NOTICE HISTORIQUE SUR SADCT-VIVANT
SaintrVivanl est désigné dans les titres sous le nom de Sanclus Fiventius , Sanctus Viventius par vus , Saint- Vivant-en-Amous , Saint- Vivant-en-Amour , Saint- Vivant-le- Petit , Saint-Vivant. Il doit son origine à l'établissement religieux dont nous allons parler,
Prieuré. Les reliques de saint Vivant, disciple de saint Hilaire de Poitiers , reposaient dans un monastère du Poitou, nommé Gravion. Pour les mettre à couvert de la fureur des Normands, qui ravageaient cette province , on les transporta, en 868, dans la ville de Clermont en Auvergne , où Agilmar , alors évéque de cette ville , les reçut avec une dévotion singulière ; mais ne les voyanf pas assez en assurance à Clermont, il les fit transporter dans un domaine qu'il possédait en Bourgogne et qu'il avait eu de ses ancêtres , situé dans le comté d'Amaous. Lâ , il fit bâtir une église , sous le nom de saint Vi-
vant, un cloître , un dortoir et autres édifices nécessaires à une communauté de moines. Pour doter ce monastère , il lui donna tout ce qu'il possédait au même lieu , en terres , en prés, en étangs, ainsi que le patronage des églises d'Auxonne, de PAbergement-lez-Auxonne , de Champvans , de Menotey et de Voisey. 20 ou 22 ans après, Hasling, à la tète de ses Normands , détruisit cette petite abbaye naissante. Les reliques du saint, échappées à la fureur des infidèles , furent transférées au château de Vergy, puis, dans le monastère que fit bâtir près de ce château , Manassès, duc et comte de Bourgogne, en lui donnant pour dotation lesbiens du prieuré de Saint- Vivant-cn-Aiaous. Au xu° siècle, les religieux de Saint- Vivant-sous- Yergy rétablirent un prieuré dans ce dernier lieu , qu'ils peuplèrent de Bénédictins de Tordre de Cluny. La conventualité cessa d'y subsister au xvi* siècle. En 1607, ce prieuré fut uni au collège des Jésuites de Dole, à la condition que le prieuré conventuel de Saint- Jean-de-Losnc serait uni à celui de Saint-Vivant-sous- Vergy , avec tous ses droits , privilèges et charges, parmi lesquelles figurait une redevance de 100 livres tournois envers l'abbé de Cluny. Les revenus du prieuré de Saint-Vivanten-Amous devaient avoir pour destination spéciale l'entretien de quelques jeunes jésuites français, et devaient passer au collège de Saint-Jérôme, de l'ordre de Cluny, dans le cas où les Jésuites quitteraient Dole.
Cesdispositions furent acceptées par l'abbé de Cluny , confirmées par le Saint-Siège en 1 6 i U, et sanctionnées par les parlements des deux Bourgognes.
Cloître. Le cloître , vendu nalionalementen 1791 , existe encore. Il
est attenant à la face nord de l'église. Son plan a la forme d'un parallélogramme rectangle. 11 est à deux étages , surmonté d'un toit très aigu.
Il est du style ogival usité au xue siècle. Les ouvertures , l'intérieur , ont reçu de notables changements.
Une galerie était pratiquée sous le bâtiment , pour faciliter le passage des processions autour de l'église.
Eglise. L'église de Saint-Vivant , réduite aujourd'hui au titre de chapelle , date du xue siècle. Elle est à trois nefs et voûtée. La façade principale et le clocher ont été construits dans le cours du xvu6 siècle. Cette chapelle est beaucoup plus courte qu'elle ne l'était dans l'origine, ainsi que l'indique une suite de pierres tumulaires placées au dehors sur la ligne de prolongement et au même niveau que la nef principale. L'édifice est orienté , et n'offre de remarquable qu'un grand nombre de tombes à inscriptions à demi effacées.
Cimetière. Le cimetière parait avoir été très vaste , à en juger par la quantité d'ossements trouvés autour de l'église , sur un rayon de plus de 40 mètres.
Seigneurie. Le prieur de Saint-Vivant avait la justice haute, moyenne et basse sur le territoire et sur les habitants , tous de condition mainmortable. Les officiers de celle justice tenaient leurs assises sur une place publique, devant le four banal, qui était précédé d'un carcan. Le signe patibulaire était placé dans la contrée dite aux Fourches. Le seigneur avait la banalité du four, du moulin et du battoir. On lui devait la dime , des rentes en argent et en grains , et des corvées à volonté.
Evénements divers. Ce village souffrit tellement de la guerre qui régnait entre Etienne H et Olton ,
comte de Méranie , que ce dernier , pour réparer les dommages causes , dispensa à perpétuité , en 1 229, les hommes du prieuré de Saint- Vivant de l'ost et de la chevauchée qui lui étaient dus. Les Tard-venus , au xive siècle , Louis XI , au xvie, les guerres et les pestes de 1636 avaient fini par rendre cette contrée toutà-fait déserte.
NOTICE HISTORIQRE SUR BIARME.
Biarne est nommé dans les anciens litres : Bierna, Baiarna, Bielne , Byarne. Il doit son origine aux colons qui reçurent des terrains à défricher des religieux de Saint-Vivant. Son nom figure pour la première fois dans la charte par laquelle Guillaume, archevêque de Besançon , confirma à l'abbaye de Baume la possession de l'église de ce village, en i 1 i 1 .
Seigneurie. Biarne était divisé en deux seigneuries relevant de celle de Rochefort , de môme que Saint- Vivant. Chacune d'elles consistait en justice haute , moyenne et basse , hommes et femmes main-mortablcs, censés , rentes, terres, prés , bois , étangs , fours , moulins et pressoirs banaux , cours d'eaux , droits exclusifs de pêche. Les habitants furent autorisés, en 1557, à établir des pressoirs chez eux ; en 1628, à passer leurs contrats où ils voudraient; en 1695 , à construire des fours ; mais ces concessions ne furent point gratuites.
Seigneurs. Au mois de juin 1256, Jean de Chalon l'Antique donna à son fils Jéan le fief de Biarne , en faveur de son mariage avec Isabelle de Lorraine. Le 26 février ift3t , Adrien de Toulongcon , seigneur de Mornay, acheta l'une des deux seigneuries de Philibert de Rye et d'Alix deCotebrune, moyennant 1000 fr.,
d1or et 6 écus à la couronne. En 1 534, celte portion était entre les mains de Jacques Jouffroy, écuyer , seigneur d'Abbans. En 1601, on la vendit par autorité de justice sur Isabeau de Jouffroy, veuve d'Etienne de Bernault , Jeanne Jouffroy , veuve de Louis de Nance et Catherine de Bernault , à Pierre Mairot , écuyer, seigneur de Valais. La même année, ao mois de novembre, Pierre Mairot la céda à Jean Laborey, premier conseiller et vice-président au parlement de Dole. L'autre moitié de seigneurie fut vendue, en 1450, par Guyot de Chassey , seigneur de Maroz , et par Jeanne de Chassey , sa sœur, femme de Jean de Saligny , dit l'Ane , écuyer, à Pierre de Lanthenne , chevalier, seigneur de Peintre. En 1513, elle appartenait à Guyot de Doubs ; en 1537, à Jean Noël, écuyer. En 1628 , elle fut adjugée sur Angélique de Brasey, veuve d'Alexandre de Couthicr , à M. Léonel Laborey, fils de Jean, moyennant 27,800 francs. C'estainsi que ces deux fiefs se réunirent dans la même main. La dernière était appelée seigneurie de Verchamp.
Léonel Laborey transmit ces terres à Mme Thérèse Laborey, sa fille, veuve de M. Bonaventure Dagay, conseiller au parlement de Dole. En 1695, M. Philippe Dagay, conseillermaître en la cour des comptes de Dole, les obtint du chef de M,no Thérèse Laborey, sa mère , et les laissa , à son tour, en 176fr, à Philippe- Charles Dagay, chevalier de Saint-Louis, Jean-Prosper Dagay, Barbe-Thérèse et Antoinette-Françoise, ses enfants.
En 1777, Jean-Prosper Dagay en était seul propriétaire , au moyen du partage fait avec son frère et des donations que lui avaient faites ses sœurs. Sa veuve ayant émigré au moment de la révolution de 1789,
les biens furent vendus nationaleracnt.
Château dit de V erchamp. Le plus ancien château de Biarne était construit devant le moulin actuel. Son emplacement est encore indiqué par un espace circulaire peu élevé. Il existait encore en 1628. Il était bâti sur le sommet d'une motte artificielle entourée d'une double ceinture de fossés , dont on aperçoit encore les traces. L'eau de la rivière de Biarne , dite Ruisseau du moulin , baignait les pieds du donjon . Un pontlevis, jeté sur les fossés, donnait accès à la forteresse.
Château moderne. Ce château occupe un espace d'environ 70 mètres de long sur &0 de large. 11 est composé de trois tours , dont une circulaire de 4 mètres de diamètre hors d'œuvre, est en ruines; les dcui autres, rectangulaires, sont bien conservées. Un mur à l'ouest est percé d'une grande porte qui donne entrée dans la cour. A gauche est le bâtiment servant tout à la fois d'habitation et de donjon. Deux portes en regard communiquent à des escaliers placés dans des avantcorps sur la cour. A côté de la première de ces portes , les murs percés de meurtrières sont couronnés par un mâchicoulis établi avec toutes les règles de l'art. Au-dessus de l'autre porte , est un blason effacé , surmonté de cette inscription :
« Labore ex hoc angulo subsilire jwat, in cœlum illuc spectemus. » , et d'une sphère en demi-relief, sur laquelle est le monogramme du Christ avec une croix. Les fenêtres du château sont très étroites et fortement baronnées. A la suite du bâtiment principal est une vaste cour, au fond de laquelle sont placées les dépendances. Ce château , bâti par M. Léonel Laborcy, appartient main-
tenant à MM. Tachin et Barbus , simples cultivateurs.
Eglise. L'église de Biarne, qui est précédée d'un porche de style ogival prismatique usité au xvi" siècle, est à une seule nef, avec une chapelle à droite et un clocher à gauche qui fait pendant â cette chapelle.
Elle est dédiée à saint Jean-Baptiste, patron de la paroisse , dont on célèbre la féte le %h juin. Le chœur est octogonal. La chapelle a été bénie le 27 août 1653 , et consacrée à la sainte Vierge , à saint Léonard et à saint Guillaume , sur la demaude de M. Léonel Laborey , son fondateur.
Les pilastres et les nervures qui décorent le chœur et la chapelle sont d'un effet des plus gracieux. Il est à regretter qu'on ait mutilé et rempli de maçonnerie les beHes fenêtres géminées qu'on a remplacées par des ouvertures de très mauvais goût. Le pavé de l'église est formé de pierres tombales, les unes couvertes de riches sculptures en bas relief, d'autres d'inscriptions devenues illisibles.
BIOGRAPHIE
Ce village a donné le jour à M. Fleurot , Philippe, né en 1776, capitaine d'artillerie décoré , mort sur le champ de bataille, et à M. Joïy, Philippe, officier de mérite (1767- 1840). M. Bérignot, de Dole , est mort curé de Biarne , en 18 46, âgé de 8 1 ans. C'était un ecclésiastique très distingué, d'une grande piété , et d'une charité inépuisable.
Blef-dcs-M alsons , Vg. de l'an*, de Poligny, cant. , perc. et dislrib.
de poste des Planches ; succursale ; à 10 kil. des Planches, UO de Poligny , M d'Arbois et hl de Lons-Ie- Saunier.
Bâti dans le val de Sirod , au pied des montagnes de la Haute-Joux , il est limité au nord par Gillois et Arsure-Arsurelte, au sud par les Chalêmes et Foncine-le-Haut , à Test par Arsure-Arsurette et Foncine-le- Haut , à l'ouest par Gillois et les Cbalémes.
Il est traversé par le chemin de gr. comm. n° 17, de Nozeroy aux Planches , par le chemin vicinal tirant à Arsure-Arsurette et par le bief des Prés-Choudet.
Les maisons, groupées autour de l'église, sont construites en pierres et couvertes en tavaillons. Elles se composent d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage. Les toits sont très saillants.
Pop. en 1790, 153 hab. ; en 1846, 320; en 1851, 268, dont 130 hom. et 138 fem. ; pop. spécif.
par kilom. carré, 46 hab. ; 57 maisons, 63 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1742.
Cadastre exécuté en 1826; surf, territor. : 579h 26a, divisés en 1710 parcelles que possèdent 194 propriétaires , dont 1 1 6 forains ; surf. imp. B73h 41», savoir : 353h 5 la en terres lab. , 11 4h 23a en pâtures , 60u 33a en prés , 49h 27a en bois taillis , 4h 70a en broussailles, lh 48a en sol des propriétés bâties et cours , 96a en friches et murgers , 82a en jardins , d'un rev. cad. de 4596 fr.; cont.
dir. cnprinc. 1557 fr.
Le sol , peu fertile , produit du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, du chanvre, du lin, des pommes de terre, des légumes secs, des foins et des fourrages artificiels.
On élève dans la commune des chevaux, desbétes à cornes, des cochons , des chèvres , de la volaille.
50 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fait des progrès.
On emploie comme engrais le fumier, les cendres et le gypse.
Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole.
On exporte le quart des céréales et on importe le vin.
On trouve sur le territoire d'abondantes tourbières appelées seignes , employées pour le chauffage, des sablières, des carrières de bonne pierre à bâtir et de taille, exploitées, et des carrières de joli marbre veiné de rouge et de bleu , non utilisées.
Une fruitière produit annuellement 23,000 kilog. de bon fromage, dit de Gruyère. La population se livre avec succès à la fabrication des chapeaux de femmes, en paille tressée, dont la vente s'élève chaque année à environ 3000 fr. Les patentables sont : 1 aubergiste, 2 marchands épiciers, 1 menuisier, 1 maréchalferrant taillandier et 2 cordonniers.
Biens communaux : une église, qu'une rue seulement sépare du cimetière , un presbytère attenant à l'église et à la mairie , une maison commune insuffisante et en mauvais état , contenant le logement de Fin* stituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 27 garçons et 23 filles ; deux fontaines mal entretenues, et I63h 17ade pâtures, terres lab. , marais elbois , d'un rev. cad.
de 707 fr. 86 c.
