‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 166 sur 207 · I7IS · texte numérisé non relu

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tude de la sagesse est lapins parfaite, la plus subîimet >fl plus utile, la plus agréable : la* plus parfaite, en effet, car celui qui s'y donne possède déjà une partie de la béatitude vraie; la plus sublime, car c>st par elle surtout que rborome arrive à la ressemblance du Dieu qui a toutfaitdans lasa- );esse,et qui aimed*autant plus qu'on lui est plus ressemblant. C*est pourquoi il est dit : La sagesse esi un trésor infini pour les hom^ unes; ceux qui s'en servent ont pari à rami^ lié de Dieu. (Sap. vu, H.) Cestaussi la plus utile, car c*est par la sagesse que Ton particnl au règne de Timmorlatité : Le désir de la sagesse^ est-il dit, conduira au royaume élmieL [Sap. vi, 21.) La plus agréable, car sa conversation n^a point d'amertume et son commerce est sans ennui; sa certitude aucon^ traire est la cause de l'allégresse et de la joie. [Sap, VIII, 16.)

« Encouragés donc par la bonté divine à remplir l'office du sage, quoique Tenireprise surpasse nos propres forces, notre intention est, suiv&nt nos faibles moyens, de manifester la vérité que professe la foi catholique et d'éliminer les erreurs contraires; car, pour parler comme saint Hilaire : « Je * sens au fond de mon âme que le principal « devoir de«ma vie envers Dieu, c'est de pré- « cher par toutes mes paroles etpar tous mes t sentiments. »

« Or il est diflicile de procéder contre les erreurs de chacun, et cela pour deux causes : D'abord, les paroles sacrilèges de chacun de ceux qui suivent rer^eur no nous sont j»oint assez connues, pour que, do ce qu'ils disent, nous puissions tirer des raisons qui détruisent leurs mensonges. Les anciens Pères en ont usé de la sorte pour détruire les erreurs des gentils dent ils pouvaient savoir les positions, ayant été gentils eux-mêmes, ou ayant vécu parmi eux et ayant été instruits dtins leurs doctrines. En second lieu, parce Mue quelques-uns d'entre eux , comme les mahométans et les païens, ne s'accordent avec nous sur l'aulorilé d'aucune écriture par la(|uelle on puisse les convaincre. Nous |»;JUYons disputer contre les Juifs par TAncien Testament, contre les hérétiques |)ar le Nouveau; mais ceux-ci ne reconnaissent ni l'un ni l'autre. Jl est donc néces^aire de recourir à la raison naturelle, à laquelle tous sont contraints d'adhérer, mais qui est dé* fictive dans les choses divines. Au reste, (n examinant quelque vérité en particulier, nous montrerons quelles erreurs elle t\iclut, et comment la vérité démontrable s accorde à la foi de la religion chrétienne. « Chap. lU. Que dans les choses que nous confessons deDieuy il y a deuxmodes de vérité. ^ Alais comme le mode de manifestation ^ est pas le même pour toute vérité , et que, comme l'a très-bien dit Aristote, cité par uoëcc, il est d'un homme instruit de ne désirer sur chaque point qu'autant de créance 'lu'en permet la nature de la chose» il est nécessaire de montrer d'abord quel mode est possible pour manifester la yérité oroposée^ Qr, dans les choses que nous confessons de

Dieu ; il y a un double mode de vérité. Car il y a des vérités touchavit Dieu , qui surpassent toute la faculté de la raison humaine, comme par exemple, la trinité et l'unité. Il y en a d'autres auxquelles la raison humaine f^eut atteindre • par exemple, que Dieu existe, que Dieu est un, et autres semblables, que les philosophes eux-mêmes, conduits par la lumière de la raison naturelle, ont démonstrativement prouvées do Dieu.

« Que, parmi les vérités concernant Dieu, il .V en ait quelques-unes qui excèdent tout à fait le génie de la raison humaine, cela paraît très -évidemment. Le principe da toute la science que la raison perçoit d'une chose quelconque, c'est l'intelligence de la substance de cette chose; car, suivant la doctrine du philosophe , le principe de la. démonstration, c'est ce qu'une chose est. D'où résulte cette conclusion nécessaire . Tel est le mode dont on connatt la substance d'une chose, tel sera le mode de ce que l'on connaîtra de cette chose-là. Si donc l'intelligence humaine comprend la substance de quelque chose, comme d'une pierre ou d'un triangle, rien de ce qui est intelligible de ce triangle ou de cette pierre n'excédera la faculté de la raison humaine. Mais cela ne nous arrive pas quant à Dieu; car, pour saisir sa substance, Tintelligence humaine ne saurait y atteindre par sa vertu naturelle, attendu que la connaissance de notre intelligence, suivant le mode de la vie présente, commence par les sens. C'est pourquoi ce qui ne tombe pas sous les sens ne peutêtre saisi par l'intelligence humaine, qu'autant que la connaissance en est recueillie des sens mêmes. Or les choses sensibles ne sauraient amener notre esprii au point de voir en elles la substance di-. ▼ine, et d'v voir ce qu'elle est ; mais il peut bien, par les choses sensibles, être ameuÀ è la connaissance divine, de manière k con« nattrede Dieu, qu'il est, et autres attributs semblables du premier principe. Parmi les vérités intelligibles concernant Dieu, il y eu a donc quelques-unes qui sont pénétrables h la raison humaine, et quelques autres qui surpassent sa portée.

« Il est encore facile de voir la même chose par les degrés des vérités intelligibles. De deux hommes dont l'un regarde avec plus d'attention que Vautre quelque chose, celui dont l'intelliigeAce est plus élevée comprend beaucoup de ehoses que l'autre ne peut absolument saisir; on le voit par le paysan

aui ne peut saisir les suUiles considérations u philosophe. Or l'intelligence de l'ange surpasse plus l'intelli^^ence de l'homme, que l'intelligence du meilleur philosophe ne surpasse l'intelligence du dernier idiot ; car cette- distance est renfermée dans les limites de l'espèce humaine, tandis que; l'intelliffence de l'ange les outrepasse. A la. vérité, 1 ançe connatt Dieu par un plus noble effet, que 1 homme ; d'autant que la subs« tance de l'ange, par laquelle il est auieue à connaître Dieu d'une connaissance nalu-

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relie, est plus dittnc quo les choses sensibles et môme qiîe Tâme pnr laquelle l'intelligence humaine a la connaissance de Dieu. Mais rintolligence divine surpasse beaucoup plus celle de l'ange nue Tintelligence de range ne surpasse celle de l'homme; car I intelligence divine égale par sa capacité sa substance, et ainsi elle connaît et comprend parfaitement d'elle, tout ce qui d'elle est intelligible. Or range ne connaît point, de ]>iou, par une connaissance naturelle, ce (]u'il est, parce 'que la substance de Tange, qui le conduit à la connaissance de Dieu, est un effet qui n'égale pas la vertu de sa cause. C'est pourquoi ran;i;e ne peut pas saisir par une connaissance naturelle tout ce que Dieu comprend en lui-môme, ni la raison humaine n'est capable de saisir tout ce que Fange conçoit par sn vertu naturelle. Comme donc ce serait une extrême folie à un idiot de traiter de fauïce qui ost proposé

f^ar un philosophe, parla raison qu'il ne peut e comprendre, de même et beaucoup plus serait-ce une folie excessive à Thomme de soupçonner faux ce qui est révélé divinement par le ministère des anges, et cela, parce que ce sont des choses que la raison ne saurait pénétrer.

« La même chose se voit encore manifestement par le défaut que nous éprouvons chaque jour dans nos connaissances ; car, des choses sensibles, nous ignorons plusieurs propriétés; et des propriétés aue nous appréhendons par les sens, nous n en

Couvons trouver parfaitement la raison en ien des cas; combien plus la raison humaine est-elle insufGsante pour pénétrer tout ce qu'il 7 a d'intelligible dans cette très-excellente substance transcendante?

A guoi se rapporte le mot du philosophe ;

5ui dit au second livre de sa métaphysique: ue notre intelligence est aux premiers des êtres, qui sont très-manifestesen leur nature, comme l'œil d'une chauve-souris est au soieil. L'Ecriture sainte rend également témoignage à cette vérité; car il y est dit: Peut-être comprendrex-votM les vestiges de DieUf et trouverez-vous le Tout-Puissant jusqu'au parfait. {Job xi, 7.) Et encore : Voilà que Dieu est grande et quil surpasse notre science. {Job xxxvi, 26.) Par conséquent, tout ce qui se dit de Dieu, quoiqu'on ne puisse le pénétrer par la raison, ne doit pas être rejeté immédiatement comme faux, ainsi que l'ont pensé les manichéens et plusieurs des infidèles.

« Chap. iV. Ce qui peut naturellement se connaître de Dieu , se propose convenablement à croire aux hommes. — Comme il y a une double vérité dans ce qui peut être connu de Dieu, Tune à laquelle peut atteindre la recherche de la raison, l'autre qui surpasse tout génie delà raison humaine, l'une et l'autre sont convenablement proposées à la croyance de l'homme de la part de Dieu. C'est ce qu'il faut d'abord montrer de celle qui peut être pénétrable à la recherche de la raison, de peur qu il ne semble h quelqu'un, dès que la raison est capable de quel-

que chose, que c est vainement qu'on le propose à croire par inspiration surnaturelle. Il s ensuivrait toutefois trois inconvénients, si la vérité de première sorte était abaa. donnée à la recnerche de la raison seule. « Lq premier, c'est que peu d'hominesauraient la connaissance de Dieu. Car le fruit d'une recherche studieuse, qui est la décoQverte de la vérité, plusieurs sont empêchés de le recueillir, et cela pour trois causes. Quelques-uns, par leur complexion mêuie manquent naturellement des dispositioos nécessaires pour la science, en sorte qoe par aucune étude ils no pourraient parTcni; au plus haut degré de la connaissance iiu maine, qui est de connaître Dieu. Quelquesuns en sont empêchés par les soins nécessaires des affaires domestiques; car, ii faut que parmi les hommes, il y en ait qucl]u^S' uns qui s'appliquent à l'administration d'i temporel, et qui ne pourraient consatrer assez de temps au loisir d'une recbeniiâ contemplative pour arriver au faîte de finvesti^ation humaine, savoir la connaissamt de Dieu. Quelques-uns en sont empêchés par la paresse. Pour la connaissance de ce que la raison peut découvrir de Dieu, il faut connaître auparavant beaucoup de diodes,

fmisque la considération de presque toute a philosophie est dirisée vers la connaiv sance de Dieu, et que la métaphysique, qui s'occupe des choses divines, reste pour cela la dernière partie de la philosophie à apprendre. Ainsi donc, ce n'est qu'avec im S;rand travail d'étude qu'on peut parTenirà a recherche de celle vérité ; travail que peu veulent subir pour l'amour d'une scienre dont cependant le Seigneur a impriiné le désir naturel à l'Âme humaine.

« Le second inconvénient, c'est que ceux qui arriveraient à la connaissance ou à la découverte de la vérité en question, y arriyeraient à peine après un long temps, soiii cause de la profondeur de cette vérité, que rintelligence humaine ne peut trouver par la voie de la raison, qu'après un long exercice; soit à cause de tant de connaissances préliminaires qu'il faut avoir, comme il a été dit; soit, parce que dans le temps de la jeunesse, ballottée par les passions, rime n'est point propre à la connaissance d'une vérité aussi haute; mais c'est dans lecJiline qu'elle devient prudente et savante, comme il est dit au viii" livre cfe* Physiques. Le genre humain, si la voie de la raison était la seule ouverte pour connaître Dieu, demeurerait donc dans les plus grandes ténèbres de l'ignorance, puisque la connaissance de Dieu qui rend les hommes {«rfate n'adviendrait qu'à très-peu et encore après un très-long temps.

« Le troisième inconvénient c'est qu'à l'investigation de la raison humaine se mêle le [^lus souvent la fausseté, à cause de ladcbiilé de notre intelligtnce dans ses jugemeots, et à cause des fantômes qui sy wélenl C'est pourquoi les vérités les mieux ilémontrées resteraient douteuses auprès d*on grand nombre, attendu qu'ils ignorent 11

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DE FATROLOGlfi.

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force de la démonstration , mais surtout parce qu'ils volent ceux que Ton appelle sages ou savants, enseigner des choses diverses les uns des autres. De plus, parmi beaucoup de vérités que Ton aémontre, se Tiiêie j»arfois quelque chose de faux qu'on ne démontre pas, mais qu'on soutient par une raison probable ou sophistique, qui ( asse quelquefois pour une démonstration, c II a donc fallu que la vérité touchant les choses divines fût présentée aux hommes par la voie de la foi, avec une certitude flxe. C*e>l donc bien salutairement que la cléu^nce divine a ordonné de tenir par la foi môme les vérités que la raison peut découvrir, afin que tous puissent participer facilement à la connaissance divine, et cela sans doute ni erreur. C'est là ce qui est dit dans le chapitre iV aux Ephésiens (v. 17) : Afin aue vous ne marchiez plus comme marcheni tes geniiis dans la vanité de leur esprit ^ avec une intelligence obscurcie par les ténèbres, El dans le liv* cha|)itre (ïlsaîe (v. 13) : Je rendrai tous les enfants instruits par te 5etgneur.

«Cliap. V. Qu'il est convenable deproposer à tenir par la foi ce qui ne peut être découvert par la raison. — 11 en est peut-être qui pensent que ce qui ne peut être découvert par la raison ne doit pas être proposé à croire, puisque la divine sagesse pourvoit à chacun suivant ]e mode de sa nature. H faut donc démontrer qu'il est nécessaire que ce qui surpasse la raison soit proposé à la croyance de rhomme de la part de bleu.

t Nul ne se porte è rien par le désir oa l'élude, s'il ne le connaît auparavant. Or, les hommes ont été destinés et ordonnés par la divine Providence, à un bien plus élevé que ne peut en éprouver en la vie présente la fragilité humaine, ainsi qu'on le verra dans la ^uite. Il a donc fallu que i*espritfût évoqué à quelque chose de plus haut aue notre raison à présent ne peut atteindre, afin qu'il apprit ainsi à désirer quelque chose et è tendre vers quelque chose qui surpasse tout l'état de la vie présente. Et cela convient principalement à la religion chrétienne, qui promet particulièrement les biens spirituels et éternels; et c*est pour cela qu on y propose plusieurs fhosesquisurpassentrihtelligencenumaine.

lia loi ancienne, qui avait des promesses temporelles, en proposa peu qui excédassf'ni la portée de l'humaine raison. C'est ainsi (|ue les philosophes eux mêmes, pour amener les hommes du plaisir des choses sensibles à l'honnêteté, ont eu soin do démontrer qu'il y a des biens préférables à ceux des sens, et dont le goût rrjouit beaucoup plus agréablement ceux qui s'appliquent aux vertus actives ou contemplatives. « Il est encore nécessaire que des vérités de cet ordre soient proposées k la croyance des hommes, afin qu'ils aient de Dieu une connaissance plus vraie. Car alors seulement nous le connaissons vraiment Dieu, quand nous croyons qu'il est au-dessus de tout ce qu'il est possible à l'homme de penser de

Dieu, attendu que la substance divine surpasse la connaissance naturelle de l'homme, comme il a été montré plus haut. Par cela donc que l'on propose k l'homme sur Dieu certaines choses qui surpassent la raisan, s'affermit dans l'homme cette opinion, que Dieu est quelque chose au-dessus de tout ce qui peut être pensé. Un autre avantage résulte encoro de cette connaissance, savoir, celui de réprimer la présomption, qui est* la mère de l'erreur. Car il en est quelques-uns quiprésument tellementdeleur esprit,qu'ils se croient capables de mesurer toute la nature divine par leurintelligence, estimant vrai tout ce qui leur parait vrai, et faux tout ce qui ne leur parait pas vrai. Pour donc que l'esprit humain , délivré de cette présomption parvienne à une enquête modeste de la vérité, il a été nécessaire qu'il fût proposé à l'homme de la part de Dieu certaines choses qui surpassent tout à fait son intelligence. Enfin, d*après un mot d'Aristoto, cette connaissance présente encore une autre utilité. Simonide persuadait à quelqu'un d'abandonner la connaissance divine et d'appliquer son esprit aux choses humaines, disant que l'homme devait aspirer à ce qui est humai», et le mortel à ce qui est mortel. Le philosophe soutient contre lui cjue Thomme doit se traîner vers les choses immortelles et divines le plus qu'il peut. Aussi dit-il ailleurs : t Si peu que nous percevions des substances c supérieures, cependant ce peu nousestplus « cher et plus désirable que toute la connais- « sanceque nous avons des substances inféc rieures. n 11 dit encore dans le livre'ii ùu ciel et du monde,j que « quand des questions « sur les corps célestes peuvent être résolues « par une solution, même ordinaire et com- « mune» l'auditeur eu ressent une joie ex- « trême. »

« Detoutcela,i1 paraltqu'une connaissance, si imparfaite qu'elle soit, des choses les plus nobles procure à l'âme la plus grande perfection. De là, quoique la raison humaine ne puisse pas saisir parfaitement ce qui est au-dessus de la raison, toutefois elle s'acquiert beaucoup de perfection, si seulement elle le tient d'une manière quelconque par la foi. C'est pourquoi il est dit dans VEccU^ siastigue : Beaucoup de choses au-dessus do ^intelligence de l'homme vous ont été mon'^ trées,{Eccli. m, 25.) Et aux Corinthiens :iVttf ne connaît tes choses de Dieu aue r Esprit de Dieu. Mais Dieu nous les a révélées par son

Esprit. [I Cor. n,lU l'2.)

