ÉTABLISSEMENTS CIVILS
Maladrerie. Un hospice pour les lépreux , connu sous le nom de Maison de Méseaux, fut fondé en 1 190 par le comte Etienne H, et détruit l'an 1500. Il était bâti dans la contrée de la Saugea , proche la rivière de Seille , et non loin d'un pont appelé pont Saint-Eloi.
Hôpital militaire. Jean de Chalon- Arlay 1er avait fait bâtir entre son château et la porte du bourg, dite porte de secours , un hôpital destiné exclusivement aux militaires de la garnison. Dévoré par l'incendie de 1453, il ne fut point rétabli. Les masures se voyaient encore en 1 637 .
Hôpital des bourgeois. En 1559, les bourgeois firent édifier à leurs frais , pour les pauvres malades de la ville, une Maison-Dieu , dont ils avaient l'entière disposition. La même année , le suffragant de l'archevêque de Besançon en vint bénir la chapelle. Placé hors de l'enceinte de la ville , entre le moulin et la porte d'Aval, il fut rasé, en 1595, par ordre du gouverneur de la place , qui redoutait l'arrivée de Henri IV.
Ecoles. 11 y avait, dès le xv8 siècle, une école de grammaire très florissante à Bletterans. Le recteur, payé par la ville, instruisait les élèves
jusqu'en troisième. Le bâtiment de l'école était dans la rue des Granges.
En 1759 , les carmes déchaussés furent chargés de l'éducation de la jeunesse jusqu'aux humanités.
nôtel-de*)ille. En 1409, c'està-diredcsle momentoù les habitants se permirent d'élire entre eux un maire et des échevins pour l'administration communale , ils eurent un local particulier pour la tenue des séances du conseil. Ils curent le courage d'établir leur maison commune en face même du château. Détruite par l'incendie de 1452, les réunions se tinrent dans le bâtiment de l'école. En 1752 , la ville acheta le bâtiment de l'avocat Bonjean, sur l'emplacement duquel fut construit , en 1818, 1* hôtcl-de- ville actuel.
Banc des criées. Depuis un temps immémorial , la ville jouissait du droit de faire l'adjudication de ses revenus patrimoniaux , sur un volet mobile flxé au devant d'une maison située en face de la place et proche de l'église. Cet usage encore suivi dans plusieurs cités de la Belgique et de la Hollande , rappelle exactement ceux du Forum antique.
Caserne. Depuis 1074 jusqu'en 1789 , le gouverneur de la province entretint à Blellerans une compagnie de 40 à 50 cavaliers, dont les chevaux étaient logés dans une caserne derrière l'église. Les cavaliers étaient logés chez les bourgeois.
ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX
Eglise. L'église date de 1290.
C'est en celte année que Jean de Lorraine , chanoine de Bruges , nommé curé deBIetterans en 1270 , par Aimon, abbé de Baume, et devenu médecin de Jean de Chalon-Arlay , en posa la première pierre en présence de l'abbé et des religieux de Fay , de l'ordre de Grammont. Quoique
simple église châtelaine, filiale de celle établie dans le quartier de la ville ( Villevicux) , dédiées toutes deux à la Conversion de saint faut, dont on célèbre la féte le 25 janvier, elle jouissait de tous les caractères et des prérogatives de la paroissialité.
De l'édifice primitif il ne reste que le chœur et la tour du clocher. Le siège de 1637 détruisit la nef et endommagea les chapelles. Les restaurations faites depuis cette époque ont été exécutées avec une telle parcimonie, qu'elles nécessiteront prochainement une reconstruction entière. L'église , dans son état actuel, ne se compose que d'une seule nef, dont la voûte est plus basse que celle du chœur, d'un clocher, d'un sanctuaire , d'une sacristie et d'une petite chapelle dédiée à Notre-Dame.
Le 8 octobre 1500, Jean et Claude Courlot frères fondèrent, au côté nord du chœur, une chapelle en l'honneur de Dieu , de Notre-Dame et de saint Claude. De 1500 à 1559, on construisit contre le côte septen- * trional de la nef , deux autres chapelles dédiées , l'une à saint Jean- Baptiste et l'autre à saint Roch et à saint Sébastien. Chacune d'elles était richement dotée. De 1706 à 1714 , on rebâtit la nef et sa voûte à plein cintre. En 1718 on recouvrit les chapelles; celle contre le chœur devint la sacristie. En 1754, Chambard, sculpteur à Besançon , originaire de Bletterans, exécuta le retable du chœur , le tabernacle et la chaire à prêcher. La même année , on plaça au fond du sanctuaire le grand tableau représentant la Conversion de saint Paul , peint par Guillot , de Besançon. En 1737, un horloger de Dole fit l'horloge qui est dans le clocher. En 1 746, la flèche du clocher, en pierre , de forme pyramidale à six arêtes , accompagnée de quatre
clochetons à ses angles , fut réduite dans sa hauteur. Vers 1820, celte aiguille élégante fut remplacée par un dome couvert en zinc, d'un euet pitoyable. En 1790, les chapelles furent murées pour servir à un usage profane. En 1841, M. Colin lit don du jeu d'orgues qui orne aujourd'hui la tribune.
Si on compare l'état actuel de cette église avec son état ancien, on se sent profondément attristé. Au xvie siècle , le chœur était séparé de la nef par de hauts balustres sculptés, que surmontait un gigantesque Ecce homo suspendu au plafond. Des stalles , exécutées avant 1315 , placées de chaque côté du sanctuaire , contenaient 22 places hautes et 14 pour le bas-chœur. Ces formes, avec lenrs Unes sculptures, leurs miséricordes historiées , fixent encore l'attention des curieux, malgré les mutilations qu'elles ont subies depuis quelques années. Un beau lutrin , sculpté avec une perfection infinie , ornaitle centre du chœur; treize autels, richement décorés, étaient placés dans le pourtour de la nef. Des calices, des ciboires, des soleils, des croix en argent massif, enrichies de ciselures et de pierreries ; une statue de saint Paul haute de 47 centimètres, aussi en argent, composaient le trésor de l'église. Une sonnerie harmonique de trois cloches et de plusieurs carillons annonçaient les offices et les fêles publiques. Les cérémonies religieuses étaient célébrées avec une grande pompe par un nombreux clergé. Des prédicateurs renommés venaient chaque année prêcher l'Avent et le Carême. Les chants étaient dirigés par une maîtrise des enfants de chœur et par des orgues dont on a retrouvé des débris il y a quelques années.
Familiarité, la multiplicité des
fondations donna naissance , au xtv* siècle , à un corps de familiers dans lequel n'étaient admis que les fils de bourgeois originaires de Bletterans.
Cette société formait un collège ayant son sceau particulier. Une sacristie , placée au sud du chœur de l'église , lui servait de salle capitulaire. Leur nombre était fixé à 14.
L'incendie de 1452 ayant dispersé les habitants, les familiers continuèrent leurs offices dans l'église de Villevieux. Vers celte époque, l'archevêque de Besançon décida par de nouveaux statuts , que les prêtres nés à Villevieux seraient admis dans la Familiarité.
Confréries. Les nombreuses confréries établies à Bletterans prouvent la piété et la charité de nos aïeux . La confrérie du Rosaire se forma en 1490 et se reconstitua en 1590.
Celles de saint Antoine , de saint Nicolas, de saints Crespin et Crépi nien, existaient avant 1598 ; celle de saint Paul fut érigée le 1er octobre 1635; de nombreuses indulgences furent accordées à ceux qui en faisaient partie. Celle de saint Roch et de saint Sébastien , créée dans le but de conjurer le fléau de la peste, fut autorisée en 1636 ; celle du Saint-Sacrement ne remontait qu'au 10 juillet 1 706.
La confrérie du Rosaire comptait , parmi ses membres des deux sexes , les personnages les plus considérables de la ville et des environs.
Cimetière. Le cimetière primitif était à Villevieux , autour de l'église paroissiale. Les bourgeois , moyennant une rétribution, étaient enterres dans l'enceinte de l'église de Bletterans : aussi , le pavé de la nef et du chœur , ne se composait-il que de tombes armoriées et sculptées que le marteau révolutionnaire mutila en 1793. En 1761, l'archevêque de Besançon autorisa à convertir en ci-
metière remplacement de l'ancien hôpital. Sa proximité de la ville en nécessita, en 1823, sa translation à la place qu'il occupe aujourd'hui. On se propose d'en créer un nouveau beaucoup plus vaste que le précédent , dans une contrée appelée le Bois-de-Vallière , au bord de la route de Dijon.
Chapelle de Notre-Dame-Miraculeuse. La légende qui rapporte l'origine du pèlerinage de Notre-Dame de Bletterans , est fort simple. En 1490, un cultivateur, labourant son champ, ramena à la lumière une petite statue en bois qui représentait la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus appuyé sur son bras droit, et à sa main gauche, un trésor. Cette image fut portée en grande pompe dans l'église, et déposée en 1500 dans la chapelle bâtie parles frères Courtot.
En 1590, le révérend père de Birgamo, gardien des capucins de Dole, étant venu prêcher le carême à Bletterans , transféra la madone et les offices de la confrérie du Rosaire dans la chapelle de l'hôpital , qui était vers la porte de France. Le bruit des miracles opérés par l'intercession de la Vierge, ne tarda pas à se répandre au loin. Le samedi de chaque semaine , on voyait accourir une foule de pèlerins des deux sexes venant depuis Màcon, Ghalon et Dijon. L'afiluence était telle, que sept gardiens munis de hallebardes étaient obligés de rester en permanence pour éviter les accidents. Les habitants se croyaient mieux préservés par la vierge que par leurs murs et leur château. En 1636, la crainte d'un siège les décida à transporter la statue dans la ville de Dole. Leur première pensée, au retour de la paix, fut de l'aller chercher. Une procession se déroulant sur plus d'une lieue de longueur, attendait le retour
des magistrats. En 1716, un nouvel oratoire fut construit sur l'emplacement de l'ancienne chapelle détruite par le siège de 1637. La madone y resta déposée jusqu'en 1789. Le jour de fête de la Nativité de la Vierge, 10 septembre, attire encore de nos jours beaucoup d'étrangers dans la ville. Malheureusement, ils paraissent venir moins pour prier que pour chercher de mondaines distractions.
Carmes déchaussés. Le 25 novembre 1664 , MM. du magistrat autorisèrent les pères carmes déchaussés de Salins, à établir un couvent de leur ordre à Bletterans; mais le parlement s'y opposa. On recourut directement au roi d'Espagne , qui leva cet empêchement le 7 septembre 1 666 , à condition que les religieux ne seraient qu'au nombre de cinq , qu'ils ne seraient pas à la charge de la ville, et que l'autorisation serait révocable au bout de 9 ans. Les carmes s'établirent provisoirement dans un quartier du château. Ayant reçu une assez forte dotation du sieur Marin de Bletterans , curé de Pannessières , ils achetèrent des princes de Nassau un terrain et des matériaux pour construire leur monastère. La ville, moyennant quelques sermons annuels, leur céda une partie des anciens fossés pour en faire un jardin.
Les constructions commencèrent immédiatement. Le cloître, à deux étages était vaste et commode. L'église avait son entrée sur la rue.
L'éditde 1649 sur les communautés ecclésiastiques menaçait cet établissement. Les habitants représentèrent que cette communauté leur était fort utile ; que les religieux, au nombre de 14, prodiguaient non-seulement les secours de la religion, mais qu'ils nourrissaient les pauvres, leurdistri-
huaient des médicaments en cas de maladie, et instruisaient la jeunesse.
Le roi consentit au maintien de ce couvent. La révolution de 1789 le supprima. Les biens furent vendus nationalement. Des maisons particulières furent bâties sur remplacement du monastère.
ÉTAT ACTUEL
Bletterans se divise en trois quartiers appelés la ville, le faubourg d'Amont et le faubourg d'Aval. Les maisons, alignées sur les deux côtés de la route départ, qui conduit de Lons-le-Saunier à Chalon et à Dijon, forment une rue appelée rue Louisle-Grand. D'autres rues moins importantes, portent le nom de rue des Granges, rue ftapoléon , rue du Petit-Marché , rue du Rondeau et rue de la Brèche. La régularité et la propreté de ces rues , le bon entretien des façades des maisons, la charmante promenade du Seillon, la place entourée de portiques et fermée d'une belle grille en fer, la perspective délicieuse qui se découvre de tous les points de l'horizon, les gracieux jardins suspendus aux flancs ducôleau de Paiema, font l'admiration des étrangers.
BIOGRAPHIE
Au moyen-âge , Bletterans était habité par une nombreuse noblesse, dont plusieurs membres sont parvenus à de hauts emplois. Ainsi, outre les deux familles dites de Bletterans, il y avait une des plus illustres branches de la maison de Vauldrey , des de Vers, de Roillard, de Blye, de Crevecœur, de Beaufort, de Laubespin, de Balay, de la Michaudière, etc. Les Fauquier, les Pourtier y occupaient les premières charges municipales. C'est dans celte ville qu'on trouve les an-
cêtres du fameux Jean Jouffroy»
évéque d'Arras , cardinal d'Alby > ambassadeur habile. Ils sequalifiaien* de sieurs de Bletterans.
Il est la patrie de :
Ferry Guyon (1505-1567), soldat sans naissance, mais plein de mérite et d'intrépidité , élevé par Charles- Quint au grade de lieutenant-général.
Antide Mangin (1741-1823), avocat au parlement de Paris , oratorien, membre de la congrégation des vicaires-généraux de l'archevêché de Bordeaux, bon médecin, auteur d'ouvrages estimés.
Dent* Faulquier , né en 1601 , curé de Saint-Anatoile de Salins, savant théologien.
Philibert Rivière, né le 27 novembre 1798, préfet actuel du département de la Charente.
Rivière , Etienne , vicaire-général de l'archevêché de Besançon , curé de la métropole de saint Jean- Baptiste , auteur d'un excellent catéchisme.
Rmère , Marc , frère du précédent, mort aussi vers 1828, chanoine de la cathédrale de Dijon.
Jean-Claude Blanchot (1771- 1835), sous-intendant militaire, décoré de plusieurs ordres, qui a administré la ville , en qualité de maire , pendant plusieurs années , avec autant de zèle que d'intelligence.
Claude -Marie Rousset (1769- 1833), capitaine décoré, ayant fait avec distinction toutes les campagnes de la république et de l'empire.
Pierre- François Robbe (1794), capitaine décoré, actuellement en retraite aux îles d'Yères.
Généreux Guerre, capitaine décoré , en retraite.
BIBLIOGRAPHIE
M. Etienne Rivière a laissé une notice manuscrite sur sa ville natale.
La monographie de l'église de Bletterans a été insérée par nous dans le compte-rendu de la sociélé d'émulation du Jura (1846). Une notice sur le château et les fortifications a été publiée par nous dans l'Annuaire du Jura de 1850. M. Monnier a donné des notes générales dans V Annuaire de 1841.
Mois» Blez, Bloys, Bloye, vg.
de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., porc, et bur. de poste de Voiteur ; succursale; à 8 kil. de Voiteur et 20 de Lons-le-Saunier.
Bâti au fond d'une vallée qu'encadre une ceinture de hauts rochers coupés à pic , il est limité au nord par Ladoye et Chàteau-Chalon , au sud par Nevy, à l'est par La m are , à l'ouest par Chàteau-Chalon. Le Chaumois-Martin , le Chaumois-Boivin et la Grange-Pariau , font partie de la commune.
Hauteur au-dessus du niveau de la mer : deBlois, 280m; du Chaumois- Martin , 434m ; du Chaumois-Boivin, 526m.
11 est traversé par les chemins vicinaux tirant au chemin de gr. corn.
n° 5, de BletteransàChampagnole , à Ladoye , à Nevy, à Lamare et aux Granges-sur-Baume , par la rivière de Seille , par le ruisseau de Blois , le bief d'Exterpois, le canal des Moulins et la source du Couloir.
Les maisons du village , groupées sur les bords de la Seille au fond de la vallée , sont construites en pierres et couvertes en laves ; les hameaux occupent le sommet de la montagne.
Pop. en 1790, 340hab.; en 1846, 343 ; en 1851, 326, dont 168 hom.
et 158 fem.; pop. spécif. par kilom.
carré, 60bab.; 73 maisons, savoir :
au haut du village, 49; au bas, 13; à la Grange-Pariau, 3; aoChaumois- Martin , 2 ; au Chaumois-Boivin, 6 ;
Les plus anciens registres de l'état
lerrit. , 540h 50*, divisés en 1725 parcelles que possèdent 152 propriétaires, dont 74 forains; surf, imp. 527h 91», savoir : 266h 86* en terres lab., U0h 49* en bois, bih 52* en vignes , 50b 39* en parcours, 22* 16* en broussailles , 14* 69* eu prés , 7h 46* en friches ,2° 11* en sol des propriétés bâties, 81* en jardins, 38* en mares et murgers, d'un rev. cad. de 6995 fr.; cont. dir. en principal , 1947 fr.
Le sol, d'une fertilité moyenne « produit du blé, de l'orge, de l'avoine , du maïs , des légumes secs , de la navette , des pommes* de terre, des fruits et surtout des noix, du vin d'une qualité ordinaire, du foin, des fourrages artificiels et du chanvre.
On exporte la moitié des vins. La récolte des céréales suffit à la consommation des habitants.
Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 cent, pour cent.
On élève dans la commune des mulets, des bêtes à cornes, des moutons , des chèvres et quelques cochons. 50 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire des sablières non exploitées, des carrières de bonne pierre à bâtir, des carrières d'excellent tuf employé à la construction des voûtes et des cheminées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier et de Poligny.
Il y a deux moulins, dont un à fi tournants à blé avec une scierie, un battoir à chanvre et une huilerie; un autre à 3 tournants à blé avec une huilerie , un battoir à chanvre et un martinet. Le seul patentable outre lej meuniers, est un marchand revendeur.
Biens communaux : une maison
commune servant de mairie , de logement à l'instituteur, et de salle d'étude fréquentée en hiver par 35 garçons et 30 filles ; elle a été construite en 1842, eta coûté i 1,000 f.; une église , un cimetière , un presbytère très convenable et à proximité de l'église , un cbalet dans lequel on fabrique annuellement 13,000 kilog. de fromage, d'abondantes sources non utilisées ; un grand nombre d'oratoires et lkbh i 1* de bois , pâtures et broussailles, sol des édifices publics, d'un rev.
cad. de 538 fr. 11c.
Bois communaux. 132h 32% dont fch 61* en exploitation annuelle; essence dominante : chêne , hêtre et charme.
Budget : recettes ord. 2896 fr.; dép. ord. 2455 fr.
NOTICE UISTORIQUE.
Le nom de Blois appartient à la langue celtique : Bleiz, Blaiz, signifie loup, dans plusieurs des dialectes de celte langue qui subsistent encore. Cette contrée fut en effet de tout temps peuplée de ces animaux.
De là sans doute est venu le dicton populaire, d'après lequel les Blésois sont appelés les loups de Blois. Un climat du territoire porte encore le nom de Louperesse. En adoptant cette étymologie, nous sommes forcé de reconnaître que l'origine de ce village remonte à une haute antiquité. Blois , formé d'abord de simples cabanes élevées sur le bord de la rivière de Seille, fut probablement brûlé par les Normands en 888 ou 889, lorsque ces barbares vinrent piller les abbayes de Baume et de Cbàteau-Chalon. Il se reforma au pied de la forteresse bâtie au sommet de la montagne, sur l'emplacement qui porte aujourd'hui le nom de C hâte le t. Le quartier dit du Bas
est plus récent. Les hameaux groupés sur la montagne ne remontent qu'au xvue siècle. Les premiers accensements de cette partie du territoire ne remontent qu'à 1642.
Le plus ancien titre qui mentionne ce lieu, est le dénombrement des possessions de l'abbaye du Château- Chalon, contenu dans un diplôme de l'empereur Frédéric 1er, roi des Romains , daté à Vorms, du 1 3 des calendes d'octobre 1 165. Quelques copies authentiques de ce diplôme portent la date de 1155. La perte du titre original ne nous permet pas de reconnaître où est l'erreur.
Seigneurie. Blois formait une seigneurie particulière , dépendant en justice haute, moyenne et basse, de l'abbaye de Chàteau-Chalon. En 1 7h 1 , les biens de l'abbaye ayant été divisés en trois lots , dont deux devaient former la manse abbatiale et le troisième la manse capitulaire, ce fief échut à l'abbesse; le chapitre n'y possédait que des vignes.
Droits seigneuriaux. Les habitants étaient soumis à la main morte réelle et personnelle. Ils devaient 2 corvées par an , au printemps et à l'automne, pour cultiver les biens de l'abbaye , une autre pour amener les bois et une quatrième pour aller chercher le produit des dimes dans les villages de la plaine. Les lods étaient dus au douzième du prix des ventes.
La dîme de blé et autres graines se percevait au douzième. L'abbesse avait la propriété de la rivière de Seille , les amendes , le droit de retenue, la chasse exclusive , la banalité du four et du moulin. Chaque ménage devait une poule et quatre mesures d'avoine. La communauté racheta la banalité du four, moyennant le cens annuel de quinze mesures de blé. Le moulin Brocard et le
moulin Griffon furent accensés et affranchis de la main-morte.
Administration de la justice. La justice était administrée en première instance par un juge châtelain. Le bailli de Château- Chalon connaissait par appel , des sentences du juge et de toutes les causes criminelles.
Eglise. Blois dépendait de la paroisse de Chàteau-Chalon. Il possédait une simple chapelle. Au xvu* siècle , l'archevêque de Besançon autorisa les habitants à avoir un cimetière et des fonts baptismaux. Le curé et les quarts-fiefs de Chàteau- Chalon furent chargés de la desserte de celte chapelle. En 1757, l'archevêque cédant aux vives instances de la population, y attacha un vicaire résident. L'église est dédiée à saint Gilles , abbé , dont on célèbre la fête le 1er septembre. Elle se compose d'un clocher avec horloge , de trois nefs Yoùtées, d'un vaste chœur coupé en deux par la table de communion et d'une sacristie. Des colonnes et des pilastres de l'ordre toscan, décorent l'intérieur de l'édifice.
Ce monument, sans être d'un style arclii tectonique très correct, est d'un effet agréable dans son ensemble.
Les nefs collatérales n'ont été ajoutées qu'en 1808. Parmi plusieurs tableaux qui ne sont pas sans valeur, on remarque celui qui a pour sujet une vierge tenant l'Enfant-Jésus dans ses bras. Un reliquaire en argent cruciforme, renfermant un morceau de la vraie croix, la lampe de la grande nef et un autel , proviennent de l'église abbatiale de Chàteau- Chalon.
Curiosités. Au sud de Blois , sur les bords de la Seille, on remarque des grottes ouvertes dans les carrières de tuf. Les eaux qui tombent des voûtes, en se crislalisant, y ont formé les dessins les plus fantastiques. Ces
cavernes servirent de retraite aux habitants des environs pendant les guerres du xvne siècle. Leurs parois sont couvertes de signatures de proscrits polonais , italiens , espagnols.
