CE
d'une probité reconnue, afin de se consacrer tout entier à son nouveau ministère. Il fit bâtir un vaste hospice, oia les pauvres reçurent tous les secours que réclamait leur état, n s'occupa ensuite à prémunir son peuple contre Tarianisme dont faisaient profôssion les Golhs, mattres du paj^s ; à combattre les semipélagiens qui, depuis un demi-siècle, avaient fait de grands progrès en Provence; à extirper les restes des superstitions païennes qui avaient résisté au zèle de ses prédécesseurs. 11 s'appliqua à faire fleurir les études dans le clergé, et, sous son pontifical, l'école d'Arles fut en grande réputation; i rétablir la discipline ecclésiastique ; à régler la liturgie, en introduisant dans son église l'usage de chanter tous les jours les heures canoniales, qu'on ne chantait auparavant que les jours de vigiles et de dimanches, en excitant les laïques à accompagner le clergé dans le chant des hymnes et des psaumes, en faisant composer des prières en grec et en latin pour les fidèles ; car les deux langues étaient alors vulgaires iaus ce pays, où les Grecs avaient fondé Marseille. Il fonda, dans sa ville épiscopa'e on monastère de filles, dont le nombre s'éleva jusqu'à deux cents, et sa sœur en fut la sui>éneure. La règle quil leur donna, et gui lut introduite Hpl us tard dans d'autres monastères, est la première qui ait éié composée en Occident pour des religieuses; ou y remarque surtout un article qui les obligeait à copier des livres, à l'exemple des moines. Saint Césaire était alors considéré comme le premier évèque des Gaules, moins encore par réminence de son siège, qui participait do la dignité métropolitaine, qiie par sa grande réputation de vertu, de zèle et do capaotlé. Uu mérite si généralement reconnu ne le garantit point de la calomnie. Son zèle pour Texécution des règlements de discipline dressés, sous son iutlueuce, en 505, dans le concile d*Agde, dont les évè-
aues de la province Narbonnaise lui avaient éféré la présidence, souleva contre lui quelques esprits peu disposés à s'y soumettre. Licinien, lua do ses secrétaires, se mit à la tète de la cabale, et pendant que ce 3aint prélat, prosterné aux piods des autels, priait pour la paix des nations et pour le ropos des vtlies, il fut dénoncé à Marie tomme coupable d'ourdir une intrigue pour livrer la ville d'Arles au roi de Bourgogne, dont il était aé sujet. Le prince goth, sans examen, le relégua è Bordeaux ; mais la calomnie ayant été découverte bientôt après, Césaire ne tarda p«s à ôtre rendu au voeu de •on troupeau. Le peuple accourut en foule «a-devant de lui, portant des croix, des flambeaux, et faisant retentir l'air du chaut d^ psaaiaea. Son retour fut marqué par la grâce do ses calomniateurs, qu'il obtint comme on se disposait déjà à exécuter la sentence qui les condamnait à être lapidés. La même accusation se renouvela deux ans après, pendant le siège que les Francs et les Bourçuignons mirent devant la ville d'Arles. Son innocence, presque aussitôt reconnue,
ne lui procura une liberté momentanée que pour se voir de nouveau inculpé. Césaire, ne consultant que son ardente charité, à la vue dos prisonniers francs et bourgui^jnons, exposés à mourir de faim et de misère, épuisa les trésors amassés par ses prédécesseurs, fondit les vases d'or et d'atgent qui servaient au service divin, vendit les meubles de son église pour payer leur rançon ; et pendant qu il dépouillait ainsi les temples matériels , pour conserver à Jésus-Christ ses membres spirituels, ses ennemis, travestissant cet acte de générosité chrétienne en une lâche trahison, le dénoncèrent k Théodoric, souverain du pavs, comme ayant appauvri l'église et la ville d'Arles, pour fournir des soldats aux armées des puissances avec lesquelles on était en guerre. Traduit à Ravenne sous escorte, il en imposa tellement à Thi''odoric, par la dignité de son maintien, par l'air vénérable qui resplendis* sait sur toute sa fi,;çure, et par la noble franchise de ses discours, que ce prince visigoth, indigné de la frivolité des accusations, le renvoya chargé des dons de sa rauniQceuce. « Très-^aint evêque, lui disait-il, en lui offirant un grand bassin d'argeit pesant environ soixante livres, recevez ce présent, le roi votre fils vous prie de réserver ce vase
Eour votre usage et en souvenir de lui. • ésnire fit vendre le vase trois jours après, et du prix qu'il en retira il put racheter un grand nombre de captifs. Th.'odoric, à qui cette action fut rapportée, ne put s*eaip(ycher de lui donner des louanges. Les courtisans imitèrent la munifioence do leur maître, et le pieux prélat fit l»i môme usa^ft de leurs dons. Césaire pro ata de son voya^je en Italie pour aller visiter les tombeaux des saints apôtres. Sa réputation l'avait depuis longtemps précède dans la capitale du moiide • chrétien. Le pape Symraaque l'accutiliit comme le personnage le plus illustre de l'Eglise d'Occident ; il le décora du palliu% le nomma vicaire du saint-siége dans lis Gaules et en Espagne, et confirma en sa considération les privilèges de î'Kglise d'Arles. Son éniscopal fut marqué par la tenue d un grand nombre de conciles convoqués et présidés par lui. On y fit de bons règlements pour la réforme des mœurs, la discipline ecclésiastique, l'ordre de la liturgie sacrée^ et même sur des questions dogmatiques.