« Chap. VI. Que d'adhérer aux choses de Us foi n^est pas de ta léger et é^ quoiqu elles soie^4 Qu^essus de la raison. — Ceux qui ajoutent foi à cette espèce de vérités auxquelles la raison humaine ne fournit pas d'expérience, ne croient pas légèrement, comme s'ils suivaient de doctes tables. Cur ces secrets, la divine Sagesse elle-même, elle qui connaît tout très-pleinement, a daigné les révéler aux hommes, et a montré par des preuves convenables sa présence, ainsi que la vérité de sa doctrine et de son inspiration, lorsque, pour confirmer les choses qui surpassent la

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connaissance naturelle, elle a montré visiblement des œuvres qui surpassent la faculté de toute la nature , savoir : dans la miraculeuse guérison des maladies, la résurrection des morts, le merveilleux changement des corps célestes ; et, ce qui est plus admirable, dans Tinspiration des intelligences humaines ; en sorte que des idiots et des hommes simples, remplis du don de TËsprit- Saint, ont reçu dans Tinstant une sagesse et une éloquence souveraines.

a A la vue de ces choses, par Tefficace de la preuve que nous venons d'indiquer, non par la violence des armes, non par la promesse des voluptés, et, ce qui est le plus merveilleux de tout, parmi la tyrannie des persécuteurs, une foule innombrable nonseulement d*hommcs simples, mais encore d*hommes très-sages, ont couru h la foi chrétienne, dans laquelle on prêche des choses qui surpassent toute intelligence humaine, on réprime les voluptés de la chair, et on enseigne à mépriser tout ce qu'il y a dans le monde. Que les esprits des mortels adhèrent à ces choses, cela même est le plus

Srand des miracles; et une œuvre manireste e (a divine inspiration, c'est qu'on méprise les choses visibles et que l'on désire uniquement les invisibles. Or que cela soit arrivé, non pas subitement ni par hasard, mais Ï)ar la disposition divine, on le voit maniéstement en ce que Dieu a prédit qu'il ferait ainsi, et qu*il l'a prédit par les nombreux oracles des prophètes dont les livres se gardent avec vénération parmi nous, comme rendant témoignage à notre foi.

« Cetleespècedeconfirmalion oude preuve est indiquée dans VEpUre aux Hébreux^ quand il est dit .* Ce salut de l'humaniléayant commencé d'être annoncé par le Sei" jfifur, a été confirmé jusquà nous par ceux qui ont entendu, Dieu leur rendant témoignage par des signes et des prodiges, et par la distribution des divers dons de r Esprit-Saint. (Hebr. ii, 3, k.) Or cette conversion si merveilleuse du monde à la foi chrétienne est un indice très-certain des miracles qui ont eu lieu, on sorte qu'il n'est plus nécessaire de les réilérer, jmisqu'ils apparaissent évidemment dans leur etfet. Enfin, c'eût été plus miraculeux que tous les miracles, si le monde eût été persuadé, sans aucun signe merveilleux, par des hommes simples et

frossiers, à croire des choses aussi ardues, en opérer de si difTiciles et à en espérer de si hautes. Toutefois, même de nos temps, Dieu ne cesse pour la conQrmation de Ja foi, d*opérer des miracles par ses saints.

« Mais ceux qui ont introduit des sectes d'erreur ont procédé par une voie contraire. On le voit par Mahomet, qui attira les peu-

{>les par la promesse des voluptés charneles, à la convoitise desquelles la concupiscence de la chair pousse déjà. Il a donné des préceptes conrormes aux promesses, lâchant la bride à la volupté charnelle, choses auxquelles les hommes charnels obéissent volontiers. Ensuite il n*a donné d'autres preuves de If vérité que celles que tout

homme, médiocrement instruit, peat trouver par son esprit naturel ; au contraire, ca qu'il enseigne de vrai, il le mêle de beaucoup de fables et de doctrines très-fausses. De plus, il n'a point firoduil de miracles Ûts surnaturellemont, seul témoignage conY^ nable à une divine inspiration, lopéraiioa visible, qui ne peut être que divine, mon* trant le docteur de la vérité visiblcmeot inspiré; mais il a dit qu'il était envoyé avet la puissance des armes*, miracle qui qi manque pas même aux larrons et aui tjrans. En outre, ceux qui l'ont cru d'abord n'étaient pas quelques hommes sages dans In choses divines, versés dans les sciences divines et humaines; mais des hommes brutaux, demeurant dans les déserts, absolument étrangers à toute doctrine divine, et dont la multitude lui aida è réduire lesao^ très à sa loi par la violence des armes. Enfin, nuls oracles divins des précédents pro|)bèle$ ne lui rendent témoignage; au contraire, ?! déprave par une narration fabuleuse presque tous les documents de TAncien et dn Nouveau Testament, comme 11 est évident à quiconque lit sa loi. Aussi, par un conseil rusé, n'a-t-il point laissé lire à ses sectateurs les livres de l'Ancien et du Nouveau Testameoti de peur que, par eux il ne fût convaincu de fausseté. Il est donc de toute évidence (]ue ceux qui ajoutent foi à ses paroles, croient légèrement.

« Chap. VII. — Que par la vérité de lafoi chrétienne n'est point contrariée la tériti de la raison, — Quoique la vérité de la foi chrétienne excède la capacité de la raison humaine, cependant ce que la raison a naturellement imprimé au dedans de soi, ne peut pas être contraire à celte vérité. Car ce qui est naturellement implanté dans ta raison est certainement très-vrai, à tel point qu'il est impossible de penser que cela est faux; et il n'est pas non plus |>erniM de croire faux co qui est tenu par la foi,

[)uisquecela est si évidemment conGruiédé a part de Dieu. Comme donc il nj a que le faux qui soit contraire au vrai, ain>i qu'il résulte manifestement de leurs détinilions il est impossible que la vérité de la foi soit contraire à ces principes que la raison connaît naturellement.

« Ce que le maître introduit dans l'âme da disciple est contenu dans la science da maître, a moins que celji-t*.i n'enseigce ûclivement; ce qu.'il n'est pas permis de dire de Dieu. Or la connaissance des principes D^ turellement connus, nous a été divine* ment implantée, puisque Dieului-fflêmet-st l'auteur de la nature. Ces principes sont donc contenus dans la sagesse divine. Tout ce qui est contraire à ces principes est donc contraire à la divine sagesse. Cela ne peol donc être de Dieu. Ce que la foi lient par révélation divine, ne peut donc être coo* traire à la connaissance naturelle. De plos, notre intelligence est liée par les raisons contraires, de telle sorte qu'elle ne peat procéder à la connaissance du vrai. Si te des coonaissanccs contraires nous étaient

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^yees de Dieu, notre intelligence en se- I empêchée de connaître la vérité, ce qui peut être de Dieu. Enfin, ce qui est nalel ne peut être changé, la nature deroeu- II. Or deux opinions contraires ne peunt en même temps être dans le mèroe.

r consé luenl il n'est envoyé de Dieu à lomme ni opinion ni croyance contre la nnaissance naturelle. C'est pourquoi TAflre dit aux Romains: La parole est tout i$ de ion cœur et dans ta bouche, et cest la wole de la foi que nous prêchons, {Rom, tS.J Mais, parce qu'elle surpasse ta raison, ttsieurs la réputent contraire; ce qui ne sut être. L'autorité de saint Augustin s'y "conle, car il dit: «Ce que manifeste la vérité ne peut aucunement être contraire aux livres soit deTAncicn, soitduNouveau Testament, i» D*où cette conséquence éviente : Tous les arguments quelconques que on pourra produire contre les enseignelents de la foi, ne procèdent point droite* Dent de ces premiers principes, implantés ans la nature et connus par eux-mêmes.

>st pourquoi ces arguments n'ont point la bree d'une démonstration ; mais ce sont m des raisons probables , ou des raisons sophistiques. Et ainsi il y a lieu à les résoudre.

« Chap VIII. Ain* quel rapport la raison hu* maine se trouve avec la première vérité de la foi. y- Il semble que 1 on doit considérer aussi que les choses sensibles, d'où la raison humaine prend le princinede connaissance, retiennent en soi quelque vestige de l'imitation divine, savoir, en ce qu'elles sont, et en ce qu*elles sont bonnes; mais vestige tellement imparfait qu'il se trouve tout à fait insufiisant pour raire connaltro la substance de Dieu même. Car les effets ont à leur manière la ressemblance de leurs causes, touta^ent produisantquelque chose de semblable a soi ; cependant l'effet n'at* teint pas toujours la parfaite ressemblance de l'agent. Four connaître la vérité de la foi, laquelle ne peut être parfaitement connue que de ceux qui voient fa substance divine, la raison humaine se trouve donc dans cette jiosition : Elle peut bien, par rapporta cette vérité, rassembler quelques similitudes vraies, mais qui ne suffisent pas pour que cette vérité soit comprise comme démonstrativement ou comme entendue de soi-même. H est toutefois utile que l'esprit humain s'exerce à ces raisons, si débiles qu'elles soient, pourvu qu'il écarte la présomption de comprendre ou de démontrer : car, de pouvoir, dans les choses très-élevées, ne fut-ce que par une petite et débile considération, apercevoir quelque chose, c*est (•e qui est très-agréable, comme nous l'a* Yons vu plus haut, par un mot d'Aristote.

« L'autorité de saint Hilairc le confirme, quand il dit dans son livre Delà Trinité, en parlant de cette espèce de vérité : « Croyant

• ces choses, commencez, parcourez, persis-

* tez,et,quoiaue je sache bien que vous ne « parviendrez point au terme Je vous félicite* ^ rai cependant du progrès que vous ferez ;

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«car, qui poursuitpieusementdes choses in- « finies, quand oième il n'atteindrait jamais, « toujours néanmoins il profitera en avançant. « Mais ne vous introduisez pas dans ce se- « cret, ne vous plongez pas dans le mystère « de cette vérité sans limites, en présumant a de comprendre le total de l'intelligence; « mais comprenant que ces choses sont in- « compréhensibles. »

« Chap. IX.— De Vordre et du mode de nro' céder dans cet ouvrage.-^ De ce qui précède, il apparaît évidemment que l'intention du sa^e doit s'exercer sur une double vérité dans les choses divines et sur la réfutation des erreurs contraires. A Tune de ces vérités, l'investigation de la raison peut atteindre; mais l'autre surpasse toute l'industrie de la raison. Je dis une double vérité dans les choses divines, non de la part de Dieu même qui est la vérité une et simple, mais de la part de notre connaissance, qui est dans des cas divers pour connaître les choses divines. Pour la nianifestation de la première sorte de vérité, il faut procéder par des raisons démonstratives qui puissent convaincre l'adversaire. Mais comme on no peut pas avoir de telles raisons pour la seconde vérité, il ne faut pas se proposer de convaincre l'adversaire par des raisons, mais de résoudre celles qu'il peut avoircontre la vérité, puisque la raison éternelle ne peut pas être contraire à la vérité de foi, comme il a été mordre. La manière spéciale de convaincre l'adversaire de cette espèce de vérité, c'est l'autorité de l'Ecriture, divinement confirmée par des miracles. Car, ce qui est au-dessus de la raison humaine, nous ne le croyons que sur la révélation de Dieu. Cependant pour manifester la vérité de cette espèce, il sera bon d'apporter quelques raisons vraisemblables pour l'exerrico et la consolation des fidèles, mais non pour la conviction des adversaires, parce que l'insuffisance même des raisons les confirmerait davantage dans leur erreur, lorsqu'ils se per* suaderaient que c'est |)Our des raisons aussi faibles que nous adhérons à la vérité de la foi.

« Voulant dune procéder de la manière qui vient d'être expliquée, nous appliquerons d'abord (dans les trois premiers livres) à la manifestation de cette vérité que la foi pro* fesse et que la raison recherche, en produisant des raisons démonstratives et des raisons probables, dont nous avons recueilli 3uelques-unes des livres des philosophes el es saints, pour confirmer la vérité et convaincre l'adversaire.Ensuite, pour passerdns choses qui nous sont plus manifestes à celles qui nous le sont moins, nous procéderons dans le quatrième livre, à la manifestation de cette vérité qui surpasse la raison, en résolvant les raisons des adversaires, et en expliquant la vérité de la foi, autant que Dieu nous le donnera, par des raisons probables et des autorités.

« Nous proposant donc de poursuivre par la voie de la raison, ce que la raison humaine peut découvrir de Dieu, il se pré-

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sente k nous : 1* la considération de ce. qui convient à Dieu en lui-même ; 2r la manière dont les créatures procèdent de lui ; 3* Tordre des créatures envers lui comme envers leur fin (25). x

Voilb de quelle manière et en quel style sairt Thomas expose le dessein, le plan, la méthode et la division de son ouvrage: De la vérité catholique^ contre les erreurs des gentils. Tout y est clair, net et précis. Comme Aristote, le saint docteur prend les mots dans leur acception commune. Point de verbiage, point d'expression ni de phrase ambitieuse. C*est une armée en bataille qui marche à rennemi,et qui n*a garde de s'embarrasser d*un attirail inutile. Les idées sont si nettes, le style si naturel, qu'on peut facilement le traduire, et mot à mot^ dans les langues modernes. 11 y a surtout entre le style de saint Thomas et le caractère originel de la langue française une si grande ressemblance, qu'on dirait que le saint docteur a présidé à la formation de cette langue. Comme on a dit : ce qui n*est pas clair n'est pas français, on peut dire aussi : ce qui n*est pas clair n*est pas de saint Thomas.

Depuis assez longtemps nous n'en sommes plus là ; depuis assez longtemps ce qui nous platt, même en France, ce n'est plus ce qui est clair ou français, et dans sonen« semble et dans ses détails; mais ce qui est vague, obscur, embrouillé, nuaeeux, inintelligible; mais ce qui est allemand ou prussien, brahmaniqueou boudhique, arabe ou chinois. Les deux hommes qui de nos jours ont passé pour les plus grands philosophes, ont été deux Prussiens, des bords de la Baltique. Leur langage est si différent du langage commun, que, de leur vivant, et après leur mort, on n'a cessé de se disputer sur ce qu'ils ont voulu dire, et

Îiu'il n'y a pas deux de leurs disciples qui es entendent de la même manière. Ce qui est arrivé à ces deux princes de la philosophie contemporaine, arrive beaucoup plus encore à la populace. C*est la même confusion de mots et d'idées qu'à Babel, mais avec un inslinctdivers. A Babel, on voulait bâtir, ici on veut démolir; démolir toutes les vérités, toutes les institutions divines et humaines, pour uiettre à la place on ne sait quoi. On ne se donne pas seulement la peine d'y penser, tant on est d'accord avec soi-même. Aussi l'ouvrage de saint Thomas : De la vérité de la foi catholique^ contre les erreurs des gentils ^ pourrsiïi s'intituler aussi bien : Delà foi catholique ^ contre leser^ reurs des philosophes prussiens^ etc.

I. Le premier livre traite de Dieu et de ses attributs. Avant de démontrer que Dieu est, l'auteur fait voir qu'on peut le démontrer. Que Dieu soit, disaient quelques-uns, on ne peut pas le démontrer parce que c'est

(^) Toute cette tradnciinn est de Rolirbacher. Sous prétexte que saint Thomas est un des auteurs dont la |>hrase latine se rapproche le plus de la eonstnictioa française, il se contente de remptacer

une chose connue de soi-même. Oui, oonotte de soi-même, répond sain t Thomas, mais doo point par rap()ort à nous. Rien de si visible que le soleil, une chouette pourtant oepeui Je voir. Sui vaut Aristote, notre intellige^^ est aux vérités les plus évidentes par ellesmêmes ce que l'œil de la chnoelle esl m soleil. D'autres pensaient quereiistencei)*: Dieu ne pouvait être connue que par lifou mais non démontrée. Saint Thomas tâii voir, par l'exemple des philosophes et <ie saint Paul, qu'on peut démontrer que Dieu est, par cette démonstration qui conclotde l'effet à la cause. Quant aux preuves particulières de l'existence de Dieu, comme c«t'4 existence n'était révoquée en doute parper* sonne, il ne fait guère que les indiqaer. Dans sa Somme de théologie^ il en ex}i05e cinq, et de ce nombre est celle de rètreoécessai re, laquelle ayant été délayée dans ces derniers temps par un auteur aoglais.a passé aux yeux de bien des liltéraleurs, pour une découverte du génie moderne.

Ce à quoi le saint docteur s'attache le plus, c'est à montrer que Dieu est: « £o qooi, observe-t-il, on réussit mieux, en montrant ce que Dieu n'est pas, attendu que, ne voyant pas encore Dieu en lui-même, mais seulement dans ses créatures, qui nous en présentent des vestiges, des images imparfaites, nous devons toujours nous élancer au delà. » Il observe pareillement, avec beaocoup de iustice, que les mêmes mois, appliqués è Dieu et aux créatures, présenleot un sens (]ui n'est ni tout à fait le même, i.i tout à fait divers, .mais analogue au seoi* blable. Il y a une distance inGnie eotre Dieu et une créature quelconque; leœêiDe mot, appliqué à l'un et à l'autre, présentera donc une certaine ombre de ressemblance.

