cet ouvrage est évidemment du milieu duv* siècle, époque de son Commentaire, dans lequel on retrouve le ^rme de vrédestinalienSf employé exactement dans le môme sens qu'au m* livre du

Prœdestinatus. Ce qu'Arnobe dit de la volonté de l'homme qui précède la grâce du baptême, le Prœdestinatus le dit du baptême et de la pénitence. Le Commentaire, en établissant une grâce générale prévenante, la fait consister dans Faction par laquelle, indépendamment de la volonté et du désir de l'homme. Dieu s'est incarné pour lui, afin de le porter à la vertu par ses exemples. Le Prœdestinatus fait consister aussi la grâce qui précède la volonté de l'homme dans la révélation par laquelle Dieu lui montre la vie éternelle, pour qu'il y établisse son plaisir, et le feu éternel, afin que la crainte de, ce châtiment le lui fasse éviter. Cette grâce,' dit-il, précède la volonté de l'homme, parce qu'elle le presse et l'invite à venir. Enfin, comme Arnobe dans sou Commentaire, l'auteur du Prœdestinatus affirme que le Fils de Dieu est venu délivrer le monde de la mort, sans que les hommes l'aient voulu ni môme demandé, et qu'il est descendu du ciel pour y remonter et y faire entrer tous les nommes avec lui.

Les renseignements que l'antiquité nous a laissés sur Arnobe nous paraissent si vagues, si incertains, que nous n'adoptons aucune opinion sur ces deux derniers écrits ; nous laissons chacun libre de se former la sienne.

ARNOLD, moine de Saint-Mathias, à Trêves, se rendit utile au public, vers la fia du XI* siècle, en enseignant les lettres dans cette abbaye, et en écrivant sur diverses matières intéressantes. En réponse à une lettre flatteuse qu'il avait reçue de Marianus Scotus, il lui adressa un traité du Comput ecclésiastique. 11 composa aussi un livre en vers sur les Proverbes de Salomon et un autre du Cycle pascal, ou delà manière de trouver Pâques.

ARNOLD, évoque d'Halberstadt, n'est connu que par une lettre qu'il écrivit à Henri, évoque de Virt/bourg, à propos de l'érection de l'évôché de*Bamberg. Ce prélat,

3ui n'avait consenti à la mutilation de son iocèse qu'à la condition qu'on lui accorderait le titre d'archevôque et que le nouvel évôclié lui serait soumis, témoignait tout haut son mécontentement de ce qu'on lui* avait manqué de parole. Au mois de novembre de l'année 1007, il refusa de se trouver à l'assemblée de Francfort, où le roi voulait faire souscrire une lettre par tous les évoques de son royaume. C'est à cette occasion qu*Arnold d'flalberstadt, qui était son ami, lui écrivit une lettre très-pressante, dans laquelle il lui remontrait qu'il n'avait aucune raison de se roidir contre les intentions du roi Henri. Si le diocèse de Virtzbourg perdait quelque peu de terrain dans l'érection de Bamberg en évôché, en échan-

f;e, son Eglise y gagnait les avantages de la écondité par la production d'une nouvelle Eglise. Cette lettre a été publiée dans les Mélanaes de Baluze. Il parait qu*Arnold en avait écrit plusieurs autres au môme prélat, mais elles ne sont pas venues jusqu'à nous. ARNOLD, autre écrivain du môme temps, naquit en Allemagne d'une fomiUe distm-

ÂRN

ARN

guée. Il renonça aux dignités de sa maison, pour se consacrer à Dieu dans le monastère de Saiut-Emmeramm à Ratisbonne. Il en fut depuis prévôt et composa plusieurs écrits eu riionueur de ce saint, qui fut, dit-on, érèque do Poitiers dans les Gaules, mais qui abandonna son siège et sou troupeau pour aller en Pannonie travailler à la conversion des inGdèles, vers Van 697. On a deux livres d* Arnold : l'un des miracles de ce saint évoque, et Vautre, qui est en forme de dialogue, traite des vertus des saints qui ont été enterrés dans son moDastère. Ils sont imprimés tous les deux dans le III* volume des Leçons de Canisius. Arnold dit quelque chose, dans son premier livre, des evéques et ducs de Bavière, de saint Boniface, archevêque de Mayence, et promet de parler, dans le second, do saint Yolfgang, évêque de Ratisbonne, et de saint Romuald, abbé dans la même ville. Saint Volfgang l'avait fait venir de Trêves pour le mettre à la tète du monastère de Saint - Emmeramm , depuis longtemps dépourvu d'abbé ; les évAques en portaient le titre, non pour en remplir les fbnetions, mais pour en tirer les revenus. C'est par ce début qu'Arnold commence son second livre ; et il remarque que ce fut par ces évôifues abbés que le relâchement s'mtroduisit parmi les moines. Il donne le catalogue des évèques de Ratisbonne, et raconte les miracles qui s'opéraient dans l'église de Saint - Emmeramm, au tombeau de saint Volfgang, avec la même candeur qu'il avait rapporté ceux de saint Emmeramm, dans le premier livre. Il compte cinq abbés dans son monastère depuis la mort de saint Romuald; celui sous lequel il écrivait se nommait Ddalric ; il avait été chanoine, et son mérite Tavait fait choisir pour abbé. Arnold donne de grands éloges à un serviteur de Dieu, nommé Gonthier, qui vivait encore, et à quelques autres qui s'étaient rendus recomnuindables, tant en France qu'en Italie.

Lettre. — Canisius ajoute aux deux opusciiles que nous venons de citer, une lettre d'Arnold à l'abbé Burchard, prédécesseur d'Udalric, à qui il rend compte des premières années de sa conversion et de ses études. Il lut d'abord les livres des prophètes, mais il les quitta pour les écrits de saint Hilaire, de saint Ambroise, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Chrysostome, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Grégoire pape et de saint Isidore de Se ville. Il porte un jugement sur leur style, et ajoute que dIus 11 avait pris de plaisir à la lecture de iBors ouvrages, moins il en trouvait dans les écrits qui lui apprenaient l'histoire domestique de son monastère. Ayant entrepris, avec la permission de son abbé, de rétablir l'histoire de saint Emmeramm, il fut contrarié dans son travail par ses confrères, qui ne pouvaient souffrir qu'on touchftt aux écrits des anciens, même pour les perfectionner. Arnold, cédant pour un temps, se retira en Saxe, emportant avec lui l'histoire <ie son saint fondateur. Il fit connaissance à Uagdebourg avec Meginfroid, qui y tenait

DiCTiomi. DE Patbologik. 1.

une école publique, et l'engagea à écrire lui-môme la vie du saint martyr. Meginfroid demanda du temps, et pour gage de sa promesse, il donna a Arnold une hymne envers saphiques à la louange de ce saint. L'ouvr^ee ne fut achevé gu'au nout de trois ans, quoi-

Îue Meginfroid ne fit que corriger le style e Cirinus, le premier auteur. Arnold utiïisa son séjour en Pannonie en composant des antiennes et des répons pour l'office de saint Emmeramm.

Homélie. — Dom Bernard Pez a donné, sur un manuscrit de la bibliothèque de Saint- Enimeramm, une homélie d'Arnold sur les huit béatitudes. Les pensées en sont solides et le style plus pur et plus correct que celuL de. ouvrages dont nous venons de parler. Par pauvreté d'esprit, il entend la pauvreté volontaire ; suivant lui, les pacifiques sont ceux ({ui s'appliquent non-seulement à avoir la paix avec eux-mêmes et avec Dieu, mais à apaiser les dissensions qui s'élèvent parmi leurs frères et à rétablir partout la concorde. Il compte une neuvième béatitude qui n'appartient qu'aux martyrs, celle qui consiste à souffrir la persécution de la part des hommes. Il fait, à cette occasion, un précis de la vie de saint Emmeramm, qiii ne contient que ce que nous en avons dit plus haut. Suit un poëme acrostiche qu'Arnold ajouta à la Vie de ce saint composée par Meginfroid.

ARNOLF. -— Sigebert parle d'un moine nommé Arnolf, à qui il attribue un poëmo composé des plus belles sentences du livre des Proverbes^ que l'auteur expliquait dans le sens littéral et allégorique. On ne sait si cet Arnolf est le même que le précédent.

ARNON, d'abord doven, et ensuite suc^ cesseur de son frère Geroch, dans la prévôté de Beichersnergh, en Bavière, vers l'an 1169, écrivit un long ouvrage eur V Eucharistie. Voyant que Folmar, prévôt de Treffenstein en Franconie, le chargeait d'injures en ses écrits, et particulièrement dans sa lettre a l'archevêque de Saltzbourg, Arnon entreprit de le venger et d'établir la vérité de la présence réelle, contre laquelle Folmar avait débité quelques|erreurs.De ce grand ouvrage, nue l'on conserve tout entier dans les bibliothèques de Bavière. Stevart n'a rendu public, dans ses anciennes Leçons, que le prologue et le commencement du livre. On voit que,

Îuoique Arnon en voulût particulièrement à blmar, il n'était pas fâché de répandre et de propager partout l'apologie de son frère» dont il défend la personne et les sentiments. Les autorités qu'il emploie pour établir les dogmes de la foi, sont l'Ecriture sainte et les Pères de l'Eglise. Outre son erreur sur l'eucharistie, ou il disait que la chair de Jésus-Christ se trouvait sans les os et le sang sans la chair, sous les espèces du pain et du vin, Folmar donnait encore dans le nestorianisme ; mais il parait que cette seconde erreur n'était qu'une conséquencede la première. Arnon les réfute l'une et l'autre dans son ouvrage. Stevart lui reproche d'être tombé lui-même dans l'erreur opposée des

ARN

DICTIONNAIRE V£ PiTRQLOGIE,

ABN

MO

eulycWens ; mais il est st ordinaire, dans la cliaieur de la réfutation, de laisser échapper quelques paroles peu exactes, que c'est plutôt sur le dessein général aue sur quelques termes peu mesurés qu'on doit juger du sentiment de l'auteur. Il nous semble qu'il s'explique bien catholiquement sur la distinction des deux natures, lorsqu'il confesse avec TEglise que le Fils de la Vierge est aussi Fils de Dieu, que comme il est Dieu tout entier, il est aussi homme tout entier, et qu'on doit le reconnaître en môme temps pour Fils de la Vierge et de Dieu. On peut voir aussi sur cet ouvraçe le tome XIII de la Bibliothèque des Pères, édition de Cologne, et VAuctuarium d'Aubert Le Mire. Arnon était un homme recommandable par sa piété sa science et son zèle pour la réforme des congrégations des Chanoines réguliers, comme on le voit dans un ouvrage intitulé : Scutum cfmanicorum, où il parle de la façon de vivre, des coutumes et des observances des Chanoines réguliers de son temps. Il y a beaucoup de piété et d'onction dans cet écrit et l'auteur y soutient que l'état de Chanoine régulier peut être aussi parfait que celui de moine. Cfette pièce n'est pas une des moindres publiées dans le V' tome des Mélanges de Raymond J>uolli, Augsbourg, 1723. Arnon mourut au mois de janvier 1180, onze ans environ après son frère Géroch. La Chronique de Reicherspergh le qualiûe d'Aeurfiu$e mémoife.

ARFfOUL, évèque d'Orléans. — L'Eglise d'Orléans, dans un. assez eourt intervalle, posséda deux évéques du nom d'Arnoul :

le premier qui succéda, en 970, à Ermenthée, son oncle ; le second qui fut promu à ce siège vers l'an 086 ; ce qui lait qu'on les a quelquefois confondus. C est iu dernier que nous allons parler. Il était d^ine ancienne noblesse et riche en patrimoine. La seconde année de son épiscopat, Hugues Capet, qui venait d'être sacré à Reims, fit couronner son fils Robert à Orléans, pour lui assurer la succession. Quoique 8éguin archevêque de Sens, fût le prélat consécrateur, il est hors de doute qu'Arnoul eut beaucoup de part à cette cérémonie, qui s'accomplit dans son église cathédrale, le !•' janvier 988. Il se trouva avec le même archevêque au concile qui se tint en 991 dans l'abbaye de Saint-Basle pour la déposition d'Arnoul, archevêque de Reims. Son savoir et son éloquence le firent choisir pour porter la parole et diriger la procédure. Il assista aussi, en 996, à celui de Saint- Denis, où, au lieu de traiter du rétablissement de la discipline, comme on en était convenu, les évoques ne 8'occuj[)èrent que des moyens de reprendre aux moines ou aux laïques les dîmes qu'on leur avait cédées. Il ne se passa rien de plus remarquable sous son épiscopat, et Ton croit généralement qu'il mourut en 997. fl nous reste de lui quelques discours et des lettres.