Le plus célèbre de ces conciles est le second d'Orange, en 529, où fut condamné le semipélagianisme qui dominait depuis loOo'timps dans cette partie des Gaules. On y fit vio^^tcinq canons, tirés des propres expressions de saint Augustin, qui forment une des plus belles décisions de l'Eglise sur le péché ori-
Îinel, la nécessité et la grandeur de ta grâce. ouïes ces matières épineuses y furent approfondies et traitées avec une fidélité scru; puleuse; tous les subterfug/es des semipélagiens, développés et proscrits avec cette autorité qui accompagne ordinairement w vérité, lorsqu'elle est montrée dans t^ son jour. Aussi, quoique ce concile iie j?^ composé que de douze évoques assemDW
CES
DICTIONNAIRE DE PATROLOGŒ.
CES
foHniteraent pour la simple dédicace d'une é'^lise, SOS décrets, confirmés par l'approbation de l'Eglise tout entière, onl-ils toujours servi de règles dans les disputes sur ces matières, comme s'ils avaient été faits dans un concile général, et dès ce moment les semipélagiens, qu'on avait tolérés, ont été mis irrévocablement dans la classe des hérétiques. Quelques années après, Contuméiiosus, évè(][ue de Riez , déposé dans un concile présidé par saint Césaire, trouva un
I>rotecteur dans le pape Agapet, qui ordonna a révision du procès, suspendit la sentence, défeoflit môme à ses commissaires d'y avoir éginl; mais le saint évêque d'Arles* et ses collègues ne firent pas moins eiéculor la sentence, approuvée par Jean II, prédécesseur du pape Aga['et. Cet acte de vigueur épiscopale , que nous nous abstenons de qualifier, forme un des monuments qui servent de base aux libertés de l'Eglise gdlicane. Césaire, épuisé de travaux, tomba malade au mois d'août. Dès qu'il sentit ses forces di'faillir, il se fit port^n* dans le mormstère de fln»»s qu'il avait fondé, pour les con^oler lui-même de sa mort procliaine ; mais ce qu'il leur dit pour adoucir leur douleur ne servit qu'à la rendre plus vive, en leur faisant mieux sentir ce qu'elles perdaient. Après leur avoir donné la bénédiction et dit le dernier adieu, auquel elles ne répondirent
3ue par leurs larmes et leurs sanglots, il se t rapporter dans son église métropolitaine, oC^ il mourut la veille de saint Augustin, le 27 août 542, entouré des évèques de sa province, de sas prêtres et de ses diacres, accourus pour lui rendre leurs derniers hommages et recevoir son dernier soupir. Il fut enterré solcnncllrment dans l'église de son monastère, qui depuis porta son nom. Le deuil fut gé lér.d è son convoi. Comme le saint évèque avait fait le bon indistinctement et sans acception de personnes, les juifs et les chrétiens réunirent leurs larm^^s
{>our le pleurer, et pendant les obsèques, Is interrompaient souvent le chant des psaumes, en s'écriant : Hélas 1 le monde n'était pas digne de conserver un si puissant intercesseur! Saint Césaire avait fait un testament, eu forme de lettre, adressée à l'Eglise d'Arles, et dans lequel il instituait le monastère et Tévèque son successeur pour ses héritiers. Sa sainteté fut attestée par un grand nombre de miracles.
Ecrits de saint Césaire. — A peine élevé à répiscofkit, s (int Césaire, à l'exemple des apôtres, se déchargea, comme nous l'avons du, de l'administration des affaires temporelles sur des diacres et des économes, pour se livrer tout entier à la prédication. Il avait les fonctions de ce ministère si à cœur, que, non content de prêcher dans les assemblées c(ui se tenaient te matin et le soir, il compNOsait encore d'autres discours qu'il envovait dans les provinces pour y être lus par des évoques, qui apparemiuent ne possédaient pas eux-mêmes le don de la parole. On ne peut donc douter qu'il n'ait composé ainsi un très-grand nombre de discours, et
qu'encore qu'il nous en reste beaucoup sous son nom, il y en a peut-être davantage de perdus ou attribués à d'autres auteurs. Il ne nous reste de bien authentiques qu'environ cnl deux discour5, insérés dans le V* volume do l'édition de saint Augustin par les Bénédictins, reproduite par M. l'abbé Migne, dans son Cours complet de Patrologie.
