ADMINISTRATION ANCIENNE
Châtellenie. L'office de châtelain était militaire et civil; cet officier commandait la garnison du château, conduisait à la guerre et aux expéditions d'armes les vassaux du seigneur, administrait la justice aux justiciables , ordonnait les corvées et le paiement des prestations dues par les villages voisins. 11 prononçait, contre les retardataires, des amendes dont une partie lui appartenait. La châtellenie deBletterans avait le titre de vicomté. Elle fut inféodée à une famille originaire de Picrrecloux, en Mâconnais , qui prit le nom de Bletterans. Humbert de Bletterans vivait en 1 184. Il était l'aïeul de cet autre Humbert, vicomte de Bletterans, qui, pour la délivrance du roi Jean , en 1360, fut envoyé à Calais, en qualité d'otage, conjointement avec Aynard.
Plusieurs membres de cette maison ont été chanoines de Lyon et de Mâcon.
Ses armoiries étaient un écu de (fucules à trois molettes d'éperon d'or. L'historien Chevalier a attribué à tort ces armes à la branche d'Arlay dite de Blelterans-dcssus-lesautres.
Prévôté. La création de la charge de prévôt était une conséquence de la concession des franchises de 1285. Cet officier était chef de la commune ; il connaissait des diffe-
rends, des querelles et des dommages, punissait les délinquants par .des amendes pécuniaires, faisait des règlements de police , exigeait les droits du seigneur, enrendaiteompte et menait en ost les soldats de la prévôté, dont il était le capitaine né. Ainsi le vicomte conduisait à la guerre les gentilshommes, et le prévôt commandait les sergents de la commune; c'étaient les gens de pied.
L'usage s'introduisit à Bletterans, au xve siècle, de donner la prévôté à ferme. Une branche de la maison d'Arlay reçut cette charge en fief, et prit le nom de Bletterans-dessusles-autres. Henri d'Arlay, dit de Bletterans, chevalier, vivaiten 1 289.
Celte famille s'éteignit au xve siècle.
Au xvi* siècle , la prévôté fut réunie à l'office de maire ainsi que la justice de la vicomté.
Foresterie. Les sires d'Arlay donnèrent en fief à cette même maison d'Arlay, dite de Bletterans , l'office de forestier. Cette charge consistait dans l'inspection , la garde et le soin de la chasse, de la pèche et des bois. En 1303, monseigneur Guy-dessusles-autres, chevalier, fit hommage de ce fief; en 1309, il le céda en échange à Jean de Chalon-Arlay 1er, contre la seigneurie de Larnaud.
Gruerie. En 1692, Louis XIV subslitua aux anciennes institutions forestières de la province, de nouvelles juridiclions dites grueries. 11 en fut établi une à Bletterans, à l'instar des maîtrises royales. Les sentences du juge gruyer ressortissaient au parlement.
Administration de la grande communauté. Bletterans et Villevieux nommaient annuellement chacun un prud'homme, chargés d'administrer les biens communaux indivis entre eux. Ces échevins nommaient eux-mêmes les gardes et
agents forestiers, et tenaient plusieurs assises par an pour rendre leurs comptes et prononcer des amendes contre les délinquants. Cette juridiction fut aliénée en 1750, au profit du seigneur de Blettcrans qui l'unit à sa justice seigneuriale.
Bailliage. Les princes de Chalon, qui cherchaient à imiter en tout les comtes souverains de Bourgogne , instituèrent, auxiv0 siècle, dans leurs domaines , des baillis chargés de recevoir Tappel des sentences rendues par les prévôts et le juge châtelain.
Le bailliage de Bletterans était composé d'un juge , d'un greffier, d'un procureur d'office et de plusieurs sergents. Il y avait en outre trois notaires , dont on connaît les noms depuis le xvie siècle.
