‹ Dictionnaire général et complet des persécutions souffertes par l'égliseChapitre 67 sur 207 · PII · texte numérisé non relu

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Tabbé de CIoo/ composa son traité contre le DibooDétisme. Il ▼ scrute & fond le Coran ; il explique la rie do prophète, son impostsre et ses succès ; mais malheureusement» ms oe possédons plus que les deux pre- Diers livres de cet ouvrage oui en avait juatre. Les Saints Pères, dit I auteur dans es parties qui nous restent, ont démasqué ornes les erreurs qui se sont élevées dans li^iise; aucune hérésie n*a échappé à leur iie. Pour établir ce fait, Tabbé ae Clunjr iCQ^agedans une longue énumération qui ttoonce une assez grande connaissance de [kstoire et de la littérature ecclésiastique, llussei décider si les mahométans sont Is hérétiques ou des païens; mais païens ttbtréiiques, toujours doit-on les réfuter. iUioDft a dit : tuez et ne disputez pas l 1km le Vénérable réprouve cette horrible ■Dime, et pense avec raison qu'elle suf- Ictpoar dévoiler la fausseté au mahomé- Ime. Cestà Terreur qui! appartient de Rtuuter la discussion et de contraindre à la pDfaace. L'auteur s'attache ensuite àprouirque les livres de l'Ancien et du Nou- B-Testament n'ont souffert aueune aliiiûQ ; il démontre surtout que Mahomet ijustiQé sa mission ni par des prophéoi par des miracles. Telle est la ma* I des deux premiers livres, qui sout

tâos de vues larges et dépensées fortes. Htûble que le conlroversiste du xii* siônailiftit au-devant de la pensée de Pascal : •Hihomet s'est établi en tuant, Jésusuiist eu faisant tuer les siens; Mahomet •(ttfefidant de lire, Jésus-Christ, en ortatant de lire. » L'ouvrage complet de- Raccompagner la version du Coran qui ^tdéire probablement traduit et que nmeKennet dédiait à l'abbé de Cluny.

utte Tersion que Théodore BibUander a m UDprimer en i5i^3, a été critiquée par Jort et par Erpenius. Il est rare, dit ce Kfiuer, Qu'elle exprime le vrai sens de Tattie;maise11e était la seule, et avait servi ^i^xteauz traductions en langues moder- 2^ avant la version latine qui parut avec * texte^ arabe, publié par Maracci en 1696. Coiure Pitrre de Bruis. — L'hérésiarque wre de Bruis professe une suite de prol^ilioos impies, qui, dans la religion, ruivot le dogme et ladiscipline, et portent le puble dans la société. Ses disciples, sous ^om de Pétrobrusiens, soutenaientè main ^^ la doctrine Csmatique de leur maître. ^{«adus dans les campagnes du midi de la ^rioee, iU avaient résisté aux efforts réu- ^ des deux puissances ecclésiastique et Si •y^'tout se'livraient au brigandage ^pius effréné, rebaptisant les peuples, pro- JJ*ûl les églises, renversant les autels, liim!!' ^^ ''Ammes les croix et les saintes Tp^i traînant les religieux dans les ca- ^»> et les eoatraignant par les menaces ^es tourmQUIg i se marier. Dignes ancô* ^ de ces Vaudois k qui les protestants ,;: ^'^Jé d'attacher la succession de leur fj^^^wutre l'Eglise. Pierre de Cluny ré- '*<! abord ces erreurs par une lettre sur

la divinité de Jésas-Chrfst. Prouver que Jé% sus-Christ s'est expressément déclaré Dieu^ tel est le but qu'il se propose dans cette lettre. Il y rassemble les textes évaugéliques qui peuvent le mieux établir ce fait; et si ces textes ne sont pas plus nombreux ; s'ils ne sont pas plus catégoriques, si Jésus ne< s'est pas toujours qualifié Dieu, aussi positivement que son Père s'était nommé dans l'Ancien Testament, le Dieu d'Âbrabam, d'Isaan et de Jacob, c'est, dit l'auteur, parce que les Juifs n'étaient pas capables de recevoir ou de supporter celle vérité, et qu'il fallait les nourrir de lait avant de leur offrir des aliments plus solides.