Nous n'avons pas été peu surpris de rencontrer de gracieux noms de femmes inscrits dans la partie des grottes dont l'accès est le plus périlleux.
BIOGRAPHIE
Blois est la patrie de M. Brocard, Jean-Etienne (1790), membre de l'académie de Besançon, et directeur au séminaire de cette ville.
Bi je, Blerr, Blesis, Bletis, Bledist Bliacum, Blied, Blyez , Blief, Blie, Befye , vg. de l'arr. et bur. de poste de Lons-le-Saunier, canton de Conliége , perc. de Vevy, succursale ; à 16 kil. de Conliége et 20 de Lonsle-Saunier.
Bâti à droite de la rivière d'Ain , sur une éminence en forme de cône tronqué qui s'élève au milieu d'un bassin entouré de montagnes couvertes d'épaisses forêts, il est limité au nord par Verges et Chàtillonsur-Courtine , au sud par Mesnois , à l'est par Cbarézier et Cbàlillon , à l'ouest par Publy et Verges. Le moulin et la ferme de Landrésia font partie de la commune.
Altitude : ft76m.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Chàtillon, à Mesnois, à Verges, à Liefnans, par les ruisseaux des Auges , du Daillon, qui y prend sa source , de Parcin , des Escaribets et le bief de la Palud. La rivière d'Ain sépare sur une grande longueur cette commune de celle de Cbarézier ; le ruisseau de Mont-Lion sert de limite entre Blye et Chàtillon sur un point peu étendu.
Les maisons, bâties en pierres,
sont couvertes en lares , toiles ou tavaillons; plusieurs ont un étage au-dessus du rez-de-chaussec. Elles sont alignées sur la rue comme dans les villes.
Pop. en 1790, 368 hab. ; en 4846, 409; en 4851 9 404, dont 493 bom. et SIS fem. ; pop. spéc.
par kil. carré, 36 hab. ; 97 maisons, 97 ménages; en 1737, il n'y avait que 57 feux.
Le jeunes gens émigrent pour aller au service à Lyon, à Paris et à Lons-le-Saunier.
Les plus anciens registres de Pélat civil remontent à 1652.
Cadastre exécuté en 1817 : surf, terr. 1072*06* divisés en 4246 parcelles que possèdent 208 propriétaires, dont 93 forains ; surf. imp.
4047h 57* , savoir : 427h 36* en terres lab. , 27 2h 22* en bois, 235h 51* en prés, 98h 15* en pâtures, 8h 42* en friches et gravières, 3h 52a en jardins, 2h 36* en sol des propriétés bâties, d'un rev. cad. de 19,612 fr.; cont. dir. en principal , 2313 fr.
Le sol , de fertilité moyenne, produit du blé , de l'orge , de l'avoine , du maïs, peu de seigle , des pommes de terre , de ia navette , des betteraves , peu de fruits , du foin et des fourrages artificiels.
et on importe tout le vin nécessaire à la consommation.
Il y avait autrefois de la vigne plantée sur le penchant de la colline de Mont- Lion , dan9 la contrée dite des Vignettes; il n'en reste pas de vestiges.
Le rev. réel des propriétés est de 2 pour cent.
On élève dans la commune quelques chevaux , des bètes à cornes , des moulons et des cochons. 50 ruches d'abeilles.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier et de Clairvaux.
On trouve sur le territoire des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille , exploitées.
11 y a 40 ans, on extrayait encore de la montagne de Mont-Lion, du minerai de fer qu'on lavait à la Pala , et qu'on conduisait ensuite aux forges de Clairvaux.
Commerce , industrie. 2 auberges, un maréchal-ferrant taillandier, 2 cordonniers, 1 moulin à 4 tournants , 1 battoir à blé , une scierie à bois.
Il y avait, au xvï* siècle, des fabriques de drap que les guerres du xvne siècle ont détruites. Une fruitière produit 8000 kil. de bon fromage.
Biens communaux : une église , un cimetière , un presbytère convenable, une maison commune en voie de construction, 2 fontaines en mauvais état et 507h 74* de bois , parcours, friches et gravières, d'un rev. cad. de 2269 fr.
Un instituteur tient l'école, fréquentée en hiver par 44 garçons et 24 filles.
Bois communaux : 244b 11*, dont 7h 23* sont en expl. annuelle; essences dominantes : chène et hêtre.
Budget : recettes ord. 5777 fr. ; dépenses ord. 3435 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Il est impossible de déterminer avec précision l'époque où une population agglomérée fixa sa demeure sur les bords de la rivière d'Ain , au sommet du plateau sur lequel s'étend aujourd'hui le village de Blye.
Les Séquanais y élevèrent probablement quelques huttes éparses , à la façon des peuples pasteurs. Mais \a
conquête de César donna certainement de l'importance à ce lieu. Une voie romaine de Besançon à la ville d'Antre par le Pont-du-Navois , Chàlillon, Mesnois, Poitte, appelée le chemin d'E$tray, traversait le village même. Une autre route appelée chemin Blanc ou chemin de Rète ( recla via ), partant de Ledo , passait par Perrigny , Saint-Etienne de Coldres, Briod , traversait la rivière d'Ain à Blye sur le pont des Chavannes (pons Cabanarum) et allait aboutir à la route qui, venant de Monnet, tirait aussi à la ville d'Antre par Clairvaux. Le croisement de ces chemins, le passage du pont auraient suffi seuls pour accroître l'importance de cette bourgade. La grande bataille livrée dans la Combe-d'Ain, à une époque postérieure aux grandes invasions germaniques , amena inévitablement sa ruine. A peu de distance et à l'ouest du village , s'élève du milieu d'une plaine marécageuse deux buttes rapprochées, dont la hauteur peut avoir 10 mètres et le diamètre 300. Ces mottes, appelées aujourd'hui les Molards, dues certainement au travail de l'homme , ont dû jouer un rôle au moment de ce combat. La plaine environnante est semée de tumuli. Le tombeau de la Grillière est le plus vaste de tous. On y a trouvé un grand nombre de squelettes parfaitement conservés , deux fragments de sabres en fer gros et courts , un mors de cheval en bronze, beaucoup d'armilles et d'anneaux en bronze, des plaques de baudrier en fer, damasquinées d'argent, une gaine en ivoire ou en os gravé , contenant un couteau de sacrificateur , des coupes de terre rouge sigillée , une patène en fer de forme élégante, pareille à celles que l'on trouve en Italie, des gobelets en verre à points bleus, des
fioles en verre blanc , une médaille en bronze de Constantin, une boucle à charnière et plaque en bronze, qui ressemble parfaitement parla figure, par le dessin et la position de l'animal fantastique qu'on y voit représenté, à celles de l'époque chrétienne que l'on rencontre des deux côtés du Jura. M. E. Clerc a reconnu derrière Blye, contre le bois, une villa incendiée qu'une petite voie pavée appelée en Picour, unissait à deux autres situées, l'une à côté de Meanois, et l'autre près de Poitte.
Au nord du village est la colline boisée de Mont-Lion, sur laquelle on croit qu'une légion romaine stationna après la grande bataille dont nous venons de parler. Quelques historiens font dériver le nom de Mont-Lion, de Mons Legionis; d'autres le tirent de la langue celtique.
Il signifierait alors une colline isolée au milieu d'une plaine, ce qui est conforme à la position topographique de cette montagne.
Le premier titre qui mentionne ce lieu est un décret de l'archevêque de Besançon, de 1111, en faveur d'Albéric, abbé de Baume.
Une charte de concession, émanée de Pétronille , abbesse de Cbâtean- Chalon, au profit de la chartreuse de Vaucluse , qui doit être antérieure à 1 183, porte que les religieux auront le droit de faire paître leurs bestiaux sur les terres du val d'Ain, depuis les villages de Blye, de Mesnois et le château de Binans jusqu'à leur cou- Vent. En citant ce titre, M. Monnier a traduit le nom de Matona par Marsonnay. C'est une erreur grave. Matona , Matonacum signifie Mesnois et non Marsonnay.
Seigneurie. Blye dépendait en toute justice haute, moyenne et basse de la baronnie de Binans. Le signe patibulaire s'élevait dans la
contrée dite aux Fourches. Il y avait plusieurs fiefs importants sur le territoire. L'un d'eux était appelé le Meix Thoirier. C'est celui qu'acheta en 1663, Emiland Paponet.
Ainsi, ce vassal n'acquit point le fief de Blye, comme le dit M . Monnier, mais un fief à Blye , ce qui est bien différent. Une famille noble de nom et d'armes possédait la prévôté de ce village en fief héréditaire. Cécile, veuve de Renaud de Blye et Délicate de Blye, sa fille, donnèrent en 1241 deux charges de sel aux frères de Vaucluse, à prendre au puits de Lédon ; Vauthier de Blye vivait en 1353, Guillaume en 1389, Bon de Blye en 1442. Ce dernier, employé à la cour des princes d'Orange, fut lâchement assassiné par ordre de Guillaume de Chalon-Arlay.
Franchises. Renaud de Bourgogne , comte de Montbéliard et sire de Binans , par une charte du mois d'août 1303, concéda aux habitants de Blye des franchises municipales qui furent renouvelées le pénultième jour d'avril 1363, par Hugues de Vienne, sire de Pagny, et par Henriette de Chalon sa femme. Elles ont été reconnues par le bailli de la province à Besançon, les 24 juillet 1461 et 10 novembre 1688. Nous en publierons les dispositions principales, en écrivant l'histoire de la seigneurie de Binans, n'ayant pu nous procurer encore que des extraits de ce titre. Renaud de Bour gogne donna aux bourgeois la propriété des marais , des bois et des pâturages compris dans le territoire de la commune ; ce fut là pour elle une cause puissante de prospérité.
Les habitants devinrent industrieux et se créèrent des ressources nouvelles.
Etat ancien. Blye était au moyenàge, divisé en deux quartiers princi-
paux , qualifiés l'un de bourg, castrum, et l'autre de ville, villa; dans ce dernier se trouvait l'église paroissiale. Le faubourg des Chavannes était autour de la place qu'occupe aujourd'hui le moulin et près du pont actuellement détruit. Les vestiges des fortifications du bourg sont disparus. Quelques maisons construites dans leur enceinte , s'appellent encore sur les Chauffaux.
Evénements divers. En 1307 , l'abbé de Saint-Claude , accompagné de plusieurs seigneurs, recevait dans ce village l'hommage des seigneurs de Verges , de Binans et de Beauregard, pour les portions de dîmes qui leur avaient été inféodées. Louis de Verges en avait un huitième; Marguerite, dame de Beauregard, un huitième, et les seigneurs de Binans, deux huitièmes.
Dominé par les châteaux de Binans, de Beauregard, de Mont- Saint-Sorlin , de Clairvaux, Blye eut à souffrir de tous les maux que pouvaient occasionner le voisinage de vassaux puissants et rivaux et la guerre étrangère. On trouvera dans l'histoire particulière de ces châteaux , tous les faits historiques qui intéressent cette localité. En 1671 , Lacuzon accablait tellement les habitants de réquisitions depuis le château de Binans, qu'ils menaçaient tous de s'enfuir. En 1674, le marquis de l'Aigle, avec une compagnie de cavalerie, les chargea d'impôts et de frais de logement. En 1648 , ils avaient déjà été frappés d'une contribution énorme. En 1667, le sieur Vernier, curé de Blye, venant de célébrer la messe à Verges , fut assassiné en plein jour par un de ses paroissiens, qui fut arrêté en Suisse et mis à mort. Un chêne très ancien est conservé cnmme un témoin de ce crime. En 1789, la révolution trouva
de chauds partisans à Blye; les églises et les chapelles furent fermées , les croix brisées , les titres les plus précieux de la commune jetés dans les flammes sur la place publique. En 1803, un incendie réduisit le village en cendres. C'est probablement à ce désastre qu'est due la régularité actuelle des rues et l'élégance des maisons.
ÉTABLISSEMENTS CIVILS ET RELIGIEUX
Abbaye de Saint-Germain. M. D.
Monnicr cite comme une simple tradition l'existence d'un monastère dédié à saint Germain , bâti au bord du bois de Landrézia. Il ignorait sans doute que dans une charte datée du 17 des calendes d'août (16 juillet H 81), Humbert, archevêque de Besançon , confirma à Odon II , abbé de Saint-Oyen-de-Joux, les donations ou les acquisitions qui avaient fait entrer dans le domaine de son abbaye les églises de Vernanlois, de Landricia, etc. Ce lieu de Landricia n'est autre que Landrézia.
C'est comme propriétaires de ce couvent que les abbés de Saint-Claude avaient le patronage de l'église et une partie des dixmes de Blye. Du reste, la chapelle du prieuré existait encore en 1789, et n'avait point cessé d'être un lieu de pèlerinage.
L'emplacement du puits , les fondations de la chapelle et du clottre étaient encore reconnaissantes il y a peu d'années. Une ceinture de fossés enveloppait l'enclos prieural.
En 1336, le prieuré de Saint- Germain fut uni à l'office de pitancier de Saint-Claude. En 1467, le chapitre, aux droits du pitancier, accensa le bâtiment prieural et le jardin à Renaud Féréol, de Blye, sous le cens d'un sol portant lods , droits de directe et seigneurie.
Maladrerie. Un climat du terri-
toire porte le nom de Malatière. C'était l'emplacement d'un hospice destiné aux lépreux. On ignore par qui et à quelle époque fut fondé cet établissement. Ses biens furent unis au xvi* siècle à ceux de la cure.
Eglise. Un diplôme de l'empereur Frédéric 1er, roi des Romains, de l'an 1 184 ou 1 185, confirma à l'abbaye de Saint-Claude la possession de l'église de Blye. Après le partage des manses qui eut lieu avant 1304, le chapitre devint le patron de cette église. Les abbés de Baume n'y avaient d'autres droits que celui de prélever deux pareils de blé sur les dîmes. L'infirmier de Saint-Claude prélevait 4 quartaux de blé sur ces mêmes dîmes , en vertu d'une donation faite en 1277, par Girard et Albéric, de Verges, qui les retinrent seulement en fief.
L'édifice actuel , placé sous le vocable de l'Assomption, dont on célèbre la fête le 15 août, est intéressant par son antiquité. II se compose d'un clocher, d'une nef et d'une sacristie. Des restaurations faites sans goût l'ont mutilé.
Des murs de près de 2 mètres d'épaisseur, percés de fenêtres basses, étroites et évasées en dedans, sont d'un style antérieur au xue siècle.
La voûte ogivale date du xme siècle.
Le clocher a été reconstruit en 1787. On a eu le mauvais esprit de placer dans les ouvertures romanes des fenêtres ogivales. Une pierre gravée fixée au mur méridional delà nef, rappelle une fondation faite en 1400 par François Nicolot, écuyer, et Fernette de Binans , son épouse.
Chapelle Sainte-Foix. Il existait à l'extrémité septentrionale du territoire, dans le climat dit à la Chapelle, un oratoire dédié à sainte Foix. Détruit au moment de la révolution , la statue de la sainte fut
déposée dans régi ise paroissiale, où un autel lui est consacré.
Blye a donné le jour à Xavier Buffet (1760-1835), capitaine décoré; à Jean-Pierre Buffet, mort en 1815, capitaine du génie, décoré; à Jean- Baptiste Hugonet, industriel agricole, inventeur d'instruments aratoires dont l'usage généralement répandu atteste l'utilité, et à plusieurs estimables ecclésiastiques encore vivants.
Bois-d'Amont, les Landes , les Rousses, vg. de l'air, de Saint- Claude, cant. et perc. de Morez, bur. de poste des Rousses , succursale; à 30 kil. de Morez, 48 de St.-Claude et 78 de Lons-le-Saunier.
Bâti au fond de la profonde et régulière vallée de l'Orbe, que longe à Test la haute montagne du Mont-Noir ou Noirmont, et à l'ouest le Mont- Rixou couverts de sapins, il est limité au nord parBellefontaine, Chapelle-des-Bois(Doubs) et la Suisse, au sud par les Rousses et la Suisse, à l'est par le canton de Vaud (Suisse), et à l'ouest par les Rousses , Bellefontaine et la Gbapelle-des-Bois. Le Crétet, la Frontière, les Landes d'Aval et le Vivier font partie de la commune.
Hauteur au-dessus du niveau de la mer, 1178 mètres.
Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 29, de Morez au Brassus, par les chemins vicinaux tirant au Brassus (Suisse), au Vivier , au chemin de gr. com. n° 29, vers chez les Meuniers , à la Frontière et au Vivier, par la rivière d'Orbe, par les ruisseaux dits le Regad , le Bouillon et le Crétin qui ont leurs sources sur le territoire qu'ils traversent en par tic.
Les maisons , bâties en pierre et courertes en bardeaux, ont presque toutes un rez-de-chaussée et un premier étage ; elles portent sur l'entrée principale la date de leurs constructions.
Pop. en 1790, 934 hab.; en 1846, 1381; en 1851, 1511, dont 802 hom. et 709 fem.; pop. aggl., 122; éparse, 1389; 239 maisons, dont 58 au Crétet, 80 à la Frontière , 49 aux Landes-d'Aval et 52 au Vivier.
Onze familles ont émigré depuis 2 ans pour la Californie.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1724.
Cadastre exécuté en 1822: surf, territ. 1206h 40*, divisés en 3059 parcelles que possèdent 350 propriétaires, dont 20 forains; surf, imp. 1193b 50a, savoir : 473h 49* en bois-futaie , 301h 23* en terres lab., 227h 69* en pâtures, 103h 21* en prés , 82h 06* en broussailles et friches, et 5h 80* en sol des propriétés bâties, d'un rev. cad. de 1490 f.;cont.dir. en princ, 3788 f.
Le sol , très froid et peu fertile , produit de l'orge , de l'avoine , des pommes de terre , du lin et du foin.
Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 cent, pour cent.
On importe les 4|5 des céréales et tout le vin nécessaire â la consommation.
On élève dans la commune des vaches et des chèvres. 20 ruches d'abeilles. On achète au dehors les chevaux employés aux travaux agricoles et au roulage.
On trouve sur le territoire des tourbières, des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille.
On fabrique 30,000 kil. de fromage de très bonne qualité, façon Gruyère et façon Seplmoncel.
11 y a 4 moulins , dont un à trois tournants , 9 scieries à bois pour le
commerce , dont i à 4 lames , 4 à 2 lames et 4 à une seule lame.
Les patentables sont 6 aubergistes , 3 marchands épiciers , 10 marchands de bottes en sapins, 2 maréchaux taillandiers, 2 marchands de vin en gros et 5 horlogers.
Les habitants négligent l'agriculture pour se livrer à l'industrie.
Ils s'occupent presque tous d'horlogerie et de la fabrication de boites à cirage et d'emballage, de malles, de caisses d'horloge et de fromage.
Foires. Il se tient 2 foires , fixées Tune au troisième lundi de mai et l'autre au troisième lundi de septembre. On y vend du bétail à cornes, des chevaux, des chèvres, de la mercerie et de la quincaillerie. La population fréquente les marchés de Morez.
Biens communaux : une église , un presbytère en mauvais état , une maison commune insuffisante et mal entretenue , une pompe à incendie desservie par une compagnie de pompiers.
L'école des garçons est tenue dans la maison commune et dirigée par 2 frères de la doctrine chrétienne du diocèse de Nancy, dont la maisonmère est à Vézelize (Meurthe). L'école est fréquentée en hiver par 1 10 élèves et en été par 120. 34 sont reçus gratuitement; il y a 9 internes.
Les frères logent au presbytère ainsi que l'institutrice laïque avec la sousmaitresse ; l'école des filles est fréquentée en hiver par 100 élèves.
Il serait urgent de construire une maison commune qui contiendrait la mairie, les écoles, les logements des instituteurs , des institutrices , la salle de pompe à incendie, et d'utiliser quelques-unes des nombreuses sources qui se trouvent sur le territoire, en établissant des lavoirs et des abreuvoirs.
Budget : receltes ord. 3098 fr.; dép. ord. 2328 fr.
Bureau de bienfaisance. Rec.
ord., 180 fr.
Un quartier de Bois d'Amont s'appelle au Vivier. Nous avons remarqué que cette dénomination indique presque toujours la place d'un établissement romain. Ainsi, l'hypocauste trouvé en 1811, sur le territoire de Guisia , était dans un climat appelé le château du Vivier.
L'historien Chevalier trouva près du célèbre monument des Chambrettes , dans la plaine de Poligny, les ruines d'une villa près de la fontaine des Viviers. Nous pourrions citer une foule d'autres exemples à l'appui de notre opinion. Un ancien chemin traversait la vallée de l'Orbe à l'époque où les religieux de Saint- Claude accensèrent le territoire des Landes. Cette route reliait la voie de Jougne à celle de Saint-Cergues.
Ces faits suffisent pour prouver que le territoire de Bois-d'Amont fut habité avant le xvi* siècle. Les anciens habitants furent probablement détruits par la peste de 1349, qui dépeupla entièrement nos montagnes.
En 1351, les terres de Chatelblanc restaient désertes à la suite de ce fléau. La paroisse de Longchaumois était également devenue une solitude.
Seigneurie. Bois-d'Amont dépendait de la seigneurie dite de la Mouille ou de la Pitance, qui appartenait aux religieux de Saint-Claude.
Ce village fit cause commune avec ceux des Rousses, Bellcfontaine , Morbier, etc., pour s'affranchir de la servitude. (Voir sur ce sujet l'article Bellefontaine.)
Histoire. En 1541, le chapitre de Saint-Claude accensa à Charles Gi-
rod , une place dite au Vivier, près le lac des Rousses , qui devait s'étendre dès le baut du Crétet jusqu'au bas du Vivier. Le 12 septembre 1549, il accensa à trois particuliers de Morbier, à huit de la Mouille et à six de Bellefonlaine , acquérant tant en leurs noms qu'en ceux des autres manants et habitants de ces localités qui voudraient se joindre à eux, les communaux , montagnes et Joux- Noires rière le territoire des Rousses , les monts Rixou et Treslarce , et en général tout ce qui dépendait de la seigneurie de la Mouille, depuis le pré Rodet jusqu'à la Roche-Bellefrancbe, de cette roche au lieu des Auges, au sommet de la Chaux-Sèche, au point où elle forme une échancrure; le rocher des Chalettes devait servir de limite au nord et le pré de Treslarce au couchant , en suivant le grand chemin public de Morbier à Saint- Cergues. La concession s'étendait à l'est et au sud jusqu'aux limites du pays de Vaud et de Saint-Cergues. Elle comprenait une surface de deux lieues de longueur et d'une lieue et quart de largeur. L'accensement fut consenti moyennant la rente annuelle de 1 8 gros vieux et une somme de 600 écus d'or au soleil et de poids au coin du roi de France, qui devait être employée aux réparations de l'église abbatiale. Il fut stipulé que les habitants seraient tenus de diviser entre eux le terrain cédé , par égale portion, de le défricher, de le mettre en culture et de n'en vendre aucune partie à des étrangers qui ne seraient pas sujets de la seigneurie de la Mouille. Le chapitre eut soin de se réserver les précédents accensements compris dans ces limites. En 1557, les trois communautés de la Mouille , Morbier et Bellefontaine firent entre elles le partage du terri-
toire qu'elles avaient acquis. Le revers occidental du Noirmont ne tarda pas à se couvrir de chalets. Les Suisses s'émurent de ce voisinage.