Cette observation ou cette règle est des

Elus importantes. Toutes lés erreurs sar lieu viennent de cette erreur première, que le même mot appliqué h Dieu et m créatures, a tout à fait le même sens; jiar exemple, que Dieu est de la même manière que l'homme est^ tandis qu'il y a une distance intinie entre ce même mot dans les deux phrases. Supposer que le môme nwl, appliqué è Dieu et aux créatures, signitie absolument la même chose, c'est suppo>t?f que Dieu et ses créatures, c'est au food la même chose; erreur que saint Thom»

combat et réfute dans David de Dinand, qu' supposait que Dieu était la matière première de tout ; dans un certain Amaury, qui supposait que Dieu en était Têtre formel; eofin, dans certains idolâtres, qui en faisaiint l'âme du ciel et du monde. Suivant sawi Thomas, « laDivinitéestappeléequelqueloi?

l'être de tout, dans le sens quelleen aMw cause, qu'elle en est l'exemplaire, mais dw qu elle en est l'essence. Tout ce gu'ii J* a 'être, de bouté, de perfection dm .es

les mots d'une langue par les équivalents àt /'«•• tre,sans rien ctianger à la disposiiiflD dii «x» C'est un système que nous nousalMtenoof(»f<^ lîAer.

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DE PATROLOGtE.

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réaturcs quelconques, se trouve en Dieu uréDiîDemnient, d*une manière plus parlite que dans les créatures mêmes ; en sorle ue Dieu seul n*esl pas moins que Dieu et îS créatures. Les créatures n'ont d'être el e perfection qu'aulant qu'elles participent ar assimilation ou imitation à la perfection iviue. Les divers degrés de cette particiatioii est ce qui distingue les créatures ene elles. Comme Dieu voit en iui-mème les ei;rés inGnis auxquels sou infinie perléeon est participable ou imitable, il connaît insi. d'une connaissance propre, toutes les réatures en lui-même. La divine essence, uoique une, est ainsi la similitude propre t la raison de tout ce qui estintelligible. » H. Après avoir, dans le premier livre, )nsidéré Dieu en lui-même dans ses opéliions internes et permanentes, le connais e et ie vouloir, saint Thomas passe, dans ! second livre, à considérer Dieu dans m opération hors de lui, dans la prouction des créatureset dans leurgouvernelent.

a La connaissance et la considération des Tdlurcs sont utiles pour l'instruction des Jèles, qui eu apprennent à mieux connale celui qui les a faites, elle est utile et écossaire pour réfuter les erreurs touchant

I divinité. C'est faute d'avoir bien connu mature véritable des créatures, aue les lolâtres en ont fait des dieux, que les maichéens ont inventé deux créateurs, que autres ont supposé les actions humaines Lressitéespar les astres, a

II fait donc voir dans ce livre, aue Dieu, Te suprême, est la cause de ions les êtres; c'il les a créés, c'est-à-dire, qu'il les a il (Je rien ou d'aucune matière préeiisnlc; qu'il lésa faits, non par nécessité, ais parce qu'il l'a voulu, que la distincon des créatures ne vient pas du hasard, i (le la matière première, mais de Dieu, ui a voulu représenter ses perfections innies par cette infinie diversité des créaires, que pour cela, il convenait qu'il y ^l des créatures intelligentes, comme re« résenlant plus parfaitement ou moins imsrlaitement celui qui a tout fait ; que l'flme umaine est unie plus intimement au corps u'uD pilote à son navire, comme Ta suposé Platon; qu'elle n'est pas non plus éterelle mais seulement immortelle; qu'elle *esl pas de la substance de Dieu ni transmise par la génération, mais créée par Dieu e riifi), en même temps que le corps à qui lie doit être unie.

lit. <( Dieu, qui a fait toutes choses, les a nies pour une tm ; cette fin dernière, au delà 6 laquelle nulle créature ne désire plus rien, est lui-même. Dieu étant la fin dernière de )ules les créatures, il tloit les y diriger par (is voies proportionnées à chacune ; c'est le ouvernement géni^ral de sa Providence.

drmi les créatures de Dieu, il y en a d'in<- 'liectuellesetde libres, que non-seulement ^irige vers leur fin, mais qui doivent s'y i(*i($er elles-mêmes: de là un gouverne- )eni spécial pour les créatures iniclligcntes

et libres, i Telles sont leslrois parties que saint Thomas développe dans son livre.

c D'après l'acception universelle du mot, le mal est la privation d'une chose que, par sa naissance, on devrait avoir. Si l'homme n'a pas d'ailes, ce ne lui est pas un mal; il n'est pas né pour en avoir. Mais s'il n'a pas de mains, cela lui est un mal, parce que naturellement il dt)it en avoir, s'il est parfait, tandis que ce n est pas un mal pour l'oiseau. C'est ainsi que ce mot est entendu chez tous les hommes. Or, la privation n'est pas une essence, mais une négation dans la substance. Le mal n'est donc pas une essence réelle. Ce qui renverse de fond eu comble l'erreur des manichéens, qui sup-

[)Osent qu'il y a des choses mauvaises de eur nature.

c De là suit que le mal n'est causé que par quelque chose de bon. Ce qui n'est pas, ne peut être cause de rien. Il faut donc que toute cause soit un être Quelconque. Or le mal n'est i^as un être quelconque, mais une privation ; le mal ne peut donc être la cause de rien. Si donc le mal a une cause, cette cause ne peut être que quelque chose de bon.

a De là suit encore, que tout mal est fondé en quelque chose de bien, car le mal ne peut exister par soi-même, n'ayant point d'essence. Il faut donc que le mal soit dans quelque sujet. Or, tout sujet étant une cer* taine substance, est quelque chose de bon. Donc tout mal est quelque chose de bien. »

Saint Thomas pénètre et éclaircit ces matières avec une sagacité si prodigieuse, qu'il arrive quelquefois à des conclusions aussi surprenantes de justesse que de nouveauté. i>On a demandé, dit-il, s'il y a un Dieu et d'oCi vient le mal? 11 faut plutôt conclure ceci, s'il y a du mal, il y a donc un Dieu ; car le mal ne serait pas sans l'ordre dans le bien, dont la privation est le mai. Or, cet ordre ne serait point, si Dieu n'était pas. »

Le saint docteur continue à montrer que la fin de chaque chose est le bien; que toutes choses sont ordonnées pour une même fin, qui est Dieu; que Dieu est la fin de toutes choses, en ce sens, que toutes y trouvent ce qu'elles désirent; que toutes désirent d'être assimilées à Dieu ; qu'elles imitent la bonté divine, en ce que chacune en représente quelque similitude à sa manière ; qu'elles tendent à s'assimiler à Dieu, en ce qu*à leur tour et à son image elles sont causes; que toutes choses appètent ainsi le bien, même celles qui sont privées de connaissance.

K La fin spéciale de toute substance intellectuelle est de connaître Dieu. La souveraine félicité de l'homme est de voir Dieu en lui-même ; ce qui n'est pas de sa vertu naturelle ni de la vie présente. La loi divine est donnée à l'homme pour le diriger vers cette fin, et la grAce pour l'y faire parvenir. »

IV. Après avoir ainsi signalé de loin le sommet de l'ordre surnaturel. Dieu von*

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DICT10?IKAIIIB

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temple dans son essence» saint Thomas expose, dans le quatrième et dernier livre, ce que Dieu a daigné nous révéler par la loi, en attendant que nous méritions de le voir, sur l'unité divine, sur la Trinité des personneSy sur la divinité du Verbe, son incarnation, le mystère de la Rédemption, la divinité de rEspritSaint, procédant du Père et du Fils; la nature des sacrements, Tor* dre de la hiérarchie, la résurrection des corps, l'éternité des peines et des récom-

I)enseâ, ainsi que le jugement linal, avec a réfutation des erreurs contraires.

Comme on le voit, le savant docteur aborde hardiment et résout de même le

{)robième d<? Taccord entre la raison et la 6i. 11 sait que si la première a été donnée à l*homme comme instrument d'inveslioation des choses invisibles, des bornes aussi lui ont été posées, et que la foi doit venir là où la raison voit uu fait dont elle ne comprend ni la nature, ni les lois, mais dont cependant elle ne peut nier leiistence. Il emploie ainsi à sa véritable On le plus beau don que Dieu pour sa gloire ait fait à Thonime, au lieu de le mettre au service de l'erreur, qui est sa honte, et devant laquelle l'Ëternel voile sa face. Dans cet immense ouvrage, Tinfatigable docteur, armé seuloment de la logique humaine, parcourt tout le terrain de la plus profonde métaphysique, usant toujours du langage et de la forme scolaslique en vigueur aiors dans l'école. Beaucoup accusent ces formes de la scolaslique, et uous-mème nous ne les déclarons pas exemptes d'ennui ; cependant elles avaient de précieux avantat^es, empêchant d*une part Terreur de se parer de vains artifices, et de l'autre, donnant la vérité dans toute sa nudité, dans toute sa rigueur mathématique. Et quoi de meilleur aussi pour l'esprit que cette gymnastique qui l'oblige à se tenir dans une tension continuelle, qui le fait rester toujours dans le droit chemin, l'empêchant de s'en écarter pour aller cueillir quelques fleurs dont la couleur cl le parfum sont sans doute agréables, mais qui, en détournant son attention, peuvent sinon s'égarer, tout au moins retarder son arrivée au but proposé.

Contre les erreurs des Grecs, — A la prière du Pape Urbain IV, saint Thomas d'Aquin publia un ouvrage dont le but était de préparer les Oricniaux à se réunir au Saint- Siège, eu les convainquant de schisme et d'erreur, par les principes mêmes de ceux

Ju'ils regardaient comme leurs pères, et ont lis respectaient I autorité. Il le dédia au Pape qui, en l'engageant à ce travail, 1 avait en même temps chargé d'examiner un autre écrit ou recueil de passages altribués aux anciens docteurs de l'Eglise grecque; ce qui parait par la manière dont le saint docteur s'explique en commençant son traité, c J'ai lu avec application le petit livre que Votre Sainteté m'a fait remettre. On y trouve, il est vrai des passages exprès et très-formels, des raisons qui paraissent convaincantes, et qui peuvent êlri^ d'une grande

autorité pour établir les vérilés de la foi. Mais il faut faire attention en même tempi que, parmi les textes des Pères cités dans cet écrit, il y a plusieurs choses qui |iarati* sent douteuses, et qui par là pourraieci empêcher quelques personnes d'en retirer le fruit qu'on en doit espérer, etdoouerl d'autres un sujet de dispute, ou leur foDreir une nouvelle occasion d'erreur. Il m'aduAc paru nécessaire d'éclaircir d'abord tuut et quUl y a d'obscur, de développer tout et que l'on trouve d*ambigu et uéquiT,)qij( oans ces textes, afin de mieux réus&ir i mettre ensuite dans le plus grand jour tout ce qui peut servir à expliquer ou à déreQ':rt les dogmes catholiques de notre foi. li est aisé de comprendre que les doutes des modernes sur plusieurs passages des aodt:s Pères grecs, naissent principalement de dea sources : la première est que les JifféreoH erreurs dont Tesprit de mensonge aalta^'^c notre religion, ont porté les saints docteurs qui sont vt'nus après à parler sur les (toiuts disputés avec plus de circonspection que n'avaient fait ceux qui avaient écrit aTasi li dispute. Ainsi les Pères qui ont préiéJ»'ie temps des ariens ne se sont pas toujour» expliqués sur l'unité de l'essence diriu* avec la même clarté et la même préciM<n que ceux qui ont écrit sur le comuienct:ment de Tarianisme, et il en est deru^r.' des autres. On peut s*en convaincre, Dunseulement par les écrits des différeots s'> leurs qui ont écrit à des époques diffcreotes mais encore par ceux du seul saint Au^usiir, si illustre parmi les saints docteuis; at dans les ouvrages qu'il a donnés au pulrli: après la naissance du pélagianisme, ili parlé du pouvoir du libre arbitre avtM: liij) de réserve qu'il n'avait fait aupararaci. lorsqu'il écrivait contre les mauicbéens. Il ne faut donc [)as s'étonner si, a[)rés une foule d'hérésies qui se sont élevées (Jàiii chaque siècle, les écrivains postérieurs, pour les éviter plus sûrement, ou fKiaries combattre avec plus de succès, ont trai;éiei matières de religion avec plus de préi^sr tion et de retenue. Mais aussi, quand cq trouve dans les écrits des anciens quelijues expressions peu conformes à celles dootnous nous servons plus volontiers aujourJ'l)Qi. il ne faut ni les condamner d'al)ord, ou its rejeter comme suspectes, ni aussi les éleodra et les trop })resser, mais se contenter de e> expliquer avec le respect que méritent le? auteurs, i»

Une autre occasion d'erreur pourceoi qui lisent les anciens ouvrages d'une Minière trop superficielle, c'est qu'ils ne M pas toujours assez d'attention, que b mêmes termes, qui ont un sens fort eiadei fort catholi(^ue dans la langue gre«x)ue, ^^i* vent en avoir un très-mauvais dans le iatia: c'est ce qui a porté les Latins elles Gre(>i se servir quelquefois de différentes isamères de [>arler, pour exprimer la même vérité de foi. Saint Thomas justifie cette propositiua par des exemples qui sont autant de renfles, pour nous apprendre à lire avec fruit et 3

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bien entendre les livres des anciens. Il eiplique, selon l'analogie de la foi » et par les principes mêmes» que les saints doi^tcurs ont établi un grand no.i bre de passages, dont les Grecs modernes ont coutume d*abu« ser. Les trente-deux premiers chapitres de son traité sont employés à montrer le véritable sens de ces mêmes textes, sens tou* jours orthodoxe, malgré Tobscurité, et quel* quefois la durc;lé de Texpression. Dans le reste de Touvrage, il met en (Buvre tous ces passages, et les Tait servir de preuves à toutes Ie9^ ibicibéft que FEglise romaine a toujours enseignées y et que les Grecs d'aujourd'hui combattent avec moins de lumière qued*opiniAtreté.

Le Pape Urbain IV fut si satisfait de cet ouvrage, qu'il Tenvoja à l'empereur des Grecs dont toutes les démarches semblaient tendre è la réunion des deux Eglises. Les lettres qu'ils s'écrivirent à ce sujet, marquent assez ridée avantageuse uu'ils avaient lun et l'autre de cet excellent traité, et l'impression qu'il ût dès lors sur les esprits, soit pour convaincre de schisme ceux qui s'opposaient toujours à l'union, soit pour coulirmer dans leurs bons sentiments'ceux qui la désiraient déjà, ou qui paraissaient plus disposés à l'embrasser, soit enfin, pour prouver aux uns et aux autres que les anciens docteurs et les Pères de l'Eglise grecque les plus estimés, n'avaient pas pensé autrement que les Latins sur tous les points qui, dans la suite, ont fait le sujet de nos disputes et l'occasion du schisme.

Second Traité contre les Grecs. — Un opuscule adressé par saint Thomas au chantre d'Antioche enseigne la manière de prouver aux Grecs, aux Arméniens, aux Sarrasins divers articles de foi, comme la Trinité, la Passion du Christ, l'Eucharistie, la liberté de l'homme, la résurrection finale et universelle. En marquant les règles que l'on doit observer dans les disputes avec les inlidèles, il explique d'une manière trèsrelevée ce que la théolode nous apprend touchant la génération du Verbe, la pocession du Saint-Esprit, le motif principal de riocarnation ; et dans quel sens nous disons que le Fils do Dieu s'est fait homme; que le Verbe a souffert; que les fidèles dans la communicn reçoivent le vénérable corps de Jt'sus-Cbri.«^t; que les Ames des justes après celte vie expient leurs fautes dans le purgatoire, et achèvent de satisfaire à la justice de Dieu, avant de jouir de la gloire par la vision béatifique; enfin, de quelle manière le décret divin, c'est-à-dire, la prescience et la prédestination n'imposent aux hommes «ucune nécessité morale.

C'est de ces deux ouvrages, et plus particulièrement du premier, que les docteurs catholiques se sont servis depuis dans leurs controverses avec lès Grecs. Les disciples ^e saint Thomas ont tiré de là ces armes victorieuses qui, si souvent entre leurs o^ains, ont fait triompher la vérité de l'eri'<2ur. Ils en auraient tiré un parti |)lus Avaniajeux encore, si les textes des saints

Pères qui ont écrit en grec j aTiieol ël4 nlus exactement cités et interprétés; mais l'auteur ne s'était servi que de versions trop peu dignes de sa confiance.

AUTBES icaiTt DB THEOLOGIE POLiMIQDB. —

On trouve dans la collection générale des œuvres de saint Thomas une série de questions moins graves, disculées dans trois réffOnses, l'une à son supérieur général Jean de Verceil, les deux autres à des professeurs dominicains de Besançon et de Venise. Ces questions sont au nombre de cent quatre-vingt-quatre, et il y en a trentesix qui ont été traitées et résolues en quatre jours. Nous ne citerons que celle qui s*enquiert comment les démons pénètrent les secretsde nos pensées, «lis n'ont ce pouvoir, selon saint Thomas, qu'à l'égard des pensées qui sont accompagnées de mouvements corporels, quas comitantur aliqui motus corpo* raies, » Un livre plus remarquable, intitulé: De unitate inteltectus contra AverroistaSy est destiné à réfuter une opinion professée au XII* siècle par Averroès, et fort répandue au XIII*. L'auteur de cette opinion et ses partisans préteUilaient qu'il n'existe pour tout le genre humain qu'un seul et même intellect, qu'un seul esprit intelligent. Le saint docteur démontre que ce système est aussi contraire à la saine philosophie qu'à la foi chrétienne. Nous avons dit un mot des conséquences morales que l'on en peut tirer pour la justification du crime, à la page où nous rendons compte des commentaires de saint Thomas sur la philosophie d'Arislote. C'est encore à la théologie poléiiiiquc qu'appartiennent deux courts traités qu'il adresse à l'archidiacre de Trente, et dans lesquels, en expliquant deux décrétalcs d'Innocent IJl, il repousse plusieurs doctrines erronées, notamment celle de l'abbé Joachim qui méconnaissait dans les personnes do la Trinité, Tunité de l'essence divine. L'hérésie de ce nouveau sectaire, contenue dans un livre qu'il avait intitulé ['Evangile étemel^ cousis* tait à reconnaître deux Eglises ; l'une charnelle Que gouverne le Pape, et l'autre qui est celle du nouvel Esprit de liberté; la première doit finir en 1260, la seconde vivra autant que le monde.

