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btGtlOMliAfia DM f ATROLOGIE.
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eelh, il va dire ce qu*fl ëa pense. II pose pour preroief principe avoué de tous les catholiques, que Dieu, étant esprit, est tu de Tesprit et non du eorps. Il passe ensuite à rapplication de ce principe, a la question proposée, et ftiit h son tour cette demande a celui qui lui avait écrit. « Pouvez-vous en cette vie, lui dit-il, et, au cas que vous le puissiez, voulez-vous voir la vérité des yeux du corps? Si vous ipe répondez que vous ne le pouvez ni ne le voulez, je vous dirai : Sachez que Jésus-Christ n*a point voulu voir Dieu autrement qu'il ne peut être vu; qu'il ne veut ni n'a voulu que ce qu'il a pu, el qu'il ne peut que ce qu'il veut, parce que la volonté et le pouvoir de Dieu ne sont autre chose que Dieu même. » De Ik Candide conclut que Jésus-Christ n'a pas voulu voir Dieu des jreux du corps, parce qu'il ne veut que ce qui est possible, mais qu'en se revêlant de notre nature, son esprit a continué de voir Dieu, gu'ii n'avait point cessé de voir avant son incarnation. Quant aux créatures, il conclut trois choses : que les es|)rits, pourvu qu'ils soient purs, peuvent voir Dieu, non comme il se voit lui-môme, mais autant qu'il veut bien le leur accorder;
S[ue les corps, quels qu'ils puissent être, ne e peuvent point voir, el enfin que les esprits et les corps qui ne sont point purs, non-seulement ne peuvent point voir Dieu, mais qu'il se tient même bien éloigné de leur vue. Ces points de théologie ainsi établis, l'auteur passe h un point de morale qu'il tire de son sujet môme, ce qui fait comme une seconde partie à sa réponse.
11 avait avancé qu'il n'^ avait que les esprits ou les âmes pures qui pussent voir Dieu : il prend occasion de là d'exhorter celui à qui il répond, et en sa personne les autres moines de sa maison, à purifier leurs cœurs et à devenir devant Dieu ce qu'ils paraissent aux yeux des hommes; ce qui suppose qu'ils étaient en réputation de sainteté. Candide vient ensuite aux moyens propres à Surifierle cœur, et il indique la pratique es vertus chrétiennes, entre lesquelles la foi, l'espérance et la charité tiennent le premier rang. Il insiste principalement sur la charité, « sans laquelle, dit-il, toutes les autres vertus ne sont rien. Car si vous ôtes humbles et que vous n'aimiez pas celui sous les yeux de qui vous vous humiliez, votre humilité est une fausse vertu. Si vous êtes patients, et que vous n'aimiez pas celui pour qui vous souffrez, c'est une patience chimérique. De môme si vous avez la foi sans aimer celui qui en est l'objet, vous ne fanes que ce que font les démons. Enfin, SI vous espérez sans aimer celui de qui vous attendez la réalisation de vos espérances, vos esDérances sont vaines. C'est pourouoi, conclut l'auteur, il faut que tout se lasse avec la charité : Ideo ûmnia cwn ckaritaie fiani. »
Candide, en parlant de la sorte, fait paraître beaucoup de modestie; nous ne pouvons mieux en donner l'idée qu'en employant ses propres paroles. « Si ce que je
viens de dire, ajouta-t-îl, vous piratt venteble, contentez-vous-en* Si au contraire cela ne vous parati pas tel, pardonnez-moi, parce que je suis nomme et que je pais me tromper, l'aime cependaat la vérité, et oar conséquent à y être rappelé si je m ea écarte. » Il finit sa réponse parées deux vers, qui témoignent que son intention était qu'elle fût commumquée i Wuks sortes de personnes :
Pascejuhente pw patres, juveiMSfiM nmdkê CArtsro, quo valeani émices pMtore iofualas.
Candide, à la sollicitation de saint Eigil, comme il nous l'apprend lui-même, avait écrit aussi la Vie du oienbeureui Baugnlfe, abbé de Fulde avant Ratgar, prédécesseur de saint Eigil. Aucun éditeur, que Ton sache, n'a encore publié cet ouvrage, elToDa tout lieu de craindre qu'il soit perdu. Cette perle est d'autant plus à regretter que récrit était plus considérable. L'auteur, comme on l'a vu, avait du talent pour écrire, et avait été témoin de la plupart des actions de Baugulfe, sous la direction duquel il avait passé plusieurs années de sa vie, puisqu'il ne mourut qu'en 815. — Du Cange elle sous le nom de Candide un autre ouvrage manuscrit, intitulé : Candidi dicta de imd-
(ftne mundt. Il s'est longtemps conservé à a bibliothèque de Saint-Germain des Prés, sous le N' 561. Il esta croire qu'à l'époque de la révolution il aura été trai.sflére dans quelqu'une de nos bibliothèques nationales. Les œuvres connues du moine de Ftihle ont été reproduites dans le Coun eomplH de Pairologie.
CAPRÉOLUS, que le diacre Ferraod appelle un glorieui pontife et un célèbre docteur de TEglise, était évèque de Carlhage, lorsque l'empereur Théodose II écrivit aux prélats d'Aîrique pour les inviter au coociie qu'il avait convoqué k Ej)hèse en 431. Quoique la lettre de convocation s'adressât su^ tout à saint Augustin, dont ce prince demandait particulièrement la présence dans ce concile, on ne peut guère douter qu'elle s'ddres* sflt aussi à Capreolus; ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle lui i ut reause parfibagoe. qui en était le porteur. Caprëolus écrivit aussitôt à toutes les provinces d*Afri()ue pour assembler un concile national où 1 oji choisirait des députés pour le concile universel. Mais les ravages que les Vandales faisaient dans le pays, et le terme trop rapproché de la convocation du concile, ne permirent pas aux évoques de faire aucune assemblée. Capréolus, ne pouvant donc envoyer une députation solennelle, voulut au moins observer la discipline, et marquer son respect au concile universel ; il envova porter des excuses par un diacre dont le nom était Vésulas.
Dans la lettre dont il le chargea, il, fait mention de celle qu'il avait reçue de Temp^reur, et qui était adressée à saint Augustin, en disant qu'il ne l'avait ouverte que parce que ce saint évéque était mort depuis quelque temps. Ensuile, après avoir raouu
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ratsoû de l'impossibilité oh il se trouTftit d*assembler les évéques d'Afrique, il conjure ceuc d'Ephèse de résister courageusement, aTec le secours du Saint-Esprit tou^ jours présent, comme il Tespère, à chacune de leurs délibérations ; de s'opposer à ceux oui Youdfaient introduire dans l'Eglise des doctrines nouvelles ou des erreurs déjà condamnées, et de ne point souffrir que l'on remette en question ce qui a déjà été Jugé, ce que l'autorité du siège apostolique et le consentement unanime des étèques a réprouvé. « Car, dit-il, si Ton discute de nouveau sur ce qui a été décidé autrefois, ce sera ftdre douter de la fbi même quia été professée jusqu'ici. Il n'en est pas de même des choses qui n'ont pas encore été décidées : on peut les eiammer, les recevoir ou les rejeterj suivant qu'elles sont bonnes ou mauvaises. Or il est important pour la postérité de maintenir fermes et mébranlaoles les décisions des saints Pères qui nous ont précédés, étant de règle que personne ne peut établir une doctrine de son autorité propre, mais avec celle des anciens, avec qui nous devons conformer nos sentiments, parce que la vérité est une dans tous les siècles. » Cette lettre, lue en plein concile, fut accueillie avec applaudissements, et insérée dans les actes, à la requête de saint Cjrille.
Capréolus écrivit à l'empereur Théodoseï sur la mort de saint Augustin, une lettre dont il ne nous reste qu'un passage où, comme dans sa lettre au concile d'Ephèse, il pose pour principe qu'il n'y aura plus rien d'assuré dans le sacré comme dans le profane, dans l'Eglise comme dans l'Etat, si dans les siècles postérieurs Ton donne atteinte aux décisions des Pères. Le diacre Ferrand allègue ce passage contre le nouvel examen que uemandaient les pélagiens.
La lettre II Vital et à Tonatitius est une réponse qu'il leur fit sur certains points de doctrine sur lesquels ils l'avaient consulté. n commence par les assurer que les erreurs qpOls combattaient étaient celles de Nestonus, erreurs condamnées déjà avec leur auteur au concile d'Ephèse en 431. Il les renvoie aux actes de ce concile; mais, pour ne point leur refuser les éclaircissements qu'ils lui avaient demandés : « Nous coafessons, leur dit-il, pour la seule et véritable doctrine, celle que l'antiquité évangélique tient et qu'elle nous a transmise, savoir : que le Fils de Dieu est vrai Dieu et vrai homme, quoique ce ne soit qu'une même et inséparable personne; qu'il n'a point habité dans Jésus-Christ comme dans les patriarches, les
f prophètes ^t les apôtres ; mais qu'il a été ait homme réellement et toutefois d'une manière ineffable; en sorte que celui qui était et qui est encore le Fils unique du Père, est devenu, en se faisant homme, le premier-né entre plusieurs de ses frères; et que celui qui est engendré éternellement ^lans. le ciel sans mère, a été formé du Saint- Esprit, sans père, dans le sein de la sainte
Vierge; qu'on ne doit point, pareonséguent, admettre plusieurs personnes en Jésus-* Christ, l'une de Dieu, l'autre de l'homme, parce que cette distinction conduirait à admettre dans la divinité une quatemité au Heu de la trinité. 11 fait voir ensuite que la distinction établie par saint Paul, entre le premier homme, qui a été formé de la terre, et le second, (|uiest descendu du ciel, ne peut subsister si Jésus-Christ n'est pas vrai Dieu, puisqu'il serait absurde de dire que la chair a été envoyée du ciel sur la terre, comme on l'affirmerait du Saint-Esprit. Le second Adam est donc appelé célette par l'Apôtre, parce que le Verne s'est fait cnair et qu'il a habité parmi nous. Il prouve par divers passages de l'Ecriture sainte l'unité de personne dans les deux natures, en distinguant les propriétés de chacune. Il est dit dans l'Apocalypse : Je suis le premier et te der^ nier. Je suis celui qui vis; Tai été mortf et je vis maintenant dans les siècles des siiclet Jésus-Christ est appelé le premier à cause de sa divinité, parce qu'il est le principe de tout ; et il est appelé le dernier à cause de son humanité, dans laquelle il a souffert la mort pour nous, n Capréolus ne croit
Eoint que le Verbe ait abandonné l'flme umaine qu'il s'était unie, ni que son corps ait souffert la moindre corruption; mais il ne doute pas qu'il ne soit descendu aux enfers, c'est-à-dire qu'il n'ait visité les saints qui V étaient captifs. Il rapporte à cette visite la résurrection de leurs corps marquée dans TEvan^le. II allègue pour preuve de l'union inséparable des deux natures en Jésus-Christ les miracles qui parurent lors de sa mort. L'étemel, l'impassible, l'immortel, ne pouvait ni naître, m souffrir, ni mourir sans se faire homme. Voilà la raison de son incarnation; il fiillait qu'il se fît homme pour racheter l'homme. S'il se trouvait quelque insensé qui dit oue l'homme seul peut remettre les péchés, Capréolus leur oppose le témoignage des Juifs mêmes, qui soutenaient que c'était blasphémer que d'attribuer ce pouvoir à tout autre qtrà Dieu. 11 relève beaucoup le témoignage que saint Pierre rendit à la divinité de Jésus-Christ, et montre que par le rapport de sa réponse à la question du Sauveur, on voit clairement qu'il ne reconnaissait en lui
Su 'une seule personne en deux natures, conseille à Vital et à Tonantius la lecture des livres saints et des écrits des docteurs de l'Eglise, les assurant qu'ils y trouveront mieux aue dans sa lettre ce que la foi nous oblige ne croire. Les lettres de Capréolus sont reproduites dans le Cours complet de Patrologie.
CASSIEN (Jkan), issu d'une famille illustre et chrétienne, naquit au milieu du rv* siècle, dans la Scythie, selon Gennade, et en Provence selon les autres. Cette dernière opinion est iustifiëe par divers endroits de ses écrits, ou il fait le tableau de la beauté et de la fertilité de son pays natal, ce qui ne saurait convenir aux affreux déserts de 1a Scythie ; par l'élégance de son ^yle latin.
CAS
BIGTIONNAIRE I» PATHOLOGIE.
CAS
qu'il n'aurait pu acquérir dans une contrée où la langue latine était inconnue; enQn, par le désir qu'il témoigne de revoir ses parents en allant à Marseille. On igoore par quel événement il fut conduit dès sa plus tendre jeunesse dans le monastère de Bethléem en Syrie, où il cultiva les sentiments de piété qu*il avait puisés dans la maison paternelle, et se forma aux exercices de la vie ascétique. La haute réputation des solitaires qui habitaient les déserts de r£gy[)te lui inspira, vers Tan 390,ridéed'allerles visiter, accompagné de son ami Germain, qui avait quitté sa patrie pour le suivre. Le désir d'une
Elus grande perfection les conduisit dans la aute Tbébaïde, et ils passèrent plusieurs années dans le monastère de Scété, où réaidaient les plus parfaits de tous les moines du désert, lis allaient nu-pieds, comme les anachorètes du pays , étaient pauvrement vêtus, subsistaient du travail de leurs mains, menaient une vie austère, et mangeaient à peine deux paius de six onces par jour. Après avoir admiré et étudié les hommes merveilleux de ces solitudes, Cassien retourna à Bethléem, où il ne séjourna pas longtemps, puis de là se rendit à Constantinople, en 403. 11 regut les instructions de saint Jean Chrysostome, qui Tordonna diacre et Tagrégea au clergé de son église. Lorsque le saint patriarche fut exilé, Cassien fut chargé de porter à Rome les lettres dans lesquelles le clergé de Constantiaopie prenait la défense de son pasteur persécuté. On ignore ce qu'il devint jusquen 41b, qu'il se retira à Marseille, où ilfut ordonné prêtre. 11 y fonda deux monastères, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes. Le premier est la célèbre abbaye de Saint- Victor, où l'on assure qu'il eut sous sa discipline jus-
2u'à cinq mille moines. 11 y vivait encore en 33, selon la chronique de saint Prosper. Dom Rivet pense qu il mourut en 434 ou 435, plein de jours et de vertus.
Ses ouvrages, que nous allons analyser, rendirent son nom célèbre dans les Gaules; mais ils y excitèrent des troubles par les erreurs qu ils contenaient sur la grâce. En reconnaissant, avec saint Augustin, contre les pélagiens, l'existence du péché originel et la nécessité d'une grâce intérieure pour tous les actes de piété, il s'écarta de la doctrine du saint docteur sur la distribution de cette grâce, qu'il attribue aux mérites de l'homme, ce oui en détruisit la gratuité. Ce fut pour com*battre cette erreur que saint Augustin composa les deux livres de la Prédestination et du Don de la persévérance^ où il place la raison de Tinégale distribution de la grâce dans la volonté toute-puissante de Dieu, enveloppée d'un mystère impénétrable. La lecture de ces livres ne termina pas les disputes, 3ui se prolongèrent jusqu'au second concile 'Orange, en 5i9, où la doctrine de saint Auf^ustin lut consacrée ; et dès lors le semi-péagianisme s'éteignit insensiblement, sans
Institutions 'monastiques. — Le premier ouvrage de Cassien est celui qui porte le litre d'Institutions monastiques. Composé en 420, il a toujours été regardé comme le meilleur et le plus utile de ses écrits par les Pères de la vie spirituelle, quoiqu'il y laisse d^à apercevoir le germe de ses erreurs sur la grâce. Elles contiennent les règles des monastères d*Orient, adaptées aux pratiques reçues dans ceux des Gaules. Cet ouvrage est divisé en douze livres, dont dous allons rendre un compte très-succinct, en ne reproduisant que ce qui se distingue des autres règles.
