‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'église catholique depuis Jésus-ChristChapitre 66 sur 105 · MER · texte numérisé non relu

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NCTHMMAttlE DE PkVfMJOSm.

tieo, el \à plus pare lumière d*un siècle au(}uél n'ont manque ni les grands talents, ni jies grands caractères. »

BERNARD DB Moulas, embrassa l'obseryance de Cluny et vécut sous le génëralat de j^ierre le Vénérable, qui riionorait d'une estime singulière. L'époque de $a uaissaoce nous est inconnue aussi tûen que celle de sa raort, et son nom même n'a été sauv^ de Toubli que par les écrits qu*il «laissés.

Le ptus considérable de ses ouvrajjes est un poéiBG dactyiique en trois livi^s composés de chacun roil4e vers, dont le second pied rime partout avec le quatrième, outre la rime fiirale qui est entre chaque distique. Il a pour titre : DeemUémptunmndi. Bernard en Qt hommage à ^n abbé par une épUre dédicatoire qui, d'à près Fahrieius, n'a jamus vu le jour, quoiqu'on la retrouve dans pres«que toutes les éditions. L'auteur, après avoir soumis son ouvragée la censure de son Mécène, lui rend compte des motifs qui l'ont porté à traiter son su^t plutôt en vers qu*e!i prose, savoir : les charmes si connus de la poésîej'autorité des écrivains sacrés qui n'ont pas dédaigné d'employer quelquefois ce langage, et rinspiraiion d'en haut qui n'a pas dédaigiQtjé de venir à son secours. « Sans cela, dit-il, comment aurais-je pu exécuter une pareille entreprise, surtout dans le genre de vers que j'ai cnoisi? » On voit par cette préface que JBernard avait une haute idée de son travail, dont il appréciait sans doute le mérite sur la difùcuiM de rexéci^jLioQ. Il rappelle ensuite à son abbé que» s'étant rencontrés à Nogent-Je-Rotrouy il avait ^ien voulu agréer quelques-uns de ses écrits, et témoigner le désir de posséder celui qu'il lui envoie. U donne ainâ le plan de son poëme : « Le premier livre a pour objet le mepiis du monde. La matière des deux autres et 1 intention dans laquell e j e la traite se répondent parfaitement, cari'y fais la description des vices dans ia vue d'en détourner mes lecteurs.»

Tout ce livre .roule sur la caducité des choses bumainesj sur le jugement dernier qae Tauteur, suivant le pr^ugé du temps, regarde comme très-procne, etsur ses suites. Dans les deux autres livres, il déclame avec une grande liberté contre les vices qu'il voyait régner dans tous les Etats; et la pointure qu'il fait de son çiècle en donnerait la plus afireuse idée, si Ton ne savait que renthousiasine des poojtes ne les emporte bieu souvent au deia des bornes de la réalité. Le portrait qu'il y fait de la cour de Kome et de l'état corrompu de l'Eglise lui a valu plus tard bien des éloges de la part des protestants. Ils ne sont pas les seuls cependant qui aient fait estime de cette satire ; les cathohques l'opt admirée avant eux, et assurément elle le mérite, du moins par les sentiments de piété qu'elle exhale, et par le zèle me Tautieii^ y lait éclater contre les •bus. Ce n*est p^s une raison dp la présenter comme un modèle do goût et de génie, à l'exemple de Bar lUius et de Jé^émie de Padouo-, car prodiguer dç pareils litres à des ouvrages de pur mécanisme tel que celui ci»

c'est presque une profanafton. Faudiet ae inontre pUis judicieux difhs le jugement q^'il en porte ; car, dit-il, eU' parlant des riines multipliées dont celte pièce est tlssue, « au lieu de perdre son temps en ces ouvra- "Tes et inventions meurtrières des gentils esprits, fiemanl aurait mieux fttit de ï'em- Joyer à imiter les Grecs et les Romains. »

Dans l'édition d'^ilbard Lubin, publiée à Rjosloch en IÇIO, ces trois liyres au Méfrig du monde sont suivis d'un poëme du même auteur intitulé : /># la patiité du monde et du désir de ta vie item^lle. Ce sont encore des vers léonins, mais différents des premiers, en ce qu'ils riment tantôt les uns avec les autres, tantôt chacun avec soi» piôme en cette o^anièr/^ ;

Car/ii/n nouru iibi miuit^ RaîiffUde, taltUe$p Pluru videbit ibi^ <t non hwc i(ffna refutei. JDulcia $ttnt animis êoïada quw (ibt mand0, fSed prosunt minime, nisi serves hœe opérande. Vox âhina sonat quod nemô som tibi ponat In rébus mundi, quœcaùsam iàfUpereundL

Ce Hainald ^ qui ces vers sont ^^ressés était encore en bas âge, car l'auteur termine les i^slruclions qu^ii.luî donne en lui disant Que ce ouMl ne peut comprendre aulourd hui, la rrovidence lui accordera plçs tard de le saisir et d'en proflfer.

Le génie de Bernard de lîorlas so fait encore sen$U>lement rei^arquer dans un écrit mêlé de vers et de proaes rimées en l'honneur de la sainte Vipig^* Il coia^^^nco par une préface en vers he^amètr/es, où l'auteur demande à Dieu la sagesse pour c^ianter dignement les louanges de flfjirie. Sui- Teni dix-sept proses dont l'hémistiche, dans chaque ligne, rime paneillement ayeo la &Kk ; après quoi, vient une ode, en manière de vers saphiques, rimée dans te même eoAt. Dans ces chants, comoie dans les deux écrits dont on vient de rendre compte, l'auteur fait revenir la fragilité des biens du mondie, la solidité de ceux qui nous sont préparés dans le ciel, et la nécessité de la neniience pour les mériter; tous traits renaus d'une manière qui décèle viaiblemeat la plume de. Bernard de Mortes. — Le bienheureux Casimir de Pologne récitait chaque jour une partie de la seconde prose qui commence par ces mots lOmni die die Marim mM, Ukudes, ontma; et ill'avait divisée en Ax décades pour cîiaque iour de la semainn. Les auteurs de sa Vie observent mtaae qu'il avait ordonné en mourant de la mettre sous sa (été dans son tombeau. A son exemple, les Polonais eurent une dévotion particulière pour cette hymne, qu'ils insérèrent dans tous leurs livres de prières.

La plume de Bernard de Morlas n'enfanta pas seulement des vers. Nous avons aussi, parmi les œuvres supposées du saint abbé de Clairvaux, deux écnts en forme d'instruction qui réclament évidemment la paternité de notre auteur. Le premier roule sur la parabole de Véconome inMêle, et est adressé au cardinal Mathieu d*Albane, qui avait été prieur d-^ Snint-Martin-des-Champs. Dan^

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une épttre dédicatoire» il remarque que ce n'est qu'en tremblant qu'il soumet cet ouvrage a sa prudence et à sa discrétion. Il ajoute qu'il lui envoie un canif à manche d'ivoire, aQn qu'il puisse en retrancher, avec les propres armes de l'auteur, ce qui lui paraîtra digne de sa censure. Dom Mabillon dit que ce discours est au-dessous de tout ce qu'a écrit saint Bernard, et le range parmi les écrits supposés. Mais pour ne pas répondre à l'éloquence de ce Père, il n'en résulte pas qu'il soit absolument digne de mépris. C'est une pièce allégorique et morale où il y a des choses très-solides rendues en très-bon style, de l'érudition, mais peu de méthode, quelques idées singulières et trop de mysticité.

L'autre ouvrage en prose de Bernard de Morias est YInstrucHon du Prêtre^ ou, comme portent les manuscrits, La perle du Crucifix (Gemma Crucifixi), Cette production, tracée dans le même goût que la précédente, porte également le nom de Bernard dans la préface, et est adressée à un prêtre. Les trois parties dont elle se com- £ose ont pour but d'établir que le Fils de lieu s'est donné à nous en mourant pour nous, qu'il se donne à nous dans l'eucharistie, et qu'il doit se donner à nous dans l'éternité. Si l'érudition et les sentiments de piété dont cette pièce abonde étaient rangés dans un meilleur ordre, elle aurait assurément son mérite. L'auteur s',y déclare poète par trois vers qu'il cite de Iiii; ce qui nous confirme dans l'opinion qui nous la fait attribuer à Bernard de Morias.

BERNARD o'Utbegth, n'est connu que par son Commentaire sur les Eglogues de Théodule. Cet auteur introduisait dans son dialogue deux personnes disputant sur la reli- ^on, et une troisième qui jugeait sans partialité ce que les deux autres avaient dit pour la déiense réciproque de leur cause. Le butde cetouvraçe était d'établir la vérité de la religion chrétienne sur les débris du paganisme. C'est pourquoi il rapportait d'un côté les passages de l'Ecriture en faveur de l'Evangile, et montrait de l'autre, par les histoires fabuleuses du polythéisme, qu'il était insoutenable. Bernard, chargé de Técole épiscopale d'Utrecht, expliqua à ses élèves les Eglogues de Théodule en trois sens différents : le littéral, l'allégorique et le moral. Pour plus grand éclaircissement, il joignit à ce commentaire une explication des termes oui pouvaient arrêter des commençants. Nous n'avons que la préfacQ imprimée de cet ouvrage, que l'on retrouve entier, manuscrit dans plusieurs bibliothèques. Sigebert, à portée de connaître l'auteur, le qualifie de clerc ou chanoine d'Utrecht, et ne lui attribue point d'autre ouvrage que ce Commentaire. C'.est un argument contre ceux qui n'ont fait qu'un mémo écrivain de Bernani d'-Utrecht et d'un autre Bernard, surnommé Sylvestre, dont il nous reste un écrit en prose intercalée de vers, dédié à un docteur célèbre, nommé Térice, qui assisU au concile de boissons en 1120.

QBERNARD, abbé de Fontcaud à la fin du xn* siècle, emjploya son savoir à combattre les vaudois. Quelques-uns de ses écrits ont été reproduits dans ie Cours complet de Patrologxe publié par H. Migne.

BERNARD, et non Bertrand, comme le nomment quelques auteurs modernes, d'abord moine à la Chaise-Dieu, devint ensuite prieur de Saint-Gemme, en Saintonge, monastère dépendant de cette abbaye. Pénétré de vénération pour la mémoire de saint Robert, fondateur de la Chaise-Dieu, il composa sur sa vie et ses miracles un ouvrage divisé en trois parties. Dans la première il se propose de suppléer à ce que Gérard de Vannes et Marbode avaient omis, ou n'avaient pas suffisamment détaillé, en traitant des merveilles opérées par ce saint pendant sa vie. La seconde a pour objet celles que Dieu avait accordées & son intercession depuis sa mort. La troisième enfin donne la liste des abbés qui ont succédé à saint Robert jusqu'en liCO, et des moines que Dieu avait favorisés du don des miracles pendant cet intervalle.

Les faits sont racontés sans ordre et sans liaison, et la plupart sont de nature à ne pas trouver facilement créance drns l'esprit des lecteurs. Cependant, ce qu'il rapporte est d'autant moins à négliger, qu'il assure en avoir été témoin, ou l'avoir ap-

f)ris de personnes sous les yeux desqueles les choses s'étaient passées. Ce qui donne encore quelque valeur à cette production, c'est qu'on y trouve des traits de la discipline ecclésiastique et des mœurs de ce temps-là. Par exemple, on y voit que les sentilshonomes du canton se faisaient un devoir d'apporter à saint Robert leurs enfants à baptiser le samedi saint. Raimond, comte de Saint- Gilles, vient faire un vœu au tombeau du saint, de ne tenir que de lui le comté de Toulouse, si par son intercession il obtient de Dieu la grâce de s'en mettre en possession. La messe du samedi saint se célébrait encore, au xu* siècle, pendant la nuit de Pâques. Enfin Rernard remarque qu'aui vigiles de Pâques et de la Pentecôte les clercs ne récitaient que trois leçons, au lieu que les moines en récitaient douze.

Outre cette production, Bernard avait encore écrit la Vxe d'Etienne, premier disciple de sainl Robert, et Y Histoire des fondateurs du prieuré de Saint-Gemme. On ignore si ces deux écrits se sont conservés, et l'époque précise de la mort de l'auteur est inconnue. Il nous avertit lui-même qu'il écrivait son Histoire de saint Robert en 1160, mais il fallait au'il fût alors fort âgé pour avoir converse avecdesdisciplesdu saint, mort enlwO.

L'ouvrage de Bernard, publié par les Bollandistes, à la date du 24 avril, a été reproduit dans le Cours complet de Patrologte de M. Migne. . ,

BERNARD de Varan, embrassa d'abord la vie religieuse au monastère d'Ambouroai dans le Bugey. Le désir d'une plus grande perfection l'ayant porté depuis à passer dacs l'ordre des Chartreux, il obtint de m^^f

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MCTIONNAIRE DE PATROLOGIE.

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son abbé, un fonds de terre appelé les portes ^ pour y hilir un monastère de celte observance. La charte de fondation, rapportée par Guichenon, parmi les preuves de son ^i«taire de Bresse^ est de l'an UlK. Bernard rassembla en peu de temps, dans cette solitude, une communauté dont il fut prieur jasqn*en 1146 ou 11&-7, qu'il se démit en faveur de Bernard des Portes. A la mort de celui-ci, il ûi élire à sa place Anthelme, qui devint plus tard évéque de Bellev. Ce fut une des dernières circonstances de sa vie, qu'il termina par une sainte mort, le 12 janvier de Tan 1153.

De plusieurs lettres de piété qu'il écrivit et qui se sont conservées longtemps en manuscrit, trois seulement ont été rendues publiques. La preniière est intitulée : De la fuite du siècle. C'est une invitation pressante à deux laïques nommés Avmond, de Quitter le siècle pour entrer dans la religion, ernard y insiste beaucoup sur le danger des conversions tardives et sur lincertitude du moment de la mort. On ne saurait rien écrire de plus solide, ni qui montre un zèle plus éclairé et plus fervent. C'est le jugement que porte de cette lettre Lerov, abbé de Haute-Fontaine, qui en a donne la traduction dans le second volume de sa Solitude chrétienne.

La seconde lettre a pour but d'encourager les religieuses de Lyou à persévérer dans la réforme qu'elles venaient d'embrasser. On croit que c'étaient les religieuses de Saint- Pierre, établies en cette ville dès le vi' siè-

La troisième contient un détail des observances que le reclus Renaud doit accomplir. Notre auteur recommande surtout la discrétion comme une vertu essentielle pour avancer dans la piété. « Car il n'arrive que trop souvent, dit-il, en parlant des novices, qu'a-

I^rès avoir fait des tentatives au-dessus de eurs forces, par une indiscrétion compagne ordinaire de l'inexpérience, ou ils cessent de persévérer, ce qui est fâcheux, ou ils tombent dans des infirmités corporelles et dans un affaiblissement d'esprit, qui les forcent à revenir à des bagatelles et des adoucissements auxquels ils auraient dû renoncer sans retour. » Pour la confession, il dit à Renaud de faire venir du monastère un homme religieux et discret pour lui déclarer, comme à son père, tout ce que sa conscience lui découvrira de répréhensible aux yeux du Seigneur. « Mais souvenezvous, ajoute-t-il, que votre examen ne doit l>as roiuer seulement sur les bonnes actions que vous avez faites négligemment, ou sur les paroles indiscrètes qui vous sont échappées, mais encore sur les fautes (|ue vous avez commises par la pensée. Ecrivez tout cela sur des talHettes ou sur du parchemin, pour le confesser ensuite de mémoire. » L.'abbé de Haute-Fontaine a fait à cette lettre comme à la première les honneurs de sa traduction; et elles se trouvent reproduites toutes les troisi avec leur texte original.

dans le Cours complet de Pairoiogie^ publié par M. l'abbé Migne (1).

