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Répartition des écoles spéciale s de la Suisse.
RépartitioD des Musées de la Suisse d'après leurs principales collections.
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3. Beaux-arts. Nous nous bornerons à quelques observations sur le mouvement artistique du X[X«siècle. Genève eut sa première exposition de peinture en 1789; ses principaux artistes furent le portraitiste Liotard, lepeintre d'hisloire .?.- P. Saint-Ours (1752-1809), AdamTôpffer, le père du novelliste, l'excellentanimalierJ.-L.Agaase (1767-1849), le professeur B. Menn, Lugardon, Joseph Hornung, les paysagistes François Diday (1802-1877) et Alexandre Caianie (1810-1864); ce dernier, Neuchâtelois d'origine, passa presque toute sa vie à Genève. A Neuchâtel, nous avons (les familles de peintres, telles les de Meuron, les Robert, les Berthoud. les Girardet. Maximilien et Albert de Meuron furent les émules de Calame et de Diday. Charles et Edouard Girardet ont été, l'un paysagiste délicat, l'autre le peintre spirituel de la vie bourgeoise. II suffit de nommer Léopold fiobert (1794-1835) et son frère Aurèle, le peintre des inférieurs d'églises. N'oublions pas les Derthoud, Léon et Auguste, paysagistes tous les deux, ni Auguste Bachelin, le peintre dé la guerre franco-allemande. Dans le canton lie Vaud, Charles Gleyre (1806-1874) tient le premier rang ; il a mis autant de pensée et d'harmonie dans ses toiles {Illusions perdues, Davely Divicon^ Hercule attxpieds d'Onipf,ale) que Léopold Robert de sensibilité et de mélancolie dans les siennes. On a pu appeler un autre Vaudois, Air. van Muyden (1818-1898) t un Léopold Robert détendu et enjoué », Citons encore Emile David, le peintre des rives méditerranéennes, et Fr. Bocion, U pemtre du Léman. Tarmi les peintres vivants, nous pourrions signaler plus d'un nom, fiurnand, L. Giron, P. Robert, Hodler et d'autres. Mais il est prudent de glisser, d'autant plus qu'à cette henre notre art national produit plus de tempéraments et de talents qu'il n'accuse d'inspiration ou d'idée maltresse. Dans la bculpture, nous mentionnerons nu moins la duchesse Colonna, née d'AlTry (Marcello, 1800 i 1883), qui a légué ses collections à sa" ville natale de Fribourg, et Charles Iguel, un bon élève de Rude.
La Suisse italienne nous a donné des architectes distingués, un Simone Cantoni, un Luigi Canonica, quelques peintres, Bagutti, Ciseri, et un grand sculpteur, Vicenzo Vêla (1820-1891), dont le Spartacus., le Napoléon mottrant et la Désolation sont de purs chefs-d'œuvre.
Les peintres les plus connus de la Suisse allemande furent, au XIX* siècle, J.-H. Fûssli, le peintre d'histoire, L. Vogel, Ernest Stûckelberg, (jue ses fresques de la Chapelle de Tell ont rendu populaire, Aug. Weckesser, l'animalier Rod. Koller, l'illustre Arnold Bôcklin, Benjamin Vautier, que l'on peut rattacher à l'école allemande par son éducation artistique, le Bernois Cari Stauffer, mort à trente ans, et Albert Anker qui est, heureusement pour nous, bien vivant. En 1890, un don magnifique de \\tu, Welti-Escher a permis d'instituer la fondation Gottfried Keller qui a procuré aux pouvoirs publics les ressources nécessaires pour protéger et encourager l'art national.
4. Musique. Sauf la musique religieuse, cultivée avec 'occès dans la Suisse catholique et même dans la Suisse réformée, la musique n'a presque pas d'histoire dans notre pays avant le XI\* siècle. Il convient de rappeler, cependant, qu'aux IX* et X* siècles, l'abbaye de Saint-Gall fut le centre d'un mouvement très intéressant qui donna une vive impulsion au chant d'église (Notker-le-lîègue, Tutilo). La Renaissance, d'autre part, accorda une large place aux préoccupations d'art musical. Les humanistes suisses vouèrent presqoe tous, Glaréan à leur télé, un culte fer- Ncnt à la musique (Zwingli, Vadian, Ammerbach). Le plus illustre compositeur allemand du XVI« siècle, Louis ^enfl, naquit en Suisse, à Zurich ou à Bâle. Au début du Kiècle suivant, nous voyons les Collegia musica se constituer, à Zurich en 1613, à Saint-Gall en 1620, Winterthour 1628, etc. ; c'étaient là des sociétés de musique vocale et instrumentale, qui nous valurent plus tard Tinstituiion de8« concerts d'abonnement ». Dans la Suisse call)olique, les monastères (Einsiedein, Engelberg) demeurent des foyers d'art musical. En 1808, la Schweizerische Musikgesellschaft est fondée à Luceme. L'art musical popul<iire est redevable à Hans Georg Nâ^eli, de Zurich, du puissant essor qu'il a pris en Suisse allemande. Nàgeli fonda la première librairie musicale en 1790 et créa plus tara, à Zurich, la première de nos sociétés chorales; il composa lui-môme de fraîches et charmantes mélodies. Schnyder, de War-
tensee, lit à Luceme ce que Nâgeli > enait de faire à Zurich. J*in 1856, les Bâlois organisèrent, pour commémorer le 100* anniversaire de la naissance de Mozart, une fête qui fut digne du maître. Les Liedertafel ei les Câcilienvef^eine de nos grandes villes suisses ne tardèrent pas à tourner de plus en plus vers la musique le goût du public. Des fêtes fédérales de chant furent célébrées à partir de l'année 1846. Quelques noms de musiciens suisses sont très honorablement connus : J.-K. Weber, le « Sàngervater », le moine Albéric Zwyssig, l'auteur du Cantique suisse, W. Baumgarlner, qui a mis en musique le O mein Heimathland de Gottfried Keller, etc. Et, parmi nos contemporains, il est toute une pléiade de compositeurs éminents, dans la Suisse allemande comme dans la Suisse française, qui sont en train de nous donner une musique vraiment nationale, puisée aux sources de 1 âme populaire. Avouons cependant que, dans les cantons romands, la vie musicale a été assez lente à se développer; la Société de musique de Genève ne fut constituée qu'en 1824 ; les compositeurs ont été rares jus(]u'à la fin du XIX* siècle (Franz Grast, l^uis Niedermeyer, Hugo de Songer, etc.). Nous pouvons ajouter que, de tous les compositeurs suisses, le Saint- Gallois Ferdinand Huber est celui qui a exprimé avec lo plus de force ce qu'il peut entrer d'âme nationale dans la musique de notre pays. Il a rendu, dans ses meilleures chansons, la poésie et le caractère du chant alpestre /Der Genisiàger^ Der Ustig, Luegil vo Bei*g und Thaï), Friedrich Uegar introduisit la ballade dans les chœurs d'hommes ; il eut une inlluence considérable même audelà des frontières de la Suisse avec ses saisissants chefsd'œuvre /Joterivo/Zc^ Schlaftvandell . Les musiciens suisses fondèrent en 1900 l'Association suisse des musiciens qui exécute, dans ses fêtes annuelles, des œuvres de compositeure vivants. Des conservatoires de musioue existent à Zurich, Bâle, Genève, etc. C'est la bibliothèque de l'Univeraité de Bâle qui possède la plus riche collection d'ouvrages de musique. On a dit que la cantate patriotique avait été l'une des créations musicales les plus significatives de la Suisse ; citons, entre autres, celles de Plumhof, notamment sa Cantate de Grandson, Or, la cantate est la forme première de ces Festspiele ou Festivals qui sont devenus comme l'accessoire nécessaire de toutes nos fêtes nationales. Si la Réforme fut peu propice à l'art théâtral en Suisse, cet art se maintint dans les cantons catholiques, à Luceme comme en Valais, à Uri comme à Soleure ou dans les Grisons et dans l'ancien évêché de Baie. Et, dans la Suisse romande, la popularité de la Fête des Vignerons de Vevey atteste la faveur persistante des représentations scéniques. Les grands festivals historiques sont une phase dans l'évolution de nos fêtes commémoratives, avec leurs cortèges et leurs cantates. Ils constituent un genre intermédiaire entre le drame et l'opéra ; ils comprennent des parties chantées, d'autres qui sont déclamées seulement ; ils exigent l'exécution en plein air, des mouvements de foule, de puissantes masses chorales et un grand déploiement de costumes et de décors. Ils sont d'ailleurs un spectacle autant pour le moins qu'une œuvre de musicien et d'écrivain. On n'a pas oublié ceux de Sempach, de Schwyz, de Berne, de Calven (Grisons), d'Appenzell, de Neuchâtel, de Dornach, de Bâle» de Lausanne, et il est probable que bien d'autres suivront, car les festspiele ont cet immense avantage de pouvoir associer tout un peuple à la glorilication de son passé.