Dans le premier livre il parle des habits des moines, et commençant par la ceinture, il dit qu'il faut qu un religieux, comme étaot lé soldat de Jésus-Christ toujours préparé au combat, ait continuellement les rems ceints; sur quoi il rapporte divers exemples de l'Ancien et du Nouveau Testament, où l'on voit les prophètes et les apôtres porter des ceintures sur leurs reins. A Tégard des habits, il veut qu'on n'y cherche qu'à se couYrir simplement le corps, qu'à cacher sa nudité, et à se défendre contre le froid , et non pas à satisfaire sa vanité ou à nourrir son orgueil; qu'ils soient tellement vils, qu'ils n'aient rien ni dans leur couleur, ni dans la nouveauté de leur forme , qui les fasse remarquer parmi les personnes de la môme profession; quon n'y recherche point une saleté et une bassesse trop étudiée, et qu'ils puissent être sans scandale, destinés pour toujours à Tusage commun de tous les serviteurs de Dieu. 11 n'approuve point que Thatjit de dessus soit fait de poil de chameau ou de bouc, parce qu^il pourrait être une occasion de vanité, et ôter la liberté de travailler; mais il trouve à propos que celui de dessous en soit, pour mortitier la chair. Il détaille ainsi tout le reste de l'habillement qui n'offire rien de pa^ ticulier, et finit par la chaussure, en disant que les moines marchaient ordinairement
fdeds nus, un bAton à la main. Hais dans es grands froids ou dans les grandes chaleurs , et lorsqu'ils étaient infirmes, ils se servaient de sandales, qu'ils quittaient lorsqu'ils célébraient ou recevaient les saints mystères, croyant devoir observer à la lettre ce qui fut dit à Moïse et à Josué : Otei voi sanaaleSf parce que le lieu où vous êtes ttt une terre sainte.
Cassien marque, dans le deuxième livre, l'ordre des prières du jour et de la nuit : l'usage n'en était point uniforme partout; il y en avait qui se faisaient une loi de chanter chaque nuit vingt psaumes, d'autres trente, en les faisant précéder d*une antienne; d'autres en chantaient un plus grand nombre; quelques-uns se bornaient à dix-huit, et il y avait sur ce point presque autant de coutumes différentes que de monastères. La môme variété se faisait remarquer dans les olDoes du jour, c'est à dire, de Tierce, SeiU et None. Quelques-uns proporti ionaieot le nombre des psaumes qu'ils devaient chanter à ces heures-là, à celui qui est marqué par rheure môme: en sorte qu'à Tierce Ui ^
CAS
CAS
disaient trois, six à Set te et neuf à None; mais d'autres en disaient six h chaque heure
du jour Suivant la règle rapportée par
Cassien, les moines s^assemblaient deux fois, le soir et vers le milieu de là nuit. Dans chacune de ces assemblées on chantait douze psaumes, suivant le nombre qui avait été marqué par un aage aux anciens pères. Tous les moines ne chantaient pas ensemble, mais un seul à la fois; et ils se succédaient isolément jusqu'à ce que le dernier psaume fût chante. Ce n'était point l'usage en Egypte, comme dans les GaulBS , de terminer le psaume par le verset Gloria Patrie etc. ; mais on le Unissait par une courte prière, à laquelle on ajoutait Alléluia à la fin du douzième psaume. On voit dans le troisième livre Tordre des prières que les autres moines orientaux, c'est-à-dire de la Palestine et de la Mésopotamie, faisaient pendant tout le jour; car il y avait entre eux et ceux d'Egypte celte différence, que les Egyptiens ne s'assemblaient que pour les ouices de Vêpres et de la nuit, au heu que les moines de la Palestine s'assemblaient aussi pour les offices de Tierce, de Sexte et de None; ils chantaient ou récitaient à chacun de ces trois offices du
I'our, trois psaumes. Cassien rend raison de 'institution des offices en ces heures-là, disant qu'on avait choisi Theure de Tierce, à cause de la descente du Saint-Esprit ; celle de Sexte, à cause de la passion de Notre-Seigoeur, et celle de None, à cause de sa descente aux enfers en ces heures-là. Il trouve les heures des autres offices marquées dans l'Ancien Testament, où il est parlé des sacrifices quel'onoffraitchaquejourdansles temps
marqués le soir et le matin S'il arrivait
qu'an moine ne se trouvât point aux heures de Tierce, de Sexte et de None avant la fin du premier psaume , il ne lui était pas
{permis d'entrer dans l'oratoire, ni de se mè* er avec ceux qui psalmodiaient; mais il devait rester debout au dehors, jusqu'à ce que, tous sortant de l'oratoire, il demandât et obtint, prosterné, le pardon de sa négligence. Mais dans les assemblées de ta nuit on n'imposait cette pénitence qu'à ceux qui n'arri- Taient pas avant la fin du second psaume.
Le quatrième livre est employé à décrire l'examen et la réception des moines, tels qu'ils se pratimiaient particulièrement à Tabenne, fie du Nil dans laquelle saint Pacôme avait bâti un célèbre monastère. Il y avait, du temps de Cassien, plus de cinq mille moines à Tabenne gouvernés par un seul abbé ; ils y vivaient dans une obéissance parfaite et la plupart persévéraient dans cet état jusqu'à une extrême vieillesse. Lorsque quelqu'un postulait pour être reçu dans le monastère, on ne lui en permettait point l'entrée au'ii n'eût demeuré durant dix jours ou oavantage, couché à la porte, pour y donner en même temps des marques certaines de sa persévérance et de son désir, aussi bien que de son humilité et de sa patience. 11 se prosternait aux pieds de tous les frères qui passaient ; ils le rebutaient tous et le méprisaient à dessein, comme s'il eût
DlCTIONN. DK PaTROLOOIE. L
désiré d'entrer dans le monastère, non par un mouvement de piété, mais pour éviter le besoin ; on le chargeait même d'injures et de reproches, pour eprouyer, par sa patience dans ces outrages, jusqu'où pourrait aller sa fermeté, et quel il serait un jour au milieu des tentations. Eprouvé de la sorte, on. le recevait, mais après avoir examiné avec soin s'il ne retenait rien des biens qu'il avait possédés avant de se présenter. Cette précaution leur paraissait nécessaire, sachant par expérience que celui qui a le cœur attaché à l'argent et qui en conserve en secret ne peut acquérir les vertus d'humilité et d'obéissance, ni se contenter de la vie pauvre et sévère du monastère; ils ne voulaient pas même que celui qui était admis v donnât ses biens, dans la crainte que, enflé de cette offrande, il ne dédaignât les frères plus pauvres que lui, et aussi parce qu'il était arrivé dans d'autres monastères que quelques-uns avaient redemandé, au mépris de la religion, les biens qu'ils avaient donnés, et qui avaient déjà été employés à l'œuvre de Dieu. Pour marquer au ils se dépouillaient entièrement de toutes les choses qu'ils avaient possédées dans le monde, ils quittaient au milieu de l'assemblée des frères leurs propres habits et en recevaient des mains de l'abbé , dont on usait dans le monastère ; toutefois l'économe gardait les habits qu'ils araient quittés, aun de les leur rendre au cas (ju'ils sortissent du monastère pour n'y avoir pas donné des preuves d'une véritable conversion. Celui qui était admis dans le monastère ne l'était pas pour cela à la communauté des frères; mais u logeait sous la conduite d'un ancien, dont la demeure n'était pas éloignée de la porte du monastère, et qui avait soin des étrangers. Si ce novice passait un an entier sans reproche, en servant lui-même les étrangers avec humilité et patience, alors on l'associait à la communauté et on ;le mettait sous la discipline d'un autre, choisi parmi les pères les plus consommés dans la vie monastique. Cassien s'occupe ensuite de la nourriture, des repas, du silence, de la prière, de l'humilité, de la mortification et de l'obéissance ; puis, s'adressant à un novice, il l'avertit de ne point se laisser aller à la tiédeur Ear le mauvais exemple du plus grand nomre, mais de vivre et de marcher avec le petit nombre dans la voie étroite qui conduit à la vie. 11 lui prescrit divers degrés pour arriver à la perfection : le premier est la crainte du Seigneur, les autres consistent dans l'ouverture du cœur à l'égard de son supérieur^ dans l'obéissance, dans la douceur, dans la patience, dans ^'observation de la règle commune et dans Thabitude de l'humilité. « Le principe de notre salut et de la sagesse, ditil, est la crainte du Seigneur. De cette crainte naît une componction salutaire; de la componction du cc9ur procède le renoncement, c'est-à-dire, le dépouillement et le mépris de tous les biens temporels. Ce dépouillement produit l'humilité. De l'humilité vient la mortification des volontés, oui sert à déraciner et à faire mourir tous Tes vices ; en-
CAS
CAS
svtte miissant les yertu^i qoî, en fruotifiantt nous soquièpenila pureté du cœur, qui nous mat en possession de la perfection de la charité apostoli(|a6. »
Bans les huit livres suivants, Cassien expli-
3aeavec exactitude les causes et les origines es vices capitaux, et donne des iostf uctioos pour les combaitre. Il réduit ces vices à huit, savoir, la gourmandise , l'impureté , Tavarice, la eolère, la tristesse, la paresse , la vanité et Torgueil. La gourmandise lait le sujet du cinquième livre, où il convient qpie l'on ne peut point étaMir une règle uniforme sur le jeûne, à cause de la dilTérence des âges, d^^s sexes, des tem|>éram«Qts et de la santé. D*où vient que parmi les anciens il n'y avait rien de ûxé générakmeut sur cette matière. IL y en avait qui jaûnaient des semaines entières, d'autres trois jours, et quelques-uns S6ulea>eat deux. On e^ vovait au contraire plusieurs qui, à raison de leur maladie ou ae leur gratid âge, ne pouvaient qu'avec peine supporter le je Ane jusqu'au coucher du soleil. Il en élait de même des aliments: les légumes cuits dans Teau ne convenaient pas à tous, non plus qu'une réfection de pain sec. Quelques-uns mangeaient deux livres de pain sans être rassasiés, d'autres fi'en mangeant qu'une livre ou même six onces s'en trouvaient chargés; en sorte que la rè^le qui doit être commune à tous, est de prendre de la nourriture seian son besoin. L'ivresse ne consiste pas seulement dans l'excès du vin, ^ais de toute autre nourriture : d'où vient que le prophèîe a re*
8 roche à Sodome non la crapule du vin, mais *avoir excédé dans la quantité (|u pain. Au reste, la pureté decœur ne souffre rien del'infirmité delà chair, quand elle ne cherche dans les aliments qu'à soutenir s^ fr^ilité et non pas h satisfaire la volupté : c'est pourquoi TApôtre ne défend point de prendre soin de la chair, mais seulement de ne la pas contenter dans ses désirs* Jl y a donc ui milieu k garder^ même dans le jeûne, et il est plus raisonnable de manger chaque jour avec modération que d^être par intervalle longtemps sans prendre de nourriture, des jeûnes immodérés affaiblissant ordinairement la cons« tance de l'âme, et étant à la prière son activité. Cassien distingue trois sortes de gourmandises : l'une qui pévient l'heure fixée pour la réfection; 1 autre qui consiste à prendre de la nourriture avec excès, et la troisième qui se plaît dans les mets exquis et délicieux. Il veut qu'un moine combatte contre la première, en attendant l'heure des* tinée à la réfection ; contre la seconde, en ne se laissant point emporter par Je plaisir de manger, ejt contre la troisième, en ^e contentant des aliments les plus vils.
Il traiXe dans le sixième livre de la manière de guérir le vice d'impureté : comme c'est dans le cœur que les pensées mauvaises prennent leur origine, il dit qu'il faut surtout s'appliquer à le purifier ; que les autres vices peuvent se corriger en fréquentant les nommes, mais que celui d'impureté trouve •a guérison dans une vie retirée et éloignée
du commerce des hommes. II met cette différence entre la chasteté et la contineoee, que celle^i est le propos et celle-là l'eiéculion en sorte qu'on peut être coniiuenl de profession sans être chaste. Il enseigne
3ue, paur acquérir la chasteté, la voloDlé e rhomme ne suHit pas, ni même les soins qu'il pourrait se donner à cet égard, mais qu'il est besoin d'un secours, d une grâce particulière de Dieu, et que l'homme reconnaisse que les combats qu'il a à soutenir ca ce genre sont au-dessus de ses forces. Celle doctrine, qui est celle des anciens, est confirmée par l'expérience de ceux qui ont mérité de posséder cette vertu. On fait des progrès dans les autres, et on surmonte tous le$ vices par la grâce de Dieu, maisàTégard de la chasteté, elle ne s'acquiert que par ub bienfait singulier et un don spécial de Dieu. Les remèdes qu'il prescrit centre l'impureté sont un jeûne continuel, mais modéré, une grande humilité, beaucoup de patience et une vigilance exacte sur toutes ses passions.
Il fait voir dans le septième livre qu'un moine doit être d'autant plus éloigné de Tavarice, que par sa prof ssion il a renoncé à toutes les richesses ; mais ce vice, lorsqu'il s'osl une fois emparé de l'âme, ne la quitte
allié (iitUciloment. li est la source d'une inniiéde maux, un obstacle à toutes les vertus, et particulièrement à la stabilité dans un miÂiastère. Il rappelle l'exemple des a|)ôlres et des fidèles de la primitive Eglise, et le propose à l'imitation des jnoines. Cassien veut que, pour se garantir de ce vice, on se remette souvent en mémoire les châlimejiU qu'encoLU*urent Ananie et Sa^liire, Giézi et Judas, et q le l'o^ pense aussi au jxmr où le Seigneur viendra comme un larron, au milieu de la nuit, nous redemander notre âme. |1 commence le huitième livre par réfuter ceux qui soutenaient que la colère n'éiftil point un mal, puisque 1 Ecriture l'attribue à Dieu, ^i même la fureur, le zèle et l'iodigDation. U montre ç|ue s'il fallait prendre à ia lettre ces endroits de TEcriture, il faudrait aussi dire de lui qu'il dort, qu'il est assis, qu*il est debout, qu'il oublie, qu'il ignore, qu'il se fepent, qu'il a des yeux, des bras et autres ichoses semblables qui sontditesde Dieu dans l'Ecriture, mais dans un sens impropre et métaphorique. Cassien semble iuterdire toutes sortes de colère, et s'appuver en cela d'un passage de l'EpUre aux Êpoé^ siens ; mais en examinant ^len tout ce quil dit sur ce sujet, on voit qu'il ne condamne
Ju'uneoolère vicieu^eet des6rdonnée,c esl^' ire celle qu'il compte parmi les pèphés capi; taux; aossidistingue-t-il entre les molifsqui excitent en nous le mouvement de la calera, et
il convient qu^il y a des occasions où c« mouveo^ent est légitime^ comsne on le voit par ces paroles du psaume iv : ffichn-^oust mais ne péchez pas, II e^t vrtii qu'il renleud du mouvement de colère qui nous 11<^^ contre nous-mêmes par le regret de nos péchés. Il explique dans le même sens ces paroles : Que le soleil ne se couche point iur
CAS
CAS
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votre colère. Il prouve à ceux qui gardaient peudani plusieurs jours des ressenlitnents coutre leurs euneinis, qu*ils ne devaient pas même garder leur colère un instant , puisque TEvangile met la réconciliation frater* nelle au-dessus des sacrifices ; puisque la loi de Moïse détend de conserver dans le coaur la haine et le souvenir des injures. Il ajoute à cela plusieurs passages de TEvangile et des Epures des apôtres où Ton menace du ju)£ement de Dieu et où Ton qualilie dUioniidues ceux qui haïssent leurs frères. Entre les remèdes qu'il prciscrit contre la colère^ il veut que nous considcrions qu'il ne nous est point permis de faire à Dieu nos prières en cet état, et que, mourant chaque jour» toutes ces bonnes œuvras ne nous feront i)oint éviter les supplices éternels, si nous tiuissonsnotrevieavecune haine dans locœur,
Le neuvième livre traite de la tristesse, que Cassien prend pour l'impatience, compagne presque inséparable de la colère ; il en marque Torigine, les progrès ei les re« mèdeSt disant que fions pourrons chasser cette passion de notre cœur, si, continuellement occupés de la méditation de la vérité» nous relevons notre esprit et notre courage par l'espérance future de la béatitude qui nous est nromise.