Le premier discours est sur la vocation d'Abraham marqué»; dans le xir chapitre de la Genèse. Il y pose pour principe, ce qu'il répète souvent ailleurs, savoir aue l'Ancien Testament a été la figure du Nouveau, et que ce qui s'est passé alors matériellement, se renouvelle spirituellement en nous. Ainsi le commandement que Dieu fait h Abraham de sortir de son pays, de sa famille, de la maison de son père, marque que nous devons» sortir de nous-môuïes, c'est-à-dire de nos vices, de nos habitudes, do nos péchés, pour ne plus prendre de plaisir gue dans la pratique de la vertu. — Le troisième traite du mariagn d'l<aac avec Rébucca, qu'il dit avoir été la figure de c» lui de Jésus-Christ avec son Eg'isi». — A propos des deux enfants que llébecca portait 'îans son sein, il dit dans le qu<itrième quo, de même que ces deux enfants luttaient l'un contre- l'autre dans le sein de leur mère, il y avait aussi dans TEglise deux peuples continuellement en lutte et en opposition, les bons et les méchants. S'il n'y avait dans l'Eglise, dit-il, que des bons ou des méchants, il n'y aurait qu'un seul peuple, mais comme on y trouve les humbles gui comoattent les superbe^;, les chastes qui combattent les adultères, les misi'^ricordieux qui combattent les avares, nous devons en conclure qu'il y a doux peuples figurés par Jacob et Esaii. Les bons s'etForcent do gagner les méchants pour les engager à la vertu ; les méchants, au contraire, poussent les bons au mal, pour les entraîner dans leur réprobation. Il trouve dans ce qui se passe aujourd'hui entre les juifs et les gentils , l'accomplissemr^nt de cette prophétie : Laîné servira le puiné. En effet, les Juifs, qui étiienl le peuple aîné de Dieu, sont devenus les serviteurs des gentils convertis à la foi par la grâce de la rédemption. — Le cinquième et le sixième sont sur le patriarche Jacob. Saint Césaire remarque que les mariages des patriarches se sont souvent contractes auprès des puits et des fontaines, parc^ qu'ils étaient la figure du baptême, par lequel Jésus-Christ devait purifier l'Eglise, son épouse, de toutes sortes d'iniquités. — Dans le treizième, il explique ces paroles de l'Exode : Le Seigneur endurcit le cœur de Pharaon. Pourquoi, disaient quelques-uns, l'iniauité est-elle imputée à Pharaon, puisqu il est dit que le Seigneur avait endurci son cœur? Avant de répondre, saint Césaire pose pour principe que dans un pécheur le dése«<poir vient du grand nombre de ses fautes, et que du désespoir naît l'endurcissement. Il suppose que PharaoQ était dans ce cas, d'où il conclut que son endurcissement n'était point un efi'et de la puissance de Dieu, qui h son
CES
CES
égard ne fit autre chose que de le laisser dans l'état où il Tavait trouvé, a Toutes les fois, dit-il, que Teau glacée par un grand froid reçoit Fimpression de la chaleur par les rayons du soleil, elle reprend sa première fluidité ; mais aussitôt que le soleil disparaît, elle se glace de nouveau et s'endurcit une seconde fois. De même la charité de plusieurs se refroidit et se glace par le froid des péchés; mais survienne la chaleur de la divine miséricorde, et cette glace causée par les péchés se dissout. C'est de cette chaleur qu'il est parlé dans l'Ecrit ure : Non est qui se abscondat a colore ejus. — Dans le vingt-cinquième, sur ces paroles : Que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite , il en fait l'application aux bonnes œuvres, et particulièrement à l'aumône : il veut qu'on ne la fasse iamais en public, de manière à s'attirer par là l'estime des hommes, mais seulement aûn de plaire à Dieu. Il explique dans le même sens ce
Sue l'Evangile «goûte : Lorsque vous vour rez prier ^ réfugiez-vous dans un endroit retiré de votre maison, Jésus-Christ ne défend pas les prières publiques où tout le peuple fléchit les genoux avec l'évêque, mais il nous défend de mêler à nos prières, à nos jeûnes et à nos aumônes, d'autre motif que celui de nous procurer la vie éternelle. — Parlant dans les trente-quatrièmt et trente-cinquième discours sur le miracle opéré aux noces de Cana, où l'eau fut changée en vin, il dit « que le plus grand miracle est la conversion du pécheur, puisque, par ce changement, l'homme, de pourriture qu'il était, est élevé à l'état des anges, et tiré de la corruption de la terre pour être placé dans le /ciel. » Il ajoute que ceux-là se trompent qui s'imaginent qu'en bâtissant sur le londement qui est Jésus-Christ, les
[)échés capitaux peuvent être purifiés par e feu passager du purgatoire. Il soutient que quand l'Apôtre dit que celui dont Voi^vrage sera brûtéy ne laissera pas d'être sauvéj quoiqu'en passant par le feUj cela ne doit s'entendre que des péchés légers; et il fait à cette occasion une énumération de ces deux sortes de péchés.
