‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 155 sur 207 · TEH · texte numérisé non relu

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DE PATROLlIGiE.

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dil'il, nous nous gardons bien d'invoquer jiour lui des êtres qui n'existent pas, des dieux morts, des statues qui sont en sa puissance; mais nous invoquons pour la santé des empereurs le Dieu éternel, le vrai Dieu, k Dieu vivant. Les yeux levés au ciel» les mains étendues, la tête découverte, nous prions pour tous les empereurs ; nous demandons à notre Dieu de leur accorder une longue vie, un règne tranquille» la sûreté dans leurs palais, la valeur dans leurs armées, la fidélité dans le sénat, la probité Jans ie peuple, le repos partout le monde, en un mot tout ce qu un homme peut dé- Mter, quand cet homme est un empereur* le ne puis solliciter toutes ces grftces que le relui-là seul à qui je reconnais le pouroir de les accorder, à qui j^olfre la vic« ime qu*il a commandée, roraison qui vient l'un corps chaste, d*une âme innocente el In Saiut-Ësprit ; ce qui vaut mieux que luelques grains d'encens, quelque peu de mime odoranle, quelques gouttes de vin m du sang de quelque chétif animal, et ce |ui est piie encore, qu'une conscience ineclée. »

Il rapporte ici le commandement que Dieu ait de prier pour les princes et les puisances. « il existe encore une autre néces-» lié de prier pour les empereurs et pour oulTeuipire romain; c'est que nous saons que la lin du monde, avec toutes les uisères horribles dont elle nous menace, si retardée parle cours de cet empire. Nous aruns, non par le génie de César, mais par < santé, beaucoup plus auguste que tous es génies; car ne savez-vous pas que les génies sont des démons ? Je me garderai •len aussi de donner à l'empereur le nom e Dieu, parce que je ne sais point mentir t 'juo jo le respecte trop pour me moquer 16 lui. Je 1h nommerais bien volontiers jeigneur, mais ce serait à condition que on o'attacherait point à ce mot un sens itin. Je n'ai qu*un seul Seigneur, Dieu i>u(-puissant et éternel, et le Dieu de rem« «reur comme le mien.

• Voilà donc pourquoi les Chrétiens sont es ennemis publics, parce qu'ils ne renentjtas aui empereurs des honneurs hyporites et vains, parce que, faisant profession e la vraie religion, ils célèbrent les jours e réjouissance publique plutôt par les senimenlsde leur c<Bur que par des débaubes. C est un pauvre honneur que l'on fait ux princes de dresser en public des foj^ers t des tables, de manger dans les rues, de ure de toute la ville un cabaret, de mêler s via avec la boue, et de courir en troupes <fur commettre des insolences. Ne peut-on iprimcr une joie générale que par une '•mio universelle ? Certes, s'il en est ainsi, >ou,> sommes bien coupables de former nos •fcux pour tes empereurs avec chasteté, «e<' sobriété, avec modestie, de ne pas counr nos portes de branches de laurier el de <> pds allumer des lampes en plein jour, ^Mniue ou loiait pourdésigner des lieux iu-

ime«. •

DicTiOfïN. DB Pathologie. IV.

Il montre ensuite que ceux qui paraissaient les plus empressés h rendre aux empereurs ces honneurs futiles, étalent souvent, de tous leurs sujets, les moins fidèles et les plus prompts à la révolte; puis pour faire ressortir la tidélité des Chrétiens, il ajoute: « Combien de cruautés n'exercezvous pas contre nous, soit par instinct, soit pour obéir aux lois? Combien de fois est-il arrivé que, sans attendre vos ordres, le peuple nous jette des pierres, ou met le feu à nos maisons 7 Dans la fureur des bacchanales ils n'épargnent pas même les Chrétiens morts, mais ils les arrachentde leurs sépulcres et les mettent en pièces ? Et cependant, avez*vous remarqué que nous ayons jamais rien fait pour nous venger de tant d injustices et de cette animosilé que vous mettes h nous poursuivre jusque dans le toml)eauT S'il nous était permis de rendre le mal pour le mal, une seule nuit, avec quelques flambeaux pourrait nous satisfaire abondamment ; et si nous voulions nous déclarer ouvertement vos ennemis, manquerions-nous de troupes et d'armées. Les Maures, les M^rcomaDS, les Parthes même ou quelque nation que ce soit, pourraient se soulever en ptusgrand nombreque toutes les nations du monde? Nous ne sommes que d'hier et déjà nous remplissons tout: vos villes, vos châteaux, vos bourgades, vos champs, vos tribus; ie palais, le sénat, le forum; il n'y a que Tos temples que nous vous laissions déserts.

