‹ Dictionnaire géographique de la Suisse;Chapitre 77 sur 225 · DO · texte numérisé non relu

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la joie des philologues, ont leur raison d'être, servent souvent à rendre une nuance ; les patoisants ont leurs préférences marquées pour telle ou telle forme, de sorte qu'il devient plus facile de se retrouver au milieu de ce labyrinthe de formes. La langue française a été régie par les mêmes forces et lois, qui ont créé toutes ces anomalies, avant que la tradition littéraire en eût Hxé Tusage. En revanche, on est souvent étonné de la simplicité des moyens de distinction dont disposent nos patois. Plus archaïques oue le français, ils permettent de reconnaître le genre de la majorité des substantifs et adjectifs à leur terminaison : trê.hlo^ damà.dio^ rç.dzo :== le tremble, le dommage, rouge, masc. à côté de fe.na, taiUt, va.lstf, rç.dzj=z femme, toile, vache, rouge, fém. La formation du pluriel est encore sensible dans quelques patois valaisans; on dit, par exemple, àÉvolène : lu nià {la main et le mus, h prâ (le pré), le prâ s y etc. Les Valaisans ont môme conservé la distinction entre le nominatif et l'accusatif de l'article : li tsâye iœ (dont le œ tend vers e, te champ est sec), mais )raversà lo tsà [traverser le chavip). Il n'existe plus de

f pluriels masculins irréguiers, on dit : /c7 tsdvâ, le tstfvô [chevaU chevaur), ôzn, du i»; (un œil, deujc yen.r); mais tous les patois, excepté ceux du Jura bernois, sont caractérisés par un pluriel féminin en ^'ou a: fev.a, fe-Tie (femme, femmes), va.isa,'^ va.tse [vache, vaches) ; sous ce rapport, le français parlé est inférieur au patois. L'emploi des personnes et des temps du verbe correspond à celui du français parlé. Le passé défini et l'imparfait du subjonctif sont tombés en désuétude. Le futur est souvent remplacé par l'auxiliaire vou- Inir et l'infinitif. Grâce à la conservation des désinences, on distingue mieux qu'en français entre la première pei'sonne du singulier et les autres : 1. tsà.to, 2-3, tsà. le.

La deuxième personne du pluriel a plus souvent qu'en français conservé l'accentuation latine : va rô.te, vç hd.i-

de = vous rampez\RViAPnis), vous btivez (bihitis). A noter que nos patois possèdent encore la différence que le vieux français faisait entre les verbes en -er et en -ler de la première conjugaison : demander, vouchier, en patois demâdd, kùfsl, etc.

Un exemple servira à démontrer la finesse distinctive qu'on rencontre parfois en patois. Pour marquer l'éloii^'nement des objets, le français a les adverbes ici et là. En gruyénen (et en d'autres patois) .s^^ecce hic) indique qu'on a l'objet sous la main, à proximité, se (ecck hac) désigne des objets un peu plus éloignés, mais qu'on peut facilement atteindre, /*' (illac) correspond à là.

Mais c'est dans le vocabulaire qu'on trouve les différenciations les plus délicates, non seulement dans la terminologie propre à l'exploitation des Alpes et à d'autres métiers suisses, mais aussi parmi les verbes et pour les idées abstraites. Il y aurait toute une étude à'faire sur les nombreux verbes qui rendent l'idée de briser. Pour un court espace de temps, on dit en gruyérien hiu*â ou vilf.rha, mais, dans le dernier mot, on ne considère que la durée de temps, dans le premier plutôt l'ouvrage fait ou à faire durant ce temps. Les patois sont bien plus riches qu'on ne se l'imagine ordinairement. II existe des glossaires d'un seul patois comptant 12000 mots. Mais les dialectes, pris isolément, ne peuvent aucunement se mesurer avec la langue française, enrichie par des emprunts

faits de toutes parts, nuancée et assouplie par l'œuvre de grands penseurs et de poètes.

Nos patois s'en vont, et on aurait tort de les laisser mourir, sans leur avoir demandé tous les secrets qu'ils peuvent encore nous révéler, sur notre vie d'autrefois, sur la signification de nos noms de lieu et de famille, sur la colonisation de nos vallées, sur la formation des grands groupes linguistiques, sur le menu détail des transformations du langage. Que l'historien, l'ethnographe, le géographe unissent leurs efforts à ceux du dialectologue pour puiser à cette abondante source d'informations de tout genre, avant qu'il soit trop tard ! Pour terminer, nous citerons Quelques proverbes, afin de donner une idée générale au caractère de nos patois. (Nous conservons, où c'est possible, l'orthographe de nos sources.)

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