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certaines circonstances, par exeœ^e ]*éIeo lion (l*un cluniste à révèché de Langres« élection désapprouvée par saint Bernard et dont nous avons déjà parlé ailleurs. Pierre ne met aucune limite aux ménagements et aux hommages qu'il croit devoir à Tabbé de Clairvaux. « J'aimerais mieux, lui écrit-il, vous être uni par les liens les plus étroits que de régner sur Tunivers entier. Que ne m'esl-il permis de jouir de votre société qui ferait les délices des anges. Mais puisque Pierre est condamné a vivre loin de Bernard, il le supplie de lui envoyer au moins Nicolas. » Nous avons vu ailleurs ce que c'était que ce Nicolas que Tabbé de Clairvaux fut obligé de chasser comme un voleur et un faussaire, mais pendant longtemps il servit pour ainsi dire comme de trait-d'union entre ces deux cœurs. « Dans l'excès de mon transport, écrivait encore Pierre à Bernard, dont il avait reçu une lettre affectueuse, je fis ne (juo je ne me souviens pas d'avoir jamais fait gue par respect pour les livres saints, je baisai la lettre après lavoirlue. » Ces deux grands esprits, qui n'avaient qu'une même fin, la gloire de la religion, étaient faits pour s'admirer et pour s entendre.
La plus iutéressante partie du recueil est celle qui touche Abailard. En butte à la dialectique ardente de l'infatigable abbé de Clairvaux, et condamné par deux conciles, l'athlète présomptueux de la raison humaine, désarmé, vaincu et repentant, s'était jeté dans le monastère de Clunv. Il avait trouvé chez l'abbé la tendresse et l'indulgence d'un père. Rien de plus pathétique et de plus éloquent que la lettre que Pierre adresse au
Fape Innocent H, pour le prier de respecter asile où s'était réiugié le malheureux pénitent. Abailard cessa de vivre peu de temps après, et mourut en saint homme. La triste Héloïse avait imploré deux choses : des Uures d'absolution de l'abbé, pour être sus-
f)endues au tombeau de son maître, et sa laute protection pour Yenfant d' Abailard et d'HéloUe. Pierre accorda tout, promit une prébende pour leur fils Astrolabe, et s'enga-
fea à ne rien négliger pour atteindre ce but. 1 joignit une lettre aux lettres d'absolution qui lui étaient demandées. Il loue Uéloïse de.< hautes facultés de son esprit, des sentiments dont elle est aujourd'hui pénétrée, de la vie religieuse et pénitente qu'elle a embrassée. « Plût à Dieu, s'écrie-t-il, que Clunjr eût pu te posséder, que tu fusses enfermée dans notre douce captivité de Marcigny,avec les servantes du Seigneur qui aspirent è la liberté céleste I Mais puisque la providence de Dieu ne nous a point accordé cette grâce, il nous a du moins fait celte faveur à Tégard de celui qui a été à toi, de celui qu'il faut souvent et toujours nommer avec honneur
le serviteur et le philosophe du Christ »
Puis il raconte la vie sainte qu'Abailard menait dans le monastère. « Je ne me souviens pas, lui dit-il, d'avoir vu son semblable pour l'humilité; cette vertu se trahissait aussi bien dans son costume que dans sa
caDteiMBoe. Je l'obligeais à tenir le prem raojg dans notre nombreuse commanaa mais il y paraissait toujoars le dernier tous par la panvreté de son vêtement. J ; mirais qu'un homme d'une aussi ^ai réputation pût s'abaisser de la sorte, jiuq se mépriser lui-même. Il observait dans nourriture et pour tous les besoins du co la même simplicité que dans les babils, condamnait par ses discours et \ax exemple non-seulement le superflu, n tout ce qui n'est pas absolument nécessa Il lisait souvent, gardait un silence \m tuel , si ce n'est quand il était forcé de p 1er, soit dans les conférences, soit dans ] sermons qu'il faisait à la communauté, offrait fréquemment le sacrifice, et mèii
f fresque tous les jours, depuis que )iar m étires et mes sollicitations il eut été im cilié avec le Saint-Siège. Que dirai-je dam tage? Il n'était occupé 'que de méJitero d'enseigner les vérités de la religion et<iti philosophie. Dans ces pieux exercice^J mort, ce visiteur évangéliqae, vint le tIs ter; mais elle ne le surprit point endonD comme tant d'autres, mais préparé etdeboa Elle le trouva éveillé, et l'appela aux doc célestes, non comme une vierge folle, ma comme une vierge sainte. » L'abbé de Cloi termine sa lettre en recomniandautàHéloî le souvenir, mais le souvenir dans le
§neur, de celui que le Christ lui garde^q oit réunir à elle dans les tabernaclei l'éternité. Pierre le Vénérable était du d bre de ces grands hommes qui reièlenl fond de leur âme une tendresse oui iejflf
i)roche de nous, qui nous console deo<M iaiblesse, et qui fait qu'en les adminottf les aime.