BERNARD des Pobtes, ainsi appelé parce qu*il aida à fonder, en 1115, la Chartreuse de ce nom, avait fait profession de la règle de saint Benott dans le monastère d'Ambournai, avant de se mettre à la tète de- sa nouvelle communauté. Saint Bernard, lié d'amitié avec les religieux de ce monastère, et surtout avec Bernard, leur prieur, les allait voir quelquefois. Celui-ci demandait avec empressement au saint abbé de Clairvaux des sermons sur le Cantique des cantiques. « Que ne suis-je capable, répondait saint Bernard, de quelque production digne de vous! Pourrais-je alors refuser quelque chose à une personne pour qui je sacrifierais ina propre vie, & un ami intime, à un cher et tendre frère en Jésus-Christ que j'aime de toute l'étendue de mon cœur?»

Bernard resta prieur des Portes jusqu'en 1147; mais ses infirmités, plus encore que son grand Age, l'obligèrent, cette même année, de se démettre de cette charge entre les mains d'Anthelme, qui avait été autrefois son novice. Bernard mourut le 12 février 1152.

Lettres. — Nous n'avons aucune des lettres Qu'il écrivit à saint Bernard, et très-peu de celles qu'il avait adressées à diverses personnes. On lit dans un manuscrit de la Chartreuse des Portes qu'elles traitaient de matières de piété et des devoirs de la vie religieuse. 11 v en avait une surtout qui, au jugement de 1 auteur du manuscrit, était palpitante d'intérêt et [)leine de beautés du premier ordre. C'était celle adressée à Ismion, abbé d'Amboumai, pour lui rendre compte de sa sortie de son monastère et de sa retraite dans le désert des Portes. La première des trois qui nous restent est adressée à Aymon de Y arennes et è Aymon de Robières, et porte pour titre :

De la fuxte du siècle. — Bernard les presse de quitter le monde pour vivre dans la retraite, où il leur prometdes plaisirs bien plus solides que tous ceux qu'ifs ont goûtés. 11 leur fait voir le danger des conversions tardives, parce qu'en les renvoyant à quelque maladie dangereuse ou au moment de la mort, ce n'est pas nous qui mettons fin à nos crimes, mais c est Dieu qui nous fait sortir .de cette vie pour nous en punir.

Aux religieuses de Lyon. — La seconde lettre est adressée aux religieuses deSainte- Eulalie de Lyon, le seul monastère de filles qu'il y eût alors dans cette ville. Bernard les exnorte à persévérer avec joie dans la vie régulière qu'elles venaient d'embrasser. Il veut que celles qui avaient pris avec zèle le parti de la réforme consolent celles qui ne s'y étaient soumises qu'avec peine ; qu'elles prient pour elles, et qu'elles les invitent par

' (1) Quoique cet article et le précédent nous semblent appartenir à un seul personnage, auquel les mêmes œuvres sont attribuées sous deux noms diffé* rents, néanmoins nous avons cra devoir les reproduire séparément, par respect pour les anciens critiques qui en ont tous usé ainsi.

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DlCTfONNAIRB DE PATROLOGIE,

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léîif èietti|)1ë2i t^riér elles-mêmes, et à faire de nécessité vertu. Il leur expose lés différentes tçntâliouà gué nous avo^s à subir en cette Yié, èl lèuf fëit voîr Cju'î^I ri'jr a que le consentement aux suggestions dé rérinemt qui sôît un péché, .

À Haynaud. — te moine Raypaud viv^t eu reclus dans un érinîtage à deux lieues de la Chartreuse ^es. Portes ; il avait demanda uûQ règle de vie ï Sernard, qui lui donna la suivante : En.çl.^,i depuis Coraplies jusqu'à Prime et en hî^erjusqu'i Tierce, vous garderez un silence, exact, à moins qu*il ny à\i une grande iiécèssiié de lé rocûpre; ce qu^ vous ne ferez qù'eii\ peu de mots. Ne sôinfrez pas gue personne vous, entretienne de choses vaines et inutiles ni 4es affaires çxte^ rieures. N'écoutez que dçs choses dont vousî puissiez rendre grâces àÔiieu^ Que tous ceux qui viennent vous voir vous disent des choses édifiantes et . qu'elles en entendent dq vous. Si ce sont des savants, écoutez-le^ plutôt que de leur paHer. I^artagez votre temps entre la prière, la lecture des livres saints, la psalmodie et le travail des mains, Si l'exception du dimanche, où vous vous occuperez exclusivement d'o^vres spirituelles. Soit qu'on vous donne les besoins de la vie, soit quQ vous vous les procuriez par votre travail, donnez ce qui vou$ restera aux Eauvres, sans rien retenir au delà de votre esoin. N'usez que de chemises de laine, et pour vêtements extérieur^, servez-vous de peaux. Ne vous livrez point à de grandes abstinences ; contentez-vous de jeûner les vei^ dredis, ne j^enaut en ee jour qu'un seul repasi sans vin ; à moins que ce ne soit un joue de fête. Si vous, voulez en user de même les mercredis» c'est tout ce que. vous j^ourrez faire^ fiepuis le mois de septembre jusqu'à Pâques, vous ne mangerez t|u'une fpis pajr jour; mais depuis t^lq^^s jv^qu*^^ ^ de ce mois, vous ferez deux repas et vous boirez du vin mêlé d'eau. Janpîais vous ne mangerex de chair qu'en cas de maladie* Pour l'of* fice divin, voAiis suivrez l'usage des clercs. £q été vous lerez la méridienne, suivant la coutij^me des moines. Dans vos prières vous vous isouviendrez de vos bienfaiteurs et de tous les fidèles, tant vivants que trépassés. Bernard lui recomo^ande ensuite la pratique des vertusdecharitéëtd'humiiité; après quoi, il lui €K>n5eille de se choisir dans le monastère un religieux s^ge et discret, auquel il puisse de temps ^n temps confesser ses péchés. Il l'engage à les écrire sur une tablette decire^ ou bien à s'en accuser de mémoire. 9ËRNARD de Chartres, qu'Oudin a faus* sèment confondu avec Bernard d'Otrecht, est aussi appelé Quelquefois Bernard Splvestris. Voict ce. que rhistoire nous apprend sur ce personnage» Chargé d'Buseigner les humanités a l'école de Chartres, il fit usage d*une méthode qui produisHautant de fruits qu'elle surprit par sa nouveauté. Presque tous ses collègues ne traitaient les belles-lettres que par rhiAtînei et d'après de fort mauvais modèles. Bernard chercha les modèles du goût dans l'antiquité, et s'attacha de préférence

à l'école de Quintilien. A l'exemple de ce grand maître, il commençait par les fondements de l'élocution, c'est-à-dire par les rè-

juste milieu qu'il doit tenir entre la négligence et raJCfectation. Il apprenait aussi à mettre de la justesse dans les raisonnements, soit pour rendre sensibles les vérités qu'on a dessein d'établir, soit pour faire rejeter les erreurs qu'on entreprend de réfuter. Tous» ses documents étaient agpiijés d'exemples empruntés aux auteurs de la bonne antiquité, aux(|uels îl opposait quelquefois les comportions moderneé, moins par démangefitison de critique t(ùe pour faire sentir par ce coùlraste combien h vrdi l'emporte sur le faux, surtout en éloquence. tJn des avis qu'il inculquait le plus souvent était de se prétùunir contre la prétention de vouloir embrasser toutes les sciences. C'était la manie de sort siècle, et l'écdeil ordinaire où venaient échouer leè talehts. Un professeur de ce mérite he pouvait manquer d'avoir des contradicteurs; Bernard en eut, et des plus envenimés. On le taxait d'orgueil et de témérité, pouf s*être écarté des routes frayées par les tnaîtf es ; on siÉait ses règles, oii traitait de minutieux les détails bu il descendait. Lui, cependant, jtisensible à ces traits, se contentait de les repousser par ses succès, qui furent tels, si 1 on en croit l'écrivain qui nous èerl de guide, ou'en un an il mettait un esprit passrablement ouvert en état de parler et d'écrire correctement le latin. Ce . qui est certain, c'est qm les plus habiles professeurs de son temps, tels (|ue Gtlberl de la Pprée, son disciple, Almtard, Richard révèque, Guillaume de Conches, se firent un devoir de marehef sur ses traces.

Bernard ne s'appliquait pas mdins à former les rncBurs gu'à cultiver l'esprit de ses écoliers. 11 avait coutume de terminer sa classe, tous les jours, par un discours pathétique sur les devoirs du christianisme; et son exemple appuyait ses exhortations. Cependant, quelque adonné qu'il fOt à cette partie de la littérature^ elle n'absorbait pas telle* ment tous ses loisirs qu'elle ne lui en lais^ sât encore pour vaquer à des sciences pies relevées. La justesse de son espHt, narturellement bon dialecticien, lui rendit facile Tétude de la philosophie. Néanmoins, ce ne fut que dans un âge asser avahcé <{iie la pensée lui vint d'en donner deâ leçons ; nais il y réussit de manière à passer pour an des plus habiles philosophes de son temps. Nous verrons bientôt pourtant qu'il s'en fallait de beaucoup que sa doctrine Tût toujours è l'abri de la censure. On ignore la date de sa mort. L'épithète de viHlèmrd de Chartres^ que lui donne Jean de Sarisbery, protive qu'il poussa ftyrt loin sa carrière. Il écrivait en^ core sous le pontificat d'Eugène III, mais il n'existait plus lorsque Jean de Sarisbery travaillait à son Pphjeratiquèj c'est-à-dire, en 1156; car cet écrivain y parle de certains défauts de ses ouvrages^ avec une liberté

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DICTIONNAIRE DE rATROLOGIE.

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qn'il ne se persiettait jamais à Tégard des ntrtenrs vivants. Otton de Preisingen le met nu nombre des écrivaiBs qui fireni refleurir ks lettres au xn* siècle.

Se$ éerii». — Après oe que nous venons de

dire, on s'atteM peuMire à trouver autant

de chefs-d*(eavfe de goût dans chacun des

oumnes dont nous afîons rendre compte ;

mm ie strié est un art ; il y à loin du pro-

tt^sear à Yécrivain, et de la connaissance

ihs règles k l'application. JU ne fut pas donne

h ce scolastique habile de franchir absolu-

i^ont cet intervalle» et de mettre autant d*é-

)ôg«nee et de correction dans ses écrits que

iïc méthode et de lumière dans ses leçons.

Jean dé Sarisberv» son historien et son ad-;

rofratevr, avoue lui-méme qu'il n'était que

médiocrement touché des charmes de sapoé*

sie; o'élait cependant son plus beau titre;

cAr 0OUS aurons bientôt occasion de voir que

sa prose était bien inférieure à ses vers.

Le premier de ses ouvrages > par ordre chronologimte, est celui qui a pour titre : Formula vûm hanettœ. Trompés par Tidentjté eu nom, les anciens éditeurs n'ont pas fait difficulté de Tatiribuer à saint Bernard de Clairvairt ; mais dom Mabillon Ta relégué parmi ses oravres supp<>sées, comme indigne de la plume de ce grand homoie. Le P. Théophile Rayoaud le restitua à Bernard Sylves^ tri8, sur Fatitorité de quelques manuscrits auxquels on n'a rien à opposer. Ce n'est pas

Îue les afis exprimés dans cet écrit, avis onné^ à une personne de communauté, ne soieiyt, ponr la plupart, solides et accompagnés aune certaine onction; mais il faut corrrefrir cftt'ils sont rangés sans ordre et erprtfiiM dans un style manifestement étranger h rabbé de Clai^vaut. Philippe Lebelf curé de Lilzarehes, l'a traduit en français, sous le nom de saint Bernard.

Un antre écrit de notre auteur, qui a paru aussi parmi les œuvres attribuées au saint abbé de Clairvaux, est une lettre touchant les devoirs d'uA père de famille, adressée à un chevalier nommé Rajrmond, au ch&teau d'Amboise. Bbm Hontfaucon, dans le tome II do sa Bibliothèque des numuseritSy a re|}ro« duit cette lettre, avec deux des plus anciennes traductions qui aient été faites en notre langue. La première, antérieure à la seconde an moiris d'un siècle, semble se rapprocher tout k fttH des temps où vivait notre auteur. Nous croyons feire plaisir à nos lecteurs en reproduisant cette traduction en regard du texte même de la lettre.

GreUioso , et felici Ce^raciousetbienmi7t/t D. Raymundo heureis en fortune Coêtri Ambrosii^ Ber- et rîchesce Raymond nardus in sentum de- chevalier Sire don ductuif sàlutem. — Chasteil Ambroise, Doceri peiis a nobit Bernard démenés ou de cura et modo rei tems de villece, salut. familiaris uiitiùê gin — Demandei aiz à bemandœt et quali- nous de èstre ensiler patresfamitias de" gnés de lai cusason et èeofi^ se habere. Ad de lai cufe, de lai mafjuod sic règpoitdeinusi niéft de plus proKtaquodlicetrerummufh blement gouverneir

danarum^ et exitus ne- les choses et chevanaotiorum sub foHuna ces familiaires , et laborent , non tanien comme li peire de la hoc iimote vivendi re- maignée qui est chief giilq est omittenâa, et gouverneur de Tos- Aùai ergù et attende teîl, sa doit avoir et guodf si in donib ttui maliittenir ; a guoi sumptus et reditus nous te responoons suni œquales^ casus que ja soif ce que ton* inopinatùs poterit ae- tes cnoses mondaines struere siatum ejùi, et Testoit et l'issue de

totité^ besoeâes labouroijses de sôttâ fbrftine. he doit-on mie pour ce laissièr W rietffë (ire vivre. Escoute et prens varde ctue 5e eh taj maison les despens et revenus sont égérulz. Car et avenue soubaains dont ori he se pren varde, porroit destruire ton* estait.

Le plus considérable et, sans contredit, le plus curieux des écrits de Bernard, est un traité philosophîaue, divisé en deux parties, âouâ ces titres, megacosmus et Microcosmusj c'est-à-dire le grand et le petit monde; production toélangée de prose et de vers à l'irnîtation de Èocce, dani son livre de la Consolation de ta tiMlosophie. L'Ouvrage est dédié au docteur Te^ricou Tirriqûe, le même sans doute c[ui avait été le maître d'Abailard, et

Ïui prit sa défende au coficile de Soissons. e temps où il fut composé se trouve designé dans les deux vers suivants :

Mui^fteem Beitn Engenum commodat orH, BonaS et in solo munere cwuta simnL

C'était donc sous le pontificat d'Eugène III , et vraisemblablement peu après son exaltation. Une anal,7$e de cette singulière prodnt^ tion ne saurait qu'intéresser nos lecteurs.

Dans la première partie, Tauteur, supposant toutes choses encore ensevelies dans le chaos, qu'il désigne par le nom de Sylva ^ introduit la Nature, qui se plaint è Noys, c'està-dire à la Providence, de la confusion où elle laisse l'univers plongé depuis si longtemps. Elle demande avec instances qu'il se débrouille, qu'il prenne une nouvelle face et se polisse. Touchée de ses plaintes, Noys se met en devoir de la satisfaire. Pour dissiper le chaos, sa première opération est de séparer les quatre éléments. Elle dispose ensuite les neuf hiérarchies des anges, après quoi elle sème d'étoiles le firmament, et j attache les différentes constellations, sous lesquelles elle ptace les orbes célestes, et dans ces orbes elle enchâsse les planète^. Suit la détermination des quatre yeuis cardinaux, à laquelle succède la formation du globe terrestre posé au milieu de Tunivers. Bernard s'arrête sur ce dernier obiet pour décrire toutes les richesses qu'il renferme.

