‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 188 sur 207 · IS3S · texte numérisé non relu

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noncer entre ses mains purement et simplement è répiscopat dont il se reconnut indigne. Alors le zélé pontife exhorta ie clergé et le peuple de l'Eglise de Chartres à faire une élection canonique et à choisir Yves, prêtre et prévôt de Saint-Quentin de Beauvais, dont il connaissait le méritedepuis longtemps. Il écrivit à Richer, archevêque de Sens, pour lui faire connaître la procédure suivie conire Geoflfroi, et le prier de favoriser l'élection et de sacrer celui qui serait élu. Le clergé et le peuple de Chartres, suivant l'intention manifestée par le Souverain Pontife, élurent Yves et le présentèrent au roi Philippe, de qui il reçut le bflton pastoral en signe d'investiture. Ils requirent ensuite l'archevêque Richer de le sacrer, mais celui-ci refusa, prétendant, entre autres choses, que la déposition de GeofTroi n'était pas légitime, et qu'avant d'aller au Pape on aurait dû se pourvoir devant lui, comme métropolitain. Mais Godefroi ou Geoffroi s'était déposé lui-même, pour s'épargner la honte d'une déposition plus ignominieuse.

Le bienheureux Yves de son côté écrivit au Pape pour se plaindre du fardeau dont on voulait le charger, et déclara en même temps dans sa lettre qu'il n'aurait jamais consenti à son élection, si l'Eglise de Chartres ne l'avait assuré que le Souverain Pontife le voulait et l'avait ainsi ordonné. Il se rendit donc à Rome avec les députés de celte Eglise, qui s'y plaignirent du refus de l'archevêque dfe Sens; et le Pape, pour éviter le préjudice qu'un plus long retard pou- Tait causer à l'Eglise de Chartres, sacra Yves lui-même, sur la fin de novembre de l'an 1090, et le renvoya avec deux leitres ; l'une au clergé et au peuple de Chartres, et l'antre à l'archevêque Richer. Dans l'une et dans l'autre, il défend, sous peine d'excommunication, à Geoffroi, de faire aucune tentative pour remonter sur son siège, et à qui que ce soit de le favoriser. Dans la lettre à l'archevêque, il dit : « Nous avons sacré Yves, sans préjudice de l'obéissance qu'il doit à votre Eglise, et nous vous prions d'étouffer tout ressentiment, de le recevoir avec la bonté convenable, et de lui prêter votre concours pour la conduite de son diocèse. » Ces lettres sont du 2k^ et du 25 novembre. On y joint la formule d'instruction que le saint Pontife consécrateur donna au nouvel évêque.

Yves était né dans le Beauvoisis, d'une famille noble et respectée. Après avoir terminé ses études d'humanité et de philosophie, il se rendit à l'abbaye du Bec, pour y apprendre la théologie sous Lanfr^nc. Gui, évêque de Beauvais, qui avait été doyen de Saint-Quentin en Vermandois, ayant fondé en 1078 un chapitre de chanoines réguliers près la ville de Beauvais, en l'honneur de ce saint martyr, Yves y embrassa la vie cléricale, et y donna des terres de son patrimoine. Ensuite il en fut supérieur, sous le nom de prévôt ou d'abbé ; et pendant qu'il gouvernait ce chapitre, il enseigna la théo-

logie et composa son grand reeaeil di cinons, connu sous le nom de Décret.