Il suit la même méthode dans le dixième livre, où il traite du vice de l'ennui ou de la paresse. Le remède le plus général qu'il propose pour le déraciner est le travail des mains. Il s'appuie en cela tant sur la doctrine de saint Paul que sur son exemple et sur celui des anciens moines , particulièrement de ceux d'Egypte, qui s'appliquaient continuellement au travail manuel. 11 fait voir que saint Paul travaillait non -seulement pour avoir de quoi fournira ses be* soins particuliers, mais encore aux besoins de ceux qui étaient avec lui, et qui, tous les jours engagés en diverses aU'ûires qui leur étaient inévitables, ne pouvaient gagner leur vie eux-mêmes en travaillant de leurs mains. A l'égard des solitaires d'Egypte, Cassien dit que, se réglant sur l'exemple et les ordonnances de ce saint apdtre, ils ne pouvaient soutTrir que leurs religieux, et particulièrement les plus jeunes, demeurassent un moment sans rien faire. 11 juge d'eux » dit-il» et du deUaos de leur cœur, de leur
I Progrès dans la vertu, de leur patience et de eur humilité par leur amour pour le tra^ vail ; et , bien foin de permettre que quelqu'un d'entre eux reçoive d'un autre de ({uoi so nourrir,ils veulent au contraire nourrir de leurs travaux les survenants et les étrangers. Le vice de la vanité qu'il combat dans le livre onzième règne non-seulement dans nos actions extérieures, mais encore dans celles qui sont intérieures et secrètes» en sorte qu'il agit au dehors et au dedans» à droite et a gauche. Tous les autres vices se flétrissent et se sèciient dès qu'on les a surmontés ; plus on les dompte, plus ils s'affaiblissent ; souvent les lieux et les temps diminuent leur violence ; souvent l'opposition qu'ils ont aux vertus qui leur sont con-
traires fait qu*on les évite plus aisément; mais celui do la vanité ne s'élève jamais avec plus d'opiniâtreté que lorsqu'il se voit lerrassé ; lorsqu'on le croit tout à £Bit mort» pn trouve dans cette mort une vie et une force toute nouvelle. Les autres péchés n'attaquent que ceux qu'ils ont d^jà surmontés dans le combat ; mais celui-ci répand toute sa rage contre ceux qui l'ont vaincu ; plus on l'a foulé aux pieds, plus il reprend cres-
{>rit et de vigueur dans la gloiro même de a victoire qu'on a remportée sur lui. Entre autres moyens qu'il prescrit aux moines
fiour se mettre en garde contre ce vice, il eur recommande de ne point fréquenter les évéques, sans doute afin d'éviter la tentation de solliciter d'eux quelques degrés dans la cléricature. 11 était assez ordinaire alors, qu'à délaut d'autres clercs, on employât des moines uans les monastères aux fonctions ecilébiastiques.
Quoique Cassien traite en dernier lieu du vice de i orgueil, il ie regarde néanmoins comme le premier, soit par rapport à son origine , soit par rapport au temps, parce qu il est non-seulement la source de tous les autres péchés, mais qu'il a encore été commis le premier, soit par les anges, soit par les hommes. 11 distingue deux sortes d'orgueil» l'une qui attaque leê imparfaits» l'autre les plus parfaits. 11 remarque que c'est le seul péché dont Lucifer se soit trouvé cour pable» et qui 1 ait réduit è la qualité de démon » d'ai change qu'il était ; mais que dans rhomme ce péché a produit la matière de toutes sortes de vices. 11 dit que le mal àê l'orgueil est si grand qu'il faut que Dieu même soit son ennemi » et que c'est par la vei tu de l'humilité qu'un Dieu fait homme a éteint l'orgueil du démon ; que c'est par 1^ môme vertu que nous devons surmonter cette passion en reconnaissant, avec l'Apôtre» que dans les progrèd que nous faisons dana la vertu» ce nestpas nous qui agissons, mais la grâce de Dieu avec nous , personne ne pouvant par ses propres furces parvenir k la perfection des vertus ni à la béatitude qui jaous est promise. Qu'avons-nous en effet que nous n'ayons reçu » et si nous Tavoua reçu» pourquoi nous en glorifier ? Il iait ua détad des vices que produit l'orgueil» et donne des indices auxquels chacun peut coq* naître s'il est possédé de ce défaut» dont on peut» dit-il » trouver le remède dana le bas aeàtiment de soi-même» en se persaadaat pleinement que noua ne pouvons rien sans le secours de Dieu» en ce qui regarde la per» iection. C'est là où Cassien en revient ordinairement dana $es Inaituiionê mana$iiquêê. 11 demande le secours de la grâce, pour raccomplissemeni d'une bonne œuvre ; mais c'est h la volonté d^ rhomme qui! parait attribuer le comm^icemeut de ces bonnes actions. Cassiodore jdit, tont de ce livre que des précédents, que Cassien y décrit si par* faitement les niouvemcnta dérégléade notre esprit» qu'il nous fait presque voir de nos yeux nos propres défauts, en nous excitafK fortement à éviter des excès que jusque-là
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notre igaorance nous avait empêchés de reconnaître.
GoNFéRENCEs. — Les Conférences difFèrent des InsiUutiom i en ce que, dans celles-ci» il n'avait guère décrit que la vie extérieure des moines, et dans celles-là il s'attache à former leur intérieur, en les élevant à la sui9limité de la vie contemplative. C'est dans la treizième de ces Conférences plus que dans aucun autre de ses ouvrages, qu'il expose et développe son semi-pélagianisme. Ces Conférences sont distribuées en trois classes, dont chacune est précédée d'une préface en forme d'épître dédicatoire. La première classe renferme dix conférences , dans lesquelles il ne fait parler que des moines de Scété ; celles delà seconde classe sont au nombre de sept, et Cassien y fait parler les moines qu'il avait vus à son premier voyage d'Egypte. La troisième classe comprend sept autres confé* rences, adressées a quatre moines gui habitaient les îles appelées Stooades, aujourd'hui les îles d'Hyères sur les côtes de Provence. Les noms de ces quatre religieux étaient Jovien, Minerve, Léonce et Théodore, et ils étaient tous quatre en grande réputation de sainteté.
Première classe. — La première conférence, dans laquelle Cassien fait parler l'abbé Moïse, roule entièrement sur la fin ou le but que doit se proposer un solitaire. Chaque profession a une fin qui lui est propre : et celui qui désire d'y exceller souffre non-seulement avec patience tous les travaux, mais encore tous les périls et toutes les difficultés oui se rencontrent dans son entreprise. Un laboureur dont le but est de cultiver un champ, et ensuite d*en recueillir une moisson abon* dante , endure avec un courage infatigable les plus violentes ardeurs de l'été et les plus grandes rigueurs de l'hiver; il ne craint -point de tirer son blé de ses greniers pour Je confier à la terre. Il en est de même de ceux qui s^adonnent au commerce ou à la profession des armes : tous sont insensibles aux périls et aux fatigues inséparables de ces professions. La nôtre, dit l'abbé Moïse, a aussi son but et sa fin particulière, pour laquelle nous souffrons constamment tous les travaux qui s'y rencontrent. C'est cette fin q^ui nous empêche de nous lasser dans la contanuation de nos jeûnes, qui nous fait -trouver du plaisir dans la fatigue de nos veilles, qui nous ôte le dégoût dans l'assiduité de la lecture et do la méditation de la parole de Dieu, qui nous fait supporter avec douceur et avec joie ce travail sans relAche dans lequel nous passons notre vie , cette pauvreté, ce dénuement, cette privation de toutes choses , et qui fait que nous n'avons point d'horreur de cette vaste et affreuse solitude. Le royaume du ciel est la fin générale que se proposent tous les chrétiens ; mais le moyen pour y arriver est la pureté de cœur, sans laquelle il est impossible que jamais personne arrive à celte fin. On doit donc embrasser tout ce qui peut produire cette pureté de cœur, et rejeter comme pernicieux tout ce qui peut en éloigner. Il en-
tend par cette pureté du cœur la charité dont saint Paul décrit les effets dans sa première Epître aux Corinthiens , et qu'il déclare si essentielle que sans elle toutes les autres vertus ne sont rien. Or l'objet de cette charité est Dieu , qu'on peut contempler en luimême ou dans ses créatures, puisqu'on le connaît dès ici-bas par la grandeur et Teicellence de ses œuvres, par la considération de sa justice, et par cette sagesse qu'il ne cesse de faire briller dans le gouvernement du monde. Toutes ces considérations et autres semblables sont comme de simples regards d'une âme qui voit Dieu , et qui le possède avec d'autant plus de perfectioo que sa vie est plus sainte et son cœur plus pur. 11 est vrai que notre esprit trouve des obstacles à cette contemplation dans la multitude des pensées dont il est attaqué ; mais si nous ne pouvons les empêcher de naître dans nous, nous pouvons, avec le secours de Dieu, les discerner, et les rejeter ou les reccYcir selon qu'elles nous paraîtront bonnes oa mauvaises. Il remarque que nos pensées viennent de trois sources on de trois principes: de Dieu, d^ diable, ou de nous-mêmes. Elles viennent de Dieu, lorsqu'il daigne nous éclairer par rinfusion de son esprit , qu'il nous excite à nous avancer dans la vertu, et qa*il nous inspire de pleurer nos péchés ; elles viennent du démon lorsqu'il tâche de nous surmonter par le plaisir des vices ou par les pièges qu'il nous tend en secret. C'est ainsi qu'il tenta Ananie et Saphire pour les faire mentir au Saint-Esprit. Elles viennent de nous-mêmes, lorsque, par un effet naturel de notre esprit, nous nous souvenons des choses, ou que nous avons faites, ou que nous avons entendues. La règle à observer dans toutes ses actions, c*est de les examiner au poids du sanctuaire, c'est-à-dire selon les règles des prophètes et des apôtres, afin que si elles se trouvent conformes à'ia perfection qu'elles commandent, on les accomplisse avec joie , et qu'au contraire on s'en abstienne si elles s'y trouvent opposées. Après que l'abbé Moïse eut expliqué à Cassien, et à Germain qui l'accompagnait, tout ce c^i regardait les moyens et la fin du salut, il les pria de prendre un peu de repos sur les mêmes nattes où ils étaient assis pen* dant qu'il leur parlait ; il leur donna pour appuyer leur tête, une sorte de cheyet à l'usage des moines d'Egypte ; c'étaient des roseaux ajustés par petites bottes longues et menues, liées iort doucement , environ de pied en pied. Elles servaient également de siège lorsque les solitaires s'assemblaient. Ce petit meuble était d'autant plus commode, qu'il était facile à manier, qui! se faisait sans peine et ne coûtait rien, étant libre à tout le monde d'en couper sur les bords du Nil, où il v en avait en abondance. Le lendemain dès fa pointe du jour, Tanné Moïse, voulant s^acquitter de sa promesse, fit un discours sur l'excellence de la vertu que l'Apôtre aroelle la discrétion, et qu ii place entre les dons de Dieu. Il leur dit aue c'était un des plus grands fruits et des plus
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grands effets de la çrftce ae Dieu dans nos Ames ; que si un solitaire ne s'applique avec ^oin à acquérir cette vertu , et s il ne se met en état de pouvoir discerner quels sont les esprits qui se glissent dans son cœur, il ne pourra se préserver de chute ; il appuie d'aoord cette proposition par le témoignage de saint Antoine, qui, dans une conférence qui se tenait chez lui, touchant la vertu la plus nécessaire à toutes sortes de personnes, conclut en disant que c'était la discrétion. Cette vertu de discrétion esi la mère de toutes les autres ; avec elle on peut monter au comble de la perfection sans des peines et des travaux extraordinaires , au lieu que sans elle on n'y arrive Jamais, quelques efforts que Ton fasse. Il fait consister cette vertu dans une humilité sincère, dont la première preuve est de laisser le discernement de toutes nos actions et même de toutes nos pensées à la sagesse de nos supérieurs; il^convient néanmoins qu'on doit user de réserve dans le choix de ceux à qui l'on veut découvrir le secret de son cœur. Ce n'est ni par le nombre des années, ni par la blancheur des cheveux, qu'on doit juger quels sont ceux qui méritent notre conQance , mais par la probité de leurs mœurs, par Texcellence de leur vie , par la régularité de leur conduite.