5. Presse et librairie. Depuis le Mt^iTure suisse (1034), de Frédéric Spanheim, ou celui de L. Bourguet(1731), depuis \eJoui*nal helvétique^ ou \^%Etrennes helvétiennes du doyen Bridel, les journaux et revues se sont singulièrement multipliés en Suisse : on y en publie plus d'un millier aujourd'hui, dont une centaine paraissent quotidiennement. Quelques-uns de nos journaux ont dépassé leur siècle d'existence : Freitagszeitung^ de Zurich (1683), Journal d'Yverdon (1773), Journal de Gen(h*e (1789, avec des interruptions), Neue Zurcher Zeitung^M^), (iazette de Lausanne ci Nouvelliste vaudois (1798); et nous avons une revue plus que centenaire, la Bibliothiyue universelle^ qui date de 1796. La liberté de la presse, proclamée déjà par la^ConstiUition de la République helvétique, en 17^, puis restreinte, puis consacrée à nouveau, est actuellement un principe de notre droit constitutionnel. Elle a
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Daturellement favorisé la multiplication des journaux et autres périodiques suisses. Les institutions démocratiques du pays n'y ont pas contribué pour une moindre part, puisqu'aussi bien Ifi c quatrième pouvoir » est un peu le maître de l'opinion. Dans la Suisse allemande, le Schweize^ rische Republikaner de Paul Usteri et de Konrad Escher (de la Linih) fut, au début du XIX* siècle, un modèle de journal bien rédigé, comme, dans la Suisse romande, la Gozette de Lausanne du D^ Miéville, le Schweizerbote de Zschokke, le Nouvelliste vaudois de Ch. Monnard, ] Helrelie de Stockmar, le Journal de Genh'e^ alors radical, de James Fazy. La Bemer-Zeiiung^ la Thurgauer-Zeiiung^ la Neue Zàrcher-Zeitung^ le Landbote de Winlertnour, Der Erzàhler et die Appenzeller-Zeitung d'Appenzell, le Bund, les Basler-Nacnrichten, le Vaterland de Lucerne, La Revue de Lausanne, le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne, nouvelle manière, la Liberté de Fribourg, le National Suisse et d'autres ont établi la réputation de sérieux et d'honnêteté de la presse suisse. Quelques-uns de ces journaux sont morts ou se sont transformés, ou même ont changé de couleur, et les concurrents ne leur ont point manqué, journaux politi-
aues ou journaux d'aflaires, feuilles locales ou feuilles 'avis urbaines. Les revues sont légion. Il en est de tous formats et de toutes sciences. Nous ne songeons point a les énumérer ici. Tandis que la Suisse allemande cnerche encore sa ou »es grandes revues littéraires (la Schu)eizerische Rundschau, fondée en 1891, est morte après quelques années d'existence ; Die Sc/nveiz de Zurich est une revue illustrée comparable à La Patrie Suisse, de Genève, et la Berner Rundschau n'a pas franchi la période des débuts), la Suisse française a la Bibliothèque universelle, la Semaine littéraire et La Famille, qui ont plusieurs milliers d'abonnés. Nous empruntons les données suivantes à un travail de M. E. Rôth* lisberger, secrétaire du Bureau international pour la propriété intellectuelle : « La presse suisse qui est, proportionnellement au chiffre de la population, la plus répandue après la presse américaine, s'est très rapidement développée, surtout dans la seconde moitié du siècle dernier; en 1856, elle comptait 256 organes, en 1871, 404, en 1885, 643, en 1891, 812, en 1902, 1005. Peu de pays de cette étendue possèdent 95 journaux paraissant six fois et plus par semaine. Les deux tiers des journaux et revues se publient en allemand, le 90 % en français, le 2,8 % en italien ; l'élément français est le plus actif dans ce domaine et la Suisse romande est plus riche en journaux que les autres parties du pays. Au point de vue de la répartition postale des journaux, la Suisse vient en tête des nations, si l'on compare le nombre des habitants avec celui des exemplaires expédiés (1895 : 89 millions; 1900124 V4 millions, dont iil millions de provenance indigène). Les écrivains et les journalistes se sont groupés en une « Société de la presse suisse » (200 membres), dans laquelle on travaille oeaucoup. Il y a, dans les cantons de Zurich, Berne, Vaud, Genève, des « Associations cantonales n de la presse, oui déploient une réjouissante activité professionnelle. Il en est de même des libraires qui ont deux associations, l'une dans la Suisse romande, l'autre dans la Suisse allemande. Et ce n'est pas tout, car la Suisse ne produit pas seulement un nombre relativement élevé de publications dont elle exporte une partie chez ses voisins, elle consomme aussi beaucoup de produits intellectuels de l'étranger, notamment de l'Allemagne et de la France, et en particulier des ouvrasses scientifiques. Dans les années 1895 à 1898, les importations de livres et caries atteignirent en moyenne une somme de 8 millions de francs, les exportations une somme de 2,9 millions. En 1899, l'importation en Suisse des livres et cartes représentait une somme de 8,5 millions (Allemagne, 4,9; France, 3 millions), celle des œuvres musicales un demi-million et celle des tableaux, dessins, lithographies et photographies, 2,3 millions, tandis que la Suisse a exporté dans un grand nombre de pays des livres et cartes pour 3,4 millions (en Allemagne pour 2,1 millions) et des tableaux, etc. pour 2,5 millions, c'est-à-dire, en ce qui concerne ce dernier, pour une somme supérieure aux importations. » 6. Littérature, a. Suisse allemande. On trouvera des renseignements très complets dans la Geschichte der deutschen Literatur in der Schweiz (1892), de J. fiàch-
told. Quelques indications suffiront ici. On sait quelle fut Taction de l'abbaye de Saint-Gall sur le mouvement intellectuel du moyen âge. Au douzième et au treizième siècle, nous avons un cycle de poètes épiques et lyriques, dont le premier lut Ulrich de Zâtzikofen (c est aujourd'hui Zâzikon. village thurgovien). Pendant les deux siècles suivants, nous assistons notamment a toute une floraison d'oeuvres scéniques, mystères et farces. La découverte de l'imprimerie et la Réiormation déterminent un renouveau littéraire. L'histoire nationale est cultivée par Egide Tschudi, par Stumpf, Simler, Guillimann. Le théâtre populaire s'essaie aux sujets d'actualités et d'histoire suisse : VUmerspiel de Jacob RuefT nous reporte aux temps héroïques de la Confédération, et, à Berne, Nicolas Manuel fait, dans ses pièces carnavalesques, la satire de son époque et de son milieu Conrad Gessner, le « Pline de l'Allemagne », jette les bases de la zoologie moderne. Thomas Platter devient, de petit berger, l'un des meilleurs hellénistes et latinistes du XYI* siècle. La Deutsche Zûricher Bibel (1531) est mieux qu'une copie de la traduction de Luther. Le XVII* siècle appartient aux savants, linguistes, naturalistes, physiciens. Le XVIII*, en revanche, est l'âge d'or des lettres dans la Suisse allemande. Zurich en est l'Athènes, et le poète Kleist se faisait fort, en 1752, d'y découvrir • vingt ou trente hommes de génie ». Les deux esthéticiens et critiques Bodmer et Breitinger, qui donnèrent une orientation nouvelle à la littérature de l'Allemagne, Sulzer, Hirzel, Salomon Gessner, Lavater, Pestalozzi sont des Zuricois. A Berne, Alb. de Haller publie son poème des Alpes en 1732, et, dans les Gôttinger gelehrte Anzeigen, se révèle un appréciateur sagace du mouvement littéraire de la- France, tout en poursuivant ses travaux de botaniste, de physiologiste et d'anatomiate. Les noms de Zimmermann, d'iselin, de Balthasar, doivent encore être cités; mais il fisut accorder un peu plus d'attention à Jean de MûUer, notre historien national, l'une des eloires de notre pays et celui qui, plus que tout autre, a reveillé le patriotisme suisse.
Comme dans la Suisse française, la tendance didacti- Que a toujours dominé les préoccupations d'art chez les écrivains de la Suisse allemande ; cependant elle n'a jamais régné de façon plus exclusive que durant la première moitié du XIX* siècle. On pourra le constater chez Jean-Martin Usteri, chez Ulrich Hegner, les deux conteurs zuricois, et chez Henri Zschokke, le romancier populaire et national. Les Fables de A.-E. Frôhlich, avec les illustrations de Disteli, les romans rusti(|ues de Jérémias Golthelf, d'une substance morale si riche et d'une si forte observation, les récits de Jacob Frey, les romans de Gottf'ied Keller, de Henri-le-Vert â Martin Salander, sont encore de la littérature qui tend essentiellement à l'instruction ou à l'éducation du peuple, bien que le talent des autres soit très inégal. Il est vrai que Conrad-Ferdinand Meyer {Jiiirg Jenatsch, etc.) s'est peu à peu libéré de toute intention didactique, et qu'on en chercherait vainement dans les œuvres des meilleurs poètes de la Suisse allemande, un Henri Leuthold, un Ferdinand Schmid (Dranmor). Et l'on en chercherait sans plus de succès dans les livres de nos contemporains immédiats, qu'ils s'appellent Widmann, Spitteler, Zahn, Heer, ou Adolphe Frey. En outre, la Suisse allemande possède encore une riche littérature dialectale, que nous ne f>ouvons complètement passer sous silence. Citons parmi es principaux écrivains du temps de l'Acte de Médiation et de la Restauration, le Badois Peter Hebel, qui est complètement nôtre par son dialecte, les deux Bernois Kuhn et Joh.-Rud. Wyss le jeune, le Zuricois J. -Martin Usteri [De Herr Hûri, De Vikari) ; plus tard parurent le Bernois J.-J. Romang {D^ Frieseuxig, en patois du Gessenay), le Zuricois Jakob Stutz {GemâUie aus dent Volksleben, Sieben mal sieben Jahre aus meinem, Leben) et Auguste Corrodi {De Herr Prof essor. De Herr Vikart^ De Herr Dokter) ; de nos jours écrivent aussi en dialecte Adolphe Frey, Leonhard Steiner, J. Hardmeyer-Jenny, Wilhelm Nièdermann et d'autres encore.
b. Puisse française, La vie intellectuelle ne fut pas très intense, dans cette partie de notre pays, avant la Reformation. A part quelques chroniqueurs et quelques poètes, parmi lesquels Othon de Grandson occupe une place d'honneur, nous n'avons rien ; en effet, la Chronique des
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chanoines de Neuchàtel (XV* siècle), que l'on tenait pour lin chef-d'œuvre, paraît n'être qu'une habile supercherie httéraire. CVst dans les deux Histoire littéraire de Ph. Godet et V. Rossel, toutes deux couronnées par l'Académie française et toutes deux parues en seconde édition, que Ton trouvera un tableau complet des lettres romandes. Au XVI« siècle, les traités de théoloffie et de polémique de Calvin, ceux de Viret et de Th. de Uèze, le prodigieux labeur d'Henri Estienne, prince des humanistes, les eflorts de l'érudition protestante et de l'imprimerie genevoise, vont porter au loin le nom et l'espiit de la petite Suisse, célèbre jusqu'alors par la bravoure 'de ses mercenaires et ses victoires sur Charles de Bourgogne. François Bonivard, le Bonivard de Chillon, est le plus amusant et le
Klu8 fécond, sinon le plus véridi<]ue des chroniqueurs. Le anneret d'Orbe, Pierre de Pierrefteur, exprime déjà dans ses Mémoires toute la placide et souriante bonhomie de l'âme vaudoise. Le siècle suivant s'absorbera dans les questions de dogmatique et d'exégèse. Toutefois J.-A. Turrettini, le chef du néo-calvinisme, essaie d'élargir Thori- 7on religieux delà Réforme. Une Genevoise, Marie Uuber, annonce la « religion naturelle ». J.-P. de Crousaz est, à Lausanne, le type du philosophe ondoyant et du chrétien facile. B.-L. de Murait, un Bernois, publie ses Lettres sur les Anglais et les Français^ qui sont du plus clairvoyant et du plus sincère des moralistes. Mais nous avons "empiété déjà sur le XVIIl* siècle, (\m voit Voltaire à Lausanne et à Genève, qui est rempli par le nom et l'oeuvre de Jean- Jacques Rousseau, et qui fournit à la Suisse des talents de tout premier ordre : le philosophe et naturaliste Ch. Bonnet, U.-B. de Saussure, l'auteur des Voyages dans tes Alpes, le créateur de la littérature alpestre et de l'alpinisme, Mallet-Dupan, le grand journaliste genevois oui se fit l'avocat éloquent dp la contre-révolution, les collaborateurs de Mirabeau, Etienne Dumont, Reybaz, Duroveray, puis, pour faire la transition -entre Rousseau et Vinet, M"« de Charrière, la romancière spirituelle et délicate de Colombier, Benjamin Constant, M"* de Staël, Sismondi, Ch.-V. de Bonstetten. C'est, par excellence, la période cosmopolite de la Suisse romande. Tout à coup la frontière se ferme et Ton se résigne à « vivre de sa vie » : c*est que l'onéreuse tutelle napoléonienne avait guéri les
{>atriote8 les moins farouches de leur gallomanie. Aussi e XIX» siècle a-t-il été. de Genève à Porrentruy, un siècle très suisse. Si M"» de Staël, Benjamin Constant. Mallet- Dupan, Sismondi, sont presque dos Français, on n'en pourra dire autant ni de Juste Olivier, ni d'Alexandre Vinet. ni de Rodolphe TÔpiTer. La littérature, assurément, sera peut- être moins littéraire ; le fond moral et national sera plus solide. A côté d'Alexandre Vinet, le chrétien fervent et le critique admirable, les Vaudois ont eu le fin et tendre poète Juste Olivier, le robuste et savoureux poly- Kraphe Eugène Rambert, le prosateur-alpiniste Emile Javelle, originaire des Cévennes, mais suisse d'éducation et de cœur, le bon conteur Urbain Olivier, et, plus tard, Henri Wamery. que son poème des Origilies et son Chemin d'espérance égalent aux maîtres de sa pensée : Vinet et Rambert. A Genève, les flons-flons du Caveau genevois, les rimes et les boutades de Petit-Senn, les vers épiques d'Alb. Richard, les hautes envolées lyriques d'Henri Blanvalet, comptent moins aue les nouvelles de Rod. Tôpffer, le Journal intime de H. -F. Amiel, l'œuvre si variée de Marc Monnier ou le Li^^rede Thulé de ce pauvre Louis Duchosal, qui eut une destinée si triste et un si merveilleux talent de poète. Genève est aussi la patrie du cardinal Mermillod, l'un des meilleurs orateurs de la chaire française au XIX* siècle; citons encore le romancier Victor Cherbuliez (1829-1899) qui se fît naturaliser français en 1880. Les Ncuchâtelois comptent plus de savants que d'écrivains : Alice de Chambrier, morte à vingt ans et dont Y Au Delà était plein de promesses, Auguste Bachelin, le romancier de Jean-Louis ; les récits populaires de Louis Favre ou d'Oscar Huguenin, mériteraient mieux qu'une brève mention. Fri bourg, patrie du conteur P. Sciobéret, a eu plutôt qu'il n'a vu le dernier des romantiques suisses, Etienne Eggis, poète errant et mélancolique. Nous nous contentons de citer les noms les plus connus, et nous n'avons pas même signalé des théologiens tels qu'Auguste Bouvier ou Fréd. Godet, des historiens qui se sont appelés Merle
d'Aubigné, F. de Chambrier, Ch. Monnard. Louis VuUiemin... 11 faut se borner. Et comme nous ignorons volontairement les vivants, nous ajouterons seulement ceci : la littérature actuelle de la Suisse romande se fait plus littéraire que celle d'autrefois ; elle a des audaces — relatives — de forme et de pensée qu'on n'eût pas attendues d'elle; enfin elle nous a donné des œuvres dramatiques originales.