Nous avons trois discours de saint Césaire sur le carême. Dans le premier, il conjure ses auditeurs de se rendre avec exactitude, pendant tout ce saint temps, aux veilles de la nuit et aux heures de Tierce, Sexte et None, s'ils n'en sont empêchés par quelque raison importante de santé ou d'utilité publique. 11 condamne dans le second le jeu de dés, pour lequel on lémoignait trop d'ardeur, et la délicatesse des mets, disant : « qu'il ne sert de rien d'avoir jeûné tout le jour, si ensuite on accable son âme, ou par un excès de nourriture, ou par des aliments trop délicieux. » Il dit dans le troisième que nous devons donner aux pauvres ce que dans un autre temps nous aurions dépensé pour notre dîner, au lieu de uous en réserver le prix. Il regarde la main du pauvre, qui reçoit des riches, comme le trésor de Jésus-Christ qui met dans le ciel
ce qu'on lui donne, de peur qu'il ne périsse sur la terre. — On voit par les deux sermons qu'il a faits sur les Litanies ou sur les trois jours des Rogations, que cette dévotion était dès lors établie dans toutes les Eglises du monde, et qu'on les regardait comme des jours destinés à guérir les plaies de l'âme par la pénitence et par la prière. On les passait dans le jeûne, dans l'oraison, dans le chant des psaumes et dans de saisies lectures. Le repas y était modique, comme en carême, et il y avait chaque jour dans l'église des assemblées publiques dont personne ne pouvait se dispenser. — Le cinquante-quatrième sermon est sur le Symbole et sur la nécessité des bonnes oeuvres. Saint Césaire le commence par des termes et des façons de parler qui ont beaucoup de rapport au Symbole de saint ÂlhaDase. Il y cfistingue clairement les deux natures en Jésus-Christ, reconnaissant qu'il est égal à son Père selon la divinité, et moindre selon l'humanité qu'il a prise de Marie, toujours vierge avant et après son enfantemeot, et dont la vie a été exempte de toute tache et de toute conta^on du péché. A regard du Saint-Esprit, il déclare que nous devons croire qu'il procède des deux, c'est-à-dire du Père et au Fils. — Dans le soiianleunième, il exhorte ses auditeurs à confesser leurs péchés, pour en obtenir le pardon, et arriver au port de la pénitence, comme ceux qui se trouvent dans un vaisseau brisé par la tempête, recourent à une planche pour se tirer d'une perte inévitable sans ce secours. Il les engage à ne se fier ni sur leur âge, ni sur leur santé, parce qu'on travaille à son salut toujours trop tard quand on est incertain de vivre. C'était encore l'usage de son temps que les personnes des deux sexes se soumissent à la pénitence publique et è la confession de leurs péchés devant l'assemblée. Il rend grâces a Dieu de la colère que les pécheurs témoignaient contre euxmêmes dans ces occasions. Us paraissaient couverts de cilices, marquant par ces vêlements, faits de poil de cnèvre et de bouc, qu'ils se considéraient comme séparés de la société des fidèles et du nombre des agneaux. Ce Père convient qu'il était en leur pouvoir de faire secrètement pénitence de leurs fautes ; mais il croit que, ne se jugeant pas en état d'y satisfaire par eux-mêmes, ils ne demandaient la pénitence publique qu'afindavoir recours aux prières de tout le peuple chrétien. Pendant le temps de leur m' tence, ils s'abstenaient de vin et de chair; ils ne devaient pas môme manger de viaude après leur réconciliation, mais se contenter de légumes, d'herbes et de petits poissons, soit lorsqu'ils mangeaient chez eux, soit ailleurs. . .
Le soixante-cinquième discours traite de la foi, qui, suivant saint Césaire, doit tirer son nom de faire^ parce qu'elle est le sou" tien et la base de toutes les choses divmes et humaines. Pour qu'elle soit entière, eue doit renfermer la croyance à raccompli.s^ menl des promesses et des menaces de W^*
CES
mais elle n'est vraie en nous que lorsque nous accomplissons par nos œuvres ce que nous avons promis par nos engagements.
