‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 108 sur 207 · RIT · texte numérisé non relu

RIT

ailleurs qae les anges sont de purs esprits. La séparation que Dieu fit de'la lumière e( des ténèbres marque, selon notre auteur, le JQgement terrible que Dieu exerça sur le démon et les anges rebelles, en les séparant des bons anges. Celle séparation eM sans retour, de sorte que ceux qui sont tciuliés ne peuvent plus se relever, et ceux qui ont persévéré, quand ils pouvaient tober, oe peuvent plus pécher. Tous iraient été créés dans rinnocence et pounmi faire des progrès dans le bien, mais fiADt créatures et tirés du néant, ils étaient également capables de faire le mal. Noire iû(eur se propose différentes questions 5ur ce sujet, et demande pourquoi un Dieu bon et miséricordieux a tiré du néant des créatures qu'il a prévu devoir périr? Il traite cette demande de question importune ; elle loi parait môme si impertinente, qu*il ne voit pas de raisons de la proposer. Il v répond néanmoins, et, après avoir répondu, il g' ute ces paroles de TApôlrei qui doivent mer la bouche de quiconque veut dispu- ^f sur ce sujet : « O komme^ qui éles-vom mr contester avec Dieu? Le potier n'a-^-t7 Itw Upoutoir de faire de la même masse Urgile un rose destiné à des usages hono^ ^bles et un autre destiné à des usages vils et ^tmxf (Rom. ix, 20.) Deuxième litre. — Après avoir parlé , Nns son premier livre, de la création du ittr), de la terre et de tous leurs ornements, Itipert vient à celle de l'homme que Dieu Hlaigné créer à son image et à sa ressemblance. Les expressions que l'Ecriture em- ^-oie en rapportant la création de Thomme tt relèvent ta dignité et Texcellence. Dieu t*i (las dit : Que l'homme soit fait à notre B>a;^e,etc., comme il avait dit : Que la lu- Dière soit faite. Mais il semble que les r<^is personnes de la Trinité tiennent cop* cil et s'exhortent mutuellement, en dim : Faisons rhomme^ etc. (Gen. i, 25.) Ces aroles ne doivent s'entendre que de ceux ipeDieu a prédestinés à la vie, et non des ^prouvés. « Car il n'y a que les seuls élus, it-il encore, qui soient créés à l'image et la ressemblance de Dieu, s La bénédiction oe Dieu donne à Adam et à Eve, après les voir créés, regarde spécialement les élus, ^gficede cette bénédiction représente ce ^ret de Dieu que saint Paul a en vue, Qu'après avoir dit : Nous savons que tout mère au bien de ceux qui aiment Dieu ^<;m. vni, 28), il ajoute aussitôt, à ceux »)' a appelés^ selon son décret pour être mi. [Ibid.f 30.) Dieu, en bénissant nos f«raiiers pères, bénit dans leur première ^«(ine ceux que lui seul avait prévus et r^^estinés avant tous les siècles; c'était &u\qu*il avait en vue, ceux auxquels ii evaii dire un jour, après les avoir appelés ^ justifiés : VeheXy Us bénis de mon Pire , «'«'jBlei le roj/aume qui vous a été préparé Tttti torigine du monde. [Matth, xxv, 34 ) 'sis ce que Dieu dit h nos premiers pères, ■> les bénissant : Remplissez la terre et quelle ^« 9oit soumise (€en. i, 28) , convient aux

élus et aux réprouvés. Les uns et les autres peuplent la terre ; mais il y a une grande difrérence à l'égard de ce qui est dit, que la terre vous soit assujettie. [Ibid.) Les élus seuls auxquels appartient la terre des vivants, s'assujellis&ent, par la liberté de leur, esprit , la terre qu'ils habitent avec leur j corps, parce que, préfériuit Dieu à toutes choses, ils professent un généreux mépris pour tout ce qui est terrestre.