Sous la forme d*une lettre adressée aux archevêques d'Arles et d'Embrun, aux évô* ques de Die et de Gap, prélats zélés contre les Pétrobrusiens, Pierre de Cluny a composé contre cette secte un ouvrage polémique divisé en cinq chapitres, nombre égal à celui des principales erreurs des sectateurs de Pierre de Bruis. Nous disons des principales, car Pierre ajoute qu'ils en professent peut-être quelques autres ; mais comme il n'en est pas bien sûr, il aime mieux différer de les réfuter. Saint Bernard qui avait vu de

«lus près les hérétiques, ainsi que l'observe ossuet, a pu leur reprocher des égarements dont I abbé de Cluny ne nous donne et n'avait lui-même aucune connaissance.

Quoi qu'il en soit, voici les cinq erreurs pétrobrusiennes combattues dans l'ouvrage

3ui nous occupe en ce moment. 1* On ne oit pas administrer le baptême aux enfants avant l'âge de raison. 2* Dieu pouvant être prié en tout lieu, il ne faut point d'église. 3* Les croix sont à supprimer comme signe du supplice de Jésus-Christ, k* Le corps et le sang^de l'Homme-Dieu n'existent point dans ITucharistie. 5* Il est inutile de prier pour les morts. Pierre le Vénérable emploie contre ces cinq propositions les autorités et les arguments dont les théologiens ont coutume de faire usage pour prouver l'efficacité du baptême administré aux enfants, le besoin délever des temples, l'utilité des images et spécialement des croix, la«présence réelle et la transubstantiation ; ennn, la nécessité d'offrir pour les défunts des prières et des sacrifices. L'auteur allègue pour la présence réelle l'autorité des actes de saint André. 11 cite comme exemple de transubstantiation, la verge de Moïse, changée en serpent, les eaux du Nil métamorphosées en sang, et le pain que la digestion transforme en chair. Dom vaissette pense que cet ouvrage a été composé vers 1135 ; peut-être ne Ta-t-il été qu'en 1137 ou 1138, car Pierre le Vénérable le dit achevé depuis

Îuatpe ou cinq ans, dans une Lettre à saint 'ernard^ que l'on croit écrite en 11^2 ou 1U3.

• Traité des miracles. — II s'agit de l'Eucharistie dans la première partie de ce traité. C'est à ce mystère que se rapportent vingthuit des miracles qui sont ici racontes. Trente autres composent une seconde et dernière partie beaucoup plus mélangée. Le

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DICnOMNAlRE

père Tournemiiie trouve tous ces miracles si singuliers, qu*il ne sait trop s'ils obtiendraient partout une soumission de croyance (ce sont ses termes) égale à celle de lHuteur qui les célèbre. Mais ces récits attestent au moins que la présence réelle était au xii* siècle un dogme parfaitement établi. *Le dernier des cinquante-huit prodiges recueillis dans cet ouvrage, est celui cjui, depuis quatre cents ans, ne manquait jamais de s'opérer à Rome, dans l'Eglise de Sainte-Marie- Majeure, la veille et le lourde l'Assomption. Dès la veille, les Qdèles a[iportaient dans celte Eglise des cierges bien exactement pesés; et quoique ces cierges demeurassent allumés depuis le soir jusqu'après la messe du lendemain, leurs poids se retrouvaient les mêmes sans aucun déchet, sans aucune diminution.

Statuts de Cluny. — Pierre recueillit en 1146 soixante-seize statuts à l'usage de l'abbaye et de tout l'ordre de Cluny. La préface apologétique qui les précède, justifie les changements que Pierre a cru devoir faire, soit en plus, soit en moins aux anciens règlements. En publiant ce recueil, André Duchesne y a joint plusieurs privilèges, chartes et diplômes qui concernent les clunistes. Deux de ces chartes sont de Pierre le Vénérable : Tune adressée à Richard, évè-

3ue de Coutances et l'autre à Guillaume e Montbourg. Ces deux pièces autorisent un arrangement pris entre Guillaume et le monastère de saint Cosme. Un autre acte du vénérableabbé, publié pardom Lucd'Achery, ordonne des messes et des prières pour l'âme de Raoul, comte de Péronne, en reconnaissance des bienfaits dont ce pieux Seigneur a comblé l'institution de Cluny.

