‹ Dictionnaire géographique de la Suisse;Chapitre 78 sur 225 · PROVERBES ROMANDS · texte numérisé non relu

PROVERBES ROMANDS

Sât krèpâ, nù-z-t'rin d Vâv.

Pô î bé djouê d'uvl», Vôjê na syôtr pj.

Neuchâtel :

\icm «' s' krè pe.

Que n* sa n'grdve.

Pru bê fju'è sàdge.

Fribourg :

On se faolr de to tyè doù traiu).

Koûzena grdssa, tèstaman mégrou.

Maleu à la mésou yà janié on ronnè.

Dèy grobi no-z-in-d-in ti.

Vaud :

Golta su gotta fà la nwtta.

(Jue vein pnûro vein croàïo.

Knkka por kokka.

y'uni n'est fou parei.

Valais :

On crouy ovrày n^a janté bon eùti.

Quand on s'unir bdin on a tt)dzo preu

lardze.

Sa groûssa oûra r na yêdhe fèna n'on

jamë coràij po ré.

Saute crapaud, nous aurons de l'eau.

Pour un beau jour d'hiver, l'oiseau ne siffle pas.

Personne ne se croit laid.

Ce qu'on ne sait pas, ne gêne pas.

Assez beau qui est sage.

On se lasse de tout excepté de travailler. Cuisine grasse, testament maigre.

Malheur à la maison où jamais l'on ne

gronde.

Des bouchères (au fi^i'é pour défauts!

nous en avons tous.

(Icutte sur goutte fait le fromage.

Qui devient pauvre, devient méchant.

Littéralement : noix pour noix; latin :

par pari refertur.

Personne n'est fou de la même manièi*e.

Un mauvais ouvrier n'a jamais bon outil. Quand on s'aime bien, on a toujours

assez de place.

Un gros vent et une vieille femme n'ont

jamais couru pour rien.

Bibliographie. Comme l'énumération des ouvrages concernant nos patois occuperait ici une place trop considérable, nous nous bornons à citer les principaux et renvoyons pour tout le reste à l'excellente Bibliographie des patois gallo-romans, par D. Behrens, traduite en français et revue par E. Rabiet. Berlin, 1893 • continuée pour les années 1892 à 1902, par D. Behrens et J.Jung, dans la Zeitschrift fûrframôs. Spracheund Litt. T. XXV, I, 196-266. La rédaction du Glossaire des patois de la Suisse romande prépare une nouvelle bibliographie, plus complète, notamment en ce qui concerne les ouvrages en patois. Cette rédaction recueille depuis 1899, sous les auspices de la Confédération et des cantons romands, les matériaux d'un vaste dictionnaire. Elle rend compte de ses travaux dans des Ra^)ports annuels, et dans le Hulletin du Glos.saire, petit périodique consacré aux intérêts patois du pays romand, qui paraît depuis 1902. Principales études de nos patois : ouvrages généraux : Ph. Bridel et L. Favrat, Glossaire du patois de la Suisse romande. Lausanne, 1866 (dans les Afém. et doc. de la Soc. d'histoire de la Suissr rmn.; tome XXI). J. Zimmerli, ouvrage cité, contient des résumés de phonétique et des tableaux de formes. Jaberg. K., Uber die assoziativen Erscheihungen in der Verbalflexion einei' sîjdostj rayizosischen Dialektgruppe. Aarau. I1K)6. Luchsin^er, Ch. Das Molkereiqerut in den romanischen Alpendialekten der Schweiz (dans les Archives suia-

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ses des traditions populaires, IX). L. Gignoux, La terminotogie du vigneron dans les patois de la Suisse ro^ niande^ Zeitschr. f, roni. PhiL, XXVI. a) Berne : D. Schindler, Vokalisnius der Mundart von Sornetan. Leipzig, 1887. \V. Degen, Dos Patois von Crémines. Halle, i89i6; le même. Die Konjugationim Patois von C rémines j dans Aus ^vm. Sfjrr. u. Litt. Halle, 1905. Â. Alge, Die Lautverhàltnisse einer Patoisgruppe des Berner Jura. Saint-Gall,ig04. b) Neuchâtel : F. Haprelin, Die Mundarten des Kantons Neitenburg ^àajiA Zeitschr. f. vergl. Sprachforschung, XXI. H. Urtel, Beitràge zur Kenntniss des Se%ienburger. Patois, I. Vignoble und Beroche. Darmstadt, 1897. c) Fribourg : F. Haefelin, Les patois romans du rantofi de Fribourg. Leipzig, 1879 {Janrbuch de Lemcke, XV). L. Gauchat, Le patois de Donipierre, dans {^Zeitschr. f. roni. Phil. XIV. H. Savoy, Essai de flore rotnande. Fribourg, 1900. d) Vaud. A. Odin. Phonologie des patois du canton de Vaud. Halle, 1886 ; le même, tAuae sur le mrbe dans le patois de Blonay. Halle, 1887. M"»» L. Odin, (ilossaire de Èlonay, sous presse. Â. Byland, Das Patois der Mêlantes vaudois von L. Favrat, Zeitschr. f. fr. Spr. u. Lttt., XXV. e) Valais : J. Cornu, Photiologie (lu Bagnard, Boniania, VI. J. Gilliéron, Patois de la ranmiune de Vionnaz, Hibl. de rÉcole des Hautes- Ktudes, 40* fascicule. L. de Lavallaz, Essai sur le patois d'Hérénience. Paris, 1899. f) Genève : E. Ritter, voir l'ouvrage cité plus haut. E. Koschwitz, Grammaire savoyarde, par V. Duret, publiée par E. K. Berlin, 1893. Principaux recueils de morceaux patois : hecueil de morceaux cfioisis, etc. Lausanne, Corbaz, 184:2. Moralel, J.-L., Bibliothèque romane, I, seul paru. Lausanne, 1^5. Appendice du Glossaire de Hridel-Fa- \Tat, cité plus haut. Le patois neuchâtelois, publié par la Soc. d'Hist. Neuchâtel, 1895.

Nous ne regretterons pas la perte des patois comme instrument littéraire. Non qu ils n'eussent été capables de traduire des sentiments de haute poésie : Mistral a bien rivalisé avec Homère — en patois ! Le pays romand n'a pas produit un tel homme ;■ il possède cependant une très modeste littérature dialectale que nous ne voudrions pas passer complètement sous silence.

Les écrits patois sont tardifs. Les plus anciens morceaux de valeur sont les Cfiansons de l'Escalade de Genève, remontant au XVI h siècle (l'événement lui-même a eu lieu en 1602). L'édition la plus commode du Ce qu'è lainô est celle de M. Ritter. Genève, 1900 ; réimpression de l'édition de 1702 par M. JuUien. Moutiers-Tarentaise, 1903. On peut lire les autres chansons relatives à l'Escalade dans le Hecueil des chatis. de l'Esc. Genève, 1845. A la même source d'inspiration remontent la Chamon de Rocati (éd. de P.-F. Plan. Genève, 1903) et la Conspiration de Compesières (le plus ancien manuscrit est de 1695, reproduit par Ph. Plan. Genève, 1870). Dans le pays de Vaud, la littérature patoise s'ouvre par le Conto dâu Craizu, coq-à-râne humoristique du XVIII» siècle (reproduit en dernier lieu par L. Gauchat. Lausanne, 1906 (tirage à part du Bulletin du Glossaire, T.V). Fribourg arrive presque en même temps avec un malheureux essai de traduction des Bucoliques de Virgile, par l'avocat Python. Fribourg, 1788 (réimprimé par J. MorateL Bibliothèque romane. Lausanne. 1855). Le morceau neuchâtelois, La saboulée de Borgognons, raconte en style pittoresque un épisode des guerres de Bourgogne (l'édition du Locle, de 1861, est très mauvaise, comme celle du recueil Le jmtois neuchâtelois). Le Jura bernois peut se vanter de l'œuvre du curé Raspieler, intitulée Les Painies, satire mordante des paniers, de 1736, imitation d'un poème bisontin (meilleurje édition de M. A. Rossât, Archives suisses des traditions pop., tomes VIII et IX).

Le patois a surtout servi à la politique et à la satire. Genève a toute une petite littérature de pamphlets, de chansons d'occasion. La meilleure pièce de ce genre est la Tchenson pauvriotique, de L.-Val. Cuenin, en patois de Porrentruy, cri de détresse du pauvre diable qui doit servir de chair à canon, mais devant qui les grands, un jour, seront forcés de déposer leur bilan. Le peintre llornung, de Genève, doit au patois une grande partie du succès de ses amères satires Les gros et U's menus prop(« (la plus connue est La création du monde, première

éd. de 1855). Mais le véritable domaine du patois, c'est l'anecdote. Nous voyons défiler devant nous une multitude de petits récits en vers et en prose, dus à la plume aimable de G. Quinche, fier des souvenirs princiers de Valangin ; de Louis Favrat, avec ses petits tableaux de mœurs exquis, où éclate la malice et le bon sens du paysan vaudois ; de Ch. Dénéréaz, qui aime à étaler les richesses de son parler et qui nous congédie toujours avec un gros rire, plein de bonhomie ; de Louis Courthion, qui s attache plutôt aux légendes et aux vieilles traditions de son pays de Bagnes, et de tant d'autres, moins doués, mais très gais, qui ont rempli les colonnes du brave Conteur vaudois, du Jura et du Pays du dimancfie, de VAmi du peuple, du Valais romand, de beaucoup d'autres gazettes populaires et des almanachs. Quelques revues, comme le Conservateur suisse, les Étrennes fribourgeoises, le Musée neuchâtelois, se sont fait un devoir de reproduire les morceaux dialectaux les plus savoureux, afin de les arracher à un oubli immérité.

Un seul a réussi à être sérieux en patois, c'est Louis Bornet, qui nous a laissé entre autres sa fraîche idylle Le tsevrês, où un combat de boucs décide auquel de deux amants la charmante Goton donnera son cœur (belle édition de J. Reichlen, Gruyère illustrée, III).

N'oublions pas les chansons populaires, les proverbes, bien commun des peuples, mais souvent marqués au coin de notre esprit romand ; le peuple se les assimile et y met un fragment de son âme (nos meilleurs recueils de poésies populaires sont ceux de J. Cornu, Romania IV, de J. Reichlen, Gruyère illustrée, IV-V, et de A. Rossât, Archives suisses des trad. pop., tome III, ss. ; collections de proverbes : J. Chenaux et J. Cornu, Romania, VI ; Conservateur suisse, VII ; G. Pfeiffer, Bulletin du Glossaire, III, et J. Surdez, ibidem, IV). Parmi les chants du peuple romand, le célèbre Ranz des vorhes occupe la première place, cet air qui faisait déserter les soldats suisses qui l'entendaient à 1 étranger; le dernier mot patois qui sonnera une fuis sur nos lèvres sera le liôba! liôbaf (le son refrain. [F^or. i . Gauchat ]

IL Langue et dialectes allemands. Le recensement fédéral du l"' décembre 1900 accuse, sur une population totale de 3315 443âmes, 2312 949 personnes de langue allemande, donc près du 70 %. Sur ce nombre, environ 2200000 habitent le territoire compact qui constitue la Suisse allemande, embrassant presque les deux tiers de tout le territoire suisse et comprenant le N., TE. et le centre de notre pays; il s'avance vers le S., en se rétrécissant fortement jusque vers la frontière italo-suisse, et pénètre comme un coin entre les régions romanes, à l'O., d'une part, et au S. et au S.-E. du pays romanche, d'autre part. Au N. et sur la plus grande partie de sa frontière orientale, ce territoire conhne aux autres pays de lan> gue allemande dont il forme la pointe S.-O.

1. Limite des langues. La limite occidentale de l'allemand, vers la Suisse française, part de l'extrémité N.- E. du district bernois de Porrentruy, traverse la partie N. du district de Delémont, coupe la vallée de la Birse entre Liesberg et Soyhières et, sauf une légère encoche, suit la limite cantonale entre Berne et Soleure, d'abord à l'E., puis au S.-n.; elle longe ensuite la chaîne qui s'élève à l'O. de Bienne et du lac de Bienne, passe entre Gléresse et La Neuveville, se confond avec le canal de la Thièle jusqu'au lac de Neuchâtel. De là, elle atteint la rive N. du lac de Morat, qu'elle quitte à la frontière vaudoise au N. de Faoug pour courir au S.-Ë. en décrivant quelques lacets à droite et à gauche, dans le district fribourgeois du Lac ; elle épouse ensuite la limite entre les districts de la Sarine et de la Singine (en laissant cependant Pierrafortscha au territoire allemand) jusqu'à la Berra, dans le N. de la Gruyère; de là elle s'abat dans la vallée de la Jogne, entre Bellegarde (Jaun) et Charmey

f>our aboutira la Dent de Ruth; puis, coïncidant avec la imite cantonale entre Berne et Vaud, elle atteint l'Oldenhorn. Dès lors, elle suit la frontière valaisanne jus-

au'au Wildstrubel, descend ensuite vers le Rhône le long e la limite orientale du district de Sierre, franchit le neuve à l'E. de Sierre et suit au delà la crête qui sépare le val d'Anniviers de la vallée de Tourtemagne jusqu'à la Dent d'ilérens où elle rencontre la frontière italosuisse.

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La limite méridionale suit la frontière italienne jusqu'au Lyskamm; elle s'infléchit vers le S., pénétrant ainsi en Italie et englobant les communes allemandes (Gressoney et Issime, dans la vallée de Lys, Âlagna dans la vallée de la Sesia, Rima et Rimella dans les vallées de la Sermenta et de Mastalone, Macugnaga dans la vallée d'Ânzasca), situées au S. et S.-E. du Mont-Rose; la ligne divisoire rejoint la frontière suisse près du Monte Moro. Au S. de rOfenhorn, elle pénètre de nouveau sur sol italien, contourne les villages d'Âgaro (Ager) etSalecchio (Saley). traverse la vallée de Formazza près du pont de Geschen, au S. d'Unterwald (Foppiano), puis se dirigeant plus à TE., contourne le village tessinois de Bosco (Gurin) la seule commune allemande de ce canton ; elle pointe ensuite dans la direction du N. pour suivre la frontière occidentale et septentrionale du Tessin par le col de Nufenen et celui du baint-Gothard jusqu'au Piz Ravetsch. De là, séparant le territoire allemand du territoire rhéto-romanche, elle longe les montagnes qui bordent les Grisons à ro. et au N., et séparent ce canton de ceux d'Uri et de Claris, jusqu'à la Ringelspitz, où elle entre sur territoire grisou. La partie allemande du canton des Grisons a une délimitation très compliquée; elle comprend un territoire principal qui se rattache à la Suisse allemande orientale et un certain nombre de petits territoires dont trois au S.-O. forment des flots entourés en partie par le rhéto-romanche et en partie par l'italien; l'un de ces îlots a une étendue assez considérable. La frontière du territoire principal va de la Ringelspitz dans la direction du S., atteint le Rhin Antérieur à VO. de Tamins, puis le traverse à TE. d'Ems, suit la ligne de fatte qui sépare leDomleschg de Churwalden, passe entre Parpan et Lenz et descend dans la vallée de l'Albula, court au o. de Filisur, suit les limites S. et E. du district d'Ober Landquart et vient aboutir à la frontière autrichienne au massif de la Silvretta. Dans la partie N.-E. du canton se trouve le territoire allemand du Samnaun^ ouvert sur le Tirol et sans attache avec le territoire suisse-allemand. Le plus considérable des îlots germaniques du S.-E. est celui des vallées du Rhin Postérieur, de Saiien et de Vais,

2ui n'est séparé du territoire principal que par une troite bande de territoire romanche. Cet ilôt est limité §ar une ligne qui va du confluent de la Rabiusa (ou Rhin e Safien), avec le Rhin Antérieur, dans la direction du S., en suivant la crête qui sépare Safien du Hein7enberg; elle descend ensuite par le Heinzenberg, entre Pràz et Sarn (romanches) d'un côté; Flerden, Tartar et Katzis (allemands) de l'autre, vers la coulière du Domleschg; elle contourne Fûrstenau, suit le Rhin et l'Albula jusqu'au Muttenertobel, puis court vers le S.-O., contourne Mutten et Rongcllen, où elle traverse de nouveau la vallée du Rhin Postérieur, pour atteindre le Piz Beverin, et de là, pointant vers le S., traverse une troisième fois la vallée du Rhin Postérieur, entre le village romanche d'Andeer et le villafi^e allemand de Sufers, pour rejoindre le Surettahorn, à la frontière italienne. Elle suit dans la direction de ro. la chaîne qui sépare au S. le district de Ilinterrhein du val italien de San Giacomo et du district de Moesa, jusqu'au Vogelberg (Adula) ; de là elle court vers le N., le long de la frontière tessinoise, jusqu'au Plattenber^« puis elle suit la limite des eaux entre les vallées de Vrin et de Vais pour traverser cette dernière entre Sankt Martin (allemand) et Tersnaus (romanche); après avoir longé quelque temps la chaîne qui sépare le Lungnez du val de Safien, elle oolique à gauche, au-dessus de Valendas sur le Rhin Antérieur, qui forme la frontière N. de cet îlot jusau'à l'embouchure de la Rabiusa. A quelques kilomètres plus à l'O., vers Ilanz, sur la rive droite de la vallée, se trouve la commune allemande isolée d'Obersaxen. Enfin, au S-E., sur les terrasses supérieures de la vallée d'Avers, est situé l'îlot d'Avers avec Cresta comme principale localité.

Ces limites linguistiques ne présentent pas sur tout leur

f)arcours un caractère uniforme ; elles n'ont qu'en partie e caractère de limites bien tranchées, là principalement où elles suivent une frontière naturelle ou politique ; dans les autres régions, il serait plus juste de parler de zones-frontières que de lignes-frontières. Mais si, dans ces derniers cas, nous établissons une ligne-frontière, c'est parce que nous classons les localités dans le terri- I

toire linguistique que parle la majorité de la population, faisant abstraction de la langue de la mmorité. C'est le cas d'une grande partie de la limite occidentale. En général, l'état de choses est le suivant : les localités françaises à la frontière des lanffues sont fortement imprégnées d'éléments allemanas, alors que, dans les localités allemandes, l'élément français est en infime minorité ou même fait complètement défaut. C'est surtout le cas dans le Jura jusqu*au lac de Neuchâtel. Nous constatons là, d'après la statistique, dans les communes françaises de la zone frontière, presque

fiartout de fortes minorités allemandes ; dans certaines ocalités presque la moitié de la population est allemande ; il peut même y avoir une majorité allemande passagère comme c'est le cas pour Courrendlin (D. Moutier) où en 1900 habitaient 898 Allemands et 841 Français. Par opposition à ce caractère bilinçue, bien marqué, de la zone-frontière française, le territoire allemand limitrophe présente une remarquable uniformité linguistique. Seul, Bienne et ses environs, où presque le tiers de la population est français, constituent une importante exception, ainsi que à un moindre degré, le village soleurois de Granges iGrenchen). Ce phénomène est le résultat du grand développement industriel de ces localités, dû spécialement à rhorlogerie, qui a amené une forte immigration de l'O. L'émigration allemande dans les districts du Jura bernois (Delémont et quelques autres localités exceptées) a au contraire un caractère essentiellement agricole. « L'émigrant romand, dit Morf, se tixe de préférence dans les localités industrielles; l'érnigrant allemand se rend en pays welche en qualité de pavsan, de domestique, d'ouvrier, de petit commerçant, d homme de peine ; il prend les places laissées vacantes, surtout à la campagne, par les Romands qui se vouent à rindusrie; souvent l'agriculteur allemand prend à ferme des métairies isolées. Ces faits semblent confirmer la vieille remar-

3ue que le Français est sociable et TAllemand indiviualiste. » Dans le plateau fribourgeois, l'état de choses est à peu près le même : on relève de fortes minorités allemandes dans les localités du territoire français bordant la frontière linguistique, alors que dans les localités allemandes voisines on ne constate aue sur quelques points une proportion un peu considérable d'âéments romands. Mais ici les causes sont en partie différentes, car l'industrie n'a nulle part une importance réelle, la limite des langues traverse une région entièrement agricole, identique au point de vue géographique et politique, par contre, les facteurs confessionnels y jouent un certain rôle. Nous aurons d'ailleurs à revenir sur ce point. Ce n'est qu'en amont de la ville de Fribourg que les rapports linguistiques prennent un caractère différent. Il est vrai qu'à Marly la population allemande forme une certaine minorité et que Pierrafortscha compte une forte minorité romande, mais plus au S. les deux éléments ne se mêlent plus guère et la limite sépare assez exactement les idiomes. C'est également le cas de la haute montagne située plus au S. Dans la vallée du Rhône, on retrouve une limite un peu flottante où les deux éléments se mélangent des deux côtés de la ligne indiquée ; à Sierre, la population allemande et la population française sont presque égales en nombre, par contre, on trouve des minorités françaises jusqu'à Brigue.

On comprend facilement c|ue la frontière méridionale, du Cervin à la Ringelspitz, soit nettement tranchée, et cela surtout quand elle coïncide avec une frontière naturelle ou politique. On trouve également une petite proportion d'élément étranger (italien) dans les localités allemandes situées au delà de la chaîne des Alpes, au S. et à TE. du Mont Rose, dans la vallée de Formazza et à Bosco. Par contre, ces populations isolées abandonnent peu à peu leur langue maternelle en faveur de l'italien qui s'impose à eux, qui leur est enseigné par l'État et l'Église, et par les relations économiques et sociales. Partout déjà l'italien est depuis longtemps la langue officielle et dans la plupart des localités elle est aussi la langue de l'école et de l'église; l'allemand littéraire est à peine connu et encore moins en u^age ; le patois allemand n'est plus employé que comme langue parlée dans les relations locales, mais là aussi il perd du terrain. D'après Studer. ce patois est désigné presque partout par l'exprès-

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sion caractéristique de «langue des vieilles femmes ». C'est à Gressoney, dans la partie supérieure de la vallée de Fonmazza (Pommât) et dans le val tessinois de Bosco que Tallemand se maintient le mieux. Dans les Grisons, les régions allemandes et romanches sont encore assez bien tranchées. C'est seulement dans les vallées romanches ouvertes au N. du côté des contrées allemandes ou traversées par une grande voie de communication venant du N. que l'on remarque une population fortement mélangée d'éléments allemands et qu'on trouve à la limite une zone linguistique mixte. C'est le caSf par exemple, de la partie inférieure de ia vallée du Rhin Postérieur, dans les districts d'imboden et surtout dans le Heinzenberg, où dans certaines communes (Almens, Pratval, Rothenbrunnen), l'allemand a une importance é^ale au romanche ou même ie dépasse. Ce fait a une importance spéciale parce que )à se trouve l'étroite bande romanche qui relie les territoires romanches du S.-E. à ceux de TO. On compte encore de fortes minorités allemandes à Ilanz, dans la vallée du Rhin Antérieur, à Bergûn, dans le haut de la ^-allée de l'Albula et à Andeer, dans le Schams et aussi le Mûnsterthal. Dans la Haute-Engadine (Pontresina, Saint-Moritz), un flot de langue allemande est en voie de formation. Les Romanches ne forment, sur territoire allemand, un chiffre élevé que là où l'allemand a obtenu depuis peu la majorité. D'ailleurs, dans ce domaine comme dans d'autres, les chitfres des recensements ne donnent pas les rapports exacts entre les deax lances, ainsi que nous aurons l'occasion de le voir par la suite.

2. Développement historique de la limite linguistique alleniande. La colonisation allemande de la Suisse remonte à l'époque de l'invasion germanique. Jusqu'au V« siècle notre pays fit partie de l'empire romain ; l'Ouest appartenait à la province de Gallia Belgica (Maxima Sequanorum), l'Est à celle de Rhaetia, à laquelle était rattaché le Valais. La limite entre les deux provinces courait de la sortie du Rhin du Lac Inférieur au S. vers le Saint- Gothard. On ne peut fixer avec exactitude la ligne qu'elle saivait à i'inténeur du pays; d'après l'opinion généralement admise, elle passait entre le Haut lac de Zurich et ie lac de Walenstadl, le long de la limite 0. du canton de Glaris et de la limite E. d'Uri jusqu'au Crispait et de là à la Furka ; mais il est également possible qu'une partie des Waldstâtten, Uri tout au moins, ait appartenu à la Rhétie ou ait été habitée par des Rhétiens (consulter W. Oechsli, Difi Anfànge der schweit, Eidgenossenschaft^ page 15). Durant les cinq siècles de domination romaine, la culture et la langue latines s'implantèrent dans le pays, non pas. sans doute, d'une manière uniforme ; c'est dans le Nord de la Suisse que l'assimilation fut la moins complète. Grâce à son plus grand éloignement du centre de l'empire, la population celte v était moins pénétrée d'éléments romains qu'au Sud-Ouest; d'un autre côté le développement de la civilisation romaine y fut promptement troublé par les Alamans qui, déjà à partir du milieu du III* siècle, faisaient de continuelles incursions dans notre pays. On les mentionne pour la première fois au commencement du III* siècle; ils étaient alors établis sar le haut Main, au delà de la muraille-frontière de l'empire romain, où, selon toutes probabilités, leur tribu se forma par la réunion de la peuplade suève des Semnoniens avec d'autres petites tribus suèves ^). . Durant les III» et IV» siècles, leurs attaques furent incessantes contre les pays romains de la frontière. Leur but était de s'établir en deçà de la muraille romaine (le 4 limes j») ; mais ils n'y réussirent qu'au V« siècle, époque à laquelle ils se filèrent définitivement à 1*0. et au S. du Rhin et à l'E. de ce fieuve, jusqu'au Lech.

M L'historien byzaotiD Agathian appelle les Alamans, d'après une aotorité du Ill« siècle, un ramassis d'hommes de sang mêlé (î'jfxXySs; JvOoconot xai pLiyoéSsç) ; Alamans (vieux haut-allemtnd a/aman, a/amana; gothique, alamans), c'est-à-dire aalle Menschen ». l'ensemble des hommes. A partir de leur établissement dans l'Allemagne du Sud, l'antique appellation de Suebi. Sxrayi^ vieux baut-allemaDd Svoâba (Schwaben, Souahes), qui uvait primitivement un sens plus étendu, équivaut à celle d Alamans; elle devint plus tard la seule et unique appellation populaire ae ce peuple. ^ rr r

On suppose cependant avec raison que l'établissement définitif des Alamans dans la plaine rhétique septentrionale et helvétique n'eut lieu qu'au commencement du Vi« siècle, après qu'ils eurent été bittus par les Francs et chasses de leurs territoires du Nord (sur le Main. lebas Neckar. le Palatinat, etc.); ils recherchèrent alors la protection du roi des Ostrogoths, Théodoric, qui leur ouvrit les frontières septentrionales de son royaume, lequel comprenait, outre la Rhétie, au moins nominalement, une bonne partie de l'ancienne Helvétie (comparez H. de Schubert, Die Unteru^rfung der Alaniannen dure h die Franken. Strasbourg, 1884). L'Helvélie septentrionale est donc devenue allemande au plus tard au commencement du VI«siècle. Par suite des guerres continuelles qui l'avaient dévasté, le pays était en grande partie désert et les germes de civilisation supérieure implantés par les Romains avaient été étouffés; ce qui restait de la population celtoromaine était trop aU'aibli intérieurement et extérieurement pour résister aux masses alamanes pénétrant en maîtres et exercer sur elles une réelle influence. Tout autres furent les conditions dans lesquelles une autre tribu germanique, les Burgondes (Germains orientaux), se fixèrent sur notre sol. Après la chute de leur royaume légendaire et éphémère autour de Worms, sur le Rhin moyen, qui succomba sous les coups des Romains et des Huns, ce qui restait de ce peuple tut amené, en 443, par Aêtius, dans l'ancienne Sabaudia, au S. du Léman, pour y fonder, tout d'abord encore sous la suprématie de Rome, un empire germano-romain qui, plus tard, s'étendit aussi sur le S.-O. et l'O. de notre pays. Les rapports de ces immigrants avec la population indigène furent réglés sur la base de l'hospitalité : chaque indigène dut donner à ses hôtes germains une part de son domaine. Les Burgondes agirent de même dans leurs conauétes postérieures. Germains et Gallo-Romains se trouvèrent ainsi complètement mélangés; les nécessités d'une vie commune et d'un commerce journalier aboutirent bientôt à un rapprochement linguistique et social et cela au détriment de la nationalité germanique. Cette absorption est due non seulement au fait que l'élément romain était de beaucoup ie plus nombreux, mais surtout à ce que la civilisation romaine, plus raffinée, exerçait son attrait sur les Germains, facilement accessibles à tout ce qui venait de l'étranger. Ajoutons q^ue la politique intérieure des rois burgondes consistait justement dans l'intérêt de l'État à favoriser la disparition des antagonismes primitifs et le mélange des deux nationalités. D'après l'opinion généralement admise, la romanisation des Burgondes se serait accomplie en un peu plus d'un siècle : au commencement du VF* siècle déjà, un historien contemporain pouvait opposer les Francs en tant que Germains aux Burgondes. Il est possible cependant que les mœurs et la langue germaniques se soient conservées plus longtemps dans certaines contrées où les circonstances étaient favorables, ainsi par exemple dans les régions frontières du N.-E. ; mais il est tout à fait improbable que des Burgondes se soient quelque part soustraits à la romanisation et aient été alamanisés.

Dans leur marche vers le N. et vers le N.-E., les Burgondes devaient finalement se heurter aux Alamans venant du N., dont ils avaient été les voisins ennemis déjà ie long du Rhin moyen." Mais les documents relatifs aux relations qui régnèrent entre ces deux peuples sont malheureusement très incomplets. Il eM certain que ces relations n'étaient pas amicales même lorsque les deux peuples furent tombés sous la domination des Francs (534 et 536) : on a aussi des indices que les succès furent partagés; les Alamans étendirent momentanément leur domination à l'O.; d'autre part, les Burgondes possédèrent quelque temps la plus grande partie du Plateau jusqu'à la Heuss. On ne peut naturellement conclure de ce fait à des changements de la limite ethnique, car ia suzeraineté politique n'amène pas forcément un changement de nationalité. Si, plus tard, le nom de Bourgogne eut une grande extension et s'appliqua même par le Zurich- Rau jusqu'à Engelberg. ce fait n'a qu'une importance politique et non ethnojtraphique. Même les noms de localités ou de régions, totalement ou à moitié germaniques, que nous rencontrons aujourd'hui si fréquemment en territoire romand, prouvent simplement qu'il

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y eut là autrefois un établissement de colons allemans

fiar suite du développement de la domination et de 'administration germaniques. Mais cela n'indique pas que ces contrées aient été complètement germanisées. Nous manquons de renseignements exacts sur l'ancienne frontière qui séparait lesÂlamans des Burgondo-romans ; ce que l'on a quelquefois envisagé comme des indications positives (caractères de races, architecture, objets d'art, etc.) ou n'a pas de valeur, ou peut être diversement inter«

firété. Il en est de même du témoignage des noms de ieux-dits (Flumamen); cetle source, extrêmement précieuse et riche pour l'histoire plus récente de la limite des langues est sans valeur pour les époques reculées; rar, comme l'a montré H. Morf pour la Suisse occidentale, et ainsi que cela se vérifie ailleurs, il suffît que l'établissement d'une population d'une autre langue ait duré mille ans en moyenne, pour transformer radicalement le caractère linguistique des noms de lieux-dits, en sorte que là ou aujourd'hui on constate l'absence de noms romands ou de noms allemands, il n'est pas certain qu'il n'ait pas existé, au VI* siècle ou même plus tard, une colonie romande ou allemande.