Les luttes continuelles qui s'engagèrent à l'occasion des limites devinrent funestes aux habitants des Landes.
Les Romains étaient encore maîtres de notre pays, que les Allemands fixés dans la Suisse cherchaient déjà à anticiper sur le revers occidental du Mont-Jura. Lorsque les Bourguignons abandonnant la Savoie eurent pris possession de la contrée que longe à l'orient le Noirmont et le Rixou, on les vit chaque, jour aux prises avec ces mêmes Alamans.
Tantôt ces derniers descendaient des montagnes et portaient la dévastation dans la terre de Saint-Claude, tantôt ils étaient repoussés par les Bourguignons jusqu'au Rhin. En 608 surtout , la lutte fut atroce.
Dans son diplôme de l'an 791, l'empereur Charlemagne s'appliqua a déterminer d'une manière précise les limites des 45 on 20 lieues de terrain qu'il donnait à l'abbaye de Saint-Oyen. Il comprenait tout l'espace compris dès le Brassus , le long de l'Orbe, jusqu'au sommet du Noirmont , comme l'eau découle ( sicut pendet aqua), et dès le long de l'Orbe jusqu'au point où cette rivière se perd dans un creux, aux Alpes et au chemin qui venait par le milieu de la Perrière , en suivant le cours de l'eau de la Valserine jusqu'au bief Brun. Des diplômes de l'empereur Lothaire (855) , de l'empereur Frédéric 1er (1175 et 1184) , de Frédéric II ( 1238 ), d'Henri VII (131 1), de Charles IV (1560), de Sigismond (U15 et 1434), confirmèrent dans les mêmes termes la donation de Charlemagne. Par suite d'une erreur déplorable, Frédéric
ior reconnut, en 1178, que les possessions de la Chartreuse d'Aujon s'étendaient jusqu'à l'Orbe, et comprenaient par conséquent la montagne de Noirmont et le territoire des Landes. En 1 1 84 , l'archevêque de Vienne et Tévèque de Tarentaise , furent chargés de statuer sur les difficultés que faisaient naître chaque joue ces dispositions contradictoires.
Lorsque les Suisses , subrogés aux droits delà Chartreuse d'Aujon, virent les Bourguignons avancer leurs chalets jusqu'au sommet du Noirmont (1557), ils se livrèrent aux excès les plus violents. Les baillis de Nyon et de Morges ordonnèrent d'enlever les habitants, de saisir leur bétail , de piller et de brûler leurs maisons. Le roi d'Espagne chargea ses délégués de s'entendre avec ceux du canton de Berne pour terminer à l'amiable une querelle qui pouvait amener une conflagration. Après une vue de lieux, les Commissaires suisses déclarèrent n'avoir pas d'autre pouvoir que celui de faire un rapport. Le choix des arbitres, et par conséquent tout accommodement , furent ajournés d'un terme à l'autre. Enfin, en 1575, le 3 août, les arbitres, désignés au nombre de deux pour chaque partie , à la suite d'opérations préliminaires assez longues, dressèrent un procès - verbal portant règlement des frontières du côté de Saint-Claude. Les députés de Bourgogne l'acceptèrent sans discussion, mais ceux de Berne ne voulurent point l'accueillir, en motivant ce refus sur l'insuffisance de leur mandat. La diète arrêta, dans sa séance du 13, que, pour le maintien de l'amitié et du bon voisinage, il serait pourvu , de part et d'autre , à ce que l'on n'attentât ni n'innovât aucune chose quant aux limites , et
qu'en cas d'entreprise ou nouvelleié la connaissance lui en serait dévolue pour juger soit par sentence définitive , soit par une autre voie plus agréable aux deux états souverains.
Les voies de fait se continuaient. Le souverain du comté de Bourgogne , dont toutes les tentatives de conciliation avaient échoué, montrait une juste impatience d'arriver au terme de cette lutte déjà si longue ; il semblait disposé à en finir à tout prix.
Les envoyés à la diète du mois de novembre 1586, Jean deGilley, seigneur de Marnoz , et l'écuyer Vincent Benoit, offrirent de sa part d'abandonner la contestation au jugement de cette assemblée. Cette proposition fut renvoyée à une nouvelle diète qui l'accueillit l'an suivant. La diète proposa, en 1588, au roi d'Espagne, de désigner trois ou quatre personnages de la Confédération, à son choix, que l'état de Berne ferait le semblable ; qu'ils visiteraient les territoires contestés , et auraient le pouvoir de vider le différend par amiable composition ou par sentence judiciaire. Les Bernois entravèrent celle négociation par toutes sortes d'influences ; ils firent valoir une foule de moyens dilatoires , mirent en jeu d'indignes pratiques, renouvelèrent les attentats et les voies de fait les plus graves. C'est ainsi que, le 17 juin 1593, 50 hommes armés , du bailliage de Nyon , envahirent inopinément la vallée des Landes avec tambour et fifre sonnants; non contents de se livrer au pillage, ils mirent le feu à 17 maisons : 20 habitants, dont plusieurs avaient été blessés en se défendant, furent garotlés et emmenés prisonniers par ces misérables qui annoncèrent l'intention de faire pis encore, si la population de la vallée persistait à méconnaître la souveraineté do
Berne. Ces excès se renouvelèrent I jusqu'en 1605. Deux ans ayant, l'archiduc Albert , gouverneur général des Pays-Bas , avait derechef pressé le sénat de se conformer à l'arrêté de la diète , lui mandant qu'il était prêt dès longtemps à nommer des arbitres. Le choix de Berne tomba sur les bourguemestres de Zurich et de Schaffouse, celui de l'archiduc s'était porté sur les envoyés de Fribourg et de Lucerne. Ces juges, après avoir planté 5 bornes, notoirement insuffisantes pour une opération qui embrassait quinze lieues d'étendue , rendirent une sentence le 31 juillet 1606, par laquelle la terre de Saint-Cergues, appartenant à l'abbaye de Saint-Claude, fut attribuée au canton de Berne , avec déclaration que la Bourgogne ne pourrait jamais revendiquer les terrains compris au-delà des limites, lors même qu'elle viendrait à recouvrer des titres d'une incontestable évidence. Le dommage causé aux propriétaires de la frontière troublés dans leur repos et dans leur fortune, les déprédations dans les forêts, les anticipations sur les communaux, les violences de toutes natures provoquèrent des plaintes si énergiques et si unanimes, que les Etats de la province se firent un devoir d'adresser à la veuve d'Albert (Isabelle d'Espagne) , qui gouvernait les Pays-Bas et la Franche-Comté, l'instante prière d'apporter un remède efficace à tant de maux. Des conférences s'ouvrirent aux Rousses en 1631 ; le baron d'Oiselet et le président Boivin , représentaient le comté de Bourgogne. Elles durèrent 3 ans sans produire aucun résultat. La question principale était de savoir où devait se planter la borne vis-à-vis Bois-d'Amont. Depuis le fond de la vallée, le Noir-
mont présente une première arête sur laquelle s'appuie une espèce de plateau. De ce plateau s'élève une seconde montagne. Les plénipotentiaires comtois soutenaient avec raison que les Bourguignons devaient avoir tout le revers occidental du Noirmont jusqu'à son arête la plus élevée , aux termes de la donation de Charlemagne ; les Suisses soutenaient que la plus basse arête devait servir de limite. Les Bernois avaient tout à gagner en temporisant, à une époque où notre province , accablée à la fois par tous les fléaux , suite de la guerre , s'apercevait à peine des usurpations isolées de ses avides voisins.
Le retour de la paix ramena celui des conférences et celles-ci se terminèrent par un traité du 8 septembre 1648, rempli de concessions arrachées à l'épuisement du pays.
Cet acte , qui devait fixer irrévocablement la ligne des frontières, fut suivi d'une plantation de bornes effectuée le 21 juillet 1649 , par les commissaires des deux Etats. En 1606, la commune de Bois-d'Amont s'étendait presque au-dessus du Noirmont; par le traité de 1648, les Suisses venaient jusqu'au bas de cette montagne. Parla transaction de 1 648, il avait été positivement convenu que la délimitation ne portait aucune atteinte aux droits des particuliers, et que les propriétaires continueraient de jouir de leurs héritages comme par le passé. Cependant, le bailli de Romain-Mouthier autorisa les nobles et bourgeois de Morges à faire déguerpir tous les Comtois qui habitaient le revers occidental du Noirmont. Les Vandel , les Ruffet , les Arbei , les Foreslier- Guenier , les Delacroix et autres furent impitoyablement chassés de leurs maisons. Les Suisses s'empa-
rèrent par force d'une partie des biens des particuliers de Bois-d'Amont, qu'ils donnèrent en accensement ( 1661 ) à Nicolas Orzonkouskyf gentilhomme polonais et seigneur de Martherey, ainsi qu'à la commune de Béguin. Un partage eut lieu immédiatement entre ce seigneur et les habitants de ce dernier lieu. Les Loges et les Petits-Plats se trouvèrent ainsi confisqués. En 1 704, le conseil de Berne fut obligé de recommander aux forestiers de laisser les Bourguignons jouir en paix des biens qui étaient dans les limites suisses. Ces ordres restaient sans exécution. Le 15 septembre de la même année, 50 hommes à pied et 8 cavaliers des environs de Morges s'emparèrent d'un troupeau de 18 vaches appartenant à un propriétaire de Bois-d'Amont et du berger qui les gardait. Les gens du voisinage, accourus pour s'opposer à cet enlèvement, furent maltraités ; cinq d'entre eux furent conduits aux prisons de Nyon. Le 8 avril 1727 , trente habitants de Bois-d'Amont achetèrent la montagne des Petits-Plats; ils en furent dépossédés en 1775.
En 1780, les Bernois eurent l'audace de creuser un fossé de 5 pieds de largeur et de quatre de profondeur dans la vallée des Landes , et de construire un mur de 1 1 2 pieds de long sur un terrain qu'ils voulaient anticiper. LecuréGraudmottet engagea à cette occasion une correspondance fort vive avec le bailli de Nyon.
Le Vv septembre 1790, les habitants présentèrent une requête au sujet des vexations qu'ils éprouvaient encore de la part des Suisses et de celles qui résultaient d'une ordonnance de l'intendant de Franche-Comté, du 14 juin 1775, qu'ils traitaient de monument révoltant et
incroyable de despotisme. Quelques représailles sans gravité eurent lieu en 1807 et en 1822. Aujourd'hui le calme est revenu; mais il n'en est pas moins vrai que le canton de Berne, par des moyens que le succès peut seul légitimer , s'est emparé d'une lisière de 25 lieues sur un quart, une demi-lieue et même une lieue en largeur , aux dépens du comté de Bourgogne , dont il avait mission de protéger l'intégrité, en vertu de l'alliance héréditaire de 1511.
Paroisse, Les Landes dépendaient dans l'origine des paroisses de Long* chaumois et de Septmoncel , de l'ar chiprétré d'Ambronay et du diocèse de Lyon. Elles en furent démembrées en 1613, époque à laquelle le village des Rousses fut érigé en cure.
En 1664, le chapitre de Saint-Claude autorisa l'érection d'une chapelle à Bois-d'Amont, sur un terrain amorti gratuitement, a charge par les habitants de l'entretenir et de la doter.
Le 17 mars 1724, l'archevêque de Lyon convertit cette chapelle en succursale ; l'évéque de Saint-Claude , le 25 avril 1771 , lui donna le titre de cure.
Eglise, L'église , placée sous le vocable de la Nativité de la sainte Vierge , dont on célèbre la fête le 8 septembre, se compose d'un clocher, de trois nefs, d'un sanctuaire, d'une sacristie et d'une grande tribune.
La nef est divisée en quatre travées par des piliers octogones irréguliers et sans chapiteaux. Le sanctuaire est de style ogival ; il porte la date de 1666. Les autres parties de l'édifice sont de construction récente. Le clocher, à base quadrangulaire , est couronné par un disgracieux dôme à base circulaire. Un plancher en bois de sapin remplace les froides dalles dont on pave d'habitude les églises.
Ce village a vu naître François- Léon Michaud, (1776-1847) et Joseph-Alexis Crétin, (1777-1843 ), tous deux officiers de l'empire, décorés , et Jean-Baptiste Arbel, né le 17 juin 1655, mort le 11 juin 1836, docteur en théologie , chanoine d'honneur de l'église primatiale de Lyon , curé de Saint-Etienne , à Roanne. Sa vie, pleine d'intérêt et d'actions honorables, a été recueillie par M. CI. Meunier, son ancien vicaire, dans une notice historique de 131 pages , imprimée à Roanne en
Bolft-de-Gand, vg. de l'arr. de Dole, cant. de Chaumergy, perc.
actuelle de Vincent et future de Cornmenailles, paroisse de Vers-sous- Sellières ; à 6 kil. de Chaumergy, 30 de Dole et 25 de Lons-le-Saunier.
Bâti en plaine, sur un terrain légèrement ondulé, il est limité au nord par Chaumergy et Francheville, au sud par Froideville et Recanoz , à Test par Vers-sous-Sellières et à l'ouest par la Chaux. Il se divise en plusieurs quartiers , appelés rue de l'Etang, rue d'Eyge , rue de Chaumergy, route de Sellières , rue de la Chaux à Francheville et rue Guillemin.
Hauteur au-dessus du niveau de la mer, 230m.
11 est traversé par les chemins de gr. com. n° 1 , de Sellières à Bellevesvre, et n° 14, de Sellières à Saint- Jean-de-Losne , par les chemins vicinaux tirant à Froideville, à Chaumergy, à Francheville et par trois branches du bief de l'Etang-du- Prince. *
Pop. en 1790, 190 habit. ; en 1846, 199; en 1851 , 193, dont 93 «ora. et 100 fem.; pop. spéc. par
kil. carré, 56 habit.; 41 maisons; 43 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792; ceux antérieurs sont à Vers.
Cadastre exécuté en 1829 : surf, territ. 324h 65% divisés en 771 parcelles que possèdent 154 propriétaires, dont 100 forains; surf. imp.
317* 12a, savoir : 228h 92a en terres lab., 38h 51* en bois, 37h 95» en prés, 7h 94* en étangs, lh 67* en sol des propriétés bâties, lh 55a en jardins , 50* en pâturages et friches, 7h en chaussées d'étangs, d'un rev.
cad. de 6484 fr.; cont. directes en princ. 778 fr.
Le sol produit du blé , du seigle , du sarrasin , de l'avoine , du maïs , des légumes secs, des pommes de terre, des fruits et peu de foin.
On exporte peu de céréales ; on importe le vin.
Le revenu réel des propriétés est de 5 pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes et des cochons. 35 ruches d'abeilles.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières.
On trouve sur le territoire de la tourbe marécageuse et du minerai de fer non exploités.
Biens communaux : 38b 01* de bois et parcours, d'un rev. cad. de 755 fr. 11 n'y a ni édifices publics , ni écoles.
Bois communaux : 37h 65*, dont lh 4 1* sont en exploitation annuelle; essences dominantes : chêne, charme et tremble.
Budget : recettes ord. 1292 fr.; dépenses ord. 1292 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Ce village doit son origine à des charbonniers et à des coupeurs venus au xrve siècle, pour exploiter les
vastes forêts qui couvraient son territoire : ses annales se confondant avec l'histoire générale de la seigneurie de Sellières dont il dépendait, nous renvoyons le lecteur à l'article sur ce dernier lieu.
Bols-Cteiot, commune réunie à celle de Mantry, le 47 mars 1811.
Boloset , commune réunie à celle d'Aresches, le 25 octobre 1826.
BoiMia, commune réunie à celle de Bissia, le 20 février 1822.
Boiaslère (la) , vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., perc. et bur.
de poste d'Arinthod; succursale composée de la Boissière, Cbatonnay et Dramelay ; à 6 kil. d'Arinthod et 33 de Lons-le-Saunier.
Bâti dans le bassin de la Valouse, sur un sol montagneux et très accidenté , il est limité au nord par Marigna , au sud par Dramelay, à Test par Dramelay et Cbatonnay, à l'ouest par Monlrevel et Marigna.
Altitude : **6m.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Chaton nay, à Montrevel, à Dramelay, au Mont, hameau de Dramelay, et par le bief de la Fontaine. Les biefs de Royal et de Rijoutaut , séparent en partie cette commune de celle de Dramelay.
Les maisons, de triste apparence, sont groupées, construites en pierre et couvertes en tuiles creuses. Les toitures sont très basses.
Pop. en 1790, 31* hab.; en 18*6, 218; en 1851, 228, dont 11* liom.
et 11* fem. ; pop. spéc. par kil.
carré, *2 hab.; *5 maisons; 45 ménages.
Les jeunes gens émigrent pour aller au service à Lyon et à Paris.
Les plus anciens registres de l'état
civil remontent à 1698. L'un d'eux est revêtu d'une feuille en parchemin, couvert d'écriture gothique et illustré de vignettes et de majuscules d'une rare beauté. Elle doit provenir d'un manuscrit précieux.
Cadastre exécuté en 1830 : surf, terril. 536h 81% divisés enj 2192 parcelles que possèdent 103 propriétaires , dont 36 forains ; surf, imp. 529b 7*», savoir : 2*6h 03* en terres lab., 16 lh 50* en pâtures, 77h 7** en bois, 2ih 15* en prés , 1 lh 61* en friches et murgers, 9b 38aen broussailles, lh 16* en jardins , lh 10* en sol des propriétés bâties , d'un rev. cad. de 2285 fr., cont. directes en princ. 803 fr.
Le sol, peu fertile, produit du blé , de l'orge, de l'avoine , du maïs, des légumes secs , des pommes de terre , peu de foin , des fourrages artificiels, du chanvre et une grande quantité de frênes qu'on emploie pour le charronnage et l'ébénislerie.
La culture de la vigne , tentée depuis quelques années , paraît réussir.
La récolte des céréales suffit seulement à la consommation des habitants. On importe le vin.
Le revenu réel des propriétés est ds * pour cent.
Foires. Il y a deux foires fixées l'une, au 17 mai et l'autre au * octobre. On y vend du bétail , des étoffes, de la mercerie et de la quincaillerie.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Arinthod et d'Orgelet.
Les patentables sont : 2 aubergistes , 3 charrons et un marchand épicier.
Biens communaux : une église , un cimetière à Pcntour, un presbytère convenable, une maison commune contenant la mairie , la salle
d'étude des garçons, fréquentée en biver par 65 élèves, et la salle d'école des filles, fréquentée par 45 élèves ; l'instituteur et l'institutrice sont logés dans le village; et 25ih 27* , de bois, broussailles et friches, d'un rev. cad. de 464 fr.
Bois communaux : 77h 14*, dont 2h 29* sont en exploitai ion annuelle; essences dominantes : cbéne et charme. Il y a aussi du buis.
Budget: recettes ord. 1819 fr.; dép. ord. 1644fr.
NOTICE HISTORIQUE
Aucun débris, aucune tradition ne nous apprennent si ce village existait à l'époque de la domination romaine. Son origine semble ne remonter qu'au xiiie siècle. Les premiers documents qui nous en parlent ne sont pas antérieurs à 1 208.
Seigneurie. Dans son histoire de Gigny, M. Gaspard dit que le prieur de Chatonnay était seigneur de la terre de ce nom , composée de Chatonnay, la Boissière , etc. Cet historien, dont les recherches sont, en général, d'une grande exactitude , a manqué de renseignements sur la nature de ce fief. Le territoire de la Boissière dépendait dans des proportions inégales de trois seigneuries séparées , dites de Vallefin , de Marigna et de Chatonnay. Le 3 septembre 1565, François de Toulongeon , Pierre et Gaspard ses fils, seigneurs de Vallefin, vendirent à Philibert, fils d'Etienne d'Ugna, la seigneurie de Givria avec les droits qu'ils avaient à la Boissière. C'est ainsi qu'une partie de ce village, démembrée de la terre de Vallefin , fut unie à celle d'Ugna.
Chaque seigneur avait sur ses meix la justice haute, moyenne et basse ; les habitants étaient corvéa-
bles, taillables, soumis à la mainmorte réelle et personnelle, à la tâche, à la banalité du four, du moulin, aux cens, lods, etc. Le seigneur d'Arinthod prétendit plusieurs fois avoir la haute-justice sur les hommes du prieur de Chatonnay, mais il ne parvint point à l'obtenir.
Les empiétements tentés par le sire de Marigna sur les droits des eo seigneurs de la Boissière, donnèrent lieu à de fréquents procès.
Indépendamment de ces trois seigneuries, il y avait une chevance dite le Meix-Petit qui relevait du fief de Marigna. Il ne consistait qu'en cens.
Château. 11 existait un châteaufort sur la hauteur appelée le Cnatelard. On ignore l'époque de sa construction et de sa ruine.
Evénements divers. Les villages bâtis dans le bassin de la Valouse, ont été ravagés au xive siècle par les grandes compagnies, au xve par les bandes sous les ordres d'un gentilhomme savoyard nommé la Cornede-Rougemont, et par les armées de Louis XI, au xvie par les troupes d'Henri IV et au xvu° par les Français commandés par le duc de Longueville.
Eglise. L'église de la Boissière existait déjà au xme siècle. Le prieur de Gigny en avait le patronage. Elle est dédiée à saint Pierre , apôtre , dont on célèbre la féle le 29 juin. On n'y pénètre qu'en descendant trois ou quatre marches d'escalier. Elle se compose d'un lourd clocher, de trois nefs , d'un chœur et de deux sacristies. Le porche est garni de bancs et d'un lutrin en pierre engagés dans la muraille. La nef principale est du xviua siècle. Les deux nefs collatérales ont été ajoutées en 1854.La cloche, qui porte la date de 1 655, a eu pour parrain noble Pierre
de Balay, seigneur de Marigna et de la Boissière, et pour marraine D* Jacqueline de Franchet, son épouse.
Elle offre pour inscription : I. H. S. MA R, sancte Pttre, sancte Chris tophore, orate pro nobis.
La famille de Balay possède , en cette église , une chapelle sons le vocable de saint Augustin , portant la date de 1722, ornée d'un beau tableau représentant le saint patron.
Chapelle Saint- Christophe, Pour conjurer le fléau de la peste, les habitants firent construire en 1631, au nord du village , une chapelle dédiée à saint Christophe. Détruite en 1789 , une simple croix en marque aujourd'hui la place.
Bonnaud, Bonnot, Bonnaukl, vg. de Pair, de Lons-le-Saunier, cant., perc. et bur. de poste de Beaufort, paroisse de Trenal ; à 7 kil. de Beaufort et 13 de Lons-le-Saunier.