Il rejette le sentiment de ceux qui ont prétendu que l'homme n*aurait point engendré, s'il eût persévéré dans Tinnoccnce, « comme si le péché, dit-il, eût été nécessaire pour que l'homme pût engendrer, et comme si Dieu n'avait pas pu faire une naturo qui engendrât sans le secours du péché. Mais, ajoute t-il, il n'est pas nécessaire de faire une grande dissertation pour prouver le contraire, puisque Dieu leur dit : Croissez et multipliez^ et peuplez la terre. (Ibid.) Si l'homme n'avait point péché, il n'aurait engendré que des élus, qui eussent été le fruit de la bénédiction qu'il reçut au moment do sa création, ii

Il parle fort au long du septième jour, delà diCTérence qu'il y a entre ce jour et les autres, pourquoi Dieu le bénit et lé sanctifia, et ce que c'est que le repos de ce jour. Revenons à l'homme que Dieu forma de la poussière de la terre ; il rapporte différents textes d'haïe et de Jérémie, dans lesquels ces saints prophètes, reconnaissant leur origine, disent à Dieu : Vous êtes notre PèrSr nous ne sommes que de Vargile. [Isa. lxiv, 8./ Puis il cite ces paroles de saint Paul : Un vase d'argile dit-il à celui qui Va fait^ pourquoi m'avez vous fait ainsi? [Rom. ix, 20.) «C'est pourquoi, continue notre auteur, lorsque nous lisons que Dieu a formé l'homme de la poussière de la terre, ne demandons point pourquoi il l'a ainsi formé, mais que chacun craigne pour soi-même, que le vase qu'il a fait ne se brise entre ses mains et qu'il n'en fasse un autre , comme il le jugera convenable. Cependant nous pouvons rechercher avec humilité et admirer comment Dieu, qui pouvait réparer la ruine des anges par de nouveaux anges, et en créer autant qu'il en était tombé et les placer dans le ciel, afin que tout le peuple et toute la noblesse de la céleste patrie fût d'une même nature, comment il a biea voulu créer des hommes qui sont d'une nature et d'une condition différente, nour remplacer les anges, et pourquoi il ne les a pas créés tous ensemble, ou plusieurs à la fois, mais seulement un, d'où.tous les autres devaient tirer leur origine. Dieu Ta voulu ainsi; sa sagesse le lui a dicté. Il répandit

lingue des animaux. Celte âme ne se communique point par la génération. Il n'existe sur ce sujet aucune diversité de sentiment entre ces catholiques. »

Nous ne parlerons point de ce que notre auteur dit du paradis terrcstrei de sa si-

if 07

RUP

Rl]P

im

tualion, de la. foDiaine qui Tarrosaii et se partageait entre quatre grands fleuves, de rarbre de vie et de Tarbre de la science da bien et du mal, qull prétend avoir été ainsi appelé par ironie, de la défense que Dieu fH à Adam de manger du fruit de cet arbre, de l'aide que Dieu donna à Adam, en formant Eve d*une de ses côtes, de Tunion étroite et indissoluble qu'il établit entre l'homme ni la femme. Mais nous ne pouvons nous dispenser de rapporter ces judicieuses réflexions qu'il fait sur ce qui est dit dans la Genèse, qu'Adam et sa femme étaient nus «t qu'ils n'avaient point de honte. Ce n'était « point, dît-il, un déshonneur, mais un bonneur pour eux d'être nus. Ce n'était point par impudeur, mais par sécurité, qu'ils ne rougissaient point de leur nudité. Car est-ce du créateur qu'ils auraient reçu ce sentiment de honte ? L'ouvrage de Dieu aurait-il fiueSque chose d'indécent et de déshonnète, dont il devrait éprouver de la confusion? Cette confusion vient-elle de la nature? N'est-ce pas de la concupiscence? La confusion qui fait un tourment est à présent onangée en nature, mais elle ne vient point de la première condition de l'homme; elle lire son origine du péché. Pourquoi avonsnous honte de notre nudité? C'est parce que nous sentons notre faiblesse et la révolte de la chair en nous. La conscience alors était pure ; il n'y avait point de concupiscence des yeux qui portât au mal. Car )a concupiscence de la chair est la peine du j)éché, et la punition de l'orgueil qui a précédé. Dieu , dit l'Ecriture , a créé l'homme droit et juste [Job. i, 1); ce témoignage est yrai, ajoute Rupert, parce qu'un Dieu trèsjuste n'a créé l'homme que dans la droiture et la justice. La droiture et la justice de l'homme était que l'esprit fût supérieur et commandât à la chair, et que la chair fût soumise à l'esprit et lui obéit. L'esprit raisonnable de l'homme était entre Dieu et la chair, pour commander à la chair; et comme il a troublé et perverti cet ordre, en désobéissant à Dieu, 1 esprit, qui était supérieur à la chair, a été soumis à la chair par une juste soumission', parce qu'il a désobéi à Dieu à qui il devait être soumis. Voilà d'où vient la confusion du visage, confusion qui, naissant du secret de la conscience, se montre au dehors, et oblige de cacher sous des vêtements ce qui fait le sujet de sa honte, ce qui est la peine de sa désobéissance. Cette infirmité ou cette révolte de la chair contre l'esprit n'existait point alors. Ainsi l'homme et la femme étaient nus et n'avaient peint de honte,

f)arce qu'il n'y a^^ait rien en eux qui dût eur en donner : Quia quod erubescerent non habebant. »