Apologie des Ordres mendiants. — L*averroïsme , que saint Thomas combattait dans sa chaire , ne devait pas seul diviser l'école au xiu* siècle. Un nouveau fermentde discorde allait bicnlùt être ajouté, et il devait se moqtrer d'autant plus vmlent que ce n'étaient pas seulement les doctrines qu'il attaquait; c'était à des hommes môme qu'il s'en prenait directement. Ce n'était pas sur tel ou tel enseignement qu'il portait; il mettait en litige le droit et le pouvoir d'enseigner. Des laïques, jaloux de la supériorité et des succès de l'enseignement des religieux, et ne pouvant supporter de voir tous les auditeurs se presser aux leçons des franciscains Alexandre de Halès, Duns Seul et saint Bonaventure, et des dominicains Albert le Grand, Vincent de Beauvais et saint Thomas d'Aquin» mais

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toutefois, voulant ôter à leur ressentiment son caraclère d*égoïsme mesquin, le dirigent contre les institutions dont ces hommes font partie. Guillaume do Saint-Amour écrit son Livre des périls des derniers tempsx c Deux ordres religieui nés d*hier, dit-il, couvrent le monde aujourd'hui. Ils sont pauvres, par conséquent mendiants, et n*ont pour vivre que la charité publique; leur prodigieux accroissement est à craindre pour la société; il serait mieux pour elle que ces hommes, qui, sans droit et sans capacité, se mêlent d*enseigner, s'occupassent de travaux manuels. »Son auteur envoya ce livre à Rome ; il lui fut retourné avec la censure méritée.

A la nouvelle de ce manifeste contre leur existence et leur droit, les religieux s'émurent, et saint Thomas, au nom des dominicains, fut chargé de leur défense. Il composa alors son livre* Contra impugnantem religionem^ au* il alla porter lui-même au Pape Alexandre IV. Cet opuscule est divisé en trois parties. Il s'applique d'abord à montrer ce que c'est que la religion, et en quoi sa perfection consiste, parce que toute l'intonlion des adversaires paratt être dirigée contre les religieux; secondement il expose la frivolité et la nullité des causes qu'ils invoquent pour s'efforcer d'opprimer les religieux ; et troisièmement, il prouve que les accusations qu'ils profèrent pour diflTamer les religieux leur sont dictées par la méchanceté.

!'• partie. — « Pour connaître la nature de la religion, examinons l'origine du mot. Le nom de religion^ comme l'insinue saint Augustin, vient de relier. On appelle /ler, attacher une chose à une autre, de manière qu'elle n'est plus libre de passer è une troisième. Reliaison, ou liaison réitérée, indique que quelau'un est lié à une chose à laquelle il était 'abord conjoint, mais dont il a commencé à s'écarter. £t comme toute créature a existé en Dieu avant d'exister en soi-même, et qu'elle est procédée de Dieu en s'éloignant de lui en quelque sorte, selon l'essence par la création, la créature raisonnable doit être reliée à Dieu, à qui elle était d'abord conjointe, même avant d'être, afln que les fleuves retournent au lieu d'où ils sortent^ comme dit VEcclésiaste. (i, 7.) C'est pourquoi saint Augustin dit que la religion nous relie au seul Dieu tout-puissant. Or la première liaison par laquelle l'homme est

ié à Dieu, c'est la fui , comme il est dit aux Hébreux : Celui qui s'approche de Dieu doit croire avant tout qu'il est. iUebr. xi, 6.) La iirofession de cette foi, cest le culte de latrie, comme pour reconnaître que Dieu est le principe. La religion signifie donc premièrement et principalement le culle de ^latrie, qui adore Dieu pour professer la vraie foi. De là saint Augustin observe que la religion ne signifie pas un culte quellonque, mais celui de Dieu. Cicéron la défi- I il ainsi : <c £st religion celle qui consacre « des soins, des cérémonies à une certaine • nature supérieure, que nous appelons di-

« vine. » Et ainsi, tout ce qui tient k la foi et au culte de latrie, appartient premièremeut et principalement è la vraie religion.

« Mais, en second lieu, appartient à la religion tout ce par quoi nous |)ouvons servir Dieu ; car, suivant la parole de saint Aa* ffustin, on sert Dieu, non-seulement par i foi, mais encore par l'espérance et la charité, en sorte aue toutes les œuvres derha* rite sont appelées des œuvres de retig;0Q De là ces paroles do saint Jacques: Entuligion pure et sans tache^ auprès de Dieu notu Pêre^ c est de visiter les orphelins et les uuta dans leur affliction^ et de se garder pur dt k corruption de ce monde. [Jac. i, â7.) Par où l'on voit que l'acception du mot de rtLgion est double. L'une, qui tient i la première institution du oiot, suivant laquelle quelqu'un se lie k Dieu par la foi, pour iui rendre le culte qui lui est dû; et cVstaiiiM que l'on devient participant de la religt^Q chrétienne dans le baptême» en renonçant à Satan et h ses pompes. La seconde acception, c'est quand quelqu*un s'oblige ou u lie par surcroît à certaines œuvres de cliarilé |)ar lesquelles on sert Dieu spécia}^ ment, eu renonçant aux choses du siècle; et c'est dans ce sens que nous preoou5 ici le root de religion.

« Or la charité rend à Dieu de deux manières le service qui lui est dû ; suivant h actes de la vie active, et suivant ceux de li vie contemplative. Cela se fait diversement dans la vie active, suivant les divers offices de charité que l'on rend au prochain. C>*t pourquoi on a institué certaines retigioos pour vaquer à Dieu par la contempiaiion, comme la religion monastique et érémith que; quelques-unes pour servir Dieu darti ses membres par l'action, comme ceux qui se vouent à Dieu pour soigner les malades, racheter les captifs, et exercer d'autres œuvres de miséricorde. Et il n'y a pas uneœuyre de miséricorde pour la pratique de laquelle on ne puisse instituer une religion, quand même on no l'aurait pas fait jusqu'à présenL Mais comme dans le baptênie i'hooime se lie à Dieu par la religion de lafoiel meurt au péché, de môme, par le vœu de religion, il meurt non -seulement au péché, mais au siècle, pour vivre à Dieu seul,ddui l'œuvre oCr il a voué à la foi de servir Dieu, car, comme la vie est ôtée par le péché, ue même le ministère du Christ est emiiédie par les occupations du siècle, suivant cette parole de l'Apôtre : Personne^ après s'étu fi^rôle comme soldat au service de Dieu, «f 5Vrtbarrasse dans les affaires séculières. [H Tm. ti, k.) Et vuilà pourquoi, par le vœu de v^ ligion, on renonce aux choses qui, d'anii* naire, occupent le plus l'esprit de l'houitiie, et l'embarrassent le plus dans le s^ts\\^ qu'il doit à Dieu.

« La nremière et la principale de ces choses est le mariage. Saint Paul dit aux Coriothiens : Je voudrais aue vous fussies w« sollicitude. Celui qui n a point de femme s occupe uniquement de ce qui est du Seigne^^ comment il plaira à Dieu ; celui qui esi »w-

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fié ioceupe de ce qui eit du monde^ comment il plaira à sa femme , et il est divisé. (J Cor. m, 32, 33. ) f^ .'seconde chose est la pos« bfssion d»îs richesses terrestres. Il est dit dans saint Matthieu : La sollicitude de ce siêde el la tromperie des richesses étouffent la parole, et elle demeure sans fruit. ( Matth. 1111, 2-2.) La troisième chose est la volonté iropre, parce que celui qui est l*arbitre do ^a rolonté, a la sollicitude du gouvernoiiHiUde sa vie. C'est pourquoi rEcriture nous conseille de conGer à la divine Provi- Icnce la disposition de notre état. Saint Vinn nous exhorte à jeter toute notre soU licihide'en Dieu, parce qu*il a soin de nous; el les Proverbes nous disent : Ayez confiance dans le Seigneur de tout votre cceur^ et ne vous ippuyexpas sur votre prudence. {Prov. m, ).)De là vient que la religion parfaite se consacre par un triple vœu, savoir, le vœu Je clifl.>ielé, par lequel on renonce au maiage; le vœu de pauvreté, par iecjuel on énonce aux richesses; le vœu d'obéissance, )ar lequel on renonce à sa [)ro|)rc vo-

ODlé.

« Par ces trois vœux, l'homme offre à Dieu e sacrifice de tous ses biens. Par le vœu de hastelé, il offre son propre corps comme une loslie virante, suivant la recommandation de |Ap6tre ; par le vœu de pauvreté, il.fait à Diçu oblation des biens extérieurs, à l'exemple lu même ap6tre, qui priait pour que son ablation fût agréable aux saints de Jérusaein; par le vœu d*obéissance, il offre à Dieu e sacrifice de l'esprit, comme il est dit dans s Psaume : Le sacrifice agréable à Dieu, cest n esprit affligé. [Psal. l, 19.) Par ces trois œux on oQVe h Dieu, non-seulement un acrince, mais un holocauste qui était ce u il j avait de plus agréable dans la loi. De ) saint Grin^oire dit dans sa huitième holélie sur Y Exode : Lorsque quelqu'un voue Dieu quelque chose qui est à lui, sans lui Duer le reste, c'est un sacrifice ; mais quand voue au Dieu tout-puissant tout co qu'il ) tout ce qu'il est, tout ce qu'il aime, c'est n holocauste. £t ainsi, la religion, prise ans le second sens du mot, imite la religion risedans le premier sens, en ce quelle (Tre à Dieu un sacrillce. Hais il y a des maières de vie où l'on omet quelques-unes de îs choses ; aussi n'y trouve-t-on pas le caictère d'une religion parfaite. Quant à tout ^ reste qui se rencontre dans les religions, s sont autant d'aides et d'appuis, soit pour î prémunir contre les choses auxquelles on renoncé par vœu, soit pour bien observer ?lles qu'on s'est engagé à faire pour le sériée de' Dieu.

« Par ce qui précède on peut voir en quoi ne religion peut passer pour plus parfaite Q^une autre. La dernière perfection d'une lose consiste à obtenir sa fin. La periecon d'une religion doit donc se juger prinpaleioent sous deux points de vue. Premiè- ^ment, par le but pour lequel la religion A ordonnée, en sorte qu'on appelle plus ninente une religion destinée à un atlo us digne ; par exemple, de la vie active

DiCTiONX, DE Pathologie. IV.

ou de la vie contemplative. Secondement, par la manière dont une religion est organisée pour sa fin. Car il ne sutntpas qu'une religion soit instituée pour un but, si elle n'est organisée dans ses observances et se^ moyens, de manière à parvenir à sa fin, sans empêchement. Ainsi, de deux religions instituées pour la vie contemplalive, cellelà doit être jugée plus parfaite, qui rond à l'homme la contemplation plus libre. Mais comme, suivant la parole de saint Augustin, personne ne peut commencer une vie nouvelle, qu'il ne se repente de l'ancienne, toute religion paf où Thomme commence une nouvelle vie, est un état de pénitence, ])Our purifier l'homme de la vie ancienne. On peut donc comparer les religions sous ce troisième rapport, et appeler plus parfaite celle qui a de plus grandes austérités, comme le jeûne, la pauvreté, et autres semblables, parce que les œuvres de satisfaction doivent être pénales. Mais les deux premiers

foints de comparaison sont plus essentiels une religion, et c*est suivant eux que la perfection d'une religion doit se juger davantage, surtout parce que la perfôdtion de la vie consiste plus dans la justice intérieure que dans une abstinence extérieure. On voit donc ainsi ce que c'est qu*une religion, et en quoi sa perfection consiste. »

2* partie. — C'est ainsi que parle saint Thomas, dans la première partie de son opuscule. Nous l'avons donnée tout entière afin que le lecteur connaisse mieux sa doctrine et son style. Dans la seconde partie, il répond en détail et avecune grande exactitude a toutes les raisons et toutes les autorités avancées par Guillaume de Saint-Amour. Il réduit tout à six questions : Sil est permis è un religieuxd'enseigner ; s'il peut entrer dans un corps de docteurs séculiers; s'il peut prêcher et confesser sans avoir charge d'Ames; s'il est obligé de travailler de ses mains; s'il lui est permis de quitter tous ses biens sans se rien réserver ni en ])arti' culierni en commun; enfin, s'il peut mendier pour vivre.

Sur la première question. Saint Thomas fait voir, et par l'exemple et par les maximes des saints, que « la profession religieuse loin de rendre les hommes incapables d'enseigner la doctrine de TEvangile, les y rend plus propres, puisqu'ils gardent non-seulement les préceptes, mais les conseils, et s'appliquent à la méditation des choses divines, étant dégagés par leurs vœux de ce qui en détourne les autres hommes. Si les religieux peuvent être appelés aux prélatures , à plus forte raison au doctorat et à la fonction d'enseigner; et il est utile à l'Eglise qu'il y en ait de particulièrement consacrés à l'étude de la religion et è l'instruction des ignorants, comme il y en a de dévoués au service des malades et h toutes sortes de bcmnes œuvres. Quand Jésus-Christ défend à ses disciples de se faire appeler docteurs, il ne condamne ni la chose, ni le nom, mais seulement la vanité qu'en tiraient les Juifs. En effet, saint Paul s'appelle

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DICTIONNAIIIE

.^ipressément .e docteur deê nations, [ITim. II. 7.)

« Si les religieux peuvenl être docteurs, il n'y a aucune raison de les exclure de la société des docteurs séculiers, puisque cette société est fondée , non sur ce qui les distingue, mais sur ce qui leur est commun, savoir, étudier et enseigner. Enfants d*une mente Eglise, ils sont membres les uns à l'égard des autres; prétendre qu'ils ne peuvent pas, sous son autorité, former une société nublijue d'études et d'enseignements, c est aller tout ensemble et contre l'unité de l'Eglise, et contre son autorité. C*est le Pape qui autorise pour l'utilité publique les sociétés des docteurs; il peut donc obliger d'y admettre ceux qu'il juse utile à TEglise qu'on y admette. Soutenir le contraire serait une hérésie. »

Sur la troisième question, il fait observer qu'il y a des hérétiques qui mettent la puissance du ministère ecclésiastique dans la sainteté de la vie, indépendamment de l'ordination ; ce qui a donné occasion à quelques moines, présumant de leur vertu, de s attribuer, de leur propre autorité, les fonctions ecclésiastiques. D'autres ont donné dans l'excès opposé » soutenant que les religieux sont incapables de ces fonctions, même pour les exercer par l'autorité des évéques. D'autres enfin, \^v une erreur pins nouvelle, prétendent que les évoques no peuvent donner ce pouvoir aux religieux, sans le consentement des curés. Saint Thomas soutient au contraire, avec le droit canon et le bon sens, que les évéques ue se dépouillent pas de leur permission en la communiquant aux curés, et qu'ils n'ont pas besoin de leur puissance pour prêcher ou donner labsolution à leurs paroissiens. Or ils peuvent commettre d'autres prêtres pour ces fonctions, et souvent cela est expédient et même nécessaire. Il y a des curés si ignorants qu'ils ne savent pas parler latin, et on n'en trouve que très-peu qui aient étudié l'Ecriture sain(e. On sait par expérience que quelques particuliers ne se confesseraient point, s'ils ne pouvaient le faire à d'autres qu'à leurs curés, soit par la honte de se confesser à ceux qu'ils voient tous les jours, soit par soupçon d'inimitié ou par quel-

3ue autre raison. Or il est utile qu'il y ait es religieux établis exprès pour ce soulagement des pasteurs.

Sur l'objection tirée du concile de Latran, qui ordonne de se confesser au propre prêtre, saint Thomas soutient, avec le bon sens, la théologie et l'Eglise, que le propre prêtre n'est pas seulement le curé, mais encore l'évêque ou le Pape, ou ceux qu'ils commettent à leur place, et que le propre prêlre n'est pas dit par opposition au pasteur commun, mais par opposition à 1 étranger. Il ajoute que le Pape a la juridiction immédiate sur tous les Chrétiens, et qu*il est l'époux de l'Eglise universelle, comme l'évêque l'est de son Eglise particulière , qu'il peut changer tout ce que les conciles ont décidé n'être que de droit positif, et eu dispenser

selon les occurrences. « Car, ajoute^t-il, les Pères assemblés dans les conciles oe peuvent rien statuer sans Tautorité du Pape , sans laquelle on ne peut même assembler de concile.

