‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 165 sur 207 · TOO · texte numérisé non relu

TOO

1TO7 Tllit mCiTH

qu'autant 'qii*il représente ta personne de la iiiuilitude.»

Parmi les auteurs modernes, il en est plus d*UQ qui traite de sédition toute opposition au gouvernement du prince, et cela sans

i'amais défmir ce que par le il faut entendre. !.es docteurs du moyen Age avaient et donnaient à cet égard des idées plus nettes. Saint Thomas, examinant si la sédition est toujours un péché mortel, conclut ainsi : « La sédition étant un combat injuste contre le bien commun de la république, elle est toujours un péché mortel ne sa nature. » On voit ici une définition exacte de ce qu*i! faut entendre par sédition. On le voit encore mieux -par l'objection que se fait le saint docteur et par la réponse qu'il y donne. « On loue ceux qui délivrent la multitude d*une puissance tyrannique. Or cela ne peut guère se faire sans que ta multitude se divise d*avec elle-môme, une partie voulant

Sarder le tyran, une autre voulant le rejeter, ^onc la sédition peut avoir lieu sans péché. » Saint Thomas répond : « Le gouvernement tyrannique n*est pas juste, parce qu'il n'est pas coordonné pour le bien commun, mais i>our le bion privé de celui qui gouverne, comme on le voit par Arislote, en son livre m* Des choses politiques^ et en son ▼III* Des morales. Cesl pourquoi la perturbation de ce gouvernement n'a point le caractère de sédition, à moins peut-être qu'on ne le trouble d'une manière si désordonnée, que la multitude sujette souffre plus de préjudice de la perturbation que du régime du tyran. Le séditieux, c'est plutôt le tjrran qui entretient des discordes et des séditions dans le peuple oui lui est soumis, afin de le dominer plus sûrement. Car cela est tyranfiique, qui est ordonné pour le bien propre de celui qui préside, au détriment de la multitude. »

Mais la multitude ne neut-elle abuser de son droit de légitime défense? £t à cet abus, quel remède? Les modernes n'en savent point. Aussi avons-nous vu des émeutes de quelques jours briser deux trônes, expulser deux dynasties, et ébranler du contre-coup tous les trônes et toutes les dynasties de r£urope. Au moyen âge, il y avait entre les rois et les peuples un inédiateur et un juge reconnu de part et d'autre : c'était r£glise et son chef. La chose paraissait alors toute simple. Les rois et les peuples, étant chrétiens^ avaient une conscience, même comme rois et comme peuples. Dans le doute, ils consultaient naturellement Je directeur su-*

Çrême des consciences chrétiennes. Saint bornas conclut que la puissance séculière est soumise à la spirituelle, comme le corps à l'âme, et qu'en conséquence ce n*est pas une usurpation de jugement lorsque le prélat spirituel s'entremet du temporel, quant aux choses dans lesquelles la {)uissance temporelle lui est soumise, ou qui lui ont

TUO

été abandonnées par la puissance temporelle même (24).

EcRiTUBB SAINTS. — Commentaires tvk Bible.,— En même temps que saint Thoœis montrait son intelligence dans la solution des questions de science philosophique ei nrême politique, il prouvait la justesse de son sens et sa prudence chrétienne dans sa opuscules sur des questions de morale. Ces deux qualités éminenles du casuiste ser^ connaissent facilement dans ses Commenuires sur les livres de /o6, des Psaumes, do Cantique des cantiques^ d'Jsaie et de Jérémt, des EpUres de saint Paul aux Romains^ gui Hébreux et aux Corinthiens , et dans a Chaînt dorée des Evangiles»

Ayant cru reconnaître dans le livre de ici une véritable histoire et non une parabolf, il a écarté les interprétations mystérieuses, et s'est efforcé de saisir le sens littéral. Ce>t

