‹ Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la FrancheComté et des hameaux qui en dépendent, classés par département. Tome premier VI département du JuraChapitre 11 sur 33 · I, AGI - L · texte numérisé non relu

I, AGI - L

récalcitrants , et de leur imposer une amende de 19 deniers. Sur le refus de payer l'amende, les prud'hommes devaient requérir l'intervention du prévôt, qui alors prononçait une nouvelle amende de trois sols. Si le prévôt était absent ou refusait son ministère, les syndics pouvaient exiger eux-mêmes cette nouvelle amende de trois sols. Toutes les contestations relatives à la possession des terrains cédés, devaient être jugées par les prud'hommes , avec l'assistance du procureur de l'abbé. Les syndics pouvaient constater tous les délits commis dans les ebamps par les animaux , comme le ferait le messier lui-même, saisir les animaux et même punir des délits qu'ils n'auraient point vu commettre. II suffisait que la connaissance leur en parvint. Dans le silence de celle charte, le territoire concédé était-il affranchi de la main-morte ?

Evidemment non ; car il est positivement dit i que chacun tiendra sa (erre ou son pré , selon l'usage des autres terres et des autres prés. Or, dans la terre de Saint-Claude, la main-morte était générale. Qu'on lise les franchises accordées aux habitants de la chàtellenie de Chàtel- Blanc, par l'abbé Guillaume, en 136& , on verra quels termes précis emploie ce prélat, pour accorder l'affranchissement. « Nous, pour nous et nos successeurs, la dite mainmorte , avons ôlé , quitté , remis perpétuellement à nos hommes et femmes, demeurans et résidans esdits lieux , à présens , et à ceux qui pour le temps à venir, y demeureront et résideront, etc. » Les habitants de Longchaumois auraient-ils reconnu au xv#, au xvi* siècle, qu'ils étaient main-mortables , soumis au droit de retenue, au paiement des lods , à raison du tiers du prix ; qu'ils

ne pouvaient vendre leurs biens qu'entre eux , sans jamais pouvoir les aliéner à des gens francs , s'ils avaient eu un litre contraire à opposer ? Ils pouvaient demander leur liberté comme un droit naturel, mais non comme un droit écrit. M. Cbristin s'est complètement fourvoyé sur cette question. L'abbé de Saint- Claude accensa, en 1533, une montagne appelée la Teppe-Paget, le Cernois-Moureau et le Cernois-Mannon, à Jean Blanchot , de Saint Oyan, écuyer, moyennant une livre de cire.

Jean Blanchot céda à son tour cette même montagne à huit particuliers de Seplmoncel , qui vinrent s'y établir et y construire des maisons.

L'abbé prétendait que ce terrain dépendait de sa seigneurie de Saint- Cergues ; mais un arrêt du parlement de Dole, du 7 septembre 1578, reconnut qu'il faisait partie des communaux de Longchaumois , et condamna les censitaires à déguerpir.

Diverses permissions de construire des usines sur la Bienne et sur les différents ruisseaux de Longchaumois et d'Orsières, furent accordées par les religieux, du xv* au xvtu* siècle.

Prévoté, Il y avait une prévôté pour Longchaumois et Orsières, qui formaient deux communautés distinctes , administrées chacune par denx prud'hommes. Elle était possédée, en 1390, par un nommé Pierre. Elle appartint pendant plusieurs siècles à la famille Blanchot.

Claudine Blanchot la porta , par son mariage , dans la maison de Froissa rd Broissia. Le 8 avril 1710, Jean- François-Ignace Froissard , marquis de Broissia, chevalier d'honneur au parlement de Besançon et colonel de dragons, vendit cel office, moyennant 4300 livres, à M. Prosper de Lucinge, chevalier dcPÀnnonciadc,

qui le rétrocéda de suite au chapitre.

Le 3 mai 1728 , il fut uni à l'office de sacristain. Le prévôtavail le droit, du reste souvent contesté, d'exiger de chaque habitant tenant feu à Longehaumois , une demi -poule.

Une <*nnée il percevait une poule entière par feu de tous ceux qui demeuraient depuis la roche jusqu'au tilleul planté devant la maison Jacquemin, dit Thiellier, et l'année suivante , depuis ce tilleul jusqu'à Orsières. Les hameaux étaient exempts de cette redevance.

Exercice de la justice. Dans l'origine , le prévôt de Longehaumois était chargé de rendre la justice en première instance. Il tenait ses assises à des époques irrégulières.