c. Suisse italienne et romanche. Une traduction delà Bible, des chants populaires, de petits traités religieux, des almanacbs, c'est a peu près tout ce que nous devons à la littérature romanche avant les dernières années du XVI 1I« siècle. Elle a été plus féconde, voici cent ans. Elle a eu des poètes, Th. de Castelberg, P.-A. de La tour et surtout Antoine Huonder. Elle eut aussi ses conteurs et ses historiens, mais leur renommée n'a pas franchi les montagnes des vallées grisonnes. La Suisse italienne, elle, a brillé dans les arts plastiques plus que dans les arts littéraires. Ici, les talents originaux manquent décidément. Ni Pietro Péri, ni J.-B. Buzzi, poètes lyriques, ni Giovanni Airoldi, poète dramatique, n'ont laissé une œuvre de quelque prix. Mais auelques jeunes permettent d'espérer un réveil de la littérature tessinoise : la vocation et le talent sont plus forts que les conditions particulièrement difficiles qui sont faites aux écrivains de la Suisse italienne.
Il nous reste à insister sur l'activité intellectuelle des Suisses dans quelques autres domaines.
7. Théologie:, a. Église protestante. Les premières œuvres issues de la Réforme en Suisse, appartiennent aussi bien à l'histoire littéraire qu'à celle de l'Église : la Réforme, c'est notre Renaissance (voir E. Blôsch, Geschichte der schweizeinschen reformierten Kirchen, V. Rossel. Histoire littéraire de la i^uisse romande), Zwingli s'est formé à l'école de Wittembach et d'Érasme. Sa pensée philosophique a des hardiesses-que les contemporains ont a peine soupçonnées. Calvin débute par un commentaire sur la «clémence» de Sénèque. L Institution chrétienne (1536) est le plus complet des exposés systématiques de la foi chrétienne et son «épître dedicatoire » un document capital dans l'évolution de la prose française. Farel fut surtout homme d'action ; son Sommaire (1534) ni ses autres ouvrages n'ajoutent rien à la doctrine de Calvin. Viret brilla sui tout comme prédicateur. L'Insti^ction chrétienne (1564) n'a ni la puissance religieuse, ni la valeur littéraire de VInstitutioti. Olivétan publie en 1535 la Bible de Neu^ chdtel, qui resta pendant deux siècles la Bible des confesseurs et des martyrs. Dès 1550, Robert Estienne imprime à Genève des éditions qu'on a pu dire supérieures aux Aldines par la sûreté et l'étendue de leurs notes. Des écoles s'organisent à Genève, à Lausanne, à Zurich et à Berne, sous la direction de Calvin, de Viret, de BuUinger et de Capiton. Théodore de Bèze enfin, est tout ensemble théologien, linguiste, poète, polémiste. Du reste, les théologiens sont des humanistes auxquels un nouvel horizon moral et religieux s'est ouvert, et qui travaillent à l'élargir. Et cette circonstance donne à leur œuvre une valeur toujours actuelle, que le mouvement théologique subséquent sera loin d'offrir au même degré.
La Réforme catholique d'une part, et de l'autre un dogmatisme exclusif, entravent l'essor de la pensée réformée. On cherche vainement l'homme capable de balancer l'inlluence du jésuite Pierre Canisius(-f 1597) au dedans, celle de saint François de Sales, aux portes de Genève. Les délégués au Spode de Dordrecht (1618-1619), J.-J. Breitinger, Hottinger et Heidegger, de Zurich, J. Diodati, T. Tronchin, de Genève, sont aussi, au cours du XVII* siècle, les représentants d'une stricte orthodoxie intellectualiste. La formule règne, et elle affirme sa toute-puissance dans le Consensus qui remplaçait par l'étroitesse dogmatique, l'enthousiasme religieux refroidi. Dans la première moitié du XVIII« siècle, trois hommes cherchent a introduire dans la théologie les éléments d'une vie nouvelle : un piétisme mitigé et l'intelligence éclairée des besoins du temps. A Bâle, Samuel Werenfels s'attaque a la scholastique régnante, dans soni)c' logomachiis eruditoruni. Jean-Alphonse Turrettini, de Genève, expose dans sa Nubrs Festium la nécessité pour la religion du libre jeu de la conscience individuelle. Osten'ald, son ami, publie à l'appui de la même cause les livres qui ont formé l'âme
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neuchâteloise, le Traité d**s sources de la corruption (1700), le Catéchisme (1702), la Liturgie (1713), une revision de la traduction de la Bible, etc. Effort sérieux, mais isolé. Le siècle qui avait vu paraître, en 1732, les Lettres sur la religion essentielle^ de Marie Huber, assiste aux démêlés de Voltaire avec la Vénérable Compagnie (Genève), de Rousseau avec la Vénérable Classe (Neucnàtel), et s'achève dans le philosophisme triomphant. Le XIX* siècle commence par le chaos ecclésiastique et religieux. Le supranaturalisme prêché par Lavater et par rantistès Hess à Zurich, par le diacre Mûslin à Berne, ne satisfait pas les âmes reliffieuses violemment agitées. M"* de Krudener, Ami Bost, Louis Ëmpeytaz, César Malan, seront les interprètes des aspirations nouvelles. Le « Réveil » éclate. Joint aux événements politiques de 1830, il aura pour conséquence la fondation d'écoles libres de théologie, à Genève dès 1831, à Lausanne dès 1845. Dans la Suisse orientale il est, ou discrédité par ses excès, ou absorbé dans les œuvres des Églises établies. L'enseignement universitaire, officiel ou privé, prend dès lors un essor nouveau. Quelques noms : à Baie, de Wette (f 1849), l'historien lUffenbach (f 1873), Slàhelin (f 1900;, le biographe de /wmgli. A Zurich, P. D. Strauss (1839), Hitzig, Alexandre Schweizer. disciple original de Schleiermacher, Biedermann if 1885), penseur nardi et profond. A Berne, Samuel Lutz (f 1844) dont la Doqniatique biblique est encore consultée, Ed Zeller, Alb. tmmer. Dès 1860, les luttes de facultés ont leur écho dans l'Église. Lang et Bitzius combattent dans le journal Reforni^ organe du christianisme libéral suisse, le principe des confessions de foi et la théologie traditionnelle, que défend avec vigueur le professeur Milois Riggenbach dans le SchuHnzerischer kirchenfreund. Une conception intermédiaire est représentée par l'antistès Finsler, de Zurich, le professeur Hagenbach à Bâle, le professeur Rùetschi et le pasteur J. Ammann (f 1904) à Berne. A Técole de l'Oratoire de Genève, Gaussen, Merle d'Aubigné, dont VHisloire de la Rëfonnation est une éloquente prédication, Ed. Scherer, E. Barde. A ITniversité, Louis Second, l'historien Chastel, Munier, les penseurs Auguste Bouvier (f 1893), Fr. Amiel (f 1881), Gaston Frommel (j-1906). A Neuchâtel, où une faculté libre existe dès 1873, Fréd. de Rougemont, Louis Nagel (f 1888), A. Gretillat (f 1894), Fréd. Godet (f 1901). dont les Conintentaives restent célèbres, Félix Bovet (•}■ 1903). Parmi les Vaudois, Alex. Vinet (f 1847), qu'on a pu appeler le Schleiermacher du protestantisme de langue française, le père spirituel de la Faculté libre de théologie, fondée en 1847 a Lausanne, où ont enseigné Sam. Chapuis, Louis Vulliemin, J.-F. Astié, Herminjard (f 1900), qui laisse inachevée une précieuse Correspondance des Réfomutletirs, Jules Bovon (f 1904), auteur d'une belle fltude sur l'œuvre de la Rédemption et Bernus ; ajoutons-y le philosophe Charles Secrétan (f 189.i) et Paul Chapuis, ce dernier, professeur à l'Université. L<?s vivants poursuivent le travail du siècle passé. Travail immense, dont le fruit le plus excellent sera, semble-t-il, d'avoir rompu l'uniformité des crédos imposés, et de conduire, par delà la dissolution du dogmatisme traditionnel, à la libre croyance, au christianisme personnel et réfléchi.
hj Théologie catholiane. Tandis qu'au moyen âge l'Italie, l'Espagne, la France, la Hongrie, la Pologne, l'Allemagne, les pays du Nord eux-mêmes avaient des Universités qui attiraient des centaines et souvent des milliers d'élèves autour des chaires de professeurs distingués et tandis que saint Anselme, Pierre Lombard, saint Bonaventure, Albertle-Grand, saint Thomas d'Aquin, Thomas a Kempis, Jean Tauler et tant d'autres maîtres écrivaient leurs œuvres immortelles, les contrées qui forment aujourd'hui la Suisse demeuraient un peu en dehors du mouvement scientifique et littéraire de l'époque. La Suisse avait bien dans ses monastères des établissements d'instruction secondaire ; elle ne possédait aucune université. Celle de Bâle, dont le créateur intellectuel fut le savant juriste Pierre d'Andlo, ne fut érigée que le 12 novembre 14r)9,
f>ar la bulle du pape Pie II. £.|]e brilla surtout par ses lumanistes Sa faculté de théologie n'eut, à part Heynlin de Stein, que des maîtres d'un mérite secondaire. .Aussi n'est-il pas étonnant qu'au commencement du XVI' siècle, la Suisse n'ait eu aucun théologien marquant. Et pendant
le demi-siècle qui suivit rétablissement de la Réforme, les catholiques suisses eurent assez à faire â se défendre contre leurs adversaires ; ils ne pouvaient guère se livrer à la théologie spéculative, ni songer, pauvres et divisés comme ils Tétaient, à la création d'étaolissements d*instniction supérieure pour remplacer Tuniversité de Bâle. d'où leurs croyances avaient été bannies. Aussi quand le colloque de Baden eut lieu (1526), ils choisirent deux théologiens étrangers, le D** Eck et l'Alsacien Thomas Mumer. pour être leurs avocats.
