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être délivré, « ou bien» dit-il, si c*e8t votre bon plaisir que je prolonge mon tourment, armez mon bras d'une yerge de fer avec laquelle je puisse briser les vases de boue, telle cependant qu'il n'y ait d'exception pour personne : sans quoi, elle serait plus dange* reuse que proQtable. » Dans la même lettre, il annonce au Pape le désir qu'il avait de Taller trouver, et les obstacles qui s*oppo« saient à son voyage. 11 charge Texprès qu'il lui envoie de 1 instruire des dommages, des angoisses et des persécutions qu'il avait éprouvées dans son diocèse et au dehors, durant le cours de cette même année. Il ajoute ensuite que, bravant les périls auxquels il s'exposait, il avait fait passer sans retard la lettre du Pape aux métropolitains et à leurs suffragants, et que ceux-ci étaient restés comme des chiens muets, incapables d'aboyer.
Vers la fin de 1093, Yves fit le voyage de Rome, comme il l'assure lui-même dans une lettre à Eudes, sénéchal de Normandie. 4 Vous me demandez, lui dit-il, des nouvelles du Pape; j*ai l'honneur devons dire qu'au mois de novembre dernier, ie suis entré dans Rome avec lui sans obstacle ; que je l'y ai laissé au mois de janvier, et qu'il s'y maintient toujours avec l'aide de Dieu , quoi()U*il ait à se défendre des assauts que lui livrent les ennemis de l'Eglise romaine. »
Ce voyage avait, sans doute, pour objet de concerter avec le Pape les moyens de contraindre le roi à se séparer de sa nouvelle femme. Philippe en était si persuadé, qu'au retour d'Yves, il lui fit faire des propositions d'accommodement par l'entremise du sénéchal du roi. Gui de Rochefort. L'évêque répondit en ces termes à l'entremetteur : « Je vous remercie beaucoup, mon cher ami, des peines que vous vous donnez pour laire ma paix avec le roi ; mais, comme cette paix ne peut être solide, tant qu'il persistera dans son dessein, j'ai résolu (f attendre encore quelque t*mps pour voir s'il ne changera pas. Tout se dispose à casser son mariage et à le séparer de sa nouvelle épouse; car j'ai vu les lettres que le Pape Urbain écrit aux archevêques et aux évêques pour réduire le prince à la raison, et le corriger par les canons, s'il ne revient pas à résipiscence. Les lettres auraient même déjà été publiées; mais, pour Tamour du roi, j'ai obtenu qu'on les tint encore secrètes quelque temps, parce que je ne veux pas que son royaume ait quelque prétexte de se soulever contre lui. Avertissez le roi, et mandez-moi ses sentiments. »
Ce que le bienheureux Yves déclare ici au sénéchal, il l'annonça bientôt après au roi lui-même. Philippe ayant levé une armée pour aller au secours de Robert, duc de Normandie, attaqué par son frère Guillauma le Roux, roi d'Angleterre, avait requis l'évêque de Chartres de fournir son contingent. C'était au carême de l'année iWk. Le bienheureux Yves s'en excusa par plusieurs raisons : la principale, c'est qu'en paraissant devant le roi, il serait obligé de lui dénon-