« Même à forces inégales, ne serions-nous pas bien propres à la guerre, nous qui nous faisons tuer si volontiers, s'il n'entrait dans nos maximes de soutfrir la mort plutôt que delà donner ? Nous pourrions même vous combattre sans prendre lesarmes, sans nous révolter, maisseulementen vous abandonnant. En eO'et, si une telle multitude d'hommes venait à vous quitter, pour se retirer en quelque coin du monde, votre gouvernement se trouverait aÛTaibli de la perte de tant de sujets, leur abandon deviendrait votre cliÂtiment ; vous seriez épouvantés de votre solitude et du silence des atlaires; le monde voussembleraitmort ; vous chercheriez à qui commander, et il vous resterait plus d ennemis que de sujets. Maintenant, grÂce à la multitude ides Chrétiens, le nombre do vos ennemis diminue tous les jours. Et qui donc vous délivrerait de ces ennemis cachés qui vous ruinent TÂme et le corps ; je veux parler des démons que nous chassons de vous sans récompense? Vous laisser sous leur possession serait assez pour nous venger. »

Il montre ensuite que Ton n'avait rien à redouter de Tunion des Chrétiens ; c'était un jiarii qui n*oifrait aucuns dangers, parce qu'ils n'avaient nullement l'ambition de se luéierdes aifaires publiques, et qu'avides d*autres plaisirs, ils s'éloignaient des spectacles et des autres assemblées où les fae« tiens régnaient; puis il ajoute: « Maintenant je vais vous dire à quoi s'occupe la faction des Chrétious. Nous faisons corps»

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parce que nous nous recoimaissons tous pour avoir la même foi, la même morale, ]a même espérance. Nous formons comroeune saiute corporation en nous rassemblant pour prier Dieu, elpour lire les diverses Ecritures. C*estlà que se font les exhortations et les corrections ; tout s'y juge avec poids, etcomme en la présence du Seigneur ; on regarde déjà comme un préjugé terrible pour Je jugement futur, que quelqu'un ait péché jusqu*à mériter d'être privé de la communication des prières de nos assemblées, et de toutes les grâces de notre saiht commerce. Ceux qui président à ces réunions sont les vieillards les plus éprouvés; ils arrivent à cet honneur par leur mérite et non par ar* gent, car cette monnaie n*a point cours dans Jes choses de Dieu; et si nous possédons une espèce de trésor, nous ne Tavons pas acquis en trafiquantde notre foi. Chacun, tous les mois ou à toute autre époque, apporte quelqu'argent, ce qu'il veut et ce qu'il peut. On ne contraint personne; la contribution est volontaire. C'est un dépôt de piété qui, au neu de servir à payer des festins inutiles, est consacré h nourrir et à enterrer les pauvres, à entretenir les vieil'ards et les orphelins, à secourir les naufragés, ceux qui travaillent aux mines, qui sont relégués dans des îles, ou prisonniers pour la cause de Dieu. Nous savons que cette charité dépJaît à quelques-uns d'entre vous. Voyez, disent-ils, comme ils s'aiment, comme ils sont prêts à mourir l'un pour l'autre. Ils rendent odieux jusqu'au non) de frères que nous nous donnons réciproquement; parce que chez eux, tous les noms de parenté ne marquent qu'une affection feinte. Comme nous sommes unis d'esprit et de cœur, nous n'avons pas besoin de feindre pour nous communiquer nos biens; tout est commun en- Ire nous, excepté les femmes; il ne faut donc pas s'étonner qu'une telle amitié produii^e des repas communs.

