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considération de la part des grands. Son mérite, dans lequel ^Is n'apercevaient plus aucune tache, les snbjugua, tout indociles qu'ils étaient, au point de le choisir pour arbitre dans leurs différends ayec le roi. Ce monarque lui-même, ne faisait rien sans le conseil de Suger.
Ce fut, sans doute, après avoir consulté son ministre, que Louis tint l'assemblée d'Etampes, en 1130, pour décider entre Innocent et Anaclet qui se disputaient la papauté. La décision ayant été favorable au {)remier, Suser fut choisi pour lui eu porter a nouvelle dans le monastère de Cluny,oijiil s'était réfugié, en attendant que les circonstances lui permissent de se produire au r:rand jour. On se Qgure aisément la joie que ui causa cette ambassade, et les caresses dont il combla celui qui en était chargé. L'abbé de Saint-Denis , en prenant congé du Pape « le supplia d'honorer son monastère de sa présence. Innocent le promit, et tint parole Tannée suivante. Cependant, le fils ^tné de Louis le Gros, le prince Philippe,
Jui partageait alors le trône avec son père , tant mort tragiquement le 13 octobre 1131, ^ger eut besoin de tout son ascendant sur l'esprit du monarque, pour le décider à donner, le plus promptement possible, un successeur au prince défunt. Toutefois, il entra dans les vues de son ministre et associa au pouvoir suprême son second fils, qui régna depuis sous le nom de Louis VII ou Louis le Jeune; puis, pour rendre cette association plus solennelle, il le conduisit au concile de Reims, où il le fit sacrer et couronner par le Pape, qui présidait cette <issemblée. Les sentiments d'estime et d'affection qui attachaient le père à l'abbé- de Saint-Denis , passèrent davs l'Ame du fils« et pe firent que s'accrottre et se fortifier avec l'Age. Su;$ereut l'hoimeur d'accompagner ce jeune ^rxnco dans le voyage qu'il fit à Bordeaux pour épouser Théritière d'Aquitaine ; et, à la mort du coiLouis le Gros, qui arriva sur ces entrefaites ^ le sage ministre sut , par son active vigilance, rompre les mesures de quelques seigneurs prêts à se soulever. Au milieu des affaires politiques et militaires qui occupèrent Sugec dans les premières années ae ce nouveau rèj;ne, il conçut et exécuta le dessein de réédifier l'église abbatiale de Saint-Denis. Le mérite de cette entreprise, dont nous parlerons ailleurs avec quelques détails, peut être caractérisé d'un seul trait en disant qu'il était digne de l'opulence et du génie de Suger. Mais voici un contraste frappant, et qui prouverait, s'il en était besoin, la sincérité de sa con- Tersion. A côté de ce monument de sa magnificence il en fit construire un autre, oïl sa modestie n'en brillait pas moins par Tabsence de tout éclat. C'était une cellule large de dix pieds sur quinze de longueur, destinée à servir de retraite à ce grand homme pour ses exercices de spiritualité. On raconte à cette occasion un mot de
(10) Vély, Histoire de France, l. IH.