C'est l'abbé Papbnuce, également célèbre par son savoir et par sa vertu, qui parle dans la troisième conférence, il montre que Dieu nous appelle de trois manières différentes, ou immédiatement et par lui-même, quand par ses inspirations divines il nous touche le cœur, nous fait aimer notre salut et nous inspire le*désir de la vie éternelle ; ou par l'entremise des hommes, lorsque l'exemple des saints ou leurs instructions nous touchent et nous enQamment du désir de notre salut ; ou par quelque accident considérable, comme la perte de notre bien ou la mort de personnes qui nous étaient chères , ce qui nous oblige à nous jeter entre les bras de Dieu. Ce der^ nier desré de vocation est plus imparfait et plus défectueux que les deux autres ; néanmoins il a réussi à plusieurs. Paphnuce traite ensuite des choses auxquelles il faut renoncer, et les distribue en trois classes, suivant la tradition des Pères et l'autorité de l'Ecriture. La première est de renoncer à tous les biens et à toutes les richesses de ce monde ; la seconde, de renoncer à nousmêmes, à nos vices , à nos mauvaises habi* tudes et à toutes les affections déréglées de l'esprit et de la chair ; la troisième, de retirer notre cœur de toutes les choses pré-
ïientes et visibles, pour ne s'appliquer qu aux éternelles et aux invisibles. On trouve ces trois sortes de renoncements dans le commandement que Dieu tit à Abraham de sortir de sa terre , de sa parenté et de la maisou de son père ; car c'est comme si le Seigneur lui avait dit : Sortez de votre vie ordinaire et des inclinations mauvaises qui s'attachent à vous par la corruption de la chair et du sang ; perdez la mémoire de toutes les choses de ce monde et de tout ce qui se présente à yos yeux. Le saint abbé moxi-
tre que les deux premiers renoncements sont de peu d'utilité sans le troisième , auquel nous arriverons lorsque notre esprit^ n'étant plus appesanti par la contagion de ce eorps animal et terrestre, s'élèvera au ciel par ta continuelle méditation des choses divines. L'abbé Paphnuce ajoute qu'à moins d'avoir accompli par une foi généreuse ces trois premiers renoncements, on n'arrivera jamais à ce qui ne nous est promis que comme une récompense de notre fidélité ; c'est-à-dire à la terre des vivants que Dieu promet à ses serviteurs. D'où nous devons apprendre que le commencement et la consommation de notre salut doivent être attribués à Dieu. — En quoi consiste donc la hberté et le mérite de l'homme, reprit Germain, si l'on doit attribuer à la gr&ce de Dieu tout ce qui appartient à notre perfection et à notre salut , et si Dieu commence et accomplit la bonne action? L'abbé Paphnuce répondit à cette objection, en disant que le commencement de notre justification vient de Dieu seul , de même que le don de la persévérance jusqu'à la fin ; mais que le progrès dans la vertu , ou l'augmentation de la grAce, de la justice, de la sainteté et de la perfection, qui tient comme le milieu entre le commencement de la justification et la persévérance finale, doit être attribué conjointement à notre libre arbitre et à la grâce. C'est à la grflce divine de nous fournir des occasions de salut ; c'est à nous de faire valoir avec plus ou moins d'étendue les bienfaits que Dieu nous a accordés. L'abbé Daniel, disciple de Paphnuce, parle dans la quatrième conférence. Germain et Cassienlui avaient demandé pourquoi, étant dans leurs cellules, ils se trouvaient quel*
auefois dans une ferveur extraordinaire, et 'autres fois dans une tiédeur si grande, qu'ils ne sentaient aucun goût pour la lecture, et que leur esprit, sans application et sans arrêt, se livrait à mille pensées même pendant la prière ? — Ces sécheresses de l'Ame, leur répondit l'abbé Daniel, viennent ou de notre négligence, ou des attaques du démon, ou de la conduite de Dieu, qui veut éprouver ses serviteurs ; elles viennent par notre né-
S^ligence, lorsque, avant donné lieu par notre aute à quelque tiédeur, nous tombons dans l'indifférence, ensuite dans le relAchement et dans une paresse qui fait que, l'esprit étant rempli oe pensées mauvaises, nous ne pouvons nous appliquer à la contemplation et à l'oraison ; aies viennent du démon, lorsque, appliqués sérieusement au bien, cet esprit de malice fait par ses artifices que nous quittons insensiolement ou par ennui nos meilleures résolutions. Quand elles viennent de Dieu, il le fait pour deux raisons : l'une , pour nous empêcher de nous élever de la pureté du cœur qu'il nous avait donnée en nous visitant de sa grAce ; l'autre, pour éprouver notre fidélité, notre persévérance et la fermeté de nos désirs. U explique ce que c'est que la Kuerre entre la chair et l'esprit dont il est parié dans le cinquième chapitre de TEpltre aux Galatea. U veut que, par le mot de chair ^ on entende la
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volonté de la chair et ses désirs déréglés, «t par le mot à*enprii les bonnes et saintes affeetioDS de Tâme. La chair, par eiemple, M plaît au )ute et è la seiisuaMté ; Tesprit ne Teut point consentir aux désirs même les plus naturels. La chair veut avoir tout avec abondance ; l'esprit a même quelque peine de voir que ce peu de pain dont il a besoin chaque jour, ne lui manque jamais. L*abbé Daniel trouve deux avantages dans la guerre de la chair contre l'esprit, dont le premier est qu'elle nous fait remarquer notre paresse et notre négligence; le second, qu'elle nous fait ressouvenir que nous sommes louiours hommes, môme après avoir ressenti longtemps les etfets de la grâce de Dieu.
La cinquième conférence traite des huit principaux vices. L'abbé Sérapion,qui parle, est d*avis que, pour réussir dans le combat contre les vices, on ne doit pas entreprendre d.? les attaquer tous à la fois, mais en particulier celui qui nous fait une guerre plus acharnée ; employant contre lui l'austérité des jeftnes , les prières et les larmes ; et lorsque Ton sera venu à bout de Taballre, on en attaque «n autre et on entreprend de le détruire par les mêmes armes. C'est ainsi, dit cet abbé, qu'en coiiimençant toujours par combattre les vices les plus e'nracinés, il nous sera facile de vaincre les autres ; parce que l'A ne deviendra plus forte par cette longue suite de victoires ; mais au lieu de s'enorgueillir, il veut qu'elle en rapporte toute la gloire à Dieu, persuadée qu'elle doit tous ces avantages aux secours du Seigneur.
Dans la sixième conférence, Cassieii s'entretient avec l'abbé Théodore sur la mort des saints anachorètes tués en Egypte car les Sarrasins. Ce fut dans un désert, voisin du bourg de Téchué, que furent massacrés ces pieux solitaires, qui vivaient paisiblement dans des monastères, séparés oe tout bruit et de fout le tumulte du monde. Après leur iiort, on leur témoigna un tel respect que les évéques, accompagnais d»? tout le peuple d'Arabie, vinrent enlever leurs corps, avec unevéhération profonde, et les placèrent parmi les reliques des martyrs. Cassien et Germain, étonnés que Dieu eût laissé périr par la main des barbares des hommes si éminents en mérite et en vertus, demandèrent à l'abbé Théodore pourquoi Dieu consentait que des •célérats eussent tant de pouvoir sur ses ser- Titeurs ? Avant de leur répondre, l'iibbéleur dit qu'il fallait savoir avant toutes choses ce que c'est que le véritable bien ou le vérita* file mal ; car tout ce qui est en ce monde, ëit-il, est bon ou mauvais, ou indifférent. U n'y a rien de vraiment bon parmi les hommes que la vertu qui nous conduit à Dieu par mne foi pure et sincère, et qui nous attache iiBséparablement à ce bien souverain et immuable; il n'y a rien au contraire de véritablement mauvais que le péché qui nous sé- Srede Dieu, et nous lie très-étroitement au mon, qui n'est que malice. Les choses indifférentes sont celles qui tiennent le milieu entre le bien et le mal, et peuvent passer dans Tun ou dans l'autrci selon l'affection
et la volonté de celui qui en use, comme sont les richesses, la santé, la vie même et la mort. En posant donc pour principe qu'il n'y a point d'autres biens que la vertu, ni d'autre mal que le péché, on ne neat dire que Dieu ait jamais envoyé par lui-même quelque mal à aucun de ses saints, ni même
au'il ait permis que les autres leur en fissent e celte nature. Le démon employa tousses artîfirespnur faire tomber Job dans le péché, mais il ne put y réussir.
Cassien commence la septième conférence par l'éloge de celui qui doit y parler. Elle roule sur la nature de l'âme et sur sa mobilité. L'abbé Sérénus y fait voir que, ne Eouvant (le sa nature demeurer oisive, il est esoin d'en régler les mouvements en donnant de l'occupation à son activité par des objets qui la tiennent et qui l'arrêtout ; qu'aument sa légèreté naturelle l'emporterait et .la ferait courir d'objet en objet. Celle dssi-
ration ne doit s'ittribuer ni à la nature de homme, ni è D eu, qui en est le créat«'ur, mais à notre imprudence et à notre paresse. Pour fixer cette inconstance, cet abbé propose, sous la figure du centenier de l'Evangile, une figure d'une âmo parfaite, qui commande à toutes ses pensées ; mais pour arriver à cette perfection, il faut auparavant travailler à combattre et à vaincre tous les vices, à éteindre les passions et à soumellre h l'empire de l'esprit, par la force de la croii de Jésus-Christ, celle fnulc de pensées et de puissants ennemis qui nous font une guerre si cruelle ; alors nous dirons aux mauvaises
Rensées : Allez-vous-en, et elles s'en iront, ous dirons aux bonnes : Venez, elles viendront. Nons commanderons à notre serviteur, c'est-k-dire à notre corps, de garder toutes les lois de la continence et de la chasteté, et il nous obéira sans contredit, s'assujettissunt à servir l'esprit en toutes choses. Saint Paul nous apprenJ quelles sont les armes nécessaires dans ces combats : Les armes de notrt ntifice ne sont pas charnelles^ mais «pirrtu€H« et puissantes, par la force que Dieu leur imprime, 11 s'explique ailleurs en disant qufi ces armes sont le bouclier de la foi, la cuirasse de la charité et le glaive de 'Y^Ptl^* c'est-à-dire la parole de Dieu. Germain désirant savoir comment les démons peuvent avoir quelque union avec nos âmes, Tabbé Sérénus lui répondit qu'on ne doit pas s'étonner qu'un espnt puisse s'unir à un autre esprit d'une manière insensible, et lui persuader invisiblement ce qu'il lui pWlt puisqu'il y a entre les âmes et les démons une affinité et une ressemblance de nature, et que tout ce cjui se dit de la nature de Fâme se peut dire aussi de la nature de ces esprits. Ensuite, pour satisfaire à une autre question de Germain, qui lui avait demande comment les démons dfécouv raient i^os pensées sans pouvoir pénétrer notre âme, il f.^ J^ond qu'ils ne peuvent les savoir, mais quns es connaissent seulement par des conjectures prises du deiiors, c'est-à-dire par '* disposition dans laquelle ils nous voienM'^J nos paroles et par les remarques qa i» low
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sur nos inclinations et nos désirs. Go n*esi pas, ajoute-t-il, une chose fort extraordinaire que de purs esprits puissent avoir ces connaissances, pui<:que tous les jours les hommes sages jugent ce qui se passe dans notre ftme par le geste, la contenance extérieure du corps et tous les changements qui paraissent sur le Visage.
Cassien et Germain, après avoir solennisé ]o jour du dimanche avec les frères, et pris leur repas dans la cellule de Tabbé Sérénus, le prièrent de leur expliout^r ce passage de l'EpItre aux Ephésiens : mus n'avons pas à combattre contre la chair et le sang^ mais can^ tre les puissances^^les princes du monde et des ténèbres^ et contre les esprits de malice qui sont en Cair; et cet auire do l'Epllr • aux Romains: // n'y apoint ffange^^ ni de principautés^ ni de vertus j ni aucune autre créature qui nous puisse séparer de ta charité de Dieu^ qui est m Jésus- Christ Notre-Seigneur, Cet abbé fait d'abord renmnjuer q le l'Ecriture parle (quelquefois si clairement, que les moins intelligents comprennent tout d'un coup ce gu'elle veut dire selon la lettre ; mais qu'elle renferme aussi beaucoup de ch( «ses, qu elle a couvertes à dessein d'ui.e obscurit(^ toute mystérieuse, afin d'exercer notre esprit dans la recherche longue et laborieuse des sens qu'elle y a cachés ; que par Ih elle a voulu empêcher que ses mystères sacrés ne fussent découverts autant aux profanes qu'aux fidèles; que, comme il y a des endroits où la lettre n*a rien d'obscur, comme celui-ci : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu, il y en a d'autres que Ton doit expliquer dans un sens allégorique, comme ce qui est dit dans saint Matthieu : Qui ne prend point sa croix pour me suivre n^stpas digne de moi. Il entreprend toutefois de satisfaire à la question proposée, et dit que les anges existaient déjà avant que Dieu créât ce monde visible, et il le prouve par un endroit de TEpître aux Colossiens, où Saint Paul , rapportant par ordre les choses créées, met d'abord celles qui sont dans le ciel ; que les anges ont été créés bons de leur nature, et que ceux qui sont tombés n'ont pas conservé leurs principautés, mais abandonné l'heureux état où ils avaient été étabirs ; qu'il y a entre les démons une sutbordination à peu près semblable b celle qui se trouve dans la niérarchie des anges; que le diable était déjà tombé avant là chute de l*homme, et que c'est lui qui est appelé serpent dans l'Ecriture, et dont il est dit : Le serpent était plus rusé que tous les autres antmauxdela terre; que la première c.iuse de sa ehnie fut son orgueil, et que Tenvie qu'il conçut contre l'homme acheva de le perUre; que l'air que nous respirons, que tout cet espace, qui est entre le ciel et la terre, est rempli de démons ; quMh y sont dans une action et dans un mouvement continuels, mais que Dieu ne permet pas que nous les ▼oyions, soit pour nous éviter la frayeur d'objets si horribles, soit pour nous soustraire à Pexemple continuel de leur dérét^Iement. H croit aussi que chacun de nous a deux •ngesy l'un bon et Tau tre mauvais, et il cite
le livre du Pùsteur^ où l'on trouve en effet cette doctrine bien établie. Il répond à Germain, qui lui avait, demandé si le diable a un père, parce qu'il est écrit : Vous êtes Us enfants du diable voire père^ qu'il est clair par l'Ecriture que notre corps vient d'un nomme, mais que Dieu est Tunique père des ftmes ainsi que des esprits.
La neuvième conférence traite de la prière et des dispositions qu'un solitaire doit avoir pour arriver à une prière continuelle. L'abbé Isaac, qui parle dans cette conférence, dit qu'on «toit d'abord retrancher généralement tous les soins de la chair, bannir ensuite de son esprit et de sa mémoire toutes sortes d*diTaires, éviter les m('dis<mces, purifier son cœur par la simplicité «tt l'innocence, acquérir une humilité profonde, empocher son esprit de s'égarer en eourantaprès des pensées volages, n'étant pas possible que ce que nous avons dans l'esprit avant l'heure de l'oraison ne revienne après dans la mémoire lorsque nous prions. 11 appuie ces maximes sur diverses comparaisons et ^visions de saints anachorètes, et, après avoir marqué différentes sortes de prières rapportées dans les Epitres de saint Paul, il explique de suite celle que Jésus-Christ a dictée luimême. 11 fait remarquer que dans toute cette prière il n*est parlé ni de richesses, ni d'honneur» ni de puissance et de force ; on n*y demande point la santé du corps ni les commodités die la vie, Dieu ne voulant point qu'un chrétien attende de l'Auteor de l'éternité rien de temporel et de périssable. A cette prière Fabbe Isaac en ajoute une plus sublime, dont Jésus-Christ nous a donné le modèle lorsqu'il passait la nuit en prière sur une montaffne» ou lorsqu'il priait dans un profond silence, comme il fit au jardin dans son agonie,où il fut trempé d'unesueur de sanx par le transport d'une attention et d'une douleur inimitable à tous les hommes. Cette SOI te de prière ne se forme point par le son de la voix, ni par le mouvement de la lan^^ue, ni par la prononeJatioo des paroles ; mais l'&me seule, éclairée par la lumière du Saint-Esprit, s'explique à Dieu par une effusion et une multiplication de mouvements et d'affections qui sortent du cœur comme d'une source abondante. A propos de ce passage de TEvangile où il est écrit que nous devons prier mu notre ekmmbre la porte fermée^ il dit que nous accomplissons ce précepte lorsque, bannissant de notre cœur tout le tumulte et tout le bruit de nos pensées, nousl'ouvronsèDieu pour le prier dans un silence profond et dans une saintefaroiliarité. Il nous est utile de prier ainsi, afin de cacher l'intention de notre prière à ces ennemis invisibles» qui choisissent ces moments-là pour multiplier leurs pièges. H conseille les prières courtes, de peur que la longueur ne fatigue, regardant l'oraison courte et fervente comme le véritable sacrifice que Dieu demande de nous ; mais il veut qu'on la réitère souvent.