cer publiquement les ordres qu'il avait re. çus du Pape touchant son mariage, et, par là même, de le déclarer excommunié. cC«t donc par ménagement pour Votre Majesté, conclut-il, que je m'abstiens de jurattre devant vous, pour ne pas être obligé de vous dire en public ce que je vous dis mainteoaDt à l'oreille, que rien ne peut me dispenser d'obéir au Pape, qui tient pour moi la place de Jésus-Christ. Cependant je ue veai ni TOUS offenser, ni porter atteinte h votre antorité, tant qu'il me sera possible de différer, par quelque moyen honnête, l'exécutioD des ordres que j'ai reçus. »
Cependant la reine Berthe étant morte en 10%, Philippe vit qu'il trouverait moinsd'opposition, de la part des évêques, à son se* cond mariage. II y avait un obstacle de moins ; mais il en subsistait un qui éuit insurmontable, c'est que Bertrade était la femme légitime du comte d*Anjou, qui, de plus, était proche parent du roi. Qoelqoes évêques , pourtant, comme l'évêque de Meaux, cherchaient les moyens de toomer l'obstacle. Philippe, de son cOté, eomi des ambassadeurs à Rome. Voici ce queiévêgue de Chartres en écrivit à celui de fieiih vais : « Je vous envoie la lettre que j'ai reçue du Pape, touchant l'affaire du roi, depuis que ses ambassadeurs l'ont quitté, afin que vous sachiez que, si le Pape ne joge pas k propos d'aller en avant, il ne recule pas non plus. » Le Pape Urbain avait nommé pour son légat en France Hugues, archevêque de Lyon, ie même qui, étant évêque de Die, s'était déjà acquitté avec tant de fermeté de ce ministère sous le pontificat de saint Grégoire VU. Hugues avait peine à accepter une commission ()ue lesconjonctures rendaient si délicate et si difficile ; et plusieurs évêques qui craignaient son zèle, lui conseillèrent de la refuser. Le bienheureux Yves de Chartres l'ayant appris, lui écrivit pour le rassurer >)ntre les terreurs qu'on tAcbait de lui ins« pirer au sujet du roi
« Ceux qui se portent iten, lui dit-il, VmU pas besoin de médecin; ils ne sont néteuùim qu'aux malades. (Luc. v, 31.) Quoiqu'il se soit élevé un nouvel Achab dans le rojaaœe dltalie, et une nouvelle Jézabei dans celui de France, Elie ne peut pas dire qa il est demeuré seul , Dieu s'est réservé sept mille hommes qui n'ont pas fléchi le genou devant Beat. {Jll Reg. xix, 18.) Quoique Hérodiade danse devant Uérode , qu'elle demande et obtienne la tête de Jcan-fiapliste, il lautque JeeLnd\se{Matth.TLUtk) illnevouseslpasper; mis derépudier votre femme sans raison. Quoique Balaam enseigne à Balac à séduire les Israélites par l'amour desfemmes, Phiiiéès ne
doit point pardonner à l'Israélite qui pècbe avecune femme Madianite. (/Vum. xxuhUT.) Quûi^ueNéron, à rinstigationde Simon,bs^e
emprisonner Pierre, Pierre ne doit pas laisser dédire à Simon : Périsse ton argent avec tn' (Ac^xiu,20.)Pius les mécbanUfootd'eflum contre l'Eglise, plusil faut montrerde couru pour Jtt détendre et pour en relever les ruine^ Ce n'est pas pour vousinstruirequejeparlesi
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DE PATROLOOE.
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la sorte; je voudrais seulement persoader à Yotre paternité de remettre la main à la charrue» pour arracher les épines du champ dn Seigneur, » Le légat indiqué un concile h Autun pour le quinze octobre 109&.