Dispositio rei familiaris Cluniacensis. — Tel est le titre d'un écrit que Pierre publia en 1148 et dans lequel il expose Tétat de l'abbaye de Cluny, au moment où il en prit possession, avec les détails de tout ce qa'il avait fait pendant l'espace de vingt-six ans , pour la rendre florissante. 11 y avait trouvé trois cents religieux, et à peine des revenus assez pour en nourrir cent. Mais 1 ordre qu'il sût rétablir dans les recettes, le dispensa de recourir aux emprunts, ressource qui, avant lui, avait contribué à I appauvrissement du monastère. Baluze, qui a publié cet opuscule, en a imprimé un autre daté de 1J54, et intitulé : Jndulgentia data ecclesiiê cluniacm$ibu8 Jtaliœ a Petro abbate Cluniacensi: C'est une remise pécuniaire faite aux monastères Italiens de l'ordre de Cluny.

v/^r"^'*** "*" '^ °® ^^^^ ^®5^® ^® Pierre le Vénérable que quatre sermons. Le premier, $ur la transfiguration de Jésus-Chrut j a été imprimé dans la Bibliothèque de Cluny, d'où lia passé dans toutes les Bibliothèques des Pères et dans celle des prédicateurs de Combefis. Il se trouve même répété jusqu'à deux fois dans ce dernier recueil ; parmi les sermons du Carême, tome I", page 365, et parmi les sermons sur les saints, tome II, page 618. C'est évidemment le même dis-

cours, k quelques différences près, qui soii de peu d'importance. « Jésus-Christ s^ le Thabor imprime è sa personne réel] des rayons du soleil, et à ses vêtemeûts blancheur de la nei^e : double symbole pj lequel il annonce la gloire future de sf dernier avénemeat, à la suite de la résu rection générale, et celle qui est promlj aux justes qui se seront lavés et purifiést^ toute souillure, et revêtus de Jésos-Chns] pour être transfigurés avec lui danssapit pre gloire. II prit avec lui trois de ses apa très, qu'il conduisit sur une montagne écd tée, pour nous indiquer que ceux qui red lent participer à cette immortelle gloin doivent s'éloigner de la terre et de tou( affection charnelle, pour prendre leur tt sor vers le ciel. Pierre s'écrie ; Stignm nous sommes bien ici. {Marc, ix, 4.)Sil gloire de Jésus, dans son humanité, eicili en lui un tel ravissement, qu'il voudrai établir à jamais son séjour sur cette mit tagne, que sera-ce du séjour où résidd Divinité? Et s'il s'est estimé siheureui se trouver dans la compagnie d'Elie et Moïse seuls , que sera-ce de l'assembli tout entière des bienheureux? Ce n plus Moïse et Elie, c'est-à-dire la loi et le prophètes, qu'il faut écouter désoroiais; non, les figures ont cessé, mais c'estleFii unique du Père céleste. »

Les deux discours sur le martyre du Pin saint Marcel et les saintes reliques n'olfrey rien de remarquable. On peut noter cepciK dant qu'il est dit dans le premier que Ja saint pontife Marcel ne succéda à saint Mtt^ cellin qu'après que le Saint-Siège eut TVfd sept ans, cinq mois et vingt-cinq joor^ioi qui est fort inexact, car Marcellm ma^ en SOkf et chacun sait que sept ans plus tari, c'est-à-dire en 311, Marcel était cféjà orait lui-même, après avoir gouverné r£gti5i environ deux ans ; Tinterrègne entre ca deux papes n'avait duré que trois mi demi. Dans le sermon sur les reliques, ïM de Cluny expose les deux motifs de la rèi nération qu'on leur doit; d'un côté les actions chrétiennes dont ces restes, aujoo^ d'hui inanimés, ont été les instruments; A l'autre, la gloire éternelle qui les allfli après la résurrection.