Les indications toponomastiqiies, fournies essentiellement par les travaux de M. J. Zimmerli, ne permettent donc une fixation un peu sûre des limites linguistiques (ju'à partir des IX* ou X* siècles. II en résulte cjue la frontière romano-allemande. au moins dans la région au S. du Jura bernois, passait autrefois beaucoup plus à l'E. qu'aujourd'hui et par places touchait presque l'Aar. Un n'a aucune raison de voir dans ce fait un courant romand pénétrant sur sol alaman : les conditions historiques et ranaloçie avec le développement postérieur font plutôt considérer comme probable que la colonisation burgondoromande pénétra primitivement plus avant sur le Plateau suisse que nous ne pouvons l'établir aujourd'hui d'après nos moyens d'investigation.

De même que pour la limite occidentale, des renseignements surs nous manquent sur la plus ancienne limite méridionale. Mais on est généralement d'accord pour admettre que les colonies alamanes couvrirent d'abord le Plateau M ot ne se répandirent que peu à peu dans les vallées des Préalpes et des Hautes-Alpes. Les causes et la marche de ce mouvement sont encore obscures dans leurs détails; il est seulement certain que cette pénétration du pays alpestre, où la population romane était clairsemée, rut toute pacifique. Là où l'on possède des documents, la germanisation de la Suisse primitive s'accomplit entre le \b et le IX* siècles. Mais on peut se demander si alors elle était déjà terminée; il semble que les quelques noms de lieux-dits d'origine latine que l'on rencontre dans les cantons de Schwyz, d'l}nter\v-ald et surtout d'Uri, témoignent d'une existence un peu prolongée d'éléments romans. Il est certain que les Âlamans immigrés vécurent longtemps côte à côte avec les populations alpestres romanes, ce que prouve la toponymie alpestre. A peu {)rès à la même époque que les Waldstatten. l'Oberland )ernois fut en partie colonisé par les Alamans : ici comme là, la population romane primitive a laissé des traces de son existence non seulement dans les noms de localités, mais aussi dans quel({ues noms de lieux-dits (ainsi dans la région du lac de Brienz). La colonisation allemande du Haut- Valais remonte au plus tard au IX* siècle ou peut-être même beaucoup plus tôt ; les nombreux noms de lieux celto-romans répandus sur tout le territoire de cette contrée attestent l'existence jusqu'à cette époque d'une population romanisée. L'absence presque complète de lieux-dits romans dans les districts supérieurs du Haut- Valais ne permet pas d'admettre une colonisation gerroaniqueplus tardive. Nous ignorons l'origine de ces colons allemands du Valais ; cependant, comme ils ne peuvent être venus ni de l'E., ni du S. ou de 10.^), il ne peut être question que du N., de l'Oberland bernois, et en première ligne de la vallée du Hasli, puisque la germanisation de la vallée du Bhône s'est faite de l'amont à l'aval. Il est certain que les relations entre le Haut-Valais et

') Ici également la répétition de certains groupes de noms de localités semble contitmer la marche en avant par étapes (Voir Anzeiger fur Schvoeiz. Geschichte. 1SS6, page 1 et suiv.).

^) L'Est (la vallée d'Uiseren) était encore sf^rement romand au IX« siècle et même plus tard. Zimmerli a démontré que lea tra-

l'Oberland bernois sont fort anciennes, ce que confirme l'étroite parenté linguistique de ces deux contrées. D'après l'explication que nous venons de donner de ce phénomène, ce fait est des plus simples.^)

On peut déterminer avec un peu plus de sûreté la formation de la limite orientale, quoique, ici aussi, bien des incertitudes subsistent, surtout quant aux dates. Il est d'abord certain qu'au N. du territoire qui, d'après notre précédente fixation des frontières, appartenait à la hhétie, des restes de population romane, nhéto- romans ou Helvètes roman isés Fe sont maintenus encore longtemps après l'invasion alamane. Nous savons que, jusqu'au VII* siècle, l'on parlait roman dans la région de Bregenz ; au commencement du VIII« siècle, les habitants de l'ancien Arbon sont encore appelés Romani (Retiani, dans Walahfrid Strabon); il semble même qu'au X* siècle l'idiome roman ait subsisté dans le voisinage de Saint-Gaii (Â. Holtzmann, Kelten und Gemianen^ page 131). Un fait linguistique corrobore ces indications. Le dialecte actuel de la Thurgovie centrale et supérieure, ainsi que de la partie voisine du canton de Sisint-Gall, le Fûrsteoland ^) a en commun avec le dialecte du Rheinthal, du Hirschensprung en amont jusqu'au delà de Coire, de tout l'Oberland saint-gallois, du pays de Gaster et de Glaris, territoires qui tous faisaient partie de l'ancienne Rhétie — la particularité suivante : le ^ du germanique primitif, dans les combinaisons nk et kk^ n'v devient pas, comme c'est la règle '^) dans l'alamanique du S., la fricative A^ji', mais y apparaît comme explosive pure, k {gg) : tt*yk** tekka = denken, decken (penser, couvrir), au lieu de terjkxàf tekjcd. Il nous paraît certain qu'il ne faut pas voir là un cas ou la substitution consonantique ne s est pas

f produite, mais qu'on a aiTaire à une modification subie par 'alamanique dans la bouche des Romans, qui remplaœrent le son /uc, qu'ils ne possédaient pas, par le A- qui leur était familier, comme ils le font encore aujourd'hui lorsqu'ils parlent Tallemand^). Il faudrait en conclure que, lors de la germanisation de cette contrée, il s'est moins agi d'une expulsion de l'élément roman par les envahisseurs alamans que d'un changement de langue de la population romane établie, et oue les immigrants alamans, qui étaient les maîtres au pays, mais se trouvaient en minorité, adoptèrent sur ce point la prononciation de la majorité.

En tout cas, nous avons là une preuve de plus de la persistance de la langue romane dans le pays à l'O. du Hodan. Combien de temps put-elle se maintenir? On ne peut le dire avec certitude. Mais le caractère complètement allemand des noms de lieux-dits permet de conclure que la germanisation était à peu près terminée aux IX" et X« siècles, soit plusieurs siècles plus tôt qu'au S., dans le territoire de levéché de Coire. Il est curieux gue cetle particularité phonétique fasse complètement défaut aux dialectes du Toggenbourg, d'Âppenzell et du Bas-Rheiiithal, qui faisaient également partie de l'ancienne Rhétie. Cela lient-il à ce que la population romane de ces territoires était peu considérable lors de la conquête alamane, de

ces d'une colonisation burgonde manquent complètement dao« le Valais central et inférieur, ce qui exclut donc absolument une immigration burgonde de l'O.

M La thèse contraire 'soutenue par ex. par Studer, WaHi»er und Walser, page 31), c'est-à-dire que TOberiand bernois a fte colonisé par le Valais, expliquerait tout aussi bien la cbos«. mais sans parler d'autren difficultés, elle se beorte au fait qu'alors l 'oriffiue des Valai»ans allemands reste une enifrni« absolue. Le fait que, plus tard, des colonies valaisannes se sont formées dans l'Oberland bernois n'est pas en cont<adiction avec notre tbeoria.

t) A l'exception de la ville de Saint-Gail, qui a l'affriqoée, comme le canton voisin d'Appensell.

') Il faut cependant en excepter le N.-O., où. comme now^ le verrons, la chose s'explique autrement.

*) II est certes surprenant que le dialecte connaisse, à ci'ité de la «forte romane», l'a: sourde de Suisse {aHnd, ëtarx^ ete.i. Dans le Rheinthal de Coire, qui n'a passé que beaucoup plus tard à l'allemand (voir plus loin), l'articulation de la fricative se fait beaucoup plus en avant, le son est alors très rapproché de k fort, respectivement double (à l'initiale kh). Nous supposons quelque chose d'analogue dans le Nord de ce territoire; mai», dans le cours des siècles, grâce au voisinage, x sourd s'est insinoê, et la « forte romane » est aujourd'hui le seul souvenir de la prononciation romane. Actuellement, du reste, elle recule devant la fricative suisse kx.

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sorte que, dès Torigine, rélément germanique y fut prépondérant? Nous ne voyons pas d'autre explication possible a cette situation M- La partie occidentale du pays de Gaster, (Je même que le canton de Claris, doit également avoir été j^ermanisëe relativement tôt ; toutefois, les restes de lieuxdits romans qui subsistent encore dans ce canton ne nous permettent pas de feire remonter la germanisation de ce dernier territoire au delà du XI« siècle: le roman s'est conservé beaucoup plus longtemps sur le Kerenzerber^, le long de la rive S. du lac de Walenstadt. Au delà d'une ligne partant à peu près de Schânnis, dans le pays de Gaster, et embrassant le palier supérieur du Toggenbourg (Wildhaus') pour se diriger vers le Hirschensprung dans le Rheinthal, c'est-à-dire dans les limites de 1 ancien évéché de Coire; vivait encore, au IX« siècle, une population près-

3ue exclusivement romane (cf. le témoignage des lieuxits dans W. Gôtzinger, Die roniani$chen Ortsnamen des Kantons St, Gallen^ 1891). Mais avec le IX« siècle commence un mouvement décisif de germanisation. Au début lie ce siècle, Tévéché de Coire perdit, par suite de l'introduction de l'organisation franque en comtés, la situation spéciale qu'il avait eue jusqu'alors, et qui lui avait permis (le conserver la tradition et les institutions romaines. En 843, ce pays fut réuni au royaume franc de TE., en même temps que l'évéché de Coire était détaché du diocèse de Milan pour être rattaché à l'archevêché de Mayence ; en 917 enfin, ces contrées furent réunies au duché d'Âlamanie. Ainsi les liens qui rattachaient la Rliétie à l'Italie furent <léfînitivement rompus et le pays entièrement ouvert à rintluence politique et intellectuelle allemande. Il est vrai que cette inlluence, surtout quant à la langue, ne fit que lie lents progrès, et aujourd'hui encore la Rhétie est en partie romanche. Mais dès lors, on vit de plus en plus des Allemands, suivis d'une nombreuse domesticité allemande, remplir les charges ecclésiastiques et laïques; l'allemand ilevint la langue des cercles dirigeants; plus tard, il remplaça aussi le latin comme langue ofAcielle : on le trouve clans les chartes et coutumes même de contrées qui aujourd'hui encore sont romanes 3). Mais la masse du peuple demeura d'abord partout fidèle à l'idiome rhéto-roman ; ce n'est que lentement, pas à pas, que l'allemand gagna du terrain. Tout d'abord, naturellement, dans la Basse-Rhétie, où l'influence du voisinage alamanique se faisait le plus vivement sentir. Dans la région de Coire et à Coire même, l'allemand n'est devenu, d'une façon indiscutable, la langue du peuple que vers la fin du XV« siècle, à une époque où, comme nous le verrons, il avait déjà depuis longtemps jeté des racines profondes dans les hautes vallées grisonnes colonisées par les Walser.

Il nous reste encore, après ce qui vient d'être dit. à suivre les fluctuations de la frontière linguistique de la fin du moyen âge à nos jours. En ce qui concerne la limite occidentale, nous avons constaté qu'au moyen âge elle passait en partie notablement plus a l'E. qu'aujourd'hui. II ressort des données fournies par la toponomastique et les anciens documents, que les contrées suivantes, aujourd'hui allemandes, étaient jadis romanes : 1»les environs de Bienne (qui malgré l'apparence allemande de son nom n'est probablement pas d origine germanique) et la rive occidentale du lac de Bienne ; 2® le Seelann bernois, entre le lac de Bienne, la Thièle et le lac de Neuchâtel, soit le district actuel de Cerlier ; 3« la contrée voisine au S., du district fribourgeois du Lac, ayant Moràt comme centre, et 4<» le territoire des communes de Giflers (Chevrillos), Saint-Sylvestre, Plasselb et PlafTeien (Planfayon), dans le district de la Singine. L'époque de ces conquêtes allemandes ne peut pas partout être fixée avec certitude. Il est certain que pour les rives N., O. et S. du lac de Bienne, la germanisation remonte au moyen âge. L'ancienneté du rôle prépondérant joué par la langue alle-

^ >) Le« conditions doîveot donc avoir été analogues à celles de nielyétie, qai confinait à l'O., et où le roman n a pas non plus laissé de traces visibles dans le dialecte allemand.

*) Si Wildhans, différant en cela du Rh*inthal avoisinant. ne possède plus aujourd'hui cette « forte romane » et dit ainsi tekxd, terfhx9, cette particularité est natturellement due À rintluence dn Toffgenbour^: en général le dialecte deWildbaus est plus rapproché de celui au Toggenbonrg que de celui du Rheinthal.

') Ce qui explique les noms allemands de châteaux situés iur sol romand.

mande dans le Seeland bernoisest attestée par le fait que le comte Rodolphe de Neuchâtel (Fenis), originaire de cette contrée, est le plus ancien « Minneaânger » connu de notre pays: il a imité, en strophes allemandfes, à la fin du XII* siècle, la lyrique amoureuse provençale.

On peut citer des dates précises pour la rive occidentale du lac de Bienne. De toute ancienneté les vignobles de Douanne étaient propriété de feudataires suisses allemands qui les faisaient sans doute cultiver par des tenanciers allemands. Déjà au XIII" siècle on troifve là dans les lieux-dits les traces d'un commencement de germanisation. Celle-ci ne se sera pas produite beaucoup plus tard à Daucher et Vigneule qui se trouvent plus au N. En revanche, Gléresse, situe plus au S., ne paraît avoir été atteint qu'au XVII« siècle et n'est com- Elètement allemand que depuis une centaine d'années. )ans le hameau voisin, de Chavanne, qui appartient à La Neuveville, le passage à l'allemand s'accomplit sous nos veux. Le district fribourgeois du Lac a aussi été entama par l'allemand de très bonne heure. Cependant la partie occidentale du territoire de Morat était encore, jusqu'au XV<» siècle, entièrement ou en majorité romane ; il en était de même de la ville, bien qu'on y constate l'existence d'éléments allemands déjà dans la première moitié du XIY« siècle. La germanisation ne fit de rapides progrès qu'au commencement des temps moderncii; elle amena, du XVI* au XYIII* siècles, un déplacement notable de la limite linguistique, qui fut même Sortée en certains endroits au delà de la limite actuelle, lais un mouvement rétrograde plus récent a rendu au domaine welche des postes avancés, comme Cressier, Courlaman. Courtepin, Barberêche, ou tout au moins préparé leur réintégration. D'autre part, encore au XIX* siècle, un certain nombre de localités telles que Meyriez, Greng, Coussiberlé, Courlevon ont passé a l'allemand. C'est encore au moyen âge que la région romane au S.-E. de Fribourg, dans la vallée de la haute Gérine et de Planfayon, passa à l'allemand. Là aussi le mouvement offensif de l'allemand fut tel qu'il dépassa la limite actuelle des langues avec plus de force encore que dans le district du Lac; à l'O. des colons allemands s'avancèrent vers la Sarine, du côté du S., jusqu'à La Roche en Gruyère, au N., jusqu'à Marly. Ce ne fut jamais, à vrai dire, qu'une germanisation partielle, l'élément roman se^ maintenant toujours dans des pro(>ortion8 variables à côté de l'élément allemand. Cet état de choses subsista jusqu'au XVIII* et au XIX* siècles, où l'allemand, particulièrement exposé dans cette région, succomba presque partout au changement de situation qui s'opéra alors. Marly seul a conservé, jusqu'à présent, après bien des vicissitudes, une forte minorité allemande ; à Pierrafortscha, l'allemand est en majorité. Les mouvements linguistiques du chef-lieu ont eu leur répercussion dans le canton. Fondée en 1177 par les Zànringen allemands, comme point d'appui de leur puissance vers l'O., Fribourg fut à l'origine une ville allemande. Mais sa situation à la limite des langues, les avantages politiques et économiques qu'elle otirait, la préférence des Welches pour la vie citadine, eurent pour conséquence d'attirer de la campagne environnante des Romands en nombre considérable ; de plus, comme la ville appartenait au diocèse de Lausanne, le clergé, en grande partie français, faisait valoir dans le sens de la romanisation, son influence considérable. Dès la seconde moitié du XIII* siècle, le français était la langue de la chancellerie; les premières écoles furent également françaises. Un revirement en faveur de l'allemand se produisit au XV* siècle comme conséquence de l'entrée de Fribourg dans la Confédération; Fribourg redevin tofliciellement une ville allemande ; l'allemand seul fut admis à l'école, à l'église et dans l'administration ; le français ne fut plus employé que comme langue de la famille. Mais les Romands continuaient à être à peu près aussi nombreux que les Allemands. Au XVII* et au XVIII* siècle, à l'époque de l'hégémonie littéraire et intellectuelle de la France, le français reconquit la première Fdace lorsque la bonne société et les classes dirigeantes 'adoptèrent. Cette transformation fut d'autant plus facile que les bouleversements politiques de la fin du XVIII* l siècle marquèrent la fin de l'allemand comme langue

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officielle. En 1890, le français devint langue officielle du canton de Fribourg ; dès lors il jouit de la part des autorités du même appui dont l'allemand avait bénéficié auf>aravant. Bien que depuis Ton ait proclamé en principe 'égalité des deux langues, Tétat ae fait n'a guère été modifié, surtout au chef-lieu, dont toute l'administration est restée exclusivement française. L'église aussi resta fidèle au français. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le nombre des Allemands recule et ne forme plus, d'après le dernier recensement, que le tiers de la population : 5595 Allemands contre 9701 Français. Si ce recul n'est pas encore plus prononcé, c'est qu'il se produit une forte immigration venant de la partie allemande du canton et des autres cantons de la Suisse allemande. L'ancienne distinction entre la ville basse allemande et la ville haute française n'est plus justifiée aujourd'hui.

H. Morf [Deutsche und Aonianen in der Schweiz, page 24 et suiv.) a très bien fait remarquer les rapports étroits gui existent entre le développement de la limite linguistique occidentale et certains faits importants de notre histoire. Les poussées en avant des Allemands durant le moyen âge sur les bords du lac de Bienne et dans le plateau fribourgeois correspondent sans aucun doute avec l'extension de la puissance des Zâhringen au XII* et au début du XIII<» siècles. Une nouvelle époque favorable à la germanisation commença avec les guerres de Bourgogne ; la langue allemande vit sa situation consolidée dans le territoire qu'elle occupait et fit même de nouvelles conouêtes. Ce fut en particulier le cas pour la seigneurie de Morat qui passa, en 1476, à Berne et à Fribourg et qui, sous l'influence bernoise passa à la Réforme et se germanisa par là-même. La Révolution française et les transformations qu'elle amena dans l'organisation de la Confédération eut pour conséquence un retour offensif du français, dont les conséquences se font sentir encore aujourd'hui. Â Fribourg, le français, favorisé par l'État et par l'Église catholique, prend une place prépondérante et se prépare à conquérir l'une après l'autre les positions allemandes non encore consolidées. D'autre part, Morat alle~ mand et protestant devint un centre ecclésiastique et économique de germanisation et réussit, dans sa sphère d'action, à contrebalancer l'influence romanisante du chef-lieu. Le mouvement actuel des langues dans le canton de Fribourg est caractérisé par cette opposition de Fribourg et de Morat.

Comme à Fribourg, la limite des langues dans le Valais a passé aux mêmes époques par des étapes analogues. Le plus ancien territoire allemand, dont la conquête a été mentionnée ci-dessus, comprenait les gradins supérieurs de la vallée jusque vers Brigue et Naters, soit les districts de Couches et de Harogne ; cette région est caractérisée par l'absence de lieux-dits romans. La région en aval, jusqu'à l'embouchure de la Lonza (districts de Brigue, de Viège et de Rarogne) fut conquise par l'allemand, probablement aux XII* et XIII* siècles ; on y trouve encore quelques noms locaux romands ; à l'embouchure de la Lonza, se rencontrent les derniers noms allemands (Steg, Hohtenn). Une nouvelle poussée se produisit dès Te XIV* siècle ; elle provoqua la germanisation du district de Loèche et donna la prépondérance à l'allemand à Sierre et mémeàSion. Dans le district de Loèche, les noms romands sont encore fréquents; à Loèche, ils forment les deux tiers du total, à Sal<^uenen, le village inférieur du district, ainsi qu'à Sierre et a Sion, ils sont la règle. En Valais aussi, la connexité des fluctuations de la limite linguistique avec les faits historiques est évidente ; ces fluctuations ne sont qu'un des aspects de la grande lutte des communes

f>aysannes du Haut- Valais en majorité allemandes, contre a maison de Savoie ou ses feudataires et l'évéque de Sion pour la suprématie dans la vallée du Rhône. Cette lutte se termina en 1475 par la conquête du Bas- Valais, lequel dès lors, et jusqu'en 1798, devint un pays sujet du Haut- Valais. Ce n'est que dans la période la plus ancienne que l'extension des établissements allemands eut lieu, comme ailleurs, avecle consentement ou sur l'initiative des seigneurs féodaux, afin de peupler les territoires encore incultes de leurs domaines. Ainsi, par exemple, la colonisation allemande du Lotschenthal est attribuée aux seigneurs de Thurn (La Tour), auxquels la vallée appartenait aux XIII* et XIV« siècles.

Déjà -au XIV* siècle les communes supérieures du dixain de Lisèche paraissent être devenues allemandes ; dans la partie inférieure du district, le changement s'opéra pendant les XV* et XVI* siècles : au XV* siècle, Salquenen était romand ; au milieu du XVI*, Loèche était encore bilingue. A la même époque il en était de même de Sierre. etae Sion, où les premiers indices certains de colonisation

germanique remontent au commencement du XV* siècle. fais tandis que, dans la suite, Loèche fut complètement germanisé, ce ne fut sans doute jamais le cas pour Sierre et encore moins pour Sion, auoiaue l'allemand y devînt prédominant au XVII* et au XVIII* siècles en ce qui concerne la vie publiaue et fût parlé par la grande majorité de la population. Il tant ajouter que, contrairement à ce qui avait lieu dans les districts du Haut, la germanisation à Sierre et à Sion se limita essentiellement au territoire de ces deux villes, tandis que la campagne avoisinan te restait romande (à l'exception de Bramois, près de Sion, avec lequel il forme un tout au point de vue économique). Ainsi qu'à Fribourg, les événements de 1798 enrent pour conséquence un revirement en faveur du français. Le Haut- Valais perdit ses privilèges politiques. La constitution de 1840, en introduisant la nomination des autorités sur la base de la représentation proportionnelle, devait nécessairement amener la prépondérance politique de l'élément romand, dont la force numérique est bien supérieure à celle des Allemands. Le français devint donc, sinon de par la loi, du moins en fait, la langue officielle. Il s'en suivit un recul rapide de l'allemand avant tout au cheflieu : au commencement du XIX* siècle, les trois quarts de la population y parlaient encore allemand ; déjà en 1860, les Allemands n'étaient plus en majorité, et en 1900, ils ne représentaient plus guère qu'un quart de la population, la classe la moins aisée. Bramois, a subi une transformation analogue : en 1800, on y comptait de 60 à 70 */« d'Allemands^ tandis qu'aujoura'hui il y a une forte majorité française. De même à Sierre; quoique, d'après le recensement de 1900, l'élément allemand n'y fût pas de beaucoup inférieur en nombre à l'élément romand, 1 allemand paraît y avoir maintenant capitulé sur toute la ligne devant le français.

Les tentatives énergiques et couronnées de succès des paysans allemands du Haut- Valais pour étendre leur domination dans la partie inférieure de la vallée ont été loin d'épuiser leur force d'expansion*). C'est ainsi que des documents du XIV* siècle nous parlent de colonies de paysans du Lotschenthal dans la vallée de Lauterbrunnen (autour de Gsteig) et sur la Planalp, au-dessus de Brienz ainsi qu'aux alentours de Thoune. De même, il est certain que les colonies allemandes du versant S. des Alpes sont venues du Haut- Valais ; des raisons

Géographiques, historiques et linguistiques, ainsi que es traditions locales, s'accordent à le prouver. Nous ne possédons que fort peu de renseignements sur l'époque et sur les circonstances de cette colonisation; les premiers témoignages documentaires sur l'existence d'une population allemande ne remontent guèn^ qu'au XIV* siècle ; on peut cependant admettre comme certain que les premiers étabussements sont du XIII* et peut-être du XII« siècles. Nous savons également Qu'à l'origine cette colonisation fut beaucoup plus étendue que ne le laissent supposer les vestiges actuels. Ainsi le val Challand, au S. du Breithom doit avoir eu jadis des habitants allemands : la partie supérieure de la vallée s'appelle encore aujourd'hui le « Canton des Allemands », et 1 on y rencontre encore des noms de lieuxdits germaniques. De même, Riva, dans le val Sesia, fut autrefois allemand. Dans le val d'Anzasca, les colonies allemandes s'étendaient encore au milieu du XVI* siècle bien en aval de Macugnaga et dans la vallée de la Toce jusqu'à l'embouchure de cette rivière : la grande com-

') On s'est souvent demandé comment un aassi petit peuple

fiouvait avoir eu l'importante activité colonisatrice qu'on doit ui reconnaître. Mais si l'on admet que la très forte natalité qui distingue actuellement la population du Haut-V«laiB s'est manifestée autrefois comme aujourd'hui (voir F.-G. Stebler, Das Ooms und die Gonuer, page 101) et que d'autre part on considère le peu d'étendue du sol cultivable, il est clair qu'il devait en résulter un excès continuel de population qui, comme aujourd'hui encore, rendait non seulement possible mais même nécessaire une forte émigration.

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mune d'Ornavasso sur le lac Majeur, dont la population allemande est mentionnée dès 1392, n'est devenue complètement italienne qu'au commencement du XIX* siècle. La localité tessinoise de Bosco fut colonisée au XIII" siècle depuis le Pommât allemand. Nous avons indiqué plus haut ce qui reste encore actuellement de tous ces postes avancés de la langue allemande, et nous avons vu que l'action destructive à laquelle ils sont soumis depuis des siècles, continue ses effets dans le présent et amènera tôt ou tard leur disparition complète.

Un problème encore irrésolu est celui de savoir quand et d'où est venue la population allemande de la vallée d'Urseren. Cette vallée a été romande jusque fort avant dans le moyen âge, ce que prouvent de nombreux noms de lieuxdits romands*). Depuis leur apparition dans Thistoire, au commencement du XIV* siècle, les habitants de la vallée rédigent leurs documents en allemand. A en juger d'après le caractère du dialecte actuel, on devrait admettre une immigration venant de la vallée de la Keuss ; la germanisation remonterait au XIII* siècle, puisque les SchôUenen 06 furent ouverts à la circulation qu'a partir de ce momentlà. Mais il reste a examiner si l'étonnante ressemblance actuelle des dialectes d'Urseren et d'Uri n'est pas simplement le résultat des rapports étroits que ces deux vallées entretiennent depuis des siècles. Tant qu'une opinion contraire n'aura pas été énoncée avec preuves à l'appui, on doit admettre comme possible que le Haut- Valais ait pris part à la germanisation de la vallée d'Urseren, qui lui était accessible par l'antique chemin de la Furka et avec laauelle il entretînt de très bonne heure des relations.

La colonisation la plus importante des Hauts- Va laisans, après celle du Valais même, s'est effectuée à l'E., dans les montagnes de la Rhétie. Nous ne pouvons songer à traiter ici, dans ses détails, la question compliquée des * Walser » des Grisons^). Pour nous, il est certain que les ' Walser » de la Suisse orientale et du Vorarlberg étaient bien à Torigine des Valaisans allemands, quoique ce fait ne puisse être prouvé strictement par les documents que pour le Rheinwald. Nous voudrions seulement ajouter que la langue des Walser, elle aussi, indique clairement leur origine valaisanne. Les dialectes allemands des Grisons ne divisent en deux groupes principaux : l'un comprend la vallée du Rhin ius()u'à Tamins (a laquelle s'iyoute encore la vallée du Rhin Postérieur, de son embouchure à Thusis, pour autant qu'elle est germanisée) et l'autre le reste du pays, soit précisément le territoire des Walser. Entre les deux il n est pas possible, il est vrai, de tracer une li^e de démarcation bien tranchée, car les relations séculaires et le mélange des populations, de même que rinfluence de Coire, chei-lieu du canton, ont eu naturellement leur répercussion dans le domaine linguistique. Mais le mélange n'est cependant pas tel qu'on ne puisse reconnaître encore parfaitement les différences caractéristiques. Nous choisissons dans les matériaux dont nous disposons un certain nombre de cas, tous de nature phonétique, en désignant le groupe de Coire par G, le groupe Walser par W, et en faisant observer que tout ce qui est indiqué pour W, s'applique aussi aux dialectes valaisans et à ceux qui s'y rattachent a l'O., tandis que G est le ^lus souvent d'accord avec les dialectes voisins de la ^uisse orientale.

1. Voyelles. Dans W' l'ancienne brièveté est conservée avant une sourde finale et en syllabe ouverte, dans G il y a allongement : bcui {bat)^ boas: bâd^ hâda =: Bad, ba- <len (bain, baigner). Dans W l'ancien à subsiste, parfois avec une légère nuance de o; dans G il est devenu '.' : hâr : hçr z=z Haar (cheveu). W a conservé les anciens ?, û, û même en hiatus (la diphtongaison générale de ces sons dans le Schanfigg est un phénomène a part), G les diphton^e dans le hiatus érià, érew : -— schreien (crier), tu qui n'a pas subi l'umlaut devient {m, ie,

*) Il e«t curieux de conMater que les ooms locaux du versant fia la vallée exposé au soleil sont en général allemands, tandis qne reox du côte opposé sont romands pour la planart.

*)Consalker l'exoelleat ouvrage de E. Branger, kêcniêgeêchichle (ter freien WaUer in der OêUchvoeiz, Berne, 1S95, qui contient dans sa première partie ane élude intéressante sur l'historique du problème »t un nouvel essai de solution avec quel- ({ues poiuts de vue nouveaux, mais qui néglige le point de vue lingaistique et tout ce qui se rapporte à 1 histoire de la civilisation.

dans W, û dans G : içuf, teif: tûf ■=. tief (profond), e germanique et e provenant a umlaut secondaire se sont confondus en à clans W, en e dans G : ràxi^ kélàœt : rext, kilext. L'ancien u a subi l'umlaut devant k, kx dans W. mais non dans G : rtik(ka) : rukka : = Rûcken (dos). Tandis que W a conservé au moins dans certaines catégories de formes les anciennes voyelles finales (longues et brèves), elles sont apocopées (excepté t, tu) dans G ; à Davos on a par exemple sing. bàry, plur. bàrgà • dans G les deux formes sont identiques (bërg), D'accoru avec ce fait, le préfixe ge- est conservé' partiellement dans W, au moins devant les explosives (g^tân). Dans W, le timbre des voyelles finales réduites peut encore varier, en partie conformément à 1 origine étymologique différente, par exemple Davos a<o/c/c«, inàkka = Glocke, (cloche), Scnnecke (limaçons). G n'offre rien de pareil.

