TS
QKTlONNAiRfi DE PATBOLOGIB.
BED
avait faite lui-HnAoïe» comme il le témoigne dans son Catalogne. Il est bon d'indiquer ici le sujet de chacune, afin que d'un côté le lecteur connaisse les yéritables homélies de Bède, et que de l'autre il puisse se for-mer une idée de la liberté avec laquelle les copistes ont fait l'attribution d'un nombre inQni d'ouvrages qu'ils ont trouvés sans nom d'auteur.
La première des homélies de Bède, rapportée dans le premier livre de eet ancien manuscrit, est sur ces paroles de saint Luc : L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu à wm vierge: la seconde est celle-ci : Aussitôt après être pnrti avec prvmpiitude : la troisième, sur cet endroit de saint Marc : Jean était dans k désert ; la quatrième , sur ce qu'on lit dans saint Jean : Aters Jean rendit ce témoignage i k cinquième, sur ces paroles de saint Matthieu : Marie su mère ayant épousé Jo^ sej>h; la sixième, sur ce (^ui est dit dans saint Luc : Les bergers se dtrent les wm aux autre»; la se[)tième, sur le commencement de l'Ëvangite selon saint Jean : Au commence* ment était le Verbe; la huitième, sur le corn-» mandement que Jésus fit à saint Pierre en lui disant! Suivez-moi; la neuvième, sur ces paroles de saint Matthieu : Alors Jésus viut de Golilée au Jourdain; la dixième, sur cet endroit du même évangéliste : t/n emge du Seigneur apparut à Joseph; la onzième, sur le Second chapitre de saint Luc : Le huitième jour^ au-
Îjuet l'enfant devait être circoncis, étant arrivé; a douzième , sur cet autre endroit de saint Luc : Son père et sa mère tdlaient tous les ans à Jérusalem: la treizième, sur ces paroles de saint Jean xllsefU des noces à Cana enGalilée; la quatorzième, sur ces autres du même saint Jean : Jean vH que Jéms venait A lui; la
Îuinzième : Le temps de la purification de tarie étant accompli; la seizième, sur cet endroit de saint Jean : La fête des Juifs étant arrivée, Jésus s'en alla à Jérusalem; la dixseptième, sur cet autre du même Evangile : Jésus voulut s'en aller en Galilée ; la dixhuitième, sur ces paroles de saint Matthieu : Le Fils de Vhomme doit venir dans la gloire de son Père; la vingtième, sur celle-ci : Etant parti de ce lieu-là, il se retira du côté de Tyr et de Sidon; la vingt-unième , sur le commencement du sixième chapitre de saini Jean : Jésus s'en alla ensuite au delà de to mer de Galilée; la vingt-deuxième, sur le douzième verset du second chapitre î Jésus alla à Caphamaim avec sa mère; la vingttroisième, sur l'évangile du dimanche des Rameaux : Lorsque Jésus approchait de Jértksalem; la vingt-quatrième, sur celui du
Îuatrième dimanche au carême, où il est dit : e jour de Pâques était proche; la vingtcinquième , sur l'évangile du jeudi saint : Avant ta fête de Pâques , Jésus sachaiM que son heure était venue.
l^s homélies du second livre, dans le même manuscrit, sont Au nombre de vingt-quatre. Dans la première, Bède explique l'évangile de la veille de Pâques; dans la seconde, Tévangile du mardi après Pâques ; dans la troisième, l'évangile du vendredi de h même
semaine ; dans la quatrième, celui du samedi; dans la cinquième, l'évangile du troisième dimanche après Pâques ; dans la sixième, l'évangile du quatrième; dans la septième, celui du cinquième; dans la huitième, Tévangile du jour de Rogations; dans la neuvième, l'évangile de l'Asoension; dans la dixième, l'évangile du dimanche dans Toctave; dans la onzième, l'évangile de la veille de la Pentecôte; dans la douzième, l'érangile du dimanche suivant, qui commence ainsi: // y avait ttn homme a entre les pharisiens nommé Nicodème; dans la treiiième, Tévangile de la veille de saint Jean ; dans la quatorzième, l'évangile du jour de saint Jean; dans la quinzième, l'évangile de la veille de saint Pierre et saint Paul ; dans la seizième, l'évangile du jour de cette fête; dans la dii septième, l'évangile tiré du chapitre xix de saint Matthieu , où Jésus-Christ promet le centuple à ceux qui quittent tout pour le suivre; dans la dix-septième, l'évandle de la fête de saint Jacques, apôtre; dans la dixneuvième, le passage de saint Matthieu où il est dit que Jésus se retira du côté de Tyr et de Sidon; dans la vingtième, Tévansile pour lafôtode laDécoUation de saint Jean-Baptiste; dans la vingt-unième, Téyangile de la Dédi cace, sur «es paroles : On faisait à Jérusalm la dédicace , et c'était Ihiver ; dans la vingtdeuxième , l'évangile de la fête de saiot Matthieu apôtre; dans le vingt-troisième, Té vangile pour la fêta de saint André, et dans la vingt-quatrième, l'évangile où nous lisons qua Jésus voulut se retirer en Galilée. — On sait, par le détail des homélies renfermées dans les manuscrits dont nous avons parlé, et dont le plus nouveau remonte déjà à plus de sept cents ans, qu*il faut rejeter toutes celles qui n'v sont point comprises, ou du moins la plus grande partie. Il se pourrait que Bède ea eût composé quelques-unes après la publication de son Cala logue.
Explicaiion du temple de Salomon. —Bède fait mention de cet ouvrage dans son Catalogue, et ce qui prouve q\v il est de lui, c'est Sue, sur la fin du vingt-quatrième chapitre, cite ses livres du Tabernacle et des habits sacerdotaux. Nous verrons dans la suite qu il adressa cet ouvrage à Albin , en reconnais; sanee de quelques présents qu'il en avait reçus. Cette explication est purement altégo rique, et composée de diverses réflexions tirées des anciens Pères de l'Eglise.
Commentaires sur ffabacuc. — Bède com-
I^osa aussi un Commentaire sur H(J>acuCyt a prière de sa sœur, qui s'était consacrée a Dieu dans un monastère. 11 suit, dans 1 explication de ce prophète la version des Septante , et se propose pour but de monlrep qu'Uabacuc a prédit Tincarnation du verbe, la passion de Jésns-Christ , la réprobation des Juifs et la vocatioa des gentils. Il remarque qu*il était d^tisage, dans toute rEgli^<^» de réciter ce cantique dans Uts Laudt^ mamtinales de tou9 les vradredis de lancée» parée que le mystère de la passion accoiuF ee jour-là j est claîrtmeiH a&F^^
ftS
BKB
DRTIONNAIRI INE PATROLOGIB.
BSN
HMoùe dH éMés de W9remouik tî chr Jarratt, — On lui doit encore Thistoire des cinq abbés qui, jusqu'à son temps, araieai gouverné les deux monastères de Weremouth etde Jarrow; savoir, de saint Bernard Biscop, de saint Céolfrid, d'Esteruia, de Sigeftid et de Witberg ou Huetbergt.
Leiirtê. — Le Catalogue de ses ouvrages marque un livre de Lettres à dherseê per^ Bonnes: ces lettres sont perdues; il ne nous en reste que deux qui ne faisaient pas partie de ce livre. La première est adressée èEgbert, auprès duquel il s'excuse de n'avoir pu lui faire une visite qu'il lui avait promise. Il TexlMH^te k éviter les conversations inutiles, k s'appliquer à la méditation des saintes Ecritures r principalement des Epitres de saint Paul à Timothée et à Tite, du Pastorai de saint Grégoire et de ses homélies sur TErangile. Il lui recommande d'avoir tou« jours auprès de lui des personnes capables de l'aider dans le ministère, et de ne pas imiter certains évèques qui ne se font accompagner que de gens de plaisir et de bonne chère. Ensuite il lui représente que , ne ]}ouvant seul parcourir son diocèse en un an, il devait établir des prêtres dans chaque village pour instruire et administrer les sacrements. Il tàiX remarquer à Egbert qu'il y avait plusieurs villages dans les montagnes qui n'avaient jamais vu d'évéques dans 1 exercice de leurs fonctions spirituelles, ni rei^u d'instructions de personne, et qui toutefois n'étaient pas exempts de payer des redevances à révèque. C'était done recevoir, sans prêcher, l'argent que Jésus-Christ dé-» fend de recevoir même en prêchant. Bède lui représente qu'il y avait un moyen de remédier à ce désordre, c'était de multiplier le nombre des évêchés dans l' Angleterre, et
1>rineipalement dans le comté d'York. Parmi es instructions qu'il conseille à Egbert de donner à ses peuples , il insiste sur la fréquente communion, et il ajoute que les gens même mariés la pratiqueraient volontiers , si on leur prescrivait les bornes de la continence qu'ils sont obligt^s d'observer ea s'approchant des sacrements.
La seconde lettre est adressée à Albin , abbé de Saint-Pierre de Gantorbéry. Il avait envoyé k Bède quelques petits présents et plusieurs mémoires qui lui étaient néces^ saires pour composer son Sistoire eccUsias" tique d'Analeterre. Aussitôt que Bède l'eul achevée , il la lui adressa avec son explication allégorique de la structure du temple de 8elomon, quf il désirait posséder. Il le re^ mercie de ses présents , se recommande ki ses prières, et le prie de demander pour lui les prières de toutes les personnes a qui il jugerait k propos de communiquer ses ouvrages.
Les contemporains de Bède n'ont pu Is considérer que par rapport k son siècle , et en le considérant ainsi nous comprenons Texag^^ration de leurs éloçes, quoique sans la partager. Quelques modernes, particulièment des écrivains français, sont tombéj dans une exagération contraire^ et ont m*
baissé ses ouvrages l)ien au-dessous de leur valeur : « On chercherait en vain dans ses livres, dit un auteur, les fleurs de réloquence et les ornements de la rhétorique, ma»s on t trouve en récompense beaucoup de naturel, de précision et de clarté. Il y règne une simplicité aimable, avec un ton de franchise, de zèle et de piété qui intéressent le lecteur. ha candeur et l'amour de la vérité caractérisent ses livres historiques , et si Ton dit qu'il a porté quelquefois la crédulité trop loin, on doit au moins convenir qu'aucune personne judicieuse ne révoquera jamais en doute sa sincérité. Dans ses Commentaires, il s'est souvent contenté d'abréger ou de ranger dans un ordre méthodique ceux de saint Augustin, de saint Ambroise, de saint Jérôme , de saint Basile et des autres commentateurs. Il n'en a point a^ de la sorte pour éviter le travail, ni par déiaut de génie» comme l'ont prétendu quelques modernes.
Son but était de s'attacher plus étroitement k la tradition de l'Eglise, dans l'interprétation des livres saints. Aussi, dans tout ce que les Pères avaient laissé k faire , suit-il pas k pas leurs principes, de peur de s'écarter de la tradition dans la moindre chose. Les meilleurs juges avouent que dans les morceaux qui sont entièrement de lui , il ne le cède ni en solidité ni en jugement aux plus habiles d'entre les Pères, b Saint Boniface, archevêque de Mayence , a fait en un mot l'éloge de Bède, en l'appelant le flambeau de l'Eglise (eandela Ecclesiœ). On conviendra sans peine que ce titre lui est dû, si l'on fait attention k la pureté de sa doctrine, k l'étendue de ses connaissances, et au grand nombre de ses écrits , qui tous ont pour but l'éclaircissement des vérités de la religion.
BELLATOR, prêtre italien de la fin du V siècle , n'est guère connu que par ce qu'on en lit dans les ouvrages deCassiodore. Il avait composé, sur le livre de Ruth, un Commentaire en deux volumes que cet écrivain joi- ?;nit aux recueils d'Origènesur l'Eptateuque. ndépendamment de ce premier écrit, il avait expliqué, en huit livres , celui de la Sagesse et commenté les livres de Tobîe, d'Esther, de Judith et des Machabées. Il ne fit point de commentaire sur Esdras, mais il traduisit en latin les deux homélies d'Origène sur cet ouvrage. Cassiodore parle de cet écrivain en termes fort honorables; il l'appelle un prêtre très-religieux, et lui donne le titre d'ami.
BENNON, écrivain allemand du xi' siècle, fut créé cardinal par l'antipape Guibert, qui se fit nommer Clément III. Zélé partisan de oel intrus, il multiplia ses attaques contre plusieurs pontifes, accusant Sylvestre U de magie, Grégoire VU de simonie, et publia, sous le titre de Vie de Grégoire VU , une espèce de libelle qui n'est qu'une satire continuelle des œuvres de ce pontife. Il lai reproche d'avoir été disciple de Bérenger, et d'avoir favorisé ses erreurs, malj^re sa con luile au concile de Tours, en 1055, où, comme légat du saint-siége , il ne reçut cet hérésiarque k la communion romaine qu a^.
BEN
DICnOMNAIRE DE PATROLOGIE.
BEN
près qu*il eut souscrit de sa main son abjuration. Il l'accuse d'avoir indiqué des prières et un jeûne de trois jours, non pour le succès du concile, mais pour demander à Dieu ce (pi'on doit croire sur le mystère de l'Eucharistie. Ce cardinal faisait beaucoup d'autres reproches h Grégoire VU, comme d'avoir été élu le jour même de la mort d'Alexandre II, contrairement aux canons, (^ui défendent d'élire un pape avant le troisième jour qui suit la sépulture du défunt ; d'avoir excommunié le roi Henri, contre le sentiment des cardinaux, et sans observer l'ordre judiciaire , et de porter habituellement avec lui un livre de nécromancie. Il mêle à ces reproches des histoires fabuleuses, remarqiiaot, par exemple, que, lorsque le pape se leva de sa chaire pour prononcer la sentence d'excommunication contre ce prince, cette chaire, quoique neuve, se fendit d'un seul coup en plusieurs morceaux. Dieu le permettant ainsi, pour annoncer le schisme qui devait être la suite de cette excommunication. Il dit , à l'occasion du livre de nécromancie, que le pape se l'étant fait apporter par ses domestiques, ils l'ouvrirent et en lurent quelques pages ; mais qu'aussitôt les démons leur apparurent, leur demandant pourquoi ils les avaient appelés. Quelle foi ajouter à un accusateur de ce caractère? — On n'a pas laissé de mettre au jour ses deux lettres contre le pape Grégoire, adressées à l'Eglise romarne. Elles ont même eu plusieurs éditions, dont la dernière est celle imprimée à Londres, dans le recueil d'Edouard Brown, en 1690.
BENOIT II, Romain de naissance, dont le père ne nous est connu que sous le nom de Jean, fut élu pape le 26 juin 68i, onze mois et quelques jours après la mort du pape Léon II , son prédécesseur. Benoît, élevé dans l'amour de la pauvreté, était patient, doux, libéral, très-mstruit dans la science des saintes Ecritures et du chant ecclésiastique. Dès les premiers jours de son pontificat, il s'occupa d'ordonner la convocation du quatorzième concile de Tolède, pour V faire recevoir la définition du sixième concile œcuménique, tenu à Constantinople. Il tenta, mais en vain, de convertir Macaire d'Antioche. Il répara les églises de Saint-Pierre, de Saint-Valentin et de Sainte- Marie. Il mourut le 7 n^ai 685. L'Eglise l'a mis au nombre des saints. On a, sous le nom de ce pontife, deux lettres publiées dans la Somme des conciles^ et reproduites dans le Cours complet de Patrologie de M. l'abbé Migne; mais les meilleurs critiques les croient supposées.
BENOIT \lll, fils de Grégoire,! comte de Tusculum, fut d'abord évoque de Porto, puis succéda À Sergius IV sur le siéçe apostolique. Il fut élu pape au mois de juillet 1012,. en concurrence avec un autre Grégoire, dont la faction eut le dessous. Mais elle se releva bientôt, et Benoit, chassé de Rome» fut obligé de venir en Saxe implorer le secours de Uenri^ roi d'Italie, depuis em-
pereur et mis au nombre des saints. L*année suivante, le monarque, voulant venger l'injure faite au saint-siege, assembla son armée et passa en Italie. Au bruit de son arrivée l'antipape Grégoire prit la fuite, et Benoit YllI rentra en libre possession de sa dignité, pour poser la couronne impériale sur la tête de son libérateur. En 1016, les Sarrasins ayant fait une irruption en Toscane, s'emparèrent de la ville de Lune, en chassèrent l'évèque et se rendirent maîtres du pays. Benoit assembla aussitôt les évoques et les défenseurs des églises, et leur ordonna de marcher avec lui contre l'ennemi commun.
Le succès répondit aux efforts du pontife : les Sarrasins furent taillés en pièces; leur roi se sauva avec peine ; la reine fut prise et eut la tète coupée. Le pape partagea ses riches dépouilles avec l'empereur. Le monarque irrité envoya au pape un sac rempli de châtaignes, en lui signifiant que l'année suivante il reviendrait avec autant de soldats. Benoit répondit à ce défi par une allégorie du môme genre, et envoya au Sarrasin un petit sac plein de grains de millet, en lui disant qu'il pouvait revenir et qu'il trouverait autant et plus de gens armés pour le défendre. La môme année l'Italie eut une autre guerre à soutenir contre les Grecs, qui avaient subjugué une partie de la province de Bénévent. Un seigneur normand, nommé Raoul, vint à Rome offrir le secours de son bras et de ses compagnons pour en chasser les ennemis. Benoit accepta cet appui, et le succès répondit aux espérances. C'est à cette époque qu'il faut rapporter les commencements ae la gloire qui devait accompagner le nom des Normands dans cette partie de l'Italie. En 1020, le pape retourna en Allemagne pour presser renvoi de nouveaux secours contre les Grecs, qui cette fois menaçaient Rome eUe-méme. Henri j vint en personne avec son armée, et, appuyé par de nouveaux renforts de Normands, il obtint des victoires complètes et décisives. Benoit avait tenu dans la même année un concile à Pavie, pour'la réforme des mœurs ecclésiastiques. Il mourut le Vk juillet 102i après onze ans, onze mois et vingt et un jours de pontificat
Concile de Pavie, — Ce concile s assembla le 1" août de Tan 1020. Benoit l'ouvrit par un long discours contre la vie licencieuse des clercs, et le mauvais usage qu'ils faisaient des biens de l'Eglise, les employant à entretenir publiquement des femmes et à élever leurs enfants. Il fit voir, par l'autorité du concile de Nicée, qu'il n'est pas pe^ mis aux clercs d'avoir avec eux, dans la môme maison, d'autres femmes que leur mère et leur sœur. Les papes saint Sirice et saint Léon ayant défendu le mariage, même aux sous-diacres, il soutint qu'il devait être interdit à plus forte raison aux diacreSi ai^ prêtres et aux évoques, et que, par conséquent, tous les enfants nés dei)uis leur engagement dans les ordres sont illégitimes... Les clercs débauchés objectaient que saint Paul permet à chacun d'avoir sa femme
BEN
MCnOMMAlRE DE PATROLOGIE.
BEN
clercs, il s'est éloimé en cela de fa doctrine du concile de Nicée et des Pères, et il rapporte les passages de leurs livres. Tous les canons de ce concile, au nombre de sept, ont été rendus dans le sens de ce discours.
Lettres. — Il reste • quatre lettres de Benoit VIII en faveur du monastère de Saint- Bénigne de D^on : les deux premières sont du mois de novembre de Tan 1012, et adressées à Brunon, évoque de Langres, à qui il recommande ce monastère, et Tabbé (juillatime, qui le gouvernait alors. Il marque qu*il avait, lui, tous les privilèges qui lui avaient été soumis, et qu'il les avait confir* mes ; quoiqu'il connût TaffQction de cet évèque pour les moines de Saint-Bénigne, il ne laisse pas de lui défendre, et à tous ses successeurs, d'interrompre l'office divin dans ce monastère. — Les deux autres lettres sont à l'abbé Guillaume, à qui il témoigne combien il prenait de part aux vexations qu'on lui faisait subir; mais en même temps il le loue de la patience avec laquelle il supportait les mauvais traitements de ses ennemis. Il l'exhorte toutefois à ne pas souffrir la dilapidation des biens de son monastère, et à laisser agir l'évoque Bénigne, à qui il avait ordonne d'en prendre la défense. Cet évëque avait pris l'habit dans le monastère de Saint-Bénigne de Dijon. Le
Sape lui permet de faire dés ordinations ans le monastère, mais seulement avec l'autorisation de l'abbé Guillaume. Ces quatre lettres se trouvent dans le Recueil des pièces servant à VEistoire de Bourgogne, par Etienne Pérard, à Paris, 1667.