En vain dirons-nous que nous croyons ce
3ue Dieu nous apprend de la béatitude et es supplices de Vautre vie, si nous ne faisons tous nos efforts pour mériter la vie et éviter la mort éternelle. L'activité de notre foi doit se déployer surtout dans Taccom-
tilissement des promesses que nous avons àites au baptême. Si nous y manquons, peut-on compter que nous garderons celles
Î[ue nous faisons aux hommes ? Saint Boniace, évèque de Mayence, cite le discours soixante-dix-huitième sous le nom de saint Augustin ; mais le style fait voir qu'il est de saint Césaire. Il y traite des augures et de diverses autres superstitions païennes ; par exemple, à propos de voyages, sur les jours de départ et sur les jours de retour, tf Sans vous arrêter à de semblables considérations, leur dit-il, contentez-vous, toutes les fois que la nécessité vous obligera de vojrager^ de vous signer au nom de Jésus-Christ et de réciter le Symbole ou l'Oraison dominicale. Après quoi mettez-vous en chemin et ayez confiance gue Dieu vous aidera. Il serait beaucoup mieux et surtout plus salutaire, dans les maladies, au lieu de recourir à des pratiques superstitieuses, d'aller à l'église, d'y recevoir le corps et le sang de Jésus-Christ, de s'oindre d'huile bénite qui, selon l'expression de l'apôtre* saint Jacques,
Srocurerait la rémission des péchés et la santé u corps. »
Les sermons quatre-vingt et quatre-vingtunième tendent à empêcher le peuple de sortir de l'église après la lecture de 1 Evan-
Site et avant la fin des mystères. Les auteurs e la vie de saint Césaire rapportent qu'ayant vu un jour quelques-uns des fidèles sortir avant qu'il eût prêché, il les arrêta en leur disant oue, « lorsqu'ils seraient devant le tribunal de Jésus-llhrist, il ne leur sera pas permis de faire la même chose. » Pour couper court à cet abus, il ordonna de fermer les portes de l'église aussitôt après la lecture de l'évangile. Le concile d'Agde, auquel;il avait présidé, défendit par un canon exprès aux laïques de sortir de l'église avant d'avoir reçu la bénédiction de 1 évoque, à la fin de la messe. Saint Césaire entreprend donc, dans ces deux homélies, de montrer que les chrétiens ne devaient point sortir de 1 église avant qu'on n'eût fini la célébration des saints mystères. La messe ne consiste ^ pas dans la lecture des livres saints, mais dans l'oblation des dons et dans la consécration du corps et du sang du Seigneur. On peut, dans sa maison, lire soi-même , ou entendre lire par d'autres les écrits des prophètes, des apôtres et des évangélistes ; mais on ne peut ni voir ni entendre la consécration du corps et du sang du Seigneur ailleurs que dans la maison de Dieu. Donc ce^ lui qui veut entendre la messe en entier et à l'avantage de son âme doit demeurer dans l'église, 1« corps humblement prosterné, le cœur contrit jusqu'à ce qu'on ait donné la
bénédiction au peuple. Celui qui, sans l'attendre, ne craint et ne rougit pas d'en sortir, se rend coupable de deux fautes : la première, en abandonnant les saints mystères ; la seconde, en attristant le prêtre qui célèbre et qui prie pour lui. La bénédiction qui s'y donne par son ministère ne vient pas d'un homme, mais c'est une rosée céleste qui se répand dans les cœurs par la libéralité d'un Dieu. Le saint évêque exhorte ses auditeurs à faire part à leurs voisins et à leurs parents qui n'auraient pu se trouver à l'église, des instructions qu'ils y auraient entendues: « car, dit-il, de môme qu'il serait coupable s'il négligeait de les instruire, ainsi, ils le deviennent eux-mêmes, s'ils négligent de communiquer aux autres ce qu'ils ont appris. »
On peut remarquer dans les onze derniers sermons de saint Césaire, que, comme il y a des pauvres colères, orgueilleux, avares, voluptueux, à qui la pauvreté ne sert de rien pour le ciel ; il v a aussi des riches humbles et doux, à qui les richesses ne sont point un obstacle au salut, parc§ qu'ils en usent sans s'y attacher; que c'est par or-
fueil que les anges sont tombés du ciel dans enfer ; que la cupidité n'est jamais sans orgueil, m la charité sans humilité ;.... que Dieu, par un effet de sa miséricorde, a permis qu'en ce monde la condition des hommes mt inégale, qu'il. y eût des pauvres et des riches, afin que les uns se sauvassent par la patience, et les autres par l'aumône ; que ce que les riches reçoivent des pauvres est beaucoup au-dessus de ce qu'ils leurs donnent, puisqu'on échange d'une pièce de monnaie, d'un morceau de pain, d'un vête^ ment, ils reçoivent de Jesus-Ghrist un royaume, la vie éternelle et la rémission de leurs péchés. On peut, ajoute-t-il, distinguer trois sortes d'aumônes, toutes les trois utiles pour le salut. La première consiste à donner au pauvre son superflu, la seconde à lui pardonner les injures, la troisième à aimer le prochain. Néanmoins aucune de ces aumônes ne suffit à'ceux qui vivent dans le crime ;il est nécessaire, pourobtenirlepardonde leurs fautes, qu'ils quittent l'habitude du péché, et qu'ils cnangent de mœurs; car, si 1 on ne doit jamais désespérer du pardon de ses péchés, on ne doit pas non plusy persévérer avec sécurité, mais s'en retirer au plus tôt et en faire pénitence. On peut dire, en quelque sorte, que les orgueilleux, les adultères, les avares, les envieux sont possédés du démon. Saint Césaire s'exprime ainsi, k l'occasion d'un énergumène, qui, le dimanche précédent, avait épouvanté les fidèles pendant la célébration des saints mystères.