Mairie. On ne connaît point l'époque à laquelle s'opéra la révolution communale à Bletterans. Le premier titre dans lequel on y voit figurer un maire et des échevins, est de l'an U00. C'est le traité fait avec Claude de Vaudrey. Le 21 septembre 1447, Louis de Chalon-Arlay II , se plaignit à Philippe , duc de Bourgogne , de ce qu'au mépris de ses droits , les habitants se permettaient, 1° de s'assembler sans son consentement ; 2* d'instituer un maire et des échevins qui s'arrogeaient des droits de justice; 5° d'accenser leurs terrains communaux, dont ils n'avaient cependant que l'usage. Le duc de Bourgogne chargea son bailli d'Aval de faire une enquête. Un traité intervenu eu 1/152, confirma les droits des habitants.
Après la confiscation des biens de la maison de Chalon sur Guillaume de Nassau , les rois d'Espagne accordèrent au chef de la commune l'exercice de la justice de la vicomté, avec le titre de vicomte-majeur.
A partir de ce moment', la ville fut gouvernée par un maire et quatre échevins, outre le prud'homme de la grande communauté, tous élus par les habitants. L'élection avait lieu chaque année à l'hôtel -de-ville , le jour de la saint Sylvestre. Tous les bourgeois et notables avaient droit de voter. Aussitôt après son élection , le maire était averti en sa maison , d'où il était conduit à l'église pour prêter serment et assister au Te De dm. Les jours de fêtes et de processions solennelles , deux sergents de la mairie , avec le manteau rouge doublé de bleu et les armes de la ville gravées sur une plaque d'argent, la hallebarde sur l'épaule, la pointe en haut , venaient prendre le maire pour le conduire à l'église.
Ce magistrat avait la justice de police dans la ville et les deux faubourgs. Il avait le droit de taxer le pain, le vin , etc., de faire tous règlements, de prononcer des amendes contre les contrevenants et d'assister aux états de la province avec un des échevins. Philibert Fauquier assista aux états de 1662 et de 1666. Aux premiers , il fut nommé auditeur des comptes. Le notaire Rivière assistait, en qualité de maire, aux étals de 1788, ayant pour assesseur M. Desgouilles. Il était le doyen d'âge de la chambre du tiers-état ; ce triste privilège lui attira de la part de ses collègues les égards les plus flatteurs.
En 1 685 , on attacha à l'office de maire celui de capitaine de la ville.
Le maire et les échevins élus ne pouvaient refuser, sans payer un droit de dédit à la ville.
Blettcrans , trop pauvre pour racheter les offices municipaux, continua cependant â élire par tolérance un maire et des échevins jusqu'en 1771, époque à laquelle l'ofr fice de maire fut supprimé.
Privilèges et franchise* de la ville.
Les lettres circulaires d'Espagne ou des gouverneurs , traitaient les habitants de nobles bourgeois.
La commune possédait un hôtclde- ville avec beffroi , un sceau, un tambour pour la publication des édits , une belle milice bourgeoise, marchant aux jours d'assemblée avec drapeau, fifre et tambour. Pour entrer dans la bourgeoisie, il fallait être ni bâtard , ni de main-morte , produire une attestation de bonnes vie et mœurs, jouir d'une réputation sans reproche, professer la religion catholique , apostolique et romaine et payer à la ville une somme de cent francs , pour droit de réception. La commune avait la propriété de ses biens communaux, de ses murailles, de ses tours, de ses portes , de ses fossés avec pouvoir de les accenser moyennant une rente portant lods , seigneurie et retenue. Les habitants avaient le droit de chasse et de pèche.
Armoiries : d'azur au lion d'Espagne rampant d'or.
Sccau.Sur le sceau de la ville , le lion était couronné.
Adage. On disait autrefois : les chats de Bletterans.
Revenus et charges de la ville.