On a encore de Benott VIII deux bulles : une datée du mois de juillet 1013, en faveur de l'Eglise de Bamberg, et l'autre pour confirmer les droits et privilèges du monastère de Brémet en Italie, datée de l'an lOU. Ses autres travaux sont peu connus.
BENOIT IX , élu pape vers le mois de juin 1<^, succéda à Jean XIX, dont il était le neveu. Il se nommait Théophylacte, et n'avait que douze ans au moment de son élection. Il est vrai qu'Albéric, son père, comte de Tusculum, la lui avait procurée h prix d'or, et dès le commencement il montra par l'infamie de ses mœurs qu'il était digne d'un pareil marché. Le peuple romain, lassé ne ses rapines et de ses cruautés, le chassa de Rome. Il y rentra quelque temps après... Désespérant de s'y maintenir, il vendit le pontificat comme il l'avait acheté. Il reprit la tiare pour la troisième fois, le 8 novembre 10^7, et la garda jus > qu*au 19 juillet 1048. Enfin , touché de repentir, il fit appeler Barthélémy, abbé de la Grotte-Ferrée, lui confessa ses péchés et lui demanda le remède. Le saint directeur ne lui dissimula point qu'il était indigne du sacerdoce, et qu'il devait se réconcilier avec . Dieu par la pénitence. Benoit suivit ce con-
seil, et renonça aussitôt à sa dignité. Dès ce moment, l'histoire semble le perdre de vue, et la fin de sa vie politigue contribue à jeter de l'obscurité sur sa nn naturelle. On croit cependant qu'il mourut en 1054, dans ce même monastère où il expiait la honte et les erreurs de sa vie licencieuse auprès du Consolateur que les remords de sa conscience lui avaient indigué. Durant ce pontificat scandaleux, l'Eglise jouit de la paix, et le respect que l'univers chrétien portait au siège de Pierre ne souffrit aucune atteinte. « Il est remarquable, dit un historien, que, sous quelques pontifes vicieux ou ineptes, il n'v ait eu ni troubles ni hérésies , et que l'Eglise ait joui d'une tranquillité qu'elfe n'eut point sous les pontifes les plus sages. Dieu veillait alors particulièrement sur son ouvrage, et suppléait, en quelque sorte, aux soins et aux qualités de celui auquel il était confié. » Il nous reste, comme monument de ce pontificat, quelques lettres et des privilèges qui se trouvent reproduits dans le Cours complet de Patroîogie de M. l'abbé Migne.
BENOIT (saint), chef de l'ordre célèbre qui depuis plus de quatorze cents ans porte son nom, est regardé comme le fondateur des ordres monastiques en Occident, ainsi que saint Antoine le fut en Orient deux siècles avant lui. Il naquit l'an 480, au territoire de Norcia, dans le duché de Spolette, d'une famille riche et illustrée. Pierre Diacre nous apprend que son père se nommait Eutrope, sa mère Abondantia, et qu'il était frère jumeau de sainte Scholastique. Ses parents l'envoyèrent de bonne heure à Rome, où il fit ses premières études. Il s'y distingua par son esprit, ses succès et surtout sa bonne conduite, chose assez difficile dans la capitale du monde, qui, malgré l'éloignêment de ses mattres, avait conservé ses fêtes, ses spectacles, le goût des arts et celui des plaisirs. Dès l'âge de dix-sept ans, Benoit, dégoûté du monde et désabusé de ses faux biens, se relira secrètement de Rome pour aller méditer les vérités saintes dans une caverne affreusCf au milieu du désert de Subiaco, à q^^uarante lieues de la ville éternelle. Il y demeura pendant trois ans, seul, inconnu à l'univers entier, excepté à un moine des environs, nommé Romain, qui Tavait instruit des devoirs de la vie érémitique, et qui lui apportait, tous les huit jours, la modigue subsistance nécessaire à sa vie ; il la lui descendait au moyen d'une corde à laquelle était attachée une sonnette pour l'avertir de son arrivée. Un secret si extraordinaire ne pouvait rester longtemps caché, et l'étrange vie que menait le jeune Benoit finit par exciter la curiosité et ensuite l'admiration de tous ceux qui entendirent parler de lui. On voulut voir et examiner déplus près ce prodige d'abstinence et d'humilité. La foule des curieux augmentait chaque jour; le désert de Subiaco de- > vint un point de réunion et un obiet de pè- \ lerinage pour un grand nombre d habitants i des environs qui» attirés par l'ascendant
fiED
DICTIONNAIRE W f AT{(OM)fi|E.
fiE(t
lia
d*UDe grande Tertu, voulaient voir un saint et eutendre un apôtre. L*apôtre leur prêchait les viriles do la religion avec une onction qui les touchait ; et le saint achevait de les convertir. A quelque distance de Subiaco, il y avait un monastère dont Tabbé venait de mourir; tous les suffrages de la communauté s*accordaient à lui donner Benoit pour successeur. Après bien des reinSy le pieux solitaire, cédant à leurs instances, consentit à devenir leur abbé. Mais comme il voulait les corriger en les obligeant à une vie plus conforme à leur état, ils se liguèrent contre lui et prirent le parti de s*en défaire par le poison. Un jour doncquMl était à table (K)ur
f prendre son repas, on lui présenta à bénir e premier verre qui était pour lui, et chaque religieux, suivant la coutume du monastère, tenait son verre à la main, afin qu'il fût béai en même temps. Benoit étendit la main, traça le signe de la croix, et aussitôt le verre qui contenait le breuvage de mort se cassa. L'homme de Dieu ccfmprit ce que c'était, et, se levant de table, il dit aux moines d'un visage tranquille : « Que le Pieu tout-puissant vous pardonne, mes frères; pourquoi m*avei-vous voulu traiter de la sorte ? Ne vous avais-je pas prédit que vos mœurs et les miennes ne pourraient jamais s'accorder? Allez chercher un supérieur qui vous convienne ; pour moi, ma mission est remplie, et je ne vous importunerai pas plus longtemps de mes remontrances. » A ces mots, il quitta le monastère et reprit le chemin de sa solitude. C^était vers Tan âlO. De retour à Subtaco, il s'y entretint avec lui-même sous les jreux de Celui qui sonde les cœurs et les reins, c(mtinuellement occupé de la prière et de la lecture des saints livres. Ses vertus et ses miracles attirèrent de nouveau la foule è son désert. Ses visirteurs devinrent ses disciples et voulurent rester et vivre avec lui. Il y consentit, et il bâtit avec eux des cellules pour les loger ; il sema des grains et des légumes pour les nourrir. La terre se vivifiait sous leurs uftains, et la petite colonie s'augmentait tous les jours. Dans un temps où le paganisme n'était pas encore abattu» de si grands triomphes de la religion chrétienne devaient naturellement lui attirer et les sarcasmes des esprits forts, et le zèle envieux des esprits raibles : Benoit fut calomnié, persécuté. II résista quelque temps à Torage ; mais, s'apercevant que rien ne pouvait changer ni adoucir l'humeur de ses ennemis, il leur abandonna le champ de bataille et conduisit sa petite colonie au Mont- Cassin. 11 y trouva d'autres idolâtres, mais u<Hi d'autres persécuteurs. 11 eut peu de peine à les convertir par ses éloquentes prédications. Leur temple était consacré au culte d*Ai)olion ; il en ut un oratoire consacré au culte du vrai Dieu. Ces idolâtres, devenus chrétiens, l'aidèrent à construire un vaste monastère, qui est devenu depuis le chef-lieu et le berceau de presque tous les ordres religieux de l'Europe. Le nom du fondateur devint célèbre en Italie. Totila.
roi des Goths, ne fut point ioâ^nsible au dé^ sir de voir un homme dont la renommée disait tant de bien ; mais en même temps il voulut s amuser à tromper la pénétration miraculeuse dont on le disait «loué. Il se mit à la suite d'un de ses écuyers qu'il avait fait revêtir d'habits royaux ; dans cet éauipage il se présenta devan't le modeste aobé du Monl-Cassin , mais celui-ci eut peu de
Seine à démêler la supercherie : l'habitude u commandement avait imprimé sans doute dans les yeux et sur le front du conquérant des caractères de fierté qui n'échappèrent
{Joint à la sagacité du religieux. Sans s'arrôer aux apparences, il alla droit au-devant de celui qui voulait le tromper, et il osa lui parler en homuie que ses vertus mettaient au-dessus de tous tes rangs. Il lui reprocha ses cruautés, ses injustices et ses conquêtes; il alla plus loin, il osa lui prédire sa nn prochaine, en Tinvitant à profiter du peu de temps qui lui restait à vivre pour réparer une partie des maux qu'il avait faits au monde. Soit conviction, Soit étonnement, le fier barbare ne s'offensa point de cette noble hardiesse, et l'on dit même que depuis ce moment il fut plus humain. Quelque temps après cette visite, saint Benoît s'entrelenanl avec Tévêque de Canose des ravages de Totila, cet évoque lui disait : Vous verrez que ce roi la ruinera jusqu'à en faire une solitude. — Non, lui répondit saint Benoit, la ville de Rome ne sera point dépeuplée par les barbares, mais elle sera battue de tempêtes, de foudres et de tremblements de terre ; elle s'affaiblira comme un arbre qui sèche sur sa racine. Saint Grégoire rend témoignage de l'accomplissement de cette pro- Khétie, et dit que de son temps la ville de ome ne présentait plus qu'un spectacle affreux de bouleversen>ents et de ruines.
Le même pape nous apprend que sainte Scholastique venait une rois tous les ans Toir son frère, qui, accompagné de S4^s disciples, allait la recevoir à quelque distance de son monastère, dans une métairie dépendant du Mont-Cassin. Ils passaient la journée ensemble à louer Dieu et à s'entretenir de choses saintes, après quoi ils se sé|iaraient pour reprendre chacun le chemin de sa solitude. Ct) fut à la suite d'une de ces entrevues que Benoit fut averti miraculeusement de la mort de sa sœur; il fit apporter son corps à son monastère et déposer dans le tombeau qu'il avait préparé pour loimême. Saint Benoit ne lui survécut pas longtemps. Dans le cours de la miéme année, il prédit sa mort à quelques-uns de ses disciples, en leur recommandant le secret. Six jours avant qu'elle n'arrivât, ii Bt ouvrir son tombeau ; aussitôt ii fut saisi d'une fièvre violente, et comme elle allait tous les jours en augmentant, le sixième ii se fit porter dans 1 oratoire, reçut le corps et le sang de Jésus-Christ , et » levant les yeux et les mains au ciel, entre les bras de ses religieux qui le soutenaient, il rendit son âme à Dieu» dans la soixante- troisième année de son âge > le samedi 21 mars. 543 , cpii sq
bEii
DIGTIONNÀd^ m; pAXMAMSm.
6ËN
la
trouvait la Teille du dimanche de la Passion. 8<>n corps resta déposé au Mont-Cassin jusqu'au temps où les Lombards, a}'ant fait une irruption dans ce pays, y pillèrent et délruif^in.^nt le monastère. On ignore si les restes (lu saint fondateur périrent dans Tincendie, mais ils devinrent par la suite un sujet do contestation entre les Bénédictins de France i't ceux dltatie, qui, chacun de son côté, en revendiquaient la possession. Quoi qu'il en soit de cette contestation, aujourd'hui peu importante, saint Benoit laissa à ses disciples, dans l'exemple de sa vie, une succession plus riche et plus précieuse que celle de ses dépouilles mortelles. Ce qu'il avait constamment pratiqué dans le cours de sa longue pénitence, il en Qt la règle de leur conduite. « Voulez-vous , disait saint Grégoire, avoir un abrégé de la Règle de saint Benoit, lisez sa vie. Voulez-vous avoir un abrégé de sa vie, lisez sa Règle. »
Analyse de la Règle. — Cette l^ègle est divisée en soixante-treize chapitres, précédée d'une préface, dans laquelle le samt abbé exhorte ceux qui désirent la mettre en pratique, à demander à Dieu son secours par. des prières ardentes et réitérées, et à s'y préparer par les mouvements d'une foi sincère et par les bonnes œuvres, sans lesquelles on n'arrive jamais à la vie de l'éternité. Il déclare que cette Règle est comme une école où Ton apprend à servir Dieu; soa dessein est de n'y rien ordonner de trop rude et de trop difficile; si quelaues points en paraissent un peu austères, c est que la raison et la justice le veulent ainsi pour purifier l'ftme de ses vices. Du resté, on ne cfoit pas s*en effrayer, puisaue l'Evangile nous assure aue Tentrée de la voie du salut est étroite. Mais, ajoute-t-il, à mesure que j'on fait du progrès dans Tobservance régulière et dans la foi, le cœur venant à s'ouvrir et à se dilater par la douceur ineffable de Taniour, on court avec joie dans le chemin des commandements; et celui qui persévère jusqu'à la mori à pratiquer la doctrine de Jésus-Christ dans le monastère mérite d*avoir part à son royaume.
Après ce préambule, saint Benott commence sa Règle par la distinction de quatre sortes de moines : la première est celle des cénobites qui vivent dans une communauté rglée sous la conduite d'un abbé ; la seconde, des anachorètes ou ermites, qui, après s^ôtre éprouvés longtemps dans un monastère, se retirent dans un désert pour y mener seuls une vie encore plus parfaite que celle des communautés ; la troisième est celle des sarabaïles, qui demeurent deux ou trois ensemble, vivant à leur guise, sans règle qui les gouverne, sans pasteur qui les dirige. Ils témoignent par leur tonsure qu'ils se sont consacres à Dieu, mai;s leur conduite manifeste trop ouvertement qu ils ne sout pas encore détachés du monde; enGn* la iiuatrième est celle des moines gyrovagues uu vagabonds, qui courent de monastère en uKmastère, esclaves de leur bouche et de leurs plaisirs. C'est la pire espèce de toutes.
C'est uniquement povjr les ^aobites que
saint Benoit a écrit sa règle.
De Vabbéei des outrés supériewrê. — L'abbé chargé du gouvernement des âmes doit toujours, se souvenir qu'il en rendra compte au jugement de Dieu, où il se fera ud examen rigoureux de sa doctrine et de l'obéissance de ses disciples. 11 ne doit faire acception do personne dans le menasière; le plus grand devant Dieu est celui qui est le plus vertueux. 11 est de son devoir de se faire tout à tous pour les gagner tous à Jésus* Christ. Il doit faire surtout plus d'attention au salut des âmes qu'aux intérêts temporels, se souvenant qu a est écrit que rien ne manque à ceux qui craignent Dieu. Dans les affaires importantes, il ne peut se dispenser d'assembler la communauté, d'en exposer le sujet, en demandant l'avis de chacun, même des plus jeunes, parce que Dieu révèle quel* queiois à l'enfant ce qu'il tient caché au vieillard ; mais après avoir mûrement examiné tous les avis, la décision dépend de lui seul, et chacun est obligé d'obéir. Dans les choses moins sérieuses, il lui suffit de consulter les anciens. Pour l'élection d'un abbé, la communauté doit avoir égard à la sagesse et à la doctrine du siiyet, plutôt
Îu'au rang qu'il tient dans le monastère, 'obligation où il est de pion profiter que de présider demande qu'il soit aocte, versé dans la connaissance des Ecritures, afin d'en tirer des enseignements; qu'il soit chaste» sobre, miséricordieux, haïssant les vicesi aimant les ft'ères et se faisant obéir plus encore par amour que par crainte. S'il arrive que la communauté choisisse un abbé qui en dissimule les vices et les désordres, révoque diocésain ou les abbés doivent pourvoir la maison de Dieu d'un dispensateur plus fidèle. Pour obvier à tout conflit d'autorité entre les différents dignitaires de l'ordre» saint Benoit veut que l'abbé ait l'entière disposition de son monastère, et qu'il établisse lui-môme les doyens et les prieurs, pourvu qu'il fasse ce choix avec le conseil des anciens. Le prieur est chargé par la Rè-'' gle de faire tout ce que l'abbé lui commande. L'ofùca des doyens est de veiller sur dix moines; leurs mœurs et leurs capacités doivent donc être telles que l'abbé puisse avec assurance leur confier une partie de sa charge. Outre ces officiers pour le gouvernement du monastère, la Règle en marque d autres pour le service ordinaire. Elle veut, par exemple, que le cellerier soit sage, d'un esprit mûr et discret, sobre par tempérament et doux par caractère; q-u'il ne se laisse aller ni à l'avarice ni à la prodigalité, mais qu'il fasse tout avec discrétion et avec mesure. Dans les grandes commuantes on lui donnait des aides afin qu'il pât remplir plus aisément les devoirs de sa chargi*. L'abbé commettait à quoique autre moine de bonne vie le soin des instruments, des habits et autres choses semblables , dent il retenait lui-même ua mémoire pour se souvenir de ce qu'il avait donné quand les frères se suc-* oéii lient dans l'exercice de ces emplois.
QGM
DICTIONNAIRE DE PATROLOâlE.
BEN
Bikeption det novieet. — Un sujet n'était admis dans le monastère qu'après que Ton avait éprouvé sa vocation. On le laissait pendant plusieurs iours frapper à la porte, qui ne s'ouvrait qu'a sa persévérance. On le gardait pendant»quelque temps dans le logement des hôtes, ensuite dans celui des novices, où Ton confiait sa conduite à quelque ancien, qui examinait avec soin toutes ses actions pour savoir s'il cherchait Dieu avec sincérité. L'ancien l'avertissait de toutes les peines qui se rencontraient sur le chemin du ciel. Si, après deux mois, le novice persévérait, on lui lisait la Règle par ordre et de suite, en lui disant : « Voilà la loi sous laquelle vous voulez combattre; si vous pouvez la carder, entrez ; si vous ne le pouvez pas, retirez-vous librement. » Au bout de six mois, on lui en faisait une seconde lecture, et une troisième quatre mois après. Enfin, après un an de persévérance, on le recevait avec la promesse de garder tout ce que la Règle ordonne. Il faisait sa profession dans l'oratoire , en présence de toute la communauté, rédigeait ou faisait rédiger par écrit ses engagements, et les déposait signés de sa main sur le mattre-autel. Si quelqu'un de Tordre des prêtres demandait à être reçu en promettant d'observer la Règle, après les épreuves ordinaires on Tadmettait dans la communauté, où, par respect pour le sacerdoce, on lui donnait la première place après l'abbé, sous la disci-
Eline duquel il continuait de vivre, celérant la messe et faisant les bénédictions. Du reste, chacun tenait dans le monastère le rang de sa réception, à moins que l'abbé n'en msposftt autrement, par égard pour le mérite de la personne. Mais il ne devait jamais admettre un moine d'un autre monastère sans le consentement de son abbé ou sans lettres de recommandation.
Offices divim. — Voici quelle est la disposition de l'office divin, tant pour le jour que pour la nuit. Pendant l'hiver, c'est-à-dire depuis le 1" novembre jusqu'à Pflques, on ^e lèvera à la huitième heure de la nuit, ce qui équivaut à deux heures du matin; et pendant Tété, depuis Pâques jusqu'au mois de novembre, on disposera les heures des Matines de manière a pouvoir commencer les Laudes au point du jour. Chaque jour, à Matines, on chantera douze psaumes qui seront précédés du xciv' et d'une hymne.
Après six psaumes, tous les frères étant assis, ils liront l'un après l'autre trois leçons, à chacune desquelles on ajoutera un répons dont le troisième sera terminé par le Gloria Patrie etc. Ensuite on récitera six autres psaumes avec Alléluia^ puis une leçon de l'Apôtre avec le verset et la litanie Kyrie eleison. Ainsi finira l'office de la nuit. En été, on récitera le même nombre de psaumes ; mais comme les nuits sont plus courtes, au lieu des trois leçons ordinaires, on en dira une par cœur de lAncien Testament,
3ui sera suivie d'un répons bref. Les levons es Vigiles ou Matines seront de l'Ecriture sainte^ ou des explications qu'en ont don**
nées les docteurs et les Pères orthodoxes. Les jours de dimanche on se lèvera plus matift, et après avoir chanté six psaumes et le verset, on lira quatre leçons avec aulam de réoons, en ajoutant au quatrième le Ghria Pàtrif au commencement duquel chacun se lèvera par respect pour la sainte Trinité. Après ces leçons on dira par ordre six autres psaumes avec leurs antiennes et le verset, en y ajoutant quatre leçons et leurs répons, puis trois cantiques tirés des prophètes et quatre leçons du Nouveau Testament. A la
mencera les Laudes, qui devront, autant que possible, se réciter au point da jour. Les autres heures. Prime, Tierce, Sexte et Nooe, commenceront toujours par le verset Deus^ in adjutorium^ et 1 hymne propre à chacune de ces heures; on récitera trois psaumes, et l'on finira par la leijon, le verset et la litanie. Aux Vêpres, on dira quatre psaumes avec antiennes, puis une leçon de l'Apètre, une hymne de saint Ambroise, le verset, le cantique Magnificat^ la litanie et l'Oraison Dominicale pour finir. Aux Complies on dira, sans les cnanter, trois psaumes et trois an* tiennes, suivis de l'hjrmne, d'une leçon avec son verset, de la litanie et de la bénédiction. Saint Benoît, pour marquer la fin de cha(]ue office, se sert de ces paroles : Missœ stnt,
{»ar lesquelles il congédiait l'assistance et ui annonçait que l'office était terminé.