Discours au concile de Saint^asle, — L'archevêché de Reims étant devenu vacant par Ûmort d'Adalbéron, Arnoulyfils naturel du

roi Lothaire, fut mis i sa place. Quûîme sou élection eût été faite dans les règles, Gerbert d'Aurillac, qu'Adalbéron avait désigné pour son successeur, trouva moyen de la traverser. Oo formula contre Arhoul divers chefs d'accusation, dont un allait jusqu'au eriine de lèse-majesté. Il se tint à ce siget, le 17

Juin de Tan 991, danslabbaye de Saint-Basle« [ quatre lieues de Reims, un concile où se trouvèrent six évoques de cette proviuce, un de la province de Rourges, trois de celle de Lyon, et trois de la province de Sens : entre autres, Arnoul d*Orléans, qui y remplit les fonctions de promoteur. Il ouvrit la séance par une courte exhortation adressée aux évêquesy pour les engager à agir sans passion et avec toute liberté. 11 exposa le motif de la réunion, en disant qu'il s'agissait de savoir si l'arcbevêque AmOul avait, comme on l'en accusait, contribué à faire prendre et piller la ville de Reims. La bonté de cette trahison, poursuit-il, retombe sur Aou^ tous; si nous avons des lois justes, et si nous sommes fidèles à nos princes, nous devons punir selon ces lois un homme si coupable. Ecoutons donc ceux qui ont quel-

3ues plaintes à faire, qui ont été témoins e la cnose, et qui peuvent affirmer commeut elle fOi&i passée, et, les parties entendues, uou^ jtU^erojûis suivant les canons. Avant d'eu venir au jugement, il offrit à quioonaue le voudrai^ la liberté de défendre l'accusé.» L'archevêque de Sens, président du eoncile, ep fit de même ; trois hommes de mérite prirent la défense d^ l'accusé, et citèrent plusieurs fausses décrétâtes à ^on avantage. Leur conclusion était, que l'affaire n'ayant point été portée au salnt-siége, on ne pouvait procéder contre lui définitivement. On soutint, d'autre

fart, cm'elle avait été dénoncée au pape eau XV, et gu'après tout, cette cpn^iaération ne devait point empêcher de procéder au jugement ; sur quoi on allégua ce qui s'^ tait passé en Afrique, dans I affaire a'Apia^ rius. Arnoul d'Orléans, prenant la parole, dit beaucoup de choses, qui, pressées rigoureusement, tendraient au m(^pris du saintsiége, mais qu'on peut excuser en comprenant bien sa pensée, qu'il résume ainsi: « Honorons l'fcrglise romaine, plus que ne le faisaient les évéques d'Afrique, et consultons la comme on l'a fait dans la cause d'Arnoul. Si son jugement est juste, nous le recevrons en paii^ ; s'il ne l'est pa9, nous ferons ce que l'Apôtre ordonne, c'est-i-dire nous n'écouterons pas même un an^e du ciel contre l'fvaugile. Si Rome se t^t, coqame elle le fait à nrésent| nous consulterçus les lois et nous les ferons accomplir. » L'évâque d'Orléans était bien éloigné de faire schisme avec TEglise loipaine, mais il était frappé de deux choses ; du silence du saint-siége dans la cause d'Arnoul de Reims, et des dérèglements de la cour de Rome, qui semblait destituée de tout secours divin et abandonnée à la plus honteuse dépravation. Il voulait parler des scandales de Jean XII et de plusieurs de ses successeurs, « Pourquoi, ditil, met-on sur le premier siège celui qui ue

ARN

MCTHWiNAIRE K PATIUMLOGB.

kW

isériteraU pa>; cadine la dernière place parmi le clergé ? S'il n*a que la science sans cha^ rite, ce n'est qu'un antechrist, assis dans le temple du Seigneur et aV faisant adorer eomœe un dieu ; s'il ne possède ni Tune nî l'autre de ces deui qualités, c*est une idole» et le coosulter, c'est consulter le marbre, • Qoelques adoucissements que Ton apporte aus expressions de 1 orateur, elles passeront toujours pour peu ménagées. Elles firent néanmoins impression sur l'esprit des dé* fenseura d*Arnouli qui l'abandonnèrent.

L'archevêque a'avouA eoupable ; on le dé* posa ; Gerbert fut mis à sa place, mais easuit« ebassé de Heims« et Arnoul rétabli. Araool d'Orléans, qui fut Tâme de ce con«r cilé, passait pour un prélat respectable par son savoir, par sa vertu et par son attachement AUX règles de la discipline ecclésiastÎT que. C'est le témoignage que lui rend Aimoin» moine de Fleury, témoignage d'autant moins suspect, qu'il n'avait i)as lieu d'être ooBleot de eet évêque, dont il connaissait Téloiipi^liieDt pour Abbop, s<hi abbé, et pour les «Btree supérieurs de ce monastère.

ARNOUL de Reims.— Arnoul était dis naturel du roi Lothaire. Destiné à l'état ecclésiastique, il fut j^lacé dans le clergé deLaon, et devint chanoine de la cathédfrale. Quelque temps après la mort d'Adalbéron, arrivée en janvier M8, il fut choisi, quoique jeune encore, pour le remplacer sur le siège de Reims. L'acte de son élection fait son éloge, sans néanmoins dissimuler le vice de ^ naissance. Il prit parti en faveur du prince Charles, son oncle, contre Hugues Capet, qui s'était emparé de la couronne. Accusé de révolte et de trahison , il fut déposé dans un concile, oue Hugues convoqua a l'abba ve de Saint-Basle et relégué à Orléans. Gerbert, ordonné à sa place , occupa son siège pen« dant quelques années ; mais, devenu pape, à la mort de Hugues Capet, son premier soin fut de réintégrer son ancien compétiteur, arnoul continua de gouverner son église assez paisiblement jusqu'au 11 mars 1023, qu'il mourut.

Ce qui nous reste de ses écrits n'a de vih* leur que comme pièces originales pour ser^ vir à l'histoire de son temps* Nous avons de lui : r son serment de fidélité au roi Hugues. 11 eat oonçu en termes digneSi et pourrait servir de modèle en pareille occasion. ST Uil décret d*eicommunioaiion contre ceux qui avaient pillé Tégiise et h ville de Reims , jusqu'à ee qu'ils eussent restitué. La pièce,

Îuoiqtie d'un style véhément* est assez bien m\i pour son é|>oque. Arraoul la publia pour se justifier de l'accusation d'avoir livré sa ville. Cette pièce en attira une autre dans le mA«M) genre de la part des évôciues de la

I province, afin d'appuyer la justification de sur métropolitain ; puis , comme un titre en bonne lorme de 1 inconstance humaine , on retrouve aussi une autre pièce que les mêmes prélats adressèrent au pape Jean XV pour appuyer les plaintes de Hugues Capet contre l^rehevèque Arnoul. 3* U nous reste

encore l'acte de renonciation, par lequel U f^ reconnaît indigne de l'épiscopat et consent qu'un autre soit élu à sa place. Il est fait aur le modèle de celui qu'Ebbon, un de ses prér décesseurs, donna ensemhlableeircoostanee, 4* Les écrits que publia Gerbert pour la dé? lanse de «a eausot suppo^^nt qu'Amoul en fit autant de son côte ; mais il ne nous ei| reste plus rien. Seulement il 7 a deux de aea lettres parmi celles de Gerbert, et une tpoi*» sième qu'Uariulpbe a Ait entrer dans iàChr0w fiiQue de SairU'idquier. Elle est adressée k l'abbé Ingelard et lui ea^ fort honorable.

ARNOUL, Milanais de naissance, était, comme il dit lui-même, petit*neveu du frère de l'archevêque Arnoul, qui occupait le siège de Milan sous le règne du grand Otton. n florissait sous le pontificat de Grégoire VII, et tenait, avec beaucoup d'autres, le parti des prêtres mariés ç mais il changea depuis de sentiment, et rétracta ee que la contagion des temps lui avait fait dire de moins mesuré sur cette matière. Il écrivit d'un style sim-

f>]e et correct VHistoire de Milan, en quatre ivres, qui renferment Pespace de cent cin- Îuante-deux ans, depuis l'avénepient de [uffues, roi de Bourgogne, ai^ gouvernement de rltaiie, en 035, iusqu'en iOVA. Ainsi l'on y trouve les démêlés de Henri IV, roi de Germanie, avec le pape Grégoire VII ; la destitution de ce prince, et l'élection de Rodolphe, il parle avec respect de ce pontifb , et, déplorant le schisme qui divisait alors les chrétiens, il en rejette la cause sur la désobéissance h l'Edise romaine, qui, dit-il^ n'est jamais tombée dans Terreur, depuis le moment où Jésus-Christ a dit à saint Pierre : Toi prié pour voui, afin quê ^otre foi m faillU jamaU, D'où il conclut que celui qui tient une doctrine contraire a l'Ej^ise romainf n'est pas catholique. Le premier évêque df Milan dont il fait l'histoire est Ardene, qui gouverna cette Eglise pendant tingt-deux ans ; mais au dernier chapitre du iv* livre U fait remonter la fondation de ce siège jusqu'à l'apêtre saint Barnabe. U allègue, pour sou» tenir cette prétention, la lettre supposée de saint Jérôme àCromace, et les faux iie^ai dei apélrtê , sous le nom de Dorothée, dis* eiple de saint Denis l'Aréopagite. Muratoii a rait réimprimer l'ouvrage a'Arnoul dans If tome IV de son Recueillatin des écrivains qui ont travaillé à l'histoire d'Italie.

ARNOUL, moine de âaint-Aodré i'hrU ffnon, au xi' siècle, se rendit recommanda''ble par divers ouvrages de littérature- Lv

fremier est une Chronologie qui eofammt^ la création du monde. Arnoul coiBote de là jusqu'à la venue de Jésus-Christ |Kj2S ans ; depuis la naissance du Sauveur iusau'è la

Îuatrième année du règne de Lbafle# 1« bauve, 8M ans, et de pette année jusqu*à celle où il écrivait, 172 ans ; ce qui revient a l'an 1026, époque de la mort de la comtesse Adalai, femme de Guillaume, comte de Pro^ vence et belle-mère du roi Robert. Son second écrit est un Martyrologe ou calendrier. Le troisième est un traité aes poids et doft

ARN

ARN

mesures, où il dit que la livre est de douze onces, et qu'elle pèse vingt sous; ce qui peut Servir à faire comprendre ce qu'on lit dans les Actes dû concile d'Aix-la-Chapelle , en 817, gue la livre de pain assignée par la règle de saint Benoit à un moine pour chaque jour devait peser trente sous. A l'égard des nourritures liquides, Arnoul dit que l'hémine de vin, dont il est parlé dans la même règle, pesait une livre selon quelques-uns, et selon d'autres une livre et demie. II traitait dans wn quatrième ouvrage des auteurs que l'on devait admettre ou rejeter , selon le décret du papeGélase. Il en avait écrit un cinquième sur le solstice , et un sixième sur le jour de la passion et de la mort de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Aucun de ces ouvrages n'a encore été rendu public. Sigebert attribue à un moine nommé Arnoul un recueil en vers des plus belles sentences de Salomon , dont il donnait le sens littéral et spirituel. On ne sait si c'est le môme que le moine de Saint-* André d'Avignon.

' AUNOUl. de Lisieux. — Arnoul, connu dans rbistoire par ses écrits, par sa grande expérience dans la conduite des affaires, et

£ar la faveur dont il jouit auprès du roi [enri II d'Angleterre, fut d'abord archidiacre de Séez, puis évèque de Lisieux, en lihi. Quoique neveu de Tévèque Jean, il fut néanmoins jiroclamé $on successeur, par le clergé et par le peuple, qui n'eurent égard dans cette élection qu à l'intégrité des mœurs et à la capacité du candidat de leur choix. Aussi, malgré, les oppositions de Geoffroi, comte d'Anjou, son élection, patronnée par Pierre le vénérable et par saint Bernard, fut-elle confirmée par le pape Innocent II, et Arnoul resta paisible possesseur de sou siège. Six ans plus tard, il entreprit le voyage d'outre-mer avec le roi Louis le Jeune, et fut de retour en IIW. Il assista, en 1154, au couronnement d'Henri II, et ne contribua pas peu à le retenir dans les sentiments de Torihodoxie, à une époque où l'empereur Frédéric prenait le parti de l'antipape Octavieii, contre Alexandre III, récemment élevé sur le siège de saint Pierre. Arnoul se trouva au concile que ce pape convoqua à ïours, en 1163, et nit même chargé d'en faire l'ouverture par un discours, dans lequel il exhorta les évolues à se déclarer courageusement pour l'unité de l'Eglise contre les schismatiques, et pour sa liberté contre les tyrans qui l'opprimaient. Arnoul voulut profiter de la bienveillance dont l'honorait Henri II, pour le réconcilier avec saint Thomas de Cantorbéry, mais ses efforts furent inutiles, et nous voyons qu*à la conférence qui se tint à Chinon, en 1166, il conseilla à ce prince d'éviter l'interdit de son royaume et l'excommunication de sa personne, en faisant un appel au pape. Le cha-' grin qu'il ressentit de cette division imtre le roi et le premier prélat d'Angleterre lui inspira la résolution de se retirer dans un monastère, projet qu'il n'exécuta que quelque»» r.nnées plus tard, en se faisant chanoine ré- IfUlier de Saint-Victor, de Paris, où il mou-

rut, le 31 août 1182. Arnoul a laissé plusieurs ouvrages, dont nous allons essayer de donner une idée, par une rapide analyse.

Traité du fchisme — Apres la mort d'Honorius II, arrivée le \k février 1130, on lui donna pour successeur Grégoire, cardinal de Saint-Ange, qui prit le nom d'Innocent II. Son élection, traversée par celle de Tanti-

f)ape Anaclet II, occasionna un schisme dans 'Eglise. Arnoul, qui n'était encore qu'archidiacre de Séez, étudiait alors en Italie les lois romaines. Son attachement à l'Eglise et les bienfaits qu'il avait reçus du pape Innocent et de Geoffroi de Chartres, légat du saintsiége, rengagèrent à défendre son élection, et à s'élever contre Girard, évèque d'Angoulème, qui favorisait en France le parti d'Anaclet. Arnoul fait une peinture très-vive des désordres de la vie de cet évèque, des défauts de son élection, de ses rapmes, de ses exactions pendant son épiscopat, de ses ordinations simoniaques, de ses excès dans la promotion de ses parents aux dignités de TEglise dont ils étaient indignes, de sa négligence à punir les crimes scandaleux et punlics de quelques-uns de ses clercs» de son avarice, qu'il trouvait moyen de satisfaire en abusant de l'autorité que lui donnait sa qualité de légat. Il dépeint avec des couleurs plus sombres encore la vie de Pierre de Léon ou de l'antipape Anaclet, et il la montre souillée de tant de crimes, qu'on le regardait comme l'Antéchrist, parce qu*il était né d'un père iuif, et qu'on doutait qu'il fût lui-même chrétien. Venant ensuite au

Sape Innocent II, Arnoul relève la probité e SOS mœurs, et surtout sa modestie, dont il donna des preuves écalatantes en refusant constamment le suprême pontificat, jusqu'à ce qu'il fût forcé de l'accepter. Il démontre la canonjcité de son élection, que Girard d'Angoulème proclama lui-même dans une lettre écrite pour le complimenter de son intronisation. Il eyoute que c'est le refus d'Innocent II de le confirmer dans sa charge de légat qui détermina Gérard à se joindre aux schismatiques, et à se déclarer hautement en faveur de l'antipape Anaclet. Il parle de ses intrigues auprès aes princes et des évêques, pour lui gagner des partisans parmi les peuples qui leur étaient soumis, et il n'oublie pas surtout de reprocher à Gérard son intrusion sur le sié^e archiépiscopal de Bordeaux, où il n'avait été appelé ni par le clergé ni par le peuple. Parmi les reli-

f^ieux qui se déclarèrent constamment pour e pape Innocent II, il met les Chartreux, les Cisterciens et les Clunistes, et suppose yisiblement qu'il était reconnu des rois, des empereurs, des princes et de presque tout l'unir vers.