Nous citerons quelques morceaux du $ê^ mon sur le saint Sépulcre : « Que d'autre étalent avec orgueil les pompeux mausolées dont ils couvrent les cendres de leurs pèrefi et qu'ils les décorent de marbres somptoeui et de riches peintures ; nous, nous eéiébrooi par nos hommages le sépulcre inaccessii)!» a la corruption, d'où le triomphateur de II mort s'est élevé au plus haut des cieux, libro et victorieux des enfers... La terre, maudite elle-même avec le premier homme en punition de son péché, savait bien qu*®",^^°r quence de Tarrêt porté contre toute Vesm* humaine : Tu es terre et tu retoumtmàffsi la terre [Gen. m, 19), elle savait bien, dis-je. qu'elle devait ouvrir son sein à tous les **'• fants d'Adam, et ne l'ouvrir que pour en «ire

la proiede la mort et de la corruption ; ifl«'

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»bleqa*6lie étail de les conserver à la vie et i riomorCaJité dont ils étaient déchus. Mais 10 TOid UD, l'unique parmi tant d*innomirtbles générations de morts, qui, entré tort lui-même dans ses entrailles, échappe la loi commune et sort libre des liens de imort. La terre le voit, et admire ce proige si Doureau... Du fond de son sépulcre,

a ébranlé tous les sépulcres des morts imr les rappeler à la yie. Sa glorieuse réirrection, 6 hooimel est le gage de celle Q] t'e5t promise à toi-même.

« Nous révérons, et certes à juste titre, la Tkbe où la Vierge Mère de Dieu déposa DD diTÎD enfant ; plus encore devons-nous koQorer le sépulcre glorieux où il est allé Muir comme dans un lit de repos, à la mis de tant de combats soutenus sur la crou, pour j terrasser tous ses ennemis... S ks lieux honorés par la présence des BBis deviennent eux - mêmes sanotiGés , Mibieu doit nous paraître saint celui qui a Wfï le Dieu sanctiGcateur?...

I C'était là le signe que Jésus-Christ avait èuté comme devant être le témoignage le

SI notoire de sa divinité, quand il avait : De même aue Jonas est resté trois jours êtrm nuits dans le ventre de la baleine^ de feAie le Fils de F homme demeurera trois jours i trois nuits dans les entrailles de la terre, [■euA. XII, 40.) Le prodige opéré dans la

SnûQne du prophète n'était pas qu'il eût iiiisorbé dans le corps d*un poisson mons- ^01, mais quV étant englouti il y lût ônot et en sortit sans nulle atteinte. De Ata^lc miracle de la résurrection du Sau- ^r ne fut pas qu'il mourût et qu*il fût enft^li; il le fallait ainsi pour manifestera Aman déicide que ce Jésus, qu'elle avait woioQrir comme le dernier des hommes, Jpt '>'oQ avait mis au tombeau, moins par AooDtfor que pour prolonger, même après ^mriy la persécution à laquelle il semblait ivuir succombé, était le maître de la vie et ^ la ajort, le Tout-Puissant , puisqu'il se ttssusciiait ainsi lui-même, puisque, par sa l'âpre vertu, il rora|)ait les liens de la mort jtiiu tombeau. Il le fallait, ou pour le salut •'•^ux qui croiraient en lui, ou pour la «odamoation de ceux qui le raéconnaîw»cnL Le miracle n'était pas qu'il consentit * mourir comme tous les autres mortels, J»i$ que, devenu mortel, il vainquit la mort, ™lpour lui-même que pour les siens, répnérés avec lui à une vie immortelle. » U morceau le plus oratoire de ce discours «l celui où Pierre exhorte ses auditeurs à Mire le voyage de Jérusalem, pour y voir de j!*^^ Propres yeux le miracle qui s y accoml''|t chaque année, au jour du samedi saint. •U feu surnaturel, dit-il, descend des 2^^^t et, à la vue de milliers de specta- ^"rs» allume, une à une, toutes les lampes l^ftgées autour du saint sépulcre. Gloire du Imu ^^ Jésus-Christ , prédite par les VT^pu^^^ par le concours de