Richer, archevêque de Sens, irrilédece que, sur son refus, Yves était allé i Rome se faire sacrer par le Pape, lui écri?it aoe lettre pleine d'amertume et deinépris,dans laquelle il ne le traitait ni d'évèqae ni de collègue, et l'accusait de vouloir démembrer sa province, en usurpant lesiégederéièque Geoffroi, qu'il ne tenait point pour dét>osé. Le bienheureux Yves répondit avec fcrmeié. Après avoir marqué à l'archevêque qoUa senti plus vivement les outrages faits au Saint-Siège par cette lettre que ceux qui lui étaient faits personnellement, il lui parle ainsi : « Vous ne craignez pas d'avancer que j'ai usurpé le siège de Goaefroi ; en qoot il est manifeste que vous levez la tète coolre le siège apostolique, en tâchant de détruire ce quil établit, et de rétablir ce qu'il détroii. Résister aux jugements et aux constitodoos de ce siège, c est encourir la noted'hètsie; car il est écrit qu'il est constant que nloi qui ne s'accorde point avec l'Eglise romaiM est un hérétique. De plus, ce n est pas avoir assez soin de votre réputation que d'appeler encore évêque un bouc émissaire* dont les adultères, les débauches, les trahisons et les parjures ont été publiés dans presque toute I Eglise latine; et qui, se troavaat pour ce sujet condamné par le Saint-Siège, au tribunal duquel il désespérait de pouvoir se justifier, a remis lui-même son lanneso et son bftton pastoral. Vous avez re^u à ce sujet un décret apostolique qui contient ces paroles : « Quiconque donnera quelque aide « à Godefroi, déposé de l'épiscopat, pour vexer tou envahir l'évêché cle Chartres, nous «jugeons qu'il est excommunié. • Voilà ce* pendant le sujet que vous voulez rétablir dans l'épiscopat.

ff II se trouve encore dans votre lettre un autre point où vous avez outragé le ciel ei la terre; c'est quand vous appelez telle quelle la consécration que j'ai reçue des mains du Pape et des cardinaux de l'£gli^« romaine, comme s'il n'appartenait pasi>riocipalement et très-générnlemeiit à celle £glise de confirmer ou d'aflirmer la coosé* cration des métropolitains, aussi bien que celle des autres évêques; de casser vos constitutions et vos jugements, et de main* tenir les siens contre toute alieinie, saos qu ils soient livrés à la révision ni au jugement d'aucun inférieur, n Yves apporte easuite des passages de saint Gélase et de saint Grégoire, qui montrent en effet que les jugements du Pape ne sont point sujets i révision 11 conclut que, bien quil ntit

foint été appelé canoniquemcot, il est préi se présenter en lieu sûr dans la proTioc* de Sens, même à Elampes, pourvu qu'il aitua sauf-conduit du comte Etienne, quifa^u^'^ tant du côté du mi c[ue du côté de Tarriievêque. Eiicnne était comte de Chartrest* de Champagne, et les hostilités, universejte en France, obligeaient à prendre de teutf précautions pour de si petits voyages.

L'archevêque Richer tint en effet hn

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concile à Ftampes par le conseil de Geoffroi ou Godefroi, évèque de Paris, homme d*un grand crédit. Il était frère d'Eustache, comte de Boulogne et père du faim*ux Godefroi de Bouillon. 11 était grand chancelier du roi Philippe. Enfin Tévèque de Chartres, Geoffroi, était son neveu, et c'est ce qui excitait Tévèque de Paris à prendre cette affaire à cœur. Il assista donn au concile d'Etampes, avec les évêques de Meaux et de ïroyes, de la même province, lesquels agissaient par le même esprit. En ce concile, Farchevéque accusa Yves de Chartres de s*étre fait ordonner à Rome, prétendant que c'était au préjudice de Tautorité royale. Il voulait le déposer et rétabiirGeoffroi; mais Yves en appela au Pape et arrêta ainsi la procédure du concile. C'est ce que nous apprenons par la lettre que le bienheureux Yves écrivit au Souverain Pontife, et <iu*il conclut ainsi : « Il me semble nécessaire aue vous adressiez une lettre commune è rarchevéqueet h ses suffragants, afin qu'ils me laissent absolument en paix, ou qu'ils viennent avec moi en votre présence rendre compte de leur conduite. Je vous conseille aussi d'envoyer en nos quartiers un légat, homme de bonne réputation et désintéressé; car un homme de ce caractère est nécessaire à l'Eglise, dans ces temps où chacun ose ce qu'il veut et le fait impunément : je vois plus haut bien des choses qui se font contre; l'ordre, surtout en ce qu'on souffre que des personnes qui ne servent PAS l'autel vivent néanmoins de l'autel.)» *

Yves demeura à Chartres et se montra bientôt digne de servir de modèle à tous les évêques de France. De concert avec le chef de TEglise, il soutint la sainteté du roaria^^e contre la passion du prince, jusqu'à souffrir de sa pari la prison» tandis que la plupart de ses frères dans l'épiscopat se montraient plus courtisans qu'évèques.