2. Gonsonnes. k initial du germanique primitif est représenté dans W par x, dans G par k{h) : xind (xint) : khind. W prononce tekx9^ G en revanche tekka = decken (couvrir). Dans W yk devient x (ou h) avec « vocalisation » de la nasale; dans G il donne tfk : trlxa (triha) : tripka. Le passage de « à i, surtout dans le voisinage ae palatales, est aussi caractéristique pour W : mai, nûéar (dans G niâa, hûsar) == Màuse, Hàuser (souris, maisons). De même la conservation beaucoup plus fréquente d'anciens redoublements après voyelle longue ou consonne : iiiapfa, erp9 = rufen, erben (appeler, hériter). On peut mentionner en outre dans W oe nombreuses particularités de la morpholosie (par exemple la généralisation de la terminaison du pluriel -i (de -tu) dans les neutres forts : ipili, botti = Spiele, Gebote (jeux, commandements), de la formation des mots (p. ex. la richesse des suflixes diminutifiB : -i, ^U, -jh -téi, etc.), de la syntaxe (p. ex. l'usage étendu du génitif), et, fiait pas moins important, du vocabulaire ; partout W se rattache au Valais et à son groupe.

Il est naturel qu à coté de ces concordances on constate bien des difiérences, si l'on songe que depuis longtemps les deux dialectes ne sont plus en contact ; mais ces différences ne sont pas telles qu'on ne puisse, sans difficulté, les comprendre et les expliquer comme le résultat d'une évolution divergente postérieure. Les vallées grisonnes des Walser et le Haut- Valais ayant été de tout temps séparés par une large zone de pays romand, on ne peut expliquer la communauté de langage de leurs habitants, que par une émigration partie d un point où ils ont vécu ensemble ; mais, étant donné la situation, ce centre commun ne peut être cherché qu'en Valais. L'origine directe du Valais (ou du val Formazza) n'est, il est vrai, attestée que pour les plus anciens établissements des Walser dans le Rheinwald et peut-être aussi à Davos, où les Walser sont arrivés vers 1280 ; elle est aussi probable pour la colonie d'Obersaxen dont la date ne peut être fixée d'une façon certaine. De ces deux (ou trois) centres primitifs, les Walser rayonnèrent ensuite, pendant environ deux siècles, dans une grande partie des Grisons, jusque dans l'Oberland saint-galiois et dans le Vorarlberg ; partout ils rencontrèrent et supplantèrent une population romane, généralement peu dense, dont l'existence est attestée par les documents, ou qui a laissé des traces visibles de sa présence dans les noms de lieux et de lieux-dits. Il nous est d'autant moins possible d'entrer dans le détail des étapes du mouvement que nous ne pouvons que formuler des suppositions, relativement à l'origine et à l'époque des différentes colonisations. G'est essentiellement ou Bheinwald que sont sans doute parties les colonies de Safien, de Tenna, de Tschappina, de Vais et peut-être d'Avers; de havos vinrent celles du Schanfiffg, de Ghurwalden, de Wiesen, de Schmitten et du haut Pràtigau; Versam et Valendas paraissent avoir

f>lus de rapports avec Obersaxen. Dans le Pràtigau, dans e Schanfigg et i Ghurwalden, l'adhésion définitive au « parler de Davos » ne se produisit que dans le courant du XVl« siècle^). Au XV* siècle encore, le Pràtigau inférieur était entièrement romand ; la germanisation s'y est proba-

>) Cf. les reoseignements intéressants de l'historien U. Campell dans son Histoire rhétique (commencée en 1570), I, lil, 159 (dans la traduction de Moor). Gampell distingue déjÀ soigneusement la langue de Dayos de celle de Goire : € C!oire seul parle on allemand plus distingué. »

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Iilement produite en prenant son point de départ dans la vallée du Rhin, où, comme nous lavons dit, Tallemand était devenu la langue populaire à la fin du XV* siècle. Sous rinfluence de Coire, Tliusis passa à Taltemand probablement au XVI« siècle. Si Ton compare l'étendue du territoire conquis alors par l'allemand à ses limites actuelles, il pemble que ses progrés constants soient peu considérfibles. C'e^t un fait que durant le XYII* siècle et jusqu'à la fin du XVIH«, il y eut un arrêt presque complet au mouvement linguistique. 11 reprit avec d autant plus de vigueur au XIX« siècle, bien que pour le moment il n'ait abouti à des modifications considérables, ni dans les limites rcs>pectives des langues, ni dans les résultats des recensements. Nous avons déjà relevé plus haut qu'il s'est

Eroduit cependant quelques petits déplacements favorales à l'allfmand et que d'autres ne tarderont pas à se manilester. Mais un phénomène plus important, la vraie caractéristique de l'évolution actuelle, est la tendance générale des Rhéto-romans à devenir bilingues Alors qu'encore à la fin du XVIII* siècle, seul le Romanche instruit comprenait et parlait l'allemand, on ne trouverait pas actuellement beaucoup de Romanchesqui ne puissent au moins se faire comprendre dans l'idiome allemand. Dans les écoles primaires romanches, l'allemand est enseigné presque partout ; souvent l'allemand est la seule langue de 1 enseignement, et il n'est pas rare Qu'elle soit aussi la langue des fonctionnaires et de l'église, l^ans les circonstances économiques actuelles, avec le développement énorme qu'ont pris le-* relations commerciales qui atteignent jusqu au village montagnard le plus reculé, il n*est plus possible que les dialectes romanches se sullisent à eux-mêmes ; la population se voit oblif^ée de se rattacher à l'une des grandes langues mondiales aquelle, étant données les circonstances, ne peut être que raltemand. De plus en plus, l'allemand devient la langue écrite des Romanches, celle qui leur sert de moyen de communication avec le monde et les met en relation avec la civilisation moderne. Les rapports sont assez semblables à ceux qui, sur une plus petite échelle, existent entre l'italien et l'allemand, dans les colonies allemandes au S. des Alpes, par exemple, à Bosco. De l'état bilingue, à l'usage exclusif de la langue allemande, il n'y a plus qu'un pas. Mais que ce pas se fasse prochainement et d'une façon générale, c'est ce qui n'arrivera pas : le romanche subsistera encore iongten>ps à côté de l'allemand comme langue de la famille et des relations locales, bien que les limites de son domaine doivent reculer peu à peu d'une façon ininterrompue.

3. Efuploi de l allemand à l'intérieur de la Suisse alle^ mande; dialecte et langue littéraire. Le Suisse allemand comprend et emploie en général deux langues allemandes : son dialecte alamanique et l'allemand littei'aire. Le premier est usité avec les compatriotes de même langue, dans les rapports oraux, sans distinction de culture, d'état social ou d'occupation, tandis ()u'il ne s'écrit qu'exceptionnellement et dans des cas spéciaux ; l'autre est la forme habituelle du langage écrit, et, dans certaines limites variables, aussi de la langue parlée. Cette dualité n'a pas toujours existé, elle n'est en grande partie qu'un produit du XIX" siècle. Les temps anciens connurent, il est vrai, et cela dès que l'on écrivit l'allemand, une forme spéciale pour la langue écrite, qui différait plus ou moins du dialecte unmuement parlé ; mais sa connaissance et surtout son emploi étaient limités à un cercle très restreint, d'autant

Elus restreint qu'on remonte plus haut dans le passé, es plus anciens monuments de la langue allemande dans notre pays, comme d'ailleurs dans les pays allemands, en

Sénéral, datent du VIII*' siècle et proviennent du couvent e Saint-tiatl ; durant toute la période du vieux haut-allemand, ce couvent fut presque le seul foyer de la littérature allemande, mais il brilla d'un vif éclat surtout vers la fin du X* et au XI* siècle. L'emploi littéraire de l'allemand n'avait alors presque pas d'autre motif que certains besoins religieux et pédagogiques; du reste, la langue de l'Église, comme celle de la science et de la vie publique, fut longtemps encore, le latin ; l'art d'écrire n'était connu et pratiqué que par des moines. On ne peut connaître exactement le rapport qui existait à cette époque entre l'allemand écrit par les moines de Saint-Gall et le dialecte du pays; ce qui est certain, c'est que, dans Tensemble, ils

étaient encore très voisins. Il est d'ailleurs impossible que la langue écrite et la langue parlée soient absolument identiques, non seulement à cause de l'incapacité des signes de l'écriture à s'adapter à la variété infinie des formes du discours, mais aussi parce que l'écriture comme telle est inconsciemment et fatalement un moyen d'expression plus artificiel et réfléchi que la parole primesautière. Â cela s'ajoute, dans notre cas spécial, le fait que la pratique de l'écriture poursuivie pendant plusieurs

générations, a toujours pour conséquence la formation 'une tradition plus ou moins fixe; la langue parlée se transformant au contraire sans interruption, l'écriture finit par se trouver en désaccord avec elle et prend un caractère archaïque. 11 n'est pas sûrement établi que la langue écrite des moines de Saint-Gall ait subi des influences étrangères (franques), comme on l'a admis parfois. Les textes de l'époque du moyen haut-allemand sont en plus ffrand nombre. Notre pays a aussi joué son rôle, non pas de premier rang, il est vrai, dans le beau mouvement littéraire qui s'est produit à la fin du XII* et au XI II* siècle. Toutes les branches de la littérature y ont alors été cultivées. Ce qui montre combien la vie littéraire était active et développée chez nous, c'est le nombre surprenant de représentants que la Suisse fournit à la pléiade des Minnesànger, bien que cette supériorité quantitative soit certainement aue aussi en partie à l'origine des manuscrits conservés. C'est très probablement dans la Suisse allemande qu'ont été compilés les plus importants de ces manuscrits qui nous ont conservé les fleurs de la lyrique amoureuse allemande du moyen âge. Parmi les pays de langue allemande, la Suisse a aussi été l'un des premiers à substituer dans les chartes l'allemand au latin, vers le milieu du XIII* siècle. Chose à noter, dès les plus anciens documents de ce genre, nous nous trouvons en présence d'une langue coulante et uniforme, qui ne s'explique que par une tradition basée sur un long usage et un ensei-

Snement systématique donné aux scribes. On constate ans ce domaine deux tendances distinctes, qui se confondent à l'occasion : l'une archaïque, qui, si Ton en juee d'après ses caractères phonétiques, spécialement d'après la conservation des voyelles finales sous leur forme pleine {basa, mengi^ kilchun, niuron, machon, macnoKe)^ gemachot, drissigost = Base, Menge, Kirchen, Mauem, machen, macht(e», ffemacht, dreissig»t (tante, foule, églises, murs, faire, fait ou faisait, fait, trentième), doit remonter à la fin de l'époque du vieux haut-allemand (XI* siècle), l'autre, moderne, qui correspond à peu près au type du moyen haut-allemand classique. La première de ces tendances disparaît comme telle au XIV* siècle, mais persiste jusqu'au XV* et même au XVI* siècle dans quelques particularités (ainsi notamment dans les participes en -ot, dans les su perlât fs en -ost, dans les féminins et les diminutifs en -t) ; la seconde est la base de la langue qui a été employée sans modifications ni différences locales profondes comme langue écrite et imprimée proprement dite de la Suisse allemande jusqu'au commencement de l'époque moderne et encore plus tard. 11 est évident que le cercle des personnes qui écrivaient s'était notablement modifié en même temps

au'étendu : à côté et en lieu et place des monastères et es institutions ecclésiastiques, c'est surtout dans les chancelleries des villes et des princes que l'on écrit; de plus en plus on rencontre des lettrés ou des demi-lettrés capables de tenir la plume. En même temps qu'on écrit davantage, on écrit aussi sur un plus grand nombre de sujets ; les matières traitées sont beaucoup plus variées que jadis. Deux faits découlent de là. Malgré une certaine uniformité, il n'existe dans la manière d'écrire aucune rè^le fixe — il n'est pas encore question d'orthographe prescrite par une autorité; — des fluctuations individuelles et temporaires se manifestent ^nous avons déjà mentionné la persistance de formes de 1 ancien haut-allemand). Ensuite — et ceci rentre en partie dans la constatation précédente — des éléments de la langue parlée, c'est-à-dire du patois, se mélangent au dialecte, tantôt plus, tantôt moins, mais en général en nombre croissant. Ce type de mo^ren haut-allemand, dont nous avons parlé, avait ses racines et ses origines sur le sol nord-alamanique et la fixation se fit à une époque où plusieurs des di-

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vei^ences capitales qui devaient séparer plus tard les dialectes alamaniques n'étaient pas encore en voie d'évolution. De là, vraisemblablement, Taccueil réservé à cette manière d'écrire et sa prompte diffusion. Pourtant il n'est point douteux aue cette lanftue différait sensiblement du dialecte parle, déjà au XIII* siècle, davantage au XIV* et plus tard encore ; elle avait surtout conservé un caractère archaïque par rapport au dialecte parlé lequel, à la fin du moyen âffe, avait déjà les traits essentiels du dialecte actuel. Les précieuses recherches de Henward Brandstetter qui nous révélèrent, pour la première fois, nos anciens rapports lin^istiques, le font voir clairement; elles ont mis fin à l'opinion courante qui^ régnait jadis, à savoir que Tancif nne langue écrite suisse était identique au dialecte d'alors. Un seul fait est exact, c'est que les monuments de cette langue sont émaillés d'éléments dialectaux et cela dans des proportions très variables. Si aujourd'hui encore le Suisse qui écrit le bon allemand trahit inconsciemment son origine dans le choix de ses mots et dans la construction I moins dans la syntaxe) — et cela en proportion de son degré de culture — combien plus devait-il en être ainsi lorsqu'un Suisse d'autrefois écrivait « son bon allemand » alors que la langue était beaucoup moins fixée (|u'actuellement et surtout qu'elle se distinguait encore moins de son dialecte que l'allemand littéraire actuel du dialecte d'aujourd'hui. C'est pourquoi aussi la différence entre écrivains cultivés et hommes du peuple devait être plus considérable que de nos jours. Pourtant il arrivait déjà que l'on introduisait intentionnellement des éléments dialectaux pour donnera la langue une tournure populaire, pour produire un effet comique ou parce que le sujet rentrait dans le cycle d'idées du peuple^. La meilleure preuve que nous puissions fournir en faveur de ces différences profondes qui séparait la langue écrite de la langue parlée, c'est ^ue nous sommes en état de reconnaître comme telles les immixtions dialectales.

Il est difficile de dire jusqu'à quel point l'ancien bon allemand suisse était en usage comme langue parlée ; Brandstetter a prouvé qu'il était employé dans certains milieux. Il croit même pouvoir établir la prononciation de certains sons; ainsi on n'aurait pas rendu par a?, ce qui eût été conforme au dialecte, le k initial, mais par kx. Il est certain, par exemple, qu'on ne transposait pas les actes en dialecte, et tr& pronable aussi que les aiscours publics, prononcés du naut de la chaire, ou dans les conseils, prenaient nécessairement une teinte de bon allemand, par le fait que le mot dialectal eût mancjué pour rendre certaines idées indispensables à la clarté de l'ensemble. Lors de la représentation des jeux de la Passion et du Carnaval on s'en sera aussi, probablement, tenu au texte haut-allemand. Pourtant la prononciation, exception faite de certains cas, était certainement dialectale et le même texte, lu à Berne ou à Zurich, différait presque autant que les dialectes de ces deux villes. Il en alla du reste ainsi avec le nouveau bon allemand jusqu'au XIX* siècle, et même jusqu'à nos jours, mais avec des différences moins considérables. Comme des circonstances nouvelles introduisaient dans le dialecte populaire des mots tirés de la langue écrite, nous pouvons admettre, par analogie, qu'autrefois il en fUt de même. Mais il est certes exagéré de dire, comme on l'a fait en pensant à l'allemand de la bonne société de Berne, que le langage usuel de la « meilleure » société de nos villes ait été fortement émaillé de mots empruntés à la langue écrite.

Le mouvement vers l'unité linguistique, oui couvait en .\llemagne depuis le XV* siècle et auquel Luther donna sa direction définitive, annonça dès le XVI* siècle, époque où il commence à se faire sentir chez nous, une révolution capitale de l'état de choses que nous venons de décrire. On ne pouvait cependant pas prévoir en Suisse une rapide transformation et cela pour plus d'une raison, d'abord à cause de l'énorme dillérence qui séparait, tant grammaticalement que lexicologiquement, cette nouvelle lan^e écrite née dans l'Allemagne orientale de la langue littéraire suisse. Les divergences qui apparaissaient comme

') Voir par exemple R. Brandstetter : Die Mundarl in der alten Luxemer Dramatih (dans la Zeilêchrift /"tir hochdeuUche Mundarten, 111, 1 sq.).

les plus frappantes, parce qu'elles modifiaient fortement la physionomie de la langue, étaient celles qui atteignaient les voyelles radicales. La langue écrite suisse, en conformité avec le dialecte, avait conservé les anciennes voyelles longues t. u, û ; dans la langue de Luther (comme dans celles du Sud de l'Allemagne) ces voyelles étaient remplacées par ei, au, au {eu) : Lt6, Hûs, Hûser, y étaient écrits Leiby Haus, Hàuser

Une deuxième divergence parut moins importante : la lan^e de Luther remplaçait par les longues t, û, û les anciennes diphtongues te, uo, ûe qui s'étaient maintenues dans récriture suisse (comme dans celle du Sud de l'Allemagne) de nouveau conformément au dialecte. En allemand de Lutner Ub (écrit lieb)^ gûi, Gûte; pour le Suisse lieb (avec diphtongue), guot, Gûeti. Une troisième divergence importante avait trait au maintien de l'e final. La langue de Luther l'avait généralement conservé, celle de Suisse (comme celle ae l'Allemagne du Sud), l'avait supprimé : Knabe, Sûnde de Luther contre Knao, Sùnd en Suisse, etc.

Le consonantisme n'offrait, dans ses grandes lignes, pas de désaccord, car la langue de Luther, elle aussi, avait subi les effets de la permutation de consonnes du hautallemand.

D'autant plus grands, par contre, furent les contrastes dans le domaine de la syntaxe, de la composition du mot, de la construction de la phrase et tout particulièrement du vocabulaire. U est compréhensible et caractéristique à la fois que Luther appelle la langue de Zwingli un méchant allemand (bôses Deutsch) et s'écrie même dans sa colère .: « U faut transpirer avant de le comprendre ». A cet obstacle inhérent a la langue même, s'en igoutérent d'autres qui devaient entraver l'adoption, par notre pays de la nouvelle manière d'écrire. Vers la fin du XV* sièicle, la Suisse avait définitivement conquis par une

gaerre sanglante son indépendance vis-à-vis de 1 empire, et événement devait tout naturellement plutôt élargir qu'amoindrir la scission linguistique existante. Ajoutons encore la divergence d'opinions du mouvement réformiste. Une entente des reformations allemande et suisse aurait favorisé l'union linguistique, mais comme, depuis la conférence de Marbourg, Luther et Zwingli suivaient chacun une route opposée, il ne pouvait plus être question d'entente, et l'œuvre de Xwingli conserva, dans la langue aussi, ce caractère spécifique suisse qu'elle avait eu dès l'origine. U va de soi que la résistance contre la langue de la réformation fut plus considérable encore dans la Suisse catholique. On constate dans l'Allemagne catholique du Sud une lutte analogue qui se poursuit jusqu'au XV III* siècle.

Malgré tout, on n'en devait pas arriver avec l'Allemagne — pour le bonheur de tous et du nôtre en particulier <- à la scission linguistique qui menaçait de se produire. Les intérêts personnels, intellectuels ou alliés à certains intérêts matériels furent assez forts pour conjurer le danger et introduire en Suisse l'allemand unifié. Le fait que Bâie se trouva à la tête du mouvement s'explique aussi bien par sa situation à la frontière, son im- Sortance et ses intérêts commerciaux que par sa ({ualité e ville de science et surtout de centre d'imprimerie.

L'état actuel des recherches ne nous permet pas encore de poursuivre dans ses diverses étapes, à travers tout le pays, la lutte qui se livra alors entre la langue écrite importée et l'ancienne langue indigène. On peut cependant, et c'est ce qui importe ici, en distinguer nettement les faits saillants.

Le premier pas commence partout par l'élimination des divergences orthographiques et syntaxiques les plus considérables. L'introduction des diphtongues ei, au, au, à la place des voyelles suisses î, û, â, se produisit en première ligne. Il n'est pas sans importance de rappeler aue, sur ce point, la Suisse avait contre elle, outre la langue de Luther, toute l'Allemagne du Sud. Ce n'est que petit à petit que s'atténuèrent les divergences moins considérables et en apparence futiles, ainsi que celles se rapportant à la syntaxe et au lexique. Ce développement, <fui exigea un temps plus ou moins considérable suivant 1 époque et le lieu, se poursuivit pendant des siècles et n'est pas encore complètement terminé aujourd'hui. Les imprimeurs (dans les localités où ils apparaissent d'assez bonne heure) furent

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les principaux agents de cette innovation, et ils y étaient amenés par l'espoir de gagner des acheteurs étrangers. Les imprimés destinés à un rayon local et au peuple indigène, conservèrent pour la plupart, beaucoup plus lon^emns encore, le caractère de l'ancienne tangue écrite. Dans les œuvres imprimées à Baie, les diphtongues du nouvel haut-allemand apparaissent isolément déjà à la fin du XV* siècle ; vers 1520, elles sont très répandues. Néanmoins, le maître d'école bâlois Johann Kolross n'adopte pas dans son manuel d'orthographe allemande, imprimé en 1530. le nouvel haut -allemand qu'il connaît pourtant fort bien, mais la langue écrite nationale, probablement parce qu'il a en vue des intérêts locaux et essentiellement suisses. « Diss bûechlin ist fûmàmlich fur die hochtûdtschen gemacht » dit-il dans sa préface. En général, la langue écrite n'adopta que très lentement les innovations des imprimeurs ; ce n*est qu'alors qu'on franchit le pas décisif. La nouvelle manière d'écrire fut généralement adoptée par les chancelleries d'État, d'où graduellement elle rayonna un peu partout ; la ville précéda la campagne, le lettré, rillettré. Ce fait explique la grande variété des formes employées suivant le public auquel l'écrit était destiné. À 1 appui de ce qui vient d'être dit, citons quelques dates. A Bàle, la notation des voyelles du nouvel haut-alle-

mand, dont nous avons d^à relevé quelques traces dans

XV« siècle et qi fréquente dans la deuxième décade du AVI*,~dbminerdès

les imprimés de la fin du XV« siècle et qui apparaît plus

le milieu de ce siècle, dans la langue des imprimeurs, non cependant sans exceptions et hésitations. Depuis 1585 environ, elle règne à la chancellerie de Bâie; vers 1600, la chancellerie de Schafïhouse l'adopte ; à Zurich, les premières diphtongues imprimées apparaissent dès 1527, notamment dès 1o30, dans des éditions de la Bible ; autre part, elles sont rares jusqu'en 1550. Elles ne dominent que depuis cette époque, d'abord dans la littérature laïque, puis dès 1575 partout, exception faite toujours des œuvres destinées au peuple (catéchismes, etc.) pour lesquelles, jusque bien avant dans le cours du XVII* siècle, on conserva l'ancienne orthographe. Ce n'est que vers 1650 que Ton relève des diphtongues dans les protocoles du Conseil de Zurich ; elles deviennent plus fréquentes à partir de 1670 et dominent dès 1680 ; de 1690 à 1700, le vocalisme suisse disparaît avec d'autres particularités de l'ancienne écriture. De 1662 à 1667, on procéda à une revision de la Bible qui consacrait l'adhésion à la langue commune, non seulement dans la phonétique, mais aussi dans la syntaxe et le lexique.

Presque en même temps que Zurich, la chancellerie bernoise se rallia aux innovations ; Lucerne l'avait précédée (avant 1640), cependant, nulle part la transformation ne se fit brusquement, mais par transitions graduelles variant beaucoup, selon la situation et le degré de culture de l'écrivain. Les œuvres littéraires suisses du XVIII* siècle, surtout de la première moitié, et la critique qu'on fit de leur style en Àllema^e montrent combien, au XVIII* siècle encore, le Suisse même le plus lettré s'écartait, dans la grammaire et dans l'emploi des mots, de la norme adoptée en Allemagne. On sait quelle peine se donna Albert de Haller pour corriger, en collaboration avec un médecin hanovnen, son Vei'such schweizerischen Gedichten (paru d'abord en 1732) des innombrables impropriétés de termes qu'il renfermait, et comment il cherche sans cesse à les excuser en rappelant son origine suisse. « De nombreux mots sont employés chez nous qui sont vieillis pour d'autres et mille autres sont courants en Saxe qu'un Suisse ne comprend qu'à l'aide du dictionnaire », dit- il dans la troisième édition de ses poésies publiée en 1743, et dans la préface de la quatrième parue en 1748, il ajoute : « Je suis Suisse, la langue allemande m'est étrangère et le choix des mots m'était presque inconnu. » Bcnimer, de Zurich, suit la même voie ; mais il ne va pas si loin : il lutte contre l'obliffation d'adopter sans restriction l'allemand saxon de Meissen, qui servait alors de modèle, en soutenant que les autres contrées ont aussi le droit de contribuer à la norme linguistique, surtout la Suisse, dont la langue, comme le lui avaient montré ses études de vieil naut-allemand, était excessivement riche en expressions provenant de la langue primitive. Bodmer en arriva

même un moment, dans sa lutte contre la langue littéraire de Leipziff, à l'idée de la revivification d'une écriture suisse indépendante. Mais l'immense développement de la littérature mit fin à toutes ces idées particularistes et décida de la victoire d'une seule langue littéraire ; il brisa du même coup la domination de la Saxe supérieure et forma la langue littéraire, en se conformant à l'usage général des différents pays de langue allemande, d'après la part prise par chacun d'eux à la vie intellectuelle de la nation. Ainsi la Suisse, dès les temps de Haller et de Bodmer et jusqu'à nos jours, a contribué, elle aussi, au développement de l'allemand littéraire; «de nombreuses formes syntaxiques et lexicologiques de l'allemand littéraire moderne portent l'empreinte suisse •• (Friedr. Kluge, Unser Deutsch, Leipzig, 1907, pages 50 et suiv.).

On peut dire que l'adhésion de la Suisse au nouvel hautallemand a été complète sur toute la ligne dès le commencement du XIX* siècle. Ce qui ne veut pas dire que notre originalité ait été sacrifiée dans le domaine du mot écrit ; il serait d'ailleurs impossible que les différences qui, au XVIII* siècle, étaient encore si prononcées, aient pu se perdre dans l'espace de quelques dizaines d'années. Des traces considérables de l'ancien bon allemand suisse persistent dans la langue commune ; il faut y ajouter quelques particularités nouvelles qui furent tocyours propres à l'allemand écrit ou, ce qui arrive le plus souvent, qui s'y infiltrèrent de la langue du peuple. Un Suisse a de la peine à épurer son style de tels éléments, et cela d'autant plus qu'il est moins instruit. Avec une liberté tout artistique, nos poètes et nos écrivains adoptent intentionnellement ce stjle-là pour donner de la couleur locale à leurs écrits et cela dans une proportion qui varie suivant l'individualité de l'auteur et suivant la portée et le style de son œuvre (voir sur ce sujet les remarquables études de Ludwig Tobler, dans ses Kleinen Schriften zur Volks- una Sprachkunde. Frauenfeld, 1897, pages 235 et suivantes.) Mais, tandis que la lan^e commune laisse encore au style suisse unç certaine liberté, d'autre part elle cause un grave préjudice à notre dialecte qu'elle menace. A la place de la lutte entre la langue commune et l'écriture suisse oui va du XVI* au XVni* siècle, nous assistons, depuis le aIX* siècle, au combat entre la langue commune et le dialecte. Ses effets se font sentir dans deux directions, toutes deux défavorables au dialecte : non seulement celui-ci perd chaque jour du terrain, mais il se laisse envahir par des éléments toujours plus nombreux d'allemand littéraire ; il perd ainsi graduellement son caractère propre. La Suisse allemanae a été appelée avec raison la contrée la plus dialectale des pays de langue allemande. Nulle

S art autant qu'en Suisse on ne parte le dialecte et cela ans toutes les classes de la société : ffouvemants et gouvernés, instituteurs, professeurs et écoliers, industriels et ouvriers, riches et pauvres, vieux et jeunes ne parlent que le dialecte entre eux ; et toujours le même dialecte. Il y a bien quelques différences dans le choix des mots et dans la phraséologie ; l'homme instruit évite certaines expressions et tournures que l'ignorant emploie candidement ; celui-là introduit aussi davantage de bon allemand dans son parler que celui-ci ; mais de fait, tant dans les sons que dans les formes, l'un et l'autre parlent la même langue^), pour autant qu'ils sont originaires de la même localité.

Cet état de choses qui résulte de notre état politique et social a sans doute toujours existé. Si, au XVI II* siècle, les patriciens de Berne parlèrent français pour se disting[uer de leurs sujets de langue allemande, ce rut une exception isolée et momentanée. Qaeique le dialecte se soit ainsi affirmé jusqu'à nos jours comme la langue usuelle de tout le peuple, il ne règne pourtant plus souveraine-

*) II est absolument faux de dira, comme le fit récemment an germaniste de valeur (W. Braune. Ueber die Binigung der deutschen Auuprache. Discours de l'Université de Ueideiberg, 1905, page 23) que l'allemand suisse (Schwizerdûtsch) n'est parlé que par les Suisses instruits et ne devrait pas être confondu avec les véritables dialectes populaires. Il faut anssi abandonner l'opinion émise par ce même savant dans le même écrit que ce SchwiaerdQtsch remonte A l'ancien langage littéraire suisse.

