‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 163 sur 207 · TC · texte numérisé non relu

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fallail dire (rois loul-puissants; alors Jerricui se levant, s*écria: El tamen non ires omnipoienteSy sed unui omnipotens^ paroles mornes du symbole de saint Athanase.

En 11^8, il assista au concile de Reims qui condamna les erreurs de Gilbert de la Porée* évéque de Poitiers, et les rêveries du chevalier Breton £on de l'Etoile. A la suite de ce concile, Albéron, archevêque de Trêves, rappela dans son diocèse. Depuis cette époque on ignore ce qu'il devint et quelle fut Tépoque de sa mort.

On attribue à Thierry de Chartres des erreurs tliéologiques assez grossières. Comme tous les professeurs de son temps, il avait la manie de parler autrement que ses devan* ciers. Il enseignait, par exemple, que Dieu n'est présent en tous lieux que par sa puissance et non par son essence, ffotentialU$r et non essenlialiter. Nous connaissons cette opinion par une lettre où Gautier de Hortagne la réfute.

Abailard l'accuse aussi de donner aux i>arôles de la consécration une si grande puissance que, prononcées par n'importe qui, elles produisent leur effet.

Oh conserve à la bibliothèque Impériale un ouvrage manuscrit de notre auteur ayant pour titre : De sex dierum operibus libri duo. Comme ce titre l'indique, c'est une explication de l'œuvre des six jours, que Tbierr}' prétend expliquer philosophiquement et par des raisons purement physiques, ensuivant le texte littéral de la Genèse,

Ce manuscrit, le seul qui existe sans doute, nous a été conservé par un anonyme du xirou du commencement du xiir siècle. Cet anonyme voulant faire un présent à une dame, amie des lettres, qui n*e&t pas nom* mée, n'eut rien do mieux à lui otfrir que l'ouvrage de Thierry sur l'œuvre des six jours, <c livre, dit-il, que Rome a déjà placé dans ses archives. » H en parle comme d'un ouvrage de la plus haute philosophie, dans lequel l'auteur est parvenu à déterminer, par les seules notions des sciences physiques, les procédés par lesquels Dieu a tiré le monde du chaos. Pour lui, s'il a ajouté un traité du même genre au travail du maître, on ne doit le considérer que comme un glaneur qui ramasse les épis échappés à la faux d'un vigoureux moissonneur. Si son travail a q^uelque mérite, il en rapporte la gloire à celui qui le lui a inspiré. Des deux traités qui composent ce manuscrit, le premier seul est de la plume de Thierry de Chartres. Voici comment celui-ci résume son système de la création par les seules forces physiques. On peut y voir à quel inconcevable état d'imperfection en étaient encore au xii* siècle les données des sciences naturelles.

« Il suit de tout ce que j ai exposé, ditnl, que, dès le premier jour, le mouvement circulaire imprimé à tout le système céleste fit jaillir la lumière gui illumitia la région de l'air. Cet air ainsi échauffé communiqua sa chaleur aux eaux qt<i,*produisant la va« peur, donnèrent sa forme et sa couleur au

firmament; le firmament k son tour, renferma dans les vapeurs qui le constituaient assez de chaleur pour dessécher la terre ei lui donner les moyens de produire, oa la fécondité, tel fut Touvrage du troisièn^e jour; du reste des vapeurs suspendues dans l'atmosphère et de la chaleur surat)ondank qui y était mêlée les astres furent créés, tel fut l'ouvrage du quatrième jour ; le tdouvement et l'influence de ces corps de Ui échauffant les eaux, et \mr là le communiquant à 1a terre, donna naissance aux diverses espèces d'animaux que uous voyons, ce qai arriva les cinquième et sixième jours; nn ne conçoit pas, conclut l'auteur, uneauir^f manière d'expliguer la création successire des objets sensibles dont se compose cet univers. »

On peut remarquer ici que les théologiens du temps ne firent aucune réclamation sur ce système I ou du moins ces réclamation^ si elles ont existé, ne sont point parveoud jusau'à nous.

Tnierry passait pour le premier physicien de l'Europe, a cette époque; on pe»t {>ar là juger de la science des autres ; (out^ ois on trouve dans cet ouvrage des observations justes et fondées sur Fexpérienre.

L'auteur jouissait d'une si grande considération parmi les savants ses contemporains, que, non content de le consulter, plusieurs lui dédiaient leurs ouvrages; ce

2ui fait penser qu'il avait composé d autres mis qui n'ont pas été conservés.

THIERRY d'Alsace, comte de Flandre. II fut le compétiteur de Guillaume Clitun, dit le Normand, à la souveraineté du comté iK" Flandre qu'il posséda sans rival après â mort de Guillaume, arrivée en 112^. i! f t appelé in alloquio blandus^ in negotio ju^fnf, in imperio moderatus. Proche pareul l'e Charles le Bon et petit-fils de Robert le Frison, il s'apf>liqua à donner è la justice régulière toute la force, toute l'exteusiondr<r.t elle était alors susceptible. Dans le caialo^nj^^ des lois qu'il a portées, on trouve cette disposition que ceux qui ne les observeraient pas devaient être retranchés du corps de l'Eglise. Elles ont principalement pour but d'éteindre les vengeances particulières et de laisser punir les crimes par les tribuoaai, organes de la justice du souverain ; diverses sortes de rapines et de brigandages communs à cette époque y sont énumérées.

Le comte Thierry a laissé plusieurs monuments de sa j'iéte. Outre ses quatre roraf;es à la terre sainte, et dont le dernier eut ieu en 1163, peu avant sa mort, arrivée ^o 1168, à Gravelines, il a fondé et dot<^ plusieurs monastères et églises; les Bollandistf.^ lui attribuent, entre autres, Térection i't celle de Saint-Basile, à Bruges. Les h)>' toriens citent encore comme fondés par 'u'. les monastères de Clairmarais dans ramien diocèse de Sainl-Omer et relui de Lo2(^'wi B. Mariœ) du diocèse de Tournay. Il J''-< encore richement l'abbaye d'Eeschoct, «jui appartenait au diocèse de Bruges et •}''! était une communauté de moines auguiùn^.

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U charte qni renferme ces dernières donations est rapportée, au moins en grande pflrtie, dans le Gallia Christiana. On y voit quo ces dons consistaient en propriétés, en JroitSf en revenus considérables.

Outre un assez long traité passé entre le roi d'Angleterre et le comte de Flandre^ en ilé3, on connaît encore deux lettres adressées à Thierry, Tune par le roi Louis YLI, Tautre par le Pape Eugène III. Il y a aussi deux lettres écrites par lui-mâme à l'abbé Suger. La première, à Toccasion des troubles excités par Robert, comte de Dreux, frère du roi de France, à son retour de la terre sainte. L'autre pour prier Tiliustre minisire, abbé de Saint-Denis, de confirmer le choix qu'il venait de foire d*un nouvel évêque d*Arras.

THIERRY, abbé de Saint-Eloi, de Noyon, dès 1123, fut nommé évêque d*Amiens en ll4i et mourut i la fin d*octobre 1163 ou 1164. Louis VII avait voulu remmener à la cniisade, mais un ami de Thierry écrivît à S9ini Bernard pour lui représenter que sa mauvaise santé et sa modique fortune ne lui {permettaient pas de faire ce voyage; on se cunteuta de le faire contribuer (lar argent. Pour être exempté de cette taxe il écrivit à Suger une leitre de quelques lignes. Dans uue autre lettre presque aussi laconique, il lui demande de donner au monastère de Saiot-Riquier un abbé digne de cette niai* ^on.