Travail des mains et lectures. — Après les offices divins, le reste de. la. journée devait être emplové au travail des mains et à la lecture des bons livres. Depuis Piques jusqu'au 1*' octobre , les religieux sortant le matin travaillaient depuis la première heure jusqu'à la quatrième, c'est-h-dire depuis sii neures jusqu'à dix, après quoi ils vaquaient à la lecture jusqu'à Sexte. Après le repas qui suivait Sexte, ils se reposaient sur leurs lits en silence. On disait None vers le milieu de la huitième heure, puis on travaillait jusqu'à Vêpres ; ce qui faisait environ sept heures cfe travail par jour avec deux heures de. lecture. Dans t'hiver ces heures étaient variées, mais le même temps était consacré à ces deux occupations. En carême, la lecture durait depuis le matin jusqu'à Tierce» et le travail depuis neuf heures jusqu'à quatre; le dimanche, tous vaquaient à la lecture, excepté ceux qui étaient chargés de divers emplois. Ceux qui travaillaient trop loin de la maison pour revenir à l'oratoire aux heures accoutumées, se mettaient à genoux sur le lieu du travail, et récitaient leur office avec crainte. Ceux qui se trouvaient en voyage le disaient aussi aux heures prescrites, c^mme ils le pouvaient. Personne ne choisissait son travail, il était imposé par les supérieurs; et ceux qui savaient des métiers ne pouvaient les exercer qu'avec la permission de l'abbé. La distinction que saint Benoit fait des artisans et de ceux qui lie Tétaient pas montre que le commun des
MCnONMAlRE DE PATHOLOGIE.
BEN
moines n*était que de simples ouvriers. Ces artisans étaient de simples laïques, et il paraît même qu'il j en avait peu alors qui fassent initiés dans les ordres sacrés. Hais comme on recevait des clercs et des prôtres dans le monastère, et que l'habit était commun à tous» ils n'étaient distingués que par la tonsure.
Habité des tnoines, — On donnait aux moines des vêtements plus chauds ou plus froids, selon la différence du climat qu'ils habitaient. Saint Benoît affirme que dans les lieux tempérés il suffisait que chacun etVt une cucuUe et une tunique, la première plus épaisse pour l'hiver, plus légère pour 1 été, et un scapulaire pour le travail. C'était depuis longtemps l'nabit ordinaire des pauvres et des gens de la campagne. Il ne marque point la couleur de ces vêtements, mais Tusage ancien est que la cuculle et le scapulaire soient noirs et la tunique blanche; elle se mettait immédiatement sur la chair. La cuculle avait un capuce et enveloppait les épaules en descendant sur le reste du corps. Le scapulaire aussi avait un capuce. Les moines s'en servaient pendant te travail, parce qu'alors ils ôtaient leur cuculle pour la reprendre aussitôt après et la porter le reste du jour. Chacun avait deux tuniques et deux cucuUes, soit pour changer pendant la nuit, soit pour les laver. Us les prenaient au vestiaire commun et y remettaient les vieilles. Ils en prenaient aussi de meilleures que celles qu'ils portaient ordinairement, lorsqu'il leur arrivait de sortir du monastère ; mais à leur retour ils étaient obligés de les remettre, après les avoir lavées. On donnait aux pauvres les habits que les moines rendaient lorsqu'ils en recevaient de neufs. L'étoffe de ces vêtements était commune et fabriquée dans le pays. La garniture des lits consistait en une paillasse, une couverture de laine et un chevet. Chacun avait son lit, mais ils couchaient plusieurs dans le même lieu, sous la surveillance d'un ancien, qui, à la lueur d'une lampe qui brûlait toute la nuit, observait la conduite des autres. Us dormaient tout vêtus, même avec leur ceinture, afin d'être toujours prêts pour l'office. Les jeunes étaient confondus avec les anciens, et ils s'éveillaient doucement l'un l'autre, pour 6ter toute excuse à la paresse.
De la nourriture. — La Règle ordonne pour chaque repas deux portions cuites, afin que celui qui ne pourrait manger de l'une manficeÂt de l'autre; s'il se trouvait des fruits ou des herbes nouvelles, elle permettait d'en ajouter une troisième; le terme pu/men/or tu/H dont saint Benoît se sert signifie, à proprement parler, des légumes. On ne leur (tonnait qu une livre de pain par jour, même pour ceux où l'on faisait deux repas. Dans ce cas, le cetlerier réservait la troisième partie de cette livre pour la rendre au souper; pourtant il était au pouvoir de l'abbé d'auçmenter cette portion dans un cas de besoin ou de travail extraordinaire. L'hémine ou mesure de vin était de dix-huit
DlGTIORM. I>Ji PAnOLOGIE. !•'
onces. On en donnait douze à dtner et six à souper, et lorsqu'on ne faisait qu'un repas on la servait tout entière. Si le travail ou la chaleur l'exigeait, on augmentait cette mesure. Au reste, saint Benoit n'accorde l'usagée du vin que dans les lieux qui en produisaient, ou dans les monastères qui avaient le moyen d'en acheter. Il défend la chair d'animaux à quatre pieds, à tous, excepté aux malades et aux infirmes. II ne veut pas non plus qu'on donne aux enfants une aussi grande quantité de nourriture qu'aux personnes Agées, afin que tous évitent les excès. Depuis le jour de PAques *usqu'à la Pentecôte, le dîner se faisait à 'heure de Seite et le souper le soir; mais après la Pentecôte et pendant tout l'été, il y avait obligation de jeûner jusqu'à None, e mercredi et le vendredi de chaque semaine. Depuis le 3 septembre jusqu'au commencement du carême, on ne mangeait
?u'à None, et, pendant le carême, après les êpres, dont l'neure devait être réglée de manière à ce qu'on n'eût pas besoin de lumière pendant son repas. On faisait la lecture à tous les repas, et chaque semaine le lecteur était choisi dans la communauté. Les moines se servaient les uns les autres, et aucun n'était dispensé du service de la cuisine que pour cause de maladie ou d'occupation plus sérieuse.
ies malades^ lee hôteê^ les voyages. — Saint Benoît veut qu'on serve les malades comme si c'était la personne même de Jésus-Christ. U y avait une chambre réservée pour eux, et un religieux craignant Dieu pour les servir. On leur permettait l'usage de la viande et des bains toutes les fois qu'ils étaient ju«> gés nécessaires, mais on permettait rarement les bains en santé, et jamais aux jeunes. Lorsqu'on était averti de l'arrivée d'un hôte, le prieur et quelques religieux venaient le recevoir avec toute sorte d'égards et de charité. On le menait ensuite à Poratoire, puis on lui donnait le baiser de paix. ^ On faisait en sa présence quelque lecture
f)Our son édification. Le supérieur rompait e jeûne, à moins qu'il ne fût ordonné par l'Eglise, et après lui avoir donné à laver les mains, l'abbé mangeait avec lui, appelant, pour les assister et les servir, tefs frères gu'il lui plaisait, pourvu q^u'il laissAt toujours quelques-uns des anciens pour maintenir la discipline dans la communauté. U y avait aussi un reli^eux chargé de la chambre des hôtes; mais personne ne leur parlait, excepté celui destiné à les recevoir. Les moines envoyés au dehors se recommandaient aux pnères de l'abbé et de tous les frères. On faisait mémoire des absents à la dernière oraison de chaque office; et à leur retour, prosternés dans l'oratoire, ils demandaient pardon à Dieu des fautes qu'ils avaient commises dans leur voyage. 11 leur était expressément défendu de rien dire de ce qu'ils avaient vu ou entendu au dehors, ces sortes de rapports causant beaucoup de mal. Pour ôter aux moines tout. prétexte de sortir, le monastère était bAti de manière à
BEN
DICTHUniAIBE BB B4tBOLO0iR.
fiEN
ce qu'oD eût au dedans toutes les choses nécessaires, V(^au, le jardin, )e moulin, la boulangerie et lès métiers dlOérents. La porte était gardée par quelque sage vieillard qui 'sût porter la (farole et rapporter la ré--
ponse*
Corrections. — Les corrections différaient suivant la grandeur des fautes. Quand un. moine désobéissant violait la Réglé, les an-^ ciens I-avertissaiont en secret une fois ou deux, suivant le préceptq de TEvançiie; s*il ne se corrigeait point, on le repç^nail publiquement; et si, après cela, il demeiirait incorrigible, on Texcommuniait ; si par endurcissement il méprisait rexoommunica* . tion, on le condamnait au jeûne et on le ' faisait passer par les verges. Il j avait pJu- . sieurs sort^ d excommunications. Celui qui, *pour quelques fautes légères, était privé de la table commune, ne commençait point de psaume ni d*antienne dans Téglise, et ne récitait aucune leçdu )usqu'2i ce qu-il etXt satisfait. Il ne prenait son repas qu'af\rès les relidpeux , k 1 heure et en la quantité que IVibbé désignait. Celui qui était tombé eu quelque grande faute était privé de la tablo commune et de Toffice du chœur. Personne ne lui parlait, et il était séparé de tous* même nendant le travail, suivant cette pa* rote de VApôtre : Celui qui est coupable de ce crime est livré au démon pour mçrlififr sa chair ^ afin que son dme soit sauvée au jour du Seigneur. L'application que fait saint Benoit de ces paroles de saint Paul donne lieu de croire au'il parle id d'une véritable censure ecclésiastique. Le moin^ excommunié de la sorte prenait seul son repas, sans que sa portion fût bénie par ses frères. Il n'était
[permis à aucun rebgieux de lui parler ni de ui écrire, sous peine d'encourir la même . excommunication. Voici quelle était sa pénitence : prosterné devant la porte de l'oratoire pendant la célébration de l'office divin, il gardait un profond silence; mais, la tôte contre terre et le corps étendu, il se jetait aux pieds de tous ceux qui en sortaient, jusqu'à ce que Tabbé jugeât qu'il avait satisfait. S'il se refusait a celte satisfaction, on le cbAtiait de verges; et si ce châtiment le laissait incorrigible, on le chassait du monastère, de peur qu'il ne corrompît les autres. Le religieux ainsi chassé pouvait être reçu jusqu'à trois fois, en donnant des espérances de conversion; mais, passé ca terme, la porte lui était irrévocablement fermée. Saint Benoit, eu finisaaut sa Règle, dit qu'il l'avait tracée pour établir les principes d'une vie honnéle, et aussi quelques commencements des vertus chrétiennes; ceux, dit-il, qui tendent à une plus grande
Serfection, en trouveront les règles dans les onférences de Cassien, les Vies des Pères et la Règle de saint Basile. Il est clair qu'il y avait puisé lui-même pour formuler celle qu'il imposa à sa communauté.
Cette Règle, adoptée par la plus grande partie d«B ordres religieux de l'Europe, est, suivant l'expression de saint Grégaire le Grand, aussi remarquable par le sijl^ qu<) ^.
par l'esprit de sagesse quî Ta dictée : Discre: tione prœcipuat sermone /i4<;u{e^(a. « Saint Benoit, dit Linguet, ne prét^md^^t m^ comme saint Pacême, l'ayolr reçue q'ua ange; mais il faut avouer au'ellQ éu^il plu$ douce, plus humaine, et, $ i) ^s( permis de le dii^, plus raisonnable qu'^i^sane da celles
aui l'avaient précédée dans les autres paities 4 monde. ^ 9Uâ n'ordonnait mn qui surpassât les forces de l'homme; ell^ n'exigeait ni macérations extraordinaires , ni çnorts surnaturels; elle renfern^AU les principas de conduite les plus propres ^ contenir ea paix une multitude d'iiommes rasseiublés 9t yivant en commun ; ell^ tendait surtout i Ie$ détourner dç ceHe cpntemjilatiQU pisive et dangereuse qui avail produit tant de maux dans les monastères d Orient. Le travail des mains, prescrit par ce saint législateur, fut à la fois un principe de s^oté pour s^s disciples, la cane^e dQ U plu^s grande tranquiU Uté dans son qrdre, qui était très-éteinlu, et les sources d'une véritable prosjjiérilâ daus l^s Etats qui eurent le bon esprit de le recevoir et 06 le protéger. C§s rolJKieuXi aui passaient une partie de la journée & uéiiioner les laudes, à desséfuier U^ marais, è fertiliser les terres, rentraient mqdesteoignt dans l(:urs cellules ppur ^^ Uvr^ | d'autres travaux non moins utiles et plus relevés. Ils étudiaient les livres saints; ijs enseignaient le dogme et la morale ; ils copiaient Tçs anciens manuscrits; ils nous cpuservaienl les trésors des sciences et des lettres que les Grecs ^i les Romains nous avi^^^qt lèguent mitis qui auraient péri ayeç l^uj paissancet si de pieux cénobites n'en avaient «euti le prix et n'en avaient ^luUiplié )es copies, tandis que les (lOths et les Vandales, les soldats et les barbares de toutes les patioas pillaient et ensanglantaient la terre. Ce fut au fond des monastères, que TopinlûQ rendait alors sacrés I que furent conservés, môme au milieu des guerres les plus désastreuses, les précieux restes de V((ptiquité. Sans ces lieux d'asile, que pptre orgueil dédaigne ai:ûourd'bui, nous aurions été forces de recommencer tout ce qui a été fait, et de créer une seconde fois les ^ciencps, le^ lel- Ires et les arts. Voltaire lui-même a renda Justice à ces utiles travaux, ci Ce (ut, dit-ii, $0 parlant de Tordre de Saint-Benoit, une consolation qu'il y eût de ces asiles ouvcns à tous ceu? qui voulaient fuir l'oppression du gouvernement golh ^t vandalfi. Presque tout ce qui n'était pas seigneur ùh château était esclave ; on échappait, dans la douceur des cloîtres, à la tyrannie et à 1^ guerre..... Le peu de connaissances qui restaient chez les barbares fut perpétué dans les monastères. Les Bénédictins transcrivaient quelqut*s ivres; peu à peu il sortit quelques invenions utiles des cloîtres. D'ailleurs, ces reigieui^ cultivaient la ter^^e, chantaient leJ louanges de Dieu, vivaient sobremeaii étaient hospitaliers, et leurs «cmples v^^ Yaienl servir à mitiger la férociiô de ces temps de barbarie. » CerteSi ce sont là ae| titres il la rooonnaissance aes boumesi o)
BEN
DlCTlONNiURE DÇ PATHOLOGIE.
BEN
il fiiudniit ta^er 4'ingratitqde la nation qui ne les accepterait pas. forcire ue ^aint-^cnoit, répandu daps tous lp$ Etats catholiques, prospéra longtemps, à Tabri des sases inslitutious qui entretenaient et garantissaient la pieuse ferveur de ses membres; il déclina des que Tesprit des ipstUvitioas s'affaiblit: le3 réforme^ devinrent x^éçessaires, et celles qu'oiu y introduisit e.h différents temps ont det^cbé du tronc prjncipal différentes branches cppnues depuis longtemps sous le nqm Congrégations^ dont l^s plus célèbres sont çeile^ cfe Cluny, qui doit sa naissance à saipt Ç^rnon, son abbé, en 910 ; celle du ilou(-Ca$sin , (lui fut établie en 1^08 et renouveJée en 150^; celle de S^int- Vanne et de Sainl-Hidulphe , établie en Lorraine» dans lé wiv siècle, par dom Didier de la Cour; et celle de Saint-Maur, fondée par le môme en 1621, qui av^it son siège principal à rabba\jç de Saint-Germaindes-Prés, et quî, lo.u^ les trois ans, tenait un chapitre dans pelle de Marmoutiers' près de Tours. Toutes ces congrégations se sont soutenues ayec honneur dans TKgUse et dans les sciences, jusqu'à Tépoque du grand bouleversement révolutionnaire qui, en passant le niveau sur les temples, décréta Dieu d*ostraci^me et l'exila de la société. Il était réservé à nus iours de recomposition religieuse et morale d assister à la résurrection d^un des prdres religieux qui ont r^ndu le plus de services a la science et ^ la civilisation. L*^bbaya de Solesmes, au diocèse du Maos. a repris les exercices de la ttègle de saint Benoît, en 1833, et a été érigée canoniquement en chef de congrégation, par un décret de Çrégoire XVI rendu en 1837. Sous le titre de^ Congrégation de France/ les Bénédictins de Solesmes sont décl^réi, aux termes du décret pontifical, héritiers et continuateurs des trois con^réKatioi^s dé Cluny, de Saint- Vanne et de Samt-Maur. t>.éi^ vingtsept volumes ont été publiés par ces moines de nos jours, et on peut juger, rien qu'aux titres de leurs œuvres, qu'ils n'ont pas dégénéré de leurs aînés, piais qu'ils continuent d'être, comme eux, les investigateurs do la science et les gardiens des trauitions catholiques. En effet» les Or^gine^ dç VEglise rotnaine^ les Institutions liturgiques clo dom Guéranger; le 3/aMueI des sciences ecclésiastiques de dom Lacombe; les Etudes sur les Bollandistes ; VBistoire de saint Léger et de T Eglise des Francs au vu* sv'cle^ et le Spici- Ugium Soiesmense de dom Pitra, ou collecliou d'ouvragés inédits {\qs Pères de:^ douze premier^ siècles, doiU' ^e recueil, publié on deux séries, ne formera pas moins de 10 volumes, sont autant de trésors nouveaux, qui ne donnent un démenti ni aux richesses du passé, ni aux espérances de l'avenir- Faisons des vœux pour que cz\ ojrdre prospère et grandisse parmi nous; là Ç'rauce, quoi qu'on en dise, aime les études séricmses : les Bénédictins y sont donc à leur place, et ne sauraient y perdre içiur droit ue cité,
BENOIT (saint) d'AisuNE, le plus illustre restaurateur de la discipline monastique en
Occident, et Tune des plus brillantes lumières de son ordre, après le patriarche dont il portait le nom, naquit en Septimanie, aujourd'hui I9 l^anguedoc. Sa famille, distinguée par sa noblesse, descendait des anciens Goths, et son père, nommé Aigulfe, était comte de Maguelone et s'était distingué par sa valeur et sa tidélité aux rois français. On l'envoya fort jeune à la cour, où il fiil suecessivement échanson de Pépin et do Charlemagne, G[ui le comblèrent de faveurs. A l'âge de vingt ans, il échappa au danger de se noyer dans le Tésin, en voulant sauver son frère. Il alla, en T74, prendre l'habit religieux à Tabbaye de Saint-Seine, en Bour* gogne, au moment même où te roi Charles se rendait maître de l'Italie. Il y donna de si grands exemples de vertu, qu'à la mort de leur abbé, les moines lui proposèrent de rélire ^ sa place. Il refusa cette offre, parce qu'il ne les voyait pas disposés à emi)rasser la réforme qu'il méditait, et il se retira, dès Tan 780, dans une terre de sa famille 1 au diocèse de Maguelone, dont le siège épiscopal fut transporté à Montpellier en 1536. Là il se bâtit d'abord un p^tit ermitage; mais le grand nombre de disciples que sa réputaiion y attira le mit dans la nécessité do construire un monastère plus spacieux, dans leqqel il réunit en peu de temps plus de trois cents moines sous sa conduite. Telle fut l'origine de la célèbre abbaye d'Aniane,
f'[ui, ayant pris son nom du ruisseau voisin, e communiqua à son saint fondateur. C'était tout à la fois une école ouverte ^ la piété et à l'étude des belles-lettres. Les moines, sans cesser de s'y exercer à la vertu, s'y occu-
S aient à copier de bons livres et à s'instruire e toutes les sciences convenables ^ leur état. Le saint abbé s'appliqua à y réunir une bibliothèque nombreuse, et ne négligea rien
8our encourager de si louables occupations, on -seulement il y recevait des moines étrangers à son ordre, mais il y donnait asile aux ecclésiastiques qui s'y rendaient de tous les pays, et leur fournissait à tous des maîtres capables de les bien instruire. Par là, son monastère devint insensiblement comme le séminaire d'où Içs églises des provinces voisines tirèrent pendant bien longtemps leurs évoques. On ne saurait apprécier les services qu'il rendit aux lettres, ni dire combien il contribua au renouvellement des éludes en Fnmce. Ce fut de ce monastère que l'esprit de saint Benoît se répandit dans toute la France, et de la France dans les pay^ étrangers, comme il s'étai^ autrefois répandu du Mont-Cassin dans rilalio, et de l'Italie dans tout le reste de l'Occident. Louis le Débonnaire, n'étant encore que roi d'Aquitaine, lui soumit tous les monastères de son royaume, alin qu'il y rétablit li\ discipline régulière, et plus taru, quand il eut succédé ^ Charlemagaê son père, il lui accorda la même autorité sur tous ceux de l'empire français. C'est ainsi que nos plus célèbrçs abbayes lui durent succo'ssivement la réforme qui les ramena ù la pureté 4^ l'observance primitive. La vie ascétique a hupielle
BEN
BEN
Benott était voué ne rempècha pas de prendre intérêt aux affaires générales deTEglise. Gharlemame l'avait envoyé, en 779 et 780, avec Leidrade de Lyon, et Néfride de Narbonne, à Urgel, pour travailler à la conversion de Félii, évèque de cette ville, contre lequel ils tinrent plusieurs conciles. Benoit réiuta ses erreurs dans pilusieurs traités remplis d'une saine théologie. Louis le Débonnaire, qui ne pouvait se passer de ses conseils, fit b&tir le monastère d'Inde, près d'Aix-la-Chapelle, aGn de l'avoir toujours auprès de lui. Il présida, en 817, à une assemblée d'abbés pour le rétablissement de la discipline monastique, et fut le principal auteur des canons du concile d'Aix-la- Chapelle sur le même objet. Il passa les dernières années de sa vie dans un état d'infirmité habituelle, et mourut dans son monastère d*Inde, le 11 février 821, à l'&ge de soixantô-<[uatorze ans. L'empereur Louis ne fut pas le seul qui révéra sa vertu. Les plus grands personnages de son temps recherchèrent son amitié et se tinrent honorés de se voir en liaison avec lui. Tels sont, entre autres, Théodulfe d'Orléans, Leidrade do Lyon, Néfride de Narbonne, et le célèbre Alcuin, abbé de Saint-Denis et ministre de Charlemagne. Ce dernier surtout était en relation si suivie avec notre saint abbé,
u'il V aurait de quoi faire un volume entier
es lettres qu'ils s'écrivirent. Théodulfe employait quelquefois sa muse à célébrer son mérite et ses vertus, et, dans un de ses poèmes, il ne fait pas difficulté de le comparer au grand saint Benoit du Mont-Cassin, patriarche des moines d'Occident.