^^■* ^.peuples du monde... Pourquoi deti? J®^"^?"^ encore à voir sortir un mort ^^^^n\x sein de la terre, quand vous voyez

de vos veux ce prodige ? Et remarquez quHI ne s'opère ni en aucun autre lieu ni en aucun autre jour, mais uniquement sur le sépulcre du Sauveur et au seul jour de la veille de Pâques; et, de nos jours encore, il se renouvelle tous les ans, sans avoir jamais éprouvé aucune interruption. » Bom Martenne, dans une note, cite de nombreux et illustres témoignages qui attestent la vérité de ce prodige. Le moine Bernard, entre autres, qui Qt en 870 le pèlerinage de la Terre sainte, af&rme, dans son Itinéraire, avoir été témoin de ce fait miraculeux. Il en est parlé dans l'ancien pontifical de l'f^lise de Poitiers, écrit il y a plus de huit cents ans; dans le chapitre vi* au quatrième livre de Raoul Glaber, dans la Chronique de Léon d'Ostie, dans celle de Hugues de Flavigny, dans Guillaume de Malmesbury, dans les tomes IX et X du Spicilége^ et dans le tome y du Thésaurus anecdotarum de Dom Martenne.

Lettres. — De tous les ouvrages que Pierre le Vénérable a laissés, le plus curieux pour nous sont ses lettres, et par les matières qu'elles embrassent et par la supériorité de la forme soutenue dans tous les sujets.vOn en a recueilli cent soixante et onze, partagées en six livres. La plupart traitent des matières de discipline, de règlements particuliers, de réponses ou consultations présentées avec méthode et clarté et résolues avec sagesse. Quelques-unes ne sont que de simples compliments, exprimés avec tout le charme de la plus exquise politesse, et de l'esprit le plus délicat. Un grand nombre d'entre elles sont adressées aux souverains pontifes contemporains, et d*autres aux princes de la chrétienté, touchant les hautes affaires dans lesquelles Pierre se trouvait engagé.

Nous indiquerons d^abord trente - huit lettres à des Souverains Pontifes, savoir vingt à Innocent II, une à Célestin 11, trois à Lucius II et quatorze à Eugène

La plupart des lettres à Innocent II consistent en protestations de fidélité, en recommandations particulières, en longs détails sur des affaires ecclésiastiques et monastiuues. Néanmoins nous distinguerons d'abord deux lettres écrites vers 1132, en faveur •du cardinal Mathieu que le pape Innocent traitait avec beaucoup de froideur, quoique Mathieu se fût montré l'un des plus chauds ennemis de l'antipape Anaclet. Selon toute apparence, il faut dater aussi de la même année la vive réclamation que Pierre le Vénérable adressa au Saint-Siège contre le privilège qui exemptait les cisterciens de payer la dîme* « Nous la payons bien, dit Pierre, partout où nous la devons, è des moines, à des clercs, à des laïques et aux cisterciens eux-mêmes. Pourquoi les cisterciens ne nous la pai<*raient-ils pas où ils nous la doivent? Faut-il que nous perdions la dixième partie de nos revenus, et que nous soyons forcés d'abandonner plusieurs de nos établissements? Faut-il que les pui-

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nés dépouillent et chassent les atnés ? Quand donc avons-nous vendu notre droit d'aînesse, et comment avons-nous mérité ce commencement d'exhérédation 7 » En IIM , Pierre écrit au Pape qu'Abailard, après avoir appelé de la sentence ,du concile de Sens, et s'Mre mis en roule pour se rendre à Rome, s'est arrêté à Cluny, où il se propose de finir ses jours. £n 11^1, Tabbé de Cluny, intercède auprès d'Innocent U pour un év(que de Salamanque oui venait d'être élu archevêque de Saint-Jacques en Galice, et dont la promotion tenait fort à cœur au roi de Castille Alphonse, à qui Pierre donne ici le titre d'empereur. Cette même année ll<hl est sans doute encore la date d'une lettre écrite en faveur du roi Louis le Jeune. Ce prince venait de brûler Vitry, et cet eicès avait attiré sur la France un interdit général. Pierre fait sentir au pontife les dangers d*un pareil anathème, et demande quelque indulgence pour un monarque que la jeunesse et la victoire ont égaré.