Or le roi de France, Philippe I*', déjà si sévèrement réprimandé par le Pape saint Grégoire VII. pour ses folies de jeunesse, dont il promit toujours de se corriger, fit, en âge d'homme, une folie bien plus coupable et plus scandaleuse.il avait une épouse légitime, la reine Berthe, fille de Floris, duc de Frise, et sœur du comte de Flandre. Il en avait deux enfants, Louis, surnommé le Cros, qui lui succéda sur le trône, et la princesse Constance, qui épousa dans la suite Bohémond, prince d'Antioche. Eh bien I en 10&2, Philippe renvoie la reine, son épouse légitime, et la confine dans un château qu il lui avait donné pour son douaire. Et pourauoi? pour enlever et épouser la femme légitime d'un de ses vassaux et de ses (uirenls. Foulques le Réchiu, comte d'Anjou. Foulques eut plusieurs femmes.

La première , nommée Hildegarde , était fille de Lancelin de Beaugency, mère de celte comtesse de Bretagne qui, après la raort de son mari, embrassa la vie religieuse dans le monastère de Sainte-Anne à Jérusalem. Hildegarde étant morte. Foulques épousa Ermengarde de Bourbon, fille

d*Archambauld, surnommé le Fort. Gomme Ermenearde était sa parente dans un degré prohibe, l'évèque d'Angers excommunia le comte, parce qu'il ne voulait pas rompre ce mariage contraire aux lois de l'Eglise. Le Pape saint Grégoire VII en écrivit au comte lui-même pour lui reprocher sa résistance et lui recommander de faire examiner son affaire par le légat Hugues de Die. Elle fut effectivement examinée, Tan 1078, dans un concile de «Poitiers, et renvoyée à la décision finale du Pape. Le comte finit par renvoyer Ermengarde et épousa Bertrade de Montfort, dont il eut un fils qui lui succéda dans le comté d'Anjou, comme son héritier légitime. Foulques vivait de-

t)uis quatre ans avec sa troÎMème femme orsque le roi Philippe la lui enleva, la veille de la Pentecôte, dans l'église de Saint- Jean à Tours, pendant aue les chanoines de Saint-Martin faisaient la bénédiction des fonts baptismaux.

Voici comment parle de ce fait un orateur contemporain, Hu^jues de Flavigny: « Que personne ne s'indigne contre nous si nous censurons amèrement la conduite du roi, sans égard pour la majesté du trône et i'é« roinente dignité du personnage. Quand notre livre carderait le silence , la France entière crierait, que disge? tout l'Occident retentirait comme un tonnerre , de ce qu'un roi, au mépris de la sainteté du mariage d'une épouse issue de sang royal et de la fidélité coi^ugale, n'a fàs craint , à la honte de la royale couche et des rejetons oui devaient en sortir, de ravir au comte u'Anjou sou épouse, quoiqu'il lui dQl la fidélité comme à son vassal, et qu'ils fussent jtarentsau troisième et au quiatrième degré. Tandis que l'autorité royale n'employait iusqulci le

Slaive que pour maintenir l'indissolubilité u mariage, un roi luxurieux a rompu les liens du sien, et s'obstine depuis bien des années à croupir sans honte dans un désordre intolérable. »

Ainsi parlait Hugues de Flavigny; mais non content de se déshonorer par un double adultère public, le roi Philippe voulut encore que les évêques se déshonorassent en l'approuvant. Comme le bienheureux Yves de Chartres était le plus savant et le plus estimé , le roi lui demanda une entrevue pour le gagner à son dessein. Voici ce que le vertueux prélat en écrivit à Rainald , archevôquede Reims : « Le roi m'invita dernièrement è une conférence où il me pria instamment de lui aider dans le mariage qu'il voulait faire avec Bertrade. Je lui repondis qu'il ne devait pas le faire , parce que la cause d'entie lui et son épouse n'était pas encore terminée. C'est que le roi prétendait faire casser son mariage avec Berthe , sous prétexte de parenté.» Yves continue : « Le loi m'assura que la cause était pleinement décidée par rautorité du Pape,, par la vôtre et par l'approbation des évêques, vos confrères. Je lui répondis que je n'en avais pas de connaissance etqueje ne voulais t^oint assister à ce mariage, s'il n'etaitcélébré par vous etap-

