‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 117 sur 207 · SAI · texte numérisé non relu

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Jéfordres capables d*irriter le Très-Haut? N TOUS eo eiceptez un petit nombre qui s'abstiennent du mal, quelle autre image DODS offre rs^lise chrétienne que celle d*une assemblée de gens Tendus au crime? Ce rorps, en effet, qui devrait être si saint, est riiQ)po$ë de personnes damnées ou par Ta moor du rin» ou par celui de la bonne chère. Ce ne son! que d*adultères ravisseurs, que personnes doot le jeu est la passion domi- Mnie, 5ans que l'empire de ces vices laisse I" moindre intervalle h la piété. J'en atteste Il (^oQscieoce de chague chrétien en parti- :ulier;yen a-t-il qui ne soient pas enclins i quolqu^oo de ces dérèglements r et n'est-il )B^ plus ordinaire de trouver des personnes ^0 qui ils soient tous rassemblés, que d'en rouver oui soient exemptes de tous en gééal?» Après avoir établi ces principes gétéraux, il en fait des applications particui* iér(5 à chaque condition de la société, sans )ème en excepter la noblesse, quoiqu'il ne I considère que eomme ui) seul homme au iilieu d'un grand peuple.

«\loi,se dit à lui-même quelqu'un qui se Konoatt à ce portrait, de semblables re^ roches ne me regardent pas. Je vous en Sicile. Vous ne tombez plus dans ces éga^ îoents, peut-être; mais ne vous est-il arté jamais d*y tomber? Or, cesser de com- «tire un crime, ce n'est pas en être tout à lit innocent. £t d'ailleurs, que sert-il qu'un »! se corrige, tandis que les autres perse- (renldans le mal ? Qu'est-ce qu'un pénitent los la multitude des pécheurs I sa converm gaërit-elle les autres ? Est*ce assez pour Miser la colère d*un Dieu justement irrité f) outrages que lui fait le genre humain? 'est encore beaucoup qu'en se convertisnf pour se garantir d'une éternelle répro^ itiOQ tel particulier échappe aux rigueurs t la justice divine. Mais ce serait un orteil insupportable et un crime bien grand ft penser que l'on soit assez juste pour'se (omettre de devenir le médiateur du salut tt antres. Dieu parle dans l'Ecriture d'un iBple prévaricateur, et voici ce qu'il dit : ices trois hommes, Noé, Daniel et Job, .so oovent au milieu de ce pajs-là, ils délivre- [Qt leurs amis par leur propre justice... us jeiore par moi-même qu'ils ne delivre- K)t ni leurs Gis ni leurs filles; mais qu'eux ^Qls seront délivrés. Je ne crois pas qu'il ^t personne d'assez vain pour se comparer ^ grands hommes. Quelque soin que l'on |de faire tout ce qui peut rendre agréable ^eu, c'est toujours une vraie injustice que pse croire juste. Rien ne doit tant nous suérde la fausse opinion que la justice aun ^tit nombre de personnes soit une ressource ^urée pour obteuir le salut d'un monde , ^ ainsi dire, de coupables. Comment ront-ils pour des étrangers et des incon • QSf ce que les trois justes dont j'ai parlé ^ purent obtenir pour leurs propres en- '"^? 11 est vrai que les enfants sont comme ^.nieofibres et des parties de leurs pères; '<» à Tétfard de Dieu on n'est pas regardé >mme le ûls d'un juste, quand on n'a pas les

mêmes inclinations; et dégénérer de ce celé là, c'est se rendre indigne des préroga* tives de sa naissance. Ainsi quelque fiers que nous soyons de porter le nom de Chrétiens, nous en devenons indignes dès que nous le déshonorons par nos vices. N'cst-co pas une ehose monstrueuse de voir qu'on se pare d'un nom saint sans le mériter par des mœurs pures?

«Voici la conclusion de toutce que je viens d'avouer. Puisqu'on ne voit aucune condition parmi les Chrétiens, puisqu'il n'est aucun état dans l'Eglise où l'on ne commette toutes sortes de crimes, nous avons tort de mettre notre confiance dans un titre que nous déshonorons. Le peu de rapport qu'i. y a entre le nom de cnrétien et notre con duite fait tout notre crime. Pécher dans le christianisme, et sous prétexte qu'on en fait profession, c'est véritablement insulter Dieu. »

Quatrième livre. — « C'est ainsi qu on so rend indigne du glorieux titre de Chrétien, On s'imagine qu'étant, de tous les peuples de la terre celui qui est le plus attaché a la vraie religion, on est en droit d'être les moins gênés dans sa conduite. La foi du Chrétien se manifeste par Sà fidélité k observer les commandements de Dieu; et, par conséquent, celui-là ne croit pas en Jésus-« Christ, ou ou moins, lui fait outrage, qui néglige l'observation exacte de ses lois. M6

Jês pratiquer le christianisme, c'est ne pas tre Chrétien. A quoi sert le nom, quand on ne fait pas ce qu'il exige de ceux qui le portent? Un nom saint, sans une véritable sain* teté, est un ornement de prix que l'on foule aux pieds. Si l'on veut se persuader que les noms ne sont rien sans Jes choses, il n'y a qu'à considérer de combien de nations le nom s'est entièrement éteint, dès là qu'elles ont dégénéré de leur ancienne vertu. Lors^* que Dieu préféra les Hébreux è tous les au-« très peuples, il leur donna deux noms saintSi^ il les nomma le peuple de Dieu et le peupla d'Israël. De là vient que le prophète, parlant auxHébreux, leurdit: Ecouiet^ peuple deDieu^ et je vous parlerai ; eoyez attentif 9 hraëU tti je tais servir de témoin à ta vérité'. {Psal^ Lxxx,2.| Alors les Juifs avaient ces titres, et aujourdnui ils les ont perdus tous deux. On ne doit plus les appeler peuple de Dieu, puis-t qu'ils ont depuis renoncé k son véritable culte. On ne doit plus les nommer peuple d'Israël, c'est-a-dire qui voit Dieu, puisqu ils ont désavoué le véritable Fils de Dieu,

« Ce reproche ne convient pas moins aux Chrétiens de nos jours qu'aux Juifs d'autrefois. Comme eux, nous n'obéissons point aux ordres du Seigneur, et cette désobéissance prouve assez que nous sommes sans sagesse; à moins que nous ne prétendions qu'il y a de la sagesse à mépriser Dieu , et de la prudence a violer sa loi. Quel peut donc être le fondement de l'erreur par la-

Sfuelle nous nous trompons nous-mêmes, ollement persuadés que la sainteté du nom que nous portons suuit |K)ur nous sauctifiet, malgré nos désordre^? U Saint-Esprit ^o^s

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assure cjuo la foi, sans les bonnes œuvres, esl inutile au Chrétien, Cependant avoir la foi est quelque chose de plus que de n'avoir que le nom de fidèle; le nom n'est en effet qu'une dénomination extérieure, et la foi est un acte de l'esprit. Cela n'empêche pas l'Apôtre de dire que la foi, sans les œuvres, est une foi morte; parce que, comme le corps ne peut vivre que pour l'âme, c'est aussi par les bonnes œuvres que la loi est vivante. Il parle d'une manière encore bien p'us forte, pour confondre ceux en qui la profession de la foi en Jésus-Christ avait fait naître une vaine présomption : Vous avez la foi, dit saint Jacques, et moi, fai les œuvres. Montrez-moi votre foi qui est sans œuvres y et moi ^ Je vous montrerai ma foi par mes œuvres, (Jac.j ii, 18.) Les bonnes œuvres sont donc comme les témoins de la foi. Il esl impossible qu'un Chrétien persuade qu*il a la foi, s'il ne le fait par les bonnes œuvres. Or, n'est-il pas juste de regarder comme n'existant pas une chose de l'existence de laquelle on ne peut donner aucune preuve? L'Apôtre fait bien voir le peu de cas qu'il fait de celte foi sans les œuvres : Vous croyez^ dit-il , qu*il n'y a qu'un Dieu; vous faites bien de le croire ; mats les démons le croient aussi, et tremblent en le croyant. (/6id., 19.)Ya-l-il quelqu'apparence qu'un apôtre se soit trompéj en comparant la foi d un Chrétien déréglé à celle ces démons? Non, sans doute; et il ne pouvait mieux nous prouver qu'on ne doit fonder aucune espérance sur la foi , si elle n'est accompagnée des bonnes œuvres.

