‹ Dictionnaire géographique de la Suisse;Chapitre 51 sur 225 · I.«9 environs Je Zurich « 1 epoquf RUciaire [rt B,.n->s I · texte numérisé non relu

I.«9 environs Je Zurich « 1 epoquf RUciaire [rt B,.n->s I

Cenibra (arolle), les deu» eaprces qui, chei nous, avec le mélèze. sV'lèvent le plus haut en altitude. t ■ Dèbri» itjp/oujt rfe» nlation» lacvilre» et des Unirbïi'ret. Sans remonler Jusqu'aux époques géologiques, les slaliona lacuslreB et les tourbiérea nous fournissent tes documents les plus aoeiena concernant les végétaux qui recouvraient la Suisse dans les temps préhistoriques, alors

a u'elle jouissait déjà d'un climat assez semblable à celui e l'époque actuelle. Une cinquantaine de stations ont livré jusqu'ici les restes reconnaissables de 220 espèces végétales <fui. à peu près toutes, se trouvent enrore à l'heure qu'il est sur notre lerrîloire. Les deui stations les plus importantes, au point de vue botanique, «ont Hobenhausen et Steckbcirn, dont chacune a fourni les restesd'une centAine d'espèces environ. Viennent ensuite Saint- Biaise, Hoosseedorf et Môrigen, Tandis que les plantes sauvages dont les restes ont été retrouvés dans les pelafitles sont identiques ' aui espèces actuelles, les plantes cultivées, les céréales en particulier, présentent d'assez notables différences, surtout quant à la grosseur des grains, qui sont de moitié plus petits environ que ceux qu'on obtient actuellement. Les espèces dont on a retrouvé les restes sont: 1" le froment commun lïWlicutii l'ulgari; var. anUqyortim Heer. à petits grains), le fixement amidonier |7"n(ii.tini dKorciini), l'ingrain {TrilKuni nionococcuni), le froment anglais (Tn'Iiciim turgiduni). l'orge à deux rangs (Hordeum diilichtiiti). l'orge à six rangs {Hordeuni ïiexaslichtini. form. inni'luni Heer. à petits grains) le millet (Panicum ituliaeeuni ) et Setaria îlalica. Les deux espèces de beaucoup les plus répandues étaient alors le froment commun et lorge à six rangs; les autres espèces étaient assez rares: l'épeautre. le seigle et l'avoine, qui jouent actuellement un rôle si important sur notre Plateau, manquent complètement. Parmi les espèces cultivées, citons encore : le lin, les pois (Pisvm lativuni) et les fèves. Quelques espèces sauvages qui étaient alors très répandues sont actuellement en voie de régression, telles sont : Trapa nalam, Kvjilinr pvniiluni, ScVieuc/i:B-

Btbliofji-ajihie des principaux ouvrages généraux concernant la llore actuelle, la flore préhistorique et la Dore fossile de la Suisse.

Christ H.. La pore de ta Suiste et <ea inigities. Dâle, Uenève, Lyon, 1883 (traduct. de Daa t^flanzenieben der Schu>eiz). liremli A-, Flore analytujue de la Suïiie (trad. en leue de la .V édit. ail.). Schinz H. et Keller R. Flora der Sctivei:, 1900 et 1904). Schroler, FortiihrUle der ichteeher Floriilik, publié depuis 1891 dans les Beriekle der Schwra. bolan. GetelUvIiafl. Pour l'étude des cryp-

sui

togames delà Suisse, voir Beilrâge lur Krmtoganienflora der Sclimeiz, (Alguea. par Chodat. Champignons inférieurs, par Fischer. Mousses, par Amann, etc.. en voie de publication depuis 1898.). En voiedepubhcation également et concernant plus spécialement la llore des Alpes, l'auvrage fondamental de C. Schroter, Dat f>flan:enlehe>i lier Atpen, Zurich, 1904. Signalonseneore: Flora AeliWico 1530-1900. publié par Fischer dans la Biblingrapliie der Khteeiz. Landeskunde et qui renferme la bibliographie de tout ce qui a paru concernant la flore suisse jusqu'en Ï900.

flore fanil'' et jirêhiatnrique. Heer 0., Le monde primitif de ta Suiœ, traduct. de l'allemand par J. Demole.

1872. C. Schroter. Flora der Euieit.

Heer 0.. Die I-flanzen der Ffahlbau'en.

Zurich, 1865. Schroter C. «eue fflan- :eiiretle qui fier l'fahtliaute Bobenhauten. {Berichle lier tcbiaeneHsch.

hotan, GeselUch.. vol. [V. Berne. 18M).

Neuweiler. K.. Dieprâhitloriichen Pflan :enreite MUteleurcpat, mit hr»<mderer Beriickiichtigunii der tchteei:eritcl-e»

Fiinde. Zurich, 1905. 1. Frùh et C. Schro- H«r), 1er, Die Moore der Sth-wei;, Berne.

190*. IProf D-r-ul J.CC.H...I

V. Faane. Il a été question de la faune suisse déjà dans les articles Alpes. Jura, Plateau, et dans le présent article aous les rubriques de la chasse et de la pèche, de sorte que nous pouvons nous borner ici à un bref résumé. Malgré l'étroilesse de son territoire, la Suisse possède presque la tolslilé des animaui de l'Europe linenlale; elle en est. en quelque sorte, que complet. Cette richesse est due e luation. en partie à la conllguration de son sol. Appartenant à la région centrale du continent, elle en possède toute la faune. Au S., elle atteint à la zone médilerninéenne, dont le rayonnement franchit nos frontières

Colitiques et nous apporte plusieurs représentants de I faune du midi. Uutre une aérie de mollusques et d'insectes, dont rénuméralion nous mène ail trop loin. on doit compter parmi les animaux de la faune méditerranéenne une bonne demi-douzaine de poissons, un amphibie iBana graeiti), 6 reptiles, dont la couleuvre vipérine, la couleuvre lessellée, la couleuvre d'Esculape, la vipère aspic, le grand lézard vert; environ 40 oiseaux : quelques hérons, la perdrix rouge (Perdu rubm). le martin roselin {Failor rosfui). le moineau cisalpin, quelques fauvettes et d'autres oiseaux chanteurs, enlin le vautour du Salève et le vautour arrian : une souris iArt-iciita Saviil, la taupe aveugle, quelques clisuves- Bouris. comme le Vi'ijiiTtilio capacini et le Veaperiigo Kuhli. D'un autre côté, un petit nombre de représentants des animai i de la faune arcti<|ue ont trouvé chez nous des conditions favorables d'existence. Tels sont : le lièvre blanc {Lejnit alj'inus), le lagopède (Lago/Hii aljiinrii). Les animaux inférieurs de celte même zone ayant mêmes origines sont en nombre plus considérable. Le renard poursuit ses chasses des lorèls des régions moyennes jusque dans l'eilrème Nord et jusque sur les hauteurs îles montagnes les moins hospitalières. On a déjà relevé ailleurs que les Alpes suisses ont leurs animaux caractéristiques, qui se retrouvent dans d'autres groujies de montngnes, qui appartiennent par conséquent a la faune alpine générale comme la marmotte, le chamois, le bouquetin, la musaraigne des Alpes. Par contre, la bartavelle ICaet-aliis laj^iilii) ne vit q.ue dans les Alpes. La mer nous fournit son contingent d animaux, quelque étrange que cela puisse paraître. Bes poissons de mer apparaissent à époques régulières dans nos eaux pour y fiayer, ainsi le saumon iSalnio lalur). d'auti-es comme l'anguille, quittent nos rivières pour aller frayer dans la mer. La mer du Nord et la Méditerranée nous apportent ainsi leur tribut d'animaux. Mais ce tribut est beaucoup plus considérable dans le monde des oiseaux, car une grande partie des échasaiers et des palmipèdes

SGI

SUl

du Nord viennent en hiver dans nos marais, lacs et rivières, ou traversent notre pays dans leurs migrations régulières de printemps et d'automne. Parmi nos hôtes d'hiver, mentionnons seulement le canard milouin {Nyroca ferxna\ le canard morillon (iV. rittata). le canard garrot (iV. glaucionj, le grand harle {Mergus merganser), le grèbe huppe (Fodiceps cristatus); parmi les oiseaux de passage, nous avons les oies, les bécasseaux (rrmga), chevaliers (Totonuf). Quelques-uns enfin ne paraissent chez nous qu'accidentellement, soit qu'ils aient été chassés par la tempête, soit que dans leurs minorations ils se soient écartes de leur route habituelle. Ainsi on voit de temps en temps la grande outarde {Otis tarda) venant de l'Europe orientale, la syrrhapte {Syrrhaptes paradoxuê) venant d'Asie, le jaseur de Bohême, [Ampehts garrula) venant de l'extrême Nord ; on a même signalé une outarde de l'Afrique septentrionale (Otis Aufrara). Nous recevons aussi la visite d'exemplaires isolés d'un guillemot {Uria)^ d'un pingouin des cotes de l'Allemagne et même de deux bécasseaux des régions septentrionales transatlantiaues, Tringa nielanota et Tringites rufescens. Notre pays néberge donc des animaux de territoires dix et vingt fois plus étendus que la Suisse. Telle est. dans ses grandes lignes, la composition de la faune suisse relativement à cefie des régions limitrophes.