Bois communaux : 42h, dont lh 48a en exploitation annuelle.
Budget : recettes ord. 3268 fr. ; dépenses ord. 2237 fr.
NOTICE HISTORIQUE
On a tellement dépouillé de tout prestige historique cette région du Haut-Jura, qui s'étend comme un boulevart à la limite orientale de
notre département , que nous osons à peine y rechercher la trace des générations antiques. Avant le xie siècle , dit M. Ed. Clerc , cette contrée sauvage n'était que forêts, précipices , rochers , broussailles inabordables , pays inconnus, à l'exception des hauteurs et des plaines voisines de l'Ain , d'une partie du val de Miéges et des parties voisines des abbayes de Saint-Claude, de Saint-Lupicin et de Saint-Romain-de-Roche, qui commencèrent à se peupler au ve siècle. Nous sommes disposé à douter que ce tableau tracé par un de nos meilleurs historiens modernes soit parfaitement exact. Nous concevrions difficilement que iï8 ans avant Jésus-Christ, près de quatre cent mille habitants eussent pu quitter les monts helvétiques pour aller chercher d'autres demeures sur les rivages de la mer aquitanique, et que nos montagnes , moins âpres que celles de la Suisse, eussent été inhabitées à cette époque. Estil une partie de notre territoire où les usages du paganisme, les traditions druidiques, les dénominations celtiques soient plus vivaces que dans le Haut-Jura ? Pourquoi Auguste envoya -t- il une colonie fonder la ville d'Antre? N'était-ce point pour étouffer le culte druidique répandu dans les montagnes ?
N'a-t-on pas acquis la certitude que la plupart de nos lacs étaient consacrés et recevaient les hommages desScquanais? Supposer le Haut- Jura inhabité pendant l'époque romaine , serait nier l'évidence. Les ruines trouvées à Charancy , à Equevillon, à Saint-Germain , à Montrivel , à Molinges et dans beaucoup d'autres lieux, la médaille d'or à l'effigie d'Uonorius , découverte il y a quelques mois à Ardon , viennent chaque jour attester la présence du peu-
ple-roi dans les lieux qu'on nouspeignait comme inabordables et inconnus. M. Ed. Clerc a signalé déjà la voie romaine qui se dirigeait des Alpes grecques à Poligny et au lac d'Antre , par Charancy et le Pontdu-Navoy, ainsi que celle qui venant de Genève passait par Saint-Claude, Etables et Arinthod. Nous croyons qu'une voie , qui pourrait bien remonter jusqu'à l'époque celtique, longeait le pied du Jura et relia plus tard Saint-Claude à Salins par le val du Grandvaux et celui de Sirod, passant par Bief-des-Maisons. Nous avons vu un titre du xme siècle qui mentionne un chemin appelé la Vieille-Vie du Grandvaux. II traversait le territoire du Lac-des-Rouges-Truites. Un climat de Bief-des- Maisons porte le nom de Champs- Salins; un autre, non loin de là , s'appelle encore en Beauregard.
Nous avons déjà fait remarquer que la voie qui passait à Bclmont portait le nom de Graviers-Salins. L'existence de cette route résout deux problèmes historiques qui n'ont pas encore obtenu de solution satisfaisante. Grégoire de Tours rapporte que les moines de Condat, craignant les cruelles incursions de leurs voisins les Alamans , qui avaient coutume de surprendre les voyageurs à l'improviste , non par un combat engagé de face à face , mais en fondant sur eux subitement , à la manière des bêles féroces , allaient chercher le sel dont ils avaient besoin jusqu'au bord de la mer Tyrrhenienne , plutôt que de le tirer du canton des Hériens , qui était tout près d'eux. Ces faits avaient lieu dans la première moitié du ve siècle. Où étaient les Alamans ? qu'était-ce que le val des Hériens ? Telles sont les questions qui ont soulevé tant de controverses.
Nous avons eu sous les yeux les pièces
rencontrer le nom de Miégcs dans un litre de 523, ainsi que ceux de Sirod, Crotcnay, dans des diplômes du
d'un procès entre l'abbé du Grandvaux et le prieur de Bonlicu , qui prouve évidemment que l'Alamanie s'étendait jusqu'au sommet oriental du mont Kixou et qu'elle était par conséquent limitrophe des terres du Grandvaux et du prieuré de la Mouille. Nous ne comprenons pas que M. Roget de Belloguet, dans une carte très savante qu'il a dressée, en 1846, des possessions respectives des Bourguignons et des Alamans , en 495, ait écrit en gros caractères le mot Uerienses , sur tout le territoire qui s'étend entre Salins et St .-Claude . C'est une erreur grave. L'auteur de la vie de saint Analoile au xue siècle, explique en termes fort clairs que ce canton des Hériens ne comprenait exactement que le val de Salins, commençant au Pont-d'Héry et se terminant au fond des gorges qui servent de ceinture à celte ville. La voie que nous indiquons au pied du Jura , explique les attaques continuelles des Alamans occupant le sommet des montagnes qui la dominaient. Du reste, M. Clerc nous fournit lui-même la preuve qu'elle était encore fréquentée au xve siècle. Lorsque Hugues de Chalon emportait en Suisse le trésor que Louis de Chalon-Arlay III , prince d'Orange , son père , lui avait donné au moment de mourir , ce jeune seigneur quitta Nozeroy avec sa suite le 2 décembre 1463, et vint coucher à Foncine; de là il se rendit à l'abbaye du Grandvaux où il reçut l'hospitalité ; puis à Saint-Claude , d'où il traversa les monts. Notre conviction intime , appuyée de preuves que nous aurons occasion de développer dans le cours de cet ouvrage, est qu'il y a eu des habitations disséminées dans les montagnes à une époque aussi reculée que dans la plaine. Aussi , ne
sommes-nous nullement surpris de I cienne chapelle1, est orientée , et
de
ixe siècle.
Au xive siècle, la peste, les guerres avaient complètement dépeuplé le Haut- Jura. Les seigneurs attirèrent de nouveaux colons par des concessions de terrains , des droits d'usage dans les forêts pour les constructions , pour le chauffage , pour le commerce même. C'est à ces faveurs que Bief-dcs-Maisons doit son origine féodale.
Seigneurs. Le territoire de celte commune dépendait , dans des proportions inégales, des seigneuries de Nozeroy et de Château-Vilain.
En 1350, Jean de Chalon-Arlay, IIe du nom , affranchit le val de Mieges et tous les villages de la terre de Nozeroy. Une partie du village de Bief-des-Maisons profita donc des concessions contenues dans celte charte. Les sujets des seigneurs de Châtcl - Vilain restèrent toujours main-morlables. On trouvera à l'article Nozeroy et Boitrg-dc-Siroil, tous les faits pouvant intéresser ce village d'une manière générale.
Paroisse. Ce village dépendait , dans l'origine , de la paroisse de Sirod. Ceux des habitants qui relevaient de la terre de Nozeroy avaient droit d'entrer dans la Familiarité établie dans leur église paroissiale.
Une chapelle , desservie par un vicaire résident , fut érigée en 1663 , avec l'autorisation des religieux de Saint-Claude , auxquels appartenait le prieuré de Sirod. Nous ferons remarquer que ce prieuré n'a jamais dépendu de celui de Gigny, ainsi que le dit M. Monnicr dans l'Annuaire de 1844.
Eglise. L'église actuelle, reconstruite sur l'emplacement de l'an-
dédiée à la Visitation de la sainte Vierge, dont on célèbre la fête le 2 juillet. Elle se compose de deux nefs, d'un sanctuaire, d'une sacristie et d'un clocher qui n'a sa naissance qu'au-dessus de la voùle , à l'extrémité occidentale de la nef principale.
Oratoire. Il existe sur le territoire un oratoire érigé en 1825 , à la mémoire de J.-B. Card , mort à celle époque dans les neiges. Une contrée porte le nom de Pardonnière. Il y avait là probablement uu oratoire à pardon, servant de lieu d'asile. Les seigneurs établissaient de ces lieux privilégiés dans l es contrées où ils désiraient attirer des colons.
Curiosités. On remarque au pied du Mont-Joux des grottes magnifiques, et dans un climat appelé Fers le Puits , une mare d'une profondeur incommensurable.
Incendie. Un incendie , arrivé en 1792, a détruit 10 maisons.
BIOGRAPHIE
Ce village a vu naître Michaud , Jean - Antoine , officier de mérite (1778-1836), et M. Oudet, Victor, R. l\ jésuite (1788-1840), prédicateur distingué.
Btefcdu-Foor, vg. de l'arr. de Poligny , cant. et bur. de poste de Nozeroy , perc. actuelle de Mignovillard et future de Censeau ; succursale; à 7 kil. de Nozcroy, 50 d'Arbois, 51 de Poligny et 57 de Lous-le-Saunier.
Bàli sur un sol très accidenté , dans le val de Nozeroy , au pied du Haul-Jura , il est limité au nord par Frasne et Courvière (Doubs) , au sud par Pelil-Villard , Bonnevaux (Doubs) et Coinmunailles, à l'est par Frasne, Bonnevaux et Petit- Villard , à l'ouest par Communales et Censeau.
La Grange de Valdahon et le moulin Franoz , font partie de la commune. Le moulin du Batteur en faisait aussi partie , mais incendié en 1846 , il n'a pas été reconstruit.
Son territoire est* traversé par la route dép. n° 2, de Chalon en Suisse, par les chemins vicinaux tirant à Communailles , à Petit-Villard , à la route dép. n° 2, à Frasne, à Cuvier, à Bouverans ; par le bief du Vernon, le bief de la Fontaine-des-Ccrnois et par le bief de l'Etang.
Les maisons , généralement construites en pierres et couvertes en tavaillons , se composent d'un rezde-chaussée et d'un premier étage.
Pop. en 1790, 448 hab.; en 1846, 528 ; en 1851, 521, dont 259 nom.
et 262 fem. ; pop. aggl. 482 ; pop.
spécif. par kil. carré, 52 hab. ; 56 maisons, savoir : 54 à Bief-du-Four, 1 à la Ferme de Valdahon et 1 au moulin Franoz ; 1 24 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1784.
Les jeunes gens émigrent pour aller au service dans les villes.
Cadastre exécuté en 1813 : surf, terr. 999h7ta, divisés en 1711 parcelles que possèdent 210 propriétaires, dont 91 forains; surf. imp.
987u 10», savoir : 49ih 21aen terres lab., 164h32aenprés, 122b48aen pâtures, 97h 76a en marais, 80h 90a en bois sapins, 26h 42a en tourbières , 2h 90a en sol des propriétés bâties , 44a en jardins , 4a en canal , d'un rev. cad. de 24,624 ; contrib.
directes en princ. 2866 fr.
Le sol , de natures très variées , et généralement mal cultivé , produit du blé , de l'orge, de l'avoine , des légumes secs , de la navette, des pommes de terre , du lin , des foins de bonne qualité, du chanvre, et des fourrages artificiels.
On élève dans la commune des
chevaux , des bêtes à cornes , des chèvres, des cochons, de la volaille.
60 ruches d'abeilles.
Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. pour cent.
On exporte le quart des céréales et on importe le vin.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole et de Salins.
On trouve sur le territoire une carrière de pierre à bâtir de première qualité.
Une fruitière produit annuellement 55,000 kil. de bon fromage dit de Gruyère. C'est une des principales ressources du pays.
Il y a un moulin à farine à quatre tournants , une scierie à eau à deux lames, un battoir à blé mû par l'eau.
Les patentables sont : deux marchands de bois en gros , un aubergiste , un maréchal-ferrant , un charpentier, deux menuisiers , un marchand épicier et deux marchands de tissus.
Les habitants ont une grande aptitude pour les travaux du charronage et de menuiserie. Us fabriquent eux-mêmes tous les meubles à leur usage.
Biens communaux : une église , un cimetière, un presbytère en bon état , une maison commune contenant la mairie, le logement de l'instituteur, dont l'école est fréquentée en hiver par 53 élèves , le logement de l'institutrice réunissant 43 élèves en hiver , le dépôt des trois pompes à incendie , desservies par une compagnie de kO pompiers, deux fontaines très abondantes , avec lavoirs couverts et abreuvoirs mal entretenus , et 207h 30* de marais, broussailles, pâtures, tourbières, friches, terres , bois , d'un revenu cadast.
de 1618 fr.
Bois communaux: iOh 89% dont
50 stères sont délivrés annuelle-' ment; essences domin. : sapins»
Budget : recettes ord. 4575 fr.; dépenses ord. 3577 fr.
Bureau de bienfaisance : recette ord. 232 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le nom primitif de Bief-du-Four, ou Bief-du-Fourg , était Bief-du- Fort. Nous ne saurions donc partager l'opinion des historiens, qui prétendent qu'un four, pour la préparation de la poix , construit sur le bord du bief des Combes , a donné naissance à ce village. La voie romaine de Milan à Strasbourg indiquée dans l'itinéraire d'Anton in entrait dans le Jura par une gorge sous le Mont-d'Or et descendait à Salins par Bon ne vaux, Bief-du-Four, Boujaille et Chalamont. 11 en est fait mention dans les actes de la translation des reliques de saint Urbain et de saint Tiburce, martyrs, de Rome à Auxerre.GoIIutditquedeson temps on voyait encore les vestiges de cette route à Boujaille. A Bief-du-Four une éminence porte le nom de Chàtelct. Il y avait là une station fortifiée pour la défense du chemin. Les fossés du val lu m sont encore reconnaissants. On ne doit donc pas être surpris de trouver dans ce village une foule de traditions et de dénominations qui rappellent le culte du paganisme. Un bloc de rocher servant de limite est appelé Pierre qui vire. Un bois porte le nom de Billien ou Belien, dérivé de Belenus, l'Apollon gaulois. Toutefois, les plus anciens titres qui mentionnent ce lieu datent du xme siècle. La peste de 1348 avait exercé de tels ravages dans le val de Nozeroy, que les maisons restaient désertes et les terres en friches. Pour y attirer de nouveaux colons, Jean de Cbalon-Arlay
11, affranchit tous les sujets qui vin rent l'habiter» par une charte de Tan
Louis de Chalon-Arlay III, son petit-fils , dans le but d'augmenter la population de Bief-du-Four, concéda aux habitants, le 25 mars 1 *37, des droits importants dans ses forêts de la Haute-Joux. Non-seulement, il les autorisa à y couper du bois pour leurs constructions et leur chauffage, il leur permit encore de les défricher, de les mettre en culture et même de vendre les sapins qu'ils coopéraient. Ce n'est qu'à partir de cette époque que ce village prit un certain développement.