Le roi Philippe en fit tenir un à Reims, |p 18 du mois de septembre précédent. Il $y trouva en personne avec trois archevéi|ues et huit évèques. Le bienheureui Yves lie Chartres y avant été invité, s*en excusa, parce qu il ne devait pas être jugé hors de sa province; car il savait qu*on voulait IV accuser; et« comme cette a'^cusation n'avait d*autre fondement que la haine qu'on lui portait, il appela au Saint-Siè^e. t Je ne le fais pas dit-il, pour éviter le jugement; ma justification est bien facile. On m'accuse de parjure et je n*ai jamais fait de serments à personne ; mais je ne veux pas donner l'exemple de s*écarter des règles, ni m*exposer à un péril certain pour un avanta(;e incertain; car j*ai demandé un sauf-conduit au roi » et n'ai pu l'obtenir. Or^autant que j'en puis juger par les menaces qui m*ont été faites, il ne me serait pas permis dans votre assemblée de dire impunément la vérité, puisque c*est pour l'avoir dite et pour avoir obéi au Saint-Siège que je suis traité si durement et accusé de parjure et de crime d*£tat ; mais, permettez-moi de le dire» on aurait plus de raison d'en accuser ceux qui fomentent une plaie qui ne peut se guérir que par le fer et le feu; car, si vous aviez tenu ferme comme moi, notre malade serait guéri. Que le roi fasse contre moi tout ce aue Dieu lui permettra de faire; qu'il m'entermet qu'il m'éloigue, qu'il me proscrive ; j*ai résolu, avec la grâce de Dieu, de tout souffrir pour sa loi. » On ne sait ce que décida le concile*
Celui que le légat ilu|;ues de Lyon avait indiqué à Autun s'y tint en effet le seizième d'octobre. 11 y assista trente-deux évoques avec plusieurs abbés. On y renouvela l'excommunication contre Henri de Oermanie, contre lanlipape Guibert, et l'on excommunia pour la première fois le roi de France» Philippe « pour avoir épousé Bertrade, du vivant de Berthe, sa femme légitime. Ou publia aussi, dans ce concile, iies décrets contre la simonie et l'incontinence des clercs, et l'on défenditaux moines de desservir les églises paroissiales
Le roi Philippe , ayant été excommunié dans ce concile, envoya des ambassadeurs au Pape pour Tapaiser, en affirmant, par leur serment, qu'il n'avait plus de commerce criminel avec Bertrade, et faisant entendre au Pape que, s'il ne levait l'excommunication, et ne rendait au roi la couronne, c'est- Mire le droit de se la faire imposer par les <^véqu(!S aux solennités religieuses, comme ('/était la coutume alors, ce prince se retirerait de son obéissance pour embrasser celle de Tanlipape. Mais le bienheureux Yves, ayant eu connaissance de leurs instructions, en avait prévenu le Saint-Père, par la lettre suivante : « Il doit vous venir, de la pan du roi, des ambassadeurs par qui parlera Tespril du mensonge: i;agnés par l*ap-
pAt des dignités apostoliques qu'ils ont déjk obtenues ou qu'on leur a promises, ils tâcheront d'entraîner hors clés sentiers de la justice le «siège que vous occupez, et qui est pnr excellence le siège de la justice. J ai cru devoir vous en prévenir, afin que vous ne soyez ni séduit par leurs promesses, ni effrayé parleurs menaces. Quoi qu*ils puissent vous dire, n*oubliez pas que la hache est déjà appliquée à la racine du mal, et qu'elle produira son effet, si vous-même ne relâchez l'arc déjà tendu, si vous n'arrêtez le glaive d^'à tiré. Ces députés, comptant beaucoup sur les ressources de leur petit ^énie et de leurs discours apprêtés, ont promis au roi qu^ils obtiendraient du siège apostolique l'impunité de son crime. Or voici à peu près les moyens dont ils se serviront : ils vous diront que le roi et le royaume se retireront de votre obéissance, si vous ne lui rendez la couronne, et si vous ne levez Texcommunication. Ce n'est pas à moi de vous apprendre quel espoir d'impunité ce serait donner à tous les méchants que de lui accorder le pardon sans repentir; ce n*est pas à moi d'apprendre è votre prudence, qui est plus intéressée que personne è frapper les crimes et non à les favoriser, que si , à cette occasion, quelques faux frères se séparent eilérieurement de l'unité de leur mère, de laquelle ils se sont déjà séparés d'esprit depuis longtemps. Votre Sainteté doit s*en consoler en se rappelant cette parole du Seigneur : Je me suis riarvi sept mille hommes {IUReg.jiij.A8}x et cette autre de saint Paul : Il faut qu'il y ait de$héréste$^ afin que Von connaisee ceux qui sont à IVpreuve. (/ Cor. xi, 19.)