Nous ne terminerons pas cette anaijH des lettres du saint abbé de Clunysaosinn au moins mention des trois dernières de s« recueil, qui méritent qu'on les signale i cause de leur importance. La première* dressée à Termite Gislebert, traite des (col tions que l'on éprouve dans la retraite! dont les préservatifs et les remèdes sont! prière, la méditation, la lecture, lelraii] des mains. Cette lettre a presque IVtendi d'un traité sur la vie solitaire. Pierre je* seille à Gislebert de copier des libres. U seconde adressée h un apollinarisle quin^rf point nommé, est encore un petit irai»
Picrre y prouve par des textes sacrés i par des arguments théologiques, que < Verbe, en se faisant homme, a pris n^n* seulement un corps, mais aussi une âw humaine. La troisième est une réponse ii moine Grégoire. Ce religieux lui avait proposé trois questions : La grâce qui renii'li^ sait la sainte Vierge, quand l'ange la salu^ s'accrut-elle au jour de la Pentecôte? 3lan* portant la sagesse incréée dans son ^ein» a-t-elle pu ignorer quelque vérité? Comment expliquer un texte de saint Grég<^if* le Grand, qui Semble unir le Verbe à n nature humaine avant que Jésns naqoitfj* la sainte Vierge? L'abbé de Cluny répo"^ qu'à la Pentecôte, les dons spéciaui fl^
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^alnt-Espril s'accrurent en Marie sans auuDe «ugmenlalion de la grâce sanctifiante; menreinle et mère, elle continua d'ignorer .itn des choses de ce i>as monde et de Taure; qii'enûn, tout ce qu'a pu vouloir dire aint Grégoire le Grand, dans un texte dont n a souvent abusé, c'est que l'union du erbeavec la nature humaine avait été déterminée dans les secrètes pensées de la ProideDce bien avant raccomplisseraenl de ce svslère. On voit que cette lettre est encore ni irailé Ihéologique.
PnÊsiEs. — !• Ce qui nous reste des poésies le Pierre le Vénérable se réduit à quinze iiorceâux que nous nous contentons d'indiïj«f. en leur empruntant quelgues rares nUbons. Le premier est un poëme sur le «DiMcrifice de la messe. Voici comme il î'iifrme :
S^-nlbere propotm quœ muêiica $acra ffriorem Mnsa reffrœsenlet quiave mmsteragat.
fn Dik/t» vma, pro quotidie repeiitii EU obUaa iemei kosiia vera Deus.
IttiducrwnUgiêChrisUimpaUf^loumque
Smipcativam tera removii mis.
ht&^tt ktmc offert, etin hac cestare figuram
HeïSqiu figuroUan te$tificatur agi.