11 a déjà été remarqué en divers articles que la vie animale est répartie d'une manière très inégale dans les diverses régions de la Suisse, et qu*outre les différences d'altitudes, toute une série de facteurs déterminent la présence des diverses espèces dans leurs habitats. Ces facteurs sont entre autres l'humidité, le vent, la température, la nature du sol, les cultures, etc. La plupart des mollusques, des myriapodes, des isopodes (cloportes) et les amphibies, par exemple, recherchent les lieux humides. La majorité des insectes et les reptiles préfèrent en général la sécheresse et la chaleur ; de nombreux escarp^ots réclament absolument un sol riche en calcaire ; parmi les animaux supérieurs et les oiseaux, quelques-uns fuient les habitations humaines; d'autres les recherchent au contraire. Une importance primordiale appartient au monde végétal, dans ses relations avec la vie animale; sans plantes, pas d'animaux. Il est donc tout naturel que dans les régions où les forêts sont le plus développées, le monde animal sera aussi richement représente. Les marais, les herbages, les buissons, les taillis, les hautes futaies, offrent aux animaux une abondante nourriture. L'année innombrable des herbivores fournit la pâture nécessaire aux carnivores ; les premiers cherchent par de nombreux artifices, forme, couleur, cachettes habilemeut choisies, à échapper à leurs ennemis qui ont à leur disposition les organes des sens exercés, l'agilité et la ruse. Mais la question de nourriture n'est pas la seule oui maintienne dans la forêt une vie animale intense ; nulle part ailleurs les représentants de toutes les classes d'animaux ne rencontrent plus de facilité à se préserver de toute attaque et ne trouvent des endroits plus convenables pour se reposer ou pour nicher. La sylviculture moderne, en diminuant ou supprimant ces retraites a contribué largement au dépeuplement de la forêt. Les procédés de culture intensive des champs et prairies produisent le même résultat ; même les régions marécageuses, qui sont le séjour d'une faune spéciale, sont maintenant transformées et utilisées par l'nomme. La vie animale n a ainsi presque plus aucune région où elle puisse se développer en toute liberté ; elle doit s'adapter aux conditions nouvelles ou disparaitre.

Les modifications qui s'opèrent dans le cours de Tannée au sein de la faune de notre pays sont considérables. Toute la foule des petits animaux, les mollusques, l'armée des arthropodes, les amphibies et les reptiles disparaissent complètement à l'entrée de l'hiver et se retirent dans leurs cachettes, la plupart dans le sol. Leur esemple est suivi par certains animaux supérieurs: ainsi quelques rongeurs comme le lérot (Myoxus quercinus), le loir gris {Myoxus glis), le muscardin {Myoxus avella' nahus) et souvent aussi l'écureuil ; puis, parmi les insectivores, le hérisson, toutes les chauves-souris, et même quelques carnassiers, comme le blaireau et Tours. La

{>luB grande partie des oiseaux émigrent en hiver vers es contrées ensoleillées du midi ; ceux qui nous arri-

vent à cette saison des régions septentrionales ne compensent que faiblement ces départs. Nos hôtes d'hiver sont essentiellement des palmipèoes, une douzaine d'espèces de canards, à peu près autant de mouettes, quelques grèbes et quelques plongeons qui, avec la foulque macroule (Fufica atra)^ contribuent à l'animation de nos eaux. Nous avons aussi, comme hôtes d'hiver, quelques oiseaux chanteurs, ainsi le jaseur de Bohême, déjà mentionné, la grive litome {Turdus pilaris), la grive mauvis (Turdus iliacus), le pinson des Ardennes (Frifigilla montifringilla), la linotte à bec jaune {Acanthis flavirostrxs), la corneille raantelée (Corvus cornix), enfin deux oiseaux de proie, la buse pattue (Archxbuteo lagopus) et l'aigle clanga (Aquil^i.clafiga). Mais ces dernières espèces ne modifient pas le caractère général de notre faune. Nous avons déjà dit que la Suisse est traversée en automne et au commencement de l'hiver par des oiseaux de passage venant du Nord, ainsi que par un grand nombre d'oiseaux de marais qui ne nichent pas chez nous. Des représentants d'espèces nichant dans nos régions traversent aussi notre pays en troupes nombreuses, mais seul l'ornithologue de profession peut les reconnaître, comme des étrangers qui font une petite halte. Au printemps, le retour a lieu en général par les mêmes routes. La route de passage la plus importante suit la vallée de TAar, continue par le lac de Neuchâtel et le Léman, puis va le long du Rhône pour atteindre la Méditerranée. D'autres routes suivent la dépression du Gothard et celle de TEngadine. La route de la Suisse occidentale est la plus fréquentée, aussi une quantité d'oiseaux de passage, surtout d'oiseaux de marais, ont été observés plus souvent dans la Suisse occidentale que dans la région du Bodan et du Rhin.

De nombreux habitants des montagnes opèrent une petite migration, ainsi que cela a été dit dans l'article Alpes ; ils descendent en hiver dans des régions plus basses, tels le chamois, le lièvre^ le renard et, parmi les oiseaux, Taccenteur mouchet (Accentor modularis), le tichodrome échelette {Tichodronia niuraria), le roitelet huppé (i2egulus cristatus), le pinson des neiges (Montifringilla nivalis), le chocard (Pyrrhocoraa^ alpinus). Lorsque la température redevient plus douce, les dormeurs quittent l'un après l'autre leurs retraites suivant leur plus ou moins grande sensibilité, les chanteurs reviennent du Midi dans leurs anciennes habitations, tandis que les hôtes d'hiver repartent pour le Nord. [Or K. Brrt»ch»r.]

Faunes fossiles. Il ne sera jamais possible de reconstituer complètement les diverses faunes de la Suisse qui se sont succédé pendant les différentes périodes géologiques, car tous les groupes d'animaux qui ne possèdent ni squelette ni test disparaissent sans laisser aucune trace. De plus, parmi les animaux à test et à squelette, il n'y a que ceux qui, après leur mort, sont enfouis dans le limon ou dans la vase qui se conservent et se fossilisent. Ainsi, bon nombre de groupes animaux des faunes aquatiques (d'eau douce et surtout marines) nous sont relativement bien connus. Par contre, les animaux terrestres et aériens, à moins d'avoir été entraînés par les eaux et enfouis, et c'était rarement le cas, se décomposèrent complètement et ne purent parvenir jusqu'à nous En outre, Térosion qui peu à peu détruit les montagnes, fait disparaître en même temps un nombre prodigieux de restes d'organismes. Enfin les aHleurements naturels des roches, les travaux par lesquels l'homme entame la surface terrestre ne peuvent donner qu'une infime partie des richesses paléontologiques que recèlent encore les couches terrestres.

Par la richesse de ses faunes la Suisse est cependant une région privilégiée. Malgré Texiguïté de son territoire, les principales formations géologiques sédimentaires sont relatiVement bien représentées et assez riches en fossiles (le Paléozoïque cependant est peu développé et très peu fossilifère). Grâce aux dislocations qui se sont fait sentir dans notre pays, les couches sédimentaires les

§lus profondes sont arrivées au jour et ont pu être étuiées. Les relations de notre faune actuelle avec les faunes disparues sont extrêmement complexes à établir. Si le climat s'était peu à peu refroidi seulement à cause de la diminution presque insensible de la chaleur centrale, on pourrait admettre avec assez de certitude que notre

SUI

SUI

faune, en grande partie du moins, descend de la faune tertiaire. Mais la période de froid de Tépoque glaciaire a été la cause d'une migration générale des faunes vers le midi. Notre pays a été alors envahi par des éléments d*origine septentrionale de sorte qu'un groupement d'animaux analogue à celui de notre faune tertiaire ne se rencontre plus que dans les régions intértropicales. Après l'époque glaciaire, le climat s'adoucissant, une nouvelle migration en sens inverse se produisit en ramenant des éléments des contrées méridionales. Les études faites sur ce sujet permettent d'admettre que notre faune actuelle dérive en partie de la faune pliocène de l'Europe centrale, en partie de la faune méridionale du quaternaire ancien et en partie de la faune arctique de 1 époque glaciaire. Abordons maintenant l'étude des différentes faunes qui ont vécu sur notre sol depuis les âges les plus anciens.

Paléozotque. Les terrains sédimentaires certains les plus anciens delà Suisse appartiennent au Carbonifère et au Permien. Le carbonifère est composé de conglomérats (Poudinffue de Valorcine et d'Outre-Rhône) et de schistes et de grès à anthracite dont les gisements les plus importants se trouvent dans le Valais. Les schistes et les grés qui ont fourni une flore à grands cryptogames, semblable à celle des terrains houillers étrangers, n'ont donné jusqu'ici qu'un seul fossile animal, le plus ancien de la Suisse. C'est une blatte {Blaltina helvetica) ; elle est voisine de certaines blattes des régions tropicales ou intertropicales qui habitent les endroits obscurs, chauds et humides. Comme ses proches parentes actuelles, cette blatte carbonifère vivait dans un milieu semblable puisqu'à cette époque il n'existait qu'une lumière diffuse, un climat chaud et humide. Le Permien, également composé de conglomérats CVerrucano et Sernifite) ne contient aucun fossile.

Mésozoîque. a) Trias. Pendant la première partie de l'époque triasique, il s'est formé en Suisse, dans des mers peu profondes, des dépôts littoraux et arénacés qu'on a appelés grés bigarré. Ils sont visibles en Suisse sur le versant nord du Jura septentrional. Ils nous ont fourni les restes de grands batraciens, les labyrinthodontes, qui devaient être abondants, car on a trouvé souvent les traces de leurs pas dans les sédiments de l'époque. Dans les Alpes orientales, ce terrain se retrouve mais dépourvu de fossiles. Après les dépôts du grés bigarré, une mer plus profonde envahit tout le Jura et déposa les dolomites ondulées qui contiennent une riche faune marine. Il s'établit ensuite un régime lagunaire. Par révaporation de Veau salée des lagunes, des dépots saliféres sans fossiles (argiles salifères) prirent naissance. Par une nouvelle invasion de la mer, des sédiments calcaires importants se déposèrent, c'est le calcaire conchylien ainsi nommé à cause de sa richesse en mollusques. La faune de ce calcire est la même que celle des dolomites ondulées ; elle donne une idée assez complète des ani* maux qui vivaient dans cette mer triasique. Parmi les mollusques dont beaucoup se rapprochent des espèces vivantes, les lamellibranches sont très abondants : limes {Lima lineata), peignes, moules, avicules {Avicula ou Gervillia socialis), pnoladomyes, etc.; les gastéropodes sont plus rares ; parmi les céphalopodes, le Ce^'utites nodosus est le premier genre rencontré chez nous de la famille des ammonitides, éteinte depuis longtemps. Les nautiles, animaux existant encore aujourd'hui dans certaines de nos mers (Océan Indien), sont les plus proches parents vivants des ammonites ; ils sont déjà représentés dans le Calcaire conchylien. Les échinodermes ont fourni des étoiles de mer et surtout une encrine {Encrinus Wiifomiis), véritable fleur de mer possédant un calice entouré de bras et supporté par une tige qui le flxe au sol. Des reptiles étranges apparaissent aussi à cette époque et parcourent les mers : le nothosaure, au corps allongé, au cou de serpent; l'ichthyosaure au cou ramasse, possédant de formidables mâchoires en forme de bec armées de dents coniques et des membres transformés en palettes natatoires. Des restes de poissons sélaciens ont également été trouvés dans ces terrains. Dans la réjp^ion des Alpes, le conchylien existe, mais il n'est pas fossilifère ; déjà dans les Grisons, et surtout au delà de la frontière suisse, dans le Tirol, il con-

tient une riche flaune caractérisant une mer plus profonde.