Seigneurie. Bief-du-Four dépendait en toute justice de la seigneurie de Nozeroy. La charte de franchise que nous reproduirons à l'article Nozeroy, fixe toutes les charges qui pesaient sur ces sujets.
Châtelet. Près du château moderne de Mm* Charton, de Poligny, et au sud du village , on remarque une vaste motte circulaire, en partie naturelle et en partie artificielle. Sur le côté nord de ce monticule , s'élève un gros bouqaet de sapins disposés symétriquement ; sur le côté opposé existe une plate-forme beaucoup plus élevée, sur laquelle était construit le chàteau-fort, dont quelques débris attestent encore l'importance.
Des fosses larges et profonds creusés au pied de la motte, en défendaient l'accès. Ce fief, après avoir longtemps appartenu aux seigneurs de la maison dite de Nozeroy, passa à la famille Chanipereux , établie à Àrbois , qui le possédait au moment delà révolution de 4789. C'est au milieu des ruines de ce château que les sorciers se réunissaient pour tenir leur sabbat , disent les habitants.
Paroisse. Ce village dépendait,
dans l'origine , de l'église prieurale et paroissiale de Miéges. II en fut détaché en 4304, pour être réuni à la paroisse de Mignovillard.il possédait, dès le xvu# siècle, une chapelle fondée en l'honneur de saint Jacques et de saint Christophe , de la nomination du sieur Michel de la Latette.
Cet édifice fut démoli en 476». L'archevêque de Besançon érigea en succursale (4786), la nouvelle église bâtie à cette époque.
Ces dismembrations successives n'enlevèrent point aux habitants le droit d'entrer dans la familiarité établie dans l'église de Miéges. Le chapitre de Nozeroy, auquel avait été unie, en 4437, cette dernière église, percevait plusieurs redevances, à litre de décima leur, sur chaque ménage du Bief-du-Four.
Eglise, L'église placée sous le vocable de saint André, dont on célèbre la fête le 30 novembre, se compose d'un porche surmonté du clocher qu'un dôme couronne , de trois nefs, d'un sanctuaire et de deux sacristies. Les nefs, divisées en quatre travées, sont séparées les unes des autres par des pilastres d'un ordre dorique de mauvais goût, qui supportent les arcs doubleaux et les arêtes des voûtes. Les boiseries de l'appui de communion et des petits autels, produisent un mauvais effet que ne rachète point la délicatesse des sculptures.
Evénements divers. Le val de Miéges a été le théâtre d'événements que nous rapporterons en écrivant l'article Nozeroy. Une contrée dite à la Bataille, et une autre à côté appelée Champ-des- Morts , semblent rappeler le souvenir des guerres qui ont désolé cette contrée. Un incendie arrivé en 4702, détruisit à peu près moitié du village ; un homme y périt dans les flammes. L'incendie
de 1846, ne causa que la ruine du moulin du Batteur.
Curiosités. Les eaux minérales de Bief-du-Four, saturées de substances ferrugineuses et vitrioliques , ont plusieurs sources au nord du territoire. La principale sort au pied d'un tronçon de sapin ; elle dégage dans l'air une légère odeur de soufre. Ces eaux, après avoir été analysées à Dole, dans le dernier siècle, par le savant abbé Jantet, jouirent d'une grande réputation. Les paysans venaient les échanger à Dole et à Salins, contre une pareille quantité de vin. On ne les emploie plus aujourd'hui.
Tourbières. On trouve sur le territoire de nombreuses tourbières que les habitants exploitent pour leur chauffage.
Biographie. Ce village est remarquable par le grand nombre d'hommes distingués qu'il a vu naître.
Nous citerons entre autres :
1° Jantet, Antoine-François-Xavier, né en 1747, de pauvres fermiers habitant la grange de Valdahon, mort à Besançon en 1805.
Dès l'an 1783, n'étant encore que professeur de latinité aux orphelins de Dole, l'abbé Jantet avait composé en français un traité de mécanique élémentaire, qui fut adopté par l'impératrice de Russie, Catherine II, pour les écoles de ses états. 11 enseigna pendant trente -sept ans, avec les plus grands succès, les mathématiques, tant à Dole qu'à Besançon. Napoléon, qui avait reçu des leçons de lui en 1793, lorsqu'il était lieutenant d'artillerie à Auxonne, voulut lui donner une place dans l'institut, et le nommer professeur de mathématiques transcendantes à l'école polytechnique. Mais le modeste professeur préféra rester à Dole. Ses manières aimables, la
franchise de son caractère lui attiraient toutes les sympathies. Il a écrit une foule de traités sur les sciences physiques et mathématiques, sur la chimie , la mécanique, et un dictionnaire étymologique des mots français dérivés de l'hébreu.
La plupart sont restés inédits. Sa fa mille en possède les manuscrits.
2° Jantet, Charles-Louis, (1787- 1846), major d'infanterie et officier de la légion-d'honneur.
3° Jolielerc, François -Xavier, (1743-1833), théologien distingué, mort curé de Villers-sous-Montrond, après avoir fait des dons considérables à l'église et au bureau de bienfaisance de Bief-du-Four.
4° Mailrot , Pierre- Joseph, né le 19 août 1785, entré à l'école polytbeenique en 1804, nommé chevalier de Saint-Louis en 1824, officier de la légion-d'honneur, et lieutenant-colonel en 1841. Cet officier, d'un rare mérite , serait parvenu aux plus hauts emplois militaires, si sa carrière n'avait point été brisée par la chute de l'empire.
5° Poulin, Amable-Fidèlc, vicairegénéral de Lauzanne (1730-1798).
ù° Poulin, Joseph, mort en 1800, religieux bénédictin très érudit.
7° Poulin, Michel (1764-1840), généreux confesseur de la foi, mort curé de Jougne.
8° Poulin, Amé-Fulgens, officier de cavalerie et professeur de mathématiques transcendantes.
Nous pourrions citer avec éloge les noms de plusieurs ecclésiastiques encore vivants, nés dans ce village, mais leur modestie ne nous permet point de les nommer.
Biefmorin, Bief-Morin , Biefmorain , arr. cant. et bur. de poste de Poligny , perc. et paroisse de Colonne; à 15 kil. de Poligny, 20
d'Arbois el 30 de Lens-le-Saunicr.
Bâti sur la rive gauche de la rivière d'Orin, sur un sol légèrement accidenté, il est limite au nord par Tassenières, Bretenières et Villerslcs-tiois , au sud par Sergenon , Champrougicr et Chàteley , à l'est par Oussières et Colonne, et à l'ouest par Chène-Bernard , Pleure et Sergenon. Bois d'Aval fait partie de la commune. Altitude : 240m.
Il est traversé par la roule dép. I n° t , de Paris à Lons-lc Saunier, par les chemins degr. com. n° 22, de Poligny à Tassenières et 9, d'Arbois à Pierre , par les chemins vicinaux tirant à Villcrs-les-Bois , à Bretenières , à Chàteley, à Vaivre, par la rivière d'Oriu et un petit ruisseau sans nom.
Les maisons sont généralement construites en pierres et pans de bois, et couvertes en tuiles. Les toits très bas et d'étroites fenêtres ne laissent parvenir dans les appartements qu'une lumière obscurcie.
Pop. en 1790, 120 hab. ; en liom. et 120 fem. ; pop. spéc. par kil. carre, 16 hab.; 49 maisons, savoir : 48 à Biefmorin et 1 au bois d'Aval ; 54 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792.
Cadastre exécuté en 1854 : surf, territ. 1336h 60*, divisés en 1286 parcelles que possèdent 243 propriétaires, dont 155 forains; surf, imp. 929h 53% savoir : 544h 48* en bois, 157h 34» en terres lab., U2h 89* en étangs , 91 h 79* en prés, 1 8h 06* en pâtures, 4b 77* en soldes propriétés bâties , aisances et cours, lb 39* en vignes, lh 05* en jardins, d'un rev. cad. de 14,680 fr. La surface non imposable de 207 h 07*, se composait en grande partie de la forêt nationale dite d'Aval, vendue
par l'Etat en 1831; cont. dir. en princ, 1856 fr.
Le sol, de fertilité moyenne, produit du froment , du seigle, de l'avoine , du maïs , des légumes secs , des pommes de terre , du chanvre , des fruits , un peu de vin , des foins de bonne qualité el des fourrages artificiels. La culture de la vigne prend une certaine extension.
On élève dans la commune des bêles à cornes, des moutons et des cochons. Il y a 26 étangs très poissonneux.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On importe du vin. Les céréales suffisent à la consommation des habitants, qui fréquentent habituellement le marché de Sellières.
On trouve sur le territoire des sablières, des gravières et d'excellente argile pour poterie et tuilerie.
Il y a deux auberges.
Biens communaux : une maison commune exécutée en 1 85 1 , sur les plans el sous la direction de l'architecte Moreau ; elle a coulé 7,000 f ; elle contient le logement de l'instituteur, la mairie et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 20 garçons et 23 filles, et 56h 96* de bois, pâtures, broussailles, d'un rev. cad. de 597 fr.
Budget: recettes ord. 1569 fr.; dép. ord. 1569 fr.
Bureau de bienfaisance : recettes ord. 205 fr.
NOTICE HISTORIQUE
La voie romaine de Poligny à Tavaux, traversait le territoire de Biefmorin ; mais aucun débris antique n'est venu jusqu'à présent attester que cette route ait donné naissance à quelques établissements.
Seigneurie. La terre de Colonne , propriété des souverains de Bourgo-
g ne, se composait de quatre bâtis :
celui du chef-lieu comprenait les villages de Colonne , Vaivre , Biefroorin etCbezabois. Pour attirer des colons dans cette vaste seigneurie , ses anciens maîtres féodaux accordèrent au xme siècle, des droits d'usage importants dans les magnifiques forêts qui couvraient la surface du territoire , pour le chauffage des habitants et pour leurs constructions, ainsi que des droits de parcours dans les communaux. La haute justice était rendue dans le principe par le bailli d'Aval, qui venait tenir ses assises à Colonne. Le prévôt de cette terre exerçait la justice moyenne et basse , et conduisait les hommes à la guerre. Plus tard, il fut institué au chef-lieu un bailliage qui relevait de celui de Dole.
Evénements divers. La plupart des faits historiques qui intéressent Biefmorin, étant communs à tous les villages de la seigneurie de Colonne, nous les rappellerons d'une manière générale dans la notice sur ce dernier lieu. 11 parait que la guerre de 1636 fut désastreuse pour cette contrée. On remarque au milieu des immenses forêts qui couvrent une grande partie du territoire, une multitude de mares recouvertes d'une mousse épaisse , sur laquelle croissent quelques buissons de saules nains. Ces couches superficielles cachent des flaques d'eau d'une grande profondeur. En les sondant, on rencontre un fond consistant qui retentit comme un pavé. On y trouve des plats d'étain , des chaudrons en cuivre et d'autres ustensiles de cuisine. Les habitants échappés à la mort, séjournèrent pendant plusieurs années dans ces tanières humides, vivant d'herbages et de glands. Quelques archéologues , M.
Monnier, entre autres, ont regardé
des trous de cette nature comme remontant à la période gauloise, mais nous ne saurions partager leur opinion en présence des objets trouvés dans l'intérieur de ces cavités. Oo retire quelquefois du fond de ces mares , des chênes énormes qni ont pris, de leur long séjour dans l'eau, une belle teinte noire. Ils imitent tellement l'ébène, qu'ils sont employés comme tels par les fabricants de meubles.
Fêle patronale. Biefmorin, qni a toujours dépendu de la paroisse de Colonne, est sous le patronage de l'Assomption de Notre-Dame, dont on célèbre la fête le 15 août.
Croyances. On prétend qu'autrefois on voyait les sorciers faire leurs rondes infernales au milieu d'une clairière appelée Champs-Plissard, au bord d'un chemin qui traverse la forêt. Les voyageurs attardés ne manquaient jamais d'y voir un grand bouc noir, portant une chandelle entre les cornes.
Bienne, Bienna , Biennaz, Biennium , rivière qui prend sa source au pied de la plus haute chaîne du Mont- Jura, sur l'extrême frontière du département et de la France, au petit hameau de la Jacquette (Suisse).
Après s'être un peu contournée du sud au nord, elle se dirige du levant au couchant pour abreuver les habitants de Morez, et les enrichir en activant leur industrie ; puis, se détournant bientôt vers le sud, elle prend une direction oblique du nordest au sud-ouest, coule à travers des rochers escarpés, au milieu desquels elle est encaissée ; baigne le côte septentrional de la ville de Saint- Claude, y reçoit le Tacon, continue son cours toujours dans un encaissement assez profond , jusqu'à son embouchure dans la rivière d'Ain, près de Condcs.
Les ruisseaux du Platelet , de l'Evalude , de Morbier, du Lison, d'Héria, de Douvres, de Mont-Cusel , sont ses affluents de droite. Les courants de la Cbaille , de la Houille , de Pissevieille , de Ginquétral , des Combes , de l'Abîme , de Tressus , de la Queue-du-Cheval, de Flumen, le Bicf-Chapuis , le Tacon , sont ses premiers affluents de gauche. La Bienne reçoit ensuite le ruisseau du lac de Viry, qui lui amène les tributs successifs des ruisseaux de Chassai , de Larrivoire , des Biefs-de-Prévérion et des Prés-Murs ; puis les ruisseaux de Viry, de Varice , de Chiria, de Saint-Fabien et de Rhien.
Quelques travaux ont rendu cette rivière propre au flottage depuis Molinges jusqu'à son embouchure. Le flottage n'est guère praticable qu'à l'époque de la fonte des neiges ou à la suite des grandes pluies, c'est-àdire alors que les eaux arrivent à un mètre au-dessus de l'étiage.
La longueur de cette rivière dans le département est d'environ 6 myriamètres, et non 5000 mètres, ainsi que l'indique M. Monnier dans l' Annuaire du Jura pour 1 840 ; sa pente est d'un peu plus de 1 1 m. 69 c. par kilomètre.