«Cessons, après cela, de nous élonnerdece que Dieu nous châtie, en permeltant que nous devenions les tributaires de nos ennemis, et que, de tous les peuples, nous soyons les plus misérables. L'étal de faiblesse et de calamité où nous sommes réduits, la ruine de nos villes, la perte de notre liberté, le joug honteux sous lequel nous sommes asservis, tant de fléaux qui pèsent aujourd'hui sur nous attestent à la rois et nos désordres et la bonté de notre Dieu : nos désordres, puisqu'ils en sont le châtiment; la bonté divine, puisque la sévérité même du châtiment pourrait être plus rigoureuse encore, en raison de ce qus nous avons mérité. C'est que sa divine miséricorde songe toujours a nous corriger plutôt qu'à nous perdre. Envisageons nos crimes , et nous serons forcés de convenir que nous méritons la mort ; mais Dieu ne nous traite pas à la rigueur, c'est la clémence qu'il écoute, préférant toujours ce qui est propre à nous corriger à ce qui le vengerait avec éclat par notre perte. La punition nous aigrit, je ne le sais que trop; mais, après tout, devons-nous élre surpris que Dieu nous châtie ? Nous-mêmes, ne châtions-nous pas nos esclaves, lorsqu'ils nous manquent? Seronsnous toujours des juges iniques? Le péché nous plaît; le châtiment nous révolte; et nous voudrions commettre le mal impunément. J'en appelle à l'expérience. Est-il un pécheur qui convienne, ne bonne foi, de !a

peine qu'il mérite? Inexorables pour les au, très, nous n'avons que de rindulgence pour nous-mêmes, nous nous pardonnons tout, et rien aux autres. Les moindres écarts de nos serviteurs nous trouvent inexorables; mais vous, riches du siècle, quelle est donc votre conduite envers Dieu? Ètes-vous plus auprès de lui que votre esclave ne Tesl auprès de vous? S'il est fugitif, ne rêtes-vou$ pas à l'égard de Dieu? N'est-ce pas déserter la maison du Seigneur que d'abandonuer son service?

« Je passe à un autre abus, ou plutôt b une impiété qni règne parmi les grands de la terre : c est que si quelqu'un d'entre eux vient à se convertir, sa conversion en faii aussitôt un objet de dérision pour les antres. Quelle idée ont du nom chrétien des gens chez qui la religion de Jésus-Chrhi est un sujet d'opprobre? Ils cessent d'estimer un homme dès qu*il fait ses efforts pour vivre avec plus de régularité ; et il en est peu qui ne soient pas assez lâtches pour ne point persister dans leurs désordres, de peur de s'exposer à de frivoles railleries. AinJi, ce n'est pas sans raison que saint Jean assure que tout le monde est plongé dans le mal; car, enfin, on peut dire que toat eM vendu à l'iniquité, lorsque la vertu esl entièrement bannie ; lorsque le grand nombre est celui des méchants, et que le peu de bons qui restent sont en butte à la vaine persécution. Et après cela, des hommes plongés tout entiers dans l'aveuglement du siècle et de l'infidélité, viendront se plaindre et s'étonner que Dieu, qu'ils persécutent dans ses saints, leur fasse sentir le poids de sa colère et de ses châtiments. Nous n aroos donc aucun sujet de nous plaindre, si, deve nant tous les jours plus méchants. Dieu nous envoie chaque jour de plus grandes afflictions. Sans nous corriger de nos premières habitudes, nous en contractons de nouvelles plus blâmables encore que les anciennes. Opiniâtres à provoquer la sévérité de Dieu par nos iniquités, c'est nous, pourainsidire, qui faisons violence h sa bonté , qui arrachons de ses mains les arrêts de sa justice. Tout ce que nous avons de force etdindusirie, nous le déployons contre cette nnajesté souveraine; nous lui déclarons une sorte de guerre à outrance, et nous nous fjersoidons qu'elle nous traite sans ménagemeDt, quandnous n'en avons aucun pourelle.Lon donc qu'elle vient * nous châtier, o'esl i nous seuls que nous devons nous en prendre. Appliq^uons-nous ce qu'un prophètedisait autrefois aux Juifs : Vous ate: allumé un feu qui vous briUe, vous êtes environnés de flammes ; marchez dans la lumière du feu aw vous avez préparé. (Isa. L,2.)Ce n'est pas plui le portrait des Juifs quede tous les honiaies. Nous nous précipitons nous-mêmes dans les feux éternels ; nous allumons le feu, nous l'enflammons, et nous nous jetons daoscette flamme que nous avons allumée.

«Nier la Providence de Dieu après tant de preuves qui \a rendent sensible à tous les yeuxp c'est un délire égal à celui de Tinscn»

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m nie son existence. En ciïet, iresl-cu pas ^a?ouer son existence, que de préteiidro u'il ne s'aperçoive pas de ce qui se fait sur lierre? Car entin , un Dieu aveugle n'est i< un Dieu. Or/quelle folie de reconnaîi> un Dieu créateur de toutes choses et do inlester sa providence, comme s'il avait ré l'univers du néant pour le laisser à TainJon. Eh quoi 1 Dieu qui donne au moin- V animal Talfection pour l'ouvrage oui lui il propre, n'aurait-il que de rindifférence }urses profires créatures? Serait-il donc seul quin*aimAt point ce qu*il a produit? ael père a porté plus loin que lui sa tonle^seT Son araour pour les nommes a été I qu*i! a sacrifié son propre Fils. Et encore, >ur quels hommes I Pour de misérables péleurs souillés de crimes. En reconnaisnaMJe tant de bonté, que faisons-nous?

} «jue nous faisons l Tout ce que nos pères, Dire que les païnns eux«mèmes ne conjront jamais, et dont l'Apôtre ne permet is que le nom même soit proforé en prénre des Chrétiens.

• S'il est vrai, disent les impies, que Dieu ^.inie avec attention des choses qui sont Tr la terre, s*il aime les créatures, s*il les T)i»^ge, pourquoi permet-il que les Chré- >ns soient les plus faibles et les plus mal- ^«r*>ux de tous les peuples? Pourquoi per- H-il qu'ils soient vaincus par leurs enneh? Pourquoi souffre-t-il qu'ils supportent Ivrannie?

•Puur reprendre en deux mots, Dieu per- H que nous souffrions tous ces maux, parque nous avons mérité de les souffrir, ii'on rappelle dans son esprit les crimes et s (iéhaucbes des Romains, et l'on convienaque, quand on vit dans de si grands défères, on est bien indigne de la protection iDieu. Je puis donc demander à ceux qui servent de leurs adversités comme d'un gument qui combat la providence de Dieu, I uis leur demander s*ils méritent d'être us heureux qu'ils ne le sont. Je dis, au inlraire, que tous les hommes étant aussi î^guliers qu'ils le sont dans leur conduite. Dieu pernaetlait, malgré tout ce déréglefnt, qu'ils fussent heureux, riches, rien ne .'(•oserait tant contre la Providence que cet-

* prospérité mal placée. Mais loin de nous 'niire heureux, il nous traite avec sévéri- Ui nous livre en proie à nos ennemis, ir- >té qu'il est de nous voir dans un si grand ))ertina^e de mœurs. En cela, il nous ju^e ■'(^justice, puisqu'il no nous fait souffrir |icce que nous méritons de souffrir. Nous "»nj convenons pas, mais ce désaveu super- ^ ne sert qu'à nous rendre plus coupables. ^ principe supposé : que l'on se rend plus rmiinel quand on se déguise son crime par ^ueilje dis qu'après nous être souillés flr toutes sortes de crimes, c'est mettre le omble à nos iniquités que d'oser soutenir ue nous sommes innocents.