Ce morceau dans lequel se trouve si solidement établie la doctrine de l'Hglise sur 1 état de nos premiers parenU» et sur la concupiscence, doctrine que saint Augustin a défendue avec tant de force contre les pélagiens, nous a paru si important que nous avons cru devoir le rapporter tout entier.

Trohietne livre. — Ce livre traile de h tentation de l'homme, de sa chute et île r^rèt que Dieu prononça contre lui pour le punir de sa désobéissance. Il ne faut pas croire que la tentation ou le péché de l'homme ait commencé par l'entretieD d'Eve avec le serpent. La tentation extérieure avait étéprécédéede la tentation intérieure; le démon avait déjà attaqué le cœur de l'homme, en Ini inspirant l'orgueil et le mépris du commandement de Dieu. Si l'homme ne s'était pas intérieurement enQé d'orgueil, il n'aurait pas si aisément surcombé h la tentation extérieure. Le détnoo attaqua donc par lui-même l'homme au dedans, et au aehors, par te ministère du serpent. Cet animal, si I on en croit Rupirt, n'était point dans le paradis terrestre; il prétend que la femme, en se promenant dans ce jardin de délices, et peut-être aasâ en considérant ce qui se passait audelè, donna occasion au démon oe la tenter sooi la figure du serpent, qui s'était appn^ché de cette terre délicieuse. La sentence qui Dieu prononça contre Eve est plus sé^m que celle qui fut prononcée contre Adam, « parce que son péché, dit-il, fut trois fatf plus grand.» Interprétant ces paroles, j>mef^ trai une inimitié entre toi et la femmt^ entri^ sa race et la tienne. (Gen. iii, 15), « Dieu, dit il, promet une grande œuvre de sa grâce: 3

[>romet que la femme, qui a été vaincue |«r 'artifice du démon , triomphera un jour da démoD f^r la force ouverte. Mais ce u'iai point la femme elle -même qui doit faire ceui guerre; c'est sa race qui la fera et qui 11 continuera jusqu'à ce qu*elle remporte unf pleine victoire. C'est pour cela, qu'aprd avoir dit ; je mettrai une inimitié entu t4 et la femme , il ajoute : entre sa raci <t k tienne,

c De quelle race cela est-*il aflirmé, ^irm d'un seul, savoir, Jésus-Cbrlst? Lui seuleit la race de la femme sans l'être de l'homme. C'est lui qui a combattu contre ^ancieose^

gsntet qui l'a brisé par la force de son bras. ui de nous tous, qui sommes nés de lu nion de l'homme et de la femme, peut >e vanter d'avoir une inimitié entière pount séducteur? Ne sommes-nous pas plutôt de» ennemis de Dieu, si nous ne sommes récoo* ciliés par celui-là seul qui est la race um* que de la femme? Par un effet de ss grâc^i nous sommes les amis et les enfants de Dieu; ' mais par nous-mêmes et par nos preiuiers pères, nous n'avons été que les comia^onos

de sa révolte Il est donc certain aue rd

paroles renferment là promesse de celai qoi est de la race de la femme, c'est-à-dire, d* Jésus-Christ, parce que le sexe qui a cit séduit a brisé la, tête du séducteur, lorsque la bienheureuse Vierge a mis au monde san» péché cet homme nouveau et céleste qui " détruit le péché. Il y a de plus, dii QO(i auteur, entre la femme et sa race, et Test'èi d'animal par lequel elle a été séduite, un inimitié jui vient moins fie la raisoo q"*| du sentiment naturel ; et la femmea toujouM le pouvoir de briser sa tête, de soritMjui^t

RUP

RUP

iim

(je la plante de son f.ied elle louche à nu, (..M^tiie légèrement, la tète du serpent, eUe le f.it mourir aussitôt ; de même aussi, le ser- {if^ni, si petit qu*il soit, fait mourir la femme nmé liatcnii nts*rl lui mord le talon.» Rupert liil aroir ap^tris ce qu'il rapporte de témoins «ijjnesde loi et qui avaient examiné la chose dt>près et arec beaucoup de soin. Le lecteur f«nsera oc qu'il roudra de cette prétendue dffooverle.