Bâti sur la rive gauche de la Val- Hère, au sommet d'une éminence qui en rend la position très agréable, il est limité au nord par Savigny-en- Revermont ( Saône -et- Loire), dont il est séparé par le bief du Roi , et par Mallerey ; au sud par Beaufort et Vincelles , dont il est séparé par le ruisseau des Teppes et le bief d'Essenand ; à Test par Mallerey et à l'ouest par Beaufort.
Altitude : 198m.
11 est traversé par le chemin de gr. com. n° 44, d'Orgelet à Savignyen-Kevermont, par les chemins vicinaux tirant à Savigny-en-Revermont , à Vincelles, à la Prairie et à Mallerey, par les biefs d'Essenand , des Teppes et du Roi.
Les maisons, d'un aspect pauvre, sont isolées , construites en briques cuites ou crues avec pans de bois ou en clayonnage recouvert de terre;
les toits sont en chaume, à l'exception de cinq, couverts en tuiles.
Pop. en 1806, 127 hab. ; en 1846, 126; en 1851, 1 16 , dont 54 hom. et 62 fem.; pop. spéc. par kil.
carré, 70 hab.; 25 maisons; 31 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à l'an 7.
On n'émigre pas.
Cadastre exécuté en 1 836 ; surf, terril. 164h 43*, divisés en 778 parcelles que possèdent 105 propriétaires, dont 60 forains; surf, imp. 159h 80a , savoir : 80h 72* en terres lab., 52h 90» en prés, 10h 86» en bois , 10h 45» en pâtures , 2h 30» en vignes, lh 61» en sol des propriétés bâties, 57» en jardins, 23* en broussailles , 1 2» en friches, d'un rev. cad. de 6290 fr.; cont.
dir. en princ., 853 fr.
Le sol, assez fertile, produit du blé , du maïs , du sarrasin , des légumes secs, du seigle, de la navette, des betteraves , des pommes de terre, des fruits, du vin, du foin, des fourrages artificiels et du chanvre.
Le revenu réel des propriétés est de 5 pour cent.
On élève dans la commune des chevaux , des bétes à cornes , des cochons, des volailles. 6 ruches d'abeilles. L'agriculture y est en progrès.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier et de Cousance. Ils s'occupent exclusivement d'agriculture; sans être riches, ils vivent dans l'aisance.
Biens communaux : une maison commune insuffisante et en très mauvais état, contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude fréquentée en hiver par 9 garçons et 13 filles; 2 excellentes sources qu'il conviendrait d'utiliser
en établissant des lavoirs et des abreuvoirs, et 18h 59a de bois et pâtures , d'un rev. cad. de 98 fr.
Bois communaux : i%h réglés en coupe biennale; essences dominantes : chêne et cbarme.
NOTICE HISTORIQUE
Une chapelle , sous le vocable de saint Martin, bâtie probablement sur les ruines d'un oratoire païen, donna naissance à celte petite bourgade , autrefois simple hameau de la cornmnne de Savigny - en - Revermont (•Saône-et-Loire). Son nom toutefois n'est cité dans aucun document antérieur au xne siècle. De il 10 â 1117, Guillaume d'Argué!, archevêque de Besançon, donna , pour son anniversaire, à i'église de Saint-Jean l'évangéliste , l'autel de Finctlles, dans le Scoding. Le 1 1 des calendes d'octobre 1159, le chapitre de cette cathédrale céda celle église , dont dépendaient Crusse, Bonnaud et Bonaisod, â Albéric, abbé de Baume , et à ses religieux, moyennant le cens d'un demi -marc d'argent et d'un setier d'huile.
Séparé de Savigny par un ruisseau appelé le Bief-du-Roi, ce village était dans une position toute exceptionnelle. II était enclavé dans le comté de Bourgogne et faisait néanmoins parliedu duché. Les commissaires chargés , en 1615, de délimiter ces deux provinces , ne savaient à laquelle l'attribuer. Le comité de constitution de l'Assemblée constituante le fit entrer, en 1790 , dans la circonscription du département du Jura. En 1793, il fut réuni au canton de Beaurepaire ( Saône-et- Loire). Le 10 octobre 1798, il fut définitivement annexé au Jura. Il
dépendait du diocèse de Besançon et de l'officialité d'Auxonne. Démembré à une époque inconnue de la paroisse de Vincelles , il fut réuni d'abord à la paroisse de Savigny et ensuite à l'annexe deCondamine. L'abbé de Baume percevait les deux tiers de la dlme, à raison d'une gerbe sur douze ; l'autre tiers appartenait par moitié à l'aumônier de Saint-Claude et au curé de Savigny. Paroissiens aujourd'hui de Trenal , dont ils sont séparés par cinq kilomètres et de fort mauvais chemins, les habitants sollicitent avec ardeur l'autorisation de fréquenter les offices à Savigny, dont ils ne sont éloignés que d'un kilomètre.
Seigneurie, Bonnaud faisait partie de la terre de Savigny-en -Revermont , érigée en comté en 1 596, et possédée en 1 789 par M, Marie- Eléonore-AIexandre de Saint-Mauris , prince de Montbarrey.
Fiefs. Un fief dit de la Joumdle appartint jusqu'au xvi" siècle à une famille noble du nom de Bonnau , Bonot , Bonnal. Jean de Bonnau , écuyer, était au xine siècle l'un des vassaux des sires de Dramelay, seigneurs de Beaufort. Humbert de Bonnal vivait , en 1525. Une autre cbevance relevait de la baron nie d'Orgelet.
Privilèges. En 1559, les habitants furent autorisés à entrer les récoltes provenant de leurs fonds situés en Comté, sans payer de droits de traites-foraines. En 1616, le rot leur permit de tirer leur sel de Salins.
Evénements divers. Placé sur une limite indécise du duché et du comté de Bourgogne, à peu de distance des châteaux de Savigny, de Courlaoux, de Chilly, de Beaufort, ce village eut à subir maintes fois les horreurs de la guerre. En 1 591 , il fut occupé par
les ligueurs de Thianges, Lux et Uxelles. Durant la guerre de 10 ans, les attaques étaient journalières. Le baron d'Arnans et Lacuzon se vengeaient , sur cette partie de la frontière, des maux causés par les Français sur d'autres points de notre province. La peste acheva l'œuvre de destruction. Pendant plusieurs années , le village resta désert. Ou remarque dans le bois communal de la Chai e te, qui occupe une éminence entourée d'une vaste plaine , des mares profondes desquelles on retire des ustensiles de cuisine en cuivre et des boulets. Plusieurs enceintes fortifiées par des remparts en terre, attestent que ce lieu fut le théâtre de plus d'un combat.
Fête patronale. Bonnaud est place sous le patronage de saint Martin , évéque , dont on célèbre la féte le it novembre.
Usages. Une coutume fort originale, tombée aujourd'hui en désuétude , se pratiquait dans ce village comme à Savigny. La veille de la Saint-Jean, les hommes se réunissaient au milieu de la nuit au son d'une corne à bouquin, dans un pré appelé le Préau. Le dernier marié portait au bout d'une perche une tète de bœuf armée de ses cornes , en guise de bannière. Les assistants le suivaient processionnellement.
Les Comtois munis de lanternes sourdes, se rendaient en foule pour assister à cette cérémonie, appelée la féte des Couards.
Bonnet , commune réunie à celle de Froidefontaine , le 5 décembre
Bornay, Bornacu8, Bornacum, Bournay, Bornai , vg. de l'arr., cant. et bur. de poste de Lons-le-
Saunier; perc. actuelle de Montmorot et future de Gourbouzon , à 9 kil. de Lons-le-Saunier.
Bâti sur le premier plateau de la plus basse chaîne du Mont-Jura , il est limité à l'est par Vernantois et Courbette , à l'ouest par Geruge et Saint-Laurent- la-Roche, au nord parMoiron etMacornay, au sud par Essia ctArlhena. La grange Rouge fait partie de la commune.
Altitude : 460m.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Macornay, à Courbette , à Vernantois et à Arthena , par les ruisseaux du Savignard et de Cuard.
Les maisons, généralement bâties en pierre, sont couvertes pour la plupart en chaume.
Pop . en 1 790, 58 8 hab. ; en 1 84 6 , 311; en 1851, 303, dont 159 hom.
et 144 fem.; pop. spéc. par kil.
carré, 43 hab.; 73 maisons ; 73 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792 ; ceux antérieurs sont à Saint-Maur.
Cadastre exécuté en 1 832 ; surf, territ. 67 5h 94*, divisés en 1464 parcelles que possèdent $02 propriétaires , dont 95 forains; surf, imp. 6b7b 15*, savoir : 376h 91» en terres lab., 124h 85* en pâtures, 1 24h 30* en bois , 1 5* 65» en prés , 3h 20* en vignes, 5h 02* en déserts, 2h 93* en jardins , 2h 37* en sol des propriétés bâties, lh 10* en friches, 77* en vergers, d'un rev. cad. de 20,539 fr.; cont. dir. en princ.
2114 fr.
Le sol, de fertilité moyenne, produit du blé , du maïs , de l'avoine , des pommes de terre , des légumes secs, peu d'orge et de navette , du foin et des fourrages artificiels.
Les terres se louent généralement moyennant une prestation en blé.
Le revenu rée! des propriétés est de 3 pour cent.
Oq élève dans la commune des bœufs, des vaches, quelques chevaux et des volailles. 30 ruches d'abeilles.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier.
Une fruitière produit annuellement 7500 kil. de fromage, façon Gruyère.
Le seul patentable est un maréchal-ferrant.
On trouve sur le territoire du minerai de fer dont l'exploitation a été abandonnée, des carrières de tuf, d'excellente pierre à bâtir, de taille et à chaux, dont la difficulté des chemins ne permet pas d'exporter les produits.
Biens communaux : une église , un cimetière nouveau, un cimetière abandonné , au centre duquel s'élevait la chapelle du village, deux fontaines et 165h 83* de pâtures, bois et sol des édifices publics, d'un rev. cad. de i 303 fr. Il n'y a ni presbytère, ni maison commune.
L'école, tenue par un instituteur, dans un local loué , est fréquentée par 53 garçons et 13 filles.
Bois communaux: 48h 87», dont 1 48* en exploitation annuelle ; essences dominantes : chêne et bois blanc.
Budget: recettes ord. 3101 fr. ; dép. ord. 2101 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Une vigie romaine semble avoir occupé le sommet de la montagne sur laquelle s'éleva plus tard le château de Bornay. Nos conjectures s appuient non-seulement sur la tradition , sur plusieurs dénominations •ocales tout-à-fait caractéristiques , mais encore sur de nombreux dé-
bris antiques. La fontaine et la roche de Cuard ou Couhard, rappellent par leur nom la pyramide funéraire élevée à Autun, au milieu du champ des Urnes. Le climat proche du château appelé Montcey, Montcel, Montciel, de même que les monts Cœlius, de Vesontio et de Ledo , a probablement servi de 'base à un sacellum ou oratoire païen. A peu de distance se trouvait la fontaine Odin, source sacrée. Sur la terrasse du château, on a trouvé, en 1847, deux pièces de monnaie , petit bronze , à l'effigie de Constantin , déposées au musée départemental, par M. Ayme, instituteur de cette commune. On y avait déjà découvert plusieurs épées courtes en bronze et un groupe de 05 centimètres de hauteur, dont le sujet licencieux imite les statuettes trouvées dans les ruines de Pompéï et d'Herculanum.
Une contrée dite aux Fosses, renfermait plusieurs tombeaux* en maçonnerie recouverts de laves. On reconnaît dans le bois du Pérou ou des Rocfiettes, les traces d'une voie pavée se dirigeant du sud au nord , jusqu'au bois de la Bélia;kce point, elle se divisait en deux branches ; l'une conduisant à Saint*Maur, et l'autre déjà qualifiée de grand chemin, dans un titre de l'an 1331 , à Lons-le-Saunier.
Depuis l'époque romaine jusqu'au xue siècle, l'histoire de Bornay est entièrement inconnue. La charte la plus ancienne qui en fasse mention est de 1185. C'est le diplôme par lequel l'empereur Frédéric Barberousse, confirmant les possessions de l'abbaye de Saint-Oyen-de-Joux , reconnaît que la chapelle de Bornay en est une dépendance. Cette charte s'exprime ainsi : Ecclesiam de Valnante cum prioratu et capellâ de Bornaco. Dans son histoire des
diocèses de Besançon et de Saint- Claude , l'abbé Richard traduit cette phrase par : l'église de Vernautois et le prieuré de Bornay. Il a commis une erreur. Le prieuré était à Vernantois et non à Bornay. D'un autre côté , M. D. Monnier a cru que la chapelle de Bornay dépendait du prieuré de Vernantois. C'est une autre erreur, car ce village n'a jamais cessé d'être de la paroisse de Saint-Maur.
Seigneurie. Elle comprenait Bornay, Courbette et Saint-Maur. Le sire avait sur le territoire et les habitants de ces trois communautés , la justice haute, moyenne et basse , avec pouvoir d'instituer et de destituer tous bailli, juge, châtelain, procureur, scribe et sergents , pour l'exercer en son nom. Le signe patibulaire à deux colonnes pour l'exécution à mort des criminels était érigé à l'est du village , dans la contrée dite aux Fourches. Les sentences du juge se portaient par appel devant le bailli, et celles du bailli au bailliage d'Orgelet. Les sujets avaient été affranchis de la mainmorte , mais ils étaient corvéables à volonté. Les meix accensés, au nombre de 17 à Bornay, devaient des cens en argent, en blé , en avoine et en poules. La communauté se racheta de la banalité du four moyennant le cens de cinq sols es te venants par ménage. Les habitants étaient tenus de moudre leurs grains et de battre leur chanvre au. moulin de Vaux , dont le seigneur possédait moitié. Ils devaient le guet et garde, l'ost et la chevauchée , le droit de porterie converti en un cens d'une gerbe par feu et l'impôt des quatre cas. Ils avaient un droit d'usage dans le bois de la côte de Savignard et d'ans celui des Combettes.
Seigneurs. Les sires de Bornay
étaient une branche cadette de Pillustre maison de Montmoret , alliée aux familles souveraines du pays. En 1 22ft , on trouve un Robert, sire de ce lieu. En 1239, Aymon de Bornay, assisté d'Amédée son fils , s'interdit la faculté de continuer la construction d'un moulin qu'il faisait bâtir dans le voisinage de l'abbaye du Grandvaux , en abandonna la propriété aux religieux de ce monastère, et ne s'en réserva que la garde.
Amédée , sire de Coligny, seigneur suzerain et l'abbé du Miroir, apposèrent leur sceau à ce traité. En 1 278 vivait Jean , sire de Bornay ; il laissa deux fils, Humbert et Guyot, qui firent hommage de ce fief, en 1294, à Jean de Chalon, comte d'Auxerre et seigneur d'Orgelet. Humbert en donna l'usufruit, à titre de douaire , à Petronille , son épouse , qui se remaria à André de Senlis.
En 1309, celte dame fit ses devoirs de vassale. Peu de mois après, Hugues de Neublans , chevalier, reçut ordre de l'archevêque de Besançon de venir occuper le château, au nom des héritiers du sire d'Orgelet.
Nous n'avons pu découvrir le motif de cette confiscation. \\ est vrai que cette forteresse était rendable et receptable à la volonté du suzerain. En 1323, Jean de Chalon II, comte d'Auxerre et de Tonnerre, se trouvant débiteur envers Jean de Toulouse , son chevalier , de différentes sommes dont il ne pouvait se libérer , lui céda cette seigneurie en paiement. Renaud , fils d'Humbert de Bornay , irrité de la spoliation dont il était victime , s'arma pour empêcher Jean de Toulouse d'en prendre possession. Jean de Chalon-Auxerre fut choisi pour arbitre dans ce débat. Le juge , par une sentence rendue le vendredi avant la saint Jean-Baptiste
1331, valida la cession faite à Jean de Toulouse et se borna à faire un lot peu important à Renaud , à charge encore de le tenir en fief de Jean de Toulouse. Ce dernier donna Bornay en dot à Guye de Toulouse , sa fille , en faveur de son mariage avec Robert de la Palud. 11 était tellement flatté de cette alliance , ; qu'il ne craignit pas de rendre ses j fils vassaux de leur sœur. Robert de la Palud était en grande faveur à la cour des sires d'Arlay. Jean de Chalon-Àrlay II, l'affectionnait tellement, qu'il lui donna une forte rente sur sa saunerie de Salins. Il le nomma écuyer de Hugues de Chalon , son fils. Lorsque Hugues fut pris avec son frère Louis par les Routiers que commandait Jacques Huet, les prisonniers chargèrent Robert d'aller à la hâte prévenir leur père, qui occupait alors avec un corps nombreux de ses vassaux, les montagnes Je Besançon. La rançon des captifs était fixée à 20,000 florins. Cette somme était difficile à réunir. Le sire d'Arlay emprunta 10,000 florins de Mgr de Mont faucon, son cousin. Robert de la Palud parcourut ensuite toutes les terres de Chalon, tailla , emprunta, mit en gage hanaps et vaisselle d'argent, et chargeant le montant de la rançon , il la conduisit sous bonne escorte au château de Pymont, où étaient enfermés Hugues et Louis. Les Routiers refusèrent la somme parce qu'il manquait 65 florins. 11 fallut courir les chercher jusqu'à Salins. Guye de Toulouse , devenue veuve, institua pour son héritier Jean de Chalon III, seigneur d'Orgelet. Louis, fils de ce prince , ne voulut point profiter des avantages de ce testament. 11 y renonça en faveur de Çuillaume de Fétigny, écuyer, et de Jean de Fétigny, tous deux fils d'Humbert de
Fétigny et neveux de Guye de Toulouse. Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne , par lettres-patentes homologuées au bailliage d'Aval, le 18 octobre 1415 , autorisa Guillaume et Jean de Fétigny à prendre possession des biens de leur tante. Guigue de Fétigny jouissait en 1423 de cette terre, qu'il donna en douaire à Jeanne de l'Epée, dame de Costarel, son épouse. Henri de Fétigny en recueillit la propriété en 1436. Il chercha alors à réunir sur sa tète tous les droits que pouvaient y prétendre d'autres héritiers. Le 22 mars 1436, il acheta ceux de Jean II de Toulouse , qui consistaient en maisons, ebazeaux, essarts, champs, bois et cours d'eau. Le 12 novembre 1437, il se rendit acquéreur de ceux de Poncette , veuve de Guyot de Toulouse. Dès qu'il se vit seul maître de ce beau fief, il exigea rigoureusement l'hommage de tous ses vassaux et s'empara par commise des chevances dont on ne lui avait pas fourni le dénombrement. En 1442, les ayant-droits de Gilles de Moutaigu , d'Etienne de Bornay , de Guillaume de l'Isle , Guichard de Rougemont , Denis et Pierre de Blye , Philibert de Laubespin , prêtèrent leur serment de fidélité. Peu de temps après, Henri de Fétigny se vit dans l'impossibilité de conserver cette terre; il la vendit à Nicolas Rollin, chancelier et chef des conseils du duc Philippe-le-Bon , puis la racheta, en 1467, de Gigonne de Salins, xeuve de l'illustre chancelier.
11 la transmit à Humbert ou Hubert de Fétigny, son fils, qui n'eut qu'une fille , nommée Guillemette , mariée à Jean de Grammont, VT du nom , baron de Châtillon-Guyolte. De ce mariage naquirent plusieurs enfants et entre autre Hubert de Grammont, auquel sa mère légua les terres de
Fétigny, Bornay et Saint-Germain, à charge de relever le nom et les armes de Fétigny. Hubert de Grammont s'allia à Anne de Beamnotte, dont il n'eut qu'une fille , Claudine de Fétigny , dite de Grammont , mariée à Claude de Laubespin , baron de Varay et de l'Aigle. Anne- Françoise de Laubespin, issue de cette union , épouse de Claude-Hubert de Grammont , chevalier, seigneur de Conflandey, vendit, le 2 1 juin 159*, le fief de Bornay à Léonel Mouchet de Battefort, époux de Barbe de Laubespin, sa sœur.
Ferdinand Mouchet de Battefort qui en hérita, le légua en 1658, à Charles- Achille Mouchet de Baltefort , son neveu , devenu, en 1659, comte de Laubespin. Ce dernier le transmit à Louis Mouchet de Battefort, son fils, né à Dole en 1665.
Ce dernier dissipa sa fortune; ses biens furent vendus par décret en 4696. Ses enfants renoncèrent à sa succession pour prélever la dot de Marie-Gabrielle de Saint-Mauris, leur mère. MM. de Montagu et de Reculot s'étaient rendus successivement adjudicataires de cette seigneurie, pour se couvrir des sommes considérables qui leur étaient dues. Antoine-Joseph du Tartre obtint du roi, en 1705, le don de retrait féodal et déposséda les acquéreurs. Les héritiers de M. du Tartre ont possédé Bornay jusqu'au moment de la révolution de 4789. M. Vulpillat, docteur en médecine à Lons-le-Saunier, jouit aujourd'hui du ^domaine utile de cette terre. Mme du Parc , dernière héritière des seigneurs de Chilly, est propriétaire de la Grange- Rouge, appelée autrefois grange de la Fontaine, et tenue au xrv* siècle par Jean de la Fontaine, fils naturel d'un sire de Bornay.
Château et bourg. Le château ,
bâti au commencement du xiu° siècle , était vaste et imposant. De la terrasse située au nord , la vue s'étendait sur un paysage aussi vaste que pittoresque ; on apercevait jusqu'au clocher de Dole. Il occupait le sommet d'une montagne coupée à pic à l'ouest, et descendant par une pente assez douce jusqu'au plateau sur lequel se groupait le village. Il se composait d'une belle façade et de deux ailes avec des tours à tous les angles. Un donjon isolé se dressait à quelque distance au nord sur la pointe du rocher. Une enceinte de murailles , couronnées de créneaux et de mâchicoulis, baignant ses pieds dans un fossé large et profond creusé dans le roc vif, enveloppait la forteresse. L'entrée, au midi, était défendue par deux tours et une porte avec pont-levis. La pente de là montagne était occupée par dix ou douie manoirs fortifiés , qu'habitaient de riches vassaux. Ce quartier, formant le castrum, était appelé le Bourg. Une ceinture de murailles et de fossés l'environnait. L'entrée était défendue par une grosse tour percée d'une porte et par un double pont-levis. Une allée tortueuse, plantée» d'arbres, communiquait de cette porte à celle du château. Une chapelle castrale, dédiée à saint Eloi, était bâtie en dehors, mais à une faible distance de la forteresse. Cette résidence était si agréable , que les seigneurs de Bornay y passaient une partie de l'année. Les habitants, qui avaient droit de s'y retirer en temps de guerre , étaient tenus d'en réparer les fortifications. De toutes ces constructions, il ne reste que la chapelle et quelques pans de murs.
Le château a été démoli par ordre de Louis XI Y, en 1674 ; les guerres de 1657 avaient détruit le Bourg, dont il ne reste pas de vestiges.