5k ekmm tanpli ne et eruci^ exffrimil arM^ I 11 tacra cotnmemùret ti/tus, kujus agat. Irgo Tuod m nwua vel agatur, vel metnoretur,
Quœ, quitta tusimilel sub breviUUe canam.
twles il y a une dififérence entre cette veriikaiioa et la prose de saint Bernard, qui iuR charmait les cœurs et les oreilles par hnélodie autant que par l'onction de son
0.-rn des morceaux les mieux versifiés ot une épltre adressée à Raimond, comte 4tToalouse. Pierre le félicite de la fratcètur de sa poésie ; sa tète a beau blanchir, tti&ase ne vieillit point.
Cm Mpni aibeKot tua musa senescere nescit, S(c ((uia tu canti, hinc minus Ula cattit.
Ctsmni vers présente un jeu de mots bien pnéhl; mais il ne faudrait pas juger de la lièce (,ar ce début. Elle n'est dépourvue ni h mérite ni même de grAce. On y trouve Jfcs constructions et des expressions em-
CQlées à Ovide. Par exemple, quand rre écrit :
Obshtpid, fàteor, eofUianquê diu, SmaiiUr quamss...
Cbs hémistiches rappellent ce vers de l'auiHir des Tristes, livre 1" élégie HP vers il :
if on dflcr stMfm quam qui, etc.
^•éptlrc k Itaimond est de soixante<[uatre 'm, et nous la croyons préférable aux ^^eiie antres compositions poétiques de
l'abW de Cluny.
in.~Son plus long poëme est une pièce '''environ quatre cents vers hexamètres et KDlamèlres contre les détracteurs des poéîips de Pierre de Poitiers. Il y nomme les pnncipaux poètes latins et les Pères de TE- K^ise y sont célébrés :
^tto, Flaece, Maro, Stati, Lucane, Boeti.... ^i tmiHerongmus, Auguslimuqueifeati..^, i'ptbu Ambrogms ceisior llaitds.
Pour louer saint Augustin, Pierre le Vénérable dit en parlant de l'Afrique :
Fartibus ista mifwr ipatiis est terra duatnu: Àst Àugusîino vincttutramque suo.
L'éloge est un peu emphatique; mais la précision du second vers est d'autant plus remarquable, qu'en général la pièce est d'une prolixité fastidieuse.
IV. — La pièce suivante est une prose rhylhmique, ou plutôt rimée en l'honneur de Jésus-Christ.
À Paire mittitur, in terris nasdtur, Deus de virgine^ Humana patùur, docet et moriiiir, libens pro homme.
Ces deux premières lignes peuvent donner une idée des cent dix-huit autres. On a peine à concevoir comment ces formes du moyen âge pouvaient* séduire un homme d'esurit qui avait étudié quelques-uns des chei^-d'œuvres de l'antiquité.
Voici le début de la cinquième pièce.
Mortis partis (ortis vim mltiiil:
Certes il est difiicile de mettre les oreilles délicates à une plus rude épreuve. Heureusement ce morceau n'est pas lonç et ne contient que seize lignes rimées. C est une prose sur la résurrection du Sauveur. .
Les trois pièces suivantes qui ne sont guère plus étendues, sont des proses du môme genre, en l'honneur de la sainte Vierge et de sainte Marie Madeleine. Suivent deux hymnes pour la fête de saint Benoît ; l'une en vers saphiques et l'autre en vers asclépiades. Les strophes en sont régulières et les règles de la versification y sont exactement observées ; mais il s'en faut que la latinité en soit élégante. C'est un tissu de mots d'église et de phrases du moyen âge, c'est presque un autre langue que celle de l'épître à Raimond de Toulouse. On en pourra juger par cette dernière strophe de l'hymne saphique.
Laudet exsuUans, Deitas creatrix.
Te chori nosirijubilus perennis, ^ Quem poli jungas iuperis olioreis Quœsunius ornne».