Pierre le Vénérable. Considéfaot ce betit réduit, après avoir admiré les beaalésdeli basilique nouvellement édifiée, cet abbé ae put s'empêcher de dire i ceux qui raccempagnaient. « En yérité, voilà un homme inti nous condamne tous. S*il se montre proai* gue, c'est pour la maison du Seigneur; mais qu'il est loin de se permettre la d^ pense que nous faisons fioar noas lopr nous-mêmes. »
Les délices spirituelles que Suger goûlil dans cette solitude auementaientdejoortt jour son désoût pour tes emplois qui IV pelaient à la cour. Il était siu le poiot s'en décharger lorsqu'un concours constances imprévues Gt retomber sur seul tout le poids du gouvernement, mérite quelques détails. En 1145, les d tés des princes croisés d'Orient arrivi en France avec des lettres du Pape Eu III, pour exhorter les fidèles à la Douii croisade. Le jeune roi Louis VII anili reprocher un crime éj^al à celui c^oi i rendu si célèbre la pénitence de lempe Théodose. Pressé par les remord.^ de sa science qui lui reprochait les massacres Vitry, il fit vc^u d'aller au secours de terre sainte, menaeée de retomber au Toir des infidèles. « Saint Bernard, à qoî avait été donné de dominer les esprits, f chargé de prêcher la nouvelle croisade. Il fit avec tant d'ardeur qu'il alla, dit-on, ^ qu*à promettre, au nom de Dieu, que expédition serait heureuse. Louis VU aisément entraîné. Suger, au contraire tous ses eflbrts pour le détoamer vojrage où il y avait tout à craindre e( à espérer. Tous deux étaient recomai blés par un rare mérite, quoique d'iio différent. Le premier, mt>ins encore par brillant de Tesprit que par une grande l putation de sainteté, s*était attiré une cfl sidéralion personnelle qui est au*des$as^ rautorité mèioe; le second, par un supérieur, soutenu par une vaste capa et une probité reconnue, s'était acqnis» ' l'esprit du monarque et des peuples, confiance qui honore la vertu même. L< de Clair vaux, avec l'air et Tenlhousias d'un prophète, en avait toute rinflexibiWi Tabbe de Saint-Denis, avec plusdecona»
sance du monde, était aussi plus relM plus insinuant; et sa fermeté n'a"f J*?* au delà des bornes. L'un et l'antre agisaw par de grandes vues, Bernard ne soog»
qu'aux intérêts de la reli[$ion; Suger flff* chait en même temps le bien de la reljF et de l'Etat; mais il ne fut point écoo»;" prophète l'emporta sur le sage et relijpcw politique (10). v
Avant de partir pour cette eipédïU^' Louis voulut pourvoir à radminislraUoDat son royaume par le choix d'un ri^y fallait pour cet emploi un homme é^'^ ment -agréable au prince, aux g*?"^*^ " peuple, un génie consommé dans 1^*""^ par une longue expérience, capaWe *•**
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hauleur, boa sans faiblesset équitable sans dureté, modéré sans bassesse, ferme sans préreoCion. Tel était ]*abbé Suger, personnage aussi distingué dans le monastère par ses vertus qne dans le conseil du roi par tes lumières. Ces puissantes considérations réunirent tons les suffrages en sa faveur. La régence de rabt>é Suger donna nn nouvel écMt i sa réputation déjà répandue partout. In évéque d'Angleterre vint exprès pour <tre témoin des grandes choses que la renommée publiait de son mérite. « Nous ne lommes venu de si loin, lui écrivait-il» «m'afio d*ètre témoin des merveilles que Ion raconte de vous comme du Salomon de yotre siècle ; et assurément, nous avons eu tout aussi bien sujet de nous récrier, comme itttrefois la reine da Midi, qu'on ne nous irait pas rapporté la moitié clés choses que poDs YOjons de nos yeux ; car la vérité se Irouve beaucoup au-dessus de ce que la re- ^mmée nous avait appris. »
Jamais croisade 9e fut entreprise avec plus d*espér^nces de succès; aucune ne fut )bis malheureuse. On n*en rapporta que le regret d'avoir perdu, sans aucun fruit, deux Iles plus belles armées qu'on e^t jamais levées en ^ilemi^ne et eq Franco. « On doit Rujours respecter les pirdres de Dieui dit listurien de cette croisade ; ils sont essenllellement éauiti^bles et justes. Hais h juger tis choses numainementt il doit paraître ^Dgulier que les Français, ceux de tous les
(sttples du monde qui témoiçuent le plus i.^leur à son service, et le plus d'attachenent à la foi c-a|liolique, aient essuyé de si tâiiglants échecs dans une guerre contre les ronemis de lit religion. ». Ne pourrait-on m dire, au contraire, qu'à juger les choses humainement, il était tout naturel que les pinces croisés échouassent dans leur enireprise? On convient qu'avec des troupes iQssi nombreuses crue braves^ ils pouvaient mlyuguer toute TAsie. Alexandre, avec Itten moins de monde, la conquit sur des nnemis incomparablement plus puissants ; Mis pour cela, il fallait dans les chefi une kibileté égale à leur puissance, et, dans les membres, une dépendance qui répondit te leur courage. C'est au défaut de ces auaulés, si essentielles pour réussir, que Ton tbit attribuer le peu de succès de ces fameuses expéditions. Des généraux sans expérieuce et presque sans vues conduisaient ■ Taventure, dans des régions inconnues, lies multitudes de soldats sans discipline et S80S subordination.