Dieu, pourpnoir l'homme de son orgueil, te condamna a mourir et à retourner dans b poussière d'où il Tavait tiré. Avant cet irrèt, rijomme était déjà mort de la mort lia péché, qui sépare l'âme de Dieu ; mais il fie sentait pas I amertume de cette mort , oooime nous ne la sentons pas nous-mêmes àiuHiement. Livrés à nos passions, privés lies biens éternels et sur le point même d'6« Ire dépouillés des biens temporels, nous ifiiomesasscz insensibles pour vivre dans la

Sic et dans les amusements, en voyant tant ) personnes mourir chaque jour devant 10$ veux. Que serait-ce, si nous ne devions iito.ii$ mourir? Combien serions-nous insensibles à la mort de l'âme et au jugement kroier qui doit se faire à la Gn des siècles, !i« devant mourir demain, nous nous lais- <>Ds aller à Turgucil? C'est donc avec rai- ^Q que Dieu, pour faire sentir è l'homme bmbieo est funeste la mort de Tâme, et lour empêcher qu'il ne vive dans la sécuilé et plongé dans les plaisirs, jusqu'au jBD^du jugement. Ta condamné à la mort, m d'en réveiller au moins quelques-uns )ir ia crainte d'un mal qui peut leur arriéra chaque instant. L'arrêt de mort que Keua prononcé contre l'homme corrompu t^doit donc pas être regardé comme un ffci de sa justice irritée, mais comme celui fone grâce pleine de miséricorde. Un phi- "^pbe païen, Plotin lui-même, a reconnu ]ue c est par miséricorde que Dieu a donué loi hommes des corps mortels. Pour tenir |horntiie dans l'humilité, il a voulu que Hieure et le jour de sa mort fussent incer- !>»fis, aQn qu'il soit toujours attentif, touh'rssurses gardes, dans l'ignorance où il wda moment où arrivera ce qu'il sait devoir arriver certainement, et atin qu'il vive ij'ntme devant chaque jour rendre compte «M conduite devant son juge.

I>ii teiii|.s de Rupert quelques-uns dou- ^leot qu'Adam eût obtenu miséricorde de 'éïus-ChrisI, parce que l'Ecriture ne nous ^pprend point qu'il ait fait pénitence. Il est ^^h à la vérité, dans le livre de la Sagesse^ jue c*es( elle qui conserva celui que Dieu avaii l'^^é le premier^ pour être le père du monde^ «lfa«( d'abord été créé seul; que c'est elle aussi jf*' le tira de son péché. [Sap. x, 1 .) Mais ce ''*''•'» répond-il, n'est pas dans le canon, et ^•* que Ton en cite n'est tiré d'aucun livre ^•^Q<)uique, Ainsi» il est pour le moins aussi ^u re de rejeter que d'admettre ces paroles : ^^^xit ilCum a dilecto suo^ parce qu'on ne '^fl |K)int voir quanJ Adam a reconnu son i'^'^té et quand il a fait pénitence. C'est l'i^jrpioi comme on ne voit point de bonnes

œuvres dans le premier Adam, et que le second lui est opposé ; car, de mime que tous meurent en Adam^ tous revivront en Jésus* Christ (1 Cor.^ xv, 22), plusieurs nient librement qu'il soit sauvé, et personne n'a démontré par des preuves assez fortes qu'il le soit. Rupert semble ne prendre aucun parti dans cette controverse, mais seulement rapporter les différents sentiments ; "il remarque même, aûn aue persono6 ne décide témérairement, que 1 Histoire ecclésiastique nous apprend que les premiers qui ont pré*» tendu ^u*Adam n'était point sauvé,, sont les encratiles, hérétiques qui reconnaissaient Tatien pour 2hef. Quant au texte du livre de la Sagesse en faveur du salut d'Adam, il n'est, plus permis de se donner, comme au temps de Rupert, la liberté de l'admettre ou do le rejeter. Le concile de Trente a £xé tous les doutes en mettant ce livre au nombre de ceux qui ont été inspirés par le Saiu^ Esprit.