Les sédiments calcaires du N. de la Suisse furent recouverts ensuite par des sédiments littoraux marneux et gréseux arrachés à la terre ferme qui devait toucher à notre territoire. Ces dépôts sont désignés sous le nom de Keuper; ils renferment une flore assez riche; à la vérité, une faune terrestre, pauvre peut-être, a dû aussi exister, à cette époque, dans cette région, mais ses traces n'ont pas été constatées. Par contre, on trouve dans le Keuper de nombreux restes d'animaux marins : des poissons ganoides, sélaciens, téléostéens même, dipnoïques (du genre Ceratodus dont il existe encore des espèces vivantes) ; un batracien géant [Maslodonsaurus) ; un reptile de dimensions colossales le Gresslyosaurus ingens ; les crocodiliens qui ont apparu au Trias sont représentés ici par une espèce. Dans les Alpes le Keuper n'est pas fossilifère ; il est formé par des couches de gypse et ae cornieule. Le Keuper supérieur ou Rhétien contient cependant une faune qui, outre les caractères du Trias, possède d'autres caractères nouveaux qui le rattachent au jurassique. Les éléments nouveaux les plus caractéristiques qu'on rencontre dans ce terrain sont : parmi les lamellibranches, Avicula contorta, Cardiuni rhseticuni ; des oursins ré^liers, une plus grande abondance de brachiopodes, aes polypiers, etc.

b) Jurassique. 1. Lias ou Jurassique inférieur. A la fin de l'époque triasique, le régime lagunaire et le régime des formations littorales prennent fin ; la mer envahit notre pays, remplaçant les dépôts lagunaires et les dépôts arénacés par des dépôts marneux. Cette irruption de la mer se fit progressivement, de sorte que les dépôts du Lias inférieur ne recouvrent pas uniformément la région qui nous occupe.^ En effet, une faune et une flore terrestres découvertes à la Schambelen en Argovie indiquent le voisinage de la terre ferme. Ces animaux et ces plantes terrestres mélangés à des algues et à des animaux marins doivent avoir été déposés dans une baie tranquille de la mer basique. La faune terrestre de la Schambelen ne se compose que d'insectes, mais ils sont en grand nombre ; 0. Heer en a recueilli 116 espèces. On pourrait s'attendre à ce que des insectes d'une époque géologique aussi ancienne soient très différents de ceux de l'époque actuelle ; il n'en est rien, le groupe des insectes a peu varié à travers les âges. Les insectes trouvés à la Schamoelen se répartissent comme suit : Orthoptères (blattes, sauterelles, forticules) ; névroptères (termites, libellules) un ^rand nombre de coléoptères appartenant à des types anciens, une espèce d'hyménoptère, des hémiptères (punaises). Heer a tiré de 1 étude de ces insectes plusieurs déductions intéressantes parmi lesquelles on peut citer : la richesse en insectes aquatiques (libellules, gyrins); cette richesse indique que cette terre ferme liasique avait une assez grande étenaue ; en effet, les petites îles ne possèdent pas suffisamment d'eau douce pour permettre un développement abondant de ces insectes. Bon nombre de ces animaux, surtout les blattes et les termites, dénotent un climat chaud. Un certain nombre rentrent dans des groupes de coléoptères se nourrissant de mousses et de champignons ; ces plantes devaient donc exister dans l'île liasique, bien qu'on ne les y ait pas trouvées. Les coléoptères lamellicornes et les chrysoinéles qui vivent sur les arbres feuillus et sur les fleurs, manquent presque complètement, tandis qu'aujourd'hui ils sont très communs ; la flore fossile de la Schambelen a en effet montré que les plantes dicotylédones faisaient défaut et que les monocotylédones étaient peu abondantes.

La mer du Lias qui, au commencement, ne recouvrait que partiellement notre pays, ne tarda pas à déposer une série d'assises marneuses uniformes. Les couches du Lias, généralement assez riches en fossiles, permettent de faire un tableau très complet des animaux marins de cette époque. Parmi les reptiles, les ichthyosaures déjà signales au Trias continuent à exister. Plusieurs poissons ont été recueillis : des squales {Hybodus, Acrodus), grandes espèces carnassières qui devaient se nourrir d'espèces plus petites appartenant aux ganoïdes {Pkolidophorus^ etc.), caractérisées par leurs écailles foncées, brillantes, émaillées. La Schambelen a donné plusieurs articulés, entre autres une espèce d'écrevisse (l^enaeus) assez voisine des

BquillM qai \

SUl

Dre dans.pOBjnera. Lea-ammonites

:u abondanteB se sont ea séndril éteinles, ùndiB que âsDs le Lias une profusion de nouvelles formes apparaissent brusquement ; citons, par eiemple, les genres Ptilocerai, Anetiles, jEgocera», Srhlftheiniia. Aniailhaeui. Phyilocera», Lylocerai. Les bélemnites qui n'ont pas été constatées dans le Trias sont communes dans les memee liasiques ; ces céphalopodes, aujourd'hui disparus, ont une certaine analogie avec les seiches actuelles ; ils ne nous ont laissé que le rostre calcaire qui terminait leur corpa. Les mollusaues lamellitiranchea sont très abondanla ; une espèce d liuitre, dont l'une (les valves a un crochet recourbé [Gryphaea), est tr^ répandue dans la partie inférieure du Lias. On trouve, eDoi]tre,des8viculeB,destiiiieB, des peignes, etc. : les trigonies descendant des Myophoria du T^ias apparaissent à ce moment. Les gastéropodes sont surtout représenta

Cir les genres Turbo. Trocini», Pleuroluniaria, etc. Les raïhiopodes prennent un essor asseï considérable et compleot surtout des lérébralules et des rhynchon elles. Les oursins sont peu nombreux et les réguliers seuls MDl représentés; Tes crinoldesou tleurs de mer (surtout Pentavrinut) pullulent dans certains endroits.

Au S. des Alpes, dans la partie méridionale du Tessin, les couches liasiques appartiennent au faciès méditerranéen de mer profonde ; des ammonites spéciales caraci (acies, par exemple Lyloceras, Phyilocera*,

e dessine des r

Barm

• 3. 3rtraitique r»o>ien ou Dogger. Tandis qu'à l'époqi da Lias une mer et une faune uniforme occupent le paya, pendant le Jurassique moyen il — '— --- -■— -'-- — iparines à faciès dilrérenta. Aux premier époque, cependant, les caractères du Li encore, soit dans la nature des roches déposées qui sont partout de nature marneuse, suit dans les fossiles qui sont surtout des ammonites de la famille des harpucératides [Liidwigia, etc.). A partir de ce moment, on distingue BU Suisse deux régions distinctes ;

s. Une région de mer profonde à faciès vaseux-pélagique et peuplée d'animaux pélagiques, d'ammonites surtout, parmi lesquelles on peut citer les flenres Stephanocemt, Parkinaonia, Macrocephalitei, Bemeckia. Ce faciès existe dans le Jura oriental.

b. Une région de mer peu profonde à l^ciee oolithique ; on y observe surtout des calcaires oolithiques, parfois apathiques, qui indiquent dans le vuiainage I existence de récifs de coraux et de colonies de crinoides. Les animaux S lagiques. par conséquent les ammonites, y sont rares, rcontre. on y trouve beaucoup d'animaux de la faune littorale : des coraux, des ^tëropodes. de nombreux lamel- Ubraoches (huîtres, peignes, hmes, pholadomyes, moules, modiolea) ; les brachiopodes se rencontrent par millions; ce sont des lérébratulea, des Waliiheiniia, des Àcanthuihyria, des rhynchonelles ; les oursins se multiplient énormément, spécialement les irréguliers ; les cripoïdes (/'eiitncHniu surtout) sont très abondants. La mer à bcies vaseux envahit momentanément et à plusieurs reprises cette région et v laisse des dépôts marneux à amtnonites qui séparent les dilférentes couches de calcaire wlilhique. Cette région à faciès littoral s'étend sur tout le Jara occidental central et septentrional, dans les Alpes, où une {le suivie â cette époque a favorisé son développenMnl, Une partie du Dogger des Préalpes contient en abondance des T'A!/ fJocenu, Lylocerai de la mer profonde, 1 faciès méditerranéen. Il peut paraître étonnant tout d'abord de trouver un district à faciès méditerranéen au milieu du faciès oolithique ; mais on sait qu'une partie des Préalpes était primitivement située au S. des Alpes et que par des dislocations intenses elle a été poussée "T-desius les llautet-Alpes jusque dans son gieemenl

•cluel.