Guerres et sièges. Au mois d'avril 1637, le sieur de Villeneuve fut envoyé avec cent hommes d'armes pour défendre cette place. Au mois de juillet suivant, la garnison entière était morte de la peste. Lorsque Longueville se présenta pour en faire le siège, il la trouva « comme vrai cimetière de pestiférés. » En 1668, le château était encore un fort défensable. Il y avait une compagnie de 100 hommes pour le garder. M. de Bar, capitaine de milice, le fréquentait, elLacuzon le commandait en même temps que Saint -Laurent-la- Roche et Montaigu. A cette époque , le comte Achille Mouchet de Battefort-de-Laubespin , était seigneur de Bomay : il manda de Dole , au capitaine Lacuzon , de venir avec ses troupes au secours de celle capitale; mais il retarda le départ de la missive; et lorsque l'illustre partisan , qui s'était mis en marche avec 800 tommes, fut k 4 lieues de Dote, il apprit que cette ville était déjà investie par les armées françaises ; il se vit obligé de se replier sur les forteresses confiées à sa garde.
Commerce ancien. Bornay avait , au moyen-Age, une importance que rien de nos jours ne pourrait faire soupçonner. II y avait chaque année 3 ou 3 foires et un marché chaque semaine. M. le comte de Laubespin en avait fait un centre industriel. Il avait fait construire sur le ruisseau de SaYignard qui coule dans une gorge au pied du château , une verrerie , un martinet et deux clouteries. On ne retrouve plus même la place de ces établissements. Il avait créé sur le flanc méridional de la montagne un beau vignoble, composé de plants fins étrangers au pays et qui s'étaient parfaitement acclimatés.
Evénements divers. En 18*2, il y eut un glissement considérable qui
entraîna une épaisse couche de terre et des rochers au fond de la gorge du Savignard ; une belle prairie et des champs cultivés disparurent entièrement.
ÉTABLISSEMENTS CIVILS ET RELIGIEUX
Maladrerie. En 1257, Aymon de Bornay fonda un hospice pour les lépreux dans la contrée dite à la Malalière.
On ignore l'époque de sa destruction.
Chapelle. Bornay n'avait qu'one simple chapelle; elle existait déjà en 1185. Au xve siècle, l'archevêque de Besançon , sur la demande du seigneur et des habitants, permit d'y établir des fonts baptismaux et d'ouvrir un cimetière. L'édifice étant tombé en ruine à la suite des guerres du xvne siècle, les fidèles ajoutèrent une nef à la chapelle du château qui ne se composait que d'un chœur.
Les dimanches et les jours de fêtes , le curé ou le vicaire de Saint-Maur venait y célébrer les offices.
Eglise. L'église actuelle fut commencée au moment où éclata la révolution de 1789; les travaux restèrent suspendus. Repris en 18*5, l'édifice était presque terminé, lorsqu'il s'écroula. Enfin, en 1851 , le zèle persévérant des habitants et de l'ecclésiastique qui les dirige triompha de toutes les difficultés. L'église est aujourd'hui terminée. Elle se compose d'un clocher, d'une nef et d'une chapelle. Elle a coûté 25,000 francs. Elle est dédiée à l'Assomption de la mère de Dieu , dont on célèbre la fête le 15 août.
Curiosités. Au pied méridional de la montagne sur laquelle s'élevait le château , on remarque deux grottes presque parallèles, d'une profondeur inconnue. Elles sont toutes brillantes de stalactiques. Il est re-
gretlaWe qu'elles soient restées jusqu'à présent à peu près inexplorées.
BIOGRAPHIE
On disait autrefois les ânes de Bornay; ce dicton populaire a cessé d'être vrai.
Bornay a vu naître :
Bar Mot, Joseph (1784 - 18*8), capitaine, chevalier de la légiond'honneur, de Saint-Louis et de l'ordre de Charles III.
Tartavé , Jérôme , né le 27 septembre 1797, capitaine en activité de service, décoré.
Fumey, Pierre-Victor, né le 19 septembre 1805, capitaine d'infanterie légère , décoré.
Néron, François, né le 21 septembre 1818, missionnaire apostolique en Chine.
Thomas, Pierre- Auguste, né le 29 janvier 1823, dominicain plein d'avenir.
Bouchand (le), vg. de l'arr. et cant. de Poligny, bur. de poste de Sellières, perc. de Colonne, paroisse de Bersaillin ; à 1 1 kil. de Poligny, 22 d'Arbois et 25 de Lons-le-Saunier.
Bâti sur un sol très accidenté à la limite du vignoble et de la plaine, il est limité au nord par Colonne et Bersaillin, au sud par Sellières et Monay, à l'est par Bersaillin et Monay, à l'ouest par Colonne et la Charme. La grange Bellevaux, la grange des Mortalières , la Codre et le Canton font partie de la commune.
Altitude, 229m.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Bersaillin, à Sellières, à Monay et à Chézabois, par le bief d'Ainson , le bief de Vessem et un fossé sans nom.
Les maisons sont construites en
pierre et couvertes moitié en tuiles et moitié en chaume ; elles n'ont qu'un rez-de-chaussée.
Pop. en 1790, 383 habit. ; en 1846, 355; en 1851, 349, dont 181 hom.etl68 fem.; pop. spécif. * par kil. carré , 70 hab.; pop. aggl.
298; &6 maisons; 80 ménages.
Les jeunes gens émigrent pour aller au service à Dole et à Paris, ou pour travailler dans la soierie à Lyon.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792 ; ceux antérieurs sont à Bersaillin et à Colonne.
Cadastre exécuté en 1834 : surf, territ. k9kh 02*, divisés en 1188 parcelles que posèdent 219 propriétaires , dont 1 19 forains ; surf. imp. 462h 87», savoir : 167h 23* en terres lab., 163h 75* en bois , 8ôh 32»
en prés , 24h 35* en vignes, 12h 50* en étangs, 6h 18* en pâtures, lb 85»
en sol des maisons, 67» en jardins, d'un rev. cad. de 6088 fr. 79 cent.; contributions directes en principal , 1891 fr.
Le sol , d'une fertilité moyenne , produit du blé, de l'orge, de l'avoine, du maïs, des pommes de terre, du sarrasin, des légumes secs, de la navette , des betteraves , des fruits , des vins rouges et blancs d'une qualité ordinaire , du foin et des fourrages artificiels.
La récolte des céréales suffit seulement à la consommation des habitants ; on exporte du vin.
On élève dans la commune des bêtes à cornes , des moutons , des cochons et des volailles. 70 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire du mt-.
ne rai de fer dont l'extraction a été abandonnée depuis 1 830, et des carrières de pierre à bâtir exploitées^
Une fruitière produit annuellement 2500 kil. de fromage.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières et de Poligny.
Biens communaux : une maison commune, d'une architecture bâtarde, construite en 1840, qui a coûté 9320 fr. ; elle contient la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 40 garçons et 23 filles ; une pompe à incendie desservie par 20 pompiers, deux fontaines avec lavoirs, trois puits publics et 44h 45a de bois, pâtures et marais, d'un rev.
cad. de 407 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Ce village parait être d'origine récente. Aucun titre ne le mentionne avant le xiv" siècle. Il se forma au sein de vastes forêts que les premiers colons défrichèrent. 11 dépendait de la prévôté de Colonne et de la seigneurie en moyenne justice de Bcrsaillin. Les habitants jouissaient de droits d'usage importants dans les bois d'alentour. Membre de la grande paroisse de Colonne, le Bouchaud en fut détaché et réuni à l'église de Bersaillin, lorsque cette dernière fut érigée en cure. (Voir pour l'histoire générale de ce lieu , les notices sur Colonne et Bersaillin.)
Fief de mairie. La mairie fut inféodée, à titre héréditaire, à une famille qui prit le nom de ce village.
Une haute tour carrée, bâtie dans un climat appelé aujourd'hui le Champ- Moreau, servait de manoir féodal. Ce fief fut uni à la seigneurie de Bersaillin.
Le territoire était possédé en grande partie avant 1789, par M. de Froissard - Bersaillin , le comte de
Poly, M. de Villers-Vaudrey de la Charme, les familiers de Colonne et de Poligny, par la cure de Bersaillin et par les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem.
Fête patronale. Sainte Catherine, dont on célèbre la fête le 25 novembre.
Incendies. Des incendies partiels ont plusieurs fois désolé ce village, notamment en 1820, en 1847 et en
BIOGRAPHIE
Le Bouchaud a vu naître :
Ch.-Bonaventure Fallet (1773- 1835), capitaine décoré.
Anatoile Vallet, né en 1807, officier décoré, en retraite.
Pierre- François M or eau (1774- 1833), capitaine de grenadiers, chevalier de la légion-d'honneur, des ordres militaires de Malte et de Saint-Louis. Cet officier, d'une intrépidité rare, a fait avec distinction toutes les campagnes de la république et de l'empire. Ses états de services constatent plusieurs glorieux faits d'armes. Nous regrettons que M. Rocard l'ait omis dans sa biographie militaire du Jura.
Boucheran», commune réunie à celle de Communailles , le 3 décembre 1813.
(canton des), arr. de Saint-Claude , limité au nord par le cant. de Saint-Claude , au sud et à l'ouest par le département de l'Ain, à l'est par le canton de Saint-Claude et le dép. de l'Ain.
Il se compose de 12 communes, savoir : Bellecombe , les Bouchoux, Choux, Coiserette, Coyrière, Hautes- Molunes, Larrivoire, les Moussières, Rogna, Sièges, Viry et Vulvoz.
1846, 5938; en 1831, 5718, dont 1840 garçons, 954 hommes mariés, 143 veufs; «590 filles, 958 femmes mariées, et 235 veuves ; pop. spéc.
par kil. carré, 40 hab.; surf, territ.
14,023h 31»; surf. imp. 13,893h 65a, savoir : 5651h en pâtures, 3205h en terres lab., 227 lh en bois, 946h en bois-pâtures, 1 362hen prés, 25h en bois-sapins, 7h66* en jardins.
Les différents villages de ce canton faisaient partie de la terre de Saint -Claude et se divisaient en plusieurs prévôtés.
Bouchon* (les), Le tieculet , Bonneville , Esbochoux , Esbouchoux, vg.del'arr. de Saint-Claude, chef-lieu decant., distrib., perc, cure cantonale, à 15 kil. de Saint- Claude et 70 de Lons-le-Saunier.
Bâti dans la vallée du Tacon, au sud-est de Saint-Claude, sur un sol montagneux très accidenté et bordé de hautes montagnes , il est limité au nord par Larrivoire et Coiserette, au sud par Belley-Doux (Ain), à Test par les Hautes- Mol unes et à l'ouest par Viry, Choux et Larrivoire. Il se compose de plusieurs quartiers appelés les Bouchoux , l'Enversy , le Prieuré , le Petit-Bouchoux , la Burna, Taillât , Chervilloirs, Désertin, Très-la-Ville, Learrier, la Douane et sur la Roche.
Chaque quartier se compose d'un grand nombre de granges éparses , appelées sur la Roche , la Fourche, sur Beauregard, le Croquet, le Pré- Boussonnet, les Grandes-Maisons, le Pré-Mollet, Désertin, Pré-Bijonnet , chez les Mollards , les Cernoises , la Perche-Enclave, les Vies-Fourches, Bois-du-Banc, la Combç-du-Léarret, les Collondrons , Champ-du-Rosset , Très-la-Ville, les Couloirs, sur la Vie, au Mont, Pré-Gaillard, sur la Haute- Boche, la Gpuliat, Chevillois, sur
les Rochettcs, les Blondans, la Serra , au - Roselois , au Reculet , Soos-le-Truffet, aux Maisonnettes , à l'Epine , en Borion, Petite-Combe, à la Teppa, l'Enversy, Crêt-des- Bouchoux , Pelit-Bouchoux , à Trélenant, au Prioré, Moulin -de-Drouvaine, Moulin-sous-l'Eglise, Moulin- Neuf, Moulin-sous-le-Choc, Moulin- Dalloz , Moulin-d'Aval , la Burna , Côte-de-la-Burna , la Serra, Creuxde-l'Eau, en Ganet, Pré-Millet, la Millelte, sur la Clavet, Pré-Curlet, aux Essarts, sur l'Auge, l'Hôpital, Endevia, en bas de Taillât , la Couvelte, Grange-Lorchon , sous les Côtes, la Grange-sous-les-Côles, Pré-d'Aval , Maison-de-l'Hôtesse , au Montaine, Fontaine-Noire.
Altitude : 960m.
Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 24 , de Saint-Claude à Cliâtillon-de Michaille , par les chemins vicinaux tirant à BelIey-DQiix, à Choux, à Taillât, à Vulvoz, par ceux dits de Lambossieux et sur la Roche, par la rivière du Tacon, qui prend sa source au hameau de la Fourche, par les ruisseaux de Mapas et de la Baume, par les biefs de Mapas, de la Fourche, de Côte- Vacher, de la Pièce, du Champ-de- Couture , du Champ-Traverset , qui prennent tous leur source sur le territoire, et par le bief de Drouvaine.
Il a une justice de paix, une cure cantonale , une perception des contributions directes, une distribution de poste aux lettres et aura prochainement une brigade de gendarmerie à pied. II est la résidence d'un notaire , d'un huissier et d'un agentvoyer.
Les Hautes-Molunes ont été démembrées des Bouchoux le 8 février 1832.
Pop. en 1790, y compris celle
des Hautes-Molunes, 2032 hab. ; en 1846, desBoucboux seulement, «127; en 1851 , 1030, dont 525 nom. et 505 fem. ; pop. agglom. , 194 hab.; pop. spécif. parkil. carré, 47 hab.; 185 maisons, savoir: 55 aux Bouchoux , 5 au Prieuré , 5 au Petit-Bouchoux , 17 à Très-la-Ville , 8 sur la Roche , 38 à la Burna et à Taillât, 17 à Chervilloirs , 29 a Déserlin, 17 à Léarrier et * à la Douane; 201 ménages.
Les plus anciens registres de Pélat
Cadastre exécuté en 1 828 ; surf, lerrit. 2172h 28», divisés en 3333 parcelles que possèdent 227 propriétaires , dont 40 forains ; surf, imp. 214ib50*, savoir : 9U0h 44* en bois-pâtures et pâtures, 482h 88* en (erres lab. , 337h 24* en prés , 519* 71* en bois, 55b 18 en friches et terres vaines, 5h 60* en sol des propriétés bâties et cours, 51* en jardins, d'un rev. cad. de 16,658 f. ; cont. dir. en princ. 5950 fr.
Le sol , peu fertile, produit du blé , de l'orge, de l'avoine, des pommes de terre , peu de fruits , beaucoup de foin , des fourrages artificiels , du chanvre et du lin.
On importe moitié des céréales et tout le vin nécessaire à la consommation des habitants.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes , des chèvres et des moutons. 50 ruches d'abeilles. Il y a quelques ânes pour le service des meuniers.
On trouve sur le territoire de nombreuses sablières et des carrières d'excellente pierre à bâtir et de taille.
Foires. Le 25 mai, le 16 août et te 4 octobre. On y vend des bètes à cornes, des chèvres , des moutons , des étoffes et de la quincaillerie.
Commerce, industrie. L'industrie principale consiste dans la fabrication du fromage bleu , dit de Septmoncel, que chaque fermier ou propriétaire confectionne dans sa propre maison, sans s'associer avec ses voisins. Les produits, expédiés à Lyon, s'élèvent annuellement à environ 35,000 kilogrammes. On fabrique aussi beaucoup de bardeaux, appelés vulgairement tavaillons , quelques tabatières et des souliers dits de foire. Chaque année les hommes émigrent pendant trois ou quatre mois de l'hiver, pour aller peigner le chanvre dans les départements du Doubs et de la Haute-Sa6ne.
Il y a deux moulins et une scierie mécanique, cinq auberges, huit marchands de fromage en gros, un marchand d'étoffes, un marchand de poterie, un marchand quincaillier, un maréchal- ferrant et deux voituriers.
Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère très convenable, une maison commune construite en 4823, inachevée et en mauvais état , contenant la salle d'audience de la justice de paix , le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 40 élèves. Il y a un sousmaitre à Taillât, qui donne l'instruction cbex lui à 20 élèves , et un autre à Désertin , qui a aussi 20 élèves ; 2 fontaines publiques, 1 lavoir, 1 abreuvoir, et 232h 11* de pâtures , terres lab. , friches , rochers, ravins, terres vagues et prés , d'un rev. cad. de 744 fr.
L'école des filles , tenue par trois religieuses de l'ordre du Saint-Esprit, dont la maison principale est à Poligny, est fréquentée en hiver par 100 élèves, dont 30 internes. Cet établissement occupe une maison qu'a fait construire à cet effet et de
ses propres deniers . M. Jacquenot, curé actuel des Bouchoux.
Bois communaux : 259h. Essences dominantes fsapin et hêtre. On délivre tous les deux ans 5*9 sapins.
Budget : recettes ord. 5505 fr. ; dépenses ord. 2944 fr.
Bureau de bienfaisance : recettes ord. 411 fr.
NOTICE B1STOBIQUB.
Nulle contrée dans le Jura n'est plus digne d'étude que l'ancienne terre monastique de Saint- Claude; il n'en est point cependant dont l'histoire soit plus négligée. L'idée généralement reçue que les villages de nos hautes montagnes sont de formation récente , a détourné de ces lieux l'attention des archéologues.
On a confondu généralement la renaissance de ces villages avec leur origine première Celui dont nous écrivons l'histoire, était un des plus vastes de la province avant l'érection des Hautes Molunes , en commune séparée. A part quelques hameaux , il ne se compose que de métairies isolées , répandues sur toute la surface du territoire. Le quartier de Désertin est séparé des Bouchoux par une montagne longue et peu élevée, couverte d'excellents pâturages et parsemée de sapins , frênes et hêtres, souventd'une grosseur prodigieuse. 11 offre en été le paysage le plus riche et le plus pittoresque qu'on puisse rencontrer dans le Haut-Jura.
Nous avons lieu de croire que le village des Bouchoux a été habité depuis les temps les plus reculés.
On trouvait encore , il y a quelques années , dans le costume des habitants , dans le mode de construction de leurs demeures, dans leurs usages, de nombreuses réminiscences de la période celtique. Il y a dans le
bois des Ecolais , au fond d'un vallon , un bloc de pierre qui, de tout temps, a été appelé la Pierre qui vt're,dénomination que l'on n'a guère appliquée jusqu'ici qu'à des monuments druidiques. Cette pierre, de forme irrégulière, a 4 mètres de hauteur et 4 mètres 80 cent, de diamètre. Diverses médailles recueillies sur plusieurs points du territoire, une voie antique de Saint-Claude à Escbalon, passant au pied de la montagne de Beauregard,qui borne à Test la combe de Désertin, prouvent son existence pendant la période galloromaine. Une bande germaine vint probablement occuper ces lieux du vie au vn* siècle. Les peintures à fresque de l'église de Viry, le nom d'Alarnand porté par plusieurs anciennes familles du village, la nature allodiale de différents domaines au milieu de terrains main-mortables, confirment cette opinion. L'invasion des Sarrasins, en 732, afUssé des traces dans ces contrées . Un climat porte le nom de Teppes-JIfoures.
Le chemin de Saint-Claude à Escbalon est appelé à Désertin la Fie des Maures. Un embranchement de cette route sur Choux se nomme la Vie sarr usine. Les enfants de Mahomet venaient sans doute de piller l'abbaye de Condat. Charlemagne confirmant, vers 791 , les possessions de cette abbaye , reconnut qu'elles s'étendaient à l'est jusqu'au Bief-Brun, Becusbrunnum. Le Bief-Brun était à l'est des Bouchoux et séparait re village du pays de Vaud. L'abbé de Saint-Claude avait soin de faire reconnaître ses titres à l'avènement de chaque nouveau souverain , ce qui n'empêchait pas les seigneurs du voisinage de commettre chaque jour de nouvelles usurpations sur les montagnes du Jura , k leur convenance.
Les sires de Chàtillon-de-Micbaillc
s étant emparés do territoire des Bouchoux, y jetèrent, vers il 90, les fondements d'un prieuré, qu'ils placèrent dans Pobédience de 'abbaye de Saint-Claude. Le nouveau monastère , à cette première période de son existence, n'eut pas d'autre nom que celui du village au milieu duquel il s'élevait , et que les documents de cette époque appellent Cultura. On l'a appelé plus tard le prieuré de Cuttura, Coutura, Couture et Cutture. En voyant les nobles d'alors faire des fondations pieuses , on serait tenté d'admirer leur générosité, si on ne savait que c'était presque toujours des restitutions et souvent bien tardives. Les religieux attirèrent des colons pour défricher leurs domaines, mais ils étaient impuissants pour résister aux violences des vassaux qui les entouraient. Le vendredi après Pâques 4315, Pierre de Coste, chanoine et officiai de Lyon , rendit une sentence par laquelle 11 condamna Amédée de Villars à payer à dom Antoine, prieur de Cuttura, 50 livres viennoises, pour réparer le dommage que lui et ses frères avaient causé à ce dernier , à abandonner la dlrae qu'il percevait sur le pré de l'Embouteillon , et obligea Etienne de Villars à faire hommage an prieur. Amédée prit par serment l'obligation de ne plus inquiéter les moines et de les protéger en tonte circonstance. La peste de Î3fc9 avait enlevé une partie des colons. Les seigneurs voisins recommencèrent leurs brigandages. Guillaume, abbé de Saint-Oyen-de-Joux, , recourut à l'empereur Charles IV. En 1360 , il obtint un mandement de sauvegarde pour contraindre Amédée , comte de Savoie , à retenir ses vassaux dans le devoir. Cette protection resta inefficace; car on vit, le 18 août 1492, Jean Peyrol vendre à un
sieur d'Ancia , une grande partie du territoire des Bouchoux , comme étant sa propriété. Le 18 mai 11(21, les habitants , attirés par ce nouveau seigneur, se jetèrent sur le bois des Ecolais, qui appartenait à la communauté de Choux, coupèrent plus de 1000 pieds de sapins pour construire leurs maisons , et maltraitèrent ceux qui voulaient s'opposer à cet enlèvement. Le 28 mai 1363, Marc de Rye, abbé de Saint-Claude, accensa, du consentement du chapitre, le bois du Banc , situé dans le quartier de Désertin , au sieur Louis de Boisset , docteur ès-droits, moyennant le cens de six gros et une somme de 200 écus d'or. La communauté des Bouchoux accensa de son côté une partie de ses communaux au xvi* siècle , ce qui donna naissance à une foule de métairies. Le prieur attirait des colons sur ses terres par les mêmes procédés.
Prieuré de Cuttura. Ce monastère , dédié à Notre-Dame , à saint Michel et à saint Antoine , fut fondé, ainsi que nous l'avons dit , à la fin du xue siècle, par les sires de Chàtillon. Ces seigneurs se réservèrent, en qualité d'avoués, la garde du prieuré , à laquelle ils renoncèrent en 1231 , en faveur de l'abbaye de Saint-Claude, à charge par le prieur de leur livrer annuellement treize fers pour ferrer leurs chevaux.