Les appels de ses sentences se por taient devant le grand cellerter du monastère. Lorque les religieux curent acquis cette terre de l'abbé , les appels se portèrent devant celui d'entre eux qui était commis pour juge des villages de la piduncerie. Ce juge trouva commode de rendre ses arrêts dans sa chambre. Les justiciables se plaignirent au parlement qui , par arrêt du 7 septembre 4577, ordonna aux religieux de faire construire dans trois mois un auditoire de libre accès, dans la ville de Saint-Claude, pour y tenir la justice de la pidancerie, les maintint dans le droit de faire tenir deux fois l'année au moins, les assises à Longehaumois et à Orsières, et d'y juger les causes qu'on avait coutume d'y porter, avec injonction de les annoncer à l'avance , et défense de donner dans un jour plus d'un défaut contre ceux qui ne comparaîtraient point. Le même arrêt décida que la justice devait être gratuite.

On supprima alors le prévôt. En parcourant les registres de cette justice , du xve au xvi* siècle , nous

avons remarqué de nombreuses condamnations à la peine de mort pour meurtres, à des amendes de 40 à 50 livres pour délits de chasse , d'autres moindres pour blasphèmes. Le juge se montrait impitoyable pour ceux qui donnaient l'hospitalité à des huguenots. En terme moyen, les assassinats étaient au nombre de plus de cinq par an. Les habitants jouissaient de quelques privilèges , dont ils se montraient très jaloux. Ainsi, ils ne pouvaient être condamnés à des amendes excédant 60 sols, ni être distraits de leurs juges naturels.

Leurs créanciers n'avaient pas le droit de faire saisir leurs meubles, s'ils offraient une caution suffisante.

Il était interdit aux sergents étrangers d'exercer des actes de leur ministère à Longehaumois. Aucune saisie ne pouvait être pratiquée hors le temps des assises. Le prévôt était astreint à observer certaines formalités dans ses procédures , sous peine de nullité.

Evénement» divers. Les habitants de Longehaumois et d'Orsières étant retraitants au château de Sainl-Cergues , furent souvent appelés à se défendre contrôles Suisses , pendant la guerre que leur faisait Charlesle-Téméraire. Ils soutinrent des luttes continuelles contre les habitants de Seplmoncel et les Suisses , à l'occasion de certains pâturages , dont la propriété était litigieuse. Ils subirent plusieurs fois des actes de violence et de pillage de la part des luthériens et des calvinistes ( Voir, à ce sujet, l'article Saint-Claude).

Animés par l'exemple du célèbre Lacuzon, leur compatriote, ils résistèrent toujours avec énergie aux Français , pendant les guerres du xvne siècle.

Paroisse. La paroisse de Longehaumois, dont l'étendue était im-

mense, se démembra successivement pendant les xvn° et xviue siècles, par l'érection en cures des églises de Morbier, des Rousses, de la Mouille , de Bellefontaine , de Morei et de Prémanon. On trouve souvent mentionnée dans les anciens pouillés du diocèse de Lyon , le prieur de Longchaumois ; mais ce que l'on en dit, s'applique au prieur de la Mouille.

Eglise. L'église , dédiée à saint Jean -Baptiste, est orientée et se compose de trois nefs , d'un sanctuaire , d'un chœur semi octogonal, d'une sacristie et d'un clocher qui a sa naissance entre la nef et le sanctuaire. Le chœur et la travée supérieure de chaque collatéral sont du style ogival , usité au xvie siècle ; la porte d'entrée principale porte la date de 1631. Une flèche élancée , que cantonne quatre clochetons , couronne le clocher.

Canton. Longchaumois a été érigé en 1790 en chef- lieu d'un canton , composé de. la commune de ce nom, de Cinquctral , la Mouille et Prémanon. Ce canton a été supprimé en 180t.

Curiosités naturelles. Le Trou des Sarrasins était une cavité profonde , aujourd'hui en parlie comblée, dans laquelle les habitants se réfugiaient à l'approche des ennemis. A côté est un ancien cimetière de pestiférés.

Biographie. Ce village est la patrie de Claude Prost , dit Lacuzon , né le 17 juin 1607, fils de Claude l'rosl , bourgeois de Saint-Claude , et de Claude-Marie Jacquemin, le dernier et le plus intrépide champion de la nationalité franc -comtoise. On peut consulter, sur ce célèbre personnage, les détails fournis dans nos Documents inédits et à l'article Suint-Laurent -de -la-Roche.

Bibliographie. Archives de la pré fecturedu Jura. — Annuaire du Jura, année 1845.

Longcochon , Longcoichon, vg, de l'arr. de Poliguy, cant., percept, et bur. de poste de Nozeroy ; paroisse de Miègcs ; à 3 kil. deMièges, 5 de Nozeroy, 37 de Poligny, 30 d'Arbois et 30 de Lons-le-Saunicr.