Nous n'avons pas d'autres écrits de cet fvôque; mais ajoutons que, malgré sa paui^relé, il fut le bienfaiteur des chanoines ëguliers de Saint-Acheul et de Saint-Mar* la d'Amiens. 11 gouverna saintement son (iocése

THIERRY, religieux de Tabbayede Berne, ^è$ Heusden, diocèse d'Utrecht, avait com- •osédes histoires et des homélies. Valère Antre, Swert« Hugo le Paige, etc., en ont parlé; aus quoi nous n'aurions aucune donnée ur ces écrits qu'on représente comme is œuvres d*un saint et savant personnage, ifatigable écrivain, élégant orateur, hisstoen distingué. C'est tout ce que nous en iTons. 11 mourut rets le milieu de l'année 168. L abbaye à laquelle il appartenait était s (ordre des Prémontrés« TUI£TMAR,abbédeGemblours, auxi' sièe, sans cesser d'aimer la pauvreté do Jésus- (irist, ne laissa pas d'augmenter les biens ) son monastère, et de continuer à embelr Tégiise. Il était à l'égard des infirmes, ^s enfants qu'on élevait à Gemblours, des ^les et des pauvres, tel que l'exige saint .'nuit. Pour ce qui regarde la Vie de saint iïmacie, qu'on attribue à Thietmar, elle l encore manuscrite. Il serait curieux de nnattre le motif qui le porta à l'écrire, iJsqu*on en possédait déjà deux autres; me écrite vers l'an 850, par un moine anome de Stavelo, l'autre, par Hériger, abbé

Laobes, kla fin du siècle suivant. On ssédait une relation des miracles du fuie saint, qui a été poussée successiment par trois différents auleursjusqu'en

1008. Il est h croire que Thietmar a commencé la sienne k cette époque et a conduit la suite de ces merveî!!«!S jusqu'au temps

2u'il écrivit. Il faudrait au reste avoir sou crit soos lesyeuxt pour pouvoir juger de l'exécution de son dessein.

THOMAS 1", l'un des plus savants pi^lats de son époque, naquit à Bayeux sur k* milieu du xr siècle. Ses études terminées il fut nommé chanoine, et bientôt après^ trésorier de la cathédrale de Bayeux. En 106G« Thomas passa en Angleterre avec l'évèquo de Bayeux, et en 1070 il fut élevé sur le siège de Tarchevéché d'York par le roi Guillaume; mais il ne fut sacré qu'après le mois d'août. L'année suivante il fut accusé devant le Pape Alexandre 11, d'être entré dans l'épiscopat contre la disposition des saints canons, qui en excluent les fils de prétres« Comme l'accusation était véritable, Thomas fut déposé ; mais Lanfranc archevêque de Cantorbéry, eu considération de sa science et des services qu'il pouvait rendre à l'Eglise, le fit rétablir sur son siège. Thomas prit un soin particulier de son l^lise, et veilla surtout h y ériger une bonne école pour l'instruction des clero. En 1075 il assista au grand concile tenu à Londres, et dans lequel furent faits divers renflements importants pour la bonne discipline. Il parait qu'il assista aussi à un autre concile tenu à Winchester l'année suivaue. Thomas mourut le 18 novembre de l'an 1100. Ses Bcarra.— Plusieurs anciens auteurs* parlent avec beaucoup d*éloge de la science et des travaux littéraires de Tvirchevêque Thomas. Stubs déclare qu'il employait la plus grande partie de son temps, tantôt à étudier, tantôt à enseigner, d'autres fois a composer soit en prose soit en vers, où à faire des rhy thmes, qui tiennent de la nature de la prose et de la poésie, ou enfin à noter des chants ecclésiastiques dont la lettre était presque toujours de sa composition. Il nous reste bien peu de choses de toutes ces productions de son esprit. Nous n'avons de ses poésies que l'épltanhe du roi Guillaume le Conquérant qu Orderic Vital a pris soin de nous conserver. Elle est en huit vers élé-

6 laques, dans lesquels le poète a voulu étalir une espèce Ue rime. Les quatre premiers vers sont tolérad)les ; mais les autres sont d'une platitude extrême, de sorte que la pièc« ne répond nullement à la grandeur du sujet. Il peut se trouver dans les anciens lectionnaires do l'église d'York quelques morceaux d'hymnes sacrées , et autres prières que l'archevêque Thoinas composa pour les offices ecclésiastiques. Quant à ses écrits en prose, deux lettres seulement sont venues jusqu'à nous. L'une est adressée à Lanfranc, et fait la onzième de son recueil. Elle est assez bien écrite et d'un style laconique. La seconde se trouve dans les Ànnal$s deUo((er de Uoveden. C'est proprement lattestaiion d*un miracle ofiéré sur notre auteur par l'intercession de saint Cutberti honoré d*un culte particulier dans la cathédrale de Durham. La relation de la maladie oue les médecins avaient jugée incurable et lo récit

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de la guérison contiennent la première et la plus grande partie de la lettre; la seconde partie est consacrée à la reconnaissance qu*en avait le prélat et à décharger Tégiise de Durbam des droits et redevances qu'elle devait à l'église d'York. Enfin on possède la Erofession d'obéissance^ que Thomas Gt à anfranc son primat , aussitôt après qu'il eut été sacré archevêque d'York. Milon Crispin l'a inséré dans la vie de celui-ci, afin de la transmettre à la postérité. Elle est courte, mais édifiante et bien écrite.

THOMAS, second du nom, surnommé le Jeune, pour le distinguer do son oncle paternel et son prédécesseur sur le siège épiscopal d'York, était normand donation, et né à Baveux. Doué d'une science profonde et de toutes les vertus chrétiennes, il méprisa les avantages terrestres pour se consacrer au service de Dieu dans Tétat ecclé* siastiquo. D'abord il fut clerc de la chapelle de Henri I", roi d'Angleterre, puis élevé à la dignité de prévôt du monastère de Beverley et ensuite promu au gouvernement de l'Eglise d York, en 1108, après la mort de Gérard archevêque de cette ville. Mais il ne fut sacré que le vingt-sept juin 1109. Aussitôt après son ordination il reçut le pallium, et ordonna lui-même divers évèques pour lès lies Orcades et autres Eglises o'Ecosse. Thomas gouverna son Eglise avec toute la vigilance d'un bon pasteur, l'enrichit de biens considérables ainsi que plusieurs autres, et termina ses jours à Beverley en février 1114.

Ses ÉCRITS.— Quoic^ue les écrivains n'aient pas parlé de ses écrits, plusieurs bibliographes des derniers siècles lui en attribuent quelques-uns. Jean Balcéet Simier après lui attestent que Thomas composa un Livre des offices à l'usage de son Eglise. H entra dans le goût d'un grand nombre de pieux personnages de son temps, qui se plurent à composer des chants ecclésiastiques. Notre pieux archevêque en composa lui-même un recueil, mais nous ne savons, s'il s*en trouve encore aujourd'hui quelque partie dans les anciens uianuscrits. Le différend entre Thomas et saint Anselme de Cantorbéry, touchant la profession d'obéissance, que le premier refusait de faire à l'autre comme à son primat, donna lieu h plusieurs lettres de part et d'autre. On a cinq lettres de saint Anselme à ce sujet; mais il ne nous en reste de la part de Thomas qu'une seule entière, avec le fragment dune autre, qui paraît avoir été la dernière de son côté sur cette contestation. Celle de notre archevêque, que rhistorien Edmère et le P. Alford ont insérée dans leurs histoires, est d'un bon style et écrite avec politesse. Elle renferme quelques faits historiques ; mais elle tend principalement h éloigner l'exécution de la profession d'obéissanceà l'Eglise deCaniorbéry que saint Anselme exigeait de lui suivant la coutume.