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ment dans la conversation. Il est vrai, comme nous l'avons va, que ce fut déjà le cas dans les siècles précédents. Mais, tandis qu'alors remploi oral du bon allemand se restreignait à la lecture et à la déclamation de textes, aujourd'hui son emploi est presque général dans le discours public. Il semble que l'on ait adopté relativement tôt le bon allemand comme langue du culte, car déjà en 1671 le Conseil de Berne dut avertir ses ecclésiastiques d'avoir à s'abstenir, dans leurs sermons, d'un nouvel allemand inusité, par l'emploi duquel on ne faisait qu'irriter les gens sensés et qui ne pouvait amener le gros du peuple a leur christianisme. *) On retourna alors, comme Ton put. à l'emploi du dialecte, oue l'on maintint partiellement jusque dans le cours du XIX* siècle. Aujourd'hui, la prédication se fait partout en bon allemand et les sermons en dialecte sont devenus une curiosité. L'enseignement religieux lui-même est en séqéral dfmné en boa allemand. De même à l'éeoltf, situf dans les' classes infé* rieures, la langue employée est presque partout le bon allemand, quand bien même on constate de nombreuses exceptions tant locales que personnelles. Le fait que le lion allemand est seul en usage dans les Chambres fédérales peut s'expliquer par le fait que l'on a égard aux collègues romands ; mais dans les assemblées cantonales et les conseils des villes où le dialecte était encore de règle il y a quelques générations, on s'est acheminé de plus en plus ces derniers temps vers le bon allemand ; on entend même cette langue nouvelle dans les délibérations des landsffemeindes, ne serait-ce que dans le discours d'ouverture du landamman présidant l'assemblée. Les débats judiciaires, à l'exception peut-être des auditions de témoms ou des interrogatoires d'accusés, se font j^énéralement en bon allemand. Dans les assemblées publiques qui n'ont pas un caractère officiel, la manière de faire varie : plus la cérémonie revêt un caractère solennel, plus l'orateur ou le public sont instruits, plus le sujet et le développement qu il comporte sont scientifiques ou abstraits, plus on emploie le bon allemand. On peut constater cependant quelques divergences locales : en général l'O. et le Centre de la Suisse tiennent davantage à leur dialecte que l'E. et le N. Il va de soi que le mouvement est plus avancé dans les villes qu'à la campagne, dans le Plateau populeux et ouvert que dans les vallées éloignées des Alpes. Mais partout le mouvement s'annonce irrésistible : limiter l'emploi du dialecte aux rapports fismiliaux et là encore son pouvoir n'est plus illimité ! Il est compréhensible que l'on emploie le non allemand avec les étrangers, y compris les Allemands de l'Empire qui voyagent en Suisse; mais on l'emploie aussi sans que cela soit nécessaire à l'égard d'étrangers lixés chez nous, chez lesquels on doit s'attendre à trouver une connaissance suffisante du dialecte, ou vis-à-vis d'inconnus même quand leur parler trahit des enfants du pavs. Chez les paysans et les bergers du Valais et de l'Ooerland bernois c'est un usage très répandu d'écorcher le bon allemand même avec l'hdte de la Suisse allemande. Ailleurs, de pareils faits sont isolés ou inouïs; mats ils deviendront sans doute toujours plus fréquents. Ce recul du dialecte est unç conséquence inévitable des transformations survenues ces derniers temps dans tous les domaines de la vie politique, économique, sociale et intellectuelle, car le dialecte ne peut répondre aux exigences nouvelles de l'existence. Il aurait été possible, jusqu'à un certain point, de l'adapter aux circonstances actuelles, mais à quoi bon, puisque l'allemand littéraire possède un bagage linguistique qui le met à même de suffire à toutes les exigences. C'était et c'est encore la tâche principale de l'école publique obligatoire créée dans les premières décades du XIX* siècle de répandre dans le peuple la connaissance du bon allemand et de généraliser son emploi. l«fl institutions scolaires nouvelles et les nombreuses occasions de s'instruire qui s'offrent à tous agissent dans la même direction, sans compter les livres et les journaux répandus à profusion. Le bon allemand devenant ainsi de plus en plus le moyen d'expression de toute

') Qa'on Sa souvienne que peu sapararani la Bible do Znrich avait accompli |« rapprochement fondamental avec le nouvel bant-allemand et qu à pea près â la même époque la chancellerie bernoise Tavait également adopté.

haute culture acquiert forcément, vis-à-vis du dialecte, la position d'une langue plus noble, plus distinguée. Il est donc tout naturel que le bon allemand refoule le dialecte, même là où celui-ci se tirerait fort bien d'affaire tout seul, parce qu'il paraît plus conforme aux circonstances, par exemple à la dignité du lieu ou de l'assemblée. L'intrusion du bon allemand dans le commerce privé doit être signalée comme une preuve que le dialecte ne pourra, là non plus, prétendre conserver toujoura sa position toute puissante; mais il serait téméraire de vouloir conclure de là que sa situation est maintenant déjà sérieusement ébranlée.

Ce que nous avons dit plus haut du bon allemand écrit est également vrai pour ce qui concerne la qualité du bon allemand parlé chez nous. Il est rare que l'homme même le plus instruit ne laisse passer en parlant le bon allemand des expressions et tournures empruntées au dialecte, sans parler de !'« accent ». Par contre le bon allemand de 1 illettré n'est souvent qu'un dialecte germanisé pour la circonstance. Entre ces deux extrêmes vient s'intercaler une quantité de degrés intermédiaires. Cette forme bâtarde qui se place entre l'allemand littéraire et le dialecte, on a l'habitude de la qualifier ironiquement « allemand de Grand Conseiller » (Groêsratsdeutsehj à tort parce que cet allemand-là n'est pas seulement parlé dans nos parlements cantonaux. Un point digne d'attirer tout particulièrement l'attention, c'est la prononciation. Comme nous n'apprenons guère le bon allemand que dans les livres, nous nous dirigeons pour la prononciation presque exclusivement d'après l'orthographe ; mais celle-ci, comme chacun le sait, est un vêtement ample et très imparfait qui laisse le champ libre à presque toutes les nuances phonétiques possibles ; cette orthographe nous permet en gros de prononcer le bon allemand d après la prononciation dialectale pour autant que celle-ci n'est pas en contradiction formelle avec les signes orthographiques de la langue écrite. Déjà à une époque antérieure on ne s'achoppait pas à ces obstacles ; encore dans la première moitié du XIX* siècle il était presque partout d'usage de prononcer des diphtongues non seulement aux endroits ou l'orthographe invitait à le faire dans une certaine mesure comme dans lieb, 8chlie$sen, mais aussi dans Buach, Bxtacher^ malgré l'orthographe avec un simple u, fi, ou de si^tprimer l'n final comme dans le dialecte {lebB = leben) ; même des prononciations comme R%ch, nus = i?etcA, Haus (em-

{>ire. maison) survivaient alora et principalement dans a langue de l'église. Plus tard l'accord avec l'écriture devint plus intime. Le k écrit fut probablement rendu de tout temps par kx^ même quand le dialecte avait un .T {kxind) c'est ainsi que nous disons Ekxe, zankoDen comme wekxeuj dankxen malgré l'opposition dialectale entre ekk(9) tsatfka et ioekxa, tankxe.

Dans la règle, nous rendons la ([raphie â par f ou â même quand le dialecte comporterait un e (Geste, Gûête non gest dialectal = Gâste| et la graphie a (pour l'ancien a) par a, même quand le dialecte a ^ ou ô (Strâsse : dialectal itrçss, itrôss) tandis que l'a bref pêraiste avec toutes ses nuances dialectales. Du reste des cas analoprues ne manquent pas où nous suivons le dialecte en dépit de l'orthographe : ainsi $t et sp sont prononcés it et ip dans toutes les positions, e et o (d) sont tantôt ouverts tantôt fermés selon qu'ils sont ouverts ou fermés dans les mots dialectaux correspondants (Hecht ; recht resp. râcht; Geschlâcht resp. Geschlecht) ; on entend tankxen, Platt malgré l'orthographe danken^ Blatt etc. ; on pourrait multiplier les exemples à l'infini. Par rapport au dialecte nous ne différencions pas les sons cwh et ich puisque l'orthographe est la môme pour les deux.

Actuellement il est vrai, ces données ne sont plus complètement exactes. Le mouvement orthoépique, c'est-àdire d'épuration de la langue, qui s'est manifesté en Allemagne, depuis un certain nombre d'années, se répereute en Suisse : on demande de plus en plus que l'école veille davantage à la prononciation correcte du bon allemand, en se rapprochant des règles admises en Allemanie, ou même en les adoptant, et l'on ne saurait méconnaître que ces efibrts ont déjà été couronnés de succès. A vrai dire il n'est pas nécessaire que l'unité orthographique entraîne l'unité

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phonétique, mais il est désirable jusqu'à un certain point qu'il en soit ainsi. Cependant, ce développement exigera des périodes différentes selon les circonstances et les besoins et n'avancera en général que graduellement, ne devançant en aucun cas le développement de TAUemagne ; les partisans trop zélés d'un changement brusque en faveur de l'adoption de la prononciation de l'Allemagne du Nord n'y pourront rien changer.

Le recul quantitatif dont nous avons déjà parlé ne présente qu'un des aspects du mouvement de recul du dialecte suisse ; ses transformations intet-nes ne sont pas moins importantes. Si le bon allemand parlé en Suisse n'était souvent qu'un dialecte germanisé, on peut dire du dialecte qu'il est en train de devenir un bon allemand habillé à la patoise. Nous sommes cependant encore loinde cette transformation et nous n'y parviendrons pas de sitôt, mais il est incontestable que le mouvement suit cette direction. Il s'agit donc dans les transformations intérieures du dialecte d'une tendance générale à se rapprocher ainsi de la langue commune, non pas tant dans les sons et les formes que dans la construction des mots et la structure des phrases ainsi que dans le vocabulaire et l'emploi des mots. Les mots dont l'emploi était propre au diafecte disparaissent peu à peu et ^e voient remplacés par des emprunts faits au bon allemand. Nous avons relevé plus haut les causes de ce phénomène : l'école, qui répand partout la connaissance de l'allemand littéraire, la lecture des livres et des journaux, la participation croissante à la vie publique, les communications internationales qui mettent l'homme du peuple en relation quotidienne avec des personnes parlant le bon allemand et prêtent à ce dernier une certaine supériorité morale sur le dialecte. Plus ces relations sont fréquentes et intenses, plus leur influence dissolvante se fait sentir dans le dialecte. C'est

Eourquoi le dialecte de l'homme érudit est en général eaucoup plus imprégné de formes empruntées à l'allemand littéraire que le parler de l'homme du peuple; c'est aussi pourquoi l'on constate des différences semblables, bien que souvent moins tranchées, entre le parler de la ville et celui de la campagne, entre la génération qui passe et la nouvelle, ainsi qu'entre hommes et femmes. Un autre facteur conduit au même résultat : les moyens d'expressions du dialecte sont insuffisants pour la haute culture ; plus la sphère s'élève, moins le aialecte offre de ressources et moins on s'en sert, plus on est obligé d'employer le bon allemand.

Nous ne pouvons faire ici que quelques allusions à ces modifications intérieures. La plupart concernent l'élément le plus fluide de la langue, le vocabulaire. Mais là, ce n'est pas toujours l'influence de la langue écrite qui entre en lice. Des modifications du vocabulaire se proauisent dans les langues vivantes, surtout dans celles qui ne se transmettent qu'oralement à toute époque et même sans influence extérieure. Bon nombre d anciennes expressions de la langue populaire ont disparu avec les objets qu'elles désignaient, victimes des transformations qui se sont accomplies récemment dans tous les domaines de la vie intellectuelle et surtout économique. L'allemand littéraire n'est mis alors à contribution que pour autant que les choses nouvelles sont désignées d'après lui. Le rem-

8 lacement effectif du dialecte par le bon allemand se fait e diverses manières. Le cas le plus simple et le plus fréquent est celui où un mot du dialecte est remplacé par un synonyme bon allemand, par exemple tôtabaunir par sârg, ets»t9r par ininwr, etc. Très souvent les expressions concurrentes sont phonétiquement parentes, de sorte que le passage se réduit à une simple transformation de l'expression dialectale : huy{g) devient honig, fàistar devient fenétar, blà devient blau, etc. De deux ou plusieurs formes dialectales se différenciant phonétiquement, on garde celle qui se rapproche le plus de la forme du haut-allemand : ainsi de hu9àt9 et de wuaètd (== Husten) la première chasse la seconde. De même pour les synonymes : celui qui l'emporte est celui qui s'appuie sur le bon allemand, une expression dialectale, susceptible d'être interprétée de plusieurs façons, peut emprunter la forme du bon allemand pour rendre une acception commune et garder pour les autres la forme dialectale : xûr){g) est remplacé par kxônig pour son sens véritable qui seul est littéraire, tandis que dans sa signification de roi aux jeux

de quilles et de cartes, la forme xùy(g) reste intacte. Ou bien l'emploi dialectal se restreint à la seule signification du bon allemand : ex. rlta qui signifie véritablement : aller en voiture, en bateau ou à cheval, arrive de f>lus en plus au sens plus étroit du bon allemand (pour e reste, il est remplacé par fàra) ou êmôkxa, qui signifie Bchmecken et riechen^ toujours plus employé dans la première acception seulement, tandis que pour exprimer la deuxième signification on choisit le bon allemand riaxa. Tous ces changements se font peu à peu par une série de formes intermédiaires qui peuvent du reste, pour diverses raisons, se conserver très longtemps ; les causes de ces transformations et les points de départ ne sont pas toujours les mêmes et ne peuvent pas toujours être fixés. Les influences de l'allemand littéraire dans le domaine syntaxique sont infiniment moins importantes en étendue et en propagation. Au contraire du non allemand, la construction de la phrase dialectale est très simple ; elle est essentiellement parataxe et l'association logique des pensées et des conceptions n>st exprimée dans le langage que très imparfaitement (pour une langue qui n'est que parlée, on a recours, quand c'est nécessaire, à d'autres moyens). Mais il n'est pas rare que des personnes qui ont souvent affaire avec la langue écrite et qui sont habituées à penser dans cette langue, en appliquent plus ou moins les règles syntaxiques dans leur conversation en dialecte, surtout quand le sujet est au-dessus de la sphère du dialecte. Mais la langue de la grande majorité du peuple ne connaît pas ces formes syntaxiques. On peut encore moins parler d'influences notables de l'allemand littéraire sur la formation des mots ; celles qu'on avance ne sont le plus souvent que des cas fortuits ou le résultat d'un développement spontané qui coïncide (à vrai dire, ce n'est peut-êli*e pas toujours l'effet d'un pur hasard) avec le bon allemand. Les particularités phonétiques constituent jusqu'à nos jours le centre de résistance le plus solide du dialecte. Du bagage linguistique emprunté à l'allemand littéraire, ou en général à l'étranger, la plus grande partie a dû s'adapter aux lois phonétiques dialectales. A y a bien quelques exceptions, mais celles qui (comme Fràulein. p. ex.) sont définitives, sont très rares. Le fait que dans les mots empruntés au bon allemand remplace le k initial par kx et non par x ikxônig) n'est pas à proprement parler contraire au aialecte, car celui-ci possède aussi le groupe initial kx provenant de g'ck. 11 y a pourtant des cas où la langue littéraire détruit notre système phonétique particulier. En application d'une ancienne loi phonétique par suite de l'allongement de la diphtongaison de la voyelle précédente, n est tombé dans presque tout notre territoire respectivement devant s, f, jc .* orunst est devenu ht*ûèi, brouit. Mais depuis longtemps cette loi n'est plus en vif^ueur ; les mots introduits récemment conservent l'n intact et les anciennes formes indigènes que la loi avait atteintes disparaissent lune après l'autre, devant les formes littéraires où Vn a été conservé : ainsi bruit, brouit disparaît devant brunit. Cette substitution de mots pourra même aller jusqu'à la disparition complète de toutes les formes autochtones, ce qui détruira un caractère phonétique caractéristique du dialecte.

Ce cas n'est pas le seul de son espèce ; le plus souvent il s'agit d ailleurs de phénomènes phonétiques par lesquels une partie seulement de notre territoire se sépare du bon allemand, tandis que le reste s'y rattache au contraire. A l'influence égalisa trice du bon allemand vient encore s'ajouter celle qui joue aussi un rôle dans notre développement linguistique moderne; on peut l'appeler l'influence du suisse commun, ou plus exactement de l'allemand suisse commun. L'époque moderne a vu se développer d'une façon prodigieuse non seulement les relations internationales, mais aussi les rapports à Tintérieur du pays. La centralisation politique grandissante, la liberté d'établissement partout croissante, Tes multiples facilités de communications, le service militaire, toutes ces causes mettent en contact les ressortissants des diverses contrées de notre pays ; il se produit aussi des déplacements d'année en année plus considérables de la population sédentaire. La statistique montre que le nombre des Suisses établis dans leur commune d'ori-

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^ne a diminaé presque partout, alors que la population augmente généralement et, en certains endroits, d'une façon considérable. C^est surtout le cas des Tilles et des localités industrielles, mais même dans des contrées agricoles il y a lieu de foire, sur une moindre échelle, des consta'tations analogues. Il est compréhensible qu'un tel mélange de population comporte aussi des conséquences linguistiques ; les particularités locales s'effacent de telle façon qu'un parler uniforme se substitue aux dialectes régionaux. Dans ce cas une influence due à l'allemand littéraire n'a pas besoin d'intervenir, mais il arrive souvent c^ue des formes phonétiques appuyées par la langue écrite acquièrent de ce fait la préférence sur celles auxquelles manque cet appui. Il est d'ailleurs superflu de faire remarquer que le mouvement niveleur n'atteint pas seulement la phonétique mais aussi les autres domaines de la grammaire et surtout le lexique. Outre ce mouvement général d'unification sur des territoires plus nettement limités, une nouvelle influence se fait sentir en ce sens, par exemple, qu'une localité importante en arrive à modifier fortement la langue de toute la région qui dépend d'elle. On constate ainsi l'influence considérable de la ville de Berne dans la Haute- Ar&ovie et l'Oberland, celle de la ville de Coire dans les raliées grisonnes des \^ alser, etc.

Telles sont les causes extérieures et intérieures qui travaillent à l'appauvrissement et a la défaite du dialecte et par là, à la lente destruction de l'un de& témoins les plus vénérables du caractère suisse allemand. 11 n'est pas en notre pouvoir d'enrayer le mouvement, car ce serait vouloir enrayer les progrés récents de notre pays et de notre peuple, dont ce mouvement est la conséquence nécessaire. Nous ne voulons point dire par là qu'il soit impossible de ralentir le mouvement. 11 faudrait avant tout (]ue l'école donnât aux enfants, mieux qu'elle ne l'a fait jusqu'à présent, la conscience nette de la valeur du dialecte par rapport au bon allemand et leur inspirât un sentiment précis des différences qui séparent les deux langues. La réalisation de ce vœu, formulé récemment à nouveau'), serait aussi utile au dialecte qu'au bon allemand. Mais en revanche la proposition de limiter l'emploi du dialecte aux seuls cas où Von peut s'en servir sans avoir recours au bon allemand est irréalisable; en l'état présent nous devons laisser l'évolution linguistique suivre son libre cours. Mais quelque forme que prenne celle-ci, il est certain que la langue populaire de la Suisse allemande pourra revendiquer longtemps encore, du moins pour la phonétique et ses formes, son caractère particulier.

4. Caractèi*€s et divisions du dialecte. L'allemand suisse appartient au groupe des dialectes alamaniques dont font encore partie les dialectes de l'Alsace, du Grand-Duché de Bade, du royaume de Wurtemberg, à l'exception de la partie septentrionale, de la Souabe bavaroise, à VO. de la Womitz et du Lech ainsi que ceux du Vorarlberg ; ce groupe rentre, avec les dialectes franciques voisins et bavarois autrichiens de TE., dans le groupe des dialectes haut-allemands. Ces derniers forment, avec les dialectes de l'Allemagne du centre, le haut-allemand, lequel se distingue du bas-allemand par l'altération, suivant des lois fixes, de certaines consonnes, altération qui eut lieu au commencement du moyen âge et qu'on appelle la permutation des consonnes du haut-allemand (tiochdeutsche Lautverschiebung). La répartition du haut-allemand repose donc sur des facteurs ethnographiques ; nous n'avons pas à rechercher ici jusqu'à quel point elle est fondée au point de vue linguistique. On donne le nom d'alamanique à la langue de cette contrée qui, comme nous l'avons vu, fut colonisée dès le commencement du VI* siècle par le peuple des Alamans. 11 existait sans doute dans cette contrée, déjà à l'époque du vieux haut-allemand (depuis le VIH* siècle) et encore plus tôt, des diflérences linguistiques, mais on ne peut les reconnaître avec certitude parce que les monuments de cette période qui sont parvenus jusqu'à nous proviennent presque tous de la même contrée (Saint-Gall et Ueichenau) ;

') En dernier liea par O. de Greyerx dans sa conférence intitnlee : Die Mundart aïs Orundlagedes Deutschunlerrichts. (Berne, 1900). (S ir ses devanciers, voir l'appendice.) Le même a montre daus sa Deutsche Sprachschule /Ur Berner (2« éd. Berne, 1904) comment la réforme devrait être misa en pratique.

seuls les documents de la fin du moyen âge nous permettent de relever clairement ces différences. Aujourahui on divise généralement l'alainaniqne en deux branches principales : l'une, du N.-K., le souabe {Sehwàbisch), l'antre, du S.-O . l'alamaniqne, an sens restreint du mot; la limite entre les deux va du N. de l'Alsace vers le S., passe depuis Rastatt à travers la plaine baduise du Rhm, de là suit à peu près la frontieie qui sépare le Grand-duché de Bade du Wurtemberg, tendant an S vers le lac d'Ueberlingen, pointant de là vers l'E.-S.-E. an Lech. Cette division est basée sur le traitement des anciennes voyelles longues toniques i, û, û : dans le schv^àbisch, comme dans le reste du domaine haut-allemand, et dans l'allemand du centre, celles-ci sont devenues des diphtongues; l'alamanique au sens restreint lésa, en général, conservées comme simples longues ; en schwàbiscli Uib. h^us, h9is9r (ou autre prononciation de la diphtongue), en alamanique (t6, hûs (Alsace et en partie aus-i en Suisse Adjt), hûsBT (hisar) = Leib, Haus, Hâu^iCr (corps, maison, maisons). Une seconde division sépare de nouveau en deux le territoire de l'alamanique restreint : une partie N. et une partie S. : le bas-alamanique et le haut-alamanique. La limite traverse l'Alsace du Sud et Bade (la ville de Bâle avec Hûningue et Saint-Louis forme un îlot de bas alamanique), court au Zellersee et abandonne le Bodan, près de Lindau pour se diriger vers le N.-E. La distinction se base cette fois sur un phénomène consonantique : la représentation du h primitif à l'initiale et dans le corps du mot après r ou l. Dans le bas-alaman-que, il a abouti à un son explosif (A; g) aspiré à l'initiale devant une voyelle {kh)y dans le haut-alamanique à jr, à l'initiale aussi kx (en Suisse dans un petit territoire au N.-E. seulement, dans le Bheinthal de Saint-Gall, de Slaad près de Rorschach, au S. «jusqu'à Oberried, sauf Altstâtten et Eichberget dans la région frontière du Kurtenberg appenzellois ; puis plus loin, de l'autre côté du Rhin). Ainsi, bas-alamanique : khind; klag» (<?<-), krag^ {(nr-); stark : haut-alamanique, xind^ xlcufif, xrag», soit Aurtnd, etc.; itarx *).

La Suisse allemande rentre donc tout entière, avec l'exception mentionnée, dans le territoire du haut-alamanique, qui au N. et à l'E. dépasse encore partout ses frontières. 11 serait du reste difficile de relever un fait phonéti- 3ue quelconque dont la limite coïnciderait sur une certaine istance avec notre frontière politique : le commerce avec les pays situés de l'autre côté du Bodan et du Rhin à toufours été assez actif pour faire passer d'une vive a l'autre, malgré les barrières politiques, les changements linguistiques. Si donc nous voulons citer des faits caractéristiques du suisse allemand, il ne peut s'af^ir que de phénomènes qui embrassent aussi le pays voisin du N. ou de TE., ou qui se limitent à une partie plus ou moins grande de la Suisse allemande. Parmi ces faits, il s'en trouve qui ne se rencontrent nulle part ailleurs dans les pays allemands et qui sont donc de véritables caractéristiques; mais la majorité de ces particularités se retrouvent ailleurs qu'en Suisse (notons par exemple certains contacts avec le bavarois du S.) et les particularités ne consistent plus que dans la réunion des phénomènes particuliers qui ne se présentent de la même façon dans aucun autre dialecte.

C'est donc dans le sens indiqué que le tableau suivant de quelques traits linguistiques généraux et spéciaux du suisse allemand devra être compris. Nous avons surtout en vue d'en établir le rapport avec les autres dialectes alamaniques. Dans le domaine de l'accent il faut relever que, contrairement à l'opinion généralement admise, le suisse allemand observe dans la règle l'accentuation descendante, c'est-à-dire que les syllabes accentuées

*) Pour établir la division en u^age jattqu'à présent, on n'avait eo éga d qjt'k la 8yllab<« initiale ««t un faisait rentrer dans le bas-alamanique le territoire où se retrouve kx; remarquons toutefois que le son initial ^o; existe lussi d«ns le M>inbtHrthal alsacien. Mais ce kof eut eertaïuemeui N résultat reoont de kh; il n'apparail que d^ivaut une voyelle: devant une consonne, et à riiilérieur ap>èa r ou /, on a une explosive, landis que le kx de l'Ë. apparaît aus»i devant une consonne et à côte da rx. Ix Le fait que le Rn»inthal grison, de Thuvis à Maienfe Id (avec, à ce que l'on ait, exceution «tes Pûuf Dôrfer). a à l'initiale kh, d-vant une consonne k (A côté de rx, Ix reM^ectivement rh et th à l'intérieur du mut), constitue un phénomène pa«*ticulier et doit être attribué à l'alamanisation récente de ce territoire.

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sont musicalemeDt plus élevées aue les faibles ; la seule exception certaine est celle de la ville de Baie qui, là aussi, marche avec le bas-alamani<|ue et notamment avec le schtvàbisch. Une différence importante entre l'allemand suisse et les autres dialectes alamaniques consiste en une énergie plus grande de l'articulation. Cette particularité explique, par exemple, pourquoi il a conservé l'opposition entre les consonnes fortes et les faibles (fortes et lenes)^ opposition qiii dans le bas-alamanique et aans le schtuâbisch s'est réduite presque complètement en faveur des faibles.

Ce n'est que pour les consonnes sonores à l'intérieur que l'on observe dans nos dialectes (mais pas partout) une tendance très marquée à la réduction des anciennes fortes ; le même phénomène se produit à la finale pour les explosives et les fricatives. Le N.-O. de notre territoire occupe dans cette question une position toute particulière, en ce sens que chaque forte mitiale y est transformée en faible, exception faite de cas déterminés, ainsi on prononce dàg au lieu du tag habituel en Suisse. Seules se sont maintenues les fortes médianes (aussi à Bâle), par exemple degka à côté du bas-alamanique deygd. C'est également de l'articulation plus forte que provient l'habitude des Suisses allemands de redoubler toutes les fortes entre voyelles longues ou brèves ou entre r, l et une voyelle, de telle sorte que la consonne paraît s'appuyer à la fois sur la syllabe précédente et sur celle ^ui suit et que la séparation des syllabes tombe, pour ainsi dire, dans la consonne même, par exemple, fat-tar (Vater), xcas-sar. éaf-fa, et aussi êlâf-fa, helf-f9, $tarxx9 (starker), etc. Toutefois le redoublement n'est pas partout également marqué et on constate à ce point de vue non seulement des divergences occasionnelles, mais aussi des différences très nettes entre les différents dialectes, par exemple entre Bâle-Ville qui redouble peu et le N.-E. de la Suisse.

Quelques mots encore de phonétique spéciale.

1. Voyelles, a) Quantité, Le dialecte en est encore à la situation du vieux-allemand en ce qu'il transforme généralement les voyelles brèves en syllabe ouverte (du moins devant les consonnes sourdes) : had9, fopal, hosa^ ituba, etc. Dans les monosyllabes, devant les faibles, l'allongement s'est produit dans la plus grande partie du domaine (tag, grab, hôf, smlj, sporadiquement aussi devant des fortes, mais en général seulement devant les sonores et les fricatives //a/, bdn, étïx, fli^ = Fall, Bann, Stich, Fluss (chute, ban, piqûre, rivière), en quelques localités seulement aussi dans blM = Blatt (feuille), etc. En général, l'alloni^ement est constant devant r -ï~ <^onsonne ; il se produit aussi dans quelques dialectes devant l -\- consonne, et dans un seul territoire devant n, tn -|consonne. Dans la rèçle, l'allongement n'exerce aucune influence sur la qualité de la voyelle. Des cas de réduction se présentent partout, causés tantôt par dissyllabisme, tantôt par la consonnance suivante. La réduction la plus répandue est celle de t, û, û, surtout devant les fortes (explosives) : zit =i Zeit (temps).

b) Qualité. De même pour ce qui a trait à la qualité des voyelles, notre dialecte est probablement de tous les dialectes du haut-allemand celui qui est resté le plus voisin du vieil allemand. Avant tout, les diphtongaisons spontanées des anciennes longues ne jouent qu'un rôle secondaire; non seulement les voyelles î, û, û, dont nous avons parlé plus haut, se maintiennent le plus souvent comme simples longues, mais aussi â, é, ô, avec, cependant, parfois, des modifications plus ou moins considérables de timbre. Les anciennes diphtongues, elles aussi, ont conservé pour la plupart leur caractère de diphtongue. Les anciennes diphtongues ei, ou apparaissent dans le domaine principal comme ai ai respectivement au, au^ âu^ dans le â.-O. (sur le territoire soidisant burgonde-alamanique) comme et, fi, f, f, respectivement çUf ou, (t, dans le Nord-Est coinmè â, à ôa, o respectivement ^, ô, (o). Les voyelles labiales ô, û, rm, aevenues considérablement plus nombreuses par suite de la labialisation de e, i, et sous l'influence d'une consonne, (par exemple frômd. éwôstar, wùssa, rànna, hôuéèa = fremd, Schwester, wissen, rinnen, heischen (étranger, sœur, savoir, couler, exiger), sont restées dans la plus grande partie du domaine. Le développement

spontané de û, qui devient ui, û, de uo, ud à ûo, io, Û9, de ou à ou, oit y oi est propre au Sud-Ouest (partie orientale de l'Oberland bernois, Valais et ses colonies) ; Uri connaît aussi ui, û pour û. Nidwald ut, Uri et Nidwald ont ai de au^ d, Urseren ou de o. Ces û ô occupent, dans leur formation et dans leur prononciation, une place intermédiaire entre u o et les ù ô du reste du territoire. La palatalisation de a qui devient â, e sous l'influence de si est générale : tàisa = Taschè (poche). Des modifications qualitatives des vovelles se

f produisent ailleurs surtout sous l'influence Je nasaes dont l'influence se fait sentir presque partout d'une manière ou d'une autre. On trouve des voyelles nasales dans deux territoires de la périphérie, au N.-E. et au S.-O. La scission de u en u et o, celle de i en t et e s'est réalisée sur un territoire restreint; celle de o en 0 et 9 est plus répandue. Dans le reste, les anciens i et t resp. u et û, sont représentés par f (f ) : i {i) resp. \é (y) : v M- Dans quelques localités i. u se sont

rntanément abaissés à e {ê) et o (ô). Des différents sons 1'^, — issus 1<> de lancien «n uinlkut » de a; ^ de Ve germanique ; 3» d'un « umlaut » plus récent de l'a ; V* de l'umlaut de â long et &> de l'ancien ê long — les variétés 1-3 se distinguent partiellement dans TAppenzell, le Togffenbourg, le Rheinthal saint-gallois, la Thursovie supérieure et dans le canton de Glaris encore de la mime manière «qu'autrefois (en e, e, â, dans le Rheinthal e ça e).. maid le plus souvent 2^ et 3 se sont fondus en a ou e, La variété n^ 4 est en général qualitativement identique à celle du n« 3, mais il lui arrive aussi souvent d'aller sa propre voie ou de se fondre, ce qui est le cas de quelques contrées isolées, dans le n» 5, dont la qualité correspond dans la règle au n^* 1. U faut exclure certaines perturbations amenées par diverses combinaisons de sons, notamment par les nasales. Dans l'O. et au S., u a été modifié en u devant k, kx, pf, ts. Dans tout le S. apparaît une voyelle d'appui entre r -|- #} ou r -|- t9i à la fin du radical (hora^ ara = Horn, Arm (corne, bras); elle apparaît plus sporadiquement dans le reste du domaine entre r (ou l) et d'autres consonnes (surtout x). Le phénomène qu'on appelle la réfraction oe t, u, û, respectivement t, û, û devant r et h(x) est répandu partout, mais sur une étendue très variable, iniiat'v, li9xt = schmieren, leicht (graisser, léger). Le fait d'avoir soustrait à l'apocope les voyelles finales libres, non seulement les longues, mais aussi les brèves et cela quelquefois en leur conservant la qualité qu'elles avaient dans le vieil-allemand est propre au S.-O., par ex. /«u»^a = Zunge (langue), laga = Ta^e (jour), tago (gén. pf.j, hano = Hahn (co^), ntmu = ich nehme (je prends). Dans tout le domaine t et iu finals sont rendus par i, par exemple, gît^ti (vieil-allemand guotl) = Gûte (Bonté) itukQri (vieil-allemand stuckiu = Stûcke (morceaux).