« Du reste, je dirai encore à votre vigi lance que, par l'ordre du roi , les archevêques de Beims, de Sens et de Tours, ont invité leurs suffraganls à se réunir à Troyes , quand on aura reçu votre réponse. Malgré cette invitation, je ne m'y rendrai point, à moins que vous ne me le conseilliez ; car je crains que, dans cette assemblée, on entreprenne quelque chose contre la justice et contre le siège apostolique. »
Le roi Philippe avait de la foi et de la piété, mais point assez pour vaincre sa passion. Il proposait de se corriger sur beaucoup de choses et de faire beaucoup de bonnes œuvres, pourvu qu'on lui laissât la femme qu*il avait enlevée au comte d'Anjou. Le bienheureux Yves répondit au sénéchal du roi, qui lui avait fait part tie ces dispositions : « Fondé sur l'autorité des Ecritures, je réponds, mon cher ami, qu*i( est impossible de radieter son péché par des largesses tant qu'on persiste dans la volonté de le commettre, parce que, selon saint Paul, los plus grands sacrifices ne sont d*attcune utilité k celui qui conserve la volonté de pécber. Diaprés cette décision et autres semblables, je suis convaincu que les bonnes dispositions du roi ne produiront aucun bon effet s*il ne renonce k son péché, et s'il ne se soumet au joug de la pénitence ; car ce n'est pas notre bien» mais nousp
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mfimes, que Dieu exige pour notre salut. C'est ce que je yous prie de dire au roi, afin qu'il adopte une mesure plus salutaire. S'il s en proposait une qui fût selon Dieu, il me trouverait prêt à le seconder de toutes mes forces, v
Les choses restèrent dans cet état dejpuis le concile d'Autun jusqu'à celui de Plaisance, célébré par le Pape Urbain à la micarème de Tan 1095.
Au mois de juillet 1096, après avoir visité plusieurs églises, le Pape se rendit à Nîmes, où il tint Te concile qu'il avait indiqué à Arles. Le roi Philippe de France, malgré la violente passion qui l'attachait à Bertrade, ne put soutenir longtemps le poids de l'excommunication qui le frappait. La grâce agissant sur son cœur, il fit, pour rompre les chaînes qui le captivaient, des efforts qui parurent sincères. Il se sépara de sa concubine, et alla lui-même au concile de Nîmes pour demander son absolution, en promettant qu'il n'aurait plus aucun commerce avec Bertrade. Cette démarche donna la plus sensible consolation au Pape, qui leva avec plaisir les censures qu'il s'était cru obligé de porter contre ce prince. Urbain avait montré, peu de temps auparavant, qu'il ne cherchait en tout que le bien du royaume de France et de l'Eglise catholique. Guillaume de Montfort, frère de Bertrade, avait été élu évêque de Paris à la mort de Geoffrojr, oncle du duc Godefroi de Bouillon. Guillaume était disciple du bienheureux Yves de Chartres. Il consulta son maître pour savoir s'il devait accepter. Yves, qui connaissait ses bonnes qualités, fut d'avis
S^u'il Qcceptât, si, après un examen qu'il erait sur les lieux, il reconnaissait que son élection n'avait point été l'effet de la brigue, de la faveur ou de la simonie. Guillaume s'étant assuré de la canonicité de son élection, accepta l'épiscopat; mais sa jeunesse était un autre obstacle. Yves lui conseilla de demander dispense au Pape, et cependant de garder les interstices en recevant les différents ordres, avant que de se iaire sacrer évêque. C'est ce que l'évêque de Chartres écrivit au Pape, qu il alla trouver ensuite en personne. Urbain fit examiner l'affaire , et comme il lui restait encore quelque doute, i! chargea Yves de prendre à serment les principaux ecclésiastiques, que l'intluence du roi ou de Bertrade n'avait été pour rien dans cette élection. En conséquence Guillaume fut ordonné évêque de Paris.
En 1097 fut placé sur le siège du Mans le bienheureux Hildebert, dont nous avons plusieurs écrits. Ce saint prélat eut beaucoup à souffrir. Le parti d'un compétiteur, que soutenait le comte du Mans, répandit contre lui d'atroces calomnies, qui. inquiétèrent jusqu'au bienheureux Yves de Chartres. Sa conduite exemplaire démentait ces mauvais bruits , lorsqu il eut à souffrir des révolutions politiques. Le roi d'Angleterre, Guillaume le Houx, s'étant emparé du Maine, voulut obliger l'évêque Hildebert à faire abattre les tours de sa cathédralci qui com>-
mandaient le chftteau de la ville. L'érèque résista avec courage, et étant passé pour ce sujet en Angleterre, il se flatta d'aToir fait goûter au roi ses raisons. Cependant ce prince, étant revenu dans le M^ine, fit mettre le saint évêque dans une étroite prison, sous le prétextede trahison, et voalatl obliger à se purger par l'épreuve du fer chaud.
