‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-ChristChapitre 64 sur 105 · SOI · texte numérisé non relu

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ayait entrepris d*expliauer le mystère de la Trinité, et de montrer le rapport des trois personnes entre elles. L'habile dialecticien s'était fourvoyé en voulant porter la clarté sur des questions qui doivent rester enveloppées. Saint Bernard lui montre qu'il a laissé le mystère aussi obscur et qui! l'a rendu contradictoire. Pour lui, il maintient le doçme, il ne l'explique pas ; il se contente de faire voir que la solution de son adversaire le dénature, et il lui demande compte de la trinité et de l'unité divine compromises par ses Commentaires. « Je m'étonne, dit-il, qu'un esprit aussi pénétrant, avec toutes ses prétentions à la science, après avoir reconnu que le Saint-Esprit est consubstantiel au Père et au Fils, vienne ensuite nier qu'il procède de la substance du Père et du Fils, à moins que, par hasard, il ne veuille que ceui-ci procèdent de la sienne : prétention inouïe et insoutenable I Mais si le Saint- Esprit n'est pas de la substance du Père et du Fils, et que le Père et le Fils ne soient pas de la substance du Saint-Esprit, que devient, je le demande, la consubstantialité ? Qu'il avoue donc, avec l'Eglise, que les trois personnes ont même substance, ou qu'il le nie avec Arius, et qu'il proclame ouvertement que le Saint-Esprit n'est qu'une créature. Ensuite, si le Fils est de la substance du Père, et que le Saint-Esprit n'en soit pas, il faut qu'ils diffèrent l'un de l'autre, nonseulement parce que le Saint-Esprit n'est pas né du Père comme le Fils, mais encore parce que le Fils est de la substance du Père et que le Saint-Esprit n'en est pas. Or, jusqu'à présent, l'Eglise n'a pas reconnu cette dernière différence. Si nous l'admettons, où est la trinité, où est l'unité ? Ainsi la dualité remplace la trinité ; car on ne saurait admettre au partage une personne dont la substance n'aurait rien de commun avec celle des deux autres. Qu'il cesse donc de détacher de la substance commune la procession du Saint-Esprit, de peur d'enlever par une double impiété le nombre à la trinité et de l'attribuer à l'unité; énormités

Sxe repousse également la foi chrétienne. » n comprend, par ces traits de polémique ardente, que le héros de la dialectique a trouvé son mattre. Une seconde citation nous en convaincra encore davantage, et nous donnera une idée suffisante de ce traité. Abailard avait dit qu'il pensait, contre le témoignage de tous les docteurs de la foi, que le Christ n'était pas venu pour délivrer le monde de l'empire du démon, parce que le démon n'avait été que le geôlier et non le maître des hommes. Cette témérité de la raison individuelle metl'indignation au cœur de saint Bernard, et voici en quels termes il l'exhale : « Qu'v a-t-il de plus insupportable en ces paroles, ou le blasphème ou l'arrogance 7 Quoi de plus damnable, la témérité ou l'impiété ? Ne serait-il pas plus juste de fermer par le bâillon une pareille bouche, que de la réfuter par le raisonnement 7 Ne provoque-t-il pas contre lui toutes les mains, celui dont la main s'élè?e contre

tous7Tous, dit-il, pensent ainsi, et moi je pense autrement 1 Hé ! qui donc es - tu 7

3u'apportes-tu de meilleur? quelle subtile écouverte as-tu faite? quelle secrète révélation nous montres-tu qui ait échappé aux saints, qui ait trompé les sages? Sans doute cet homme va nous servir une boisson dérobée, une nourriture longtemps cachée. Parle donc, dis-nous quelle est cette chose qui te paraît à toi, et qui n'a paru à personne auparavant? N'est-ce pas que le Fils de Dieu s'est fait homme pour autre chose que pour la délivrance de 1 homme ? Certes, cela n'a paru à personne, si ce n'est à toi. Mais, voyons, où as-tu trouvé cela? Tu nele tiens ni du sa^e, ni du prophète, ni de l'apôtre, ni de Dieu même. C'est de Dieu que le maître des nations tenait ce qu'il leur a transmis. Le Mattre de tous professe que sa doctrine no lui appartient pas : Ce n'est pas de moi-mime que je parle j nous dit-il; toi, au contraire, tu nous donnes du tien ; tu nous donnes ce que tu n'as.reçu de personne. Celui qui ment parle de lui-môme : à toi donc.