Îfénéraleraent le caractère de ses traraui sar a Bible; et il n'en faut pas plus i>our le distinguer honorablement de la lonle des commentateurs du moyen âge. Il sait employer, aussi à propos que possible, des doikds historiques qui leur sont moins familières qu'à lui ; mais il a, comme eux, le désavantage d'expliquer des textes qu*il ne roooalt que par des versions bien impaHaites; il manque souvent de l'intelligence des langues originales. En commentant le Piav/ier, il ne s'attache qu'à y retrouver l'Evangile, ainsi qu'il l'annonce expressément dans son proloçue.Du reste, il s'est arrêté au cioqaame et unième psaume, c'est-à-dire au tiers da recueil. A Tégard du Cantique des caniiifuti^ il ne doit plus être question de la longue paraphrase si vainement attribuée à Thomas, étendu sur son lit de mort, chez les religieux de Fossa-Nuova. Avait-il auparavant anooii ce livre sacré? On aurait droit de le conclure des témoignages presque unanimes des plus anciens auteurs, et ce serait Touvrage qui commence par les mots : Sa^ti vox tua in auribus meis. Cependant c'est par ces mêmes paroles que la prétendue explication faite a Fossa-Nuova est le plus souvent indiquée. Ni Echard, ni Touron, ni d'autre savants dominicains, ne sont parT^ nus à bien éclaircir cette vérité, et la glosa dont il s'agit n'a pas, il faut l'avouer, assez d'importance pour provoquer d'autres r^ cherches. Les Commentaire.s iur haie, nt les prophéties et les lamentations de Jérémit, ont paru à Sixte de Sienne trop stériles pour être d'un si fécond docteur. Toutefois, leur authenticité est établie par tant de documents, qu'on ne la révoque plus en doute. On y pourrait même remarquer une [inkision et une sorte d'exactitude littérale qui les rendraient recommandables. Beroarl Guidonis, Tocco, saint Antouin, en ont ifil un plus magnifique élo;;e : ils ont dit que dans les passages difficiles, après que le commentateur avait beaucoup prié, l)eath coup pleuréi saint Pierre et saint Paul foi

(24) Nous avons copié mol à mot tmitcet arli« VHistoin de VEglise de Rohrbicber, t.IVUf, p.i99 cle qui mite de la poUlique de saiiil Tlionias dans à 50k

THO

DE PATROLOGIB.

TIIO

apparaissaient et lui révélaient les signiQcalions mystérieuses cachées sous la lettre.

