ANALYSE DES OEUVRES DE SAINT AUGUSTLN
I" VOLUMB.
Rétrœtations.
Les (ouvres de saint Augustin sont d'autant plus faciles à apprécier, qu'il en a ftiit lui-même une analyse critique dans ses Rétractations, c'est-à-dire dans le livre où il a ïevu , annoté, éclairci , corrigé les passages obscurs, les jugements défectueux et les opinions erronées de ses «ulres ouvrages.
Les Rélractaiions forment deux livres qui ftirent publiés vers l'an k9». Le premier <5*>a-
tient une révision comptètedêtoustes écrits
Îue le saint auteur avait composés avant son piscopat, el même avant son' bantôme ; le second continue de repasser ,- en les anx*!^ dant, tous les livres qu'il publia" comme évé*
?ue, jusqu'à celui qui porte pour titre : Ik i correction et de h grâce, etqu^ilfit paraître en k^\ h peu près quatre ans avant sa mon. Le livre des Rétractations présente ce caractère particulier, original, unique josque^ là, c'est qu'on dirait que l'auteur ne s'y est proposé pour but que d abaisser son mérite d'écrivain et de penseur, ait profit de la foi et de l'humilité cnrétienne. H y est infleiible pour lui-même, et if s'v reprend avec la
{Ans sévère et la plus implacable modestie. 1 ne se fait pas grâce d'un mot, d^un terme équivoque , d'une locution obscure , ni dti moindre passage susceptible d*nne ilausse interprétation. Il blâme , il désapprouve, il condamne , il anathématise sans pitié, dans ses premiers ouvrages, tout ce qm lui paraît non-seulement opposé à la doctrine de i'figlise, mais même simplement éloigné des règles de la foi dont il n'était pas encore bien instruit. Aussi, bien souvent , e$t>ce plutôt par la nieuse appréhension, d'une oooscience scrupuleuse, que par la conviction d'une sérieuse réalité qu'il se juge ainsi lui-fflèroet afin, dit-il, d'avoir moins à redouter la sérérité des jugements du Seigneur.
Pourtant, le but unique de l'ouvrage est moins de rétracter des erreurs ou de reievar des fautes, que d'empêcher , ainsi que nous Favons dit plus haut, qu'on abusât, dans la suite, de l'autorité de son nom, en donnant à sa parole et à ses écrits, une toterprétalion contraire è la foi et aux saines doctrines de l'Eglise. C'est pour cela qu'il s'applique à las commenter, k les expliquer, à les ceUhoîini' ser, pour ainsi dire, ou bien en les complétant par des textes de l'Bcf iture qui les justifient, ou bien en renvovaut à d'autres traités dans lesquels il avait donné depuis, sur les mômes matières , une plus ample et plus exacte définition.
Confessions {écrites vers Van 400}.
De tous les livres de saint Augustin, celtii qui a recueilli le plus de suffirages, soulert le plus d'admiration , réuni , dans le cours des siècles, le plus de lecteurs; celui <J"« l'on retrouve indistinctemententre les mains
de tout le monde; dans toutes les bibliothèques et sur tous les bureaux; aussi bien dans la collection du philosophe et de l'homme du siècle, qn^ dans cellesdu savant et du chrétien, assurément, c'est le livredes Confessions, c'e^t-à-dlre le livre qui.^lJ!^ fait connarllrc» le génie, les goûts, les naDitudes, la probité, la foi , toutes l^s q^sW^ et tous les défauts du converti de MllaM"^ devint bientôt l'évoque d'Hîppone, le détenseur de la foi, la terreur de Théi-ésie et la lumière de la catholibilé tout entière. Poini de lecture plus attachante, ni où '« ^"!"î de rutile soit pltw agr^Weai^cft acheté pjr loué l'attrait du pîalsir.Bn elfet, cesiun tableau complet, un portrait en piw V^^
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saint doelonr y trace ée loi^ménie. Il se defsstne et il se peint, h toutes les époqaes et è tous les tees de la TÎe; dons les langes du berceau, dans les jeuide TenfaDce, dans les études et les travaux de Tadolescent, dans k'S erreurs et les excès du jeune homme, dans le repentir et la conversion du chr6itein dans la foi et là piété du prêtre, dans il* zèle et la charité du pontife , et jusque liaiis les dernières ardeurs du yieillard qui, iomo»e uiisaiut athlète de Jésus-Christ, veut mourir les armes à la main , en défendant lie sa plume les doctrines de l'Eglise , travesties et déCgurées par Tesprit