Après quelques réfiexions sur l'hérésie des anthropomorphitesi réflexions suggérées
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par les lettres du patriarche Théophile, qui soulevèrent quelque opposition de la part des solitaires d*£gypte, Vabbé Isaac s'appliqua à montrer, dans la dixième conférence, combien il fallait être dégagé de la vue et du souvenir des choses terrestres et sensibles eu priant ; qu'à l'exemple de Jésus-Christ Ton devait monter à l'écart sur une montagne élevée pour y prier Dieu en secret, c'est-àdire séparer notre Ame du tumulte des passions et du mélange de tous les vices, 1 établir dans une foi vive, et la faire monter au [)lus haut faite des vertus. Il fait consister a prière parfaite et continuelle dans l'union inséparable avec Dieu et dans la méditation habituelle dece verset des psaumes :JlfonZ>tett, venez à mon aide , hàiez-vous. Seigneur ^ de me secourir. 11 ajoute que ce n'est pas sans raison que ce verset a été choisi dans toute l'Ecriture, puisqu'il convient admirablement à tous les états et à toutes les tentations de la vie. On y retrouve en effet un appel à Dieu contre to^ites sortes de dangers, l'humilité d'une confession sincère, la vigilance gui naît de la crainte du péché, la considération de notre faiblesse, l'espérance d'être exaucés, une confiance toute chrétienne en la bonté de Dieu toujours prête à nous secourir, le feu de l'amour divin, une humble appréhension des pièces qui nous environnent, et une crainte des ennemis qui nous harcellent nuit et jour, et dont l'âme reconnaît qu'elle ne peut se délivrer qu'avec le secours de celui qu'elle invoque. Il prétend que le seul moyen d'arrêter la légèreté de notre esprit et l'égarement de nos pensées dans la prière, c'est de s'y préparer avec soin, et de tâcher, avant même de prier, d'être dans la disposition où nous souhaitons que Dieu nous trouve lorsque nous prions. Deuxième classe. — Les sept conférences suivantes, qui forment la seconde classe, furent écrites à la prière de saint Honorât et d'Eucber. Cassien et Germain, se trouvant instruits par les pères de Scété^, résolurent de passer en Egypte pour en voir les solitaires les plus fameux. A la suite d'une longue navigation, ils arrivèrent à Tenèse, où ils furent bien reçus par Archebius, qui, sachant qu'ils avaient dessein de pousser plus avant, prit pour les conduire son bâton et la peau qui lui servait de besace, les mena d'abord cnez lui à Panephise, dont il était évêque. De là, il les conduisit chez les anachorètes Quérémont, Nesteros et Joseph, qui furent les premiers qu'ils connurent en Egypte. Quérémont était un vieillard plein d'humilité et d'une retenue extrême à parler des choses de Dieu, dans la crainte de ne pas faire ce qu'il disait aux autres. Mais Cassien lui fit tant d'instances, qu'il fut comme forcé de parler sur la perfection. Il leur dit donc que trois choses empêchaient d'ordinaire les hommes de s'abandonner aux vices : la crainte de l'enfer et de la sévérité des lois; l'espérance et le désir du ciel; l'amour du bien et l'affection des vertus. La crainte chasse le mal et la contagion des vices, selon qu*il est écrit : la crainte du Seigneur
hait Viniquilé: l'espérance nous retire de tous lespechés, selon cetteparoledu psaume : Tous ceux qui espèrent en Dieu ne pécheront point : et I amour ne tombe point dans le vice, puisque saint Paul dit que la charités tonU)e point et qu'et/e courre, au contraire, la multitude des offenses. II {(jouta que pour être parfait il fallait sortir de ce premier degré de la crainte, qui n'est que servile, et passer par le degré de l'espérance pour arriver au degré de l'amour qui est propre aux enfants de Dieu. Il fait voir combien ce dernier état où l'on n'agit plus par crainle, mais par amour, est excellent et préférable à tous les autres. Celui qui ne fuit ratlrail des vices que par l'appréhension delà peine retournera bientôt au mal qu'il aime encore dans son cœur ; mais celui qui agit par le plaisir qu'il goûte dans la vertu, non-seulement bannit de son cœur tout ce qui lui est contraire, mais il le déteste encore avec une extrême horreur ; ce qui ne se trouve pas toujours dans celui qui ne réprime ses passions déréglées que par l'espérance d'en être récompensé. Il ne prétend pas toutefois que la pensée continuelle des supplices de Teivfer ou du bonheur promis aux saints soit inutile; mais il veut qu'elle serve à les retirer de cette crainte servîle et de cette espérance mercenaire, pour les élever à l'amour de Dieu et les raire passer à l'état des enfants, afin qu'étant parfaits déià, ils grandissent encore en periection. Delà vient que l'Apôtre préfère la charité non-seulement à la crainte et à l'espérance, mais encore aui plus beaux dons du ciel.
Cette charité devant nécessairement produire une chasteté parfaite, le même abbé Quérémont entreprit, dans la douzième conférence, de montrer en quoi elle consistait 11 expliqua d'abord cet endroit de saint Paul: Mortifiez vos menAres qui ^sont sur la tmt^ et fit voir que ce corps de péché est composé de plusieurs vices, qui en sont comme les membres, et que tous les péchés que Ton commet par pensées, par paroles et par actions , se rapportent à ce même corps, dont il est dit que les membres sont sur k terre^ parce que ceux qui s'en servent ne peuvent dire avec vérité, comme le même ajpôtre : liotre conversation est dans les d'eux. Ces membres, comme on ie lit dans l'Epure aux Colossiens, sont la fornication, l'impureté, la concupiscence , tous les mauvais désirs et l'avarice. Il montre que, comme on éteint assez aisément l'avance, on peut de même éteindre tout ce qui est contraire à la chasteté. 11 marque six principaux degrés pour parvenir à la perfection de la chasteté,
3ui ont tous pour objet le calme du corps et e l'esprit ; mais il convient que personne ne peut bien les comprendre si, par une longue expérience et par une grande pureté de cœur, on ne s'est mis en état de pénétrer et de discerner tous les mouvements différents de ces deux substances. Il fait consister U véritable chasteté dans l'amour sincère qu'on a pour cette vertu, et le plaisir céleste qu'on y trouve, ne regardant pas coBUûoaW
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fautes certains accidents naturels et involontaires. Germain ayant souhaité de savoir combien de temps il faudrait pour acquérir la chasteté, Quérémont lui répondit qu*il y aurait de la témérité à vouloir déterminer un temps pour la perfection d'une vertu, puisqu'on n'en peut pas même fixer pour la perfection des sciences et des arts ; qu'une Djarque qu'on n*est pas éloigné d'acquérir la chasteté, c'est quand on commence à reconnaître qu'on ne la doit point attendre de son travail, mais de la miséricorde de Dieu, suivant cette parole de David : Si le Seigneur n'édifie lui-même la maison, en vain travailleront ceux qui la bâtissent. Que ceux qui pensent le contraire, en s'imaginant qu'ils ont contribué par leurs soins à obtenir ce don, retombent par cette complaisance môme sous la tyrannie de l'impureté, jusqu'à ce que leur propre expérience leur apprenne qu'ils ne peuvent acquérir ce trésor si précieux par toutes leurs peine» et par tous leurs travaux.
Ces dernières paroles de l'abbé Quérémont fournissent la matière de la treizième conférence, dans laquelle c'est encore lui qui parle, ou plutôt, comme on le prétend, le j>rètre Cassien sous sou nom. C'est de toutes la plus célèbre, à cause des disputes dont elle a fourni la matière, et du blâme qu'elle a attiré à son auteur parmi les catholiques. £n effet, elle a fait mettre ses écrits au rang des apocryphes par un décret du pape (lélase, parce qu'on y voit une doctrine qui n'est point conforme à celle de l'Eglise sur la grâce ; l'auteur y marquant clairement que le commencement du mérite et de la bonne volonté vient de nous. Celan'empôche pas qu'il n'établisse daus la môme conférence plusieurs maximes entièrement con* formes à ce qu'enseigne l'Eglise sur cette matière ; car Germain lui ayant demandé pourquoi nous n'attribuons pas à nos travaux et à nos soins nos progrès dans la vertu, comme on attribue aux soins du laboureur la fertilité des campâmes, l'abbé Quérémont lui répondit que le principe nonseulement de nos bonnes actions, mais encore de nos bonnes pensées, vient de Dieu
3ui nous inspire et les commencements 'une sainte volonté, et la force avec l'occasion de faire les choses que nous souhaitons, tout don parfait venant du Père des lumières, qui commence et achève en nous les bonnes actions; mais que c'est à nous de suivre avec humilité la grâce de Dieu, qui nous attire chaque jour. Aussi saint Prosper, qui a réfuté ces Conférences^ ne dit rien des
premiers chapitres L'abbé Quérémont,
entrant dans le détail des exercices pénibles de la vie religieuse, dit c|ue, comme nous ne pouvons pas même désirer de les remplir continuellement sans l'inspiration divine, de même aussi nous ne pouvons, sans son secours, nous en acquitter en aucune façon. Mais il «goûte que lorsque Dieu voit briller en nous une étincelle de bonne volonté, quelque petite .qu'elle soit, il lui donne de la vigueur et die la force, voulant que tous
les hommes soient sauvés ; que sa grâce est toujours préparée , qu'il appelle tous les hommes sans exception. C est ici que le CoUateur commence à se déclarer, en disant que le commencement de la volonté vient quelquefois de nous-mêmes, quoiqu'il avoue que Dieu la tire aussi du dur rocher de notre cœur; mais il s'explique encore plus clairement dans la suite, en disant que, lorsque Dieu voit en nous un commencement de bonne volonté, il l'éclairé aussitôt, lafbrtifie etTexcite au salut, en donnant de Taccroissement à cette bonne volonté dont il est l'auteur, ou qu'il sait être produite de nousmêmes. Mais il trouve de la difficulté à décider si Die^i nous fait miséricorde à cause que nous avons un commencement de bonne volonté, ou si la miséricorde de Dieu précède ce commencement , plusieurs étant tombés dans des erreurs contraires pour avoir voulu trop examiner ces choses, et pour avoir poussé leur décision au delà des bornes sur cette matière. Si nous disons que le commencement de la bonne volonté vient de nous, comment cela se vérificra-t-il dans saint Paul et dans saint Matthieu, qui ont été attirés au salut, tandis que l'un n'était occupé qu'à répandre le sang innocent, et l'autre de violences et de rapines publiques. Si au contraire nous disons que la grâce de Dieu est toujours le principe de la bonne volonté, que dirons-nous de la foi de Zachée, et de la piété du bon Larron, qui l'un et l'autre ont prévenu les avertissements particuliers de la vocation, en faisant par leur désir une espèce de violence au royaume du ciel ? A l'égard de la perfection des vertus et de l'accoinplissement des commandements de Dieu, si nous l'attribuons à notre libre arbitre, comment dirons-nous à Dieu dans laprière : Confirmez ^ Seigneur^ ce que vous avez fait dans nous? Après s être formé ces diflicultés, le CoUateur se contente de dire que quoique ces deux choses, la grâce de Dieu et le libre arbitre, paraissent opposées, elles s'accordent néanmoins et doivent être reçues, de peur qu'en ôtant à l'homme l'une des deux, on ne paraisse avoir transgressé la règle de la foi. Confondant ensuite l'état de l'homme innocent avec celui de l'homme tombé, il avance qu'il n'est pas croyable que Dieu ait fait l'homme de façon qu'il ne veuille ou ne puisse jamais faire le bien. Il soutient même que par le péché Thomme n'a point perdu la science du bien, et il parait ne pas douter que cette science, qui est la même que la lumière naturelle, ne suilise pour faire le bien et produire en nous le commencement des vertus. Ensuite il avance trois erreurs considérables : la première, en disant que Job fut pour un temps abandonné à lui-même et destitué de la grâce de Dieu, en sorte que ce fut par ses propres forces qu'il combattit contre le démon ; qu'ainsi sa patience était le fruit de sa liberté et de sa force naturelle, et non pas de la grâce de Dieu ; la seconde, lorsqu'il dii que la foi que Dieu éprouva el loua flans Abraham et dans le centenier n'é^ tait pas celle qu'il leiu* avait donnée, mai9
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DICTIONNAIRE Ml PATHOLOGIE.
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celle qu'ils pomaièn» BV?5îf euï-mémes par les forces de leur libre arbitre ; la troisième, eu ce qu'il croit que rhomme peut par luiuiême combattre contre les ennemis spirituels de son salut, avouant toutefois qu'il doit dans ses victoires rnconualtre la grâce de Dieu, et sa propre faiblesse, lorsqu'il est vaincu. Craignant toutefois d'être convaincu, par ses propres écrits, de croire avec Pelage que la grâce de Dieu nous est donnée selon nos mé'ites, et qu'ainsi la grâce n'est plus à proprement parier grâce, il semble r^'lracter en quelque sorte ce qu'il avait avancé sur ce sujet, et dit premièrement que son dessein n'a pas été de donner dans l'opinion profane de quelques-uns, qui, accordant tout au libre arbitre, enseignent que la perfection ou la consommation du salut consiste dans la foi que nous pouvons avoir de nous-mêmes; mais que son sentiment est que la grâce nous est absolument nécessaire pour acquérir cette perfection et ce salut. Il dit en second lieu qu'il a reconnu sou vent aue celte grâce surpasse le mérite de nutre loi, et il Je prouve de nouveau par plusieurs exemples de l'Ecriture; mais il ne révoque pas ce qu'il avait dit plus haut, que le commencement du salut est dans quelques-uns l'effet du libre arbitre, et dans f|uelques autres le fruit de la grâce prévenante. — On trouve à la suite de cette conférence uue exposition de foi sur la grâce et le libre arbitre, par Denis le Cha treux , tirée presque tout entière des paroles de l'abbé Quérémont, mais dépouillée de tout ce qu'on ^ remarque de contraire à la doctrine catholique.