Le microcosme a pour obiet la formation de l'homme. Noys adresse d'abord la narole à la Nature, et se félicite avec elle aavoîr poli la matière; mais elle sent que, pour rendre le monde pajrfait^ il fiiut y mettre un animal intelligent, c'est-à-dire l'homme. Elle promet de travaiUer à ce grand ouvrage, et pour y réussir» elle commande à la Nature d'aller implorer le secours d'Uranie, qui est

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la reine des astres, afia qu'elle vienne joindre son art à celui de Novs. La Nature obéit et se met en route pour lé ciel ; mais dans quelle partie de cet espace immense pourra-t-elle rencontrer Uranie ? Elle soupçonne que la déesse fait sa demeure dans la région nommée Anostros. C'est un séjour voisin de la région éthérée, et dont la température est à peu près la même. Autant il est élevé audessus de l'air, autant il est dégagé de ses affections. Vue matière pure et liq^uide en forme l'élément; on ny aperçoit aucun nuage, on n'y éprouve aucune vicissitude de saisons; une lumière vive et pure v brille sans interruption. La Nature, après de lones circuits, arrive dans cette contrée, mais Ta reine des astres ne s'y rencontre pas. Résolue de la trouver, la Nature entre successivement dans les cina cercles parallèles ; elle va d'une colure à 1 autre; elle se promène dans la voie lactée qui touche les deux tropicjues. Près du signe du Cancer, elle aper-

Soit le peuple des âmes destinées à passer ans des corps. Ces substances pures et simples n'envisageaient leur sort qu'avec horreur, et regardaient comme une prison le domicile qui leur était préparé. Elles manifestaient ces sentiments par des soupirs et des sanglots ; et à les voir, on eût dit qu'elles étaient à la veille de leurs funérailles. Ce spectacle arrête quelque temps les regards de la Nature. Elle continue son voyage, et dirige sa route par la ligne du solstice vers l'orbite du soleil. Là, placée sur la partie la plus élevée du ciel des constellations, elle étend sa vue sur tout ce qui est au-dessous d'elles, et nulle part elle n'aperçoit Uranie. EnGn, parvenue au dernier cercle du firmament, la déesse PaniamorphoSy ainsi appelée parce qu'elle préside à toutes les révolutions qui arrivent dans le monde inférieur , se

f présente à elle, et lui montre celle qui était 'objet de son voyage. Uranie, au premier coup d'œil, devine le sujet qui amène la Nature. Dans un assez long entretien qu'elles ont ensemble, la déesse consent de concourir avec elle à la formation de l'homme ; mais pour donner à l'âme humaine toute la perfection dont elle est susceptible, elle veut, avant que de l'incorporer, Ja conduire par toutes les planètes, afin Qu'elle apprenne quel est leur pouvoir sur les choses de la terre, et que par là elle soit en état de discerner ce qui est nécessaire et ce qui est libre. A l'ésard du corps humain, Uranie déclare à la Nature que ce travail ne la regarde point, mais la déesse Physis, très-habue en toutes sortes d'ouvrages matériels ; qu'elle consent seulement à lui servir de guide pour l'aller trouver. Aussitôt elles se mettent en marche, conduisant avec elles une âme

Ju'Uranie avait appelée pour la présenter à hj'sis. En descenoant par les orbes des planètes, Uranie fait remarquer à ses deux com- Ïagnes l'ascendant bénin des unes et l'inuence maligne des autres sur les corps sublunaires. Elle leur fait considérer la disposition admirable et les ordres différents des cieux. Elle les entretient sur les différents

degrés de perfection qui sont dans les êtres intelligents. Enfin, tout en conversant, elles arrivent au paradis terrestre. Là elles rencontrent Physis, assise entre la Rhétorique et la Poétique, dans un jardin délicieux qui charme également par l'émail de ses fleurs, et par les douces odeurs qu'elles exhalent. Uranie et la Nature l'ayant abordée, lui ex--

Ï»osent le motif de leur visite, et lui tracent e plan qu'elle doit exécuter. Physis incontinent se met à l'œuvre ; le corps tiumain est promptement achevé, l'âme en prend possession et l'homme est formé.

Tel est le plan de cette composition, dans laquelle il est difficile de ne pas reconnaître quelques traces de génie. Mais il s'en faut bien que, pour l'élégance et le goût, Bernard atteigne l'original qu'il s'est proposé d'imiter Saprose est guinaée et d'une obscurité qui la rend souvent incompréhensible. Sa poésie, quoique plus facile et plus claire, est très-inégale, souvent élevée, mais quelguefois aussi basse et rampante. Il y a une infinité d'endroits dans cet ouvrage, où notre poëte philosophe s'écarte de la vérité. En général, son système, fond^ sur les idées de Platon, admet une partie des erreurs de ce philosophe. Comme lui, Bernard prête au monde une âme universelle, et ii donne ce{te âme pour le principe qui anime toute la nature, oui la rend féconde et qui Tempèche de périr. Ces extravagances et quelques autres semblables n'empêchèrent pas celivred*obtenirun succès brillant dès qu*il çarut. Pierre le Chantre, qui écrivait sur la tin du XII' siècle, en parle comme d'un ouvrage estimé de tous les gens de lettres. Eberhart de Béthune, qui florissait au commencement du siècle suivant, le nomme entre les poëmes qu'on lisait» de son temps, dans les écoles. Le grand nombre de manuscrits, où cet ouvrage se rencontre encore de nos jours est une nouvelle preuve de la grande estime dont il a joui. On le trouve répandu partout, avec quelque différence de titre, et dans les bibliothèques de France, et dans les bibliothèques de l'étranger. 'r' Tel était l'entêtement de Bernard pour l'astrologie judiciaire, que, non content de ravoir enseignée dans son Mégacosme^ il fit encore deux ouvrages exprès pour la défendre. Ce sont deux poëmes en vers élé^aques» dont le premier commence parce distique:

Semper ut ex aliqua feUcet parte queranimr, Leges hwnanœ condiiiomê habent.

L'autre, intitulé : De geméUis^ débute par ce vers:

Roma duos habuit^ res eel, non fabula wma. On y suppose deux jumeaux, dont l'un a été très-heureux, et l'autre malheureux,

{>endant tout le cours de leur vie ; et cela par a force du destin et l'influence des astres. Enfin, on trouve encore dans le même manuscrit un petit poëme intitulé : Depaupereingrato^iîe distique en forme le début:

Mœ$ta parent mUerœ paupertai anxtetatU Afflictit folti estf dura tuperque mmû.

C'est une fiction où il s'agit d'un pauvre

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qui, étant sur le point de se pendre pour se soustraire à la misère, en est détourné par un soldat charitable. L*ingral intente ensuite un firocès à son bienfaiteur. On ne dit point quel fut le jugement, et le noëme unit par ce vers.

Riê kœe judidbus dUeutienda datur,

Jean de Sarisbery attribue encore à Bernard quelques ouvrages, dont les manuscrits mêmes sont inconnus. Nous n'avons donc pas à en rendre compte. La plupart de ceux que nous venons aanalyser se trouvent reproduits dans le Cours complet dePatrologie publié par M. Tabbé Migne.

B^NÊR ou Bernier, qui s*est fait quelque réputation par son savoir, mais plus encore par sa piété et par ses vertus, embrassa d'abord la profession monastique à l'abbaye de Saint-Remi de Reims. Il en fut tiré, en 948, et envoyé à la tète d'une colonie, avec le titre d'abbé, rétablir la discipline régulière au monastère d'Homblières, en Ver* mandois. Cette abbaye était originairement habitée par des religieuses; mais les scandales de leur vie les ayant fait chasser, elles furent remplacées par des moines. Dès l'an 956, le roi Lothaire eut soin de faire confirmer ce changement par le pape Jean XII, qui donna, à cet effet, une bulle adressée au vénérable abbé Dernier. C'est ainsi qu'il est qualifié. Bernier fit admirer sa prudence et sa sagesse dans le gouvernement de ce nouveau monastère. L odeur des vertus qu'on y Î>ratiquait y attira plusieurs sujets, <]ui alèrent s'y consacrer au service de Dieu ; et Elus tard, çiuand il s'agit de réformer l'abaye de Saint-Quentin en l'tle, les moines d'Homblières furent préférés à tous pour faire revivre la règle de saint Benoit. Les soins du spirituel ne lui firent nullement négliger les intérêts temporels de sa communauté. 11 l'administra avec sagesse, et sut profiter de la protection de Gerberge, reine de France, et de quelques autres seigneurs,

Îiour augmenter les revenus d'Homblières. I continua de la régir ainsi, jusau'en 981, et peut-être même 982, qu'il eut Albricpour successeur. La piété de Bernier était si reconnue que, plus d'un siècle anrès sa mort» on le qualifiait encore d'abbé de sainte mémoire.

Il nous reste de lui trois opuscules au'on doit regarder comme trois parties différentes du même ouvrage. Aussi paratt-il qu'ils furent écrits de suite et sans interruption, et qu'ils ne faisaient primitivement qu'un tout, quoiqu'on les trouve séparément dans les manuscrits et dans les imprimés. Ces opuscules sont: !• la Vie de sainte Hunégonde, première abbesse d'Homblières, morte vers Tan 698; 2* V Histoire de sa translation oui se fit en 9M ; 3" la Relation de ses miracles. On apprend par la dernière partie de cet ouvrage que l'auteur ne le composa, ou au moins ne le finit au plus tôt qu'en 96fc, puisqu'il y rapporte un miracle opéré la même année.

Bemier.'dans son nremier opuscule, a ma-

nié sa matière en homme d*esprit et de iugemcnt. Il n'a écrit cette Vie que sur des traditions orales et déjà fort âoignées de leur source, puisqu'il y avait alors près de trois siècles que les événements étaient arrivés. Donc, a défaut de faits pour former un écrit d'une étendue raisonnable, il y a suppléé par l'abondance des proies, sans donner néanmoins ni dans le merveilleux, ni dans l'extraordinaire , encore moins dans la minutie. Tout ce qu'il dit est sensé, quoique

grossi et paraphrasé, et respire la piété dont faisait profession. Son style est simple, agréable, assez pur pour son siècle, et beaucoup meilleur que celui d'une infinité d'autres légendes. La profession de foi qu'il fait faire à la sainte en présence du pape, quoiqu'un peu longue de détails, est aussi exacte qu'édiuante. Une preuve évidente qu'il cherchait à grossir les faits qu'il rapporte, au lieu d'en restreindre la narration, c'est qu'en nous apprenant que sainte Hunégonde avait reçu le voile de la main du pape, il y joint l'oraison ou prière qui accompagnait alors cette pieuse cérémonie: prière, du reste, que toutes les vierges consacrées à Dieu devraient avoir toujours présente à l'esprit et au cœur, afin d*y conformer leur conduite. Baronius faisait tant de cas de cet écrit au'il en a copié deux assez longs morceaux aans ses Annales.

Le style des deux autres opuscules pèche par la même diffusion, qui s'y trouve également rachetée par l'onction de la plus tendre piété. L'auteur a soin d'y nommer les personnes dont il parle, et d'y marquer la date des événements qu'il raconte, ce qu'il n'avait pu faire dans l'histoire de la vie. Le second opuscule, qui contient celle de la translation, ne porte point d'autre titre que celui de préface. Il parait que l'auteur ne l'avait regardé que comme un discours préliminaire à la relation des miracles qui forme tout le sujet du troisième. —Dom Mabillon, le premier éditeur qui ait réuni ces trois opuscules en un seul corps d'histoire, y a igouté le récit d'une autre translation du corps de la même sainte, ou plutôt du transfert qu'on en fit d'une chAsse aans une autre, en l'an 1051 ; cet écrit forme comme un sup-

Elément à celui de Bernier, et rapporte avec eaucoup d'ordre et assez de détails tout ce qui se passa de mémorable à cette cérémonie. L'auteur ne l'écrivit que sous le règne de Philippe I", c'est-à-dire plusieurs années après l'événement, et la manière dont il en parle donne à entendre gu'il n'était ni témoin oculaire, ni moine ne la maison. Quoi qu'il en soit, il paraît avoir eu de bons mémoires, et possédait un talent réel d'écrivain. — On a attribué à l'abbé Bernier un Sermon sur la Nativité de la sainte Vierge, et un écrit intitulé : Pourquoi Fon fait^ tous les samedis j commémoration de cette bienheureuse Mire de Dieu; mais il y a lieu de croire» comme nous l'expliquerons ailleurs, que ces deux écrits sont rœuvre de Bernon, abbé de Richenow.

BERNON, abbé de Richenow. — Bernoni

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nommé ausrf Sernard, et quelquefois QuodvtiKdeus, fut d*abord çaoîne de Fleury-sur- Loîre, et député en 999, avec quelques autres religîetit de ce monastère, au concile d'Orléans , où Ton devait agiter une difficulté survenue à propos de la durée de TAvènt. Il passa de là à Tabbaye de Prum. où il enseigna les. belles-lettres avec une réputation qui Je fit connaître du saint roi Henri. Ce prince le choisît, ^n 1008, poar remplacer Imniori, abbé ae Richenow, que sa trop grande sévérité avait fait sortir ae ce monastère. Bernon y fût reçu avec joie, j vit revenir li^i moines dispersés, en rétablit les usines» et reçut la bénédiction abbatiale, des mains de Èoiitpert évéque de Constance. II gouverna sa communauté pendant quarante ans, h la plus grande édification de tous, et apprit à ses frères à observer la règle de saint Benoît plus encore par ses exemples que par ses discours. En 1013, il accompagna le roi Henri dans son voyage de Rome, où il assista à la cérémonie de son couronnement , qui se fit le 22 février de Tannée suivante, par le pape Benoit VIII. Bernon raconte que ce prmce demanda aux prêtres de Rome pourquoi, après Tévangile, lis ne chantaient pas le Symbole, comme cela se pratiquait dans les autres églises. Ils répondirent que TÈglise romaine n ayant jamais été infectée d'aucune hérésie, n'avait

Eas besoin de déclarer sa foi par un Symole. Cependant le pape, à fa persuasion du nouvel empereur, le fit chanter dans ls[ suite aux messes solennelles. Bernon ayant envoyé, en 1032, les privilèges de son monastère au pape Jean XIX pour en avoir W confirmation, en obtint un nouveau, celui de se servir de sandales et autres ornements pontificaux pendant la célébration des saints mystères. Ce privilège lui fut enlevé par Warraanne, évêque de Constance, qui s'en était plaint au roi, comme d'une usur-

Eation. C'est ïo premier exemple d'un semlable privilège, que les abbés devaient partager plus tard avec les pontifes. Bernon mourut le 7 juin de rarinée lOiS, et fut remplacé par Udalric, doyen de son monastère.