d'erreur et de mensonge. Tous les faits de son existeuce, et ceux qni ont été commis en public et sous les yeux des hommes , et ceux qui se sont passés dans la conscience et qui n'ont eu que Dieu pour témoin; le bien et le mal, le vice et la vertu, les fautes les plue honteuses et les phis sublimes {)erfections ; il confesse tout, il décrit tout , il transmet tout h la postérité, comme en gage éternel de la miséricorde de Dieu envers lui , et eomn^e un monument impérissable de son repoatir et de sa reconnaissance. Do reste, dit-il y il ne s'est proposé qu'un but, c'est de Jaire boaneur à la justice et à la bonté de Dietiy du bleu et du mal de sa vie; puisque c'est la connaissance de ses misères et le souvenir des bienfaits d'en haut qui ont allumé Tamour de Dieu dans son coeur. L'analyse des Confusions nous servira donc ici \ compléter la biographie du saint évéque, et, malgré la réserve et la sobriété de citatioas que nous nous sommes imposées, nous en dirons assez cependant , en parcourani rapidement les treize livres qui composent set ouvrage, pour donner à tous une idée de la personne, du génie et de& actions de soa auteur.
Premier livre. — Après une magnifique inyœation i la Divinité dont la grandeur surpasse toutes nos idées f dont la sagesse excède tous nos sentiments, que tout invoque et qui entend toutes les prières , qui reomlit tout et que rien ne remplit, dont les perfections sont inexplicables et la majesté mcompréhensible y et qui est tout amour, toute Ukdulçence et tout pardon > saint Au^ gustin en vient à parler dés jours de sa naissance et de son berceau, de ces jours privilégiés et bénis du ciel, où la Providence s^était dëffuisée pour lui en mère et en nourrice. M décrit ces premiers moments de la vie, alternés de veilles et de sommeil, ses premiers ris et ses premiers pleurs, ses premièréa sensations et ses premiers efforts pour essayer de manifester ses volontés; et il en conclut que cette première enfance même n'est pas exempte de fautes, tant la corruption est naturelle à l'homme et lui a été profondément inoculée par le*
Kché de sa génération, il rapporte xeiqple d'utt enfant oui ne parlait pas encore, et qui était déjà si transporté de rage et de jalousie contre un autre qui puisait avec lui le lait & la même source , qu'il ei^ était totlt pâle et quTit ne regardait
qu'avec des yeux de batne et de vengeance ce convive intrus du sein maternel. Il revient sur lui-même , il parle de ses premiers bégayements et de ses efforts souvent trompés pour traduire par la parole ses impressions et ses volontés. Mais cependant l'enfance s'élargit, la raison se aéveloppe , le moment de l'étude arrive, l'éducation commence avec tous ses rêves, toutes ses séductions, tous ses défauts. Alors, la vanité des parents s'ébaudit à surcharger la mémoire des enfants de toutes les fictions de la fable, de tous les rêves des poètes et des tableaux les plus vifs et les plus saisissants de la licence et de la volupté; comme si, pour former l'esprit, il était nécessaire de dégrader le cœur, en souillant Timagination, et en étouffant sous l'attrait des chimères le goût et l'amour de la vérité, et comme si les saintes Écritures , où tout retentit des louanges de Dieu, exalte sa grandeur et sa magnîQcence, célèbre sa miséricorde et son amour, n'étaient pas mille fois plus aptes à remplir la capacité de l'âme et à fixer la mobilité du cœur, que toutes ces fumées de la folie et de la vanité. Il raconte sa haine de l'étude, son amour du jeu, son ardeur pour les spectacles et les divertissements profanes, en un mot, tous les empêchements, tous les obstacles qui s'opposaient au véritable succès de son instruction; et il en conclut, avec la raison de l'expérience, que dès l'enfance même on puise, dans le vice d'une fausse éducation, toutes les imperfections et tous les défauts qui suivent l'homme dans la vie et qui l'accompagnent jusqu'au tombeau. Aussi rend-il grâces à Dieu du peu de bien qu'il retrouve dans les souvenirs de son enfance , parce que ce bien ne lui appartient pas, et qu'à Dieu seul en doit remonter la gloire et la reconnaissance.