3. JuTotiique lupérii rinsdu Dogger (oolith il 1er simultanément en envahit presque toute temps du Malm (Oifordi

[eur DU Ualni. Les di

gène n'e:

isquai

ise, mats le faciès marneux Suisse pendant les première !t Argoïieo). Le faciès corslli- -' - ^e liâle - -■- " —

truj. Ces dépots marneux uniformément répandus dans notre région contiennent les restes d'une ricfi* faune pélagique constituée par des ammonites, présentant des aiB-

nités étroites avec celle du Dogger. Les principaux genres de cette faune sont : Cardiocera», C'osnioceros, Pelloeerat, Alpidocerai, PerUpftinclei, Le fond de la mer était peuplé surtout par des éponges siliceuses appartenant aux lithistides et auitétractinellides {Scyphia}, par des lamellibranches siphonés du groupe des myes I Pholadotiiya, Pleurom^/a) et par une grande variété de foraminifères microscopiques. Plus tard, les formations coralligênea s'étendirent vers le S.-O. Les bas-fond» se recouvrirent de véritables champs de coraux, lesquels édifièrent de grands récifs, de sorte que bientôt la mer Cfil parsemée d'atolls et d'Ilots de coraux qui se recouvrirent de végétation. A l'époque du Jurassique supérieur, la Suisse occidentale avait une grande analogie avec certaines parties de l'Océanie. L'existence de ces conax ju-

rassiques fossiles nous donne de précieux renseignements sur le climat de notre pays à cette époque. Aujourd'hui les récifs de coraux sont relégués dans les régions équatoriales; ils ne dépassent pas le 3D> degré de latitude. A l'époque jurassique la Suisse jouissait donc d'un climat tropical. L'n grand nombre de polypiers aux formes variées faisaient partie des récifs, les uns en forme d'arbrisseaux [Calaniniihyllia. TliecosmUia. etc.,, d'autres en forme de dôme [Meandrina, Uicrosolenia, Sly- Juin), d'autres en forme de coupe (Monllivaull'a). Une riche faune vivait sur ces récifs. Parmi les mollusques, on peut citer de nombreux gastéropodes: Nérinées, Cérithes, Natices. Trofhus Palelia. etc. ; de nombreux bivalves: Opif, Arca, Corbis, Astarle, I.ueina, Cardiurti, les DioTa* aux valves inégales très épaisses, adaptés pour la vie des l'écifs : les ammonites manquent totalement; elles n'approchent pas des récifs. Un grand

Pteudodiaden\a, Ston\echmua, Glyplûrut, etc. Il remarquer q^ue ces animaux des dfpàts coralligènf fort peu varié à travers le Jurassique supérieur de qu'on a longtemps admis que tous les récifs de ci

SUI

SUI

fossiles du Jurassique supérieur retrouvés dans la Suisse occidentale avaient vécu en même temps. Des études plus minutieuses et des comparaisons faites avec les fou nés du faciès marneux pélagique, qui varient beaucoup plus rapidement, ont montre que les récifs de coraux se formèrent au premier temps du Malm dans le N.-O. de la Suisse et que, peu à peu, us émigrèrent vers le S.-O. A la fin de répoque jurassique, au S.-O. de la Suisse (Salève), des récifs de coraux vivaient encore alors que tous les autres le long du Jura étaient recouverts de dépôts vaseux.

Dans les régions où le faciès coralligène n'existe pas, la mer dépose des sédiments à faciès vaseux qui ont donné les calcaires compacts du Jura. L'ancien faciès pélagique à ammonites existe dans le Jura oriental et dans les Alpes. Les principales ammonites de cette faune ap-

f^artiennent aux genres Perisphinctes, Peltoceras, Oppeia, Aspidoceras, Creniceras, etc. Les calcaires compacts du Jura à faciès vaseux ont donné des fossiles intéressants, bien qu'ils soient assez peu abondants. Quelques débris de grands reptiles nageurs (ichtbjosaure, plésiosaure) indiquent que ces monstres visitaient nos mers, mais ils ne devaient pas être abondants. Les reptiles ailés (ptérodactyles), le reptile-oiseau emplumé {ArchcLeopteryxV trouvés en Bavière, n'ont pas laissé de traces chez nous. Des restes de crocodiliens ont été recueillis dans nos calcaires jurassiques. Les grandes tortues marines devaient être assez communes, les carrières de Soleure et d'autres régions du Jura en ont fourni un assez grand nombre (PlatychelySj Platemys^ Plesiochelvs). La collection des poissons est pauvre | on n'en a guère recueilli que les dents ou les mâchoires ; ce sont des ganoîdes {Sphœrodus, Pycnodus)^ aux dents brillantes, sphériques ou en forme de fèves, des requins (Stropfiodus). Les gastéropodes sont surtout des nérinees et des ptérocères; les lamellibranches des huîtres, des phoiadomyes, des céromyes, des astartes, des corbis, etc.

Dans les Préalpes. le Jurassique supérieur possède le faciès péla£[ique méditerranéen, caractérisé surtout par des ammonites {Phylloceras) et une térébratule (Pygope) bilobée, dont les deux lobes se soudent en laissant une perforation au milieu de la coquille. A la fin de l'époque

Iurassique, le Jura subit une pJMse d'émersion ; il s'étailit une lagune, puis un lac d eau douce sur les terres soulevées ; ces nappes d*eau ont laissé des dépôts (Furbeckien)avec une faune de mollusques saumâtres (cyrénes, corbules) et d'eau douce (limnees, physes, planorbes, etc.).

Crétckoique. a) Crétaciqtie inférieur. Par suite d'un nouvel affaissement, la mer qui n'avait pas cessé d'exister dans la région alpine envahit de nouveau une grande partie du Jura ; seule sa partie orientale et septentrionale émerge encore. La mer au Crétacique inférieur possédait un caractère plutôt littoral ; elle a laissé des dépôts abondants avec une riche faune marine. Les vertébrés ont beaucoup d'analogie avec ceux du Jurassique supérieur. Les grands reptiles marins sont encore abondants, mais ils disparaîtront avec le crétacique ; certains de leurs groupes atteignent maintenant leur apogée. En Suisse cependant, on a peu retrouvé de leurs restes; ce sont des plésiosaures. Des crocodiliens vivaient aussi à cette même époque : de grandes tortues ont également été retrouvées {Tropideniys). Parmi les poissons les squales ont fourni plusieurs espèces, (Odontaspis, Oxyrhina) ; certaines d'entre elles appartiennent a des genres qui vivent encore aujourd'hui. Les ganoldes parcouraient aussi la mer {Pycnodus^ etc.). Les téleostéeus deviennent abondants ; certains d'entre eux sont voisins de nos harengs. Les ammonites subissent de grandes transformations ; seules, quelques-unes rappellent celles du Jurassique supérieur {Holcostephanus, Perisphinctes), mais elles s'éteignent bientôt tandis que de nouvelles formes adaptées pour vivre dans le^ régions littorales se développent {Hoplites, Schloenbachia^ etc.). Les gastéropodes, assez abondants, ont fourni des nérinees beaucoup moins communes que dans le Jurassique supérieur, des ptérocères, des pieu rotoma ires, etc. Les lamellibranches sont très répandus (VenuSf Cardium, Arca^ Trigonia, Panopaea, etc.) ; deux huîtres surtout sont caractéristiques {Exogyra Couloni, Alectryonia rectangularis). Les

brachiopodes, principalement dans la partie inférieure, sont très abondants. Les oursins, surtout les irréguliers, ont pris une grande extension ; citons les genres : Toocaster, HoUuter, Reteraster^ Echinobrissus, etc. Les crinoîdes ont dû former de véritables champs sous-marins, qui, abattus et transportés par les vagues en amas, ont formé les calcaires échinoaermiques de l'Hauterivien. Dans la partie supérieure des terrains qui nous occu-

f^ent ( Aptien ) les foraminifères jouent un rôle considérable ; 'un a'eux iOrbitolina lenticularis)^ en forme de soucoupe et d'un diamètre de quelques millimètres, existe en quantité prodigieuse et forme a lui seul des bancs entiers. Comme ojEins le Jurassique supérieur les constructions récifales sont répandues dans la partie supérieure de rinfracrétacique (Urgonien). Les récifs de cette époque sont bien ditrérents de ceux du Jurassique, les coraux y jouent un rôle secondaire ; ils sont remplacés par des mollusques appartenant à la famille des chamides et à celle des rudistes. Ces mollusques, qui sont propres au Crétacique, ont deux valves très épaisses, l'une grande, conique, soit droite ou en forme d hélice, l'autre petite, en forme de couvercle. Fixés au sol par leur grande valve, ils vivaient en colonies et formaient de grands récifs. On peut citer parmi les principaux genres : Requieniaj Touccuia, Sphœrulites.

Pendant que dans le N. de l'Europe la mer avait un caractère littoral, dans le S. elle possédait au contraire un faciès pélagique très accentué. Dans notre pays, le Crétacique inférieur des nappes de recouvrement des Préalpes possède ce focies pélagique méditerranéen. Il est caractérisé par des ammonites spéciales : Phyllocercu, Lytoceras^ Éesnwceras, par des ammonites dont les spires se déroulent : Crioceraè. Hatnites^ Baculiles, etc., par des bélemnites aplaties (Duifalia)^ par des térébratules avec une perforation centrale (Pyaope).

b) Crétacique supérieur. Au début du Crétacique supérieur, la mer s étend des Alpes au Jura qu'elle occupe même en partie. Peu à peu elle se retire du Jura et à fa fin de l'époque crétacique, seul un bras de mer occupe la région alpine. Les dépôts laissés par elle sont d'abord terrigènes arénacés : sables verts ( Al oien), ensuite et jusqu'à la fin de l'époque crétacique, ce sont des dépôts vaseux et calcaires. Voici les principaux caractères de ta faune retrouvée dans ces sédiments : les reptiles ont fourni de rares restes de plésiosaures qui s'éteignent dans le crétacique, des tortues de grande taille {CheUmia). Les poissons appartiennent aux ^anofdes et aux sélaciens. Il y a peu de crustacés ; parmi ceux-ci on a trouvé une espèce de crabe (Xantho). Les ammonites possèdent une grande richesse de formes ; ce sont d'abord les ammonites normales dont les spires sont encore adhérentes entre elles (SchlœnbcLchia, Acanthoceras, Hoplites, Desmo^ cercu)^ puis une série d'autres dont les tours de spire sont complètement desserrés ou même déroulés {Ancyloceras, Hamites, Scaphites, Turrilites^ Baculites). il semble que ces formes anormales indiquent une oégénérescence chez les ammonites, car ces animaux qui ont joué un si grand rôle au cours des temps géologiques s'éteignent brusquement à la fin de l'époque crétacique. Indiquons parmi les gastéropodes les genres Solarium, Pleurotoniaria^ Avelùina, etc., parmi les lamellibranches des huîtres, tnoceranius^ Tnracia, Arca^ etc. ; localement le faciès à rudistes se retrouve dans les Préalpes avec les genres Radiolites, Sauvagesia. Les genres d oursins caractéristiques sont surtout Micraster, Ananchytes; ce sont des irréguliers. Dans plusieurs étages du Crétacique supérieur, les foraminifères microscopiques tiennent une place importante; ainsi les couches rouges (Turonien et Scnonien) des Préalpes sont remplies d'une quantité prodigieuse de ces petits animaux appartenant à des genres variés : Globigerina, Textularia, La^ gêna.