Pierre. Tu nous bAtis un nouvel évangile, mais l'Eglise n'accepte pas ce cinquième évangéliste. Que nous dit la loi, que disent les prophètes, les apôtves et les successeurs des apôtres? sinon ce que tu nies tout seul, savoir, que Dieu s'est fait homme pour délivrer l'humanité. Or, si un ange venait du ciel pour nous annoncer le contraire, anathème sur cet ange lui-même !»— Quelle logique et quelle véhémence I Comme la foi chrétienne fait explosion dans cette invective ! Quelle sainte colère contre cet homme qui vient audacieusement opposer sa raison à l'autorité, sa croyance individuelle à la foi de tous 1 Que dire de cette protestation contre le messager céleste qui viendrait donner un démenti à la foi du genre humain? Rien, aux yeux de l'intrépide croyant, ne peut l'emporter sur l'Evangile et la tradition; non pas même le ciel, qui n'a pas le droit de retirer sa parole et de la contredire. Le doute, ce. princine d'incurable faiblesse, n'a jamais effleuré l'esprit de saint Bernard, et l'assurance que lui donnait sa conviction valait autant que ses arguments pour terrasser ses adversaires.

A la suite de ces traités, l'éditeur a placé, dans la collection des OEuvres de saint Bernard, deux opuscules que nous nous contenterons d'indiquer, parce qu'ils sont loin d'avoir l'importance dogmatique et littéraire des autres écrits du pieux docteur. Le premier est une Vie de saint Malachie, archevèvêque d'Irlande, mort à Clairvaux le 3 novembre IIW, au retour d'un voyage qu'il avait fait à Rome cour y recevoir le palhim. Saint Bernard, qui avait prononcé son oraison funèbre le jour même de son décès, écrivit sa Vie à la prière de l'abbé Congau et des autres religieux que l'ordre de Gîteaux avait en Iriande, pour les consoler de la mort de leur archevêque. Le second est un traité du

89S DGft DtGTIO^NAmE m^ HTIlQlQClE.

cbaqt ou de la correction de l'Àntinhoaier, que saint Bernard pi;écuta avec raide de

{»lusieurs religieux, et qui fut adopté par 'ordre de Ctteaui et déclaré obligatoire pour toutes les maisons qui en dépendaient.

Sermons, -r- \\ nous reste a parler de ses sermons. Avant d'ea reproduire quelques extraits, il neus paraît utile de citer le témoignage d un chroniqueur contemporain 3ui nous aidera à les apprécier. Le voici ans sa naïve simplicité. « Celui qui Pavait détaché du sein de la mère pour Tœuvre de la prédication, lui avait donné, dans un faible corps, une voix forte et capable de se ftire entepdre. Ses discours, toutes les l'ois que rooeasion se présentait de parler pour rédincatiou des Ames, étaiept appropriés à rintelligence» à la condition et aux mœurs de ses auditeurs. 11 pariait aux campagnards qomme s*il eOt toujours vécuà ta campagnei et au^ autres classes d*bommes comme s*il eût consacré toute sa vie h Vétude de leurs ouvres, Docte avec les savants, simple avec

pour décider si saint Bernard avait prèclié en latin ou on langue vulgaire. Les solutions exclusives de ce problème sont également fausses, Dans le cloître et dans les assemblées des clercs, saint Bernard prêchait

prêché ta croisade en Allemagne et en France; eq France seul, et en Allemagne avee des interprètes qui traduisaient sur-le-champ ses discours ; mais malheureusement aucmi des monuments de cette éloquence populaire ne nous est parvenu, et tous les sermons qae nous possédons ont été évidemmentpronoo* ces en latiq. Ces réflexions sont de m. Géruzez, auquel nous continuerons d'emprunter pour tout ce qui regarde les sermons de saint Bernard. « La plupart des discours que nous possédons, dit-il, sont plus remarquables par la grâce que par la véhémence , par la doctrine que par la passion , par Thabile disposition ie^ parties et renchatnement des