Thontas a particulièrement expliqué les deoi Erangiles de saint Matthieu et de saint Jean; mais ensuite il a rapproché les quatre éran^élistes dans Touvrage qu'on a intitulé depuis CaUna aurea ex senientiis sanctorum Patrum miro artificio connexa. Il lui avait fallu parcourir les bibliothètnies de plusieurs^ monastères pour recueillir ainsi tous les telles des PP. de l'Eglise, où sont interprétés ceuxdes écrivains sacrés. Il épargnait tous ces voyages, toutes ces investigations à ses lecteurs, et leur rendait un service d'autant plus réelt qu'une méthode trè<-savanle présidait à renchatnemenl des innombrables éléments de son travail. Ce n'était, si l'on veut, qu'une compilation, à laquelle il n'avait donné d'autre nom que celui de Continuum: mais le volume in-folio qu'elle remplit dans la collection des œuvi es de Tilluslro auteur, est Tun de ceux dont on fait le plus fréquent et le plus profitable usage. La chaîne dorée des évangiles a obtenu tant d'estime, que les Franciscains ont voulu le revendiquer pour un de leurs confrères, l'espagnol Ponce Carbonnel. Echard a pris la peine de repousser celte prél^julion dénuée de tout fondement. Uri)ain IV avait demandé ce travail à Thomas qui le lui présenta en 126^, avant que Ponce Carbonnel fût en âge de rien entreprendre. Ses co«iiiDenlaires sur quelques-unes des Epitres de ^ai^t l^ul ne tirent pas moins d'honneur à son érudition qu'à sa piété. L*idée qu'il nou$ V donne d'abord du dessein de TApôlre, et l'analyse qu'il y fait de ses lettres, suffisent pour faire comprendre combien il en avait ajtprofondi toute l'économie, et quel était le don d'intelligence qu'il avait reçu pour pénétrer dans les trésors qui y sont cachés. Dès le commencement, il fait observer que le docteur des nalions, spécialement a])|.>clé ))our faire connaître à tous les peuples les richesses de la grâce de Jésus-Chiist, n'est partout occupé* que de ce grand objet, qui esl la Un de son ministère. A ces commentaires sur les Epttres aux Romains et aux Hébreux, et sur la première aux Corinthiens, (|ue le saint docteur a écrits de sa main, on joint ceux que son disciole Kcynauld a recueillis de ses leçons publiques, et qui concernent toutes les autres Ëpllres de saint Paul. La doctrine de cet Apôlre y est rapprochée des récits de Moïse et des oracles des piophètes; les écrivains ecciésiastiçiues y sont moins cités; et pourtant l'érudilion théologique du commentateur y est remarquable encore. « Il est aisé, dit le P. Touron, un de ses historiens, de ju^er par la beauté de ces Commentaires, aussi bien que par la réputation de l'auteur, avec quel applaudissement ils furent reçus du public et admirés par les plus habiles. Quelque précieux que fussent les dilTérents écrits que l'auteur Avait déjà donnés, Tidée qu'on se forma de celui-ci, dès qu'il pariit, ût presque oublier les autres. Les savants surtout, qui faisaient leur occupation et leurs délices des saintes

Ecritures, regardèrent ces commentaires comme une clef d'or qui leur était présentée pour les faire entrer dans la profondeur des plus hauts mystères. »

Office du Saint-Sacrement, --Pendani un do ses voyages en Italie, le Pape Urbain IV l'ayant appelé à Orviette, l'invita à composer l'office de la fête du Saint-Sacrement, à l'institution de laquelle il avait contribué par ses sollicilalions. C'est principalement avec des textes de la Bible habilement choisis et combinés que saint Thomas a rédigé les différentes parties de cet office, et S'a complété par des hvmnes de sa composition. On a supposé quelquefois qu'il n'avait fait que retoucher le travail d'un prêtre liégeois que Julienne de Mont Cornillon en avait charptS potir presser Téreclion de celle solennité dont plusieurs révélations lui avaient fait connaître les avantages. Mais les Bollandistesuui, à l'article de Julienne, avaient d abord ado^)té cette opinion, l'ont rétractée et même rélutée, lorsqu'ils out eu à parler d'Urbain IV et de Thomas d'Aquin. Celui-ci n'a eu probablement aucune connaissance de l'informe essai de ce prêtre belge; et les biographes les plus voisins de ce temps, Tôcéo, Tolomée de Lucques, Bernard Guidonis, s'accordent à lui attribuer, à lui seul, l'office de nuit et de jour, qui se célèbre pendant cette solennité et son octave. Dans ce travail qui semble plutôt celui d'un ange que d'un homme, il est tour à tour poète, philosophe, théologien, ou plulôtr il necesse pas un instant d'être tout cela à la fuis. Qui n'a admiré les belles hymnes : 5acr» jo/emniis; Verbum supernum: Pange lingua^ et surtout le Lauda^ Sion, synttièse cadencée de tous les dogmes chrétiens? Santeuil, qui cependant était maître en ce genre, disait qu il donnerait tout ce qu'il avait composé d'hymnes, pour la strophe suivante du Ver* bumtupernum:

Se naueriê dédit êocîwn, Convctcens in ediUinm, Se morietu in prettuni, •

Se regnam dal m prœmwnu

En naissant à nous U s'allie.

En vivant sa cliair nous nourri. t

En niourant îl se sacriUe,

En régnant il se donne en prit. A. G.