THOMAS (saint), archevêque de Cantorbéry, né le -21 décembre 1117. Il y a, dans sa naissance, quelques part culariiéi que

nous ne pouvons point passer .<ioas silence. Son père Gilbert, surnommé Becket, était natif de Normandie. Jeoue encore il vint en Angleterre et s'étant établi à Lnndres, il en devint un des principaux citoyens. En effet, nous le trouvons vers l'an 1120, shérif ou vicomte de cette cité, alors déjà fort importante.

11 avait pris la croix dans sa jeunesse et était passé en terre sainte avec un de se^ parents, nommé Richard, qui lui serrait d'écuyer. Ils y furent faits prisonniers Tun et Tautre et donnés à un émir ou prinre des Sarrasins. Celui-ci, trouvant en Gilbert quelque chose de plus distingué que dans ses compagnons, le prit en une sorte d'affection, souvent même il Je laisait venir ea sa présence pour lui parier de sa patrie lointaine et des moeurs despeuplesde l'Europe.

Ces récits, ces descriptions du pays natal, ses aventures et ses malheurs inspirèrent le plus vif intérêt A la fille unique de rémir, et delà à un sentiment plus tendre il n'y avait qu'un pas. Un jour elle trouva moyen d'entretenir seul le jeune captif et lui demautla d'où il était et en quoi consistait la religion chrétienne. Gili>ert lui dit qu'il était d'Angleterre, de la ville de Londres, et pour la religion il la lui expliqua du mieux qu*il lui fut possible. Sur Iadeuia;jd6 de la jeune musulmane, s*il soufirirait vt»lontiers la mort pour son Dieu et pour le nom du Christ, il répondit qu'il le leraitde grand cœur. Aussitôt, avec la vivacité qu'on ne retrouve que dans ces ardents climats de l'Orient, où plutôt avec toute la foi d'une néophyte que la grâce a touchée, elle lui déclare qu*elle veut se faire chrétienne, à cause de lui, pourvu qu il lui donne sa parole de la prendre pour épouse. Le pri^^nnier fort embarrassé ne répondit rien, et, malgré les pressantes insiancesde la jeune fille, il remit de jour en jour à le faire.

Sur ces entrefaites il parvint à s'évader avec ses compagnons et a retourner en Angleterre.

Peu de temps après la fille de l'émir s'enfuit également de la maison paternelle et s'embarqua avec quelques pèlerins du nord de r£urope qui la londutsireni jusqu'ea Angleterre. Pour se guider dans ce pays étranger pour elle, elle ne savait que deux mots: Gilbert et Londres, et elle allait les re* disant parles rues de cette ville, lorsque, par un hasard providentiel, elle fut rencoutrée par i'écuyer Richard qui la reconnot et courut en avertir son maître. «Gilbert étonné au delà de toute mesure, h plaça chez une veuve respectable et alla deiuauder conseil à l'évèquo de Londres à qui ii raconta toute la suite de cotte histoire. D'après l'avis du prélat, la jeune musulmane fut baptisée et prit le nom de Mathilde, puis elle épousa Gilnert fiecket, et le SI décembre 1117, elle lui donna un tils qui recul au baptême le liom de Thomas, à cause ue l'apôtre dont on célébrait ce jour*là la iéte.

Aptes avoir joui dans la ville de Londres

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d*uno grande considération acquise par son mérite et ses rertus, Gilbert mourut en 11%, laissant son fils exposé à tous les dangers que court dans le monde une jeunesse sans expérience et sans guide.

Dans la suite de cet article, nous aurons plus d*une fois recours à la nouvelle Histoire de l'Eglise universelle de Tabbé Rohrhacher, que nous nous proposons de suivre en très-grande partie dans les récits et dans )ps appréciations historiques qui ressortcnt de notre sujet.

Nous avons laissé le jeune Thomas Becket en quelque sorte abandonnée lui-même |iarla mort de son père ; heureusement sa pipuso mère lui avait inspiré, dès ses premiers ans, la crainte de Dieu et une tendre dévotion envers la irès-sainte Vierge. Elle Tacroutuma aussi de bonne heure à la pratique de Tobéissance et du renoncement h sa volonté propre ; de plus il n'entreprenait jamais rien d'important sans consulter des personnes éclairées et vertueuses, ce qui lui évita bien des chutes et bien des dangers.

Il avait commencé ses études dans un monastère de chanoines réguliers et il alla les continuer aux écoles de Londres qu'il fréquenta jusqu'à rage de vingt et un ans, époque à laquelle il perdit sa bonne et pieuse mère. Après être resté environ une année sans travailler, il comprit h quel péril i'exposaii le désœuvrement et il se rendit è Oxford, puis à Paris, où il acheva de se perfectionner dans rétude du droit canonique et dans les différentes parties de la littéiature que Ion y enseignait alors.

De retour à Londres, il s'attacha comme secrétaire à la cour de ville et ne tarda pas h y Taire preuve de capacités supérieures. Retiréensuiteà la campagne chez un jeune seic;neur de ses amis, il devint passionné j)ourla chasse. Un jour qu'il chassait au vol, son faucon s'abattit sur un canard et disparut avec lui dans les eaux d'une rivière. Thomas, qui tenait à ne pas perdre son oiseau favori, se précipite dans l'eau à sa poursuite, et bientôt le courant Pentraine à un mille de distance. C'en était fait de sa vie, il allait passer sous la roue d'un mou« lin, lorsque cette roue s'arrêta tout à coup. L(; jeune chasseur vit dans cet événement quelque chose de providentiel et résolut de loycnir entièrement à Dieu qu'il commençait à trop oublier ; il retourna donc h Londres où ses vertus et ses talents lui curent l)ipni6t acquis une grande considération. On admirait surtout en lui une intégrité et une droiture inflexibles qui lui faisaient déle^ter même l'ombre du mensonge.

Thibaut, abbé du Bec, qui fut élevé sur le siège archiépiscopal de Cantorbery en 1138, élait le compatriote et l'ami du père ^c Thomas; l'archevêque donc, à qui Thofnns futrecommaniié, lui offrit une place <lans sa maison. Thomas alla le joindre: il élnit grand, bfen fait de sa personne, d'une ligure qui prévenait en sa faveur. A ces avantages il joignait une grande facilité et

beaucoup d'éU'^gance de parole. Peu avant l'époque dont nous parlons, il avait em-* brassé l'état ecclésiastique. Thibaut eut bientôt reconnu de c|iielle utilité pouvaitlui être un sujet aussi capable. Il lui permit donc défaire un voyage en Italie et d'étudier pendant un an le droit canonique à Bologne. Il passa aussi quelque temps à Auxerre. A son retour en Angleterre il reçut le diaconat et l'archevêque le nomma succès*sivement prévdt de Beverleyet chanoine de Lincoln et de Saint-Paul de Londres, |>uis archidiacre de Cantorbery. Cette dernière dignité était des premières du royaume.

Elle donnait droit a celui qui en était revêtu de siéger à la chambre des lords, après les évêques et les abbés. Thibaut l'envoya plusieurs fois à Rome pour des négociations importantes dont il s'acquitta toujours avec succès.

Thibaut, ayant refusé de travailler h faire

f)arvenir au trône Kustache, fils du roi Stienne, ce qui était contraire aux conventions arrêtées entre ce dernier et Henri II, fut exilé du royaume; mais peu après il y fut rappelé do la manière la plus honorable. L'archevê()ue n*avait agi en toute cette affaire Que par les consens de Thomas Becket, et ce lut celui-ci qui assura la possession de la couronne h Henri IL

Ce prince monta sur le trAne en llSi", et, trois ans après , sur les bons témoignages

Sue l'archevêque de Cantorbery lui donna e la capacité et de la vertu de son archidiacre, il le nomma chancelier d'Angleterre. L'intégrité et la douceur du nouveau dignitaire lui acquirent Pestime et l'affection des sujets et du monarque. Ce dernier le chargea de l'éducation du prince Henri, son fils, afin qu'il lui apprit, avec l'amour de la vertu, l'art difficile de gouverner les hommes. Il l'envoya vers ce temps en France pour négocier un traité entre les deux couronnes et arrêter le mariage du prince royal d'Angleterre avec Marguerite de France, fille de Louis le Jeune.