les «impies, riche des préceptes de la sa- preuves que parle mouvement. C*est qu'un gesse et d^ U perfection ^yeQ les hommes , grand nombre de ses discours ont été prospirituels, il ae mettait à la portée de tous, uoqces dans Tenceinte de Clairvaux, devant oésirant les gagner tous ^ lesus-Christ.M*.- de pieux cénobites dont les passions étaient Lq miel et lelaU découlaient de sa languoi vaincues et la foi inébranlable. L'orateur

et néanmoins la loi dç feu était dans sa bouehe, i/il $t hc »uk Kngua eju^tnihUominus in QTc ^us ign^^ »ex, i^Geoffroi de Clairvaux, auteur de sa Viei à gui nous empruntons ce passage, ^]ûute quelques traits qui achèvent de.pi^^ndre la perspune m^me di^ saint oratev^r. « Sa faille, l)ieu «m'ordinaire, naraissait é)avée à cause de Vélégance des formes; la ^r^ce séyàre répandue sur son visage tenait plua de l'esprit que de la chair; elle était comme le signe extérieur de la beauté a^ sop ftme f une certaine pureté angélique

3t la simplicité de la colombe rayonnaient ans les yeu](i une légère teinte colorait ses joues, et une chevelure blonde tombait sur soj^ cou, a*une blancheur éblouissante ; son corps amaigri portait les traces de ses austérUéa. et semUait, dans sa légèreté, l'enveloppe d*uh pur espriti ^ t)e tels dehors au service ^*une telle éloquepco expliquent la pieuse illusion de ses contemporains, qui voyaiept dans saint Bernaid un interprète et un envoyé de Dieu. Sou habitude, avant de parler eq public, était de méditer profondément le sujet qu il voulait traiter, et de s abaudopner ensuite^ pour Texpression de ses idées, aux chancea ue 1 improvisation ; c'est le procédé des ({rands orateurs, et le plus sûr moyen d'umr Téclat à la solidité. l.a parole de saint Bernard était abondante ^i sçrlée, parce qu'il était maître de sa pensée ; il tirait surtout sa force de la connaissance approfondie du cœuiF humain et des liyres saints i oea sources iotarissaUea alimentaient san# eeiîse #ou iptelligenoe, et lui perluettaient de toijyours produire sana jamais f 'épuiser. U est vraisemblable que saipt Bernard n'a écrit aucun de ses sermoqs avant „ ,^

de ^s prononcer ( on les recueillait pendaut rie , et plus souvent encore l'explication qu*}l parlait, et il retouchait ensuite \e Ira- mystique du Cantique des cantiques, dmu

H\\ de ses auditeura. On a souvent discuté * àpithfiîamey chef-d*œuvre de poésie mél^ii*

songe plutôt à leur feire aimer et conuattre la religion qu'à les épouvanter par la crainte des châtiments, LorsquMl s'anime, c*est lorsqu'il jette les yeux au dehors sur la corruption des grands et les désordres du clergé séculier, ou lorsque la contemplation dei souQrances du Christ et des vertus de sa divine Mère l'emportent jusqu'à Teothousiasme. Mais saint Bernard est si naturellement éloquent, que, même Jorsqu^l disserte ou qu'il enseigne, une douce chaleur circule sous ses raisonnemeuts et atteste Taction d'un foyer intérieur dont les flammes soot contenues. »

Les sermons de saint Bernard sont dii^isés en trois classes. La première contient ce que l'on appelle les sermons du 7>mjy^ « I^ ^^' conde, les panégyriques ou sermons dvs Saints^ et la troisième les S^ffnons diver$: ceux-ci sont au nombrô de cent vingt-cina. Il y en a sur Tincertitude et la brièveté de la vie, sur l'obéissance, sur le cantique d*Ezcchias et sur plusieurs autres epdroits de l'Ecriture ; sur le baptême, $ur les dons du Saint-Esprit, et Sur quantité d'autres sujets. On comprend aisément que nos emprunts dans ceUe immense collection, qui ne comprend pas moins 4e deux cent cinquantequatre discours, ne peuvent être que fort restreints; mais pos citations suffiront cependant pour compléter cette étude et mettre en relief les talents oratoires du saint docteur,