Blltocal, Blliccn, vg. de l'arr.
de Poligny, cant. , perc. , bur. de poste et paroisse de Nozeroy ; à 4 kil. de Nozeroy, 35 de Poligny, 39 d'Arbois et 53 de Lons-le-Saunicr.
Bàli dans le val de Nozeroy, compris lui-même dans celui de Miéges, il est limité au nord par Rix, au sud par Gillois, Arsure-Arsurette et Fraroz , à l'est par Rix, Fraroz, et Arsure-Arsurette, à l'ouest par Rix, laPavière et Gillois. Altitude): 870™.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Trébief, à la Favière, à Arsure-Arsurette et à la Latelte.
Les maisons, généralement groupées, sont presque toutes composées d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage, construites en pierres et couvertes en tavaillons. Les portes des écuries et des granges s'ouvrent seules sur la rue ; l'entrée des habitations, ouverte sur les côtés , et masquée par un mur, donne un aspect singulier à ce village. On dirait que les animaux en sont les seuls hôtes.
Pop. en 1790, 150 habit.; en 1846, 176; en 1851 , 189, dont 82 ' hom. et 107 fem.; pop. spéc. par kil. carré, 42 habit.; 35 maisons , 35 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1793.
On n'émigre pas.
Cadastre exécuté en 1814 : surf, territ. 442h divisés en 700 parcelles que possèdent 88 propriétaires, dont 50 forains; surf. imp. 436h8i*, savoir : 29 lh 8lB en terres lab. 97 h 80* en pâtures, 29h 68* en prés, 8h 78* en broussailles, 7h 45* en bois taillis, lh 07* en sol des maisons et cours, 1 4* en friches, 5* en murgers, d'un rev. cad. de 8998 fr.; cont.
directes en princ. 1083 fr.
Le sol, d'une grande fertilité, produit du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, des pommes de terre, de la navette, de3 légumes secs , des betteraves, du lin, du chanvre, des foins , des fourrages artificiels.
On n'importe que le vin ; les céréales récoltées suffisent aux besoins des habitants, qui fréquentent habituellement les marchés de Champagnole, de St. -Laurent et de Morez.
chevaux, des bètes à cornes et des volailles. 30 ruches d'abeilles.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On trouve sur le territoire, des
tourbières non exploitées dans la contrée dite Prés-de-la-Grangey des sablières de première qualité , des carrières exploitées de pierre à bâtir, de taille et à chaux.
La principale ressource du pays, consiste dans la fabrication du fromage dit de Gruyère , dont le produit annuel s'élève à 2100 kil.
Le seul patentable est un cordonnier.
Biens communaux : une maison .commune insuffisante contenant le chalet, la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude fréquentée en hiver par 13 garçons et 12 filles; une fontaine en mauvais état , 2 puits communaux et 97h 54* de pâtures, d'un rev. cad. de 702 f.
dép. 1170fr.
Billecul dépendait en toute justice de la seigneurie de Nozeroy et de la paroisse de Miéges. Lorsque nous écrirons l'histoire de ces deux communes, nous indiquerons tous les faits qui pourraient intéresser en particulier quelques-unes de celles bâties dans le val de Miéges. Il fut du nombre des villages auxquels Hugues de Ghalon-Arlay accorda en 1372 des droits d'usage dans ses forêts de la Haute- Joux. Un climat du territoire est appelé aux £ataille8, et l'autre à la Loge; c'est en ce dernier lieu qu'étaient relégués les pestiférés pendant l'épidémie qui régna dans ces contrées en 1633.
Biographie. Ce village a vu naître le 50 août 1702, Claude-François du Tronchet , connu sous le nom de Jean-Baptiste de Bourgogne , ou Jean-Baptiste de Miéges, mort à Naples, le 22 mars 1726. Il était ministre provincial du couvent de St.-Bonaventure de Rome. Les nom-
breux miracles opérés par son intercession pendant sa vie, et surtout après sa mort, ont donné lieu à une instruction pour sa canonisation.
L'Annuaire du Jura du 1847, contient l'analyse d'une relation de ces miracles écrite par le frère Anselme.
Btnand , commune réunie à celle de Publy, le 5 janvier 1824.
Biolée (ta) > commune réunie à celle de Cuisia, le 25 septembre
Btssia, vg. de l'arr. de Lons-le- Saunier, cant., perc, bur. de poste et paroisse de Clairvaux ; à 3 lui. de Clairvaux, et 21 de Lons-le Saunier.
Altitude : 50 im.
Bâti dans la plaine de la Comted'Ain, il est limité à l'est par Clairvaux et Soyria , à l'ouest par Patornay et Poitte, au nord par Vertamboz et au sud par Barésia. Boissia et Pietelle font partie de la commune.
Il est traversé par la route nat.
n° 78, deNevers à Saint-Laurent, par le chemin de gr. corn. n° 27, de Salins à Dortans, par les chemins vicinaux tirant de Bissia à Lons-le- Saunier, à Piételle, de Boissia à Clairvaux et à Lons-le-Saunier, de Bissia à Soyria, de Piételle à Palornay, et de Boissia dans les champs, par la rivière d'Ain, le ruisseau de Drouvenans , par le bief Theveoard, le bief Bluant ou Mayat, et parle bief Bichon.
Pop. en 1790, 230 uab.i en 1846, 184; en 1851, 186, dont 98 hom, et 88 fem.; pop. spéc. pari", carré, 31 hab.; 35 maisons, savoir:
8 à Bissia, 1 1 à Piételle et 16 à Boissia ; 39 ménages. .
Les plus anciens registres de i elat civil remontent à 1 793 ; ceux antérieurs sont à Clairvaux.
Cadastre exécuté en 1835, surf, territ. 385h 30*, divisés en 1930 parcelles que possèdent 187 propriétaires , dont 1 28 forains ; surf, imp. 567h 43», savoir : 316h09* en terres lab., 132h 48» en pâtures, 96h 95» en prés , 12h 64» en friches et murgers , 3h 93» en bois et saussaies, 3h 84» en sol des propriétés bâties, lh 46» en jardins, 25» en vergers, 16» en broussailles, d'un rev. cad. de 4642 fr.; cont. dir. en priocipal, 947 fr.
Le sol, de nature graveleuse, produit du blé , de l'orge , du maïs, des pommes de terre, de l'avoine, des lentilles et des vesces.
On élève dans la commune des bêtes à cornes , des moutons et des cochons. 12 ruches d'abeilles.
On exporte le quart des céréales et on importe le vin.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On trouve sur le territoire quel-
Les seuls patentables sont deux marchands de bois.
Les maisons sont généralement construites en pierres et couvertes en tavatllons ou en paille.
Biens communaux : Bissia possède 39h 20" de pâtures , d'un rev.
cad. de 36 fr. 76 c; Boissia, 40h 82a de pâtures et gravières , d'un rev.
cad. de 26 fr. 36 c; Piételle, 5*h 76» de pâtures, d'un rev. cad. de 56 fr. 24 c II n'y a ni maison commune, ni instituteur. Les élèves fréquentent les écoles de Clairvaux.
Bois communaux : Bissia, 10h 70»; 15 arbres sont délivrés annuellement.
Boissia, 15b80»; 20 arbres sont délivrés chaque année : essences dominantes : sapin et nôtre.
Budget: recettes ord. 1394 fr. ; dép. ord. 1394 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Boissia et Piételle formaient deux communautés séparées, qui ont été réunies à celle de Bissia , le 20 février 1822.
Bissia est nommé dans les anciens titres Bfesey,|et Boissia, Boissie. Tout porte à croire que les bords de l'Ain ont été habités depuis les temps les plus reculés ; les grandes batailles qui s'y sont livrées , les monuments celtiques et romains que le sol restitue chaque jour à la lumière, les traditions caractéristiques de la période séquanaisc attestent le séjour des races antiquesdans ces contrées.
Il y a quelques années , rien n'était célèbre , aux environs de Clair vaux, comme les Dames de Vère. Ces fées espiègles se plaisaient à s'emparer des jeunes gens, à les faire tournoyer rapidement et à disparaître tout-à-coup comme des ombres. Ces croyances sont un lointain souvenir du polythéisme gaulois. La voie romaine qui descendait de Champagnole dans la vallée de l'Ain , se bifurquait au sud de Boissia ; un de ses rameaux filait en droite ligne sur lé Pont-de-Poitte ; l'autre se dirigeait sur la ville d'Antre ; ses traces en sont encore reconnaissables dans les plaines de Vère. On a trouvé sur ses bords une épée en bronze avec l'ornement qui terminait le fourreau, un javelot aussi en bronze et des fragments de branches de chênes à dcmi-calcinés. Une immense bataille , postérieure aux invasions germaniques, fut livrée dans la Combe-d'Ain entre le tertre des Squelettes , près de Monnet et le camp romain de Barésia. En 1822, M. D. Monnier constata l'existence de dix tumuli renfermés entre les branches de la voie romaine, vers le point de sa bifurcation, sur le territoire de Boissia. Un
onzième se trouvait en dehors. M.
Ed. Clerc les fit ouvrir, de 1837 à 1841. Quelques-uns d'entre eux renfermaient des squelettes encore entiers dans les terrains sabloneux , des fibules, des agrafes, des anneaux, des bracelets et des armilles , le tout en bronze , des fers de chevaux, des poteries , des vases , du verre , des fers de lances , des dards de flèches en bronze , des épées en fer et des poignards. La plupart de ces objets font partie du cabinet d'antiquités de M. Lemire de Clairvaux.
Depuis l'époque romaine jusqu'au xm* siècle, l'histoire des différents lieux qui composent la commune de Bissia est entièrement inconnue. Le premier titre parvenu à notre connaissance , est l'acte par lequel Alix, donna en 1248, à l'abbaye de Balerne, ce qu'elle avait dans les dîmes de Boissia et de Charezier en échange du don que Jean de Monnet, sire de Beauregard, son mari, avait fait à ce monastère de 20 mesures de froment.
Bissia, Ce village dépendait en toute justice de la baronniede Clairvaux.
Boissia. II en était de même de Boissia. Il y avait dans ce lieu un fief en moyenne et basse justice sur certains meix. II appartint jusqu'au xvie siècle , à une famille noble de nom et d'armes portant le nom de ce village. Gollut parle d'un sieur de
naître la trace d'une villa romaine incendiée. Ce village est placé sous le patronage spécial des saints FéréoJ et Ferjeux, dont les bustes reposaient dans un oratoire détruit en 17S9.
Les habitants font célébrer chaque année une messe solennelle dans r église de Clairvaux, pour implorer la protection de ces saints.
Piételle. Piételle dépendait en toute justice de la baronniede Mon t- Saint-Sorlio. On a trouvé dans ce hameau une épée romaine en bronze, ornée et percée à jour.jBâti sur une hauteur qui domine le saut de la Saisse , il possède un port établi au point méoie où l'Ain commence à être navigable. Il a dû être connu des Romains, puisque le patron de cette rivière avait sa résidence fixée près de là. Au moyen-âge , les seigneurs de Clairvaux faisaient conduire leurs bois sur ce port, d'où ils étaient dirigés sur Lyon.
Paroisse. Bissia, Boissia et Piételle, ont toujours dépendu de la paroisse de Clairvaux.
Evénements divers. Nous rapporterons à l'article Clairvaux tous les faits historiques concernant les communes qui avoisinent cette ville.
commune réunie à celle de Domblans , le 26 octobre
commune réunie à celle
Boissia, qui se trouvait en 1524 à la | de Poitte , le 28 septembre 1815. bataille de Pavie et qui vivait encore
en 1591, ce qui est un exemple rare de longévité. Le castel, actuellement possédé par M. Magnin , de Lons-le-Saunier, ne conserve pas de iraces de sa physionomie féodale.
On ne sait à quelle époque rapporter les substructions qui régnent sous cette habitation. Des fouilles dirigées avec soin feraient peut-être recon-
( canton de),arr. de Lons-le-Saunier, borné à l'est par le canton de Voiteur et de Lons-le- Saunier, à l'ouest par le dép. de Saone-et- Loire, au nord par les cantons de Chaumergy et de Sel li ères , au sud par le canton de Lons-le- Saunier et le dép. de Saône-et-Loire.
Il renferme douze communes qui
sont : Arlay , Bletterans , Chapcîle- Voland , Cosges , Desnes , Larnaud, Nance, Quintigny, Relans, les Répi^, RufTey et Villevieux.
Ce canton est considéré comme le plos beau et le plus riche du département.
Pop. en 1790, 8880 habit.; en 1846, 10,673; en 1854 , 10,568, sayoir : 2741 garçons, 2172 nom.
mariés, 228 veufs, 2637 filles, 2161 fem. mariées, 629 veuves; pop. spéc. par kil. carré, 80 hab.
Surf, territ. 15,147h 40* savoir :
6767h en terres lab., 3154h enbois, en prés, 584** en vignes, 229* en pâtures , 60h 75* en jardins, d'un rev. cad. de 602,404 fr.
Au moyen-âge, la puissante maison de Chalon- Arlay était suzeraine de tout ce riche territoire, divisé en plusieurs fiefs importants.
Ueftorn» , petite ville de l'arr.
de Lons-le-Saunier , chef-lieu de canton , perc. , direc. de poste aux lettres; succursale; à 13 kil. de Lons-le-Saunier.
Bâti en plaine, dans le bassin de laSeille, au pied d'une chaîne de petites collines verdoyantes qui courent dans la direction du nord au sud, il est limité à Test par Ruffey et Villevieux, à l'ouest par Frangy (Saône-et-Loire), au nord-est par Nance et Cosges, au sud-ouest par Seillenard (Saône-et-Loire). La Foule elles Aiguis font partie de la commune.
Altitude : 20 lm.
Il est traversé par les routes dép. n° 2, de Chalon en Suisse , n° 22, de Lons-le-Saunier à Dijon, par les chemins de gr. com, n° 5 , de Bletterans à Champagnole et n° 33 de Bletterans à Chaumergy, par les chemins vicinaux tirant à Desnes, à Relans et aux Aiguis, par le che-
min de grande vicinalité de Bletterans à Seillenard, par la rivière de Seille et ses dérivations, appelées l'une la Rupture , et l'autre l'Ereuxdu-Moulin , par les ruisseaux de la Seillelte, de Sereine et du Jambon.