« Je sais que ces repas sont décriés, nonseulement comme criminels, mais encore comme excessifs, tandis que l'on garde un silence prudent sur les festins de tant de sociétés païennes ; mais la cause de nos réunions se trouve indiquée, par son nom même d'Agapes^ qui en grec signitie cha^ rite. C'est un soulagement que nous donnons aux pauvres; on n'y souffre ni bassesse, ni immodestie. On ne se met h table qu'après avoir prié Dieu; on mange autant que l'on a faim ; on boit autant que cela est utile, sans nuire à la pureté; on prend des forces, parce que la nuit même doit être consacrée a )a prière; et tous les entretiens sont convenables, parce qu'on sait que Dieu les entend. Après qu'on s'est lavé les mains, et dès que les lampes sont allumées, chacun est invité à chanter à la gloire du Seigneur, des louanges qu'il tire des Ecritures, ouçiu'il compose lui-même. Par là on est convaincu de la sobriété de tous les convives. Le repas finit par la prière; puis on se sépare, non pour commettre des insolences, mais av0c pudeur et modestie. Telles sont les as-

semblées des Chrétiens. Réunis ou séparés, nous sommes constamment les mêmes, nous nous ferions un scrupule d'offense personne, et encore plus de causer à qui que ce soit une affliction volontaire.

n Le nom de factieux conviendrait dooe bien plu têt à ceux qui conspirent contre les chrétiens, sous le vain prétexte qu'ils sont cause de tous les malheurs publics. Si ie Tibre déborde et cause des inondations, si le Nil, au contraire, s'obstine à rester dans son lit, si la pluie manque^ si la terre tremble, s'il survient une famine ou une peste, on ne manque pas de crier aussitôt : Les Chrétiens aux lions! Mais, je vous le demande, combien de fois le monde n'a-t-il pas été affligé par de semblables malheorsi avant le règne de Tibère et la venue de Je* sus-Christ? Ce sont les effets de la colère de Dieu, justement irrité contre Tingralitude ' et les offenses des hommes. Cependant quand la sécheresse fait craindre une année de stérilité, voussacrifiezà Jupiter, en fréauen* tant les bains, les cabarets et autres lieux de débauche; mais nous autres, nous cherchons à toucher le ciel par la continence et la frugalité, par des jeûnes que nous accoffi' plissons sous le sac et la cendre ; puis quaod nous avons obtenu miséricorde, on cootinua d'honorer Jupiter mais ces malheurs nenous touchent point. En ce monde, nous n'avons nul autre intérêt que celui d'en sortir promptement.

« On nous fait un autre reproche en disant que nous sommes inutiles au commerce de la vie; mais comment peut-on parler msi, puisque nous vivons avec vous, puisque nous usons de U même nourriture, des mêmes vêtements, des mêmes meubles. Nous fréquentons vos places, vos foires, vos marchés, vos bains, vos comptoirs, vos hôtelleries. Nous naviguons avec vous; nous trafiquons, nous portons les armes, nous labourons comme vous ; vos métiers sont les nôtres, et nous travaillons à votre usage. Si ](• ne fréquente pas vos cérémonies, je ne laissa

f)as de vivre ce jour-là, et de dépenser [•oar e bain et pour la table. Je ne me couroooe point de fleurs, mais je ne laisse pas doa acheter; que vousimporte comment je m'^s sers? je ne vais point aux spectacles, mais si je désire me procurer ce qu'on y vend, riea ne m'empêche d'aller l'acheter sur là plac^ Il est vrai que nous n'achetons point d'eo* cens pour les sacrifices ; mais nous en employons plus que vous pour nos sépultures.