D'après des comptes des années 1605 et suivantes, on voit que les revenus de la ville se composaient, des rentes dues pour l'accensemcnt des tours, des échiflfes, des poternes, des communes d'Amont et d'Aval , pour la permission de construire des maisons sur les fendues ou canaux, de placer des serves dans les fossés, de l'amodiation de différents terrains communaux, des droits de lods , de retenue , du produit des amendes de justice de la mairie, du tiers des offrandes faites aux pardons de saint Jean et saint Etienne à Besançon , des recettes de fabrique,
du Jet de seize niquets fait chaque année sur tous les habitants, sans exception des nobles et gens d'église, du droit d'habitantage payé par les étrangers venant demeurer à Bletterans, du produit de la distribution du sel , du droit de vingtième denier perçu sur le prix de l'amodiation des glandées et vive-paisson des bois de la grande communauté, du droit de fabrique payé par ceux qui voulaient être enterrés dans l'église (ce droit était de 20 sols estevenants), du droit de charivari. Chaque veuf ou veuve se remariant était obligé, pour se soustraire au charivari, de donner une somme pour embellir l'église ou acheter un mousquet pour l'arsenal.
Les dépenses consistaient dans le salaire du recteur d'école, du marguillier, du gardien des portes , du prêtre chargé de distribuer l'eau bénite dans les maisons chaque dimanche , des bergers , dans le paiement des fondations religieuses et des rentes ducs par la ville à la suite d'emprunts.
Commerce et industrie au moyenâge. Le titre le plus ancien concernant le marché de Bletterans est Ja charte de franchises de 1285. D'après son contexte, on voit facilement que ce marché existait déjà depuis longtemps. La création des deux premières foires fixées, l'une au mardi après Quasimodo , et l'autre au jour de fête saint Denis , se perd dans la nuit des temps. Tombées en désuétude à la suite de la guerre et des pestes de xvne siècle , le marché et les foires furent rétablis par arrêt du parlement du 9 auût 1684. Le pèlerinage qu'attirait chaque semaine le culte de la Vierge miraculeuse , donna naissance à un second marché qui se tenait le samedi. Des lettrespatentes du 26 août 1769 , un décret
impérial du 13 novembre 4805, une ordonnance royale du 9 juin 1830, un décret présidentiel du 3 septembre 1 8SO ont autorisé les six foires et le marché qui existent aujourd'hui.
Les juifs avaient une table pour le change dans celte ville ; ils habitaient un quartier séparé appelé la rue du Tripot. Ils n'en furent chassés qu'en 1374» Les bouchers, au nombre de sept avant le siège de 1637, avaient une halle couverte pour la vente de leur marchandise, et des boutiques derrière , leur servant d'entrepôt , remplacées actuellement par la rue du Petit-Marché. Dans le seul faubourg d'Aval , on comptait cinq tanneurs, qui avaient leurs battoirs au moulin. Le moulin existait déjà en 1265 , mais il était fort petit. Ceux du Rondeau et des Aiguis ne remontent qu'aux xvue et xviu* siècles. Des forges établies par Prisque de Serville , en 1640 , fabriquaient surtout des plaques pour cheminées ; elles furent remplacées en 1704 par une • foule à tiretaine; détruite à son tour, ce n'est plus qu'une huilerie, dépendance d'un beau domaine que possède M. Baumal. La poterie de Bletterans jouissait autrefois d'une grande réputation.
Société de l'Arquebuse. Marguerite d'Autriche , comtesse de Bourgogne , permit , au commencement du xvi° siècle, aux bourgeois de Bletterans, de tirer le Papeguay à Tare, à l'arbalète et à l'arquebuse. Des immunités furent accordées à celui qui, plus heureux que les autres , serait le roi de ce jeu. On tirait à l'arquebuse sur l'une des tours du portail d'Aval , ou sur celles du château ; à l'arc contre le chêne des Bernardot , ou au pré des Buttes, et à la cible , sur le Seillon , du côté de la Tourniole, contre la tour du Loup ou contre une tour du château. Celui
qui avait mérité le titre de roi , était conduit en triomphe par la ville , aû bruit des salves d'artillerie. Les chevaliers, au nombre de 50 à 40, le conduisaient ensuite à sa maison, où un souper les attendait. La ville devait au vainqueur une somme de 15 francs, l'exemption de toutes charges et gabelles pendant un an. L'empereur, c'est-à-dire celui qui obtenait le prix trois fois de suite , était exempt de toutes charges pendant sa vie. De nouveaux statuts furent dressés le 2 mai 1668.