« Quant au travail des mains, dit saintTlu)mas, quelques moines ont été anciennement dans cette erreur de dire, que le travail était contraire à l'abandon parfait i.t la Providence, et qu« le travail recoiDmandé par saint Paul, ce sont les ffurrv> spirituelles. C'est contre celte erreur quf saint Augustin a écrit son traité Du tranil des moines. De là quelques-uns donaaia dans l'excès opposé, ont pris occasion de dire que les religieux sont dans un étal de damnation s'ils ne travaillent de leurs oiains. Nous montrerons au contraire que les reji* gieux sont en état de salut, même sans n travail. Le travail des mains est de préce|>te ou de conseil. Si c-e n'est qu'un conseil, personne n'y est obligé, à moins quii d j soit engagé par un vœu ; donc les religieu'i dont la règle ne le prescrit pas n'y sont

f)OiHt obligés. Si c'est un précepte, les séruier s y sont obligés comme les reli^xieux. £t en enet, quand saint Paul disait : Que celui aui n.e veut pas travailler ne mange p^int [il Thess. m, 10), il n'y avait pas encore û«* religieux distingués des séculiers. Déplus, saint Paul ne recommande le travail qu'ea trois cas : pour éviter le larcin ; pour ue

F»as désirer le bien d'autrui ; pour guénr 'inquiétude de la curiosité. Donc ceux qm peuvent subsister de quelque manière qua ce soit, sans tomber Vans ces inconvéoieoLs ne sont point obligés de travailler à des ouvrages manuels. Or, les religieux à qui e^t contié le ministère de la prédication, peuvenl en subsister, puisque le Seigneur a ordonné que ceux qui anuoncent l'Evan^le vivent de l'Evangile, et les moines oisiis contre lesquels écrivait saint Augustin, nV taient point ministres de l'Eglise. Enfin le travail des moines doit céder a des occuiiations plus utiles, telles que la prédication; les apôtres étaient inspirés, mais les prédicateurs d'aujourd'hui sont obligés dessins» truire par u'ue étude continuelle. •

Guillaume de Saint -Amour prélendait qu'il n'est pas permis à celui qui a du bies de s'en dépouiller entièrement sans pourvoir à sa subsistance, soit en entrant dâhs une communauté reniée, soit en se proposant de vivre du travail de ses mains, il (ii sur ce sujet un traité intitulé : Delaquaniiu de Faumone^ pour montrer qu*elle doit avoir des bornes, et que, ne se rien réserver, c'c5t tenter Dieu, en s'exposant au péril de uioorir de faim, ou à la nécessité de mendier. Saint Thomas répond que c'est reuouveicr les erreurs de Joviuien et de Vi^Jance, qui blAmaient la pratique des conseUs évaxij$c>i* ques, et en particulier la vie religieuse. «Ct n'est pas seulement, dit-il, dans la j)auvr«'ir habituelle que consiste la perfection de 11vangile, c'est-à-dire, dans le détacbeoient intérieur des biens que nous possédons reii* lement, mais dans la pauvreté actuelle et

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DE patrolck;ie.

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ians te dépouillement effectif de ces biens ; X celle perfeoiion ne demande pas que Ton )os$ède 'des biens en commun , ou qu'on rav.Mlle des mains. En effet, le Sauveur dit lu jeune homme : Si vous voulez être parfait^ liiez, vendez ce que vous avez ei donnez-le aux uiutres, et puis venez et suitez-moi, {Matth. LU, 21.} Or» jusqu'à quel point était pauvre elui ^\ii\ faut suivre ? lui-même lo dit : les oiseaux du ciel ont leurs nidSf Us re- \ards ont leurs tanières ^ mais le Fils de homme n'a pas où reposer sa tête. (Luc. ix, ê.) Aussi Pierre lui dit-il au nom des douze : 'oici que nous avons tout abandonné pour ou$ suivre. (Luc. xviiiy %.) i» Saint Thomas lil voir que les saints Pères ne font que léveiopper cette doctrine de TEvangile.

)*ailleurs on a vu même des philosophes «ieos abandonner tout pour s'appliquer iniquement à Tétude de la sagesse.

Sur la question, si un religieux peut vire d'aumônes, il montre qu'il le |ieu(, fiar exemple de saint Bernard, qui vécut d'auiônes plusieurs années. Il le montre, avec liot Augustin, par l'exemple des premiers brétiens de Jérusalem, qui, pour pratiquer I perfection évangélique, vendirent leurs iens, en apportèrent le prix aux pieds des pôtres, et vécurent ensuite des aumônes ue les mêmes apôtres, et principalement uni Paul, amassaient pour eux dans les atres provinces. Il conclut, avec le même ère, que celui qui a donné ^es biens aux auyres a droit de vivre des aumônes de Eglise, n'importe dans quel monastère, ni Q quel lieu il a distribué aux frères indients ce qu'il possédait; car, et ce sont les aroies de saint Augustin, la république de ms les Chrétiens est une. C*est pourquoi, uiconque a distribué aux Chrétiens, dans uelqiie contrée que ce soit, les choses nésssaires, reçoit aussi partout ce qui lui st nécessaire, et il le reçoit de ce qui est Jésus-Christ. Car, ce que l'on donne aux tiréliens n*importe où, qui est-ce qui le ïÇoit, sinon Jésus-Christ? EnCn, il conclut, veclemôrae Père encore, et d'après l'Eangile, que les prédicateurs envoyés par !s supérieurs ecclésiastiques, ont nonsulement la permission , mais le droit de ^cevoir leur subsistance de ceux qu'ils ius- •uisenl.

« Dans ces cas, le religieux peut non-seu- Miient vivre des aumônes qu'on lui offre [>ontanément, mais même en demander ; )inl Thomas le prouve par l'exemple de ^^us-Christ, qui, plusieurs fois dans les ^umes, se qualifie de pauvre et de menlaut. Or un mendiant est celui oui demande à autrui, et un pauvre est celui qui ^. peut SA sulBre h lui-même. Jésus s'invite n*nième chez Zachée. Au sortir du lem- '^ il re^^arde partout si quelqu'un lui ''nQ.erarhoM>itaMté,tant il est pauvre. H i^voie ses apôtres sans aucune provision ; ^ its ne pouvaient exiger impérieusement '^^ nourriture, mais SHulement la deman- ^(^ humblement, ce qui est mendier. D'ailurs les apôtres mendiaient pour les pau-

vres de Jérusalem ; ils pouvaient donc aussi le faire )>our eux-mêmes.

3* partie. — Dans la troisième et dernière partie, saint Thomas répond aux reproches malins que leurs ennemis faisaient aux religieux mendiants sur la pauvreté de leurs habits , sur les affaires dont ils se mêlaient par charité, sur leurs fréquents voyages pour procurer, par la prédication, le salut des Ames, sur leurs études pour s'ac(]uitter plus utilement de ce ministère, toutes choses plus à louer qu*k hIAmer. En effet, qui a

rilus voyagé que saint Paul ? Et le Seigneur ui-même n'a-t-il pas dit : Allez^ enseignez

toutes les nations [Matth. xxviii, 19), et : Vous me serez témoins jusqu'aux extrémités de la terre. {Act. i, 8.) Les autres reproches n*étaient pas mieux. fondés. Le saint docteur le démontre brièvement, et termine ainsi son traité : « Par tout ce que nous venons de dire pour démontrer la fausseté et Tinjustico des reproches qui nous sont adressés, il demeure prouvé qu'il n'y a pas de condamnation à craindre pour ceux qui ont le bonheur d'appartenir à Jésus-Christ, et de vivre de Tespril de Jésus-Christ ; pour ceux qui, ne marchant pas selon la chair ni les désirs des passions, embrassent avec joie la croix du Sauveur, toujours attentifs à conformer leur conduite h la sainteté de leur profession , vivant dans le mépris de la vie du siècle et dans la pratique de toutes sortes de bonnes œuvres. Nous pourrions peut-être faire retomber sur ceux qui nous attaquent les mêmes coups qu'ils veulent nous porter ; mais il convient de les laisser au juste jugement du Seigneur, puisque leur malice se manifeste assez par tout ce qu'elle leur suggère contre l'innocence et la vérité. C'est l'oracle de Jésus-Christ (Lue. vi, ho) que la bouche ne parle que de l'abondance du cœur ; celui qui est mauvais ne peut rien dire de bon. Si quelqu'un ne participe point è leur iniquité, il sera un vase d'honneur sanctifié, et propre au service de Dieu, préparé pour toutes sortes de bonnes œuvres. Mais ceux qui suivront aveuglément des moltres aveugles mériteront de tomber avec eux dans la même fosse. »

Mais là ne devait point se terminer cette querelle, dont l'Eglise et l'école avaient également retenti. Guillaume de Saint-Amour n'avait point perdu courage: Alexandre IV, était mort; Urbain IV l'avait suivi dans la tombe, après un pontificat de trois ans;. Clément IV, occupait le siège pontifical. Le détracteur des ordres religieux songea à renouveler ses anciennes plaintes; il rema-* nia son livre des Périls des derniers temps^ le fit paraître de nouveau sous le titre de CoUectiones sacrœ Scripturœ , et l'envoya de nouveau aii Pape, qui le fit remettre à saint Thomas, pour que celui-ci en donnât une nouvelle réfutation. Le saint docteur composa dans cette occasion deux nouveaux opuscules, l'un sur la perfection de la vie spirituelle^ l'autre fur l'utilité des vœux mo^ natisques; celui-ci établissant avec avantage la sainteté presque divine des doctri*

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nés qu*il défend ; celui-là constatant par un noble démenti la confusion de ses contradicteurs.

Somme de théologie.— -^^ Saint Thomas, dans sa Somme contre les gentih^ avait prouvé que nulle contradiction n'existait entre la foi diyine et la raison humaine; la religion catholique était raisonnable, l'esprit devait l'admettre, l'arme de l'incrédule s'était tournée contre lui-même. Mais, après avoir employé à la glorification de Dieu la parole créée, il restait une arme bien plus forte, mais pour le maniement de laquelle il fallait la pureté d'un ange et la force d'un chérubin ; c'était le glaive aigu, Tépée h deux tranchants, la parole de Dieu, le Verbe incréé par qui tout fut fait, par qui tout est ordonné, qui est la cause , la raison et la tin de tout. A la grandeur de l'intelligence, Thomas joignait rhumilité du cœur; à la rectitude uu jugement, l'énergie de la volonté. Qui donc plus que lui méritait d'être l'élu de Dieu? Il avait senti la grâce, Tange avait de nouveau ton* ché la corde mystérieuse de son Ame , et le son qu'elle rendit fut, est et sera à toujours un des chefs-d'œuvre des siècles. N'en est-ce pas un , en effet , que cette somme théologique, prodigieuse encyclopédie, où toute la science, toute la foi, toute l'érudition de ces temps se développe et s'ordonne sous l'exacte discipline du syllogisme : Dieu, d'abord, dans les profondeurs de l'unité, puis la Trinité, les personnes divines, la création, les lois générales du monde, Thomme enfin (26)? »

Après avoir parlé à nos pères par Moïse et les prophètes. Dieu nous a [>arlé par son propre Fils, le Créateur des mondes, qui ne cesse de parler à toutes les nations par son Eglise, une, sainte, universelle et perpétuelle. Cette Eglise de Dieu nous a résumé toute la doctrine chrétienne dans un acte de foi ou Credo ^ que nous disons tous les jours dans nos prières, que nous chantons tous les dimanches au sacrifice solennel. Chaque article , chaque parole même de cette profession de foi ont coûté à l'Eglise de longs combats contre l'idolâtrie, contre l'hérésie , contre la fausse sagesse. Chaque article, chaque parole ont été attaquées par les idolâtres, par les hérétiaues, par les faux sages. Chaque article, chaque parole ont été défendus et confirmés par les saints Pères et docteurs , soit réunis en concile, soit dispersés dans toutes les églises du monde. L'histoire détaillée de ces combats, le dépôt et l'exposition des armes employées pour et contre remplissent les bibliothèques. Par la méthode scholaslique, Thomas d'Aquin a résumé le tout en un volume, et plus tard on l'a résumé en un petit cahier que Ton nomme le catéchisme.

Mais en quoi consiste donc la méthode scholaslique? Nous Pavons aéjà dit : Avoir et donner une idée nette et (>récise de ce que l'on enseigne ; pour cela, fioserdes principes

certains , en déduire les con&equeotts per des raisonnements justes , n'employer que des expressions claires ou nettemeat deti* nies f éviter les digressions inutiles , les idées Tagues, les termes équivoques, mettrv dans tout l'ensemble un ordre qui éclaircis» les questions les unes par les autres. Telle est la méthode géométrique. La méthode scholastiqiie n'est pas autre chose. Parceitméthode, saint Thomas résume dooctucu la doctrine chrétienne, c'est-à-dire tode l'Ecriture sainte, tous les conciles, tooslo sainte Pères , tous les docteurs et écriraiiii ecclésiastiques dans sa Somme de théolo^ir C'est la méthode de saint Bonaventure (Ud« la sienne; d'Alexandre de Halès, de Dons Scot et d'Albert le Grand, dans les leur^: mais la Somme de saint Thomas remporte en mérite eomme en renommée.

Elle est composée de trois parties, doDi la seconde est divisée en deux seclioDs. C grand ouvrage commencé en 1265, sous i* pontificat de Clément IV, fut interrompu pir la mort de Tauteur, qui ne put achever ii troisième partie; mais pour remplir m dessein, un de ses disciples (on croît que c'est Pierre d'Auvergne) a ajouté le sunpié* ment , qu'il a pris mot pour mot, du unmentaire même desaini Thomas, sur le ]iial;re des sentences. La Somme de théologie^ aidm considérée en son entier, contient six ceci douze questions , plus de trois mille artii ks au-delà de quinze mille arguments ou diilt* cultes éclaircies , la preuve on l'explication de tous les dogmes et de presque toutes :ti vérités qui peuvent être agitées f«r le* ibti)logions dans les écoles, aussi bienauedb maximes , des principes el des lois, dont l^ ministres de 1 Eglise et ceux de la justice font usage dans Texercice de leur miuislère.

f partie. — La première partie, après m aperçu général de la doctrine sacrée ou (ie> études théologiques, traite de Dieu,(ir>4 nature, de ses attributs ou perfectiom.oti ses décrets et de sa science intiaie; de la distinction des trois personnes divines et>]e tout ce qui peut servir à expliquer ce tsy tère, des anges, de leurs o()énilioD$, dfs sept jours de la création , y compris c<floi du repos; puis de l'homme, de son âme, ce son inlelligfence, de sa volonté, desoncorf-s* de toutes les facultés qu'il possède, les^i^ tails que tant de grands sujets embrassen: sont clistribués sous cent dix-neuf questii»^ principales, dont chacune se partage en pi^ sieurs articles ou sous-questions, résoio» par autant de propositions ou ooflclusiotu< au nombre d'environ huit cents pour tout»' cette première partie. Chaque article commence par un exposé des opinions ou des données qui le concernent; et chaque coaclusion est suivie de réponses aux sjrstèffi'**; aux alJéi^ations , objections ou observaiioos qui la contredisent ou tendent a la oiodt|itrr. Ce sont des prolégomènes qui atteiideflt leurs développements. L'auteur éiai»l»t .c>

(îG) M Jules Simon , Critique de Vesquisse de phitofopfiie di« Lamenraîs, (Uns la Rtrnf tïfi ''^*^' ÈI ouïtes.

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;rHn<ls principes qnt dans la suite de i'ourra.^e» lui serrent à expliquer les vérités Je la religion et à résoudre une infinité de Joutes. Quoique rien ne soit plus soKde ni ilus lumineun que tout ce gn>nd travail de philosophie transcendante, c'est à des jeunes ;ens qu'il Tadresse , et dans son humilité , il J'édare quMl Ta entrepris pour des commen* ;ants. Cependant, malgré tout son mérite neontestafoie , on pourrait reprochera cette l'uvre une trop grande uniformité de rédacion. Les mêmes expressions, les mêmes ouslructions de phrases se reproduisent invariablement dans presque tous les para* :rAphes, par exemple : Ad primum dicen^ hmquod... Ad secundum.,. Adtertium,,.^ etc.

2* partie. ~ La seconde partie est subdi* ^'isée en deux autres. La Prima secundœ et Id Secunda $ecundœ. Dans ta première section Je la seconde partie, la fin dernière de riiomme, la l>éalitude suprême, les actes volontaires et involontaires, les passions roncupiscibles et irascibles» les habitudes , les vertus et les vices, le péché et ses espèips, la loi , la grâce et le mérite sont les Dlijets de soixante questions. C*est dan^ cette série que se trouve le Traité sur les vertus tt les vices en général^ celui si magnifique Des (ois y et sa Théorie sur ta grâce et la prédesti" nation^ qui , selon lui, est un don gratuit de Dieu , maïs aussi un mystère dont la raison n^ peut soulever le voile, mais dont elle doit aflînuer l'existence, sans nier la justice de Dieu , ni la liberté de l'homme. Les cinquantequatre questions suivantes n*ont pour ma* tière que les vertus dites principales ou cardinales; la prudence, la justice, la force* la tempérance, vertus qui diffèrent essentiellement Tune de l'autre, et qui, selon leurs divers aspects , peuvent être appelées politiques , purifiantes, sanctifiantes, exemplaires. Plus oe sept cents questions secondaires, comprises sousles cent quatorze qui viennent d*ètre désignées, sont fiosées, discutées, résolues dans les mêmes formes quo les huit cents questions de la première partie.