Traité de ta messe. — Le premier de ses ouvrages est son Traité de la messcy qu'il publia après son retour de Rome, vers Tan 1014. Il est divisé en sept chapitres. Dans le premier, Bernon remarque que la liturçie de son temps n'était pas la même que celle do l'Eglise naissante; qu'on a ajouté beaucoup de choses au Canon de la messe ; que l'on a multiplié les prières de l'office qui la précède ; que les Latins ont pris des Grecs l'usage de chanter plusieurs fois le Kyrie eleison : que les Espagnols eurent peine & chanter le Graduel avec YAlleluia^ entre la lècrurd de l'épître et celle de l'évangile ; qiia dans leurs églises, on chantait chaque dimanche, et aux ^ours des fêtes des martyrs» l'hymne de^ trois gnfants dans la fournaise, tandis que dans l'Eglise romaine on ne le chante que Quatre fois l'année aux Quatre- Temps; que le Symbole qu'on chante après

l'évangile n'est pas eelui de Nicée mais de Consfanlifiople. A l'égard de TOffertoire, du Trisagion et de TAgnus Bti^ et même de 1«( Posl-commuhîoÈ, il paraît persuadé que tout cela a été ajouté a la Hlurgie, et qae dans les premiers siècles on offrait et Ion communlail en silei^ce, cos^fue cela se pratique encore aujourd'hui le samedi saint. — Dans le second àhapitre, fl combat l'opinion de ceux qui çréteAdaient qu'on ne doit chanter le Gloria m exeelsiê qu'à Pâques. — Dans le troisième, il fait menfion (Tune dispute arrivée pendant qu'il était eu France, au sujet de 1 octave de la Pentecôte, qui se célébrait pendant huit jours, suivant Tusage, teais que quelqnes-uns voulaient rédfuire à sept, parce qu'on ne compte que sept flons au Saint-Esprit. BeN non leur oppose les huit béatitudes que saint Augustin côôopare aux dons du Saint- Esprit, et montré par ce parallèle que cette octave doit avoir huit jours. Il ne contredit ni ceux qui comptaient cinq dimanches dans l'Avent, ni ceux qui tfen admettaient que quatre. 11 donne des raisons mystiques de l'un et de l'autre usage. Il en donne aussi de quelques variétés qui se trouvaient dans leé diverses distributions des offices de Tannée. Il pose pour principe, d'après saint Augustin, que dans les choses où l'Ecriture sainte rie s'explique pas nettement, il faut s'en tenir k la coutume et aux décrets des anciens ; d'oti il conclut que l'on doit observer les jeûnes des Quatre- Temps et autres établis dans l'Eglise. Los anciens Sacramentaires prescrivent douze leçons pour les samedis aes Qpatre-Temps, dont six étaient lues en çrec et six en latin à Rome. Les Grecs suivent encore aujourd'hui cet usage pour marquer l'union de croyance entre les deux peuples. Les leçons étaient partagées en douze, parce qu'il y avait autant de lecteurs. C'est la remarque d'Amalaire, que Bernon copie ici mot à mot. On trouve ce traité dans toutes les bibliothèques des Pères.

Du jeûne des QUatrè-temps. — Bernon, dans ce traité, apporte diverses raisons allégoriques pour hxer les jeûnes des Quatre Temps en certaines semainçi dés mois de mars, de juin, dé septembre et de décembre. Elles sont les mêmes qu'il a déii données dans le dernier chapitre au tréité précédent, excepté qu'elles n'v sont point présentées en forme de diafogiie. Dom Bernard Pez a donné ce traité dans le tome Vf de ses Anecdotes.

î)e VAvent. — Nous avons d^'à vu (p^ dans le x* siècle on n'était pas <f accord sur la durée de l'Avent. Bernon crut devoir s'expliquer là-dessus. 11 adressa son écrit à' Anbon» archevêque de Mayence, le priant de lever ses doutes su,r ce sujet. Il arrivait quelquefois que la fête de Noël tombait un lundi, et là veille conséquemment un dimanche. Les uns voulaient que ce dimanche fût compté pour Je qfuatrjème de lèvent, quoiqu^on y fît Tomce de la vigile; ïes autres sodtenaiéntique l'Avenu deraut

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aroir âes quatre semaines pleines, fl falMt consacrer apécialemefrt le dimanche à cetf^ Tiglie. lïs Tren donnaient pour toute raison qne Fordre réglé pour les offices dans \b$ quatre $etnaines de l'Avent. Suivant cear différentes manfères de compter, TA vent, en ceftaîrtcs égHseà, était de ouatre semaines pleines et un jour en plus ; en d'autres, il niitait que de trois semaines et quelques jours, qtioiqu't) y eftt quatre dimanches. Bernoo prend parti pour ce dernier usage, et dit, après le vénérable Bède, que Ton ne doit Jamais èommencer TAvent plus tôt que le 27 novembre, nt phis tard que le 3 décembre. Il cite à son appui la coutume de Rome el de toute la France, et le livre que Vahbé Hériger avait composé sur cette ms« tière. Aribon donna son approbation è récrit de Bernon, qui y ajouta quelques citations d'un livre à^â Ofitceâ qu'il attribue h saint Hilaire de Poitiers, quoiqu'il n'en soit fait aucune mention dans le catalogue des écrits de ce Père : mais l'autorité du concile (l'Orléans, auquel 11 avait assisté, suffit pour réduire au silehee ses adversaires, puisque ce concile publia' un décret pour la célébration de l'Avent, en quatre dimanches. Cet écrit se trouve avec le précédent dans le tome IV des Anecdotes de dom Bernard Pez.

De la Sfusique. — Sigebert, en parlant des écrits de Bernon, relève avec de grands éloges eeui qu'il avait composés sur la musique; on en connaît quatre : le premier, intitulé Tonarius on Des i&fis âe la musique ^ adressé à Piligrin, archevêque de Catalogne. Dom B. Pe2 en a donne le prologue et le premier chapitre ; le second a pour titre : De la diversité eonsonnante des tons ; il est en forme de dialogue, et dom Pez n'en a donné que W préiace; le troisième traite des instruments de musique; il n'est point imprimé. Thithème en ajoute un quatrième qui traitait de la mesure du monocorde ; Sigebert remarque que Bernon no s'y assujettissait point aux règles données par Boëce pour cette mesuré.

Lettres. — Doth Bernard Pez rapporte onze lettres de Bernon dans le tome V de ses Anecdoteh; hous allons rendre compte seulement de deux qui nous ont paru plus intéressantes que les autres. La première est adressée à Frédéric, un de ses amis qui s'était trouvé avec lui à Cologne. Comme ils devisaient ensemble, la conversation était tombée sur les écrits de Cassien, et Frédéric lui avait demandé comment cet auteur, aui avait écrit tant d'ouvrages utiles pour I institution des moines avait pu se rendre r^préhensible en d'autres ? Bernon répond è cette question, d'abord en rapportant le jugement de Cassiodore sur les écrits de Cas« sien» la censure que saint Prospcr en a faite, el le correctif que Victor, évoque de Martjrile en Afrique, s'est cru obligé d'y apj)orter pour en rendre la lecture utile et sans danser. Il montre ensuite que Cassien a erré principelamasl en de qui touche auss forces au libre arbitre ; enseignant que parmi

NÙtmftflMXttt M ^ÀTROLOGIE.

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tes élus il V en a que Dieu sauve car sa

f;râèe, et d autres que la nature Justine par a force du libre arbitre. Pour mettre la chose en évidence, Bernon transcrit les propres paroles de Cassien, avec les.remarques de saint Prosper. Il avertit le lecteur de ne parcourir ses écrits qtf avec précaution, parce que les corrections de Victor étaient per- Ques. — La seconde est adressée au roi Henri le Noir, dans le temps que ce prince était à Zurich>c'est-à-dite vers Tan lOW. Il le loue d'avoir accueilli avec bonté Pierre, roi de Hongrie, qui était venu lui demander grâce, et le félicite, non-seulement de n'avoir tiré de lui aucune vengeance, mais de l'avoir môme aidé à rentrer dans ses Etats. Bernon joignit à sa lettre deux sermons, l'un sur l'Epiphanie, et l'autre sur la Cène, en priant le roi Henri de les ajouter aux écrits qu'il possédait aéj.à de lui, s'il les en jugeait dignes. Nous n'avons de cette lettre que quelques fragments rapportés par dom Mabillon dans To tome IV de ses Annales. . Vie de saint l/dalric. — Le fond de cet ouvrage est tiré de la Vie de ce saint évêque d'Augsbourg, que le prêtre Gérard avait composée. Bernon s'appliqua seulement à rendre avec plus de précision ce que le premier historien avait traité avec trop d'étendue ; à mettre dans un plus grand jour ce qu'il avait trop abrégé, et & donner plus de suite et plus d'ordre aux faits qull avait rapportés, ce qu'il fait en maintenant constamment son style au niveau de l'intelligence de ses lecteurs.

Vie de saint Méginrad. — On n'a point de preuves certaines que Bernon soit auteur de la Vie du saint ermite Méginrad, tna»** tyr chez les Suisses. Ce qfui porte à le croire, c'est que le corps de ce saint solitaire, qui avait été enterré dans le monastère de nichenow, fut levé de terre pendant que Bernon en était abbé, et que la canonisation s'en fit par le pape Benoit IX, sans doute h sa sollicitation et sur sa vie et les actes de son martyre qu'il aura été obligé de produire à Home pour l'obtenir. Ces deux Vies se trouvent dans Burins et dans les Bollandistes.

Poésies — 11 ne parait pas que Bernon ait eu beaucoup de coût pour les vers, si l'on en juge par Tifiscription qui se lit en tête d'un commentaire dont il fit présent à l'empereur Henri lU. Elle n'est recommandable que par les sentiments d'humilité que l'auteur v fait paraître, et par l'attachement qu'il y témoigne pour son prince. Dans tous ses auires ouvrages, la diction de Bernon est nette, polie et pleine de précision.

BERNOUIN, évèque de Clermont, est resté ignoré pendant plusieurs siècles, et son nom n'a recommencé à être connu

au'après qu'on eut découvert quelques-unes e ses poésies. Il y donne lui-mème quelques traits de son bisioire, dans une assez longue épilwhe flu'il a faite pour orner son tombeau. Suivant ce qu'il nous apprend, n avait beaucoup figuré dans le mondci et j

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avait possédé de grands biens. Son nom et son mérite avaient pénétré jusau*aux princes régnants qui Thonoraient ae leur amitié et de leur conQance. Entre ces princes, il nomme Charlemagne, en lui donnant le litre d'Auguste. Avec son secours, Bernouin fit bâtir une grande église en Thonneur de saint Allire, y déposa ses reliques et y choisit lui-même sa sépulture, ce qui ne peut s'entendre que de l'église du monastère de Saint- Allire, situé dans un des faubourgs de Clermont en Auvergne. Tous ces caractères ne laissent presque aucun lieu de douter gue ce ne soit ce prélat plutôt que Bernouin, archevêque de Besançon, qui en 811, souscrivit, avec plusieurs autres évoques et abbés, au testament de Gharlemagne. Il est certain d'ailleurs que Bernouin de Besançon ne florissait que sous Louis le Débonnaire et Charles le Chauve; il n'est donc pas probable au'il ait pu ap-

Eoser sa signature au bas du testament de harlemagne. Il serait difficile de marquer le temps juste auquel mourut celui qui fait le sujet de cet article ; ou n'en trouve rien dans aucun monument ; mais on peut supposer qu'il vécut jusqu'en 825.

Ce qu'on a publié de ses poésies consiste en quatre pièces. La première contient trente vers elégiaques, et parait avoir été faite pour être gravée en inscription à l'entrée d'une église, probablement celle de Saint-Allire. L'auteur prie Dieu d'écouter favorablement les prières de ceux qui viendront l'y invoquer, et de prendre sous sa I)rotection l'empereur Charles, par la libéraité duquel il avait fini cet édifice ; puis s'adressant au saint lui-même, il le supplie de lui obtenir la rémission de ses péchés, et à ce prince la crâce de parvenir aux récompenses de l'éternité. La seconde pièce ne contient que douze vers de la même mesure que les précédents. C'est encore une inscription pour apprendre à ceux qui la li^ ront que l'église où elle devait être mise était l'ouvraçe de l'évêque Bernouin ; que le corps de saint Allire y reposait, et que ce saint était très-puissant auprès de Dieu.' La troisième est l'épitaphe dont nous avons parlé, et la quatrième une prose cadencée et ornée même d'une espèce de rime. Elle roule sur le même sujet que la première

f)ièce, et paraît avoir été faite pour embellir a même église.

On voit que si Bernouin, pour se reposer des fatigues de ]*épiscopat, se permettait quelquefois les délassements de la poésie, il ne le faisait qu'en traitant des sujets di^es d'un saint évêque. L'esprit de piété qui règne dans ses vers les a fait comparer par quelaues critiques à ceux du grand saint Paulin de Noie. Du reste, personne n'hésite à lui accorder le talent de la versification. — Dom Mabillon, à qui l'on est redevable de la découverte de ces poésies, les a publiées dans l'appendice du XI' volume de ses Annales^ et on les retrouve tout entières dans le Cours complet de Patrologie publié par H. l'abbé Higne.

BÉROLD, bibliothécaire du dême de Téglise de Milan, et auteur du plus ancien recueil que l'on connaisse des rites de la liturgie Ambrosienne , écrivait vers l'an 1123. (Consulter, pour l'ordre de la messe Ambrosienne, le Dictionnaire de liturgiedeM, Tabbé Pascal, publié dans V Encyclopédie théologique de M. l'abbé Migne.f

BERTCHRANou Bertrand, onzième évêque du Mans, se rendit célèbre par la sublimité de son génie et par la beauté de ses vers. Fortunat, qui les avait lus et qui pouvait en juger autant qu'aucun autre homme de son siècle, dit que Rome n'avait riea m de plus parfait en ce genre. Il n'en est venu aucun jusqu'à nous, et tout ce qui nous reste de Bertchran est un testament eitrèmement long, qu'il dicta lui-mêiûe à soo secrétaire, «t qui prouve qu'il était très-versé dans la connaissance des lois. Ce testament est daté de la trente-deuxième année du rè-

gie de Clotaire II, c'est-à-dire de l'an 615. ertchran s'était consacré dès sa jeunesse au service de Dieu, et avait reçu la tonsure cléricale au tombeau de saint Martin. Admis dans le clergé de Paris, il remplissait encore les fonctions d'archidiacre dans cette église, lorsqu'il fut choisi en 586, pour occuper le siège épiscopal du Mans, vacant f)ar la mort de Baldégisile. L*année suivante, e roi Gontran l'envoya en ambassade vers les chefs des Bretons, qui avaient fait une irruption sur le territoire nantais, et le succès couronna sa négociation. En 589, il assista à l'assemblée qui se tint à la cour de ce prince, à l'occasion des troubles arrivés dans le monastère de sainte Radegondeà Poitiers. Il semblerait, si l'on en croit Mabillon, qu'après la mort du roi Gontran on voulut l'obliger de manquer de fidélité è Clotaire II, à qui la ville du Mans appartenait, et qu'il fut chassé de sa ville épiscopale, mais qu'il y revint aussitôt aue Clotaire fut maître de la monarchie. Il proQla de la tranquillité dont il jouit le reste de ses jours pour fonder des monastères, entre autres, celui de Saint-Pierre de la Couture, où il fut enterré en juillet 623. Fortunat ût deux poëmes en son honneur; dans le premier, il relève l'amour tendre qu'il avait pour son peuple, et l'amour que son

f peuple lui portait ; dans le second, il fàW 'éloge de ses écrits c'est-à-dire de sqs vers, car il ne marque point qu'il ait jamais rien écrit en prose.