Sermons. — Arnoul a laissé des sermons qui ne sont inférieurs à aucun de ceux publiés dans un temps où l'art oratoire se trouvait comme absorbé par les questions de la théologie. Voici quelques aperçus d'un discours sur l'Annonciation. Aussitôt qu'elle eut donné son consentement aux paroles, de l'ange, la Vierge se trouva purifiée du péché

Ma

ARN

ARN

originel et même des autres péchés, si elle pouvait en avoir commis auelques-uns ; aQn qu'avant recouvré dans rinnocence la dignité de la première création, la nature divine pût s*uuir à la nature humaine puriûée de toute souillure. Il ajoute que, bien loin de souffrir quelque atteinte dans sa virginité par la conception etrenfantement, cette mère de Dieu fut élevée à un degré d'honneur d'autant plus parfait que sa conception était plus miraculeuse ; Dieu ayant ajouté à Thonneur de la virginité qu'elle avait conservée, celui de la fécondité, par un miracle dont lui seul possède le secret. Il enseigne que l'union personnelle des deux natures en Jésus-Christ s'est accomplie sans mélange ni confusion ; elles sont demeurées substantiellement les mêmes après comme avant l'union. Quoique Tincarnation soit l'ouvrage des trois personnes de la Trinité, la seconde seule s*est incarnée; quand on dit de Jésus- Christ des choses qui paraissent incompatibles, il faut l'expliquer par la distinction des natures, en attribuant à l'humanité les faiblesses humaines, et à la divinité, la majesté des opérations divines. Il dit qu'encore qu'il n'ait pas été consommé, le mariage de la sainte Vierge avec saint Joseph ne laissait pas d'être véritable, parce que l'essence du mariage consiste dans l'union des volontés et le consentement mutuel des époux. Il ap-

Eorte l'exemple de sainte Cécile et de Tiurce, qui de concert vécurent dans le célibat après le mariage.

Lettres. — Il reste d'Arnoul un grand nom* bre de lettres, écrites avec élégance; nous en mentionnerons seulement quelques-unes, choisissant depréférence celles qui ont trait à l'histoire de son temps.

A saint Thomas de Cantorbéry. — Vivement affligé de la division qui existait entre le roi Henri II et saint Thomas de Cantorbéry, il écrivit à ce pieux archevêque une très-longue lettre, où, après lui avoir donné des avis sur la manière dont il devait se conduire pour recouvrer les bonnes grâces de son souverain, il lui dit : « Pour moi, je vous servirai fidèlement et avec affection, sachant que vous sacriQez votre fortune et votre personne pour l'intérêt de vos frères; mais il faudra d*abord témoigner que je vous suis contraire, parce que si je paraissais votre ami, je ne serais m cru ni écouté. La dissimulation sera un moyen de vous servir plus utilement. 9 Dans une lettre adressée au pape Alexandre III, il l'assura que la puissance séculière n'avait eu aucune part à l'élection de cet archevêque, et que ses mérites seuls l'avaient porté sur le siège de Cantorbéry.

A Henri II d'Angleterre. — Le zèle qu'il avait témoigné pour la défense du saint archevêque de Cantorbéry bii avait fait perdre la faveur du monarque anglais ; quoique déjà avancé en âge, Arnoul lui écrivit pour Im redemander sa bienveillance. Il le fait souvenir que tant qu'il avait suivi ses conseils il avait été obéi el respecté de ses sujets, et que son royaume s'était maintenu dans une tranquillité parfaite, parce qu'alprs la

raison, la justice et \a miséricorde dirigeaient toutes ses actions ; mais que depuis qu'il s'était livré aux conseils des flatteurs, il n'avait connu d'autres lois que sa volonté, eu plutôt qu'il avait subi la ^volonté des autres, en croyant accomplir la sienne. Il leur repré*sente que Dieu n'a donné aux rois la puissance et les richesses que pour la garde et la défense des peuples, et non pour user de vio* lence «contre eux.

A Gilles, archevêque de Rotien. — Gilles , archevêque de Rouen, avait prié Arnoul de recueillir les lettres qu'il avait écrites à diverses personnes. Arnoul lui réjiondit que ce n'était qu'avec peine qu'il lui accordait sa demande, dans la crainte de s'attirer le mé-

f^ris du public , qui ne manquerait pas de 'accuser de vanité el d'aveuglement en publiant des lettres qui ne méritaient pas de voir le jour. Comme il n'en avait conservé aucune copie , il fut obligé de redemander les originaux. Il convient que les lettres

au'il avait écrites dans sa jeunesse étaient 'un style plus châtié, plus limpide, plus élégant , plus sentenlieux ; mais que , dans un âge plus avancé, il s'était moins appliqué à'orner ses lettres de figures qu'à les rendre utiles, comme il convenait à un évêque, qui ne doit jamais oublier la fin de sa vocation. Il ajoute que, dans la vieillesse , l'esprit est plus lent et moins fécond , surtout quand il s'agit d'écrire à des personnes élevées, ou de traiter sérieusement des questions d'affaires.

Aux évéques d^ Angleterre. — Nous avons dit ailleurs qu'aussitôt qu'il eut appris la promotion d'Alexandre lli , l'évêque de Lisieux lui adressa une lettre de félicita tion , dans laquelle il le reconnaît pour le vicaire de saint Pierre , l'évêque et le pasteur de tous ceux qui portent le nom de chrétiens. Alexandre , sensible à cet acte de bon vouloir, en remercia Arnoul, en le priant de lui continuer ses soins auprès du roi d'Angleterre, des évoques et des seigneurs du pays. Arnoul écrivit donc aux évoques anglais, pour leur faire connaître la canonicité de l'élection d'Alexandre III. Il en détailla toutes les circonstances , en les rapprochant de celles qui signalèrent l'élection de l'antipape Octavien. On trouvait réunies dans Alexandre toutes les qualités personnelles nécessaires à un pape , de la naissance , du savoir, l'assemblage de toutes les vertus. Elu dans les règles , il fut ordonné par révê<iae d'Ostie , à qui cette consécration appartient de droit. Il fut reconnu par les cardinaux et par les évoques qui remplissaient les fonctions de légats auprès des diverses na* tiens. Toute r£glise jouirait d'une paix complète, si Octavien ne s'était mis sous la protection de l'empereur Frédéric , qu'il savait disposé à le soutenir. En effet , ajoute Arnoul, ce prince saisit avec empressement cette occasion , tant cherchée par ses prédé-* cesseurs , de soumettre l'Eglise romaine à leur empire; c'est pour cela qu'ils ont favorisé la^s schismatiques et excité des séditions dans Rome. Il montre ensuite qu'on ne pour*

ftRN

mctlÔNNAIRE fiË l^AtROLOGffi.

AftN

itk\i f 6ooofiattr« Ootutiéfi pour paM « pui^ (tu'il n'avait été élti due par un eréque et deux cardinaux ; ({u il avait pris de lui'tnéuid les ornements pontificaux ^ avait employé la violence pour s'asseoir le premier dans la ebaire pontificale , et s'emparer du palais i qu'il li'avait été consacré qu'en pré' aence d'un petit nombre de personnel, et par des évéques mendiés de tous les cAtés» Aussi 9 manquant de confiance en sa cause,* il avait constitué l'empereur arbitre absolu de sa destinée ; en recevant, par l'anneau et le bAton, Tinvestiture de ses mains, il avait fait triompher l'empire du sacerdoce. C'est donc en vain qu'on faisait valoir pour son élection le concile de Pavie, puisque les évoques! nV avaient eu aucune liberté , qu'on n'y avait produit que des mensonges, et qu'on n'avait pu y rendre valide une élection Vicieuse dans son principe. II oppose à ce con^ ciliabule les assemblées tenues en France

Sont la réception du pape Alexandre , et il it k cette occasion * « Béni soit Dieu qui , comme toujours, a accordé à l'Eglise de France la grâce de reconnaître là vérité » et de ne pas s'écarter du chemin de la justice I • Enfin I il dit aux évèqued d'Angleterre que , bien que le roi eût reconnu dès le commencement le pape Alexandre, cependant il ne voulait publier d'édit à ce su-* jet qu'après les avoir consultés.

A Amauld^ àbbé de Bonnevat. — Ce oue dit t'évêque de Lisieux dans sa lettre à Arnauld, aboé de Bonneval, sur le sacrifice de la messe» mérite d'être ra{)porté. « On ne

g eut rieù offrir de plus précieux que )ésus^ hrist, rien de plus efficace que ce sacrifice» rien de plus utile à celui gui l'offre et à ce^^ lui pour qui il est offert, a nioins que Tindignité des personnes ne le rende inutile par l'opposition de leurs mÈufi à la dignité de ee sacrifice. U faut que celui qui Toffre ait lés mains pures, de peur que celui qui est digne de toute vénération ne soit imftiolé pour ud Vil prix; mais il ftut aussi

^e eelai pour qui il est offert ëU reconnaisse valeur par su foi, qu'il Taime, qu'il lé délire, qu'il en fasse Un sacrifice de propitiatiou, qui lui ddUné confiance d'obtenir de tfieu grâce et miséricorde. Par la réunion de ee$ dispositions saintes dans les deux par-* tleSi lé saérifice est utile & l'un et à l'autre, et ft arrive que ceux qui l'offrent pour les autres l'oSTént aussi pour eux^^émes. Qu'il est Kand ce Irienfait qui profite k celui qui le çoil et à eeltii qui le doune 1 Quelque étendue que èoil la eharité du prêtre envers Mrtatnea personnes, le sacrifice qu'U offre «at tout entier pour tous, et tout entier pour ébacun. Quuique communiqué k plusieurs, aon intégrité n'en esit pas divisée, ni sa vertu dlrtftnuée parce qu'un grand nortihré y parti* eipe. Il eat tout a vous et tout à moi. le l'ai mért tout entier pour tous, et je l'ai néaninotna réservé tout entier pour mon utilité partiifttlière. *

Poésiei fAmoul. — L'évêque de Lisieux •'occupait quelquefois de poésies, et plu- Hmêtê d0 aea poéfiieè aoBt arrivé» jusqu'à

nous. Le premfer est âur ié nativité de Jésus- Christ, et les autres sur différentes matières qui n'ont que peu ou point de rapport k la religion, comme sur le chang«)ment de# saisons, sur le retour du printemps ; celui qui est adressé k deux jeunes amants pèche par trop de liberté ; c'est apparemment un des fruits de la jeunesse de l'auteur. Arnoul composa aussi diverses épitaphes, ertre autres, pour le roi Henri, pour l'Impératrice Mathilde, pour Algar, évêque de Constance* et Hugues , archevêque de Rouen L'épigramme sur Jésus^hrist attaché à la croix est en quatre vers élégiaques. Dans une autre, qui couronne ses œuvres poétiques, il affirme ingénument, en parlant oe lui-même, qu'en Normandie il passait pour un poète célèbre, mais qu'en France on convenait généralement qu il n'avait pas son semblable. Il est vrai que c'est à son neveu qu'il fait cette confidence, et le titre de poète qu'il lui donne devait lui faire trouver tout simple ce que nous regardons, nous, comme une exagération. Du reste, son vers a de la dignité, et, quoique plus gêné, le talent s'y révélé comme dans tous ses écrits. Il sufQt de parcourir ses ouvrages pour y retrourer partout, sous l'élégance du style, les traces d'un esprit fin, délicat et pénétrant. Ses Œuvres ont été imprimées dans la Bibliothèque dé$

ARNOULD, célèbre prédicateur flamand, remarquable par l'austérité de sa vie, par la singularité de son costume, mais plus encore par son savoir et le succès de ses prédications. A l'arinoiice de la grande croisade^ Il se sentit inspiré de marcher sur les traces de saint Bernard, pour exhorter les peuples de la France et dé TAIlemagne & s'enrôler dans cette sainte milice. Comme il ignorait également les langues romance et tudesoue, il prit avec lui Lambert, abbé de Oembioui, qui expliquait au peuple, dans la lanffue du pays, ce qu'il disait eil hitin. Les émisés s'étant partagés, les uns pour aller en Palestine, les autres pour aller combattre les Maures d'Espagne , Arnould suivit ces derniers, qui étaient commandés par le comte Arnoul d'Archost. Le principal fruit de leur expédition fut la prise de Lisbonne, qu'ils emportèrent le 21 octobre llW. Notre

Srédicateur envoya la relation de ce Siège & lilon, évêque de Térouaile, dans une lettre ^ue âétû Hartenfie a publiée au tome 1** de aa grande collection , sur deux manuscrits, Tun d'Ancbin, et l'autre de Genîbloux-

On y voit gue l'armée chrétienne, cowpoaée de Lorrains, de Flamands et d Anglais»

Se rassembfa en Angleterre, d'où elle partit ^ Vendredi des Rogations, le 23 mal de cette année-là, sur une flotte de 200 voiles qu'une Violente tempête sépara aprè^ quelques jours de navigation. Environ cinquante vaisseaut, au nombre desquels se trouvait celui que montait notre auteur, abordèrent le 31 mai dans un port d*Espagne appelé Goz2em. Là, après trois jours de repos, ils s'embarquèrent et touchèrent à un tnir^ port nommé . Tiver< Us reoiiraat k lA toile l^ fetidredi

ARN

AlOI

ayant la Pentecôte, et Tinrent débarc^er a a port de Fambré, qui n'est ou à huit milles de Saini-'Jaeques en («alice. Ils se rendirent incontinent à ce lieu célèbre, four j passer la solennité. Huit jours après, ils remontèrent aur leurs vaisseaui, et allèrent attendre le reste de la flotte à Portngalette, rille située à remboocluire da Douro. Pendant onze

Curs que dura leur station, TéTêque du lieu ur foomit abondamment les Titres et les autres choses dont ils avaient besoin. Enfin , toute la flotte se trouvant réunie, on fit Toile ters Lisloonne^ devant laquelle on arriva le S8 juin, veille de la fêle des apôtres saint Pierre et saint Paul. Dès le même jour, le roi ^d*£spagne, Alphonse Henriquès, parut en Sue de la place avec son armée de terre. On opéra la descente aussitôt, et le l*' juillet, les faubourgs étaient emportés ; mais dans le cours du mois on livra à la ville plusieurs assauts, sans obtenir beaucoup de succès. L*avantase de son assiette, la bonté et la fiolidiié de ses fortifications , et le courage des assiégés, menaçaient les croisés d*une longue résistance, sans même leur promettre une victoire bien certaine. Ces. pronostics, loin de les abattre, stimulèrent leurs efforts et doublèrent leur industrie. Ils ima-

Sinèrent de construire deui grandes tours e bois sur les bords dd fleuve, Tune à ¥o* rient de la ville, où les Flamands se logé* rent, et Tautre à Toccident, occupée par les Anglais. Outre cela, ils élevèrent quatre poDts appuyés sur chacun sii vaisseaux, d*où Ton pouvait passer sur les murs de la place. Les assiégés, dans leurs sorties, mi-« liaient une ^rlie de ces ouvrages, mais heu* reusement iU étaient réparés presque aas^ sitôt. Enfin, après quatre mois de siéçe, une mine a^ant f.<it sauter deux cents pieds do muraihe, les croisés, encouragés par le rot d'Espagne, firent etTort pour entrer par la brèche. Le combat fut vii et opiniâtre, mais les assiégés, épuisés de fatigues et à tx)ut de ressriurce>, demandèrent à capituler, le 21 octobre, jour de la fête de sainte Ursule. La proposition fut acce(»tée et les conditions furent que la ville demeurerait au roi d'Espagne, et la butin aux croisés.