Règles de saint Césaire. — Dans le Code des régies nous en trouvons deux imprimées
f>lus tard, sous le nom du saint évêque d'Ares, dans le tome VIII* de la Bibliotkique des Pères. L'une est pour des religieuses et l'autre pour des moines. Téride, neveu du saint et abbé d'un monastère dont le nom ne nous est pas connu, écrivit celle-ci, sous la dictée de sou oncle, qui le chargea de la ré-
CES
CES
pandre en divers monastères. Saint Césaire écrivit lui-même la première, sinon dans son entier» au moins dans celle partie qi^il ap-
Selle récapitulation. Nous avons eu occasion e remarquer, dans sa notice, qu'il avait fondé un monastère de filles dans sa ville épiscopale. Aussitôt que les bâtiments en furent achevés, il rappela sa sœur Césarie de Marseille, oii il l'avait envoyée, pour pratiquer dans un autre monastère, ap[)aremment oelui C[ue Cassien y avait établi, ce q^u'elle devait enseigner dans le sien. Césane en prit possession avec deux ou trois compagnes ; mais en peu de temps un grand nombre de vierges vinrent de toutes parts se ranger sous sa conduite, pour se préparer avec elles à l'arrivée de l'Epoux. Saint Césaire leur composa une règle, qui parait dictée par Tesprit de piété et de discrétion. Il y remarque dans sa préface, qu'entre plusieurs règlements qui sont en usa^^e dans les monastères d'hommt s et de filles, il a choisi ceux qui lui ont paru plus convenables à des vierges chrétiennes. Celte règle est divisée en quarante-trois articles dont voici le précis.
Bigle pour tes religieuses. — La clôture doit être perpétuelle» et si exacte qu'il ne soit jamais permis à une religieuse de sortir du monaslère, ni même d'entrer dans la basilique extérieure. — On éprouvera les novices un an avant de leur donner l'habit. Les veuves ou les femmes mariées ne peuvent être reçues qu'après avoir entièrement rerioncé à leurs biens. — Aucune sœur, pas même l'abbesse» ne pourra avoir de servante; mais les jeunes sœurs pourront rendra aux autres les services nécessaires.
Défense de prendre des pensionnaires; mais on peut recevoir de jeunes filles de cinq à six ans pour être religieuses. — Chacune des sœurs aura son travail marqué par la supérieure^ Elles coucheront toutes dans une chambre commune, mais dans des lits réparés, et celles qui sont âgées auront un autre dortoir que les jeunes. — 11 leur est défendu de tenir un enfant sur les fonts de baptême. Celle qui viendra tard aux exercices de la communauté sera réprimandée par la supérieure, et si après deux ou trois avertissements elle ne se corrige pas, elle sera séfiarée de la communion ou de la table commune. Les grandes fautes étaient punies de la discipline ou flagellation. — Chaque sœur fera la cuisine et les autres travaux domestiques à son tour, excepté la supérieure. — Il est très-expressément défendu de recevoir ou d'envoyer des lettres Ou des présents, sans la permission de la supérieure. On recommande un soin particu* lier pour les malades ; on veut qu'elles aient 4emeilleurvinqueceluide la communauté, et on leur accorde même le bain, de l'avis du médecin. — On ne permet à personne d'entrer dans le monastère, excepté aux évêc^ues, au proviseur, à un prêtre, un diacre et un sousdiacre, pour célébrer quelquefois les saints mystères. Les ouvriers ne peuvent entrer ^u'avee le proviseur. — L'abbesse u'ira au
p/»rloir qu'accompagnée de trois sœurs; les autres religieuses ne parleront qu'à leurs
Barents, et en présence des anciennes. — >n ne donnera point de repas dais le mo* nastère, pas môme "aux évoques ni aux femmes séculières, excepté aux mères des religieuses qui viendnmt voir leurs filles. — Les habits des religieuses doivent éire simples, de couleur blanche, de laine, tt faits dans le monastère ; leurs lits sans ornements , leur coiffure modeste. Les ornements m(^me de l'autel ne seront que de laine, sans broderie. On n'aura d'argenterie que pour les vases sacrés. Les tableaux et peintures sont exclus, mômedaroraloire; on ne les tolère que dans l'église exléri euro, c'est-à-dire dans la basilique de la sainte-Vierge.