Deuxième Kvre. — Cependant l'adolescence arrive, conduisant avec elle ces inquiétudes secrètes , ces désirs inconnus, ces ardeurs immodérées qui ne s'assouvissent et ne s'apaisent que dans l'effervescence des plaisirs et les jouissances sensuelles de la corruption. Le pieux évèque repasse, dans toute Tamerturae de son cœur, les hontes et les turpitudes de sa seizième année, cet âge auquel Tamitié ne suffit plus , et qui ne sait pas encore séparer l'amour pur des exigences de la débauche et du'déboraement des passions. Il attribue le déshonneur de sa ieunesse et la profondeur de ses chutes au désœuvrement du foyer paternel et à la liberté illimitée dont il jouissait habituellement, sans que personne s'occupât de mettre un frein a l'impétuosité de sa nature qui l'emportait à tous les excès. Il confesse cependant quCt même au milieu de ses désordres, il était moins entraîné au vice par l'amour du vice en luimême, que par une fausse idée qu'il se faisait du "bonheur et de la beauté , puisque Dieu seul est bon et parfait : bon, parce qu'il lui ftiisait sentir quelquefois l'aiguillon de sa verge dans les jouissances les plus vives et les plus délirantes de ses plaisirs; parfait, parce que , pour lui rendre la réconciliatiou
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mcnONNAIRE DE PATROLOGIEL
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plus facile, sa gr&ce Tavait garanti de chutes profondes et de déréglemeuts plus complets. A propos d*uQ vol qu'il avait commis la' nuit avec ses compagnons de jeu et de plaisirs, il s'accuse avec amertume , il se juge avec sévérité , et il se condamne , avec d'autant plus de rigueur, que ce qui lui faisait commettre ce larcin , ce n'était pas le besoin , puisque rien ne lui manquait, mais le plaisir d'entrer en société de crime avec ses complices, n prend de là occasion de s'élever fortement contre ces amitiés particulières, contre ces liaisons de la faiblesse et de l'iuex
Ï)érience, qui sont la perte de la jeunesse et a ruine des mœurs. Enfin , il termine son livre en détestant ses fautes, qui ne lui ont valu que des larmes et des repentirs , et en confessant au'en Dieu seul se trouve la justice étemelle, l'innocence souveraine, la beauté divine, un bonheur mélangé d'aucun dégoût, une paix profonde, et une vie exempte de trouble et d'agitation.
Troisième livre. — Le voilà devenu grand, le voilà délivré du ioug de la famille et des entraves des premières études; il a quitté sa petite ville de Tagaste, etnousle retrouvons a Carthage, libre de toute surveillance et de toute autorité, mais retenu plus que jamais par tous les liens des passions qu'il y a apportées avec lui. Il fait marcher de front et avec une égale ardeur l'étude et la débauche, puisant, dans les livres de Gicéron, les préceptes de l'éloquence et de la philosophie ; et dans la société des courtisanes, les habitudes des folles amours. Il faisait consister tout son bonheur dans le plaisir d'aimer et d'être aimé ; et, il faut convenir gu'il fut assez malheureux pour réussir aussi bien dans l'un que dans l'autre. Sa passion pour les spectacles et les représentations théâtrales était comme une huile qu'il jetait sur le feu de l'amour impur, et qui le rendait de jour en jour plus vu et plus ardent dans son cœur. Cependant il confesse que la lecture d'Hortensius apporta quelque chansement dans son âme, et, pour un moment du moins, lui fit tourner vers Dieu ses pensées et ses vœux. Il entreprit d'étudier les saintes Ecritures; mais l'humilité du style, l'étrangeté des figures, l'obscurité des mystères le détournèrent bientôt de sa résolution. Du reste, ce retour sur luinième , au milieu des passions, ces aspirations vers un état meilleur et plus rapproché de la divinité , cachaient encore un des plus grands dangers qu'il eût courus. L'ignorance où il était sur la nature du mal et sur la nature de Dieu, sur la véritable justice , et sur les moyens de concilier l'immutabilité divine avec la diversité des pratiques qu'il a autorisées dans tous les temps , fit tomber Augustin dans les erreurs et les extravagances des manichéens. Il ne faisait pas attention que cette justice éternelle n'en demeure pas moins essentiellement immuable, quoique ses ordonnances aient varié suivant les circonstances et les temps. Il y a des choses qui ne sont justes que par rapport aux temps et aux circonstances, et celles-là peuvent changer,'; il en est d'autres
qui le sont par nature m6me et par essence, et celles-là ne changent pas, elles restent et demeurent justes pour le temps et pour l'éternité.