C*est en quatre vers l'expression de nos mystères de joie, de douleur et de gloire.

Il s'en faut, sans doute, que le style da ces poëmes soit toujours d'un goût très-pur, que la latinité en soit très-élégante, et ({uo les règles de la prosodie classique y soient observées; cependant, même pour ceux à qui le souvenir de nos mystères religieux ne dit rien, le sentiment de l'harmonie s'y hianifesle par la variété des mesures, par l'heureuse distribution des nombres et des rimes et par la coupe des vers. On sent qu'il y a la une versification réelle, puisqu'elle appelle partout le chant. Les pensées presQue toujours ingénieuses ont souvent de réclat et de la grandeur. A notre avis do telles productions méritent une attention particulière» quand elles se rencontrent

TIIO

DICTIOMNAIRB

TUO

ITll

parmi les ouvrages d'un docteur si constamment et si prorondément occupé d'arguments scolastiques. C'est à cette époque qu'il faut rapporter le commencement do 1 amitié qui unit si fort le docteur Angélique et le docteur Séraphique, saint Thomas et saint Bonavenlure, représentant en eux, dans ce qu'ils ont de vrai et quand la foi les viviQe, Je rationalisme et le mysticisme. C'est probablement pour cette raison que Waddiug, sur la foi de deux cordeliers du XVI* siècle, voulait que saint Bonaventure lût déclaré l'auteur du Lauda, Sion. Cette opinion que nul document ne suggère ni uautoriscy n'a point acuuis de partisans hors des couvents de l'ordre de Saint-François. D*autres ont raconté que Urbain IV, ayant demandé l'ofnce de la nouvelle fête à Bonaventure et à Thomas, reçut les deux compositions, les examina, et préféra celle du dominicain. Mais la saine critique a fait justice de ce conte depuis longtemps.

Théologie. — Le premier des ouvrages théologiques de saint Thomas est son Com-^ mentaire des sentences de Pierre Lombard qu'il avait expliquées è Cologne, lorsqu'il y débuta comme professeur, sous la direction d'Albert le Grand. Nous en avons dit un mot, en rendant compte de cette époque de sa vie, et ce mot doit suffire, surtout dans un sujet où l'abondance des matières nous réduit presque au simple rôle de catalogisle. Pour celui qui veut le faire avec ordre, il y a de quoi se perdre, rien qu'à ra[>peler les titres des écrits de saint Thomas. Pour notre part, nous l'avouons franchement, jamais nous n'avons mieux compris l'embarras des richesses.

Quœstiones disputâtes.— Vouvrage qui se présente à nous après celui que nous venons de citer est intitulé Quœstiones disputatœ. Ces questions sont au nombre de soixante-trois, et se subdivisent en plus de quatre cents articles. Mais comme il y en a ))lusieurs sur le même sujet, tout l'ouvrage peut se réduire à sept principaux chefs; savoir, dix questions sur la puissance de Dieu; seize sur le mal, son origine, ses caractères, ses conséquences; une sur les créatures spirituelles ; une autre sur l'Âme, sa nature, son origine, ses destinées ; une question de l'union du Verbe ou de Tlncarnation;une question des vertus en générai, dans laquelle l'auteur traite de la charité, de la correction fraternelle, de l'espérance et des vertus cardinales, et vingt-neuf questions sur la vérité. Cent autres questions, intitulées par l'auteur Questions quodlihéii" queSf sont plus variées, plus imprévues et néanmoins se parta^^^ent en onze ou douze séries, qui reproduisent sous de nouveaux points de vue et avec d'autres détails, les matières théologiques discutées dans les livres précédents. Tant de problèuics, qui demeurent le plus souvent inaccessibles à la raison, et qui ne sont pas toujours résolus d'une manière positive par l'autorité, n'ont d'intérêt aujourd'hui que comme monuments de Taclivitédes études et de la subtilité

des esprits. Pour en citer quelque exemple, une de ces questions, et des moins difficiles à comprendre, consiste à savoir, si, en supposant que la charité soit une habitude vertueuse de l'âme, elle est distincte des autres habitudes des autres yterius: UabU%$ dUtinctusab aliis habitibus aliarum tirlutum, La réponse est aflirmative et se termine [it un éloge delà charité, conçu eu ces termes. Inter cœteras inrtutes charitas cau$alita(e ta prior, diutumilate major ^ mater in formtione, forma in apparittone^ finis in rmmtratione.