La restauration qui suivit la promulgation des décrets du Concile de Trente, fut accompagnée d'un relèvement des études littéraires et théologiques. En 1579, le cardinal Borromée fonda à Milan, pour l'instruction de prêtres d'origine suisse, le séminaire qui a reçu le nom de Collège Borromée et celui de collèffe Helvétique. Dès 1574. il avait introduit à Luceme les Jésuites qui y fondèrent un collège en 1577 et en créèrent un second à Pri bourg en 1580. Le collège de Fribourg fut placé sous la direction du Père Pierre Canisius, théologien éminent, et qui, malgré tous les travaux qui l'absorbèrent, trouva moyen de composer de nombreux ouvrages. Dans deux de ces ouvrages, qui sont essentiellement dogmatiques, il s'est propose de réfuter les enseignements de la Réforme et de défendre l'ancienne doctrine catholique concernant la pénitence, la justification, le culte de la Vierge et «des Saints, etc. Le premier de ses ouvrages a paru à Dillingen en 1571, le second à Ingolstadt en 1577. Canisius publia en outre les œuvres de plusieurs Pères de l'Église et celles du cardinal Hosius. Ses œuvres homilétiques, imprimées à Douai et à Paris, en 1578, eurent de nombreuses éditions. Son catéchisme, destiné a la jeunesse universitaire et intitulé : À'umnia doctrines Christianœ per qwestiones tradita, vit pour la première fois le jour en 1554, eut une multitude de réimpressions, se répandit rapidement dans l'Europe entière et dans les pays de missions; il fut traduit dans un grand nombre de langues, même en japonais. Un abrégé de ce catéchisme, abrégé qui est destiné à l'enfance et c^ie l'auteur publia pour la première fois à Augsbourg en lo61, sous le titre de Parvus Catechismus Catholicoruniy devint, comme le premier, d'un usage presque universel. Aussi dans les campagnes du canton de Lucerne, un catéchisme s'appelle actuellement encore un c( Canisi ». Canisius, qui mourut à Fribourg, le 21 décembre 1597, a écrit un grand nombre d'autres livres ascétiques et de dévotion, qu'il serait trop long d'énumérer (voir i>e Vita Ven: P. P. Canisii, par Sebastianum Veronium).
Saint François de Sales, qui fut évéque de Genève (1602-1622), et s'efforça de maintenir dans leurs anciennes croyances les habitants du Valais, peut compter parmi les théologiens suisses. Grand orateur, il a laissé de nombreux écrits, dans lesquels la profondeur de la science théologique est comme éclairée par les reflets de la bonté, de la douceur, de la grâce qui animaient son âme. Il esc devenu comme une source inépuisable où d'innombrables cœurs croyants vont puiser journellement l'instruction, l'édification, la consolation. Son premier ouvrage, son Introduction à la Vie dévote, est un livre qui, au bout d'un petK nombre d'années, était traduit dans presque toutes les langues de l'Europe. En 1656, il en était à s;i quarantième édition. Si son introduction à la vie dévoto est son livre le plus répandu, son Traité de l'amour de Dieu^ qui parut en 16Ui, est sans contredit son chef-d'œuvre. Il ne serait guère possible de trouver un livre traitant de l'amour de Dieu d'une manière à la fois si approfondie et si lumineuse. Ce livrt^ fut accueilli partout avec admiration. La Sorbonne n'hésita pas à déclarer que cet ouvrage met son auteur à côté de saint Augustin et de saint Grégoire. Dans ses Entretiens spirituels^ adressés aux SfFurs de la Visitation, le pieux auteur se révèle surtout comme un père plein de tendresse et un médecin qui connaît le ca>ur humain et ses faiblesses et qui l'élève à une hauteur dont le cœur n aurait aucune idée auparavant. De nature plus dogmatique sont ses Controversé** et son livre V Étendard de la Sainte Croix. Ceux de st*^ Sermons qu'on a publiés sont d'une grande beauté, mais ne nous donnent pas tout son esprit ; ce ne sont que des passages recueillis par ses auditeurs qui n'ont pas toujours correctement rendu sa pensée. Ses t)puscule*
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traitent de questions pratiques les plus diverses. Ses Lettres, dont o29 ont paru dans l'édition de Lyon de 1632, mais qui sont au nombre de plus de 900, sont d*un prix inestimable. On y découvre Tétonnante richesse dune âme débordant d'amour de Dieu et on y trouve, pour toutes les circonstances de la vie, des enseignements, des avis et des consolations. Il n'est pas étonnant que la vie et les œuvres du saint docteur aient donné naissance à toute une littérature. (P. Ribadeneira, Œuvres complètes de saint François de Sales. Paris, 1839; de Mûlinen, Helvetia sacra, etc.).
Le cardinal Célestin Sfondrati, abbé de Saint-Gall, est Fauteur de divers ouvrages. Le premier parut en 1684, c'est Disputatiojuridica de leye m prœsumptione ad versus probabilismum ; le second en 168*, le Regale Sacerdotum Rontano Pontifiai asserlum, suivi d'un troisième, en 1687, intitulé Gallia Vindicta, pour combattre les décision» de 1682. Il écrivit encore un grand nombre d'ouvra^'es dogmatiques qui firent grand bruit à cette époque de gallicanisme.
Dans les collèges de Lucerne, de Fribourg, de Porrentruy et plus tard de Soleure et de Brigue, les jeunes gens catholiques faisaient de sérieuses études littéraires. Ceux
S ni se destinaient à Tétat ecclésiastique étudiaient la léologie à Milan, au collège germanique à Rome, dans les universités allemandes, surtout à Fribourg en Brisgau, à Dillingen, à Ingolstadt. Un grand nombre d'entre eux revenaient dans leur patrie avec le titre de docteur. Pour faire suite â leur collège, les Jésuites établirent à Lucerne, vers 1660, une faculté de théologie dans laquelle enseignaient d'excellents professeurs, comme Tobie Lohner, H. Heinrici, Uurent Forrer, J.-B. Cysat, Nicolas Wissing, Léger de Hertenstein, Jost et François Amrhyn. Tandis que Jean Prévôt, de Delémont, élève du collège de Porrentruy, s'illustrait à Padoue, un autre élève ae Porrentruy, Georges Gobât, né à Charmoille en 1600, devenait un professeur de théologie distingué et composait à Lucerne et à Constance des ouvrages qui l'ont rendu célèbre dans le monde catholique entier. De 1649 à 1672, il lit paraître successivement seize traités dans lesquels il développe presque toutes les questions de la théologie morale. Une granae rectitude de jugement jointe à une connaissance approfondie de tous les théologiens renommés et à une expérience acquise par 50 années de pratique, ont fait estimer ses ouvrages et ont valu à leur auteur une renommée qui le fait considérer encore aujourd'hui comme une des autorités les plus recommanda blés.
Sous l'influence du droit romain et à la suite de Louis XIV, les gouvernements suisses versèrent peu â peu dans l'absolutisme. Celui de Lucerne céda à l'entraînement général et se laissa aller en même temps à des tendances ^'allicanes et jansénistes qui le mirent en conflit avec la nonciature et le clergé. Ainsi disposés, les hommes de rÊtat lucemois, et ceux d'autres cantons encore, accueillirent avec empressement toutes les doctrines du fébronianisme et du jansénisme. Les partisans les plus ardents de ces doctrines furent à Lucerne, Félix lialthasar et Vaientin Meier. Félix Balthasar, qui fut du reste un magistrat et un historien de valeur, publia en 1768, à Zurich, un livre qu'il intitula De Uelvetiorum juribus drca sa' ( ra, dans leauel il proclame la prééminence de l'État sur l'Église. A 1 époque du régime issu de l'Acte de Médiation, étaient d un côté, avec les hommes d'État lucemois, les membres du clergé partisans de Dalberg et de Wessemberç qui avaient à leur tête le commissaire épiscopal et cure de Lucerne, Tliaddée Millier, et le professeur de théologie Dereser, appelé à Lucerne en 1811. De l'autre côté était le reste du clergé sous la direction du nonce Testaferrata, du prévôt Goldlin de Beromûnster, des professeurs de theolop^ie Geiger, Widmeret Gùgler.
Goldlin de Tiefenau, qui fut prévôt de Beromûnster et devint en 1814 vicaire apostolique des territoires détachés du diocèse de Constance par le pape Pie VII, fut le chef du cler^'é opposé aux idées de Dalberg et de ^Vessemberg. C'était un théologien solide, mais ces œuvres imprimées sont surtout historiques. Son Histoire de Vaillance des f/uatre Waldstâtten, sa Vie de saint Nicolas de Flue et son livre sur le frère Conrad Scheuber sont encore aujourd'hui très estimés. F. Geiger, qui était entré à Lucerne dans l'ordre des Franciscains et avait enseigné l'hébreu
à Ratisbonne, la poésie et la rhétorique à Offenbourg, 1a philosophie à Fribourg et la théologie à Soleure, fut appelé à Lucerne comme professeur de théologie et d'histoire ecclésiastique. Il défendit l'Église partout où il la vil attaquée. Ses brochures, qui se distinguent par la logique, la Erécision et l'esprit, ont fini par former un recueil de uit volumes in-octavo. Traité d'abord de novateur, il passa fmalement pour un réactionnaire et un obscurantiste, et fut même éloigné de sa chaire par le gouvernement radical. Ce fut en réalité un excellent théologien. 11 vécut jusqu'en 1843. Joseph Widmer, qui avait été élève de Sailer à Landshut. devint professeur de philosophie â Lucerne en 1804. Pour faire place à Troxler, les autorités lucernoises lui donnèrent, contre son gré, en 1819, une chaire de théologie. Kn 1833, le gouvernement de 1830 l'éloigna de sa chaire, en le nommant chanoine de Beromûnster. 11 publia les œuvres de Sailer en 41 volumes, celles de Geiger en 8 volumes tt les œuvres posthumes de Gûgler en 7 volumes. Dans ses propres écrits, qui sont assez nombreux, Widmer se montre homme de jugement, mois il est plus compilateur aue penseur original. (Voir Wej'ner, Histoire de la théologie catholique. Munich, 1866; Hurter, A'omewctotor, lilt.lll). Aloys Gûgler, qui avait étudié la théologie à Landshut en même temps que Widmer, fut nommé professeur d'exégèse à Lucerne, en 1805, et devintainsi le coUèirue de Geiger et de Widmer. Maître distingué, chéri de ses élèves, il fut aussi un écrivain de valeur, bon principal ouvrage, dont le premier volume parut à Lucerne en 1017, a pour titre : Die heiliçe Kunst oderdie Kunst derHebrâer; il y a consigne le résultat de ses études sur les livres saints. Ses délivres posthumes, publiées par son ami Widmer, forment sept volumes, auxquels deux autres se sont ajoutés plus tard. Gûgler mourut le 28 février 1827, à l'â^e de ô6ans. (.L-L. Schiffmann, Vie du chanoine et professeur A. Giiqler, 2 vol. Augsbourg, 1&33 )
Outre les théologiens qui viennent d'être nommés, la Suisse catholique, au XIX» siècle, en a possédé beaucoup d'autres qui mériteraient d'être mentionnés. Nous nous contenterons cependant de nommer Schlumpf, qui fut professeur de théologie à Lucerne, Mgr. Tanner oui mourut prévôt de la collégiale de Lucerne, Mgr. Greith, évêque de Saint-Gall, qui a laissé des ouvrages philosophiques, Ihéolo^iques et historiques de grande valeur, et le cardinal Mermillod, évêque de Lausanne, qui fut l'un des plus brillants orateurs sacrés dq XI X* siècle.
