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qu'elles ont trahi l'auteur, s'il avait eu l'intentiou de se donner pour un écrivain contemporaine Mais il faut rendre plus de justice au caractère de Widbert, dont la droiture et la candeur se font connaître dans tout le cours de son ouvrage, et croire tout simplement (^u'il ne s'est pas exprimé avec assez de précision dans sa préface. Cette explication au moins n*a rien d'injurieux pour 6à mémoire.
Saint Eman, selon notre écrivain, vivait du temps du roi Théodebert et de Nectaire évéque d'Autun, c'est-à-dire, vers le milieu du VI* siècle. Cependant, en parlant d'un voyage qu'il fit a Rome, l'auteur le |:)laçail sous le pontiflcat de saint Léon le Grand, un siècle entier auparavant. Cet anachronisme prouve qu'il n était pas contemporain; m^iis l'éditeur Ta retranché du texte imprimé, quoiqu'il se lise dans chacun des deux manuscrits. Du reste Widbert semble avoir fidèlement rapporté ce qu'on lai avait appris des saints martvrs, sans s*étre appliqué, comme tant d autres, à grossir les objets ou à amplifier la matière. Au contraire, bien loin de penser à y ajouter du sien, il atteste qu'il a abrégé ce qu'il en savait. Il a exécuté son dessein avec beaucoup d*ordre ; son st}[le est clair, simple, aisé et infiniment meilleur que dans la ;jlupart des écrits du môme siècle. On regrette seulement que la matière ne soit pas |ilus intéressante. 11 n'est question presque que de pèlerinages et de miracles dans le récit desquels la vraisemblance n'est pas même toujours observée. Il termine cet écrit par deux vers hexamètres qui sont loin de valoir sa prose, et qui ne peuvent servir qu'à montrer qu'il se mêlait de versiQcation sans en observer les règles.
WIDRIC ou GUIDRIC, contemporain de Frolland, succéda à l'abbé Héribrand, vers 1056, dans le gouvernement du monastère Saint-Guilain en Hainaut. Il nous reste de lui une belle lettre à l'empereur Henri le Noir pour se plaindre des dommages criants que Baudouin, comte de Hainaut, causait tous les jours au monastère de Saint-Guilain. La lettre est non-seulementbien écrite, mais on y découvre môme une éloquence de bon goût, assez rare à cette époque, et divers traits intéressants pour l'histoire de cette abbaye. C*est ce qui a porté dom Mabillon, qui en a fait la découverte, à la publier dans le corps de ses Annales. On lui attribue aussi une Histoire de sainte Aidegonde^ fondatrice et première abbesse de Mauberge, que Bollandus a insérée dans son Recueil.
WIGBODE, poète chrétien, ne nous est connu que par un ouvrage que dom Martène a publié sous son nom , et dont nous allons rendre compte. Il paraît qu'il était en grande considération auprès du roi Charles, et que ce prince estimait beaucoup ses écrits. Wigbode, de son côté, ne négligeait rien pour lui faire sa cour; mais, comme dans les vers qu'il lui adresse, il ne lui donne nulle part le titre d*empercur, on en
conclut que cet auteur florlssait avant la fin du vin' siècle. II s'appliqua particulièrement à l'étude de l'Ecriture et des Pères , sans négliger cependant celle des auteurs profanes. Le seul ouvrage qui nous reste de lui suppose beaucoup de lecture et un grand travail. C'est un Commentaire sur VOctatet&-
Se, comme on disait alors, c'est-à-dire, sur \ cinq livres de Moïse et les trois suivants de Josué^ des Juges et de Ruthf dans lequel l'auteur entreprend d'expliquer le texte sa* cré par Tautorité des Pères latins. Il en ré* duisit le nombre à huit, afin de circonscrire SCS recherches, et se borna aux explications de saint Ambroise, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Eucher de Lyon, de Junilius, évoque d'Afrique, de saint Grégoire, Pape et de saint Isidore de Sévitle. Il Tut attentivement leurs ouvrages, et en tira fout ce qui lui parut rentrer dans son plan. Il a eu soin de rapporter ces extraits, souvent fort longs, sans y rien changer; d'autres fois il n*en a pris que le sens, mais sans jamais omettre de nommer les Pères, et même les écrits des Pères auxquels il les a empruntés, à peu près comme le Vénérable Bède en avait usé quelques années auparavant dans ses commentaires sur TEcriture. Mais, pour donner de Tordre à son travail et le rendre par là môme plus utile, il en fit un dialogue dans lequel le disciple propose des difficultés que le mattre résout dans ses réponses. C est pourquoi Touvrage est intitulé : Questions sur rOctateuque, Outre la lecture et le travail que suppose ce commentaire , on y trouve aussi quelaue esprit, mais pas assez de choix dans 1 cipiication des textes, un peut dire en général qu'il manque de critique, et l'auteur confond indistinctement dans une môme explication le sens littéral et le sens spirituel.
Sitôt que le commentaire de Wigbode fut répandu dans le public, le roi Charles en fit faire une copie pour son usage particulier; ce qu'ayant appris Taufeur, il composa aussitôt deux pièces de vers pour ôtre mises à la tète de cette copie, telles qu'elles s'y lisent encore. Dans la première, qui est une épigramme en quatorze vers hexamètres, l'auteur s'adresse à son livre, et le félicite de l'honneur qui lui est accordé de trouver place dans le palais du roi. L'autre pièce, qui porte également le titre d'épigramme, peut a bon droit passer pour un poëme, puis-
Ju'elle a plus de cent vers. On y dislingue eux parties : la première est destinée à faire l'éloge de Charles, en relevant particulièrement le soin qu'il prenait d'assembler de toutes parts les bons livres, et surtout les livres sacrés dont le poëte* fait ici Ténumération, en les désignant tous, à l'exception des deux livres des Machabées, La seconde partie contient une explication littérale et mystique des sept jours de la première semaine. Quoique Von rencontre çà et là, dans le corps de l'ouvrage certaines pensées qui peuvent passer pour ingénieuses, on aurait tort de s^ttendre à y trouver le goût, la déjicatcsse, l'élévation et les autres beautés