Par une bulle de l'an 1243 , le pape Innocent IV comprit ce prieuré au nombre des biens de cette abbaye.
La dévotion à Notre-Dame donna naissance à un pèlerinage que fréquentaient pendant tout le moyenâge les plus grands seigneurs du pays.
Le monastère devait être habité par un prieur, deux religieux de l'ordre de saint Benoit , un frère
convers et une sœur converse. 11 fût mis en commende en ISSU, et de cette époque date sa décadence. Les prieurs commendataires se dispensant de la résidence , le service de la paroisse, confié depuis l'origine aux moines , se ressentit d'une manière fâcheuse de cet état de choses. M.
D. Monnierdit, dans l'Annuaire du Jura pour 1842, page 65, que malgré toutes les recherches qui ont été faites par les investigateurs d'archives , ils n'ont pu découvrir de titulaires à ce bénéfice qu'à dater dedom Jean de Pra, qui le tenait en 152b.
Il parait qu'on a mal cherché : nous avons déjà vu le prieur dom Antoine figurer dans un acte de 1313. En 1595, ce n'était point Jean de Pra, mais Antoine de Pra qui teuait ce bénéfice. II eut pour successeur, en 1540, Jean de Pra, son neveu. Un procès s'engagea au parlement de Dole, en 1551, sur la question de savoir si la nomination du prieur appartenait au souverain ou à l'abbé de Saint-Claude. Ce dernier obtint gain de cause. Jean de Pra en jouit jusqu'en 1570, et fut remplacé par Joachim de Rye. Jean Cretenet obtint ce prieuré comme conventuel , par bulles du 6 octobre 1586. François de Rye, nommé en 1612 , par l'archiduc Albert, ne put obtenir de bulles d'investiture , parce que Pierre Bresson fut pourvu à Rome de ce bénéfice , comme d'un prieuré rural. Ce dernier l'occupait encore en 1630. En 1631 , Ferdinand de Rye , archevêque de Besançon , se qualifiait de prieur des Bouchoux.
Louis Mairot, de Baume, l'obtint en 1638, à titre de prieuré rural.
Un arrêt du parlement de Dole le déclara conventuel en 1640. Au décès de Bresson , cette cour souveraine envoya des commissaires pour inventorier les biens-fonds et le mo-
bilier du couvent. Pierre Bouhier fut,nommé prieur en 1650 et mourut en 1652. 11 eut pour successeur Simon.Borrey , chanoine de Besançon , qui fut nommé la même année, et non en 1662 , ainsi que l'indique M. Mon nier. M. Borrey fit faire une reconnaissance de ses droits par ses vassaux et refit presque à neuf les bâtiments du prieuré. Jean Baptiste Dallez lui succéda en 1 698 , et en jouissait encore en 1724. Nommé en 1727, M. de la Bastie mourut l'année suivante. Le dernier titulaire qui ait tenu ce bénéfice en commende fut M. André de Verceil, vicaire-général d'Angers, devenu depuis évêque de Couserans.
A l'époque delà sécularisation de l'abbaye de Saint-Claude , en 1742, le prieuré des Bouchoux fut réuni à la manse du chapitre. Un chanoine portait le titre de prieur des Bouchoux. Le 27 avril 1750, le chapitre accensa au sieur Millet la montagne des Cernois de 100 soitures , pour le prix de 40 écus d'or et un cens de 2 gros. Ce terrain fut érigé en fief sous le nom de fief des Cernoises. Dès 1742, le prieuré ne fut plus habité que par un frère ermite qui, en 1747, y fut assassiné par un malheureux paysan auquel il avait servi de père. Le scélérat fut roué à Saint- Claude l'année suivante.
Ce bénéfice était considérable ; il rapportait plus de 25,000 francs ; mais il était astreint à bien des charges. Depuis le dimanche de Quasi modo jusqu'à l'Ascension, le prieur devait livrer à l'abbaye de Saint- Claude , tous les jours où l'on mangeait gras, et par chaque pièce de chair, cinq oeufs et un général , c'est-à-dire un quart de fromage.
Il devait en outre au chambrier, au vicaire de Saint-Claude , au convers et au cuisinier du réfectoire , cinq
œufs. Le jour de Quasimodo , il devait à chaque religieux deux fromages de flon , et le jour de l'Ascension , il devait au couvent un beau veau gras ( vilulus saginatus), sur lequel le moindre novice devait monter, pour savoir s'il avait le poids convenable. Depuis l'Ascension jusqu'à la Sainte-Croix , la livraison d œufs était remplacée par un quart de fromage. Les jours de fêtes et de processions solennelles , le prieur devait aux familiers et aux quatre sergents, et à chacun, deux fromages de flon. De la Sainte Croix a la Septuagésimc , les redevances étaient les mêmes que celles qui étaient dues dès l'Ascension à la Sainte-Croix. La peau du veau gras était employée à la reliure du missel de Saint- Pierre.
Les trois jours des Rogations, le frère convers devait administrer et livrer à chaque religieux, un bâton blanc de quatre pieds de haut, pour porter à leurs mains ainsi que les verges destinées à faire les corrections des réguliers.
11 n'était du à la converse qu'un petit pain.
Le prieuré était bâti sur la rive droite du Tacon, au nord de l'église actuelle. U se composait d'une cour, aux angles de laquelle étaient deux tours percées de meurtrières, d'une église , d'un cimetière , d'une maison seigneuriale, d'un bàtimcntd'habitation pour les religieux et d'une maison de fermiers. Il était entouré d'un vaste clos bordé de frênes et de hêtres. Une rotonde , placée au milieu d'une forêt peu éloignée du prieuré, s'appelle encore la Table des Pères. Ces biens furent vendus nationalement le 29 décembre 1790, à Gaspard Bussod, moyennant 51 mille francs. Des constructions, il ne reste qu'une parlie de la clôture
en ruines, une tour servant de pigeonnier et la maison prieurale , dont la distribution et les ouvertures ont été remaniées et appropriées aux besoins de divers cultivateurs qui en sont actuellement proprié taires.
Dans la façade postérieure est une porte cochère fermée en maçonnerie , dont le voussoir était orné des armes sculptées d'un évèque.
Toutes les chambres étaient voûtées en pierre. Les bâtiments occupaient la pente d'un coteau. On appelait la maison du prieur le château de Cultura. C'est là que devaient se livrer toutes les redevances dues au prieur.
Seigneurie. Le prieur était seigneur des Bouchoux , de Chancia, Coisia , Coyrière et Coiscreltc en parlie ; Désertin et Taillât étaient de la*paroissc de Choux et avaient pour seigneur l'abbé de Saint-Claude.
H avait la justice haute, moyenne et basse en matière civile sur ses sujets et sur le territoire , avec le pouvoir d'instituer un juge , un châtelain , un procureur, un greffier, un prévôt ou sergent, des messiers et forestiers, un ou plusieurs tabellions généraux. La connaissance des cas criminels et la souveraineté appartenaient à l'abbé de Saint-Claude.
Les assises se tenaient à la porte du prieuré.
Les échevins étaient tenus d'élire des messiers pour la garde des fruits.
Il y avait deux foires au village de Ronnevillc, qui se tenaient, l'une le lendemain du jour de l'Assomption, et la seconde le jour de fête saint François. Le prieur percevait un petit blanc par cheval, jument, poulain , vache , boeuf, chèvre, mouton et autres animaux qui s'y vendaient.
Les cabaretiers lui devaient un pain et une pinte de leur meilleur
vin, ainsi que le dîner des officiers qui venaient faire la taxe.
11 était défendu de vendre le pain et le vin au-dessus de la taxe , sous peine d'une amende de soixante sols.
Le prieur avait droit aux langues de toutes les vacbes et génisses qui se tuaient dans rétendue de la seigneurie.
Il percevait tout le fromage fabriqué dans une journée , sur ceux qui menaient paître leur bétail sur les montagnes de Froidccombe, des Nierbiers, du Reculet et des Cernois-Branchont.
Cbaque manant et babitant lui devait une poule et une corvée à bras. Il avait droit de couper tout le bois nécessaire à son usage, dans les bois de Choux et du Rosset, en vertu d'une permission de Guillaume de la Baume , abbé de Saint-Claude , du 28 mai 1391.
Il était défendu de chasser, de pécher et d'établir des usines sur les cours d'eau sans sa permission.
Il percevait les lods à raison du tiers du prix de chaque immeuble.
Il avait la dlme des grains, à raison d'une gerbe sur onze ; des chevaux et des agneaux , à raison de un sur onze. Celui qui élevait un poulain, devait cinq œufs.
Il avait le droit de confalet. Ce droit consistait dans l'obligation , pour les jeunes gens de la paroisse, d'apporter au prieur, le jour de l'Assomption , la liste de tous ceux qui s'étaient mariés dans l'année. Le prieur exigeait 18 gros de celui qui lui convenait et faisait remise de cette redevance aux autres. Celte somme était destinée à acheter les gros cierges de l'église.
La foret du Cernetrou était divisée en deux parties : dans l'une, les habitants pouvaient couper du bois oonr leur chauffage ; dans l'autre ils
obtenaient du prieur du bois pour bâtir, en adressant leurs demande* aux échevins et aux messiers. Ceux qui avaient reçu des forêts à titre d'accensement, ne pouvaient les défricher ni vendre le bois sans permission.
Les habitants étaient soumis à la main-morte réelle et personnelle.
La Combe de Désertin fut toujours franche. C'était un ancien alleu.
A l'exemple des sujels de la terre de la Mouille, les habitants des Bouchoux élevèrent la voix pour obtenir leur liberté, en 1770. Ils lancèrent dans le public un mémoire volumineux, rempli d'injures contre le chapitre de Saint-Claude et de déclamations contre la servitude. Ils prétendaient qu'ils étaient nés libres , que la perte de leur liberté ne pouvait être attribuée qu'aux brigandages des temps féodaux , et qu'on devait leur justifier du titre en vertu duquel ils étaient mainmortables. Les chanoines répondaient aux insultes qu'on leur prodiguait en termes fort modérés. Ils démontraient que la main -morte avait pour effet de maintenir la vie patriarchalc , de multiplier la population, d'empêcher les étrangers de devenir propriétaires du sol ; que du reste c'était un contrat volontairement consenti, etc. Un procès s'engagea. Une sentence définitive fut rendue le 8 janvier 1772 parles officiers du bailliage d'Orgelet , auxquels le parlement de Besançon avait renvoyé la connaissance de l'affaire ; elle maintint le chapitre de Saint-Claude dans ses droits. Les sujets offrirent, en 1780, une somme de dix mille livres pour prix de leur liberté. Cette somme fut refusée.
Enfin les chanoines , vivement sollicités par les ministres de Louis XVI, affranchirent la même année leurs
sujets dos Bouchoux, à condition qu'il leur serait payé un sol de cens par arpent , mesure de Paris , de toutes les terres labourables , prairies, pâturages et bois du territoire, n'exceptant que les rochers, précipices , ravins et terrains incultivables. Les écbevins des communautés demeurèrent chargés du recouvrement de ce cens.
Evénements divers. Les luttes à l'occasion des limites entre les habitants des Bouchoux et les Suisses du pays de Vaud , étaient les mêmes que celles qui avaient lieu entre ceux des Rousses et de Bois-d'Amont , avec les Bernois. ( Voir l'article Bois d'Amont). Les bornes furent plantées en 1613. 11 y eut délimitation entre Déserlin et Bclley- Douxcn 1627. En 1639, le prieuré et le village furent saccagés et brûlés par les Français. A cette époque, le quartier principal existait dans une vallée profonde appelée le Reculet.
Les habitations se reportèrent sur l'eminence qu'occupaient l'église et le presbytère , appelée Bonneville , du nom de celui qui l'avait reçue en accensement. Un incendie, arrivé en 1772, dévora ce quartier, à l'exception d'une seule maison. En 1792, la tranquillité publique était journellement compromise dans la commune et la propriété violée par des citoyens qui abusaient des armes que la loi leur avaient confiées. Ils se portèrent, le 23 septembre, dans plusieurs habitations éparses de la Combe de Déserlin , firent contribuer les propriétaires et se partagèrent le fruit du pillage. Le 8 novembre 1795, les habitants s' étant refuse à célébrer la féte du décadi et à enlever les signes du culte qui décoraient la façade de leurs maisons, reçurent une garnison de 50 hommes envoyés par l'administration
départementale. La résistance qu'on opposa faillit amener de funestes collisions.
Eglise. L'église primitive des Bouchoux était fort ancienne. Les titres la désignent sous le nom d'£cclesia de Nemorosis. Elle était bâtie au centre du village appelé le Reculet. Elle était desservie par les religieux du prieuré. Détruite au xve siècle par les huguenots, la paroisse fut transférée pendant quelque temps dans l'église du prieuré.
Un nouvel édifice fut construit dans le quartier de Bonneville, et fut desservi par un vicaire perpétuel nom mé par le prieur, curé primitif. Les habitants étaient tenus d'y aller entendre la messe tous les dimanches et fêles et d'y recevoir la communion, avec faculté cependant de fréquenter les offices dans l'église du prieuré. Cette paroisse fit partie , jusqu'en 1 742, du diocèse de Lyon.
L'église actuelle placée sous le vocable de l'Assomption de la Vierge, dont on célèbre la fête le 1 5 août , est de construction récente. L'ancienne a été démolie en 1818, à l'exception du clocher et du chœur.
Elle se compose d'un clocher, de trois nefs, d'un chœur et d'une sacristie. Elle est dépourvue de tout style archilectonique. Du cimetière qui entoure cet édifice, on jouit d'un point de vue magnifique. Il renferme cinq arbres âgés de plus de trois cents ans , d'une grosseur extraordinaire. Un orme a 5 m. 50 c. de circonférence.
Curiosités. Le ruisseau de la Baume a sa source au sud-est du village. 11 sort d'une cavité profonde, ayant la forme d'un four pratiqué contre le rocher des Couloirs.
La perspective qui se découvre du haut du prieuré est admirable.
A l'ouest , on voit jaillir du rocher,
et à une grande élévation , les sources du moulin d'Aval, dont les eaux argentées et écumantes serpentent à travers des tapis de verdure et de broussailles. A Test s'étend un immense rocher, dont la partie supérieure forme saillie comme le toit d'une maison ; il semble avoir été rongé par les flots d'une mer qui n'a connu que des tempêtes. Au nord , on distingue une riche vallée qui se continue jusqu'à Saint-Claude; et au sud une autre vallée sur laquelle sont semés ça et là , à travers de gras pâturages, des groupes de frênes, de hêtres, de sapins et les maisons du village.
Mage, On disait autrefois : il faut sept ans pour connaître un Boucheron. Ce dicton populaire semble provenir du caractère grave des habitants, qui les dispose aux éludes et à la circonspection.
Croy ances. On a toujours conjecturé qu'il y avait un trésor caché dans le bois de Cernetroux. Vers le milieu du siècle dernier , plusieurs habitants employèrent des procédés superstitieux pour le découvrir. La seigneurie des Bouchoux était la terre classiqne de la sorcellerie , au moyen- âge. Les sorciers avaient l'impudence de tenir leur sabbat jusque dans la cour du prieuré.
BIOGRAPHÏE.
Ce village a vu naître :
Bussod, Pierre-François , commandant au 50e régiment de ligne , mort vers 1810.
Bussod, Pierre- Emmanuel , capitaine au 42e de ligne , mort sur le champ de bataille en 1808.
Bussod, Antoine-Julien, (1805- 1851), médecin distingué.
Mer met, Louis- François- Emmanuel, né à Désertin , le 25 janvier 1703, mort à Saint-Claude, le 27
août 1825, l'un de nos meilleurs philologues et de nos rhéteurs les plus distingués. Il était, à l'âge de 21 ans, d'une telle force en philosophie, qu'il eut à choisir entre quatre chaires qui lui furent offertes à la fois. L'amour de son pays lui fit préférer celle de Saint Claude à celles d'Avignon , de Lyon et d'Autun. Ou l'envoya ensuite professer les belleslettres à l'école centrale de Bourg et au lycée de Moulins, où il devint censeur des études. Entre autres ouvrages sortis de sa plume, on doit distinguer ses Leçons de belles-lettres pour servir de supplément aux principes de littérature de l'abbé Baileux. Il est l'auteur de plusieurs autres productions littéraires très estimables. Il a donné par son testament, à l'hôpital de Saint-Claude , la ferme de Taillât, l'un de ses domaines.
Mermet, N., frère du précédent , ancien curé de Saint-Féréol , au diocèse de Lyon , mort martyr pour la défense de la foi en 1793.
Motard, Claude- Pierre, né aux Cernoises, en 1758, mort en 1837 , ingénieur mécanicien, membre de l'académie des sciences. On lui confia la garde du cabinet des machines, légué par Vaucanson au gouvernement, et il fut l'un des commissaires chargés d'établir les bases du maximum (1793). Il présenta le plan du Conservatoire des arts et métiers.
On lui doit un grand nombre d'inventions et de perfectionnements relatifs aux arts mécaniques.
Molard , François- Emmanuel , frère du précédent , né aux Cernoises, en 177/1, mort en 1829, ingénieur. Il dirigea les écoles des arts et métiers de Compiègne ( 1 805 ) , d'Angers (1815), et introduisit de nombreux perfectionnements dans les machines de transport.
La maison de ces deux illustres membres de l'Institut est actuellement occupée par leurs neveux. On y voit deux cadrans solaires tracés par eux dans leur jeunesse. L'un deux a sculpté deux tètes au-dessus d'une des fenêtres du chœur de l'église.
Peirier, Joseph, officier décoré , mort en 1808.
On remarque que les jeunes gens des Bouchoux ont toujours eu une vocation très prononcée pour le sacerdoce. Avant la révolution de 1789, on comptait 28 prêtres vivants, qui tous y étaient nés. M.
Gaillard , François-Marie , actuellement professeur de rhétorique au séminaire de Vaux et plusieurs autres ecclésiastiques actuellement en fonctions y ont pris naissance.
Bonrcia, vg. de l'arr. de Lonsle-Saunier, cant. et perc. de Saint- Julien , bureau de poste de Coligny (Ain), succursale; à 8 "Ml. de Saint- Julien et 42 de Lons-le-Saunier.
Bâti dans le val d'Epy, sur un terrain accidenté, il est limité au nord par Poisoux, Laneyria et la Balme d'Epy, au sud par Courmangoux et Chavannes (Ain) , à l'ouest par Pressia, Courmangoux etSalavre (Ain), à l'est par Fouilla, Broissia et Liconas. Givria , Dancia et la Boissière, font partie de la commune.
Altitude : 354 mètres.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Monlfleur, à Civria , de Civria à Poisoux, à Chevigna , à Laneyria, de Bourcia à Broissia , à la Balme-d'Epy, à la Prairie, à Dancia, à Pouilla et par le ruisseau de la Balme.
Les communes de Civria et de Dancia ont été réunies à Bourcia le 30 janvier 1822.
Pop. en 1 790 , de Bourcia et la
Boissière, 563 hab.; de Dancia, 104, de Civria, 174; pop. réunie en 1846, 461; en 1851, 450, dont 238 nom.
et 218 fcin. ; pop. spécif. par kil.
carré, 40 hab.; 109 maisons, savoir:
21 à Bourcia, 22 à la Boissière , 20 à Dancia et 37 à Civria ; 1 09 ménages.
Les plus anciens registres de l'étal civil remontent à 1645.
Cadastre exécuté en 1823 : surf, lerrit., U22h 05*, divisés en 3633 parcelles que possèdent 548 propriétaires, dont 152 forains; surf, imp. 1099h 41a, savoir : 350h 83a en terres lab. , 210h 46* en bois, 1 90h 30* en parcours, 1 2 1 h 35* en prés, 3h 15* en sol des propriétés bâties, 2b 09* en vergers, lh 41* en jardins, d'un rev. cad. de 14,734f.; cont. dir. en principal, 2957 fr.
Le sol , très froid , produit du fro ment , du maïs , des fèves , peu de méteil, d'avoine, de légumes secs, de fruits, de fourrages artificiels, du foin et du chanvre.
Depuis quelques années on a emplanlé environ trois hectares de vigne qui produisent un vin de qualité médiocre.
On élève dans la commune des vaches, des bœufs et quelques moutons.
Il y a des carrières de pierre à bâtir au hameau de la Boissière, qui sont exploitées pour l'usage de tout le village.
Les seuls patentables sont : un aubergiste, un marchand de sel et un maréchal-ferrant. Il y a un moulin à 2 tournants sur le ruisseau venant de la Balme avec un battoir à chanvre.
Les habitants fréquentent peu Ips marchés. Ils vendent l'excédant de leurs denrées à leur domicile. Ils importent presque tout le vin qui leur est nécessaire.
Biens communaux : Bourcia possède une église avec un cimetière à l'entour, un presbytère convenable et 70h 93* de bois, friches et pâtures, d'un revenu cadastral de 161 f.
31 cent. Il n'y a pas de maison commune , l'école est tenue par un instituteur, dans une maison louée fort incommode, et fréquentée en hiver par ft5 garçons et 21 filles. Dancia possède 71h 39a de bois et pâtures, d'un revenu cadastr. de 196 f. 90 c.
Civria possède une chapelle , ancienne église paroissiale , un cimetière à l'entour et 99h 98a de bois et pâtures. La Boissière a une petite chapelle, 2 mares et un murger, de 5 ares 13 cent., d'un rev. cad. de M cent.
Il existe à Bourcia une fontaine jaillissante, avec bassin servant d'abreuvoir, plusieurs sources non utilisées et des abreuvoirs. Civria n'a pas de sources. Des travaux importants ont été exécutés il y a quelques années pour fournir de l'eau à cette section, sans produire de résultat.
Il est triste de voir , au pied de la source de la Rochelle, un beau château d'eau, de trouver sous terre de longs conduits en plomb destinés à alimenter un puits qui renferme une pompe aspirante et de réfléchir que toutes les dépenses occasionnées par ces constructions ont été faites en pure perte.
La Boissière a un puits communal, mais très éloigné des habitations.
Il y a plusieurs sources à Dancia.
Bois communaux: Bourcia, 16h 05a, dont lh 20a sont en exploitation biennale ; Civria, 2&h 30a, dont 72a en exploitation annuelle ; Dancia, 55h89a, dont lh 07* en exploitation annuelle. Essences dominantes : chêne, hêtre et charme.
NOTICE HISTORIQUE
Bourcia est nommé dans les chartes Borciacum, Borciacus, Borcye, Borda, Boorcia, Bourcya , Bourc az; Dancia, Danciacum, Danitiacum; Civria, Sim'acHWi, Syvryaz, Syçrya, Sivria , Cyvria.