Cependant Thomas avait quitté Cologne, et était ailé en Italie en 1256, oùilaTait professé aux écoles de Roaie et de Naples; il était revenu h Paris prendre le grade de docteur en 1258, puis il était de nouTeao retourné en Italie en l26i^. Au milieu de ces voyages, du temps qu'il donnait à renseignement et aux nombreuses prédications qu'exigeait de lui sa grande réputation de savoir et de pieté, il pouvait encore se livrer à l'étude d'autres questions qui ne sont pas les moindres de lathéolo^^e dogmatique et mystique et même de la métaphpique transcendante. En eQet, il faut ajouter encore au nombre des tributs que Thomas d'Aquiu a payés à la scolaslique de son siècle, un Aorégé de toute ta science lhtol(h giquef des Explications du symbole defop6* treSf du Pater noster^ de VAve^ Ifana, auires que celles dont l'authenticité nous a paru inadmissible; des Traités sur les articles de la foi et les sacrements de l'Eglise; sur la forme de Fabsolution ; sur le Verbe divin; sur la nature des anges {De substantiis separaiis seu de angelorum natura); et ûes Couimeiitairos sur deux des livres de Boëce c)ui traitent de la Trinité et des œuvres divines.

Sermons. — Pour obéira l'ordre que nous nous sommes imposé, nous croyons devoir rattacher à cette catégorie des OEuvres de saint Thomas ses Sermons^ non pas que nous ayons même la pensée de les analyser, mais pour en dire au moins un mot en passaul. Nous avons remarqué ailleurs que le s.:iol docteur prêchait fréquemment, maljiré ses leçons publiques de théologie et riiuujco»e travail de ses compositions ; ce qui seul suffirait pour constituer un prodige. L*£gli$e a inséré plusieurs de ses discours parmi les leçons du firéviaire. Celles de la l'été du Saint-Sacrement nous donneront une idée de sa manière :

« Les faveurs dont Dieu, par sa honléfCon]-

ble le peuple chrétien relèvent à une dignité qui ne peut assez s'estimer. En effet, il n'y a point, il n'y a jamais eu de nation, quelque puissante qu elfe ait été, qui ait eu deb dieux qui se soient communiqués à elle fussi familièrement que notre Dieu se communique à nous, qui sommes son peuple. Car le H^ de Dieu, voulant nous rendre participaoti de sa divinité, n'a pas dédaigné de se revêtir de notre nature ; il s'est fait homme pour que les hommes devinssent des dieux; et «le plus, par un trait inconcevable do bonite tout ce qu'il a pris do nous, il Ta eoipM

THO

DE PATHOLOGlfc;.

THO

à notre sa1u(. Il a ofTert h Dieu son Pèro son corps, conime une hostie sainte sur l'autel de la croix, afni rie nous réconcilier avec lui ; et il a répandu son san^ pour être tout ensemble et le prix qui devait nous rachi'ttT de la servitude, et le bain qui devait nous laver de tous nos péchés.