Tertiaire. C'est l'époque des grands mouvements orogéniques. Les Alpes se soulèvent; le Jura, déjà émergé, se E lisse en une chaîne de montages. Le sol subit de nomreuses dénivellations ; grâce a ces dénivellations le bassin tertiaire, situé entre les Alpes et le Jura, passe par des phases successives de mers et de nappes d'eau douce. La terre ferme est couverte d'une riche végétation qui nourrit une faune très variée.

SUI

SUI

a) Eocène. A l'aurore de Tépoque tertiaire, le Jura et une partie des Alpes occidentales suisses sont soulevés. Ces régions sont soumises à une forte érosion ; les débris et le résidu de la dissolution des roches atta-

3uées par cette érosion sont entraînés par les eaux et éposés dans les fissures et dans les dépressions du sol. Ces dépôts appelés dépôts sidérolithiques contiennent de nomoreux restes de vertébrés également amenés par les eaux. Ceux-ci nous donnent une idée des êtres qui peuplaient notre sol à cette époque. C'est la première fois que les mammifères font leur apparition dans notre pays ; il est étonnant de les y rencontrer en aussi grand nombre. Les pachydermes, les ruminants, les rongeurs, les carnassiers, les singes même sont représentés. Parmi les pachvdermes, le Palaeotherium et le Lophiodon avaient 1 aspect du tapir; VAnchitherium est un ancêtre éloigné du cheval. Les ruminants typiques manquent encore et les animaux qui s'en rapprochent le plus ont certaines affinités avec les pach vdermes ; le Xyp/iodo/i, cependant, était grêle, gracieux, de la taille du daim; il devait être fort agile. Des rongeurs (écureuils, souris), des chauves-souris, existaient également à cette époque. Les carnassiers sont de petite taille, VAmphicyon a quelque analogie avec le chien, les Viverra sont des civettes. La trouvaille la plus curieuse faite dans les dépôts sidéro lithiques est celle d'un singe {CaenopUhecus) se rapprochant des makis. Des serpents, des lézards, des crocodiles et des tortues terrestres ont encore été constatés dans ces gisements.

A peu pres à la même époque, la plus grande partie des Alpes est occupée par une mer appelée mer nummulitique, car ses dépôts (schistes et grès) sont extrêmement caractéristiques par leur prodigieuse abondance en fossiles lenticulaires; les nummulites atteignant jusqu'à 2 cm. de diamètre, se rapprochent des foraminifères, mais sont gigantesques comparativement à ceux-ci. Ces nummulites caractérisent le tertiaire inférieur, elles sont éteintes aujourd'hui. Citons les genres les plus importants : Numniultna^ Orbiloides. De nombreux Gastéropodes (CerUAiuni, Voluta^ Fu»u8^ Cassis, Cypraea, Ttimtella, etc.), de nombreux lamellibranches {Lardium, Cyrena^ Venus j etc.), se rencontraient aussi dans cette mer. Les échinoidermes sont très abondants ; les genres les plus caractéristiques sont Conoclypeus et ÈchinolanipaSt qui appartiennent aux irréguliers.

hj Oligocène. Déjà à l'époque éocène, les Alpes avaient commencé à se soulever ; pendant l'époque oligocène elles subissent de grandes dislocations. C'est alors que le complexe de terrains qui forme auiourd'hui les Préalpes, originaire du Sud des Alpes, a été charrié par-dessus cette dernière chaîne ; le oord septentrional de cette nappe de charriage ou de recouvrement s'avança jusque dans la mer oligocène. Il se produisit de nombreux éboulements qui disparaissaient sous les eaux ; ils ont formé ces brèches du Flysch qui sont si répandues dans les Préalpes ; les éléments plus fins, dus aussi à l'érosion côtière, constituèrent des grès, et les matières ténues en suspension dans l'eau furent transportées au lar^e et formèrent ces puissantes assises de schistes du Flysch. Si les restes d'algues sont assez abondants, il est extrêmement remarquable de constater que les animaux invertébrés manquent complètement ou presque complètement. A part des nummulites à la base du Flysch dans les grès, et a part des empreintes sur les schistes en forme de lacets, décrivant de nombreuses sinuosités qui sont probablement des pistes^ de ver {Helniinthoida)^ on ne trouve aucun invertébré. Les matières en suspension dans l'eau, qui devaient être très abondantes, ont peut-être empéclié la vie animale de se manifester: des éruptions volcaniques sousloarines (on a retrouvé dans le Flysch des roches volcaniques) ont peut-être saturé l'eau de produits toxiques. Par contre, dans les ardoisières de Matt (Glaris), on a recueilli une riche faune de vertébrés. Ils sont si abondants que des circonstances locales ont dû les faire périr en masse, si bien conservés qu'ils ont dû tomber de la surfoce de l'eau sur un fond tranquille et vaseux, loin des cotes, à une grande profondeur. Les nombreux poissons ju'on a retrouvés dans ces schistes ardoisiers sont tous les téléostéens, surtout des acanthoptérygiens ; les genres Clupea (Hareng), AnenchelunietPaldeorynchuni sont les

plus importants ; les plus intéressants sont certes les plectognathes {Acanlhoderma, par exemple;, dont les formes vivantes les plus voisines habitent les mers tropicales et subtropicales. Le même gisement a donné des tortues (Chelonia) et des oiseaux (^Protomis) de la taille d'une alouette, qui sont les premiers rencontrés en Suisse.

Par suite de nouvelles dénivellations du sol, à la mer du Flysch succéda sur le Plateau une grande nappe d'eau douce qui a déposé la mollasse d'eau douce aquitanienne. Les mollusques d'eau douce et terrestres qu'on a trouvés dans ces couches sont des planorbes, des limnées, des unios, des hélices, voisins de ceux qui habitent aujourd'hui nos lacs. Cette mollasse a aussi fourni les restes d'une faune de vertébrés : des tortues (Eniys) ; des mammifères, parmi lesquels VAnthracolheriuniy grand pachyderme de la grosseur d'un bœuf, mais ayant l'allure d'un porc, un rhinocéros, un hippopotame, le Palaeonieryx se rapprochant des antilopes, etc.

cj Miocime. Le retrait du ffrand lac aquitanien fut suivi de Tapparition de la mer mollassique qui a laissé de puissants dépôts arénacés, la mollasse marine ou grès coquillier (Burdigalien-Helvétien). Cette mer, comme du reste le lac de 1 époque précédente, pénétrait dans quelques vallées du Jura à la ùiçon des fjords de Norvège, de sorte que bon nombre de synclinaux du Jura contiennent des dépôts mollassiques. Les caractères de la faune marine de cette époque sont les suivants: les dauphins (Béluga)^ les lamantins (HaliancLSsa)^ sont les premiers cétacés qu'on trouve en Suisse ; les reptiles (tortues) ont laissé quelques débris ; certaines couches présentent d'innombrables dents de requins (Lanina, Carc/iarodon, etc.). La faune invertébrée est surtout caractérisée par des cirrhipèdes (Balanus) fixés sur le sol, par des mollusques lamellibranches (Tapes, Mactra, Pecien^ Venus, Ostrea)y des gastéropodes (bonus, Mitra, Cypraea, Cassis, TurriteUa,, etc. i, des oursins, etc.

A la fin de l'époque miocène, un nouveau changement s'opéra, la mer qui a déposé la mollasse disparaît et est remplacée dans les fjorcls du Jura et localement sur le Plateau (Le Locle, Saint-Imier et Vermes dans le Jura bernois, GEnineen, près delà frontière suisse (Grand-Duché de Bade), Veltheim, près Winterthour, etc.), par des nap-

Ses d'eau douce, dont les matériaux du calcaire d'eau ouce (Œningien), viennent se superposer aux grès marins. Toute la faune de ces dépôts dénote un climat tropical ou subtropical ; elle est d'une grande richesse. Les mollusques : planorbes, limnées, Bytinia, Ancylus, Lithoglyphus, c/nto, Pisidiuni, hélices, sont remarquables par leur conservation parfaite. Les crustacés, depuis les phyllopodes presque microscopiques, juscju'aux malacostracés (crabes, etc.j, les arachnides, les insectes (plus de 800 espèces) sont abondants. La faune des vertébrés est surtout remarquable. Les poissons sont très nombreux et leur ressemblance avec ceux de la faune actuelle est très marquée; sur 15 genres, un seul est éteint aujourd'hui. Parmi les plus importants, citons des brochets, des perches, des loches, des anguilles pour les genres existant encore dans notre pays ; pour les genres étrangers, Lebia, vivant en Italie, Poecila, en Amérique du Sud, etc. Les reptiles et les batraciens s'écartent davantage de la faune actuelle que les poissons. Ce sont des grenouilles, des crapauds, des salamandres, des serpents, des tortues. Le plus intéressant- est la salamandre géante (Andrias Scheuchzeri) prise autrefois pour le squelette d'un homme du déluge ; elle se rapproche d'une espèce qui vit au Japon. Le Latonia, crapaud géant, se rapproche des Ceralophrys du Brésil. Les oiseaux sont rares; ils ap-

Sartiennent au groupe des canards et des oies. 37 espèces e mammifères ont été reconnues. Les antilopes devaient vivre en grandes troupes ; parmi les suides, le Listriodon est très voisin du babiroussa du S. de l'Afrique ; les tapirs, les rhinocéros représentent les périssodactyles: de gigantesques proboscidiens sont les précurseurs des éléphants : le Mastodon avec ses quatre incisives prolongées en défenses, le Dinotherium avec deux défenses à la mâchoire inférieure ; des rongeurs, des insectivores, des carnassiers, parmi lesquels le genre Amphicyon est parent du chien, existent aussi dans l'Œningien. Un singe (Plxopilhocus antiquus) est proche parent du gibbon.