, Ses sujets de prédilection, dans $es hom^- Uea adressées aux moines de Clairvaux i sont t^dres et affectueux. C'est tantôt la naissance du Christ et sop enfance, plus souvent les douces vertus de la vierçe Ma-

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DieflOlMAlRi Dl MtKOUMtt.

colique, soupir de râtne mêlé aui terribles aceents des prophètes et sut sublimes aorords de la narpe de David. Voici quelques traits de cette éloquenee tempérée, qui semblent un pré1u()e lointain aui touchantes inspirations de Massillon. Nous les emprun* tons au premier sermon sur la naissance de Notre-Seigneur. < O homme 1 queorains-tu7 Pourquoi trembler à la face du Seigneur qui s'approche T II vient non pour juger, mais [)our sauver la terre. Jadis un serviteur infidèle t'a persuadé d'eplever ftirtlvement le diadème ro^al pour en ceindre ta tète. Surpris dans ton laroin, comment n*aurais-tu pas tremblé? Comment ne pas éviter la fàoe du Seigneur? Peut-^ètre poftait-il déjà le

Îtlaive flamboyant. Maintenant tu tIs dans *eiiU et tu trempes des sueufs de ton visage le pain qui te nourrit. Et voici qu'une VOIX a été entendue sur la terrO) annonçant la venue du Maître du monde. Où iras-tu pour éviter le 80u(Qe de son esprit ? Où fuiras-tu pour ne pas rencontrer son visage f Garde-toi de fuir, garde-loi de trembler. Il ne vient pas armé, il ne cherehe pas pour punir» mais pour délivrer; et pour que tu ne dises pas eneore une fois : J'ai entendu ia 9oi9 €ê it ma êu\$ ectckéy le voilà enftint et sans voix, et si ses vagissements doivent faire trembler quelqu'un, ce n*est pas toi. Il s'est fcit tout petit, et la Vierge sa mère enveloppe de langes ses membres délicats, et tu trembles encore de frayeur 1 Mais tu vas savoir qu'il ne vient pas pour te perdre, mais pour le sauver ) non pour t'enenatner, mais pour t'affranohir, car il cornbat déjà contre les ennemis. Par la vertu et la sagesse de Bleu, il met le pied sur le eou des grands et des superbes. »

C'est toujours sur ce ton de nob)e affection et de pieuse sympathie que saint Bernard parle des rapports de lliomme et du Fils do Dieu; mais son éloquence s'épure et s^dttendrit encore, sans rien perdre de son élévation, lorsqu'il célèbre les vertus et les mérites de la Vierge. On comprend fticilemenl la prédilection des vrais chrétiens, j'entends ceux qui ne séparent pas l'amour de Dieu de l'amour de l'humanité; on com-»

K-end, di9-je, leur prédilection poqr la vierge arie, symbole de pureté et d'afpour, médiatriee aimable entre la terre et le ciel ; aussi saint Bernard est-il inépuisable dans les tendres effusions de sa reconnaissance. H faudrait citer des sermons entiers pour apprécier oette éloquence séraphiqtte. Je me coutenterai de ces deux passages, tirés du mémo discours sur le 5' dimanche de l'Avent I c L'ange Gabriel fut donc envoyé de Dieu dans la ville de Nazareth. A qui? A une 9ierge^ mariée à un homme qui se nommaii Joêenk. Quelle est cette vierge si vénérable, qu'elle mérite d'être saluée par un ange, et si humble en même temps qu'elle est la femme d'un charpentier? Le beau mélange

Ïue oelui de la virginité et de l'humilité I fue Dieu aime une âme dans laquelle l'humilité fliit valoir la virciulté, et la virgipité MHer l%umillté I Mais de quds re j^ecta

surtout n'est pas digne oelleenquirhumilité est relevée par la fécondité, et la virginité con* sacrée par l'enfiintement 1 Vous voyea qu'elle estviergeet qu'elle esthumblet soyez humble

au moins, si vous ne pouves être vierge »