Altitude : 906m.

Le territoire est limité au nord par Essavilly et Molpré; au sud par Trebief , Rix et la Laletle ; à l'est par Essavilly, et à l'ouest par Nozeroy, Trebief et Rix.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 10 , de Nozeroy à Mouille ; par les ch. vicin. tirant à Mignovillard , à Nozeroy, à la Latelte , et par le ruisseau dit le Bief-Cochon.

Le village est situé dans le val de Mièges , entre le sommet d'un coteau , d'où l'on jouit d'un assez beau point de vue. Les maisons sont peu dispersées , construites en pierre et couvertes en bardeaux ou lavaillons.

Plusieurs sont élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.

Pop. en 1790, 140 hab. ; en 1846, 14*; en 1851, 147, dont 74 boni, et 73 fem.: pop. spécif. par kil. carré, 12w2 hab.; 24 maisons, savoir : dans le Quartier-d'en Haut 7, et dans le Quartier-d'en-Bas 17; 28 ménages. Les plus anciens registres de l'élal civil datent de 1 793.

Les habitants n'éinigrent pas.

territ. 363!l 94% divisés en 692 parcelles , que possèdent 95 propriétaires, dont 58 forains; surf. imp.

356b, savoir : 223b en terres lab. , 102 en pâtures, 24 en prés , 4 en broussailles, 2 en murgers, gravières, jardins et lh en sol et aisances de bâtiments, d'un rev. cad. de 7877 fr.; cont. dir. cnprinc. 957 fr.

Le sol , montagneux et peu fertile , produit du seigle , de l'orge , de l'avoine, de l'orgée, des pommes de terre , du foin , peu de chanvre, de lin , de fruits et de fourrages arificiels. On exporte le cinquième des céréales et on importe le Tin.

On élève dans la commune du bétail à cornes et des porcs qu'on engraisse pour la consommation locale. 40 ruches d'abeilles.

On trouve sur le territoire , d'abondantes sablières, des carrières de bonne pierre à bâtir , de la pierre de taille, de la pierre à chaux et des carrières de mauvais tuf, dont l'exploitation a été abandonnée.

Il y a un châlet , dans lequel on fabrique annuellement 16,000 kil.

de fromage , façon Gruyère.

tuellement les marchés de Champagnole. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et le produit de la fromagerie.

Biens communaux : une chapelle, une maison commune renfermant l'école , dirigée par un sousmaître de Mièges, et fréquentée en hiver par 10 garçons et 9 filles; 5 fontaines, dont deux avec abreuvoirs et une avec lavoir ; un puits communal, et 1 0 lh 41* de pâtures et terres lab., d'un revenu cad. de «62 fr.

Budget : recettes ord., 957 fr.; dép. ord., 874 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Ce village tire son nom du ruisseau qui coule sur son territoire. Il se trouvait implicitement compris sous le titre de Mièges , dans la donation faite par le roi Sigismond à l'abbaye d'Agaune en 522. Il dépendait en toute justice de la seigneurie de Nozeroy. Edme de Trélay, écuyer, et son épouse, vendi-

I rent en 1269, pour 25 livres viennoises , à la comtesse Laure de Commercy, veuve de Jean de Chalon P Antique, le meix qu'ils possédaient à Longcochon et tous les droits qui y étaient attachés. Pierre de Mol pré reçut ce domaine en fief, et en fit hommage à la comtesse, au mois d'octobre de la même année. Les concessions de droits d'usage faits dans leurs forêts , par les seigneurs de Nozeroy, au xiv* siècle, contribuèrent à attirer de nombreux colons dans ce village, dépeuplé par la peste de 1349. Le passage des troupes de Saxe-Weimar dans levai de Mièges, en 1639 , est marqué à Longcochon par des ruines nombreuses. Il parait que toutes les habitations furent incendiées à cette époque.

Chapelle, La chapelle de Longcochon a été construite en 1628, et réparée en 1742. Elle est dédiée à sainte Anne, et se compose d'un clocher, d'une tribune, d'une nef et d'un sanctuaire. A peu de distance , on remarque une croix en pierre, érigée en 1634 , qui représente sur ses croisillons , d'un côté le Christ, et de l'autre la Vierge tenant l'enfant Jésus.

Biographie. Ce village est la patrie de M. Fraignier, (1801-1852), sa va ni professeur au grand séminaire de Lons-le-Saunier , auteur d'un Traité de théologie très estimé.