Il nous reste de saint Benoît d'Aniane divers écrits qui sont tout à la fois des monuments de sa piété et de son érudition, de son zèle pour l'intégrité de la foi et de son amour pour l'observation de la discipline dans les cloîtres.
Nous avons présenté saint Benoît d'Aniane comme le restaurateur de la discipline régulière ; il n'est donc pas surprenant que le premier et le plus important de ses écrits soit un Code de règles^ c'est-à-dire une collection de toutes les règles monastiques connues de son temps. On prétend qu'il composa ce recueil comme il n'était encore que simple religieux de Saint-Seine. Depuis qu'il fut abbé, il ordonna qu'on en hrait tous les jours quelque chose dans la conférence ou assemblée du matin.
Ce recueil est divisé en trois parties. Dans la première sont réunies les Règles des Pères d'Orient ; celles de saint Antoine, de saint Isaïe, de saint Macaire, de saint Pacôme et de quelques autres, au nombre de dix. La seconde partie contient les Règles des Pères d'Occident ; on en compte jusqu'à
Quatorze, à la tôte desquelles se trouve celle e saint Benoît. La troisième partie comirend les Règles des autres Pères de l'Ëglise pour des religieuses, comme celles de saint Augustin, de saint Césaire d'Arles, de saint Aurélien, de saint Donat, de saint Léandre et d'un autre Père jnconnu. On y -trouve
jointe aujourd'hui celle de saint JElrède, abbé de Ridol en Angleterre, mais on ne doute point que ce ne soit une addition faite après coup, dans le but de compléter le recueil, puisqu'il est certain que cet abbé était contemporain de David , roi d'Ecosse, et de saint Bernard de Clairvaux. — A la suite de toutes ces Règles, vient un appendice, où l'on a recueilli plusieurs exhortations des Pères grecs et latins aux nipines et aux vierges. Il y en a, entre autres, de saint Basile d'Evagre, de saint Eucher de Lvod, de Fauste de Riez et de saint Césaire d*Ârles. Nul doute que cet appendice ne soit lœuvre de saint Benoît, puisque l'auteur de sa Vie» saint Ardon Smaragde, qui fut son disciple, le compte au nombre de ses écrits.
Le second ouvrage attribué à notre saint par le même auteur est la Concorde du règles. On la regarde avec justice comme une suite du Code dont on vient de parler, et comme le premier, ou au moins un des premiers commentaires de la Règle de saint Benoit du Mont-Cassin. Sigebert caractérise fort bien cette Concorde^ en disant qu'elle a été faite pour montrer nue les Règles des anciens ne diffèrent point de la Règlede saint Benoît, et aue celle-ci, sans s'écarter de leur esprit, perrectionne toutes les autres. Dans une petite préface en prose, où il donne de grandes preuves de sa modestie et de son humilité, saint Benoît d'Aniane nous apprend lui-même à quelle occasion il entreprit cette Concorde. Certains moimes lâches et négligents trouvaient mauvais que, ne s*étant engagés qu'à suivre la Règle de saint Benoit, on leur en lût tous les jours plusieurs autres,
Ïui n'y avaient, disaient-ils, aucun rapport. e saint abbé les désabuse dans cet ouvrage, en leur montrant que saint Benoit, leur()atriarche, n'a rien prescrit qui ne se trouve parfaitement conforme aux prescriptions des autres Pères de la vie ascétique. C*est ce u'il exécute en rapportant à chaque texte e sa Règle les passages des autres Règles sur le même sujet. On compte jusqu'à vingtsix Règles confrontées dans cette Concorde, et deux entre autres, celle de saint Jérôme et celle de Cassien, qui ne se trouvent pas dans le Code précédent. L'ouvrage est divisé en soiiante-dix-sept chapitres, quoiqu'on n'en distingue que soiicante-treize dans la Règle de saint Benoît. Cette différence vient de ca que Fauteur en a divisé quelques-uns, et particulièrement la préface, qui forme plu* sieurs chapitres. Du reste, il a suivi le teïte de la Règle, en plaçant le chapitre qui traite de l'élection de l'abbé immédiatement avaut celui qui prescrit ce qu'il doit être. La petite préface en prose est suivie d'une autre en vers hexamètres, qui dénotent un certaiu talent de versification, quoiqu'il s'y trouve quelques fautes contre ta prosodie. L*abbé Smaragde fit un grand usage de cette Concorde^ dans le Commentaire qu'il publia sur la Règle de saint Benoit.
Nous avons encore, sous le nom de saint Benoit d'Aniane, oruatre opuscules contre \es erreurs de Félix <r Urgel, que Baluze a iflsé-
BEN
BER
rés dans Y* tome de ses Miêcellanéei. Le premier de ces écrits est un recueil de témoignages tirés de l'Ecriture pour établir les mystères de l'Incarnation et de la Trinité, et pour inspirer Thorreur de la rebaptisation. Quoique Fauteur s'y soit astreint à une très-grande précision, cependant il ne laisse pas de faire valoir les autorités qu'il rapporte, et d'en tirer des conséquences, qu*il appuie partout des raisonnements les plus judicieux. Il établit tellement le dogme opposé à l'hérésie de Félix d'Urgel, qu'il y reiute aussi les fausses subtilités des ariens, tant sur la divinité du Verbe que sur celle du Saint-Esprit. C'est à l'occasion de ces hérétiques qu il combat la rebaptisation.
Le second de ces opuscules est intitulé : Discours de BenoUy diacre^ contre Vimpiéti de Félix: mais il n'y a pas lieu de douter qu'il ne soit sorti de la plume du même auteur. II est la suite du premier, puisqu'il nous apprend qu*il n'y a attaqué les ariens que parce que les sectateurs de Félix d'Urgel avaient épousé leurs sentiments. Dans celuici, il les combat de front, en prouvant que Jésus-Christ est essentiellement vrai Fils de Dieu, et non par adoption; qu'il n'y a en lui qu'une seule personne, quoiqu'il y ait deux natures distinctes. A l'autorité de l'Ecriture il joint celle des conciles et des Pères, et, comme dans le premier, il les appuie par une force de raisonnement capable de convaincre.
Le troisième écrit est une lettre adressée, comme les deux traités précédents, à un nommé Garnier, que l'auteur qualifie du titre de /S/s, c'esl-à-dire de disciple. Cette lettre est fort obscure, à cause des lacunes qui se trouvent dans le manuscrit. Certains passages feraient juger que ce Garnier aurait été autrefois engagé dans les erreurs de TaJoption, et que ce serait pour raffermir dans son retour à la vérité que l'auteur aurait entrepris ces ouvrages. Quoi qu'il en soit, saint Benoit lui donne, dans cette lettre, divers avis qui tendent à le mettre en garde contre les hérétiques dont il parle. Il l'exhorte à allier la prudence avec la simplicité et la vraie foi, et surtout avec les bonnes mœurs, sans quoi, dit-il, celles-ci ne serviraient de rien pour le salut. A la tin, il cite un assez long passage du Symbole de saint Athanase, sans le nommer. Cette lettre, quoique obscure comme nous l'avons dit, est cependant pleine d'érudition.
ËaQn, le quatrième opuscule, dont le titre est assez singulier, contient sur le mystère de la sainte Trinité une profession de foi en forme de prière dans laquelle l'auteur adresse la parole a Dieu même, avec les saints transports d*une piété aussi tendre qu'éclairée.
Malgré la correspondance établie entre le bienheureux Alcuin et le saint restaurateur de Tordre de Saint-Benoit, correspondance que nous avons rappelée pour rester fidèles à la vérité historique , cependant aucune de ces lettres n'est arrivée jusqu'à nous. Nous n'en possédons que deux, l'une adressée à George, abbé d'Aniane, et écrite par saint BênoU la veille de sa mort ; et l'autre à Né-
bride ou Néfride, archevêque de Narbonne, écrite aussi dans le cours de la maladie dont il mourut. Il est probable que ces deux lettres auraient subi le sort de toutes les autres, si saint Ardon n'eût pris soin de les ajouter & la Vie du saint abbé, comme son dernier testament et la dernière expression de son cœur.
On lui attribue encore un grand nombre d'oeuvres manuscrites, dont quelques-unes même ont été imprimées, mais elles manquent des preuves de génuité qui nous autorisent à les analyser sous son nom. Du reste, nous croyons en avoir dit assez pour faire connaître les travaux du saint fondateur d'Aniane; ses vertus lui assurent à Jamais la vénération de la postérité. Ses Œuvres, publiées primitivement dans plusieurs recueils, ont été réunies sous son nom, et reproduites dans le Cours complet de Par trologie^ tome CUl.
BENOIT, surnommé Guaifbr, moine du Mont-Cassin, composa la Ft>de saint Secondin, évêque de Troyes en Fouille, avec des hymnes en son honneur, qu'Ughelli a fait imprimer dans le I*' tome de l7/a/te sacrée. Ses autres opuscules se sont conservés longtemps, manuscrits sur parchemin, dans la bibliothèque de son monastère. Ce sont des homélies sur l'A vent, sur les fêtes de Noël, de.l'Ëpiphanie, sur les dimanches de la Septuagésime et des Rameaux, et sur la Cène du Seigneur, il y avait aussi un poëme à la louange du Psautier; un autre sur le miracle d'un homme qui s'était tué lui-même, et qui avait été ressuscité par saint Jacques, et un troisième sur la conversion de quelques 'pécheurs de la ville de Salerne. On y trouvait enfin l'éloge en vers de l'évêque saint Martin, et une homélie sur le martj^re du pape saint Luce. Benoit était originaire de salerne. Devenu moine de Cassin, sous l'abbé Didier, il v fit de grands progrès dans les sciences et dans la vertu. Pierre Diacre le loue en particulier pour son éloquence. On croit qu'il mourut vers le milieu du xii* siècle.
BERENGAUD, moine de Ferrières, est auteur d'un Commentaire sur l'Apocalypse de saint Jean , que plusieurs écrivains , après Gesner, ont attribué à Bérenger. Il a été imprimé sous son nom dans l'Appendice des OEuvres de saint Ambroise^ et on ne peut disconvenir que l'auteur ait professé la Règle de saint Benoit, ce qui ne convient nul- ^ lement à ce détracteur de l'eucharistie.
BÉRENGER , aussi fameux par ses variations que célèbre par ses erreurs, naquit à Tours, au commencement du xi* sièclOt d'une famille riche et distinguée. Après avoir fait ses premières études dans sa ville natale, il alla les perfectionner à Chartres, sous le célèbre Fulbert. Là il eut pour condisciples plusieurs écoliers du premier mérite. Adelman, l'un d'entre eux, qui devait le réfuter plus tard, nous apprend que Bérenger, alors dans son adolescence, était un des privilégiés à qui le vénérable maître»
après SQS leçons publiques» donnait des 1^
BER
DlCtlONHÀillE i)E t^ATROLOGlte.
BEà
çons parlicalières. Aussi y flt-il de grands Jjrogres dans la grararaaire, l'éloquence, la dialectique et tous les arts libéraux. De retour dans sa patrie vers ran.1031, il fut adhiis dans le clergé de Saint-Martin, où soû oncle Vaulier lui céda une terre qu'il tenait du chapitre, h titre de redevance annuelle, ce.qui lui a fait donner quelquefois la qtialilicétion de chanoihede TôUrs. D4ns la suite il remplit succésélvettienl les fonctions dô trésorier et de cbattîbrier ; mais le titre sous ' lequel il est le pliis connu est celui de sco- Instique, ou écoMtre, comme on disait alors, dont il remplit la tîharge après Adam, sous lequel il avait peut-être étudié lui-même. L'école de Tours avait déjà quelque renommée : llaginal, qui y avait enseigné en qualité de sous-écohltrc ,' y avait apporté la méthode et la doctrine de Fulbert; mais elle acquit sous la direction de Bérenger un si grand lustre, qu'elle semblait avoir éclipsé toutesles autres. En elfet, Bérenger avait tout ce qu'il fallait pour soutenir cette brillante réputation, s'il ne se fût pas mêlé de théoto-
?ie, ou si, en s'en mêlant, il ne se fût pas carte de la ligne suivie par les saihts Pères. On reconnaissait en lui du génie, un esprit supérieur, de grandes dispositions pour l'éloquence, du feu, de l'invention, du pathétique, et il passait pour exceller dans les arts libéraux, principalement dans la dialectique. II ne manquait pas non plus d'érudition, et avait beaucoup lu les auteurs des bons siècles. Toutes ces belles qualités étaient soutenues par une vie exemplaire, frugale iet conforme en tout à l'état qu'il avait embrassé. Bérenger se fit un grand nom, et son mérite lui attira de toutes parts une foule de disciples, dont les principaux furent Eu^èbe Brunon, qui devint évêque d'Angers en 104.7, et le savant Hildobert, d'abord évoque du Mans, et ensuite archevêque de Tours. Les amis que nous lui connaissons doivent nous faire juger de son mérite et de l'estime qu'ils en faisaient. FroUand, évêque de Senlis, lui portait un si grand respect, qu'en lui écrivant il lui donnait la qualité de gt(* gneur^ et le nommait toujours avant lui dans l'inscription de ses lettres. Hugues de Langrès lui donnait aussi la qualité de prêtre três-respectobte. Paulin lui était si dévoué, qu'il se faisait un mérite de copier les livres qui lui manquaient à Tours. Mais de tous les aniis du savant scolastique, aucun ne lui donna des marques plus réelles de son estime et de son attachement qu'Hubert de Vendôme, évoque d'Angers, qui Te choisit pour remplir le seul archidiaconé qu'il y eût .alors dans son Eglise. Tel était Bérenger, estimé et honoré de tous ceux qui le connaissaient, lorsque l'ambition le fit donner dans la nouveauté, la nouveauté dans l'hérésie, et l'hérésie dans tous les travers d'un -caractère froissé d.ms son orgueil. Piqué d'avoir été vaincu p.ir Lanfranc sur une question peu importante, outré de voir qu'on dé- .sertatt son école pour se rendre à celle de «son rival, il imagina de se distinguer par -des opinions singulières; et prenant Scot
fefigènepoUr giiide, il attaqua le mystère do l'eucharistie. La passion de la vaine gloire fut le seul motif de son innovation dans la foi ; et l'obstination (Ju'il mit à Soutenir ce nouveau personnage opéra en lui un changement complet. 11 ne fll plus usage de son talent et de son génie que pour chercher drs hioyens assortis à son entreprise et les mettre en œuvre aQn d'en assurer le succès. De prêtre auparavant humble, éditîant, réglé dans ses mœurs, Bérenger deviilt tout h coup d'un orgueil outré et d'Une vanité excessive. On remarquait dans sa conduite et dans tous ses disct)urs cette atrogance et celle ost^'nt^li(^n qui .font le caractère habituel de l'hérésie. Ce qu'il avait de féu, dé pathétique et d'autres aisnositlons pour l'éloauence, se thahgea en lougue et en fureur, èi s'ëvapora eh invectives grossières. De même toute sa dialectique dégénéra en un art purement sophistique, dont les ralsonnenients Irrégnliers portaient à faux, par l'absence d'un principe, comme Lanfranc l'en a publiquement convaincu. Tant il est vrai qu*en tout temps les armes de ceux oui atiaquent la foi s'émoussent et se brisent contre le bouclier qui la protéjge. ftérenger, voyant que ses fiiux raisonnements ne suffisaient pas h grossir le nombre de sfes disciples, s avisa d'un autre artifice qui ne lui réussit que trop. Il eut recours aux largesses; et il He rougit pas d'employer l'or et l'argent & se faire d«'s partisans de ses terrisurs. Mais, si mx^npiés
Îu'ils fussent, ses Succès ne furent cepenant ^las exempts de contradlctibns. Hugiles de Langres, Adeliiian de Bresse et Brunoîi d'Angers cherchèrent inutilement à le ramener h de meilleures pensées. Ses écrits, portés à Rome, y furent condamnés dans aeui conciles ternis par 11* pape Léon IX, en 1050, à ttome et à Verceil, et sa personne excommuniée. 11 se retira & l'abbaye ne Préaux ei Normandie, espérant d'être soutenu pnr Guillauthe le tiâtàrd; taais ce jeune prinre ayant convoqué à Brionne les évêques et les plus habiles thédlbçiens de ses Etats, Bérenger y fut confohdh et condamné do nouveau. Le c»)ni:ile de Paris, en octobre 1050, ne le traita pas mieux, et le priva même de ses bénéfices. Celte perte lui lUt plus sensible
3ue les peines spirituelles, tJt le disposa à onner la rétraclalion de ses erreurs, dans celui de Tours, en 1035, qui le reçut à la communion de l'Eglise; mais il n'en continua pas tnôinS de dogmatiser en secret. Cité au concile de Rome, en 1059, par le pape Nicolas n, il fut confondu par Abbon et pir Lanfranc, abjura ses erreurs, brûla ses livres, et ne fut pas plutôt rentré en France qu'il protesta contre sa rétractationi comme lui ayant été arrachée par la crainte, et recommença h dogmatiser. Mais rnfin Grégoire VI, ayant convoqué un nouveau fconcile h Romel en 1078, Bérenger y condamna de bonne fci ses erreurs, revint en France et alla passer les huit dernières années do sa vie dans U petite île de Saint-Côme près Tours, li?ré aux exercices de la plus rigoureuse pénitence, jusqu'^ sa mort) arrivée M • jaoîi^r
BBK
DICnonilAlRB DE PATROL€fGœ
BER
1088, k l'âge de quatre-vlûgt-'dit ans, maiâ «près avoir retidu encore rafèod de sa foi dans le boncile deËdrdeaui, tenu par deut légats, en octobre iCiiST.Oddin, et parmi lei protestants. Cave et plusieurs autres, ont révoqué en doute la conversion deBérengertOiais ce doute est détruit par le témoignage de tous ses contemporains. Le moine Clarius, .qui n'écrivait que dix ans après la mort de Bérengeri et qui habitait un monastère peu éloigné de Tours, atteste qu!tl mourut dans la foi de TEglise, en bon et fervent catholique : Fidelis tt Utre caiholicui vUctm finivii, Kiebard de Poitiers^ mt>ine de Cluny, nous certifie la même vérité : J^rravU in fide^ sed po8t€U correxii trrorem. Un autre écrivain du mémQ siècle apporte en conQrmation du fait les deut vers suivants, qu'on attribuait alors à fférenger :
Constat \n ûttàri eûrnetn- de pahe ereari; Ipta cato heut est : qui negat hoc reik eé't,
Nous pourrions joindre à ces autorités* celles de Vincent de Beauvais, de Jean d' Ypres et de la Chronique de Saint-Martin de Tours, continuée par Jean» moine de Marmoutiers,. après te milieu du xii* siècle. Mais le fait que nous établissons n*en a pas besoin. Le silence de Bérénger^ qui autrefois avait été 3i ardent à delehdré sgs erreurs, Suffit tout Seiil pouî^ attester son retour à la vérité ; et s*il ne sliflisait pas, nous en trouverions une preuve béremptoire dans la tradition du chanitre de Saint-Martin, qui, tant que TEglise de Saint-Cdme a subsisté, * allait tous les ans, le jour de son anniversaire^ chanter un De jprofundis s\xv sonlombeaii; et par belle de la càthédMle d'Angers,
Îiii avait placé le nom de Bércnger dans soh [énologe. Les mêmes. auteurs |3rotestants dont nous avons déjà parlé exagèrent le nombre des disciples de Bérenger; ses contemporaine ne les font bas monlék* ail delà de trois cents. Ils prétenrlent aussi qu'il n'dut que des moines pour adversaircé, et sur cette liste nous trouvons les plus grands évoques et les plus savants théologiens de Son siècle. Dom Mabillôh a cru qu'il i'était borné à attaquer le dogme de la transsubstantiation, sans toucher ft celui de là présence réelle, mais il est facile de se convaincre, par ses écrits et par cent de ses adversaires, qu'il ne respecta phi p\\xé le dernier dogme que le premier. Bu reste, tous Ites Historiens témoignent que Sdti opinion, Quelle qu'elle pût être, fut regardée comme nouvelle dès qu'elle përUl; nous l'avons vue effectivement condamnée par tous les conciles de l'Italie et de la Fraiice. Ce fui le scandale causé par l'erreur de Bérenger qui donna lieu à la cérémonie de l'élévation de l'hostie et du calice au mdtnetit de la consécration, aûn de rendre un hommage plus éclatant à la vérité du corps et dii sang de Jésui-Christ dans Teucharistie.