Hildebert, qui savait que ces sortes d'épreuves étaient défendues par les canons, aima mieux souffrir toutes les incommodités d'une rude prison que d'en sortir par un moyen illicite. Il ne laissa pas de consulter Yves de Chartres, pour savoir de lui si le désir de recouvrer sa liberté, de couserrer sa réputation et de reg:agner les bonnes grâces au roi, ne l'autorisaient pas, dans ees circonstances , à se justifier par Tépreure qu'on demandait. Yves lui fit réponse qu'il n'est point permis de se rendre coupablepoor défendre soninnocence,'etque ce seraitbperdreque de vouloir la faire connaître pir les moyens que les Papes Nicolas l**, Aleundre 11, Etienne Y, ont défendu d'employer pour connaître la vérité. « Prenez donc mrage, lui dit-il, et ne donnez pas nn exemple qui serait nuisible au siècle présent et aux siècles futurs. Si vous souffrez pour la justice, vos souffrances serviront à tous éprouver et à vous purifier, et elles seront un titre pour obtenir miséricorde.» Le saint évêque du Mans demeura ainsi prisonnier jusqu'à la mort de Guillaume le Roux, roi d'Angleterre.
Un autre évêque , non moins recommandable, était celui de Poitiers. H se nommait Pierre, et montra une intrépidité vraiment épiscopale dans ses rapports avec le comte de Poitiers, Guillaume IX. C'était un prince voluptueux et violent, qui aimait à dire de bons mots, souvent aux dépens de la religion. Ayanttfaitconstruire des ceMuIes auprès d'un chAteau nommé Yvor,il disait qu'il voulaitr fonder une abbaye de femmes de inaaraire vie,et il nommait plnsieursdames qn'il destinait pour être supérieures de cette communauté. Il répudia la comtesse Adélaïde, sa femmelésitime, et épousa la fille du vicomte de Châlelïerault. Pierre, alors évêquede Poitiers, était un saint prélat qui avait trop de zèle et de courage pour laisser ce scandaieimpuni. Après avoir souvent et inulileoent averti le comte, il crut devoir rexcommunier. Mais comme il commençait è prononcer laformule, le comte, furieux, sejetasurini Tépée à la main, en lui disant : «Tu vas monrirde mes mains si tu ne me donnes rabsolatioo. » Lesaintévêque,faisantsemb]antd'avoirpeur,
lui demanda le temps de lui dire un œol; le comte l'accorda, et alors il acbeia de prononcer hardiment le reste de la formule de l'excommunication. Après (]uoi, tendant le
cou :« Frappez maintenant, lui dit-il, frappez, jo suis prêt. » Son cou rage désarma le comte,
3ui, voyant sa résolution, lui répondit froiement : « Je ne t'aime point assez pour t'envoyer ainsi au ciel. » Il se contenladefexiler. On voit corn bien, avec de pareils princes, il fallait des pontifes pleins de zèle et de cou*
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rage, pour que leurs scandaies ne pussenl corrompre tout le peuple. Ôa le vit par Texemple du roi Philippe de France. Ce prince avait bientôt oublié les promesses qu'il avait faites au Pape Urbain II, et s'étant replongé dans les désordres avec Bertrade* cette femme artificieuse se servait du malheureux empire qu'elle avait sur le roi, pour disposer à son gré des évècbés, et quel* quefois pour les vendre au plus offrant. L'église d'Orléans ressentit les funestes effets de ce criminel trafic. Pour remplacer un indigne évèque qui venait de mourir, le roi y fil élire successivement deux siqets plus indignes l'un que l'autre, parce qu'ils avaient donné de l'argent è la royale prostituée Bertrade. Le premier ayant été déposé par le légat Hugues, de Lyon, Balderic, abbé de Bourgeuil, se rendit à la cour avec une grosse somme d'argent, pour acheter, par la