8. JunisPRL DENCE. Le mouvement juridique suisse ne prit naissance au'au XVl» siècle. Encore les premiers jurisconsultes, Amraerbach, Basilius, Claudius, Cantiuiicula, à Bâle, Bonûdius, Denys et Jaques Godefroy, à Genève, s'efforcent- ils seulement de répandre la ratio scripfa. Cent ans plus tard, le droit indigène est encore négligé. C'est l'époque où l'on étudie surtout le droit naturel, pour lequel des chaires spéciales sont créées à Bâle (1706) et Zurich (1724). Cependant quelques coutumes locales sont rédigées et commentées : le Coutnmier du Pays de Vaud, de Pierre Quisard (1562), commenté dès 175(5 par Jacques-Franvois Boyve ; la Gerichsatzung bernoise de 1761 ; les Lois, us et coutumes de la souveraineté de Neuchdtel et Valangin, d'Ostervald (1785) ; le Commentaire sur les statuts valaisans, d'Ktienne de Torrenlé. Les ouvrages historiques ou dogmatiques sont rares. Jacob Leu (1689-1768), Emmanuel de Ha lier (1735-1786), Gabriel Seigneux de Correvon (1695-1775) et Gottlieb Walther (1738-1805) ont cependant laissé des œuvres remarquables pour l'époque. L'étude du Droit national est contemporaine de la fondation, au commencement du XVIII» siècle, de plusieurs écoles de droit; le mouvement s'accentua quand Berne eut fondé son Institut politiaue (1787) et que Zurich suivit son exemple (1807). Au XlXe siècle, sous l'influence de l'étranger, l'étude scientifique du droit suisse se développa, grâce à Frédéric-Louis Relier (1799-1860), Jean-Gaspard Bluntschli (1808-1881). Casimir Pfylfer (1794-1875), Jacob Leuenberjier (1823-1871). François Bellot (1776-18:i6i, ïlenri- Florian Calame (1807-18H:i). Henri Jacottet (1828-1873), Ch.-J.-G.-B. Secretan (1784-1858).
9. Sciences physiqies kt xatirelles. Dès le commencement du XVIIl* siècle, les sciences en général et parti-
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culièrement les sciences physiques et naturelles ont pris un très grand essor. En 1746, se fondait à Zurich une Sor'uUê (if! johysUjue: à peu prés à la même époque se constituait a Haie une borietas physico-inathematicnannt(m\it\)-botanicn-rnedicn : f\uë\(\\ie^ ditiTiées plus tard, des associations de naturalistes se fondaient à Lausanne (1783), Berne (nSô), et Genève (1790). Ce fut à Berne, en 1797, qu'on eut l'idée d'une Société suisse de naturalistes ; mais les événements politiques d'alors ne permirent pas la réalisation de ce projet: ce n'est (lu'en 1815 que fut créée à Genève la Sociètt* helcptique acs sciences naturelles. Cette société, qui est à l'heure
au'il est le centre de ralliement des savants suisses et es amis des sciences, se réunit chaque année dans une ville de notre pays. Dans ces assemblées, qui durent habituellement trois jours, on discute toutes les questions intéressant le développement des sciences en Suisse, on assiste à des conférences et les sociéUnires font part du résultat de leurs études et de leurs recherches. La société est administrée par un comité central composé de 5 membres, nommé tous les 6 ans, et par un Comité annuel, choisi dans la localité ou dans le canton où a lieu la réunion. Jusqu'en 1835, ces assemblées eurent lieu en commun, mais le nombre des communications scientiPK^ues qui y étaient faites devenait si considérable qu on se vit obligé de constituer diiïérentes seclions. Aujourd'hui, il existe sept de ces sections : géologie et minéralogie, botanique, zoologie, chimie, physique et mathématiaues, science de l'ingénieur, médecine. Le chiflVe des membres de la société allant sans cesse en augmentant, de même que le nombre et r importance des travaux scientiliques, la société a établi peu à peu des commissions spéciales ayant chacune la tâche de mener à bien un travail déterminé. Il existe aujourd'hui 15 commissions, parmi lesqu^Oles nous citerons les commissions géologique (y compris 2 sous -commissions, l'une géotechnique et Tautre des houilles). géodésique. des tremblements de terre, limnologique, des marais, (les rivières, des ^taciers, de la flore cryptogamique suisse, du Conciliunt bibliographicuni, pour la protection de la nature. Chacune de ces commissions présente un rapport de ses travaux qui est lu à l'assemblée annuelle de la Société. La Société helvétique des sciences naturelles publie depuis 1815 des Actes ou Verhandlungen^ qui renferment les comptes rendus de ses sessions. Ceux-ci paraissent aussi, depuis 1879, dans les Archives fies Sciences p/iysiques et naturelles de Genève. Kn 1817, elle fit paraître, pendant quelques années, un Naturwissensclinftliciier Anzciger^ dont les Annalen furent la continuation en 1823 et 18*24. Knfm, depuis 1829. elle publie des Mémoires, recueils de travaux faits par des membres de la Société et qui représentent toute une précieuse collection de documents relatifs à l'histoire naturelle de la Suisse. Jusqu'en 1860, la Société helvétique se trouvait réduite à ses propres ressources, consistant dans le produit des cotisations de ses membres. Mais d'utiles et généreuses entreprises réclamaient impérieusement des sacrifices pécuniaires. C'est alors que la Confédération vint lui otVrir son appui financier dans l'intérêt du développement des sciences. Actuellement, elle dépense cha- (|ue année plus de 50000 fr., en subventionnant plusieurs commissions scientifiques nommées par la Société. En 18()3, le Di* A. Schlâfli, de Berthoud. laissait à sa mort toute sa fortune à la Société helvétique, sous la condition que les intérêts en fussent consacrés à la fondation d'un prix pour les auteurs de travaux d'histoire naturelle jugés dignes d'une récompense. Le fonds est à présent de 17000 Ir. et le prix est aécerné tous les deux ans. Les travaux couronnés sont publiés dans les Méuioires. La Société helvétique compte à cette heure &ii) membres actifs et 75 membres honoraires. Elle possède à Berne une importante bibliothèque qu'accroissent chaque année de nombreux dons et quelques achats.
Les grands travaux scientifiaues entrepris en Suisse pendant la seconde moitié du XlX« siècle ont été en rapport direct avec l'activité de la Société helvétique des sciences naturelles et, en faisant l'histoire de cette dernière, il est possible do passer on revue la plupart des études auxquelles on s'est livré chez nous dans le domaine des sciences. Parmi ces études, citons : l" la re-
connaissance et la démonstration de l'ancienne et grande extension des glaciers, que les géologues contemporains divisent en plusieurs phases alternatives de crues et décrues successives ; 2* les recherches sur les glaciers actuels et en particulier sur leurs variations périodiques ; 3o les études géodésiques, faites depuis 1861 par la Commission fédérale de géodésie et qui ont pour but de coopérer à l'œuvre internationale de la mesure du degré et de la détermination de la forme exacte du globe terrestre; 4« l'étude de la météorologie en Suisse, à laquelle se trouvent intimement liées la création et Factivi té ae la station centrale météorologique de Zurich, fondée en 1863 ; b^ les études sur l'histoire physique et naturelle des lacs, dont F.-A. Forel a été rinitiateur ; 6« enfin, l'étude géologique du sol de la Suisse, entreprise par de nombreux géologues et notamment par la Commission géologique fédérale qui a fait colorier géologiquement, avec l'aide de plusieurs collaborateurs, les diiïérentes feuilles de la carte Dufour au 1 : 100000, ainsi qu'un certain nombre de cartes spéciales au 1 : 50000 et 1 : 25000. Ces cartes sont accompagnées de toute une série de volumes de texte explicatif, les Matériau,r jiour la carte géologique de la Suisse ^Beitrâge zur geologischen Karte der Schioeiz),, dont 30 livraisons d'une première série, 17 de la deuxième et 3 de la troisième (série géotechnique) ont été publiées jusqu'ici.
A côté de la Société helvétique des sciences naturelles, diverses sociétés cantonales et locales contribuent, dé leur côté, à généraliser et à répandre l'intérêt pour l'étude des sciences physiques et naturelles. Les sociétés cantonales et locales sont au nombre de 20 : Argovie, Bàle-Ville, Bâle-Campagne, Berne, Fribourg, Genève, Claris, Grisons, Lucerne, Neuchâtel, Saint-Gall, Schaffhouse, Soleure, Tessin, Thurgovie, Valais, Vaud, Winterthour, Zurich (Soc. des Se. natur. et Soc. de physique). Elles comprennent un total de 3450 membres actifs et de 390 membres correspondants et honoraires. Chacune de ces sociétés se fait représenter aux réunions de la Société helvétique et adresse un rapport sur son actitivité pendant l'année écoulée. La plupart d*entre elles publient des Bulletins ou Mémoires renfermant les procès-verbaux de leurs séances, ainsi que les travaux originaux des sociétaires.
Les Sociétés suisses de géologie (1882), de botanique (1890), de zoologie (1894), de chimie (1901) et de physi-
2ue (1902) se sont constituées en sections permanentes e la Société helvétique des sciences naturelles et ont chacune leur séance annuelle à l'époque de la session de la Société helvétique. La Société de géologie édite, depuis 1888, les Eclogas geoloqicm Helvetiœ, recueil périodique contenant des travaux divers sur la géologie suisse ; la Société de botanique publie un Bulletin annuel, tandis que la Société de zoologie a comme organe la Ret'ue suisse de zoologie, paraissant à Genève depuis 1893. En dehors du cercle de la Société helvétique des sciences naturelles, il existe encore en Suisse deux associations s'occupant d'histoire naturelle : la Société suisse d'entomologie, qui date de 1858 et publie chaque année un Bulletin de ses travaux, et la Société paleontologique suisse, fondée en 1874, composée seulement d'abonnés à ses Ménwires (32 volumes jusqu'ici). Mentionnons enfin un dernier organe du mouvement scientifique, les Archives des sciences physiques et naturelles, paraissant à Genève depuis 1846. La Suisse possède dans son École pol^echnique fédérale, dans ses six Universités et l'Académie de Neuchâtel, des centres d'enseignement scientifique dont les professeurs, suisses pour la plupart, représentent dignement, avec de nombreux savants et amateurs, le vaste domaine des sciences physiques et naturelles dans le monde international de la science.