L'attachement de Bérenger à ses erreurs, son zèle Opiniâtre à les soutenir, furent cause qu'il composa un grand nombre d'écrits ^our les répandre. C'est ce que nous
apprend son histoire, et ce am nous est attesté parSigebert, qui vivait au temps de notre sco(astique. Cependant II be nous en reste »ujourd*htli qu'un petit nombre; là plupart de ses autres productions àe sont perdues.
Lettres.-^ Ce qtil h(}d9 reste de ses lettres semble avoir précédé tous ses autres ébrits, et il ftiut placer pafmi les preifaiëreS la longue lettre tju'il écrivit à aes errtiite^, et la réponse h un clerc qui l'avait eonsulté au sujet d'un différend qu'il avait avec son éVéque. Ces deuï lettres ne contiennent rierl qui ait trait aux erreurs qu'il enseigna dan^ la suite, ce qui les fait regarder cdnmie les premières productions de sa plume. Celle aux ermites est remplie •de conseils pieux qui tendent à faire haïr le vice, surtout l'orjgueil, que notre auteur siçnale comme le vice le pins habituel parmi Te^ solitaires, fet h faire alcder la vertu. 11 insiste |)articulièremeni sur la faiblesse dé rhottune, la n6^ cessité et la force de la grAce.
La seconde lettre, quoique Mgè dan^ àes décisions, n'est pas autrement intéressante. La personne qui consulte avait marqué à Bérenger que son étêque venait d'excommunier uh diacre pour s'être inarié. Bérenger répond qu'il lui Semble que le prélat est allé contre les canoris, à moltis que le diacre n'y ait joint là cotltumace. Il résulte de là que cette lettré a été écHte avant les décrets du pape Léon IX et de ses premiers successeurs, contre les clercs incoutinents. Cds deux lettres ont été tirées de l'oubli bar les soins de dom Martenne et de dom iTurand.
Sigeberl donne à entendre que Bérenger en écrivit plusieurs à Lanfranc, comme il n'était encdre que prieur du Bec. L'tinijiue qui nous reste est fort courte, mais décisive; les sentiments de l'aiiteur t sont tratichés, et il s'y déclare nettemetrt en faveur de Jean Scot sur le sacrement de l'^ltitel, et reproche à LanfraUô de les regarder fcomme néréti-
Ïues en leur préférant lès sentiments de aschaàe. Il va m6tiie jiisqU'à lui dire que $'11 tient Jedn Scot pour hérétique, 11 doit porter le même jugement de saint Ambroise, de saint Jérôme, de Saint Augustin, pour ne rien dire des autres Pères. Cette lettre^ adressée à Lanfranc, ne l'ayant pas trouvé en Normandie, fut envoyée à Robe, où il était alors. On en fit lecture dans le concile qu'y tint le pape Léon IX, en 1050; l'auteur y fut excommunié, et Lanfranc obligé de se justifier des mauvais soupçons que cette lettre faisait planer sur lui.
Après la conférence de Brionne, qui suivit de près la lettre à Lanfranc, Bereneer ëbrivit a un autre moine du Bec, nommé Ascelin. Il se déclare, avec iine nouvelle extra vacance, pour les opinioUS de Jean Scot, qu il avoue néanmoins n'avoir pas lu tout entier, jusqu'à dire que c'est une impiété de le regarder comme nérétique , et que c'est démentir toutes les raisons de la nature et la doctrine de l'Evangile et des apôtres, de croire avec Paschase que dans le sacrement de l'eucharistie, la substance da pain se re-
BER
DICnONNAIRE DE PATR(HX)GiE.
BER
Teo
tire absolument. Cette lettre attira à son auteur la belle réponse d'Ascelin» dont nous avons rendu compte en son lieu.
Nous avons encore une lettre de Bérençer à un abbé Richard» qui ne nous est point connu d*ailleurs. Elle suivit la tenue du con cile de Paris, en octobre 1050. Il s*v plaint que le roi Tait privé de son bénéfice; il prie Richard d'intercéder auprès de ce
S rince, afin d'en obtenir pour lui quelque édommagement. Il persévère encore dans son attachement pour Jean Scot, s'offrant de montrer au roi et à qui il lui plaira que c'est très-injustement qu'au concile de Verceil on l'a condamné pour approuver Paschase. — On n'a point la lettre que Bérenger écrivit au cierge de Chartres, après avoir passé par cette ville, au retour de la conférence de Brionne. Il s'en est perdu plusieurs autres encore, comme il parait en particulier par celles d'Eusèbe d'Angers et de Paulin, primicier de Metz, qui lui sont adressées.
La réponse qu'il fit à celle d'Adelman, son ancien condisciple à l'école de Fulbert , est plutôt un traité en forme qu'une simple let* tre. Il ne nous en reste que des fragments,
3ue dom Martenne et dom Durand ont tirés 'un manuscrit de Gemblou, pour les donner au public. Bérenger y débute par se justifier del erreur des manichéens, qui voulaientque Jésus-Christ n'eût qu'un corps apparent et fantastique , en admettant clairement le dogme catholique opposé à cette hérésie. Il en usa sans doute ainsi pour éloigner l'accusation que Ton portait contre lui de scandaliser l'Église, en ne reconnaissant dans Teucharislie qu'un corps intellectuel et pour ainsi dire incorporel, comme Hugues, évèque de Langres, le lui avait reproché publiquement. Cependant, malgré ce début, tout le reste de l'écrit tend à nier la transsubstantiation avec la réalité, et à ne reconnaître dans le sacrement de l'autel qu'une présence qui se fait par l'entendement et la foi des fidèles. Bérenger, pour établir son sentiment, emploie les raisonnements de la dialectique et l'autorité des Pères, surtout de isaint Augustin, dont il répète jusqu'à satiété, et en les détournant de leur sens pro- {)re et naturel, une infinité de passages. Aux aux raisonnements et à l'abus de fautorité des Pères, Bérenger joint une insigne mauvaise foi, ce qui n'est que trop ordinaire à ceux qui combattent la vérité. Pour faire tomber sous le ridicule le sentiment de Paschase Radbert touchant l'eucharistie, il lui attribue calomnieusement d'avoir avancé qu'il s'y trouve une petite partie, por/tuncu-i fam, de la chair du Seigneur que l'homme manie et mange à l'autel.
Sigebert, qui avait lu cette réponse de Bérenger, la caractérise parfaitement, quand il dit qu'elle est écrite d'un style ^hautain et méprisant, et qu'au lieu d'y reconnaître la bonté d'un ami qui cherche à ramener un frère de ses erreurs, il ne s'y occupe que du «oin de défendre son opinion sur les mystères de Jésus-Christ. A force de multiplier
les sophismes, pour combattre la simplicité de la foi, il ne réussit ni à édifier ses lecteurs, ni à se justifier lui-même ; il embrouille ce qui est clair, et il n'éclaircit rien de ce qui est obscur.
Autres écrits. ^Ce déCaut de Bérenger est encore plus palpable dans l'écrit qu'il publia pour rétracter la profession de foi qu'il avait souscrite et jurée, au concile de Rome, en 1059, sous le pape Nicolas II. On n'a rien imprimé de cet écrit, que ce qui se trouve intercalé dans la réponse triomphante qu'y opposa Lanfranc, environ vingt ans après. Cet illustre et savant défenseur de la foi eucharistique y a suivi la même méthode que saint Augustin employa autrefois contre Julien d'Ëclane, en copiant en tète de chaque article le texte de son adversaire, afin de mettre plus d'ordre dans la réfutation. Lanfranc avertit qu'il ne rapporte pas le texte entier, parce qu'il n'entrait pas dans son dessein d'arracher les quelques roses que Bérenger avait mêlées aux épines de la discussion ; il lui suffisait de se maintenir dans les bornes du sujet, et de ne rien laisser passer sans réponse. C'est ce même ouvrage que Guitmond, évèque d'Averse, réfuta avec autant de lumière que de solidité.
Dom Martenne et dom Durand ont publié, sur le manuscrit de Gemblou, un autre écrit de Bérenger, en l'accompagnant de leurs observations préliminaires, il est intitulé: Serment de Bérenger ^ clerc de Tours ^ prêtée Rome, dans Péglise de Latran^ sous le ooiUificat de Grégoire VII.
L'écrit commence par la profession de foi que Bérenger souscrivit et jura d'observer, au concile de Rome, tenu à la Toussaint de Tan 1078, et roule en partie sur ce qui se passa dans cette ville a l'égard de Fauteur, avant et après la célébration de ce concile. Mais la plus grande partie est employée k discuter et à révoquer une autre formule de foi souscrite dans un autre concile tenu à Rome au mois de février de l'année suivante ; formule dans laquelle on avait exprimé que le pain et vin sont changés substantiellement àUa vraie chair et au vrai sang de Jésus- Christ après la consécration. C'est principalement pour combattre la force de ces expressions que Bérenser emploie ici, comme dans l'ouvrage précèdent, et les raisonnements de la dialectique et Tautorité des Pères, nommément de saint Aueustin, dont il cite plusieurs passages, qu'il avait déjà essayé de faire valoir dans une autre rétractation. On voit par tout ce qu'il dit que nonseulement il rejetait le dogme de la transsubstantiation, mais qu'il ne croyait même à la présence du corps de Jésus-Christ ^u'en vertu de l'acte de foi, ou, comme le lui reprochait Hugues de Langres, par un effort de l'entendement. Il n'y parle pas avantageusement de Lanfranc, qu'il eût cependant plus maltraité encore, si ce grand homme avait réfuté son écrit précédent. Mais ce fut l'apparition de celui-ci qui le détermina à prendre la plume pour confondre les absur-
BER
dites de ces deux livres dans une même réfutation.
Clarius nous apprend que Bérenger, sur la fin de sa vie, composa une pièce en vers commençant par ces mots : Juste jndtx.
Dom Martenne et dom Durand Fayant exhumée d*un manuscrit de Tabbaye de Marmoutiers, la donnèrent au public. Elle se compose de soixante-douze petits vers, et respire Eartout la piété et l'humilité chrétienne, épendant, quoiqu'il y soit fait mention de la Trinitéyde l'Incarnation, de la Passion du SauTeur et de la \crtu de sa croix, on n'y lit pas un root ni pour ni contre le mystère de l'Eucharistie.
De toutes les professions de foi que Bérenger souscrivit dans les conciles, tant à Rome par trois fois différentes, qu'à Tours, à Poitiefs et à Bordeaux, on ne nous en a conservé que trois; encore ne lui appartiennent-elles qu'en tant qu il les souscrivit et juradesuivreladoctrinequ'ellesexprimaient touchant le sacrement de l'autel. Ces professions de foi sont assez connues pour que nous n'ayons pas besoin de les rapporter.
Bérenger écrivit plusieurs autres ouvrages qui ne sont pas parvenus jusqu'à nous ; on lui en attribue aussi un certain nombre dont la propriété ne nous parait pas assez justifiée pour que nous puissions les lui revendiquer. Tels sontt entre autres, un Traité du Sacrement de Vautel^ un Commentaire 9ur le Cantique des cantiques^ un autre sur r Apocalypse de saint Jean^ un Traité de la rie solitaire^ un Traité de rincamation et un recueil d*Homélies. 11 s'en faut de beaucoup que les ouvrages do Bérenger justifient la grande réputation qu'il eut de son vivant. Le stvle en est sec, dur, semé de laconismes qui l'embarrassent , et qui empêchent de saisir aisément la pensée de l'auteur. Quelle différence entre celui de Lanfranc, d'Adelroan, d'Anselme, et de quelques autres de ses contemporains. On n'y reconnaît presque nulle part l'un des plus habiles grammairiens de son siècle.
BÉRENGER, vicomte de Narbonne, présenta au concile de Toulouse une longue filainte, en forme de mémoire, contre Guiroi, son archevêque, qu'il chargeait de plusieurs graves accusations. Elle se trouve reproduite dans le Cours complet de Patrologie publié par M. l'abbé Migne.
BÉRENGOSE, que le IV* volume de Tancienne Gaule. chrétienne met au nombre des nbbés de Saint-Maximin de Trêves, vivait sous le règne de l'empereur Henri V, de qui il obtint un privilège pour son abbaye. Cette pièce se trouve conservée dans le Nécrologe de Saint-Arnoult de Metz, à la date de 1115. — On a sous le nom de Bérengose, dans la Bibliothique des Pires de Cologne et dans le XII* tome de celle de Lyon, en 1677, trois livres de VInvention de ta croix de Notre-Seigneur; un du Mystère du bois de la Croix : u n autre de la Lumière visible et invisible dont les anciens Pires ont mérité d'être éclairés, et cinq sermons sur les martyrs, les confesseurs» la
dédicace de l'Eglise et la vénération des reliques. Dans le troisième livre de Vlnvention de la Croix, Bérengose marque assez clairement qu'il avait demeuré à Trêves, par la description qu'il fait de la magnificence des édifices que sainte Hélène y avait fait construire, et qui subsistaient encore en partie du vivant de l'auteur. Il adopte comme certaine la fausse chronique du baptême de Constantin. Ce qu'il dit de l'invention de la croix n'est ni fondé dans Tantiquité, ni même vraisemblable. En général il montre dans cetraité une crédulité dénuée de critique, et plus de piété que de lumières. Le traité suivant est une suite de réflexions morales et allégoriques sur le mystère de la croix. Ses discours sur les martyrs et les confesseurs sont communs à tous les saints, et il n'y donne Thisloire d'aucun en particulier. Dans le discours sur la dédicace et la vénération des reliques, il dit qu'il faut croire qu'aux jours de leur fête les flmes des saints des^ cendent vers leurs corps et intercèdent pour tous ceux qui viennent les visiter. — On a souvent attribué à Bérengose un Comment taire sur V Apocalypse que les anciens critiques ont publié parmi les écrits de saint Ambroise, mais rien ne prouve qu'il en soit Fauteur. Il est fait mention dans les lettres de Loup d'un moine, nommé Bérengaud, qu'il envoya vers Tan 857 à Auxerre pour y achever ses études sous Héric, qui professait avec réputation à l'abbaye de Saint-Germain. U était moine de Saint-Benoît, et trèsinstruit dans les belles-lettres et les divines Ecritures, ce qui rend la supposition plus vraisemblable. En effet, il fallait la réunion de toutes ces connaissances pour écrire un Commentaire qui, par la beauté de son stj^le et la solidité de ses explications, a mérité les éloges des plus habiles interprètes, entre autres, de Denis le Chartreux et de Bossuet lui-même.
BERNARD, abbé de Saint-Gai , était un homme qui passait pour savant. Il gouvernait le monastère de Saint-Gai à la fin du ix* siècle, et les études y étaient cultivées sous sa direction avec autant d'éclat que de succès. Aussi un grand évêque de son temps lui rendait-il ce témoignage qu'il brillait autant par sa science qu^l se distinguait par son exacte discipline. On a de cet abbé un petit avertissement, qui contient des avis généraux, mais très-salutaires, donnés à un de ses moines pour se bien conduire dans le cours de ses études.
BERNARD, archevêque de Tolède. — Bernard, né à la Salvetat, dans le diocèse d'Agen , se destina d'abord à l'Eglise , puis, changeant de dessein , il prit le parti des armes. Plus tard, à la suite d'une maladie, il revint à ses premières pensées» et fit profession de la vie monastique à Saint-Orens d'Auch. Saint Huffues, abbé de Cluny , l'appela auprès de lui. Quelque temps après, le roi Alphonse, pensant aux moyens de rendre le monastère do Saint- Fagon aussi célèbre en Espagne que Cluny
rifeft
DiGTiOMMAtRS M fATROLOetC.
' l*ëtail ^h Fràtibe; dethàndà à saint Hugues Mn sujet dîgné d'êt^fe abbé de cette malèôti. Le jpiéut nioinô lui enroya Bernard; dont 11 cdnhéissait Je taéHte et la régularité. Il Hë fut pas longtefflps eh Espa?çne sans Ste fhite aimer: et le rôi ayant aî^serablé un feoncilfc I Tolède, eu 1088, pour Télection d'uh archevêque, Bernard fut élu k Tunanimlté. La même annc'^e, il se saisit à main arméte de la grande mosquée de Léon, y ériged des autels et fit mettre des cloches dans se^ toUrs. Cette entreprise faillit avoir des sullës fflbheuseS; parbe que le roi avait prorais aùt Maurtes le libre eiercice de leur culte. Quelque temps après; 11 alla à Rome, porter des plaintes cbmre Richa^d, abbé de Baint-Viclor fet légat du sainl-siége. Il ert retint avec le palliunï et line bulle qui rétablissait primat sut» toute l'Esprtgne; elle test datée ou 19 octobre 1088. Bernard présida au concile de Léon en 1091, de Nîmes ^rt 1096; et de Girôtine en 1097. S'étanl "brolsé pour la terre sainte, il partit, après «voir recommandé sbti église au clergé dd pays ; mais il était à peine h trois jours de distance, qu'il apprit qu'on l'avait remplacé par un autre archevêque. Il devint Sur ses pas, dégréda l'intrus qu'il trouva sur soh siège, et, confiant de nouveau la desserte de fion éfflise aux moines de Sillnt-Fagoh, il reprit Irt route de la terré sainte par Rome. Le pépe Urbain le dispensa de son vœu, et l'obligea de retourner a Tolède, dont l'église avait besoin de sa présence. 11 ramena de France en Espagne des hommes savants et vertueux, qui furent dans la suite élevés aul premières places de l'Eglise. On met la mort de Bernard avejp la fin de la guerre du roi Alphonse contre les Maures, eVst-à-dire ^u iiîoiS d'avril 1126. Il avait gardé l'épiscopjdt pfeudani qdarante-quatre ans. Los historiens espaçnols varient sur le lieu do sa sépulture : 1 opinion la plus commune est qu'il fut inhumé à Tolède, daps l'église de la Sainte-Vierge, qui avait été auparavant une mosquée des Maures.