Or, afin que le souvenir d*un si grand bienfait demeurât éternelleroenr gravé dans notre mémoire, il a laissé aux fidèles, sous los espèces du psijn et du vin, son propre forps pour leur servir de nourriture et de hrcuvage... O festin précieux et admirable I 6 hanquet salutaire et délicieux I £n effet, quoi de plus précieux que cette table sacrée où Ton nous donne à manger, non plus la chair t\es animaux comme dans Tancienne loi, mais Jésus-Christ lui-même, qui est le vrai Dieu. Quoi de plus admirable que cet auguste sacrement, dans lequel le pain et le vin sont changés en la substance du corps ol du sang de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme ; en sorte que Jésus-Çhrist est cont(*nu réellement sous les espèces apparentes d*un peu de pain et d'un peu de vin. En cet état, quoiqu'il soit mangé par les fidèles, il ne peut néanmoins être divisé ; au contraire, les espèces sacramentelles étant divisées, il demeure toujours indivisible et tout entier en chaque partie. Ce sacrement nous présente encore une autre merveille, c'est que les accidents du pain et du vin subsistent lors même que la substance n'y est plus. Dieu l'a ainsi ordonné pour exercer notre foi, lorsque nous recevons visiblement une chose invisible et cachée sous des espèces étrangères , et même pour empêcher nos sens d*être trompés, puisque leur jugement ne porte que sur les accidents du pain et du TJn qui leur sont communs.

« 11 n'y a point de sacrement plus avantageux et plus salutaire que celui du corps et du sang de Jésus-Christ, puisqu'il nous puriGe de nos péchés, qu*il nous fait avancer dans la vertu, et qu'il engraisse pour ainsi dire nos âmes en les comblant de toutes sortes de grâces. On l'offre dans PEglise pour les vivants et pour les morts, atin qu'ayant été institué pour le salut de tous, il puisse servir h tous. Enfin nul ne saurait exprimer les ineffables douceurs de ce mystère, qui nous fait goûter los délices spirituelles comme à leur source même, et qui nous ra[)pelle si visiblement le souvenir de l'ex- (6i d'amour que nous a témoigné Jésus- Christ en mourant pour nous. Aussi ça été Vour graver plus profondément ce souvenir danslecŒurde tous les fidèles qu'étantsur le tH)int de passer de ce monde à Dieu son Père, et ayant célébré la Pâ(]ue avec ses disciples, il institua, dans le dernier souper qu*il fit avec eux, cet auguste Sacrement comme le monument perpétuel de sa Passion, comme raccomplissement de toutes les figures de l'ancienne loi, comme le plus grand de tous ses miracles, enfin comme la plus douce consolation, et même comme une espèce de dédomma>cement réel de son absence.

I Parmi nos écrivains ecclésiastiques il en

est peu dont )e nom soit rappelé aussi fréquemment dans la chaire que celui de sain; Thomas. Il y est regardé moins comme un homme que comme un ange envoyé du ciel pour instruire l'école. Aussi n'est-il presque pas de prédicateur qui ne se soit plu à fortifier Son argumentation de l'autorité de cet auguste maître. J'en pourrais même signaler plusieurs parmi ceux de notre épocpie qui atfectent de le citer sans Tavoir jamais lu. Ce n'est pas à ceux des siècles qui nous ont précédés que l'on f)Ourrait adresser ce reproche. Non pas qu'il soit possible de ré- {>ondre qu'ils eussent jamais lu tout entière a Somme de saint Thomas; du moins on reconnaît à l'exactitude de leurs citations qu'ils s'étaient bien pénétrés de sa substance. Il y e&t communément appelé le doc'teur angélique, surnom que la pureté de son cœur lui aurait fait donner, quand il ne l'aurait point d'ailleurs mérité par ses lumières, fous les siècles chrétiens ont rendu à sa mémoire leplus|éclatant hommage: « il est par excellence l'athlète de la foi catholique, » a dit de lui l'un de nos prédicateurs. Un autre le nomme l'Augustin du xiir siècle, Bourdaloue est plein de sa doctrine. Il emprunte de lui grand nombre des desseins et des principales divisions de ses discours ; il tire de lui ses lumineuses définitions et le^ fond de ses plus heureux développements. En quoi il a été imité par nos plus habiles et nos plus profonds moralistes.