« Peut-être direz-vous : Mais les i^^etios des temples diminuent tous les jours ;oaii< dépose plus rien dans les troncs. C'est qji< nous ne pouvons sufflre aux hommes et a«t dieux qui demandent à la fois; que Jup''^^ tende la main et nous lui donnerons. S^ contraire, si l'on examine, avec quelle W'-' lité nous payons les tributs, et combien i'^ diminuent par vos fraudes et vos b^^^ déclarations, on trouvera peut-être qjt^ ? seul article dédommage de touslos autres.^ vous le voulez^ je vous dirai quels soflt et*"*

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DE PAlROrOGIE.

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\ii peuTeoK $o plaindre qu'il nj a rien h igDer aTPc les Chrétiens. Ce sont ceux qui âfiquent des femmes débauchées; puis les isassinsjes empoisonneurs, les magiciens, 5 aruspiceSi les devins et les astrologues. a gagne beaucoup à ne rien faire gagnera los ees gens-là. Et cependant personne ne msidère cette perte c|ui retombe sur de Isiooocents, nomme si grande et si désaseuse pour l'Etat. J'en prends à témoin vos îjislres ; vous qui jugez les criminels, y iVt-il un seul qui soit Chrétien. Ce sont STÔlres qui remplissent les prisons, qui avalllent aux mines, qui sont exposés aux Hes. Ces repaires ne présentent point de bréliens, ou, s'ils s'y trouvent, ils sont puisàrausede leur tioro.SiIss'y rencontraient UQ autre titre, ils ne seraient plus Cbrépns. Pour nous l'innocence estnnenéeesté; nous la connaissons parfaitement, par- > ijue nous l'avons apprise de Dieu qui { un maître parfait ; et nous la gardons, irce qu'elle nous est ordonnée par ce ge que personne ne saurait mépriser. »

Plusieurs, fâchés de ne pouvoir nier la )Ti\\ des Chrétiens, s*en dédomageaient en sanl que c'était une espèce de philosophie

qu'elle n'avait rien de divin. Tertuilien abiil le contraire, en montrant la dilTéfnœ qui existe entre les philosoiihes et s Chrétiens. En etfet ils différaient entre )i, d'abord, pour la science, puisque le iOiaJre des artisans chrétiens connaît Dieu

poui le faire connaître aux autres; tandis lie Platon disait qu'il est dilficile de dé- 'nvrir l'auteur de I univers, et encore plus iHîcile d'en parler devant le peuple. Ensuite '>ur les mœurs, il faut voir par des exeni- K les avantages que les Chrétiens ont sur s philosophes les plus fameux, dans la pr aî)ue de toutes les vertus: comme la ctiaste- ; la modestie, l'humilité, la patience, la <é!ité, la simplicité, la douceur. Toute la tresse nous vient des prophètes et des iintcs Ecritures que les philosophes ont irroinpnes, comme les hérétiijues se sont D)Te$sés de le faire après eux. Ce nue les i'*'te$ et les philosophes ont emprunté aux >j;ines de notre religion, comme lacroyanco

jugement, du paradis et de l'enfer, a uiOl servi à en altérer la foi qu'à J'éta-

lir.

• Ces dogmes, dit-il, ne sont traités de ^•'jiigés que quand on les rencontre chez '>i>s; pour les philosophes et les poètes, ('M une science rare. Ils sont des hommes ^^'iies et nous des idiots; on les honore, et 1 nous bafoue; et, ce qui est pis encore, Hious punit. Quand bien même nos opi- ■ Glisseraient fausses et impertinentes, il «t convenir au moins qu'elles sont utiles, '^|*'qu*elles nous rendent meilleurs, et ><'<^ll«s no nuisent à personne. S'il faut à uie force les punir, qu'on le fasse par le hculc, et non par le fer, le feu, les bêtes ^ les chevalets. Ce n'est pas seulement la "pu!ace qui applaudit à cette injustice; ^*i5 vous-même, vous vous en servez quel- 'J^îvisjK^ur flatter le peuple, et vous en ti-

rez gloire, comme si cette puissance ne dé* pendait pas de nous. Assurément, je suis Chrétien, parce que je veux l'être. Mais, me dira-l-on, de quoi vous plaignez-vous, puisque vous voulez souffrir? Nous aimons les souffrances, comme on aime la guerre; on ne s'y engage pas volontiers, parce qu*on en redoute les alarmes et les périls; mais on combat de tonte sa force et on se réjouit de la victoire. Vous avez beau nous reprocher lés fagots de sarment et les pieux où l'on nous attache ; ce sont là les ornements de notre triomphe.