Tel est le précis de la relation d'Arnould, différente de celte de Robert du Hont, adoptée par Pleurj dans son Bistoire eeclisia^ itque. Celle-ci fait attaquer la ville par les croisés de d «ssus leurs vaisseaux, tandis que le roi d'Espagne Tassiéi^eail par terre. Notre auteur, au contraire, témoin oculaire des faits, atteste que les croisés, débarauant aussitôt après leur arrivée, placèrent leurs tentes dans la campagne, et tirent sur terre, avec les Espagnols, presque toutes les opérations du siège.

ARNULPHE, évdqoe de Rochester, sous le règne de Henri I", était né à Beauvais, vers Tao IMO. Après avoir été assez longtemps moine dans Fatibave de Saint-Lucienà Beauvais, voyant qu'il ne pouvait ni corriger ni supporter certains dérèglements, il pensa a aller a*éiid)lir âillMff ; mak avant de faire

cette démarche, il consulta Lanfrauc, qu*il avait eu pour maître à labbaye du Bec. Cet archevêque, qui oonnaissait ses talents, lui persuada de venir à Canlorbérjr. 11 j fut fait prieur du monastère de Saint-Augustin, par saint Anselme, successeur de Laruranc, ensuite abbé de Burck, et euQo évèque de Rochester en 1114. U donna dans tous ces ofli* ces des preuves de sa prudence et de sa probité. Son épiscopat fut de neuf ans et quel* Îues jours, et il mourut au mois de mars 124, Âgé de quaire-vinçt-quatre ans.

On lui attribue une Histoire de Téglise de Bochester, connue sous le titre de Textus Koffensiê; il n*en reste qu*un extrait, publié par Warton, dans son Anglia sacra. Nous ne connaissons d'ArnuIphe que deux lettres as^ sez longues pour mériter le titre de traités. La première est adressée à Walquelin, évoque de Windsor. Dans une conférence qiTils avaient eue ensemble à Cantorbéry, Arnul* phe avait soutenu, malgré les objections de Ce prélat, qu'une femme, coupable d'adultère avec le fils de son mari devait en être séna* rée; et il avait appuyé son sentiment de 1 autorité des Pères, des conciles, des livres pénitentiels et des usages de TEglise. Walque« lin s'en tenait aux paroles de I Evanxile et de saint Paul, prétendant qu'elles décidaient en sa faveur. Contents l'un et l'autre de leurs preuves, ils s'étaient séparés sans avoir résolu la question. Amulpnc la reprit par écrit, et prouva que les passages de l'Ecriture al* légués par Walquelin ne devaient s'entendre que d'une séparation volontaire entre deux personnes qui n'étaient pas coupables d'adultère, séparation qui ne pouvait s'accomplir Sue sur le consentement réciproque des eux partis. Venant ensuite aux preuves de sa proposition, il cite les décrets des conciles de Mayence , de Verberie , de Tribar, les épitres décrétâtes des papes Innocent et Cé« lestin I", et la coutume ae l'Eglise^ qu'on ne peut, selon saint Au^stin, violer sans péché, il s'objecte çixxe le mari étant innocent, il y aurait injustice à le séparer de sa femme pour une faute commise avec son lils^ Mais il répond que l'homme et la femme n'étant gru'on corps et qu'une chair par leur union, its méritent d'être punis dans ce qui fait qu'ils ne sont qu'un ; car, selon saint Augustm, non-seulement il est permis à un mari de se séparer de sa femme, lorsqu'elle est tombée en fornication, mais il le doit mômet de peur qu'à son exemple il ne tombe à son tour. Cela n'est pas contraire au conseil que VA\i6ire donne au mari tidèle de demeurer avec sa femme infidèle, parce que ce conseil n'impose aucune nécessité au mari ; le même apôtre ayant dit que celui qui s'unit à une adultère devient un même corps avec elle, il suit de là que la femme dont il est question étant devenue par l'adultère un même corps avec le fils de son mari ; ce mari en habitant avec elle habitera en même temps avec sa femme et sa fille. U cite l'exemple de David qui ne voulut plus connaître »e9 conctibines aprè^ qu'elles eurent eu com~

merco atec son fils Absalon.

ARN

ARS

La seconde lettre d'Arnulphe est une réponse à cina questions que Lambert, abbé de Munster, lui avait adressées sur l'eucharistie. Voici la première de ces questions : Pourquoi donnait-on alors aux communiants Thostie trempée dans Je sang, puisque Jesus^brist avait donné à ses apôtres son corps et son sang séparément ? Arnuiphe répond que Jésus-€hrist étant venu pour le salut des hommes, a enseigné à ses apôtres, de vive voix ou par son exemple, ce qui était nécessaire pour la réparation de l'humanité, mais qu'a n'en a pas prescrit la manière, laissant à son Eglise le pouvoir de la déterminer. Ainsi, en ordonnant le baptême, il n'a pas dit : Vous baptiserez de cette façon ; vous plongerez une fois, ou vous plongerez trois fois ; vous ferez le scrutin ; vous consacrerez le chrême ; mais il a dit seulemont : AlleZf baptisez toutes les nations^ au nom du Père, au Fils et du Saint-Esprit. D'où il suit que, pourvu que l'on baptise, la manière de baptiser peut varier, soit par raison de nécessité, soit par raison de décence. La façon d'administrer les sacrements a varié avec les époques et suivant les besoins des temps ; les sacrements sont toujours restés les mêmes. 11 donne pour raison de la coutume introduite alors, de tremper l'eucharistie dans le sang de Jésus- Christ, la crainte bien fondée qu'il n'arrivât quelque accident, lorsque le prêtre donnait le calice à une grande multitude. Il ajoute qu'on ne doit pas appréhender d'imi* ter Judas, à qui le Sauveur donna un morceau de pain trempé, puisque ce fait n'a aucun rapport à la communion eucharistique. La seconde question était de savoir pour-

auoi l'on met la quatrième partie de l'hostie ans le calice? Arnuiphe répond que la. coutume n'est pas de mettre la quatrième, mais la troisième partie de l'hostie dans le calice, parce qu'on la partage, non en quatre mais

brant, le diacre et le sous-diacre. Le consécrateur prend dans le calice la partie qui lui arrive, et il réserve sur la patène les deux autres parties pour ses deux ministres , s'ils sont présents ; dans leur absence, il absorbe l'hostie tout entière. La division do l'hostie en trois peut encore figurer le corps mystique de Jésus-Christ ; c'est-à-dire, l'Église composée de trois ordres, du clergé , des veuves et des personnes mariées ; ou les trois personnes de la Trinité; ou les trois états da Jésus-Christ, sur la terre, au tombeau et dans le ciel. Lambert demandait, en troisième lieu,

Sourquoi l'on recevait le sang de Jésushrist séparément de son corps, et son corps séparément de son sang ? ^ ATnulphe ré-

Eond qu'on le fait ainsi pour imiter Jésushrist lui-même, qui, dans l'Evangile, propose la communion de son corps séj^arément de celle de son sang. Cependant il ne laisse pas d'être vrai que nous recevons Jésus-Cbrist tout entier sous chaque espèce,

son sang avec son corps, et son corps avec son sang.

Voici la quatrième question : Reçoit-on, dans l'eucharistie, l'Ame avec le corps de Jésus-Christ? — Arnuiphe, en y répondant, rejette les vaines subtilités que la vanité, plutôt que l'amour de la religion, faisait naître à propos des sacrements. Il veut qu'aa lieu de perdre son temps en disputes, on croie sans hésiter que 1 eucharistie est le corps et le sang de Jésus-Christ, puisqu'il l'a dit lui-même, et qu'étant la venté il n'a pu mentir. N'a-t-il pu accomplir, comme toulpuissant, ce qui est au-dessus des lumières de notre raison? Au corltraire, c'est même pour cela que l'eucharistie est appelée un mystère de foi, parce que la foi seule en pénètre le secret. C'est donc sans raison que l'on demande si la chair de Jésus-Christ dans l'eucharistie est morte ou immortelle ; si elle est animée, ou si elle ne Test pas? La question est aussi oiseuse et aussi vaine que si l'on demandait aux fidèles si l'hostie consacrée où nous voyons toutes les apparences du pain est bien réellementdu pain. rCa-t-on pas répondu à tout quand on a dit que Jésus-Cnrist est tout seul, et qu'il est tout en« tier dans l'eucharistie ?

La cinquième question regarde le sens de ces paroles du prophète : Qui sait si Dieu ne changera pas, et s'il ne pardonnera pas; sHt ne laissera point après lui de bénédiction? — Arnuiphe mit voir par les paroles du même prophète Joël, qui précèdent immédiatement celles que nous venons de rapporter, que le changement de Dieu consiste dans le pardon qu'il accorde au pécheur converti. Par la bénédiction qu'il laisse après lui, il faut entendre la paix et la grAce qu'il donne à ceux qui le suivent et oui accomplissent sa volonté.

Ces deux lettres ' d'Arnulphe sentent le disciple de Lanfranc; elles sont écrites d'un style clair, précis, qui ne manque ni d'élé* gance ni de solidité. Dom Luc d'Achéry les a insérées toutes les deux dans le tome II de son Spicilége.

ARSÈNE (saint}, anachorète d'Egypte, naquit à Rome vers la fin du iv* siècle, d'une famille alliée à plusieurs sénateurs. Dès son enfance, il se montra plein d'ardeur pour^ l'étude et pour la pratique de la vertu, et se. rendit bientôt habile dans la connaissance des auteurs grecs et latins et de. l'Histoire sainte. Ayant embrassé l'état ecclésiastique, il fut ordonné diacre et vécut longtemps dans la retraite ; mais l'empereur Théodose cherchant un gouverneur pour l'éducation de ses enfants, son choix tomba sur Arsène, qui fut élevé à la dignité de sénateur, et nommé tuteur des ieunes princes. L'empereur voulut qu'Arsène eût un grand train et cent domestiques richement vêtus furent attachés à son service. Un jour que Théodose était allé voir les jeunes princes pendant leurs études, il les trouva assis, tandis qu'Arsène était debout devant eux. Il fit de vifs ' reproches , à . ses enfants , les dépouilla p

ARS

ARS

pour quelque temps /des marques de leur dignité, et ordonna que pendant leurs leçons ils fussent debout et Arsène assis. Mais tous ces honneurs ne remplissaient pas Je cœur d*Arsène. Doué d'une Ame vive et tendre, et peut'-étre en secret tourmenté par une passion que sa piété cherchait à étouffer, il ne soupirait qu après la solitude. Un jour Arcadms, un des enfants de Théodose , ayant commis une faute, Arsène voulut Ten punir; mais le jeune prince n'en devint que plus indocile et plus opiniâtre. Arsène profita de cette occasion pour quitter la cour; il s*embarqua secrètement sur un vaisseau qui faisait voile pour Alexandrie, d'où il se rendit dans le désert de Scété pour y vivre en anachorète. L'empire romain s'ecroulait sous les coups oes barbares; le monde était ravagé par tous les genres de fléauK, et ne présentait partout que le spectacle de la plus honteuse barbarie. Dans cet affreux désordre, beaucoup de chrétiens oublièrent ces paroles de l'Ecriture : // n'est pas bon que Vhomme soit seulj et se réfugièrent dans les lieux écartés. Lorsque Arsène arriva dans le désert de Scété, et qu'il parla de la cour de Const^ntinople aux anachorètes depuis longtemps retirés du monde, il leur causa la plus vive surprise. Dans leur simplicité, ils ne concevaient pas que des hommes s'occupassent à bâtir des villes, à rechercher les pompes et la vaine gloire, ni qu'ils daignassent occuper des trônes ; mais ce qu'ils comprenaient neaucoup moins encore, c'était la corruption, la perfidie, l'impiété ; ils ne pouvaient s'expliauer les récits d'Arsène* Comme il venait oe quitter un monde qui leur était inconnu, et qui ne leur inspirait que des défiances, ils résolurent de le soumettre aux plus rudes épreuves, pour savoir si une vaine curiosité ne l'avait point amené dans le désert. Saint Jean surnommé le Nain, leur supérieur, s'assit avec ses frères pour prendre un peu de nourriture, et laissa Arsène debout, sans faire attention à lui. Cette épreuve devait paraître dure à un homme élevé à la cour ; mais elle fut suivie d'une autre plus dure encore. Au milieu du repas, saint Jean prend un morceau de pain qu'il jette à terre devant Arsène, en lui disant avec un air de mépris qu'il peut manger s*il a faim. Arsène se couche a terre et mange dans cette posture. Saint Jean édifié de tant d'humilité, n'exigea plus d'autre épreuve. « Allez, dit-il aux frères, retournez dans vos cellules avec la bénédiction du Seigneur; priez pour nous; cet homme est appelé à la vie religieuse* » Dès lors Arsène prit sa place parmi les Pères du désert. Comme les autres anachorètes, il faisait des nattes et des ouvrages de jonc, se nourrissait de pain noir et couchait sur la terre. Cependant Théodose, affligé de sa fuite, le fit chercher dans tout sou empire. Après la mort de ce prince , Arcadius , oui lui succéda, n'oublia pas non plus Arsène, et voulut le rappeler à la cour. Ayaùt appris qu'il était dans les déserts de Scété, il lui écrivit pour se recommander à ses prières. Dans sa