« On ne peut nier, disent nos adversaires, Qo nous ne valions mieux que les idolâtres ui nous font souffrir. Or, si Dieu permet uc ceux qui bont moins criminels soient le'

esclaves de ceux qui sont plus coupables» que doit-on en conclure, si ce n'est que Dieu laisse aller les choses à l'aventure sur la terre. Je ne demande pas à ceux qui parlent de la sorte, si nous valons mieux que les Bar^ bares. Je suppose maintenant que nous de* vons être plus gens de biens qu'eux. Or, il n*est pas moins certain que la perfection qu'exige l'état d'un homme rend son péché moindre ou plus grand et que la dignité de la personne augmente l'énormilé do la faute. Ainsi la même action chez le Chrétien et le catholique est plus grave que chez le bar-» bare. La sainteté de la profession décide du péché, et plus on a reçu de grâces, plus on pèche avec énormité. La pureté de notre religion est un témoin qui nous accuse. Un philosophe libertin est un monstre, parce que, outre ce que les vices ont de difforme entre eux, le nom de sage que porte un philosophe augmente cette difformité. J'ap-' plique ce raisonnement aux Chrétiens. Nous faisons tous profession du christianisme» qui est la plus noble de toutes les philoso^ phies; cependant nous oublions ce nom saint, et nous violons la loi sainte qu'il nous impose : nous sommes donc plus méchants que les barbares.

«Mais puisque l'on trouve des personnes

2ui ne peuvent souffrir qu'on dise que les hrétiens ont moins de vertus que les barbares, examinons les preuves de cette proposition, et voyons de auels barbares il s'agit. En effet parmi les barbares il y en a de deux sortes. Les uns sont hérétiques et les autres idolâtres. A considérer jles barbares du côté de la Loi de Dieu, dont nous sommes les dépositaires, les Chrétiens ont l'avantage. A considérer ces mêmes barbares du cûlé des mœurs, les barbares l'emportent sur les Chrétiens. Je ne prétends pas que cette proposition soit vraie de tous les Chrétiens sans exception. J'excepte tous les religieux et avec eux un grand nombre de séculiers qui vivent d'une manière aussi sainte que les religieux, ou qui, du moins, ne leur sont pas inférieurs en vertgs. A cela près, le reste des Chrétiens est au-dessous des barbares pour la probité. Telle est ma ])roposition : il est des choses à l'égard desquelles les barbares nous surpassent, et il en est h l'ésard desquelles nous les surpassons. Supérieurs du côté de la loi qui est sainte, nous perdons cette supériorité du côté des mœurs qui sont déréglées. Mais après tout, quel avantage pouvons-nous tirer d'une loi sainte en elle-même, et déshonorée par nos iniquités? La loi est sainte» parce qu elle est un don de Dieu; nos mœurs sont criminelles, parce qu'elles sont notre ouvrage. Or, voilà ce qui fait notre crime ; de vivre sous une loi safnle et de la mal observer. Est-on en droit de se parer d'une loi qu'on viole? Pour se vanter d'appartenir à une loi sainte il faut l'observer saintement. Ainsi, loin que la loi nous justifie, elle ne sert alors qu'à mettre mieux notre crime dans tout son jour.

«Ne parlons donc plus de la loi, puisque

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celte prérogative, loin de nous être un argument favorable, est un des titres de notre condamnation. Attachons-nous désormais h faire un parallèle de nos inclinations, de nos mœurs, de nos vices avec ceux des barbares. On trouve chez les barbares, de l'injustice, de Tavarice, de la mauvaise foi, de la cupidité, en un mot, tout ce qu*on nomme péché et dérèglement. Or, Iec|uel de ces désordres ne règne pas parmi les Chrétiens? Il ne reste donc plus qu'un seul retranchement aux impies; il consiste à dire : si les Chrétiens sont semblables aux Barbares, eu égard à la dépravation de leurs mœurs, pourquoi ne le sont-ils pas en force et eu puissance ? Car, supposant le nombre des péchés égal» n'a-t-on F>as le droit de demander, ou qu'ils ne l'emportent pas sur les Chrétiens par Téclat des prospé<rites, ou gue, du moins, ils ne soient pas mieux traités que nous. Je pe conteste pas ce principe, et j'en tire cette conséquence, que, puisque nous sommes plus malheureux, il faut que nous soyons plus coupables. La preuve en est que Dieu fait tout avec justice. En effet, parce que, comme dit le Sage, en tout lieu tes yeux du Seiyneur considèrent avec attention les bons et les méchants {Prov, xv, 3} ; à quoi saint Paul ajoute : aue Dieu condamne les méchants selon la vérité (Rom.iiy2); par celle raison il devient évident que si Dieu ne cesse d'appesantir sa main sur nous, c'est que nous ne cessons de l'offenser. Que peut-on alléguer contre ce raisonnement, si ce n'est que les Barbares, qui commettent les mêmes crimes, ne sont pas chAtiésde la même manière?.... Il est vrai que les païens pèchent; mais en péchant ils ne peuvent être prévaricateurs d'une loi qu'ils ne connaissent pas. Pour pous, nous devons nous appliquer ces paroles de l'Apôtre : Nous lisons la /ot\ et nous fie la pratiquons pas.[Ibid.^ 17.) Par Iè,il ar* rive que notre science devient notre crime : instruits des ordonnances , nous les faisons servir à nous rendre plus coupables; l'es-

f>rit est éclairé, le cœur est instruit; mais a passion nous fait fouler nos connaissances aux pieds par un mépris séditieux.

« Le résultat de ce scandale, quel est-il? que le nom du Seigneur est blasphémé parmi les peuples infidèles et les idolâtres. En effet, que disent de nous ceux qui nous voient démentir, comme nous le faisons par la dissolution de nos mœurs, la sainteté de la loi que nous professons, et renier, selon Texpression de saint Paul, par nos actions, le Dieu doqt nous nous disons les adorateurs? Ce qu'ils disent | q^ue nous nous vantons d'être les seuls qui connaissions la loi de Dieu, les seuls qui possédions les règles de la vérité et de la science, et qui faisons tout le contraire de ce que cette loi nous ordonne Ces Chrétiens, disent-ils, prêchent qu'ils ne faut point dérober, et ils dérobent; ils condamnent l'adultère et ils le commettent; ils se glorifient dans l'Evangile, et ils font à leur Dieu l'affront d'en violer les divins préceptes, Chrétiens à la hoQte de J^su$-

Christ et de son Evangile: CArMûmtadcoft. tumeliam Christi. Bien loin de rendre lé* moignage h leur foi, ils la combattent par la perversité de leur conduite; et leur engagement à la vertu augmente ea eui Ténormilé du vice, parce que la profession de piété fait la condamnation de Tiropie...! Ils ne s'en tiennent pas là, mais ils ront jusuu*à accuser notre saint législateur.

Voilà , s*écrie-t-on, quelles sont les mœur$ de ces adorateurs de Jésus-Christ. Qa'ih exaltent tant qu'il leur plaira ses saintes lois, dont ils se disent les dépositaires, li est faux qu'ils puisent, ainsi qu'ils le prétendent, des leçons de sagesse dans leurs livres évan^éliques. Ils seraient vertueui s*ilsylrouvaientdes leçons de vertu. On juge d'une secte par ses partisans. On voit assez qu'à l'école de leurs prophètes, on apprend à être dissolu; que leurs apôtres sont dis maîtres d'iniquité, et que ce qu'ils app«llent Evangile ne leur ))rêche que ce qu'iis nratiquent. Si leur Christ les avait fonnésà la sainteté, ils en feraient les œuvres; ei la vie gu'ils mènent montre en effet quel esi le Dieu qu'ils adorent, La perversité des dis* ciples fait connaître le caractère du maître. Il est donc évident que nous sommes dere» nus pires que les païens eux-mêmes. »

Cinquième livre, — « Je dois maintenant

f)arler des hérétiques. On pourrait en eflet aire cette objection : Nous avouons qoe la loi de Dieu n'exige pas xles païens qu'ils observent des préceptes qu'ils ne coooaissent pas; leur ignorance peut leur serrir d'excuse. Mais il n'en est pas ainsi des hérétiques : ils sont instruits ; ils ont entre les mains, ils lisent les mêmes livres que nous, ils ont les mêmes prophètes, les mêmes apêtres, les mêmes évangélistes. Ils violent donc la même loi que nous, guisomiDes orthodoxes ; ils sont donc aussi coupables et encore plus, puisqu'avec la même loi ils se souillent par des actions beaucoup plus criminelles.