On lui attribue, mais non sans conteste, Quatre discours sur le Salve Regina, — Il dit dans le premier que dans son ordre on chanlà\i le Salve Regina quatre fois l'année, c'està-dire aux, quati-e solennilés de la sainte Vierge, la Purification, l'Annonciation, l'Assomption et la Nativité, les autres fôtes de la Mère de Dieu n'avant été instituées que plus tard. L'ordre dont il parle est sans doute celui de Clunj, où Pierre le Vénérable tj'raoigae que cette antienne était en usage, comme elle le ftlt depuis dans l'ordre de Citeaux, On lit dans le même discours qu'elle avait été composée par les saints; cependant quelques-uns l'attribuent à Hermann Contracl, à qui l'on ne donne pas ordinaire^ ment le titre de s&irtt; d'aut^es a saint Bernard, et le critique Durand à Pierre, évêque de Compostelle; Le- second discours a en tète trois vers hexamètres à la louange de la sainte Vierge : le troisième et le quatiième, quatre vers de la même mesure, tleut le sujet est pris de l'antienne. On voit
dans le ({liâtHèlnel que la saintb ViBrge a été exempte de tout péché originel et actuel, parce qu'elle iul sanctifiée des le sein de sa mère, et que c'est pour cela qu'on célèbre la fête de sa Nativité. On voit que la doctrine de la conception iitithaculée a de profondes racines dans le pa.^sé, et qu'il n'est point surprenant que l'Eglise en ait fait un dogme de nos jours. On remarque que l'auteur supprimait le mot Mater^ et qu'il lisait de suite : Sahe^ Regina misericoraiœ.
BKKNARD d'AngerSj dont on ne connaît boint autrement la faraillci avait un frère beaucoup plus jeune que lui, nommé Robert et surnommé l'Angevin, qui fut abbé de Cormeri en Touraine. On se croit autorisé A conjecturer de là qu'il était originaire de l'Anjou. Il quitta sa patrie pour aller se mettre sous la discipline de Fulbert de Chartres. Pendant qu'il y étudiait, il conçut Une dévotion particulière pour sainte Foi, dont il y avait alors, hors des murs de h ville, une petite chapelle qu'il visitait souvent tant pour prier que pour étudier plus en repos. Les miracles que Dieu opérait au tombeau do cette sainte faisaient alors beaucoup de bruit; on eu débitait à Chartres de si extraordinaires, que Bernard ne pouvait les croire. Pour s'assurer de la vérité, il résolut de recourir à la source et de faire un voyage à l'abbaye de Conques en Rouergu«s où se conservait le corps de la sainte. Il paraît même qu'il s'y engagea par une espèce du vœu, dont il fut forcé de ditTérer l'accomplissement. L'évoque d'Angers, qui était alors Hubert de Vendôme, l'appela près de lui pour lui contier la direction ne l'école épiscopale. Bernard en prit soin pendant trois ans, avec le double regret de ne pouvoir accomplir son vœu et de se voir engagé avec des écoliers si peu avancés, qu'il fie pouvait profiter pour lui-même des leçons qu'il leur donnait. Enfin il quitta brusquement Angers, et accomplit son pèlerinage. 11 recueillit sur les lieux tous les miracles de la sainte dont on put lui donner des preuves certaines, et les envoya à Chartres, à Fulbert, son maître. On suppose que Bernard retourna à Angers, où il coniiuua d'exercer l'emploi de scolaslique, mais on n'en a aucune i3reuve positive. On en a encore moins pour prolonger ses jours jus 3u'en 1054. Peut-être aura-t-on pris l'aDuée e la mort de son frère poiir le terme de la vie de Bernard. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il florissait à Chartres, sous l'épiscopal de Fulbert, et môme dès l'année 1010; or il y a loin de cette époque à celle de 105*.
Le principal écrit de Bernard est son recueil des miracles de sainte Foi, imprimé par les soins du P. Labbe, mais sans nom d'auteur, parce que l'épître dédicatoire où il se fait connaître manquait à son manuscrit. Dom Mabillon l'ayant déterrée dans un autre manuscrit de l'abbaye de Saint-Père, è Chartres, en a fait part au public. Le recueil est composé de vingt-deux ch;jpitres, disposés au hasard et sans choix. H p"**** que tous les miracles loi étaient boQS»
TtS
ËËR
rïctrofMÀmt^a)& t^ÀTftôLdbrË.
hM
Eurtu touMIHs qu'ils hiBsent bien proiités. mard s'est particulièrement attaché è cette certitude^ ce (}ui l'autorisait à ibviter ceux qui 1^ suspectaient à se tràti^porter sur les Ifeux, afltl de s'en corttaincre par eux-mêmes. Tiilemont lui rend cette justice, que Ses narrations sbnt fort circonstanciées) et ordinairement appuy^ées par deS témoihs ocUiairiBs; mais il observe avec raison (Ju'il y en a d'étranges, et que Tâvantdernière surtout n'est propre qu'k rendre les antres suspectes d'illusions. Bernard atteste n<^anmoins qu'il l'avait apprise d'Un vénérable abbt^ qui la tenait de la nersonhq même à qui la chose était arrivée. Quoique la relation de notre seolastique ne conlienné que des miracles, on né laisse pas d'y trouver rependant plusieurs ftlts qui Servent à compléter l'histoire de ce temps^là. C'est à ce titre que les historiens du Languedoc rapportent parmi leurs preuves un long fragment dé récrit de BerrtarU. 9i Catel en avait eu connaissance, il n'aurait t)as donné à la femme de Guillaume, conlle de Toulouse, à la fin du t* siècle et au commencement du suivant, le hom d'Alfônsc ou Delfonsc; il y aurait vu qu'elle se nommait Arsinde. ^
Bernard a laissé un alitre écrit de sa façon. C'est la relation d'un pèlerinage qu'il fit, en 1020, arec quelques Angevins, ses tompatriotes, à Notre-Dame dii Puy en Velay. Ménard, dans ses Ecrivains d'AnjoUy en rapporte urt fragment qu'il a tiré du P. Gissey.
BERNAliD, moine de Cluny, fit un recueil des anciens usages de cette abbaye, afin de les conserver à la postérité, et d'empêcher, autant qu'il était en lui» les innovations, source ordinaire de la décadence de la discipline régulière. 11 en conçut le dessein à l'occasion des difficultés qiii naissaient chaque jour entre les jeunes religieux et les anciens au sujet de ces usages, et il l'exécuta par Tordre du saint abbé Hugues, à aui H le dédia. On n'en trouve que Pépltre aédicatoire dans la bibliothèque de l'abbaye de Cluny; mais dom Marquart a donné l'ouvrage entier dans soii recueil intitulé : Ancienne discipline monastique j imprimé à Paris en 1726. Trilbème parle de Bernard avec éloges.
BERNARD, moine de la Nouvelle-Corbie, en Saxe, adressa à Herdevic, archevêque de Magdebourg depuis l'an 1079 jusqu en 1110, un livre écrit d'un style assez orné, mais mordant et incisif, contre l'empereur Henri IV. Sigebert et Trilbème en font mention.
BERNARD (saint) , ce grand homttie de Dieu que l'Eglise honore comme le dernier des saints Pères, et qui fut con^^idéré de son temps comme l'organe du Saint-Esprit et l'interprète de la volonté du Très-Haut, naquit h Fontaines, dans le duché de Bourgogne, à une demi-lieue de Dijon , sur la fin de 1090 ou au commencement de 1091. 11 eut pour père Tescelin, issu des chitiles deChâtillon, et pour mère Aleth, de la maison deMontbar. ^ïus recomoiandables ehcdré par leur piété
que par la noblesse de lélir tialsianeb ël Téclat de leurs ancêtres: Bertlard Pouvait dddë prétendre à la gloire et aUx places qui en sont le pHx, mais il leur préféra les doucfeûrs de la retraite et les nlaislris dé llélude. Aprèis avoir paru aved éciàt datts l'Dnivérsité de WrU, qui réunissait alobs les plus célèbres professeurs de l'Europe et de bombreut élèves de tous les pays du monde ; lé jeûné Bernard, dégoûté de la vanité des sciencei$ humaines, résolut d'aller s'ensevelir dans un cloître, où, par l'ascendant qu'il exerçait déjà sur les esprits , il parvint h entratrter à sa Suite trente de ses compagnons d'étude, la plupart de la première noblesse, et les décida h entrer à Cttëaux. Comme ils Se mettaient en route pour s'y rendre , Guy, l'atné de M famille , rencontrant le dernier de leurs frères, Nivard, encore fehftmt , qui jouait sur la place publique atec d'autres enfants de son âge : « Adieu, moii ftère Nirard, lui dit-il, nous vous laissons tous nos biens; désormais la sucbeSsion paterîifellë vou^ appartient tout entière. — C'est-à-dire que vbus me laissez la terre; répondit Nivard, et qUb vous prenez lé clfel ; le partage b'est
{)as égal. V Ces belles dispqsilionà se dëveoppèrent avec les années; Nivard resta Alors avec son père , mais dès qu'il fut en âge, rien ne put le retenir, il sUivit l'exemple de ses alliés, et se retira dâUs tih monastère; La bétiédiction du ciel s'étendit dans )à ^uitë fc toute la famille; Tescelin , leur bèré , et leur sœur Humbelinei embrassèrenl \û Vie religieuse et moururent dans leà plus saintes pratiques de la perfection. Etieriué était abbé de Cîleaux , lorsque Bernard s'y présenta suivi de ses trente. conapagriôh§ ; Tatistérité de l'ordre feh avait retardé jdsqu'aittrs leS accroissements, et le nombre des religieux en ëtdit petit : ce fut donc avec une joie sensible que le pieux âbbé accueillii une M nombreuse et si florissante redrue. Berhard y prononça ses vœut etilltS, et pétidant deux ans il y vécut caché dans la solitude, comme une lumière Sous le boisseau; mais Dieu ne tarda pas à le mettre sur le chabdelier, pour éclairer l'EgHSe tout entière. Il inspira h l'abbé Etienne Ife dessein d'étâbllh une nouvelle abbaye de Sort ordre, près delà Hvlère d'Aiibë, dans ud désert affreux , çdi passait pour une retraite de voleurs, et qu on n'avait connu iusque-lb que SoUs le nom de Vallée d'absinthe. Douze moines , avec quelques cabanes pour cellules , niais Bernard pour abbé, firent bientôt de cfette f-fetrtite un lieu de prière, uh temple du Dieu vivant. Ce désert, qu'ils défrichèrent de leurs propres mains, ne tarda pas à devenir célèbre dahs tout le monde chrétien, qui changea son nom de Yallée d'absinthe en celui de Clairvaux, OU vallée illustre, qu'il porte entore. Le nom de Bernard se repandit au loin fivec le bruit de ses vertus et Téblat de se^ lumières. II edt jusqu'à sept cents novices à la fois. Le pape Eugène III, des cardinaux et iine foule d'évôques fhrent tirés de ce monastère. De toutes parts on s'adressait h lui, soit pour terminer des différends politiques,
BER
DIGnmNAIRE^DE PATROLOGIE.
BER
7tt
soit pour éclaircir des doutes dans les controverses religieuses , soit pour prévenir des schismes dans TEglise , soit ennn pour réparer des scandales dans la société. En 1128, il fut chargé par le grand maître des Templiers de rédiger les statuts de Tordre. En 1130, le roi Louis le Gros le nomma arbitre pour décider lequel des deux papes Innocent II ou Anaclet était le légitime successeur de saint Pierre. Le jeune Bernard décida la question en faveur d*lnnocent II, et TEglise se rangea à son avis. Quelque temps après, ayant été envoyé à Milan pour réconcilier cette Eglise, qui s*était jetée dans le parti de Tantipape Anaclet , les moyens qu il employa obtinrent un tel succès , que le peuple et le clergé, pleins de reconnaissance et d'enthousiasme pour le saint arbitre, se réunirent pour l'élever sur le trône épiscopal qu'avait illustré saint Ambroise. Bernard se refusa à leur empressement et à tous les honneurs qu'on voulait lui rendre. Il revint modestement en France , et rentra dans son cloître avec la môme simplicité qu'il en était sorti. Il eut la consolation d'y retrouver sa communauté dans une union parfaite , et le nombre des religieux s'était accri4 si considérablement , que , pour les contenir , il fut obligé de transporter son monastère dans un heu plus commode et
[)lus étendu. Thibault, comte de Champagne, es évoques voisins et plusieurs nobles et riches marchands fournirent aux frais de ces nouvelles constructions. Le zèle que saint Bernard avait déplové pour hâter la fm d'un schisme funeste , il le retrouva pour combattre l'hérésie naissante; il gémit de cette nécessité qui fait de sa vie un long combat. « Le lion est vaincu', dit-il, maintenant il faut lutter contre le dragon.» Le lion, c'était fantipape Anaclet ; le dragon, c'est Abailard; et, comme le dragon joint la ruse à la force, le venin à la violence, il n'aura pas trop contre lui de toutes les forces de son génie et de l'assistance de l'Eglise : aussi, pour préparer son triomphe sur un adversaire aussi redoutable, il réveille sur tous les points le zèle des docteurs de la foi , et avant de paraître devant le concile convoqué à Sens en IIM, il a si bien montré l'imminence du danger que la sentence est déjà portée dans l'esprit des juges. On a souvent reproché depuis à l'abbé de Clairvaux la vivacité de ses poursuites contre Abailard et la chaleur qu'il apporta à provoquer sa condamnation ; mais sa conduite révèle abondamment qu'il n'avait d'autre passion dans le cœur que celle de la j^ureté de la foi, et une preuve qu'il n'y mit point d'animosité personnelle et sut bien distinguer Abailard de ses opinions, c'est qu'il se réconcilia sincèrement avec lui dès qu'il les eut abjurées. Nous aurons occasion de revenir sur celte question dans l'examen des écrits que le saint docteur publia contre les erreurs d' Abailard. (Voy, aussi l'article Abailard.) Nous arrivons à une
Srande époque de notre histoire, et à un des vénements les plus importants de la vie de saint Bernard. Il fut chargé par Eugène III,
un de ses anciens religieux devenu souverain pontife , de prêcher la croisade , et il s'acquitta de cette commission avec son zèle ordinaire et un succès prodigieux. Il échauffa tellement les esprits, et l'enthousiasme qu*il sut inspirer pour cette expédition fut si véhément, que, suivant une de ses propres expressions, les villes et les châteaux furent changés en déserts, et qu'on ne voyait partout que des veuves dont les maris n'étaient pas morts. Louis VII voulut se croiser, Bernard l'en pressait. Suger , au contraire, ût tousses efforts pour le détourner d'un voyage où il V avait tout à craindre et rien à espérer. L'estime que te roi avait conçue pour ces deux grands hommes balança quelque temps sa résolution; tous deux , en etl'et, étaient recommandables par un rare mérite, quoique d'un genre différent. Le premier, moins encore par le brillant de l'esprit que par une grande réputation de sainteté, s'était attiré une considération personnelle bien au-dessus de Tautorité même ; le second, par un génie supérieur, soutenu d'une vaste capacité et d'une probité reconnue , s'était acquis dans le public et dans le cœur du roi une conQance qui les honorait l'un et l'autre ; l'abbé de Clairvaux , avec l'air et t'enthousiasme d'un prophète, en avait toute l'inflexibilité ; l'abbé de Saint-Denis , avec plus de connaissance du monde , était plus retenu, plus insinuant , mieux fait pour tenir le gouvernail de l'Etat. L'un et Tautre n'agissaient que par de nobles vues ; Bernard ne songeait qu'aux intérôts de la religion ; Suger cherchait à concilier le bien de la reli^on avec le bien de l'Etat; mais il ne fut point écouté, le prophète l'emporta sur le politique; le roi se croisa, la France et l'Europe sébranlèrent jusque dans leurs fondements, pour se précipiter sur l'Asie. Il semblait que les Français, 'dégoûtés du riche pays de leurs ancêtres, allaient chercher un autre établissement dans une nouvelle terre. On envoyait une quenouille et un fuseau à quiconque pouvait se croiser et ne le faisait pas. Un bruit se répandit que l'abbé de Clairvaux avait des révélations et faisait des miracles; un de ses disciples publia dans un écrit qu'à sa parole les aveugles avaient vu, les buiteux avaient marché , les malades avaient été guéris. Toute la France fut convaincue que le ciel ordonnait la croisade, et si fort prévenue que le succès de cette expédition dépendait du saint religieux , que, dans une assemblée tenue la môme année à Chartres, on lui offrit le commandement général de l'armée; mais l'exemple de Pierre l'Ermite était trop récent pour être suivi, et Bernard avait trop d'esprit pour s'exposer au môme ridicule. Il refusa aonc un emploi
2ui ne convenait point à un homme de son tat ; et taudis que tant de braves gens allaient aveuglément chercher en Orient la gloire ou la mort , Bernard , content de son rôle de prédicateur et de thaumaturge, s'occupa à réfuter les erreurs du moine Raoul, fanatique furieux, qui engageait les chrétiens, au nom d'un Dieu de paix , à égorger
BER
DIGTIOMNAIRE DE PATHOLOGIE.
BER
tons les Juifs; il réfuta les erreurs de Pierre de Bruys, de Gilbert de la Porée ; il confondit Eon de TËtoile , et les partisans d*Arnauld de Brescia, disciple d'Abailard, écuyer de cet autre Goliath^ comme disait saint Bernard, et qui poussait l'audace et la résolution beaucoup plus loin que son maître. Le mauvais succès de la croisade excita de violentes réclamations contre celui qu^on en regardait Î^énéralement comme Tauteur; mais il n'en ut pas longtemps responsable aux yeux de ses contemporains. Les désastres des croisés l'afiligèrent sans troubler sa conscience, et il pouvait répondre à ceux qui les lui imputaient qu'il n'était pas comptable du succès de rentreprise, et qu'autant qu'il était en lui les infiâèies avaient été vaincus et la chrétienté victorieuse. Du reste, nous verrons, en rendant compte de son Apologie , qu'il sut rejeter sur ses véritables auteurs la faute de ce mauvais succès. Au milieu des agitations que lui causèrent tant de vojf^ages , de missions et de contradictions , il se plaignait souvent de la vie mondaine qu'il menait malgré lui. 9 Je ne sais plus , disait-il , ce que je suis; je ne vis ni en religieux* ni en mondain. » Résolu de mettre un terme à cette dissipation , il rentra dans son abbaye de Clairvaux, oit il se livra jusqu'à la iin'de sa vie à l'étude des livres saints et aux exercices de la plus rigoureuse pénitence. Mais ses forces ne répondirent pas longtemps à Taclivité de son zèle; il s'avança rapidement vers la tombe , qui s'ouvrit enQn pour lui après plusieurs années de souffrances, et qui le reçut chargé de gloire , au milieu des regrets de l'Europe entière, qu'il avait remuée par son éloquence , servie par ses travaux, ediQée par ses vertus. La transition fut douce pour lui de la terre au ciel : il l'avait longuement préparée d'avance par la sainteté de sa vie, et, pour emprunter une expression de Gerson, son Ame avait les deux ailes qui emportent vers Dieu^ la simplicité et la pureté* Il mourut le 20 avril 1153, dans la soixantetroisième annéedeson âge, après avoirfondé, tant en France qu'en Italie et en Allemagne, cent soixante maisons de son ordre. Il fut canonisé, avec une solennité sans exemple, vingt ans après sa mort, par le pape Alexandre III, et l'Eglise célèbre sa fête le 20 août. De toutes les éditions des ouvrages de saint Bernard, la seule qui soit consultée aujourd'hui par les savants est celle de dom Mabillon, 1690, en 2 vol. in-fol., dont le premier renferme tous les écrits qui sont véritablement de lui, savoir : 1" des Lettres; 2* des Traités; 3* des Sermons; 4* un Commentaire sur le Cantique des cantiques.
LEiraES.— Ses lettres sont au nombre de plus de quatre cents : elles ont pour objet différentes questions de discipline, de dogme et de morale, et les affaires de son temps.