A cette époque, le frain de maison du chancelier était fort fastueux, et, en lo voyant passer, les gens du pays disaient en France : Quel homme doit donc être lo roi d'Angleterre, quand son chancelier voyage en tel équipage! Toutefois, malgré tant du vanité et au milieu des délices, Thomas conserva toujours une grande pureté de mœurs et une parfaite régularité de conduite.

Pendant qu'il terminait quelque affaire du roi son mattro en Guienne, Jean de Salisbury lui adressa deux ouvrages qu'il faisa t paraître, le Polycraiique ou amusemenis des couriisans et la Métaiogique.

Thibaut,, archevêque de Cantorbery, étant mort en 1161, le roi pensa à lui donner pour successeur Thomas dont il connaissait tout le mérite. Le peuple de Cantorbery et d'Angleterre le regarclaii aussi comme le plus digne de ce grand siège. Quand lo prmco s'en ouvrit à son chancelier, celui-ci, pour toute réponse , lui montra en souriant ses

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soiiiplueux habits de courtisan» qiii ii*indîqiiaieiU cerles pas de la disposition à quit* ter le inonde pour s*adonner aux travaux de l'épiscopat. Il prédit de plus au roi qu'il ne larderait pas à retirer à l'archevêque les bonnes grftces dont il avait honoré le chancelier. «Sachez, lui disait-il, que si cela arrive, vous m*6terez bientôt votre amitié, et elle se changera en une haine mortelle. Vous demanderez de moi des choses et vous faites «léjà sur l'Eglise des entreprises c^ueje ne pourrai souffrir; les envieux m profateront et mettront entre nous une division éternelle. »

Le roi n'en persista pas moins dans sa résolution et Thomas fut élu. Il n'accepta que sur les pressantes invitatious du cardinal Henri de Pise, légat du pape, et fut sacré <^véque le Sjuin 1162, par Henri, évéque de Winchester, en présence du jeune roi.

Dès ce moment, Thomas devint un autre homme, et le commencement de son épiscopat devint aussi pour lui le commencement d'une nouvelle vie.

Comme les chanoines de sa cathédrale étaient moines, il prit leur habit. Sa vie était très-austère, ses aum&nes sans bornes. Les pauvres étaient comme ses enfants et regardaient sa maison comme la leur propre. Il reprenait avec liberté les vices des grands, et 1 amitié que le roi lui avait conservée n'était employée par lui qu'à réprimer leurs injustices.

Cette bonne intelligence servait beaucoup a la prospérité de l'Rglise et de l'Etat. Malheureusement elle fut de bien courte d\irée.

Dès l'année 1163, l'archevêque ne voulut plus conserver la charge de chancelier, et sa démission déplut beaucoup au roi; puis Henri s'emparait des biens et des revenus des évôchés et des autres bénéfices, quand ils venaient à vaquer, et il en faisait durer la vacance le plus possible. C'était là une violatiou manifeste des prescriptions ecclésiastiques et Thomas réclama vivement contre un pareil abus. L'archevêque s'opposait encore aux prétentions des juges laïques qui citaient a leur tribunal les ecclésiastiques, quoique ces citations fussent contraires auL immunités fondamentales de l'Eglise d'Angleterre. Enfin, un dernier sujet de mécontentement pour le roi fut le zèle avec lequel le prélat s élevait contre les officiers de la couronne qui opprimaient les églises ou en usurpaient les meus.

Telles furent les causes des persécutions que le roi fit soufl'rir à l'archevêque. Il commença par exiger des évêques qu'ils fissent serment d'observer et de maintenir toutes les coutumes du royaume. Thomas, qui s*apercevait bien que ce mot coutumes permettrait au roi de continuer à envahir les biens du clergé, no voulut Tadmettre qu*avec cette restriction : sauf notre ordre^ aest-àdire, sauf les droits ce Tépiscopat. Ces paroles, qui se retrouvaient dans le serment do fidélité étaient toutes naturelles, et leur non-acceptation prouva la mauvaise loi du prince. Parmi les évêques, plusieurs, oubliant leur devoir pour se rai)-

S! peler qu'ils étaient courtisans;, se rangèrent

i de lavis du monarque. Celui-ci pressait de

^ son côté l'archevêque par ses promesses ei

ses caresses. Les granas lui représentaienl

3ue, pour un mot, il expos^ait rEgiise aai erniers malheurs. Un abbé cistercien Tin( même le trouver, à ce qu*il disait, de la part du pape, pour le presser d'accéder à la volonté du roi. Enfin Thomas se rendit et pn> mit, d'abord à Oxford , puis à ClareDdn», d'observer les coutumes sans aucune restriction. Voici en quoi consistaient ces coutumes.

« A la vacance d'un bénéfice queIconqu^ le roi le gardera et en- percevra les revenu» domaniaux, et quand il faudra pourToirà cette Eglise ou à ce bénéfice, le roi en mao* dera les principales persooaes, et réleciiou se fera en sa chapelle, de sou consentemeni, et par le conseil des personnes qu'il y aari appelées de son celé. Dans cet endroit iDèice le nouvel élu fera hommage^lige au roi, promettant, avant d'être sacré, sauf soa ordre, de lui conserver la vie, les roembriii et sa dignité temporelle. »

On peut voir ici déjà aue le roi poum désormais à son gré connsquer la liberté, les élections et les privilèges de r£jlise. Voici un autre article noa moins ^subversif.

4i Les clercs cités et accusés de quoi qne ce soit, étant avertis jiar le justicier du niu viendront à sa cour pour y répondre à t 'Ut ce qu'elle jugera à propos de leurs de* mander, en sorte que le justicier du priac^ enverra à la cour de l'Eglise pour voir comment l'affaire s'y traitera, et si le clerc est convaincu, l'Eglise ne devra plus le protéger. »

L'historien Lingard observe que l'on changeait complètement, par cet article, h jurisprudence suivie jusque-là en pareille matière.

Chaque article de ces prétendues coûta* mes tendait à attribuer au rd le pouvoir ea dernier ressort sur les affaires ecclésiasii-

Îues. Ainsi, par exemple, un évéque ne evait point quitter son diocèse et traverser la mer sans la permission du roi. De nos jours, en France» nous avons vu s'exercer la même tyrannie*

Enfin un autre article portait aue tes appellations doivent aller de rarchiaiacrf à l'évêciue, de celui-ci à l'archevêque, et si ce dernier manque à faire justice, on doit venir enfin au roi pour tcrmiuer l'affaire par son ordre dans la cour de Tardjevêché.

Tels furent donc les abus que Thomas obsédé par les remontrances craintires de la plupart des évêques, promit de laisser subsister, et de reconnaître comme lois (iu royaume. Il ne tarda pas à en éprourer le plus vif repentir.

Comme il s'en retournait, son propre 1 porte- croix lui reprocha cette espèce de prévarication et aussitdt le saint prélat di\ en soupirant : « Je m'en repens de tout fm»-' cœur. J'ai lâchement trahi rE;5lisc,djV''û

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juge indigne d'exercer les fonctions sacerdotales, jusqu'à ce quej aie reçu rabsolution de Dieu et du Pape. » Aussitôt, en effet, il envoya an Souverain Pontife pour confesser sa faute et en demander Je pardon.

Le Pane Alexandre qui» pour lors, était h Sens, le consola par sa réponse, en lui envoyant Tahsolution qu'il sollicitait et l'ordre de continuer à s'acquitter des fonctions d'un zélé et d'un fidèle pasteur (16).