^ Ils furent trompés, trahis^ surpris, battus ; )•$ devaient l'être. La loi générale de la l*roTidence est de laisser a^ir les causes M*coQdes; la conduite des croisés ne méritait |Jâs qu'elle y déroge&t par un miracle. ^^bïi la réponse et en même temps la justification de saint Bernard. Tout le monde <i>au(lissait en France ce malheureux voyage Mui avait épuisé l'Etat d'hommes et d^argent. ^u se déchaîna surtout contre l'ahbe de
Clairvaui qui Vavait prêché. Le saint ablié se justifiait par l'exemple de Moïse, qui, comme lui, avait promis aux Israélites, de la part de Dieu, ae les conduire dans une terre de bénédiction, et qui vit périr la première génération dans les déseris. Les abominations des deux peuples, portées jusqu'aux derniers excès» forgèreai la foudsa qui les extermina.
Pendant l'absence du souverain» les soiotf du ministre s'étendirent sur toutes les parties du gouvernement. Il ménagea la trésor royal avec tant d'économie, que* sans charger les peuples, il trouva le moyen d'envoyer de l'argent au roi, toutes les {oi^
3u'il en demanda. Cependant on avait essaya 'inspirer au monarque des soupçons su^ la fidélité du vertueux ministre, que l'oip, accusait d'abuser de son autorité. Ce princa ne savait qu'en croire; mais lorsque aoi^ retour, il vit les maisons royales réparées, les chAteaux fortifiés, les frontières en sûreté, tout en paix dans le royaumei il le. combla de louanges, eU de concert avec le peuple, l'honora du titre glorieux de PànK.
DB LA PATEIB.
Les travaux de la régence avaient épuisé les forces de Sujger. « Mes cheveux oni blanchi sous ce fardeau,*» écrivait-il au roî,^ ce qui ne Temuèchait pas de le porter encore, tout entier. Il employait ses forces expirantes à lutter contre deux projets dont il prévoyait les suites funestes : la guerre de Normandie, etIedivortedeLouisavec la reioe^ £iéonore; divorce imprudent qui rendit les Anglais maîtres de la moitié duroyaume,^ et fut la semence des guerres les plus. cruelles..Suger, dont la santé depuis longtemps ébranlée dépérissait de jour en jour,^ se disposa à la mort en chrétien et en fer-, vent religieux. Lorsqu'il se vit proche de» s^ fin, il assembla tons ses fPères en cbapi-. tre, et après leur avoir demandé pardon des. fautes qu'il avait commises dans son ministère abbatial, il rétablit dans leurs grades et offices, tous ceux quMI en avait destitués. Saint Bernard, informé de sa situation, lui écrivit uçe befle lettre pour l'exhorter à la mort. EnGuj^ troAs éyèaues de ses amis recueillirent ses derqiiers soupirs, qu'il rendit à TAge dé soixante et dix ans, le 12 janvier de Tan 1151. Son admimstration a fait longtemps les regrets de la France, et l'admiration des notions étrangères ; peu de ministres ont géré la cho^e publique avec autant de zèle, 46 sagesse, de inodéra^ion, et de désintéressement. Louis yil voulut assister à ses funérailles et donna à sa perte les regrets les plus sincères. « 11 ne pût* voir mettre en terre le corps de ce cher et fidèle ministre, sans témoigner devant tout le moujle l'excès de sa douleur par ses soupirs et pi|r ses larmes; la migesté royale n& pouvanf le (Refendre en cette occasion contre la^sensibilit^ de son cœur (11). Suger fut inhumé dans l'église de Saint-Denis, près du tombeau d.ea rois ; et sur la pierre qui recouvre sà sépiîK
(H) FfiLisicn, liiêloire de r abbaye de Sainî Denh.
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