' BERTHAIRE, Français de nation et d'origine royale, embrassa la vie religieuse dans le monastère du Mont-Cassin, et j flt briller tant de vertus, qu'après la mort de Bassatius, arrivée en 857, il fut élu abbé aux suffrages unanimes de tous les moines. Son gouvernement fut signalé par de grandes calamités; l'Italie fut ravagée par les Sarrasins, qui promenèrent partout le fer et la flamme. Pour garantir son monastère des dangers de leur attaque, il le Gt ceindre de murs et entourer de fortifications ; puis il bitit la ville de Saint-Germain au pied de K

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moDtagne. Les malheurs de Tltalie TobligèreDt à faire plusieurs voyages en France» où il demanda et obtint de Vempereur Louis plusieurs secours contre les Sarrasins. Il obtint même à force de prières le secours de sa présence, et après lui avoir fait les honneurs de l'hospitalité dans son monastère, il le suivit en Apulie, où la guerre se faisait avec le plus d'acharnement. Dans un voyage qu'il fit à Rome, en 879» il usa de toute son influence sur le pape Jean VIII pour réintégrer sur son siège Landulphe. évèque de Capoue» qu'une sédition de ses diocésains en avait chassé. Il ne redoutait rien tant que de voir s'affaiblir par des dissensions intestines les forces dont l'Italie avait si çrand besoin pour se défendre contre l'ennemi commun. L'an 884, les Sarrasins, après un assaut, s'étant emparés du Mont- Cassin, massacrèrent l'abbé Berthaire, à Tautel même où il offrait le saint sacrifice, le 11 des calendes de novembre» jour où l'Eglise l'honore comme martyr.

II a laissé plusieurs ouvrages, en vers et en prose, écrits avec une égale élégance; mais parmi ceux de ses écrits qui nous restenty celui qui mérite la première place est son Recueil de sentences tirées de l'Ancien et du Nouveau Testament, et divisées en deux livres, que plusieurs Bibliothèques des Pères ont attribués à Julien de Tolède, mais que Jean*Baptiste Maire et Léon d'Ostie ont victorieusement restitués à leur véritable auteur. Pierre Diacre lui attribue aussi un poème de la vie, de la mort et des miracles de saint Benoît, publié parmi les poésies de Prosper Marting; un sermon sur saint Luc l'évangéliste, aue l'on retrouve dans le Bréviaire de l'orare de Saint-Benoit ; un livre de Sermons et d'Homélies conservé manuscrit dans la bibliothèque du Mont-Cassin. On lui fait honneur encore de plusieurs autres ouvrages, tels que : Questions sur les deux Testaments; Exhortations adressées à ses moines, aux jours de fêtes des saints; deux livres de Médecine^ et plusieurs écrits sur la Grammaire; mais aucun n'est arrivé jusqu'à nous. , • s ,

BERTHAIRE, prêtre de Verdun, vivait vers l'an 888, à l'époque de t'incendie qui réduisit en cendres I église cathédrale, avec la plus grande partie de ses livres et de ses anciens monuments. Il crut qu'il serait intéressant pour la postérité de lui apprendre du moins ce qu'il savait des anciens évoques de cette Eglise, soit pour en avoir lu

I histoire dans ces livres avant qu'ils ne fussent consumés par les flammes, soit pour l'avoir apprise par la tradition des fidèles.

II dédia son ouvA/e à Dadon, évèque de Verdun en 875. Ce n'est qu'un très-petit abrég[é des évoques qui ont occupé ce siège, depuis saint Saintin jusqu'à Dadon, dont il ne rapporte même que quelques particularités. Les deux évèques dont il parle avec plus d'étendue sont Attan et Bernard, parce qu'ils étaient de son temps. Un moine ano« ojme de Saint-Vanne a continué cette His-

toire jusqu'à répiscopat de Thierry, qu*:! donna pour le quarantième évèque de Verdun. L Histoire et sa Continuation se trou- * vent dans le tome XII* du Spicilége de dom Luc d'Achéry.

; BERTHOU)» prêtre du diocèse de Cons- ' tance» dans le xi* siècle, a continué la Chro^ nique d'Hermann Contract, depuis l'an lOSfc, époque de la mort de cet historien, jusqu'à l'an 1100. Il s'est appliqué particulièrement à rapporter ce qui se passa de considérable dans la dispute de Grégoire VII avec le roi Henri IV; et on s'aperçoit aisément qu'il tenait le parti du pontife. Sa Chronique^ quoique estimable, n'est pas exempte de» fautes. Il en commet une quand il dit que le clergé de Metz, ayant refusé pour évèque celui que le roi Henri avait substitué à Hermann, en choisit un qui fut sacré à la micarême, par Gébehard, évèque de Constance et légat du saint-siége. Hugues de Flavigny, maire de Verdun et témoin oculaire, raconte que l'élu du clergé de Metz fut ordonné par

I archevêque do Lyon, assisté des évèques de MAcon et de Langres, la première semaine de carême. Il rebiarque que cette ordination aurait dû se faire par l'archevêque de Trêves, métropolitain, mais qu'on ne s'adressa point à lui, parce qu'il s était déclaré pour l'antipape Guibert contre Grégoire VIL On croit que Berthold est le même que Bernold, qualifié aussi prêtre de Constance. Jacques Hottinger cite ae lui des réponses aux objections des schismatiques, et diverses lettres où il traitait de la loi d'excommunication,, de la solution du serment de fidélité, du salut des enfants qui ont reçu le baptême des excommuniés, de l'acquisition des églises par argent, et des devoirs des prêtres; et il en marque le sujet dans ses additions au tome IV de YHistoire ecclésiastique helvétique imprimée en allemand. On croit encore que Berthold est le même que le prêtre Bernard, dont l'anonyme de Malk dit qu'il composa, de concert avec son collègue Alboin» un écrit utile sur Vin^ continence des clercs; V Apologétique des décrets publiés par le pape Grégoire VU» dans un concile de Rome, contre les clercs simoniaques et incontinents; un livre de lapuissance des prêtres; un de la concorde des of-

«ces ; un ae la confession et une Chronique. erthold composa une Apologétique pour le pape Grégoire, ou Traité des sacrements des excommuniés, selon le sentiment des Pères.

II est le premier de ceux que Gretzer a fait imprimer sous le nom de Berthold, dans le tome VI* de ses ouvrages. 11 met ensuite VApologétique de l'excommunication» prononcée par le pape Grégoire Vil ; les actes du concile qu'il tint à Rome, en 1074, et plusieurs lettres dont il serait trop long de rendre compte. Tous ces opuscules portent tantôt le nom de Berthold, tantôt celui de Bernold, et quelquefois celui de Bernard. La

?ualiUcation de prêtre, ou de maître des coies de Constance, appliquée indifféremment à ces trois noms, fait supposer qu'ils ao désignaient qu'une seule et mén^e per^

l>|CTipimAI|^ PZ fkTf^Um^

sonne. JDi^ t^iHp daps Tanopyine de Molki comp).e dans .Grefzer .çt dflins H.ottinger, ces trois noms sopt souvent confondus pour désigper les mêmes ouvrages. Bellarmin d)t queBerthold est un écrivain pieux et fidèle; mais les écriy.ains protestant^ Taccusent de s'être montré partisan trop déclaré du sainiwége. Berthol(J mourut viers Tan 1100.

BÉRYLLE , était évêque de Bostres en Arabie. Après avoir gouverné quelque temps son Eglise avec un zèle qui lui aoquit une grande riéputatiou de vertu, il voulut v introduira une doctrine étrangère à la ^i. Il enseiguait que Jésus-Chrifit n ayait eu aucune existence qui lui fdt propre et personnelle, avauit de paraître parmi les iïommes, et qu'il ne possédait d^aulre divinité que celle du Père, qui habitait ^n lui coi^me il avait habité dans les prophètes. Ainsi, h Tcxemple d'Artemon et dfi Sabellius, il anéantissait la personnalité divine du Verbe ét.ernei. Plusieurs évèques se réunirent et discutèrent avec lui pour Ije tirer d'erreur; mais son opiniâtreté les obligea h appeler Origène, qui se trouvait alors eu Grèce, peut-être même à Athènes. Origène eut d'aiK)rd quelques entretiens familiers avec Bérylle pour le sonder; mais dès qu'il eut reconnu quelle était sa docirine, il lui en fit voir la fausseté avec une charité si douce, mais len même temps par des nrejuves si fortes et si convaincantes, qu'il le ramena à l'orlhodoxio de U foi. On voyait encore, du temps d'Eusèbe, les actes de toojt ce qui s'étaii passé dans cetto affaire, les déjorets du concile assemblé à ce siyet, les écrits de Jtérylle et les coûférences qu'Origène lavait eues avec lui dans l'église de Bostres. Saint Jérôme avait lu les conférences d'ôrigène avciC Bérylle, les lettres que cet évêque lui écrivit en actions de grAces, et celles qu'Origène lui répondit. Il lui attribue encore divers opuscules, dont il n'indique pas le sujet. Aucun n'est arrivé jusqu'à nous. Socrate cite la lettre des évêques assemblés contre Bérylle pour montrer qu'avec saint Irénée, saint Gément d'Alexandrie et beaucoup d'autres anciens, ils accordaient une Âme humaine à Jésus-Christ. Bérylle vécut sous les règnes d'Alexandre Sévère et de Maximin et Gordien, qui lui succédèrent dans le gouvernement de l'empire.

BQECË, connu dans Tafitiquité sous les noms d'Anitiw Manlius forquatus Sisverinus Boeliusj fut un des hommes les plus illustres des V et vi* siècles, par sa naissance, svs vertus, ses talents, ses services, ses dignités et ses malheurs. Il naquit à Rome, vers l'an 470, çl'une des plus anciennes et des plus riches familles de cett^e ville, et d'un jpère qui ïut trois fois consul. L'empire d'Occidcot se i^rouvait .alors désolé par les incursions des barbaries, qui s'étaient partajgé ses plus ;bellês provinces, après avoir détruit les plus anciens monuments de la puissance romaine. Maîtres de Rome et de ritalie, l'hérésie arienne dont ils fajLsaient profession y reprit de nouvelles forces, (jui

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sfi manifestèrent par la persécntion 4es caihoHquos. Ce fut a'cétfe éjîoq^é dé nà^heurs que la Providence fit naître Boëce potir être un jour le défenseur de la vérité. Flavius boëce, son père, avant reconnu en lui, dès ses premières années, d'heureuses dispositions pour les sciences et pour II vertu, n'omit rien de ce oui pouvait en favoriser le développement. On a cru mal à "propos, d'après le livre De di/scipîina scholartum, faussement attribué à Boëce, et qui paraît être de Denis le Chartreux, qu'il avait éii envoyé très-Jeune à Athènes; mais il est prouvé qu*il reçut il Rome une brillante éducation , $ous les yeux de sop père et les mattres les plus habïles àe son temps. .Ce iiit alors que, riche de son' propre fonds, Il ^iia à Athènes, qui était encore le conlrc du goût et des lettres. Là il se nourrit, sous les plus célèbres philosophes et orateurs, de toutes les sciences de la Grèce, et puisa à leur école ce genre de philosophie qui caractérise tous ses écrits. Il lut tous les ouvrages des anciens, et traduisit même en sa langue ce au'ils avaient produit de meilleur, savoir Iti Musique de Pythagore, VAslronO' fnie de Ptolémée, VÀrithmétique de Nicomaque, U Gioméfrit d'Euclide» la TUoUm de Platon, la Logique d'Aiistote et XesMécaniques d'Archimède. Cassiodore, qiii avait Itt ces traductions, les trouvait si parfaites q^'ii n'a pas oraint de les préférer aux originaux. La mort de Flavius, soa père, arrivée en ^90, trots ans après son dernier consulat, obligea Boëce à revenir à Rome. It y fut quelque temps après déclaré patrice; et par considération pour sa famille, il consentil à s'engager dans le mariage. Il épousa filpis, dlle de Festus, également recommandaole par sa piété, son savoir et ses talents. On lui attribue quelques hymnes du Bréviaire romain , qui sont encore en usage aujourd'hui, entre autres, celle que l'Eglise chante à la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. A la mort dé sa première femme, Boëce épousa en secondes noces Rusticienne, fille de Symmaque, sénateur romain; et Dieu bâiit ce mariage par une nombreuse postérité. Le roi TWoaoric s'étant présenté pour entr^r Â|ris Boawi sof la tin de l'an $00, le sénat all^ fort loin à sa rencontre , et Boëce fut choisi ^ cop^me le plus éloquent des sénateurs, pour porter la parole dans cette circonstajgice. Ù le ùl arec tant de ujgnité qull plut égalemexM au roi, ,aux GotUs et aux Romains. XhéodoriiC stt^ tout fut si charmé de la générosité de fs sentimeiOs , vie l'étei^due de ses connaissances et de sa rare capacité pour les affaires, qu'il le lit maître du paûis e^ des offices, les deux charges de la 60ur qui donaaient le plus d'autorité dans TËtat et le plus d'accès auprès du trône. Boëce se forma alors U.7 système de politique fondé sur la vertu, ^et mit toujt en œuvre pour le fctf® goûter h ThéQdoric. U eoi^pècba cp ftinc» arien de persécuter les catholiques, I^dgagea môme à les prendre sous aa t^\^ uon; il lui persuada de diminuer les lOi-^

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pots, de ménager ses finances avec une sage économie, d'entretenir en temps de paix des troupes bien disciplinées, aun de donner du relief à la majesté royale, et d'imposer aui puissances ennemies. 11 insista fortement sur la nécessité de n'accorder les places qu'au jfùénlfdf de faire observer strictement les lois, et d'en punir la transgression avec sévérité. ^1 l'exhorta èi proléger les sciences et les beaux-arts ^ ainsi que ceux qui les cultivaient avec succès ; K être maguilique dans les édifices publics, ainsi que dans certaines fêtes qui relèvent aux yeux du peuple Téclat de la souveraineté. Cependant le soin des affaires publiqjiijes ne lui faisait uas négliger l'étude des sciences divines et aumaincs. Il se dérobait, à cet effet y tous les moments qu'il aifrait pu donnar à $e$ plaisirs. Jamais on ne le vit au Cirque, ai au théâtre, ni au bain, ni à aucune de ces assemblées mondaines si fort en usage à Rome. Sauvent même il prenait sur son repos pour se livrer à l'étude. Par ce moyen, il se trouva en état de composer un grand nombre d'ouvrages dont la plupart sont venus iusqu'à nous. Quelques évoques d'Orient s'étaot plaints au pape Symmauue des progrès que l'hérésie eutycliionue laisait dans leurs diocèses, et des mouvements que les partisans de l'erreur se donnaient pour éluder les décisions du concile de Chalcédoino, le saint pontife assembla les évéques qui se trouvaient présents à Rome, les principaux de son clergiô et les personnes les plus mstruites du sénat et dju peuple»

f>our leur faire part de celte lettre et prendre eurs conseils. La lettre fut lue en pleine assemblée; mais Boëce, çiui y avait assisté, ne crut pas devoir s'expliquer avant d'avoir examiné avec soin la question; il remit è son premier loisir la réfutation des erreurs d'Eutvdiès et de Neslorius. Nous avons encore le Traité qu'il composa à cette occasion, pour montrer qu'il y a en Jésus-Christ deux natures unies en une seule personne. il est adressé à Jean, archidiacre de Rome, qui avait assisté à la conférence. — U y avait deux choses à Rome qui déshonoraient cette grande ville depuis que les nations barbares s'étaient emparées du gouvernement : les manichéens d'une part et les magiciens de l'autre, qui avaient déjà engagé dans leurs superstitions plusieurs personnes de qualité et même des sénateurs. Boëce, api es avoir gémi longtemps dans le secret de son àme, crut devoir faire là-dessus des remontrances au pape Symmaque. Il lui exposa la grandeur du mal, et ne craignit

f>as de lui proposer le fer et le feu, comme 'unique remède ôapable de le guérir. Le saint pontife recula devant les éventualités d'une telle exécution; mais ïocce fit si bien qu'il fit renouveler par le roi Théodoric les anciennes lois des empereurs chrétiens, qui défendaient à tous les sujets de l'empire d'exercer aucun art magique; de sorte que les manichéens et Les magiciens furent chassés dé la ville. Un se saisit de leurs livres et de leurs simulacres qui furent

brûlés dans un bôcher dressé devant la

1)orte de ia basilique de Latran. Le zèie que es Romains firent paraître dans cette occasion effraya tellement ces imposteurs, qu'on n'en vit plus jamais aucun dans Rome.