Il n'en fut pas de môme du roi Henri. Quand il apprit que le saint archevftque revenait contre ce qui s'était fait à Clarendon» il entra dans une furieuse colère et commença à le persécuter. « Prince téméraire et malavisé, dit Bossuet, que ne peut-il découvrir de loin les renversements étran* ges que fera un jour dans son Etat le mépris de l'autorité ecclésiastique et les excès inouïs où les peuples seront emptirtés quand

ils auront secoué ce joug nécessaire il a

tout fait fléchir à sa volonté, et il n'v a plus que le saint archevêque de Cantorbéry qu*il n'a pu encore ni corrompre par ses caresses, ni abattre par ses menaces. ^

Notre saint, voyant qu'il ne pouvait plus faire aucun fruit dans son Eglise, essaya de passer en France où le Pape était encore; mais il en fut empoché par les vents contraires. Cette circonstance anima encore plus le roi contre lui.

L'historien anglais Lingard nous fait un tableau effrayant des accès de colère de ce prince : « Sa colère, dit-il, était la frénésie d*un insensé; sa furie » celle d*une béte féroce. »

Ne pouvant amener le Pape à ses projets contre Tarchevèque, le roi parvint, par ses importunités, à en obtenir que la légation d^Angleterre serait retirée à Thomas et donnée à Roger, archevêque d'Yorck. Mais le Pape y mit pour condition que l'Eglise de Cantorbérj avec son pasteur ne serait point soumise au nouveau légat. C'est ce «ine l'on voit dans les lettres qu'à ce sujet il écrivit au prélat persécuté. La première de ces lettres est datée de Sens, le 5 mars. Il Ty exhorte à traiter momentanément le roi avec douceur

Le différend s'animait cependant de plus en plus par les intrigues des courtisans, lis fn vinrent h faire craindre au roi pour son tuiorité, s'il ne parvenait à faire céder l'archevêque.

Le prince rassembla donc à Northampton tous les évê({ues et les prélats de son royaume, et cita Thomas à comparaître devant eux. Tous, deux exceptés, se rappelèrent trop qu'ils étaient courtisans, et le hruit s'éiant répandu que le roi en voulait ^ la vie du saint ou du moins à sa liberté, es prélats prévaricateurs se hâtèrent de lui donner le lAche conseil de céder à la ]folonté du roi : « Mes frères , leur réjjondil Thomas, le monde, vous le voyez, frémit contre moi; mais ce qui m'est bien plus sensible, c'est que vous-mêmes m'êtes tous

contraires. Quand je me tairais» les siècles futurs raconteront comment vous m'avez abandonné au tort du combat. Vous venez de méjuger deux fois en deux jours, moi

3ui suis votre archevêque et votre père, et, 'après vos discours, je conjecture que vous êtes disposés encore a me juger dans le for séculier, non-seulement au civil, mais au criminel. Or, je vous défends à tous, en vertu de l'obéissance et sous peine de perdre votre ordre» d'assister au jugement où l'on

f)rétend méjuger, et de peur que vous ne e fassiez, fen appelle à l'Eglise romaine. Si les séculiers mettent la main sur moi, je vous ordonne aussi d'employer pour ma défense les censures ecclésiastiques. Au reste, sachez-le, bien que le monde frémisse, que Tennerai s'élève, qu il détruise mon corps, avec laide de Dieu, je garderai mon troupeau intact. »

Après ces courageuses paroles le saint alla célébrer la messe, et, comme par un pressentiment de ce qui pouvait arriver, il la dit en l'honneur de saint Etienne, premier martyr; puis, la croix à la main et revêtu de ses ornements épiscopaux, il alla à la résidence royale. Les évê<|ues présents voulaient qu'il déposât sa croix : « Non, non, disait le courageux prélat, elle me fait com^ batrresous l'étendard de mon Dieu. Pour ce qui |)eut arriver je m'en remets à la justice du ciel. V Tous alors, courtisans et évêques, l'appelèrent traître, ingrat et parjure. Lus évêques même appelèrent au jugement du Pape. Un seigneur vint aussi, sortant de l'assemblée oii tes grands l'avaient déclaré traître et parjure, le sommer de comparaître en leur présence pour entendre son jugement. « Comte, mon flis, lui répondit avec fermeté l'archevêque, écoutez plutôt vousmême ce que j'ai à vous dire : Le roi m'a fait archevêque de Cantorbérjr, parce que je l'avais bien servi : il l'a fait malgré moi. Dieu le sait, et j'y ai consenti pour l'amour de lui, plus que pour l'amour de Dieu, qui m'en punit aujourd'hui. Toutefois, lors-

3u*on procédait à mon élection, en présence u prince Henri, et par ordre du roi, on déclara que l'on me rendait à l'Eglise de Cantorbéry, libre et quitte de tout engagement h la cour. Ecoutez encore, mon fils : Autant l'âme est plus digne que le corps, autant devez-vous plus obéir à Dieu et à moi qu'à un roi terrestre ; d'ailleurs ni la loi ni la raison ne permettent que des enfants jugent leur père. C'est pourquoi je décline sa juridiction et la vôlre, pour être jugé de Dieu seul, parle ministère du pontife romain, à qui j'en appelle en présence de vous tous, et je mets sous sa protection l'Eglise de Cantortiéry, ma dignité et tout ce qui en dépend. El vous, mes frères 1rs évêques, qui obéissez à un homme plutôt qu'à Dieu, je vous appelle aussi au jugement du seiuneur Pape; ainsi je me relire, $i;aranti par I auinrite de TEsclise cal

lolique.

catholique et du siège apos*

1'») Vojf. B;iro;ras , année iîC2, Vie de wnl Thomaè

UCTtafGHMU

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Ayant ainsi parlé, Thomas sortit de TasseinUlée poursuivi par les injures des courli- .sans, mais au dehors, le peuple, qui sait toujours apprécier le mérite et le bon droit ijuand on le laisse en liberté, entoura' le saint et lui lit jusqu'à sa demeure, qui était le eourent de Saint*André, une marche triomphale. Là, le saint, ayant fait beaucoup d^aumfrnes aux pauvres, se livra à des pratiques de dévolion, et la nuit venue il se eoueha, feignant de vouloir prendre du repos, mats il se déroba secrètement et sortit avant le jour, n*emmenantavec lui que deux compagnons de sa fuite. Il parvint ainsi h Boulogne et se fit passer pour un moine nommé Chrétien. N'ayant pas de s&relé à attendre sur les terres du comte de Boalo^ ne, il gaçna Graveline où le maître d*une ôtellerie Te reconnut mais ue vendit pas son secret. La même nuit il partit de Graveline et arriva à Giairmarais, monastère Cisterdeu, situé à une lieue de Saint-Omer. Les envoyés du roi d*Angleterre arrivèrent dans cette ville presqu*en même temps que notre saint; il crut donc prudent de se retirer à Saint-Bertin, qui lui offrait un asile plus sûr.

Cependant les envoyés du prince anglais Vinrent à Compiègne trouver le roi de France et lui demander au nom de leur «aftre de ne pas recevoir l'archevêque fugitif dans ses Etats. Ce dernier, de son cAté, avait aussi envoyé au roi Louis le Jeune, qui accueillit parfaitement ses demandes et lui accorda l'hospitalité.

De là les deux partis se rendirent auprès du Pape qui était à Sens. Malgré le mauvais vouloir de plusieurs cardinaux, les envoyés de notre saint furent admis à une audience du Souverain Pontife qu'ils attendrirent jusqu'aux larmes par le récit des souffrances du courageux archevêque.