Première lettre. — Dans la première lettre, adressée à son neveu Robert, que le goût de l'oisiveté et la recherche d'une règle moins austère avaient fait passer de Clairvaux à Cluoy, saint Bernard a épuisé tous les arguments qu'il reproduit avec tant de complai-
sance lorsqu'il veut attirer à lui de nouveaux prosélytes ou ramener des brebis échappées du bercail. Cette lettre se termine par une éloquente exhortation. < Lève-toi , soldat du Christ, secoue la poussière qui te couvre, reviens sur le champ de bataille pour combattre avec plus de courage après ta fuite, et pour triompher avec plus de gloire. Le Christ compte beaucoup de soldats qui ont commencé courageusement , qui ont persévéré , qui ont vaincu ; mais il en a peu 3ui , revenus sur leurs pas, aient bravé les angers qu'ils avaient évités, et mis en fuite l'ennemi devant lequel ils avaient fui ; et comme toute rareté est précieuse, je me ré* jouis de ce que tu peux être parmi ceux qui sont d'autant plus illustres qu'ils sont moins nombreux. D'ailleurs, si tu es timide, pourquoi craindre où la crainte est déplacée, et ne pas craindre où elle est légitime? Pensestu, pour avoir fui, n'être plus à la portée des mains ennemies? L'ennemi aime mieux la poursuite que la lutte, et presse plus hardiment un fuvard qui présente le dos qu'un athlète qui lui montre le visage. En sécurité après avoir jeté tes armes , tu dors de longues matinées, à l'heure même où le Christ est sorti du tombeau, et tu ignores que, désarmé et plus timide, tu a'en es que moins redoutable à tes adversaires. Us assiègent en foule ta demeure, et tu dorsl Mais les voilà qui franchissent le fossé, ils forcent la haie et pénètrent par la porte. Est-il plus sûr pour toi qu'ils te surprennent seul qu'avec tes compagnons, nu et couché dans ton lit, qu'armé et debout dans le camp? Réveilletoi, arme-toi , va retrouver les tiens que tu as désertés, et que la peur qui t'en sépare te réunisse à eux. Soldat efféminé , pourquoi redouter le poids et la dureté des armes? Mais ne sais-tu pas que.rardeur du combat et le sifflement des flèches allègent le bouclier et rendent insensible la pesanteur du casque et de la cuirasse? En passant de l'ombre au soleil, de l'oisiveté au travail, tout paraît pénible au commencement ; mais à mesure qu'on perd seS vieilles habitudes pour en prendre de nouvelles, les obstacles s'aplanissent, et ce qu'on croyait impossible devient aisé , çrAce à l'accoutumance. ^ tes soldats même Tes plus braves se troublent aux premiers accents de la trompette, mais lorsque le combat est engagé , l'espoir de la victoire et la crainte de la défaite les rendent intrépides. Pourquoi tremblerais-tu, entouré de tes frères sous les armes, les anges à tes côtés, et à leur tête le Christ , animant les siens de sa voix, et criant : Ayez confiance^ fai vaincu le monde I Si le Cnrist est pour nous, qui est contre nous? Tu peux être tranquille sur le combat , puisaue tu l'es sur la victoire. O combat plein d'assurance avec le Christ et pour le Cnrist, dans lequel ni blessé, ni renversé à terre , ni foulé aux pieds , ni mille fois mort s'il était possible de mourir mille fois, tu ne seras privé de la victoire, à moins de fuir , car la luite est la seule cause de la défaitel En fuyant, tu peux perdre la victoire; en mourant» nonl Meu*
fa
tm
DigTKWHiUlP )>B H^fiat'Wrlf,
BER
BeuXf ai tu tneur$ dans le <îorabat ; par une fois iport, tu SQr^9 coqronpé I Msil^eur à tQii si, ea refusant ]e combat, tu perds eu mêmq temps et la viptoire et la oQurouuel » Ikuviimç IcUr^ , à fo^lques.'- L'esprit de
Jrosélytisme, le besoin de gagner des ^mes la vie religieuse dicte encore à saint l^er- Qard des peintures ravissantes de la joie intérieure des justes, en opposition avec tes plaisirs troublés du siècle. On peut s'en oonvaincre en Usant la lettre qu'il adressa au jeune Foulques» que son oncle av^it arraché au cloître par l'appât des honneurs et des
Slaisirs mondains. Anrès une admirable escription des joies aune âme qui se ref^o^e dans la pau de la couspience ei dans 'amour de son pieu: « Tu ne peui^ pas, lui dit-il, tu ne peux pas boire eu mêti^e temps au calice du Seigneur et à la coupe du démon* La coupe du démon , c'est la superbQt l'invective et l'envie; c'est la prapule et l'ivresse, et lorsque cette impure liqueur a rempli ton esprit ou ton ventre, il n'y a plus de place pour le Christ. Ne t'étoqne pas de mes paroles ; ce n'est pas dans la maison de ton oncle que tu peux t'enivrer au calice du Seigneur. Pourquoi? parce que c'est une maison de délices. De même aue l'eau et le feu ne peuvent rester ensemble, les délices de l'esprit et de la chair ne souffrent pas d'être unis, te Christ, en voyant cette ivresse des sens i ne daigne pas approcher de vps âmes sou breuvage plus doux que le miel.» Douzième lettre , a (hiigu^s. — Saint Bernard, qui n'avait point oublié l'accueil touchant que lui avaient fait, dans une première visite à la Chartreuse, l'abbé Guignes et ses religieux, leur témoigne par cette lettre la douleur qu'il éprouve d'avoir passé auprôs de leur monastère sans pouvoir s'y arrêter, ni se recueillir seulement quelques iours avec eux. % Passer si près de votre désert, leur dit-il , et n'y point entrer pour vous aller voir et vous fair^ souvenir de mon indigence et de mes besoins, c'est un procédé dont il me serait peut'-étre aisé de me jus^ tifier auprès de vous ; mais je vous avoue que c'est toujours un malheur dont je pe puis me consoler. Je m^emporte contre mes occupations qui m'en empochent, car je n'ai rien négligé, mais il m'a été impossible de faire autrement. Je souffre souvent de sem-7 blables contre -temps; aussi ai-je Ueu de in'^mporter souvent, et je vous assure qu'il n'est point d'âme sainte pour qui je ne puisse 6tre un sujet de compassion. Si personne n'avait pitié de ma misère, léserais tropmalheul^euxl kyei donc pitié de moi, non parce que j'en suis digne, mais parce que je suis pauvre et affligé I Répandez sur moi votre miséricorde, vous sur qui celle du Seigneur s'est si abondamment répandue , quand il vous a retirés du monde et de ses tempêtes, pour TOUS mettre en état de le servir sans rien craindre 1 Quel bonheur pour vous, durant les mauvais jours, d'être cachés dans son tabernacle « où l'espérance vous nourrit à l'ombre da ses ailes « jusqu'à ce que Tini- 4uilé »oH passée! fQur moii je me vois
enyironq^ c)e pâpls tP^^Y^ \ ^H' destiné i souffrjr toutes sortes de peiqes, faible comme i|n oiseau sans plumas, toujours hors 4e son nid, et contipuellemeut exposé aux vents et à tous les (Qurbillons de Iw; pai^vre jeune hpmme» lancé a^ milieu des agitations et des troubles, oii toutes les lumières de ma raison s'éteignent et m'abandu^nent. Aussi, quoique je ne m^i^ite pas vptre compassion, c^u moins que t^nf de maux me Vassurent I »
Yingt-sixiimç lettre^ à Guy^ ^viqm d^La\ir $flnne. — Saint Bernard marque en quatre lignes à ce prélat les devoirs çl'un évêque. d Vous étescharg<^ 4*un emploi tcès-pénime, vous avez besoin de courage; vous êtes établi surveillant de la maison d'Israël , vous avez besoin dn prudepce ; vous 0tes redevable aux fous et aux sages, vqus ayez t)e^ia 4'éqiiité ; enfin, pour qe pas vpv(S perdre eu sauvant les autres, vous avez surtout besoia de tempérance et de sobriété, ^k
Soixanie'douûçUme lettre, à fab^i Menaui* — La lettre qu'il écrivit à Renaud , abbé de Foigny , est un admirable exemple de $a modestie. On voit qu'il tremble quand on lui donne de ces titres d'iionneur que la plupart des hommes poursuivent avec tani d'ambition et qui les satisfont quelquefois
t)lus que les dignités elles-mêmes. Il £\ eo rue es titres de père et 4«) doin, qui, dans la Règle de saint Benoît, ne furent d abord accordés qu'au seul abbé, mais qui dans la ^uite s'étendirent à tous les religieux honorés du sacerdoce, n Ne vous étonnez-pas , dit-il à l'abhâ Renaud , si les titres d'oonneur m'effrayent; je sens que je n'ai pas deguûi remplir de si beaux noms; peut-être çofi vientil i^ votre politesse de me les donijer; mais il ne convient nullement à mon indignité do
les $icpueillir, ni de m'y complaire lime
vient k l'esprit un nombre infini de règles de la vérité. Le9 premiers serotit les demien^ f( les derniers seront les premiers: 0ufi{^f>/u^
Îrand d'entre vous soit conm\e le piuspetU; Hus vous (tes grand, plus vous atvez vo\^ humilier e^ toutes choses; Ne soyez point appelés maitres par les hommeS;: df appelez personne sur la terre votre père. Ainsi» plus vous Ei'élevez par vos éloges , plus vous ra'accdlez par le poids de ces préceptes , et je uo chante pas, mais je gémis en lisant ce psaume: Après avoir été élevé, fai été humilié et rempli de trouble: et en m' élevant^ vous mf metm
en danger détre brisé Cessez donc, mon
très-cher, cessez de m' élever par oes louanges que je ne mérite pas , car' ç*est plulOt m'accabler. Par ui> excès d'affoçtion » vous vous joignez à mes ennemis i et soi^vent je m'ci plains à Dieu dans mes pri^^es en lui disant : Ceux qui me louent conspirent contre mai. Aussitôt j'entends le ^^ligneur qui répond à m^ pliante et me dii : Ceux qui vous
appellent heureux vous troai^p^nt Pour en
peveuir à vous, h l'ei^emple de TApôtre, je ne dois PAS dominer sur votre religion : au contraire, je vous en félicite sincèrement; ma $ je vous r^ppello en même ^emps la parole du Seignem* : nous n*ftvons qu'un père dan« le ciel I et sur kt terr^ nous ^oiiames lou^
BBtt
DIGTlONNAIftE BE PATHOLOGIE.
hEA
lU
fVère$ les uns des autres. C'est avec raison qu'arrué du bouclier de la vérité, j'ai repoussé ces grands noms de père et de maître, dont vous avez cru plutôt m'Iionorer que me chai^
§er ; et Vai pensé qu'il serait plus dans Torre de leiir substituer lés noms de frère et de compadnon, soit h cause de la communauté a héritage et de Tëgalitéde condition, sdil " ' ' * ' *
qui pentes/ te crainte que vous me devez? si je suis votre pèrèy où est le respect dont vou^ m'honorez? Je ne nié pas que je n'aie pour vous rafft'Ctîori d'un pfere , mais je ne m'en veux pas attribuer l'autorité, bien que je vous sois, ce me semble, uni par une tendresse toute paternelle.» ^
Soixante-diX'h^itième lettre jà VabbéSuger. — Parmi les lettres de saint Bernard, une des plus remarquable^ est celle qu'il écrivit à rabbé Suger, à l'occasion de la réforme que celui-ci introduisit h l'abbaye de Saint-Denis, «f Celte maison, dit-îl, servit en même temps aux affaires de la cpur et aux armées du roi; le cloître était environné de gens de guerre, et on y ^ vn souvent des femmes s'y promener avec immodestie. Maintenant on y fait de saintes lectures ; on v chante les louanges de Dieu; on y étudie les livres pieux; ou y garde un éternel silence ; on y est absorbé en Dieu ; on s'y applique à conserver la chasteté, è faire fleurir la discipline régulière et à conserver ce recueillement profond qui élève Tesprit au ciel. » — Il ne rappelle dans cette lettre les dérèglements passés, que pour rehausser l'éclat de la réforme établie par Tabbé Suger; mais il invective vivement contre Etienne de Garlande , qui, tout è la fois archidiacre, doyen , prévôt de diverses églises et graqd maître de la maison du roi, faisait un assemblage monstrueux du prélat et du guerrier , allait de pair avec les évoques par le rang qu'il tenait dans le clergé, et s'éieVaît parmi les officiers de guerre audessus des généraux d'armées. « Qui n'est indigné, dit-il, ou qui ne murmure au moins en soi-même, de voir un diacre , contre lo précepte de l'Evangile, servir en même temps Dieu et l'argent, tellement élevé par les honneurs ecclésiastiques, qu'il semble n'être pas inférieur aux évêques, et si fort engagé dans les emplois de la guerre, qu'on le préièreà tous les commandants? Diles-moi, je vous prie, yuel est ce monstrueux assemblage, vouloir être en môme temps clerc et soldat, et n'être pourtant ni Tun ni l'autre? L'abus n'est-il pas égal, ou quand un diacre sert de premier officier à la table du roi , ou quand un tel officier sert aux divins mystères? Qui n'admirera, ou plutôt qui n'aura horreur de voir la même personne porter les armes et commander une année, puis , revêtu d'une aube et d'une étole, lire l'EvatJgile dans l'église, faire sonner la trompetie qui annonce le signal du combat, el proclamer aux peuples les ordonnances de l'évoque ? Est-ce qu'il rougit de l'Evangile dont le vase d'électlOH fait toute sa gloire f A4-il honte de pa-
raître un clerc, et trouve-t-il plus honorable de paraître soldat ? Préfère-t-il la cour k l'Eglise , la table du roi à l'autel de Jésus- Christ, la coupe des démons au calice du Seigneur? On a trop de raisons de le croire, puisqu'il sacrifie tous ses titres religieux au plaisir d'être appelé grand maître de la maison du roi. Onl l'horrible et le nouveau renverSi^ment 1 Est-il donc plus glorieux d'être appelé serviteur de l'homme que serviteur de Dieu ? Et regarde-t-pn comme un plus grand honneur dfe servir un roi de la terre que le Roi du ciel ? Préférer la milice au clergé et la cour ^ l'Eglise , n'est-ce pas préférer la terre au ciel et l'homme à Dieu lui-même? Est-il donc plus beau d'être appelé maître d'hôtel que d'être appelé doyen ou archidiacre? Oui, sans doute, maié pour un laïque , et non pour un' clerc^* pour un courtisan, et non pour un diacre I —Je voulais attaquer cet abus encore plus vivement, mais j'ai craint de vous déplaire,
et je l'ai épargne, parce qu'on dit qu'il vous est uni depuis longtemps par une étroite ami« tié. Cependant, je ne voudrais pas que vous eussiez un ami qui ne le fâi pas de fa vériié. Si néanmoins vous persévérez à l'aimer^ montrez que vous l'aimez sincèrement , en faisant de lui un ami de la vérité; car votre union ne sera véritable qu'autant que ce sera la vérité qui vous unira. »
Cent sixième lettre^ à He^ri de Murdaeh. — Par cette lettre, saint Bernard s'efforce de déternbiner le docteiir Idurdach, Anglais de nation, qui avait compté Yves et Guillaume au nombre de ses élèves, à embrasser la vie religieuse, et lui en expose en peu de mots les délices. « Faut-il s étonner, lui dit-il, si vous flottez toujours au gré des vents d'une fortune riante ou ennemie» puisque vous n'avez point encore affermi vos pieds sur la pierre? Dès que vous aurez résolu fortement et juré de garder les ordonnances de la justice du Seigneur, rien ne pourra plus vous séparer de l'amour de Jé^u»-Chrlst Qh I si volis saviez 1 Mais, que dis-je? l'oeil nVi point vu, et Dieu seul connaît ce qu'il prépare k ceux qui l'aiment Celui qui a des oreilles pour entendre, peut l'écouter' maintenant qu'il crie au milieu du temple : Si quel'qu'un a soif^qu'il vienne àmoi et qWilboive; ...^ Venez à moi, vous toiu qui travaillez et qui gémissez sous, vos fardeaux^ et je vou9 soula^ gérai, Pouvez-vouA craindre les défaillances? Si' vous aimez à boire de ces eaux troubles que répandent les nuées de l'air, combien plus aimerez-votis celles qui sortent des sources claires et i^ves du buveur I Si seulement une fois vou^>aviez coûté, en passant, de ce froment pur et choisi qui rasâisie Wnisalem, avec quelle ^oie abaridonneriezvous aux juifs grossiers el charnels leurs croûtes sèches à rongera 8i je pouvais mériter un jour de vous avoir pour compagnon dans l'école de Jésus-Christ.-... fies-vous-en è mon expérience, vous en apprendrez plus dans les bois que dans les livres. Les arbres et les déserts vous enseigneront ce que pas un docteur ne peut vous dire. Doutez-vous
BER
BER
que vous ne puissiez sucer le miel et tirer rhuile des plus durs rochers ? La douceur du miel ne distillera-t-elle plus des monta-
f;nes? le lait ne coulera-t-il plus des collines? es vallées ne seront-elles plus remplies de froment? Une foule de peisees s'offre à mon esprit ; je souhaiterais vous les développer toutes, et à peine puis-je me contenir ; cependant vous ne demandez pas des discours, mais des prières. Daignez donc» Seigneur, ouvrir son cœur à votre loi et à vos préceptes. Adieu. Je dis la même chose à Guillaume et à Yves, que puis-je vous dire davantage à tous les trois? Vous savez que je voudrais vous voir, et pourquoi j'en ai tant d'envie ; mais il est impossible ni que vous sachiez, ni que je puisse vous exprimer combien je le désire. »
Ceni soixante-^iuitorziime lettre^ aux chanoines de Lyon. — Cette lettre est devenue fameuse, en ce qu'elle traite une question que l'Eglise n'a décidée que plusieurs siècles plus tard, et encore sans l'imposer comme un article de foi. Il s'agit de la Conception de la sainte Vierge^ dont les chanoines de Lyon avaient institué la fête, contre toutes les règles et sans aucune participation de l'autorité épiscopale. Saint Bernard, en matière de dévotion, n'en voulait point d'arbitraire, et ne reconnaissait d'institutions saintes que celles qui avaient la révélation ou les oracles de l'Eglise pour garant. Inébranlablement attaché à ces deux principes de vérité, il les suivit dans sa lettre, et, quelque précises que fussent d'ailleurs les raisons alléguées
I)Our justifier l'institution de la nouvelle soennité, il ne se fit nullement scrupule de les combattre, parce qu'elles n'étaient point revêtues du sceau de l'autorité qu'il réclamait pour déterminer les fiJèles.
« Il est certain, dit-il, et il faut l'avouer, n'entre toutes les Eglises de France, celle e Lyon, jusqu'à présent, a été regardée comme la plus considérable et la plus illustre, tant par l'éminence de son sié^e épiscopal, que par la pureté de ses sentiments et le bon esprit de sa discipline. Car où vit-on jamais mieux l'exactitude des règles, la sévérité des mœurs, la prudence des conseils, la force des autorités, surtout lors-
Su'il s'est agi des solennités ecclésiastiques? iamais on ne l'a vue se presser de souscrire à des nouveautés soudainement introduites; et cette Eglise, toujours dirigée par la sagesse, n'a jamais souffert que sa gloire fût obscurcie par la moindre légèreté. Aussi je cherche avec un extrême etonnement les raisons que peuvent avoir eues de nos jours quelques personnes de votre chapitre, pour vouloir ternir tout votre éclat, en introduisant une solennité nouvelle. On ne peut, dites-vous, trop honorer la Mère du Seigneur; vous avez raison, mais la gloire de cette reine est amie de la justice. Cette Vierge royale n'a pas besoin de faux titres d'honneurs ; elle a assez de ses titres réels et de tant de dignités dont elle est revêtue. Honorez la pureté de son corps, la sainteté de sa vie ; admirez la fécondité dans une vierge,
respectez sa maternité divine, élevez-la pour avoir conçu sans aucune dépendance de la convoitise, pour avoir enfante sans douleur; publiez qu'elle est respectée des ançes, désirée des nations, reconnue des patnârches» annoncée par les prophètes, choisie entre toutes les vierges d'Israël et préférée à toutes; glorifiez-la comme avant trouvé grAce devant Dieu, comme la médiatrice du salut et la réparatrice du genre humain; enfin exaltez celle qui, dans le royaume céleste, est élevée au-dessus de tous les chœurs des anges. Voilà ce crue lui chante l'EçIise, et les louanges qu'elle m'apprend à lui chanter. Je suis en assurance, quand je ne crois etneprofesse que ce que j'ai appris d'elle ; mais pour ce qu'elle ne m'apprend point, j'avoue que je me fais un scrupule de m'y soumettre, l'ai donc appris de l Eglise à célébrer avec uoe grande vénération le jour où, enlevée l ceUe terre de malédiction et de mort, elle a fait son entrée dans le ciel. J*ai encore appris de l'Eglise à reconnaître sans hésiter, comme une solennité sainte, la naissance de cette Vierge incomparable, et je crois très-certainement, avec la même Eglise, qu'elle a reçu la sanctification dans le sein de sa mère, et
au'elle en est sortie sanctifiée La Mère u Seigneur était donc sainte avant de naître,
et l'Eglise ne se trompe point Je crois
même qu'elle a reçu une plus grande mesure de sainteté, qui n'a pas seulement sanctifié sa naissance, mais qui i'a même préservée, dans le cours de sa vie, de toute atteinte du péchd, ce qu'on ne croit pas avoir été accordé à aucun autre enfant; car il était convenable que, par le privilège d'une sainteté spéciale, la Reine des vierges pa sât toute sa vie sans commettre le plus léger péché, puisqu'en mettant au monde celui oui devait exterminer le péché et la mort, elle obtenait à tous les hommes le don de h justice et de la vie. Sa naissance a donc été sainte, et elle a été sanctifiée par Fimmense sainteté qui devait sortir de son sein. » U termine sa lettre par cette déclaration, qui décide tout : « Pour moi, ce que j'en écris, ne doit pas préjudicier aux sentiments des personnes plus sages et plus éclairées que moi, et reste absolument subordonné à celui de l'Eglise romaine. Son autorité, ^ son examen, voilà le tribunal auquel je défère cette question, comme toutes les questions de même nature, prêt k me rétracter, si elle en jugeait autrement. » Aujourd'hui^
3 unique la question n'ait jamais été décidée ogmatiquement, on peut la regarder cependant comme tranchée par la pratique générale, qui ne permet plus de douter que Marie ait été conçue sans péché. Le saint concile de Trente, dans la session où il traite du péché originel, déclare positivement aue son intention est de ne point comprendre dans son décret la bienheureuse et iauna culée Mère de Dieu.