Longwy, Longus view, Longvi, Longwy, Longçic , vg. de l'arr. de Hole, cant. et bur. de poste de Chemin; percept. du Petit-Noir; paroisse, composée de Longwy, les Jousserots, les Moussières et d'Hotelans; à 5 kil. de Chemin, 20 de Dole et 47 de Lons-lc-Saunier.

Altitude : i9Zm.

Le territoire est limité au nord

par Peseux, Saint-Loup et Chemin ; au sud par Petit-Noir, Beauvoisin et Asnans^à l'est par Ghaussin et Asnans ; à l'ouest par Petit-Noir et Chemin. Hotclans, les Moussières et les Jbusserots font partie de la commune.

Il est traverse par le chemin de gr. corn. n° 13, de Dole à Bellevesvre et à Pierre ; par les chemins vicin. tirant à Chemin , à Chaussin , à Seurre, au Petit-Noir et à Asnans; par le Doubs , ses mortes , l'Orain et un grand nombre de fossés d'assainissement.

Le village est situé sur la rive droite du Doubs, dans l'immense plaine qui s'étend entre le Jura et la Côte-d'Or. Les rues sont larges et bien entretenues; les maisons sont groupées , bien construites en pierres et briques , et couvertes les unes en chaume et les autres en tuiles plates.

Les communes des Jousserots et d'Hotelans ont été réunies à celle de Longwy, le 19 juillet 1820.

Pop. en 1790, de Longwy, 478 hab.; des Jousserots, 140, et d'Hotelans, 63; pop. réunie en 1846 , 955; en 1851, 974, donl 474 hom.

et 500 feni. ; pop. spécif. par kil.

carré, 59 hab.; 194 maisons, savoir : à Longwy 143, à Hotelans 12, aux Jousserots 29, et aux Moussières 10; 268 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1606. Les habitants émigrcnl peu.

Cadastre exécuté en 1825 ; surf, terr. 1644h 54a, divisés en 6186 parcelles que possèdent 623 propriétaires, donl 536 forains; surf, imp. 15o2\ savoir : 1224 en terres lab., 205 en prés , 74 en pâtures , 22 en oseraies , 9 en gravières , 7h 60* en sol de bâtiments , 5h en jardins, 4 en mares et mortes, et 40"

en vergers, d'un revenu cadast. de 50,259 fr.; contrib. dir. en princip.

8631 fr.

Le sol , formé d'une riche terre d'alluvion, est très fertile, et produit dix fois la semence des céréales. Oo récolte beaucoup de blé, du seigle, de l'orge , de l'avoine, du maïs , des légumes secs, de la navette, des betteraves , des pommes de terre , du chanvre , des fruits , du foin et des fourrages artificiels. On exporte les quatre cinquièmes des céréales, et on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c.

pour cent.

On élève dans la commune beaucoup de chevaux, des bêtes à cornes, des moutons , des porcs et des volailles. On y engraisse des bœufs, des cochons et des oies. 80 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès.

On trouve sur le territoire, d'abondantes gravières et de bonnes sablières sur les bords du Doubs.

11 résulte de plusieurs titres anciens, que l'on recueillait autrefois des paillettes d'or dans le Doubs, et que les seigneurs de Longwy et du Petit- Noir affermaient le droit de chercher ce métal précieux dans l'étendue de leurs limites. Cet or était à 24 carats. Jacques de Vienne avait une chaîne faite avec cet or, du poids de 160 écus.

Foire. 11 se tient chaque année à Longwy une foire, qui commence le 29 septembre et dure environ dix jours. C'est une des plus anciennes et des plus célèbres de la province. Elle durait autrefois trois semaines. On y vend du bétail de toute espèce, beaucoup de friperie, de la mercerie , de l'épicerie , des tissus , de la plume , du duvet , du chanvre, etc. Elle présente l'aspect le plus pittoresque et le plus animé.

Des bateleurs , des jongleurs , des charlatans , des saltimbanques , des jeux de toute espèce sont établis autour d'une place immense que décorent des baraques rangées avec goût et symétrie. Des promeneurs élégants, mêlés aux villageois en habits de fêtes, se pressent du matin au soir dans les rues, dans les guinguettes et devant les boutiques ou les spectacles.

Commerce et industrie. Il y a 3 auberges à Longwy et une à Holelans, 1 épicier, 1 charpentier, 1 fermier du bac , i bourrelier , 1 maçon, 1 marchand d'étoffes, 1 cafetier, t charron , i menuisier, 3 sabotiers, 2 maréchaux-ferrants , 1 mercier, 2 cordonniers et 1 battoir à manège.

Un châletaélé fondé en 1854; on y a fabriqué 7500 kil. de fromage , façon Gruyère.