médiation de Bertrade, Tévèché d'Orléans. Le roi )e lui avait promis, et il paraissait qu'on était convenu du prix, lorsqu'il s'aperçut que Jean, archidiacre d'Orléans, avait plus de sacs d'argent à offrir; et ou lui donna l'évèché à ce prix. L'abbé (le Bourgeuil se plagnit au roi de ce qu'on lavait joué, le roi lui répondit : < Ayez patience; laissez-moi faire mon profit de celui-ci, ensuite, faites-le déposer : je ferai ' alors ce que vous souhaitez. » C'est à cet excès d'avilissement que la passion pour une femme adultère dégradait un roi de France I Le Pape Urbain fi, qui avait tant d'autres aiïaires sur les bras, dissimula la rechute du rui Philippe et sou manque de parole. On luurmurait, même en France, contre cette mollesse d'Urbain. Pascal 11, lui aj^ant succédé Tan 1099 , songea eflicacement à un scandale si pénible^ Ce fut le principal objet de la légation des deux cardinaux, Jean et Benoit. Ils allèrent d'abord trouver le prince pour l'exhorter à renoncer à son péché. Il ne leur donna aucune espérance de changement; c'est pourquoi ils refusèrent de communiquer avec lui; ils résolurent de procéder contre lui dans le concile qu'ils avaient indiqué à Poitiers. Mais quand on parla dans ce concile d'excommunier le roi, Guillaume, comte' de Poitiers, qui se sentait coupable des mêmes crimes, conjura instamment les légats de ne pas faire cet affront au roi, son seigneur, et quelques évêques se joignirent à lui. Ils ne purent cependant rien gagner sur les légats, qui parurent inflexibles.
Le comte, voyant ses remontrances inutiles, sortit du concile, et fut suivi de quelnues évoques et d'un grand nombre ^'ecclésiastiques. Les autres n'en montrèrent que plus de courage, et l'on proposa tu effet l'excommunication contre le roi et «'ontre Bertrade , sa concubine. Après cette action , on commençait les prières pour la conclusion du concile, lorsque quelqu'un des laïques qui était dans les galeries jeta 1 en haut une pierre sur les légats ; il ne les uteignit p/^s, mais il cassa la tète à un eci:!6siasliqu« qui était à leur côté et qui tomba à ia renverse, arrosant do son sang Iç pavé
de l'église. Ce fut comme le signal d'un
frand combat que les laïques , tant ceux qui taient dans l'église que ceux qui étaient à la porte, livrèrent aux Pères du concile, en faisant pleuvoir de toutes parts une grêle de
Sierres sur eux. Dans le premier mouvement e frayeur, quelques prélats prirent la fuite et se sauvèrent comme ils purent. Mais la plupart des autres demeurèrent comme des colonnes immobiles, et ils ôtèrent même leurs mitres pour recevoir plus sûrement les coups, s'estimant trop heureux de sceller de leur sang la sentence qu'ils venaient de
Erononcer. Le bienheureux Robert d'Arrissel, et saintBernard, alors abbé de Saint- Cyprien et depuis abbé de Firon , étaient à ce concile ; ils y firent éclater leur courage par l'intrépidité avec laquelle ils affrontèrent la mort. Le comte de Poitiers parut avoir honte de sa violence, et il fit excuse aux léeats et aux évêques de ce oui s'était passé.
L'excommunication portée contre le roi Philippe et contre Bertrade fut mise à exécution avec tant de ponctualité que ce prince étant allé à Sens quelque temps après , il en trouva toutes les églises fermées, et il demeura quinze jourssans pouvoir entendre la messe. Bertrade ne pouvant souffrir cet affront, envoya des satellites qui enfoncèrent les portes d'une église , et elle se fit dire la messe par un prêtre dévoué à ses volontés. Le roi fit répandre le bruit qu'il voulait aller à Rome se faire absoudre.