Le Pape qui ne voulait point le juger en son absence, leGt venir près de lui et lui ordonna d'exposer dans l^ssemblée des cardinaux toute la suite de la querelle et les motifs de son exil. Le saint parla donc en tes termes : ^ Quoique je ne sois pas fort habile, je n'ai pas toutefois assez peu de sens pour quitter sans sujet le roi d'Angleterre.; car si j'avais voulu lui être complaisant en tout, il n'y aurait personne en ses Etats qui ne m'obélt absolument; et si je voulais, à présent encore, changer de conduite, je n'aurais pas besoin de médiateur pour rentrer en ses bonnes grâces. Mais parce qu'on a obscurci en nos jours la dignité de l'Eglise de Cantorbéry, j'aimerais mieux mourir mille fois que de dissimuler les maux que nous souffrons. Voyez vousmêmes de vos yeux ce qui en est. » Et il présenta l'écrit des coutumes. — Il ajouta en pleurant: « Voilà ce que le roi d'Angleterre a ordonné contre la liberté de l'Eglise : c'est à vous de juger si on peut le dissimuler '*n conscience. »

Le Pape et les cardinaux furent vivement touchL's de la lecture de ces coutumes, et le kndeuiaîn l'archevêque se prf^senta de nou-

veau devant l'assemblée et se prosiemiot aux pieds du Pontife, il dit : « Je confesse que c'est par une faute que fai excité ces troubles dans l'Eglise d'Angleterre. Je ne sois point entré dans . la bergerie par li porte, mais à la faveur de la puissance séculière, quoique j'y sois entré malgré noi. Plus tard si j'avais renoncé à l'épiscopai sur les menaces du roi, comme mes confrères voulaient me le persuader, j'aurais laissé dans l'Eglise un pernicieux exemple. Mais à présent, je le fais en votre préseoce, et, craignant de plus fâcheuses suites ût mon entrée irrégulière et de mon incapacité, je remets entre vos mains, Saint-Père, l'archevêché de Cantorbéry. » Aussi(6l il tira l'anneau de son doigt, priant le Pape, avec larmes, de pourvoir cette Eglise duo

f»lus digne pasteur: ce qui attendrit tou es assistants jusqu'aux larmes.

Le Pontife, ayant délibéré avec les cardinaux, crut qu'il fallait donner auxévèques en la personne de Thomas, Texemple de li résistance en pareil cas. On fait donc rentrer notre saint, et le Pape lui ordonna de reprendre de sa main les fonctions pastorales, ajoutant qu'il le soutiendrait toujours contre ses ennemis. Il le remet ensuite entre les mains de Guichard, abbé de Poniigni. L*archevêque eût été heureux dans cette retraite, sans la nouvelle des persécutions que le roi d'Angleterre faisait subir à ses parents et à ses amis. Ce fut pour lut un motif de mener, dans l'abbaye de Ponii-

f;ni, une vie encore plus pénitente qoe par e passé. Cependant les fureurs de Henri continuaient de s'exercer en Angleterre et en Normandie. 11 y défendit sous des peines atroces de recevoir aucune lettre ou bulle du Pape et de rarchevèque. Mais le Soute rain Pontife, sans s'émouvoir de ses oDenaces, nomma Thomas son légat en Angleterre, et ordonna aux évèques de ce pa,« de lui obéir en tout.

Cependant le saint ne perdait pas de rue les intérêU de l'Eglise; et, de sonabbajede Pontigni, il écrivit, en 1166, une première lettre au roi d'Angleterre. Cette lettre es; pleine de douceur et de charité et clleéiau comme un premier monitoireau fougueux monarque.

Son devoir, dit-il au roi, ne loi permel pas de garder plus longtemps le silence, li exhorte ensuite le prince parles raisons les plus pressantes è rendre la liberté ait* glise d'Angleterre. — Quoique cette pre mière lettre n'eût fait qu'aigrir le roi, Doirt saint lui en adressa une seconde plus véhémente oix il le menace de la colère du cicj. en punition de la persécution qu'il faitsouifrir à ses ministres. Il lui rappelle que i» dignité sacerdotale doit être placée araai

toute autre puissance.

Mais ces remontrances furent vaine*. Toutefois craignant que le légat ne mit l'interdil sur son royaume, il enappela à son lourau Pape, quoiqu'il eût mis dans ses cootuwes que ces sortes d'appellation étaient conir»»" res aux lois nationales

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Cependant Thomas écrivit aux évâques d'Angleterre et an Pape guMI venait d'inviter une seconde fois le roi à faire pénitence ei à reconnaître ses torts. Les évêques on appelèrent à leur tour à Rome où ils s'offrirent de donner à leur tour les torts au légatquiles réfula dansune longue lettre cuiK>ervée par fiaronius, à la date de 1166.

Ce fut à cette é|>oque que le roi Henri obtint du Pape qu*il enverrait pour examiner TalTaire deux légats a tatere» Plusieurs cardinaux s'étant laissé corrompre par Tor (le ce prince, notre saint en écrivit à Buml)old et à Hyacinllie, tous les deux membres du sacré collège. Thomas s*y plaint amèrement de la vénalité de leurs collègues.

Quand Tilluslre exilé apprit cet envoi des léi^ats, il en témoigna sa peine dans les let^ 1res qu*il écrivit au Souverain Pontife. Il s^adressamôme au lésât Guillaume de Pavie (lour lui dire qu'il neVaccepterait point pour juge (17).

EuQn, h la suite de la conférence do Gisors où Ton ne flt qu'interjeter de nouveau appel au Pape, Thomas écrivit aux deux légats une lettre fort énergique où il leur dii qu'il savait bien, et eux aussi, jusqu*à quel point il devait leur obéir, et qu'il ferait toujours ce qui serait utile pour les intérêts de TEglise.

Il écrivit cependant au Pape une longue lettre où, après avoir raconté ce qui s est passé à Gisorst il se plaint que le roi n*eAt appelé des évôaues d'Angleterre que ceux qui lui étaient les plus hostiles. Il déclare qu il ne voit plus pour lui de sûreté ni même de possibilité de se rendre à aucun jugement que dans la présence de sa sainteté. « Et parce que vous 6tes chargé, dit-il, du soin du toutes les Eglises, tournez, je vous en conjure, vos yeux vers TOccident, et voyez de quelle manière l'Ëglise y est traitée. Que le canjinal Otton vous dise ce qu'il avuen Touraine et en Normandie, et ce qu*il a oui dire d^Ân^leterre'; car, pour ne point parler de l'Eglise de Cantorbéry et de celle de Tours, qu3 !o roi traite comme vous savez, il tient en sa main depuis longtemps sept évéchés vacants en notre province et lians celle de Rouen, et ne permet point qu on y ordonne d'évèques. Le clergé du rojraunie est donné en proie à ses satellites. Si nous dissimulons ces désordres, que répondrons-nous à Jésus-Christ au jour du K'einent? Qui pourra résister à TAnlecbrist, si on soutire si patiemment ses précurseurs ? C'est par ces tolérances que les rois dégénèrent en tyrans et ne laissent de jlroils et de privilèges à TEglise que ce qui lcurplaU(l8). »

Ayant reçu peu après le mandement des '<:^Ats qui ^uspendalt ses pouvoirs, il écrivu de nouveau au Pape, et, entre autres cho- ^ÇS) il lui dit : « Nous sommes devenus la ï'iséc de nos voisins par l'autorité de vos lé-

gats, qui n ont gardé aucune mesure avec nous. Pourquoi, seigneur, avez-vous donné la légation à un homme (Guillaume de Pavie) dont rentrée vous devait faire juger de l'issue de sa f:ommission ; qui, dès le commencement, n'a songé qu'à faire sa cour aux princes aux dépens de la dignité de J'E>;lise et de la vôtre (19). n