Longwy est la résidence d'un notaire , d'un docteur en médecine et d'un géomètre.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'enlour, un presbytère près de l'église ; une maison commune, construite en 1820, quia coûté 12,000 fr.; elle renferme la mairie, la salle de pompe à incendie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 80 élèves ; un oratoire au hameau des Jousserots , dédié à saint Antoine, ermite, et un autre à Longwy, en l'honneur de la Vierge; une pompe à incendie , manœuvrée par une compagnie de 36 pompiers; des latrines publiques ; un pont en pierre; un bac sur le Doubs, communiquant avec Chaussin, Asnaus et Vornes, et 62h 36" de terres, pâtures, gravières et mortes, d'un rcv. cad. de lili fr.; le hameau d'Hotelans a llh 87a de pâtures, prés cl gravières, d'un rev. cad. de

227 fr.; celui des Moussières, 10h de pâtures, d'un rev. cadast. de 227 fr.

Ecole des filles. Elle est tenue par deux religieuses, dont la maison principale est à Montseugny (Haute- Saône), et fréquentée par 80 élèves.

Bois communaux: Longwy, t31b 77a ; coupe annuelle, hh ; les Jousserots, 32b94a; coupe annuelle, 99a.

Budget : recettes ord., 9281 fr. ; dépenses ord., 8622 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu ord. 40 fr.

noncB historique.

Longwy est une de ces villes déchues qui n'offrent d'autre intérêt que celui des souvenirs historiques.

Oppida celtique d'abord , puis place d'armes des Romains, elle devint, pendant l'époque féodale, le centre d'une vaste baronnic, et donna son nom à l'une des familles les plus illustres de la province. Aujourd'hui c'est à peine si elle peut montrer quelques débris de son antique splendeur. L'Asscmbtée nationale l'avait mise au rang de chef-lieu de canton ; le consulat lui enleva ce titre; là, s'arrêtera peut-être sa décadence, à moins que le Doubs, lassé de faire de vaines menaces , ne se décide à l'engloutir tout-à-fait. La configuration du bassin au milieu duquel s'élève ce village, et l'élude des révolutions qu'a subies la constitution géognostique du sol , suffisent pour justifier la crainte d'une semblable catastrophe. Il est certain que les Celtes ont habité cette contrée. On en trouve la preuve dans la découverte faite , il y a quelques années , auxMoutcrots, de haches en bronze, de pierres tranchantes et autres armes gauloises. Il est probable que le Champ de bataille, près duquel

ces objets furent mis au jour, a été le théâtre d'une de ces luttes fréquentes qui avaient lieu entre les Séquanais et les Eduens, à l'occasion des péages, avant l'arrivée de Jules- César. Au mois de mai 18&0, M.

Danjean, maire de Longwy, rencontra dans une de ses propriétés , près de Vile des Inglas, plusieurs chênes énormes, enfouis sous les sables du Doubs. L'un d'eux offrit une particularité remarquable. Au moment où les ouvriers achevaient de l'équarrir, ils virent poindre sous la hache, un petit trou qui s'élargit sous chaque nouveau coup. On pensa que l'arbre était gâté ; alors on le scia. On ne tarda pas à apercevoir un crâne et des ossements humains mêlés à une grande quantité de faines noircis par le temps et l'humidité. Ce singulier cercueil était creusé carrément dans l'épaisseur du chêne, et fermé par un morceau de bois d'une dimension égale à l'ouverture. Celte porte de tombeau s'était recouverte d'une couche ligneuse de 22 centimètres d'épaisseur. Ce mode d'inhumation remonte à l'antiquité la plus reculée. La dénomination d'île des Inglas appartient â la langue des Phocéens de Marseille. On trouve près de cette dernière ville , beaucoup de noms semblables ou tout à fait analogues.

Si, comme nous le pensons, l'emplacement qu'occupe Chaussin servit à'oppida aux populations établies sur la rive droite du Doubs, Longwy dut avoir la même destination pour celles de la rive gauche. La disposition des lieux le fait du moins facilement supposer. Sous la domination romaine, cette bourgade devint des plus florissantes. Elle se divisa en trois quartiers, distingués sous les noms de Castellum , de Castrum et de Villa. La partie non fortifiée , ou