La quatorzième conférence est intitulée : Delà science spirituelle. C'est Fabbé Nestéros
2ui Y parle, I uu des trois anachorètes que assieu vit en Egypte, dans la solitude près de Panephise. Cet abbé, vojrant que Cassien etGerHiain,aprèss'ètre appliqués à la lecture de l'Ecriture, en souhaitaient rintelhgence, leur dit que cette science demandait deux ehoses, la pratique et la spéculation; que la pratique consistait dans le soin de réformer ses mœurs et de se purifier de ses vices, et que la spéculât on n'était autre que la contemplation des choses divines, et la connaissance des secrets et des mystères les )ilus cachés. Ces deui parties, leur dit -il, sont deux degrés subordonnés l'un à l'autre, par lesquels la bassesse de l'boniine peut s'éle- Yer jus<|u'aax choses les plus sublimes ; ibais si I on retranche ce premier degré, c'està-dire la prat que, on ne peut passer à l'autre qui est la spéculation. 11 divi^^e la vie active en plusieurs états différents dans lesquels chacun doit se sanctilier , et il signale en etfet dans chacun de ces états un grand nombre de personnes qui ont mérité car leurs vertus d'être mises au rang des plus grands saints. Nestéros venant ensuite a ce
3ui rt'garde la théorie ou la connaissance es vérités divines, dit qu'on la diriseen lieux points : savoir, en la connaissance de i'histoire et de la lettre de l'Ecriture, et en l'intelligence du sei.s spirituel. L'histoire .renferme la connaissance des choses qui se
sont passées sous les yeut ; le sens spirituel se divise en trois : le tropologique, l'allégorique et l'anagogique. La tropologie est une explication qu'on donne à l'Ecriture qui ne regarde aue la morale, l'édificalion et la correction des mœurs. L'allégorie nous fait voir que des choses qui se sont passées effectivement, étaient la figure d'un autre mystère. L'anagogie nous fait pa>serd'un sens spirituel à un autre beaucoup plus élevé ; il trouve dns exemples de ces qualrc sens de TEcriture dans le seul mot de Jérusalem qui , dans le sens historique elllttéra!, se prend pour une ville des Juifs ; dans le sens allégorique pour l'Eglise de Jésus- Christ ; dans le sens aaagogi(|ue pour l'Eglise du ciel ; dans le sens tropologique ou moral, pour l'âme de rhomme, que Dieu blâme ou loue souvent sous ce nom dans sits Ecritures. Germain ^e plaignit uue la coinaissance qu'il avait acquise des lettres humaines formait un obstacle à son salut ; la lecture <)es auteurs profanes avait tellement rempli son esprit, qu'il ne pouvait en cesser les souvenirs, et qu'il ne s'occupait que de fables, de combats et autres bagatel)(.'S, dans les moments mêmes qu'il voulait consacrer exclusivement .à Dieu. Le remède que lui prescrivit Tabbé Nestéros fut de s'appliquer à la lecture et à la médita ioa des saintes Ecritures. Nécessairement, lui dil-d. votre esprit sera toujours occupé do ces futilités, jusqu'à ce qu'il se remplisse avec une ardeur égale des choses saintes, et quau lieu de toutes les pensées terrestres qui rai)Sorbent,il n*en conçoive plus que de spirituelles. Quand elles auront une fois jeté de profondes racines dans voire cœur, et que TOtre âme s'en sera longtemps nourrie, les autres s'éloigneront peu à peu et Gniroot par s'évanouir entièrement. Après avoir décrit longuement les qualités que doivent 1 posséder ceux qui se destinent à enseigner es autres, il marque deux raisons principales pour lesquelles les discours que Ton tient sur la religion sont ordinairement inutiles aux âmes. L'une vient de ce que celui qui parle n*a aucune expérience de ce qu'il dilt et l'autre de ce que celui qui l'écoute étant
i>lein de malice et de corruption, a le cœur érmé et inaccessible aux avis les plus salutaires. 11 convient que Dieu ne laisse pas de donner quelquefois le don d'une science spirituelle à ceux qui ne se sont point disposés à la prédication de l'Evangile par uoe vie irréprénensible ; mais que ce don ne leur est accordé que pour le salut et l'iililifé de ceux qui les écoulent. — Cela conduisil naturellement labbé Nestéros k examiner les raisons des dons extraordinaires que ^^^^ fait aux hommes, soit pour guérir les mawdies, soit pourchasser les démons. Il distingue trois sortes de prodiges : la première est lorsque Dieu, voulant récompenser w mérite et la sainteté de ses serviteurs, W donne la grâce de faire ces miracles, ctimflï^ il raccorda aux apôtres en leur disant Mendex la ianté aux malades^ ressuiciUx /« morlêf etc. ; la seconde est lorsque vi^^f
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Toyaut la grande foi de ceux qui présentent leurs malades ou des malades mêmes, fait pour réditication deTE^Hse qu'ils sont miraculeusement délivrés de leurs maut par reiUremise et le ministère de ceux qui sont entièrement indignes de*ces grâces. Ce sont cos personnes qui diront au jour du jugement : Seigneur^ n'avont-nous pas chassé Us démons en votre nom? et le Seigneur leur répM>ndra : Je ne vous connais point. La troisième manière vient de Tillusion et de Tartitice des démons, qui tâchent de faire en sorte qu'un homme noirci et décrié par ses vires s*att»re par quelques miracles l'admiration de tout le monde, et passe pour un grand serviteur de Dieu, afin qu'il porte tout le monde k imiter ses déré^^lemeots, et que, donnant aiisi lieu aux scandales, tout ce désordre retombe snr la sainteté de la religion, on qu'an moins celui qui croit avuir le don de ces miracles tombe, par cet élèvenienl, d'une chute encore plus grande. C'est de ce^ personnes qu'il est dit dcins l'Evanc^ile : Il s'élèvera de faux christs et de faux prophètes^ qui feront de si grands pro^ diges ei ae si grands miracles , que les élus wétnts^ si cela se pouvait faire^ en pourraient être trompés. C'est donc moins les prodiges que ron doit admirer dans les hommes, que leur vertu, la probité des mœurs ne leur étant point accordée à cause de la foi d'un autre ou pour d'autres raisons extérieures, et la souveraine perfection ne consistant point dans le don des miracles, mais dans la pureté de l'amour et de la charité.
Les deux conférences suivantes sont de Tabbé Joseph, la troisième des solitaires que Cassien connut en Egypte. II était d*une très-noble famille, et des premiers de la proTiDce de Thumuis; il savait parfaitement la langue grecque, ce qui leur donnait la facilité de s'entretenir sans truchement. — La seizième ronférence est intitulée : De ramtliV, qui, selon l'abbé Joseph, est produite parmi les hommes en différentes manières. Elle vient quelquefois de la recommandation qu'on nous a faite d'une personne, d'autres fois de l'engagement dans les mêmes affaires, de la société dans un même commerce, de la profession des mêmes arts, et souvent de la loi naturelle, qui fait que nous aimons nos parents et nos ooncitojens. La plus solide de toutes les amitiés est celle qui n'a pour principe que la seule ressemblance des mœurs ou de la vertu.
Quand celte alliance s'est une fois C4>ntrac^ tée, il n*y a point de différence d'inclination, ni de contrariété de volontés ou de désirs qui soient à craindre, tandis qu'elle est également entretenue de tous les deux, car il est très-possible au'étant affaiblie par la languenr de l'un, elle ne soit soutenue que par la forée de l'autre, on même qu'elle se rompe entièrement. 11 propose six degrés par lesquels on peut s'élever k une pariaid' amitié :1e premier consiste dans le mépris des biens du monde; le second, dans le renoncement entier à sa propre volonté ; le troisième, dans le sacrifice de tout ce qui
est utile et même nécessaire, auand il faut l'abandonner pour le bien de la charité et de h paix ; le quatrième, dans la persuasion qu'il n'y a jamais aucun sujet pour lequel il soit permis de se mettre en colère ; le cinquième, dans l'attention k remélier k la mauvaise humeur et k la colère que notre frère a conçue contre nous sans sujet ; le sixième, à se persuader chaque jour qu'on doit mourir avant qu'il se passe. Il dît que, comme il n'y a rien qu'on doive préférer k la charité, il n'y a rien aussi qu'on ne doive faire et souffrir plutôt que de se mettre en colère ; qu'il ne suffit pas pour conserver une charité inrîolable de retrancher la source des querelles qui naissent des choses terrestres et périssables, mais qu'il faut enc^jre retrancherune autre sourcedequerelles, qui vient de la diversité des sentiments dans les choses spirituelles, en assujettissant notre esprit au sentiment des autres ; qu'il est extrêmement dangereux de s'attacher trop à son sens ; qu'il est presque impossible de ne pas donni*r dans l'illusion lorsqu'on se fie trop à SOS propres pensées ; que les p*us sages mêmes et les plus éclairés, ne doivent point se croire exempts du besoin de consulter les autres. Il aistingue deux degrés différents de charité, dont lepremier se doit k tous, et même k nos ennemis; mais pour le second , qui appartient k cette charité d'affection qu'on ai>pelle amitié , on ne la rend, dit-il, qu'k peu de personnes, et seolement k ceux qui sont liés avec nous par un rapport de mœurs et de vertus.
Les instructions que Cassien et Germain araient reçues dans les conférences précédentes, leur paraissaient un motif pressant pour ne point chercher ailleurs que parmi ces saints anachoiètes des moyens de salut; mais, retenus par la promesse qu'ils avaient faite k leurs supérieurs de retourner promp^ tement k Bethléem, ils ne savaient quel parti prendre. Dans cette perplexité, ils ne trou- Tèrent rien mieux que de demander conseil k l'abbé Joseph, et de lui déclarer leurs pensées. Ce saint vieillard, après les avoir écoutés l'un et l'autre, leur tit voir le danger qu'il y avait k promettre avec trop de précipitation; pourtant s'ils étaient pleinement persuadés que la demeure dans le désert leur était avantageuse pour leur salut, et qu'au contraire le retour k Bethléhem y serait un obstacle, ils pouvaient ne point exécuter une
{iromesse qu'ils avaient faite avec témérité, l donne quelques exemples de promesses inconsidérées et qui ont causé la perte de leurs auteurs. Ainsi la première chose est, dit l'abbé Joseph, de ne nous déterminer k rien qui ne soit très-juste; s'il se trouve quelque défiiut dans la résolution que nous aurons prise, nous devons la changer en mieux, et nous tendre en quelque sorte^ la main k nous-mêmes, pour nous tirer d'un pas où nous pourrions craindre notre chute. 9i on n'a pas pris d'abord un bon conseil, il faut qu'une seconde résolution serve de remède k la première. C'est pourquoi en toutes choses il faut considérer la fin, et juger
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par là de toutes les résolutions que nous devons prendre. 11 dit qu'il ne faut pas juger l'action d'un homme par le succès qu'elle a obtenu, mais par l'intention et la volonté que cet homme avait en la faisant. On connaît des actions qui ont été très-utiles, et qui néanmoins ont causé la perte de ceux qui les ont faites; d'autres, au contraire, qui paraissaient très-mauvaises, n'ont pas nui à ceui qui les avaient commises. De quelle utilité n'a pas été la passion du Sauveur? néanmoins. Judas, pour y avoir pris Eart, s'est attiré tant de maux qu'il eût été on pour lui de n'être jamais né. Qu'y at-il de {)lus criminel que le mensonge? Jacob toutefois, bien loin d'avoir été condamné pour en avoir usé envers son frère, en a même acquis l'héritage d'une bénédiction éternelle. L'abbé Joseph s'applique ensuite à prouver, par divers exemples de l'Ecriture,
au'il est permis de changer de résolutions et e passer à ce qu'on aura trouvé de meilleur et de plus utile; mais il n'entend cela c|ue des promesses ou des résolutions que 1 on peut, sans aucun danger de salut, faire ou ne pas faire, et non de celles qui regardent les choses importantes de la religion : car à l'égard de celles-ci, comme il est permis d'en faire la matière de ses vœux, on doit aussi plutôt mourir que de ne point les accomphr. C'est de celles-là que parlait David lorsqu'il disait : J'ai juré et j ai résolu de garder les jugements de votre justice. Il conclut qu'un religieux ne doit pas s'engager dans des pratiques extérieures de piété qui ne sont point essentielles à son état, parce qu'il s'engage par là dans une servitude dangereuse, dont il ne peut su délivrer qu'en violant la résolution que son imprudence lui avait fait faire.
Troisième classe. — Les sept conférences suivantes, quoiqu'adressées aux abbés Jovinien. Minerve, Léonce et Théodore, qui vivaient en odeur de sainteté dans les îles d*-Hyères, sur les côtes de Provence, furent tenues cependant entre Cassien et les solitaires de cette partie du désert d'Egypte oui est située vers les embouchures du Nil. L'abbé Piammont,le plus ancien d'entre eux, en parle dans la dix-huitième conférence, qui a pour matière les divers genres de moines. Il commence son discours par une invective contre les moines vagabonds, qui courent de cellules en cellules, sous prétexte de s'édifier des vertus et des entretiens des saints solitaires, mais en effet pour se procurer par là un moyen plus facile dé subsister. U décrit ensuite (rois sortes d*états religieux
3ui étaient alors dans le monde : le premier, es cénobites , qui vivent en communauté sous la conduite d'un supérieur; le second, des anachorètes, qui, ayant d'abord été formés dans les monastères, et s'étant rendus parfaits dans toutes les actions extérieures de piété, se retirent ensuite dans le désert; le troisième, des sarabaïtes, qui, se séparant de leur monastères, prennent chacun le soin d'eux-mêmes, et de pourvoir à leur subsistance. 11 dit que la vie cénobitique n'est
qu'une imitation de celle que menaient les premiers chrétiens de l'Eglise de Jérusalem, dont il est parlé dans le chapitre iv des Actes ; crue l'on donna à ceux qui l'embrassèrent le nom de Moine^ à cause de leur vie pénitente et solitaire^ et que leur anioD fit
Su'on les appela cénobites. Ils s'abstenaient u mariage et vivaient éloignés de leurs parents et du monde. C'est de cette tige féconde que sortirent les anachorètes, dont les premiers fondateurs furent saint Paul et saint Antoine. Ceux-ci, retirés dans le désert, j retraçaient la vie des saints prophètes Elle et Elisée et du grand précurseur de Jésus- Christ. Le relâchement qui se ^issa pea à peu dans un état si saint produisit ce que les £§y tiens appellent sarabaïtes, dont toute }a religion consistait dans l'habit et le renoncement extérieur aux biens de la terre. Us demeuraient ordinairement chacun chez eui, ou s'ils se faisaient do petites cellules, c'était pour y vivre sans dépendre de personne, n'évitant rien plus que le joug de IV béissance. S'ils travaillaient de leurs mains, c'était pour amasser de l'argent qu'ils réservaient pour eux-mêmes. —L'abbé Piamroont distingue ensuite entre le mot înmatire, qui ne signifie qu'un lieu de demeure, et celui de céiobite, oui marque en même temps la profession et la règle, comme aussi le lieu où vivent plusieurs personnes ensemble dans une parfaite union. Il traite de l'humilité et de la patience, dont il rapporte divers exemples, et montre qu'elles consistent moins dans des actions eitérieures et dans des paroles, que dans uo véritable sentiment du cœur.
On voit par le commencement ae la diineuvième conférence que Cassien et Ge^ main se trouvaient au monastère de Tabbé Paul, le jour même oii l'on célébrait l'anniversaire du dernier abbé. Us y rencontrèrent un vieillard, nommé Jean, qui s'j était retiré après avoir mené la vie des anachorètes. Cassien, curieux d'en connaître^ raison,.rinterrogea; le saint vieillard lui répondit^ que s'il avait quitté son premier étal, ce n'était pas qu'il en eût du mépris, maw parce qu'il lui paraissait plus sûr d'embrasser une moindre prrfession et d'en rempl'r les devoirs, que d'en pratiquer imparfaitement une plus relevée. Ce qu'il trouve a avantageux dans la vie cénobitique, c est qu'on n'y a point l'embarras de prévoir ce (jui est nécessaire pour le travail de chaque jour; qu'on n'y est point occupé du somde vendre et d'acheter; qu'on y est déhvré de cette nécessité inévitable de faire au moms sa provision de pain, et qu'on n'y a aucune de ces inquiétudes matérielles que Von ressent si souvent dans les déserts, non-seuiement pour soi, mais pour les étrangers, w enseigne que latin d'un religieux dans lavie cénobitique est l'humilité et roWissance, au lieu que celle d'un anachorète est (ir voir l'esprit dégagé de toutes les choses ?« la terre et de se tenir uni à Jésus-tnns» autant que la faiblesse de l'homme peut « oermettre. Pour être véritablement f^^
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dans Van et l^autre de ces deux états , il faut pouvoir supporter avec une égale disposition d'esprit, dans le désert^ l'horreur de la solitude» et dans une communauté les infirmités de ses frères. 11 ne croit pas qu'il soit expédient à ceux qui n'ont pas encore été bien instruits dans les monastères, de passer dans le désert, où l'on peut à la venté arrêter les efforts de ses passions et de ses vices, par la séparation des objets, loais non pas en retrancher la racine qui, cachée au fond de notre cœur^ nous fait sentir de temps en temps (ju'elle est encore toute vivante. II donne divers moyens de connaître les maladies de l'âme, et des avis salutaires pour se guérir des péchés auxquels on est sujet. Un des principaux est d'en reconnaître les traces, de se reprocher à soimême ses dérèglements; de se venger sur la chair des dérangements de l'esprit, et de la dompter par de grands jeûnes, par de longues vieilles et par une exacte continence.