En même temps le saint évèquo écrivait plus fortement encore h tous les cardinaux. « En vertu de Quelle conscience pouvezvous dissimuler rinjure faite à Jésus-Christ dans ma personne, ou plu tôt à vous, qui devez tenir sur la terre la place de Jésus- Christ? Feignez-vous d'ignorer que le roi d'Angleterre usurpe tous les jours los biens de l'Eglise et détruit sa liberté? il étend les mains sur tout le clergé sans distinction, emprisonnant les uns, mutilant les autres , leur arrachant tes yeux, les contraignant au duel ou à Tépreuve du feu et de l'eau; il empêche les évéques d'obéir à leur métropolitain, les moindres clercs à leurs prélats, et ceux qui sont lé^j^itimement excommuniés, de se considérer comme tels. Enfln il veut ôter à l'E^^liso toute sa liberté, à l'exemide du grand schismatique, votre persécuteur. C'est le Frédéric de l'Eglise d Angleterre. Si notre roi fait tout cela impunément, que ne se permettront passes successeurs? Prenez garde; les maux croissent tous les jours aussi bien que les occasions et les moyens de les accomplir. Ne vous tiezni à la faveur des princes, ni aux richesses périssables ; faites- vous un trésor dans le ciel, en secourant les opprimés. Autrement, que Dieu nous juge, vous et moi, et tous les compagnons de mon exil 1 Qu'il vous demande comice du sang Je ceux qui sont morts pour ma cause, et (|u*il venge vos dissimulations et vos injustices! Bon Dieul quelle vigueur peut-on désormais espérer dans les membres, si elle manque dans le chef? On dit déjà hautement partout qu'à Rome on ne sait point faire justice des hommes puissants. Cette dissimulation, si vous n'y prenez garde , va gagner bientôt tous les rois; le nôire est déjà venu au point de suivre les Siciliens, ou plutôt de les précéder. Le clergé d'Angleterre s'empresse de venir à sa cour de toutes parts; les prêtres deviennent courtisans, et, sous ce prétexte, s'engagent au roi, par serment, aGn qu*ils obtiennent plus facilement dans son royaume les droits arbitraires qu'y établit sa volonté Croyez-moi donc, ranimez vos

forces , employez le glaive de saint Pierre» et vengez l'injure de Jésus-Christ , sans épargner personne : c'est là le grand cIihiiiIu

2ui conduit à la vie. L'Eglise ne doit pas tre gouvernée par la dissimulation et j»ar l'artitice, mais parla justice et par la vérité. *

La conférence de Montmirail, ménagée entre Henri et l'archevêque, ayant échoué« et le roi intriguant contre ce dernier oi;

(17) Vi/fl, I. ,1, c. «2.

'*») IM., I. 11. rpisi. 30.)

(19) Ibid,, ep. A7.

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Italie, Thomas écrivit de nouveau au cardinal Humbold. « Comme il est évident, lai dit-il , que le roi d'Angleterre ne cherche qu*à supprimer la liberté de l'Eglise et h détruire dans ses Etats l'autorité du Saint- Siège, tous les hommes sages et craignant Dieu admirent comment l'Eglise romaine Ta souffert pendant si longtemps avec tant de patience. Quelle gloire est-ce devant Dieu et devant les hommes de juger les pauvres et de ne point réprimer lescrimes des puissants, que la vraie justice punit plus rigoureusement que les autres? qui jamais, au vu et au su du Pape, a tant abusé des biens de l'Eglise que fait à présent le roi d'Angleterre? Il y a cinq ans qu'il retient mon évêché; il a tourné à son usage ceux de Lincoln, deBath, d'Herford et d'Ely; il a distribué à ses courtisans presque toutes les terres de celui de Landaf , et il ne permet point d'ordonner d'évôquo è Bangor, vacaut depuis près de dix ans. Je ne parle point des abbayes dont j'ignore le nombre. Il se vante de faire cela en vertu de sus coutumes, que l'Eglise romaine devrait avoir publiquement condamnées dès le commencement.

« C'est donc parce que je ne veux pas abaisser l'Eglise que le roi demande ma déposition ; parce que je ne veux pas abandonner la cause de Dieu, il demande que je sois Iransiéré à une autre Eglise, sans nécessité et sans utilité; parce que je ne veux pas prendre part à ses injustices, il demande que vous m'appeliez, afin que dans le voyage il puisse trafiquer de mon sang; car à quel autre dcb^ein solliciie-t-il pour me perdre, les Milanais, les Crémonais et les Parmesans, qu'il a corrompus par argent? quel mal ai-je fait à Pavie, et aux autres villes d'Italie pour

prononcer mon exil? N'a-t-on pas attiré

les Frangipanes, les Latrons, la famille de Pierre de Léon et les autres romains les plus {misants pour soumettre TEglise romaine? On promet môme de lui donner la paix avec l'empereur et avec les Saxons, et d'obliger par argent Iogs les Romains à prêter serment de fidélité au Pape, pourvu qu'il satisfasse le roi d'Angleterre par ma déposition. Vous voyez quelle sûreté et quel a^^réuient il me préparait dans ce voyage, et il ne se mettait pas en peine où je prendrais de quoi en faire les frais et do quoi satisfaire à mes créanciers. Enfin, on a beau m appeler, je ne m'exposerai jamais à ce voyage, où ma vie serait en néril. »

Sur la prière du nonce Vivien, Thomas couî^eniit h se rendre à une entrevue avec le roi à Saint-Denis. Toutefois, auparavant, voici ce (pj'il écrivit à l'envoyé du Pape :

« Pour moi, votre mission étant finie,

je fie suis plus obliçjé de me rendre h vos onires, et je ne comprends pas sur quelle assurance vous avez été si facile à m'appeler. Je ne laisserai pas, par respect pour le Saint-Siège et | ar amitié pour vous, de me trouver à votre rencontre à Corbeil, pour apprendre de votre bouche ce que nous devons espérer de ce voyaçe. »

Cette conférence de Saint -Denis fut ren-

due inutile comme les autres par h niau* vaise foi de Henri. Toutefois le Pape fut informé par les deux partis de ce qui s'y i^iau passé, et le Pontife menaça le roi de i'ei« communication.

Ce prince ayant voulu faire couronnera. fils par l'archevêque d'York, il en entdfense du Pape, et à cette occasion il y a | '> sieurs lettres de saint Thomas aux évéju-j d*Angleterre, et en particulier à celui d« Winchester. Le couronnement ayant eulie^ nonobstant ces défenses, notre saint en écrivît de cette manière au cardinal Albert :

•t Plût à Dieu, mon cher ami, que tous pussiez entendre ce r]ue Ton dit en re pary ci à la honte de l'Eglise romaine I Nos derniers envoyés semblaient avoir rapporté quelque consolation dans les lettres du Pâ;'r; mais elles ont été anéanties par d autres Nn treg en vertu desquelles l'évoque deLonJret celui de Salisbury ont été absous. Jçm sais comment il arrive toujours h la courut Rome que Barabbas est délivré et Jê>u^' Christ mis à mort. C'est par l'autorité ile celte cour que notre proscription a été y, >■ longée jusqu'à la fin de la sixième àni.w. On condamne chez vous de pauvres eii)é>, et on ne les condamne que parce qu'ilssufii pauvres et faibles. Au contraire, on ab^ou: des sacrilèges, des homicides, des voleur^

Sue saint Pierre même ne pourrait absuure, je le dis hardiuient, puisque Jésus- Christ n'ordonne d'absoudre le péchejr qu'en cas qu'il se convertisse et qu il fav^e pénitence; ici, on les absout, même saûs restitution : au contraire, c'est de nos dépouillcs que les envoyés du roi font des présents aux cardinaux et aux courtisans, i Et ensuite : n Je ne veux plus fatiguer .2 cour de Home : que ceux-là v aillent qui en reviennent triomphants de la justiLv. Plût à Dieu que le voyage de Rome d'l'iII pas fait périr inutilement tant d'iunoceoii malheureux ! »

Il écrivit encore avec la môme véhémence à Gratien qui était venu en France uu ao auparavant comme nonce pour ju^^er 50a démêlé. Dans une autre lettre au Pd))e iUi( que le roi d'Angleterre est plus facile î vaincre par la sévérité que par la douceur.