Après s'être demandé laquelle de eesdeui ver* tus platt le mieux au Baigneur, il résout aetto question délicate et difficile par ce texte d'Italie : Sur quiy dit le Seigneur^ repoeera mon Esprit^ lî ee n'eet $ur ceux qui eoni hu»n~ ble$ eê paieiblest et il ajoute t « Remarques qu'il dit sur les humbles, et non pas sur les vierges. Ainsi, si Marie n'avait pas été humble , le Saint-Esprit ne se serait pas reposé sur elle ; s4l ne s'était pas repose sur elle, elle n'aurait pas conçu du Baint-Bsprit ; car comment concevoir au Baint-Esprit sans le Saint-Esprit ? Il parait donc, conime elle dit elle-même , que Dieu regarda l'humilité de sa servante plutôt que sa virginité, afin qu'elle conçût du Saint-Esprit ; et si c'est sa virginité qui la rendit agréable au Seigneur, c'est son humilité qui la rendit mère, v Hais c'est pour célébrer le nom dé la Vierge quSl trouve les eipressions les plus brillantes et les plus élevées, les plus tendres et les plus affectueuses. II va chercher toutes ses comparaisons dans le ciel ; et s'il consent encore à abaisser ses reganis vers la terre, c'est Sour la montrer à l'humanité comme 1 astre u salut. « Le nom de la Vierge était Marie. Pi nomen Virginia Mariai Ajoutons quelques mots, dit-il , sur ce nom qui signtQe étoile de la mer, et convient parfliitement h la Vierge qui porta Dieu dans son sein. C'est avec raison qu'on la compare à un astre ; car, de même que l'étoile envoie ses rayons sans en être altérée , la Vierge enfante un fils sans rien perdre de sa pureté. Le ravon ne diminue pas la clarté de rétoile, de même que le fils n'enlève rien k la pureté de la mère. Elle est donc cette noble étoile de Jacob, dont le rayon illumine l'univers entier, dont la splendeur éclaire les hauts lieux et pénètre les abfmes. Elle parcourt la terre , échauffe les Ames dus que les corps , vivifiant les vertus et consumant les vjpes ; elle est cette étoile brillante , élevée au-dessus de la mer immense, étincelante de mérites et rayonnante de vertus. Oh I qui que tu sois qui comprends que . dans le cours de cette vie , tu flottes au milieu des orages et des tempêtes, plutèt que tu ne marches sur la terre ferme et solide , ne détourne pas les yeux de cette lumière, si tu ne veux pas être englouti par les flots soulevés ! Si le souffle des tentations s^élève , si tu cours vers les écueils des tribulations , lève les yeux vers cette étoile. Invoque Marie 1 Si la colère ou l'avarice , ou les séductions de la chair font chavirer ta frêle nacelle, lève les yeux vers Marie 1 Si le souvenir de crimes honteux, si les remords de ta conscience , si la crainte du jugement t'entraînent vers le gouffre de la tristesse, vers l'abtme du désespoir, songe à Marie i Dans les périls, dans les angoissesi dans le doute , sonçe à Marie, invoque Marie ; qu'elle soit toujours sur tes lèvres, tou- * jours dans ton cœur; à oe prix tu auras Tap*

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DICnONMAIRE DE PATROLOGIE.

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ai de ses prières , Texemple de ses vertus.

;n la suivant, tu ne dévies pas ; en l'implorant , tu espères ; en y pensant , tu évites rerreur. Si elle te tient la main » tu ne peux tomber; si elle te protège , tu n'as rien à craindre ; si elle te guide, point de fatigue, et sa faveur te conduit au but » et tu éprouves en toi-môme avec quelle justice il est écrit : Et le nom de la Vierge était Marie î »