La seconde section de la seconde partie a plus d'étendue et paratt avoir toujours eu plus de renom. On y compterait au moins nn millier d'articles, et par conséquent de ))ropo8itions ou solutions détaillées, mais «pii rassortissent à cent quatre vingt-neuf grandes questions; savoir : quarante-six sur les trois vertus théologales , la foi , Tespérance et la charité; cent vingt-quatre sur les vertus cardinales, déjà caractérisées dans la section précédente, mais euvisaciées ici sous de nouveaux points de vue; et les dix-neuf dernières sur la grâce, sur les divers dons spirituels, sur la vie active, contemplative et i«ligieuse. La méthode et le stylo de Tauteur demeurent invariables dans tout ce long cours de divisions, de discussions et d'en- ^ignements. Ce qu*il dit en particulier sur

(^7) Qusndo sic Inordinaia pertorbaiar lyrannl ^^imeii,quod mulUluio subjecu majus delrimeiiiQoi paiiiur in pertiirbaiiene oouaequeiili qoam ex t)rauiii regimine. Magis aotem lyrannus scdiiio^us

les vices et les vertus , peut être considéré comme un Traité complet de casuistique^ dans lequel rien ne semble avoir été oublié. Dans une des questions de cette partie de la Somme où il s'agit de savoir si la sédition est tou* jours on péché mortel ; saint Thomas, comme il Tavait déjà fait ailleurs, n'hésite pas à écrire en plein xiu' siècle , a qu'elle peut s'opérer quand elle est devenue pour la masse un moindre mal que la tyrannie contre laquelle elle est soulevée, et dans ce cas dit-il, le tyran est le vrai séditieux, et les autres sont dans le cas de légitime défense (27). DCesdoctrines que l'Eglise romaine avoue siennes, sont-elles aussi despotiques

Sue le prétendent les détracteur^ modernes e la politique ultramontaine?

3* partie. — La troisième partie , qu'on pourrait appeler la quatrième, puisqu'on en a compris aeux sous le titre de seconde, consiste principalement en un Traité sur Jésus^hristf et un Traité incomplet des sacrements. Le premier se divise immédiatemeut en cinquante-neuf questions qui ont

e>ur objet l'incarnation du Verbe , la vierge arie, la Passion et la mort du Rédempteur, sa Résurrection, son Ascension, sa puissance et sa gloire céleste. Dans le deuxième Traité^ sont agitées et tbéologiquement approFbndies trente-une questions relatives aux sacrements du baptême, de la confirmation, de l'Eucharistie et de la Pénitence. Chacune de ces quatre-vingt-dix questions continuent de se subdiviser en articles qui amènent plus de six cents décisions distinctes , énoncées, expliquées, justifiées comme dans les premières parties.

Tel est le plan de la Somme , ouvrage qui depuis a été regardé dans les écoles comme le corps de théologie le plus [)arfaitp tant pour le fond de la doctrine aue pour la méthode. La première partie et la dernière sont le plus souvent dogmatiques ; les deux see tlons de la seconde tiennent plus à la théologie morale, et toutes ensemble forment un grand corps de doctrine chrétienne.

Chaque article commence par les difficultés contre la vérité en question ; vient ensuite l'exposé de cette vérité, suivi des preuves et des réponses aux difficultés. C'est comme deux armées régulières en présence; les armes sont nettes, bien aiguisées, mais comme dans l'arsenal , et sans autre ornement qu'elles-mêmes.

Dians ceUe Somme ^ saint Thomas ne dit« rien des trois derniers sacrements, prévenu qu'il fut par la ûaort. Mais cette omission est amplement réparée dans une sorte de quatrième ou cinquième partie, que l'on a publiée sous le titre de Supplément. Là, sept cents nouveaux articles ou environ se distribuent sous cent questions principales, dont les vingt-huit premières concernent les parties de la pénitence , savoir, la con-

eat, qni in populo sibt sabjecio diacordias et

liiMies notrit, ul diiua doroioari potait. Hoc eaim tyraonicuio esi« eum ait ordinalam ad bonum pro« priuoi prseaiUeiitia, cum uooamento ■uUiiudinis.

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tritioii» «a confession, la satisfaction; a( accessoirement, rexcommonication, l'absolution, les indulgences. Les quarante questions suivantes complètent le traité des sacrements

far des articles relatifs à rextrëme-onction, l'ordre, au mariasse, et h ses empêchements de tous genres. Trente-deux autres questions, dont les sujets sont la résurrection des corps, la vie future, le jugement Gnal, les bienheureux, les damnés et le purgatoire terminent ce supplément qui n'appartient h saint Thomas que parce qu'on Ta extrait de son Commentaire sur le quatrième livre des Sentences.

Nous avons déjà vu que ces quatre livres des Sentences^ par Pierre Lombard, forment un abrégé de toute la tliéologie, et servaient de texte pour les leçons des nouveaux docteurs dans Tuniversité de Paris. Saint Thomas en a donc fait des commentaires, comme Albert le Grand et saint Bonoventure en ont fait également. Dans ces commentaires, il suit naturellement le texte. Dans sa Somme^ où il n'explique plus les leçons d'aut'rui, mais donne les siennes, il est bien plus maître de son sujet. Il en étend ou en mo* difie à son gré les développements, et v applique en pleine liberté l'analyse, les déductions, les formes qui lui sont propres et familières. Les deux premières parties de ce grand travail furent composées à Bologne, et la troisième à Naples, quand, après avoir pour toujours quitté la France, il était retourné une troisième fois en Italie, enseigner aux universités des deux villes que nous venons de citer. Il faudrait avoir la plume de saint Thomas lui-même pour donner en peu de mots une idée exacte de ce qui est traité dans cet ouvrage, véritable répertoire de toute la science religieuse, et faire connaître 1^ suite ou l'enchaînement des parties. Tordre et le rapport des matières, le choix, l'abondance des preuves et la clarté que l'on trouve partout avec une admirable précision. Si le dessein de l'auteur parait vraiment digne d'un esprit angélique, l'exécution en est si parfaite qu'on peut assurer que rien n'y manque, et qu'il n'y a rien de ti'op.

Pour se former une juste idée de la Somme ie saint Thomas, il faut nécessairement l'avoir lue, et surtout bien lue. Elle est en même temps fort claire et fort élevée. Si le

Srand nombre des questions et la sublimité es matières exercent l'esprit, il est soulagé par l'ordre et la méthode qu'il rencontre partout. Les lumières qu'où y acquiert et qui augmentent toujours avec l'étude ne permettent pas que l'on regrette le temps qu'on y a employé. Nous allons reproduire en abrégé plutôt quen l'analysant une des questions les plus ardues qu'ait traitées le saint docteur.

Ce qui fait que saint Thomas d'Aquin a répandu le plus de lumière sur ta philosophie et la théologie, sur la révélation divine, sur le mystère de la rédemption humaine, et même sur la génération des erreurs les plus monstrueuses, c'est par sa distinction

plus nette entre la nature et la grèee, entre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel.

« Ordre suppose trois choses, la natareiruo être, sa fin, et les moyens d'y parvenir. Dieu ne peut créer un être sans lui donner sa nature ou l'ensemble de ses propriétés essentielles, avec une fin surnaturel le oa proportionnée à sa nature, et des moyens puur {)arvenir à cette fin. Tel esi l'ordre naturel ou Tordre de la nature. — Si Dieu, par sa grâce, destine une créature à une fin surnaturelle, à une fin au-dessus de sa nature, il faut Que Dieu élève cette créature audessus d elle-même, et lui donne des mojens surnaturels comme la fin. Tel est Tordra surnaturel ou de la grâce. — Telle fin, tel ordre. Notre nature même est une grice, eo ce sens que Dieu nous l'a donnée sans nous la devoir, puisaue nous n'étions point. Cependant on la distingue, et avec loânimeai de raison, de la grêce proprement dite. Par la nature. Dieu nous donne gratoiteiDent nous-mêmes à nous-mêmes; mais par la grftce, il se donne lui-même gratuitement à nous. Ainsi, de la nature à la grâce, il y i toute la distance qu'il y a de nous à Dieu, i

D*après !a définition de saint Thomas, qui est devenue ia définition commune de tous les catéchismes et de toutes les théologies, la grâce est un don surnaturel que Dieu accorde à l'homme pour mériter la vieéler* nelle. Le mot important est sumaturd^ ou qui est au-dessus de la nature. D'après l'ex* }>lication du saint docteur, qui est Texplication catholique, la grâce est un don ntma* liire/, non-seulement à l'homme déchu de la perfection de sa nature, mais à rbomoa en sa nature entière; surnaturel^ non-seulement à l'homme, mais à toute créature; nonseulement à toute créature actuellement exià* tante, mais encore à toute créature possîblp. Saint Thomas ne se borne point à l'eipli; quer ainsi, mais il en donne une raison ^i claire et si simple, qu'il suffit de i'entendn: pour être convaincu.

«La vie éternelle consiste à connaître Dieu, è voir Dieu, non plus à travers le voile des créatures, ce que fait la théologie naturelle; non plus comme dans un miroir, en énigcpe et en des similitudes, ce que fait la Toi; mais à le voir tel qu*il est, è le connaît» tel qu'il se connaît. Nous le verrons commf il est^ dit le disciple bien-aimé (/ Joaii. ni, i : et saint Paul : Maintenant nous le toyom par un miroir et en énigme; mais alors <t sera face à face. Maitenant^ je le connei» ^ partie; mais alors ^ je le conn(j^trai coma* fen suis connu (/ Cor, xiii, 12). Or, tout le monde sait, tout le monde convient que de Dieu à une créature quelconque, il y a t'isfini en distance^ Jl est donc naturellecneot impossible à une créature, quelle quelle soit, de voir Dieu tel qu'il est, tel qui! ^ voit lui-même. Il lui faudrait |H)iir cela une faculté de voir infinie, une faculté que n^ turellement elle n'a pas, et que natoreilement elle ne peut pas avoir.

« Il y a plus : La vision intuitive de Dieu, qui constitue la vie éternelle, est lellemeot

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0u-<les5us de toute nature, que nulle ne saurait, par ses propres forces, en concevoir seulement l'idée. Oui, dit saint Paul, après le prophète Isaïe : Ce qu$ Vœil n*a point vuj ce (pie Coreille n'a point entendu^ ce qui n^esi poîfit monté dans Je cwur de Vhomme^ voilà ce que ùieu a préparé à ceux qui V aiment. (ICor. II, 9.), Pour donc que Thomme puisse mériter la vie éternelle, et même en conce- Toir la pensée, il lui faut, en tout état de nature, un secours surnaturel, une certaine participation è la nature divine. L'homme HP pouvant s'élever en ce sens jusqu'à Dieu, il faut que Dieu descende jusqu'à l'homme, pour le déifier en quelque sorte. Or cette ineffable condescendance de la part de Dieu, celte participation h la nature divine, cette déification de Thomme, c'est la grftce. »

C'est donc une idée fausse, c'est donc une erreur de penser que, dans le premier homme, la nature et la çrAce étaient la même chose; que la grftce divine n'est devenue nécessaire à l'homme que depuis sa chute; que là grftce n'est que la restauration de la nature; que la foi n'est que la restauration (le la raison, et que la révélation divine n'est devenue nécessaire à l'homme que par suite de l'obscurcissement de son mtelli* gence. Aussi l'Eglise a-t-elle condamné, et avec beaucoup de justice, cette proposition da janséniste Quesnel. « La grftce du premier homme est une suite de la création, et elle était due à la nature saine et entière. • Et cette autre de Baïus : « L'élévation de la nature humaine à la participation de la nature divine était due a l'intégrité de la première création, et par conséquent on doit l'appeler naturelle, et non pas surnaturelle. »

Confondre ainsi la nature et la grftce, c'est confondre implicitement Dieu et l'homme.

Dieu et la créature, eomme les Brahmanes de l'Inde, les Boudhistes et les anciens idolâtres; c'est s'exposer à tomber dans le panthéisme ou dans le naturalisme; à conclure que tout est Dieu, ou que Dieu n'est rien, et (m'il n'y a de réel que la nature visible.

Hais revenons à la grftce. Selon saint Thomas, suivi par le catéchisme du concile de Trente, «c la grftce n'est autre chose qu'un certain commencement de la gloire en nous, ni la gloire autre chose que la consommation de la grftce. Voyons donc ce que sera la grftce consommée ou la gloire. l'Hessem-! blance avec Dieu. Nous savons, dit le disci- >lebien-aimé,gue lorsqu'il apparaîtra f nous tti serons semblables, parce qu^ nous le verrons comme il est (/ Joan, ui, 2] ; 2* transformation en Dieu. Afat> nous tous, dit saint î^&ul, contemplant la gloire dû Seigneur sans vot7e, nous sommet transformés en la même image, de clarté en clarté, comme par tEs^ prit du Seigneur. {I Çor. m, 18.) 3* Dieu sera ^ fous, dit le même apôtre, (i Cor. xv, 28.) Voilà ce que la, grftce commence en nous, <^t ce qu'elle y coasommera, si nous lui sommes fidèles.

« Pris de celç, la possession de toutes les eréaiuçes existantes ou possibles n'est rien.

Car toutes les créatures, tous les mondes imaginables, comparés à Dieu, sont comme un néant. Et la grftce nous met en possession de Dieu, nous le fait voir tel qu'il est, nous le fait aimer de manière à nous transformer en lui, et à nous faire devenir avec lui comme une même chose ! Y avons-nous jamais bien pensé?

« Contemplons ce monde visible, les beautés, les merveilles sans nombre que Dieu y a répandues. Rappelons-nous les magnifiques descriptions que nous en tracent les prophètes, les saints Pères, les auteurs profanes. Eh bien ! cet univers, dont aucun esprit ne saurait concevoir, dont aucune langue ne saurait exprimer toutes les merveilles, n'est qu'une (iftie ombre de ce monde invisible, surnaturel, ineffable, où nous introduit la grftce. A Saint Thomas dit : « Le bien surnaturel d'un seul individu l'emporte sur le bien naturel de tout l'univers. '

« Ce n'est pas tout : la grftce unit dans l'homme le monde visible au monde invisible. Par la grftce consommée ou la gloire, notre ftme sera substantiellement, immédiatement unie à Dieu, deviendra avec lui comme une même chose : Qui s'attache au Seigneur, dit saint Paul, est un même esprit avec lui ( / Cor. vi, 17) ; mais notre éme est en même temps unie substantiellement à notre corps, elle ne fait avec lui qu'un même tout, qu'une même personne. Notre esprit étant uni substantiellement à Dieu, notre corps même participera à cette union. Notre esprit deviendra divin, et notre corps spirituel, glorieux, incorruptible. Enfin, notre corps, pris de terre et devant retourner en terre, ne fait qu'un avec le monde matériel, dont il renferme tous les éléments : l'air, l'eau, la terre, le feu, avec leurs diverses décom positions, recom positions, tra nsformations physiques, chimiques, nrinéral^s, végétales et animales. Notre corps étant dune glorifié de la gloire de notre ftme, toui le monde matériel le sera avec notre corps» Ainsi, par la consommation de la grftce en nous, Tunivers matériel sera élevé en gloire, et comme à un état surnaturel. H y aura une nouvelle terre et de nouveaux çieu^. Placé aux contins des deux mondes, chacun de nous doit bénir, sanctifier et créer k un état, plus élevé le monde inférieur, dont il fait partie par son corps.

« Voilà quelques indices sur le mystère dà la grftce. Déjà ils nous laissent entrevoir eu Dieu une bonté si grande, si ineffable, si inconipréhensible, que l'éternité tout entière ne suffira point pour Ten bénir. Que sera-ce donc, s'il change ces faibles lueurs en clartés toujours croissantes. Prions-le qu'il nous fasse cette grftce, pour estimer et chérir da* vantage sa grftce.

^ Nous avons déjà vu que notre premier père est déchu, et que nous sommes déchus avec lui de cet état surnaturel et divin où Dieu l'avait créé. Pour bien apprécier la chute, considérons bien d'où nous sommes tombés. Notre premier père avait un esprit naturellement clair et net, une volonté na*

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tureHement droite, un corps parfaitement soumis à l'flme. De plus, son âme était élevée à Tétai surnaturel et rlivin, par la grâce que nous appelons sanctifiante ou habituelle. Son esprit recevait de la grâce que nous appelons actuelle, la force de concevoir les vérités, et sa volonté, la force d'aimer les vertus de cet état divin, qui, sous tous les rapports, surpasse infiniment les forces de la nature, si parfaite qu'elle fût. S'il nous avait engendrés dans cet état, nous y serions nés avec un esprit naturellement clair et net, avec une volonté naturt-Hement droite, avec un corps parfaitement soumis îi l'âme. Surtout nous serions nés, comme lui avait été créé, dans l'état de grâce, et avec le secours de la grâce, pour embrasser les vérités et les vertus surnaturelles.