2. Consonnes. Nous avons déjà parlé de l'état caractéristique pour nos dialectes du déplacement de k ; nous avons donc : à côté des cas après voyelle, x à l'initiale comme dans le corps du mot après r et / (avec les exceptions indiquées plus haut) ; après 9, k dans deux territoires sépares à l'E. et au N.-O., kx dans le domaine principal, X au S.-E. et au S.-O.; pour kx le même remplacement qu'après 1;, sauf que le degré x manque. Tous ces sons sont articulés dans l 'arrière-palais, de là cette prononciation sourde et gutturale du x ou /fx qui est pour l'étranger une caractéristique principale du parler du Suisse allemand. Cependant au S. cette prononciation gutturale est sensiblement plus faible, c'est bien plutôt une simple aspiration (nianh9y str%)ta =^ machen, streichen (faire, frotter) l'articulation se déplace en avant et dans certains dialectes (dans l'Ouest de 1 Oberland bernois, dans le Valais et dans ses colonies au delà des Alpes, parfois aussi à l'Est) en lieu et place des velaires palatalisées on se trouve en présence de véritables palatales : xini^ yàlpéi^ xàs, milx, befix* i^i^X^* rixta, lw;yi, rtft, brifiji = Kind, Kâlbchen, Kâse, Milch, Bâcker. riicken, richten, Lôchlein, Rûcken, Brûcklein (enfant, petit veau, fromage, lait, boulanger, pousser, juger, petit trou, dos, petit pont). Dans le corps du mot, le th et le d du vieil allemand se sont en général maintenus séparés en d et t, mais l'initiale th est ordinairement devenue t : lekx,f, /ar/* (mais dorf)^ liinw — decken, darf, dûnn (cou-

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rir, doit, mince), etc. Les anciennes consonnes géminées persistent très souvent au» si après voyelle longue et consonne, surtout au Sud : grûats», roukoc», toupfa, gioup9, welpa, àpreffka, ienid = grûssen, rauchen, taufen, fflauben, wôlben, sprengen, schânden (saluer, fumer, baptiser, croire, voûter, faire sauter, deshonorer) ; même les sonores géminées se maintiennent au S., partiellement aussi au N.-E., après voyelle longue en proportion assez forte; àBrienz, p. ex., lérràn, teil&n, troummàn, meinnàn = lehren, teilen, trâumen, meinen (enseigner, partager, rêver, croire). De même dans les dialectes du S. on a souvent une explosive faible à l'intérieur du mot qui se change en explosive forte à la finale, ainsi : rat (pi. redar) = Rad (roue) ; ouk (pi. oug9) = Auge (œil) ; loup = Laub (feuillage) à côté de huba = Laub sammeln (ramasser des feuilles mortes). Le même phénomène se produit cependant aoBsi à la frontière occidentale, en partie aussi pour les fricatives : grâp^ hûss = Grab, Uaus (tombe, maison). Comme spécialement caractéristique des dialectes du S., nous pouvons citer encore : 1) Le maintien partiel de la différence entre Vs germanique et celui issu par permutation de t, en ce sens que le dernier est rendu par 5, tandis que Vs ancien a très fréquemment passé à s ; 2) La conservation très étendue de w dans le corps du mot et à la finale : 6ûi4S9, hùw ; fàrw9^ farw = bauen, Bau; farben, Farbe (construire, construction; teindre, couleur) ; 3) La conservation partielle de n final. Dans une zone intermédiaire allant de TE. i TO., la liquide / dans certaines positions est fortement teintée de u et passe même complètement à u: nàbu^ weutta = NebeL wollen (brouillard, vouloir).

II y aurait aussi maintes particularités caractéristiques de notre dialecte à relever dans la morphologie comme dans la syntaxe; les unes seraient des arcnaïsmes, les autres des néologismes. Citons, par exemple, le principe non encore complètement réalisé qui forme le pluriel du substantif tantôt par « umlaut », tantôt par adjonction de syllabe \hâs: ha99 ou hcu9: /tâ«9=Hase, Hasen (lièvre, lièvres); ou la conservation au S. de ce qu'on nomme le Rûckumlaut au participe passé des verbes faibles de la I" classe ; on constate encore çà et là la différence entre la forme non fléchie et oui a subi l'umlaut et celles qui sont fléchies sans umlaut {kitellt mais kétallt» = gebtellt, gestellter (posé) ; ou encore la conservation des très anciennes différences de flexion dans les verbes faibles : ar itekxt da *lûs89l =: er steckt den Schlûssel (ins Schlûsselloch) il met la clef (dans la serrure), à côté de da élûêsal itfkxdi=z der Schlûssel steckt ; 98 xiialt = es kûhlt, gewâhrt Kùhlung (il rafraîchit), différent de ds xualat =. es wird kûhl (la température fraîchit), ou bien la richesse considérable des diminutifs selon la forme et le sens ou enfin la flexion très répandue dans le S de Tadjectif prédicatif (d^* inè Ut xalt9, Vstub9n Ut mbarif t's xind lét xtïs, fxrwsi sind riffi = éer Schnee ist kalt, die Stube ist sauber, das Kind ist klein, die Kirschen sind reif (la neige est froide, la chambre est propre, l'enfant est petit, les cerises sont mûres). Citons encore comme caractéristique propre aux dialectes méridionaux l'emploi fréquent du génitif, p. ex. cette phrase de Visperterminen (Valais) : des kôikleré hen i râxt miassu laxxe = ûber den Spassmacher habe ich herzlich lachen mûssen (le farceur m'a fait rire de bon cœur), la persistance du préfixe verbal ge pour indiquer le mouvement qui doit être accompli, surtout devant 1 infinitif après les auxiliaires de modes, p. ex er nuxg nûd kUmf[9 = er bringt es nicht fertig zu laufen, die Fusse tragen ihn nicht (u n'arrive pas à courir jusqu'au bout), dont le sens est fort différent de 9r mag nûd louff9 = er bat keine Lust zu laufen (il n'a aucune envie de courir), i kxuma nûd = ich vermag das Ziel nicht (rechtzeitig) zu erreichen (je n'arrive pas (à temps) au but), différent de: i aruf)iamia= ich komme nicht (je ne viens pas, etc.).

Cependant les particularités lexicologiques sont infiniment plus nombreuses et plus importantes ; c'est sur ces particularités que repose, en première ligne, à côté des faits phonétiques, 1 originalité de l'allemand suisse. Bien que le mouvement moderne de nivellement dont nous avons déjà parlé ait déià fait tomber beaucoup de choses et parmi les plus précieuses, bien que, depuis que nos voisins alamaniques d'Alsace et de Souabe ont révélé les trésors de leurs parlera populaires, nous ayons été Obligés de recon-

naître comme un bien commun alaman nombre des particularités de ce ({ue nous étions disposés à regarder comme spécialement suisse, il nous reste quand même encore une étonnante richesse qui nous appartient en propre. Cette richesse consiste soit en restes précieux de l'ancienne langue, de la plus ancienne langue même, qui survivent chez nous seulement, soit en racines que nous partageons il est vrai avec d'autres dialectes, mais qui ont pris forme particulière sur notre sol et qui portent l'empreinte de notre génie particulier. Dans tout le territoire où règne l'allemand, il n'existe aucune contrée de même étendue qui, à ce point de vue, puisse se mesurer avec notre pays ni dans laquelle les conditions de développement original aient été aussi favorables. La nature et l'histoire ont contribué à ce que notre vie linguistique ne se concentrât pas en un ou plusieurs points centraux, mais se répandît sur un grand nombre de petites, voire de très petites unités qui, se distinguant par leurs occupations, leur gepre de vie, leurs institutions, leurs usages, leurs idées et leurs dispositions, suivaient plus ou moins leur voie propre dans leur développement linguistique, bien que les relations et le commerce avec le monde extérieur fussent dans chaq^ue cas assez puissants pour empêcher une scission linguistique décisive. Constatons encore que notre pays, par suite de son indépendance politique séculaire et de son développement propre comme aussi de sa situation à la périphérie des pays allemands, était peu exposé aux influences égalisatrices de l'Allemagne limitrophe. Tout cela explique amplement la granae variété et la richesse considérable de notre vocabulaire.

Il nous reste encore à jeter un coup d'œil sur sa constitution interne. La grande variété dont il vient d'être question n'embrasse pas seulement le domaine lexicologique, mais aussi la grammaire et spécialement la phonétique dont nous avons déià donné de nombreux exemples. Les différences multiples existant entre les dialectes de localités voisines n'échappent pas à l'oreille du peuple lui-même ; la preuve en est dans les railleries locales qu'elles excitent. On peut aller plus loin et faire remarquer que le parler d'une localité n'est jamais coro- Slètement uniforme et qu'on peut relever très souvent des ivergences phonétiques dans la même famille (par exemple entre les membres les plus âgés et les plus jeunes). Supposons que la frontière de chaque phénomène linguistique isolé soit représentée sur une carte par une ligne, ce serait un labyrinthe de lignes innombrables qui se comporteraient de façon la plus diverse, tantôt se recouvrant, se coupant ou s'enlaçant, tantôt courant dans toutes les directions, tantôt revenant sur elles-mêmes et formant ainsi des territoires fermés de toutes formes et de toutes grandeurs (souvent le même phénomène embrasse deux territoires ou plus), tantôt ennn allant se perdre au delà de nos frontières. Le réseau, il est vrai, ne présente pas partout la même complexité : certaines régions sont parcourues relativement par un petit nombre de lignes, tandis que d'autres ^en sont littéralement couvertes, les lignes formant, grâce aux circonstances, de véritables faisceaux. Mais en tout cas, cela ne va pas jusqu'à rendre difficile les rapports avec les voisins ; et même entre les points extrêmes du territoire suisse, la différence n'est jamais telle qu'un campagnard des rives du Bodan ou de l'ÀppenzelI et un paysan de Bellegarde ou du Haut- Valais ne puissent se comprendre en s'exprimant chacun dans son dialecte. Nous avons déjà relevé le fait qu'il existe des régions entières où se retrouve une certaine unité lin^istique ; mais souvent aussi on constate dans le caractère général et dans les particularités mêmes de la langue de contrées attenantes plus vastes une concordance plus ou moins étroite. On connaît et on explique facilement au moyen de facteurs naturels le caractère conservateur des dialectes montagnards comparativement aux dialectes plus proffressistes de la plaine. Aussi la montagne a-t-elle conserve un grand nomore de mots et de significations archaïques qui sont inconnus en général du reste de la Suisse et en partie même des pays allemands (du moins aujourd'hui). M t^a prononciation

* Pour beaucoup d'entre eux on peut prouver qu'autrefois ih étaient répandus sur presque tout noire territoire. Dana aucun cas, noua ne sommes obligés d'avoir recours à une origine burgonde. Le glossaire de L. Tobler, Fêttêchrifl der Univer^

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et la morphologie ont aussi en général un cachet archaïque. Il laut surtout relever le fait que le vocalisme des i syllabes atones est plus riche et plus nuancé ; dans une partie du domaine suisse allemand des particularités s*y sont maintenues que les dialectes septentrionaux ont abandonnées depuis des siècles. Ce fait est en connexion intime avec un autre phénomène archaïaue, à savoir que la concentration de 1 accent sur la syllabe tonique est beaucoup moins avancée et la différence d'iotensité entre la syllabe tonique et les syllabes atones est beaucoup moins forte que dans le N. une particularité de la montagne est encore la modulation plus forte : on y « chante » généralement partout, bien que d'une façon plus ou moins prononcée et qui disparaît sensiblement de nos jours. Dans la plaine on « chante » peu, c'est le plus souvent une particularité de certaines localités isolées. Une ligne tirée du N. au S. sépare deux territoires moins intéressants que ceux séparés par une ligne allant de TE. à TO.. même indépendamment du fait que le S.-E. n'est qu'un avec le S.-O. pour les raisons indiquées plus haut. On pourrait remarquer que l'E. articule en général plus for> tement et plus strictement que l'O. ; en outre nous parlerons plus loin d'une importante différence morphologique. Le parler de l'O. acquiert une unité sensiblement fiius forte si nous en éliminons le N.-O., en tirant sa imite E. depuis la partie S.-O. de l'Argovie jusqu'à la Furka. Nous avons déjà fait allusion à la parente étroite des deux dialectes de l'Oberland bernois et du Valais.

Une division scientifique de l'allemand suisse n'existe pas encore et ne pourrait être tentée dans l'état actuel des recherches. La division populaire par canton n'a pas de valeur puisc|u'elle confond la limite politique avec la limite linguistique. L'inconvénient de cette division se fait surtout sentir quand il s'agit d'États aussi récents que l'Argovie ou Saint-Gall lesquels, au point de vue linguistique, comptent un si grand nombre d'éléments hétérogènes. Mais même dans les cantons dont les limites remontent plus haut dans l'histoire, le dialecte est loin de présenter un caractère uniforme. Quelle difTérence, par exemple, entre h s dialectes iucernois de l'Entlebuch et du Gâu, entre les dialectes soleurois au S. et au N. du Jura, entre les dialectes thurgoviens du haut et du bas, pour ne pas parler des cantons beaucoup plus étendus et plus varies de Berne et des Grisons. Dans le canton de Zurich, la partie N. du canton et l'extrême E. se rattachent aux régions voisines de Schaffhouse et de Thurgovie et sont en opposition formelle avec le reste du canton qui, à son tour, se subdivise en plusieurs régions facilement reconnaissables. Même dans le petit canton de Zoug, on relève d'importantes limites linguistiques. Il n'est pas douteux qu'une répartition purement linguistique de nos dialectes ne correspondrait aucunement aux divisions politiques d'aujourd'hui. Des divisions scientifiques proposées jusqu'à maintenant, mentionnons d'abord le partage du territoire suisse allemand en deux ; un territoire oriental « purement alamanique » et un territoire occidental a burgonde-alamanique ». Nous nous sommes déjà élevés contre la théorie qui voit dans la population allemande de TO. des restes de Burgondes non romanisés ; mais même si cela était, ce serait peine inutile que de chercher à prouver une influence burgonde dans le dialecte actuel de ces contrées. En réalité, rien ne nous oblige à admettre ce point de vue : parmi les quelques phénomènes qui pourraient laisser croire à une telle influence, il n'y en a aucun qui ne puisse s'expliquer comme un rébultat du développement propre à Talamanique ou aussi comme résultat ultérieur d influences romanes. D'ailleurs il n'y a même pas unanimité d'opinion relativement à rétendue du territoire burgonde-alamanique : outre le Valais et ses dépendances du S. et de l'E., les uns y font rentrer Berne, Fribourg et la partie S.-O. de l'Argovie ainsi que Soleure ; les autres y ajoutent encore Lucerne. Mais à supposer que cette division ait une base solide, on pourrait tout au plus faire rentrer dans le burgondealamanique la partie S. de Soleure et la bande 0. du canton de Lucerne qui longe le territoire bernois; en outre, il faudrait en éliminer le territoire qui confronte^'la

sitdt Zurich zur Zurcher Philologenversammlung 1887, pages 106 el suir., demauda à être revise.

frontière linguistique au S. jusqu'au lac de Neuchâtel et qui se rattache plutôt au N.-O. Ludwig Tobler a proposé (Kleine Schrtften, page 211 et suiv.) une division du territoire suisse allemand en 6 groupes principaux : 1« un groupe du N -0. comprenant Baie et les vallées allemandes u Jura plus Bienne, la partie soleuroise situéeau N. du Jura et le Frickthal argovien ; 2» un groupe du N.-E. avec les cantons de Zurich, Schaffhouse, Thurgovie, la plus grande partie de Saint-Gall et le canton d'Appenzell ; 3« un groupe central embrassant la majeure partie des cantons d'Argovie et de Soleure, le Plateau bernois et le Seeland avec Morat et à TE. le Luzemer Gâu, Zoug, Schwyz etGlaris ; 4*^ un groupe du S.-O. auquel se rattache la partie allemande de Fribourg (sauf Morat et ses environs), l'Oberland bernois et le Valais avec ses colonies ; &* un groupe du S.-E. comprenant l'Oberland saint-gallots et les Grisons ; &> rEnlIebuch, Unterwald et Uri qui occupent une place intermédiaire entre les groupes H et 4. Tobler lui-même qualifie cette division de provisoire et prend soin de nous avertir que pour établir cette division il a recouru non seulement aux particularités linguistiques, mais aussi à la constitution géographique du pays et à des faits de l'histoire politique. En effet, au point de vue purement linguistique, on pourrait facilement modifier 1 un ou l'autre de ces groupes. Ainsi le groupe 3 qui, dans sa grande étendue, embrasse par trop d'éléments différents, prête le flanc à la critique ; il est de même hasardé de réunir dans un même groupe Zurich avec Schaffhouse et la Thurgovie,etc., puisque la plus grande partie de ce canton se distingue en bien des points essentiels des deux autres cantons.

J. Bosshart {Die Flexionsendungen des sckweizerdeut^ schen Verbunis. Frauenfeld, 1888) nous a rendus attentifs à un important phénomène morphologique d'après lequel nos dialectes peuvent être sépares en un groupe oriental et un groupe occidental (voir en outre pour les frontières plus exactes, P. Schild, dans le Literaturblatt fur germanische und ronianische Philologie. 1889, p. 87 et suiv.).

Il s'agit de la terminaison du pluriel du présent de Tîndicatif dans les verbes polysyllabiques, terminaison qui, dans les dialectes de l'E., est absolument la même pour les trois personnes, mais qui diffère pour toutes trois ou au moins pour deux dans les dialectes de l'O. Nous avons à l'E. : niar, ir, si bindan{d)f respectivement -9d (-9f),-iVi(-i();à l'O., au contraire : l'^pers. -e, -u, -o ; 2"»* pers. -erf, -et ; 3"« pers. -end^ -^nd^ -ind (dans le Valais qui, en ce point, a conservé une étape plus ancienne que celle de nos documents des X*> et XI* siècles) ; dans le reste du domaine, 1™ et 3"« pers. -a, 2™« -al. La limite entre les deux groupes principaux va de Laufenbourg, sur le Rhin, à l'E. vers l'Aar, puis au S. à travers Te canton d'Argovie et par l'O. du canton de Luceme approximativement le long de la limite orientale des districts de Willisau et de l'Entlebuch jusqu'au Brienzer Hothhom et de là à l'E. vers le Titlis et au S. vers le Saint-Gothard. La région des Walser dans les Grisons appartient naturellement au groupe occidental. Les mêmes lois se retrouvent dans les formes monosyllabiques {ni9r tuond ou tûand respectivement ni9r tua ou <rid= wir tun) sauf que, dans ce cas, une petite partie du territoire des cantons d'Argovie, Soleure, Luceme qui longe la limite que nous venons d'établir à l'O. a, comme l'E., aux 3 personnes la terminaison -nd. Ici encore, la ville de fiâle occupe une place à part; le pluriel des polysyllabes est en -9 a toutes les personnes, celui des monosyllabts en -nd ou -n.

P. Schild mentionne encore deux autres phénomènes dont il faut considérer la répartition géographique pour établir la classification de notre dialecte. D'après l'un, le domaine occidental ci-dessus se scinde à son tour en deux parties. Tune septentrionale, l'autre méridionale. U s'agit des représentants actuels de l'ancien groupe ffk qui est rendu par yk ou ykx dans le N. et aboutit au S. à x (x)^ la nasale s'étant fondue dans la voyelle précédente qu'elle a allongée ou diphtonguée en différentes nuances. (Au Valais et dans l'Oberland bernois la voyelle est encore partiellement nasalisée.) Nous avons o ainsi d'une part: oarfk^ batfkx ; d'autre part, bâx^ bâx, baix^ i^aix), bnix {bçix)^ boux, respectivement bàx^ etc. pour Bank; au N., triyka, trir;k.ra, idr-); au S. trjay {trixa), /reix? respectivement trixBy etc. = trinken.

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Ce phénomène comprend le Valais et ses colonies au S. et à 1 E., ainsi (]ue la partie S. de Berne et de Fribourg allemand jusqu'à une lifi^ne qui, ainsi que Schild l'a établi, commence à la frontière rranco-allemande entre Guin etMorat, touche la Sin^ine au N.-Ë. d^Ueberstorf, se dirige entre Kôniz et Scheerii à TE. vers TAar et court par V^orb, entre Berthoud et Oberburgversle N.-E. jusqu'à la frontière lucernoise en laissant Huttwil de côlé.

Le second cas étudié par Schild nous amène aussi à une division entre partie N. et partie S., mais cette fois de tout le domaine. Il a trait aux divers traitements des anciennes longues f, û, û: le S. tout entier a conservé les sons simples dans toutes les positions, le N. devant une consonne seulement tandis que, devant une voyelle (en hiatus) au contraire, nous avons ici aujourd hui des diphtongues. On a partout : itw», iûffa {sûff9), hûsar (/<û9r), pour steigen, saufen, Hâuser, (monter, boire, maisons); mais au S. seulement aussi inij)9, bû{w)9 (6uwu9, etc.), nû{w)9r (ntiwwar, niwtoar^ etc.) pour schreien, bauen, neuer (crier, bâtir, plus neuf) ; le N. rend ces mots par irevf, houa, nôuar ou quelque chose d'analogue. (Ces diphtongues ne se prononcent pas comme celles 3ui représentent les anciennes diphtongues eiy ou, ou, ans « breit, Au^e, ^uglein i» ; au N.-E. seul elles coïncident en partie.) La limite entre le pays de la diphtongaison et celui de la non diphtongaison commence à rO., au S. de Morat, court à 1 Is. vers le lac de Thoune, en longe la rive N. et celle du lac de Brienz jusqu'au Brienzer Rothhorn, puis suit la frontière entre l'Entlelmch et Unterwald, passe devant Lucerne et se dirige entre Baar et Zoug vers la partie supérieure du lac de Zurich ; de là elle va au Speer, entoure, en formant une boucle au N., le Hinterland appenzellois et redescend au lac de Walenstadt, puis elle suit au S. la frontière entre Glaris et rOberland saint-jrallois et joint dans les Grisons la vallée du Rhin jusqu'à Thusis au territoire de la diphtongaison. Dans la partie S. sont enclavées deux vallées qui ont diphtongue dans toutes les positions: d'une part, la partie extérieure du Schanfigg dans les Grisons, d autre part la vallée d'Ei^elberg où 1 on peut entendre encore, en descendant d'Engelber^ vers le lac des Quatre-Cantons, toutes les étapes depuis les diphtongues complètement formées jusqu'à la simple longue. Il y a une incontestable parenté entre la frontière de diphtongaison que nous venons de décrire et celle de l'ancien à qui, au S., s'est maintenu inaltéré quoique çâ et là avec une tendance vers Yo et qui est devenu ^ ou ô au N. {itrâss à côté de itrÇss, étrôss). Cette limite — dont nous ne donnons que le cours approximatif — commence au S. du lac de Bienne entre Mûntschemier et Treiten, traverse la partie septentrionale de Berne (l'Argovie supérieure a 9 et ô), longe ensuite la frontière entre le Gàu de Lucerne et r>^ntlebuch, parcourt les cantons de Zoug et de Schwyz et depuis le lac de Walenstadt se confond avec la frontière de la diphtongaison. Le domaine N. a ô à TO. et dans quelques contrées de l'E. où pourtant Ç est de règle ; dans deux territoires isolés, Pun le long de l'Aar inférieur, l'autre autour du lac de Zurich et plus au N.-O. nous avons à (certainement secondaire) ou du moins un son voisin de la. D'autre part, dans le territoire de Ta, est enclavé un district fermé qui a ^; il comprend la vallée du Rhône supérieur, une partie du Pommât, Bosco et Urseren. Nous relèverons encore un phénomène dont les limites sont en rapport étroit avec celles de la diphtongaison. La diphtongue de l'ancien allemand tu, placée devant des consonnes labiales et gutturales à la condition qu'il n'y ait pas dans la svUabe suivante un ancien u ou i (dans tief p. ex.) aboutit dans le domaine que nous étudions à trois résultats différents : 1) à ta au N.-O., où le son est traité comme devant dentale : tîBff; 2)à i2 au N.-E. et à l'E., la diphtongue s'étant confondue avec iu devant i et û (tùff)) ; 3) à une diphtongue au, ou, ou ou ât, ei, <>iqui a fusionné avec l'ancien du, ei, au S. Uâu/f, tàiff^ etc.). La limite de 3 par rapport à 2 et 1 est digne d'être remarquée; à l'E., elle fait pour ainsi dire un avec la limite de la diphton- ^ison (sauf qu'elle ne décrit pas le lacet vers l'Appenzell) ; a rO. elle s'étend toutefois plus au N. en englobant tout le canton de Lucerne, le S. de l'Argovie et la partie de Soleure qui s'étend au S. du Jura. 1 et 2 se rencontrent sur sol argovien.

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En ce qui concerne le remplacement de Viu^ le N.-O. marche avec li^s dialectes septentrionaux limitrophes. Ce qui se produit du reste pour une quantité d'autres cas qui, dans leur ensemble, caractérisent le N.-O. Mentionnons 1<>) l'affaiblissement de la forte explosive initiale {dag pour, to^) oui s'étend sur les deux cantons de Bâle, le Frickthal, âoleure et par Bienne au S. jusqu'à Frasses (au N. de Fribourg); i<*) le fait de rendre fik et kk par ifk et kk qui se manifeste à Bâle -Ville, dans le Birseck, dans le Jura bernois et dans la partie limitrophe de Soleure et au S. jusqu'à Gléresse, au bord du lac de Bienne 1); 3«) l'allongement de toutes les voyelles brèves en syllabes ouvertes, qui se produit dans les deux Bâle, dans le Frickthal, à Soleure et au S. jusqu'à Frasses; V) l'amincissement de ô, û, ou tau) en «, i, ei {ai) de Bâle à Bienne le long de la froi.tière occidentale et encore à Biberen et Klein Bôsingen (autrefois connu aussi de la ville de Soleure). A cela vient s'ajouter : 5«) la manière de rendre nd par j;(i;) dans xiff, p-rfyd = Kind, finden, phénomène qu on constate dans une zone plus ou moins large s'étendant depuis l'Alsace méridionale le long de la frontière occidentale jusqu'à Salvagny au S. Nous trouvons au N.-E. et à l'E. de semblables traits communs entre nos dialectes frontières et ceux des pays étrangers voisins. Citons-en quelques-uns : k initial rendu par kx dans le Rheinthal saint-gallois inférieur et la partie orientale d'Appenzell ; la persistance des voyelles nasales dans le Rheinthal saint-gallois, Appenzell, le Fûrstenland, la Thurgovie supérieure et dans quelques parties du territoire de Schaflhouse {ma ■=. Mann); le remplacement de l'ancien ex par 09, ^ respectivement â dans le Rheinthal saint-gallois, l'Ef. de l'Appenzell, dans le Fûrstenland, la Thurgovie (moins une bande à la frontière S.-O. qui a ai)^ la plus grande partie du territoire de Schaffhouse et le N.-E. de Zurich {tqdl, tpl, tâl = Teil) ; les nombreuses diphtongaisons de voyelles dans le Rheinthal saint-gallois et en partie dans le canton de Schaffhouse (r^jc^ = recht). Plusieurs de ces phénomènes de frontière se retrouvent toutefois dans d'autres parties de notre territoire. Ainsi, par exemple, la manière de rendre k après n et quand il est double par k{k) à l'E. ; l'amincissement de 0, û, ou dans la partie E. de l'nberland bernois, le Valais et ses colonies du S., Unterwald, Uri, les Grisons dans les vallées du Rhin antérieur et postérieur (d'Obersaxen à Thusis). Le Rheinthal, de Hirschensprung à Tamins et Thusis, connaît aus»i rallongement des voyelles en syllabe ouverte ; le Simmenthal et le Valais ont également des voyelles nasales, etc. On pourrait facilement citer encore une foule d'autres phénomènes qui se manifestent sur notre territoire dans une répartition variable. Et pourtant les matériaux ^ue nous avons à notre disposition sont encore (à ce point de vue) trop imparfaits pour nous permettre d'établir une division de nos dialectes répondant aux exigences actuelles. La dialectologie suisse allemande aura comme premi»*r but de compléter par l'étude systématique et complète des phénomènes grammaticaux et tout particulièrement phonétiques le vocabulaire que nous offre Vldiotikoti. suisse allemand en cours de publication. Alors seulement il lui sera Sossible de s'attaquer aux problèmes pour la solution esauels elle unit ses efforts à ceux des nistoriens et des folkloristes.

Bibliographie des paragraphes 1 et 2. Les Résultats du recensement fëdéi'al de la population publiés par le Bureau fédéral de statistique. J. 2immerli, Die deutsch-franzôsische Sprachgrenze in der Schiveiz. 3 volumes. Bâle et Genève, 1891,1^, 1899 (contient aussi des enquêtes phonétiques sur les patois allemands de la frontière). Heinrich Morf, Deutsche und Romatum in der Schweiz. Zurich, 1900. Albert Bnchi, Die historische Sprachgrente ini Kanton Freihurg {Freiburger Geschichtsblàtter^ 1896). Albert Bûchi, Die deutsche Sprache in der Westschtt^eiz {Schioeizerische Rundschau, 1902). R. Hoppeler, Die deutschronianische Sprachgrenze {ini Wallis) ini XI JJ' und XIV* Jahrhundert {Blàtter aus der Walliser Geschichte. I 426/29). H. Bresslau, Zur Geschichte der deutschen Gemeinaen ini Gebiet des Monte Rosa und im Ossolathal.

^) Ce n'est que par la coaservation des fortes {au lieu des faibles) que le territoire suisse s*é(^arte du territoire septentrional.

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(Zeitschrifi der Gesellschaft fur Erdkunde XV J (1881) 173/94). A. Galanti, / Tedeschi sul versante méridionale délie Alpi. Rome, 1885. Julius Studer, Walliser und Walser. Zurich, 1886. G. Meyer von Knonau, Anzeiger fûrSchweiz. Geschichte, 1892,370/1 ; 1893,445/6. W.-A.-B. Coolidffe. Les colonies valaisannes de VObet^land ber^ noi». {Blâtter fur bernische Geschichte 1906). A. Sartorius von Waltershausen, Die Gemuinisierung der Ràtorortianen in der Schweiz (dans les Forschungen zur deuischen Landes- und Volkskunde). Stuttgart, 1900. J. Hunziker, Der Kampf um dos Deutschtum. 10* livraison : Schweiz. Munich, 1898. Ludwig Tobler, Ethnographische Gesichtspunkte der schweiz. Dialektforschung (dans les Kleine Schriften zur VolkS' und Sprachkunde^ publiés par J. Bâchtold et A. Bachmann. Frauenfeld, 1897. p. 199/222).