lettre, il lui offrait de lui abandonner les tributs de l'Egypte , pour être employés aux besoins des monastères et au soulagement des pauvres. Le pieux cénobite se coutenta de répondre à l'envoyé de l'empereur : a Je prie Dieu qu'il nous pardonne à tous nos péchés; quant à la distribution de l'argent, ie ne suis point capable d*un tel emf»Ioi, étant déjà mort au monde. » De tous es moines de Scété , il n'y en avait point qui fût plus pauvre, plus humble, plus mal nourri et plus mal vêtu que l'ancien gouverneur d'Arcade. Dans une longue maladie, il fut secouru par la charité de ses frères, et transporté dans un logement plus commode que le sien ; on le coucha sur un lit fait de peaux de bètes, un oreiller fut placé sous sa tête affaiblie ;un des moines étant venu le voir, se scandalisa de le trouver ainsi couché, et s'écria qu'il ne reconnaissait pas le Père Arsène. Le supérieur demanda alors au moine, qui témoignait sa surprise, quelle avait été sa profession avant d'être cénobi.te ? « J'étais berger, répondit-il, et j'avais beaucoup de peine à vivre. — Vous vovez l'abbé Arsène, répliqua le supérieur; il fut le père des empereurs; il avait à sa suite cent esclaves habillés de soie; il était mollement couché sur des lits magnifiques; pour vous, qui étiez berger, vous vous trouviez plus mal à votre aise dans le monde qu'ici. » Le bon moine, touché de ces paroles, s'humilia et se retira plein de respect pour Arsène. Un des ofiiciers de l'empereur apporta un jour à Arsène le testament d'un sénateur de ses parents qui lui donnait tous ses biens ; le solitaire refusa l'héritage en disant : « Je suis mort avant mon parent, je ne puis être son héritier. » 11 continua à vivre dans la pauvreté et la mortification; lorsqu'il se ressouvenait des jours qu'il avait passés à la cour des empereurs, il ne pouvait retenir ses larmes, et rien ne pouvait l'arracher à sa selitude, ni le détourner de la pensée de Dieu. Un jour une dame romaine, nommée Mélanie, qui avait quitté Rome pour voirie père Arsène, parut a la porte de sa cellule et se jeta à ses pieds; le serviteur de Dieu lui dit : « Une femme ne doit point quitter sa maison et traverser les mers, pour satisfaire une vaine curiosité. » Mélanie, toujours prosternée, le coiyura de se souvenir d'elle et de prier Dieu pour sa sanctification. « Je prie Dieu, luirépondit-il, de nejamais me ressouvenir de vous. » 11 s'agenouilla plein de trouble, et les veux mouillés de pleurs. Arsène avait un goût si profond pour la retraite qu'il évitait jusqu'à la société de ses frères du désert; il ne leur parlait presque jamais. « Je me suis toujours repenti devoir conversé avec les hommes, et jamais d'avoir gardé le silence. » 11 recevait néanmoins les avis des f)lus simples d'entre les moines. « J'ai eu a science des Grecs et des Romains, mais les hommes les plus simples sont plus avancés que moi dans la science de la vertu. Les hommes simples sont ceux qui plaisent à Dieu ; car il veut des âmes qui ne soient pas toujours devant un miroir pour se compo*

âM

Mcmôin(AmË te j^atrolocië.

kAs

net avec art. » ArdAné arait quarante ans lorsqu'il quitta la cour de ConstanMnople ; après avoir passé plusieurs années dans le Mserlde Scétéf il fat obligé de le quitter guelqne temps, a cause d'une irruption que Brent les Masiques, peuple barbare de la Libye. Le danser passe, il revint dans sa cellule i mais il fut oblisé de l'abandonner pour tonjotf^Sy vers l'an ^3$, à cause d'une seconde irruptioB des barbares (|ui massacrèrent plusieurs ermites. Il se retira d'abord sur le roc de Troër vis-à-vis de Memphis, et dix ans après, à Gauope, près d'Alexandrie. Le voisinage d'ime ville lui fit regretter le désert; il revîRl à Troô, où il mourut. Voyant approcher sa dernière heure< 11 fondait en larmes. « Vous craigne? donc de mourir, lui dit un de ses disciples? -^l'avoue, répoiidit-il, que je suis saisi de crainte, et que cette crainte ne m'a poiut quitté depuis que je suis dans le déserl^ )» Il était Agé ae quatre-vingtquinze ans^ et eu avait passé cinquante dans la solitude. Les éoi!npagrK>ns d'Arsène lui donnèrent la! sépulture^ en disant^.- Heureui Arsène, d'avoir 'plenré sur lui-même tant qu'il était sur la terre I9aint Arsène a été saofeÈt cité comme le n^odèle de la vie monastique^ If est nommé sous le 19 juillet dans le Martyrologe romain.

Nous avôfvs sous son nom un petit dis-^ •ours^ ou plutôt une ethortation aux solitaires, pour les garantir contre les divers pièges du démon. Le saint y remarque qu'il ne suftt noint d'avoir recours aûl jeûnes, aui veilleSy til aui autres mortifications corporelles potir purifier ^ chair; mais qu'on aoit 9h mè^e temps traVtfiller à détruire les vices de l'AfM. Ceu« qui ne s'appliquent qu'à la pureté dit ^orps sont semblables à des sta-« tues dont les dehors brillent par l'éclat de Foroif de l'airain^ et dont ledeaai^s n'est que boue et pmirfiture. — Il remarque encore

Îue le déKDOrt se sert des apparences même u bieU (toiir wous iëtet dans le désordre. A Yutki il inspire 1 amour de l'hospilaiité, p6ur l'engageTf sous le préteite de bien reeevoir ses Mtes, dans des eicès def bouche ou d'autres^ vices qui àoùi la suite de l'in^ tesifpéram^ f à un autre, il persuade de faire Faumônèy tfndtf lui inspirer l'amour de Fargent. Il eu liriascf quelques-uns sans les ten-^ ter; afin que^ ser croyant avkdessus de tous les vices, ils tombent dan^ le péché d'orgueil. H eonseille tfoAo aux solitaires d'être sans cesse sur leufs gardes, et de s'appliquer à dèeouvrir de quel côté et avec quelles armes le déiMR vie^ra les attaquer.

Parmi les autres irrstructions qu'on lui «Uribfte dans les Yîee des Pères, voici quelqneis-uMs de» plua remarquables : Un solitaire lui dît ou jîOtfr : « Que dois-je faire. nwn père T ïéoiv esprî! est sans cesse rempli de pensées iimyures qui tke me donnent auotin repos, j'en suis extrêmement affligé. » Stfiikt Arsène lui rtSpondit : « Quatid vous vous apercevez que le démon répand dans ytre cœur les seflnences de ces pensées, ne V0US en préoccupez pas Les démons peuvent iwua lit fuggérer/ et ils u'y manquent ja-^

mais, mais ils n^ont pas le pouvoir de nous y faire consentir. — Mais que ferai-je? lui dit ce solitaire ; je suis faible, et la passion me tourmente. — Que firent les Madianites ? lui répliqua saint Arsène. Ils parèrent leurs filles et les présentèrent aux Israélites; mais ils n'obligèrent pas ceux-ci de venir les trouver. Ceux qui le voulurent y allèrent ; les autres, au contraire, n'eurent que des paroles de colère et de mépris contre ceux qui avaient péché avec ces filles; quelques-uns même vengèrent dans leur sang le crime

au'ils avaient commis avec elles. Faites-en e même des pensées de fornication. Quand vous les sentez s'élever, quand vous les entendez comme vous parier dans votre cœur, ne leur répondez point, mais levez-vous, priez, gémrissez, dites à Jésus-Christ : Fils de DieUy ayez pitié de moi I »

Un autre iour, le même solitaire lui disait: « Je travaille de toutes mes forces à méditer ce que j'ai appris par cœur de l'Ecriture sainte, sans que mon esprit eu ait été touché,

Sarce que je ne comprends pas bien le sens es paroles que je médite, ce oui me met dans une grande tristesse. — Mon fils, lui répondit le saint abbé, n'en continuez pas moins k méditer ces paroles de vie et de salut. J'ai appris de plusieurs saints Pères que, tnalgré que ceux qui conjurent les serpents n'entendent pas toujours les mots dont ils se servent, les serpents néanmoins ne laisèent pas d'en sentir la force, puisqu'ils perdent leur venin ef restent sans aucun pouvoirde nuire ; ainsi, encore que nous n'entendrions pas le sens de l'Ecriture sainte, il suffit que les démons Tentendent. Epouvantés par la puissance de ces divines paroles, et ne pouvant résister à ces mots sacrés que TEsprit-Saint a proférés par la bouche aes prophètes et des apOtres, ils nous quittent et s'enfuient. »

Saint Arsène racontait qu'un bon Père de Scété, admiratile dans ses actions, mais simple dans sa foi, errait par ignorance, en disant que le pain que nous recevons dans la communion n'était pas le véritable corps de lésus-Christ ; mais seulement sa figure, ueut anciens Pères, qui avaient appris qu'il parlait ainsi par pure simplicité, vinrent le trouver et lui dirent : « Un infidèle nous disait, il y a quelque temps, que le pain que nous

I)renons-dans la sainte communion n'est que a figure du corps de Jésus-Christ. » Ce solitaire leur répondit : « C'est moi-même qui ai dit cela. » Ils lui repartirent : « Au nom de Dieu, mon Père, ne persévérez pas dans une telle opinion ; mais, comme l'élise catholique cous l'enseigne, croyez avec nous qun le ptîin est le co'rps de Jésus-Christ et le Vin son sang, non pas en figure, mais en vérité. Comme Dîeu, au commencement, prit de la terre et en forma l'homme à son image, sans que personne ose nier que l'homme soit l'image de Dieu, ainsi nous croyons que ce pain dont Jésus-Christ a dit : Ceci est mon éorps, l'est véritablement et en réalité. — Si je ne le vois de mes propres yeux, leur répond Id solitaire, je ne fe croirai point —

Âkê

tiKtiomAïKE ta Mf ROLoëns.

ART

An

Alors priom IKéu durant toute cette semaine, lui dirent les religieux, et espérons qu'il nous donnera la connaissance oe ce grand iDjstëre. » Le bon tieillard se joignit à eux €i pria en ces termes : «e Jésus-Christ, mou Seigneur et mon maître, tous voyez dans le foad de mon cœur que ce n'est point par obstination, mats par ignorance, que je ne puis croire ce qu'ils me disent ; donnez-m'en, s'il TOUS pfatty la connaissance. » Les deux autres* d6 leur côté, s*étant retirés dans leur ceHule, adressèrent aussi h Dieii cette prière : « SeigDe«r,rétéiezyS'iI tous p)alt« ce mystère k ce boft tieillafd, afin qu'entrant avec mius dans la vraie croyance, il ne vous serve pas inQUlemevil. v Dteit les exauça tôtis tas trois. La semaine éaoolée« ifs ae rendirent ensemble le dimanche à Téglise, où ils s'agenouillèrent sur une botte de jonc, en plaçant le bon vieillard au milieu d eux. Après VoblatioD des pains sur l'autel, l)ieu leur ouvrit les jreux^ et tous les Jrois ils virent Jésus- Çhnsi sous la figure d'un enfant qu'un ange immolail et coupait en morceaux^ à mesure que le prélre rompait le pain et le divisait •n parcelles pour le partager aux commn- Dîauts. is bon vieillard s approchant pour comaHinier à son tour, il reçut seul, au lieu

tel est votre corps, et que ce vin est votre sangf » Il n^eut pas plutôt achevé ces paroles qu^il De retrouva plus dans sa main que du paio, let qu'on le distribue dans nos myalires ; il le porta à sa bouche et rendit

frices à Pieu. Les deux autres solitaires lui reot comprendre que c'était pour coivdescendre à notre faiolesse et pour s'accommoder à notre aature, que Dieu avait voulu ehaoger son corps et son sang aux deux substancesqui nous servent d'aliment de tous les jours. Ils le remercièrent ensemble de ce que sa bonté n'avait pas permis que les pieui travaux de ce bon solitaire lui fussent inutiles ; après quoi chacun'retouma à sa cellule. ARSËNE, moine du monastère de Philotée iurle mont Atbos, dans le iii* siècle , rious a laissé um collection abrégée des canons , disposée non selori Tordre chfonologiqile des conciles, cfomme sont la plupart des Sjno-

Îses canoniques, mais par titres particuliers ans lesquels l'auteur a recueilli sur ufie même matière les canons des divers conciles

Si j ont rapport. II cite en particulier I canons des apôtres, ceul des codciles de Nicée , d'Ancvre, de Pf éocésarée , de Gàngres, d*Antioche, ae Laodicé6,deConstantinopîe, d'Ephèse, deChalcédôine, de Sardique, de Car-

Ëe, et lejs autres que Voxt trouve dans le 3 Africain; lés actes du proches enti'e jdeet Agapius. qui pféteùdaietit l'un et rautre à l^vôche de Bosires, jugé àConstantinople en 394; las canons du concile in fruUo en 680, du second de Nicée en 78*/ ; l'EpItre canoiîique de saint Grégoire Thautnalurge, de saint Denis, de saint Basile, de Timothée , partriarche d'Alexandrie , de Tliéophile, de nerfe et dé Cyrille, Archetè^

Sue de la même église , de saint Grégoire de jrsse, de saint Grégoire de Nazianze, dé saint Basile, de saint Ampbiloquè et de et quelques autres anciens .monuments ec« clésiastiques.

Le premier article de cette collection re--

f;arde la sainte et consubsfantielle Trinité; e second, les assemblées qui se tiennent dans les églises et la mémoire qu'on y fait des martyrs ; le troisième, l'observation des saint canons ; le quatrième, la lecture des livres de l'Ancien et du Nouveau Testamentt et des écrits des Pères, atec Foblrgalion pour les évêques de tirer de ces sources consacrées les instructions qu'ils doivent adresser au peuple, tous les dimaudhes ; le cinquième, la défense de lire dans l'église feâ livres apocryphes et les martyrologes non authentiques, sous peine de déposition des ministres sacrés et d'anathème contre les laïques, le sixième interdit de cOfisacrer une église sans y mettre des reliques des martyrs, et d'y cflébrer les saints mystères en préseficd des hérétiques. Il est inutile d'entrer dafts uft plus long défail, il suftt d6 Savoir tfue les articles suivants^ comme ceux qui précèdent, ne font que rapporter les canons sur différents points de dogme ei de discipline catholique. Cette collection fidt partie du It' tome de la Bibliothèque eanù^ nique de JusteU imprimée S Prfrts en f 6(Ji. Arsène fit povt les lois de^ empereurs ce qu'il avait iait pouf lés canons des conciles^ mais il n'en est rien venu jtrsqu'à notis. Jttstel pense quef cet Arsène est le même

gui fut patriarche à Ricée en 1258, parts a 0nstantinople même en 1261,^ après qùé cette ville fut restituée anl Grecsf; mais il faut remarquer que ce pafriache avait été moine« non d'Athos, mais de Nicée méttie et d'Apollonodiade, ainsi que Tatteste le chro^ nogràphe Ephràïm ciié par Léon AUatiùS.