La lettre à Célestin II est une réponse à celle que ce Pape avait écrite en 1143 aui religieux de Cluny pour leur annoncer son avènement. Pierre le Vénérable donne à Célestin le titre de pontife universel et lui dit qu'il a fait lire son épltre en présence de tous les frères de son ordre lettrés ou non-lettrés. Ses trois lettres à Lucius II ne contiennent que des recommandations. Il en est à peu près de même des quatorze lettres à Eugène III. Elles discutent ou défendent des intérêts particuliers qui nous sont devenus fort indilTérents. Nous avons indiqué ailleurs celle qui concerne un évêque de Clermont fort sévèrement jugé par Tabbé de Cluny. Cet évêque, dit-il, refuse ou vend la justice, et depuis vingt ans il n'a rempli aucune de ses fonctions épiscopales. On peut remarquer, dans une lettre en faveur du peuple et du dérivé de Plaisance, des expressions qui placent saint Augustin à la tête de tous les docteurs de l'Eglise, et iuiiuédiatement après les apôtres. Nous citerons encore celle où il s agit d'Humbert de Beaujeu, chevalier du Temple, qui avait quitté cet ordre pour reprendre son épouse. Pierre le Vénérable parait considérer les vœux du mariage comme plus sacrés que les vœux d'un tem-

fdier ; il soumet toutefois cette opinion aux umières du saint Père, et n'a pas, dit-il, la présomption de penser à offrir des leçons à son maître.

Nous avons dix lettres de Pierre le Vénérable adressées à des princes, savoir, une lettre à Siginard ou Sivard r% roi de Norwége, pour le féliciter de ses progrès dans les vertus chrétiennes; une autre à Adela, sœur de Henri 1", roi d'Angleterre, pour lui apprendre que ce prince a manifesté en mourant des sentiments de pénitence ; une lettre de remerciement aux sénateurs de Venise; une lettre de congratulation au roi de Jérusalem ; une lettre à Tempereur de Constaptinoplei Jean Comoène, pour re-

vendiquer un monastère dépendant de Tord de Cluny. Une lettre au très-noble pria Amédée, comte et marquis^ que l'on cr être le comte Amédée de Savoie, second nom, qui accompagna Louis VII à laTerr Sainte. On a trois lettres à Roger, roi Sicile, relatives aux bienfaits que CIqdj . tend de ce prince, à la paix rétablie eoi lui et le Pape, à la mésintelligence qui règi entre ce même Roger et l'empereur; di corde d'autant plus affligeante, qu'elle ea pêche le roi de Sicile de combattre les St rasins et de venger les Français et les Ali mands trahis par les Grecs. Pierre désire vivement cette vengeance, qu'il irait la d mander lui-même au péril de sa ?ie, s'il i se souvenait qu'il est moine ; il offre d ail trouver l'empereur pour le réconcilier an Roger. ^ Autant l'union entre les priw chrétiens serait utile à la cause comoiiuM autant leurs discordes lui deviendniâi funestes. Elles feraient le triomphe dd'a nerai. L'expérience l'a trop fait voir. 1 tous les princes de l'Europe, il n'en esipd qui soit plus capable que Roger de répa les désastres des armées chrétiennes, par prudence et sa valeur personnelle, par ressources de son état et la facilité transports. Ce n'est point là de la flalteri lui dit-il, mais la pure expression de la "" rite. » Il n'existe qu'une seule lellre l'abbé de Cluny à Louis le Jeûna Pierre voulait pas que l'on persécut&t les Juifi écrit au roi qu'ils sont assez malbeuras d'être proscrits chez tous les peuples de I terre, sans ajouter à l'humiliation de l'es clavage la rigueur des supplices. S'il»l|«^ mis de les punir, que ce soit seolemcil dans ce qui leur est le pluscher, àstfoit leur argent. Cette lettre contient aussi Ifi vœux très-vifs pour le succès de la croisaie Il adressait en même temps à saint Bcf nard et à l'abbé Suger des lettres pleinest la plus touchante sensibilité, à roccasioQi même événement. « Peut-on sans la p"" vive douleur, écrivait-il au premier, peu que nous sommes menaces de voir t terre sacrée, que de si nobles efforts de pères et des flots de sang chrétien aval arrachée, il n'y a pas longtemps, au m des infldèles, menacée d'y retomber, elirilevenir la proie des impies et des blasplafl* teurs? Quel cœur serait insensible à h crainte que cette voie de salut ouverte mi pécheurs pénitents, et que nous avons nh durant cinquante ans, enlever à Tempircw démon des milliers de pieux pèlerins r& dus par elle au royaume céleste, se irou« fermée par les sacriiéçes oppositions d« Sarrasins 1 Se jpourrait-il que la colère uivine fût irritée contre nous, au point ■> permettre que son peuple chrétien, sa pmille adoptive soit livrée à de nouveho disgrâces, que nos blessures encore ssignanles soient aigries par une blessure *|tï| serait le comble des malheurs? MériieraiH' d'être compté parmi les membres do cori^^ de Jésus-Christ, celui-là que la seule r préhension d'un danger aussi pressant t^