Pour le paragraphe 3. AdolfSocin, Schriftsprache und Dialekte im Deutschen nach Zeugnissen aller und neuer Zeit. Heilbronn, 1888. Ludwig Tobler, Ueber die çeschichtliche Gestaltung des Verhâllnisses zwischen Schrtflsprache undMundarlidairks les Kleine Schriften, p. 222/240). Friedrich Kluge, Von Luther bis Lessing ; sprachaeschichtliche Aufsàtze. 2* édition, Strasbourg, 1888. (On y trouve Schriftsprache und Mundart in der Schweiz. p. 60/74; Ober- und niitteldeutscher Wortschatz. p. 75/92). Hans Byland, Der Wortschatz des Zûrcher alten Testaments von i525 und i53i verg lichen mit dem Wortschatz Luthers. Berlin, 1903. Albert Gessler, Beitrâge zur Geschichte der neuhochdeutschen Schriftsprache in Basel. Bâle, 1888. Renward Brandstetter, Proleaomena zu einer urkundlichen Geschichte der Luzemer Mundart. Einsiedeln, 1890. Renw. Brandstetter, Die Réception der neufiochdeutschen Schriftsprache in Staxit und Ijindschaft Luzem iôOO-iSSO, Einsiedeln, 1891. Renw. Brandstetter, Die Luzemer Kanzleisprache i250-i600. {Ein gedràngtes Abriss mit spezielîer Hervorhebung des melhodologischen Moments). Félix Balsiger, Boners Sprache und die bet^nische Mundart (dans la Zeitschrift fur hochdeutsche Mundarten. V, 1904). Hans Kâslin, Albrechl von Hallers Sprache in ihrer Entivicklung dargestellt. Brugg, I8d2. Otto von Greyerz, Die neuera Sprachentwicklung in der deutschen Schweiz. Zurich, 1892. Emst Tappolet, Ueber den Stand der Mundarten in der deutschen und franzôsischen Schweiz. Zurich, 1901.

Pour le quatrième paragraphe a) Grammaire du dialecte. F. J. Stalder: Die Landessprachen der Schnmz oder Schtveizerische Dialektologie. Contient la parabole de l'enfant prodigue dans tous les dialectes suisses). Aarau, 1813. J. winteler. Die Kerenzer Mundart des Kantons Glarus in ihren Grundzûgen dargestellt. Leipzig et Heidelbcrg, 1876 (cet ouvrage fît époque). Heinrich Stickelberger, Lautlehre der lebenden Mundart der Stadt Schaffhausen. l^* partie (introduction et vocalisme). Aarau, 1880/81. La II"* partie (consonnantisme) dans les Beitrâge zur Geschichte der deutschen Sprache und Literatur, publiés par II. Paul et W. Braune, vol. XIV (1889), n. 381/454. Renward Brandstetter, Die Zischlaute der mundart von Bero-Mûnster. Einsiedeln, 1883. Albert Bachmann, Beitrâge zur Geschichte der schweiz. Gutlurallaute. Zurich. 1886. Jakob Bosshart, Die Fiexionsendungen des schweizerdeutschen Verbums. Frauenfeld, 1888. Andréas Heusler, Der alemannische Consonantismus der Mundart von Baselstadt. Strasbourg, 1888. Gustav Binz, Zur Syntax der baselstàdtischen Mundart. Stuttgart, 1888. Ëduard Hoffmann, Der mundartliche Vokalismus von Basel-Stadt in seinen Grundzûgen dargestellt. Bâle, 1890. Herniann Blattner, Ueber die Mundarten des Kantons Aargau. Vokalismus der Schinznacher Mundart. Brugg, 1890. Peter Schild, Brienzer Mundart. l^* partie (Lois phonétiques générales et vocalisme) Bâle, 1891. Il*"* partie (consonnantisme) dans les Beitrâge zur Geschichte det* deutschen Sprache und Literatur. vol. XVIII (1894), p. 301 à 393. Hans Wissler, Dos Suffix -i in der Berner resp. Schweizer Mundart. Frauenfeld, 1891. Paul Suter, Die Zûrcher Mundart in J. M. Usteris Dialektgedichten. Zurich, 1901. Esther Odermatt, Die Deniinution in der Nidwaldner Mundart. Zurich , 1904. Hedwig Haldimann, Der Vokalismus der Mundart von Goldbach. (Zeitschrift fur hochdeutsche Mundarten. IV (1903), p. 296/351 ; V,

p. 225/244). Renward Brandstetter, Der Genitiv in der Luze^mer Mundart in Gegenwart und Vergangenheil . Zurich, 1904. Sur les dialectes allemands du Piémont, ci> tons spécialement : Albert Schott, Die deutschen Cofonien in Piémont ; ihr Land, ihre Mundart und Herkunft. Stuttgart, 1842. Giov. Giordani, La colonia tedesca di Alagna-Valesia e il su^ dialetto. Tovïno, 1891. Cf. Anzeiger fur deutsches Aller tum. XXI, 26 fî.

b) Vocabulaire. Ludwig Tobler, Die lexikalischen Unterschiede der deutschen Dialekte mit besonderer Rûcksicht auf die Schweiz. (Festschrift der Universitât Zurich tur Zûrcher Philologenversammluna 1887, p. 91 à 109). Renward Brandstetter, Drei AbhanJlungen ûber dcLS Lehnwort^ dont Dos Lehnwort in der Ituzemer Mundart. Programme. Lucerne, 1900. — Glossaires. F. J . Stalder, Versuch eines schweizerischen Idiotikon. 2 vol. Aarau, 1812. Une revision augmentée existe en manuscrit à la bibliothèque communale de Lucerne. Titus Tobler, Appenzellischer Sprachschatz. Zurich, 1837. Idioticon Èemense de Schmidt ^Frommanns Deutsche Mundarten. II/IV). Valentin Bùhler, Davos in seineni Walserdialekt. (Avec adjonctions historiques, grammaticales et se rapportant a la culture du pays ; contient aussi une chrestomathie des dialectes gnsons. 6 livraisons, dont Tune est consacrée au patois d'Obersaxen). Ueidelberg, 1870-1886. J. Hunziker, Aargauer Wôrterbuch in der Lautform der Leerauer Mundart. Aarau, 1887. (Avec introduction nhonéti(]ue). Adolf Seller, Die Basler Mundart. Bâle, 1879. Contient un appendice sur les sons et les formes. Martin Tschumpert, Versuch eines bundnerischen Idiotikon. Coire, lo80 fit. (incomplet, 5 livraisons ont paru jusqu'ici). Schwetzerisches Idiotikon; Wôrterbuch der schweizerdeutschen Sprache. Entrepris sous les auspices de l'Antiquarische Gesellschaft à Zurich, avec la collaboration de citoyens suisses de toutes les classes. Édité avec l'appui d« la Confédération et des cantons. Commencé par Friedrich Staub et Ludwig Tobler, continué par A. Bachmann, R. Schoch, H. Bruppacher, É. Schwvzer, H. Blattner, J. Vetsch et d'autres encore. Frauenfeld, 1881 ff. (actuellement au VI* volume). [Prof. Dr. Albert Bachmjlmk).

III. Langue et dialectes de la Suisse itauenne. 1. Introduction. Toute la partie de la Suisse située au S. des Alpes, à Texception des deux villages valaisans de Gondo et de Simplon et du village tessinois de Bosco, emploie l'italien comme langue officielle et littéraire; Titalien est également la langue de l'élise et de l'école dans le village ladin de Bivio-Stalla (Oberhalbstein). Par « italien » on entend ici la langue toscane qui, par sa valeur intrinsèque, par l'influence de Florence qui s'en servit la première, par la puissance dont elle fit preuve sous la plume du grand triumvirat (Dante, Boccace et Pétrarque), l'emporta sur tous les dialectes de la péninsule apennine et des îles qui en dépendent, faisant disparaître les langues littéraires régionales qui s'élevaient à côté d'elle. Parmi celles-ci se trouvait la langue littéraire de la Lombardie, laquelle certainement, avant le toscan et après l'emploi exclusif du latin, servait aussi de lan^e cultivée dans les territoires lombards qui, dans la suite, formèrent la Suisse italienne.

Mais l'usage du toscan est restreint dans nos cantons suisses; c'est une langue écrite, mais comme langue parlée il n'est utilisé qu'à l'église, à l'école, au tri bu > nal, dans les séances législatives, dans les réunions et assemblées et dans la conversation avec des Italiens d'autres régions ou avec des étrangers. Dans la vie ordinaire on fait usage des dialectes locaux, qui comprennent de nombreuses variétés, mais qui tous se ramènent au type commun du dialecte lombard, et plus exactement au type lombard occidental, c'e$>t-à-dire au lombard qui est parlé à droite du cours de l'Adda et dont les limites sont a peu près indiquées par les Alpes, le Po, la Sesia et l'Adda.

Le dialecte lombard forme, avec le piémontais, le ligurien et l'émilien, une famille spéciale de dialectes appelés gallo-italiques, tenant à la fois des idiomes transapennins et des idiomes transalpins. La transformation des groupes latins pi, 61, cL gU fl en pt/, by, ky, gy, fy, est commune au lombard et à l'italien. Ces groupes (Ay, gy) ont subi en partie des développements ultérieurs. Amsi les mots lombards pyana, caf^ correspondent à

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l'italien piana, chiave^ tandis que le français a conservé intactes les consonnes initiales de plaine, clef. Un caractère important, unissant le lombard au toscan, est constitué par l'amincissement de V$ final, par exemple dans terupuê, = it. tenipo, lorab. ternp, ou aans le latin canr tas = it. canti, lomb. te canli ou canta, en regard des formes françaises temps, chantes. La perte de Vs final fit aussi sentir ses effets dans la formation du pluriel des substantifs. Deux cas seuls représentaient encore la déclinaison latine du pluriel : mûri et muros ; cette dernière forme vint à coïncider avec le singulier muro après la chate de Ts, de sorte ^ue le toscan et le galloitalique furent obligés de choisirniuri comme forme caractéristique plurielle. En français c'est Vi qui tombe, s se maintient. Aussi dans cette langue, Tancien nominatif se confondit avec le singulier et ce fut Taccusatif qui s'imposa comme pluriel.

D'autre part, le lombard a beaucoup de points de contact avec le français, par exemple dans les caractères importants que nous allons énumerer : i)Dan8 les sons ô et û, inconnus au toscan, par exemple lomb. kôr^ fr. cœur^ it. cxwre; lomb. mùr^ fr. t)it4r., it. muro; 2) dans la chute des voyelles finales atones e, », o, démontree par les mêmes exemples ; 3) dans la nasalisation partielle ou complète des voyelles toniques placées devant n ; lomb. pay, ir. ^in^ it. pane ; 4) les p et les t latins intervocaliques deviennent v et d, par exemple lomb. sat'ç, fr. savoir, it. sapere, ou lomb. cantada, vieux fr. chantede, d'où plus tard chantée^ it. cantata. Comparez encore le lomb. f>yaze, fr. plaisir à l'it. piacere] le milanais pyasa, fr. place, à rit. piazza, etc. Le traitement des pronoms personnels est identique en lombard et en français, par exemple en it. el canta = français il chante, tandis que l'italien peut se passer du pronom : canta; la mise en évidence de la personne se fait comme en français : lomb. mi a kanti z= fr. mot je chante.

Il est évident que le groupe des dialectes lombards possède aussi des caractères qui lui sont propres, qui ne se retrouvent ni dans la langue toscane actuelle ni en français. Nous citerons surtotllt Ifa formation du pluriel par apophonie, comme en allemand : milanais, vec, pluriel vid, c vieux»; dans la Valle Maggia spos, plur. spiks t époux » ; fort, plur. fort, « fort » ; comparez en allemand : Hut-Hûte, Loch'Lôcher, etc. D'autres particularité seront mentionnées plus loin à propos des subdivisions patoises du lombara.

2. Boxes géographiques, historiques, ethniques des dialectes de la Huisse italienne. Le territoire italien de la Suisse ne représente pas une unité géographique. 11 est réparti en trois régions de grandeur très différente, séparées par des territoires appartenant au royaume d'Italie el n'avant point de rapports entre elles. La première et de beaucoup la plus importante de ces trois contrées (environ 140 000 h.), est formée par la Mesolcioa et le canton du Tessin situés presque en entier dans le cours supérieur du Tessin et dans la section du Verbano septentrional ; la deuxième est formée par le val Bregaglia (1700 h. environ), qui est tributaire du Lario, bassin de l'Adda; la troisième est le val Poschiavo (4300 h. environ), également tributaire du bassin de l'Adda. Toutes trois manquent d'une réelle unité géographique; même la première, la plus grande, est un agrégat presque fortuit, car le Sottoceneri (qui est en entier dans le bassin du Geresio, à l'exception du val de Muggio, tributaire du Lario), semble juxtaposé plutôt qu'uni au Sopraceneri avec lequel il s'est toujours trouvé en opposition de tendances et d'intérêts, et qui n'a pas partout des fronUères naturelles du côté de l'Italie. Seul le Sopraceneri (avec la Mesolcina) représente un tout organique et compact, constitué par le bassin du Tessin supérieur, nettement circonscrit à l'O. par l'estuaire de la Toce, et vers l'E. par celui de l'Adda (val del Liro) et le haut Lario.

Si le territoire suisse-italien n'a pas d'unité géographique, il n'a pas davantage de cohésion historique et politiaue. I^ Mesolcina, Bregaglia et Poschiavo, sont séparés du canton du Tessin et dépendent de celui des Grisons. Avant la domination suisse, les contrées en

auestion partagèrent le sort des divers gouvernements e la Lombardie occidentale dont elles faisaient partie.

Les démêlés qui éclatèrent entre Côme et Milan ont une importance toute particulière aussi bien en ce qui concerne l'État que le pouvoir ecclésiastiaue ; des luttes semblables surgirent entre ces mêmes villes, l'évêché de Coire et les seigneurs séculiers de la Rhétie à propos des vallées grisonnes. Les vallées italiennes des Grisons finirent par s'agréger à la Ligue grise ou à celle de la Maison Dieu; elles obtinrent l'égalité des droits avec les autres membres de la Ligue. 11 n'en fut pas de même du Tessin dont les diverses parties furent conquises à des époques différentes parles (Confédérés. Jusqu'au commencement du XIX* siècle, ce pays fut traité en terre conquise et ne connut pas l'unité même dans la servitude. Ainsi la Léventine, le bailliage le plus ancien, dépendait exclusivement d'Uri, tandis que Blenio, la Riviera et Bellinzone dépendaient d'Uri, de Schwyz et du Nidwald et que les bailliages de Locarno, Valle Maggia, Lugano et Mendrisio appartenaient aux douze cantons. Le pouvoir souverain n était pas exercé, dans les bailliages dépendant de plusieurs cantons, par un pouvoir unique et par un bailli représentant l'ensemble des cantons souverains et nommé pour un temps plus ou moins long; bien au contraire, cnacun d'eux était confié pour une période de deux ans aux baillis et aux pouvoirs législatifs des différents cantons, de sorte que la domination des cantons manquait absolument d'unité ; chaque bailliage était absolument distinct des autres. Notons aussi que le canton souverain ayant surtout en vue l'exploitation économique, ne s'intéressait g^ère aux us et coutumes du bailliage, lesquels, pour autant qu'ils ne contrecarraient pas le pouvoir dominateur, étaient ainsi respectés. Or, il fout savoir que la circonscription territoriale et historique du bailliage était antérieure à la conquête et remontait à l'époque même des communes italiennes. C'est ainsi que l'antique bailliage que représentent les districts actuels du Tessin constitua la seule unité politico-historique de ce canton jusqu'au commencement du XIX* siècle, lorsque le Tessin devint un État indépendant. Les juridictions ecclésiastiques cisalpines subsistèrent

Elus longtemps. Ce n'est qu'en 1887 que le diocèse de ngano fut institué; jusqu'alors les Tre Yalli (Léventine, Blenio et Riviera), Brissago et le val Capriasca dépendaient de Milan et le reste du canton de Côme. Mais la nouvelle juridiction ne toucha pas au rite qui continue d'être amoroisien dans les vicariats qui dépendaient autrefois de l'archevêque de Milan, et romain dans ceux qui reconnaissaient auparavant la primauté de l'évéque de Côme. Dans les Grisons, il n'est pas établi que le Bregaglia et la Mesolcina aient jamais dépendu d'un autre pouvoir spirituel que celui de Coire ; quant à Poschiavo, il fût longuement contesté entre Coire et Côme, mais au XVI* siècle il finit p<r être agrégé à Côme jusqu'en 1869, où il retourna définitivement a l'évêché de Coire. Au point de vue confessionnel, sont catholiques tout le canton du Tessin, la Mesolcina et les trois quarts de la population de Poschiavo; sont protestants, le quart restant de Poschiavo et Bregaglia.

La géographie et l'histoire déterminent ordinairement les centres pour les pays italiens cjui exercent une influence sur le langage parlé de la Suisse ; ce furent. Milan, et, partiellement, Côme. Pour les vallées grisonnes, on pourrait nommer aussi comme centre Coire, non la Coire

germanisée, mais l'ancienne Coire ladine. Mais la grande istance à laquelle se trouve cette ville et son importance civile assez faible ne nous permettent pas de lui attribuer une grande influence sur l'histoire des vallées grisonnes placées au S. des Alpes. Des centres locaux im- Eortants sont pour le Tessin : Bellinzone, Locarno, ugano et Mendrisio; pour le Bregaglia, Chiavenna; pour Poschiavo, Tirano.

Le problème des origines ethniques de ces populations, antérieurement à la conquête romaine, est des plus embrouillés. Les Celtes prirent certainement piea dans le Tessm, si l'on a raison de rattachera leur langue des noms comme Non te (Airolo), Breganzona, Duno (Lugano) et d'autres composés de -duno, ainsi que quelques dérivés de -dcu {Cavagnago, Brissago). Il semble que des noms aussi caractéristiques et principalement les dérivés en -acu, manquent dans le bassin de l'Adda ainsi que dans les Grisons. Par contre, sont fréquents dans tous nos

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territoires aussi bien que sur le versant septentrional des Grisons les noms en -àscu, -a, sufGxe^que Ion croit être li|;urien, comme on croit aussi ligurien -incu (Landarenca et peut-être Malenco dans la^Valteline), qui s'est confondu ensuite avec Tallemand Sitigu. Toutefois certains savants préfèrent les considérer comme des sufRxes celtiques. D*autre part, les anciens mentionnent les Le-

Îiemtv [cfr. Leventina= Lepontina), comme habitants de 'Ossola (Oscela) et du Tessin actuel ou du moins du Tessin septentrional. Il semble aussi que la Yalteline jusqu'au Lario ait été habitée par des Rhétiens. Mais nous possédons bien peu de renseignements sur ce que fut ta langue des Lépontins, des Rhétiens et des Liguriens. Nous devons donc renoncer, pour le moment, à voir clair dans les complications ethniques des populations lombardo-alpines a l'époque de l'invasion celtique et antérieurement à celle-ci, et renoncer partout aussi à en tirer quelque lumière pour l'étude de la langue actuelle. Quant aux éléments nouveaux qui s'introduisirent lors de la chute de l'empire romain et des invasions des barbares, il n'y a aucune raison pour séparer, à cet égard, la région alpme du reste de la Lombardie. Disons seulement qu'on n'aperçoit, dans la Suisse italienne, aucune trace de ces infiltrations germaniques des Walser, qui sont encore si évidentes dans rOssoia, dans le val Sesia et dans la vallée d'Aoste ; le village allemand de Bosco (Valle Maggia) paraît n'être lui-même qu'une dépendance des enroupes allemands établis dans la vallée limitrophe de I*ormazza (Ossola).

3. Classifiralion des patois. En nous plaçant à un point de vue pratique, on peut diviser les dialectes de la Lombardie occidentale en patois lombards proprement dits et en patois alpins. Les premiers se parlent dans la plaine et dans les régions intermédiaires entre la plaine et les hauts bassins, les derniers dans les hautes vallées des bassins de la Toce, du Tessin et de l'Âdda, c'est-à diie, en Suisse, dans les vallées de Poschiavo et de Bregaglia en territoire grison; la Mesolcina dans le bassin du Tessin, et le Sopraceneri sur territoire tessinois, à l'exception cependant de la ville de Locamo et de la rive gauche du Tessin et du lac Majeur dans les districts de Bellinzone et de Locamo. Ces pays, ainsi que le Sottoceneri, parlent le lombard proprement dit. La classification la plus naturelle, basée bur les pariicularités patoises et sur les rapports politiques, est la suivante : I. Dialectes lombards proprenietêt dits, avec les subdivisions : 1) Mendrisio, 2) Lugano campagne; Verzasca, Centovalli, Onsemone; 3] ville de Locarno et rive gauche du Tessin et du lac Majeur dans les districts de Bellinzone et de Locamo; II. Dial4>ctes alpins ^ A) Tessin et Mesolcina : 4) Locamo, 5) Valle Maggia, 6) Bellinzone, 7) Hiviera, 8) Vallée de Blenio, 9) Léventine, 10) Mesolcina ; B) Bassin de VAdda : 11) Bregaglia, 12) Poschiavo. Le principal caractère distinctif des dialectes alpins est le traitement de c, g devant a et d'autres voyelles. Dans les patois alpins, cette consonne aboutit à un son palatal, ainsi : lomb. ranip, pat. alp , éamp, « champ », ou lomb., gamba, pat. alp gamba, «jambe ».

Du reste, la distinction des dialectes lombards et alpins correspond, en même temps qu'à une division géographique, à une division de couches de la population. La langue commune lombarde tend à se répandre de plus en plus dans les petits centres, même des contrées alpines ; les gens cultivés s'en servent presque exclusivement, tout en y mêlant, par-ci par-là, des réminiscences de leurs patois locaux.

Les particularités suivantes serviront à illustrer la classification exposée ci-dessous :

aj Caractères communs aux dialectes lombards et alpins : le son d, équivalant à la diphtongue italienne uo (p. ex. de nu(wo), ne se présente que dans certaines conditions. Elle s'observe lorsqu'elle est suivie d'un -iou-uou-yainsi latin notm, — nôf, latin nova — nçva — latin folia = fôja ; au milanais pya^a et mç:a correspondent nyatsa, mçdza, avec ts, dz non encore réduits a s, z ; après e tonique -n devient n, par exemple dans bene = heii en regard du lombard bep; s devant une consonne devient s: spos, « époux 1», vis-à-vis du milanais sjms. Nous ne prétendons pas que chacun de ces phénomènes se rencontre Sartout, d'autant plus que nous ne possédons pas encore e matériaux sûrs pour nombre de localités.

b) Caractères spéciaux des patois alpins (nous nous bornons à citer les traits saillants et faisons remarquer qu'ils ne sont pas non plus répartis dans tout le domaine en question et que nou» manquons encore d'enquêtes systématiques pour plusieurs contrées) : devant a c, g se palatalisent, comme on l'a vu ci-dessus ; a tonique a une tendance à se transformer en e, ainsi dans la Léventine cef = il. chiave ; ^atUy 'ati, deviennent -au, -ai, dont la plupart des patois font -(m>, -oits -o, -u, d'une part, et -ey, -çi/, -f , -e de l'autre, par ex.* prai -^^ it. prati, purtau = it. porta to (qui se trouve isolement aussi dans le Sottoceneri) ; \e tonique fermé de l'italien potere peut évoluer vers ey, pudey^ etc.; les mots lombards pyare, fazô = it. piacere, fagiuiolo, sont représentés dans le val Maggia et ailleurs, par: piaie, faiôw; le milanais pes, it. pes(x parpeé; au lieu de l'it. mciggio, lombard f)ui^, nous avons nianf avec unn intercalaire, qui se résout a son tour en y ou yn : mayi, mayni.

Certains caractères sont propres à des territoires plus restreints, surtout voisins, mais nous voyons souvent des vallées éloignées concorder entre elles, telles les vallées

grisonnes et le val Anzasca dans le bassin de l'Ossola. ans l'état actuel de nos connaissances, il n'est pas possible d'indiquer un seul trait phonétique appartenant exclusivement à toute la Suisse italienne, un tel trait n'existe pas même pour les variétés alpines. Mais l'ensemble des patois tessinois, en amont de Bellinzone, y compris la Mesolcina, est caractérisé, autant qu'on le sait, par le changement de VI final du suffixe -p -/[oj en io : fa'ôw = fagiuolo. Les vallées grisonnes du bassin de l'Adda ont à elles seules la construction syntaxique : «. si pentire i^j usipentendon^gLU lieu de pentirsi, pentendosty comme on dit en lombard italien. Par suite du morcellement politique des contrées italiennes de La Suisse et des immenses barrières représentées par les montagnes et les lacs. Ton ne pouvait pas s'attendre à une plus grande unité linguistique. Voici quelques échantillons de nos patois italiens. Comme points de comparaison, nous donnons deux exemples tires du ladin.

Les versions sont en partie en transcription phonétique, en partie en transcription traditionnelle, telle que nous l'avons rencontrée dans les sources auxquelles nous avons puisé.

Français : Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père: m.on père, donne-moi la part de bien qui me doit échoir. Ainsi, le père leur partagea son bien.

Romanche de la Haute-Engadine : n hom avaiva duot figîs. Ed il giux^en da quels dschet al bap : bap, do*m la pat t delta roba chVm tuocha, Ed 9l partit ad els laroba.

Romanche Sursilvain : In hum haveva dus figls. Ad U gtuven da quels schet cU bap: bap, mi dai la part da la rauba ca auda a mi/ Ad el partgit ad els la rauba.

Italien : Un uomo aveva due figliuoli. E U più giovine di loro disse al padre : padre, dammi la pctrte dei béni

pa.der : papa, fam fora la part de rçba ke me toka ; e'I pader el ae l'o fada fora.

Dialectes lombards du canton du Tessin : a. Mendrisio (Valle di Muggio) : Un omm al gheva dûû fiô; e'I minur alg*a dii al sçpa: 0 pà, demm là mia part cama toca, E*ï pa l'a spartii su la siia sustania tra i s^ dûiÀ fiô,

h. Lugano (val Colla) : On cm al gh'eva du fioeu ; e'I pussee punin Va dié'al sç pa : pa, dam era parte di ben ch'em to.ca. E'I pa ag'ra dacta.

c. Lugano (Malcantone) : On padra o gheva duu fioeu. E or minor Va digg ar sopa : Pa, dem ra tni part de sosctanza cam par to.ca. Ér padra o ga scpartit intra de lor ra so sosctanza.

d. B ellinzo ne- Ville : Una vglta g'era un cm ke'l g'aveva dûû fyôô. E'm bfl di'l pusée pinin al fa kul tsç pa : opa, dam la part da la tua rçba ke ma tçka mi; e'I pa'lga Va daya.

e. Bellinzone-Campagne (rive gauche du Tessin : Ârbedo). Umn'çm el g'eva dûû maton. EL pûsçf iun da àti dûû el g'a diô al pa : pa, dam fçra la m^ part da suètanthya ke m'toka^ e lu el g'a fab-fçra y part.

f. Locarno (d'après Biondelli : :>aggio, p. 47). On um l'a avût dû fiô. E'I piû gtbvan da costor o gh'à di al

SUl

SUI

pAdar : pa, dîni la mea part ch*a ni'toca ; e*l pàdar o g h' à fai fora i part.

Dialectes alpins de la Suisse italienne : a. Valle Maggia fCavergno). Stma'na vçlta u y'era um pa k'eva dùy tuzoy. Lu fyô minor um di u capa-ia lu pa e u y dei : pà, a vôi la me part ila êpartitayom, dlavçéa rçba; e lu pà u y l'a deàa.

b. Locarno (Valle Verzasca ; d'après Monti, p. 421). On tmen o ghè\'a du tosôi. El nu p^nign o ga d%cc al pà : pà, dam êr tangenta dcr rooa ca'm vegn a mi. E o gà Bcpariit fora êr sosctanza.

c. Haute Levantine (Ossasco). Un b^t u y eva um pa ce dl'eva dùy tuzu.y. E u pyunda pi.èan Va d'C un di al pa da dej la sç part ded rçoa. U pa uy Va deèa.

a. Batoe^Lëventine (Poleggio). Um bçt gWa umn'om ke g'ei-a dùy fy&y E ut di kfl pyçnda piy e àtac-su e '- w.ji 1.-.1 -r „ ^^^^ ^^ j^^^ ^^^ ^^ rçbakem èpeta

Monti, p. 420). On tàaof?! o ^Aev doi fant. E ol pu'piscen de quigl Vàa dicc al pa: o pa, dam ra part dra roba co'm toca. E lu o g'a sparti ra roba.

f. Riviera (Claro). Omn'om al g*eve duu fyey. E al pi*ey içn da Içw Va diè al so pa : pa^ dam la part data rçbç ka'm tçkç, e'I pa el g'a faé fçt ç a ohun la soo part.

g. District de Bellinzone (Rive droite du Tessin : Gorduno). On cm q g'evedûû /'iyt.i. E'I pise.e ion ç g'a dié al se pa : pa, dem hçrç la part »a kel kç'm tç.kç. E lu 0 o'a èpartit hçrç la sç rçbç da kfl /fV gHuke.ve.

n. Mesolcina supérieure (Mesocco). Un cm, el g'avevç do ntato.n ; e'I éuse ^çvin de kuàt el gf dit un ''di al tso pa : pà dadum la part de rçbç kç me tç.kç; e'I pâ, buna.éj »a èpartu fçrç tm de Içj so beh. *

i. Mesolcina inférieure (San Vittore). iVp vçlta e g'era (mxn'om kel g'ayeva du fye. Om di el ptse pinii^ el g'a die al so pa: ti po^ dam la mi part, kemi a vey na a gira'l mont. E'I pa alora el g*a faè fçra la sç part.

k. Brega^liaJd'après'Biondelli: Saggw^ p. 42). Un om veva dûi fi. A plû gitwan dgét con se bap: bap, dam la mè part da roba; à'I lur aéprtit i se ben.

1. Poschiavo. Un cm al gea doi fiiôy. Al plû ^u.an al ga dis kuh se pa : pa, da.dum la part da rçba ki ma içka; e l pa àl ga spartu la rçba intra da lur.