Boëce, croyant avoir trouvé la source de ces désordres dans l'ignorance où la plupart des Romains étaient ensevelis , forma le dessein de donner au public un cours complet de philosophie, afin qu'en ouvrant l'es* 1}rit des jeunes gens il pût les élever, par a connaissance des effets de la nature, jusqu'à la connaissance du Créateur. Cependant Roëce était toujours l'oracle de Théodoric et l'idole de la nation des Goths. Les plus grands honneurs ne paraissaient point encore suffisants pour récompenser son mérite et ses vertus. Trois fois on releva au consulat, et, par une distinction unique, il posséda, en 510, cette auguste dignité sans collè[^e. Ses deux fils, jeunes encore, furent désignés consuls pour l'année 522; c'était un privilège réservé aux fils des empereurs. Il les vit tous les deux portés sur un char par toute la ville, accompagnés du sénat et suivis d'un concours prodigieux; il eut lui-même une place au Cirque, ^u milieu des deux consuls, reçut les compliments du roi aux acclamations de tout le peuple. Ce lour-là il prononça le panégvrique do Théodoric dans le sénat, après quoi on lui mit une couronne sur la tête, et il fut proclamé prince de Téloquence. Mais Boëce semblait n'être monté si haut que pour faire une plus grande chute. Ses amis, s.es richesses, ses honneurs, ses services, ne purent le garantir des coups de la fortune. Tant que Théodoric se conduisit d'après ses conseils, son règne mérita de servir de modèle aux bons princes ; mais, devenu vieux, il devint mélancolique, jaloux et défiant pour tous ceux qui Tappro- .chaient. Il donna toute sa confiance à aeux Goths, Trigille et Conigaste, aussi avares

Sue perfides, et qui écrasèrent le peuple par es impôts excessifs. Dans une diseitc, ils achetaient à bas prix du blé qu'ils faisaieut conduire dans les greniers du prince, pour le vendre plus tard à un prix très-élevé. Boëce se chargea de porter aux pieds du trône les soupirs et les larmes des provinces. Ses représentations furent inutiles : résolu de tenter un doriier effort, il exposa au roi, en plein sénat, les manœuvres des sangsues

f publiques ; il ne craignit point de défendre e sénat lui-môme, accusé de conspiration [mur délivrer l'Italie du joug des Goths qui •opprimaient. Les hommes injustes qu'il avait réprimés dans son ministère, les usurpateurs qu'il avait punis, lui avaient suscite un grand nombre d'ennemis. Ils se réunirent tous alors pour donner h ses dernières démarches les plus mauvaises intentions.

Son courage fut regardé comme un acte de rébellion, sa défense du sénat comme une preuve de complicité avec ce corps. Théo^ clorlc fit prononcer contre lui un décret qui le déclarait coupable de haute trahison. Il fut arrêté avec son beau-père Symmaque» <î;

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DICTIONNAIRE DE PATROLOGIB.

renfermé au château de Pavie» où Ton montre encore aujourd'hui une tour qui, suivant la tradition populaire, leur servit de prison. Relégué plus tard dans un autre château situé sur le territoire de Calvance, au milieu d'un désert également éloigné de Pavie et de Rome, il fut mis à mort avec des circonstances qui font frémir d*horreur. On lui serra la tète avec une corde attachée à une roue, qui en tournant lui fit sortir les deux yeux; on retendit enfin sur une poutre, où deux bourreaux le frappaient avec des bâtons sur toutes les parties du corps, et, comme il respirait encore, ils l'assommèrent avec une iiache, le 23 octobre 526. Ses biens avaient été confisqués, mais Amalasonte les rendit depuis à sa veuve, qui fit relever ses statues. Les catholiques enlevèrent son corps et l'enterrèrent religieusement à Pavie. Deux cents ans après il fut déposé dans Féglise de Saint-Augustin, par ordre du roi Luitprand, qui lui érigea un mausolée que Ton voyait encore à la fin du dernier siècle, avant la destruction de cette magnifique église. Othon III lui en fit ériger un autre, sur lequel furent gravées d'honorables inscriptions. Les BoUandistes lui donnent le titre de saint. Son nom a été inséré, sous ce titre, dans le Calendrier de Ferrarius, et dans ceux de quelques Eglises d'Italie, qui l'honorent le 23 octobre. Boëce a laissé après lui plusieurs ouvrages, mais tous n'ont pas pour TEglise la même importance. U y en a qui sont purement philosophiques, et d'autres qui traitent des matières les plus essentielles de la religion. Ces derniers sont en plus petit nombre; mais, comme ils appartiennent plus particulièrement à notre sujet, nous les analyserons avec plus d'étendue; pour les autres, nous nous contenterons d'en donner une légère idée.

Des dewc natures et d'une personne en JesuS'Chrisl.^LQ premier traité théologique de Boëce, selon Tordre des temps, est celui qui a pour titre : Des deux natures et d'une personne en Jésus-Christ^ contre les erreurs d'Ëutvchès et de Nestorius. U le composa vers l'an 513, et nous avons dit plus haut '^à quelle occasion.— Avant d'entrer en matière, Boëce établit comme base de toute discussion la définition exacte et rigoureuse des termes de personne et de nature. Il prétend avec raison, aue partout où des contestations se sont élevées sur le mystère de l'Incarnation, la division s'est faite dans les esprits, ou par le défaut de connaissance de ces termes, ou parce qu'on avait omis d'en fixer la valeur. Il montre donc qu'il y a une différence essentielle entre la signification des termes de nature^ d'essence ou de substance^ et celle de personne. Suivant lui, toute la source de l'erreur de Nestorius vient de ce que, ne pouvant pas croire qu'il y eût des natures sans personne, il a confondu l'une avec l'autre, et enseigné conséquemment que, puisque Jésus-Christ réunissait en lui les deux natures divine et humaine, avec toutes leurs propriétés, il devait réu^

nir dit

lir également deux personnes. « La nature, oit Boëce, est une propriété spécifique de chaque substance ; la personne est une subsistance individuelle ae la nature raisonnable.»

U prouve ensuite, contre Nestorius, qu*il n'y a qu'une personne en Jésus-Chrisl, parce que s'il y en avait deux, comme il y a deux natures, il n'y aurait point d'union véritable. Jésus-Christ ne serait pas un, il faudrait en admettre deux ; autrement on n'aurait pas plus de raisons d'accorder ceUe qualité a une personne qu'à l'autre. Ou c'est la nature divine que Nestorius appelle Jésus-Christ, ou c'est la nature htimaine, ou enfin les deux natures réunies. Si c'est la nature divine» Jésus-Christ est Dieu et non pas homme ; si c'est la nature humaine, Jésus-Christ est homme et non pas Dieu; si enfin, ce sont les deux natures ensemble, Nestorius est forcé de convenir qu'il y a en Jésus-Christ deux natures réumes en une seule personne. Autrement, si chaque nature en Jésus-Christ conserve sa personnalité, comme il n'est point d'union personnelle et hypostatique possible entre deux natures si dissemolables, il en résultera, comme conséquence de ses faux principes, que le genre humain n'a pu encore être racheté ; que la naissance de Jésus-Christ n'est qu'un fait ordinaire, qui ne nous a point procuré le salut ; et que les prophètes nous ont fait illusion en nous promettant

Sue le monde serait sauvé par la naissance u Christ.

Il fait voir ensuite qu'Eutychès s'est égaré

Sar un principe semblable à celui qui a jeté [estorius dans l'erreur. L'un et l'autre n ont erré que parce qu'ils se sont imaginé faussement qu*il ne pouvait y avoir de nature existante, sans qu'elle subsistAt dans une

Eersonne. « Il y a deux natures en Jésus^ hrist, disait Nestorius ; donc il y a aussi deux personnes. » £utychès, par un raisonnement semblable, répondait : « Il n*y a qu'une personne en Jésus-Christ ; donc il n'jr a également qu'une nature. » On lui objectait l'évidence, en lui disant : Autre est la nature de l'homme, et autre est la nature de Dieu. — U répondait : Oui, aiant l'union hypostatique ou personnelle, la nature humaine de Jésus-<Shrist était différente de sa nature divine ; mais depuis cette union les deux natures n'en lont plus qu'une.— Là-dessus Boëce lui demande en quel temps s*est faite cette union, ou plutôt cette confusion de natures. Est-ce dans l'instant de la conception de Jésus-Chrjst, ou au moment de sa résurrection ? Si c'est dans l'instant de sa conception, il en résulte que Jésus-Christ était homme avant d'£tre conçu dans le sein de Marie, et que la nature humaine, qui allait se joindre à la nature divine, existait déjà, puisque, selon Eutychès, avant l'union, c'étaient deux natures distinctes ; mais il en résulte en môme temps oue Marie n'est point la mère de Jésus-Christ et que par conséquent toutes

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DICTIONNAIRE DE PATROLO<;iE.

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les promesses faites à Abraham et h David, que le Christ naîtrait de lear race, ont été vaines; que Jésus-Christ lui -môme s*est rendu coupable de mensonge en s'appelant le iils de rnomme ; puisaue, pour être le fils de rhomme, il aurait fallu qu'il tir&t sa chair

* de rhomme. En second lieu, si c'est après la résurrection que les deux natures ont été confondues, l'homme n*a donc pas été

• racheté, le péché d'Adam subsiste donc encore, et la passion de Jésus-Christ a été inutile, puisqu'il n'a pu satisfaire à la justice de Dieu qu'à la condition de souffrir comme homme, et de donner comme Dieu un mérite infini à ses souffrances ? Boëce ajoute que le mélange des deux natures n'a pu se faire qu'en trois manières : ou par la transformation de la nature divine en nature humaine, ou par le changement de la nature humaine en nature divine, ou en formant de ces deux natures une troisième qui fût un composé des deux sans être à proprement parler ni l'une ni l'autre. Le premier de ces changements est iinpossible ; la nature divine, essentiellement impassible et immuable, ne peut devenir passiole et sujette au changement; le second n'est pas môme supposable; un corps ne peut pas plus devemr un esprit qu'un esprit peut devenir un corps. Les substances môme cor-

f^orelles ne peuvent se changer l'une dans 'autre, qu'autant qu'elles ont pour sujet une matière gui 'leur est commune. Les eutvchiens disaient gue Jésus-Christ était de deux natures, mais gu'il ne subsistait qii'en une seule, c'est-à-dire qu'ils voulaient insinuer, sous ces expressions, que de la nature divine et de la nature humaine il s'en était formé une troisième qui était la nature de Jésus-Christ. Boëce démontre que ce changement n'est pas plus possible que les deux autres. En effet, cette double proposition : Jésus-Christ est de deux natures, mais il ne subsiste qu'en une seule, renferme évidemment une contradiction. Comment se pourraitil qu'une chose fût composée de deux natures, lorsque ces deux natures ne subsistent plus ? il établit ensuite la foi de l'Eglise catholir- [ue, qui enseigne que non-seulement Jésus- •hrist est composé de deux natures, mais qu'il subsiste en deux natures. Chacune de ces deux natures en lui est entière et parfaite ; il subsiste en elles, parce qu'elles demeurent effectivement, et il en est composé, parce que de l'union de ces deux natures subsistantes résulte la personne de Jésus- Christ. Il restait à expliquer la communication des propriétés de ces deux natures, et à montrer de quelle manière Dieu s'est fait homme, et de quelle manière l'homme est devenu Dieu, c'est-à-dire comment le môme Jésus-Christ est en môme temps Dieu et homme, fils de l'homme et Fils de Dieu. C'est ce qu'il fait en rapportant le tout à la personnalité, qui, faisant subsister simulta** nément ces deux natures, leur rend communes toutes leurs propriétés, par une appropriation que nous appelons, en théologie, communication des idiomei. Donc, encore que

Dictions, de Patrolooib. I.

l'humanité seule ait souffert, nous ne laissons pas de dire que Dieu a souffert, non que la divinité se soit changée, mais parce qu'elle s'est unie à l'humanité. Hais, soit que l'on distingue les propriétés de chaque nature, soit qu on les confonde en affirmant de la nature divine ce qui appartient à la nature humaine, et réciproquement, néanmoins c'est la nature humaine qui est homme parfait et Dieu parfait, à cause de l'union de ces deux natures en une seule personne.

Pour montrer que le corps de Jésus-Christ n'avait point été rormé dans le sein de Marie, plusieurs, [>armi les partisans d'Eutychès, alléguaient ce raisonnement des valentiniens : « Notre chair ne peut être considérée que sous deux rapports : ou dans l'état de l'innocence d'Adam, ou bien dans celui au-

2uel le péché d'Adam l'a réduite. Or Jésushrist n a point pris celle d'Adam innocent ; s'il l'avait prise, comme elle n'est pas la nôtre, il ne nous aurait pas rachetés, parce

Îu'il n'a racheté que ce qui en avait besoin, dam dans l'état d'innocence ne fut souillé d'aucun péché ; mais il avait le pouvoir de pécher. Au contraire, Jésus-Christ n'a jamais péché, et n'a jamais eu le pouvoir de pécher : il n'a donc pas pris la chair d'Adam considéré avant sa chute. On ne peut pas dire non plus que Jésus-Christ ait pris la chair d'Adam criminel, car cette chlair est non - seulement infectée d'une comintion

Sénérale répandue sur tous les descendants u premier homme, mais elle conserve encore, comme une peine de sa faute, une pente naturelle au péché. Or il n'y a jamais eu dans Jésus-Chnst aucune pente au péché. Ce n'est donc pas la chair criminelle d'Adam qu'il a prise, et puisqu'il n'a pris ni celle d'Adam innocent, ni celle d'Adam coupable, il n'a donc pas pris la nôtre ? »

Pour répondre à cette objection, Boëce envisage la nature humaine sous trois aspects différents : « avant lô péché d'Adam, dans la supposition qu'Adam n'eût pas péché, et après son péché. Le premier état est réel : l'homme alors n'était souillé d'aucun péché et ne mourait pas, mais il pouvait pécher et mourir. Le second est hypothéti-

Îue : si Adam fût demeuré soumis aux orras de Dieu, non-seulement il n'aurait pas péché, mais il n'aurait pu pécher, parce que alors il aurait été confirmé dans la flrftce. » Le troisième état est le nôtre; l'nomme peut pécher et mourir, et il pèche et meurt effectivement. Ces deux dernières conditions sont comme les deux extrêmes de la nature humaine. L'une aurait été la récom-

Sensé de la soumission d'Adam aux ordres e son Créateur ; l'autre est la peine de sa révolte, avec la pente au mal, l'impuissance de se relever de sa chute par ses propres forces, et la mort. La première condition tient le milieu entre les deux autres ; on n'y voit ni mort ni péché, mais seulement le

Eouvoir de pécher et de mourir. Jésushrist a pris de ces trois états ce qui pouvait convenir à son humanité pour opérer notre salut. U a pris du premier Timpeccft-

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MCllOimiRE DE PÀTROLOGIE.