Parmi les savants qui ont illustré la Suisse citons : les chimistes : C-F. Schônbein (1799-1868), E. Kopp (1817- 187,5), J.-C.-G. de Marignac (1817-1894) et V. Merz (1839- 1904); les physiciens Aug. delà Rive (1801-1873), Albert Mousson (1W)5-1890), Louis Dufour (1832-1895), J.-L. Soret (1827-1890) et son fils Charles (1854-1904); les botanistes .T. Hegelschweiler (1789-1839), Aug.-Pyr.de Candolle( 1778- 1841) et son fils Alphonse (1806-1^), J. Muret (1799-1877), Ch.-H. Godet (1797-1879), Oswald Heer (1809-1883), Edra. Boissier (1810-18a-)), C. Nàgeli (1817-1891), L. Favrat
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(1^27-1893), Aug. Gremli (1833-1899), G.-E. Cramer 11831-1901), Marc Micheli (1844-1902); lanatomiste W. His (1831-1904;; les zoologÎMtesH.-R. Schinz (1777-1861), Louis Agassiz (1H07-1873), Ed. Claparède, Cari Vogt, L. Kùtimever (1825-1895), F.-J. Pictet de la Rive (1809-1873), U. de Saussure (1829-1905), V. Fatio(tl906) ; le paléontologue et archéologue il. Gosse (1834-1901 ) ; les géologues, Jules Thurmann (1804-1855), Jean de Charpentier (1806- IHTûi, Amanz Gressly (1814-1865), Arn. Escher de la Linth (1807-1872), P. Menan (1795-1883), Bem. Sluder (1794- 1887), Ed. Desor (1811-1882), J.-B. Greppin (1819-1881), Alb. Mûller (1819-1890), V. Gilliéron(l.S26-1890), Alph. Favre (1815-1890). F.-J. Kaufmann (1825-1892), Aug. Jaccnrd (1833-1895), L. DuPasquier (1864-1897), C. Mosch (1827- \im), F. Lang (1821-1899), Edm. de Felienberg (1838- 1902), Kugène Renevier ( 1831-1906) : Charles Mayer-Eymar (1826-190i) ; les géographes Paul Chaix (1808-1901), Arnold Ouvot (1807-1884), Frédéric de Rougemont (1808-1876), J. J. Êgli 1 1825-1896), Stefano Franscini (1796-1858) ; Charles Dutour (1827-1902); les astronomes E. Plantamour (1815- 1882), R. \Volf( 1816-1893), le météorologiste R. BtUwiller 11849-1905), l'antiquaire Ferd. Keller (1800-1881), les voyageurs J. L. Burckhardt (1784*1817) de Bàle (Syrie, Arabie, E^pte), le Baron Henri de Minuloli (1772-1846) de Genève (Egypte, Libye), Wemer Munzinger (1832-1875) d'Olten (Èfgypte, Abys^sinie), C.-A. Haggenmachei* '1845- 1875) de Winterthur (Egypte, Abyssinie), Fred. Dubois de Montperreuz (1798-1880) de Môtiere (Caucasie), Titus Tobler (1806-1877 ) de Stein dans le canton d'Appenzell ( Palestine). J. J. vonTschudi (né en 1818) de Glaris (Amérique du Sud) et avant eux tous le poète, physiologiste, botaniste et philosophe Albert de Haller (1706-1777).
Bibliographie. Siegfried, Geschichte d. Schweizer, Naturfonchenaen Gesellschaft. Zurich, 1865. Studer. Sciences physiqties et naturelles dans La HuUse au XIX* siècle, II. Lausanne et Berne, 1900.
> G. ÉTAT SOCIAL. Mouvement social. Le quart du territoire suisse étant improductif, la population de 3315443 habitants (1900) qui s y presse doit demander à l'industrie une forte proportion de ses subsistances. La répartition de cette population entre les différentes branches de la production économique présentait en 1900 le tableau suivant : agriculture, dô % ; industrie, 44 % ; commerce, 9 ^Iq ; communications et transports, 5 % ; administrations publiques, sciences, beaux-arts, 5 %.
Les principaux groupes de producteurs sont organisés en associations libres ayant pour but la défense de leura intérêts particuliers. Ces associations présentent une grande variété d'organisation. Les plus puissantes revêtent la forme fédéra tive. Elles sont dotées de secrétariats permanents. La Confédération alloue des subsides annuels aux secrétariats de T Union suisse du commerce et de l'industrie, du Gewerbeverein, de la Fédération ouvrière et de ri'nion des paysans, associations offîciellement consultées »ur l'élaboration des lois qui les intéressent. Ainsi TUnion des paysans a exercé sur les Chambres fédérales une influence décisive en faveur de Tadoption du tarif douanier protectionniste de 1902. L'amélioration de l'agriculture est en outre poursuivie par une multitude d'institutions publiques ou privées, telles que les écoles d'agriculture, les stations d'essais, les syndicats d'élevage, les coopératives de consommation, les sociétés d'agriculture, etc.
Les associations qui se proposent le relèvement du sort de l'ouvrier sont, pour la plupart, constituées sur le terrain du socialisme. Toutefois la Fédération des syndicats professionnels (Gewerkschaftshund\ a déclaré en 1H99 sa neutralité politique et confessionnelle afin d'attirer à elle les syndicats chrétiens. Le plus important des syndicats ouvrière est celui du personnel des chemins de fer, fondé en 1895. II a obtenu des compagnies de chemins de fer et du réseau de la Confédération de grandes améliorations de salaire. La compagnie du Nord-Est, la seule qui ait résisté aux réclamations de son personnel, a dû capituler sous le coup d'une grève qui a suspendu son trafic pendant deux joura (12-13 mars 18^7;.
l/organisation des consommateura n'a pas atteint le même développement que celle des groupes voués à la production. Cependant elle a pris une grande extension à Bâle-Ville, sous la forme d'une coopérative de consommation, et elle a étendu son action au domaine
du crédit (Banque populaire suisse, caisses Raiffeisen).
Parallèlement à l'initiative privée, la législation des cantons et de la Confédération poureuit aussi l'amélioration de la condition des travailleure, notamment en matière de protection ouvrière (Cf. Landmann, Die Arbeilerschutzgesetzgebung der Schweiz. Bâle, 1904). Parmi les institutions cantonales les plus en vue dans cet ordre d'idées, il faut citer la policlinique de Bâle- Ville et l'assurance populaire de Neuchâtel (loi du 29 mara 1898).
De son côté, le législateur fédéral est absorbé par l'étude de deux gros problèmes : la revision de la loi de 1877 sur le travail oans les fabriques, et l'élaboration d'une nouvelle loi sur l'assurance contre les accidents et la maladie, loi destinée à remplacer le régime actuel de la responsabilité civile de l'employeur. Une première loi réglant cette matière a été rejetée par le peuple suisse le 20 mai 1900.
En dehore de l'action syndicale ou législative, diverses associations participent au mouvement social dans une intention désintéressée. C'est le cas notamment des nombreuses sociétés vouées à la propagande antialcoolique; elles cherchent aussi à obtenir des autorités fédérales et cantonales un emploi plus eflicace de la portion des recettes du monopole de l'alcool que la Constitution affecte à la lutte contre l'intempérance ; il fout avouer que ce but n'est encore qu'imparfaitement atteint. Une autre association, créée en 1900, en vue de préparer les voies a la protection ouvrière internationale, a obtenu un succès immédiat en se liguant avec les associations étrangères qui, réunies en congrès à Paris, du 25 au 29 juillet 1900, y ont décidé la fondation d'un ofTice international du travail. Cet office a été ouvert à Bâle le !•' mai 1901. La Confédération lui alloue un subside annuel de 8000 fr. et l'État de Bâle-Ville lui fournit gratuitement les bureaux nécessaires.
La vie sociale esr en outre caractérisée en Suisse par les phénomènes suivants : faiblesse de la natalité, décroissance de l'émigration et développement de Tiramigration ; diminution absolue et relative de la population agricole ; renchérissement de la main d'œuvre et multiplication des exploitations rurales n'exigeant c[ue le travail d'une seule famille ; décentralisation de l'industrie, favorisée par le transport à distance de l'énergie électrique ; extension et multiplicité des syndicats, qui se forment même entre fonctionnaires publics ou fabricants concurrents ; fréquence des grèves ; faveur croissante de la réglementation du travail ; offices de placements ; développement de l'épargne et de l'assurance volontaire. En ce qui concerne ce dernier point, le nouveau recensement des caisses de secours mutuels a établi qu'en 1903 435000 peraonnes, le 13 % de la population, étaient assurées contre la maladie. Cette population est supérieure à celle atteinte dans les pays où l'assurance libre est le plus pratiquée. [Jules Rbponu]
KÉGiHE DE lA PROPRi^É. Allmend, ETC. Nous ne nous occuperons ici que de l'exploitation agricole de la propriété foncière. L'exploitation de minéraux utilisables tels que granit, ardoise, calcaire, pierre à ciment, marbre et sable, asphalte, sel de cuisine, ou de combustibles fossiles comme l'anthracite, la houille, le lignite, la tourbe, rentre dans l'article carrières et mines.
Le mode d'exploitation agricole en Suisse est déterminé
f>ar le climat, la situation et la nature du sol comme par e régime de la propriété. Nous n'avons malheureusement pas une statistique agricole complète et exacte ; celle-ci ne peut être établie que sur la base d'une mensuration parcellaire, c'est-àndire d'un cadastre officiel. Le cadastre n'est terminé que dans les cantons de Genève, Vaud, Neuchâtel, Fribourg, Bâle-Ville, Soleure et SchaOhouse ; il est en voie d'exécution dans les cantons de Berne, Bàle-Campagne et Argovie; il n'existe que pour quelques communes ou fait totalement défaut dans les cantons du Tessin, du Valais, de Zurich, Saint-Gall, Thur((ovie, Grisonsy Lucerne, Uri, Schwyz, l'nterwald, Glaris, Zoug et Appenzell. Des 41 324 km^ qui constituent la superficie totale de la Suisse, le 75 "/n est du terrain productif et le 25 % sont des terrains improductifs, glacière, lacs, coure d'eau, villes, villages, bâtiments, routes, voles ferrées, rochere et pentes d'éboulis. Les forêts recouvrent \\x\q surface de 878500 ha., soit le 20% de la superficie totale et
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environ là 28% du terrain productif. La proportion varie naturellement suivant les cantons. Parmi les cantonsvilles, Genève n*a en forêts que le 9,90 % de la superficie totale de son territoire, Hâle- Ville, le 11,03 %. Cfertains cantons afrricoles présentent une proportion analogue, ainsi Uri 10,21 %, Valais 14,68 %, Glaris 15,37 %. Les forêts représentent plus du 30 % de la superficie totale dans les cantons d'Argovie (31,75 ^/o), de fiale-Campagne (33,92 %), de Soleure (36,45 %> et de Schaflhouse 40,33 %). Il ne faut pas oublier ici que les terrains improductifs représentent à Uri le 55% de la superficie totale, aux Grisons le 46 o/»^ en Valais le 54<>o et a Glaris le 35% du territoire. 587335 ha. sont forêts communales ou pro^ priétés corporatives.
Si Ton retranche du sol productif la superficie des forêts, il res'e à peu près 21 000 km^ utilisés par l'agriculture. L'élevage du bétail en prend environ les 3/^; il n'en reste que Va pour la culture aes céréales, des pommes de terre et autres légumes, des arbres fruitiers et de la vigne. Environ 40% de la population suisse vit de la culture du sol, qui fournit en outre à une grande partie de la population totale quelques-uns des aliments indispensables et des matières premières. Tandis que l'industrie tire presque entièrement ses matières premières de l'étranger, le rendement de l'agriculture est du en totalité au sol et au travail des habitants ; si Ton veut établir une comparaison entre la production agricole et la production industrielle, il ne faut donc compter pour cette dernière que la plus-value acquise par la transformation de la matière première. D'après les économistes les plus compétents, la somme de la production industrielle ainsi calculée atteint à peine celle donnée par la production agricole.
Dans la plaine, abstraction faite des forets, le sol cultivé est en grande partie propriété privée, tandis que dans les montagnes les pâturages les plus étendus appartiennent en général à des corporations. On h 'a pas à cet égard de données statistiques exactes ; sauf pour les forêts dont le 4,3 % appartient a l'État (aux cantons), le 66,7 % aux communes et corporations et le 29% a des particuliers. Nous savons aussi que dans les cantons de la plaine, la division du sol cultivé est beaucoup plus avancée que celle des forêts, laquelle n'a acquis une certaine extension que dans cjuelques cantons (Lucerne par exemple).