Le vocabulaire de la région qui nous occupe, et cela se comprend facilement, est de type purement lombard, surtout dans la section que nous avons désignée expressément sous ce nom. 11 s'agit surtout de tetmes très usités et en moindre proportion de roots importés ; mais la distinction entre les uns et les autres n est pas toujours facile; par ex., le mot léventin éigera^ broui lard, paraît être milanais, parce que ce mot, d'après la phonétique léventine, devrait se prononcer êiera. En outre, paraissent importés de la Lombardie, pour des raisons historiG|ues évidentes, les vieux espagnolismes, comme caraco, un nen, catzôla, mondegilif qui sont d»s noms de mets. Dans la partie alpine du pays il existe une grande quantité de mots concernant, pour la plupart, l'économie alpestre, l'agriculture. Ces expressions sont plutôt d'origine alpine, c'est-àdire qu'elles sont apparentées plutôt aux dialectes des pays environnants du N., de TE. et de VO. qu'à ceux de la plaine (parex. [capra} bima, chèvre de deux ans, correspond à l'expression de la Léventine îrima. du Calanca, hiniba, de la vallée d'Aoste bime, de Belluno bimba; hsRdiolus, diminutif de A a?(yt«, chevreau, correspond d^ns la vallée de Domodossola, dans le Tessin à;ô, dans le Poschiavo et laValteline à and- ol, odzoU dans le Trentin à dzœi, à Belluno à andola, dans l'Engadine à anzôl. dans le romanche de l'Oberland grison à ansiel ^ [fœnum] recidïvvm^ regain, corre^^pond dans le Tessin a redezt. rédzif, dans la vallée de Domodossola à ard:i, dans le Trentin à ar-er:tt;a, dans le Frioul à arziva^ dans le romanche de rOberland grison à raschdif, etc.) que seules les Alpes nous ont conservés. U y a beaucoup de ressemblances lexicologiques spéciales entie le patois ladm et celui du brega|iiia. Mais la série des rapprochements lexicologiques entre le bdin et Talpi no-lombard pourrait faire également l'objet d'un chapitre intéressant, (v. Bendiconti del R. IstUuto lomb. II vol. XXXIX, 605 suiv.) Le voisinage de la Suisse allemande et les rapports politiques étroits qui en ont été la conséquence expliquent la présen-

ce de quatre ou cinq douzaines de gei maniâmes (ib. ib. 609 et suiv., Bolletino storico délia Svizzera italiana. XXV, 95-6 n.) actuellement oisparus ou tendant à disparaître en glande partie. Ce sont des mots qui dési^^nent des objets matériels ou des termes de métiers (gerber^ kramer, élifer, etc.) ou de charges politiques {vebel^ bedeau, lanfok, landama. dans la Mesolcina landrit r). Le ladin n'a presque lourni aucun vocable (dans la Mesolcina naué, mauvais, misérable, baiel§a^ maison trihte, déserte].

L'émigration en France et dans les pays d'outre-mer de langue espagnole et anglaise a pour effet d'introduire quelques termes nouveaux. Mais ce Font surtout les gallicismes qui, favorisés par une prédisposition très ancienne de Tllalie et du monde entier à leur taire bon vi^age, obtiennent promptiment droit de cité. Paimi les anfilicismes venus d'Australie dans la première partie du XlX« siècle, rappelons le curieux piinis (business, affaire) de Cavergno. Autrefois les hommcH de Cavergno émi^raient en Hollande en qualité de ramoneurs, d où ils rapportèrent le tour el varda fçra ben^ il a un bel aspect, qui n'est donc pas un germ<tnisuie suisse, mais un hollandisme. Les tuiliers du val Lu).ano qui vont dans le Piémont exercer leur métier en ont rapporté des mots comme bo^as, se dépécher, bouger, tampa^ creux, fosse.

4. Auteurs dialectaux. Elles sont rares, les productions en dialecte de la Suisse italienne. Mais quelquesunes sont très anciennes. Malheureusement elles sont peu naturelles. Au XV1« siècle, une société milanaise de bons vivants dont le principal ornement était le peintre et poète Gian Paolo Lomazzo, se constitua en Académie poétique, en se donnant l'air d'être une corporation (Badia) de marchands ou de porteurs de vins provenant du val Blenio, dont ils adoptèrent la langue. Ce sont les produits artificiels de cette muse et de cette langue qui se trouvent réunis dans le petit ouvrage intitulé Èabisch (= arabesques, plaisanteries) dra Ac<idemiglia dor compà Zavargna^ Nabad dra val de Brt^n ed tucch i su fidigl soghitt (l'« éd. Milan, 1589, 2"« éd., 162T). Une nouvelle reproduction a paru dans VAntologmMent'ghinaé^Ferû. Fontana. Bellinzone, 19C0. Apres que le canton du Tessin eut été érijiié en canton indépendant, de nombreuses poésies en dialecte furent composées comme commentaire» d*événement« publics ou prives ; elles se trouvent disséminées dans les collections de journaux ou sur des feuilles voLintes dont il ne reste peutêtre aucun exemplaire. h'Antologia Meneg' ina a recueilli quelques-unes de ces pièces de circonstance. Le Luganais Carlo Martignoni (1824-1903) illustrait à sa manière, de-

f)uis 1^78, dans des compositions poétique^ en dialecte, es événements politiques du jour. Ces vers ont été réunis aujourd'hui en volume (Baccolla délie poésie in vernacolo Ivganese di C. Af., 208 pages. Locarno. 1908). Par contre, les poésies de Cesare Mariotti (1852-1891), de Giubiasco près Bellinzone, ne sont pas de nature politique

i Poésie in vemacolo giubiaschese di C. Af, oJ pages, iellinzone, 1900). Ces deux recueils sont un pâle et lointain reffet des poésies du milanais Carlo Porta, le meilleur poète dialectal de l'Italie; tous deux leprésenient les dialectes tessinois de pur type lombard ; au reste tout» s les productions littéraires paloises du Tessin se rapportent à ce dialecte. De dialecte alnin on a seulement les poésies anonymes qui viennent aétre publiées dans l'ilrchivio glottologico italiano (vol. X\1, pai.es 550-588 : Poésie in dialetto di Cavergno^ Val Maggia). Bregaglia efct plus fortuné que le Tessin, car il a trouvé une digne représentation de ses coutumes el d*une époque très importante de son histoire (la giande lutte entre catholiques et protestants^ dans l'ouvrage de Giov. Maurizio, de Virosoprano (+ 1885), qui a pour titre La Stria ossia i stinquol da l'Amur. Tragivomedia nazionale barges jota. Quàdar dii costùm da la Bragaja ent el secul XVI

F âges 188. Bergamo, 1875. (La sorcièie ou les niches de amour. Tragi-ct médie nationale du Biegaglia. Tableau de mœurs du Bregaglia au XVI" siècle.) La f'aiblt production littéraire du Poschiavo consiste presque entièremt nt dans le» essais oue renferme le livre de Michael cité dans la Bibliograpnie.

5. Bibliographie (pour le Tessin voir aussi Salvioni, Bibliografia dei diatetti ticinesi. Bellinzone, 1900. Bol-

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lettino stotnco délia Svizzera italiana^ XXIII, 142-3 n). — Travaux ffénéraux : Cherubini, Vocabolatno milanese, 5 volumes. Milan 1839-56. Salvioni, Fonetica del dialetto di Milano. Turin, 1884. P. Monti, VocaboUirio delta città e diocesi di Canio. Milan, 1845. Saggio di Vocah, délia Gallia Cisalpina e celtico e Appendice al Vocab. Milan, 1856. Âscoh, Archivio glotlologtco italiano^ 1, 249 et 8uiv. H. Morf, Gôttingische gelehrte Anzeigen, 1S85. C. Saivioni, La Lettura, I, 718et8uiv. Studi di filologia romança, Vril, 1 et suiv. VII, 183 et suiv. — Poechiavo. Joh. Michael, Der Dialekt des Poschiavotals. Halle. 1905. Saivioni, iîéwrfir. d.R.Ist, lomb. II, vol XXXIX, 477-94, 505-22, 569-86, 603-22). — Brega^lia. Âscoli, Arch. glott. ital. II, 442-443. A. RedolH, Zeilschrift fur ronianische Philologie, VIII, 161 et suiv. H. Morf, livre cité et Nachrichten der Gesellsch. der Wiss. zu GOtlingen, 1886. Bregaglia et Mesocco. C. Saivioni. Rendironli del Reale Jstitulo Umibardo, sér. II vol. XXXV 905et suiv. — Bellinzone etRiviera. C Saivioni, Arch. glotl. ital. XIII, 855 et suiv. V. Pellandini et C. Saivioni, Bollettitio storico délia Svizzera italianaj XVlI et XVIII. — Blenio. L. Demaria, Curioaità del Vernacolo bleniese. Bell inzone, 1889. Valle Maggia et Locamo. C. Saivioni, Arch. glott. ital,, IX, 188 et suiv. ; XIV, 437 et suiv. ; XVI, 549 et suiv. ; Bollettino storico délia Svizzet^a itaHana^ XIX, 133 et suiv.; Roniania^ XXVIII, 409 et suiv. — Lugano. G. Cossa, Giornale deW I. R. Istituto lonibardo, XVI, 286 et suiv. C. Saivioni, Bollettino storico délia Sviizera italianay Xlll. 94 et suiv. V. Pellandini, Archives suisses des tra^ ditions populaires^ 1894. — Lugano et Mendrisio. C. Saivioni, Bollettino storico délia Svizzera italiana. XXllI, 141 et suiv. — Noms locaux. Flechia, Meniorie delV Accor deniia délie Scienze di Torino^ sér. II tome XXVII. C. Saivioni, Bollettino storico délia Svizzera italiana, XI, 214 et suiv. ; XV, 22 et suiv. ; XX, 33 et suiv. tXXI, 49 et suiv., 85 et suiv.; XXII, 85 et suiv. ; XXIII, 77 et suiv. ; XXIV, 1 et suiv. ; 57. et suiv. XXV, 93 et suiv. ; Archivio storico lonibardo, XXXI, 372 et suiv. [C. Salvioni.I

rV. Bhéto-romans.1. Statistûjue des Rhêto-ronians en proportion des Allemands. La répartition des Rhétoromans dans le canton des Grisons est donnée dans la carte ci-contre, basée sur le recensement fédéral de 1900. Le tableau ci-dessous indique le pour cent des Romanches dans les divers cercles de ce canton, en 1860, 1870, 1880, 1888, 1900; il prouve une diminution constante de cette population latine et une augmentation correspondante des Allemands. Il faut remarquer que de nombreux cercles renferment des localités entièrement allemandes; ainsi dans le cercle de Ruis : Obersaxen ; dans le cercle de Lugnez : Vais, Sankt Martin ; dans le cercle d'Ilanz : Valendas, Versam ; dans le cercle de Trins : Tamins, Felt-

PROPORTION RliÉTO-ROMANE DE CHAQrC CERCLE DES CRISONS (1860-1900).

Cercle.

Disentis . . .

Ruis

Lugnez ....

Ilanz

Trins

Rhàzûns . . .

Domlcschg . .

Thusis ....

Schams ....

Oberhalbstein Alvaschein . .

Belfort ....

Bergûn ....

Ober Engadtn Oblasna ....

Unter Tasna .

Remûs ....

MiJnsterthal .

> Habitants 1900

berg ; dans le cercle de Domleachg : Sils ; dans le cercle de Thusis : Thusis, Masein, Urmein, Tschappina ; dans le cercle d'AIvaschein : Mutten ; dans le cercle de Belfort : Schmitten ; dans le cercle de Bergûn : Wiesen ; dans le cercle de Remûs : Samnaun. Si Ton fait abstraction des localités allemandes, la proportion des Romanches augmente naturellement ; ainsi le cercle de Ruis, sans Obersaxen, a une population de 99 % de Romanches.

La répartition des Rhéto-romans par rapport â Tensemble de la population des Grisons est la suivante :

% Rhéto-romans.

Anné«.

Population toUle.

Rhetorom.

dans le canton.

en proportion

des Allemands.

*) Ouvriers italiens employés à la construction de la lifçne de l*All>ula non compris.

*) Ces chiffres sont h rectifier, les dialectes de Marmels et de Stalla ayant été faussement attribués à l'italien.

Les nombres marqués d'un * sont évidemment trop élevés, car en 1850 on avait compté tous les habitants de chaque commune comme parlant la langue de la majorité.

Dans toute la Suisse, le total des Rhéto-romans était, en 1880, de 38705, en 1888, de 38357, en 1900, de 38651 ; il n'a donc guère varié depuis 1880, mais la proportion par rapport a l'ensemble de la population a suoi une diminution constante : en 1850, elle est de 1,77 %, en 1860 de 1,68 %, en 1870 de 1,58 % en 1880 de 1,36 %, en 1888 de 1,30 %, en 1900 de 1,17 %.

2. Limites de la langue rhéto-romane. La région rhétoromane s'étendait jadis au N. iusqu'au Bodan. à l'E. probablement jusque dans les vallées tyroliennes du Zillerthal et du Pusterthal, et de là au S.-E. dans le Frioul et les environs de Trieste ; à TO. on peut supposer qu'elle partait de Steckbom directement vers le b. puis suivait les limites occidentales des cantons de Saint-Gall, de Schwyz et d'Unterwald. De tout ce grand territoire il n'est resté au rhéto-roman que Quelques fragments : le romanche dans les Grisons, les dialectes de quel(]ues petites vallées à l'E. de Bozen et de Brixen (en particulier le Grodnerthal et le Gaderthal) et la réffion fortement peuplée du Frioul. Du V« au VIII« siècle 1 invasion alamane enleva peu à peu au rhétien la partie située au N. des Grisons excepte le lac de AValenstadt, Glaris le pays de Sargans et le Rheinthal jusqu'à Oberried et Gôtzis, un peu au N. de Feldkirch, et le Walgau. Du IX" au XI* siècle le rhéto-roman recula peu à peu et du XII* au XVI* siècle, il en fut réduit à ses limites actuelles ; les colonies des Walser qui avaient émigré au XIII* siècle jouèrent un grand rôle. Dans le Walgau, le Pràtigau, le SchanRgg, on trouvait encore, au commencement du XVI* siècle, des personnes parlant le romanche ; à Goire la proportion de la population romanche était certainement encore élevée (ce que Êrouve le nom d'un quartier de la ville : Welschch DOrfti). lans le Montafon le romanche n'aurait même disparu qu'au XVIII* siècle. Depuis le XVI* siècle, le territoire du romanche dans les Grisons, s'est peu modifié. La date exacte de la germanisation de Thusis (avec Masein, Urmein) et de Tamins reste incertaine ; nous savons qu'en 1750, Thu«is éuit déjà allemand. Au XIX* siècle, ce fut le tour de Sils, dans le Domleschg, et du Samnaun. Le vocabulaire des régions germanisées renferme de nombreux mots d'origine romane. Les limites actuelles du romanche sont marquées sur la carte par des hachures (paçe 2^). Les localités avec hachures de droite à gauche (Pilisur, Rongellen, Fûrstenau) sont déjà en majorité allemandes. Le romanche est en forte diminution à Ilanz, à Bonaduz, au Heinzenberg, dans la plus grande partie du Domleschg, dans la vallée de l'AlbuIa en amont de Tiefencastel (où la nouvelle ligne des chemins de fer rhétiens accélérera la prédominance de l'allemand), dans les stations d'étrangers de la Ilaute-Engadine (Saint-Moritz, Pontresina, auxquelles se joint Samaden). A Schuls,

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J'innuencB de la présence de* élrangers

■j se (aire senlir. Le reste de la BaBse-Eagadïne demeure lepeadant bien romanche. Le Munsterthal a une silualioD dirticile ; l'Uberhalbitein reale tréa Sdèle â la lant:ae, Mai« le boalevard le plus rëaiatant est constitué par \j masse compacte de l'Uberland griaon. La grande localité d'Ems, très exposée, résiste bien, quoique un grand nombre de mots allemands pénétrent dans son vocabulaire. Le romanche domine entière me al dans les écoles (statistique de 1805] de ruberlaod (à l'eiceptloQ d'il^ni) ; dans quinze écoles de cette région 1 allemand n'est pas enseiiioé; dana trente-neuT écoles, il n'est enseigne que de la l'inquieme à la septième année de la scolarité. Dans les nacres régions romanches, l'enseignement de l'allemand commence généralement avec la quatrième année de scolarité, rarement plus tôt. U'Ems à Andeer, beaucoup d'écoles sont tout à fait allemandes. IJani les régions me- Qscées la prédication est en général plus conservatrice que lécole. mais la langue employée dépend de la personne du pasteur; dans beaucoup de localités on prêche alterna-

SUl â89

Christ, les Romains conquirent la Rhétie et la langue du pays fut supplantée par le latin. De ce latin vulgaire se l'orma peu à peu le rhéto-ro manche, de la même manière que les autres langues romanes. Dès l'an 500 environ, on peut parler de langue < romanche ■. Les dialectes rhétororaans se distinguent si nettement de l'italien et de ses dialectes qu'on en fait un rameau linguistique spécial qui prend place a c^ôté de l'italien, du français, de l'espagnol, etc. Une diirérence essentielle est le pluriel rhéto-r~ ■"--* indiqué par -r ■*"" -..»-« ji..«i«»i.^» »..i r^u»»».

Ire distinction est l'absence 1 dont la fonction est remplie par l'impirlait uu HUDjonctiF. Le contact avec les Germains exerça une ; i^rande inlluence sur le vocsbulaire du romanche comme ; c'est au reste le cas de toutes les langues romanes, à l'exception du roumain. La plus ancienne couche de mots empruntés à l'allemand pénétra déjà à l'époque du latin vul- I gaire. ainsi ivmra, italien : gueria, rheto-roman : ^|arfa, I Kusrre. Les mots germains que le rhéto-roman possède en

I lombarde, ainsi tlaffa, étrier. L'inilueoce alamane venant

TernloiM!. Av tiitmenten allemand et en romanche. Récemment, une l'pposition contre l'invasion de l'sllemand s'est manifestée ilans les Grisons, en particulier dans l'Uberland et dans I Kngadine. On ne veut pas abandonner ainsi d'un avar legiT l'antique langue maternelle. Un ta cultive acliveiiifot a l'école (par d'excellents manuels en romanche}, dans la vie publique, dans la presse et dans la littérature. Dans ces conditions, la disparition du rhéto-roman ne se rédlisera sans doute pas de si tôt. On fait également des ''lluris pour résister à l'intrusion de mots allemands et de t'frtnani ornes. Dans l'Engadine, le romanche a encore à iroinbatire l'italien (les italianismes passent souvent pour • beaux ■), mais ce danger était plus grand autrefois qu'aujourd'hui.

HMiagrapbie : Sartorios von Wslterahausen Die Gi-r- •■i'iniiierun[i dee Ràîortimatu'n in der Schweiz. Stuttgart, lyOO Uerther, Canchen e digren dfHa poptilatiun i-o- ••iimlsrha et ranfun lirischun. Ischi, vol. II pages. 6l-<%.

3. llatoire de* dialectet. Nous ne savons rien de certain de la langue dtrs anciens Rhétiens. Klle ne parait pas aïoir été celtique. Les Romains la iionsidé raient comme une 1.1 n;:ue étrusque dégénérée. Un pourrait aussi la rapprocher du ligurien. Il est possible qu'il subsiste des restes de l'ancien rhélien dans quelques noms de luoalilés et dans dt'8 mots romanches inexpliqués. L'an 1.^ avant Jésus-

du N., peut avoir commencé de bonne heure à se bire sentir, mais elle n'atteignit son apogée qu'à l'époque de la féodalité, du XI l' au XIV' siècle environ, alors que les seigneurs féodaux et leur suite étaient pour la plupart allemands. C'est aussi au XllI' siècle que se formèrent les colonies des libres Wulaer (probablement Walliser, Valaisan) dans de nombreuses régions des Grisons comme Uuvo*. le fràtlgau. Langwies, Avers, ttheinwald. En général, i-'estde ues Kii-cles-là que date la seconde couche des mois empruntés à l'alainan (allemand suisse), mais bien nationalisés, tels les noms oberlanduis Aurcla, de Kugel, balle ; ivœ. de Krug. cruche ; Imghegiar, de liauen, bâtir; s'onricdii-, te repentir; giaviachai; de wiinsc/ieii, désirer ; scintber, de tmther, propre ; glievt, de Leulf, gens ; puis en partie les germanismes prépositionnels comme parler orii, partager ; dir giu, refuser, et des traductions comme riser avon nuiun {l'orhanden lein), y avoir j regnir pella vita (uins Leben bomnien) perdre la vie. Une nouvelle vague d'inlluence allemande passa lors de la Héformation avec ses traductions d'ci-uvres religieuses, d'où des mots comme vandligiar, de wnsdeln, marcher, vivre. Mais ces mots ne pénétrèrent pas très profondément dans la langue populaire. Enlin, une masse de mots alleimnda s'inliltrércnt dans la langue à I époque moderne, surtout au XIX* siècle, amenés par les nou-

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velles institutioDS et inventions de notre époque. La lan-

fue Juridique a un caractère spécial; de tout temps elles té fortement mélangée d'éléments allemands. Chaque statut communal en fait foi. Les emprunts faits à l'italien fau lombard) sont rares dans les dialectes de l'Oberland, plus nombreux dans l'Engadine. En Engadine tschappér existe à côté de l'ancien n«* forme clappér^ saisir.

4. Divisions des dialectes rheUh-ronians, Nous pouvons distinguer deux grands groupes dans ces dialectes : le dialecte du bassin du Rhin et celui de l'Engadine (y compris le dialecte du Mônsterthal). On appelle souvent le premier c romanche «f dans le sens restremt du mot, celui de l'Engadine t ladin ». Mais, par extension, le nom de romanche embrasse aussi le ladin. Les Engadinois donnent au dialecte du Rhin le nom de Schalover (de tschell'ova, l'autre eau =r le Rhin). Ces deux groupes principaux se subdivisent à leur tour ; le groupe du Khin comprend le dialecte oberlandais (Sursilvain), celui de l'Ilinterrhein, de rOberhaIbstein. de Filisur-Bergûn, etc.; le groupe engadinois comprend le dialecte de la Haute-Fngadine, celui de la Basse- Engadine et celui du Mûnsterthal. Ces subdivinions comprennent encore divers dialectes locaux qui offrent souvent des particularités très prononcées. Autrefois ces dialectes locaux — chaque localité de quelque importance avait le sien propre - différaient entre eux beaucoup plus qu'aujourd hui ; actuellement, sous l'influence des changements de domicile, des relations commerciales, de l'école, etc., ces différences s'atténuent beaucoup. Voici quelques diflérences caractéristiques de l'Oberlandais (\) et de l'Engadinois (II) : le û latin devient I i, e, II û, ainsi I dir, ferti, II dur, fùni du latin durus, dur et funiuSy fumée ; I t^, II d du latin ^, ainsi I pievel, II pôvel depopulvs peuple; I tg, II t du latin c^ ainsi I notg^ latg, Il not, lat^ du latin nocte, nuit, et Icxte, lait; I els ein^ 11 els Sun, ils sont ; I gié, II schi^ oui ; I anftar. Il chat^ tary trouver; I el ei Mais (avec le s prédicalif), II el ais bel, il est beau. Il n'y a qu'une différence orthographique entre le I (g et le II cA, ainsi I tgaun, II chaun, chien. Le dialecte ^d'Oberhalbstein a Quelques formes particulières comme jiir. liHa =: oberlanaais : ligiar, ligiau, lier, lié. poéT = oberlandais pagar, payer. Le dialecte de Filisur-Rergûn a beaucoupde zainsi laz (lats) = oberlandais latg, en^jadînois /at. lait, zuven (dsuven) = oberlandais et engadinois giuven, jeune. Les dialectes d'Oberhalbstein, de Filisiir-Rergûn et de la Haute-Engadine ont en commun le développement d'un c ou g dans des mots comme cocr, de cour, cœur, bocf, de houf, bœuf, ugra, de tira, heure, icr, de ir, aller, legvra, de leivra, lièvre (le c, g est seuil ment prononcé, mais non écrit). Parmi les différences entre la Haiite-Engadine (H.-E.) et la Basse- Eugadine (B.-E.) signalons: H.-E. e, B.-E. a, ainsi H.- E. nirl, der, B.-E. mal, dar, de malus, mauvais, et dare, donner; la prononciation dans la H.-E. uni, êm, pour un, aun, ainsi hum = bun, bon, pêm r^pattn, pain , H.-E.

Î>och, B.-E. pac, peu ; H.-E. mema, B.-E. massa^ trop ; I.-E ieu {d') he, B.-E. eu (n'> Aa, j'ai; des participes, H.-E. siô, steda, B.-E. stat, statta, été ; H.-E. purtô, B.-E purtà, porté; H.-E. vendieu (prononcé vendia), B.- E. vendu, vendu. Les infinitifs avec recul de l'accent sur la pénultième sont caractéristiques pour le Mûnsterthal, ainsi porter pour portâr, porter; on y dit jau, je, d'où le stirnom donné à ses habitants: ils Jàuers.

Bibliographie. Ascoli, Saggi Ladini dans 1*^4 rcAimo Glottologico, vol. I et VII. Gartner, Ràtoromanische Grammatik. Heilbronn, 1883. Ou même, dans Grôber : Grundriss der romanischcn Philologie, vol. I. Grammai' res élémentaires de V Oberlandais, par Bûhler (1864), Muoth (1890), da Rieti (1904), Simeon (1904). Conradi (1820), de VEngadinois, par Andeer (1880, 1906 2' édit.). Dictionnaires de l'Ob^rlandais, par Cariffiet (1882). Conradi (18^, allemand-romanche 1828), ae VEngadinois, par Pallioppi (1895, allemand-romanche, 1902). Brandstetter, Das Schweizerdeutsche Lehngut im. Homontschen. Lucerne, 1905.

5. Spécimens linguistiques. Prononciation. L'oberlandais tg et l'engadinois ch correspondent à peu près à l'allemand tch dans Hûtchen; ge, gi, se prononcent comme en italien, mais se rapprochent davantage de l'allemand rf; dans Landjâger; gn, gnfij, glifij comme en italien; st, sp, comme scht, schp, etc. ; z comme en

allemand; sch comme le français j; l'oberlandaia ché, chi comme en italien.

Proverbes, dictons, poésies, Oberlandais; tgi cava pet* ftuc, piarda Hue, Haute-Engadine : chi chi va per fô, perda 'l lô, qui va an feu perd sa place. Oberl. da Sogn Crogl stat la vacca en ntiegl, Haute-Engadine, a San Giallum tuitt ilniuvelsûl pantum,, au jour de Saint-Gall, tout le bétail à l'étable. Oberl. um visaus, miez salvaus, Basse - Engadine, sudà visa, mez salvà, homme avisé est à moitié sauvé. Oberl. aulta schaolada, bctssa tschentada, haute envolée, chute profondfe; loschas matteuns, tschuffas vaneuns, filles coquettes, marmite sale ; nuot ughiau, nuot gudigiiau, qui n'ose rien n'a rien ; oz en passa, dameun en fossa, aujourd'hui au pouvoir, demain dans la fosse ; prers e pluscheins ein mat pleins, les prêtres et les jeunes poules ne sont jamais rassasiés ; fatg n cun rida, va giu cun spida, ce qui est écrit avec de la craie, s'enlève avec de la salive ; 6io canera, pintga schgarmera gronda baheida, pauca muneida, beaucoup de bruit, petite cuiller à crème, grand train, peu d'argent ; bizochels, maluns e capuns en fargliuns, petta en pegna ei la madregna, bu^liarsa ei la basatta, ina parentella sbuseratta. Engadinois (forme de la Basse-Engadine) bain straglià, mez pavlâ, bien étrillé, à moitié fourragé ; chi taidlaaparai, taidlada sai, qui écoute à la paroi, entend sa propre honte; chi bler crida, bod invlida, qui pleure beaucoup oublie bientôt ; chaun m.ût morda strett chien muet mord ferme ; chi sta bain, nu*s mova, chi sta mal, eu lova, qui est bien ne se remue pas, qui est mal bouge ; chi nun ha aiallinas nun niangla maschun, qui n'a pas de poules n a pas besoin de perchoir ; j/io/Iina rAt va per cha, a ch'ella picla o ch'ella ha pu la, poule qui court dans la maison, ou bien picore ou bien a picoré; ils buns russagls e las chavras zoppas vegnan davo, les bons conseils et les chèvres boiteuses viennent en dernier.

Cur cha *l vin ais a cuccun, Jls amis sun a mantun, Cur cha *l vin staliva su, Schi am^is nu's vezia pu.

Qui a du vin en sa maison, A plus d'amis que de raison.

Mais quand le vin a disparu.

Des amis il n'y en a plus.

Il pur suveran (le paysan souverain), chant de A. Uuonder.

Quei ei miu grepp, queiei miu crapp, Cheu tschenteljeu miu f>ei, Artau hai feu vus da miu bab, Sai a negin marschei.

Quei ei miu prau, quei miu clavau, Quei miu regress e dretg, Sai a negin perquei d'engrau, Sun cheu jeu mez il retg.

Quei mes affons, miu agien saun, Da miu car Diu schenghetg, Nutreschel els cun agien paun, Els dorman sut miu tetg.

O libra, libra pauprcuiat, Artada da mes vegls, Defender vi cun taffradat Sco poppa da mes egls.

Gie libers sundel jeu naschius, Ruasseivels vi dormir, E libers sundel si carschitis, E libers vi morir.

Traduction.

C'est mon rocher, c'est ma pierre, ici je mets le pied, je vous ai hérité de mon père, je n'ai personne à en r<»mercier.

C'est mon pré, c'est ma grange, mon bien el mon droit, je ne dois pour cela de reconnaissance à personne. Ici je suis moi-même le roi.

SUI

SUI

Ce sont mes enfants, mon propre sang, don de mon Dieu, je les nourris de mon propre pain, ils dorment sous mon toit.

0 libre, libre pauvreté, héritéej de mes pères, je te défendrai avec vaillance comme la prunelle de mes yeux.

Oui, je suis né libre, je veux dormir tranquille. j*ai grandi libre, et libre je veux mourir.

6. Esquisse de V histoire de la littérature rhéto-roniane, a. Engcuiine. Il est hors de doute qu'il a existé dans les Grisons des chants populaires de tout genre antérieurs à la littérature rhéto-romane qui nous a été conservée. La vie politique intense qui se développa dans ce pays après la chute de la^ féodalité, notamment au XV* siècle, doit avoir alors déjà provoqué Téclosion de quelques chansons politiques et patriotiques. Ainsi le premier monument qui nous soit reste de la littérature rhéto-romane est le grand

Soème du réformateur Joh. Travers sur la Guerre de [usso. Il fut composé en 1527 (deux ans après la guerre), en réponse à un poème injurieux du Bregaglia. Peu après. Travers commença la traduction en dialecte engadmois de drames allemands sur des sujets bibliques (Joseph en Egypte, 1534, Joseph et Potiphar, l'Enfant prodigue).