«Vous nous traitez de désespérés parce que nous avons le bon esprit de mépriser la mort. N'est-ce pas ce mépris qui a couvert de gloire les Scévola, les Régulus, les Empédocle, les Anaiarque, qui se sont sacrifiés pour la patrie, Tempire ou l'amitié:! N'y aurait-il donc que pour Dieu seul que ce serait une folie de mourir? Au surplus, tourmentez-nous^ tant qu'il vous plaira, votre injustice est la preuve de notre innocence. Dernièrement, en condamnant une chrétienne à être exposée dans un lieu infâme, vous avez été fun:és de reconnaître que nous redoutons Timpureté plus que tous les tourments et plus même que la mort. Et cependant votre cruauté la plus raffinée n'y ga^no rien ; nous nous multiplions à mesure que vous nous mois sonnez; tout le sang des Chrétiens est une semence féconde! Plusieurs de vos philosophes ont écrit des exhortations pour encourager les hommes h su))porter les tourments et la mort; mais la conduite des Chrétiens parle plus haut que tous leurs discours. Cette obstination même que vous nous reprochez est encore une instruction; en la voyant on en est ébranlé; on veut en pénétrer la cause, ou s'approche; on désire do souffrir pour se réconcilier avec Dieu, pour acheter de son sang le pardon de ses pérhés. C'est-là ce qui fait que nous vous rendons grâce de vos jugements; car lorsque vous nous condamnez, Dieu nous absout; tant sa conduite est contraire à celle des hommes 1 Aussi est-ceenlui que nousavonsmis notre confiance 1 » Ces derniers mots terminent V Apologétique de Tertuilien.

Tous les écrivains sont d'accord pour met* tre cet ouvrage au rang des chefs-d'œuvre que l'antiquité chrétienne nous a transmis. Sa réputation s'étcmdit bientôt aussi loin que l'Eglise elle-même, c'est-à-dire, au rapport d'husèbe, jusqu'aux extrémités de l'univers. Quant h la conduite de l'ouvrage, suivant un écrivain moderne, elle est sans reproche. La méthode en est régulière, la marche vive et pressante, les matières savamment graduées. Les conséquences les plus décisives viennent toujours s'y enchaîner aux princifies les plus lumineux. L'esprit, le bon sens et l'érudition y brillent également. Il jaillit do rimagination do l'auteur des expressions éclatantes, créations du génie africain, qui font le désespoir du traducteur, et ne peuvent passer dans aucune langue qu'aifaiblies par la périphrase ou l'équivalent. La plaisanterie y est souvent mordante et des**

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cend jusqu'au sarcasme. Au reste, c'est M un des caractères do Tortullien ; à la gravité du raisonnement, il mêle volontiers le sel de rironie. Ce n'est point un homme qui demande grâce, mais qui se rit de ses bourreaux.

Aux nations, — Les deux livres qui portent ce titre ne sont guère qu'une esquisse de V Apologétique ; c'est-à-dire qu'ils n'ont til l'élévation, ni la grandeur de ce beau monument. Ils nous sont parvenus, le dernier surtout, mutilés et incomplets. Mais quoique défectueux, ils sont d'un grand secours aux traducteurs et aux commentateurs, pour réformer un grand nombre de passages corrompus. Quelle aulorilé peut inspirer autant de confiance que Tertullien se corrigeant et s'expli(|uant lui-même. Voilà pourquoi nous en recommandons vivement la lecture à tous les philosophes chrétiens, curieux de bien saisir toutes les nuances de VApologé* tique f quoi(iue nous nous abstenions de les analyser ici, pour ne pas tomber dans des redites.