la Fille , prit un tel développement , qu'elle fut appelée Longus Ficus, la longue rue. Longwy eut l'avantage d'être un centre d'opérations stratégiques et commerciales. Sa foire célèbre remonte probablement à cette époque. Placé entre une rivière navigable et la grande voie de Lyon au Rhin , par Chalon-sur- Saône, il était traversé par un chemin appelé aujourd'hui le chemin des Margandiers , et dans une charte de l'an 1280, chemin de Dole à Chalon, par Longwy, Peseux et Us Jousserots. Cette route se dirigeait sur le Petit-Noir, où elle passait le Doubs pour arriver à Ncublans, et communiquait avec Louhans, Verdun et Autun. Un pont, dont on reconnaît encore quelques vestiges en amont du bac actuel, reliait Longwy à Chaussin et Asnans. Dans un terrain peu éloigné du château, on a ramené à la lumière, en 1835, un pot d'airain de forme ronde , qui contenait une grande quantité de médailles d'or et d'argent , dont plusieurs de Jules-César, puis des ustensiles de cuisine en cuivre rouge et jaune, tels que plats , chaudières , etc. A la Fie de Rupt , à Y Enfer, au Champ des Tuiles et dans beaucoup d'autres lieux , le sol est parsemé de tuileaux à rebords, de fondations de bâtiments et de débris de constructions.

Que Longwy ait été ruiné par les Barbares, du iue au v« siècle, le fait nous parait hors de doute ,• mais il est certain aussi , qu'il fut promptement rétabli par les Bourguignons.

La présence de ce peuple dans la partie occidentale du canton d'Amaous, est attestée par les nombreux alleux qu'on y comptait. La donation du comte Frédéric, en faveur de l'abbaye de Saint - Oyan - de- Joux , de l'an 785, mentionne déjà Longwy, Longus Ficus , Annoire, Àlnoras,

Peseux, Pisaditium9 Gatey, Catliliagus, Saint-Aubin, Jlblinus, etc.

On retrouve ensuite le nom de Longwy dans une charte de l'an 930, contenant donation de l'église de ce lieu à l'abbaye de Saint-Marcel-lez- Cbalon.

Seigneurie. La seigneurie de Longwy, l'une des anciennes baronnies du pays , parall avoir fait primitivement partie des vastes domaines que la première maison de Vienne possédait entre la Saône et le Doubs, et avoir été inféodée à la maison de Cbaussin. Elle comprenait le château , le bourg et la ville de Longwy, le grand et le petit Jousserot , Buchaillc, Peseux, Gatey, le ûef de la Motte et du château de Pourlans, avec les arrière-fiefs qui en dépendaient, les fiefs de Chemin, des Moussières et de la Borde -Dame- Nicole. Après avoir été sous la suzeraineté des sires d'Antigny, celte terre passa sons celle des comtes de Bourgogne; le château et le Bourg- Dessus tombèrent ensuite sous la mouvance des sires de Rahon.

Charte de franchises. Les habitants de Longwy avaient reçu, au xine siècle, une charte de franchises, dont le titre se perdit pendant l'occupation de ce bourg par les Routiers.

Jacques de Vienne la renouvela, par un acte daté du 3 février 1385 ( v. st. ). Nous n'en rappelerons que les dispositions principales. Les habitants avaient le droit d'élire, pour l'administration des affaires communes, un maire et quatre échevins.

Le maire n'avait point de juridiction et ne pouvait prononcer aucune amende. 11 était simplement chargé de recevoir les plaintes , de les faire connaître au seigneur ou à son bailli dans la huitaine, et d'ajourner les parties devant les officiers de justice. Les sujets ne devaient subir aucune

détention arbitraire. Ils pouvaient acquérir des biens et disposer de leur fortune à leur gré , pécher à pied et sans bateau dans les rivières et les mortes, couper du bois dans les forêts du seigneur pour leurs constructions, leur chauffage, la clôture du bourg et l'entretien des ponts. Ils y avaient aussi droit de paisson et de pâturage. En échange de ces rares privilèges, ils étaient soumis à de nombreuses charges. Ainsi, ils devaient les lods , l'impôt des quatre cas , l'ost et la chevauchée pendant un jour et une nuit , le droit de vente et d'éminage sur les denrées et le bétail amenés aux marchés, le péage du grand pont , les rentes de la foire et la prise de poissons dans les rivières et les mortes. Il était dû au seigneur un cens de cinq sols par ménage, et semblable somme par façade de maison et par chaque journal de terre , ainsi que des corvées pour ebarroyer son blé et son vin.

Le retard dans le paiement de ces redevancesdonnait lieu à uncamende de 60 sols. Le sire avait la chasse exclusive, le droit d'instituer un prévôt , un crieur et des messiers , celui de vendre seul du vin pendant quarante jours, à partir du 1er août, et pendant trois semaines en carême.