«Examinons les deux points de cette difficulté. Ils lisent, dites-voi)^, en parlant des hérétiques, les mêmes choses que ooos.

Mais comment pouvez-voos appeler les mê* mes choses des principes qui, étant à la vérité les mêmes dans leur source, ont dV bord été reçus par des auditeurs à qui Terreur avait déjà g&tô l'esprit; par des auditeurs qui , après les avoir corrompus par des interprétations impies , ne les ont fait passer à leurs successeurs qu'ainsi défigurés. Ce oe sont plus des principes sûrs des qu'ils oat perdu la pureté de leur origine. Ils cesseni d'être les mêmes dès qu'ils sont privés des secours et de la vertu des sacrements. Poor nous, qui sommes Chrétiens, nousaroQs l'Ëcriture sainte dans toute sa pureté, saos mélange d'aucune mauvaise iuterprélatioo Ce sont des eaux saintes que nous puisons dans leur source. Nous seuls sommes eo possession de lire TËcriture telle <iu^'>^ doit Têtre. Plût à Dieu que nous fussiooi aussi fidèles à la pratiquer I Parmi les autres nations , les unes n'ont pas la loi de Vi^^i

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I^s autres la lisent, à la vérité , mais tronquée oa mal interprétée ; et c*est presque la luème chose que s'ils ne Pavaient pas. S'il 56 troave quelques peuples qui aient c^nserTé la loi de Dieu plus entière que les iQlresJI est toujours constant qu*ils ne Tont que gitée (Mir les interprétations fausses de leors premiers maîtres, c'est-à*dire qu'ils ont une tradition erronée plutôt que TEcri-* loresainte, ne pratiquant pas ce que la vé* rilé leor enseigne, mais s*attachant avec opiDJitreté à ce que Perreur a fait passer jusqu àeox par une coupable tradition. Nous to/ons, en effet, que les barbares ^ peuples ms politesse et sans connaissance des scien- Ksdirines et humaines, ne savent que ce <|ue leur enseigne leurs docteurs et ne pratiquent que ce qu'ils ont appris d'eux. De là je conclus oue» vivant dans cette ignorance, et sachant la loi de Dieu , non pour l'avoir lue dans la source, mais telle qu^elle leur a élé enseignée par leurs docteurs, c'est moins ta ici de J)ieu dont ils sont instruits que la Jortrine de ces faux docteurs qu'ils ont apaise. Us sontf à la rérité , hérétiques ; mais lis le sont sans connaissance de cause. Ils 'e sont par rapport à nous , mais ils ne le mi pas parmi leurs concitoyens , tellement persuadés qu'ils sont dans la bonne voie qu'ils nous traitent d'hérétiques. Nous sa- ^os certainement que leur doctrine est in- ^rieuse au Fils de Dieu, parce qu'ils préseodent qu'il est moindre que son Père ; ils loient que nous faisons injure au Père fternel, en disant que son Fils lui est égal ^ joutes choses* La vérité est de notre côté, uii ils croient qu'elle est aussi du leur. Ils «trompent, et nous sommes dans la bonne ^oie. La foi pure leur manque, mais ils soient l'avoir, aussi bien que la parfaite bariié. Comment donc, me direz- vous. Dieu escoodamnera-t-il au jour du jugementdeN ))er? C'est là un secret ignoré des hommes t connu du juge seul qui prononcera la eoience. Pour moi, je crois que Dieu dif- ^re leur châtiment et les épargne en cette ie, parce qu'il voit que leur erreur naît ^ ia persuasion sincère où ils sont que la ériié est de leur côté. Dieu voit que d'un ^i^t les Barbares font le mal sans le conjure; et que, de l'autre, les Chrétiens éloignent du bien dont ils sont instruits* ^ premiers pèchent par la faute des doc- 'urs qui les enseignent mal; nous pé- \mû5j nous, par notre propre malice. De là leotque Dieu les traite, en cette vie, avec uelqae sorte de douceur, et qu'il nous ^tieavec sévérité ; et certainement l'ignotnce mérite quelque compassion ; mais le 'épris rend indigne de pardon. »

L'auteur fait le détail des désordres des brétiens, des inimitiés réciproques, même '^tre proches , et de toutes les conditions icriées par l'envie. « Un mal étrange et le Ton ne peut concevoir : Novum et inœêti" ^ilt maium; c'est celui c{ue i'envie fait 'uiTrir à l'envieux : il est riche, il est heuui; c'est peu pour lui; ce n'est rien, si ^& voisin n e^t malheureux : Parum ut ii

ipse êit fêliXf nisi alter^ 8it inftlix Et

nous nous plaignons d*étre devenus la proie des barbares , nous qui ravissons la liberté à nos concitoyens.

«Ces ravages qui désolent nos campagnes, ces'villes ruinées sont notre ouvrage; nous nous sommes attiré tous ces maux ; et la tyrannie que nous avons exercée contre les autres est, à proprement parler, la cause de celle que nous éprouvons. Nous l'éprouvons plus tard que nous ne le méritions : Dieu nous a longtemps épargnés ; mais enfin sa main s'est appesantie. De malheureux exi» \és ne nous ont touché d'aucune compassion * à notre tour, nous sommes châtiés par l'exil. Nous avons trompé les étrangers; devenus étrangers parmi les barbares, nous sommes victimes de leur mauvaise foi. Dieu, je le répète , en use à notre égard comme noua en usons envers lui. N'est-ce pas nous qui laigrissons contre nous-mêmes ? Nous fai-< sons , si j'ose ainsi parler, violence à sa tendresse; et nous lions, en quelque fagon, les mains à sa miséricorde. Chaque jour, il nous invite au repentir, et chaque jour voit augmenter nos offenses. Quelqu'envie qu'il ait de nous pardonner, nous le contraignons de faire pleuvoir sur nous les fléaux de sa justice, pour se venger de nos attentats^ Semblables à un ennemi qui , voulant emporter une place, fait jouer toutes sortes de machines , pour en ruiner les défenses el en saper jusqu'aux fondements , nous pre^ nons à tâche de forcer la bonté divine jusque dans ses retranchements, et nos crimes sont les armes dont nous nous servons contre lui. Nous le mettons, pour ainsi dire, hors d'état de nous pardonner : car, étant infiniment juste, il ne [K)urrait, sans une appa^' renced'ii^ustice, laisser impunis les crimes énormes auxquels nous nous abandonnons.

Nous ne profitons pas même de nos adversités; tous, nous avons été frappés; en sommes*noiis devenus meilleurs? Au contraire, la peine de nos péchés n'a fait qu'en-* fanter de nouveaux désordres. On nous arrache les biens de cette vie ; et nous nous privons de ceux de la vie future; si bien que, frustrés de toutes parts, pleins de rage et de désespoir, ne sachant à qui non» en prendre , nons élevons contre Dieu notre voix insolente par nos murmures et par nos blasphèmes. La vie quitte les hommes, et ils ne quittent jamais leurs inclinations dé^* réglées; on meurt attaché aux vices par lesquels on a été dominé pendant sa vie^ on \^s porte dans le tombeau; et il n'est presque point d'hommes dont on ne puisse dire, avec le Prophète (P«it/^ XLvni,!^, 13|^^

?ue leur tombeaux êont leurs demeures pour éternité^ et (/u'ils ont mérité d'être comparés aux bêtes qu% sont sans raison^ après s'être rendus semblables à elles par une conduite déraisonnable^

«Ce n'est pas là un reproche que l'on doive faire aux seuls gens du monde, les ecclésiastiques et les religieux en sont dignes. Le» clercs ont en cela les passions et les défaut» des séculiers ; et parmi les religieux , on ne