Témoignage de Vâme. — Le Témoignage de Vâme^ VÈpitre aux confesseurs f le Scorpiaque dirigés contre les gnostiques, les valenliniens et les caïnistes ; le Livre contre les spectacles^ les deux livres qui sont intitulés, le premier, Du vêtement^ et le second. De Vomement des femmes^ sont le dernier anneau qui rattache Tertullien à la communion de r£glise catholicljue. Voici comment l'auteur expose le motif et le but du premier de ces traités :

« il faut de longues investigations, dit-il, une grande mémoire et de pénibles études pour emprunter aux écrits les plus renommés des philosophes, des poètes ou des maîtres de la science et de la sagesse profane, des témoignages qui déposent en faveur de la vérité chrétienne, afin que ses antagonistes et ses persécuteurs soient convaincus, })ar leurs propres aveux, de contradiction vis-à-vis d eux-mêmes et d'injustice envers nous. Déjà plusieurs parmi nous, interrogeant les monuments de la littérature antique, et embrassant par la mémoire ces documents, ont adresse aux gentils des traités où, remontant à l'origine de l'idolâtrie, et interprétant ses traditions et ses maximes, ils ont pu faire comprendre que notre religion n'a rien de si étrange ni de si monstrueux, et que dans les superstitions qu'elle répudie, comme dans les vérités qu'elle admet, elle a pour elle le patronna^e des lettres communes et publiques. Mais l'incrédulité humaine, endurcie dans ses préventions , a a peint incliné l'oreille aux oraclesdo ses maîtres , même les plus estimés et les plus célèbres, lorsqu'il leur arrive de présenter la justification de la religion chrétienne. On n'est sage , cependant, on n'est éclairé qu'autant que Ton se rapproche du chrétien, quoique alors, même en répudiant de vaines superstitions et en convainquant le siècle de mensonge, on ne soit plus qu'un homme voué à l'infamie. Laissons donc de c6lé des lettres et une doctrine qui ne por-

tent avec elles qu'une conviction mensongère, puisqu'on les croit plutôt quand elles prêchent Terreur que quand elles annoDceoi la vérité. Abandonnons même ceux qui oui proclamé l'unité de Dieu. Que dis je? ne nous appuyons sur aucune autorité quaimette le chrétien, afin de ne susciter contre nous aucun reproche. Car ces témoignages} tous ne les connaissent pas, ou, s'ils les u :• naissent, ils ne leur présentent pas emoû' une garantie sufiisante. A plus forte rais'in, les hommes ne souscriront-ils pas à nos ir vres saints; car on n'arrive à eux que lorsque l'on est déjà Chrétien.

« J'invocjue aujourd'hui un témoigna^ nouveau ; je me trompe, un témoignage {>Ui connu que toutes les littératures, plus répandu que toutes les sciences, plus célèDn que tous les systèmes , plus grand que 1 homme tout entier, c'est-à-dire que M ce qui constitue la plénitude de l'hoinme,!

Ce témoignage invoqué ici par Terluliia, c'est le témoignage de Pâme, quels que^KiieA , ses éléments et sa nature, pourvu qu'elli soit toujours le siège do la raison, de I Intel* ligence et du sentiment; non pas cependant de l'âme formée dans \qs écoles, exercéa dans les bibliothèques, et nourrie dans ies académies et les portiques de la Grèce; mais de l'âme dans toute la rudesse et dans loulo la simplicité de son ignorance primitive; de rame empruntée à l'atelier, à la voii poblique, au carrefour, telle que la possèdcDl, en un mot, ceux qui n'ont qu'elle. 11 a b^ soin de son inexpérience même, et il ne lui demande que ce qu'elle apporte avec elle i l'homme, qu'elle le tire de son propre fonlJ ou qu'elle le reçoive de son auteur. « Ta n'es pas chrétienne, lui dit-il, tu as couluaia de devenir et non de naître chrétienue. Ce* pendant les Chrétiens requièrent aujounlbai ton témoignage. Etrangère , dépose coiiw les tiens, atin que les hommes qui nous {^> sécutent et nous méprisent, rougissent [>our toi d'une doctrine dont ta es complice.