ARTAUD, (lue ses disgrâces ont rendu fa^^ meux dans l'nistoire, ftit d^abord fiaoine de Saiut-Rem>lde Reims. A la iaotî de Seulfe, après Une tacance de sept êfùi^ remplie par un enfant, le roi Raoul éonlfarrgliitîes clercs, et laïques à élire un archevègtie légitime. Le choix, tomba sur Artaud, qui ftft ordonné, en 93a, par dix*htiit évêques tant de Praûcè que de Bourgogne. Le nouteau prélat envoya aussitôt à Rome dettïamler le pallium, qu'il ne reçut que l'anfrée suivante. Étf 935, il tint dans Téglise de Sainte^Hacre, air cOnéilc où, de concert atec sept dé ses suffragants, il prit de jtrstes tnes^re^ contre les t'avisseurs des biens ecclésiasti^tiés. Ce remède était particulièrement Nécessaire au diocèse de Reims, dont les terres et les dofiûaines avaient été pillés ûtit Héribert, comte de Vermandois, père de 1 archevêque enfant. L'année suivante, Artaud sacM à Laon Louis d'Outremer roi France, erï Oré^ence des seigneurs et de plu^ de vingt dtêtfues. Cette cérémonie, qui lui valut, à lui et k soà église le titre de comte avec le droit de battre monnaie, lui attira aussi l'indignation d'Héribert et de Hugues, comte de Pans. Ces

seignetirs, aidte der Gttillattmei dite de !<«t«

ART

ART

luandie , et de quelques évoques, mirent, en 9M, le siège devant Reims, et, au bout de six jours, Artaud, abandonné de ses vassaux, fut obligé de se rendre. Ses ennemis l'obligèrent à résigner son archevêché et à quitter le diocèse. Il s*6nfuit à Laon et se présenta devant la cour, qui s'y trouvait alors. On mit tout en usage pour Tintimider et pour le faire consentir à l'ordination de Hugues, son jeune com[)éliteur, qui n'avait pas encore vingt ans. Mais Artaud tint ferme, et menaça de l'excommunication et de l'appel au {)ape, si on élisait un autre archevêque de Reims pendant sa vie. Hugues fut cependant ordonné dans une assemblée d'évêques tenue à Soissons, en%l. Depuis ce temps-là le droit à l'archevêché de Reims fut l'objet d'une longue contestation entre les deux prétendants, jusqu'à ce qu'en 9W, le roi Louis, assisté d'Otnon, roi de Germanie, fit rétablir Artaud sur son siège. Son rétablissement fut confirmé par un concile tenu à Verdun, dans le cours de la même année, et par deux autres tenus, l'année suivante, l'un à Mouson et l'autre àlngelheim.Danscedernier, son compétituer fut frappé d'une sentence d'excommunication, qui fut confirmée par le souverain pontife. Notre prélat, devenu ainsi paisible possesseur de son Eglise, employa les jours de calme à y rétablir le bon ordre ; ce qu'il exécuta plus encore par ses exemples ({ue par ses discours. Il étendit sa vigilance jusque sur l'abbaye de saint Basle, où il remit des moines a la place des clercs qui s'y étaient introduits. Au mois de septembre 948, il assista au concile de Trêves, où Hugues, comte de Paris, fut excommunié jusqu'à ce qu'il rentrât dans le devoir envers le roi Louis, son souverain. Artaud y donna des marques de sa clémence à l'égard de Gui, évêuue de Soissons, un des consécrateurs de Hugues, en le faisant absoudre à sa

Srière. Il tint lui-même un concile à l'abbaye e Saint-Thierry, en 953, et l'année suivantCf il sacra roi France Lothaire fils du roi Louis d'Outremer. Ces deux princes lui donnèrent des marques de leur confiance, en l'honorant successivement du titre de leur grand chancelier. Il mourut, après 22 ans d'épiscoi)al, le 31 septembre 961, et fut enterré aux pieds du corps de saint Rémi. Toujours le même, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, il fit preuve d*un courage et d'une constance inébranlables, au milieu des tempêtes dont il fut agité. Sa modestie, la pureté de ses mœurs, son zèle et son application au bon gouvernement de son diocèse en firent un des grands évêaues de son siècle.

(I a laissé une relation de ses démêlés avec le Jeune Hugues, que l'on trouve dans Y Histoire de VEglise de Reimsy le Gallia christiana et ailleurs. C'est sans contredit un des morceaux d'histoire .les plus estimables du x* siècle. Le style en est clair, aisé, naturel et d'une concision qui n'altère en rien la narralion des faits. Cette relation est écrite en forme de lettre, et adressée à Marin, légat du pape, et aux autres prélats qui composaient

le concile d'ingelheim en %S. Elle fut lue dans l'assemblée, et servit à instruire sa cause qui y fut jugée favorablement, puisque son compétiteur fut excommunié. Le mérite de cette relation doit faire regretter vivement la perte des autres écrits qu'Artaud publia

{)Our la défense de sa cause, et spécialement a plainte qu'il dit avoir adressée au pape Agapet II. 11 la rédigea aussitôt après le concile de Mouson, c'est-à- dire en janvier 94^, et elle fut emportée à Rome par les députés d'Othon, roi de Germanie.

ARZDNITA n'est connu que par Assemani, qui lui attribue les Actes des saints martyrs de la Perse. Recueillis de la collection de cet auteur, ils ont été publiée dans le Cours complet de Patrologie.

ASGELIN, né en Poitou, fut moine de l'abbaye du Bec, et non de Saint-Evroult, comme (quelques auteurs Tont affirmé. Il avait été disciple de Lanfranc, et, à l'exemple de son maître, il combattit les erreurs deBérenger. Il assista, en 1050, avec deux de ses confrères, à la conférence que Guillaume le Bâtard, duc de Normandie, avait indiquée à Brionne, pour y examiner les doctrines de cet hérésiarque. La conférence tourna à l'a vantage de la foi catholique. Bérenger, réduit au silence par Ascelin, fut obligé de se rétracter. La confusion qu'il en reçut ne l'empêcha pas de s'adresser à 1 i pour se plaindre de la manière dont on Tavait traité dans cette assemblée. Ses reproches tombaient particulièrement sur un autre moine du Bec, nommé Guillaume, qui l'accusait d'avoir reconnu Jean Scot pour hérétique. Il se flattait, dans une seconde conférence, de se justifier de toutes les accusations formées contre lui. Ascelin, en recevant la lettre de Bérençer, espérait y trouver quelques mar-

aues de la sincérité de sa conversion ; mais eut le chagrin de le Toir endurci plus que jamais dans ses erreurs. C'est ce qu il lui témoigne dans sa réponse.

Il la commence par l'apologie de cette proposition de Guillaume, que. Béranger traitait de sacrilège : Tout homme doit^à Pâques^ s'approcher de la table du Seigneur. Nous sommes témoin, dit Ascelin, aue Guillaume a dit seulement qu'on devait.s en approcher, à moins qu'on ne fût coupahle de quelque crime qui obligeât à s'en abstenir ; ce qu'A ne fallait faire cependant que par ordre de son confesseur ; parce que agir autrement ce serait rendre inutiles les clefs de l'Eglise. Pour moi, continue Ascelin, j'ai soutenu ce que je croirai toute ma vie, comme certain et indubitable, que par la vertu du Saint-Esprit et le ministère du prêtre, le pain et le vin sur l'autel, deviennent le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. Il ajoute que le livre de Jean Scot a pour but d'établir une doctrine contraire, et qu'il est surprenant que Bérenger en fasse reloge, lui qui avouait ne l'avoir pas lu tout entier. Il adopte avec vénération'et avec amour ce que Pacnase et les autres catholiques enseignent, savoir, que les fidèles reçoivent à l'autel le vrai corps

4tl

ÀSS

AST

et le yrdi sang de Jésus-Christ. II soutient qu*en cela il ne combat point les raisons de la nature, il n'adore que la volonté de Dieu qui est toute-puissante, et qui fait tout ce qu'elle veut. Or Dieu a voulu que, par la vertu du Saint-Esprit et la grAce du sacerdoce, le pain et le vin consacrés sur Tautel fussent créés potentiellement son vrai corps et son vrai sang, et qu'en les créant chaque jour, ils fussent chaque jour immolés. Je le crois sur parole, et j'accepte comme son corps ce qu'il donnait à ses disciples en leur disant : Accipiie et comedUe : Hoc est corpus meum. 11 reproche encore à Bérenger d'avoir tergiversé dans ses opinions sur Jean Scot, de l'avoir abandonné a la conférence de Brionne, et aujourd'hui de penser contrairement à la croyance de l'Ëglise universelle sur l'eucharistie, et d'abandonner le chemin droit et battu que nous ont montré nos maîtres, si sa^es et si catholiques, pour suivre le chemm solitaire et tortueux de Terreur. 11 finit eo l'exhortant avec amour à renoncer à ses mauvais sentiments, à cesser de répandre des opinions nouvelles et inouïes, à rejeter le livre de Jean Scot, condamné au concile de Verceil, qu'il nomme lui-même un concile plénier, et à revenir à la tradition catholique, oui est celle des apôtres. Ce concile de Verceil rut tenu au mois de septembre de l'an 1050, et présidé par le pape Léon IX. Il faut donc mettre la lettre d'Ascelin quelque temps après cette assemblée, à qui il donne le titre de plénière, parce qu'il y vint des évêques des diverses nations. Cette lettre est le seul monument que l'on possède du savoir d'Ascelin. Elle a été imprimée k Paris parmi les œuvres de Lanfranc, en 1648, et dans la Collection des conciles du P. Labbe.

ASGLÉP1AJ)£, ne nous est connu que pai Lactance, qui nous a conservé quelques fragoients d'ua traité qui avait pour titre: De la providence du souverain Dieuy et qui avait été écrit par cet auteur. Personne, parmi les anciens, n'a parlé de cet ouvrage. Ces fragments, recueillis par Routhenius, ont été publiés dans le Cours complet de Patrotogte.

ASCLEPIUS, évoque en Afrique d'un petit bourg dans le territoire de Baga'i en Numidie, avait écrit contre les ariens; il écrivait ausâii contre les donatistes, dans le temps que Gennade composait son Catalogue 4eê hommes illustres. Il dit d'Asclepius qu'il était fort estimé pour son talent d*impro- ▼iser sur-le-champ des instructions et des discours. Ses écnts ne sont pas venus jusqu'à nous.

ASSER DB MÉMÈVE, ainsi nommé du lieu de sa naissance, fit profession de la règle de saint Benott dans le monastère de Saint-David. C'est ainsi qu'on appelait la cathédrale de Ménève, parce qu'elle était desservie par des religieux de cet ordre. Après y avoir reçu la tonsure cléricale, il fut promu aux ordres sacrés par l'archevêque de la province de Galles, son parent, qui avait choisi Ménève pour sa résidence. Ses progrès dans

les lettres et dans la vertu le firent connaître du roi Alfred, qui l'appela à sa cour, où il avait déjà réuni plusieurs savants étrangers, dans le but de rétablir les études en Angleterre, et d'y soutenir la religion. Asser ne consentit à demeurer auprès de ce prince qu'à la condition de retourner à son Eglise, de temps en temps, et d'y passer une partie de 1 année. Il ne s'absentait jamais qu'après en avoir obtenu la permis sion de sa communauté, qui la lui refusait d'autant moins qu'elle avait besoin de s'assurer la protection d'Alfred contre les violences d'Heimeid, roi de Galles. L'occupation d'Asser à la cour était de lire au roi les bons auteurs, et d'en conférer avec lui ; car ce prince n'avait point étudié dans sa jeunesse, et il avait plus de douze ans quand \l apprit à lire. Il confia à Asser l'éducation de son fils, lui donna l'investiture de plusieurs monastères, et le choisit enfin pour remplir le siéçe épiscopal de Schiburn, aujourd'hui Sahsbury. On assure que c'est d'après ses conseils que ce monarque fonda l'université d'Oxford. Asser mourut en 883, suivant quelques biographes, et en 909 suivant les autres. Nous nous rangeons à cette dernière opinion , qui nous parait la plus probable, et qui est aussi celle du plus grand nombre. U est auteur d'une Vie du roi Alfred jusqu'à sa quarante -cinquième année. Son style, (^rave et naturel,, donne à cet ouvrage un air de vérité qui ne per met pas de rien retrancher des grands éloges qu'il fait de ce prince. Nous n'en reproduirons rien ici, parce que la notice biographique que nous avons donnée avant de rendre compte des œuvres de ce monar-

?ue n'est autre chose que l'analyse de cet crit. (Voy. Alfred, roi d'Angleterre.) Cette Fte, écrite par Asser en langue latine, fut imprimée à Londres, en caractères saxons, avec une préface dans la même langue. — On lui attribue un autre ouvrage que le doo* teur Thomas Gale fit imprimer à Oxford, en 1691, sous le titre d Annales. C'est un recueil des écrits de quinze historiens anglais, saxons, anglo-danois , parmi lesquels se trouve une Chronique du monastère de Saint-Néot, que quelques critiques attribuent à Asser. On l'appelle Chronique de Saint-Néotf parce Qu'elle fut trouvée dans ce monastère ; mais l'inscription est plus récente que le manuscrit, de sorte qu on n'en peut tirer une preuve certaine qu' Asser en soit l'auteur. On pourrait même en induire le contraire, puisqu'il y est parlé de sa mort* à la date de 909 , et que la chronique va jusqu'en 91^ ; mais cette raison n'est pas non plus sans réplique, parce qu'il se peut qu'un autre écrivain se soit fait le continua* teur d'Asser, en poursuivant sa chronique jusqu'à cette année. C'est l'opinion de Ba* lœus. Cette Chroniaue commence à l'année 596, et Marianus Scotus en a lait entrer la plus grande partie dans la sienne. Asser a la réputation d'un historien exact et véridique.