Voici le portrait que nous trace de saint Thomas, à l'époque où il vint enseigner au collège de Saint-Jacques à Paris, Guillaume de Tocco, son contemporain et son historien : « La grandeur et la droiturede son corps répondaient k la grandeur et à la droiture de son âme; la pâleur de son teint trahissait la faiblesse de son tempérament; sa tête, quelque peu chauve, était grosse, comme si les sens physiques qui servent d'organes à la raison étaient d*autant plus développés que cette raison était plus parfaite; la délicatesse de sa santé dénotait celle de son intelligence. Il était robuste cependant, mais plutôt par l'âme et par la volonté ; et, en même temps qu'il eut assez de courage pour ne rien craindre, il eut assez d'humilité pour ne rien mépriser. Il eut confiance pour cela en l'infaillibilité de lassistance divine. »

Polémique. — De la foi catholique^ contre les genliU. ^ Tous les travaux que nous avons nommés jusqu'ici, et dont l'élaboration avait dû coûter tant de jours et tant do veilles à leur infatigable auteur, devaient être suivis de plus importants encore. Dans son second voyage de Paris, cédant aux sollicitations de saint Raymond de Pennafort, supérieur général des prêcheurs, saint Thomas avait écrit sa Somme contre tes gentils^ Sue l'on peut tout aussi bien appeler sa omme philosophique. Je ne sache pas que 2uel(|ue chose de plus complet ail jamais té écrit sur la philosophie. Il nous a montré par là combien cette science lui était familière, quelle importance il y attachait, et

TUO

DfCTI0NI4ÂIR£

THO

jusqu'à quel point il en avait sondé les profondeurs.

Ce n*était plus l'idolâtrie grossière des Grecs et des Romains, telle que saint Au^

Sustin la comballit dans sa Cité de Dieu^ ont la religion avait à repousser les aUa- Sues du temps de saint Thomas; c*étaiei>t es ennemis plus hohiles et plus cachés. Le mahomélisme, né des hérésies grecques, cherchait è en disliller le venin par les philosophes arabes. Le judaïsme rabbinique, retiré* dans les ténèbres du Talmud^ y combinait sans cesse de nouvelles fables pour justifier le déicidede sqs pères. Le manichéisme, déguisé sous des noms et des masques divers, continuait toujours son projet satanique de faire retomber sur Dieu même la cause du mal , et de faire une obligation è l*bommede le commettre. Et le manichéisme, et le Talmudy et VAlcoran^ faisaient une loi à leurs sectateurs de haïr, de combattre et d'exterminer le christianisme par tous les moyens. De plus, les défenseurs de l'Eglise, les enfants de saint Dominique et de saint François se trouvaient en contact avec les chefs tartares, avec les brames de l'Inde, avec les lamas du boudhisme, avec les mandarins de la Chine, autant d'armées ennemies ou du moins étrangères, peu connues jusqu'alors, qu'il s'agit d'enrôler sous tes étendards du Christ , ou bien de vaincre avec le temps et la grâce de Dieu.

Dans ce moment, pour être prêt à tout ce

2ui peut advenir, saint Thomas d'Aquin lève, en avant de la cité sainte, un boulevard où les vaillants d'Israël trouveront les armes générales pour la défense et l'attaque, en attendant que le temps en fasse connaître de spéciales.L'ouvrage est en quatre parties avec ce titre : De la vérité de la foi ratholiquey contre les gentils. L'auteur entend ici, sous le nom de gentils, tous les infidèles, notamment ceux que nous avons nommés plus haut. Voici comme il explique luimême son dessein et son plan. Nous reproduisons tout entiers et littéralement les chapitres et l'introduclion, afin qu'on puisse ju- Ser par lui-même legrand docteur du moyen ge, son plan, sa méthode et son style. « Chap. 1". Quel est r office du sage ?—Mon cœur méditera la vérité et mes lèvres déteste^ vont Vimpie. [Prov. vni, 7.) — L'usage de ]a multitude qui doit prévaloir, suivant Arislolc, toutes les fois que l'on doit nomnier les choses, veut généralement que l'on appelle sages, ceux qui ordonnent directement les affaires et qui les gouvernent bien. De là, entre autres attributions généralement dévolues au sage , le philosophe met que c'est à lui d'ordonner. Or, toutes les fois qu*ils*agit de gouverner, c'est-à-dire, d'ordonner pour une fin, c'est uécessairifment de la fin qu'il faut prendre la règle de gouvernement et d'ordonnance; cuir alors chauue chose est disposée pour le mieux, quand elle est ordonnée convenablement pour sa fin. En effet, la fin, le but de Ithaque chose, c'est le bien. De là nous VDvoRS dans les arts que l'un gouverne l'tu^-