« On s'emporte contre nous quand nous prêchons un Dieu essentiellement uo^de qui tout vient, de qui tout dépend. Parle; n'est-ce pas là ta foi, à toi-même? Combifû de fois, publiquement et avec cette libefii^ qu'on nous ravit, ne t avons-nous |>«5 entendu t'écrier, soit à la maison, soii au dehors, s'Uplait à DieUj si Dieu Vordomdhr ces paroles, tu proclames un être souvcrsiOi tu reconnais une suprême puissance daii'ti volonté de celui que lu implores. Tu étal»;* l'unité de Dieu en le nommant seuteoic^l Dieu. Au contraire, dès que tu appe)le>p<* leurs noms, Saturne, Jupiter, Mars, MinerTf. tu nies leur existence et tu n'euipiol^s ^^ mot de dieux que comme une aioGaa:^ étrangère et d*emprunt.... La nature oa Dieu que nous prêchons ne t'échappe !<'• davantage : Dieu oon! Dieu bienfaisant !nm ton cri. — .Vaw l homme est méchant, aj«»utes-tu aussitôt , par une proposition contraire et sous une allusion détournée, lu reproches donc à l'homme de devenir neohant» du moment qu'il s'éloigne du Di^^

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i)On. Ce mot : Que Dieu vcu$ bénisse I qui .pour nQU5 comprend toutes les bénédictions, tu le prenonces aussi volontiers au*il est nécessaire à un Chrétien ; et lors même qu'au nom de Dieu, tu convertis la bénédiction en malédiction , tu témoignes encore âTCC nous que sa toute-puissance, s*exeri:e sur toutes les créatures.

fit en est encore qui, sans nier Texistence lie Dieu, lui refusent la faculté de di$cerner« déjuger et de vouloir^ et qui s*iiiNiginent honorer la Divinité» en la débarrassant des fatigues du gouvernement et dus ennuis de la sentence. Ils vont même jusqu'à lui refuser brolère,... sous le prétexte qu*il ne peut être fujet aux passions humaines;... mais TAme qui, comme nous lavons vu, connaît son tuteur, le craint comme on doit craindre un )ière si auguste. Or, que craint-elle si co D e<t la colère ? D*où vient la colère, si ce iiVstde Panimadversion, et l'animadversion, sinon du jugement, et le jugement, sinon de la puissance ; et à qui appartient la puis* sance suprême, si ce n*est à Dieu?« Voilà pourquoi en public ou en particulier, sans Qne personne la raille ou s y oppose, Tâme î'érrie : Dieu le voit ; je remets cette affaire iDieu; Dieu me le rendra: que Dieu décide ntre nous. — Où a-t-elle pris ces paroles^ puisqu'elle n'est pas chrétienne ? Elles lui é^'happont le plus souvent sous les bandeiettos de Cérès, sous le manteau de pourpre de Saturne t sous les longs voiles d*Isis, devant la statue d*Esculape, en dorant la iunon d'airain ou en affublant de son casque la Mmerve aux formes terribles. Ainsi au lieu d'invoquer quelqu'un des dieux qui renrironnent, c'est le Jujçe éternel qu'elle ioûplore. Dans le sanctuaire des lois, elle appelle un autre juge; dans les temples, e^ie tremble devant un autre Dieu. O temoi« Itna^e de la vérité, qui, jusque chez les démons suscite un témoin en laveur des Chrétiens. De m6me, ses imprécations contre h démons attestent qu'ils existent. La haine i|a*clle leur porte annonce nu'elle conserve kf sentiment du traître qui 1 a perdue. »

Ensuite abordant un principe d'une plus haute conséquence, et qui intéresse tes destinées do Tème humaine, il afiirme qu'elle ^tibsiste, après la séparation d'avec le corps, ^n attendant le jour du jugement qui* doit ^miirmer son supplice ou sa récompense.