11 est le siège d'une justice de paix, d'un relai de poste aux chevaux , d'une brigade de gendarmerie à cheval; la résidence d'un receveur de l'enregistrement , d'un receveur et d'un commis des contributions indirectes , des percepteurs de Bletterans et de Chapelle -Voland , d'un agent-voyer, de deux notaires, d'un huissier, de deux médecins, d'un médecin vétérinaire et de trois sages femmes ; il a un bureau de bienfaisance, une compagnie de pompiers composée de 40 hommes et un corps de musique nombreux.
Il y a un établissement de bains et un cabinet littéraire , un battoir d'écorces , un moulin à huile et un battoir à blé mùs par des chevaux , une foule , un moulin à farines à 4 paires de meules avec scierie, un moulin à 7 paires de meules aux Aiguis, un moulin â 4 paires de meules au Rondeau , avec une huilerie , et une huilerie à la Foule.
Les patentables sont : 6 aubergistes, 7 cabaretiers, 7 gargotiers, 7 cafetiers, 8 boulangers, 5 marchands de grains » 2 marchands de son , 13 épiciers, un marchand de vin en gros , un entreposilaire de sel des salines de Monlmorot , 2 bouchers , un fournier, un droguiste , un pharmacien , 3 tailleurs d'habils , 3 tanneurs , 6 cordonniers , 4 sabotiers , 5 marchands de tissus , 2 modistes , 1 chapelier, 2 perruquiers, 8 merciers , 2 teinturiers , 1 marchand de fer, 2 quincailliers , 4 charpentiers , 3 serruriers , un maître-maçon entrepreneur, 3 plâtriers, un carrioleur, 4 voituriers, un maître de
poste , un banquier, 5 menuisiers , 1 fabricant de billards , 1 libraire, 1 maître de pension, i géomètre, 2 ferblantiers , 1 taillandier , 4 maréchaux-ferrants , 2 cloutiers, 1 rémouleur, 3 potiers, 2 bourreliers, 1 fabricant de parapluies , 1 tisserand.
En 1723 , il n'y avait à Bletterans que 3 ou 4 bourgeois, 1 apothicaire, 2 chirurgiens, 2 cordonniers, 3 tissiers , i serrurier, i maréchalferrant , 2 tailleurs, i bourrelier, 1 charron, 2 menuisiers, 3 marchands épiciers , 2 cardeurs , 2 bouchers , 6 cabare tiers. Le reste de la population se composait de manœuvres et de petits laboureurs.
Marchés. Le mardi de chaque semaine.
Foires. Le 26 janvier, le dernier mardi de février, le 1er mercredi après Pâques, le 1er mardi de juillet , le 9 septembre et le 10 novembre; commerce principal, les céréales et le bétail.
Pop. en 1806, 801 hab.;en 1846, 1220; en 1851 , 1277, dont 392 hom. et 683 fem. ; pop. agglom.
1244 ; pop. spéc. par kil. carré, 134 hab. ; 217 maisons, 393 ménages.
En 1627, il y avait 172 feux, en 1 656, il n'y en avait plus que 33 ; après le siège de 1637 , il n'en restait que 4 ; en 1 732, il y en avait 82.
territ. 826h 52*, divisés en 1916 parcelles que possèdent 705 propriétaires , dont 467 forains ; surf, imp. 78 lh 33*, savoir : 302h 19* en terres lab., 253b 30* en prés , 185h 85* en bois, 21h 74* en pâtures, 5h 40* en vignes , 3h 33* en jardins, 3h 61* en sol des propriétés bâties et cours , 99* en friches , 5* en mares d'eau, 3* en sablières, d'un rev.
cad. de 60,470 fr.; cont. directes en principal, 11,508 fr.
Le sol, d'une grande fertilité, produit du froment, du seigle, de l'orge, del'avoine, du maïs, des légumes secs , de la navette, des pommes de terre, et du vin de qualité médiocre.
La culture de la vigne a repris depuis quelques années l'extension qu'elle avait avant les guerres du xvii* siècle.
On importe une grande partie du vin nécessaire à la consommation et 8583 hectolitres de céréales.
La population , adonnée au commerce et à l'industrie , s'occupe peu d'agriculture. Les chevaux sont occupés aux transports. Il n'y a que peu de bœufs et quelques vaches.
On trouve sur le territoire des sablières exploitées et du minerai de fer en grains dont l'extraction a été abandonnée depuis quelques années.
de 2 fr. 50 c. pour cent.
Biens communaux : une église , un cimetière, un presbytère, une maison commune formée de deux ailes , renfermant l'une la mairie, le cabinet des archives et la salle d'audience de la justice de paix, l'autre le logement du concierge et une fort belle salle de danse. Le rez-dechaussée des deux bâtiments est occupé par la balle aux grains et l'entrepôt ; une maison d'école contenant le logement de l'instituteur et la salle d'étude fréquentée en hiver par 100 élèves. Un nouvel édifice va être construit qui renfermera les logements de l'instituteur et de l'institutrice , les salles d'études, la salle d'asile et le dépôt des pompes à incendie ; une place publique , un champ de foire planté d'arbres , 3 pompes à incendie, 14 réverbères pour l'éclairage de la ville et 132h 86* de bois , parcours et sol des édi-
fices publics, d'un rev. cad. de 1730 francs.
L'école des filles , tenue provisoirement dans une maison louée , est fréquentée en hiver par 76 élèves.
Bois communaux : 562h 51*, dont 10h 97* sont en exploitation annuelle; essences dominantes :
chêne , charme et bois blanc.
Budget: recettes ord. 10,3îi fr.
Bureau de bienfaisance : recettes ord. 65 fr.
IfOTICB HISTORIQUE.
On ne sait absolument rien de l'origine ni des commencements de Bletterans, désigné dans les chartes sous les noms de Castrum Blitertum, Bliterum , Blccterens, Blettran , Blaterans; les divers auteurs qui ont fait mention de cette ville ne sont pas même d'accord sur l'étymologie de son nom. Selon Bullet, Bletterans dériverait de Bleit ran, qui, en langue celtique , signifierait lieu partagé par une rivière. Gollut traduit ce mot par terrain à blé. Son territoire était sillonné de voies romaines, dont les traces sont encore reconnaissantes sur plusieurs points. L'une communiquait de Lons-le-Saunier à Chalon-sur-Saône ; elle est désignée sur d'anciens plans sous le nom de Fie Renaud, Foie de Itfon, grand chemin de Lons-le- Saunier à VEtalet ou grande Charrière. On trouva en 1845, à peu de distance de cette route, huit pièces de monnaies romaines en bronze , au type de l'empereur Philippe. Un rameau se détachait de ce chemin et se dirigeait sur Loçincum, Louhans.
Il s'appelle Chemin du Monceau. Ce chemin passait au pied d'une éminence nommée la Grande-butte-des- Bois. On ne saurait préciser quelle a été la destination primitive de celte
colline. Elle est couverte de débris antiques. On y a trouvé des fers de chevaux fort petits, un anneau en or ayant pour chaton un onyx sur lequel était gravé un soldat romain , des médailles , une foule de tuileanx à rebords. Un village, bâti à peu de distance, s'appelle Charnay, dénomination qui rappelle des souvenirs druidiques. D'autres branches communiquaient avec Arlay , Dole , Poligny et Verdun. M. D. Monnier a donné dans l'Annuaire du Jura de 1846 , le dessin de deux buttes qui existaient dans l'ancien parc du château, qu'il considère comme des restes de tumuli. Ces tombeaux ouverts sous nos yeux, ne renfermaient aucun vestige d'ossements , ni d'armes, ni de vases. Les eaux ont pu , par leurs infiltrations, détruire tout ce qu'on y avait religieusement déposé. Malgré toutes ces découvertes, nous pensons que Bletterans doit son existence aux invasions des Bourgui gnons. Son nom figure pour la première fois dans une légende de la vie de saint Hugues, abbé de Clunyf, de 1049 à 1109. « Ce pieux abbé traversant le bourg de Bletterans, Castrum Bliterium , dit l'auteur de cette légende , fut accablé d'injures par quelques hommes méchants.
Dieu ne voulut point laisser un tel crime impuni. Un feu vengeur réduisit en un instant le bourg en cendres. Plusieurs habitants, fortis pour leurs affaires, rentraient dans leurs logis lorsque tout à coup deux soldats, morts depuis peu de temps, apparurent à leurs yeux et leur fermèrent le chemin : retournez- vous au plus vite , dirent ces spectres , Bletterans n'est plus. Terrifiés par celte nouvelle , ces malheureux ne tardèrent pas à reconnaître que le fait n'était que trop vrai. » Dès l'origine , on trouve Blettc-
rans divisé en trois parties: le bourg, le château et la ville. Ces trots quartiers avaient un territoire fort étendu appelé la Grande-Communauté.
Grande-Communauté. Elle était administrée d'après des usages dont l'origine remonte aux temps les plus reculés.
Les habitants nommaient chaque année deux prud'hommes , appelés plus tard gouverneurs , pour l'administration des terrains et bois communaux. Ces prud'hommes tenaient, à certaines époques de l'année, leurs assises, le jour de dimanche , à l'issue de la messe , devant la porte de la mère-église paroissiale bâtie dans le quartier appelé la Ville. Ils prononçaient des amendes de trois sols etjde sept sols contre ceux qui avaient commis des délits dans les communaux, sur le rapport des forestiers et des gardes institués par eux. Les amendes et les profits résultant de cette justice, devaient être exclusivement employés à l'entretien et à la décoration de l'église, et à foire deux aumônes générales à tous les pauvres qui se présentaient les jours de fêtes d'Annonciation N.-Dame et de Pentecôte. Le 5* septembre 1503, Philiberte de Luxembourg, au nom de Philibert de Chalon, son fils, confirma cette administration, en se bornant à transférer le jour des assises du dimanche au samedi. L'église paroissiale érigée dans la partie du territoire appelée aujourd'hui Villevieux, était fort ancienne , car en 1 i 10 , Guillaume d'Arguel , archevêque de Besançon , en donna le patronage à Albéric, abbé de Baume.
Anseric, son successeur, confirmant celte donation en 1134 , dit que les archevêques de Besançon avaient toujours nommé le titulaire de cette église ; ce qui ne laisse aucun doute sur son antiquité. Après la conces-
sion des franchises faites au bourg de Bletteransen 1285, Villevieux commença à former une communauté séparée, sous le nom de la ftetffe- Fille, ou de la riUe-rieille de Bletterans; mais les bois et les terrains communs, continuèrent de rester dans l'indivision et d'être administrés comme précédemment.
Seigneurie. Elle faisait partie de l'apanage des rois de Bourgogne, et ne fut point comprise, ainsi que Dunod l'a prétendu, dans la donation que saint Sigismond fit, en 523, i l'abbaye d'Agaune. Elle se composait de Bletterans et de Villevieux, en toute justice, et en haute justieesen lement, de Larnaud , Bréry , Nance, le Vilarnier et Visen , hameau de Cosges. Elle était décorée du titre de Ficomté, honneur qu'elle partageait avec un très petit nombre de villes de la province , telles que Besançon , Salins, Gray et Vesoul. Ce titre pourrait provenir de ce que les sires d'Arlay étaient vicomtes de Besançon. Ainsi on qualifiait Monnet de vicomté , parce que ses seigueurs étaient vicomtes de Salins.
Il en était de même de Saint-Loup , dont les sires étaient vicomtes de Vesoul.
Seigneurs» On trouve la plus grande analogie entre l'histoire primitive d' Arbois et ceUe de Bletterans, ce qui confirme nos conjectures sur l'origine bourguignone de cette dernière ville. Toutes deux appartenaient dans le principe aux souverains. Leurs territoires étaient divises en une foule de fiefs tenus en francalleu. Les sires de Ruffey avaient les mêmes droits sur Bletterans que la maison de Thoire-Vaudrey avait sur Arbois. Guillaume, comte de Vienne, frère de Rainaud III, comte souverain de Bourgogne, étant mort en H M »
laissa pour héritiers Etienne 1er, W
de la maison de Chalon , et Gérard i'r, tige de la secpnde maison de Vienne. Dans le partage intervenu entre ces deux familles en 1156»
Bletterans échut à Etienne 1er, qui le transmit à Etienne II son fils, mort en 1241. Jean de Chalon, dit le Sage ou V Antique , l'un des enfants d'Etienne II, s'appliqua à réunir sur sa tête les droits de ses frères et sœurs sur cette ville. Dans les partages que ce prince fit entre ses enfants en 1260 et 1262, il déclara qu'il se réservait la propriété de tous les biens loi provenant du comte Etienne son père , qui n'avaient pas été compris d'une manière spéciale dans les lots formés par lui. Bletterans était de ce nombre. Le comte Jean s'appliqua jusqu'à sa mort à acquérir les fiefs que ses vassaux possédaient dans le territoire de celte ville. Ainsi, en 1265, il céda la maison-forte qu'il possédait à Henri, fils de Richard , de Bletterans , et reçut en contre-échange les moutins avec la condition qu'Henri jouirait du tout pendant sa vie, et qu'à sa mort le tout appartiendrait au comte en pleine propriété.
Dans le partage fait en 1267 , entre les enfants de Jean de Chalon , du consentement de ee dernier, Bletterans fut mis dans le même lot qu'Arlay, et attribué aux enfants du 3e lit. Ce traité n'eut pas de suite.
Ad mois de mars 1269, Jean de Chalon, comte d'Auxerre , né du second mariage de Jean de Chalon l'Antique, avec Isabelle de Courtenay, déclara céder à Jean de Chalon , sire d'Arlay, son frère consanguin , tous les droits qu'il avait à prétendre sur la maison-forte de Bletterans. Au mois de mai de la même année, Etienne sire d'Oiselay, frère illégitime de Jean de Chalon l'Antique et Simon de Joinville, beau-frère
de ce dernier, firent une semblable déclaration. Un traité fait en 1269, entre tous les héritiers de Jean de Chalon l'Antique et Laure de Commercy, sa veuve , semblait assurer la possession paisible de cette ville à cette princesse et à ses enfants. Il n'en fut rien pourtant. Le dimanche après la fêle de saint Marc , évangéliste, de l'année 1274, la comtesse Laure et Jean, sire d'Arlay, son fils, reconnurent qu'Olton , comte de Bourgogne, en qualité de seigneur suzerain et d'exécuteur testamentaire de Perrin de Chalon, dit le Bouvier, frère de Jean , comte d'Auxerre, les avait mis en possession de Bletterans et de ses dépendances , à condition qu'ils indemniseraient tous ceux qui avaient des droits à y prétendre.