Saint Augustin, répondant à plusieurs questions qu'un évêquo nommé Évade lui avait proposées, dit que presque toute l'Ëglise convient que le premier homme, le père du genre humain, fut du nombre do ceux que Jésus-Christ délivra, lorsqu'il « alla prêcher aux esprits qui étaient rete-« nus en prison. Et il ne faut pas s'imaginer, ajoute le saint docteur, que 1 Eglise le croie vainement, quand bien même elle ne serait pas appuyée par l'autorité expresse des sain-* tes Ecritures. » Sur quoi il rapporte les paroles du livre de la Sagesse, qui établissent le sentiment de l'Eglise sur le salut de nos premiers pères. « C'est avec une grandci raison, dit-il encore ailleurs, que nous croyons que les deux premiers numains^ ayant mené après leur péché une vie sainte» parmi les travaux et les misères dont ils étaient accablés, ont été délivrés des supplia ces éternels par la vertu du sang de Jésus- Christ. Dieu ayant chassé l'homme du parar dis terrestre, mit è l'entrée des chérubins qui faisaient étinceler uneépée de feu, pour garder le chemin qui conduit à l'arbre de vie. » Rupert fait différentes réflexions sur cette épée flamboyante, et en prend occasion de parler du feu qui doit purifier les hommes de leurs péchés, avant que d'entrer dans le ciel. Mais ces chérubins et cette épée de feu placés à l'entrée du jardin, marquent surtout combien il est difficile aux enfants de la bénédiction qui naissent dana cet exil, de rentrer dans le lieu où ils sont rappelés par la grâce de Dieu.

Deuxième partie. — Après avoir parlé dans la première partie de ce traité desœuves propres du Père, de la création de l'homme, de sa chute et de l'arrêt de sa condamnation, l'auteur se propose, dans la seconde, de parler des œuvres propres du Fils. Il n'a fait, dit-il, que ramper dans cette première partie, mais dans celle-ci il présentera à ses lecteurs des objets plus agréables et plus consolants. On y verra comment le Verbe, par qui toutes choses ont été faites, s'est fait connaître peu h peui

ilfl

ROP

DlCTiOiNNÂiRE

RUl'

lus

pendant six âges difftTents» à Thomme chass'é du paradis et captif, en s'approchant de sa créature jusqu'à prendre une chair semblable à la nôtre, et à roffrir en sacrifice à son Père pour le salut du monde. C'est par ce sacrifice qu*i! est entré dans son repos, et y a fait entrer l'homme racheté. Rupert divise ainsi les six âges pendant lesquels le Verbe s'est manifesté aux hommes par différents accroissements de grâce.

Le premier âge s'étend depuis Adam jusqu'à Noé; le secon<l, depuis Noé jusqu'à Abraham ; le troisième depuis Abraham jusqu'à David; le quatrième^ depuis David jusqu'à la captivité de Babylone ; le cinquième, depuis la captivité de' Babylone jusqu'à riacarnation qui fait le sixième âge. Daiis le premier, Jésus-Christ ne paraît qu'en figure; dans le second, il se montre par des notions et par des discours familiers avec les hommes qu'il veut bien honorer de ses Alliances; dans le troisième, on proinet la naissance de celui en qui nous devons être ))énis; dans le quatrième, il est roi; dans le cinquième, on annonce qu'il sera pontife ; et enfin, dans le sixième, il rient lui-même en s'incarnant. Ces six âges répondent aux six jours de la création, mais. avec cette différence, que pendant les six jours ce sont des natures nouvelles qui ont été créées; au lieu que, pendant les «ix âges, il s'agit de réparer la nature de Thomme qui a été corrompue ; c'est pourquoi les œuvres des ^ix jours appartiennent à la personne du Père, et celles-ci appartiennent pro|)remenl à la personne du Fils. Et, comme le Fils est en tout semblable au Père, Rupert se propose de démontrer que l'esprit de crainte, de piété, de science, de force, de conseil, d'intelligence et de sagesse, éclate dans les ouvrages du Fils, de même que dans ceux du Père, c'esl-à-dire dans les six âges comme dans les six jours. Ce sont les caractè* res qu'il attribue à chaque siècle.