La onzième pièce est une prose rimée pour la fôte de saint Hugues, abbé de Cluny; elle contient dix-huit stances dont chacune est de quatre vers. Les quatre derniers morceaux sont quatre épitaphes ; savoir : celle du comte Eustache, jen vingt ?ers hexaimètres et pentamètres ; celle de Bernard, prieur de Cluny, en cinq distiques ; celle de Rainald, archevêque de Lyon, en six distiques ; et enfin celle d'Abailard en onze vers Hexamètres.
EcRrrs won imphimés. — On a de Pierre le Vénérable , 1* un Office de la Tranefiguration de Notre-Seigneur, à l'usage de Cluny ; il faisait autrefois partie de la bibiiothèque de Baluze et se trouve aujourd hui : dans la bibliothèque Impériale ; 2* Révolutiones de lacis purgatorii et patriœ cœlestts^ auctore Petro abbate Cluniaeensi. Celte pièce, qui se trouve également dans la bibliothèque Impériale faisait encore partie des
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raanuserits de la Collection de Baluze. Elle ne contient guère que de simples extraits du livre des miracles ; 3* Un poëme sur la vertu, manuscrit conserva dans la bibliothèque de Leipsick. Fabricius, qui l'indique d'après Joacnim Feller en cite le commencement :
Pesfl/tttl terras, deau orMi, gloriM rerwn, Firftia.
Quelques auteurs se son» plu à allonger la liste de ses ouvrages, en citant sous des titres particuliers et comme des écrits différents certaines parties de ceux que nous avons fait connaître.
Ce que saint Bernard était k l'ordre de Cîteaux, Pierre le Vénérable le fut à Tordre de Cluny. Un orateujde notre siècle Ta ainsi caractérisé : « Homme de paix au milieu des disputes, conciliateur au sein des ani» mosilés ; homme d'un grand savoir au milieu de tant d'ignorance, d'un goût délicat au milieu de tant de gross^ièreté ; le confident des rois, le conseil des pontifes, capable de donner à tous de grandes leçons, et encore de plus grands exemples; Tornement de l'état religieux et de l'Kglise. » Saint Bernard lui écrivait : i Quelle gloire pour moi de pouvoir montrer dans la terre étrangère où
^e suis une lettre écrite de la main d*un lomme tel que vous ! » Et ailleurs : « Il est impossible de réunir plus d'agrément dans l'expression et plus de solidité dans la pensée. » Cet éloge n*a rien que de mérité, par rapport au temps où vécut Pierre le Vénérable.
Cependant, au dire des auteurs de VHis^ ioire littéraire^ ses écrits annoncent plus de facilité que de talent, plus de vivacité que d'imagination, plus d'esprit que de connaissances. Il avait lu les meilleurs ouvrages des Pères de TEglise et la plupart des livres classiques de 1 ancienne Rome ; mais ces premières études n'avaient été ni assez étendues, ni assez profondes pour le prémunir contre le mauvais goût et les fausses méthodes de son siècle. Il y a souvent de l'aisance et quelquefois de la grâce dans ses lettres, mais il s'applique à les rendre diffuses, et il estime la prolixité. Sa raison, naturellement saine et droite, n'est cependant pas toujours aguerrie contre les relations fabuleuses ; dans ses deux livres sur les miracles, peu s'en faut que sa crédulité n'égale celle des plus naïfs légendaires. Les théologiens louent ses traités polémiaues, recommandables en effet, par VoUbodoxie des opinions, par la clarté des discussions, et souvent par le choix des preuves. Observons surtout que les formes y sont en général moins scolastiques et moins barbares Jue dans plusieurs autres controversistes e la même époque. Ajoutons <^ue le caractère de l'abbé de Cluny se peint et se fait aimer dans ses ouvrages ; 1 activité et la •bonté sont les deux principaux traits de ce généreux et vénérable caractère. Pierre s'est surtout honoré par les hommages qu'il a rendus à deux de ses plus illustres oontem-*