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;uae au5si effro/able calamité pour tout le «uple chrétieD , ne jetterait pas dans la ks vire affliction, et qui pourrait, je ne ii pis se borner à un simple sentiment 'one commisération stérile et qui coûte si eu, mais ne pas chercher à contribuer de lus ses mojens à réparer un tel désastre, Al il mftme en coûter de grands sacriGces.» openiianty invité par les promoteurs d'une ouvelle croisade, à se trouver à une as- -Qibiée (]ui devait se réunir à Chartres en 146, mais qui, selon Brial, ne se tint qu'en 150, Pierre le Vénérable ne s'y rendit wnU et écrivit à ]*abbé de saint Denis une iiiL^dans laquelle il s*ex€usait surTattérakande sa santé et sur un chapitre général <Diiiu|aé à Cluny, pour le jour môme où mie assemblée devait s'ouvrir.

pour V penser et s> préparer? En promettant 1 observation de la règle de saint Benoît, avons-Tious promis de ne pas observer celle de l'Evangile? — Pourquoi permet-oa chez nous Tusage des fourrures dont la règle ne dit rien? — Mais elle ne les défend pas non plus , et permet d'habiller le$ ifrères selon les saisons et la qualité des lieux, se contentant de remettre le tout à la discrétion de l'abbé. — Nous recevons des fugitifs au delà des trois fois marquées par la règle. — Cela est vrai. Mais Jësus-Christ nVt-îl pas pardonné à saint Pierre? Ne l'a-t-il pas chargé du soin du troupeau, et constitué chef et prince des apôtres, après même qull l'eut renié trois fois ? La porte de la miséricorde ne doit-elle pas être ouverte au pécheur jusqu'au dernier soupir? La règle

L'écrit à saint Bernard, toujours à propos * même ne défend pas de recevoir au delà de kceiit expédition qu'il avait à cœur : « Il trois fois celui qui, par sa faute, sort du Md'agit pas ici d'un médiocre intérêt, mais monastère; elle dit seulement qu'il doit

fooe affaire auprès de laquelle tout le reste ftsl rien. En effet, esl-il un devoir plus ftsi^ni que celui d'empêcher aue les closes saintes ne soient abandonnées aux liimaux impurs; que la contrée foulée

Es ^ les pieds du Sauveur des hommes, soit encore déshonorée par la présence impies; que la roj^alecité de Jérusalem, ftiu ville sainte, qui fut consacrée par les