Tel est le dessein de la seconde partie du traité de la Trinité, qui contient trente livres, dont six sont des commentaires sur le reste de la Genèse^ et les autres sur une grande partie de l'Ecriture; savoir : quatre »ur VExode; deux sur le Lévitique; deux sur le Deuiironome; un sur Josue; un sur les Juges; cinq, tant sur les Rois que sur les Psaumes; deux sur /saie; unsurJ^rèitnie et les Lamentations ; deux Sur Ezéchiel; un sur Dante/, auquel il a joint les prophètes Aggée, Zacharie et Malachie ; un sur les quatre évangélistes. Le lecteur n'attend pas de nous que nous lui donnions des extraits suivis ou des analyses de tous ces commentaires ; cela nous conduirait. trop loin. Nous nous contenterons de recueillir, en les parcourant, quelques-uns des endroits qui nous paraîtront les plus utiles et les plus remarquables.

Sur la Genèse. — I. Rupert fait une comparaison assez ingénieuse des patriarches et des justes qui sont morts avant l'arrivée du Messie, sans recevoir la récompense promise, avec les catéchumènes sous la nou-

velle loi. Quelque parfaite, quelque Mairée que soit la foi des catéchumènes , ils ne parij. cipenl pas aux saints mystères qu'ils nau^t reçu le baptême. Ainsi les patriarclu?$ ?( les anciens justes ne devaient pas être Mmis dans le ciel avant que Jésus-Chrisl eiU expié la tache de la première prévarlcatiou. C*est pourquoi nous devons cousidértr tous les saints et tous les élus, tout le (or{>« de l'Eglise qui a précédé la Passion, coimiie un catéchumène. Il appelle Âbel, le premier témoin du Fils de Dieu, qui offrit l(i t)remiers-nés de ses troupeaux, par sa foi ea a Passion du Fils unique de Dieu. Toute* §u'il a fait, tout ce qu'il a soufiert estunt gure de Jésus-Christ, qui dans la dernière cène, s'étant offert par ses propres rotins fut livré par son disciple, pris et erunSi

I)ar le peuple juif qui était son frère sdim a chair. La malédiction que Dieu pronon^i contre Caïn, pour le punir du meurtre «le son frère, lorsqu'il lui dit : Tu seras \tt. gitif et vagabond sur la terre (G en. is, \\\ est la figure de ce qui est arrivé aux Juifv et de ce que tout l'univers voit aclu^'r lement accompli dans le peuple meurinc^ de Jésus-Christ. Rupert croit aue i>8nû^ ceux qui périrent sous les eaux au délu^f^ il y en eut quelgues-uns dont le péché fui effacé. A l'occasion de l'année du déluge, il remarque que les années n'étaient pasal«ri plus courtes , comme quelques-uns IVil imaginé, mais qu'elles avaient la même <la« rée qu'auiourd'hui; n, ce qui, dit-il, esl \hi clair que le jour. >» Le sacrifice queNoéoirril^ à Dieu après être sorti de l'arche, était ia 9* gure du nouveau sacrifice par leiiuel Jêsu*- Christ s*est offert en holocauste a Dicii s< a Père, sacrifice qu'il ne cesse de lui offrir, tant par lui-même que par les mains dese^ prêtres. L'alliance que Dieu fit avec N4 était la figure de celle de Jésus-Christ, qui, par sa mort sur la croix, nous réconnlie avec son Père, nous lave de nos péchés jJf son sang, et répand sur nous l'esprit 5diflt de sa charité. N'oublions pas lajudineuse réflexion de notre auteur sur la iuuliipii<> tion et la confusion «les langues, duul Dieu se servit pour confondre l'orçueil li» hommes et dissiper leur vaine entreprise, en mettant la division parmi les eafaQt5 ue Rabylone.

Lorsque Dieu dit : Tenez donc et descendons en ce t«eu, et confondons-y (dUfnf^t leur langage, quils ne s'entendent pluf '« uns les autres {Gen. xi, 7) , il derait on jour donner par le ministère de Moise, n'a serviteur, rÈcrilure sainte, dans la.jmli^ on trouve la connaissance d*un seul Di<'Jl'unique connaissance qui conduit au c^f Or les hommes n'avaient alors qu'uueseii.V langue, savoir, celle qu'on appelle cnfvr: hébraïque. Afin donc que ces paroles, lorsqu'elles seront données, ne soient pa:> "«'* bliées aux pieds par ces pourceaux, r^fl^-i dit-il, et confondons leur tangage. Dieu 5enl pouvait ainsi punir les hommes, en a^' ployant pour les dissiper la chose [wf •^' quelle ils sont le plus divisés. Lorsqui»' ^''

fll3

RUP

DK PAÎROLOOIE.