«Remarquons bien : nous naîtrions dans le môme état que notre premier père a été créé, mais non pas dans un état meilleur. Comme lui, nous serions soumis à l'épreuve ; comme lui, nous pourrions perdre la grâce et tomber dans un état de péché et de mort. » Saint Thomas, examinanlexpro/fj^o laqueslion, si lesenfanlsnés dans Télatd'innocence eussent été confirmés en la justice, répond formellement que non. Outre un texte de saint Augustin qui le suppose, il en donne la raison que voici : « Il est évident que les enfants en leur naissance n'eussent pas eu plus de perfection que leurs parents en l'état de génération. Or, tout le temps qu'ils eussent engendré, leurs parents n'eussent pas été confirmés dans la justice. La preuve en est que Tfaomme n'y est confirmé que par la claire vue de Dieu ; ce qui ne se peut avec la vie animale, dans laquelle seule a lieu la génération. Vous ne pourrez voir ma factj dit le Seigneur à Moïse, car nul homme ne me verra et vivra. [Exoi. xïxiii, 20.) Donc les enfants ne seraient pas nés non plus avec cette confirmation. »

Il est bon de se rappeler ceci ; car on s'i^ magine trop sourent que si notre premier père avait été fidèle, nous n'eussions eu rien à craindre, ni rien à faire. « La vérité est, suivant saint Thomas, que, ce commun ancêtre eût-ii été fidèle, nos ancéires particuliers pouvaient ne l'être pas, et par suite, nous engendrer dans un péché originel. Enfin, tous nos pères eussent-ils été fidèles, nous pourrions ne l'être point, tomber dans un état de péché et de mort. Et dans ce cas, pourrions-nous compter sur la misériœrde qui a suivi la chute de notre premier père? F<^nson&-y bien, et au lieu de murmurer, nous trouverons de quoi béfïir,

ff Cpnsiiiérons maintenant la chute que nous avons faite dans nos premiers parents. Par le péché, ils déchurent de l'état surna-* 'turel ou de la grâce; ils déchurent du droit de voir Dieu en son essence, et du pouvoir de te mériter. Ils furent même lésés dans la perfection de leur nature. Leur esprit, au lieu d'être naturellement clair et net, s'est obscurci ; leur volonté, au lieu de rester naturellement droite, s'est inclinée au mal ; leur corps, au lieu d'être parfaitement

soumis à l'âme, s'est révolté contre elle elU domine. D'eux-mêmes il leur était impossible de remonter d'où ils étaient tombés. C'était, de soi, une élévation infiniment aadessus de la plus parfaite créature, et eux, outre qu'ils n'étaient pas des créatures des plus parfaites, étaient encore lésés dans leurs facultés naturelles. Il leur fallail. j)our se relever, la grâce et le secoure surnaturel de Dieu; d'abord, pour guérir li maladie de leur esprit et de leur volunlé, ensuite pour mériter la vie éternelle el la vision intuitive de Dieu. »

11 ne sera pas difficile de préciser maini^ naiit la différence de besoiu que rhommei de la grâce avant et après son péché. Saiiu Thomas dit à ce sujet : « L'bomme, après le

Ëéché, n'a pas plus besoin de la grâce de ^ieu qu'auparavant, mais il en a besoin pour plus de choses; pour guérir elpoor mériter; auparavant, il n'en avait besoin que pour l'une de ces deux choses, la dernière. Avant il pouvait, sans le don surnaturel de la grâce, connaître les vérités naïurelles, faire tout le bien naturel, aimer Diea naturellement par-dessus toutes choses, éviter tous les péchés ; mais il ne pourail sans elle mériter la vie éternelle, qui est chose au-dessus de la force naturelle de l'homme. Depuis il ne fieut plus, sans la grâce ou sans une grâce, connaître que quelques vérités naturelles, faire que quelques oiens particuliers du même onlre, éviter que quelques péchés. Pour qu'il puisse tout cela dans son entier, comme aupanvaut, il faut que la grâce guérisse l'infiraiité ou la corruption de la nature. Enân, aprte comme avant, il a besoin de la grâce pour mériter la vie éternelle , pour croire en Dieu, pour espérer en Dieu, pour aimer Dieu surnaiurellement, comme objet deli vision intuitive.)»

Nous souhaitons vivement que le peu que nous venons d'en analyser initie nos laleurs aux graiids sujets traités et déveloi»pés dans la Somme de saint Thomas, et leur inspire la pensée d'aller puiser souvent à te vaste répertoire de la science universelle. Il faut l'avoir lue pour comprendrejusqu'à quel point la théologie s'élève et s'éleinl, c'est-ô-dire comment elle monte just^uà Dieu, et comment elle embrasse rbumaniié. Mais revenons à l'auteur de ces immortels ouvrages. Combien nous aurions encore i ajouter, si nous voulions compléter Tanalysp de cette vie scientifique, que «wui avons bien raison d'appeler prodigieu>el Cependant il faut nous arrêter, et nous n'avons rien dit des vertus du saint docteur, et surtout de son humilité non plus que de ses miracles, « par lesquels nostre Saulveur et Rédempteur Jésus-Christ a honoré son benoist saint. — Par ses miracles, esl-ildJt, il ressuscita les morts, il délivra les déiDoniacles de la puissance deTennemy; et plusieurs aulres divers infirmes furent W ramenés à santé par la grâce de Nostre- Seigneur, el par les mérites de son glorieuis sainct. »

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DE pâtiiolcm;ie.

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Nous «?on8 suivi saint Thomas pendant tes quarante-buit premières années de sa vie; nous sommes arrivés au 6 décembre Ii73. Bien des fois le saint docteur avait eu des visions. Les apôtres Pierre et Paul étaient venus Tenseiener dans sa cellule; le Seigoeur lui-même lui était apparu. Mais au jour où nous sommes, la vision avait été plus complète que jamais, et dès lors, saint Thomas ne voulut plus ni écrire ni dicter (le nouveaux ouvrages, et il dit au frère Raynald, qui le pressait de lu\ donner les raisons de son silence» que tout ce qu'il avait déjà écrit, comparé à ce ({mo le Seigneur fui avait révélé , était bien peu de t hose, mais qu'il ne pouvait répéter ce qu'il avait vu.

Le devoir de Tobéissance le fit pourtant céder aux instances du Pape Grégoire X, qui le pria de se rendre au concile de Lyon, où devait se tenter la réconciliation de TE- (;lise grecque et de TEglise latine. Mais il fut arrêté dans sa route et tomba malade au chAteau de Uayenza, où il était allé voir sa nièce, Françoise d*Aquin, mariée au sei» gneur Annibal de Cecam. Ayant eu alors connaissance de sa fin prochaine, et désirant mourir en un monastère de son ordre, il se remit en route, mais il ne put arriver jusqu'au lieu de ses désirs; il fut obligé de s'arrAter au monastère des bénédictins de Fossa Nuova, et en y entrant il prononça ces paroles prophétiques : Ici est mon re« ]m pour les siècles des siècles, JBie est requies mea in tœculum bœcuIÙKm moment (le mourir» il céda aux instances des frères, auxquels il expliqua le Canliçiue des cantiques. Il fit ensuite sa confession générale, (iemanda qu'on retendit sur la cendre pour recevoir le saint viatique, le reçut en fai* saal acte de sa foi et de son obéissance à l'Eglise. )1 donna encore quelques conseils charithbleri aux frères qui l'entouraient, ne s'entretint plus qu'avec le Seigneur, et !e 7 mars 1274. quelques heures après minait, TAnge oe Técole chantait les gloires de Dieu avec les anges du ciel.

Sa canonisation sollicitée en 1318, fut confirmée en 1323 par un bref du Pape Jean XXU , et, en 1567, le Pape Pie V ordonna que sa fête serait célébrée avec la même solennité que celle des quatre premiers docteurs de TEglise. Les reliques du saint, après être restées longtemps à Fossa Nuova, furent transférées au couvent des Dominicains de Toulouse ; un des bras fut ensuite donné au collège de Saint-Jacques , à Paris , et Tautre aux Dominicains de Naples.

L'uiversité de Paris exprime dignement , dans une lettre au chapitra général des frères prêcheurs, sa haute estime pour Thomme illustre que les lettres venaient de perdre. Les qualilicatiçns de docteur angeijque, d*ange de Técole, de nouvel Augustin, de Père de TKglise sont des témoignages de Tadmiralion que ses lumières et ses talents avaient ins)Hrée. Nous transcri- ▼ous ici cette lettre» parée Qu'elle donne une

idée de Téloquence de son temps et de Tes^ prit qui dirigeait les études.

«Aux vénérables pères en Jésus-Christ, les maîtres et les provinciaux de Tordre des frères prêcheurs, assemblés en diapitre général à Lyon, le recteur de l'université ' de Paris, les procureurs et les autres maîtres qui professent actuellement les arts; salut en celui dont la sagesse rèjjle toutes choses et dispose de tout tH>ur le bien de ses créatures. ,

« Pénétrés de la plus vire douleur et les yeux baignés de larmes, nous avons choisi ce moment pour exprimer tous ensemble , par des paroles entrecoupées de sanglots* combien nous sommes sensibles à la grande perteque vient de faii*e toute TEglise, et oui jette toute TEcole de Paris dans la dernière consternation. Hélas I trois fois hélas I qui 'nous donnera de retrouver ici les regrets et les plaintes de Jérémie, ou de peindre avec des couleurs assez vives Tétonnement in- • croyable qui a d'al)ord saisi tous les esprits, et qui a plongé nos cœurs dans un abîme de tristesse? G*est sans doute ce que les termes les plus énergiaues ne pourront jamais bien exprimer. Lamour et la douleur répandent ici de la confusion ; et ce n'est pas sans une peine extrême que nous écrivons au sujet du respectable docteur Thomas d'Aquin, dont la mort nous est annoncée, et par le bruit public et par des relations qui ne nous laissent pas même la consolation d'en douter.

« Qui pourrait pénétrer par quelle vue la Providence a permis que cette étoile du matin qui jetaUun si ^rand éclat sur le monde, que ce soleil lumineux, destiné à éclairer tous les siècles, ait sitôt retiré ses rayons ? Mais non, nous ne pensons pas que cet illustre docteur, pour avoir cessé de vivre, cesse pour cela de répandre sa lumièro dans toute l'Eglise. Nous n'ignorons pas que Dieu, par un effet particulier de sa bonté, l'avait donné pour un temps au monde ; nous pouvions cependant croire, suivant les principes des anciens pbiloso-

f)hes, que la sagesse du Créateur, en le àisant paraître ici-bas comme un |)rodige de la nature, l'avait destiné pour expliquer les prodiges les plus obscurs de la nature même.

« Mais pourquoi nous occuper de ces ré« flexions d'autant plus tristes qu'elles sont ' inutiles ? Quel autre sujet n*aurion$-nous pas de nous plaindre de ce qu'ayant vivement sollicité votre chapitre général de Florence de rendre ce grand hDmme à notre école, toutes nos instances, hélas 1 ont été sans succès. Remplis cependant d'une tendre affection pour un docteur que nous mettrons toujours avec distinction au nombre de nos Pères et de nos maîtres, un esprit de reconnaissance nous presse de vous adresser de nouvelles prières afin

aue, si nous avons été privés de le posséer encore dans les derniers jours de sa via, nous ayons du moins celle de recevoir ses déDOuilles après sa mort. Ce sont ses

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cendres que nous demandons aujourd'hui » comme le plus riche prissent que vous puissiez nous faire. Certes, il ne serait ni juste ni convenable de destiner un autre lieu pour sa sépulture, ou de préférer quelque autre pays à la capitale de ce royaume, si distingué par son école, laquelle, après I avoir élevé et nourri dans son sein, a reçu à son tour les oracles de sa doctrine et les plus grands sujets de consolations. Si !*£glise honore avec raison les reliques des saints, n*est-il pas conforme à la bienséance et à la piété, que nous soyons les dépositaires du corps de cet incomparable docteur, afin que la vue de son tombeau produise h jamais dans les cœurs de ceux qui viendront après nous les mêmes sentiments d'estime et de vénération que TexceU lencc de ses ouvrages a fait naître depuis longtemps dans nos Ames.

«(Nous aimons à nous promettre que vous ne nous refuserez pas ce que nous demandons avec autant de confiance que de justice ; et nous vous supplions en même temps de vouloir nous communiquer, le plutôt qu*il se pourra, quelques ouvrages de philosophie que ce docteur avait autrefois ébauchés à Paris, et auxquels nous ne doutons point qu'il n'ait mis la dernière main depuis son départ de France. Il nous avait spécialement promis des commentaires sur les livres qui traitent du del et du monde, et une explication du Timée de Platon, aussi bien qu'un traité de la conduite des eaux, et un autre sur la manière d'élever les esprits. S'il a composé quelque ouvrage sur la logique, nous vous i)rions, ainsi que nous l'en avions déjà prié luimême, de nous en faire part. Les dangers continuels, auxquels, comme vous savez, nous nous trouvons tous exposés dans ce siècle corrompu, nous portent à vous demander enfin le secours Je vos prières et la communication de vos suffrages.

« Nous voulons que notre présente lettre soit scellée du sceau du recteur et des procureurs. Fait à Paris, l'an de notre Seigneur mille deux cent soixante et quatorze, le mercredi avant l'Invention de la sainte Croix. »

Les écrits de saint Thomas, mais particulièrement sa Somme f n'ont pas cessé d'être dans l'Eglise de Dieu un objet d'admiration universelle. Vers l'an 1323, pendant que l'on travaillait au procès de sa canonisation, quelqu'un ayant dit devant le Pape, c'était Jean XXII, que la vie de saint Thomas n'avait pas été particulièrement illustrée par des miracles, le souverain pontife repartit aussitôt . n Nous n'avons pas besoin de nouveaux prodiges pour canoniser un saint docteur, duquel on peut assurer qu'il a fait autant de miracles qu'il a décidé de questions. Nous ne doutons nullement, dit encore le même Pape, que frère Thomas d'Aquin ne soit glorieux dans lecie!, puisque sa vie a été très-sainte et que sa doctrine n'a pu être sans miracle. Lui seul a répandu plus ie lumière dans l'Eglise que

tous les autres docteurs; et dans ses Itrres on profite plus en un an, que pendant toute sa vie à suivre les enseignements des a iires. » Les successeurs de Jean XXll n'oni cessé de parler dans le même sens. Les corcilesontpen^^ à cet égard comme les Pa|K^. Au concile oecuménique de Trente, )i Somme de saint Thomas était placée sur U même table avec la sainte Bible. Les plus doctes personnages de l'Eglise unissent leor^ voix k celles des Papes et des conciles. Le cardinal Bessarion, la gloire de la Grèce atholique, et si éminent lui-même par sa profonde érudition et par une piété irèv solide, avait coutume de dire que Thomas d'Aquin n'était pas moins le très-saint parmi les savants que le très-savant parmi les saints. « Sans vouloir oflTenser les autres, (lisait le cardinal Talet, saint Thomas luai seul me tient lieu de tous. »

Ce que saint Jérôme dit de saint Augustin peut s'appliquer à saint Thomas :

a Tous les catholiques vous aiment, et ce qui est encore plus glorieux, tous lesbéréu>

3ues vous détestent. » £n effet, un hérétique u XVI* siècle disait : « Otez Thomas, et ]•dissiperai l'Eglise. » Ce blasphème qui suppose que l'Eglise de Dieu peut dépeniire d'un homme, nous fait voir quelle idée l'Eglise a du saint docteur. Ce vœu de Tbérésiarque ne doit pas surprendre.

Nous n'ignorons pas cependant que sairit Thomas d'Aquin a essuyé des critiques. Le cardinal Sadolet semble remarquer qu'il est plus heureux à exposer les sentiments d*aa* trui que les siens. Nous avons remarqué le contraire dans sa Somme et dans son Commentaire sur le livre des Sentences. Le savant Huet juge la Somme du saint docteur cependant avec quelque sévérité. Avant eui, le cardinal d'Ailly, pariant au nom de Ja faculté de Paris, mettait certaines restrictions à l'éloge qu'il accorde à sa mémoire; et un théologien moderne lui trouve des opinions outrées. Nous ne prendrons point parti:

seulement nous demanderons si les censeurs qui Taccusent ont toujours bien saisi le sens de sa pensée. Par exem()le ou a voulu se prévaloir de son autorité pour faire l'apologie des spectacles et de la profession de comédien. C*est dans les B^^flexions de Bossuet sur la Comédie^ qu'il faut voir la réponse qu'il fait h cette a!légation ; et ce qu il dit ici peut s'appliquer à d'autres passages où le saint docteur n'aurait pas été suffisamment entendu.

Reste h le défendre contre une assertion ui touche particulièrement au ministère e la parole. Le P. Rapin, dans ses Rfflexions sur Nloquence^ dit : « Je suis |)ersuadé que la lecture de saint Thomas a fait

1)lus de mauvais prédicateurs que de bous. ^'air dur et sec qu*il a à dire les choses est aussi opposé à l'éloquence oùe les cfaosei qu'il dit y sont propres. » Doù il conclut Due le commerce trop fréquent avec les scolastiques est plus préjudiciable qu'avantageux' au prédicateur. Oui, sans doute, pour celui qui, négligeant la composition,

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bornerait à ees austères études l'emploi de SCS plus belles années. Mais avec la so-> briété que Rapin lui-même recommmande; mais* eu y apportant un choix judicieux» nul douti^ que la lecture n*en fût des plus proGlables. Faites-vous un fond de doctrine qui vous serve au besoin. Puisez aux sources, mais en les choisissant. « La science, nous dit à tous saint Jérôme, veut du travail, des veilles, des sacrifices; elle veut du ^oût et de la discrétion. Vous voulez être iréJicateur, soyez théologien; bien que &jns le paraître, soyez savant avec mesure. - Ce qui tonslitue la santé, ajoutait Téloquent solitaire de Bethléem, ce n*est pas la nourriture dont on se charge, mais l'aliment que Ton digère. » Bourdaloue, Massillon, Bossiiet n'appréhendaient pas que la lecture des théologiens arrêtât les sublimes élans de leur génie; et, en laissant à la scolastique la sécheresse de son langage, ils savaient donner à leur éloquence l'autorité de la science théologique. Et de nos jours, l'éloquent orateur qui a peut-être porté l'art chrétien jusqu'à sa plus sublime expression, le R. P. Lacordair?, dominicain comme saint Thomas, n'a rien perdu de lorigina* lité ni de la couleur de son style à se nourrir des écrits de son saint et savant prédécesseur. Voilà les modèles que nous devons imiter, et de pareils exemples valeut mieux qu*une réfutation.