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proaTe par Tos collègues, parce que ce droit ? nous apprend qu*il ne se troeva pas en

appartient à votre Eglise par la concession du Pape et Tancienne coutume. Comme donc je m'assure que dans une affaire si dangereuse et si pernicieuse A votre réputation et à la gloire de tout le royaume* vous ne ferez rien qui ne soit appuyé d'autorité ou de raisonne vous conjure instamment de me dire la vérité de ce que vous en savez et de me donner un bon conseil , quelque diOTicile qu'il soit à suivre; car j'aime mieux perdre pour toujours les fonctions et le titre d'évèque, que de scandaliser le troupeau du Seiuneur par ma prévarication. »

Il écrivit aussi au roi en ces termes :« Ce que présent j'ai dit à votre sérénité avant le serment (sur la parenté), je le lui écris absent. Je ne veux ni ne puis assister à la célébration de votre mariage, à laquelle vous m'invitez, à moins qu un concile général n'ait décidé que vous avez légitimement répudié la reine, votre épouse, et que vous pouvez légitimement contracter avec celle que vous vous proposez d'épouser. Si Ton m'avait invité a quelque conférence avec les évéques, où l'on pût librement discuter celte affaire, je ny aurais pas manqué ; mais je ne puis me rendre à Paris pour le sujet qui m'y fait appeler. Ma conscience que je dois conserver pure devant Dieu, et la réputation d'un évêque de Jésus- Christ, qui doit être sans tache, m'en empêchent ; j'aimerais mieux être jeté au fond de la mer avec une meule attachée au cou, que d*êlre un sujet de scandale pour les faibles. Ce que je dis n'est pas contre l'obéissance que je vous dois; cW, au contraire, pour vous mieux marquer ma fidélité, que je pense devoir vous parler ainsi , persuadé qu en cette rencontre vous faites grand tort à votre âme et exposez votre royaume à grand péril.

« Souvenez-vous que notre premier père que le Seigneur avait préposé à toute la créalion visible, a été séduit en paradis par une femme, et qu'ils ont été exilés tous les deux. Le très-fort Samson, séduit par une femme, perdit Ja force par laquelle il avait coutume de vaincre les ennemis, et fut vaincu par eux. Le très-sage Salomon, à cause de Va'niour des femmes, apostasia de Dieu et perdit la sagesse qui le distinguait.

« Que votre sublimité prenne donc garde de tomber dans un de ces malheurs, et, en diminuant le royaume de la terre , de perdre encore celui du ciel. Consultez l'Ange du

Îpnd conseil , afin que dans toutes vos afaires vous puissiez éviter ce qui est honteux et inutile, et faire ce qui est utile et glorieux. Portez-vous bien. » Le saint évêque de Chartres n'en demeura pas là; il envoya une copie de sa réponse aux autres évêques invités avec lui à la cérémonie du mariage adultérin du roi, et il les exhorta à n'être pas , dans les conjonctures présentes , des chiens muets , qui n'ont pas la force d'at)oy»*r.

Le digne exemple de l'évêque de Chartres ne fut pas sans infiuence. Orderic -Vital

France un seul évêque qui osât beoir un tel mariage; mais tous, inébranlables dios l'observation des règles de rEglise^aioièrect mieux se rendre agréables à Dieu qaede complaire à un homme; tous, d*une toIx unanime, réprouvèrent ce mariage comme une infamie. Enfin, d*après l'exameD critique qu'un savant Bénédictin a fait de loutt cette affaire, le roi ne trouva pour béoir son mariage avec Bertrade, qu*un prélit normand, 1 archevêque de Rouen, Guillaume, qui, en punition de sa témérilé, fat interdit de ses fonctions pendant plusieurs années. Le comte d'Anjou , pour venger l'iih jure que le roi lui avait faite en laieole?uit sa femme ; les parents de la reine Bertbe, pour venger son outrageuse répudiation, ph* rent à la fois les armes. De son cAté, le roi Philippin, pour marquer à l'évêque de Cl)î^ très son ressentiment, lui déclara la guerre; les terres de son Eglise furent pillées elhiimême mis en prison par Hugues de Pabet, vicomte de Chartres.