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bililé, h Jamielle l'homme serait parvenu s'il eût été tilele, à Dieu ; du second, les fouctiooë propres à Thomme» comme de manger, boire et dormir ; et du troisième, Tas-^ sujettîssement à la mort. D*oii Boêce conclut que ce n'est pas seulement la chair d'Adam pécheur que Jésus-Christ a prise» mais celle d'Adam innocent, ce qu'il a été on effet; et celle d'Adam impeccable, ce qu'il aurait dû être, s'il fût demeuré dans I obéissance qu'il devait à Dieu,

Tel est l'ouvrage de Boëce. Le style en est extrêmement concis, ce qui le rend trèsobscur. Gilbert de la Porée, évèque de Poitiers, a essayé de l'expliquer par un long oommeotaire, mais sos recherches n'ont servi qu'à embrouiller le texte, et à le rendre plus obscur encore. Ce Commentaire se tiaouva imprimé à la suite du Traité dans plusieurs éditions. Boëce termine son livre

Ïar un acte de vraie modestie chrétienne : 'un c6té il reconnaît oue d'autres peuvent avoir traité la matière beaucoup mieux que lui, et il sa range à leur sentiment sur tous les points où il se serait égaré ; de l'autre, il confesse <{ne tout ce qui peut se lire dé kon et de bien dit dans son livre* ne vient ffts de lui, mais de Dieu, qui est la pléni* tilde é% tous las biens et la source d'où déeaule tout don parfait.

De VmnUé 4e DieiL — Les difficultés qui $*élevaiaBt de jour en jour sur la religion, ftrtout à i^ropos de certains termes qud Ion inventait pour rapprocher notre foi (ie$ idées ordinaires et pour la mettre à la portée eommune de toutes les intelligences»

Wgasàrent Boëce à c<Mnposer deux autres Iraites, dont l'un a pour but de montrer l'u- BÎté de Dieu dans la Trinité, et l'autre l'iidentité de substance dans les trois personnés de la Trinité. Le premier est aoressé à Sjrmmaque, qu'il en établit le juge et le censeur.

Ce traité est conçu ^en termes très-abs« traits, qiji marquent combien Boëce était Tersé dans les subtilités de la philosophie péripatéticienne. Dès le commencement, il observe que plusieurs sectes ont usurpé le nom de chrétien, qui n'appartient proprement qu'à r£glise catholique, qui de U>u- 168 les extrémités de l'univers réunit tous Its hommes dans la profession d^une même loi. il enseigne que cette foi consiste à reeonnaitre^t à adorer un Dieu Père, un Dieu Fils, et un Dieu Saint-Esprit, mais de ma** sièro à n'adorer dans ces trois personoea qu'an seul Dieu. 11 prouve l'unité de Dieu, par la raison qu'il ne peut y avoir die divers tîté dans la nature divine, imiaqu'on n'y Iroute ni gesire, ni espèce» ni accklent, m TÎeD de œ qui constitue la diversité. Il dér montre cme les ariens, en attribuant au Pêne éea peroeotions qu'ils refusaient au Fils, tétaient fbneés d'admettre une 4ivorsité de nature entre le Père et le Fils, mais que les ^eatboliquee évitaient cette erreur^ en n'a<>- «ordant au Père aucune qualité ni aucune perfection qui ne fût également dans le ?iU «t le Saml^Eaprit. Il ajoute qu'aucun^

différence, ni générique, ni ' spéci6que, ni numérale, ne pouvant exister entre les trois personnes de la Trinité, elles conservaient entre elles une parfaite unité de substance et une entière égalité de perfections.

Boëce reconnaît que la trinité de personnes en un seul Dieu*est un mystère incompréhensible. La raison qu'il en donne, c'est que la nature divine étant une forme trèssimple, incapable d'oSlrir aucune image h notre intelligence, notre intelligence, dont toutes les connaissances, dans l'état présent de la vie , dépendent de rimagination et des sens, est inapuissanle quand il s'agit d'approfo'^dir ce mystère si au-dessus de sa portée. Venant ensuite au fond du mystère lui-même, il montre que Tidée la plus pa^ faite que nous puissions concevoir de Diea est oelle qu'il nous a donnée, quand il a dit : Ego sum qui sum . termes qui nous font comprendre que Dieu est une forme trèssimple, sans aucune partie, et conséquemment indivisiole, parce qu'il n'y a que la forme qui donne Vètre. Par exemple, une statut spit de bronze, soit de pierre, n'est point une statue par la matière dont elle est composée, mais par la forme ec la figure empreintes sur cette matière. De plus, si c'est la forme et non pas la matière qui donne Tôtre, c'est une conséquence nécessaire que Dieu ne soit pas matière, mais qu'il soit tout esprit, parce qu'il est tout êtro» On ne peut pas dire la même cbose des créatures, ()arce qu'il ti'î en a aucuDO qui soit d'elle-même ce qu elle est, mais seulement par les parties dont elle est com^ posée^ de sorte que ce soîit les parties qui k composent qui déterminent son être.

Ainsi le corps et Tâme con:>titueut l'homme; cependant 1 nomme n'est ni son corps ai son Âme, mais son essence consiste dans l'union de ces deux parties. De la simplicité de la forme de Dieu découlent tous les attributs et toutes les prérogatives de la Divinité ; son indépendance^ puisqu'elle subsiste par elle mtime ; sa toute-puissance, puis^ qu'elle ne tire son pouvoir d'aucun être oui m soit différent^ et son unité indivisible, puisqu'elle n'est composée d'aucunes parties qui puisseut être les membres de la Divinité, et donner lieu ainsi h la pluralité des dieux. Dans les créatures, soit corporelles, soit spirituelles, les accidents sont reçus dans le sujet, les accidents corporels dans la matière, les accidents spintuels dans l'être spirituel ; mais en Dieu il n'y a jamais Aooident» et dès Ions H est immuable «

r Mau'si Dieu est un et indivisible, et qu'A Ad puisse y avoir en lui ni nombre ni plu* «lité, pourquoi répétons-nous trois foi? W nom de Dieu en disant : Le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est DieuJ tunUé plusieurs fois répétée ne fail-elle pas un nombre, et, par une conséquence jiiécessaire, une pluralité î Boèce, pour repondre à cette objection, dislingue deux sortes d'unité : Tune numérique, et 1 auff* numérante^ comme s'il disait que pour faire

PICTIONNAIRE DE PATROLOCIE.

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uD nombre il ne suffit pas de multiplier l'u- la substance. Si les personnes sont divisées, oité oui compte, maïs il faut encore muiti- et la substance indivisSble, il est nécessairç plier l'unité ue la chose qui est eom^^ée. En ■ que le terme qui tire son origine des per-

ce sens, limité numérique seule fait nombre, tandis que l*unité numérante reste toujours è l'étai <l*uflité. li explique sa distine^ tion par cet eiemple : Quand je dirais ? Soleil, soteilt soleil, cela ne ferait pas trois soleils ; oe ne serait qu'une triple répétition de la même chose. De même, lorsque je dis t Le Père est Dieu» Je Fils est Dieu, le Saint- Esprit est Diea, cela ne fait pas trois dieux; ce n'est qu'une répétition de la même divinité, attntmée au Mre, au Fils et an Saint- Esprit. Il pénètre plus avant dans les profondeurs au mystère; il état>lit les relations u'ont entre efles les trois f>ersonnes de la 'rinité, et il conclut en disant : Le Père est Pieu, le Fils est Dieu, le Sainte-Esprit est Dieii, parce qu'en Dieu il ne se trouve aucune diflérence par laquelle Dieu puisse liifTérer de Dieu. C'est i)Our cela que les trois personnes ne font qu'un seul et même Dieu ; car il n'y a point de diversité 1^ où il n'^ a peint de pluralité, et là où la pluralité manque se trouve une parfaite unité. Rien n'a pu être engendré de Dieu que Dieu. — Il est à remarquer que Boëce, pour eijirimer la génération du Fils et la spiratioD du Saint-Es|>rtt, se sert également du terme de prûcession. Gilbert de la Porée, dans le Commentaire qu*il a publié sur ce traité, a af »ncé plusieurs propositions qui ont été taxées d'erreurs.

Si le Pire, le Fils H le Saini-Eiprii pet^ tent être affirmés subsiantiellement la divi^ niîé, — Ce traité est adressé à Jean, diacre de l'Eglise romaine. Il est en forme de lettre, et il roule sur ce pKnci|>e, savoir, que tous les attributs absolus se pouvant affirmer substanliellemerrt de Dieu, ils peuvent s'affirmer également des trois personnes de la Trinité, parce que, possédant toules les trois toute la divinité en substance, et toutes les perfections de cette nature, il faut que tout ce qui se dit substanliellemeot de la nature divine se puisse aftirmer aussi de chaque personne en particulier. Mais il n'en est pas ainsi des attributs relatifs. On ne peut pas dire du Fils qu'il est le Père, ni du Saint-Esiir t qu'il est le Père et le Fils, ni conséquemment que la divinité soit ou le Père, ou le Fils, ou le Saint- Esprit, quoiqu'elle soit reitfermée dans ces trois personnes. Au eontraîre, on dit bien de chacune de ces personnes qu'elle est la sagesse, Ja vérité, la borHé, li justice, parée que ces termes marquant des attributs alH solus, c'est-à-dire, sans dépendance, sans relation, sans rapjjort à une persoimeplutêt qu'à une autre, ils peuvent être affirmés substantiellement de la Divinité, comme convenant tous à «baque personne divine, au Père comme au Fits, et au Fils comme au Père et au Saint-Esprit. Ce principe posé, Booce s'exprime em ces termes sur la proposition qui fait la matière de son traiié. « La triniié consiste dans la pluralité des personnes, et Punité dans la simplicité de

sonnes ne se rapporte point à la substance ; or la diversité ou distinction des personnes constitue la trinité : donc la trinité ne peut s'affirmer de la substance ou de la nature divine. Il ressort de là que ni le Père, ni le Fils, ni le Saint-£sf>rit, ni la trinité ne peuvent s'aftirmer substantiellement de Dieu, parce que, comme on l'a dit, ce sont là des termes relatifs. Mais ceux de Dieu, de vérité, de justice, de bonté, de toute-puissanoe, de substance, d'immutabilité, de vertu, de sagesse, et autres semblables, peuvent se dire sut>stantiellement de la divinité, parce que «ce sont des termes absolus qui marquent les perfections communes à chaque personne divine. »

Si ieut ce fui exista, est ben. — Le dîacre lean, discutant un jour avec un philosophe namichén, se trouva embarrassée par cette question : Comment est-îj ^ssible aue tout être soit bon, et que la bonté, qui n'est point un être substantiel, puisse convenir à toutes les substances en vertu de leur ôlre? * 11 pria Boëce d'écrire sur cette matière, ce qu il fit en lui dédiant le traité dont nous avons indiqué le titre. Pour résoudre cette question, il pose divers principes, dont l'un est qu'il faut mettre une diflérence entre la substance et l'accident ; et 1 autrç, que Tessenoe des dioses est d'elle-même si simple, qu'elle ne souffre point de composition. Ensuite il fait voir que, les créatures n'étant bonnes que par participation de la bonté de l'être qui les a créées, tous les êtres sont à cet égard essentiellement bons. Toutefois, leur bonté est bieu diiférente de ceUe de Dieu, non-seulement parce que celle de Dieu est immense et sans bornes, qualités qui ne con- Yieiinent point à la bonté des créatures, mais encore parce que l'on ne peut concevoir que la nature de Iheu ne soit pas la bonté même, au lieu que la nature des êtres créés n'est bonne que par participation de la bonté de l'être incféé.

Confession de foi, — Boëce composa cet ouiwage dans un temps où l'Eglise, déchirée par les schismes et les hérésies, semblait attendre de lui qu'il fît connaître publiquement qu'il ne professait d'autre foi que celle qu'il avait reçue dans le sein de l'Eçlise catholique, où il avait été instruit et baptisé. — Cette fei, comme il le remarque d'aoord, est établie sur l'autorité dos deux Testaments; mais elle ne s'est répandue par toute la terre qu'à l'avènement de Jésu&Cnrisl : d'où vient qu'on lui donne le titre de loi ou de religion chrétienne. Elle consiste à croire que la substance ou la imture divine du Père, du Fils et du Saint-Esprit, est de toute éternité et avanttous les temps; quele Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que le 'Saint-Esprit est Dieu, saesque néanmoins ce soient trois dieux, mais un seul Dieu ; que le Père a un Fils en- {;endré de sa propre substance, et qui lui est coétemel, mais qui n'est pas le même que le Père; que le Père n'a jamais été Fils, oi

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DIGTIONNÂUŒ D£ PÂTROLOGIE.

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le Fils, Père; aue le Saint-Esprit n*est ni Père ni Fils, n'étant ni engendrant, ni engendré, mais qu'il procède du Père et du Fils, sans que nous puissions expliquer clairement cette procession, non plus que la manière dont le Fils est engenaré de la substance du Père. Cette foi est appuyée sur les divines Ecritures, dont les hérétiques, faute d'en comprendre bien le sens, ont tiré plusieurs erreurs. Boëce rapporte celles des sabelliensy des ariens et aes manichéens. 11 ajoute que Dieu, sans souffrir aucun changement dans sa nature, a volontairement créé le monde, non de sa substance, de peur qu'on le crût divin, ni d'une matière préexistante, de peur qu'on ne crût que quelque chose existât auparavant, contre la volonté de Dieu, mais de rien et par sa seule parole. C'est de la même sorte que Dieu a créé les anges, divisés en plusieurs ordres, pour habiter lé ciel, et les hommes pour peupler la terre. Il rappelle la chute des anges, qui furent bannis du ciel, et la chute de l'homme, qui fut chassé du paradis terrestre. C'est par la révélation de Dieu, dit Boëce, que Moïse a appris toutes ces choses, comme le témoignent les livres qu'il a écrits. — Cette prévarication du premier homme a causé la corruption des âmes et des corps, et introduit la mort dans le monde à la suite du péché. Il décrit en peu de mots les suites fâcheuses du péché d'Adam; les dissensions» les guerres, les dérèglements des hommes que Dieu punit par un déluge, dont Noé seul fut sauvé avec ses enfants. Les hommes s'étant multipliés de nouveau, les vices se multi-

f)lièrent avec eux; Dieu, qui ne voulait plus eur infliger la môme punition, aima mieux choisir quelqu'un d'entre eux pour en faire naître son propre Fils selon la cnair. Il choisit la race d'Abraham. Boëce en trace succinctement la généalogie, raconte le séjour des descendants de ce patriarche en Egypte, Içur sortie miraculeuse de ce pays, le passade de la mer Rouge, la promulgation de la loi sur le mont Sinaï, les victoires des Israélites sur les nations infidèles, leur établissement dans la terre promise, les diverses formes de leur gouvernement, qui fut administré h la fin par des rois, tirés tous de la tribu de Juda jusqu'à Hérode, qui était un étranger. Ce fut sous son règne que vécut la bienheureuse vierge Marie, issue de la race royale de David et mère du Libérateur des nations.