La présence de la race gauloise dans le val d'Epy, est attestée par de nombreux témoignages que nous rappellerons d'une manière générale à l'article Epy. La domination romaine a laissé de profondes empreintes dans cette contrée. On a découvert , il y a quelques années , à Civria , dans le climat dit au* JYores- Greffes , dix-huit tombeaux en maçonnerie recouverts de laves , renfermant des squelettes placés scion la manière antique. A Bourcia , près de l'église, on ne saurait creuser le sol à six pieds de profondeur, sans rencontrer d'anciens pavés d'appartements. 11 est peu de lieux du reste dans la province, dont le nom figure dans des chartes plus anciennes que ceux qui nous occupent. Par un diplôme du 21 septembre 855, l'empereur Lothaire confirma à l'abbaye de Saint-Oyen-de-Joux, la possession du village de Dancia , Danciacum. En 901, Louis, fils deBoson, roi de Bourgogne, donna à l'archevêque de Lyon , Bourcia. Albéricde Narbonne, comte de Màcon, donna, en 930 , à l'église Saint-Vincent de celte ville, Civria , Sivriacum.
Seigneurie de Bourcia. Ce fief était mouvant de la baronnie de Montfleur. Il fut inféodé à une famille de Bresse du nom de Chambu.
En 1386 , Louis de Chambu , chevalier, en fit hommage à Jean de Chalon, siredeChâtelbelin. En 1422, un de ses descendants renouvela le même devoir. Le 1er juillet 1500, Nicolas et Antoine de Chambu ,
frères, prêtèrent serment de fidélité au prince d'Orange. En 1518, Pierre de Civria, écuyer, acheta moitié de cette seigneurie d'Etien nette de Chamhu , épouse d'André de Groslée. Il acquit l'autre moitié en 1525, de Claudine de Cbambu, épouse de François Ricbardon , écuyer. A Pierre de Civria succéda Claude, son fils , écuyer, puis chevalier, qui vivait en 1569. Gaspard de Civria, fils de Claude , possédait ce fief en <584. Il le vendit en 1600 à Jean- Baptiste Livel, écuyer, qui le transmit à Jean -Baptiste et Christophe Livet, ses fils. La ruine de ces derniers amena la vente de leurs biens.
En 1679, Gaspard de Melet, écuyer, seigneur de Marigny, s'en rendit adjudicataire par décret. Le 6 décembre de la même année, M. Melet céda cette acquisition à François de Branges de Saint- Amour, et à Claudine Viiillemcnot , son épouse. La postérité de M. de Branges a possédé celle terre jusqu'au moment de la révolution de 1789.
Le seigneur avait la justice haute, moyenne et basse, avec pouvoir d'instituer tous officiers pour l'exercer. Il avait la banalité du four, du moulin , des battoirs et des forêts , le droit de ban-vin et de langues de bœufs. Il percevait des cens à Bourcia, la Boissière, Civria, la Balmeu"Epy, la Serra, Dancia, Chevigna, Pressia et Montfleur. Les habitants étaient tenus de récolter les foins du pré de Pressia et de les conduire au château. En 1619 , M. Livet assigna ses sujets à reconnaître ses droits féodaux. On exigea la produc lion de ses titres. On savait que la Prise du château par les armées d'Henri IV, en 1595, avaient causé «a perte de tous les anciens terriers.
Après de longues discussions , les parlies intéressées nommèrent pour
arbitre Cleriadus de Coligay, baron de Cressia. Par une sentence du 5 1 octobre de la même année, M. de Coligny reconnut que les habitants de Bourcia et de la Boissière étaient usagers de la forêt de Montmyon , qu'ils pouvaient accenser leurs communaux sans la licence de leur seigneur, qu'ils n'étaient point soumis à la main-morte. Toutes les autres prétentions de M, Livet furent accueillies.
Château. Le château de Bourcia, bâti sur le flanc méridional d'une montagne dominant le village , remontait au xme siècle. 11 égalait presque en importance celui d'Andelot. Il se composait d'une tour carrée très haute , servant de donjon , et d'une maison-forte. Trois terrasses superposées, sou ten ues pa r des murs en pierre de moyen appareil , s'élevaient jusqu'au niveau du lerre-plain de la forteresse. An pied de la montagne, une grosse tour ronde , précédée d'un pont-levis , donnait accès à une allée tortueuse qui conduisait jusqu'à la porte du château. Les constructions étaient encore entières en 1 790. Les officiers du district d'Orgelet les signalèrent à l'administration départementale comme dangereuses pour la sûreté des habitants. Peu de temps après, une troupe de paysans venus de Coligny, de Courmangoux et des villages voisins , se présentèrent au château pour le piller. M. de Branges reçut ces forcenés avec politesse et les pria d'accepter des rafraîchissements. Calmés par ce gracieux accueil, ils burent à la santé du seigneur et se retirèrent en chantant.
Craignant le retour de ces tristes scènes1, M. de Branges éuiigra. Se»
biens furent confisqués et vendus nationalement. Il ne reste aujourd'hui que quelques pans de murs du
donjon. La maison-forte est entièrement détruite. Les terrasses subsistent encore.
Seigneurie de Civria, Le village de Civria était divisé en deux parties situées, l'une au nord dans le comté de Bourgogne , et l'autre au sud , dans la Bresse. Un ancien chemin , remontant probablement à l'époque romaine, servait de limite. La partie comprise dans le comté de Bourgogne faisait partie du marquisat d'Andelot, et se composait de 12 maisons en 1786. La partie de Bresse formait une seigneurie en moyenne et basse justice, relevant du château de Montfleur. Elle fut possédée pendant plusieurssiècles par une branche cadette de la maison de Goligny, qui prit le nom de Civria. Le 23 janvier 1590, Pierre de Civria fit hommage de son fief à Jean de Chalon , sire de Châtelbelin et de Montfleur. Etienne de Civria, son fils, lui succéda et transmit ses biens à Jean et Louis de Civria, ses enfants. Le fief de Civria était possédé en 1569 par Philibert de Pra, qui l'avait recueilli dans la succession de Philiberle de Civria, sa mère. Philibert de Pra, chevalier, était commissaire-général des vivres au comté de Bourgogne pendant la guerre de IHUS. 11 avait épousé Marie de Balay. Sa fortune s'étant dérangée, ses biens furent vendus par décret et adjugés en 1600, à M. Livet, seigneur de Bourcia. La seigneurie de Civria fut revendue par décretsurM. Livet, en 1679.
Elle fut adjugée à Gaspard de Melet, écuyer, qui la remit peu de jours après à François de Branges , seigneur de Bourcia. Elle resta entre les mains des héritiers de M. de Branges jusqu'en 1790.
Château. 11 était bâti sur une légère éminence, à peu de distance de l'église. Il existe encore, mais les
transformations qu'il a subies lui ont fait perdre toute physionomie féodale.
Seigneurie de Dancia. Dancia relevait en toute justice , haute , moyenne et basse, de la baronniede Montfleur. La prévôté de ce lieu fut inféodée à une famille noble de nom et d'armes , qui prit le nom de ce village. En 14152, Gaspard de Dancia faisait un traité avec les religieux de Vaucluse. Les charges qui pesaient sur les habitants seront énumérées à l'article Montfleur. 11 n'y avait point de château.
Seigneurie de la Boissière. Le hameau de la Boissière formait une seigneurie séparée, en justice haute, moyenne et basse , relevant de celle de Montfleur. Elle était possédée , en 1386, par Jean de Chambu, frère de Louis , seigneur de Bourcia. Elle passa en 1423 à Louis de Chambu, et eut dès lors les mômes seigneurs que Bourcia. Les chevances , dites à'Àrestel et de Charnod, comprenaient certains meix disséminés dans ces différentes localités.
Les affranchissements des sujets et du territoire de ces villages remontent au xme siècle. Lcsseigneur.s n'avaient d'autres droits que ceux inhérents à leur qualité de hauts-justiciers.
Evénements divers. La montagne deDangier séparait au sud le comlé de Bourgogne de la Bresse. Ses limites étaient fort indécises. Les luttes étaient aussi funestes sur ce point que sur la frontière suisse.
Des combats de village à village avaient lieu presque chaque jour et cela pendant plusieurs siècles. En 1594, le sire de Beaujeu fit une invasion dans la partie méridionale du comté de Bourgogne et s'empara des châteaux de Bourcia et de Civria , dont il ne tarda pas à être chassé.
En U02, ces villages furent ravagés par La Corne de Kougemonl , gentilhomme savoyard , contre lequel marcha en personne le comte de Champlitte, maréchal de Bourgogne, à la tête des nobles du comté. En 1595, les armées de Henri IV s'emparèrent de ces lieux. L'armée française, en 1657, y causa de nouvelles dévastations. En 1849, il y eut deux incendies à la Boissière.
ÉTABLISSEMENTS CIVILS ET RELIGIEUX
Maladreries. Il existait au sud-est du château de Bourcia un hospice pour les lépreux. 11 y en avait un autre à l'est du village de Civria.
Leur emplacement porte aujourd'hui le nom de Malatière. Ces établissements sont mentionnés dans les testaments des deux Etienne de Coligny, seigneurs d'Andelot , de 1318 et 1328, et dans celui de Jean d'Andelot , seigneur de Cressia, de
Eglise de Bourcia. La paroisse se composait de Bourcia , chef-lieu, de la Boissière et de Dancia. En 1765 , elle comprenait 250 communiants.
Elle faisait partie du diocèse de Lyon et de l'archiprêtré de Coligny. Elle futcédéeen 1737, pour être réunie à l'évôché de Saint-Claude. Le patronage de l'église fut donné, au xne siècle, par l'archevêque de Lyon, au chapitre|deSaint-Nizier de celte ville, qui le conserva jusqu'au moment de la révolution.
L'église est placée sous le vocable de saint Gengutphe, dont on célèbre la fêle le 1 1 mai. Elle ne se composait dans l'origine que d'un chœur.
Au xvu siècle, une nef y fut ajoutée.
Une chapelle fut construite en 1825 aux frais de M. Jeannin, et une autre en 1835 aux frais de la commune. On remarque, au fond du sanctuaire , une statue de saint Lé-
ger et une autre de saint Garados , objet autrefois d'une grande vénéralion. Un porche, surmonté du clocher, précède la nef. Une confrérie du Rosaire et une autre du Saint Sacrement étaient fondées dans celle église.
Eglise de Civria. La paroisse de Civria était de la même circonscription que celle de Bourcia. Elle eut le titre de cure dès le xvie siècle, et le conserva jusqu'en 1789. L'église est dédiée à saint Léger, dont on célèbre la fête le premier dimanche d'octobre. Ce n'est plus qu'une cha pelle dans laquelle on tolère la célébration de quelques offices chaque année. Elle est surmontée d'une campanille pourvue d'une seule cloche.
L'édifice est dans un état complet de dégradation. Une litre funèbre , placée à l'enlouren 17M, au décès de M. de Branges, donna lieu à un procès considérable entre le marquis d'Andelot, le fils de Branges et M™8 deLauraguais. Il s'agissait de savoir si Péglise était bâtie sur le comté de Bourgogne on en Bresse. La question resta indécise. Néanmoins la litre fut effacée , parce qu'il n'appartenait qu'aux seigneurs hautsjusticiers d'en faire placer, et que le défunt n'avait le fief de Civria qu'en moyenne justice.
Chapelle de la Boissière. II y avait à la Boissière une petite chapelle, dont l'autel ne fut jamais consacré.
Elle tombe aujourd'hui en ruines.
Chapelle du château de Bourcia.
Louis de Chambu érigea, en 1390, dans le château de Bourcia, une chapelle dédiée à saint Georges, dont il se réserva le patronage. M. François de Branges y fonda , en 1685, douze messes par années. M. l'abbé de Bourcia en élair chapelain en
Curiosités. On remarque à Civria,
dans le rocher dit à la Rochelle, une anfracluosité de forme très pittoresque, d'où s'échappe à une grande hauteur la source de la Rochelte.
BIOGRAPHIE
Bernard y Jean-Claude ( 1775- 1839), né à Bourcia, capitaine de dragons, chevalier de la légiond'honneur. Cet officier, couvert de hlessures, s'est conduit avec bravoure et distinction aux batailles d'Austerlitz et de Friedland. La famille de Dranges, qui habitait le château de Bourcia, a fourni plusieurs sujets distingués à la guerre et au sacerdoce. L'un d'eux était lieutenant des maréchaux de France ; son fils, encore vivant, fut pendant longtemps sous-préfet à Puligny.
Bourg-de-Sirod , vg. de Parr. de Poligny, perc. et bur. de poste de Champagnole , paroisse de Sirod ; à 8 kil. de Champagnole , 53 de Poligny, 3» d'Arbois et 42 de Lons-le- Saunicr.
Bâti sur les bords de la rivière d'Ain, dans une profonde vallée resserrée entre deux rochers, les maisons sont un peu isolées , généralement composées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée, bâties en pierres et couvertes en tuiles. Il se compose de plusieurs quartiers appelés Bourg-Dessus, Bourg-Dessous ou les Granges, les Forges et de deux maisons isolées.
Altitude : 540 mètres.
Il est limité au nord par Sapois et Sirod , au sud par Syam , à l'est par Sirod et à l'ouest par Champagnole et Sapois.
11 est traversé par les chemins vicinaux tirant à Syam, à Sirod, à Champagnole, à la route dép. n° 2, et par la rivière d'Ain.
Pop. en 1790, 153 hab. ; en 1846, 280; en 1851, 240, dont 118 hom. et 128 fem.; pop. spéc.
par kil. carré, 53 hab.; 24 maisons, savoir : au Bourg-Dessus G; an Bourg-Dessous 10; aux Forges 6; 2 maisons isolées; 57 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792.
Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1825 ; surf, lerr. 44 lh 70*, divisés en 790 parcelles que possèdent 56 propriétaires, dont 14 forains ; surf. imp.
428h 28* , savoir : 498h 78* en bois sapins et taillis, 104b 04* en terres lab., 6lh 99* en prés, hùh 29* en parcours , I4h 42* en broussailles, 5h 71* en friches, th 96* en sol des propriétés bâties , 1 h 07* en jardins , d'un rev. cad. de 5296 fr.; contributions directes en principal, 165'i fr.
Le sol, peu fertile, produit du blé, de l'avoine, de l'orge, des pommes de terre, des betteraves, du chanvre , du foin et des fourrages artificiels.
On élève dans la commune des bètes à cornes , des chèvres et des moulons. 50 ruches d'abeilles.
L'agriculture y est très négligée, pour ne pas dire complètement abandonnée.
On importe les deux tiers des céréales et tout le vin nécessaire à la consommation.
Le rev. réel des propriétés est de 5 pour cent.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole.
On trouve sur le territoire des sa blières abondantes exploitées , de la pierre à chaux et à bâtir.
Une fromagerie produit annuelle ment 5000 kilog. de fromage façon Gruyère , de bonne qualité.
11 y a une auberge , un marchand de sel et 2 voituricrs.
Les forges s'établirent sous une chute pittoresque de la rivière d'Ain, au pied d'une anfractuosité du rocher, par suite d'autorisation d'un arrêt du conseil d'Etat du 1er février 1 734. Complètement incendiée en 1803, l'usine a été reconstruite sur un nouveau plan qui offre la plus grande commodité pour le travail. Elle se compose d'un haut fourneau , autrefois alimenté par le minerai en grain qui se lirait de Boucherans et de Fronlenay, de 3 feux de forges pour la fabrication du fer, d'un feu de platinerie , d'un feu de martinet , de 2 fonderies , de sept moulins et de 2 scieries. On y fabrique des fers en barres , des cercles de tonneaux , des tôles , des fersblancs, des verges de clouterie, etc.
Les produits, qui s'élèvent annuellement à 600,000 kil. , sont exportés en Bourgogne , à Lyon et dans le midi de la France. On y occupe journellement 110 ouvriers des deux sexes, presque tous delà localité.
Ce notable établissement a passé de M. Bouta ud à M. Lieffroy, qui le possède actuellement.
Biens communaux : une maison commune servant de mairie, de fro magerie, de logement à l'instituteur et de salle d'étude , fréquentée en hiver par 18 garçons et 22 filles, d'une chapelle près du château et de 89h 29a de pâtures , broussailles, bois, prés, d'un rev. cad. de 274 fr.
25 cent.
Bois communaux : 58h en bois taillis, dont lu 74» sont en exploit, annuelle; 20h en bois- sapins; 20 arbres sont délivrés chaque année.
Budget : receltes ord. 1237 fr. :
dépenses ord. 1267 fr.
NOTICE UISTOMQL'Ë.
L'origine de ce bourg est tout-àfait inconnue. Un diplôme du roi Lothaire, du 21 septembre 835, est le premier titre qui nomme Sirod sous le nom de Sigproscum , appelé plus tard Sigyroscum, Sourosch, Surosc ; son territoire faisait partie des biens donnés en 522 par le roi saint Sigismond pour la dotation de l'abbaye d'Agaune, et plus tard delà seigneurie de Salins. Les religieux de ce monastère associèrent aux largesses de ce roi l'abbaye de Condat. C'est en vertu de cette association d'une date inconnue, que les moines de Saint- Claude possédaient la plupart des églises du val de Miéges et le droit de prendre du sel dans les salines de Salins. Ce fait explique la confirmation consentie en 855 par le roi Lolhaire à l'abbaye de Condat , des églises de Miéges, de Sirod, etc.
Comme tous les lieux d'origine romaine ou bourguignone , Sirod était divisé en trois quartiers principaux, appelés l'un , le Bourg-Dessus , l'autre le Bourg-Dessous , et le troisième, non clos de murs, appelé simplement Sirod, renfermant l'église paroissiale. Il serait difficile de déterminer quelle était la plus ancienne de ces trois parties. Nous n'avons à nous occuper ici que du bourg et de son château.
Seigneurie. L'importante seigneurie de Château- Vilain, l'une des anciennes baronnies du pays, comprenait, au xive siècle, le château, le Bourg-de-Sirod, appelé Richebourg, Sirod , Conte , Gillois , Lent , Syam , les Planches , Foncine et Sapois. Ses possesseurs avaient la justice haute, moyenne et basse sur les sujets et sur le territoire. Ils percevaient des cens en argent, en grains, en poules*. Les habitants étaient soumis à la
main-morte réelle et personnelle.
Ils ne purent jamais s'en affranchir, malgré l'offre qu'ils firent à leurs maîtres de leur abandonner la propriété de tous leurs biens communaux.
Seigneurs. La seigneurie de Salins, dont celle de Château-Vilain n'était qu'un démembrement, faisait partie, dans l'origine, de l'apanage des rois de Bourgogne. Elle passa , en 522 , par l'effet de ladonalion du roiSigismond, à l'abbaye d'Agaune.
Meynier, prévôt de celte abbaye, qui en accorda l'investiture au comle Albéric de Narbonne en 942, la lui transmit telle que le monastère la possédait. Dans la décadence du royaume de Bourgogne, les descendants d'Albéric trouvèrent , dans les conjonctures qui s'offrirent au xie siècle, l'art de se rendre indépendants. Les sires de Salins, issus de maisons souveraines , puissants par leurs richesses et le nombre de leurs vassaux , possesseurs de. celte seigneurie avant qu'il y eût des comtes héréditaires en Bourgogne, jouissaient de tous les droits attachés à la souveraineté.
Albéric de Narbonne , comte de Mâcon et seigneur de Salins , mort en 945, laissa d'Atlellane , vicomtesse de Mâcon, son épouse, Létalde, qui fut comte de Bourgogne et de Mâcon , et Humbcrt, 1er du nom , tige de la maison de Salins. Humbert mourut vers l'an 957, laissant pour seul héritier Ilumbert 11 , qui transmit celte seigneurie à Gaucher, 1er du nom, son fils. Gaucher 1er ne laissa pour successeur que Gaucher H, qu'il avait eu d'Aremburge, sa femme. Ce dernier vivait encore en 1087. Humbcrt III , son fils aîné, surnommé le Renforcé , mourut dans une croisade en 1089. Gaucher III, fils de ce dernier, décéda
le 1 o août 1 1 75 , ne laissant qu'une fille nommée Maurelte , héritière de ses biens et de ses possessions.
Maure , ou Maurette, épousa Gérard de Vienne, comte de Mâcon, qui commença la seconde race des seigneurs de Salins. Humbcrt IV , fils puiné d'Humbcrt III, eut pour son partage des rentes sur les salines et le vaste territoire qui s'étendait depuis Champagnole jusqu'aux Haules-Joux, qui fut déclaré par Gaucher, son frère, de la mouvance de Maurelte de Salins. Humbert IV, vivant en 1173, eut pour fille unique Nicolctte, qui épousa Simon , sire de Commcrcy. Celte alliance fut la source de l'établissement de la maison deCommercy, dans le comté de Bourgogne; elle y tint un rang distingué et y posséda, jusqu'au xive siècle, les terres de Château - Vilain et dcMontrevel.
Simon, sire de Commercy en partie, Château-Vilain et Monlrevel , est le premier dont les chartes du comté de Bourgogne fassent mention. C'est lui qui fit construire , vers 1 186, la forteresse de Château - Vilain, l'une des plus formidables do la province. Il laissa de Nicolctte de Salins , sa femme , Hugues de Coin mercy. Hugues , qui vivait en 1200, eut pour fils unique Gaucher. Ce dernier reçut, en 1227, l'hommage des terres de Clairvaux, Mont-Saiul- Sorlin, et Vircchatel, qui lui fut rendu par Ponce , sire de Cuiseaux et Laurence de Scnecey, son épouse.
En 1236 , il fit les devoirs de fief à Hugues, duc de Bourgogne, seigneur de Salins, pour la terre de Château-Vilain et les aulres châteaux dont il jouissait ; H en remit les clefs au duc, qui avait le droit de s'emparer de ces châteaux et de les garder pendant quarante jours , après lesquels il devait les lui rendre dans le>
même état où il les avait trouvés , à l'exception de ce qui était nécessaire pour la nourriture de ses chevaux.
Jean, comte de Bourgogne, ayant acquis la seigneurie de Salins en 1237, Gaucher de Commercy se reconnut son vassal, Tan 1240, pour les terres de Château-Vilain et de Montrevel.
Celle reconnaissance termina lesdiscordesqui s'étaient élevées entr'eux.
Gaucher promit au comte de ne point construire de nouvelle forteresse dans sa seigneurie de Château-Vilain, et de n'ajouter aucuns ouvrages extérieurs à son château. En 1241 , il engagea à ce comte cette seigneurie pour douze ans consécutifs, sans pouvoir la retirer pendant ce temps, sous quelque prétexte que ce fût. Il renouvela, en 1 242, envers le comte Jean, l'hommage de ses quatre forteresses , Château- Vilain , Montrevel , Charbonny etNant, la première étant jurable et rendable contre toutes personnes , et les trois autres étant tenues en fief-lige. Gaucher II de Commercy, chevalier, 3e fils de Gaucher 1er, eut dans son lot la terre de Château-Vilain, dont il fit hommage, en 1260, à Laure de Commercy, sa nièce, épouse de Jean, comte de Bourgogne, et en 1286 à Jean de Chalon, sire d'Arlay Ier, fils de ce dernier. Il avait épousé Marguerite de Bellevèvrc , dame de Couthenans et de SI. -Didier, veuve d'Henri d'Anligny, sire de Sainte-Croix, duquel elle avait eu la célèbre Hugueltc, épouse du malheureux Elienne de Saint- Dizier. Du mariage de Gaucher 1 1 avec Marguerite de Belle vévre naquit Gaucher III, de Commercy. Ce seigneur reprit en fief, au mois d'avril 1293, de Jean de Chalon, sire d'Arlay, la seigneurie de Château - Vilain, par la volonté de Gaucher, son père; il entra, en 1301, dans la ligue des barons du comté de Bour-
gogne qui firent la guerre à leur prince, et il fut compris dans le pardon que Philippe- le-Bel , roi de France, leur accorda. Il remit, en 1 303, entre les mains de Jean d'Oiselet, représentai le seigneur d'Arlay , sa forteresse , pour la garder pendant quarante jours , suivant la nature de ce fief et l'exemple que ses prédécesseurs lui en avaient laisse.