Cette promesse ne fut pas fidèlement exécutée ; aussi, le lundi après l'octave de la Pentecôte 1275, le comte d'Auxerre s'engagea par serment à aider le comte Otton , son neveu , « encontre touz genz , sens meffaire à petite force et à grant, de ses cbastials, de ses villes et de ses genz. ■ Otton , de son côté, lui promit le même jour de l'aider à se mettre en possession de Bletterans , si la comtesse Laure qui le tenait , refusait de le lui céder aimablement.
La même année, le comte d'Auxerre abandonna au sire d'Arlay toutes ses prétentions sur la maison-forte, sur la fermeté, c'est-à-dire sur le bourg, sur la ville , sur la noblesse et les appendices de ce lieu. Le comte Otton pria en même temps la comtesse Laure de permettre à Jean , son fils , d'en prendre possession.
Le douaire de cette princesse était probablement affecté sur cette seigneurie. Dès que le sire d'Arlay se vit passible possesseur de ce fief important, il chercha à y attirer de nouveaux habitants, en leur accor-
dant une charte de franchises (i Î8 5).
En 1290, Humbert, dauphin et comte de Viennois, céda au sire d'Arlay la suzeraineté des fiefs que tenaient de lui Hugues de Bletterans, dit Dessux-les-autres et Gérard son frère. De nouvelles difficultés ne lardèrent pas à surgir entre Jean de Chalon-Arlay, et Hugues de Vienne, seigneur de Lons-le-Saunier. Ce dernier avait épousé avant 1305, Marguerite de Ruffey, dernière héritière de cette maison.
Il prétendait que sa femme avait droit au tiers de la vicomté, de la justice , de la seigneurie et des amendes de Bletterans. Un traité intervint entre eux en 1303. Us nommèrent pour arbitre, Jean, fils de Hugues et d'Alix, comtes de Bourgogne, avec condition que celui qui ne se soumettrait pas à sa décision, paierait à l'autre 200 marcs. Le juge décida que Jean de Chalon jouirait de la vicomté et de la totale justice sur ses sujets de Bletterans , et que Hugues de Vienne aurait la totale justice sur ses sujets dépendants de la juridiction de RufFey, quoique résidant à Bletterans. Cette sentence fut confirmée en 1304.
Le lundi après la saint Luc, 1311, Jean de Chalon-Arlay, étant à Fontainebleau, reprit de fief envers Philippe, mari de Jeanne, comtesse de Bourgogne, Bletterans et ses dépendances. Il mourut en 1315, laissant pour héritier de cette terre, Hugues de Chalon-Arlay 1er, qui la transmit à ses enfants. Après sa mort arrivée en 1 362, un partage eut lieu au mois de novembre de la même année, entre Hugues de Chalon-Arlay II, et Louis, sired'Argueletde Cuiseaux, ses fils.
Le premier eut Bletterans dans son lot. Le 22 juin 1388, Hugues II fit hommage de tous ses fiefs au duc et comte de Bourgogne. Il mourut la
même année, après avoir institué pour son héritier universel , Jean de Chalon-Arlay III, son fils, devenu prince d'Orange, par son mariage avec Marie de Baux. Il donna en même temps à Blanche de Genève , sa femme , la seigneurie de Jougne, pour lui tenir lieu de la somme de 2000 florins d'or qu'il lui avait assurée à titre de douaire. Par on traité passé les 3 décembre 1389 et 1er février 1390, entre Pierre, comte de Genève, au nom de Blanche , sa sœur et Hugues d'Arlay, il fut convenu que cette dernière renonçait à ses droits sur Jougne, à condition qu'elle jouirait de l'un des quatre châteaux et seigneuries de Bletterans, Lons-le-Saunier, Cnàtillonsur-Courtine ou Vers. Cette princesse choisit Bletterans, et vint y fixer son séjour, où sa mémoire est encore vénérée, sous le nom de la bonne dame Blanche.
L'orgueilleux sire d'Arlay, irrité des innovations inattendues que Philippe-le-Hardi , duc et comte de Bourgogne, introduisait chaque jour au préjudice des hauts-barons, fit assassiner, le 23 avril 1390, près du village de la Chapelle-d'Huin, le sergent Guillemin Fagnier, le plus actif des agents du duc. Convaincu d'être l'auteur de ce crime, il fut condamné au bannissement perpétuel du comté, et toutes ses terres furent confisquées. Bletterans ne lui fut rendu que le 16 janvier 1393. A partir de ce moment, cette terre eut les mêmes seigneurs qu'Arlay. (Voir Jrlay. )
Fiefs particuliers. Les sires d'Arlay, pour se créer des vassaux , avaient inféodé une grande partie du territoire de Bletterans aux officiers attachés à leur cour. Ainsi, au xrve siècle, ou comptait les chevances dites d'Estival, de Beaufort et de Cre-
vccœur, des de Vauldrey, de Rougemont, de Poissenot, de la Baume, de Roillard et de Blonde. Les tours du château , celles placées autour des murailles du bourg, les charges de vicomte , de prévôt , la foresterie, formaient autant de fiefs séparés, possédés par de riches seigneurs.
Franchises, La charte de franchises accordée au bourg de Bletterans est du mois de novembre i285. Elle a été concédée par Jean de Chalon, sire d'Arlay 1er. Ce n'est point une charte de commune proprement dite. Elle ne confère aux habitants aucun droit politique ; cependant, sans les soustraire à la domination féodale , sans leur conférer une véritable indépendance, elle eut pour but et pour effet d'attirer la population dans les limites des franchises et d'y accroître la richesse.
Nous ferons remarquer du reste , que la grande communauté avait une administration élective qui prenait sa source , comme à Arbois , dans l'élément germanique. Nous allons passer en revue les principales dispositions de cette charte , calquée en quelque sorte sur celle du Bourg- Dessous d'Arlay.
Les limites du bourg sont fixées depuis le pont du Rondeau jusqu'au pont de Nance (pont aujourd'hui détruit qui existait sur la voie romaine de Lons-le-Saunier à Chalon , vis-àvis Nance) , de ce pont à l'entrée de la ville de Blelterans ( Villevieux ), jusqu'à la maison des Méseaux ( la Maladrerie), et de cette maison aux biefs qui étaient entre les deux moulins ( le moulin de Desnes et un autre aujourd'hui détruit, appelé le moulin de saint Pierre). Le sire d'Arlay dispose : que celui qui aura fixé sa demeure à Bletterans, et y aura résidé pendant trois ans sans
réclamation, ne pourra plus être inquiété. Les bourgeois peuvent donner, vendre , échanger librement leurs biens, à l'exception de ceux situés dans le bourg , qui ne peuvent être vendus qu'aux vassaux du seigneur ou aux bourgeois. Si un habitant veut quitter le bourg, les bourgeois doivent l'accompagner pendant un jour et une nuit. Si un bourgeois meurt sans laisser ni héritiers ni légataires , ses biens doivent être confiés pendant l'an et jour à la garde de deux prud'hommes ; ce délai expiré , le seigneur recueille la succession , sauf à faire une aumône déterminée par les bourgeois en présence du curé. Les héritiers d'un marchand étranger mort dans le bourg ne sont pas tenus de devenir bourgeois pour recueillir la succession. Un marché doit se tenir le mardi de chaque semaine , suivant les usages anciens.
(Les délits prévus et les amendes qu'ils entraînaient étant les mêmes que ceux déterminés dans la charte d'Arlay, nous nous dispenserons de reproduire cette partie de texte. ) L'ost, la chevauchée pendant un jour et une nuit, la banalité du four, du moulin , le ban d'août , les droits de halles , de marchés , les lods au taux de douze deniers par livre sur chaque mutation d'immeubles, l'impôt annuel de quinze deniers par toise de maison , l'impôt arbitraire pour le mariage d'une fille , le pèlerinage de Jérusalem on l'acquisition d'une terre de 1000 livres, le crédit sur gage pendant un an et jour, sont réservés au seigneur.
Les taverniers doivent en outre lui livrer annuellement une coupe de vin, les boulangers douze deniers et les cordonniers une paire de souliers. De son côté , le seigneur affranchit les habitants du bourg de toutes tailles , corvées, exactions et
antres mauvaises contâmes, de la solution d'avoine qui loi était due précédemment pour droit de gtte.
Il s'engage à enclore le bourg de fossés, de murailles et de pont-levis, à charge par les habitants de les entretenir et de les réédifier jusqu'à quatre fois. Les bourgeois doivent garder le bourg et le seigneur le château. Le sire s'interdit la faculté de s'approprier les parcours, les communaux , les bois et les eaux, et jure pour lui et pour ses successeurs, la main sur les évangiles, l'exécution fidèle de ses promesses.
On remarquera qu'il n'existe dans cette concession aucune trace de main-morte générale. Le territoire était libre. 11 n'appartenait point au seigneur, puisqu'il ne pouvait l'accenser. Il n'avait ni la chasse , ni la pèche, ni les bois, ni les cours d'eaux. Tous ces faits démontrent que Bletterans est d'origine bourguignone et que les sires d'Arlay étaient plutôt ses protecteurs que ses seigneurs.
Pour s'attacher un plus grand nombre de vassaux , les princes de Chalon accordèrent aux uns le droit de mouture franche , aux autres l'affranchissement de l'impôt du toisé des maisons.
D&njon primitif. Nous n'avons aucune donnée certaine sur l'origine du premier château de Bletterans.
Il peut avoir succédé à une vigie romaine, ou station fortifiée établie pour la défense de la voie de ledo à Viridunum ( Lons-le-Saunier à Verdun). Le premier titre qui le mentionne, date du xi6 siècle.
C'est la légende de la vie de saint Hugues. En 1268 , Jean de Chalon l'Antique en céda la jouissance à Henri de Bletterans. En 1363 il n'existait plus. Le dimanche avant la saint Hilaire de cette même an-
née, Hugues de Chalon-Arlay en donna l'emplacement au curé , Jacques de Baume, son procureur, pour y construire un colombier, avec licence d'empoissonner] les terreaux et fossés creusés à l'entour. En 1364, il ajouta à cette libéralité le don d'une terre contiguë* à ces fossés pour en faire un verger. C'est le champ de foire actuel. Cette contrée, à l'est de Bletterans, est encore appelée le Ckàtelet ou le Colombier.
Château. A une date qu'on ne peut déterminer , mais qui se rapproche de l'année 1283, Jean de Chalon-Arlay I*r, jugea à propos de joindre aux murailles devant former enceinte continue autour du bourg, un château isolé, compris lui-même dans une enceinte particulière et fortifiée comme celle du bourg. Quelques vassaux , tels que les sires de Vaudrey, les seigneurs du nom de Bletterans dits Dessus-les- autres, avaient leurs habitations séparées dans cette enceinte.
Philippe-le-Hardi y séjourna le 11 novembre 1366, revenant de faire un pèlerinage à Saint-Claude.
Blanche, comtesse de Genève, devenue veuve de Hugues de Chalon en 1 390, y fixa son séjour.
Un incendie, arrivé en 1427, détruisit en partie la construction primitive. Louis de Chalon-Arlay H!
consacra, de 1431 à 1437 , plus de quatre- Vingt mille francs à la rebâtir. Une déposition de Gauthier de Fallerans, l'un de ses serviteurs les plus fidèles , nous apprend que ce prince fit reconstruire tout le château , les fossés, les fausses brayes, et le maisonnement dedans, jusqu'aux deux tours qui étaient du côté de bise qu'il fit machicoler et couvrir. Un plan déposé à la bibliothèque nationale peut donner une idée assez exacte de ce château au xve
siècle. Son périmètre était régulier.
Au dehors régnait une enceinte crénelée se réunissant au* remparts du bourg , défendue aux angles par quatre grosses tours hautes de 30 mètres. L'entrée était au nord. La porte était accompagnée de deux tours et précédée d'un pont-levis.
Le corps- de-logis se composait de quatre ailes garnies de huit tours d'inégale grosseur. La cour intérieure était ornée d'une fontaine.
Au fond de la cour, un beau porche ouvrait sur les jardins, les vergers et le parc, le tout enveloppé de murs et de tours. Chaque tour avait un nom indicatif, suivant l'usage auquel elle était consacrée : c'étaient la tour de la Chapelle , la tour des Moulins, la tour de l'Horloge, la tour de l'Artillerie , la tour des Archives , etc. Une grosse tour était au fond du parc ; elle servait de donjon et s'appelait la Tour-Done. Une guérite en pierre, placée en encorbeillement contre la courtine orientale , servait au guet. C'est de là, qu'en cas d'alarme , la sentinelle sonnait du cornet pour prévenir les retraitants.
Une ceinture de doubles fossés, séparés par une douve , enveloppait la muraille extérieure. Des souterrains communiquant avec la campagne, permettaient d'introduire des munitions et des vivres. Une belle artillerie défendait cette forteresse. La plus grosse des bombardes , lançant des pierres d'un poids énorme, s'appelait Terrebuste. Elle avait été donnée au prince d'Orange par les Fribourgeois. Louis de Chalon tenait à prouver par le luxe qu'il déployait dans cette construction que la journée d'Anthon ne lui avait pas été aussi funeste qu'on le supposait généralement. Elle lui avait cependant coûté cher. Jacquot de Blettcrans , l'un de ses serviteurs, avait
profité de la déroute pour lui voler ses bagages , ses lettres , ses joyaux et 2000 écus d'or. On le croyait si bien ruiné, que le comte Francisque eut la hardiesse d'envoyer chercher à Bletterans un médecin Lombard , auquel Louis de Chalon était fort attaché. Ce dernier refusa de le laisser partir et se courrouça : ces gens cuident-ils que je n'aie plus de puissance, disait-il, et que j'aie distribué et dépendu tout le mien pour le fait de la journée d'Antkon.
Le prince d'Orange donna , en des fétes magnifiques dans ce château, à l'occasion du mariage de Guillaume de Chalon son fils , avec Catherine de Bretagne , qui remplit plus tard la France et la Bourgogne du bruit de sa grâce et de sa beauté. II y eut tournoi et course de bagues auxquels assistaient le duc, la duchesse de Bourgogne et la fleur de la chevalerie.