Le pape Urbain II ayant appris ces onuvelles, écrivit une lettre de réprioiaodeà l'archevêque de Reims et à ses suffrsganis, pour avoir souffert que Philippe contracUln mariage adultère. « Si vous étiez bien pénétrés, dit-il, des devoirs que voas impose le sacerdoce, nous n'aurions pas la douleur d'apprendre qu'un si grand attentat est mk impuni. Etant établis comme des sentinelles, pour veiller sur la maison d'Israël, toqs deviez annoncer aux impies leur impiété, et vous opposer comme un mur à tout ce qui peut la blesser. Comment donc avez- Tous pu souffrir que le roi d'un si beac royaume ait osé, sans pudeur, abjuraoïii crainte de Dieu , au mépris de l'équité, dei lois, des canons, de l'usage constant de r£glise , abandonner, sans forme de procès, son épouse, et entraîné ensuite par uoamoar criminel, s'unir à la femme de son proche parent? Un pareil attentat annonce queTOs Eglises ne sont pas mieux gouvernées que le royaume, et vous couvre de confusion; car c'est consentir au crime que de ne |)a$ s'y opposer quand on le peut. Noostoos ordonnons aujourd'hui , en vertu de l'autorité apostolique, d'aller, aussitôt notre lettre reçue, trouver le roi, ce que tous eussiez dû faire depuis longteoQfis, sans attendre nos ordres, de le presser de la part de Dieu , de notre part et de la vôtre, de mettre fin à un crime si abominable, ea employant pour cela les avertissements charitables , les jprières, les reproches et inéaie les menaces.Ques'il méprise toatcela,ceseii une nécessité et (>our nous et pour tous de recourir aux armes de notre mmistère pour venger les outrages faits à la loi difine.ei de transpercer du glaive de Phioéès les IL' dianites adultères. »

Dans la même lettre , le Pape enjoiol aux évéques de travailler à la délivraorv d'Yves de Chartres, qui, comme nous ra^oos vu , était détenu dans les prisons du ^ comte par ordre du roi. « Vous ne oettrei

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pas moins d*empresseinent,dit-i}, à délivrer de prison notre confrère, Tévêque de Chartres : si celui qui le tient captif ne veut pas le relâcher, vous lancerez contre lui rexcommunication; vous mettrez sous Tinterdii les châteaux dans lesquels il le tient enfernaé, et niènie les terres de sa dépen* danee, aGn de dégbâter cette classe d'hommes de se porter à de tels excès. Si vous ne voulez pas compromettre votre ordre, vous ne négligerez rien pour accélérer cette affaire.» Sa lettre est du 27 octobre 1092.

Les principaux de la ville de Chartres étaient convenus ensemble de faire la guerre au vicomte pour la délivrance de leur évoque. L'ayant appris, le bienheureux Yves leur écrivit pour le leur défendre absolument : 1 car, dit-il, ce n*est pas en brûlant les maisons et en pillant des pauvres que vous apaiserez Dieu ; vous ne ferez que lirriter, et sans son bon plaisir, ni vous, ni personne ne pourra me délivrer. Permettez que je porte seul la colère de Dieu jusqu'à ce qu'il me justifie, et n'augmentez pas mon affliction par la misère a autrui. Car i ai résolir non-seulement de demeurer en jirison, mais de perdre ma dignité et même la vie plutôt que d'être cause que Ton fasse périr oes hommes. Souvenez-vous qu'il est écrit que Pierre était en prison et que l'Eglise faisait saus cesse des prières pour lui. »