Yves de Chartres le manda au Pape, afin qu'il se ttnt sur ses gardes. « Nous faisons savoir à Votre Sainteté, lui dit-il, que le roi de France publie qu'il ira bientôt fc Rome, ce que nous ne croyons pas. Mais, soit qu'il y aille , soit qu'il y envoie, prenez garde k vous et à nous, et tenez toujours ce prince dans les chaînes et sous les clefs de saint Pierre. Que si vous jugez k propos de le délier, et qu'il retourne encore a son péché , ne différez pas à le remettre dans tes mêmes chaînes de saint Pierre, c'est-a-dire à le frapper des mêmes censures. »
Le roi se contenta d'envoyer à Rome demander son absolution. Comme il avait déjà trompé, et qu'il paraissait toujours attaché à Bertrade, le Pape ne se pressa point de l'accorder, et Philippe persista encore quelques années dans son péché.
Mais enfin , les justes remords de sa conscience se firent sentir si vivement, qu'il prit la résolution sincère de se séparer pour toujours de Bertrade.Cettc femme ambitieuse lut elle-même touchée du scandale qu'elle avait donné à la France, et parut consentir de bonne grâce à la séparation. Le Pape envoya le légat Richard , évêque d'Albane, qui avait été cnanoine de Saint-Etienne de Metz. Il tinta ce sujet un concile à Beaugency, le 30 juillet liOl; les évêques des provinces de Reims et de Sens s'y trouvèrent, et le roi , avec Bertrade, s'y rendit pour recevoir l'absolution, comme le Pape avait écrit h son légat de la lui donner. Ce prince et Bertrade s'offrirent de faire serment sur tes
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saints Evangiles, qu'ils n*aaraient plus ensemble aucun commerce criminel, et qu'ils ne se parleraient même qu'en présence de personnes non suspectesg'usqu'à ce au'il plût au Pape de leur accorder la dispense de se marier. Mais cette dispense que le roi se flattait d'obtenir, et dont il voulait faire mention dans son serment, partagea les esprits des évoques ; les uns demandaient qu'il n'en fût pas question; les autres, parmi lesquels Yves de Chartres , n'y voyaient pas d'inconvénient. Le légat Richard avait ordre de ue rien faire là-dessus que de l'avis des évéques ; les trouvant divisés, il n'osa prendre sur lui de décider. Ainsi, il refusa d'accepter ]e serment du roi et de lui donner l'absolution. Le roi s'en plaignit au Pape, Yves de Chartres écrivit en faveur du roi. Le Pape en écrivit aux archevêques et évêques des provinces de Reiins, de Sens et de Tours , pour leur témoigner sa joie des bonnes dis-» positions où on lui avait mandé qu'étaient le roi etBertrade; ajoutant que, si le légat Richard ne se trouvait plus sur les lieux , il chargeait, avec eux, Lambert i évêque d'Arras, d'absoudre le roi s'il faisait serment de n'avoir plus aucun commerce avec Bertrade,
Voici la teneur de ce serment qu'il fit entre les mains de l'évêque d'Arras : « Lambert, évêque d'Arras, qui tepez ici la place du Pape, écoutez ce que je promets. Moi Philippe, roi des Français, je n'aurai plus avec Bertrade le commerce crimipel que j'ai entretenu jusqu'ici avec elle. Je renonce à ce péché entièrement et sans restriction. Je {l'aurai même avec cette femme aucun entretien qu'en présence de personnes non {Suspectes. J'observerai sincèrement et de bonne foi ces promesses, ainsi que les lettres du Pape le réclament, et que vous l'entendez. Ainsi, que Dieu m'ait en aide et les saints £vangiles de Jésus-Christ, » Après un serment si précis et si clair, le roi reçut solennellement l'absolution. Bertrade parut ensuite au concile, et, ayant aussi prêté le même serment, elle futégalemeut relevée de la sentence d'excommunication. Lambert en rendit compte au Pape par une lettre, dans laquelle il insère le serment prêté par le roi Philippe. C'est ainsi que fut enfin terminée, eu 1104, cette grande affaire qui avait causé tant de scandale dans l'ËgUse de France, et suscité au bienheureux Yves de Chartres des persécutions que le zèle rencontre toujours quand il v.eut s'opposer au désordre.