ASTÈRE.-> Saint Jérôme parle d'un Astère

AST

DIGTIONNÂIRE DE PÂTROLOGIE;

AST

qn*il met au nombre des écrivains ecclésiasto(|U86. C'eal Astère de Snythople, à qui il accorda un* grande connaissance des lettres diviaee H iuinaines. Il ne dit point eo quel temps il a véeu ; seuieroent, il le plaee entre Théodort d'fléradée, nort vers l'an 3M, et Apollinaire, dont il n'est plus parlé dans l'histoire de rfiglise après Vaa 982. Astère de iejrthople avait fait un Commentaire $u/r le$ P$aumê$ i eet ouvrage est perdu.

ASTERS (UfiB^jv)^ prêtre, après avoir sou-? vent réfvl^ de vive voin les erreurs des mont^p^stBSy écrivit pontre eux un Quvrage dont il ne nous r^te plus que quelques fî^agments, 11 était divise ep trois livras, et adressé à un de fto^ am|s noo^q^é Àvircius Marcellus. On y voit le iCO^mencemeQt et les progrès 4P ^Tiérésie de Montsn, jusqu'à la paort de cet hérésiarque» Lji preniier de ces fragments, qui servait de pré.£ace \ Touvrage, commence ainsi : « Quoique depuis longtemps, n>on pher Avifcius, vous in'aye;i exhorté ^ écrire contre ]§s erreurs de l|il-» tiad^ , cependant jusqu'ici j'ai hajancé ^ Je fajr«, noA qu4^ je trouve ^uoun^ diiTicuHé \ établir la vérité s^r \^s débris du uiea-^ songe, mais dans la crainte qu'on ne m'ae* cusât d/e vouloir ajouter quelque chose am parples de l'évangile ; s^eh^Qt qu*il n'est pernjis k personne 4'y rien ajouter ni d'en nm retfa^dw, Mais uaguère. ep passant a Àucyçe, di»»| la Galatja. j'y Irpuvai l'Eglise troublé^ par 1^ nouvelle ou plutôt par la

§ fusse prophétie ; avec l'aide de Pieu, je iscourus pendant plusieurf jours sur cette Sial^ère, et je combattis ces hérétiques

Îveo tant de force, que j'eus le bonheur de is confondra et de confirmer les fidèles dans [a vraie foi, JLes pr&tres d'Ancyre. en pré-, seqce de Gotique Otrène. notre frère et coIt lègue au sacerdoce , me prièrent de leur laisser par écrit le discours que j'avais fait ; pe pouvant le \qw accorder suMeHshamp, je iM*aaQi# 4e l'écrire \ loisir et de la leui ^voyer. a

Dans le second fragment, Astère Urbain fait une peinture de Montan, et expose en ces termes l'origine de son schisme et de sa Gçnspiration contre l'Eglise t « Dans cette

fartie de la Mysie qui touche au pays des hrygieas, se trouve un bourg nommé Ardaba. CefoOk que Montan, nouvellement eoBvertiàla foi, mats poussé d\iBe ambition eicessive et d'un désir déréglé de parvenir aux premières charges de ITEglise, donna prise sur lui k Tennemi. Gratus était alors

Kuremeur de l'Asie. Montan, rempli de spritdu démon, commença à débiter des nouveauté» dangereuses, et une doctrine ©ontrairo à celle que l'Eglise tient de la tradition des anciens, Plusieurs parmi %q% auditeura, se rapp^ant que Dieu nous a comnaodé d'éviter les ftiUx prophètes, le conjuraient de se taire et de ne pas troubler pluf longtemps l'esprit des peuples. D'auu* "î?*°^ attentifs aux défenses du ciel. eifa^teient au contraire ce séducteur à parier. £n même temps le démon suscita doux

femmes, qui, remplies de son esprit, débitèrent les mêmes impertinences que Montai. Habituellement cet esprit flattait ses auditeurs par de vaines espérances, mais de temps en temps aussi, il les reprenait afia de montrer qu'il n'épargnait pas le fiée. Il n'y avait qu^un petit nombre de Phrygiens qui fussent infectés de cette erreur, et ils s'appliquaient k noircir par des calomnies atroces l'Elise répandue par toute la terre. Ils y mettaient d'autant plus d'acharnement, que l'Eglise avait déclaré leur doctrine impie, et retranché de sa communion ceux qui la professaient. »

Le troisième fragment est tiré du second livre d' Astère Urbain. Suivant Eusèbe, il V rapportait la manière dont étaient morts les différents auteurs de l'hérésie des montanistes. Voici comment il parle de celle de Montan, de Maximille et de quelques autres de la même secte t « Puisqivils noua accusent de tuer les prophètes parce que nous n'avons point voulu recevoir leun impostures, je les conjure, au nom de Djea, de me dire si, depuis que Montan et ses femmes ont commencé de débiter leurs rêveries, quelqu'un de leur secte a été persécuté par les juifs, ou mis à mort oar les impies. Aucun d'eux n'a été crucifié pour le nom de Jéstis-Christ, aueune femme n*a été fouettée ni lapidée dans les Synagogues des juifs. Montan et Maximille sont morts, dil-on, d'Une manière toute différente ; car on assure qu'ils se sont pendus et qu'ils snat morts de la mort de Judas. On prétend que Théodote, le premier qui ait donné cours à leurs prophéties, s'étant abandonné \ Tesprit d'erreur, fut enlevé dans les airs et périt misérablement en retombant. »

Astère ajoutait ensuite b eaucoup d'autres choses pour réfuter les fausses prédictions de Maximille, et il parlait ainsi (les guerres et des autres désordres qu'elle avait annoncés : « La fausseté de cette prééietioa n'est^lle pas évidente, puisque depuis plus de treize ans que cette femme est morte, il p'y a eu aucune guerre ni générale, ni particulière, mais que par la miséricorde de Dieu les chrétiens ont joui d'une paix profonde ? »

Voyant que les montanistes, convaincus d'erreur, se rejetaient sur les martyrs de leur causal et prétendaient que leur coqs* tance dans les tourments était une preuTe certaine de la nuissance de l'esprit prophé^ tique qui résidait en eux, Asière réfuta cette objection dans un troisième livre. Tous les hérétiques se vantent d'avoir eu des martyrs, mais cela ne prouve nuliemeot que la vérité soit de leur côté. U (>9r|e aussi dans le même livre d'un écn?ain nommé Miltiade» qui avait écrit contre les piontanistes , nuis il fait ainsi TéPUiP^^ tien des prophètes de l'Ancien TesUmeni : < Le faux [)rophète parle dans une extase simulée pleine de hardiesse et d'emportement, et son ignorance se change eu folie. Ils ne sauraient montrer» ni dans l'Ancien ni dans le Nouveau Testamenti aucun v^

ÀST

DIGTIONNÂIBE PE PATBQLOGIE.

f^hète qui ait été agité d*un pareil esprit. Is ne le montreront ni d'Agabe, ni de Judas, ni de Silas, ni des filles de Philippe^ ni d*Aii)miade, ni de Quadratus, ni de plusieurs autres qui n'ont eu aucune comoiunication avec eux. Puisqu'ils publient que les femmes de la secte de Monian ont succédé au don de prophétie dont ces hommes ont été remplis, qu ils nous apprennent qui soat ceux qui ont succédé à Montan et à ses femmes. Car, selon que le dit TApôtre, le don de prophétie doit se perpétuer dans TEgjise jusqu'à la venue du Sauveur. Or, quoiqu u y ait quatorze ans que Ma^iil^iHe soit morte, ils ne peuvent montrer parmi eux aucun prophète depuis elle. » Cet au^ teur disait encore au'il avait fait un abrégé du livre où Miltiàde faisait voir que les véritables prophètes ne perdaient pas h faculté de juger en prophétisant, mais c^t abrégé n'est pas venu jusqu'à Apus, non plus ijue le livre de Miltiade»

ABTÈRE (saint), métropolitain d'Amasée, dans le Pont, eut pour premier matlre un esclave affranchi qui s'était rendu célèbre par ses connaissances, et surtout par oelltt des lois. On ne sait pas en quel endroit ce saint se mit sous sa discipline, ni quelle science il apprit de lui ; mais on ne peut

Îuère douter qu^l n'en ait pris des leçons 'éloquence et de droit. Du moins paraitil certain qu'il en étudia les règles, puisqu'il afQrme lui-même, dans un endroit de ses ouvrages, au'il avait paru au barreau avec distinction. Il le quitta pour embrasser l'état ecclésiastique, et fut choisi pour succéder à Bulale , archevêque d*Amasée, vers la fin du IV* siècle. U se montra dans cette place très-zélé pour la pureté de la foi , très-attentif à instruire les peuples confiés à ses soins. U vécut jusqu'à une extrême vieillesse. Dans un de ses discours, il parle de la persécution de lulien l'Apostat en homme qui en a été témoin et qui connaissait à fond le caractère faux et les artifices de cet imposteur. Il parait qu'on doit placer sa mort après l'an 400, puisqu'il marque lui-même qu'il vivait après le consulat cl'Ëutrone, que l'histoire place au commencement du v* sièce. Photius le qualifie de bienheureux. Adrien II parle de lestime qu'on avait dans tout l'Orient pour sa personne et ses écrits, et le septième concile cecuménique le considère comme un des Pères de la tradition ecclésiastique, ce qui le fait compter aunombie des Docteurs de l'Egli:$e.

Nous avons de saiut Astàrç divers Dis-» cours ou homélies qui ne lui sont contestées de personne ; elles ne sont pas toutes de la même force ni d'une égale beauté ; mais c'est partout le même ^tj^le, au service di^ même génie. La première est sur l'abus des richesses, et le saint dQcleur y explique la parabole du mauvais riche et de Lazare, Après un exorde où il remarque que le Sauveur a cherché à inspirer aux honiipes riiorreur du vice et l'amour de la vertu par ^u^que chose de p^us ^Kficace qup des pré^

ceptes et des maximes , c'esW-dire par des e;jemples et par des œuvres, il entre en matière et n'emploie que cesdeu^ paroles pour condamner les excès du luxe et de la richesse : Un homme riche qui Ùaii têtu de p^t«r* pn et 4e En Un, En effet, la couleur de pour* pre é(ail fort chèi^e et assez wjutile , et le lin était une étoffe dont on pouvait facilement se passer. Il rappelle les chrétiens au prer mier usage des vêtements. Que demande donc Ifi règle de la hienséiincç ? Dieu a revêtu les animaux d'une Jaiae épaisse, afin gue les hommes pussent rapprëter et s'en faire des hahits pour se çaranjxr de l'intem* périe des saisons. U déclame fortement contre ceux qui, ne se contentant pas de la laine, recherchaient avec eqapressement les étoff(3S de soie teinte d^ la pourprç la plus éclatante ; qui avaient recours , pour satis^ faire leur luxe, à des ouvriers habiles qui traçaient sur ces étoffestoules sortes de des* sins et de fleurs pour s'en faina des vête «• ments, à ^ux, k leurs femppes et à leurs enfants. )ls paraissaient en public revêtus de ce costume bizarre, comipe s'ils pe son** geaient qu'à divertir les nassaots ; on le$ prendrait pour des murailles peintes. U y en avait u'autres qui, ponseryaojt quelque teinture de piélé jusque d^ns les ornement^ du luxe, j)renaient des dessins dans l'his^ toire de l'Evapgile, et portaient les personnaT ges reproduits $ur l^urs vèteiftentç; s Ne fai? tes point peindre Jésus^Christ, l^ur dit co saint évêque ; c'est bien assez qu'il se soit humilié jusqu'à se revêtir a^ notre chair, et que vous porti^'z le Verbe dans votre c(]eur» Ne brodez point sur vos habits la figure di) paralytique ; mi»is allez chercher les pau*» vres malades qui ne peuvent yenir à vous s ne vous amusez point ^ rs^rd^r cette femm^ qui fut guérie d'un flux de sang ; mais ap< pliquez-vous à soulager les veuves qui sont dans l'affliction : il ne sert de lien de jeter le^ yeux sur la pécheresse qui se prosterna aux pieds du Sauvevir j mais que Te souve^ nirde vos péchés vous attendrisse et vou§ f^sse verser des Isurp^es : ne faites point tra*? ci;r sur vous la figure de Lazare sortant du tombeau ; mais plutôt songez sérieusement à votre résurrection, s On voit bien ^e laint Astère ne condamne ici ces sortes ne pein« tures que dans ceux qui les &isaient servir à leur luxe et à leur vanité. C'est l'explication que les Pères de Nicée donnèrent à c^ passage, dont les iconoclastes voulâiept aUn* ser, contre l'honneur que l'Ëglise rend iQlux; ioiages de lésus-Cbrist çt des saints, r-r J^e saipt docteur invective ensuite contre les plaisirs de la table et de la bonne chère, dont il décrit tous les raffinements et \Wi&^ lef inventions, et il rappelle les riches au sm^ inent fatal, qui» en séparant l'Ame d*aveç le corps, les arrachera à toutes leurs jouissan* oes et à tous leurs plaiârs. \x passe ensuite à l'explication de la seconde partie 4^ la pa^ rahoin, qui regarde un pauvre appelé Lazare. Il décrit avec des expressions trÂs-rf>athétiT ques l'extrême misère où il était réduiti et la dureté iofl^^e du mauvdûi ^ch^ ^ sOiB

AST

DICTIONNAIKË DE PATHOLOGIE.

AST

égard. 11 ne pourrait s'empêcher de déplorer les malheurs de Lazare, si la fiu de son histoire répondait à son commencement, et s*il ne devait pas trouver dans ses disgrâces mômes des trésors de bonheur. Il donne un sens mystique à ce qui est dit du sein d'Abraham, dans lequel Lazare fut reçu, et de Tabime qui séparait ce patriarche d avec le mauvais riche.