La Tin^ième conférence traite de la fin de la pénitence, et de la marque d'une véritable satisfaction. Cassien ne fait qu'^ rap- Krterce qu'il avait appris sur ce sujet de bbé Pynuphius. Il était prêtre, et gouvernait un grand monastère prochedePanephise. Il y est dit d'abord que la fin d'une véritable et parfaite pénitence est de ne plus commettre les péchés dont nous nous repentons ; que la marque d'une pleine satisfaction et du pardon qu'on a reçu est de chasser de notre cœur toute affection et toute attache à ces péchés. Quand donc celui qui travaille à satisfaire pour ses péchés verra que son cœur n'est plus sensiole au plaisir (|u'il trouvait à les commettre, et gue son imagination n'en est pas même frappée, qu'il se croie alors dégagé de ses.crimes, et qu'il en a obtenu le pardon. Ce n'est pas qu'on doive perdre le souvenir de ses péchés ; ce souvenu est même nécessaire à ceux qui sont dans l'action et le travail de la ])énitence, afin que, frappant sans cesse leur poitrine devant Dieu, ils lui puissent dire avec vérité : Je reconnais mon xnjusiicef et mon péché est toujours devant mot. Hais, lorsque, après une longue persévérance dans leUe humilité de cœur et d'esprit, ce premier souvenir s'étouffe, et que Dieu par sa grâce arrache cette' épine de nos cœurs, nous devons espérer alors avoir obtenu le pardon de nos péchés. Il marque entre les moyens que Dieu a laissés pour effacer nos fautes , le baptême, le martyre, la pénitence, la charité, l'aumône, les larmes, l'humble confession qu'on en fait, l'affiiction du cœur et du corps, la correction de ses défauts et de sa mauvaise vie, et les prières des saints,
Î joutant que Dieu ne nous a donné tant 'entrée à sa miséricorde qu'afin de nous convaincre que personne ne doit désespérer du pardon de ses péchés, ni se laisser aller à la défiance et a l'abattement; car celui qui ne peut racheter ses péchés par de sévères pénitences peut les racheter au moins par l'aumône, par le changement de vie ou
en recourant avec une profonde humilité à l'intercession des saints, afin que par leurs oraisons ils attirent de Dieu les remèdes nécessaires à nos plaies.
Cassien étant venu visiter l'abbé Théonas pendant le temps pascal, lui demanda pourquoi, dans son monastère, on ne se mettait point à genoux à la prière durant les cin-
jeûne n'étant ni bon ni mauvais par luimême, il ne devenait l'un ou l'autre que par l'intention de celui qui le pratique; qu'il y a certains temps et certaines occasions où le jeûne ne peut avoir du mérite, comme lors- (^u'il faut recevoir un étranger, ou qu'il ai^ rive quelque fête solennelle; que le jeûne étant moins considérable en lui-même que la miséricorde, la patience et la charité, ou autres vertus semblables, il faut les préférer au jeûne; enfin, que l'usage des viandes qui lui est opposé n'est point un mal essentiel, et qu'il est permis d en user avec modération. Ces principes établis, il prouve par l'Ecriture (]u'on ne doit et qu'on ne peut jeûner toujours, remarquant que, quoifjue Jésus-Christ ait dit avant sa résurrection que ses disciples jeûneraient après qu'on
I aurait enlevé du milieu d'eux, n ne laissa
Sas de manger plusieurs fois avec eux penant la cinquantaine de Pâques, et de les empêcher déjeuner alors par la joie que leur causait sa présence presque continuelle.
II est vrai qu il ne demeura que pendant quarante jours avec ses apôtres : d'où il serait naturel de conclure qu'on ne doit s'abstenir du jeûne que durant ce temps ; mais il est marqué dans les Actes que les apôtres, rentrés à Jérusalem depuis le moment de l'Ascension du Sauveur, y reçurent au bout de dix jours l'Ësprit-Saint qui leur avait été promis ; c'est pour cette raison au'on joint ces dix jours aux quarante, et qu on les célèbre avec la même solennité et la même joie. Cette tradition, dit l'abbé Théonas, ayant été établie d'abord par des hommes apostoliques, et étant passée jusqu'à nous, doit être gardée dans le même orare et avec la même exactitude. C'est pourquoi on ne s'agenouille pas pendant ces jours, parce que cette posture est une marque de douleur qui ne s'accorde pas avec la joie de la résurrection. Cassien lui ayant demandé pourquoi l'on ne mettait d'ordinaire que six semaines au carême, ou sept tout au plus, comme cela se pratiquait en quelques provinces où l'on était plus religieux. Je veux, lui répondit Théonas, vous faire voir que nos pères ne nous ont laissé par tradition que des choses tout à fait raisonnables. Vous offrirez au Seigneur votre Dteti, dit Moïse aux Israélites, vos dîmes et vos ffrémices. Si donc nous sommes obligés d'offrir à Dieu les dim^s de nos biens et de nos revenus, nous le sommes bien davantage encore de lui présenter la dlme de nos actions et de notre vie, ce qui s'accomplit parfaitement, puisque les trente -six |oura du carême forment 1%
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aCTHMllAIRI M FATMLOGIB.
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dtrae et Tannée. Il veut qu'oo ne se contente pas d'offrir à Dieu cette dixième partie de l*année, mais qu*on lui consacre encore tous les jours, à soi réveil, ses premières peoséeSy ses premères paroles ei ses premières actions. Il remarque que celte saiule coutume est observée avec soin même par des séculiers. Tbéonas semble dire que la loi du carême n'était point établie dans les f>remiers siècles de l'Eglise; les fidèles alors étaient si fervents qu'ils jeûnaient pendant tout le cours de 1 année sans y être astreints par une loi ; mais le zèle s'était ralenti avec le temps, le carême fut établi plus tard du consentement de tous les éwèqnes. Il est en contradiction là-dessus avec ce que nous apprennent les anciens, gui parlent du carême comme venant de tradition apostolique. Il fait consister la dilférence des ordonnances de la loi d'avec celle de TEvangiie, en ce que ceux qui sont sous la loi sont poussés par Tusage même des choses permises dans le désir de celles qui ne le sont pas; au lieu que ceux qui sont sous la gr&ce et dont le cœur est rempli de la chariié de Dieu, méprisant même ce qui leur est permis, ne sont point tentés de faire ce qui leur est défendu.
Laplusgrande partiede la vingt-deuxième conférence roule sur les empêchements exlérieurs de la sainte communion et sur la pureté intérieure et extérieure dans laquelle on doit être lorsqu'on se présente aux saints mystères. L'abbé Tfaéonas, après avoir rapporté différetites causes de ces accidents qui n<ius font quelquefois gémr à notre réveil, dit qu'ils ne doivent point nous empêcher de communier, lorsqu'ils sont involontaires de notre part, et que la seule malice du démon nous les a causés. Mais il veut que nous demeurions très-persuadés que nous ne sommes pas dignes de la participation du c^rps de Jésus-Christ pr<*mièrement, parce que la mcgesté et la sainteté de cette manne céleste est si grande, que tout homme qui est environné d'une chair fragile ne peut en approcher par son propre mérite, mais par la bonté toute gratuite du Seigneur; secondement, parce qu'il n'y a point d'homme qui puisse être telieinitnt sur ses gardes dans cette guerre inévitable où nous sommes en ce monde^ qu'il n'en reçoive au moins quelque légère atteinte. C'a été un avantage tout singuh^ de Jésus-Christ, d'être exempt de tout péchëu S'il a été tenté, c'a été sans aucun péché, au lieu q >e nous ne le sommes point sans quelque péché. La raison de cette différence, c'est que quoiqu'il eût une chair véritable, il n'avait néanmoins que la res~ semblance de la chair du péché, paraissant y être sujet et ne l'étant pas, au lieu que nous en avons la vérité. Les justes mêmes n'en sont point'exempts, mais les fautes qu'ils colnmettent par faiUesse ne les empêehent pas d'être justes, ainsi que le déclare l'Ecriture, lorsqu'elle dit : Le juste tombe sept fois le jour et il se relève : car qu'entend-elle autre chose par cette chute que le péché? Et toutefois, en disant qu'il tombe sept fois,
elle ne laisse pas de rappeler juste, sans que sa chute lui ôte sa justice, parce qu'il y a une grande diiférence entre la chute d un homme juste et la chute d'un pécheur. Etre surpris parune pensée c|uin*est pas exempte de faute, pécher par ignorance ou par oubli, s'éloigner tant soit peu de la souveraine perfection par une malheureuse nécessité de la nature, ce sont là des péchés où le juste tombe «ans cesser d'être juste; et quoiqu'ils semblent léj^ers, ils suffisent jtour lui donner lieti de faire f>éiHtencD tous les jours, et de prier Dieu pour ses péchés en lui demandant sincèrement pardon.
Sur la tin de la conférence pr^^cédente, Germain avait témoigné que plusieurs entendaient des pécheurs ce que dit saint Paul dans le vi* chapitre de son EpUre aux Romains : Je ne fais pas le bien quejeveui^ mais je fais le mat que je ne f>eux pas : c'est ce qui engagea l'abbé Théonas à s'étendre beaucoup sur l'explication de ces paroles dans la vin.;t-troisièrae conférence, où il montre qu'elles ne peuvent s'appliquer qu'aux parfaits, ni convenir qu'à ceux qui approchent du mérite des apôtres. La preuve la plus sensible qu'il en aonne, c'est qu'il n'est pas possible de les attribuer aux pécheurs, dont ou ne peut dire en effet qu ils ne font pas le bien qu'ils veulent, mais le mal qu'ils ne veulent pas : car qui est le pécheur qui se plonge mal^^ré lui dans la fornication et dans l'adultère t Qui est le parjure qui soit contraint par une nécessité iiiévitê* ble d'user de faui iémoignage pour opprimer un innocent? Qui est l'ennemi mii tend à regret des pièges à soi frère? wut-oa dire encore que ces paroles de l'apêtre au même endroit, puissent convenir aux pécheurs : Quant à resprit, j'obéis à la loi it Dieu, mais quant à la chair f obéis i la loi du péché, puisqu'il Cit visible qu'ils n'accooH plissent la loi de Dieu ni dans Tesprit ni dans le corps ? Ce que saint Paul veut done dire par ces paroles, c'est qu*il ne poufait être uni continuellemetit à Dieu comme il l'aurait souhaité, et que personne ne peut, même au milieu des plus grands biei s auu fait, y être uni, étant impossible à une iine accablée de soins en ce monde et aptée d'inquiétudes, de jouir de la vue de Dieu. C'est pourquoi le même apôtre dit dais ope autre de ses Epitres : Jenesaisquechoiftft et je me trouve pressé de deux côtéi : tor d'une part je désire d'être avec Jésus-^^hmU ce qui est sans comparaison le meiUsur pof mot : et de l'autre, il est utile et nécessoir^ pour votre bien que je demeure encore W mé vie. Le vrai sens de ces paroles : /« *'/"" pas le bien que je veux^ etc., est marqué dans les suivantes i Selon l homme intérieur, JfJ^ plais dans la loi de Dieu; mais je iens ^ les membres de mon corps une loi qui eom^ contre la loi de mon esprit. — L'abbé Ti^^ nas fait voir que, quoique l'hominti, par son péché, ait été vendu au démon comme un esclave. Dieu n'a pas perdu néanmoins }^ droit et la domination sur sa créature, pu»^ que le démon lui-même est toujours sud es-
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(incnoNNAmE de pathologie.
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clave, malgré qu'il ait tâché de secouer son joug ; néanmoins Di(*u a voulu ditférer pendant |)lusieurs siècles la guérison de Thomine et sa conversion, pour Taceomplir ensuite par le sang de sou Fils, en le rétablissant dans l*élal de sa première liberté. 11 parle beaucoup des gémissements des justes sur la iaiblesse de la nature et les défauts de leur vie; mais il oe croit pas que, quoiqu'ils ne soieol jamais contents de leur progrès dans la vertu, ils doivent pour cela se séparer de la communion. Il indique plusieurs règles pour la communion, et il termine en disant : c 11 est donc bien plus juse de nous approcher tous les dimanches de ce pain céleste, avec cette humilité de cœur qui nous fait reconnaître que nous ne pouvons jamais mériter une aussi grande grâce, que de nous persuaJer, par une vaine présomption, qu*à la lia de l'année nous serons redevenus digoes de |)articiperàcos saints mj^stères.
Cassieo el Germain, toujours a;^ités de la tentation de retourner dans leur pays <'t de revoir leurs parents, découvrirent à Tabbé Abraham fout ce qui ce passait dans leur cfFur, lui avouant avec larmes qu'il leur était impossible de résister davantage si Dieu ne les assistait de son secours. A cette déclaration, le sage vieillard, connaissant qu'ils D avaient pas encore entièrement renoncé aux désirs du monde ni mortifié leurs aocienoes passions, leur dit que ces pensées auraient été depuis longtemps ensevelies dans leur cœur, sans qu il en rest&t la moindre trace, s*ils avaient compris la principale raisoo qui fait chercher la solitude : c'est Toiibi du corps et des sens, l'ouidi de la famille et de U fortune que Ton va chercher au désert, alin de procurer k son âme des avantages éternels; car c'est peu à un reli- ^eux d'avoir, au commencement de sa conversion, renoncé à toutes les choses présentes, s*il n y renonce encore tous les jours. — Comme Cassieo et Germain ne comprenaieni pas bien pourquoi le voisinage de leurs jMreats, que Tabbé Abraham n avait pas éTiié lui-iaéme, pourrait avoir pour eux de si dau^areuses conséquences, il leur dit ^*il était dangereux de iaire les choses par imitation, ti que ce qui sauve les uns peut quelquefois perdre les autres. « 11 faut donc, ajouta-l-il, que chacun mesure ses forces» el qu'il prenne ensuite un état qui lui soit pro|*ortiofHié. Toutes les professions, qui sont bornes en elles-mêmes, ne sont pas propres à tout le monde. Examinez com* ment on vit en votre pays et en celui-ci, et jugea vous-même si vous pourrez y souffrir celle nudité et ce dépouillement où vous êtes ; car on le dit glaoé par le froid de Tinfidélité. Pour nous autres, il y a si longtemps que nous sommes engagés dans cette profession, qu'elle nous Cdt devenue comme naturelle; et si vous croyez avoir assez lie vertu pour la soutenir, vous |K)uvez ne pas ^r plus que nous le voisinage de vos parents ei de vos fr-ères. j» — 11 traite ensuite de l'origioe des vices, et fait remarquer que le démon noua attaque toujours du coté le
plus faible, comme Balaam en usa autrefois envers le peuple de Dieu. Il dit aussi, en parlant de la douceur du jou^ de Jésus- Christ, qu'il ne peut rien y avoir de dur el de pénible pour celui qui, affermi dans une solide humilité et ne perdant jamais de vue les souffrances du Sauveur, se réjouit dans tous les affronts, dans toutes les pertes temporelles, dans toutes les persécutions et dit avec saint Paul : Je me plais dans toutes mes infirmités et dans toutes les injures, dans tou^ tes les nécessités et dans tout ce que je souffre pour Jésus-Christ ; car quand je suts le plus faible c'est alors que je suis le plus fort. Si ce joug nous paraît amer et le ranJcau de Jésus-Christ pesmt, c'est que nous ne sommes pas vraiment soumis à la volonté de Dieu, et que noiis nous laissons abattre par la défiance et l'incrédulité, au lieu d obéir à ses commandements. 11 regarde comme un effet visible du centuple promis à ceux qui renoncent à tout pour suivre Jésus-Christ, les honneurs dont ils sont entourés môme sur la terre. C'est ce qu'il prouve par Teiemple de l'abbé Jean, qui, ne de parents pauvres, était devenu si vénérable h toute la terre, que les princes du monde ne le regardaient qu'avec respect, le considéraient comme leur mattre, le consultaient comme un oracle, et attendaient du mérite de sa charité et de ses firières le salut de leurs Ames el b conservation de l'empire.