Dieu donc, dans les derniers temps, envoya son Fils unique, qu'il fit naître d'une vierge, afin que le salut du genre humain, compromis par la désobéissance du premier homme, fût rétabli par un Homme-Dieu; et comme une femme avait introduit la mort dans l'humanité, il voulut qu'une autre femme apportât aux hommes la source même de la vie. On ne doit pas regarder comme vile, parce qu'il est issu d'une vierge, la naissance du Fils de Dieu; sa naissance comme sa conception sont au-dessus des règles ordinaires de la nature. C'est par Topération du Saint-Esprit que cette vierge a conçu

le Fils deDieu ; elle l'a enfanté vierge, et elle est demeurée vierge après son enfantement. Le fils qu'elle a engenaré est en même temps Fils de Dieu et fils de l'homme, de sorte qu'on voit se révéler simultanément en sa personne et les grandeurs de la nature divine et les faiblesses de la nature humaine. Quelque vraie que fût cette doctrine, il s'est rencontré des hommes qui l'ont combattue; entre autres, Nestorius et Eutychès. Il rapporte ensuite la vie de Jésus-Christ, ses enseignements, son baptême, l'élection des douze apôtres, sa passion, sa mort, sa résurrection, et, avant son ascension glorieuse au ciel, l'institution des sacrements, qu'il laissa comme des remèdes infaiUibles pour guérir les plaies profondes que le pèche avait laissées au cœur de l'humanit'é.

La doctrine céleste de l'Evangile s'étant répandue par tout l'univers, il s'est fait une union des peuples qui l'ont embrassée; on a établi des églises, et il s'est formé un corps qui a rempli toute la terre. Le chef de ce corps est Jésus-Christ monté au ciel, où il attend ceux de ses membres qui, avec le secours de sa grâce, auront mérité.le bonheur: car c'est là le point principal de notre religion, de croire que non seulement nos âmes ne périssent point, mais qae dos corps mêmes, que la mort paraissait avoir dissous, ressusciteront dans leur ancien état, pour jouir de la gloire. Il parle du compte que chaque homme rendra à Dieu après la mort, de la destruction générale qui se fera de tout ce qui est corruptible, de la récompense due aux différents mérites des hommes, et finit en disant que la béatitude consistera dans la vision de Dieu, que les saints connaîtront, autant qu'il peut être donné à une créature de connaître le Créateur. Alors, comblant le vide laissé par la perte des auges, ils rempliront la cité céleste, dont le Fils de la Vierge est le roi, et là la joie sera éternelle, et les louanges du Créateur feront à jamais le plaisir, la nourriture et l'occupation des bienheureux.

Voilà en substance ce que contient la Confession, ou plutôt l'exposition de foi de fioëce, que René Yallin, son éditeur, appelle un livre (Tort parce qu'en effet elle est une des plus suivies, des plus exactes et des plus complètes qui nous soient venues de Tantiquite.

Consolation de la philosophie. — De tous les écrits de Boëce, le plus célèbre, sans contredit, est la Consolation de la philofopMf qu'il composa dans la prison do Pavie, sans le secours d'aucun livre. C'est un dialogue entre lui et la sagesse incréée, sur la Térile d'une providence prouvée par la^/*^^^5i Quoique les sentiments de piété au'il y déploie soient ceux d'un parfait chrétien, cela n'a pas empêché Glaréanus d'avancer que w

livre est plus philosophique que religieuxie» de prétendre qu'il n'était pas de Boëce, parce que le nom de Jésus .Christ ne s'y troure pas prononcé. Cet ouvrage. Partie en yej^» partie en prose, est écrit en forme de dialogues et divisé en cinq livres.

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Le premier commence par des vers élégiaques, où, après avoir exprimé les motifs de sa douleur, il dit qu^il Q*est rien en ce monde sur quoi Ton puisse moins compter

aie sur le brillant de la fortune et les ap* . audissementsdes hommes, puisque celui-là n'était pas solidement établi qui n*a pu éviter de tomber. Il raconte ensuite, mais en prose, comment, s*entretenant de ces tristes pensées, appuyé sur son lit , la Sagesse lui apparut sous la figure d'une vierge d'une beauté admirable, qui portait sur le bas de sa robe trois caractères grecs, dont Tun exprimait la philosojphie pratique et l'autre la philosophie spéculative ; et comment s'étant approchée de lui, elle avait essuyé ses larmes et dissipé les ténèbres dont son esprit était offusqué. Il rapporte au long les discours

aue la Sagesse lui tint, et la manière dont lui exposa lui-même les causes de sa dis-* grâce, disant que tout son crime était d'avoir voulu conserver la vie et l'honneur du sénat. Le second livre renferme les motifs que la Sagesse emploie pour le consoler, en lui faisant voir qu il ne lui était rien arrivé qui ne fût commun à tous les hommes ; que la nature de la fortune est d'être inconstante , et que, s'il avait à se plaindre d'elle, elle pourrait à son tour lui reprocher son ingratitude, puisqu'elle n'avait cessé jusque-là de le combler de biens et de dignités. Les douceurs de la félicité humaine étant toujours mêlées d'amertume, et sans aucune stabilité, l'homme doit donc savoir que son bonheur ne saurait consister dans ce qui est caduc et

f)érissable et qu'il n'j a que le souverain >ien qui puisse établir sa véritable félicité.

La Sagesse continue, dans le troisième li* vre, à montrer en quoi consiste la vraie béatitude, qu'elle définit un état parfait et permanent ou tous les biens se trouvent réunis. Puis, parcourant les différentes opinions des anciens philosophes , elle fait voir le néant de . toutes les créatures dans lesquelles ils ont fait consister le bonheur. La souveraineté même n'est pas exempte de vide, puisque, réduite à elle-même, elle ne se suffit pas, et que, pour la soutenir, la défendre et la conserver, les rois sur leurs trônes ont plus besoin de secours étrangers que les hommes les plus infimes pour se maintenir dans leur condition.

Elle s'applique à prouver, dans le quatrième livre, que, même aès cette vie, les gens de bien sont toujours en honneur et en crédit, et que les méchants y sont toujours faibles, impuissants et méprisés ; que le crime n'y est jamais sans punition, ni la vertu sans récompense. Elle convient que les méchants ne laissent pas de faire ce qu'ils veulent, lorsqu'ils sont en autorité ; mais elle soutient qu'avec cela ils sont impuissants, puisqu'ils n'ont pas ce qu'ils désirent. Us désirent malgré eux d'êire heureux , et ils ne peuvent le devenir par leurs actions. Il n'en est pas ainsi de l'homme vertueux : « les méchants ont beau attaquer sa vertu, une malice étrangère ne ternira jamais la gloire qui lui est propre» et ne pourra lui enlever 1«

possession du souverain bien, qui doit être fa récompense de ses grandes actions. Après avoir parlé des peines qui attendent les méchants dans une autre vie, la Sagesse montre à Boëce aue celui qui commet 1 injustice est plus malheureux que celui qui fa souffre,

Krce qu'il n'y a que le pécné qui rende omme véritablement malheureux. Mais pourquoi, demande fioëce, voit-on les gens de bien exposés aux supplices que les lois n'ont prononcés que contre les criminels , tandis que les méchants emiK)rtent le prix qui n'est destiné qu'à la vertu ? La Sagesse répond : Encore qu une disposition si extraordinaire n'ait pas de raison connue des hommes, ils ne doivent nullement douter de sa justice , puisqu'elle ne se réalise que par l'ordre de Dieu. La demande de Boëce lui fournit l'occasion d'expliquer ce que c'est que la Providence et ce que c'est que le destin. La Providence est cette divine raison qui réside dans le premier principe de toutes choses et qui ordonne tout ; le destin est la disposition inhérente aux causes secondes par laquelle la Providence rattache chaque chose et chaque événement particulier à l'ordre général qu'elle a établi. La Providence embrasse toutes choses en général; le destin ne regarde que les particulières. Quoi-

3ue ces deux choses soient différentes, l'une épend de l'autre, et l'ordre du destin coule nécessairement de la Providence de Dieu. D'oi^ il résulte que tout ce qui est soumis au destin l'est aussi à la Providence, à qui le destin lui-même est soumis.

delà avec la prescience de Dieu. Le hasard, suivant la déhnition des philosophes, est un événement auquel on ne s'attend pas, et qui arrive par le concours des causes seconues. Boëce ne disconvenait pas de l'enchaînement admirable qui se remarque dans le concours des causes secondes ; mais , croyant que la volonté des hommes y était infailliblement assujettie, il en concluait qu'elle n'avait plus de liberté. Il n'y a, lui répond la Sagesse, aucune créature raisonnable sans liberté, parce qu'elle n'est raisonnable qu'autant qu'elle peut se servir de sa raison naturelle. l2.11e fait consister la liberté à vouloir ou ne pas vouloir, à vouloir une chose ou une au* tre, ajoutant que cette Uberté est proportionnée aux différentes natures raisonnables. Ainsi, elle est plus grande dans les anges que dans les hommes , dans les saints que dans les pécheurs, parce que le détachement des choses sensibles et l'affranchissement des passions peuvent seuls conduire l'homme à la véritable liberté. Comment se peut-il, obiecte Boëce, que , Dieu connaissant toutes choses de toute éternité, l'homme cependant demeure toujours libret N'y a-t-il pas là contradiction ? Si Dieu voit tout de toute éternité, et s'il est infaillible dans sa connaissance, il est nécessaire que ses prévisions se réalisent, dès lors, non-^ seulement les actions des hommes, mais eocore leurs desseins, leurs volontés, ne sont

Le cinquième livre traite du hasard, liberté, et de la manière de l'accorder

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OtCnoMKÂmE tIE PATROLOGOS,

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plus libres, et ne peuvent s'accomplir auirement que Dieu ra prévu. Nous convenons, répond la Sagesse, que les choses que Dieu a prévues arriveront infailliblement , mais nous disons que la prescience de Dieu ne leur impose aucune nécessité. Ne voyonsnous pas plusieurs choses qui se passent sous nos yeux, sans que noire connaissance les rende nécessaires ? Si donc la connaissance des choses présentes ne leur impose aucune nécessité, pourquoi la prescience des choses futures en Dieu en imposeraitelle aucune à celles qu'il a prévues? Pour mettre cette vérité dans tout son jour, elle fait ce raisonnement ; Dieu est éternel ; or Téternité est la possession entière, simultanée et par&ite d'une vie sans fin et sans terme. Dans cette éternité il n'y a rien de passé, rien de futur, mais tout est toujours présent et tout à la fois. Donc, comme la connaissance que nous avons des choses présentes ne leur impose aucune nécessité , de même la divine providence, en regardant les jchoses futures qui lui sont présentes, ne leur impose aucune nécessité. La manière dont Dieu les connaît dans sou éternité n in- Que pas davantage sur les créatures , que notre manière de les coanaltre dans le temps. Toutes les choses que Dieu a prévues arrivent doAG infailliblement, mais les unes arrivent parce qu'elles partent de la liberté de Tbomme ^ s^ns rien perdre de leur propre nature, puisqu'avant de se produire» elles auraient pu ne pas être ; et les autres arrivent par une absolue et inévitable nécessité. Hais, direz-vous , s'il dépend de moi de ekajEHjiâr le décret de Dieu, je pourrais donc rendre vaine sa prescience? Non, répond la Sajjesse, vous pouvez bien changer de dessein et de résolution; mais Dieu, qui TOUS en a donné le pouvoir, sait si vous le ferez ou ne le ferez pas ; il ne peut ignorer le parti que vous prendre:^. Ainsi, vous ne pouvez jamais rendre vaine sa prescience , pas plus que vous ne pouvez éviter le re-

f ira d'un œil vit et clairvoyant fixé sur vous, quelques actions ditféreutes que vous vous portiez par le libre choiiL de votre volonté.

De tous les autres écrits de Boëce qui sont venus jusqu'à nous, il n'en est aucun qui ait rapport k la religion ; l'auteur y traite de la philosophie ou dea beaux-arts.

EçrUs siur Parpht^e. — Victoria , célèbre pour avoir enseigné la rhétorique à Rome avec applaudissements, avait traduit en latin n^troduction de Porphyre à la p4iilosophie d'Aristote,. mais sans se préoccupai' de la lettre ni s'attaeber aui termes. Boëce, après avoir parcouru, avec un de ses amis, nommé Eabius, tous lea endiroits dét'ectueui de cette Uaductio!>, eo donna une plus tidèle , qu il intitalaDta/o^iic», parce quelle était le fruit et deux conversationâ. Il y ajouta un eom*- ■lentaire divisé en cinq livres, Que nous avons encore.

Ecrits sur Arisiote. — Nous avons aussi aes quatre livres, de rinlerpnHatiou d'AristiHa, danjs lest^ueis il éclaircit les tenues aes Catégories qui ont par eui-mômcs une si-

gnification. U y ajoute deux sortes de Commentaires , l'un qu'il appefle de la première édition, et qui est très-succinct, dans lequel il se contcnie de rendre mot & mot le seûs littéral du texte, narce qu'il n'avait en vue que d'instruire les commençants; l'autre, de la seconde édition, qui est beaucoup plus long, parce qu'il y donne des explications qui ne coiviennent qu'à ceux qui sont plus a\ancés. Boëce ne fit point de commeuiaire sur les Analytiques d^Aristote qu'il avait traduites; mais il traita à fond du syllogisme, de la définition et de la division, dans ud ouvrage qu'il fil exprès et qui est divisé en sept livres. Il est précédé d une introduction au syllogisme, où il donna les premiers éléments de l'art de raisonner. Sa traduction des Topiques et des deux livres des Sophisim ou arguments captieux n^est accompagnée d'aucun commentaire.

Ecrits sur Cicéron. — Mais il commenta ceux que Cicéron avait faits sur la même matière, et qui portaient aussi le titre de Topiques, Il lit de plus un ouvrage distribué en quatre livres, pour faire ressortir la dilférence entre les Topiques d'Aristote et ceui de Cicéi'oq. Son but était d^iudtquer les sources particulières où un philosophe et un orateur doivent puiser leurs arguiuents.

De l'unité et des livres des Mathématiques. — Dans son petit traité de f Unités il moatre que chaque chose est une par Tuinlé, comme le blanc est blanc par sa blancheur. Ces quatre parties des Jlalhématiques que Boëce avait traitées, VAstrtmomie est perdue; mais nous, avons de lui deux livres de VArithmétigue f deux de là Géométrie et cinq de la Musique, — II remarque, au commencement du premier livre, que la musique a fait les délices de toutes les nations, même les plus b irbares. Il rapporte plusieurs eiemples de son elficacité pour calmer les passions, mais il reconnaît en même temps qu'elle peut aussi les allumer. C'est ce qui a porté plusieurs lé^slateurs à baunir de leurs républiques les symphonies molles et eifémiiiées.

L'abbé Trithème fait mention d'un recueil de lettres que Boëce avait écrites à diverses personnes ; nous ne lavons plus, il paf^ que Baronius avait lu de lui un livre de 6'o«r mentairts sur l'énoficicUion: ou ne l'a pas encore reudu public. Murmellius , a^ès un dénombrement des écrits de Boëce que bous possédons, ajoute qu'il en avait composé plusieurs autres, tant en vers qu'en profe;i» sont perdus» ou du moins ils n'ont jamais été publiés.

On peut dire de ceux qui nous reste»

qu'ils sont les meilleurs que nous aient 1^

f^ués ranliquité chrétienne. On j adaun) 'élévation des pensées, la noblesse des seatiments, la Cacililé et la justesse des exprès •ions, dans les matières même les plus aj^ traites, et une pureté de stvle au-dessus des autres écrivains de son siècle ; seulement oo peut y rcjirendre çà et là quelques repentions et quelques arguments , en petit uoai* bre, plus subtils que solides. Poêle, orateur,

fim

DiCnONMAlRE BE PATROLOGDS.

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