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voit pas moins régner les penchants du siècle. On cache sous un habit saint une âme mondaine. On embrasse une autre profession, et on la déshonore par des inclinations vicieuses, comme si le culte qu'on doit à Dieu était renfermé dans Thabit et non dans les mœurs. On chan$;e de vêtements » on ne change pas d'esprit ni de cœur. De là vient que ceux qui ont fait quelgue pénitence de leurs crimes se croient moins coupables en ne changeant ni leurs mœurs ni la forme de leur habit. La plupart de ces personnes ont un procédési peu régulier, qu'elles semblent moins s'être repenties de leurs fautes, qu'avoir honte de ce qu'elles ont donné quelques marques extérieures de repentir. Je sais combien de personnes , mais surtout ces ambitieux qui se serveut du prétexte de la religion pour parvenir aux honneurs , qui n'ont recours à la pénitence que pour s élever à un plus grand crédit : ces ambitieux surpassent les mondains, même en avidité; et, non contents de rentrer dans leur première condition t ils veulent encore monter à un degré plus élevé. N'est-oii pas fondé à dire que. des personnes de ce caractère se repentent d'avoir donné des marques extérieures de pénitence é

« Vous ajoutez de nouveaux crimes aux anciens; mais pensez quelles peines sont réservées aux plus grands crimes , si Dieu se sert des démons mêmes pour punir ceux qui le sont moins. Quoi I n'êtes-vous pas contents d'avoir ravi le bien de vos amis et de vos voisins ? Les dépouilles des pauvres que vous avez ruinés ne vous suffisent-elles pas? De tous ceux qui sont autour de vouSf personne n'est sans crainte, personne ne se croit en sûreté. Un torrent impétueux , un inci^ndie que les vents augmentent à chaque moment t sont moins à redouter que vous; et les pilotes 9 eifrayés> craignent moins les écueils de la Sicile que vous ne vous faites crain Jre. C'est à vous que l'on doit adresser ces paroles du prophète Isaïe : Prétendez* vous habiter seuls sur la terrel {Isa,^ I, 21.) Si c'est là votre but, vous ne réussirez pas : étendez-vous tant qu'il vous plaira , vous aurez toujours des voisins. Que ne jetez-vous les yeux autour de vous? Considérez ces hommes que leur autorité vous contraint de redouter, et ceux que leur élévation vous force d'admirer. Vous les voyez descendre de leur rang par bonté, et se rendre aussi aimables par leur humilité que respectables par leur puissance^ On connaît ceux de qui je parle dans cet éloge; l'on connaît aussi ceux à qui j*ai, en même temps, fait de justes reproches, et plût au ciel que le nombre des premiers fût plus grand. »

Sixième' livre. — « La première inclination déréglée dont nous donnons des marques consiste dans cette espèce de fureur que les Romains ont pour les spectacles, quoiqu'il n'y ait aucun crime ni aucun vice dont les spectacles ne fournissent des exemples. Quelle férocité à mettre son plaisir à voir mourir des hommes, à les voir déchirer par des bêtes farouches. De quel côté est la plus

grande cruauté? Les yeux des hommes n?

sont-ilspaspluscruelsquelesdenlsdesbèlcs?

Cependant, l'univers entier contribue ares plaisirs barbares. On y emploie des soins e. des dépenses infinies. Vous m'allez dire qu< cela n'a lieu que de temps en temps. Qa^n conclure ? Ce qui ne devrait jamais se fair cesse-l-il d'être criminel , parce qu'il ne m pratique pas toujours? Sera-t-il permis a'u<]trager Dieu pourvu que cela n'arrÎTe que par intervalles? Les meurtriers ne sont |.b toujours occupés à tuer; cessent-ils ))uiir cela d'être meurtriers, parce qu'ils ne lu^i:! que de temps en temps. Disons la méuy chose des s()ectacles. Ceux qui s'y plai^tMn'y assistent pas toujours; ce n'est pas !♦.. faute s'ils n'ont pas plus souvent rocxa^i.r

d'en repaître leurs criminels regards

Les autres crimes n'attaquent» si j ose mth primer ainsi , qu'une partie de rbooime. Une pensée obscène ne donne atteinte qu'a son esprit, un discours licencieux a se^ oreilles. Une des puissances de l'ân-o i)*ui être souillée sans que les autres en soutîruii; au lieu que les ordures du théâtre souikn: en même temps l'homme tout entier. Qui m rougirait pas, en effet « en retraçant rimit*tion trop fidèle de tant de crimes horueui qui s'y représentent. I^ modestie ne feiuei pas de décrire les discours obscènes qu on } tient et les gestes qui les accompagnent....*. Ajoutez à cela que les autres forfaits ui noircissent que ceux qui les commttleni Un blasphème qu'on entend ne rend pas enminel celui qui le désapprouve; au lieuqat rimpudicité du thé&tre devient, tout à il fois^ le crime des spectateurs et des acteurs... La gentilité idolâtre n'avait de passion [our ce qu*on appelait les jeux publias que {^anc qu'elle s'imaginait que ses divinités en l3i* saient leurs délices; mais nous, oui ut

gouvous ignorer l'horreur qu'en a le vrai »ieu, quel motif avons-nous d'en autori>tr la dissolution par notre présence et d'iiusier en cela les païens? Si , dans notre consdem^ nous jugeons que Dieu les abhorre, qu'il \o a en exécration , et que le démon seul )>cji se repaître des abominations qui s'y r^^tv mettent, pouvons-nous nous flatter d'èir' enfants de son Eglise et du nombre dese^

adorateurs?

« Revenons aux barbares : Chez eux \n spectacles ne sont point connus. Rien at semblable ne s'y pratique. Cen*eslquecbf/ les chrétiens que Ton voit cette fureur ^ crilége. Que dans un même jour oQcèièi'Tt' dans nos églises une fête solennelle, ft qu'en même temps on annonce des jeuipublics dans le cirque, où se porte la fouie* Esi-ce au théâtre, est-ce dans le tempi'* Qui va-t-on écouter avec plus d'empres.^»" ment? Est-ce la voix de Jésus-Cbrist < i celle d'un comédien? la parole de vie ou « doctrine empoisonnée qui se débite do-.^ ces profanes assemblées? L'élise est u" série, et le théâtre regorge de speciaieurv Ainsi, pour nous Dieu n'est rien, nos sainte autels sont dédaignés, tous les booimabfsont réservés pour le théâtre P*"^ *

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cours ordinaire de ia vie un homme ne voit

E tomber mort auprès de lui son semhlasaosenôtre effrayé; on ne voit pas la maison de son voisin en feu sans prendre démesures pour se préserver de l'incendie. Nous sommes dans une situation plus ter^ rible encore : le feu a commencé à nous rt)osuQ]er. Aveugles que nous sommes I déjà te feu se fait sentir à nous, et nous ne tremblons pasi Si nous ne portons pas plus loin encore la corruption des mœurs ce n'est ]m\i un reste de vertu, c'est l'impuissance ■Je faire pis. Que Ton nous rendit notre an-^ deone prospérité, et Ton verrait encore les méfues excès.