L'historien de sa Vie remarque que, do tous les évêques de son temps, il fut presque le seul qui s'appliqua efficacement à uiettre une digue a la dépravation des mœurs répandue dans toutes les conditions. Ce savant et vertueux évêque mourut le 23 décembre 1115> après vingl-irois ans d'épiscopat.
SuRtfONS. — Ce saint évêque a conservé parmi nous une grande renommée. Cependant, si nous le jugeons comme orateur, son éloge sera court. Ses homélies, au nombre Ue vingt-quatre, ne s'élèvent que trèspeu au-dessus de la médiocrité. On y ren-
contre beaucoup^ d'idées communes, d«
{censées triviales, et de froides allosionsà 'Ecriture sainte, mais en revanche elles sont disposées avec ordre et écrites ifec clarté. Les six premières sont plniôt des opuscules ou des traités particuliers que d« simples sermons. Aussi l'auteur lui-mèiDe en citant la cinquième, dans laquelle il traite des rapports qui existent entre rancienei le nouveau sacerdoce, ne la nrésente-N
Eas autrement que comme un lifre: h Ii< «//o, dit-il, fUfni componti de eonremnii» veUris etnovt sacerdotii. C'est soQsceœéme titre de livres ou de traités qu'elles sont presque toujours désignées dans les manuscrits. Sanderus nous apprend que les trois pr^ mièresont été prononcées en plein syoode,e{ on ne peut douter que les trois autres se soient également des discours prononcé) par le pieux et savant i^rélat pour rio>truf* lion de son clergé, mais moins conuDeiies sermons que comme les leçons d'uoiailtK è ses disciples. Comme ces six premiers pi^ tits traités ou discours sont les plus considérables de tous, et qu'ils paraissent aroir fait assez d'honneur à notre prélat, noasoe pouvons nous dispenser d'en donner une notice, au moins générale.
Dans le premier, qui est intitulé: De meramentU neophytorum^ Tauteur, après aToir parcouru les mystères opérés dans les sii
f premiers Ages du monde, et avoir marqué 'institution du baptême, s'applique à expliquer toutes les cérémonies que !*£g}ise employait dans l'administration de cesacr^ ment, et à en développer les sens mystérieux et spirituels ; ce qu'il fait arec lumière, méthode et netteté. — Danslesecond, qui a pour titre : De excMentia iocrovm ordinum^ et de vita ordinandorwa^ anr^ avoir marqué quels sont les signes d'une vraie vocation a la clérioature, et expliqué ce que signifle le mot de clerc, il expose en détail ce qui regarde les sept ordres ecclésiastiques, de portier, de lecteur, d*exorcisle, d'acolyte, de sous-diacre, de diacre et de prêtre; marquant avec beaucoup d'exactitude les fonctions de chaque ordre et lei obligations de ceux qui y sont promus, l prétend de plus qu'il n'est aucun de ces sept ordres que Jésus-Christ lui-môme n*ait en quelque sorte exercé en personne pendant sa vie mortelle. On remarque qu'en distinguant les évêques des prêtres, il dit que ceux-ci sont les successeurs et les vicaires des soixante-douze disciples de Jésus-Chri5t<
et les autres, les successeurs des apftlre^. — Dans le troisième disoours intitulé : l^ significationibus indumenêorum nècerdoi^liunu après avoir parlé de l'origine des iabits sacerdotaux qu'il dit avoir été institua sur le modèle de ceux de l'ancienne loi, • en donne des raisons mystiques, ets'étes. sur les vertus figurées et représentées r ces saints vêtements. On voit que les hs^-' des diacres, des prêtres, des évêques et co cardinaux prêtres, étaient alors les niéit * ûtie ceux dont ils se servent encore eoi^'^" ahui, quoique la forme en ait uapou»»