Cent quatr&-vingt'sevtiême lettre, contre l^ erreurs d'Abailard. — «ous avons trois lettres écrites dans le but d'obtenir la condamnation des erreurs d'AlMÛlard. Lapremièreest adres-
BER
DlCnONNURE DE PATR0L06K.
BER
sée aux évêques qui devaient s'assembler à Sens, pour les eThorter àsoutenircourageusemeut ta cause delà religion : « 11 s'est répandu en bien des endroits, leur dit-il, un bruit qui, sans doute, est venu j usqu'à vous ; c*est que l'on m'a invité à me trouver à Sens dans l'octave de la Pentecôte, afin d'y prendre la défense de la foi. Cette affaire ne m'est pas personnelle ; mais elle m'est commune avec vous. C'est pourquoi je vous conjure hardimentde vous montrer des ennemis dans le besoin ; je ne dis pas seulement mes amis, mais ceux de Jésus-Christ même, dont l'épouse crie vers vous du milieu d'une forêt d'hérésies et d'un amas d'erreurs qui croissent à l'ombre de votre protection et de votre sauvegarde, et dont elle est presque étouffée. C'est à l'a-* mi de l'époux de ne le point abandonner dans l'affliction et la nécessité. Ne vous étonnez donc pas que je vous anime ainsi tout à coup, et que je vous donne si peu de temps; car notre ennemi, par son adresse et ses ruses accoutumées, a tout disposé de la sorte, afin de nous surprendre et de nous contraindre k combattre sans armes. »
Saint Bernard adressa la seconde aux évoques et aux cardinaux de la cour de Rome, pour les avertir de se tenir sur leurs gardes, et de Teiller k la destruction des mêmes erreurs. « Lisez,s'ilvoùsplatt, leur dit-il, lisez le livre d'Abailard qu'il appelle de la Théologie ; vous vous le procurerez aisément, puisqu'il s'est vanté que plusieurs à la cour romaine le possédaient. Remarquez ce qu'il y dit de la Trinité, de la génération du Fils, de la procession du Saint-Esprit, et une infinité d'autres choses que des âmes et des oreilles catholiques ne sont point habituées k entendre. Lisez le livre de ses SetUettces, et un autre qu'il a intitulé : ConnatmjK-voiM vouMiUme^ et considérez de quelle multitude de sacrilèges et d'erreurs Us sont remplis. Voyez ce qu'il pense de T&me de Jésus-Christ, de sa personne, de sa descente aux enfers, du sacrement de l'autel, de la puissance de lier et de délier^ du péché originel, delà concupiscence, du libre arbitre et de la volonté ; et si vous trouvez que l'indignation qui m'anime soit juste, animez- vous de même, et ne le faites pas en vain; conduisez-vous selon le rang que vous tenez, selon l'emploi que vous exercez, selon le pouvoir que vous avez reçu. »
La troisième est adressée au pape Innocent. Saint Bernard lui expose l'ainiction de son cœur causée par l'apparition deces erreurs, qui se sont produites tout à coup à la la fin du schisme, il supplie le pape Innocent d'y apporter un prompt remède. « Il est nécessaire, fui dit-il, qu'il arrive des scandales, mais ils sont toujours pénibles quand ils se produisent, et c'est pour cela que le prophète dit : Qui me donnera lee ailée de la colombe pour m^envoler dane un lieu de repoe î L'Apôtre souhaitait aussi sa dissolution pour se reposer avec Jésus-Christ : et un autre saint encore disait : Cest aesex^ Seigneur ^ retirez mon âme de mon corps t car Je ne suie pas meilleur aue mes pires, i'ai maintenant quelaue chose de commun avec les saints, non par te mérite»
Dicnomi. ds PATAOi.Mni. I.
mais par les désirs, puisque je voudrais être enlevé du milieu des hommes ; et j'avoue que je suis vaincu par l'abattement de mon
espnt et par les tempêtes Insensé que je
suis I je me promettais depuis longtemps un état tranquille, parce que la rage du lion avait passé et que la paix était rendue à l'Eglise. Il est vrai qu'elle jouit du repos, mais nonpasmoi. J'ignorais que j'étaisencoredans la vallée des larmes, et que la terre que j'habite ne produit plus que des ronces et des épines; ... car la douleur n'est point dissipée, mais renouvelée; les larmes coulent comme des torrents, parce que les maux prennent
de nouvelles lorces Nous avons échappé
au lion, mais nous sommes tombés dans les embûches du dragon, qui n'exercera peutêtre pas moins de ravages que cet autre qui massait du haut des montagnes ; mais il n'est déjà plus caché, et plût au Seigneur que le veuin de ses doctrines fût encore enseveli dans ses pensées , et qu'il ne se répandît pas publiquement par les rues et dans les
carrefours 1
« Goliath s'avance et parait la tête haute, environné de tout son fastueux appareil. Son écuyer, Arnaud de Bresse, marcne devant lui. Une écaille les joint l'un à l'autre, et il ne passe pas le moindre souffle entre eux. L'abeille qui était en France a sifflé pour appeler l'aDeille qui était en Italie, et toutes deux se sont réunies ensemble contre le
Seigneur et contre son Christ Enfin, à
sa sollicitation, l'archevêque de Sens m'écrivit et arrêta le jour où, devant lui et les évêques, ses suffragants , il devait essayer d'établir ces dogmes détestables, et me manda d'être assez hardi pour m'v opposer et les détruire. Je refusai d'abord, parce que je ne suis qu'un enfant, tandis que dès sa plus tendre jeunesse il fait la guerre ; et puis je regardais comme une indignité de commettre avec ces petites raisons humaines l'autorité delafoi solidement établie sur les fondemonts stables et certains de la vérité. Je disais que c'était assez de ses écrits pour l'accuser, et qu'il ne m'appartenait pas, mais aux évêques, de ju|;er aes dogmes, et que cette discussion était de leur ministère. Cela lui fit encore élever la voix ; il appelle plusieurs
Ïersonnes et rassemble tous ses adhérents, e ne me soucie pas de rapporter ce qu'il écrivit de moi à ses disciples. Il répandit partout qu'il devait me répondre à Sens, au jour qui avait été fixé. Tout le monde en fut instruit, et je ne pus l'ignorer. Je dissimulai d'abord, car je ne me sentais point assez ébranlé par des bruits populaires ; mais néanmoins, quoique avec peine et en pleurant, je me rendis dans la suite au conseil de mes amis, qui, voyant que tout semblait se pré- . parer a un spectacle, craignaient que mon absence ne scandaiisit les peuples et ne donnât plus de force aux ennemis de la vérité, s'il n'y avait personne pour s'opposer à l'er- ,, reur et pour y répondre. Je me trouvai donc ' au lieu et au jour arrêtés, sans préparation, i je l'avoue, et sans armes, sinon que je rew passais dans mon esprit ces paroles : ae pré*
BEa
DicTiOMMàni^ w nîménsn^
BEH
parêx jiatnf i^^ §^0 votM «res A <itr#i car dlffUM h êfmhê nécessaires il vou$ s^a 4Qnné 00 que vou$ a$preMrépendf0: Qt ces autres encore s
plusieurs religieux « plusieurs professeurs des écolest ua ^raud nombre de savtint s ecclésiastiques, et, ae pluS) la roi y était présent. Ou produisit d^abord quelques endroits extraits de ses livres, paais sitôt qu'on commença à les lire, il ne voulut pas Iqs entendre« et sortit, en appelant de ses juges, qui avaientétécboisis,ce que jeneorois pas qu'on doive lui permettre. Or, tous ces extraits ayant été examinés, tous les assistants les ont trouvés contraires aux dogmes et aux vérités de la foi ci^tholique, et je dis ceci pour ma justification, aiin qu'on ne croie pas que, dans une affaire de cette importance, je me sois conduit témérairement ou avec légèreté. — Pour vous, digne successeur de Pierre, c'est à vous de juger si le siège de cet apôtra doit servir d'asile à cet autre Pierre qui eu attaque la fbi. Gomn^e ami de l'époux, vous aviserez aux moyens de garantir l'épouse des Ihrûê injustes et de la langue trampeuse. Mais pour parler plus hiirdiment h mon sein gneur, veillez aussi sur vous-même, mon très^cher Père, et sur la grâce que Dieu a mise en vous. N'est-<}e pas lui qui, dans le temps oik vous étiez petit à vos yeux, voua a établi sur les nations et sur les royaumes? Dans quel dessein, sinon afin que vous arrachiez, que vous détruisiez, que voua édifiiez, que vous plantiez ? Faites dono attention guel est celui qui vous a fait sortir de la maison de votre père, qui a répandu sur vous Tone* tion de sa mi$éricorae, jusqu^à présent el pour l'avenir. »
Cmê gnM^e-mijd-fumil^e leitrsy à l'icéqm de Consêanee. -«* Arnaud de Bresse, ehassé de la France et repoussé de l'Italie, s'était retiré k Constance sur le Rhin. Disciple d'Abailawi, il poussait la résolution et 1 audace beaucoup plus loin que son mattre. Il repré* sente bien mieux que lui Vindépendanoe dp la pensée, Tinsurrection de la raison contre la roi. La discussion n^était pas pour lui un simple exercice de l'intelligence, mais un prélude à l'action. Ses doctrines et ses actes sont des réminiscences de l'antiquité républicaine el des pressentiments de la philosophie moderne. Ce fut le plus retioutable des novateurs que combattit saint Bernard, et la crainte qu'il lui inspirait fut telle qu'elle entraîna l'abbé de Clairvaux atii emportements de la colère. On peut s^en convaincre par la lettre qu'il écrivit à Hermand' Arbonne, évéqne de C'onstanee, pour l'engager à le chasser de son diocèse.
« Si le père de fiamille, lui dit-il, savait à quelle heure le voleur doit venir, il veillerait assurément et ne laisserait pas percer sa maison. Tous savez que de nuit un voleur s'est glissé, non pas dans votre maison, mais dans celle du Seigneur, qui vous est confiée. On ne peut douter que vous ne soyez informé de ce qui se passe chez vous, puisque ht non-
velle nous en est Tenue, ^ poua qui habitooi des régions éloignées. Il ne faut pas s'étoo^ ner que vous n ayez pu prévoir Vhfiqrsi pi observer le temps que ce voleur a pris peiir se glisser dans ta nuit. Mais on aurait %\^^{ d'être étrangement surpris, si vw$ ne )e reconnaissiez pa^ maintenant que vous IV vez sous vos mains, si vous ne VarrAtiei pas maintenant que vous le tenes, si ** vous ne l'empêchiez pas d'enlever vos dépouilles» ou plutôt les conquêtes de Jésoi^ Christ, les ftmes en oui il a imprixqé mq image et qu'il a rachetées de «on sang, Peut être hésitèz-vaus encore, ignorant de qui je veux parler. £h bien I c'est d'Amautd de Bresse, et plût au Seigneur que sa doeirine fût aussi pure que sa vie est austère ! esr ai , vous voulez être plus instruit» o'est tto bom- ' me qui ne boit ni ne mauge, mais qui, comme le démon, est affamé ou altéré du sang des âmes, il est de eeux que l'Apôtre a définis dans le chapitre m de sa II* tpltpe à Timothée, ai que le Seigneur luinnAme a désignés par ces paroles : Ils vmironi i vous sous des vUements de kpekiStfmk à {iwtérieur oe seul dai lot^s M^ûstmli,.... 11 m I connaît point la voie de la palx« C'est l'tQDei ; mi de la croix de lésus-Ghrist, Tauteur de la discorde, Tinventeur des achismei, la pe^ turbateur du repos pubUo, le destructear de l'unité. Ses dents sont des armes et dee Qè« ches, et sa lansue une épéo tranohaiite ; set discours sont plus doux que l'huile, et ce sont destraits enflammés. Ses manieras insinuas? tes, et les dehors d'une vertu contrefaite lai gagnent la faveur et l'amitié dea grandi el des riches. Comme il le dit lui-même, il se tient en embuscade avec les farts peur dûs* ner la mort è rinneoeni. Mais lorsqu'il auH gagné leur confiance et leur amitié, vous le verrez s'éleverouvertement contre le olergéi et, soutenu de l'autorité tyrannique des gens de ffuerre, s'élever même contra les évéquei et faire d'affreux ravagea dana tout Tordre ecclésiastique. »
Sur la oroisade. ^ Cette analyse, quoique restreinte, des lettres de saint Bernard^ suffira, nous l^espérons, pour donner une idée de sa manière et de son style, surtout quaad nous aurons reproduit quelques passages de celles qu^l a écrites sur la craisade,L influence qu il a exercée sur les événemepts de son temps, et l'impression que ces événements ont produite sur lui, sont un sujet d'étude toujours ourieux dans la vie d'ua grand homme. Or cette impression as se révèle nulle part mieux que dans sa oorrespondance. La première de ces lettres est adressée au pape Bugène. Saint Beroaid l'excite à venir au secours de rBgjise, en lui disant que la perte de la ville d'Edesse et la défaite des troupes qui la défendaient ne doivent pas le décourager.
« Oe n'est paini une parole en Tair çut s'est fait entendre, lui dit-il, elle n'mi^ et n*aocable que trop. Mais qui s^n aiibg^ ou plutôt qui ne s'en afflige past U nv* que des enflmts de colère, à qui la solérf n'est pas sensiblei qui ne pleurent peiat fvao
ttl
tm
DICTIONNAIRE Dfi PATROtOGIE.
BER
ceui qui pleurent, inais qui se réjouissent et qui sbnf transportés de jole dans Jes plus grands désastres. Enfin» la tristesse est uDiY6rsell6s parce que riotérèt Vest aussi. Vous «ve^ eu raison de donner des louanges au zèle très-juste d^ notre Egalise de France, et de Tencourager par Tautorité de tos lettrûs, Je vous dëclaf d que dans une aJSfaire de cette importance, il ne ibut agir ni avec nonchalance, ni avec frayeur. J'ai lu dans un nhilosopne qu*ua homme n*est pas vaillant lorsque, dans le$ occasions, son courage ne croît point avec le^ di(Qculté$ et les obstacles i et j*ê\}oute qu'un homme qui a de la foi doit, au milieu des tourments, devenir encore plus fidèle. Les eaux sont entrées jusque daos r^me de Jésus-Christ : on Ta touché à la prunelle de l'œil. Il est temps de tirer l'une et Vautre épée dans cette nouvelle BssioQ qu*endure aujourd'hui le Sauveur, ui donc le peut mieux que vous ? Ces deux Jaives ippàrtienuent à Pierre : l'un pour tre tiré par son ordre, et l'autre de la propre maiq et par nécessité ; car, en parlant de celle qui semblait woiaç lui appartenir, il dit ; Remrttez votr$ épée danf h fourreau ; elle était donc h lui ; mais 11 devait attendre, pour la Urer, l'ordre de son Dieu.
« Je suis persuadé qu'il est temps et qu'il est nécessaire de les tirer toutes les deux, pour la déiense de l'Eglise d'Orient, Vous de- Tez vous armer de zèle pour celui dont vous occuper la place* Quelle est cette conduite ? Etre a la tète du commandement, et en éviter les fonctions | Il me semble entendre la voi^ de Jésus-Chrifil qui crie ; Je viens encore è Jérusalem pour y être crucifié t S*il y èa a de tièdes, s'il y en a de sourds à cette Toixi il n*e«t pas permis a un successeur de pierre de ne point répondre. Il parlera luipaême, et il d^ra : Quand tout le monde serait Mcau4ahté^je ne le serai jamais l I^Qin d'être effrv^ par les pertes de ia première année, il travaillera avec plus d'efforts h les réparer. Est-ce qu'un homme n^est plus obligé de faire ce qu'il doit, parce que Dieu fait ce qu'il veut? Pour moi, en ma qualité de chrétien et de fidèle, je concevrai de meilleures espérances dans de si |(rands maux, et je regarderai comme un vrai siyet de joie que nous soyons tombés dans ces aluictions.
Nous mangeons en effet un pain de douleur, et nous buvons ^n vin bien ainer ; mais pourquoi vous défier, ami de l'époux, comme si, dans sea desseins, il n'avait pas réservé le oieilleur jusqu'à présent? Qui sait si, aprèa noua avoir alQig^^, il ne nous comblera pas de ses faveurs? C'est ainsi que le Pieu abuverain a coutume d'en agir ; je parle à un homme qui ne l'ignore pas. Quand dooclea hommes ont-^ils reou de plus grands biens, sinon apràs avoir été éprouvés par de grands maux ? Car, pour ne rien dire de tous les autres, le bienfait si singulier e( si merveilleux de la rédemption n'a-t-il pas été ppéeédé de la mort du Rédempteur ?
il Vous done, ami de Téppux, montrez ébhs le heapin que vous êtes un véritable aiiiî. Si, comme vou$ le deves, vous avez
pour Jésus-Christ ce triple amour sur lequel ilit InterrOKé votre prédécesseur; si vous l'aimez de tout votre cœur, de toute votre flme et de toutes vos forces, vous ne réser* verez rien dans le péril aftreut où se trouve son épouse ; mais vous emploierez tout ce
3ue vous avez de force, de zèle, d'attention, 'autorité, de puissance, (l la secourir. Quand le daiiger est extraordinaire, le secours doit i'étre aussi. Les fbndoments sont ébranlés, et tous les efforts possibles ne sont pas de trop pour les opposer aux dangers qui nous menacent; ie vous le dis avec confiance, mais evec sincérité, parce qu'il y vade vos intérêts. » Il lui témoigne combien il est surpris qu'il l'assemblée de Chartres on ait pensé à le choisir pour le mettre à la tête de cette expédition, qui, indépendamment des connaissances spéciales qui lui manquaient f^our la diriger et la conduire, était tout b ait en dehors de ses mœurs et des devoirs de son état. « Mais, dit-il, je n'ai que faire de renseigner votre sagesse sur cela ; vous savez positivement à quoi vous en tenir. Je vous conjure seulement, par cette charité dont vous m êtes toujours redevable, de ne
fms m'exposer plus longtemps aux diSérenes volontés des hommes ; mais, pour bien remplir votre devoir, consultez la volonté divine, et faites en sorte qu'elle s'accomplisse sur la terre comme vous croyez qu'elle est résolue dans le ciel. »
Dans une lettre adressée à son oncle An«dré, chevalier du Temple, saint Bernard dé-
f^ore le malheureux succès de la sainte enreprise, et lui témoigne le désir de le voir bientôt. < J'étais au lit, malade, lui dit-il, quand votre dernière lettre m'est arrivée ; rai tendu les mitlns jpour la recevoir ; Je l'ai lue et relue avec Jfoie; mais j'en aurais éprouvé bien plus encore à vous voir. J'y ai remarqué le cfésir ardent que vous aviez de me venir joindre, et les alarmes que vous inspiraient les dangers où se trouve exposé le pays que le Seigneur a honoré de sa présence, et ta vlUe qu'il a consacrée nar l'effusion de sou sang. Malheur à nos princes! ils n*out rien fait de bon dans la terre du Seigneur ; et dans leurs Etats, où ils se sont hâtés de revenir, Ils commettent des maux incroyables, et ne savent plus compatir k l'afiliction de Joseph. Ils ont du
(pouvoir pour le mal, et quand il s*agit de aire le bien, ils n'en ont plus. Cependant nous espérons que Dieu ne rejettera pas son
Eeuple et n'abandonnera pas son héritage, a aroite du Très-Haut fera éclater sa puis^ sauce, et son bras donnera du secours à ses serviteurs, afm que les hommes reconnaissent qu'il vaut mieux se confier à Dieu que de placer son espoir dans les princes. Vous faites bien de vous comparer a une fourmi ; car que sont autre chose que des fourmis les enfants des hommes et les habitants de la terre, comme nous tous qui nous occu- Dons de tant de choses vaines et inutiles ? Quelles richesses reviennent h l'homme
S^our toutes les peines dont il se fi^tigue sous e soleil? Sachons donc nous élever plus
BER