Nous terminerons cet article sur saint Thomas en reproduisant le jugement que portent sur son génie et sur ses^ œuvres les auteurs de Y Histoire littéraire de la France, tome XIX :

« Sa vaste renommée, exasérée peut-être Ci)ma)e tant de gloires du même genre, sérail, quant au fond, l'une des plus faciles à justiOer. En effet, si nous ne retrouvons drtns ses livres, ni la théologie classique des écrivains du iv* et surtout du v' siècle, ni le langage affectueux et ingénieux de saint Bernard, ni l'érudition encyclopédique de Vincent de Beauvais, ce n'est ^>as du moins sans raison qu'on l'a surnommé TAnge de Técole; on aurait pu dire l'Âr- <^hange; car il est réellement le prince des scolastiques du moyen Age. Il a compris mieux qu'aucun d'eux que la science des choses révélées devait se fonder sur des livres sacrés et sur des traditions positives. <Vesl l'idée qu'il en donne dès les premières pages de la Somme; et Ton s^apergoit i^ouvent, dans le cours de cet ouvrage, ainsi que dans presque toutes ses productions, 'iu'il a étudié la Bible et les Pères de l'Eglise aussi profondément qu'il est possible de le faire sans connaître le grec et l'béwreu.

« Il avait lu aussi dans sa jeunesse des traductions de YOrganum^ et de plusieurs autres ouvrages d'Aristote. L'influence de ^es livres se manifeste dans la plupart des siens; car il applique le plus au'il peut, et quelquefois avec trop de confiance, la diadique et la métaphysique des anciens à '^ ihéologie chrétienne , en évitant néan*

moins les témérités d'Abailard, et en conservant, par la plus circonspecte sagacité, une place éminente parmi les nouveaux docteurs. Les avantages qu'il a sur eux tiennent à deux causes : d'abord il a pénétré plus avant dans cette philosophie antique; en second lieu il a mieux compris qu'à

I égard de tout mystère religieux, les expressions doivent se contenir dans les termes consacrés par les autorités qui les révêlent, et que les expressions cherchées ailleurs sont toujours arbitraires, sans être presque jamais ni plus claires, ni plus vraies. La scholastique a été régularisée par lui, autant qu'une méthode si mal conçue pouvait l'être.

« Nous avons rencontré dans ses Œuvres quelques traces des connaissances en notions historiques qu'il avail acquises, et l'un peut juger, par son oflice du Saint-Sacrement, des progrès qu*il aurait pu faire dans les éludes et les compositions purement littéraires, s'il s'y était adonné. Mais, ainsi qu'Erasme Ta remarqué, il a trop négligé ce genre dlnslruction, quoîGu'il fût si digne de|ie cultiver, et si capable d en faire, comme de tous les autres, un heureux usage.

Erasme répète ailleurs qu'il ne manquait à Thomas d Aquin d'autre connaissance que celle des langues et des belles-lettres, en ajoutant qu'il eût mieux valu être un peu moins aristotélicien, et un peu plus grammairien et littérateur.

« L'éducation de saint Thomas, ses penchants, sa profession, les institutions et l'esprit de son siècle, tout avait contribué à le vouer à la théologie, considérée alors comme la science par excellence, à laquelle toutes les autres devaient demeurer subordonnées.

II l'a cultivée jusqu'à sa mort avec un zèle ardent, et avec un désintéressement non moins recommandable. Loin d'aspirer aux dignités qu'elle lui rendait accessibles, il les a refusées, et l'on a lieu de croire qu'il n'ambitionnait aucunement l'éclatante renommée que lui ont valu ses leçons et ses ouvrages. Il aimait l'étude pour elle-même, et ne vivait heureux qu'en travaillant à s'instruire, loin des affaires et des intrigues. Voilà pourquoi» à travers les vicissitudes des choses et des opinions humaines, il est resté grand dans les siècles qui ont suivi le sien, comme l'a encore dit Erasme, vir non suo tantum sœculo magnus. »

THOMAS, moine de Froimont, au xii* siècle, était né à Beverley en Angleterre, mais il passa la plus grande partie de sa vie en France. Il nous a laissé une élégie dans laquelle il raconte toutes les aventures de sa sœur Marguerite. Elle était Agée de anze ans, lorsque Thomas vint au monde en Angleterre, et comme ses parents ne vécurent pas longtemps après sa naissance, elle se chargea de l'éducation de son frère, jusqu'à ce que Thomas de Cantorbéry se l'attachât. Alors Marguerite retourna à Jérusalem qui était assiégée. Etant parvenu à entrer dans la ville, elle se revêtit d'un costume d'homme, combattit pour la défense de la

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TiUe, et fut réduite en captivité. Rachetée en même temps c|ue d'autres captifs, elle TJsita Rome, rltalie et différentes autres provinces. Enfin, elle cherche son frère, qni ne vent point la reconnaître jusqu^à ce qu'elle lui rappelle le souvenir de leur enfance :

Uœc ffiter, $iqni9 crédit, lacrymamur utergue, €a$uê Panâo mea$, mique loqneme, ^emu.

pMt hac horlainw mimdt cantenmere ttiam, Quœ reddcu monacham, me docei Ule viam,

A la sollicitation de son frère, elle entra dans un monastère de filles où elle passa le reste de ses jours. Pour lui, il demeura aussi dans le monastère de Froimont où il avait fait profession. Outre cette élégie, il avait composé en prose un Traité du mépris du monde^ et une ' Vie de saint Thomaê de Cantorbéry , que Duchaussay dit avoir vue.

THOMAS LE Cistercien, Thomas de Per« sEiGNE et Thomas de Vaucelles, que nous réunissons ici, nous paraissent un seul personnage sous trois noms différents. On peut penser que Thomas le Cistercien, auteur d*un commentaire sur le Cantique des cantiques, aura vécu dans ces trois maisons de Tordre de Citeaux et aura été désigné indifféremment par les noms de ces aifférentes abbayes. L'éottre dédicatoire de ce commentaire, adressée à Ponce, évèque de Clermont, sert à fixer l'époque où l'écrit fut composé, r/est-à-dire, depuis 1170jusqu'en 1188. Dans la préface Thomas trace son plan et il n*y est que trop fidèle. Il n'y a pas un mot du Cantique qui ne lui fournisse l'occasion de laire vingt définitions différentes ; de diviteret de subdiviser ses propositions. Au reste, ses explications, beaucoup plus significatives encore que le texte , nous ont paru tellement inconvenantes que nous n'avons pas jugé à propos d'en donner l'analyse. Si le lecteur désire de pins amples renseignements sur ce commentaire, il peut consulter V Histoire littéraire delaFrance^ tome XV, page 328.

Si, comme nous le (>ensons, Thomas a porté successivement ces différents noms, il avait composé d'autres ouvrages; car, dans plusieurs catalogues de manuscrits, on trouve sous le nom de Thomas Perseigne un écrit De prœparatione cordis^ et un autre sur le livre des Sentences; et sous le nom de Thomas de Ctteaux, des sermons. Tout ce que nous savons de la vie de ce moine est qu'il vécut successivement dans plusieurs monastères de son ordre et qu'il se fit une réputation dans l'Eglise par ses sermons. On ignore Tannée précise de sa mort.

TICONIUS, Africain de naissance, homme d'un esprit vif et abondant, fiorissait au iv' siècle, il avait une connaissance profonde de TEcriture sainte et des lettres humaines, et avait étudié avec grand soin les affaires de TEglise. Frappé comme par autant de coups de tonnerre par les paroles qu'il rencoiiiratt à chaque page des Ecritures, il se réveilla de son assoupissement et reconnut que TEglise de Dieu devait être répandue par tout le monde d'après les oracles des pro-

phètes et qu*aucun péché'ne pourait empêcher l'effet des promesses de Dîea. Il entreprit de défendre cette vérité et prouva avec beaucoup de force et d'éloquen(?e contre les principes de sa secte, quefquelque impiété qui puisse se commettre dans TEglise, elle ne peut empêcher que cette £gHse ne se répande jusqu'aux extrémités de la terre. Toutefois, il ne cessa pas d'être donaliste et ne vit pas même la conséquenr^e de son principe : que les chrétiens d'Afrique qui étaient unis de communion avec tout te reste du monde , appartenaient à la véritable Eglise. L'écrit de Ticonius fermait la bouche à ceux qui soutenaient un sentiment contraire par le poids et la multitude des passages clairs et ()récis des Ecritures qu'il alléguait. 11 traitait dans le même ouvrage cette question : comment on doit tolérer dans TEglise, sans rompre les liens de Tunité, les abus et mêmes les crimes que noas ne pouvons corriger. 11 y a apparence qu'il s'y déclarait aussi contre la rébaptisatioo, puisqu'il alléguait l'autorité de Donat, qni avait toujours communiqué avec les Maures, quoiqu'ils ne rebaptisassent jias. Cest dans cet endroit que Ticonius faisait mention d'un grand concile des donatistes, dont nul autre que lui n'a parlé. On croit qa*il se tint à Carthage dans le temps que l>onat était à la tête de ce siège schismatique. Par un décret, ils laissèrent à la liberté de chaque évêque de ne pas rebaptiser ceux qui se présentaient pour entrer dans leur communion, s'ils témoignaient de lajépugnance pour cette nouvelle cérémonie. Il y rapportait encore divers autres faits arrivés ààns la secte qui faisaient voir combien il y régnait de désordres. Ainsi, Técrit de Ticonius, selon la remaraue de saint Augustin, était favorable à l'Eglise catholique et contraire aux donatistes. Parménien, pour ne pas admettre la conséquence que tirait Ticonius, prit le parti de nier le principe et soutint que TEglise était corrompue par la communion des méchants ; mais il n*op|>osa à la clarté et à la force des [>assages allégués par Ticonius que l'autorité de son pro|)re témoignage. Nous n'avons plus l'ouvrage de cet auteur; mais il parait que c'est le même dont parle Genna le, lorsqu'il dit que Ticonius composa trois livres de la guerre intestine.

RÈGLES DE TiCONIlJS POUR l'iNTELLIGBMCK

ns L ÉGRiTCRB SAINTE. — Cu autrc ouvrage de Ticonius que nous avons encore, est celui dans lequel il donne les sept règles iK)ur trouver le sens des Ecritures et en ouvrir les secrets. Saint Au^stin, qui les rapporte dans son troisième livre De la decfrine ehrétienne^ en parle comme d'un ouvrage d'ua grand travail et très-utile pour Tintelligence des divines Ecritures. Mais, quoiquil le crût d'une grande utilité pour en découvrir le sens caché, il avertit néanmoins qu'on ne doit pas prétendre pouvoir pénétrer avec le secours de ces règles dans tout ce que TEcriture sainte a de plus obscur. C^est pourquoi il conseille aux personnes d'étude

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DE PATROLOCIE.

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'de les lire, sans toutefois les croire inrail* :ljbie$ : car it j atait des endroits ou Tico-

Îius s*était trompé par reffet de la faiblesse umnine. Saint Isidore parait avoir suivi (es /ègies de Ticonins dans celles qu'il donne lui-même pour Tintelligenco de TEcriture fAînte. Nous avons celles de Ticonius dans les bibliothè(|ucs des Pères de Paris en 1575 e( 1589t de Cologne en 1618 et de Lyon en |'1677. Voici ce qui nous a |)ara le plus re* jioarquable.

Ànalyiê dtf iept règles de Ticonius. — La première règle est intitulée : DuSeigneur it ae son corps. Ticonius y montre par un grand nombre de passages de l'Ancien et (lu Nouveau Testament, qu'une même personne peut représenter quelque fois le ciief ri le corps entier, c'est-à-dire, Jésus-Christ elsoH Eglise; de sorte que dans un mémo }tas$age, et dans une même personne, on liasse tantôt du corps au cher et tantôt du chef au corps : ainsi dans Isaïe, c'est une même |>ersonne qui prononce ces paroles : Ùieu tna mis coinme à un époux' une cou^ ronne sur ia iéle et m'a revêtu des ornements (tune épouse (Isa. lxi, 10); néanmoins, il est certain que dans lés deux parties de ce ))assage, il faut entendre séparément ce qui convient au chef et ce qui convient au corps, e>st-à-dire, ce qui convient à Jésus-Christ cl ce qui convient à son Eglise. Il en est (ie même de ce passage de VApocalypse : Jt $ui^Vépous et Vépouse, (Apoc. xxii, 17.; Et dans saint Matthieu : EUes altèrent «il devant de l'Epoux et de C Epouse. {Matth. XXV, 1).

La seconde règle de Ticonius a pour titre Du corps du Seigneur partagé en deux ; saint Augustin désapprouve ce litre, parce que non-seulement les hypocrites ne seront pas avec JésuS^Christ dans Télernité ; mais lis n*y sont pas même dès à présent, quoi qu'ils paraissent être dans l'Eglise. Il croit qu'il fallait intituler cette règle : Du corps iu Seigneur vrai et mélangé et lire TEcriture avec beaucoup d*attention pour voir quand, après avoir p.ar]édes élus, elle parle aussitôt des réprouvés qui sont dans le curps de l'Eïçlise; parce que les uns et les autres ne font maintenant qu'un seul corps par la participation aux mêmes sacrements, i.ilons ce passade du Cantique des cantiques (if 4) : Je suis orune^ mais je suis belle. 11 n'est pas possible que l'Eglise que Jésus- Christ « purifiée de son sang soit brune dans aucune de ses parties, si eu n*est |>ar rap- {»ort aux réprouvés par qui le nom de Dieu est blasphémé. C est pour<{uoi Tépouse ne (lit pas : J'ai été brune comme les tontes de Cedar et je suis belle maintenant comme les pavillons de Salomon; mais elle dit (|u*elle est l'un et l'autre, à cause de ruuion pas* sa^ère qu'il y a entre les bous et les méchants.

La troisième rè^le est intitulée : Des pror tnetses et de la /et, ou plu loi : De r esprit et delà lettre. Saint Augustin repnMid Ticonius u'avoir dit que les œuvres nous sont don- ::< os «le Dieu oar le mérite de ia foi, mais

que la foi nous est tellement personnelle qu'elle ne vient pas de Dieu : il n*a pas fait attention h ces paroles de saint' Paul : Que Dieu le Père donne à nos frères la paix et la charité avec la foi. (Ephes. vi, 23.) Toutefois,

il excuse Ticonius surce qu'il aval técriiavant rhérosie pélagienne, car ceux qui écrivirent depuis furent obîigés d'examiner avec plus de soin ce qui regardait les matières de la foi. Les passages de l'Ecriture allégués dans celte règle tendent è montrer que quoiqu'il n'y ait eu )»ersoni:e de sauvé par les œuvres de la foi de Moïse, plusieurs de ceux oui les ont mises en pratique ont été justifiés, mais par la foi en Jcsus-Christ.

La quatrième règle a pour titre : De Ces^ pèce et du genre. Ticonius entend |Mir espèce la partie et par genre le tout : ainsi une (>rovince, une nation est Tespèce, et toule a terre est le genre. Et dans le sens mystique Jérusalem est l'espèce, et TEglise répandue dans l'univers est le genre. Cette règle a son application dans plusieurs endroits de l'Ecriture dans lesquels elle passe de Tespèce au genre comme si elle continuait toujours à parler de l'espèce. Ainsi dans le prophète Ezéchiel il est dit : Les en*

{ants d Israël ont habité dans leur terre^ ils ont souillée par le dérèglement de leur vie, par leurs idoles et leurs péchés. (Ezech. xxxvi, 17.) 11 est clair que ces paroles s'entendent de l'espèce, c'est-à-dire, de cette |)artie de la maison d'Israël que saint Paul appelle charnelle ; mais les sui ventes : Lorsque ^ au^ rai été sanctifié à leurs yeux au milieu de vous, je vous retirerai d'entre les peuples^ je vous rassemblerai de tous les pays et je vous ramènerai dans votre terre. Je mettrai mon esprit au milieu de vous. Je vous ferai mar'^ cher dans la voix de mes préceptes (ifrtcf., 23, 2^ 27), se rapportent au genre, c'està-dire, à tous les peuples selon la promesse laite aux patriarches qui ont été les pères des Juifs et qui sont aussi les nôtres.

Ticonius a intitulé sa cinquième )*ègte. Des temps. Il en montre de deux sortes lorsqu'on prend dans l'Ecriture la partie pour le tout ou le tout pour la partie. Par le moyen de cette rè^^le on sauve la contradiction apparente qui se trouve entre saint Luc et saint Matthieu au sujet de la transfiguration de Jésus -Christ. Car saint Matthieu dit u'elle arriva six jours après la confession e saint Pierre, et saint Luc dit que ce fut environ huit jours après. Mais dans la supposition que saint Luc qui parie de huit jours, ait compris pour deux jours entiers et la fin du jour que Jésus prédit sa transfiguration et le codimencement de celui dans lequel il l'acconiptit ; et que saint Matthieu n*ait compté que six jours entiers, il n'y a plus de contradiction entre eux. C'est aussi de cette manière qu'il faut résoudre la résurrection du Sauveur. Tir^onius traite aussi dans celte règle des nombres de l'Ecriture qui renferment quelque mystère : comme de sept, de iii\^ de douze. Il remarque que oes sortes de nombre sout pris souvent pour un temps indéterminé : ainsi : Jetouslouo'

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