Cj'hètes, par les apôtres, par Jésus-Christ *^^ine, ne redevienne le théâtre des lS«scria)ineIles abominations; que l'illustre Wîupole de toute la Syrie, Antioche, ne ttwr.be au pouvoir de nos sacrilèges enneoi»;que la montagne sainte, où fut planté msiruraent de notre salut, aujourd'hui, •00$ dil-on, assiégée par les infidèles, n'en •Jlla conquête, et que le tombeau même HitreposéNotre-Seigneur, ce tombeau dont t soutient, par exemple,* que la règle de saint

qu

savoir qu'après trois sorties, la porte lui sera fermée ; mais non qu'on ne pourra plus la lui ouvrir. -- Un autre reproclie qui nous est fait : Nos religieux ne se prosternent pas devant les hôtes à leur arrivée, ni à leur départ, et ils ne leur lavent pas les pieds. — Si cette pratique ne pouvait s'omettre sans risque du salut, il laudrait, ou que la communauté fût toujours dans la cnambre des hôtes, ou que ceux-ci fussent reçus dans l'intérieur du monastère ; ce qui amènerait toutes sortes de désordres. »

^ Le vénérable abbé discute ainsi l'un après l'autre ces reproches qui s'élevèrent au nombre de dix-neuf ou vingt. Ses réponses consistent quelquefois à démentir les inculpations, plus souvent à nier l'exislenco des refiles que Ton supposait enfreintes. Il

«»|>rophètes avaient publié la gloire dans

•^«Vttnivers, devenu la proie des plus

wu/j/es fureurs, ne soit renversé de rond

tûo^mhle, anéanti, comme ils osent nous

p tiienacer. »

L'iinporiance de Pierre le Vénérable se

•-^aretians ses relations avec les grands de

* It'rre, avec ceux qui représentent de

p^es intérêts, qui remuent de grandes

M«^s, qui provoquent à de grandes choses;

*«is Sun âme est tout entière dans sa eor-

•wpondance privée, et c'est là ce qui excite

pfiiculièremeut notre intérêt. Les lettres à

Mmi Bernard se recommandent à un double

Btre : les rapports entre les deux abbés fu-

tçai d*alK)rd difficiles; celui de Clairvaux

Ji^uait la mollesse du monastère de Cluny,

cquel n'4tail point réglé selon le zèle aus-

wît de fiernard; puis il survint entre eux

u^s démêlés personnels. Le vénérable abbé

^i?î^ obligé de réiKjndre aux reproches de

|ïMcheinent adressés à son ordre de Cluny.

1^5 objections portaient sur la facilité avec

^^luelie les novices étaient dispensés des

«Keuves préliminaire^ à leur profession,

»; ^^mi : f Quand le Sauveur a dit à un

;f"uebomaje de l'Evangile : Allez, vendtz

f*j«f 90III at?ez, et donnez-le aux pauvres.

•"«''A. XIX, 21), lui a-t-il accordé un an

Bernard autorisant les novices à donner leurs biens, quels qu'ils soient, au monas tère, il s'ensuit qu'un monastère peut posséder des biens de toute nature, les causer* ver et par conséquent k^s défendre en plaidant, s'il est besoin. Quent à la juridiction épiscopale, l'abbaye de Cluny, par l'acte même de sa fondation, est immédiatement soumise au Pape, le premier et le plus digne évêque de la chrétienté. Après avoir p^arcouru un très-grand nombre de détails, l'auteur de cette lettre, ou plutôt de ce traité apologétique, finit en distinguant deux sortes de préceptes, les uns immuables comme Dieu qui les a établis lui-même, les autres émanés des conciles, des saints Pères et des fondateurs d'associations monastiques ; préceptes révérés, sans doute, mais que la charité domine et modifie, pour obtenir un plus grnnd bien, ou pour éviter quelaùe mal.

Mais bientôt à ces débats succédèrent une vénération réciproque et Tamitié la plus tendre. Nous avons plusieurs autres lettres qui toutes expriment de profonds sentiments d'estime et d'affection pour saint Bernard, ainsi que le désir de resserrer entre Clairvaux et Cluny les liens de la plus parfaite confraternité, d étouffer surtout les germes de dissension qu'avaient fa'it éclore

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ra:TlQSiNA]RE

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