Le inaire devait lui faire livrer toutes les poules qui lui étaient nécessaires, en payant les gelines quatre deniers, les petits patins, un denier, le grand polaslre , ou la pucine , deux deniers. Il avait toutes les années, à chaque pèche d'étangs, une levée de trouble, à l'heure qui lui plaisait. Les bourgeois devaient fournir des guetteurs et des portiers, faire le guet et l'écharguette en temps de guerre, entretenir les fossés , la clôture et les ponts du bourg , à l'exception du grand pont, pour la réparation duquel ils ne devaient que

le transport des matériaux. Nul ne pouvait faire partie de la franchise, sans le consentement du sire, excepté les hommes du prieuré et ceux des vassaux. Celui qui voulait quitter le bourg , était tenu de prendre congé du seigneur; ce dernier devait le faire accompagner, ainsi que ses meubles, pendant un jour et une nuit. Tout nouvel habitant devait 5 sols dentrage. Il était interdit au sire d'amasser gens au pasquier, du côté d'Holelans, sans le consentement des échevins. Les reconnaissances postérieures à cette charte renferment des conditions beaucoup plus lourdes. Ainsi, en 1402, il était dû par les bourgeois, pour meix et amaze me nts , 5 sols estevenants et deux gelines, et par journal de terre, deux quarterons de blé , moitié froment et avoine. Ils étaient tenus, • 1° d'ayder à porter les lettres du seigneur, toutes fois que meslier éloitaux missions raisonnablement ; 2° de réparer et vider les fossés du chastel, quand mestier étoil; 3° charroyer toutes les fois que le seigneur avoit guerre, ses harnois, armures et artillerie , es lieux où ledit seigneur avoit à besongner; k° apporter au chastel les deux plus beaux poissons de l'étang de Servolte, chaque fois qu'on le péchait. »

Les sujets étaient soumis à la banalité du four, des moulins et des battoirs. La justice était administrée par un bailli, un châtelain, un prévôt, un procureur, un scribe et des messiers. Le signe patibulaire était dans le lieu dit aux Justices , et le carcan devant les halles. Il y avait un tabellion pour la réception des contrats.

La mesure du grenier du château était très forte , quatre mesures en faisaient cinq de celles de Lons-le- Saumer.

Seigneurs. Le premier seigneur

qui se qualifia de sire de Longwy, fut Mathée de Chaussin. Cette famille était très ancienne. En 9û3, on voit déjà figurer un Saliron de Chaussin , qui possédait un francalleu , in villa Calciniaco. En 1 153, Mathée de Chaussin , Elisabeth , son épouse, et Simon, son fils, donnèrent à l'abbaye de Saint-Bénigne de Dijon, propriélaire depuis 1097, de l'église de Chaussin, la dime qu'ils levaient dans celte paroisse. Hugues de Chaussin donnait, en 1190, au même monastère, le tiers des dîmes qu'il possédait à Chaussin, et la dlme des fruits 'qu'on apportait vendre dans cette ville. Mathée de Chaussin, sire de Longwy, prit parti avec Henri d'Anligny, sire de Sainte-Croix et de Longepierrc, Amaury IV, sire de Joux, et Jean, sire de Tilchàlel, pour Jean de Chalon l'Antique , contre Hugues de Chalon , (ils de ce prince et comte palatin de Bourgogne. Il ne déposa les armes qu'à la suite du traité de paix signé en 1255, entre le père et le fils, par la médiation du roi saint Louis. Dans le pai-lagc qui fut fait en 1256, entre Henri de Pagny, sire de Sainte-Croix et Huguenin d'Anligny, sire de Pagny, de la succession de Guillaume III de Vienne, leur oncle, il fut convenu, qu'Hugnenin d'Antigny aurait la suzeraineté du fief de Longwy. Au mois de juin 1257, Mathée de Chaussin se fit l'hommelige de Hugues de Chalon et d'Alix , comtes palatins de Bourgogne, pour les bienfaits qu'il en avait reçus, sauf la foi qu'il devait à Hugues, duc de Bourgogne, au seigneur de Bourbon, à Hugues d'Anligny, comlede Vienne et seigneur de Pagny, à Hugues, seigneur de Neublans, à Philippe de Montagu, et au suzerain auquel il devait faire hommage de Chaussin.