D autres œuvres suivirent, la Judith de Campell (en 1554), les Dix âges de Stuppaun, le Mauvais riche et le pauvre Lazare, Suzanne, Job, les Trois jeunes gens dans la fournaise, la Naissance de Jesus-Christ, etc., dont les auteurs sont inconnus. La plupart de ces drames n'ont été retrouvés qu'à l'époque moderne ; aucun n'avait été imprimé, pas plus que la Guerre de Musso. Ces drames sont écrits dans une langue forte, souvent rude et parfois avec un véritable talent poétique. Ils furent souvent représentés avec grand succès pendant le XVI* siècle et au commencement du XVII*. Assister à ces représentations passait pour une action agréable à Dieu. Mais les idées austères qui régnaient au XVII* siècle les firent tomber en discréait ; ils furent remplacés par les ennuyeux a Singspiele » (pièces chantées) A côté des œuvres de Travers, il ne nous a été conservé du romanche antérieur à 1560 aue quelques morceaux dans des documents épars. Dans I Engadine, la prédication se fit en romanche dès les premiers temps de la Réformation ; ce mouvement contribua à réveiller le sentiment lin^juistique. Pour satisfaire aux besoins religieux si puissamment développés, il fallait des lectures religieuses dans la langue du pays. Ce fut l'origine de la littérature romanche au sens restreint du mot (littérature imprimée). Un notaire, Jacques Biffrun deSamaden, inaugura en1o52 la littérature imprimée, par sa Fuorma ou Taefla (catéchisme avec abécédaire) ; en 1560, il publia la traduction du Nouveau Testament. Ces livres donnèrent au dialecte de la Haute-Engadine une forme littéraire et une orthographe assez oien fixée (celle-ci subit dans la suite quelques changements). En 1562, suivirent les Psaumes de Campell, en dialecte de la Basse- Engadine. On ne s'entendit pas pour faire de l'un des deux dialectes (Haute ou Basse-Ëngadine) une langue littéraire, et dans la suite, l'importante littérature religieuse de l'Engadine s'est toujours partagée entre les deux dialectes. La traduction complète de la Bible date de 1679, et est écrite en bas-engadinois, les livres de cantiques sont en partie bas-engadinois (Philomela, 1684), en partie haut-engadinois (Psaumes de Wietzel au XVII* siècle, livre de cantiques de Frizzoni au XVIII* siècle)

Après que Biffrun et Campell eurent frayé la voie, le romanche devint toujours plus la langue des documents et des statuts communaux ; en 1680, ceux-ci étaient pi^sque tous rédigés en romanche.^ Les XVII et XVIII* siècles n'ont pas produit grand'chose à côté de la littérature religieuse. Un grand poème sur la guerre de la Valteline de Wietzel et la Chronique rhétienne de Vulpius restèrent manuscrits ; la Chronica Raetica de a Porta sortit de presse en 1742.

Jusqu'au XIX* siècle, la littérature reliffieuse avait dominé. Alors se produisit un grand essor ae la littérature profane. En 1845, paraissent les poésies de Conradin von Flugi (Alchûnas rima^ rortiaunschas)^ puis les œuvres de Z. Pallioppi (qui entreprit une nouvelle réglementation de l'orthographe), de 1 humoriste S. Carratsch, du pro-

fond et délicat Caderas et d'autres encore. Ces dernières années ont vu paraître surtout des nouvelles, en particulier celles de G. Mathis ; des drames furent composés par C. Bardola et F. Grand. Le premier journal parut en 1843 [VAurora d'Engiadina), mais il ne vécut qu'une année, de 1852 à 1854 s'imprima une Gazetta d*Jnn^ giadina et dès 1857 la Fôgl d'Engiadina (avec un supplément hebdomadaire, Duniengia Saira) qui subsiste encore. Entre temps, d'autres journaux eurent une existence éphémère.

b. Oberland. Il semble n'être rien resté dans l'Oberland de la littérature écrite du XVI* siècle. La littérature imprimée commence dans les premières années du XVII* siècle, un demi-siècle plus tara qu'en Engadine. Le premier livre est un catéchisme protestant (avec des rèfflea de civilité, etc.), imprimé en lo01,de Bonifaci, maftrea'école à Fûrstenau. Ce petit livre et deux autres ouvrages catholiques de Calvenzano (^Curt Mussanient, 1611, Bref, Apologetica^ 1612) sont écrits en dialecte du Domleschg, ainsi que VAnatoniia de Nauli, 1618, pamphlet contre ^^tef. Gabriel. Il semblait que le dialecte du Domleschg allait devenir la langue littéraire du pays du Rhin, mais en 1612 déjà, le pasteur Stef. Gabriel, d'Uanz, fit paraître son Sulaz dapievel giuvan (l'Amusement des jeunes gens) en véritable dialecte oberlandais ; celui-ci ne tarda pas à être exclusivement employé comme langue littéraire. Dans son Sulaz, Gabriel éleva sa voix puissante pour la défense de la nouvelle doctrine contre Rome et l'Espagne. A ses efforts répondit la contre-réformation qui assura le maintien de la religion catholique dans l'Oberland grison, à l'exception d'Uanz et de quelques autres localités. Les capucins et le couvent de Disentis étaient les principaux champions du catholicisme. Du côté protestant le fils de Stef. Uabriel, Luzi Gabriel, publia une traduction du Nouveau Testament, 1648 (la Bible complète ne fut traduite 3 n'en 1718) et en 1665 le Chiet dits Grischuns (le coq es Grisons) recueil de trois chants historico-patriotiques. Mais la littérature catholique l'emportait de plus en plus. En 1665. le capucin Z. a Salo donna le Spieghel de devotiun; en 1685, La glisch sin il candelier enviacuia (la lumière allumée sur le chandelier), puis parurent plusieurs recueils de cantiques {Enzaconta^ canzuns spirritualas, 1674, Consolaziun deWolnxa devoiiusa^ 1690), et toujours plus nombreux des traités catholiques d'édification et de dévotion. Dans l'Oberland, on distingue une variété catholique et une variété protestante de la langue, mais il ne s'agit là que de divergences orthographiques.

Des exemplaires d'un certain nombre de livres populaires, comme Sainte Geneviève^ Barlaani et Josaphat^ etc., et la relation d'un voyage à Jérusalem de l'aobé Bundi étaient très répandues dans l'Oberland. En fait de représentations dramatiques, on doit signaler les drames de la Passion à Somvix et à Lumbrein qui sont d'origine très ancienne, et les Dertpiras nauschas, qui mettent en scène un procès entre Seigneur Carnaval et Dame Carême. Dans la seconde moitié du XVIII* siècle et au commencement du XIX*, un certain nombre de drames, surtout français, furent traduits en dialecte oberlandais par Castelberg, Latour et d'autres, mais ils ne furent pas imprimés. Le romanche ne fut pas employé dans l'Oberland pour les documents et les statuts communaux dans une aussi large mesure qu'en Engadine.

C'est dans les années d'agitation politique qui suivirent 1830 donc plus tôt qu'en Engadine, aue parurent dans l'Oberland les premiers journaux (183d-39). Il Grischun Ronionsch, de 1840-1841, puis, de 1857 à nos jours, la feuille conservatrice Gazetta Runumschat et des feuilles libérales éphémères, comme /Mr^iif^ dilPievel, La Ligia Grischa, Il Patriot, Il Sursilvan, etc. Récemment, Jl Grischun est réapparu. Dans la seconde moitié du XIX* siècle, la poésie s'éveilla sur les rives du Rhin antérieur. Vers 1860 parurent II pur suveran et A Trun sut igl ischi (Sous rérable) de A. Huonder; le premier de ces poèmes est peut-être la perle de toute la littérature rhéto-romane, le deuxième est devenu, avec la mélodie de Heim, le chant national des Romanches. A côté de Huonder, le poète le plus original et le plus important de l'Oberland figure J.-C. Muoth ; il faut citer de lui le beau poème épique // Cumin d*Ursera (Landsgemeinde d'Urseren) et quel-

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2ue8 ballades et idylles. Alfons Tuor s'est (ait connaître gaiement par quelques poèmes excellents et par des (Buvres dramatiques (pour la plupart, des traductions). Citons encore parmi les poètes oberlandais contemporains, F. Camathias, dont l'œuvre est déjà considérable. Des récits populaires en prose ont été publiés par J.-A. Bûhler, A. Balletta et J.-C. Muoth; tout récemment, J. Nay a écrit des choses excellentes, comme La vcLcca pugnieray Toni da Chisc/Uatsch. La plupart des poésies récentes et des récits cités plus haut ont paru dans les Annalas, De 1860 à 1870 J.-A. Buhler, 6n collaboration avec d'autres personnes, chercha à amener une fusion des di/Térents dialectes romanches en une seule langue littéraire. Il employa cette lanffue artificielle dans la revue IlNovellist^ qui ne vécut que deux ans, et dans de nombreuses nouvelles

Subliées par les Annalaê. Mais l'intérêt suscité en faveur 'une fusion se refroidit bientôt ; personne ne goûtait cet idiome qu'on appelait romanche de confusion. Ces derniei^ temps, le principe contraire — l'individualisme — a été poussé si loin que quatre dialectes : Oberlandais, Oberhalbstein, Haute et Basse-Engadine, ont leurs livres d'école spéciaux.

Un mot encore sur la recherche et la publication de l'ancienne littérature et du folklore romanches. L'impulsion fut donnée en 1873 par les Volkslieder des Engadins^ d'A. von Flugi, par ses Ztoei kistorische Gedichte (1865) et par un grand nombre d'articles de revues. Mais c'est C. Decurtins qui a rendu à. la langue romanche les services les plus signalés; les résultats de ses infatigables recherches (jui durèrent plusieurs diiaines d'années ont été consigne dans sa Chrestomathie rhétoromane dont sept volumes ont paru : vol. L Sursilvain, Subsilvain (littérature imprimée, etc.); vol. IL Sursilvain, Subsilvain (littérature orale, légendes, nouvelles, contes, proverbes, dictons agricoles, énigmes, chants d'enfants, jeux d'enfants, mœurs populaires, devises, formules magiques, chants populaires, superstitions) ; vol. III (les mélodies des chants populaires); vol. V (l'Engadine au XVI» siècle); vol. VI (l'Engadine au XVII* siècle); vol. VII H'Engadine au XVII1« siècle); vol. VIII*; (l'Engadine au aIX* siècle). A. Vital a également publié dans les Annalas XII-XIV, XVlI, une précieuse collection de chants populaires de l'Engadine, de rondes enfantines, de dictons campagnards, de proverbes, etc. J. Ulrich, de Zurich, a aussi imprimé une Chrestomathie avec notes et Glossaire (I. Oberlandais, IL Engadinois. Halle, 1882) et bon nombre d'anciens textes de la Haute-Flngadine, généralement avec Glossaire. En 1885 fut fondée la Societad Retoromanacha, qui publie chaque année, depuis 1886, un volume d' Annalas. Dans les 21 volumes parus jusqu'ici (1907), entre autres, ont paru beaucoup d'anciens documents linguistiques, mais ce sont surtout les productions de la littérature moderne qui dominent ainsi que les travaux historiques et linguistiques. L'organe de la société oberlandaise Roroania, Ischi (r^^rable), publié chaque année par Decurtins depuis 1897, poursuit le même but. La Societad Retoromanscha a entrepris, avec l'aide de subventions cantonale et fédérale, la publication d'un Idiotikon rfiPto-rofuan.

Bibliographie. C. Decurtins, Geschichte der ràloronianischen Literatur, 1901 dans le Grundriss der roman. Philologie de Grôber, vol. IL 3* partie, pages 218-261. F. Rausch, Geschichte der Ltteratur des riitorornanischen Volkes, 1870. M. Carnot, Jm Lande der RAtoromanen, lfiB98. A. Mohr, Survista délia litteratura ladina, Annalas XVL 13-152. E. Bôhmer, Ràtoronianisrhe Bibliographiey dans les Royji. Studien de Bôhmer, livr. XX et XXL 1883 et 1885. Cet auteur étudie aussi le romanche du Tirol et du Frioul. [R. P]

E. RELIGIONS. Introduction. Au point de vue religieux, la Suisse est un pavs mixte; les protestants forment environ le 58 ^/^ de la population, les catholiques le 41 Voi les juifs et les autres confessions environ 1 Vo* Le territoire de la Suisse catholique est plus étendu que celui de la Suisse protestante, mais il est moins peuplé, parce au'il compte entre autres les pays monta- Sneux des Alpes. La géographie n'a rien à voir dans la istribution des religions en Suisse, pas plus que la langue. Allemands, Français, Italiens, Romanches et Ladins se partagent entre les deux principales confessions

chrétiennes. L'ancien Berne, Zurich, Glaris, Bâle, Schaffhouse, Appenzell Rh.-£xt., l'Argovie occidentale, Thurgovie, sont en majorité ou en presque totalité protestants ; les cantons primitifs, Uri, Schvvyz, Unterwald, ainsi que Luceme, Zoug, Soleure, Appenzell Rh.-Int., la partie orientale de l'Argovie, la minorité de Saint- Gall, se rattachent au catholicisme.

Dans la Suisse romande, le protestantisme est la religion dominante de l'ancien Genève, de Vaud, de Neuchâtel et du Jura bernois méridional, tandis que le catholicisme a pour lui le Valais, Fribourg (presque entier), le nouveau Genève et les anciennes terres d'Empire de l'Évêché de Bâle. Si les Italiens du Tessin et des vallées de Calanca et de Mesocco sont catholiques, ceux de la vallée de Bregaglia sont protestants, tandis que le val de Poschiavo se rattache aux deux religions avec prépondérance du catholicisme. Les Romanches de la vallée antérieure du Rhin relèvent du catholicisme, mais les Ladins de l'Engadine (moins Tarasp) sont réformés. Le Mûnsterthal enfin est mixte. Il est à remarquer qu'après la Réforme certains cantons sont restés ou sont redevenus en totalité catholiques; ces cantons-là, Uri, Schwyz, Unterwald, Luceme, Zoug, Appenzell Rh.-Int., Tessin et le Valais ne comptent pas une seule commune protestante. Il n'en est pas de même des cantons réformés ; à l'exception de l'ancien Bâle (avant l'annexion en 1815 du district d'Ar* lesheim) et d'Appenzell Rh. • Ext. , tous les cantons réformés renferment au moins une ou deux communes catholiques. Les cantons mixtes d'Argovie, Thurgovie, Saint-Gall, Grisons et Genève sont d'anciens pays sujets ou alliés. Il est curieux de constater que dans plusieurs d'entre eux la parité, malgré la différence du nombre, a existé en matière politique jusqu'à une époque récente.

Aujourd'hui, la distribution géographique des reliions diffère notablement de ce qu elle était au temps oe la Réforme. La liberté de conscience, la liberté d'établissement et des cultes, la liberté d'industrie et de commerce, reconnues par la Constitution fédérale, ont amené au point de vue confessionnel des modifications profondes dans la population des cantons. Voir la carte dans le tome I*'' des ht'sultats du Recensement fédéral de iOOO^ puis les monographies particulières de chaque canton dans le présent Dictionnaire et \c paragraphe Démographie de l'article Siîissc.

L Églises protestantes. Les Églises orotestan tes de la Suisse sont toutes des branches de l'Église évangélique réformée, à l'exception des communautés de l'Église morave (Unité des frères) et des deux communautés luthériennes de Genève et de Montreux ; ces deux dernièt*es se composent essentiellement d'étrangers à la Suisse. La grande majorité des protestants appartiennent aux Églises nationales cantonales, auxquelles se rattachent plus ou moins directement les diverses communautés protestantes en pavs catholique ; il existe en outre d'importantes Églises libres et un assez grand nombre d'associations diverses ou sectes.

1. Églises nationales. Les Églises nationales sont cantonales et au nombre de quinze, savoir : Argovie, Appenzell Rh.-Exl.,Bâle-Ville, Râle-Campagne, Berne, Fribourj.% Genève, Claris, Grisons, Neuchâtei, Saint-Gall, Schatîhouse, Thurgovie, Vaud, Zurich. Les quatre paroisses protestantes soleuroises du Bucheggberg sont rattachées a l'Église bernoise. A côté d'un certain nombre de traits communs, la constitution et Torganisation des Églises nationales présentent de canton à canton des différences assez sensibles. Nous ne pouvons naturellement entrer ici dans tous les détails de l'organisation ecclésiastique, nous en indiquerons seulement les points principaux.

Le développement historique de la Réforme en Suisse amena tout naturellement les gouvernements des six cantons protestants (Zurich, Berne, Bâle, Schaffhouse, Claris, Appenzell Rh.-Ext.) et de la ville alliée de Saint- Gall à se substituer au pape et aux évèques, et à prendre la direction de l'Église. On organisa en même temps des synodes, composés des ecclésiastiques du canton, qui devaient être consultés pour toutes les affaires importantes et qui avaient le droit de présenter leurs vœux aux autorités civiles. Mais le régime gouvernemental devenant de plus en plus aristocratiaue et autoritaire, la compétence des synodes fut limitée aux questions purement religieuses, leur autorité fut diminuée et même

sni

i Berne et à Itâle ils ne Turent plus réunis. Ainsi se coiiBlilua dans les canlont-villes une %lise d'Élst au sens ibsoiu du mot. A Giaria et Appenieii Rh.-Kxt.. la lands- ^emeinde ëlait l'aiitoriti! Kuprémc pour les allaires ecclésiastiques comme pour les alTaires civiles. Dans les Grisons, où l'aulorile centrale des trois ligues avait des pouvoirs fort limités et où. dès l'orieine. les questions confessionnelles avaient été remises à la décision dps communes, le synode des eccléaiastiqueB protestants jouissait d'une indépendance presque complète el sa souveraineté dans les arfaires d'écfise n était limitée que par les droits des paroisses oui étaient assez étendus. A Genève, la ilirfctioii de l'Eglise élail partagée entre la Compagnie des pasteurs et le Consistoire, composé des six pasteurs de fa ville el de doute membres latques nommes par le Petit Conseil. A Neuchâtel enitn. la Vénérable Classe (Compaenic des pasteurs) avait seule en mains la direction et l'administration de l'I^glise: très jalouse de ses droits et

dans un sens plus conforme aui idées modernes, en donnant à l'Église une constitution démocratique et en lui accordant une plus grande autonomie. La plus récente des lois ecclésiastiques actuellement en vigueur est celle de Zurich (19(^) : Hâle-Campagne n'a pas de loi ecclésiastique ; Schaflliouse se trouve dans une situation spéciale: la constitution de 1676 prévoit une nouvelle organisation

pléle. mais la loi ecclésiastique élaborée en 18v7 par le Synode constituant n'a pas été sanctionnée par le Grand Conseil et l'ancienne loi. qui établit une ËgUse d'Klat an sens strict, reste en vigueur, seulement pour celles de ses dispositions qui ne sont pas en contradiction directe principes constitutionnels.

Les compétences des autorités civiles et ecclésiastiqi wnt en général réparties comme suit : les quei ~' riment ecclésiastiques ou d'ordre intérieur (orj lu culte et de l'enseignement religieux, lilurgi

pu-

r porter

Hêpirlii

priiil("^;es, la Vénérable Classe avec le Conseil d'Élal qui entenc atlfinte â sa souveraineté.

Us nouveaux cantons, créés en 1801 par l'Acte de Médiation, organisèrent leurs églises ; Saint-Gall et Thurnovie créèrent chacun un synode d'erclrsi as tiques purement conaultatir et un conseil d'Ë^lise (kirchenrat) composé de laïques et d'ecclésiastiques nomméspar le gouvernement ; Argovie n'avait qu'un Conseil d'Kglise ; dans le canton de Vaud, on rétablit les 5 (plus lard \} • classes » (assemblées des ecclésiastiques des û régions du canton) qui avaient été organisées au XVI* siècle, mais que le gouvernement de llerne avait bientôt cessé de réuts classes étaient des corps purement consultatifs, le ' d'ÉUt était le seul el vrai chef de ri^:glise. Après t démocratique de IStU. on donna dans die plus grande aux synodes

folésiastiquf

'!.iï»'J

rKgiis,

delà

l'KgJie

__., l'Kta-.-- - —

questions de nature mixte (administration des biens

talion des pa-

vilesaur prêa- Usns certains cantons lurg, Saint-liall, Thurgole est aussi complète que démocratique (Volksliir- Beme. liâle-Ville. V'

des pasteurs, déli . , jni tranchées par les auloritéi vis de l'aulorilé ecclésiastique (Appenzell Bh.-Eit.. lîlans. Prit vie. Zurich) l'autonomie deTËgl possible et l'Église est une Églia

che) ï dans les cantons d'ArgovU. . — ~. -

néve et Neuchâtel, c'est un compromis entre l'Égli d'Klat et l'Église démocratique ; dans ceux des Grisons de Vaud. le placet de l'État esl réservé, même pour, lo les les questions d'ordre purement ecclésiastique, l'Êgli esl donc encore une Église d État.

Sont électeurs ecclésiastiques tous les citoyens suisB jouissant de leurs droits politioues et appartenant à confession réformée. Dans la plupart des cantons de Suisse allemande, lout habitanl du canton peut faire., ao conditions, une déclaration de sortie de l'Egli

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nationale ; il cesse alors d'être soumis à Timpôt ecclésiastique et n'est plus électeur ecclésiastiaue. Âppenzell Hh.- Ext., Vaud et Neuchâtel accordent reiectorat ecclésiasti-

3ue aux étrangers à la Suisse domiciliés .dans le canton epuis un certain nombre d'années.

Les droits des paroisses varient suivant les cantons ; elles nomment les pasteurs et les autorités ecclésiastiques paroissiales, de district et cantonales ; dans un certain nombre de cantons elles ont le droit de veto pour ce qui concerne les liturgies, psautiers et manuels d'enseignement religieux aaoptés par les autorités ecclésiastiques cantonales. L'autorité paroissiale est un Conseil de paroisse dont le pasteur fait partie de droit et qui porte diflerents noms (Kirchenpflege, Kirchenvorsteherrschaft, Conseil de paroisse, Collège d'anciens, etc.). Ce Conseil de paroisse organise le culte dans les limites des lois et règlements, exerce une surveillance sur l'exercice des fonctions pastorales et pourvoit à l'assistance des pauvres à côté de 1 assistance communale officielle.

Dans le canton de Zurich existent des autorités ecclésiastiques de district, dans le canton de Yaud des Conseils a'arrondissement. Ces Conseils, composés d'ecclésiastiques et de laïques, s'occupent des intérêts religieux du district ou de 1 arrondissement et servent d'intermédiaires entre les autorités paroissiales et les autorités cantonales ; ils peuvent être consultés par ces dernières et leur présenter des vœux. Dans les Grisons ce rôle est dévolu aux assemblées des ecclésiastiques de chaque district qui sont désignées sous le nom de colloques. Dans les cantons de Saint-Gall, de Thurgovie et de Zurich, les ecclésiastiques de chaque district constituent un chapitre

3ui se réunit régulièrement chaque année pour s'occuper e questions theologiques et religieuses, et qui a le droit d'aaresser des vœux au synode. Le pasteur qui préside le chapitre porte le titre de doyen et a certaines compétences spéciales.

Toutes les Églises nationales ont comme organe central un Synode (à Genève le Consistoire), composé d'ecclésiastiques et de laïques nommés pour 3, 4 ou 6 ans par les paroisses dans la plupart des cantons. La proportion des ecclésiastiques et des laïques est détermmée par la loi dans les cantons de Bâle- Ville, Fribourg, Glaris, Genève, Neuchâtel, Thurgovie et Yaud. Dans le canton des Grisons, le synode se compose de tous les pasteurs en charge et de trois laïques nommés par le Grand Conseil évangélique (députés protestants du Grand Conseil). Dans le canton de Vaud, les membres du Synode sont nommés par les Conseils d'arrondissement. A Bâle- Ville, à SchafTnouse et en Ârgovie l'assemblée de tous les ecclésiastiques du canton est organisée par la loi ; elle peut être consultée par le Synode et a le droit de lui présenter des vœux. A Genève la Compagnie des pasteurs est placée dans la même position vis-a-vis du Consistoire. L'autorité ecclésiastique supérieure est un conseil restreint, composé d'ecclésiastiques et de laïques, nommés soit par le synode, soit en partie par le synode, en partie par le gouvernement. Ses compétences et sa position vis-àvis de l'État diffèrent suivant les cantons. Ce conseil est appelé Kirchenrat (Conseil d'Église) dans les cantons d'Appenzell, Bâle-Ville, Grisons, Schaflhouse, Saint-Gall, Thurgovie et Zurich, Conseil «ynoc/a/ (Synodalrat) à Berne, Commission synodale dans les cantons de Fribourg et de Vaud, Cor}im,ission ecclésiastique (Kirchenkommission) à Glaris, Bureau du Synode (Synodalausschussj en Argovie et à Neuchâtel, Commission executive à Genève. Le président ou vice-président ecclésiastique du Conseil d'Église porte à Bâle et à Schaffhouse le titre d'antistès, dans les Grisons celui de doyen. Ces Conseils ou commissions exécutent les décisions du Synode, exercent la haute surveillance sur la marche de l'Église, décident de l'admission et de réligibilité des ecclésiastiques, et règlent toutes les questions administratives dans l'intervalle des sessions des synodes ; ils sont, en réalité, l'autorité executive en matière ecclésiastique.

Les lois ecclésiastiques des cantons d' A ppenzellRh. -Ext., Grisons, Saint-Gall et Zurich prévoient des congrégations dites de minorité dont nous ne pouvons mieux faire com-

F rendre le caractère et l'organisation qu'en reproduisant article 17 de la loi zuricoise qui les concerne : «Lorsque la minorité d'une paroisse appartenant à une tendance

religieuse différente de celle de la majorité se constitue en association religieuse ayant son culte et son enseignement religieux distinct, mais sans vouloir se séparer pour cela de l'Église nationale, cette association a droit a l'usage gratuit du temple et des objets affectés au culte aux conditions suivantes : elle doit comprendre au moins le cinquième des électeurs ecclésiastiques de la paroisse, se conformer aux dispositions des règlements cantonaux relatifs aux fonctions ecclésiastiques., entretenir à ses frais un ecclésiastique éligible dans l'Église nationale, se soumettre aux visites d'Églises, ses membres doivent payer l'impôt ecclésiastique. » Des congrégations de minorité se sont constituées à diverses époques dans plusieurs paroisses des cantons indiqués; quelques-unes n'ont eu qu'une existence momentanée et se sont réunies à la majorité après le départ du pasteur dont la nomination avait motivé la séparation. Il existe actuellement de ces congrégations de minorité à Berne, Heiden (Appenzell Rh.-Ext.), Coire (Grisons), Saint-Gall, Uster et Winterthour (Zurich).

Les pasteurs sont nommés par les paroisses, sauf dans le canton de Vaud où ils sont nommés par le Conseil d'État sur une double présentation de la paroisse. Ds sont nommés à vie dans les cantons d'Appenzell Rh.-Ext., Genève, Saint-Gall, Thurgovie et Vaud; pour trois ans à Glaris; pour cinq ans à Bâle-Campagne ; pour six ans dans les cantons u 'Argovie, Bâle-Ville, Berne, Fribourg, Neuchâtel, Zurich ; pour huit ans à SchafThouse. Dans les Grisons le pasteur peut être congédié en tout temps moyennant un avertissement de six mois. La réélection est obligatoire dans les cantons d'Argovie, Bâle-Ville, Berne, Glaris, Neuchâtel, Schaffhouse et Zurich. Dans ces deux derniers cantons elle a lieu pour tous les pasteurs en même temps, quel que soit le temps écoulô depuis leur nomination. A Bâle-Campagne et Fribourg la réélection est facultative, le pasteur est réélu tacitement pour une nouvelle période si la paroisse n'a pas demandé un vote formel. Enfin dans les cantons d'Appenzell Rh.- Ext., Saint-Gall et Thurgovie les pasteurs, quoique nommés à vie, peuvent, dans certaines circonstances et sous certaines conditions, être congédiés par la paroisse. Dans la plupart des cantons, c'est 1 autorité ecclésiastique supérieure (Kirchenrat) etc., qui prononce la suspension des ecclésiastiques tombés en faute ; dans les cantons de Fribourg, Glaris, Grisons et Saint-Gall la destitution d'un pasteur rentre dans la compétence du synode; dans les cantons de Genève, Neuchâtel et Vaud elle est prononcée par le Conseil d'État ; à berne et à Zurich un pasteur ne peut être destitué que par un jugement du tribunal. Les

f>asteurs sont payés directement par les paroisses dans es cantons de Glaris, Fribourg, SchafThouse, Appenzell Rh.-Ext., Saint-Gall, Grisons et Thurgovie; dans les autres cantons ils sont rétribués par l'iLtat, mais quelquesuns de ces cantons autorisent les paroisses à allouer au f>asteur un traitement supplémentaire. Les pasteurs auxiiaires et suffragants sont nommés par les autorités ecclésiastiques cantonales.

L'enseignement théologique est donné aux futurs ecclésiastiques dans les facultés de théologie des Universités de Bâle, Berne, Zurich, Genève, Lausanne et de l'Académie de Neuchâtel. Leurs études terminées, les candidats prennent un grade universitaire, exiçé dans les cantons de Genève, Neuchâtel et Vaud, ou suoissent un examen spécial. Ils sont alors admis à la consécration par le synode ou l'autorité ecclésiastique supérieure. Genève seul ne fait pas de la consécration une condition d'éligibilité, mais il n'y a pas eu jusqu'ici de pasteur titulaire qui n'ait pas été consacré.

Les Églises nationales de la Suisse n'ont plus de confession de foi obligatoire ; les ecclésiastiques ne sont liés que par les engagements pris lors de la consécration, engagements de nature purement religieuse et ne revêtant aucun caractère dogmatique. A Neuchâtel et à Genève la liberté de conscience de l'ecclésiastique est expressément réservée par la loi.

Quoique les Églises nationales aient un caractère strictement cantonal, il existe cependant deux institutions intercantonales qui maintiennent entre elles un certain lien et affirment leur solidarité, ce sont le Concordat pour ^admission des ecclésiastiques et la Conférence des

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Eglises réfermées suisses. Le Concordat a été conclu le 19 février 1862 entre les cantons d'Ârsovie, Âppenzell Rh.-Ext., Glaris, Schafihouse, Saint-Gau, Thurgovie et Zurich, auxquels se sont joints en 1870 Bâle-Ville et Bâle- Campagne. Il comprend donc toute la Suisse allemande protestante, à Texception de Berne et des Grisons. Les autorités ecclésiastiques des cantons concordataires nomment un jury d'examen composé d'un délégué de chaque canton et d'un président désigné par les délégués cantonaux. Les membres de ce jury sont nommés pour trois ans et sont rééligibles. Les sessions d'examens ont lieu chaque année au printemps et en automne, alternativement à Bâle et à Zurich, ou dans un autre chef-lieu de canton. Le certificat d'examen donne droit à la consécration et à l'éligibilité dans tous les cantons concordataires. Les cantons de Berne et des Grisons ont chacun leur examen cantonal, mais ils admettent les ecclésiastiques des autres cantons après un entretien théologique

En 1881, sur l'initiative de la Commission synodale d'Âarau, la conférence fut de nouveau convoquée ; elle s'organisa alors d'une manière régulière, adopta un règlement qui fut approuvé par toutes les autorités ecclésiastioues cantonales. Elle se réunit chaque année au mois ae juin et siège alternativement pendant deux ans consécutifs dans les divers chefs-lieux des cantons protestants. La sphère d'activité de Ja Conférence s'est peu à peu étendue ; elle embrasse actuellement toutes les questions d'intérêt général dans le domaine ecclésiastique. La Conférence est l'organe officiel des Églises nationales vis-à-vis des autorités fédérales auprès desquelles elle est plus d'une fois intervenue avec succès pour sauvegarder des intérêts religieux. Les décisions de la Conférence ne sont pas obligea toires, mais elles ont en général rencontré 1 approbation unanime des autorités ecclésiastiques cantonales.

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