Traité de F Incarnation. — Saint Léon n'étant eicore qu'archidiacre de TE^Iise romaine, lui avait proposé d'écrire contre Neslorius. Cassien, en effet, était très-propre à remplir cette tâche. Il était ihéo ogien, savait parfaitement le grec, et avait été du clergé de Constantinople, oix la nouvelle hérésie faisait des ravages. Saint Léon, eu le chargeant en cette occasion de défendre la cause derE^ise, voulait fiûre voir aux Orientaux que, quoiqu'il y eûi du rapport entre les erreurs de Neslorius et celles de Pelage» néanmoins ceux qui, en Occident, ne s'éloignaient pas de la doctrino de cet hérésiarque, ne laissaient pas d'être absolument opposés à Nestorius. Cassien composa donc son Traité d,e r Incarnation, divisé en sept livres. Ce fut le dernier et le mieux écrit de ses ouvrages.
I" Ùvre.^ Dans le premier livre, Cassien compare l'hérésie à l'hydre de la fable, dont les tôles se multipliaient à mesure qu'on les coupait; de môme une hérésie lorsqu'elle parait étouffée, en produit un grand nombre d autres. Mais, dit-il, il eat au pouvoir de Dieu de détruire "hérésie, comme il fut au pouvoir d'Hercule de détruire le monstre de Leme. 11 rapporte ensuite les diffiérèntea hérésicb qui ont attaqué le mystère de Tin* carnation, les uns en niant la divinité de Jésus-Christ, les autres en soutenant qu'il s'était homme qu'en apparence, d'autres en corabaltant Tunioo des deux natures qui fait qu'il est véritablement Dieu et homme tout ensemble. Au nombre de ces hérésies, il ae contente de djésigoer celle des pélagiens saof la nommer, en disant qu'elle a tiré son ori«
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gine des ébionites, puisqu'elle niait avec eux ]a divinité de Jésus-Cnrist que les pélagiens considéraient comme un pur homme.
Cassien prétend aussi que les principes des pélagiens ont donné naissance à l'hérésie de Nestorius; car, dit-il» en croyant que rhomme , par ses propres forces, peut être sans péché, ils en infèrent de Jésus-Christ qu'il n'était qu'un pur homme, mais qu'il a si bien usé de son libre arbitre qu il a évité tout péché; il est venu au monde, non
f^our racheter le genre humain, mais pour ui donner Texemple des bonnes œuvres; afin que, marchant par les mômes sentiers de vertus, ils reçussent les mêmes récompenses. II est devenu Christ après son baptême, et Dieu après sa résurrection ; il devait la première de ses prérogatives à l'huile mystérieuse dont il fut sacré, et la seconde aux mérites de sa passion. On voit par là que Cassien attribuait aux pélagiens quatre erreurs différentes : la première, que Jésus* Christ est un pur homme; la seconde, que chacun peut, sans le secours de la grâce, vivre sans péché; la troisième, que Jésus- Christ n'est pas venu pour racheter les hommes; la quatrième qu'il n'est pas Dieu par nature, mais par ses mérites. Il accuse Nestorius de ces erreurs, excepté peut-être de celle qui regarde les forces au liure arbitre; et le considérant non-seulement comme le collègue, mais comme le disciple de Pelage, il lui fait un reproche de la protection qu'il accordait à ceux de cette secte. Il lui propose l'exemple de Léparius, qui, après avoir confessé publiquement son erreur, en fit une rétractation authentique dont il lui cite un long passage. Léparius y crmfesse que Jésus-Christ est né de Marie dans le temps, et qu'il n'a pas été plus indigne de Dieu de naître d'une femme, et de prendre d'elle la nature humaine, quand il l'a voulu,
Sue de former en elle cette nature; que 'admettre deux fils de Dieu et deux Christs, l'an Dieu, l'autre homme, c'est mettre une quatrième personne dans la Trinité; que 1 incarnation du Verbe n*est ni un mélange ni une confusion des deux natures, un tel mélange étant la destruction de l'une et et Tautre partie; que le Fils seul s'est incarné, et non pas le Père ni le Saint-Esprit; que ce ne sont pas deux, l'un Dieu, l'autre homme, mais que le même est Dieu et homme, un seul Fils de Dieu Jésus-Christ ; qu'on doit dire, par consécjuent, qu'il n'y a qu'une personne de la chair et du Verbe, et croire sans hésiter que c'est le même Fils de Dieu, qui depuis son incarnation a toujours fait tout ce qui est de l'homme, et toujours possédé ce qui est de Dieu : Car y encore qu'il ait été crucifié selon la faiblesse de la cAair, il vit néanmoins par la vertu de Dieu. Cassien ajoute que cette confession de foi, qui était celle de tous les catholiques, fut approuvée de tous les évêques d'Afrique et des Gaules ; que personne, jusque-là , ne s*y était opposé ; que ce consentement unanime devait donc suffire seul pour confondre l'hérésie, parce que l'autorité de tous est
une démonstration de ^'indubitable vérité.
n" Livre. — Cassien fait voir dans le second livre que l'erreur de Nestorius étant laméuie que celles de tous les anciens hérésiarques, elle avait été condamnée en eux; qu'il est clair par les prophéties d'Isaïe, par l'EvaDgile et par les Epitres de saint Paul , que Marie est non - seulement mère du Christ, mais aussi mère de Dieu; et que Jésus- Christ est véritablement Dieu. En vain Nestorius objectait que personne n'engendre plus vieux que soi; cet argument ridicule supposait qu on devait penser de la naissance d'un Dieu comme on pense de la naissance des hommes ; la grâce du salut nous ayant été donnée par Jésus -Christ , c'est encore une preuve qu'il est Dieu , et conséquemment que celle qui l'a enfanté est mère de Dieu. Le pouvoir de conférer la grâce n'est pas un don qui lui ait été accordé dans le temps, mais un privilège de sa naissance; il est né Dieu, et la plénitude de la majesté et de la puissance divines étant en lui de toute éternité , il n'en a jamais été séparé, soit lorsqu'il conversait avec les hommes sur la terre, soit lorsqu'il est né de la Vierge, soit lorsqu'elle le portait dans son sein.
m* Livre, — Il continue, dans le troisième livre, à montrer que Jésus-Christ est Dieu et homme; qu'il est né de la vierge Marie selon la chair; qu'il est Dieu par nature et non par adoption , étant , selon saint Paul, Dieu élevé ai^dessus de tout^ et béni dans to\u les siècles, 11 apjporle , en preuve de la dirinité de Jésus-uhrist , ces paroles du même apôtre : Si nous avons connu Jésus-Chritt selon la chair, maintenant nous ne le conndh sons plus de cette sorte. C'est comme s'il disait : Lorsque j'étais juif et persécuteur de l'Eglise , je ne pensais pas sainement de Jésus-Christ, le regardant comme unow homme ; mais aujourd'hui je ne pensé plus de même. Ce qu'il marque encore plusâairementau commencement de sonEpîlreaax Galates, en disant qu'il n'a pas été établi (V^ tre par les hommes ni par un homme, tnaùpor Jésus-Christ, par Dieu son Père. Dans le récit qu'il fait de la manière dont le Sauveur lui apparut sur le chemin de Damas, et dans l'Epître aux Romains, où il appelle le tribunal de Jésus-Christ devant lequel louslœ hommes comparaîtront, tribunal de iWw»." montre que Jésus-Christ est la vertu et » sagesse de Dieu; que si les ffentils et les juifs ont rejeté la prédication de l'Etangilef c'est que les apôtres leur annonçaient que Jésus-Christ crucifié était Dieu ; que Marthe l'a reconnu pour Fils du Dieu vivant; que saint Pierre, le prince de la foi et du sace^ doce, a confessé hautement sa divinité; qu« Jésus-Christ lui-même a confirmé le téffoignagne que cet apôtre lui avait rendu, en assurant que ce n'était ni le sang ni la cmu\ mais l'Esprit de Dieu qui lui avait insm cette doctrine; que la foi de saint ^^^^,^^^ celle de toute l'Eglise ; aue c'est la mm dont saint Thomas fit profession en loucD^' les cicatrices des plaies de Jésus-Christ re^ suscité , et que Dieu le Père a lui-m«»«
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DtCnOMNAIRE DE PATROLOGIE.
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rendu témoignage à la diyinité de Jésus- Christ sur le bord du Jourdain* en disant de lui : Cest mon Fils bieriraiméf dans lequel f ai à mis toute mon affection. * ^
lY* Livre, — Il est dit dans FEottre aux It Galates que Dieu a envoyé son Fils formé i d'une femme. Ce Fils était donc auparavant. . Ainsi, quand Nestorius pose pour principe de son erreur que personne n*engendre point })lus ancien que soi, c*est un principe laui, , puisque le Fils de Dieu , qui était avant Ma- . rie 9 a été formé d'elle , selon que le dit ^ l'Apôtre. Cassien prouve par divers passages deVAncien et du Nouveau Testament que Jésus-Christ est Dieu de toute éternité; qu'à cause de l'union hypostatique des deux natures on dit avec vérité de Jésus-Christ qu il est homme et qu'il est Fils de Dieu ; que le Verbe envoyé pour nous sauver est notre Sauveur, et qu'il est né dans la chair ; que l'union des deux natures est si intime qu'elle fait que l'on dit de Jésus-Christ qu'il est le Verbe ; qu'il n'y a Qu'une personne en Jésus- Christ, comme on le voit par ce qui est dit dans l'Ecriture, que c'est par lui que toutes choses ont été faites; qu'il est descendu du ciel et qu'il y est monté ; qu'ayant la forme et la nature de Dieu , il s'est anéanti luimême en prenant la forme et la nature de serviteur; que si les livres saints l'appellent tantôt fils de Thomme, tantôt Fils de Dieu, quelquefois Jésus-Christ, et d'autres fois Verbe, nous ne devons reconnaître de différence
Îue dans les noms et non dans les choses, ous ces termes marquent une même vertu et une même personne. Il appuie cette vérité du témoignage des juifs convertis à la foi,
Îui, suivant la prédiction d'Isaïe , ont dit à ésus-Christ : Vous êtes notre Dieu^ et notu ne le savions pas.
V Livre. — Nestorius disait que Jésus- Christ n'était pas Dieu, mais qu'il avait reçu Dieu en lui, et l'appelait pour cela Theoducos^ de sorte qu'on ne devait point l'honorer pour lui-même, mais à cause du Dieu qu'il portait en lui, avec lequel il était uni d'une union intime, quoiqu'il en fût distingué personnellement. Il suivait de là, comme Cassien le fait voir, qu'il n'y avait point de différence entre Jésus-Christ et les saints, en qui Sieu habitait et parlait, comme dans les patriarches , les prophètes et les apôtres. En effet, saint Paul dit aux fidèles de Corinthe : Yous êtes le temple du Dieu vivant^ comme Dieu le dit lui-^éme dans FEcriture : J'Aofrîterai en eux. Mais le même apôtre leur dit aussi : Ne connaissez-vous pas vous-mêmes que Jésus-Christ est en vous ? Ce gui prouve qu'il était d'un sentiment contraire à celui de Nestorius, et qu'il y a entre Jésus-Christ et les saints la même différence qu'entre la maison et celui qui l'habite. Tous les saiuts ont eu Dieu dans eux, et ont été fils de Dieu, mais différemment de Jésus-Christ. Il l'est par nature, ils ne l'étaient que par adoption; même avant que de naître dans la chair et de se montrer aux hommes , les prophètes l'ont toujours appelé Dieu, et le Dieu Très- Haut. Les évangeUstes ont tenu le même
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langage, disant clairement que celui que les hommes ont touché, qu'ils ont ouï , qu'ils ont vu de leurs yeux , est le Verbe , la vie iternelle qui était dans le Père ; qu'il est Dieu dès le commencement et de toute éternité. Cassien fait voir qu'à cause de l'union des deux natures en une seule personne , l'on peut attribuer à la personne de Jésus-Christ ce qui convient aux deux natures ; que de cette manière on peut dire qu*il était avant de naître selon la chair ; que tout esprit qui divise Jésm-Christy c'est-'à-ndire, qui admet en lui deux personnes , n'est point de Dieu ; que, comme le mari etlafemme nesontuu'une seule chair, de même la divinité et l'humanité sont tellement unies et une seule personne dans Jésus-Christ , qu'elles ne peuvent être séparées ; que si cette union n'était que morale, ou une habitation de la Divinité dans la nature numaine , comme dans un Temple ou dans une statue , les saints patriarches et les prophètes n'auraient pas témoigné tant d'empressement de la voir accomplie, puisqu'ils étaient eux-mêmes unis à Dieu de cette manière, ayant reçu de lui une certaine portion de son esprit; mais il n'en est pas ainsi de Jésus-Christ : toute la plénitude de la Divinité a habité corporellement , c'est-à-dire substantiellement en lui.
VI* Livre. — Cassien prouve encore la divinité de Jésus-Christ par plusieurs de ses miracles rapportés dans l'Évangile , entre autres, par la multiplication des cinq pains. Il allègue contre Nestorius le Symbole de l'église d'Antioche, oii cet hérésiarque avait été élevé, instruit, baptisé, voulant le combattre par ses propres armes, après l'avoir vaincu par la force des témoignages de VEr criture. Ce Symbole, à quelques termes près, est le même que celui deNicée; c'est un recueil abrésé de toute la doctrine catholique contenue dans les livres saints, ce qui lui donne une autorité divine. C'est donc principalement sur l'autorité de ce Symbole que Cassien presse Nestorius. Ses arguments sont si viis, si personnels , si convaincants, que , malgré la longueur du passage, nous n'avons pu résister au plaisir de le reproduire tout entier:
« Si vous étiez , lui dit-il , défenseur de l'hérésie arienne ou sabellienne , et que je ne me servisse pas contre vous de votre propre Symbole, je vous convainquerais par la voix de la loi même et par la vérité du Symbole reçu par tout l'univers. Je vous dirais 3ue quand vous n'auriez ni sens , ni enten-^ ement , vous devriez du moins suivre le consentement de tout le genre humain, el ne pas préférer le sentiment de quelques particuliers à la foi de toutes les Eglises, qui ayant été établie par Jésus-Christ et transmise par les apôtres, doit passer pour la voix de la loi ou l'autorité de bleu même. Si j'agissais ainsi avec vous, que diriez- vous 7 que répondriez-vous? Sans doute, que vous n'auriez point été élevé dans cette foi , que l'ont ne vous en a pas instruit, que vos parents, que vos maîtres vous ont enseigné autr^
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