Cependant cet orateur, aux effusions si tendres et si affectueuses, s'anime et sait montrer de la véhémence lorsque le vice excite son indignation. 11 tonne contre la corruption des grands de la terre, puissants Sour le mal, impuissants pour le bien; il éplore dans l'amertume de son cœur les maux qu'enfantent la cupidité et l'ambition, et, après avoir frappé les hommes du siècle, il n'épargne pas davantage le clergé, dont il combat la dissolution et l'hypocrisie. Dans un discours où il trace à grands trails les destinées de l'Eglise, après l'avoir montrée éprouvée par la persécution et l'hérésie , et sortant victorieuse de cette double épreuve , il arrive & la corruption de ses eniants, et il se demande gui la sauvera de ce nouveau péril. « Maintenant, par la miséricorde de Dieu , voici des temps libres de ce double fléau, mais souillés par la chose qui mar^ che dariê les ténèbres. Malheur à cette génération travaillée par la maladie des pnarisiens , je veux dire Thypocrisie , si toutefois on peut appeler ainsi une maladie oui ne peut se cacher, à cause du nombre aes malades , et qui n'y songe plus par impudence. Ce venin circule aujourd'hui dans toutes les veines de l'Eglise; plus il s'étend, plus le mal est désespéré, et d'autant plus dangereux qu'il est intérieur; car s'il s^levait ouvertement un ennemi hérétique, on le pousserait dehors, et il serait desséché ; si c'était un ennemi violent, on se cacherait pour éviter sa rencontre. Maintenant, qui chasser et de qui se cacher? Tous sont amis et tous sont ennemis; tous sont les siens et tous sont ses adversaires; tous sont dans sa maison, mais en guerre intestine; tous sont

Eres d'elle, mais tous ne cherchent pas son ien; ils sont les ministres du Christ et les serviteurs de l'Antéchrist; ils marchent honorés des biens du Seigneur, et sans souci d'honorer Dieu. De là cet éclat de courtisanes qui frappe nos yeux, ces vêtements d'histrions, celte parure royale; de là ces freins, ces selles, ces harnais, ces éperons dorés et plus brillants que les autels; de là ces tables splendides par les mets et les coupes ; de là ces longs repas et ces ivresses ; de laces cithares, ces lyres et ces flûtes; de là ces pressoirs écumants gui vomissent leurs vins dans des celliers bien garnis ; ces barriques de parfums et ces bourses qui re-

forgent d'or. C'est pour cela qu'ils veulent trô et qu'ils sont doyens, archidiacres, évoques, archevêques. Ces honneurs ne sont pas donnés au mérite, mais à la chose qui marche dans les ténèbres^ à l'hypocrisie. 11 a été prédit autrefois, et les temps sont arrivés : Voici dans la paix mon amertume la plus

amire. Amère d'abord dans la mort des martyrs, plus amère dans la révolte des hérétiques, plus amère encore dans les mœurs de ses enfants. Elle ne peut ni les mettre en fuite, ni les fuir, tant ils ont pris de force, tant leur nombre s'est multiplié. La plaie de l'Eglise est intérieure et incurable, et c'est pour cela que dans la paix son amertume est plus amère. Mais quelle paix? C'est la paix et ce n'est pas elle ; paix au côté des païens et des hérétiques, et non du côté de ses enfants. Ecoutez les gémissements de son cœur : Tai nourri^ fax exalté mes fd$, tt ils m'ont méprisée^ et ils m'ont souillée par la honte de leur vie, la honte de leurs paroles, la honte de leur commerce, enfin par k chose qui marche dans les ténèbres : Negotio

PERAMBULAIfTB IN TEffBBRIS. )» Certes, IcS

adversaires de l'Eglise catholique ont brojé contre elle bien des couleurs ; les veux se sont fatigués à parcourir leurs taoleaui; mais ont-ils jamais peint avec plus d'éne^ gie que saint Bernard la corruption du clerçé ? Qu'on lise tout entier ce 33' sermon sur.Te Cantique des canti^ues^ que l'on consulte son traité du Devoir des évéques^ que Ton parcoure ses lettres et quelques aut/es de ses sermons, et l'on se convaincra qu'il reproduit souvent les mêmes plaintes, toujours avec la même douleur chrétienne, le même zèle et la même véhémence de réfo^ ma tour.