SUl

d] Pliocène. La mer et les nappes d*eau douce ayant disparu de notre pa^s depuis le miocène, on n*a pas retrouvé de dépôts pliocéniques. Par Tétude des dépôts étrangers, on constate que le tertiaire s'achève sous rinfluence d'un refroidissement considérable.

e] Pléistocène actuel. Les glaciers descendent des Alpes, s'avancent sur le Plateau et atteignent le Jura. Quatre fois les glaciers envahissent le Plateau, puis se retirent jusque dans les Alpes. Pendant les époques interglaciaires assez longues qui séparent ces difierentes phases d'avancement, il s'établit sur le Plateau une flore a peu près identique à la flore actuelle. La faune, par contre, diflère ; des éléphants, VElephcts antiquus et VE. t)riniigeniu8 ou mammouth, des rhinocéros fR. Mercki), 1 ours des cavernes, qui vivaient alors, ont disparu ; le cerf, Taurochs, Técureuil, les insectes et les mollusques des gisements interglaciaires font partie de la faune actuelle. Dûmten, Wetzikon, Môrsviil, Uznach, Flurlingen, Boug^, etc., sont les principales stations interglaciaires qui ont fourni des restes fossiles.

Pendant la phase de recul définitif des glaciers, il s'établit sur les espaces fraîchement découverts une végétation d'arbrisseaux nains analogue à celle des toundras arctiques ; elle est peuplée par le lemming à collier (Myodes torquatus)^ le campagnol des neiges {Arvicola nivaltsL les lagopèdes {Lagopus albus et L. alpinus)^ le lièvre aes Alpes, le renne. Peu à peu, le climat s'adoucissant et ces animaux ne pouvant pas supporter ce changement de conditions biologiques, les uns suivent les glaciers et gagnent les hauteurs des Alpes, comme le lièvre des Alpes, le lagopède; les autres, tels le lemming et le renne, émigrent vers le Nord. Le climat continuant à s'adoucir et la sécheresse augmentant, la steppe avec ses habitants remplace la toundra. Le gisement du Schweizersbild, dans le canton de Schafiliouse, a fourni les restes d'une faune qui existe encore dans les steppes de la Russie ; ce sont tout d'abord les rongeurs caractéristiques de la steppe {Spemiophilus, Lagoniys^ Cricetvs)^ le cheval sauvage et Vhémione. Insensiblement, grâce à une plus grande humidité, la forêt avec sa faune envahit la steppe. Au début de cette période, le mammouth et le rhinocéros à toison {R, trwfiorhinus) vivent encore, rhomme paléolithique a dû encore chasser ces animaux. La faune de la foret des temps paléolithiques et néolithiques était très riche ; mais par l'action destructrice de l'homme et sous l'influence des changements de climats, elle s'est beaucoup modifiée. Une partie des animaux qui la constituaient ont disparu, tels le mammouth, le rhinocéros à toison, le bison d'Europe ; l'aurochs est

Rrès de s'éteindre ; d'autres n'existent plus que dans le [ord, comme le renne, l'élan ou dans d'autres régions, comme le cheval (en temps qu'animal sauvage), le castor, le lynx ; d'autres ont fui la plaine devant l'homme et se sont réfugiés dans les régions alpines, le chamois, le bouquetin, la marmotte, par exemple; enfin les autres vivent encore où leurs ancêtres ont vécu et constituent la faune actuelle de la Suisse. |Jul«'s Favrk]

Chassk. La chasse et la pêche étaient les principales occupations des premiers nabitants de la Suisse ; ceuxci vivaient à une époque pendant laquelle la plus grande partie de la Suisse et de l'Europe était recouverte de glaciers ; ils habitaient des cavernes dans les quelques parties du pays qui étaient dégagées de glaces. On a retrouvé trois de ces cavernes dans le canton de Schaflhouse, et les restes qu'on y a découverts (os d'animaux, armes et squelettes d'hommes) ont fourni quelques indications sur ce peuple primitif de chasseurs. Ce sont les cavernes du Kesslerloch, près de Thaingen, de Freudenthal et du Schweizersbild, dans le voisinage de Schaflhouse. On ne connaît en Suisse que deux autres cavernes de ce genre, celle du Wildkirchli, dans le massif du Sântis, et une autre près de Veyrier au pied du Salève.

Quelques animaux de la faune glaciaire avaient alors pénétre dans notre pavs, le mammouth et le rhinocéros a poil laineux, tous aeux disparus depuis longtemps, mais le gibier principal était le renne. A côté de cet animal et de quelques autres espèces du Nord, les animaux de steppes étaient peu nombreux. La faune actuelle était représentée par le cerf, le chamois et le bouquetin.

ainsi que le porc et le blaireau ; ces deux derniers ne se rencontrent que dans la grotte de Veyrier. Le fait que cette grotte renfermait un très grand nombre de restes des animaux de steppes, originaires d'Asie, prouve qu'elle fut habitée beaucoup plus tard que les autres. Les armes des hommes des cavernes étaient des plus primitives. Elles étaient en silex ou fabric^uées avec les os des animaux-. Le silex fournissait des pointes fixées à la hampe par des tendons d'animaux. Des cailloux que leur forme permettait d'attacher à des bâtons servaient à faire des massues; des galets, ronds et pesants, servaient de projectiles. On comprend qu'avec des armes de ce genre la chasse devait être difncile et dangereuse, surtout quand l'on s'attaquait à l'un des animaux géants de cette époque.

Quand les glaciers se retirèrent à la fois vers le N. et du côté des Alpes, la faune du Nord disparut aussi ; quelques espèces se réfugièrent dans les Alpes. Alors vint une population nombreuse, qui construisit ses habitations au bord de l'eau et sur l'eau. Les maisons furent bâties sur pilotis et reliées à la rive par un pont. On avait pensé que les Palafitteurs édifiaient leurs demeures sur l'eau pour échapper aux animaux sauvages, mais de récentes recnerches tendent plutôt à prouver que c'est le souci de faire disparaître les nombreux déchets de la chasse et les matières fécales qui détermina surtout le choix de ces emplacements. Les armes des premiers lacustres furent d'abord les mêmes que celles des hommes des cavernes. Mais peu à peu la massue de pierre se transforma en hache. Les armes se perfectionnèrent et devinrent plus artistiques. Les pointes de flèches acquirent plus d'élégance ; on polit et aiguisa les haches de pierre ; et plus tard on fit des armes en bronze. L'agriculture et l'élève du bétail vinrent s'ajouter à la chasse et à la pêche. La faune se modifia avec le climat, les espèces du Nord devinrent moins nombreuses, les animaux des forêts venus d'Asie prédominaient : cerf, chevreuil, chamois, élan, aurochs, sanglier; les espèces venues du Nord étaient représentées par l'ours, le bison, le loup, etc.

La période historique commence avec la fin de l'époque lacustre ; il est probable que lors de la conquête de l'Helvétie par les Romains il existait encore des constructions sur quelques lacs retirés. Dès lors les modifications de la faune n'ont plus consisté que dans la diminution du nombre des espèces et des individus. L'augmentation de la population humaine et d'autres causes encore entraînèrent la disparition de l'ours des cavernes, de l'aurochs, du bison et de l'élan. L'élan se maintint le plus longtemps ; il a été rencontré encore au commencement au moyen âge dans le territoire de la Suisse ou ses abords immédiats, tandis que le bison et l'aurochs avaient depuis longtemps disparu. Actuellement il existe encore quelques élans en Norvège et en Finlande et quelques aurochs dans la foret de Bialowicz en Lithuanie. mais ces derniers ne se perpétuent que parce qu'ils jouissent d'une protection spéciale et qu on laisse la forêt à l'état vierge. Le bison vit encore en Amérique, mais là aussi il est en train de disparaître. Le cerf et l'ours se rencontrent encore aujourd'hui en Suisse : le premier s'y est même multiplié ces dernières années, tandis que quelques ours isoles subsistent seuls dans les Grisons. Le bouquetin et le chamois se sont retirés dans les Alpes ; le premier n'existe plus en troupes que dans les vallées méridionales du val d'Aoste, au pied du Grand Paradis d'où quelque individu isolé s'égare parfois sur territoire suisse ; le chamois est encore nombreux, grâce aux mesures prises pour éviter sa disparition.

Au moyen âge la chasse était libre en certaines contrées de la Suisse, tandis que dans d'autres c'était un droit réservé aux nobles ; en certains endroits, elle était déjà un droit régalien. Le travail du D** Th. de Liebenau, de Lucerne, sur l'histoire de la chasse dans l'Entlebuch, d'après Cysat (publié en 1897 dans la Diana)^ fournit les indications les plus complètes sur les conditions cynégétiques de ce temps-là. Nous tirons de ce travail les renseignements suivants : « En 1588, il y avait encore dans l'Entlebuch un grand nombre de cerfs, de chevreuils, de chamois, de loups de lynx, de renards, etc., pour chaque ours ou chaque loup tué, les autorités payaient une S rime de 20 fr. Vé^k auparavant on s'était eflorcé de faire isparaître les animaux carnassiers; en 1446, le «Heger»

(garde-chasse) de Malters reçut 24 schillings pour 4 jeunes loups. En 1491, un chasseur nommé nômier, reçut de la part du Conseil de Luceme, un florin pour 3 jeunes ours, et Hans zur Buchen obtint en i509 un habit pour avoir tué un loup. »

 cette époque, certaines parties du pays furent mises à ban pour protéger le gibier, et, comme le dit un document, « afin qu'on puisse honorer les seigneurs étrangers, ainsi que ceux du pays, lors des fêtes, banquets, etc. v Parmi les animaux sauvages de petite taille on trouvait la marmotte, le putois, la belette, 1 hermine, Técureuil et le castor; ce dernier encore à la fin du XYI" siècle. La Bibem, cours d'eau qui passe à Hasle, et la Bibermûhie rappellent encore la présence des castors (en allemand Bîoer) dans FEntlebuch. D'autres noms de lieux ou de rivières témoignent aussi de l'existence des castors dans d'autres contrées, tel Biberstein, dans le canton d'Ârgovie. Il est étonnant que l'ouvrage de Cysat n'indique nulle part le blaireau dans l'Entlebuch. Le droit de chasse était autrefois exercé dans cette contrée par les barons de Wolhusen auxquels appartenait la plus grande partie de la vallée. Ils pratiquaient aussi la fauconnerie. L'élevage du faucon à Plattegg, dans la juridiction d'Entlebuch, paroisse de Malters, était en 1471 un fief pour lequel on payait une redevance d'une livre schilling. Mais quand Cysat entreprit sa description de l'Entlebuch, cette fauconnerie avait disparu ; on en parlait cependant encore en 1576; même en 1582 il est défendu sous peine de 10 livres d'amende de tirer des éperviers ou des autours. En 1514, le gouvernement de Lucerne céda par con%'ention les forets au pays d'Entlebuch, mais il se réserva les droits de chasse et de pêche. Le Conseil de Lucerne interdit en 1583 de pécher les poissons ou les écrevisses, ainsi que de faire la chasse aux oiseaux sur le domaine d'autrui. Celui qui voudra chasser ou pêcher pourra le faire dans les endroits sauvages, dans les Âllmends, sur les terrains de la communauté, là où cela est permis, excepté les dimanches et jours de fête ; les contrevenants étaient punis d'une forte amende.