Déjà avant la fin de l'époque romaine, il y eut dans notre pays des distributions de terrains à des favoris ou à des guerriers qu'on voulait récompenser. Cependant à l'époque alamane, la division du sol conquis par les tribus germanic[(ie8 n'était pas encore très développée. On tenait au principe de la Markgenossenschaft (corporation rurale
f>08séaant des terres communes, marche) et jusqu'à ce jour es bases de la constitution agraire se sont conservas à travers les siècles sous des formes variées. Un nombre plus ou moins considérable de fermes entourées chacune d'une clôture constituaient le village fermé lui-même par une clôture. Dans l'intérieur du village, se trouvait une place libre où s'élevaient les fontaines publiques et où s'ébattait le bétail. En dehors de la clôture du village étaient les champs, partagés et cultivés d'après le système de l'assolement triennal (Dreifelder-Wirtscnaft). Les dilTérentes parcelles étaient séparées par des pièces de terre, qui étaient réparties par le sort entre les ménages. Enfin, entre les pièces de terre et les champs s'étendaient les prairies. Tout cet ensemble était fermé et protégé par une clôture extérieure. Au delà de cette clôture étaient les terres communes (pâturages, alpages et forêts), désignées sous le nom général d'(.< Allnierid ». Chaque citoyen du village avait droit de jouissance sur l'allmend et pouvait utiliser les pâturages, marais, prés et forêts. Tandis que le système d'assolement triennal, qui impliquait une contrainte, a disparu presque partout ainsi que les fermes clôturées et les « Gewanne », nous trouvons encore fréquemment dans la plaine suisse des allmend, c'est-à-dire des terres communes. Mais le droit de jouissance n'appartient plus à tous les habitants du village, l'allmend'est devenue la propriété collective d'un groupe fermé, corporation, association, commune bourgeoise. La constitution agraire primitive s'est maintenue avec plus de stabilité dans les régions alpestres. Les anciennes « Markgenossenschaften» s'y sont mieux conservées, enjparticulier dans les cantons d'IJri, Schwyz et Appenzell Kh.-
Int. Le droit de iouissance des terres communes est resté indépendant de la constitution de la commune locale ; les corporations jouent ici le rôle principal, celui des communes politiques est secondaire. Les corporations se divisent actuellement en deux catégories. Ou bien elles ont un caractère de droit public, leurs membres ont à la fois le droit de cité et le droit de jouissance ; ainsi TOberallmend et l'Unterallmend à Schwyz. les corporations d'Uri et de la vallée d'Urseren, les « Tagwen » à Glaris. les « Uertenen » dans l'Unterwald, les « Bâuerten » dans le canton de Berne, etc. Ou bien ces corporations ont plutôt un caractère de droit privé, cela, en particulier, là où les anciennes communautés foncières ne se sont pas transformées en communautés publiques; ainsi les « Fesselalpen « à Glaris, les Gemeinalpen ou Kapitalistenalpen dans 1 Tnterwald. On trouve en outre dans nos montagnes des alpages qui ont le caractère exclusif de droit privé.
L'exploitation des alpages publics ou privés peut être collective ou individuelle. Dans l'exploitation individuelle chaque intéressé a son chalet; il soigne son bétail particulier et fait le beurre et le fromage pour son propre compte. A Appenzell Rh.-Int. on trouve des alpages où il y a de 20 à oO exploitations individuelles et un nombre de bâtiments correspondants. Sur l'un des plus grands alpages suisses, l'Urnerboden, qui peut nourrir environ 1400 vaches pendant 100 jours, il y a environ 300 chalets avec exploitation individuelle. Dans l'exploitation collective qui présente, on le comprend, des avantages économiques, le soin du bétail est en général remis à des employés. Les produits sont ensuite répartis d'après le nombre et la valeur laitière des têtes de bétail. Souvent aussi l'exploitation collective comprend seulement l'estivage et l'élevage du jeune bétail. Les alpages sont en généralévalués (gestuhlt, gerandet) et l'on ne peut y mettre plus de bétail que l'évaluation ne le comporte. Cette évaluation a pour base une unité représentant l'entretien d'une vache pendant un temps d'estivage fixé (Stoss, Kuhesset, Kuhrecht, Stossrecht). Les différentes sortes de bétail sont ramenées à cette unité d'après la quantité de nourriture qui leur est nécessaire. La réduction n'est pas partout la même ; ainsi la statistique alpestre suisse a constaté les données suivantes : 1 vache représente 1 unité (Stoss), 1 veau V'^. 1 chèvre V51 i mouton V51 1 cheval de 5 ans 3, 1 cheval de 2 ans 2, 1 cheval de 1 an 1 . Le total des unités pour tous les alpages suisses arrive à environ 850000.
En général chaque intéressé ne peut estiver sur les alpages communs que le bétail qu il a nourri chez lui
f rendant l'hiver, ce qui provient sans doute du fait que 'alpage appartenait primitivement à la propriété foncière de la vallée. On n'admet qu'exceptionnellement du bétail étranger. Il résulte de ces principes que le gros paysan, qui
f possède beaucoup de bétail et peut l'hiverner, profite de 'alpage dans une large mesure, tandis que le pauvre qui n'a pas de bétail n'en retire aucun avantage. C'est ce qui fait que le prix des terres dans la vallée atteint souvent un taux singulièrement élevé. On a cherché à établir une certaine compensation au moyen d'une taxe pavée à la caisse commune (« Auflage ») par les intéresses pour chaque pièce de bétail qu'ils envoient sur l'alpage. Cependant presque partout cette taxe est bien inférieure à la valeur réelle de l'estivage ; aussi quelques corporations ont introduit une progression : on paie par exemple fr. 10 par unité pour les dix premières, puis fr. 15 pour les dix suivantes, etc. Le paiement de cette taxe progressive ne se fait pas partout consciencieusement, ce qui entretient le mécontentement chez les intéressés pauvres.
La jouissance de la forêt est organisée plus démocratiquement. Tout intéressé en peut réclamer sa part. Autrefois on délimitait dans la forêt des parcelles ou des arbres de valeur à peu près égale qui étaient numérotés, puis tirés au sort. Chaque intéressé avait le droit d'abattre et d'enlever lui-même son bois. Ce mode primitif et irrationnel d'exploitation a été supprimé dans la plupart des cantons. Cependant, en beaucoup d'endroits, les propriétaires de chalets ont le droit de couper le bois nécessaire à l'entretien de leurs demeures et à l'exploitation de l'alpage.
Un autre droit de jouissance, qui profite aussi à la partie la moins aisée de la population, est celui du pacage des chèvres. Les chèvres sont réunies le matin de bonne
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heure et vont paftre sous la conduite d'un' chevrier. Au printemps, après la première fonte des neiges, elles res* tent dans le fond de la vallée ; à mesure que Tété avance, elles montent toujours plus haut et finissent par dépasser la limite supérieure des forêts pour redescendre peu à peu en automne jusau'au fond de la vallée. Si le droit de pacage des chèvres était limité aux familles les plus pauvres, les inconvénients qu'il présente, surtout pour les forêts, disparaîtraient en grande partie.
On récolte du foin sauvage sur les pentes escarpées entre 1600 et 2400 m. et même plus haut. Les endroits où croit ce foin sauvage sont considérés comme propriété publi(]ue et la récolte, souvent dangereuse et ditticile, en est laissée aux indigents. La délimitation de ces parcelles donne souvent lieu à des discussions ; aussi, dans quelques localités, les parcelles de foin sauvage sont-elles réparties en lots et tirées au sort. Il arrive également que la récolte du foin sauvage est affermée. Ailleurs on fixe un jour pour cette récolte et le premier qui arrive ce jour-la sur la. place en prend possession ou partage avec les autres personnes présentes, quelquefois en revendant une partie de son droit. Cette prise de possession des parcelles de foin sauvage ne s'accomplit pas toujours d'une façon très paisible ; pourtant les us et coutumes sont si bien établis que les voies de fait sont rares. Â Lungem (Obwald) on a décidé qu au jour fixé personne ne pourrait commencer à couper le foin sauvage avant que le soleil n'ait paru au-dessus de la crête de la montagne. Le foin sauvage est rentré dans un des chalets supérieurs ou empilé en meules (Tristen) d'où on le conduit en hiver dans la vallée, sur des traîneaux.
Les droits de jouissance et la manière d'en user ne sont pas encore réglés d'une manière définitive dans la région alpestre. Ils ont donné lieu autrefois à de violentes contestations et aujourd'hui encore ils provoquent fréquemment des conflits.
Bibliographie. Knmer^ Die Landwirtschaft ini se* weiz. Flachlande. Miaskowski, Agrar-^ Alpen- und Forstverfasmng. Die schiveir, Allmend in inrer geschichUichen Entivicklung. haur, Landwirtschaftl. Betriebslehre. Geering et Hotz, Wirtschaf'iskunde der Schtveiz, Stebler, Alp- und Weidwirtschaft, Felber, Die Allmenden des alten Landes Schtvyz. « Soziale Gegensàtze ini achweiz. Aîfiengebiet, * Jahresbericht der geogr.-ethnogr. Gesellichafl in Zïirich, 19(^1906. [Prof. Tu. Fei.ubr.J
Dans le canton des Grisons, dont la superficie est de 7132,80 km^ le sol improductif est de 2898,57 km^ ou le 40,6%. De843d4.23km^de sol productif, 1257.59 km< sont couverts de forêts, 3,54 km^ de vignes et 2963,10 km^ de cultures et de pâturages. Le sol cultivé est dans sa plus grande partie propriété privée, le canton est propriétaire de quelques grands domaines exploités par la maison de correction de Realta, par l'asile d'aliénés de Waldiiaus près de Coire et par l'école d'agriculture de Plantahof. Certaines communes et corporations sont aussi propriétaires de domaines de peu d'importance. La forêt est généralement propriété commonale et plus spécialement des corporations bourgeoises; elle appartient aussi, mais pour une petite part seulement, à d'autres corporations ou a des particuliers. Dans la vallée de Davos, où les biens communaux ont été divisés il y a déjà bien des siècles, entre les colonies, puis plus tard entre les bourgeois, la forêt est presque exclusivement privée. La même chose peut être constatée pour les alpages. L'administration des biens communaux (forêts et pâturages) appartient cependant â la commune politique, même là où ces biens sont la propriété de corporations bourgeoises; mais il faut remarquer que pour l'utilisation des biens communaux les ressortissants de la commune viennent avant les nonressortissants avec la restriction cependant que le bétail qui a été nourri durant l'hiver avec du foin récolté dans la commune même a la préférence pour l'utilisation des alpages sur celui qui a été nourri avec du foin acheté.