Sur réconome infidèle. — Rien ne nous appartient de ce crue nous possédons ; nous ne sommes dans te monde que des étrangers. La vie est si fragile et les biens en sont si variables, que nous n'en sommes que des économes, et que nous devons nous tenir prêts constamment à rendre compte de notre administration. Il compare la possession des richesses de la terre au repos crue prend un voyageur, sous un bel arbre cnargé de feuilles, dont le sommet large et touffu offre une ombre agréable. Plusieurs jouissent de ces richesses tour à.tour ; mais elles n'appartiennent qu'à Dieu' qui est immortel et incorruptible. C'est pourquoi je ne puis assez m'étonner lorsque j'entends des personnes qui disent : mon champ, ma maison ; avec trois lettres, ils s'érigent en souverains d'une chose dont ils no sont pas les maîtres. 11 raisonne des palais des princes et des mar-

Îùes distinctives de la dignité des grands ans le môme sens ; chacun n'en a 1 usage que pour un certain temps : comme la bière et le drap mortuaire servent à plusieurs cadavres, ainsi les* ornements de la magistrature servent à plusieurs magistrats. — Il passe de l'usage des biens à celui des cinq sens que Dieu nous a donnés pour la commodité de la vie ; il leur prescrit des lois, et il veut qu'ils les observent. Ils ne sont les maîtres ni d'eux-mômes ni de leurs mouvements. L'œil a la permission de contem- {)ler la nature et tous les objets de la création, mais il doit éviter les spectacles qui Eourraient ternir la candeur de son Ame en lessant l'honnêteté. II vaut mieux que nos sens restent plongés dans les ténèbres ,' sans mouvements et sans action, que d'être les instruments du crime. Saint Astère entre dans le détail de ce que l'on doit permettre ou refuser à chacun de ses sens. 11 traite ensuite de l'usage que nous devons faire de nos biens, et pour le régler il emprunte ces paroles de l'Evangile : Donnez à manger à ceux qui ont faim ; couvrez ceux qui sont nus ; ayez soin des malades ; ne négligez point les pauvres ; et n'ayez d'inquiétuae de votês-mimes, ni de ce que vous ferez le lenr dentain. Enûn , il nous rappelle que nous n'avons que la vie présente pour travailler à notre salut ; que dans l'autre nous serons jugés suivant la conduite que nous aurons tenue en ce monde. Soyons donc de sages économes, et travaillons à nous assurer auprès de Dieu des amis qui nous reçoivent dans ses tabernacles éternels.

Contre Favarice. — Ce discours fut prononcé le jour de la fête des martyrs qui de- Euis longtemps se célébrait à Amasée avec eaucoup de pompe et de magnificence. Les

populations des campagnes voisines y étaient accourues ; plusieurs prélats prirent successivement la parole et prononcèrent des discours propres à sanctifier les mœurs. Saint Astère, a qui sa position de métropolitain interdisait le silence, prit pour sujet de son allocution, l'avarice, a l'occasion d'une foire q^ue la grande afQuence d'étrangers avait fait établir ce jour-là. Il dit que Tavarice ne consiste pas seulement dans un désir immodéré d'amasser du bien et des richesses , mais qu'en général on peut, la dé finir une passion déréglée d'avoir plus que le nécessaire. II regarde le démon comme le chef des avares, parce que, ne se contentant pas de son titre et de sa dignité d'archange, il se révolta contre Dieu, et perdit sur-le-champ la dignité au'il possédait. D entre ensuite dans le détail de ceux que l'Ecriture nous représente comme tels, et fait en ces termes le portrait d'un avare :

« Odieux à ses proches, insupportable à ses domestiques, inutile à ses amis, dur et sans complaisance envers les étrangers, incommode à ses voisins, importun à sa femme, oublieux de l'éducation de ses enfants qui lui demanderait de la dépense, se refusant à lui-même le nécessaire, il est inquiet, il rêve nuit et jour, il parle, il raisonne en lui-même comme un insensé. En dépit de son abondance» il gémit comme s'il manquait de tout ; il n'ose toucher à son bien ni en jouir; il désire avec inquiétude ce qu'il n'a pas ; il jette des yeux de concupiscence sur le bien d'autrui pour conser; ver ce qu'il possède. L'avidité insatiable qui le dévore l'empêche de goûter aucun plaisir. A peine mange-t-il pour se nourrir; son Âme meurt de faim comme son corps ; il ne fait aucunes bonnes œuvresi et ses mains ne s'ouvrent jamais pour distribuer l'aumône ; le bonheur public le rend malheureux ; les désastres et les calamités font sa joie. Il voudrait voir le peuple accablé de tributs et d'impôts, afin de prêter son argent à une plus grosse usure, et de contraindre ainsi les plus pauvres à lui céder leurs meubles et leurs champs, en échange des intérêts qu'ils ne pourraient acquitter. »

Le saint docteur demande à un homme de ce caractère ce qu'il veut faire de tant de richesses inutiles ?— Si c'est pour le plaisir de les voir, il. peut satisfaire sa curiosité en allant chez les orfévres et les banquiers. Pour se guérir de cette passion ridicule, u exhorte ceux qui en sont atteints à sonçer au temps où , couverts d'un peu de terre, ils seront dépouillés de tous les biens qu'ils auront amassés avec si grande peine. Si votre bien est légitimement acqius, faites-en un bon usage, à l'exemple de Job ; sinon , rendez ce que vous avez pris, ou mieux encore, imitez Zachée qui s'offrit d'en restituer le quadruple. Il clécrit fort au long les désordres que produit l'avarice; les guerres et les dissensions qu'elle cause enlre les Etats ; et finit son discours en prouvant, par divers exemples tirés de l'Ecriture , que 1« divine Providence conserve tous ses ouvra-

AâT

DICTIONNAIRE DE PAtROLOGIE.

AST

ges, et qae ceux qui ont la foi ne man* qaeDt jamais de rien.

Canire Vabus des itrennei. — Il fit ce discours sous le consulat d'Eutrope , c'est-èdire en Tan UM), dont le premier jour était UD dimanche. 11 dit qu'on a peine à découvrir l'origine de ceUe fête et qu'on n'en éprouve pas moins à rendre raison de la joie qu'on y faisait paraitre, ni des dépenses qu'elle occasionnait. II n'en est pas ainsi des solennités qui sont instituées à la gloire de Dieu : celles-là, nous en rendons raison ; mais quel motif a-t-on de donner au jour des ciuendes le nom de fête ? Ce nom ne lui convient nullement, puisG[ue ce jour-là on n'éproure que de l'ennui, soit qu'on se montre en pul)Iic, soit qu'on se tienne enfermé dans sa maison. Le petit peuple s'attroupe et Ta par bsndes à toutes les portes souhaiter à chacun un heureux commencement d'année. II s'attache de préférence aux maisons des financiers, et les fatigue de ses importunités jusqu'à ce qu'ils aient donné de l'argent. Une troupe succède à Tautre ; le bruit ne cesse pas, et il faut toujours donner. Voilà sans doute une belle fête, qui n'est inventée que pour dépouiller les gens malgré eux. Ce jour-là, les laboureurs n'osaient paraître en public, dans la crainte d'être maltraités ; les soldats s'y livraient à des jeux contraires aux lo^s de l'empire ; les consuls s'y ruinaient par des dépenses excessives, afin de faire inscrire leurs noms parmi ceux qui briguaient les premières charges. Il s'élève avec force contre ces abus , et rapporte la fin malheureuse de quelquesuns de ces consuls.

Canire le divorce. — Ce discours a pour texte la question que les juifs proposèrent à Yésas-Cbrist, savoir, s'il est permis à un homme de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit. Dans l'intention des pnarisiens, cette question était un piège tendu au Sauveur dans le but de le rendre odieux aux femmes plus disposées que les hommes à croire k ses miracles et a sa divinité. Il rapporte ensuite la réponse par laquelle il confondit les pharisiens, en disant qu'il n'y avait que la mort ou l'adultère x|ui pût rompre un mariage. Saint Astère le définît une société du corps et de l'Ame dans laquelle les affections doivent s'unir comme les corps. Si vous regardez votre femme par rapport à la création, elle est votre sœur, et vous avez tous deux la même origine ; mais la cérémonie des noces et du mariage vous unit d'une façon bien plus particulière, bien plus intime, vous voulez rompre des nœuds que la raison et la nature ont serrés ; comment pourrez-vous donc vous dégager d'une promesse si authentique, et dont vous avez pris Dieu à témoin ? Les lois divines et humaines vous ordonnent de respecter vos femmes et de les chérir. Saint Astère entre dans le détail des services qu'une femme rend à 8onmari,etilciterexempled'unefemmedesa connaissance qui, pour ne point se séparer de «on mari, obligé de fuir et de se cacher, se fit couper les cheveux et prit des habits

Digtioun, db Patrologib. I,

d'homme pour le suivre, se condamnant ainsi de bon cœur à une servitude volontaire. Il répond ensuite aux plaintes que les maris faisaient de leurs femmes et ait : « Quand vous vous êtes mariés, ne connaissiez- vous pas l'humeur des femmes ? En est-il une seule qui soit exempte de faiblesse ou de péché aussi bien que les hommes ? Il n'y a que Dieu seul à qui on ne puisse rien reprocher. Ne faites-vous point de fautes vous-mêmes ? Vos manières et vos actions ne causent-elles jamais de chagrin à votre femme? p Il décrit les dérèglements de la plupart des hommes , et se moque des prétextes frivoles qu'ils inventent pour pallier le divorce. Les mariages se font par deux motifs : par amitié, ou par l'espérance d'avoir des enfants ; ces deux raisons ne se trouvent point dans l'adultère. On étouffe l'amitié qu'on avait pour son mari en se prostituant à un autre. La gloire de la lignée se perd, puisque les enfants de l'époux léçilime se trouvent confondus avec ceux de l'adultère. Voilà pourquoi l'adultère peut excuser le divorce. Il le condamne aussi bien dan^ les hommes que dans les femmes , et ne craint nullement de contredire sur ce point les lé gislateurs politiques qui laissaient aux hommes une grande liberté. Les lois romaines regardaient la fornication comme indifférente ; le saint évêque leur oppose les lois éternelles, et affirme, d*apres saint Paul, que Dieu condamnera les fornicateurs et les adultères.

Sur Vkistoire de Daniel et de Susanne. — Cette homélie est un chef-d'œuvre : le saint évêque trouve dans le simple récit de l'Ecriture une ample matière à édifier son peuple, par l'exemple de deux jeunes gens qui s'étaient également rendus recommandables, l'un en portant un arrêt plein d'équité , l'autre en subissant patiemment une sentence injuste qui la perdait d'honneur. Entre les belles pensées morales dont cette paraphrase est pleine, ou peut remarquer celles-ci : Le serpent a triomphé de deux hommes ; mais une femme a remporté dans ce combat une glorieuse victoire sur le serpent. II n*a pas trouvé dans Susanne la légèreté de la première femme ; il n'y a trouvé qu'un amour inviolable de la chasteté, une fidélité inébranlable aux ordres de Dieu, une force qui surpassait celle des hommes, et un cœur résolu de vaincre. Un pécheur, après avoir fait le premier pas, s'abandonne aux dernières iniquités. Le premier crime est comme lepremiernœud d'une chaîne, tous les autres en déroulent. Comme les bonnes actions attirent les bonnes actions, ainsi les péchés attirent les péchés. La pensée de l'adultère inspira aux vieillards le désir de faire périr une innocente. Que les femmes se règlent sur la conduite de Susanne; qu'elles restent fidèles à leurs époux, comme elle l'a été au sien, au péril de leur honneur et de leur vie. Oae ceux dont l'âge devrait avoir mûri les pensées et apaisé le feu des désirs, aient horreur de ces infâmes vieillards ; que les magistrats appréhendent la fin misérable do

kiX

DIGTtONMAME ^M! f MWObMlé.

ces moiuvais juges; enQn, que Dapiel soii 'le irio(fefe de'tous lès.jeuncs.gens.'Toutes las conditious dont l'ï;glise, comme -le inonda, Be trouve composée, se sanctifiant âiosi cba"cune selon son état/tassemblée des chrétiens deviendra sainte etagréebleà Ïésus-Christ.

Sur Vaveugle-né, — Ce discours compenee par une profession de foi dans laquelle le salntorateurreconnaitleFilségaletcoéternel au*Père. Phôtius relève beaucoup la descripliondèl'œil, et en effet elle est "fort belle, et les inductions que le .pieux évoque en tire sont d'une élévation de pensées et de^ntiments admirables. Il n'est point de plus l)el ouvrage tjueTœil parmi les choses créées; il nous élèvç à la connaissance de Dieu. La perfection de.ce chef-d'œuvre me'fait connaître la sagesse et Tbabilelé de l'ouvrier. S'il n'y avait point d'yeux,'tant de Idéaux ouvrages seraient demeurés ensevelis dans Toubli, et personne n'aurait pu remarquer la sagesse incomparable du Créateur oui les a produits. C'est pour cela que Jésus4^hrist donna des yeux a Taveugle-né, afin qii«, débarrassé des pensées de la chair, il pût s'élever par la contemplation jusqu'à la splendeur de la divinité.

Sur saint Pierre et saint Paul. — Xle- discours est remarquable en ce qu'il .pose et établit la suprématie de TEgUse romaine ^ur toutes les Enlises au monde. ïln effet, le saint docteur y enseigne que la juridiction spéciale qui fUt aocoraée au brince des apôtres s'étend sur'tous les Qdeles de l'Orient et de l'Occident. Jésus-Christ l'a constitué son vicaire, c'esl-è-dire le.père, le pasteur et le matire de tous ceux qui devaient croire à TEvangile. 11 aborde ensuite le panégyrique de saint Paul; il rétrace à grands traits sa vision sur le chemin de Damas, son baptême qu'il reçut des mains d'Ananie, ses travaux, apostoliques pour la conversion des gentils , sa dispute avec saint Pierre sur les cérémonies léî^ales, dans laquelle il résista courageusement à cet apôtre et sut lui adresser des reproôhes mêlés de douceur et de sévérité, son désintéressement dans la prédication de l'Evangile, ne demandant aucune récompense et travaillant à gagner de ses mains le pain qui devait le nourrir. « Prolitons de ce grand exemple, dit le saint orateur, nous qui sommes revêtus du sacerdoce. Non-seulement les autels nous donnent de quoi subsister, mais ils nous enrichissent et nous aident à passer commodément la vie. Nous mettons le bien de l'Eglise au rang.de nos effets et nous commandons aux fidèles comme à des esclaves. Le.sacerdoce n'est pas une domination, c'est plutôt une servitude ; ce n'est point une dignité qui exige de TappareU et de la magniticence, c'est la dispensation d'une discipline modeste et réservée. » 11 termine l'éloge de ce grand apôtre par le récit de son vo^rage à Rome et ife son martyre. Après qu'il eut porté la lumière de TEvangile dans toutes les parties du monde, il ^nt à Rome pour instruire un pçupie qui commandait à tous les autres ; en ramonant les 'Romains à Jésus-ChriiiJt, il esp>:rait 4vec

Page 1