«Lorsque les barbares ont fait irruption (laûs cette province, y a-t-on vu cesser les scandales, quoique Teffet ordinaire de la crainte soit de rendre les hommes plus cir« cDQspeclset plus modérés? Quel renversetuent étrange? Déjà on entendait le bruit les armes ennemies autour des murs de Carthage, et les Chrétiens, ainsi assié>;és, Kv pouvaient s'abstenir d'aller au théâtre. Tandis que ceux qui étaient au dehors pé* 'Usaient sous le glaive des barbares, ceux (oi étaient au dedans se livraient à la voupté. Les barbares avaient leurs captifs Sans ia campaH;nc; les vices avaient les eursdansia ville. Les uns avaient perdu I liberté du corps, les autres celle de l'es* rit. Mais, pour un chrétien, la servitude le Pâme n'est-elle pas mille fois plus à raindreaue celle du corps? (Matth. x, 28.) iVst la doctrine de Jésus-Christ, il veut |uun craigne la mort de l'Ame, et qu'on lesoil pas effrayé de celle du corps. Je ne ^ute pas que les habitants de Carthage ne Dssent esclaves de cette funeste captivité le l'Ame, eux qui avaient de l'ardeur pour ^ jeux, tandis que leurs concitoyens per-

aient la liberté du corps Mais pour-

|oûi recourir à des choses éloignées, et qui e sont passées dans une autre partie du sonde. Ne voit-on pas dans les Gaules, que ^ plus grands seigneurs n'ont tiré d'autre ruilde leurs malheurs que du devenir plus Hglés dans leur conduite. J'ai moi-même Q dans Trêves des personnes nobles et (instituées en dignité, quoique dépouillées e leurs biens, au milieu d'une province imagée, montrer plus de corruption dans îurs mœurs qu'on ne remarquait de décaence dans leurs affaires domestiques. La ésolation du pays n'avait pas été si grande Qtl ne restât encore quelque ressource; ^is la corruption des mœurs était portée 'lom qu'elle était sans remède. Les vices» i^s cruels ennemis de l'âme, faisaient au ^àu$ plus de ravages que les barbares, seulement ennemis du corps, n'en faisaient u dehors. Nos compatriotes étaient eux- )^mes leurs plus cruels ennemis. Je devais arroser Ue mes larmes la peinture des ^JM*s dont j'ai été témoin : j'ai vu des vieil- ^d>daiis les charges publiques, des Chréeu>dans le dernier déclin de Tâge, aimer ^core la bonne chère et la volupté. Pour* l't-uQ croire que des vieillards fussent ca«

pables de s'abandonner à ces dérèglements pendant la paix; que des jeunes gens le pussent être pendant la guerre; que des Chrétiens le pussent être jamais. Dignités, âge, profession, religion, on oubliait tout dans la fureur de la débauche. Qui n'eût pris les principaux de cette ville pour des insensés? Cette ardeur n'a pu être ralentie par les destructions réitérées de cette cité criminelle. Quatre fois Trêves a été prise et ruinée. Le premier malheur eût dû suiliro pour déterminer les habitants à une sincère conversion , aQn qu'une rechute n'attirât

Eas une seconde punition. Chose incrova-^ le! le nombre des malheurs n'a fait qu'augmenter le penchant fatal pour le vice. Telle qu'on nous représente dans ia fable cette hydre dont les têtes renaissent en plus ^rand nombre à mesure qu'on les coupait, telle était la ville de Trêves : les malneurs croissaient, et en même temps croissait aussi la fureur de ses habitants pour le libertinage des mœurs. Le châtiment, qui dégoûte ailleurs du vice, en faisait ici naître un goût plus vif et plus empressé, et il eût été plus facile de vider Trêves d'habitants que de la purger de cette fureur impie. »

L'auteur, après avoir fait cette peinture des désordres de la ville de Trêves, entre dans le détail de ceux qui se commettaient dans Cologne et les autres villes moins considérables, et ajoute : « Si du moins on .s'humiliait encore sous la main qui nous frappe 1 mais non; il semble que ce soit la destinée des peuples soumis à l'empire romain de périr plutôt que de se corriger; il faut qu'ils cessent d'être pour cesser d'être vicieux. '

< Trois fois la première ville des Gaules a été détruite, trois fois elle a élé comme le bûcher de ses habitants. La destruction même ne fut pas le plus grand mal qu'elle eut à supporter. La misère accablait ceux que la ruine de leur patrie n'avait pas fait périr. Ceux qui s'étaient garantis de la mort gémissaient Uans la calamité. Les uns, couverts de blessures, traînaient une vie languissante; les autres, à demi brûlés, n'avaient survécu à l'incendie que pour être en proie à de longues et cuisantes douleurs; ceux-ci mouraient de faim; ceux-là succombaient sous la rigueur du froid; tous peiUaientla vie par divers genres de supplices. La ruine de cette ville consternait toutes les autres. J'ai vu la terre iunchée de morts ; j'ai vu les cadavres des nommes et des femmes, confondus sans sépulture, exposés aux oiseaux et aux chiens. L'infection que ces corps répandaient devenait contagieuse pour les vivants, et la mort s'exhalait, pour ainsi dire, de la mort même ; en sorte que ceux qui n'avaient point été enveloppés dans le massacre de leurs concitoyens eu souffraient les suites funestes.

«Qu'est-ilarrivé à la suite de cet épouvantable désastre? Uue partie de la noblesse de Trêves, échappée aux ruines de cette ville, présenta une requête aux empereur:»

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pour en oblenir, quoi? des speclacles. Abl que n*ai'-je ici réioguence nocessaire pour bien eipriroer i*indignité d*une telle action I Mais par où commencer? Par l'irréligion de ces illustres scélérats» par leur stupidité, par leur folie» par leur lubricité? car enfin tout cela se trou?e dans leur conduite^ Quoi donc» messieurs I vous demandez des jeux publics, et cela après le ravage de vos terres, la prise de votre ville^ la ruine de vos maisons; après le carnage, la servitude, les supplices de vos concitoyens I Est-il rien de plus digne de larmes qu'une telle folie? Est-il rien de plus déplorable qu'une extravagance de cette nature? Votre malheur, 'e Tavoue, m'a paru extrême quand j'ai vu a désolation de votre ville; mais je vous trouve encore plus malheureux depuis que j'apprends que vous demandez des spectacles. Demander un théAtre 1 mais pour oui? Pour une ville réduite en cendres, entièrement renversée, oâ à peine il reste pierre sur pierre! Pour qui? pour un peuple qui

frémit dans l'esclavage ou languit dans les ers, dont les pitoyables restes ne sont que misère; pour un peuple qui n'est plus) pour un peuple^ enfin, dont Tétat désastreux doçne lieu de douter si la condition des vivants n'est pas pire que celle des morts. Vous demandez des jeux publics I mais où les célébreri ces jeux^ je vous le demande à mon tour? Sur les cendres de Votre patrie ; sur les ossements de vos' con» citoyens, dans les places qui fument encore du sang de vos compatriotes? Car y a^t-^il un seul endroit dans la ville qui ne soit un monument de vos malheurs? En guel lieu n'a pas ruisselé le sang de vos frères ?.«..• Tout est en dQuil,-et vous ne pensez qu'à tous divertir, et vous insultez encore à la ju&lice-divine. Ah ! je ne suis plus étonné que vous ayez été châtiés par tous les maux que vous avez soufferts : une ville que trois renversements n'ont pu corriger méritait bien de souffrir une quatrième destruction.» Septième livre, — «Il ne nous reste qu'à souhaiter que cette colère qui nous châtie nous soit utile. Mais ce que nous devons nous représenter avec douleur^ c'est que le châtiment n'est suivi d'aucune réforiuation de mœurs. Nos vices sont un mal auquel Dieu applique le remède par sa sévérité, mais dont nous ne voulons pas guérir, Par-« tout ailleurs^ à l'égard de tous les animafi, on voit le remède produire son effet. L^homme seul est incurable : le fer et le feu le brûlent sans le rendre meilleur. Ainsi il nous arrive, à l'égard de l'âme, ce qui arriv» quelquefois au corps : le mal devient plus ior^ que le remède. Nous mourons de toutes parts, nous périssons d'une mort funeste, parce que nous rendons notre mal incurable par notre opiniâtreté à ne pas nous corriger.» L'auteur, après avoir parlé du libertinage des Romains, et raconté la corruption des mœurs dans les provinces de Guyenne et de Languedoc, ajoute : « Je demande maintenant à tout homme sage quelle idée on doit se former d'une famille gouvernée par

des hommes de ce caractère. Qne doit-ot penser des domestiques, lorsque les maitres sont si prostitués au vice? Il en est da corn politique comme du corps humain : lorsque ta tète a perdu la santé, les autres membres ne peuvent se bien porter. Ainsi le père de famille est un chef dont l'exemple sert ^t règle au reste de la maison. Ce qu il y a <]« plus fatal, c'est que plus ces exemples son vicieux, plus ils font impression et plasot est porté à les suivre. Le mauvais eieœplf corrompt bien plus vite les bonnes mumn