Quelquefois la pensée de saint Bernard

1>rend une teinte de profonde mélancolie orsqu'elle s'émeut dans la contemplation du sacrifice du Fils de Dieu et des misères de l'humanité. Ce caractère est surtout sensible dans l'admirable sermon sur la passion^ où il examine successivement l'œuvre, la manière et la cause de cette mystérieuse immolation du Juste pour l'expiation des crimes du genre humain. Après avoir fait admirer la patience, l'humilité et la charité du Rédempteur, il s'écrie : « Que votre passion, Seigneur, est merveilleuse 1 Elle a guéri toutes les nôtres; elle a expié toutes nos iniquités ; elle est devenue un remède infaillible contre toutes nos maladies; car peut-il y en avoir de si mortelles que TOtre mort ne les guérisse? » Ne croit -on pas entendre Pascal, ou Bossuet lorsque, considérant l'abaissement sublime de Jésus- Christ couvert d'ignominie et confondu parmi les plus vils scélérats, il s'écrie : « ^ voi4à comme le dernier des hommes, homme de douleurs que Dieu frappe et humilie; estil rien de plus bas et de plus élevé? 0 humilité 1 ô grandeur 1 opprobre de l'humanité et gloire des anges I Un tel sacritice sera-l-il sans vertu? » Pascal est-il plus beau dans sa :sublime antithèse sur les misères et les grandeurs de l'homma, et ne serait-nin ()as tenté d'en attribuer l'inspiration à saint Bernard, si l'on ne savait d ailleurs qu'il la puisée dans Montaigne. Mais voici, dans le même sermon, un tableau de la condition humaine, gui se rapproche encore davantage de la manière de 1 auteur des Pensées : < l^ -^ péché originel a'inlècte pafi /Mulemaot i^

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DICTIONNAIRE DE PâTROLOGIE.

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Senre humain dans son tout , mais encore ans chacune de ses parties; de sorte qu'il n'est pas un seul être dans l'humanité qui puisse s'y soustraire. La vie de l'homme en est infectée dans tout son cours, depuis l'instant od sa mère le conçoit jusqu'à celui où la mère commune ouvre ses entrailles pour l'engloutir. Nous sommes engendrés dans l'ordure» réchauffés dans les ténèbres» enfantés dans la douleur. Avant de venir au jour, nous chargeons le ventre de nos mères; en sortant de leur sein, nous les déchirons comme des vipères» et c'est merveille oue nous ne soyons pas nous-mêmes déchires. Notre premier cri est un vagissement de douleur» et c'est justice» puisque nous entrons dans la vallée des larmes» où nous éprouvons que la sentence du saint homme Job nous est applicable de tout point : L'homme né de la femme vit peu de ttmps^ et sa vie e$t pleine de beaucoup de misères. L'bomme est né de la femme ; quoi de plus vil? Et de peur que par hasard il ne se flatte dans l'espérance des voluptés des sens» dès son entrée au monde il reçoit le terrible avis du départ» lorsqu'on lui dit : La vie est courte: et qu'il ne s'imagine pas que ce petit espace» entre sa venue et sa sortie» soit libre pour lui : elle est pleine de beaucoup de misères. Oui» misères nombreuses» innombrables misères ; misères du corps» misères du cœur, misères pendant le sommeil» misères pendant la veille» misères de tous côtés. »

Le zèle religieux de saint Bernard, dit H. Géruzez» qui a apprécié avec un rare talent de critique l'éloquence du saint docteur» n'avait pas banni de son âme les sentiments de la nature et les affections de famille. Il les subordonnait à des intérêts plus élevés ; il les contenait pour donner un cours plus libre au zèle apostolique qui fermentait dans son Ame ; mais ces affections contenues éclataient avec plus de vivacité lorsque la nature faisait violence à la contrainte qu'il s'était imposée. La sensibilité de son cœur se montra surtout lorsque, vaincu par la douleur, il exhala les regrets que lui causait la mort de son frère Gérard, cette oraison funèbre donne la mesure de la puissance pathétique du talent de saint Bernard. Gérard avait pris part» sous la direction du saint abbé» à l'administration de Clairvaux ; son bon sens avait souvent dirigé le génie de son frère» et son activité lui avait épargné des soins fastidieux ; il avait été le compagnon de ses courses évanfféliques à travers Fltalie. C'est au retour de ce voyage que Gérard mourut. Saint Bernard dissimula sa douleur: il assista Toeil sec aux funérailles de son frère; mais cet effort avait surmonté son courage : quelques jours après» il monta en chaire comme pour développer un verset du Caniiquê des cantiques; mais bientôt les paroles lui manquèrent sur le texte qu'il avait choisi et la pensée qui l'oppressait fit éruption : « Pourquoi dissimuler» s'écrie-t-il» quand le feu ({ue je cache en moi-même brûle ma poitrine et dévore mes entrailles ? Qu'y a-wil de commun entre ce Cantique et