Dans la plus grande partie du canton les pâturages maigres qui ne peuvent être fauchés que tous les deux ans, forment une partie considérable de la propriété privée. La récolte de foin est généralement mise en petites meules qui ne sont transportées dans la vallée que tard en automne ou en hiver. La récolte du foin sauvage sur les alpages communaux n'existe que dans quelques régions du canton. [S. Mbisser ]
En ce qui concerne le canton de Vaud on peut dire que, d'une façon générale, la propriété du sol est très divisée, Cependant le morcellement est plus ou moins accentué suivant les régions. Dans la partie occidentale du canton, par exemple (vignoble de La Côte), les grands domaines sont nombreux, tandis que dans la partie orientale (vignoble de Lavaux et district d'Aigle) la propriété est plus également répartie. Les domaines en un seul mas sont assez rares. Le canton de Vaud ne connaît plus, les
(propriétés communales grevées de droits d'usage. L'État, es communes, possèdent, à titre privé, de grandes étendues de forêts et de vignes, mais l'exploitation de ces domaines a lieu exclusivement au profit des caif ses de l'État ou des communes. La sécurité la plus absolue est assurée dans les transactions immobilières par la publicité de ' l'inscription de tous les droits réels, y compris les servitu des. Grâce à la quasi-perfection du système en vigueur, les procès immobiliers qui autrefois étaient fréquentSi sont maintenant l'exception. [Bug. Bornard ]
La diversité énorme a'altitudes sur des espaces de queK ques kilomètres a doté le Valais d'un régime économique agricole tout différent de ceux des autres contrées alpes-^ très de la Suisse. Ici les intérêts se sont juxtaposés au lieu de se superposer et le réf^ime communal porte encore l'empreinte de ce mode de division du soi. Aussi ne voit-on guère de Valaisans totalement voués a l'économie pastorale, sinon dans les régions trop éloignées du vignoble pour en subir l'attrait ou les exigences. Dans ce qu'on peut nommer le Valais central, soit de Martigny à Loeche, il est de règle générale que la même famille se partage entre la garde des bestiaux sur les hauts alpages, la culture du champ sur les coteaux moyens et les soins de ses vignes dans la plaine du Rhône. L'Ânniviard, l'Entremontan, le Nendard, l'Évolénard et le Snlvanin sont ainsi des typfs d'alpicoles plus ou moins nomades ayant, outre un domici le dans leur vallée respective, quelque ferme viticole a Sierre, Fully, Vétroz, Sion et Martigny- La Croix. Quant aux communes adossées à la chaîne des Alpes bernoises, dans la même section de la vallée, elles sont restées, bien que très populeuses, riveraines du Rhône et alpestres à la fois. Seules les bourgades de quelque importance et une ou deux communes rurales, telles que Vétroz, Granges, Charrat, plus ou moins récemment séparées de Conthey, de Lens et de Martigny, ont renoncé, moyennant des. compensations en plaine, aux avantages de l'économie alpestre.
Il résulte de ces remarques que, sauf les populations pastorales de la région supérieure de la vallée du Rhôms (Couches), de la vallée de Lôtschen, du versant S. du Simplon, de la partie supérieure des vallées des Viège, du vai d'IUiez et de quelques territoires environnants, le Valais san cuktve toutes les altitudes comprises entre le Rhône et le glacier. Autrement dit, il est tout à la fois pasteur, laboureur et vigneron, auoique à des degrés qui varient selon les conditions et les expositions particulières des lieux. Et cette règle s'applique également aux districts de Saint-Maurice et de Monthey, où la superficie des vignes est toutefois plus restreinte que dans les districts du centre,
La vigne couvre les pentes inférieures de la. chaîne des Alpes bernoises, de Martigny à Loèche, entre 450 et 900 m. (altitude extrême atteinte à Fully, à Leytron, à Conlheyi a Savièse, dans l'estuaire de la Liène et à Randogne). De
f>etit8 espaces couverts de vignes apparaissent encore le ong des pentes qui dominent le Rhône au N., entre Loè-r che et Viège, puis à Saint-Germain de Rarogne. D'autres espaces sont consacrés à la vigne sur la rive gauche du lleuve, principalement sur les hautes terrasses de la Viège
du Fossaux à Vouvry, etc. Dans les vallées de la Dracss apparaissent les vignobles de Bovernier, de Sembrancber et âe La Forclaz (Bagnes), lequel s'élève jusqu'à près de 1200 m.
Cependant, hormis dans quelques communes du pied des Alpes bernoises, le Valaisan est plus spécialement agriculteur et éleveur de bétail que vigneron. Aussi les champs et les prairies sont-ils partout morcelés à l'infini, aussi oien que la vigne elle-même. Les prairies s'étendent
Sénéralement sur les alluvions du Rhône, sur les deltas es courd d'eau, ainsi que sur les pentes inférieures ac-
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cessibles à llrriffation. Les champs occupent le plus souvent les pentes aesséchées et rocailleuses jusqu à la zone des forêts et des mayens, c'est-à-dire à la moyenne de 800 ou 900 m. Au-dessus de cette partie cultivée, la forêt, qui est communale, et les mayens, qui sont propriétés privées, se partagent une zone qui va jus<]u*à 1800 m.^ en moyenne. Les prés des mayens ne sont guère moins divisés que ceux de la plaine ; ils en diffèrent simplement jparce qu'ils ne sont que sommairement dépierrés, que le bélail y vient pattre en juin et en octobre et qu'ainsi on doit se contenter d'une récolte de foin par an. Au-dessus de cette zone, soit au delà de 1800 m., sont les grands alpages d'été, ordinairement propriétés des communes. Celles-ci les administrent très différemment , tantôt en les affermant à un tiers, tantôt en les louant à divers particuliers, bourgeois ou non bourgeois, le plus souvent en en abandonnant la libre disposition à leurs ressortissants qui s'organisent en « consortages » et acquièrent ainsi, tant par les corvées périodiques que par la contribution à la fourniture et à l'entretien des chalets et des ustensiles, des droits de pacage déterminés. Les ressortissants établis hors de la commune sont généralement exclus de la jouissance des biens de bourgeoisie.
II existe aussi dans la plaine du Rhône des étendues de terrains restés propriétés communales, notamment dans les parties naguère inondées par les crues du fleuve, comme à Granges, Charrat, Saxon, Fully, etc. Après l'end iguement et le dessèchement, certaines de ces communes mettaient des lots de terrain à la dis])osition des ménages de leurs ressortissants, principalement des jeunes gens oui entraient en ménage, afin de les aétoumer de l'émigration. Mais, soit à cause de l'extrême élévation du taux de l'argent dans un pays c]ui ne disposait d'aucune institution officielle de crédit, soit pour d'autres motifs, le résultat n'a pas été tet qu'on eut osé l'espérer et infailliblement ces terrams tomberont comme d'autres dans le domaine privé. Ainsi, pendant que les hauts pâturages, qui n'exigent pas l'effort d'un travail soutenu, et les landes des bords du Rhône non encore acquises à la culture et toujours livrées au parcours libre des chevaux ou des vaches réussissent à demeurer indivis, le terrain cultivé semblerait, par le fait même, voué à la dislocation. Les paysans du centre du Valais, naguère contraints de se vouer tous à l'agriculture, portaient l'instinct du partage jusqu'à la manie. A Sion et Vétroz, les Évolénards et les Nendards possèdent des niazots (maisonnettes du vignoble) subdivisés au point qu'on a compté iusqu'à 30 ou 40 propriétaires pour une même chambre.
Depuis que le chemin de fer et d'autres facteurs de transformation économique ont bouleversé le régime^ familial, que l'argent pénètre plus aisément dans les vallées et que 1 émigration devient a la mode, la propriété rurale a subi une dépréciation rapide, surtout dans la montagne et déjà on croit voir, dans cette dépréciation et dans la rareté des bras valides, deux faits qui arrêteront le morcellement, sans, hélas, remédier à l'abandon graduel de la culture alpestre, rendue plus ingrate par l'accroissement des besoins. [i^« Courthion.]
VII. Organisation politique de la Confédération, A. INTRODUCTION.!. Constitutions. La France révolutionnaire avait imposé en 1798 à Tancienne Confédération des XIII cantons, avec ses alliés et ses pays sujets, une constitution unitaire, qui avait fait d'une Confédération sans homogénéité et sans cohésion la Républiaue helvétique une et indivisible, organisée sur le moèle de la constitution directoriale française de Tan III. Mais cette création artificielle s'effondra malgré le dévouement de quelques hommes d'élite, dés que la France
loi eut retiré l'appui de ses armes. Au milieu des discordes des partis, dans un état de trouble voisin de Tanarohie, les anciens gouvernements cantonaux se relevèrent, et l'Acte de Médiation élaboré sous la présidence et avec la collaboration active du Premier Consul, restaura la souveraineté des cantons, au nombre de 19. 6 cantons nouveaux étaient formés d'anciens alliés et pays sujets ; trots des cantons actuels, Genève, Valais et Neuchàtel, avaient été arrachés par la France du corps heWétii^ue. Sous TActe de Médiation (1803-1814), la Suisse formait une Confédération de 19 L.tats souverains, qui administraient par l'organe de la diète et du landamman de la Suisse, quelques affaires en commun. L'organisation fédérale, comme la situation politique et militaire du pays, plaçaient la Suisse sous le protectorat de la France, dont elle était l'instrument docile.
L'œuvre politique de Napoléon tomba avec son auteur. Les délègues des cantons convinrent, non sans peine, d'un nouveau Pacte fédéral qui fut juré le 7 août 1815. Cette alliance, qui comprenait les 22 cantons actuels, affaiblissait le pouvoir central, détenu par la diète et le Vorort, c'est-a-dire à tour de rôle par les gouvernements des cantons de Zurich, Berne et Luceme. Les compétences de la diète à teneur du pacte étaient fort restreintes, mais rien n'empêchait les cantons de convenir de principes
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Arrondissements électoraux.
Les petits chiffres indiquent le nombre de députés par arrondissement, les grands cniffres indiquent les arrondissements.
communs dans d'autres domaines, ce qu'ils fîrent quelquefois par le moyen de concordats. Au dehors, la Suisse était déchargée du protectorat écrasant de la France, mais l'impuissance du gouvernement fédéral la mettait à la merci des réclamations des grands États voisins. Ces réclamations devinrent fréquentes et pressantes surtout depuis 1890, où les cantons commencèrent à se donner des constitutions libérales et passaient pour les alliés naturels de tous les révolutionnaires qui cherchaient asile en Suisse. Cette impuissance du pouvoir central fut le principal motif de la réorganisation politique de la Suisse en 1848 ; la victoire des cantons de la majorité libérale et protestante dans la guerre du Sonderbund sur les cantons catholiques en fut le prélude.
La constitution fédéraledu 12 septembre 1848 transforma la Confédération suisse de Confédération d'États qu'elle était en Etat fédératif, c'est-à-dire en un Etat composé, reposant non plus seulement sur une alliance librement consentie par les États particuliers et susceptible d'être dissoute par leur accord commun, mais sur une Constitution proprement dite, c'est-à-dire sur un acte juridique aui, une fois en vigueur, a force de loi indépendamment e l'assentiment des États particuliers. Les pouvoirs conférés aux autorités fédérales par la Constitution fédérale ne sont donc plus des pouvoirs délégués par les cantons.
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comme ceux de la diète et du Vorort avant 1848, ce sont des pouvoirs propres.
L'organisation des autorités politiques de la Confédération n'a pas subi de profonds changements depuis lors ; la revision totale même, qui a abouti à la Constitution actuellement en vigueur du 29 mai 1874, a laissé subsister les bases de réaifice ; elle Ta complété seulement par le référendum facultatif, auquel vint s'ajouter, en 1801, par la revision du chapitre III de la Constitution, une importante extension du droit d'initiative en matière constitutionnelle; il faut aussi mentionner la création, en 1874, d*un Tribunal fédéral permanent, muni de compétences beaucoup plus étendues, qui ont été augmentées encore depuis lors. Les autres changements apportés à la Constitution parla revision totale de 1874 et par les nombreuses revisions partielles subséquentes portent presque exclusivement sur l'eitension des compétences de la Confédération par rapport à celles des cantons ; ils tendent à l'unification et a la centralisation dans des domaines jusqu'alors purement cantonaux. Le départ des compétences entre Confédération et cantons tel qu'il est consacré par le droit actuel est loin d'être définitif.