Cependant Henri finit par acquiescera un accommodement. Il se voyait en eiTot^ la veille de voir son royaume mis eu luierdit. Cet ac.covii eut lieu en Tourainc, en îa présence du roi de France et d'un grjûJ nombre de seigneurs. «(Juillel 1170.)

Le saint en lit le récit au Pape dans une longue lettre où il dit entre autres choses: « J ai appris depuis que l'archevêque de Rouen et Tévêque de Nevers ont charj^é levôque de Séez, qui passe en Ani;Ieierre, d'absoudre ceux que j'ai excouununiésî mais je ne sais s'ils lui ont prescrit la formule que vous leur avez donnée ou /il >a suivra. S'ils sont absous autrement, il ^^i*' nécessaire que vous y portiez remède; car rien n'affaiblit tant TEglise que rinipuiiile dcpareils atlcnlalïjdc !a part duSaiol-^Vf't^»

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1>E PATHOLOGIE

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rétait aa$4i dans cette lettre qu*il disait :

J'attendrai en France le retour de ceux ue j'ai cDYoyés pour recevoir la restilulon de nos domaines, n*élant pas d*avis de etûurner auprès du roi, tant qu*il aura un lied de terre à TEglise, car c*est par cette estitulion que je Terrai s*il agit sincère- )ent. Je ne crains pas toutefois quUl man- |ue à tenir sa parole, s*il n*en est emçâché arlesconseilsdeceuxàqui leur conscience e permet pas de se tenir en repos. »

Dans une lettre qu'il écrivit aussi au sousiacre Gralien, cet ancien nonce dont nous vons parlé, il dit : « Parce que TEglise rotdioe a mis sa sûreté dans la crainte, elle égard aux personnes et ne s*0{)pose point ui injustices. C'est pour ce sujet que les eaux de Dieu les plus terribles tombent ur elle, qu'elle fuit devant ses persécuteurs l subsiste à peine au milieu des maux qui accablent. . ayez soin que les lettres les lus pressantes et les nlus eOicaces, que le ape a écrites au roi d'Angleterre pour la Buse de l'Eglise, soient consignées dans les rchives, afin qu'elles servent d'exemple à I postérité. »

Le roi Henri ne se pressant pas d*exécuter . es promesses, le salut lui écrivit une lettre ni touchante qu'il termine ainsi : « Soit lie je vive ou que je meure, je suis et sc- .11 toujours h vous dans le Seigneur, et quoi u'il nous arrive à moi et aux miens, je prie )i*.*u qu'il répande ses bénédictions sur ous et sur vos enfants. »

Open/lanl, des seigneurs français fourlirent au saint de quoi at^complir décemuerit son voyage, et il commença par venir

Paris remercier le roi de France de toutes es bontés qu*il avait eues pour lui. En quit* •inl ce bon prince, il lui dit : «Je vais cherlier la mort en Angleterre, » et il ne voulut »as accepter les offres pressantes que le roi ni faisait de rester dans ses Etats; il voyait itleurs la volonté de Dieu.

Enfin, il partit et apprit en route les mauais desseins de ses ennemis qui l'atteniaient au passage pour Tassassiner. Embarqué à Wissant, petit port aux environs de pliais, il arriva heureusement à Sandwich, aiidis que ses ennemis Tattendaient à Douces pour le massacrer, (30 nov. 1170,) ^ Le peuple se j>orta à sa rencontre dans V'iTusion de sa joie et en faisant retentir *airde mille cris d'allégresse. Ses ennemis iccourus en hâte se sentirent faibles devant elle manifestation populaire. Toutefois à ^cine eut-il remonté sur son siège, que les ^vêques de Londres et de Salisburjr vinrent în Normandie l'accuser près du roi de vou- ;>ir déposer le jeune roi d'Angleterre son 3k Ce fut alors que, sous l'iniluence malfaisante de ces intrigants, le roi s'écria J«ns un accès de fureur, s'il n'y avait plus [>ersonne dans son royaume qui le délivrerait de ce prêtre (]ui troublait tout. Aussil6t quatre chevaliers de sa chambre |)artironi avec rintentiun de tuer le saint archevêque.

^pendant, celui-ci, instruit des intrigues

ourdies contre lui h la cour, en écrivit au Pape, et après lui avoir fait le récit de son retour en Angleterre, protesta de son obéissance profonde au roi et k son lils. Cette lettre est la dernière que notre saint écrivit à Rome. D'ailleurs l'heure marquée par les assassins approchait. Etant arrivés a Cantorbéry, ils jurèrent de tuer le saint, s'il ne se rendait aux volontés du roi ; et après l'avoir beaucoup menacé dans une audience qu'ils eurent de lui, ils allèrent se préparer à leur forfait. On connaît les circons-» tances de ce crime. Le saint archevêque fut massacré sur les marches du chœur de sa cathédrale, le 29 décembre 1170. 11 était Agé de cinquante-trois ans.

Outre les lettres dont nous avons donné quelques passages, saint Thomas de Cantorbéry a encore laissé des traités sur divers sujets. Mais ses lettres ont surtout de Timportapce. On y trouve souvent des preuves de l'éloquence vigoureuse de l'ancien chancelier d Angleterre, et à côté des traits de la t dus m&le énergie, l'inébranlable fermeté que a foi et la conscience de ses devoirs doivent inspirera tout Chrétien et principalement à tout évèque. 11 y a quelque chose de saisissant dans cette lutte du prélat désarmé et n'ayant pour lui que son droit, et ce monarque absolu dont la volonté était accoutumée à faire la loi.

Une pensée saisit h la lecture de ces démêlés. A la ^ place de Henri 11 mettez Henri VUl ; que Thomas di* Canlorbéry s'appelle Cranmer, et cinq siècles plus tôt l'Angleterre eût consomme son schisme; la réforme seule lui eût manqué. Mais alors la foi était vive encore, et ce meurtre qui semblait anéantir la discipline défendue par le saint archevêque, fut précisément ce qui la sauva. <K Car l'Eglise, dit Bossuet, qui avait vu répandre le sang de ses enfants pour l'établissement de sa doctrine, semblait devoir en verser encore pour l'affermissement de son autorité, et ainsi la discipline, aussi bien que la foi, a dû avoir ses défenseurs et ses martyrs, u

THOMAS, surnommé Tressent, abbé de Morigni. Il avait professé les lettres dans le monde. Dans le dessein de se faire religieux, il vint essaver sa vocation à l'abbaye de Morigni près d Etampes. Il passa ensuite dans le monastère de Coulombs dans le diocèse de Chartres, où nous le voyons prononcer ses vœux en 1099. Il y avait dix ms 3u'il en était religieux, quand le monastère e Morigni le choisit pour son abbé.

Thomas avait un granl talent pour la prédication, etie jouf même de sa bénédiction, il fil un discoura si pathétique sur le besoin de sa maison ^ui était dans une grande disette, que plusieurs grands sei-

Sneurs qui étaient présents s'empressèrent e la combler de leurs largesses. Guillaume de Garlande sénéchal de France, qui en était un, ue se borna point à un secours du moment, il attira sur notre abbé la bienveillance du roi Louis le Gros. Ce monarque, en 1119, le chargea avec Conon d'aller

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