Il renouvela , en 1 308 , l'hommage de celte terre , en présence d'un grand nombre de seigneurs. Il avait épousé, avant 1284, Isabelle de Montagu , fille de Philippe de M on tagu , chevalier , seigneur d'Antigny et petite-fille d'Eudes de Bourgogne, et d'Elisabeth de Courtcnay.
De cette alliance sortirent deux filles , 1° Marguerite de Commercy, femme de Jacques du Quart , chevalier , seigneur dudit lieu , et mère de Jacquemet du Quart , chevalier , seigneur de Château-Vilain en partie. Jacquemet eut pour fils Henri du Quart, chevalier, qui épousa Penfésilée de Saluées, de laquelle il eut Anne du Quart , que sa mère promit de ne pas marier sans le consentement de Hugues de Chalon , sire d'Arlay, seigneur suzerain. Elle épousa depuis Jacques d'Arbon , chevalier , seigneur de la Chaux , qui reprit en fief du seigneur d'Arlay, en 1302, au nom de sa femme, la moitié de la seigneuriede Château- Vilain ; 2° N de Commercy ,
alliée à Gérard de Chauvirey , chevalier , seigneur de ce lieu , mort avant 1334.
Jacques d'Arbon et Anne de Commercy laissèrent pour héritiers Jean, mort jeune , Jacques , Catherine, Claude ou Claudine et Guillemette d'Arbon , leurs enfants. Jacques d'Arbon II, écuyer, seigneur de Château-Vilain et de la Chaux, fit hommage de ces deux terres au
sired'Arlay, le 19 septembre 141*, et mourut sans postérité avant Pan Ut 9, laissant la seigneurie de In Chaux aux enfants de Catherine , sa sœur, épouse de Louis de Grand vil - Hors, et celle de Château- Vilain , à Claude , son autre sœur, épouse de Jean de Joux, chevalier, seigneur d'Abbans. La partie de cette terre qui venait de la maison du Quart, après avoir passé dans celle d'Arbon el de là dans celle de Joux, entra ensuite par une alliance dans la famille de Grammont ; elle devint la propriété de la maison de Watteville , par le mariage de Nicolas de Walter ville , marquis de Versois, avec Anne de Joux, dite de Grammont.
L'autre partie se divisa. Une moitié passa à Charles de Poupet, dit de Clermont, chevalier, seigneur de la Chaux, By, Charette , Château-Vilain , Malans , Crevecœur , etc. , chambellan et premier sommelier du roi de France , honoré des mêmes emplois dans les cours de Philippe 1er et de Charles V, grand bailli d'Aval en 1511 et années suivantes.
Jean de Poupet, chevalier, succéda à Charles, son père, et épousa Antoinette de Montmartin. En 1559, Pierre de Chauvirey, écuyer, céda à titre d'échange, les droits qu'il avait dans la seigneurie de Château- Vilain, à Antoinette de Montmartin. Cette dame, issue d'une puissante et illustre famille du comté de Bourgogne, fut l'une des plus belles personnes et des plus vertueuses de son temps : elle joignait aux talents et aux grâces qu'une excellente éducation lui avait acquises , un fonds de bonté et un caractère de générosité qui lui méritèrent, à la cour de Bruxelles, une réputation décidée de beauté , de grâces et de sagesse.
Elle faisait les délices de cette cour. Outre sa langue maternelle, elle par-
lait bien le toscan , l'allemand et le flamand et était une excellente musicienne. Anne de Poupet, seule fille qu'elle ait eue de Jean de Poupet , épousa Jean de Beauffrcmont, chevalier, baron, seigneur de Clairvaux, de Durne , de Willafans , de Recinet , commandeur de l'ordre d'Alcantan, grand bailli d'Aval, gentilhomme de la bouche du roi d'Espagne. Cette dame testa à Poligny, au mois de mai 1564 , et donna sa terre de Château- Vilain à son mari, qui l'aliéna en 1590, pour 6250 écus d'or au soleil, à Nicolas de Watteville.
Ce dernier devint seul seigneur de ce riche fief par celte réunion. Sa postérité l'a possédé jusqu'au moment de la révolution de 1789. A cette époque, il appartenait au comte de Slain, feld-marécbal des armées autrichiennes et à MMe$dc Grave et de Rodoan, descendants de Nicolas de Watteville.
Il y a eu une maison noble du nom de Château- Vilain. Elle n'a jamais possédé la seigneurie, elle n'avait que la prévôté qui lui avait été inféodée à litre héréditaire.
On disait autrefois : Fierté de Chàtel Vilain. On ne sait si cet adage s'appliquait aux seigneurs de celle terre ou à la famille qui en portait le nom.
Château. 11 est désigné dans les titres sous le nom de Castrum Villanum in Jura ou de Chàlel-Vilain.
Son isolement sur la crête d'un roc âpre et nu , l'aspect de ses pierres noircies par le temps, sa superposition au-dessus des étranges rochers de Sirod, masses énormes, dont les unes forment des aiguilles hardies et les aulres des statues monstrueuses, tout lui donnait un air de sombre majesté, qui laissait dans l'âme une impression ineffaçable. Il s'élevait à l'ouest du Bourg-Dessous et
sur un plateau très alongé, au sommet d'une montagne coupée à pic de toutes parts. Il occupait une surface de 240 mètres de long sur 60 de largeur, et dominait tous les pays d'alentour. Cette forteresse était entourée d'un mur d'enceinte construit sur les bords du rocher. On ne pouvait y pénétrer que par le côté sud qui communiquait avec le Bourg- Dessus. L'entrée était précédéed'une belle avenue de tilleuls, dont huit se voient encore, et défendue par deux tours quadrangulairesadosséesà un donjon. L'une avait U mètres KO c.
de largeur, et l'autre 9 mètres. C'est sous celte dernière , qui servait de salle des gardes, qu'était pratiquée la porte d'entrée. Après avoir traversé cette porte, on rencontrait un chemin de 6 mètres de largeur et long de 53 mètres, bordé d'épaisses murailles , conduisant à une première cour qui renfermait un manoir fortifié. Derrière ce bâtiment était une cour de 20 mètres de largeur, puis un donjon carré de 20™ de côté. Derrière le donjon se trouvait une autre cour de 80m de longueur sur 00 de largeur. Le mur d'enceinte, flanqué de tours, complétait la défense. Le premier bâtiment d'habitation était séparé de la cour renfermant le donjon principal par une muraille très haute et très épaisse, munie à ses extrémités de deux tours percées de meurtrières.
Gilbert Cousin dit , que de son temps, il y avait deux châteaux. Il y avait effectivement deux corps de bâtiments, ainsi que nous venons de le voir, mais ils faisaient partie de la même enceinte. A peine Gaucher III de Commercy fut-il mort , que Jacques du Quart et Gérard de Chauvi rey, ses gendres, entrèrent en procès pour le partage de sa succession. La possession de la forteresse
était un sujet continuel de discordes. Ces deux seigneurs nommèrent pour arbitre, en 1532, Guillaume d'Eslcrnoz, qui ne trouva d'autre moyen de conciliation que d'engager les époux de MMle* de Commercy à cesser de vivre sous le même toit.
C'est alors que fut construit le manoir qui se trouvait au devant du donjon.
Les seigneurs de Commercy, qui formèrent la branche de Château- Vilain et MM. de Walteville résidaient continuellement dans ce château. Le séjour d'hôtes aussi illustres en fit le théâtre de fêtes brillantes. Lors de la démolition des châteaux - forts , en 167A, celui de Château -Vilain fut respecté sur la demande de l'abbé de WattevilU*.
Le grand roi n'avait rien à refuser au trailre qui lui avait livré la Franche-Comté. Ce château ne fut démoli que de 1808 à 1810, pour reconstruire les usines du bourg de Sirod, incendiées en 1803. Il ne reste aujourd'hui que les ruines de quatre tours , quelques pans de murs, deux citernes et un abreuvoir circulaire de six mètres de diamètre, dont le bassin de 0,70 cent, de hauteur est construit en pierres de taille. Au moment de sa destruction, ce château offrait l'image fidèle d'une place de guerre du moyen âge , bien conservée. L'intérieur de l'enceinte présentait trois objets curieux : la prison , creusée dans le roclier et où l'air ne pouvait pénétrer qu'à travers une triple porte ; la lumière , n'y entrait jamais ; le puits , qui n'avait que 8 pieds de profondeur, et qui néanmoins était plein d'eau et ne tarissait jamais ; c'était sans doute une des embouchures d'un de ces sypbons naturels si communs dans les montagnes; enfin, et dans l'appartement même
de la dame du château , on remarquait une armoire commune , dont au premier aspect , il était difficile de soupçonner la destination ; c'était le vestibule de l'appartement des jeunes demoiselles; cette armoire à double fond , communiquait par un petit escalier à deux chambres dont les fenêtres étaient soigneusement grillées. Entre le château et le bourg, est une petite chapelle castrale qui remonte au xue siècle ; de chaque côté sont deux superbes tilleuls.
Elle était dédiée à l'Assomption de Notre-Dame.
Bourg-Dessus. Le Bourg -Dessus, appeléautrefois Richebourg, comme beaucoup d'autres d'origine romaine, est situé sur le rapide penchant de la montagne qui est à droite de la rivière d'Ain. Il était clos de murailles et fermé à ses extrémités par deux portes flanquées de tours et armées de herses, de mâchicoulis et de meurtrières. L'une d'elles communiquait avec le château et l'autre avec le Bourg-Dessous. Un climat dans le voisinage est appelé sous les Chauffaux, un autre Champ-Courageux, une troisième les Brûlés. Tous ces noms sont très significatifs.
Bourg -Dessous. Au sud-ouest on arrivait au Bourg-Dessous par une route tortueuse qui gravissait la montagne jusqu'à mi-côte. Là , sur une entaille pratiquée dans le rocher, se trouvait une porte fortifiée, par laquelle on communiquait avec le Bourg-Dessus. Le portail existe encore avec la date de 1616. Nous n'avons pu remarquer si ce quartier était clos aussi de murailles.
Evénements divers. En 1595, le château et le bourg furent pris par les troupes de Henri IV. Avant 1636, le frère du seigneur de Gressia prit le château en pleine paix , par commission des Hollandais. M. deWat-
teville, marquis de Conflans, célèbre dans la guerre de 10 ans que la Franche-Comté soutint contre la France, avait fait du château son séjour habituel. Le comte de Bussolin, son fils, étant mort, sa veuve, sœur du comte de Nassau, se retira en Suisse avec ses enfants. Le jeune comte de Nassau, qui servait dans l'armée du duc de Saxe-Weimar, en 1659, voulut entrer à Château- Vilain, en qualité de beau- frère du comte de Bussolin ; mais l'entrée lui en fut refusée. Quelque temps après, Guébriant s'y présenta avec un corps d'armée nom breux. Après un siège qui dura plusieurs jours, il s'en empara et y mit garnison. Le marquis de Meulin le reprit peu de temps après. Au mois de septembre 1 639 , M. de Villeroy étant allé au secours des habitants de Joux assiégés par les Comtois, donna la chasse an baron d'Amans, qui se réfugia en toute hâte avec quelques-uns des siens dans cette forteresse.
Fête patronale. Saint Etienne, dont on célèbre la féte le 3 août.
Curiosités. On remarque à Bourgde-Sirod, les belles usines de M.
Licffroy, l'élégante chapelle dédiée à l'Assomption de N.-D., que le propriétaire des forges a fait construire en 1844, sur les plans de l'architecte Borne , de Champagnolc , et la magnifique cascade formée par les eaux de l'Ain, qui se précipitent d'une hauteur prodigieuse vers les forges.
Bourgean (le), hameau de la commune de Coges, érigé en commune en 1790, et réuni de nouveau à celle de Coges le 21 février 1791.
Bourget (le), vg. de l'arr. de Lons le-Saunier, cant., perc. et bur.
de poste d'Orgelet; paroisse d'Onoz;
à 5 kil. d'Onoz, 10 d'Orgelet et 25 cle Lons-le-Saunier.
Bâti au fond d'une vallée, sur la rive droite de l'Ain , et entouré de toutes parts de hautes montagnes couvertes de forêts , il est limité au nord par la Tour-du-Meix, au sud par Onoz, à l'est par Maisod, dont il est séparé par l'Ain, et à l'ouest par Onoz. Bellecin , le Moulin, le Péage, Muzia et la grange du Bray font partie de la commune.
Altitude : 546 mètres.
11 est traversé par la route dép.
n° 4, de Lons-le-Saunier à Genève , par les chemins vicinaux tirant à Orgelet, à Onoz, au pont de Brillât , à Bellecin, de Bellecin à Orgelet, par la rivière d'Ain et le ruisseau du Bourget qui y prend sa source.
Les maisons, mal bâties, sontconstruites en pierres et généralement couvertes en chaume.
La commune de Bellecin a été réunie au Bourget le 4 septembre
Pop. en 17 90, du Bourget, 173 b.; de Bellecin , 97; en 1846 , des deux communes réunies , 252; en 1851, 254, dont 122 nom. et 132 fem.; pop. spécif. par kil. carré 3 1 hab. ; 55 maisons , savoir : au Bourget , 27 ; à Bellecin, 18 ; au Péage, 7; à Bray, 1 ; au moulin , 1 ; à Muzia , 1 ; 61 ménages.
Cadastre exécuté en 1827 : surf, terril. 817h 01% divisés en 2400 parcelles que possèdent 116 propriétaires, dont 30 forains; surf, imp. 790h 20*, savoir :228h 10* en bois taillis , 2 1 7 h 0 1* en terres lab. , 193h 13a en pâtures, 82h 01a en prés, 46h 79* en broussailles, 19h 73* en friches , lb 72a en murgers , lh 46* en sol des propriétés bâties, 45* en vergers, 20* en jardins , d'un rev. cad. de 5220 fr. 47 cent.; cont.
directes en princ. 869 fr.
Le sol, très fertile, mais mal cultive, produit du blé , du seigle , de l'orge , de l'avoine , du maïs , de3 pommes de terre, des légumes secs , de la navette, des betteraves, des fruits, du foin , du chanvre et des fourrages artificiels. Il est parsemé de frênes vigoureux employés au charronage et à la menuiserie.
On exporte le tiers des céréales et on importe le vin. On a tenté la culture de la vigne depuis quelques années. Les essais ont été couronnés d'une complète réussite. Il est fâcheux qu'on ne les fasse pas sur une plus grande échelle.
On élève dans la commune des mulets, des bêtes à cornes, des moutons, des cochons, des chèvres et des ânes pour le service du moulin.
60 ruches d'abeilles. L'agriculture y est en progrès.
Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 cent, pour cent.
On trouve sur le territoire du minerai de fer en grain dans le climat dit à la Côte-de-Fer, non exploité , des sablières, de très bonnes pierres à bâtir, de taille et à polir.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Moirans et d'Orgelet.
Il y a un moulin à 3 tournants et une scierie à bois. Les patentables sont un sabotier et 8 tourneurs. La population s'occupe à faire des sifflets, des manches de couteau et des robinets qu'ils vendent à Jeurre et à Moirans. Elle fabrique ces objets en bois de plane et en buis.
Biens communaux. Le Bourget possède une maison commune fort mal distribuée, contenant la fromagerie , dans laquelle on fabrique annuellement 4000 kilog. de fromage de bonne qualité, la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 53gar-
çons et 30 filles ; enfin 2*8h 62* de bois, pâtures, friches, d'un rev.
cad. de 556 fr.
La section de Bellecin possède une chapelle, une fontaine publique avec lavoir et abreuvoir, et 19fch 52* de pâtures, friches et terres, d'un rev.
cad. de 452 fr.
Bois communaux. Le Bourget a iZhh Ui* de bois, dont 3h 67* sont en exploitation annuelle ; Bellecin a 90* 15*, dont 2h 70* sont délivrés annuellement; essences dominantes:
chêne et hêtre.
Budget : recettes ord. 2082 fr.; dép. ord. 2082 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le Bourget , Burgetum , Borgeium , le Borget , n'est cité dans aucun document antérieur au xin* siècle ; on doit croire cependant que son existence remonte à la plus haute antiquité. Une voie gauloise ou gallo-romaine, communiquait de Ledo ( Lons-le-Saunier) à Héria ( la ville d'Antre) et Condat ( St.-Claude), en traversant la rivière d'Ain au Bourget. Cette route est désignée sous le nom de via publica dans un titre de 1213. Tous les villages environnants figurent dans les chartes les plus anciennes qui intéressent notre province. Ainsi , on trouve le nom d'Onoz ( Hagonoscum ) dans le diplôme de Lothaire de 855 ; celui de saint Christophe, dans une donation faite en 863 , à l'abbaye de Saint-Oyen , par Josserand.
Un grand chemin , un pont , un port sur une rivière d'une certaine importance , ont dû attirer des habitants au Bourget, dès les temps les plus reculés. Un climat dit en Saint-Martin, servit probablement de base â un temple païen ; car dans tous les lieux qui portent ce nom ,
I on est â peu près certain de trouver des débris antiques se rattachant à une construction religieuse. L'invasion des Sarrasins, en 732, amena sans doute la ruine de ce village.
Le nom de Muzia porté par une ferme qui existe encore, rappelle le souvenir du farouche Mouza , chef de ces infidèles.
L'acte le plus ancien faisant mention du Bourget , qui soit parvenu à la connaissance de M. D. Monnier, est une donation faite en 1239, par Ponce Marraginus et Humbert son frère , de Saint-Laurcnt-la-Roche, à l'abbaye de. Saint-Oyen, de trois écuellécs de froment qu'ils avaient droit de percevoir sur les dîmes de ce village. Nous en avons retrouvé plusieurs d'une date antérieure.
Ainsi, en 1213, Robert, abbé du Miroir, Girard, doyen des montagnes au diocèse de Besançon et Manassès, archiprêtre de Saint-Amour, furent choisis pour arbitres entre Aymon , prieur de Vauclusc, et Jean de Monnet, seigneurde Virechatel, afin de fixer les limites qui séparaient les possessions de la Chartreuse de la communauté du Bourget. Quinie chefs de famille de ce dernier lieu donnèrent leur consentement à celle délimitation , qui fut reconnue de nouveau en 1 601 . En 1 257, Hugues de Drainelay donna à l'abbaye de Saint-Claude, au profit du luminaire, le droit de pontonnage dans ce lieu.
En 1267, Guillaume et Etienne de Vernantois cédèrent au même monastère le droit de péage qui leur appartenait. Les chartreux de Vaucluse, possesseurs d'immenses forêts, ne pouvaient empêcher les dévastations qui s'y commettaient. Ils portèrent leurs plaintes au seigneur d'Orgelet , qui leur conféra le droit, en 1302, d'instituer des gardes chargés de dresser des rapports et
d'appeler les délinquants devant leur propre justice. Les habitants du Bourgel consentirent volontairement à reconnaître qu'ils n'avaient point le droit de couper du bois pour leur usage dans les forêts des religieux ( i 338 ) ; une seule famille s'obstina à vouloir jouir de cette faveur , qu'elle soutenait être attachée à l'office de prévôt qui lui avait été inféodé. Enfin, en 1339, Abel du Bourget renonça à cette prétention.
Seigneurie. Ce village dépendait en toute justice, haute , moyenne et basse, de la baronnie de Virechatel.
Le signe patibulaire était placé dans la contrée dite sous les Fourches. Le seigneur avait la banalité du four, du moulin, des forêts. On lui devait le guet et garde, l'impôt des quatre cas , la réparation de son château , des cens en nature et en argent , l'ost, la chevauchée , les langues de bœufs et de vaches , des corvées, les droits de lods, etc. Les habitants furent affranchis de la main-morte au xine siècle et obtinrent le droit de pécher dans la rivière d'Ain.
Seigneurie de Bellecin. Le village de Bellecin, Bellusins dépendait dans l'origine en toute justice de la baronnie d'Orgelet. Le 8 mai 1593, Philippe II , roi d'Espagne, seigneur d'Orgelet , par suite de la confiscation des domaines du partage d'Auxerre et deChàtelbelin, échangea ce fief avec Jean Froissard deBroissia, contre sept quartiers de muire , appartenant à ce dernier dans les salines de Salins. Le 7 février 1619, Claudine de Blanchot, dame de Broissia, Claude Froissard, prieur de Fay et de Laval et Jean-Simon Froissard de Broissia , reconnurent tenir en fief des archiducs comtes de Bourgogne et seigneurs d'Orgelet, la terre de Bellecin. Par lettres-patentes du
mois de décembre 1097, Louis XIV érigea en marquisat, en faveur de Jean-Baptiste Froissard de Broissia, les seigneuries de Châtenois, Bellecin , Rantchaux , Bretenières et autres, à charge de tenir le tout de lui en foi et hommage, sans changement de ressort ni de mouvance. Le 22 novembre 1712, les héritiers du marquis de Broissia, chevalier d'honneur au parlement de Besançon , vendirent Bellecin à Claude-François- Joseph Rémond, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, maison et couronne de France , lieutenant de la grande judicature de Saint-Claude , qui le revendit, le 8 janvier 1728 , à Emmanuel-Dominique-Gabriel-François du Saix , seigneur d'Onoz et Charcbillia. La postérité de ce dernier l'a possédé jusqu'à la suppression de la féodalité.
Droits seigneuriaux. Ils consistaient en justice haute , moyenne et basse, maison, chapelle, cens, rentes, banalité de la rivière d'Ain , redevances, tailles, prestations, corvées, poules, droit d'établir un bateau sur l'Ain., de lods, de retenue, de chasse et de pèche. Les seigneurs expliquaient dans toutes leurs reprises de fief qu'ils n'étaient tenus à ancun service militaire, en ayant été dispensés par l'échange consenti en 1593, par le roi d'Espagne.
Château. Le château de Bellecin, construit au xvne siècle, n'offrait rien de féodal. C'était une simple maison de résidence , dans laquelle le seigneur venait percevoir ses redevances et faire rendre la justice.
Il n'existe plus.
Chapelle. La chapelle seigneuriale était à côté du château , et dédiée à saint Joseph. Elle se compose d'un porche en charpente et d'une nef surmontée d'une campanille. La nef date du xvue siècle ; le porche de