Pendant qu'il donnait ainsi dans toutes ces erreurs, qu'il traite iui-mème de folies, sa sainte mère, depuis neuf ans, ne cessait de répandre devant Dieu ses prières et ses larmes, en implorant la conversion de son fils. Un songe l'avertit qu'elle avait été exaucée. A partir de ce jour, elle consentit à habiter avec lui sous le même toit et à prendre ses repas à la même table, ce qu'elle n'avait pas fait depuis ses égarements. Aussi le jour n'était pas éloigné où les écailles devaient tomber des yeux d'Augustin.
Qtiatriime livre. — Le temps était proche , mais il n'était pas encore arrivé. Augustin , disciple de l'erreur, s'était fait maître pour l'enseigner à son tour, et il mettait tout son zèle à en propager les doo trines. La rhétorique qu'il professait était moins un cours de belles-lettres pour Tinstruction de ses élèves, dont il vante cependant l'aptitude et les talents, qu'un cours de nouveautés impies, où il mettait toutes les ressources de son éloquence au service de la secte qui le retenait 'dans ses liens. Cet esclavage, pourtant, ne l'avait pas empêché de prendre une autre chaîoe, mais cette fois du moins il y avait déjà un peu d'améliora* tion dans le mal. Il s'était attaché à une femme et lui restait fidèle; il ne manquait à leur union que la sanction divine du mariage; c'était assez pour qu'il n'y trouvât pas le bonheur. Il s'étourdissait en se donnant toutes les satisfactions de l'amour-propre , toutes les distractions de la vanité; il poursuivait les vaines fumées de la gloire populaire , heureux d'avoir remporté le prix de poésie et partagé les applaudissements du théâtre avec les vils histrions qui représentaient ses ouvrages. 11 avait tellementémoussé en lui le sens du vrai, qu'il donna de front dans les extravagances de l'astrologie judiciaire, mais avec une opiniâtreté telle , que tous les raisonnements d'un vieux médecin fondés sur l'expérience que donnent les années et sur les démonstrations de la science naturelle, eurent peine à l'en détacher. Ce qui réussit le mieux, mais en lui portant un coup qui retentit longtemps jusqu au fond de son cœur, ce fut la mort d'un ami qu'il avait eu pour compagnon d'études et de plaisirs depuis l'enfance. 11 en ressentit une impression telle qu'il ne comprenait plus rien a la vie; il s'étonnait de rencontrer des vivants, et cependant il redoutait de mourir, dans la crainte que celui qu'il avait aimé ne mourût tout entier. Il le regardait comme une partie de lui-même, et il désirait vivre afin aue son ami se survécût en lui. Certes, une telle amitié est rare, c'est justement pour cela quelle est sublime ; mais après tout, ce n'est qu uno amitié humaiae, exposée à toutes les vicissitudes de la séparation et de la mort, tandJJ çiue dans l'amitié chrétienne on ne peru jamais ses amis , parce qu'on est toi^ours . assuré de les retrouver en Dieu. Aussi ceue