Le bienbeureux Yves fut rendu h la liberté vers la fin de 1092, ou dans la ])re«* mière moitié de 1093. Mais è peine sorti de prison, il se vit assailli de nouveau par ses ennemis, et cité à comparaître à la cour du roi pour répondre è leurs griefs. Voici la réponse modeste qu'il adressa au prince : « Etant redevable à la bonté de Dieu et à voire main du haut rang que j occupe dans l'Eglise, rang auquel ne me permettait pas d aspirer la bassesse de mon extraction, je me crois obligé de travailler de toutes mes forces è tout ce qui ;peat intéresser votre salut, sans blesser la loi de Dieu. Attendu cependant que, prenant en mauvaise part quelques avis salutaires que je vous donnais en preuve de ma fidélité et de mon attachement, vous m'avez déclaré une guerre ouverte, et livré à la rapacité de mes ennemis les biens de mon Eglise, ce qui m'a causé de grands dommages; je ne puis quant à présent comparaître honorablement à votre cour, où je ne trouverais point de sûreté. Je supplie donc Votre Maje>té de m'accorder quelque répit, afin que je puisse un peu res- }>)reret réparer en partie les dommages que j'ai éprouvés, jusqu'à manquer presauede pain. J*ai même cette contiance dans la miséricorde de Dieu, que vous ne tarderez pas à reconnaître la vérité de ce proverbe de Salomon : Les blessures faites par qui vous aime sont préférables aux séduisantes cort$$es de qui vous flatte. {Prov. xxvii, 6.) Au reste je ne refuserai pas de répondre h ceux qui ont porté plainte contre moi, .«oit devant im tribunal ecclésiastique, si Taffaire est de son ressort, soit devant une cour sécu«

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lière, si c*est en matière purement civile, lorsgue je connaîtrai mes accusateurs et les griefs (]u*ils ont contre moi. »

' Philippe était si indisposé contre lui qu'il cherchait dans ses actions les plus innocentes des sqjets de querelle. Yves avait terminé à Tamiable et k la prière de saint Anselme, abbé du Bec» une contestation qui s^était élevée entre les religieux du Bec et ceux de Molesme, au si^et du prieuré de Peisse. Philippe, qui s*était déclaré pour les religieux du Bec, attatiue cet arbitrage comme attentoire h son autorité royale. Pour repousser une si grave accusation, Yves fut obligé d'écrire au roi la lettre suivante : « En examinant scrupuleusement ma conscience, je ne trouve dans ma conduite rien qui ait pu faire changer à mon égard les dispositions de bonté et de clémence, le plus bel ornement de la majesté royale, au point que je ne reçoive de votre part que des reproches, et rien qui annonco la bienveillance. Lorsque j*ai assoupi, tant bien que mal et pour un temps seulement, la .contestation qui s'était élevée entre les religieux du Bec et ceux de Molesme, je n ai fait aucune violence aux premiers. Leur abbé, convaincu que les reli^^ieux de Molesme avaient été illégalement dépossédés par quelques-uns de ses nouveaux religieux, m'avait prié de terminer cette affaire, soit à l'amiable, soit par un jugement définitif. En votre considération je me suis abstenu de porter un jugement ; mais, comme l'abbé du Bec offrait de partager les fruits avec les religieux de Molesme, j*ai adopté, par amitié pour lui, cette mesure, afin du terminer les débats. Il n'y avait pas ià de quoi me susciter une affaire, parce quen supposant même que j'eusse contraint les spoliateurs à rendre ce dont ils s'étaient emparés illégalement, je n'aurais porté en cela aucun préjudice k l'autorité royale. Comme il appartient au roi de maintenir les droits civils de chacun et de punir les contrevenants, de même c'est le devoir des évéques de prescrire à ceux qui leur sont subordonnés les règles à suivre, et de cor-^ riger aveo la sévérité d'un père ceux qui s'en écartent. N'écoutez donc pas ceux qui vous proposent des mesures violentes; ce n'est pas en suivant leurs suggestions i|ue vous marcherez dans les sentiers de la jus tice et que vous parviendrez au royaume des cieux. Quels qu'ils soient, ces hommes turbulents, je suis prêt à répondre, en votre présence, aux accusations qu'ils portent contre moi, et à leur prouver, sans replique, que ce sont dos calomnies, si vous m'envoyez un sauf-conduit, pour moi ec pour ceux qui m*accompagneront, soit en allant, soit en revenant, soit en séjournant; car vous n'ignorez fias combien mon amour pour ïa justice m'a procuré d*ennemis dan» ce pays-ci, et même aa sein de votre cour. »

Tant de vexations lui rendirent hientêt I4 charge de Tépiscopat intolérable. Dans une lettre au Pape IJrbain, il lui demande d'en

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