Par contre à l'art. 34 le livre d'instructions pour le bailliage d'Entlebuch du milieu du XVII* siècle, stipule : « 11 est interdit, sous peine de 10 florins d'amende, d'attraper, de tirer ou de chasser d'une façon-quelconque les perdrix dans nos domaines et notre juridiction sans avoir obtenu notre autorisation. Et si des étrangers le font, ils seront arrêtés et conduits devant nous. Et comme le droit de chasse appartient à l'autorité, on s'en tiendra aux us et coutumes pour ce qui concerne la pêche dans les cours d'eau mis à oan depuis longtemps et les franchises spéciales. « Art. 41. Il est interdit d'employer des trappes et pièges à renard, excepté sur les terrains incultes et les montagnes ».

Quand le curé Schnyder fit paraître, en 1782, le second volume de l'histoire de l'Entlebuch, la faune s'était sensisibleroent modifiée. Environ soixante ans auparavant, on avait tué le dernier lynx au Schûpferberg. A la même époque disparaissent aussi le cerf et le sanglier, tandis qu'on voyait encore des chevreuils et des cliamois, des coqs de bruyère, des bartavelles, des lagopèdes, des faisans, des tétras à queue fourchue, des bécasses, des perdrix, des cailles et des grives litornes, des faucons, des des éperviers et des autours; le lâmmergeier existait encore dans les montagnes, au très grand effroi des bergers. La tradition populaire prétend même que le castor construisait encore, bien oue rarement, ses huttes au bord des cours d'eau. Il est vrai que, dans sa description du lac des Quatre-Cantons en 1709, Léo-

Sofd Cysat affirme que le castor se rencontrait encore ans TAar, la Reuss, la Limmat et la Birse à Bâle ; nous trouvons la mêii<e affirmation dans VHûloria Naturttlis Helvetiae du D'' Joh.-Jak. Wagner, parue en 1680, a Zurich. Mais les excellentes recnerches du D** Girtanner de Saint-Gall, sur cet intéressant rongeur, semblent plutôt prouver que les dires de Cysat et de Wagner sont simplement empruntés à la Schweizer- Chrortik, de Johann Stumpf, 1548. Quant aux cerfs et aux sangliers, il faut rappeler oue l'ordonnance relative au payement d'une prime pour la destruction de ces animaux fut renouvelée encore en 1732 et en 1736. En 1651, les chasseurs d'Entlebuch, Kriens, Malters et Littau fu-

rent réquisitionnés pour la poursuite d'un ours de taille extraordinaire qui s'était montré sur le Pilate; des chasses au loup furent organisées en 1681 parce qu'une bande de ces animaux, poussés par le froid, avait envahi la contrée. Les conditions de la chasse dans les * autres contrées de la Suisse étaient à cette époque à peu près les mêmes que dans l'Entlebuch. Le gibier pullulait, aussi bien les carnassiers que les espèces inofiensives. Au temps de Conrad Gessner (1516-1565) il y avait encore beaucoup de chamois sur le Pilate; on y voyait même des bouquetins, bien qu'en petit nombre ; les rôtis de chamois et les ragoûts a'ours figuraient aux XVI* et XVII* siècles sur la table des moines de Saint-Gall.

Le XVIII* siècle et la première moitié du XIX* furent une période de rapide diminution du gibier en Suisse ; beaucoup d'espèces disparurent complètement. Au commencement du XIX* siècle le loup apparaît encore isolément dans les Alpes et le Jura ; il ne se rencontre plus actuellement que dans les Vosges, d'où, poussé par la faim lors de grands froids, il s'aventure parfois jusque dans le Jura suisse. D'après des notices du syndic Pierre Sylvestre, d'Aigle (Vaud), des primes furent payées, en 1642, pour 30 loups et un ours. Autrefois le loup n'était pas rare non plus dans les Grisons. Quatre de ces fauves furent capturés sur l'Ochsenweid, près de Zizers, le 9 décembre 1639 {Chronik rhàtxscher Sacheti de Hr. Kaiser). Les manuscrits des archives cantonales renferment aussi une attestation du landamman Caprez, du 17 janvier 1739, déclarant que Christ. CadufT, du pays de Disentis, a tué un loup. Cette année-la il semble y avoir eu dans ce canton une invasion de loups, animaux

3ui causèrent beaucoup de dégâts. La dernière mention e loups se trouve dans une cnronique insérée dans le registre de paroisse, par le pasteur Christ Parli, de Flims : « En mars 18») un homme de Catzis a tué un loup qui avait commis des dégâts nendant dix ans. Il reçut une prime de 30 florins. » on voit encore aujourd'hui, à l'hôtel de ville de Davos, des têtes de loups empaillées.

Le lynx n'a disparu de la Suisse que dans la seconde moitié du XIX* siècle. Un ^couple de Ivnx se trouve au musée de Lucerne ; le mâle a été tue pendant l'hiver de 1863 ; la femelle, l'été de la même année ; le § réparateur du musée nous dit qu'on en a encore tué eux vers 1870, mais qu'il n'a pu les empailler, car leur peau était malheureusement trop endommagée. L'ours s'est maintenu jusqu'à présent dans le canton des Grisons, où il habite les vallées des Alpes les plus retirées. A la façade de la maison de commune d'Isenthal (Uri) on voit encore aujourd'hui deux pattes d'ours fixées par des chaînes. Il y avait aussi une colonie de chats sauvages en 1880, dans les environs de Bheinfelden (Argovie). Ce qui est regrettable au point de vue zoologique, c'est la disparition du lâmmergeier, un des plus beaux animaux de nos Alpes. Le lâmmergeier habitait encore au XVIIl* siècle toute la région alpestre. La destruction de ce rapace fit de rapides prop^rès à partir du commencement du XIX* siècle. De 1801 a 1859, il se rencontrait encore dans de vastes régions des Alpes valaisannes, bernoises, tessi noises et grisonnes ; mais, à partir de l'année 1859, on n'en a plus vu que quelques rares exemplaires. Le dernier spécimen qu'on connaisse de source sûre fut empoisonné en février 1886 et resta longtemps caché dans la neige; on ne le découvrit qu'au printemps. Depuis cette date on a encore vu le lâmmergeier deux fois en Suisse : le 13 août 1887 au Piz Boseg et la même année au San-Bernardino. L'aigle royal a occupé jusqu'à présent toute la région des Alpes, mais il devient aussi de plus en plus rare, car on le poursuit à outrance. On en tue chaque année un nombre assez considérable ; on les prend vivants au moyens de trappes, ou bien on les empoisonne ; les jeunes sont capturés dans l'aire au prix de grands daneers ; l'aigle est menacé d'une destruction totale comme Te lâmmergeier.

Au milieu du XIX* siècle les chamois, les chevreuils et les marmottes étaient devenus très rares dans les Alpes suisses. Le bouquetin avait déjà complètement disparu dans le cours du XVIII* siècle. Un troupeau se maintient encore dans le val de Cogne (Italie), grâce à des mesures protectrices; en 1901, ce troupeau ne comptait plus que 500

SUI

SUI

individus : les nombreux essais tentés pour réintroduire cet animal en Suisse ont échoué jusqu'à présent. La section Rhâtia du Club Alpin Suisse a fait (^^uelques tentatives de conserver ce gracieux animal à 1 aide de subventions de la Confédération, du canton des Gri* sons et du Club Alpin Suisse ; les premières datent de 1869. Mais ce n'est qu'en 1879 que 1 on réussit à obtenir treize bêtes de race croisée de l'enclos royal d'Aoste ; elles furent transportées dans le Welschtobel, région du Parpaner Rotnhorn. Mais on dut constater que les jeunes oouquetins nés en février et mars ne pouvaient supporter le climat de la contrée. Par suite de divers accidents, la colonie se trouva réduite à trois têtes (octobre 1886). On dut renoncer aux essais avec la race croisée. En mai 1887, la Diana, Société suisse de chasseurs, fit cadeau à la section Rhâtia du Club Alpin Suisse d'un bouquetin femelle, de race pure ; on obtint encore deux autres femelles. 11 fut impossible d'obtenir un mâle de race pure; on ne put adjoindre à ces femelles qu'un trois quarts de sang. On plaça ces animaux à Filisur dans un enclos, mais ils n'eurent pas^ de petits. On les envoya à Bâle, où se trouvait un mâle 7/8 au jardin zoolo^ique, mais ici encore la tentative de reproduction échoua, les bétes étaient trop faibles de constitution. La section Rhâtia abandonna alors ces essais infructueux. Le reste de la colonie de bouquetins fut transportée dans le Sihlwald où les essais furent continués sous la surveillance du Département fédéral de l'Agriculture et du Commerce. On ne connaît pas encore aujourd'hui les résultats de cette dernière tentative, mais il ne faut pas désespérer, puisque l'on a, en certains endroits, réussi à rémtroduire le bouquetin de contrées où il avait disparu ; ainsi dans le Tànnengebirge, où en 1893 il existait déjà 30 femelles et 8 à 10 mâles, et dans la Haute Carinthie, où le baron de Born avait élevé en 1902 une colonie de 17 têtes, parmi lesquelles se trouvait un mâle de 6 ans.