tre, et que celur-Ià est comme prince koui la fin de l'autre appartient. Ainsi li méae* cine domine la pnarmacie et TordonDe, parce tytiQ lasanté, dont la médecine s'occupe, est la lin de tous les médicaments que la pharmacieconfectionne.il en est de même de l'art dn pilote à celui de fal)riquer les navires, de >'art du capitaine à celui de Parnaurier. Les experts qui, dans ces arls, dominent les autres, prennent le nom de sa^cs. Mais, comme f:es artistes qui poursuivent \à fin de certaines choses p<Mrlicu Hères, n'atteignent pas la fin universelle de toutes choses, on les appelle sages en telles r»a telles parties, comme il est dit quelque part : Taiposé le fondement comme un loj/i architecte (l Cor. m, 10), mais le nom absolu de sage est réservé à celui-là seul dont lAcon» sidération s'applique à la fin de l'univers, parce quecette.fin de l'univers en estaussile jirincipe. Delà, suivant le philosophe,! c'est « au sage de considérer les causes les plus « élevées. »

tOr, la fin dernière de toute chose, c'est celle que s'est i)roposée son auteur et sco moteur. Le premier auteur et moteur de l'univers c'est rinlelligence , comme Usera montré plus bas. 11 faut donc que la fio dernière de l'univers soit le bien de l'intelli- §ence. Or, ce bien, c'est la vérité. Il faut oncquela vérité soit la fin dernière de tout l'univers, et que la sagesse insisteprl:* cipalement sur cette fin et sur sa consicéralion. C'est pourquoi la divine Sagesse. revêtue de chair, témoigne être venue en ca monde pour la manifestation de la véril^ disant: Je suis né pour cela^ et ctst pour cela que-je suis venu dans le monde^ afin dt rendre témoignage à la vérité, (Joan. xvui,37.) « Le philosophe lui-même décide que la première philosophie est la science de :a vérité, non d'une vérité quelconque, mais de cette vérité qui est la source de toute vérité, savoir, de celle qui conserve le principe d'être à toutes choses, en sorte que sa vérité spéciale est le principe de toute vérité; car la disposition des choses est telle dans la vérité que dans l'être. Or, daosuud discussion de principe, en soutenir uu est réfuter celui qui lui est contraire, comme la médecine opère la santé et exclut la maladie. Ainsi, comme il appartient ausa^ede méditer la vérité, principalcincnt touèpaut le premier principe, de même lui appartientil de combattre la fausseté contraire. CV>t donc convenablement que» de la bouche même de la sagesse, deux ollices du sa^e sont signalés dans les paroles de notre teite: l'un de mériter et d'énoncer la vérité divine, la vérité par excellence, en disacl: Mon gosier méditera la vérité; l'aune de combattre l'erreur contraire à la ^ériiét quand elle dit : £•/ mes lèvres détesimiii ce qui est impie^ par où elle désigne là fau^ seté contraire h la vérité divine , à la reli*

5;ion, qui est appelée pitié, tandia quf '& àusseté contraire prend le nom d'ioipiété. «Chap. M.Quelleest rintefUionderaïUeurf — Entre toutes les études des hooimes, /^

THO

Page 1