RUP

itii

au piarîel, tenez, descendons^ confondons^ il u'apfieile pas à son secours des multitudes d*80)çes ; mais ces paroles marquent que toute la Trinité en un seul Dieu est prérnte pour punir Torgucii des hommes.

C'est ce que Ton voit encore mieux par ce qui arriva, lorsque ces mêmes langues furent rappelées et multipliées dans la bouche <iaa{>ôlre$. La Trinité se montre aux hommes eo ce jour, où les hommes furent bap- M% au nom du Père, du Fils et du Saint- Es(>rit. C'est là le véritable édifice, la tour tiett^e et sublime par laquelle Thomme monieau ciel, pour être réuni avec Dieu. » Odtoji dans cette réflexion comment la multipiiratiou des langues, qui a servi à punir l'orgueil des hommes et à les diviser, sert isns la bouche des apAtres, è les attirer à la iisj riiumililé et à Tunité du corps de Jéa$-Chri$t, etpourfairede toutes les nations m peuple saint qui ne soit qu'un par Tâme <par le cœur.

II. La vocation d*Ahraham marque le troiiéme â^e du monde, selon notre auteur, |«i rappelle Tâge de la science, parce que, tias cet Age Dieu a donné aux hommes la eience dU grand salut et de la promesse, «r$a parole et par sa loi écritn. Avant d'enfer en matière, il invoque l'esprit de science, wr découvrir un trésor de témoignages or Jésus-Christ Fils de Dieu.

Aliraham est le premier à qui Dieu ait <Télé le mystère de Tlncarnalion, en lui dilot: Tous les peuples de la terre seront bénis » toi, {Gen. xii, 3.) Car cette bénédiction l'eslautre que celle par laquelle la gr&ce du ^int-Ësprit a été répandue sur toutes les laiious par la race a'Abraham, c'est-à-dire >ir Jésus-Christ. La circoncision était la urquede Talliance que Dieu fit avec Abrattm.Nepoint porter cette marque eût été taoDcer la race d*Abraham. Or, sans la foi ja cette race, qui est Jéso5-Christ, il était «possible d'être sauvé. Pourquoi donc, lira queiqu*uQ, les saints patriarches, s'ils Ettieot justifiés par la foi de Jésus-Christ, «recevant la circoncision, n'entraient-ils ^dans le royaume des cieux? Notre auteur "épood à cette question par une comparai- ^n que nous avons rapportée déjà, savoir, lue, comme les catécnumènes ne sont pas ^tnis à la participation de nos saints mys- *re8, quoiqu'ils croyent en Jésus-Christ et Itrcniessent de bouche, à moins qu'ils ne Kin\ régénérés par le baptême, de même es anciens justes ne devaient pas être ad- ■n>& à la gloire éternelle., avant que Jésus- Christ eût répandu son sangpour les purifier. Sur Lot que les anges pressèrent de sortir JeSodome, et qu'ils prirent par la main f^tir le faire sortir plus promptement, lui » femme et ses enfants, Rupert fait cette ^marque: « Quoique Lot fût juste, en comparaison des habitants de Sodome, c'était un |Qste imparfait, qui n'avait pas une aussi t^raode foi qu'Abraham. II avait de l'affecim pour un pays si beau, si délicieui ; et, '•<^iQme s'il n'eût pas bien compris ce que l«i disaient les anges, du péril qui le mena-

çait, Tamourdes richesses lui foisaitdélourner les yeux de la lumière. C'est ce qui arrive souvent à celui qui connaît les biens célestes, à qui la colère de Dieu a été manifestée par l'Evangile ; qui est instruit des choses spirituelles, et qui néanmoins, entraîné par l'amour du monde, se dissimule les menaces du jugement dernier, qui lui sont connues, pour suivre l'attrait de sa