DICTI051I. DB PàTEOLOQIB. L '

moi qui suis dans l'amertume T... J*ai fait violence à mon cœur, et j'ai dissimulé jusqu'ici, de peur que l'affection ne parût triompher de la foi.... Hais cette douleur refoulée a poussé des racines plus profondes ; elle est» comme je le sens, devenue plus cuisante» parce qu'elle n'a pas trouvé d'issue. Je lavoue, je suis vaincu; il faut que ce que je souffre au-dedans paraisse au dehors, mais que ce soit sous les yeux de mes fils qui» connaissant la perte que j'ai faite, doivent ju^er ma douleur avec plus d'indulgence et lui porter de plus douces consolations.

« Vous savez» û mes fils» à quel point ma douleur est juste, et digne de pitié le coup

?ui m'a frappé. Car vous avez vu combien lait fidèle le compagnon qui me délaisse sur la route où nous marchions ensemble ; quelle était la vigilance de ses soins, l'activité de ses travaux, la douceur de ses mœurs. Est-il quelqu'un qui me soit si nécessaire ? quelqu^un qui m aime aussi tendrement?

Il était mon frère par la naissance, mais plus encore par la religion. Je vousen supplie» plaignez ma destinée» vous qui savez tout cela. J'étais faiblede corps, et il me soutenait ; pusillanime» et il me fortifiait ; paresseux et négligent» et il me réveillait ; sans prévoyance et sans mémoire, etil m'avertissait. Pourquoi m as-tu été arraché ? Pourquoi m'es-tu enlevé, toi dont Tame se confondait avec la mienne» homme selon mon cœur ? Nous nous sommes aimés pendant la vie» comment sommes-nous séparés dans la mort?

Amère séparation que la mort seule pouvait accomplir 1 Car comment me quitterais-tu» vivant» pendant ma vie? Cet horrible divorce est tout entier l'ouvrage de la mort. Quelle autre que la mort, ennemie de toute douceur» n'aurait épargné le bien si doux de notre mutuel amour ? O mort 1 tu as bien réussi» ^ puisque d'un seul coup ta fureur à frappé deux victimes, i»

âaint Bernard continue d'exhaler sa dou« leur en rappelant toutes les vertus de son frère, tous les services qu'il en a reçus» tous les témoignages de son amitié; et il ajoute» comme pour justifier ses gémissements : u Son Ame et mon Ame, son cœur et moncœurétaientun seul cœur et une seul Ame ; le glaive qui l'a traversée l'a partagée par le milieu . Le ciel a reçu rune de ces moitiés, l'autre est demeurée dans la fange; et moi, moi qui suis cette misérable portion privée de la meilleure partie d'elle môme» on me dira : Ne pleurez point ? Mes entrailles ont été arrachées de mon sein» et l'on médira: Ne souffrez point. Je souffre» et je souffre malgré moi» parce que mon courage n'est pas un courage de pierre» papce que ma chair n'est pas de bronze ; je souffï*e et je me plains» et ma douleur est toujours devant moi. »

Enfin» en terminant cette longue plainte» il se rappelle que» lorsque son frère était mourant en Italie, il n'avait demandé à Dieu» pour toute grAce, que de donner à Gérard la force de terminer son voyage et de ne le rappeler à lui qu'après leur retour à Clairvaux. « Seigneur, s'écrie-l-iU tu m'as exaucé 1 II s'est rétabli, et n'eus avons achevé

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