Au printemps de 1446 , Louis de Chalon épousa malgré ses cheveux blancs, Eléonore d'Armagnac, petitefille du fameux connétable, sans attendre même que les cendres de Jeanne de Montbéliard, sa première épouse, fussent refroidies. Il vint résider à Bletterans avec sa nouvelle épouse. Il avait à sa cour Clauda , fille du maréchal de Toulongeon' qu'il maria, à l'âge de 13 ans, avec Jean de Beauffremont qui en avait 18. Louis prêta la maîn dans cette circonstance à d'indignes manœuvres. On voulait faire passer sur la tête de Claude de Toulongeon la fortune entière de son père, moyennant une faible dot à payer à sa sœur. Le bailli de Bletterans , curateur de JeanVic Beauffremont, eut la faiblesse d'autoriser son pupille à signer le contrat de mariage qui sanctionnait cette spoliation. Clauda de Toulongeon, éclairée plus tard sur ses droits,
intenta un procès à son frère. Elle plaida elle - même sa cause devant le parlement de Dole avec une telle éloquence que ses juges , dans l'admiration , lui accordèrent tout ce qu'elle demandait. Louis de Chalon aimait beaucoup ses résidences de Nozeroy et de Vers, mais il avait une prédilection marquée pour celle de Bletterans. On l'y retrouve à chaque instant. Il y étaiten 1449, lorsqu'on vint lui annoncer que Jean Quinlet et M. de Vicone avaient cherché à crocheter les portes de la Tour de Plomb, au château de Nozeroy, dans laquelle il renfermait ses trésors. Il se fit amener Quintet et le fit pendre aux fourches de Bletterans.
Le 22 août 1452, un incendie terrible , alimenté par les fourrages qui encombraient les granges , anéantit le bourg en entier. Le château déjà enflammé aurait été lui-même réduit en cendres, sans les prompts secours arrivés des villages voisins.
Les meubles qui décoraient les appartements, jetés à la hâte dans les cours, dans les jardins, furent retirés des décombres et confiés à la garde de Jacques Thiébaud.
Louis de Chalon venait à peine de mourir (5 décembre 1565), que Guillaume son fils songeait au partage de sa riche succession. Un procès s'engagea entre lui et son frère, Louis de Chalon, sire de Chatelguyon, jeune homme ayant à peine 15 ans.
Les prétentions de Guillaume étaient sans bornes. 11 semblait que toute la succession lui appartenait. En sortant de Besançon , après une séance de l'ofticial , qui avait été favorable à ses droits (août 1464 ), Louis à cheval, et déjà dans la campagne, s'arrêta pour délibérer avec son conseil sur les châteaux qu'il choisirait pour sa résidence. Il se décida pour Lons - le - Saunier et
Bletterans et donna l'ordre à quelques hommes de prendre le devant.
Ils obéirent et entrèrent en son nom dans ces places. Trois jours après , Guillaume arriva à la tète de deux cents chevaux et se présenta devant le ehâteau de Lons-le-Saunier. On lui en remit aussitôt les clefs. II fit reprendre sans tarder le château de Bletterans et mettre aux fers dans un souterrain de Jougne , l'écuyer Jean de Liégecourt , qui l'occupait au nom de Louis , son frère. Le malheureux eut la jambe brisée en deux endroits par le poids des chaînes.
Les autres serviteurs furent conduits hors de la frontière , les mains liées derrière le dos.
L'incendie de 1452 avait endommagé le château plus qu'on ne le pensait d'abord. Des ruines s'y manifestaient chaque jour. Le 17 mai 1476, Pierre de Jougne, receveur et châtelain de Bletterans, fit marché avec Pierre et Estevenon Chambaffort , pour refaire la toiture des douze tours et réparer les murs. La même année , Yolande de Savoie, sœur de Louis XI, devenue suspecte à Charles-le-Téméraire , dont les défaites de Granson et de Morat avaient aigri l'esprit, y fut renfermée avant d'être conduite à Rochefort , puis à Rouvres.
En 1485, Louis XI traversant notre pays misérable et dépeuplé , pour se rendre en pèlerinage à Saint- Claude , y logea avec son artillerie.
Philiberte de Luxembourg, veuve en 1802 de Jean de Chalon-Arlay IV, avait obtenu le château de Bletterans pour son douaire ; elle en fit son séjour habituel. En 1516, elle chargea les familiers de dire une messe chaque dimanche dans sa chapelle, moyennant un somme de 100 sols qu'elle leur donna pour acheter un fonds. En 1521 , effrayée des suites
de la déclaration de guerre faite à la France par le Pape et l'empereur Charles-Quint, elle se fit amener des canons, de la poudre , du salpêtre et des (lambeaux. Elle avait, en 1 532, Pierre Baudin pour intendant. Claude Baudin , frère de ce dernier, s'introduisit nuitamment dans le château, insulta et frappa même quelques mortes-paies qui voulaient l'arrêter, et après ces excès se permit de pêcher dans les fossés. Poursuivi pour ce fait , il subit une très forte punition. Depuis la mort de l'illustre Philibert de Chalon, son fils chéri , tué au siège de Florence en 1530, Philiberte de Luxembourg cachait sa douleur au fond de son manoir, partageant son temps entre la prière et les œuvres de charité.
En 1533, elle reçut la visite d'Henri de Nassau, son gendre, qui émancipa en sa présence Réné de Nassau son fils, héritier testamentaire de Philibert de Chalon. En 1555, elle fit marché avec Catherin P) ot, d'Arlay, pour réparer son habitation et fit amener pour l'embellir les meubles qui étaient au château de Ruffey.
Guillaume de Nassau, héritier de Réné de Nassau , mort sans enfants , ayant excité une révolte dans les Pays-Bas, le roi d'Espagne , Philippe II , confisqua ses biens de Franche-Comté. La chambre des Comptes de Dole fit faire des réparations au château en 1588, 1591 et i 630 , pour le compte du roi d'Espagne.
Dès que Louis XIV fut devenu maître de la province par suite de la capitulation du 14 février 1668, il se hâta d'ordonner la destruction de toutes les forteresses du comté.
Le 3 mars 1 668, les agents de la maison de Nassau , instruits qu'on démolissait les forteresses de Saint- LaurenUa-Roche et de Blclterans ,
se réunirent à Dole pour aviser aux moyens de s'y opposer. Ils représentèrent au comte de Gadoyne et à l'intendant de Franche-Comté à Besançon , que les ordres qu'ils avaient donnés violaient formellement l'article 1er de la capitulation et le traité par lequel l'archiduc Albert avait assuré au prince d'Orange la conservation des châteaux d'Arguel, Sainte- Anne , Saint-Laurent et Blelterans.
On resta sourd à ces justes représentations. Le 15 avril suivant, l'œuvre de destruction était achevée :
meubles, matériaux, ferrures, tout avait été mis au pillage.
Dans les premiers temps, les gouverneurs et capitaines du château étaient à la nomination du seigneur.
De iùUO à 1659, les rois d'Espagne et de France nommaient chacun le leur. Celte charge importante était remplie par les gentilshommes les plus distingués de la province. Ils avaient un lieutenant choisi aussi dans les meilleures familles.
Bourg et fortifications. Avant la concession des franchises, le quartier qualifié de Castrum, par la légende de saint Hugues, ne se composait que des maisons crénelées et garnies de tours, de quelques nobles et d'un petit nombre de boutiques d'artisans et de petits merciers , groupées proche du château. Un fossé et des palissades en bois servafent de remparts.
Jean de Chalon- Arlay Ier, fit fortifier le bourg ainsi qu'il l'avait promis (1285). Le plan de la nouvelle enceinte était un parallélogramme.
Les murailles construites en briques, étaient hautes de 20 pieds et épaisses de 6. Elles étaient couronnées de créneaux et flanquées de distance en distance de tours à trois étages carrées ou cylindriques , couvertes en laves. Quelques tours portaient les
noms des seigneurs auxquels elles étaient inféodées; telles étaient la tour de Vauldrey, la tour de Keculot, la tour de Laubespiu et la tour de Jousscaux.
Il y avait encore la tour du loup , la tour des granges , la tour des chiens, la tour du curé , lu tour du four banal et la tour des archives.
La tour du loup surpassait les autres en élévation. C'est du haut de ce monument que la garnison de Blettcrans donnait à la ville de Dole des signaux, comme Dole les lui donnait du haut de son clocher. Ces signaux consistaient en un feu que Ton allumait la nuit et en une épaisse fumée que Ton faisait paraître le jour. La tour des granges renfermait l'artillerie et les munitions de guerre ; celle des chiens, le magasin de farines ; celle des archives contenait les titres de la commune avant qn'ils ne fussent transférés dans un coffre scellé dans le mur à l'entrée du sanctuaire de l'église.
Deux portes placées aux extrémités de la rue principale faisaient partie intégrante des fortifications. L'une, au nord- est, était appelée Porterie d'Amont, ou de Poligny; l'autre , Porterie d'Aval, ou de France. Elles étaient flanquées de deux tours qui en défendaient l'entrée. Leur ouverture était unique. Une profonde feuillOre , en contre-haut de la porte à l'extérieur, permettait de descendre et de remonter une herse en fer formant une seconde clôture, indépendante de la porte en bois qui roulait sur des gonds. On plaça plus tard au-dessus de la porte d'Amont les armoiries de la ville , gravées sur une pierre qui orne aujourd'hui la façade de l'Hôlel-de- ville, et audessus de la porte d'Aval , une horloge avec cadran. Un personnage grotesque en fer-blanc , appelé Ja-
quemart, sonnait les heures. Un fossé large et profond baignait le pied des remparts. La Seille , par ses contours, enveloppait le bourg et servait de second fossé. Des pont-levis jetés, soit sur la rivière, soit sur le fossé , défendaient l'accès des portes. Cinq petites poternes permettaient de sortir dans la campagne. Celle du côté de Villevieux était appelée Porte de secours.
Les tours étaient munies de fauconneaux en fer, de plusieurs mousquets , arquebuses , bâtons à croc et de fourneaux en fonte pour chauffer les boulets.
L'ensemble de ces fortifications faisait de Bletlerans l'une des places de guerre les plus importantes de la province. L'intérieur du bourg ne répondait pas à son apparence extérieure. Il n'y avait qu'une rue principale et quelques ruelles conduisant aux escaliers des murailles. Les maisons , fort basses , étaient généralement construites en bois et couvertes en chaume. Les rues , sombres , étroites , furent très fangeuses jusqu'en 1732, époque à laquelle ou commença à les paver. Les incendies de 1427 et 1452 avaient détruit les anciennes maisons. En 1409, le célèbre Claude de Vaudrey habitait Bletterans. Il s'engagea envers les habitants à refaire à ses frais les chauffaux et les échiffes qui étaient aux extrémités de son manoir, à condition qu'il serait dispensé de contribuer aux autres fortifications du bourg.
En 1457 et 1452, le sired'Arlay reconnut que les habitants étaient propriétaires des fossés et des murailles , qu'ils pouvaient les accenser et qu'ils avaient la garde des portes.
Le 15 janvier 1454, le duc de Bourgogne ordonna au commis de ses gabelles de donner 600 livres à la
communauté pour l'aider à réparer les murailles. 11 craignait une attaque des Huguenots.
Après la conquête définitive de la province par Louis XIV (1674), les murs , les tours furent successivement démolis ; les fossés furent comblés et convertis en jardins. La porte draval fut détruite en i 769.
La ville. Le quartier dans lequel était bâtie l'église paroissiale est remplacé aujourd'hui par le village de Villevieux. (Voir la Notice sur cette localité.)
Guerres, sièges. Les droits indivis des sires d' Arlay et de Ruffey amenèrent entre eux des collisions fréquentes. En 1263, Jean de Chalon l'Antique ordonna à ses héritiers de réparer les dommages qu'il avait causés à Etienne de Montmoret dans sa terre de Blelterans. En 1307 , la commune marchait sous la bannière de son prévôt, au secours de Jean de Chalon - Arlay 1er , dans sa guerre contre la cité de Besançon. Eudes , duc de Bourgogne, vint en personne, en 1338, avec une troupe armée, faire une chevauchée contre Bletterans , pour se venger des ravages commis sur ses terres par les hauts-baron s comtois , dirigés par le sire d' Arlay. En 1346, eut lieu une nouvelle expédition de la part du dac. Cette ville échappa aux malheurs des guerres de la fin du xve siècle, entre les maisons de France et d'Autriche. Elle avait fait ses préparatifs pour résister aux attaques du sire de Craon (1 477) et de Charles d'Amboise (1479) , commandant les armées de Louis XI.
Lors de l'invasion française de io95 , le comte de Champlitte, gouverneur de la province , donna ordre à M. de Villey, capitaine du château, de ne rien épargner pour mettre cette ville en état de défense. Cet officier
fit raser les faubourgs de Vallière et d'Amont et môme l'hôpital qui était près de la porte de France. Le 24 août , Biron se présenta devant la place pour en faire le siège. Effrayé de la bonne contenance de la garnison et des bourgeois, il décampa le lendemain.
En 1636, l'ambition de la France menaça de nouveau notre province.
Ferdinand de Rye , archevêque de Besançon , chargé , de concert avec le parlement de Dole , de l'administration du comté de Bourgogne, envoya une garnison à Bletterans. Cette ville concourut à l'emprunt contracté , au nom du roi d'Espagne , pour la défense du territoire. Le célèbre capitaine de partisans Jean- Claude Prost , dit Lacuzon , y vint prendre quartier avec ses miliciens de la terre de Saint-Claude.
Le 22 février 1 637, M. de Visemal de Frontenay exposa au parlement que la place confiée à sa garde avait besoin de grandes réparations ; que le château manquait de munitions de guerre, débouche et même de sel ; qu'il importait d'y pourvoir promptement. Ses prévisions n'étaient que trop justes. Le duc de Longueville rentrait en Franche-Comté avec une armée française , prenant villes et châteaux. Impatient de rester sur la défensive , le marquis de Conflans fixa un rendez-vous général à ses troupes autour de Blelterans, et là, il fut résolu qu'on marcherait contre Longueville. Cette nouvelle fut accueillie a veclc plus vif enthousiasme.