Saint Césaire, après une courte récapilulationdeses règlements, prescrit l'ordre de la psalmodie et des jeûnes. Il rè^le la psalmodie sur celle qui était en usage à Lérins, et qui étc.it lurt longue. Pour les jeûnes, depuis Pâques jusqu'à la Pentecôte, on ne doit faire qu'un repas le vendredi. Depuis la Pentecôte jusqu'au 1" seplembre, la supérieure règle les jeûnes comme elle l'entend. Depuis le 1" septembre jusqu'au 1" novembre, on doit jeûner trois jours de la semaine, les lundi, mercredi et vendredi; et tous les jours depuis le 1" novembre jusqu'à Noël, excepté les fôles et le samedi.
Saint Césaire veut que labbesse ne puisse rie^ changer à ces règles, pas môme par Tautorité de l'évôqjue. Si elle le tentait, il exhorte les religieuses à lui résister et à recourir au sainl-siége. Il souscrivit cette règle de sa main, le 22 de juin .de Fan 512. Cette Règle est la plus ancienne que Toa connaisse , et sainte Radegonde la transporta dans le monastère do Sainle-Croii, qu'elle avait fondé à Poitiers.
Règle pour les moines, — La règle que le saint évéque d'Arles établit pour les moines est beaucoup moins étendue. En voici quelques articles. Les jeûnes sont à peu près les mômes que pour les religieuses. Il était défendu de parler pendant la psalmodie et pendant les repas ; on faisait une lecture afin que l'àme ne fût pas privée de ses aliments pendant que le corps prenait sa réfection. L'entrée du monastère était absolument défendue aux femmes. On appelait les frères aux divers exercices de la communauté par le son de quelque instrument. Ceui qui venaient tard étaient punis de leur paresse, en recevant plusieurs coups d'une férule sur la main. H n'était pas permis de répondre, lorsque l'abbé ou le prévôt, ou quelque ancien faisait la correction. Saint Césaire marque aussi la distribution des oflSces, et la règle pour les dimanches et pour tous les jours.
Lettres. — On met au nombre des leltf^ de saint Césaire l'instruction qu'il envov»» Oratorio , abl)esse du monastère d'Arlue, bâti sur la côte de la mer, par saisit Nazairo, abbé de Lérins. Elle est en effet en forme de lettre. Le saint évéque y traite des quAU-
CES
CES
tes que doivent avoir celles qui sont ch.irgécs de Ja conduite des âmes. Elles doivent prendre soin du temporel des monastères, U4dis s'occuper beaucoup plus du spirituel ; ne donner aux affaires eiiérieuros que le temps nécessaire, et passer aussitôt à la priore ou à la lecture; se rendre le modèle do toutes sortes de bonnes œuvres, aGn d'engager ceiles qui leur sont soumises à les pratiquer ; avoir soin de donner de vive voix quelques instructions, mais ne jamais
f»rescnre que ce dont on donne Texemple. 1 veut qu'une supérieure, avant d'imposer Quelque morliâcalioa à sa communauté , éprouve par elle-même si Taustérité en est su[)portoble. Restent encore beaucoup d'autres conseils qui rentrent absolument dans les prescriptions des règles que nous venons d*analyser.