3ue le bon exemple ne corrige les mœu» éréglées. Ce principe supposé, (]uel$ désoc» dres doivent régner dans les maisons où M niattres donnent un exemple coDtagieoi d'impureté et de libertinage, puisque k| maîtres mêmes qui ne donnent que d exemples de vertu ont tant de peine à ba nir le vice de leurs maisons I Ici c'est que! i chose de plus fort que Texemple qui a i troduit le dérèglement : c'est une fuoei nécessité. Les maîtres se servant de le autorité pour contraindre leurs esclaves se rendre à leurs désirs, quelle abomiaatii a dû régner dans ces lieux où les filles n*i valent plus la liberté d'être chastes! i ' reste, qu'on ne dise pas que celte corrupll de mœurs ne regarde que les Gaaloi^ :

nous est facile d'examiner ce qui se f dans les autres provinces. Ne sont<e j les mêmes désordres qui ont attiré le mè malheur sur l'Espagne? N'importe à que •éorte de barbares Dieu ait livré cette p Yince : elle n'avait qna trop mérité sonc timent. Mais il semble que la Providence voulu iustiOer sa conduite en se serTanii Vandales, qui font profession d'être chas! pour conquérir les terres des Espagnols, ( étaient impudiques. Par là Dieu a fait x combien il est favorable à la chasteté, combien il déteste le vice qui lui est traire. Il y avait sur la terte un grand no bre de peuples plus puissants que ksU dales I mais Dieu les a préférés à tous ' autres quand il s'est agi de la conquête I Espagne. Ainsi, en se servant des eonei les plus faibles, il a fait voir que la cao et non la force, décide des événements donne aussi aux Romains roccasion de !•( ser que ce n'est pas par la force d'un ennesl si faible Qu'ils sont vaincus^ mais par réu'ift mité et la multitude do .eurs péchés. Oft' peut dire de nous ce que Dieu disait aul Hébreux par la bouche de Moïse et de >fif prophètes : Je les ai traité» comme méritdf^^ leurs débauches et leurs iniquités , r/ j « retiré ma face et mes regards a eus. (£"*•'< ' xxxix,2i.}II ditailleurs: Dieu conduirai' * tre vous un peuple éloigné (Deut, xxtui, i' et les pieds de leurs chevaux fouleroni tr places publiques f et ils passeront ton peufU^^ fil de Vépée. {Ezech. 26, 11.) Cette propirtie a eu son accomplissement à notre é^^ar. Dans cotte effusion si grande du sang r main, dans ces maux que nous $outfrûo5 ii<^ la part des barbares, quelle peut être l'io* tention de Dieu? 11 n en a pas sans doQ><-* d'autre que de nous causer une salatant^

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ronfusion, eo aous liTMnt à tine nation ilchc, afin que nous reconnaissions en cela é luAJii inrisible qui nous punit d^une ma-

Djère pro(H>rlionn6e h ToOense

«Que les impies et les présomptueux médi» tint ces paroles du Seigneur : Je ne vtux pas ^ufhrgueil d'Israël Vélive contre moi^ ei au' il dit ta moindreraison de dire : Je me suie délivré par met proprts forces, {/ttdtc.y u, 2.) Que tous •<> impies ne mettent pas leurs espérances <*Q ?ui-mémes et croient pouvoir se passer je Dieu. Cependant c'est la un crime comi< un, et il est ordinaire de trouver ce senti- 1.' n( sacrilège dans le cœur des Uomains. L^ forces de Temidre sont détruites, tout le uioode le sait, et nous ne voulons pas rer«iiiiial(r6 à qui nous sommes redevables de !i ne que nous conservons encore. Les Goths f\ les Vandales devraient nous servir de CMlèie : quelquf^ méchante que soit leur ^i'traiion, ils ne manquent iMs h ce que la rr. uuuaissance eiige d'eux. Qu*oo ne se J:o|ue |>as de Tavantage que ie leur donne. l'' pense moins è plaire qu'à dire la vérité : iMià ce qui me porte à dire hardiment que *'< Ctoihs et les vandales ne se trouvent jaliais engagés dans le péril qu'ils n'implorent * secours du ciel ; et ils rapportent toutes vurs prospérités à Dieu. Nous en avons fait 'no funeste expérience. Quand les Goths tvsieat Tair de trembler devant nous, nous i')u$ livrions à une conQance présomptueuse, ' s Jt'e sur notre alliance aven les Huns : eux l'Kaient leur espérance en Dieu. Ils de* :.An<laient la paix, el nous la leur refu- "Hs ils nous dépotaient des évoques d'une MVdnce contraire h la leur, que nous ne Ui^Qions pas écouter; ei pendant que ces ^ri»âres honoraient dans la personne de ces (•^ircs lo Dieu que nous adorons, nous 'allions ces mêmes prêtres avec mépris.

.'tcnement a répondu aux inclinations des *ui partis : les i>art>eres ont vaincu, lorsiuï$ semblaient avoir tout h craindre; et )uun avons eu la honte d'être vaincus, lor&- ; •' noire orgueil se flattait d'un triomphe i^'uré. Ainsi s*est accompli ce que disait le ^^aveur : Celui qui s^humilie sera élevée el celui \v félètestra abaissé. (Luc. xiv, 11 .) Notre dé- 3 1'* nous a humiliés, et leur victoire les a i'Mh d'honneurs. Tandis que les barbares ^'tifc^scnt que la victoire «st entre les A'ns de Dieu seul , nous crovons que nos 'iBins, toutes sacrilé^^es qu'elles 3ont, peur<nt nous la donner. Si ces hruils qui ont '^ru soBt tréritables, et il jr a apparence .u ils le sont, ie roi des ennemis, Théodotr« couvert d'un ciliée^ passa plusieurs >"'iri en prières avant que de commencer la ^'•^rre, et il ne sortit de cet état pénitent ^«l)Our la commencer. Il donna la balaillo '^' '; confiance, parce qu'il avait auparavant >'i?nié la victoire. La même chose nous est ^'nvée ^ l'égard des Vandales. Les Eomains '^ attaquèrent dans fKspagne, avec ce ^^me air de présomption qu'ils avaient ^i:ai{ué les Gotfas, Le succès fut le même, lane qifun orgueil égal leur servait do " lif; et OR pouvait leur dire ce que )éré-

I)iCTio!i3i. ni Patbolooir. IV.

mie disait autrefois : Le Seigneur réprimerez votre confiance insoîentCf et totis n^aurez autun succès avantageux. [Jer. ii, 37.) Nous avions donc mérité d'être vaincus, et cetto peine était due h notre orgueil

«Pour ce qui est des jugements de Dieu, il a fait assez voir, par les événements, la dif« férence qu'il met entre nous, les Goths et les Vandales. Us s'agrandissent par nos nertes ; la prospérité est leur partaêe, tanais que nous sommes dans Tadversité. Ainsi, autre* fois, chaque jour David augmentait en force et en puissance; chaque jour Saùl tombait dans la décadence par de nouveaux malheurs. Car^ comme dit l'Ecriture, le Seigneur est juste y et tous ses jugements sont équitables. {Psat. oxvïii, 37.) Or, c'est par un de ces jugements équitables que Dieu a suscité contre nous une nation qui porte le ravage de pro* vince en province, et qui traîne après soi la ruine et la désolation.