Le 9 mai , on envoya dans la ville le comte de Bussolin , officier plein d'énergie et d'intelligence , avec six cents mousquetaires et quarante maîtres de cavalerie du régiment de la Verne. H fut rejoint , le 29 mai , par 240 tant Allemands que Lorrains. On lui adjoignit un ingénieur
pour la direction des travaux de fortifications. Les habitants étaient occupés nuit et jour, soit à réparer leurs murailles et à élever des demilunes, soit à faire le guet. Le duc de Longueville continuait ses conquêtes. Après avoir pris Lons-le- Saunier (25 juin) , il se dirigea sur Bletterans. Pendant plusieurs jours il lit les préparatifs du siège. Les vigoureuses sorties des assiégés ne lui laissèrent aucun espoir de s'emparer de cette place , tant que le comte de Bussolin , dont il connaissait la valeur, la commanderait. Il s'éloigna le % juillet. Le parlement envoya deux canons et 1600 livres de poudre le %$ juillet suivant. Prévoyant une nouvelle attaque , le comte de Bussolin fit raser non seulement les faubourgs d'Amont et d'Aval , mais encore toutes les habitations trop rapprochées des remparts à l'intérieur. Le 1 1 août , à quatre heures du soir, le comte de Gucbriant , sur l'ordre de Longueville, partit de son camp de Cliilly et vint tenter une guerre d'escarmouche. Le lendemain , il envoya en plein jour des cavaliers se saisir de 25 à 30 paysans qui rentraient dans la ville avec des voilures chargées de blé coupé la veille ; il cherchait à provoquer une sortiede la garnison. Son espoir ayant été déçu, il marcha sur Cogcs et Jousscaux, dont il prit leschàlcaux.
Son intention était de se diriger sur Dole, mais arrêté au bourg de la Chassagne par le débordement des eaux, il revint sur ses pas. Il envoya cinq ou six de ses soldats enlever un troupeau de gros bétail qui paissait autour de Bletterans. La garnison avertie de cet enlèvement résolut de s'y opposer. C'était ce que voulait Guéb riant. Il dressa nn embuscade dans le bois de Vallière , et lorsque cinquante mousquetaires et quarante
cavaliers se lançaient avec une ardeur imprudente à la poursuite des maraudeurs , ils tombèrent dans une embuscade et furent taillés en pièces.
Cinq cavaliers seulement parvinrent à rentrer en ville ; quinze mousquetaires , échappés au carnage, furent faits prisonniers.
Longueville profitant du moment où le duc de Lorraine élait à 30 lieues de lui, prévenu du reste que le comte de Bussolin venait de mourir de la peste, et que M. de Frontenay était dangereusement malade , se décida à une attaque décisive. Les habitants, malgré l'épidémie qui les décimait , étaient décidés à bien se défendre. Ils auraient , selon toute apparence , soutenu longtemps les efforts de l'armée française, s'ils n'avaient pas élé victimes d'une exécrable trahison.
Le 25 septembre 1637, les assiégeants firent les approches de la ville , avec de simples gabions , et postèrent leurs canons en un lieu couvert, à l'abri de l'artillerie du château. Ces préparatifs n'eurent point lieu sans combat. A chaque instant , les habitants et la garnison faisaient de vigoureuses sorties. Ces luttes durèrent pendant plusieurs jours ; cependant les tranchées avançaient.
Le 30 septembre , « la place fut battue ( dit l'historien de Serre ) de deux batteries qui donnèrent si furieusement , et avec telle ruine des dehors des assiégés , » qu'une large brèche fut ouverte. Longueville lit jeter des claies sur le fossé qui baignait la muraille. Le passage était dangereux ; car ce fossé était rempli d'une vase épaisse dont on ne pouvait être retiré vivant. L'assaut fut rude.
Le lieutenant-colonel de Wolosky défendait la brèche avec un acharnement héroïque. Le canon français ayant ouvert le passage après quatre
heures de luttes corps à corps , les assiégés se retirèrent derrière une barricade qu'ils avaient élevée proche du château. « Us en furent chas- » sés avec perte de plus de cent des » leurs qui ne purent aussi tôt ren- » trer que les autres, parce que » l'ouverture qu'ils y avaient laissée » afin de les retirer était trop petite. » (De Serre). Guébriant, après avoir fait passer au fil de l'épée les plus courageux habitants, fit mettre le feu à la ville. Quelque temps après il donna ordre de réteindre.
Le château fut investi le même jour. Le comte de Guébriant se logea avec le régiment de Melun sur la contre-escarpe du fossé. Le canon arrêté par la rupture des ponts-levis , ne put entrer dans la ville que le 2 octobre. Les Français, en dressant une batterie à 30 pas du château, eurent 55 des leurs tués ou blessés.
Le lendemain , à 6 heures du matin , une batterie de 5 canons fut dirigée contre le château. Les boulets ne pouvant entamer les murs , furent pointés sur les toits, dont la chute causait un bruit effroyable.
Les bourgeois, postés dans les maisons voisines des fossés, entretenaient un feu nourri contre les assiégeants.
A quatre heures du soir, deux tours furent mises hors de défense.
Le lendemain & octobre , à trois heures après midi , on demanda à capituler. Le comte de Saligny, maréchal-de-camp, exigea que les assiégés envoyassent des étages pour faire leurs propositions. Le sieur Mico , lieutenant au régiment d'Enghien, fut délégué. Après quelques difficultés débattues de part et d'autre , le duc de Longueville accepta la reddition aux conditions suivantes : que les soldats sortiraient avec armes et bagages, tambour bat-
tant , enseignes déployées, balles en bouche et mèche allumée; qu'ils emmèneraient deux petites pièces de campagne au choix du duc , avec pondre et balles pour tirer chacun six coups; qu'il leur serait fourni des chariots pour transporter leurs bagages , blessés et malades ; qu'ils seraient escortés avec toute sûreté jusqu'à la ville de Dole ; que les habitants qui étaient dans le château , se retireraient où bon leur semblerait et que ceux qui demeureraient dans la ville, feraient serment de fidélité au roi de France.
La garnison eut le reste du jour, 4 octobre , jusqu'au 5 , pour faire ses préparatifs de départ. On vit sortir sur les 8 heures du matin, 300 soldats tant allemands que comtois.
La plupart des Allemands s'enrôlèrent dans l'armée du duc de Longueville, le reste fut conduit à Dole par 1500 chevaux français.
Jusqu'à présent, nous avons suivi dans notre récit , la version des historiens français. Voyons maintenant ce que nous apprend Girardot de Nozeroy, écrivain comtois, dont on ne suspecte point la sincérité. Les faits , tels qu'il les présente , sont confirmés par une correspondance que nous avons vue à Besançon, dans les titres de la chambre des comptes.
M. de Frontenay était parvenu à faire sortir un messager pour prévenir le marquis de Conflans , qu'il croyait à Salins, du danger que courait la place confiée à sa garde. Ce dernier était absent; mais on répondit le 3 octobre, à M. de Frontenay, qu'il fallait tenir bon , jusqu'au 5 , jour où des secours lui parviendraient et qu'il valait mieux mourir que de se rendre. Cette lettre ne lui parvint pas. M,ne de Frontenay, qui était française et avait ses frères au nom-
bre des assiégeants, l'avait interceptée. L'ingénieur envoyé par le marquis de Conflans depuis quelques mois pour surveiller les travaux des fortifications , était un homme vain et sans jugement , qui trouvait que le parlement n'avait pas fait de lui tout le cas qu'il méritait. Il ne cherchait qu'une occasion pour se venger. Il s'était lié avec un sieur de la Saujeraie, officier français, prisonnier à Bletterans, et promit à son ami de livrer la place pour le rendre à la liberté. Dès les premiers jours du siège, il sollicitait les habitants à renoncer à une défense inutile, leur promettant d'obtenir du duc les conditions les plus avantageuses pour leurs personnes et pour leurs biens.
Le k octobre , il introduisit dans la chambre de M. de Frontenay, malade dans son lit , plusieurs officiers français qu'il présenta comme des parlementaires. M. de Frontenay itt appeler M. deWolosky, pour le consulter sur ce qu'il avait à faire. Cet officier voyant le château rempli de Français , eut la faiblesse de céder aux instances de l'ingénieur et de quelques bourgeois séduits par ce dernier; il consentit à la reddition.
La mésintelligence qui régnait en- •Ire les Allemands et les soldats comtois, devait amener du reste tôt ou tard une catastrophe.
A la première nouvelle du siège , le duc de Lorraine , un des grands capitaines de son temps, vint en toute hâte avec son armée pour secourir Bletterans. Il arriva le B octobre , ignorant complètement les événements qui venaient de s'accomplir. Les coureurs approchaient avec confiance du château, lorsqu'ils se virent reçus à coups de canon.
Longueville fut surpris ; ses soldats étaient presque tous dispersés dans la campagne, allant à la picorée. 11
se hâta de faire tirer le canon pour les prévenir. Dès qu'il eut réuni une grande partie de ses hommes , il courut prendre position sur le tertre qui domine Bletterans, au sud.
Il appuya une de ses ailes contre la ville, l'autre contre Relans, et développa le reste de sa troupe sur un seul front au sommet de l'éminence.
Le colonel Mercy commandait l'avant-garde de l'armée comtoise ; le marquis de Conflans, le centre, et le duc de Lorraine l'arrière -garde.
Mercy ne tarda pas à s'apercevoir que Longueville était pris au dépourvu. Il s'approcha du marquis, et lui dit que l'occasion était magnifique , que le succès de la bataille était assuré, si on attaquait immédiatement. Prenant le silence du marquis pour une adhésion, il s'élance en avant avec ses coureurs.
Le duc de Lorraine, à ce mouvement qu'il n'avait point commandé, entra dans la plus vive colère. Il s'approcha du marquis et lui fit les reproches les plus vife. M. de Conflans affirma qu'il n'avait donné aucun ordre ; qu'il ne s'agissait du reste, que d'une simple escarmouche.
Le duc fit revenir Mercy sur ses pas.
Fendant ce moment d'arrêt , les rangs de l'armée française grossissaient. On resta de part et d'autre toute la journée en bataille. Le duc de Lorraine, convaincu de l'inutilité d'un combat, ordonua la retraite. Le colonel Mercy, inconsolable, écrivit à l'infant d'Espagne pour le prévenir de la prise de Bletterans , en assumant sur lui toute la faute. Il parvint à s'emparer de MTOe de Frontenay et de M. de Wolosky. Il les traduisit devant un conseil de guerre tenu à Poligny sous la présidence de M. de Brun. Renvoyés devant le parlement de Dole , les accusés furent absous.
Pendant que les habitants défendaient leur ville avec «ne persévérance et un courage au-delà de tout .
éloge, la peste y exerçait d'effrayants ravages. Ceux qui étaient atteints de la contagion étaient relégués daus des loges spéciales qu'on leur avait préparées dans les prés dits du Rondeau. Ceux qui survivaient, obligés de nourrir et de payer pendant plusieurs mois une garnison nombreuse et exigeante , succombaient sous le poids des charges. Les frais de la guerre s'étaient élevés à plus de 40,000 fr. empruntés à un taux exborbitant. La plupart des familles qui restaient, s'éloignèrent. Les terres restaient en friches. Les bois de liaute-futaic envahirent tout le territoire.
Au mois d'avril 1 638 , le marquis de Saint-Martin , commandant les troupes comtoises, voulut reprendre Bletlerans. Mais M. de Perrigny, qui en était gouverneur pour le roi de France , l'obligea à se retirer. Lacuzon fit aussi , en différentes fois , des tentatives qui restèrent toutes infructueuses. Plusieurs villes de la province, occupées par les Français, furent rendues à l'Espagne en i 642; Bletterans resta en leur pouvoir jusque 1689. Le célèbre traité des Pyrénées , signé le 7 novembre de cette année, rendit cette ville à ses anciens maîtres.
La guerre avait recommencé en 1667. Le prince de Condé, envoyé par Louis XIV pour conquérir la province, écrivait le k février 1668, au duc de Roqucîaure : c M. Desroches, commandant à Chalon , s'élant saisi de Bletterans par le moyen d'un gentilhomme du pays qui est français , nommé Fressis, j'y envoie un officier du Lyonnais avec 30 hommes , sauf à augmenter ce nombre et à changer ce commandant. »
En 167*, Bletterans se rendit sans résistance aux armées de Louis XIV. Ce fut le marquis de Noroy qui s'empara du château.
Après le siège de 1637, Louis XIII avait confié la charge de gouverneur de la ville et du château à un nommé Prisque de Serville, dont la mémoire est encore abhorrée. Cet homme agissait en maître absolu, ne respectant aucun droit. Il s'était emparé d'un vaste terrain communal sur lequel il bâtit des forges. Les barrages établis sur la rivière faisaient refluer les eaux sur une grande étendue du territoire qu'elles inondaient. Non content de cet empiétement, il usurpa 515 arpents de bois de haute-futaie qu'il fit couper pour alimenter ses fourneaux. Les habitants étaient exaspérés. Serville écrivit à Louis XIV, le 15 septembre 1655, une lettre très flatteuse pour justifier sa conduite. Une plainte fut portée contre lui au parlement en 1 660. Un arrêt intervint qui ordonna à Serville de sortir du pays. Cette sentence resta sans exécution. Les habitants se firent justice euxmêmes. En 1665 , ils se portèrent en armes aux forges , les démolirent et chassèrent honteusement leur gouverneur.
Bletterans , comme le reste de la province , a été envahi et rançonné en 1813 et 1815.
Evénements divers. Cinq fois celte ville fut désolée, abymée par des incendies qui s'étendaient d'une de ses extrémités à l'autre (xie siècle, 1&27, U52, 1519 et 1637). C'est du reste à ces désastres qu'elle doit cette régularité , cette élégance qui la classent parmi les jolies petites villes du Jura. La Seillc, rivière capricieuse, s'est frayée des chemins avec violence sur plusieurs points du territoire. Bien des fois elle a
changé de lit. L'inondation de 1840 a détruit plusieurs ponts et englouti plusieurs maisons.
La révolution de 1789 fut accueillie avec enthousiasme par les habitants. Une soeiété populaire se forma et établit une correspondance avec celle de Lons-le -Saunier et de Paris. On célébra les fêtes de la république avec pompe. On n'alla pas plus loin , heureusement.