11 reste deux lettres de saint Césaire à Césarii' sa sœur, abbesse du monastère qu*il avait fondé à Arles, et à toutes les religieuses de sa communauté. Césarie s'occupait assidûment de la lecture des livres saints et de la méditation des vérités qu'ils renferment. Comme eilcétait parfaitement instruite de ses devoirs, le pieux évèque ne lui écri* vit que dans la vue de la conduire à une plus
f;raude perfection. La première chose qu'il ui recommande et h ses religieuses» est de savoir quelle est la volonté de Dieu; de combattre fortement contre le vice et l'orgueil» afin qu'ayant coupé cette tète de tous les péchés, les autres soient plus faciles A détruire. 11 lui recommande aussi cette sincère humilité Que Jésus-Christ a enseignée; il bannit la colère, l'envie et l'intempérance de la langue. U défend toute familiarité avec des personnes d'un autre sexe, et il ne permet de s'en souvenir que dans une prière très-pure. Testament de saint Césaire. U faut mettre parmi les écrits du saint docteur le testament qu'il adressa aux prêtres et aux diaères de l'Eglise d'Arles et à l'abbesse Césarie, qui avait rempbcé sa sœur dans le gouvernement de sou monastère. U le commence en souhaitant la paix à celte Eglise, après quoi il déclare qu*it veut qu'après sa mort le monastère de Saint-Jean demeure sous la puissance de l'évèçiiie d'Arles, et soit l'héritier de tous ses biefl8;el, dans la crainte
étant évèque, aucuns biens de sa famille, ils se contentent de ce qu'il leur avait donné
r^ur 1;'S reconnaître. Il prie son successeur, c|ui il donne le titre d'arcbevôgue, de vouloir bien recevoir de lui les habits dont il se revêtait aux fêtes de Pâques, et qu'il avait reçus en présent. Il lui lègue aussi quelques autres vêtements, avec la liberté de les distribuer, tant à ses clercs qu'aux laïques, peut-être à ceux qui l'avaient servi. Il ordonne que les autres donations qu'il pouvait avoir faites de vive voix ou par écrit aient leur accomplissement. Il conjure la sainte- Trinité d*empêcher que son miin/tslère soit inquiété daus la joiussaace de ses biens, de
ses privilèges, de ses immunités. 11 entre dans le détail de certaines terres, vignes et redevances qu'il lui avait données, voulant que si, par te malheur des temps, ce roonastèro venait à être détruit, tous ces biens revinssent à la mère-église, d'où il les avait tirés, avec le consentement de son clergé. II faitquel<|ues petits le^s particuliers à Tabbesse Césarie et à quelques autres personnes, et recommande tous ses domestiques à Tévéquo son successeur.
On a fait beaucoup de bruit, de nos jours, d*une prophétie atlribuce à saint Césaire, et dont plusieurs écrivains religieux se sont occupés sérieusement. Sans infirmer en rien l'autorité de ce document, dont le manuscrit remonte au xitr siècle, et aurait été publié, pour la première fois, par un moine nommé Jean de Vatiguerro, nous déclarons D'en avoir trouvé de traces, ni dans la nomenclature des ouvrages du saint docteur, ni dans les jugements qu'en ont porté les plus judicieux parmi les critiques anciens.
Tout platt dans les écrits de saint Césaire. Le style en est simple, net, uni quelduefois même populaire, comme il l'appelle luimême :peaes^rîterm(me. Les raisonnements en sont solides et concluants, les exemples persuasifs, et toujours k la portée du commun des hommes. On voit cependant, par quelques endroits, qu'au besoin il savait s élever à de nobles pensées, noblement'expri* mées, et qu'il aurait pu aspirer à la gloire de Téloquenee. La sienne est toute naturelle, il n'affecte ni termes extraerdinaires, ni fi-
Sures trop recherchées. U s*appuie partout e l'autorité de l'Ecriture qu'il avait étudiée avec soin, et queluuefois des témoignages des Pères grecs et latins, dont il avait lu les écrits. On voit qu'il s'étaK*particnlièrement arrêté à ceux de saint Augustin, dont il fai* sait profession d'être le disciple. Non-Seulement il en suit la doctrine, mais il en emprunte aussi les pensées et les termes, et auelquefois des passages entiers, auxquels ne fait que joindre un exorde et une péroraison, pour en former un discours.
CËSARIE (sainte), seconde abbesse de SaiD^ Jean d'Arles, avait succédé è la sœur de saint Césaire, et u'est guère connue que par le testament du pieux évêque en faveur de ce monastère qu'il avait fondé. Il reste d'elle une réponse à une lettre que sainte Radegonde lui avait adressée, pour obtenir la Régie de saint Césaire. Cette lettre est une exhorta tioa à la pratique des vertus reli^euses, dont la première est de demander assidûment à Dieu de nous enseigner lui-même à connaître sa Tolonté, et dv diriger nos pas dans la voie de ses corarmandements; la seconde, d'écouter avec attention la parole de Dieu, lorsqu'on lit la sainte Ecriture; la troisième de rendre grâces à Dieu des bienfaits qu'on en a reçus. Elle lui représente que, quelque avantage
Ïu'elle puisse retirer de la Règle de saint ésairc,elle en retirera beaucoup plus de la lecture de l'Evangile, dont la doctrine est au-dessus de celle des hommes, et infiniment plus précieuse; maïs qu'elle ne doit pas s'or-^