c D^abord ces peuples féroces se sont répandus dans celte partie de rAlIcmogne qu'an nomme barbare, et qui est tributaire des Romains. Cette province étant désolée, ils sont venus dans la Gaule belgique; et cet incendie faisant chaque jour de nouveaux

firogrès, la Gaule aquitaine a éprouvé leur ureur. Dieu, toutefois, a permis que ces fu'Ogrés ne se fissent que peu à peu, afin que e malheur d'une province fût un avertissement qui portAt 1 autre à la réformation de ses mœurs. Mais cette bonté de Dieu envers nous n'a-t^elle cas été inutile? Et dans quelle province romaine voit-on des marques de conversion? Nous le lisons dans le prophète, et cela est entièrement vrai à notre égard. : Tous sont sortis de la bonne vote, et sont en même temps devenus inutiles [Psal. xiii, 3), c'est-à-dire incorrigibles. Ecrions-nous donc» avec un autre prophète : Seigneur, vous les avez frappés f et ils nont pas senti les coups; vom les avez brisés f et ils ont refusé de rece^ voir votre loi. Leur face est devenue plus dure auelapierreelilsn'ontpasvoulureveniràvous^ (/fr.v,3.)L'événementfaitvoirqueccs paroles nous conviennent. Longtemps la Gaule a été ravagée par les barbares : a-t-on vu l'Espagne, efirayée par cet exemple, penser à réir»rmer ses mœurs? Non; et parce que cet exemple avait été inutile, le feu qui avait dévore la Gaule s'est communiqué en Espagne : l'uno et lautre de ces provinces ont été cnvelop-

f)ées dans la même ruine. Le feu qui a brûlé es pécheurs n*a pas arrêté le cours des péchés. De lÀ vient que la colère de Dieu, irrité de plus en plus, après avoir appesanti sa main sur l'Europe, a fait sortir des provinces les plus reculées de Tunivers des ))euples barbares qui ont ravagé l'Afrique... Quelle était donc Vénormité ofe nos crimes, puisque les barbares étaient, malgré eux, contraints de servir h nous en ch&lier? Ils trouvaient nous dire ce que le roi des Assyriens dit aux Israélites dans le prophète Isaïe : Croye>vouê que je sois venu dans cette terre pour la ruiner, sans l'ordre du Seigneur f C'est le Seigneur qui m'a dit : Entrez dans cette terre, el portez-y la désolation, {hc

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X7LXY1, 10.) Ou avec Jérémie : Voici ce que dit h Seignntr Dieu des armées : Je choisirai f( f enverrai Nabuchodonosor^ roi de Babylone^ mon serviteur; il viendra et il ruinera l Egypte. {Jerem. xliii, 10.) Cela doit servir h nous convaincre que les afflictions que soufTrent les hommes sont des jugements de Dieu, et que ces jugements sont prononcés contre les péchés des hommes. N'attribuons donc nos adversités qu'à nos péchés, et non pas à Dieu. C'est toujours h la source quM faut remonter. Ainsi, parmi nous, le meurtrier et le voleur qui sont condamnés à mort sont regardés comme auteurs de leur malheur, et personne ne l'attribue au juge qui les condamne. Jugeons de même du passage des Vandales dans l'Afrique. Par combien de crimes les habitants de ces provinces ont-ils, pour ainsi dire, obligé Dieu à les traiter comme il a faiti La miséricorde du Seigneur éclate en ce qu'il a attendu si longtemps et avec tant de patience que les pécheurs se

convertissent Etail-il une province plus

riche, plus florissante par le commerce? Telles étaient les richesses de cette province, qu'on eût dit au on y avait rassemblé les trésors de tout 1 univers. Ils en avaient

fait le réceptacle de tous les vices Quel

spectacle s'offre à mon esprit dans Garthagel Je vois une ville où la corruption des mœurs est générale; une ville pleine de citoyens, mais encore plus abondante en vices. Je vois des hommes qui disputent entre eux à qui se rendra remarquable par son avarice ou

I)ar son incontinence. Ici, les uns sont brûés par l'ivrognerie; là, les autres se ruinent la santé par Tintempéraniie. Ceux-ci sont couronnés de fleurs, ceux-là répandent au loin l'odeur des parfums. Partout le même luxe produit les mêmes excès; ies mêmes désordres y tuent les Ames. Qui ne prendrait des hommes de ce caractère pour des insensés? Est-il rien qui puisse, nous donner une idée plus naturelle de ce que les poêles ont dit que l'on voyait dans les fêle^ des bacchantes?

« Ajoutera i-je à tout cela une autre sorte de vice différent de ceux que je viens de décrire, en ce qu*il est plus criminel et plus désastreux? Je parle de ces proscriptions qui enveloppent pêle-mêle les orphelins, les veuves et les pauvres. Tous les jours on entendait pousser leurs cris pitoyables vers le ciel, demander à Dieu ia fin de leurs maux, quelouefois même solliciter comme un bienfait larrivéedesennemis,afind'avoir la triste consolation de voir les autres souffrir les maux qu'ils avaient soufferts sans compagnons. 1^ colère divine les a exaucés. Quel lieu dans Carthage n'était pas un lieu de prostitution? Les places publiques n'en étaient pns exemples, les rues étaient des théâtres de scandale. La pudeur trouvait de toutes parts des pièges, et les personnes chastes ne

trouvaient presque éviter des spectacles qui es faisaient rougir. Telle était Carthage; , ses habitants ne respiraient que la volupté, * et leur haleine, devenue contagieuse, faisait j;»as^'r le venin des uns aux autres. Quelle

espérance de réformation pouvait-on se |»r»>. mettre dans une ville où tout était digne d'exécration, si l'on excepte les églises^Ei encore les prêtres et les autres mcmljfFSiia clerçé étaient-ils exempts de la corrupii. !i générale ? Encore une fois, quelle esp*ran ■ de fléchir Dieu pouvait avoir ce peuple? y î est vrai qu'un seul ecclésiastique coutaU • d'un crime contre la pudeur souille t^'Ut e peuple, que penser d un peuple où à peu^on pouvait trouver un seul ecclésiasti-ju^ qui fût chaste.

«Ce n'était là, dites-vous, quele viced\n pe(it nombre d'hommes; d'où vient ccfn/ndant que le châtiment a été générai? Je h\ déjà fait observer. Le crime d'un svul \vmmtt a souvent attiré de grands maux sur tout V peuple de Dieu... On peut en effet comparer l'Eglise de Dieu à Tœil dans le corps humain. Un grain de poussière lui fait per ir»: Tusage de la vue. Ainsi, dans le corps d*^ fidèles, quoique le nombre des coupables ri'* soit pas grand, l'éclat du corps ne laisse a^ d'en être obscurci. De là je conclus q-, quand il serait vrai que parmi les Cartli^;.* nois il n'y aurait qu'un petit nombre de ]>^'h sonnes coupables des excès dont je viens i* parler, il ne serait pas moins vrai que >m excès monstrueux d'un petitnombreseraieu:

devenus le crime de la multitude. La soHii d'un petit nombre d'hommes impudique souille de même tout un peuple. Pouvoi empêcher l'abus et le tolérer, c'est en é.r* soi-même coupable.

« J'ai dit que dans les villes d'Afrique <>: ne voyait que débauche et qu'impurr!*' mais principalement dans la capitale de c> lu province; tandis au'on ne voyait rien n^i semblable parmi les Vandales. Ils étateuj suscités pour nous corriger de nos vices, c non pas pour en être les imitateurs, li^s travaillé à purifier l'Afrique d*homme de femmes débauihés; ils ne l'ont pas f *( par des vues seulement politiques, mais e i condamnant le vice, ils s'en sont absten O Dieu plein de miséricorde, ftSauveur |>v :» débouté, que les lois que vous protégez «»« de puissance 1 Elles peuvent, et on Vè ^^ dans cette rencontre, elles peuvent corri^t : les penchants déréglés de ni nature.

« Maïs il est important de remonter jus \u i la cause qui a produit cet effet. Car, à dire vrai, les lois seules ne pourraient atK>lir u débauche, si on ne joignait les voies de ht aux paroles, en 6tant l'occasion de la «"lupté, et si, en ordonnant aux bommti d'être chastes, on ne les mettait en état o^ l'être comme par force. Les Vandales éiaîenr persuadés de ce principe : et sur cela ii5 ^<' sont conduits avec sagesse. Ils ont travail. r à détruire Timpureté sans- faire périr celle» qui se prostituaient pour arriver àcecuu*merce si scandaleux. Ils n'ont pascondaoïKf à la mort ces femmes coupables, pour n^ pas paraître abolir le vice par une ebpi»^*^ de cruauté, en détruisant le péehé i^ar 'j perte des pécheurs. Ils s'y sont f»ris »«'<' de si prudentes précautions, qn^làsé^^i'^' a eu plus l'air d un remède ^e d'tm en»»*

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