Or, pour éprouver l'un et l'autre, il faut qu'elle reprenne sa substance primitive el '<^^ éléments du mémo homme, parce que, ne pouvant ressentir ni bien ni mal, loin de ^eite chair douée de sensations, le jugement ie Dieu demeurait incomplet el dépourvu ^? sanction. Et il en apporte pour preuve ''S différents aveux qui échappent à l'âme, ^ns que pour cela elle ait besoin d'être Mtienne. «D'abord, lui dit-il, en s*ati^cssant à elle-même, quand tu parles de l'ielque mort, tu le plains, non d avoir été irrachée aux douceurs de la vie, mais d'être l^jà en possession de son jugement et de sa condamnation. Il est vrai aussi que d'autres i^JÎs tu proclames la félicité de la tombe ; tu

avoues alors que la vie est un fardeau et la

mort un bienfait Pourquoi y a-t-il des

morts que tu plains et d*autres que tu félicites?.... Pourquoi maudis-tu la mémoire des uns, en souhaitant que la terre leur soit pesante, et en appelant toutes les tortures sur leurs cendres dans les enfers?... Pourqiioi, au contraire,dès qu'il s*agit d'un bienfaiteur auquel tu dois de la reconnaissance, souhaites-tu à ses os et à ses cendres le rafiatcbissement et la paix dans un autre monde ?... Si, après la mort, il n'y a plus pour toi ni sensinililé, ni mouvement; si, en un mot, tu n'es plus rien toi-même, pourquoi te mettre en contradiction avec tes propres actes, comme si tu pouvais quelque cnose au delà du tombeau ?... Que dis-je? Pourquoi trembles-tu de tous tes memL)res à l'approche de la mort, si tu n'as rien à redouter après elle?... Pourquoi la crains-tu? Est-ce à cause des menaces qu'elle apporte» ou à cause des biens dont elle te dépouille?... Hais on ne doit point craindre la perte d'un bien, quand elle se trouve compensée par un bien plus grand, je veux dire par la cessation de toutes les misères.... La mort est un événement qui t'affranchit. Tu la crains cependant : donc tu sais bien qu'elle est un mal. D'où le saurais-tu, où aurais-tu appris à le redouter, si tu ne savais qu'il existe après la mort quelque chose qui t en fait uu mal et qui t'en inspire l'effroi ?

« Ne parlons plus de ces pressentiments, et de ces terreurs naturelles.... J'arrive maintenant à une autre considération, à celle d'une espérance plus heureuse après la mort. Presque tous les hommes ont le désir inné de se survivre dans la mémoire do^ leurs semblables. Il serait trop long de citer ici les exemples de tous ceux qui ont acheté les louanges de la postérité, pour recueillir après leur mort une renommée posthume.... Or, d'où vient à l'âme ce laborieux désir d'être quelque chose après la mort? Pourquoi tant d'efforts dont elle ne recueillera le fruit qu'après le trépas? S'agiterait-elle si péniblement pour l'avenir, si elle n'avait le jiressentiment de l'avenir?... Mais peut-être la certitude qu'il reste quelque sentiment après la mort est-elle plus puissante dans l'âmo que l'espérance de la résurrection, qui soulève contre nous tant d'injures ? Non, la résurrection est encore le cri de l'âme. Qu'on lui demande des nouvelles d'un homme mort depuis longtemps, comme s'il vivait encore : Il est parti, répondrat-elle aussitôt. Or qu'est-ce que cela signitie sinon qu'il doit revenir?

« Ces témoignages de l'Ame sont d'autant plus vrais qu'ils sont plus simples, d'autant plus .simples qu'ils sont plus populaires , d'autant plus populaires qu'ils sont plus communs , d'autant plus communs qu'ils sont plus naturels, et d'autant plus naturels qu'ils sont plus divins. Ces arguments, j'imagine, ne paraîtront ni puérils ni frivoles, pour peu que l'on réfléchisse à la majesté de ta nature d'où l'âmo emprunte son autorité. Plus on assigne au maître, plus on accorde

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