Le petit gibier avait également beaucoup diminué au milieu du XlX.* siècle. Le lièvre et le renard étaient les deux seules espèces qui se maintenaient malgré une chasse clfrénée; mais ils commençaient aussi à se faire rares. Dans beaucoup de cantons, la chasse était absolument libre et le dimanche chacun partait pour la forêt armé d'un fusil. Là le gibier avait pour ainsi dire disparu. Dans le canton d'Argovie où le système de la chasse affermée avait été introduit depuis longtemps, le gibier était plus abondant qu'ailleurs ; dans le Krickthal, les chevreuils étaient assez nombreux. Partout on sentit la nécessité d'améliorer les conditions de la chasse et de repeupler les forêts ; aussi la chasse fut-elle placée par la Constitution fédérale de 1874 sous la surveillance de la Confédération, mais la réglementation en était laissée aux cantons. L'article 35 de la nouvelle Constitution est ainsi conçu : « La Confédération a le droit de statuer des dispositions législatives pour régler l'exercice de la pêche et de la chasse principalement en vue de la conservation du gros gibier dans les montagnes, ainsi que pour protéger les oiseaux utiles à l'agriculture et à la sylviculture. » La loi sur la chasse entra en vigueur en 1876; elle obligea les cantons à réglementer sur leur territoire l'exercice de la chasse et à protéger efTicacement le gibier. Pour le gros gibier, l'ouverture de la chasse fut l'objet d'une réglementation spéciale et sa durée réduite à un mois. La chasse au petit gibier peut être ouverte pendant trois mois et demi. Des districts francs ont été créés dans les cantons alpestres alin de multiplier le nombre des chamois, des chevreuils et des marmottes, ainsi que d'autre gibier alpestre ; on a créé un de ces districts dans chacun des cantons d'Appenzell, Saint- Gall, Claris, Uri, Schwyz, Unterwald, Lucerne, Fribourg et Vaud, deux dans ceux de Berne et du Tessin, trois dans le Valais et les Grisons, au total dix-neuf. Dans ces districts francs la chasse est interdite en tout temps; le port d'armes à feu y est puni comme délit de chasse. Les districts francs sont fixés par le Conseil fédéral et pour une durée de cinq ans, après laquelle on procède à une nouvelle délimitation, mais les mêmes districts francs peuvent être maintenus pour plusieurs périodes quinquennales ou seulement partiellement modifiés. En 1906, le Conseil fédéral a fixé comme suit les

districts francs pour la septième période |auinciueniiale :

Berne: 1. Faulhorn, ancien ; 2. Kander-Kienthal-Suldthaly ancien.

Lucerne : Schratten-Rothhom, ancien.

Uri et Unterwald: Hutstock-Uri Rothstock, ancien.

Schwyz: Silberen-Râderten, ancien.

Claris : Wiggis-Hirzlikette, ancien.

Fribourg : Dent de Broc, nouveau.

Appenzell : Sàntis, ancien.

Saint-Gall : 1 GraueHôrner, ancien; 2. Churfirsten, ancien.

Grisons : 1. Piz d*i£la, nouveau; 2. Traversina, ancien; 3. Bernina, ancien.

Tessin : 1. Campo Tencia, réduit ; 2. Simano, ancien.

Vaud : Diableretr-Muveran, ancien avec de petits changements.

Valais : 1. Mont-Pleureur et Mont-Blanc de Seillon, nouvelle délimitation ; 2. Mont-Dolent, nouvelle délimitation ; 3. Mont-Ruan, nouvelle délimitation.

Neuchâtel : Montagne de Boudry-La Tourne, nouvelle délimitation.

Les frais d'entretien de ces districts francs sont payés pour les deux tiers par les cantons, pour un tiers par la Confédération. Les gardes-chasse, en général au nombre de deux par district, sont choisis par les cantons et reçoivent un traitement fixe, plus des primes pour la destruction des animaux carnassiers. L'étendue de ces districts varie de 50 à 200 km*. Ils ont plutôt diminué et n'occupaient plus, en 1904, qu'une superficie totale de 1789 km*, tandis qu'ils comprenaient autrefois jusqu'à 3000 km*. Cette organisation a eu un réel succès ; elle a contribué à augmenter le nombre des chamois, des chevreuils et des marmottes. En 1884, on chercha à faire le dénombrement des chamois existant encore en Suisse ; l'on obtint le résultat suivant : dans le canton de Berne il y en avait environ 1100, dans les Grisons environ 1500, à Saint-Gall 450, dans les deux cantons du Valais et de Vaud réunis environ 2000, dans celui de Fribourg environ 900, dans l'Appenzell environ 180, quelques individus seulement dans les autres cantons. A cette époaue, les districts francs n'existaient que depuis huit ans. Des lors, le nombre des chamois s'est accru constamment. Vers 1890, on remarqua aussi que ces animaux augmentaient en force. Cette anné -là plusieurs chasseurs d'Uri abattirent chacun de 12 à 16 chamois pendant les 30 jours d'ouverture de la chasse. En 1893, on aperçut des troupeaux de 70 têtes dans le district franc du Giflerhorn. Ils reparurent assez nombreux en 1893 sur le Hohgant et dans les montagnes de Lucerne, d'où ils avaient complètement disparu ; on en vit un troupeau de 14 bêtes sur la Schrattenfluh.

Une statistique des chamois et autre gibier tirés n'a été faite que dans les Grisons. Les renseignements qu'elle fournit prouvent que dans ce canton, le plus giboyeux et le plus grand de la Suisse, le gibier a aussi considérablement augmenté depuis l'introduction des districts francs. C'est ce que montre le tableau suivant, sur lequel figurent toutes les autres espèces de gibier

Eour autant qu'une telle statistique peut être dressée, a diminution du nombre des chamois abattus en 1902 provient d'une augmentation du prix des permis de chasse. Les animaux abattus par les braconniers ne sont naturellement pas compris dans cette liste.

Depuis que les chamois se sont multipliés partout dans les hautes régions, grâce à l'établissement des districts francs, des individus isolés descendent souvent dans la

§ laine et apparaissent tout à coup, souvent à de grandes istances des hautes régions. Une série défaits semblables ont été publiés dans les journaux pendant le dernier quart du XIX* siècle. On peut encore citer les suivants comme authentiques. Un chamois mâle a passé tout l'été de 1886 à la Grindelfiuh près d'Olten ; il avait établi sa retraite sur un rocher étroit, difficilement accessible. Il fut malheureusement tué déjà au mois d'août, avant l'ouverture delà chasse. Deux chamois ont été abattus vers 1890 dans les environs de Baden (Argovie), l'un au Jàgerhard près de Wûrenlos, l'autre non loin du célèbre buisson de rhododendrons de Schneisingen. En octobre 1890, un chamois mâle, poursuivi par une meute descendit du Gebenstorfernorn dans le Teufelskellerwald, près de Baden. Il réussit à

SUI

SUI

mettre ses poursuivants en défaut et séjourna dans cette forêt jusqu'auprintemps suivant, après quoi il disparut. Le 22 août 189/, une jeune femelle de 2 ans, poursuivie par un chien de chasse, arriva épuisée du canton de Lucerne à Wiliberg dans TUerkenthal; elle se réfugia dans un étang où 1 on put s*en emparer, mais elle ne se releva pas de ses ûitigues et de ses blessures et dut être abattue. On a aperçu deux fois un chamois, dans la Forêt -Noire

Le 15% du fermage doit cependant revenir à TÉtat. Ce changement enleva à l'État une source importante de revenus ; d'autre part, les chasseurs qui désiraient se livrer a leur sport sur un territoire aussi étendu que les anciens districts durent affermer plusieurs communes et

Sayer ainsi une somme plus forte. Il est indéniable que, ans les cantons d'Ârgovie et de Bâle-Campa^ne qui ont appliqué le système des districts affermés, le gibier a pros-

TABLEAU DES CHAMOIS ET DU GIBIER TUÉS DANS LES GRISONS. (Avant 1876 la chasse durait 6 semaines; à partir de 1876 elle dure A semaines.)

ta

* CD

SI

Jusqu'en 1890 il ne s'est l'ait ur>e statistique exacte que pour les chamois. Avant 1890 la statistique des autres espèces fut très incomplète. A partir de 1898 et pendant plusieurs années une prime de 1 fr. fut payée dans 2 districts pour chaque geai tué.

Le putois, la belette et le blaireau ne furent comptés que plus tard.

* La slatitttique de 1888 manque.

(Grand-Duché de Bade) de 1888 a 1893. Les essais, malheureusement infructueux, de réintroduction du bouquetin, dont nous avons parlé plus haut, sont aussi une des conséquences de la loi fédérale sur la chasse de 1876. Dans les cantous où se pratique la chasse au gros gibier, on a introduit partout le système des patentes, c'est-à-dire qu'on délivre aux amateurs des permis de chasse soit pour une année, soit pour une saison. Ce système a aussi été introduit dans les cantons qui n'ont pas de gros gibier, mais on a reconnu qu'il nuit au aiaintien des espèces et qu'il a même déjà fait diminuer le gibier. Celui-ci se compose essentiellement de lièvTes et de renards; les cantons frontières de TÂllemagne ont aussi des trou peaux de chevreuils, les autres cantons n'en possèdent que des exemplaires isolés ; on trouve encore des perdrix ; la chasse s*etend aussi aux oiseaux de passage. Les cantons d'Argovie et de Baie- Ville seuls ont eu de tout temps le système des cercles; le canton de Bâle-Cam pagne laisse les communes libres d'affermer leur territoire ou de délivrer des patentes. Un petit nombre ont choisi ce dernier mode. Jusqu'en 1898, le canton d'Argovie 'était partagé en 83 districts lobés pour une durée de 8 ans. En 1889, le district d'Aarau rut adjugé aux enchères pour une somme annuelle de 2400 fr. Il n'avait rapporté que 1670 fr. pendant l'exercice précédent. Le produit annuel moyen pour la caisse de l'État a été de 270 fr. par cercle. Le système fût abrogé en 1898, à la suite d'une initiative populaire, et l'affermage de la chasse fut remis aux communes; chacune fit un district de son territoire.

péré plus que dans les cantons qui ont le système des patentes. Nous parlons naturellement du gibier permanent; le système de chasse ne peut pas influer sur le nombre des oiseaux de passage. Le tableau suivant, dans

Page 1