Ï propre concupiscence. Si, lorsqu'il diffère do aire usa^e de ses lumières, Dieu le prend par la main, avant qu'il tombe dans le péché, et le tire hors de la ville, c'est-à-dire le délivre de la tentation, alors rentrant en lui-même, il dit à Dieu t Seigneur^ votre serviteur a trouvé grâce devant vous ; vous avez signalé votre miséricorde envers mot, en délivrant mon âme. (Gen. xix, 18, 19.) £u effet, lorsqueDieu, venant au secours de celui qui veut se perdre et qui est sur le point de commettre un péché, arrête sa volonté dans le moment même qu'elle se livre à la folie, il le prend véritablement par la main et le tire de Sodome. Celui qui est ainsi délivré, sentant que c'est par un effet de la f;ràce qu'il l'a été, se confond au dedans de ui-même, de ce qu'il a eu un moment de mauvaise volonté, et rend grâces au Seigneur qui a fait éclater sur lui sa miséricorde. » Ce que dit Rupert suri'épreuve à laquelle Dieu soumit la foi et l'obéissance d'Abraham, en lui ordonnant d'immoler Isaac, n'est pas moins édifiant, ni moins instructif. Dieu qui avait déjà éprouvé ce saint homme, voulant nous aécouvrir, à nous qui sommes ses enfants, le trésor de foi et de crainte du Seigneur qui était en lui» pour nous servir de modèle, le tenta et lui dit de prendre son fils et de le lui immoler. Les paroles dont Dieu accompagneson commandement sont, comme le remarque notre auteur, les plus propres à pénétrer le cœur d'Abraham, pour raffcclation qu'il met à appuyer sur tout ce qui peut l'attendrir. Voici ses paroles : Prenez JsaaCj votre fils unique. (Gen. xxii, 2.) 11 rappelle son fils unique, et il ajoute, qui vous est si cher: quemdiligis ; ei i] ]e nomme par son nom Jsaac, afin de toucher plus vivement le cœur de son père, dans le moment même d'une si grande épreuve. Mais Abraham, ayant la crainte de Dieu devant les yeui, n'hésite point et se dispose aussitôt à exécuter le commandement qu'il a reçu. Rupert établit ensuite un parallèle entre Isaac et Jésus- Christ, dont il était la figure, puis il ajoute que dans l'Eglise on offre aujourd'hui continuellement le Fils de Dieu, qui est immortel et impassible, à Dieu son Père : « On a raison, dit-il, de comparer le sacrifice qui s'oflfre dans l'Eglise à celui de ce pieux et fidèle patriarche, parce qtie do même qu'Abraham ne répandit point le sans de son fils, ainsi on ne répand plus aujourd hui le sang de Jésus-Christ; mais ce fils vivant et entier est présenté par les mains des ministres et reçu dans la bouche des fidèles. « Rupert, voulant dans ce chapitre expliquer comment ce qui paraît du pain dans l'Eu-

iliS

RUP

MCTIONNAIRE

RUP

UU

rharislie, est Jésus-Christ même, emploie une corn} araison qui peut être susceptible d*uD mauvais sens. Mais un lecteur équitable sait que les comparaisons ne doireut pas être prises à la rigueur. ;

Bailleurs, son dessein, comme il ledit»

n'est pas de traiter c^tte matière, mais seulement de faire voir que, comme Isaac fut immolé sans être mis à mort, de même Jésus est offert en sacrifice d'une manière impassible. Jusqu*ici on a pu remarquer et on pourra reroarçiuer encore, dans tout ce qui nous resteà dire des commentaires de Ru-

f»er(, tant sur la Genèse que sur les autres ivres de TEcriture, aue ce commentateur ne voit partout que Jésus-Christ et TEglise. Saint Augustin, plusieurs siècles avant lui, nous avait donné cette belle règle pourTintelligence de l'Ecriture: a Non-seulementles paroles, mais encore la vie, les mariages, les enfants, et les actions de ces saints, qui ont précédé la naissance de Jésus-Christ, ont été des prophéties de ce que nous voyons arriver dans ce temps-ci, où l'Eglise est formée de gentils. » Rupert semble tellement avoir cette règle devant les yeux, qu'il n'aperçoit dans toute la suite de la vie et des actions des patriarches, et dans tous les événements dont il parle, que Jésus-Christ, sa Passion, les mystères, la formation de l'Eglise, les épreuves auxquelles elle est exposée, la réprobation des Juifs, leur rappel à la (in des siècles, ce qu'il a fait pour ses élus, les mystères de sa grâce qui les délivre; Gratiœ liberatriciê mysleria.

Page 1