En même temps, il reprit de fief, des

comtes palatins , trois villes de son alleu, savoir : Brelenières, Tassennières et les Moussières. Ce seigneur eut de Guillemelte , son épouse , un fils, nommé Simonin de Longwy, qui lui attira de grands ennuis. Robert II , duc de Bourgogne , fit enfermer en 1280, ce jeune gentilhomme , dans les prisons de Semur, pour le punir de différents attentats et de plusieurs violences, dont il s'était rendu coupable envers lui et ses gens. Ses parents, tous de la première noblesse de Bourgogne, touchés de sa détention 4 s'empressèrent de solliciter son élargissement. Le père , la mère , les autres membres de la famille , firent d'activés démarches pour le faire rendre à la liberté ; mais le duc restait inébranlable. Il fallut, pour l'apaiser, lui donner des cautions qui répondissent de la conduite à venir du prisonnier, et de la réparation des dommages qu'il avait causés. Le père du coupable, Simon, sire de la Marche, et Jean, sire de Froslois, s'engagèrent à faire au duc toutes les satisfactions qu'il exigerait, à payer jusqu'à 3000 marcs d'argent , et à contraindre Simonin à acquiescer à toutes les condamnations qui seraient prononcées contre lui.

Pour sûreté de leurs promesses, les cautions et même Guillemelte, engagèrent tous leurs fiefs. Il est probable, qu'à la suite de ce traité, Simonin fut élargi , mais on n'en a pas de preuves. Mathée , sire de Longwy, laissa plusieurs enfants, dont l'un devint la tige des seigneurs de Ration ; plusieurs parvinrent aux plus hauts emplois et s'allièrent aux maisons souveraines. Jean de Longwy, sire de Rahon, eut le château et le Bourg-Dessus de Longwy, qu'il inféoda en 131 G, 5 Guillaume deChaussin, chevalier, sous réserve

de l'hommage. Gilles ou Gillette de Longwy, sa sœur, eut le Bourg - Dessous et la ville , qu'elle porta en dot à Hugues de Vienne, chevalier, sire de Pagny et de Montmorot, Cette dame mourut vers l'an 1287, et laissa Longwy à Guillaume de Vienne, son fils, seigneur de Saint - Georges.

Guillaume de Vienne eut deux fils, Jacques, seigneur de Longwy, et Hugues VI , seigneur de Saint- Georges, de Seurre et de Sainte- Croix. Jacques de Vienne fut mandé par le roi Jean, le 23 août 1380, pour aller contre les Anglais. Il servait avec 25 chevaliers et 7 h écuyers, au mois de septembre 1 359 , et la même année, il se rendit caution du traité que le duc de Bourgogne fit avec le roi d'Angleterre, pour la restitution de la ville de Flavigny. 11 fut nommé capitaine général du comté de Bourgogne en 1 360 , et gardien du bailliage d'Aval , au mois de février 1362. Marguerite de France l'établit gardien du comté d'Artois et de tous ses domaines situés dans le comté de Bourgogne. Cette princesse lui accorda, en 1363, une somme de 1 600 florins de Florence, comme indemnité des frais qu'il avait faits pour entretenir un grand nombre de gens d'armes , afin de repousser les grandes compagnies.

Ce seigneur fut commis, au mois de juillet 1363, à la garde et défense du Lyonnais , se trouva à la bataille de Brignais , où il fut fait prisonnier avec Louis de Chalon , le sire de Beaujeu , les deux fils du comte de Neuchàtel-Outre-Joux , et une foule de seigneurs français. Pour l'indemniser de ses dépenses , le roi lui fit payer en 1366, une somme de 3000 livres. Il testa en 1 372 et laissa de Marguerite de la Roche-Nolay, son épouse, veuve de Guillaume de Villars. seigneur de Beauvoir, Ja«-

ques II de Vienne, seigneur de Longwy, et Jeanne de Vienne, alliée à Philibert II de Montagu , seigneur de Couches. Jacques II de Vienne rendit, comme son père, de grands services dans les guerres contre les Anglais et les Flamands. Il fut reçu à Troyes, le 29 octobre 1380, avec 22 écuyers, et lors de la résolution prise de passer en Angleterre, il fut reçu à Doullens, le 18 septembre 1386, avec 8 chevaliers et 50 écuyers. Il était en la compagnie du duc de Bourgogne au voyage que le roi avait résolu de faire en Bretagne, et se rendit au Mans, le 25 juillet 1392, avec 4 chevaliers et 22 écuyers. Il accompagna le comte de Nevcrs et l'amiral Jean de Vienne , son parent, dans l'expédition de Hongrie, et périt à la funeste journée deNicopolis. Il ne laissa qu'un (ils, /eau, sire de Longwy, mort sans alliance en 1399. Jeanne de Vienne, tante de ce jeune homme, recueillit sa succession , que lui disputèrent les seigneurs de Saint-Georges. Le 20 décembre 140*, Philibert II de Montagu, seigneur de Couches, fournit au duc et comte de Bourgogne , le dénombrement de la baronnie de Longwy, qui appartenait à Jeanne de Vienne, son épouse. Ce seigneur vivait encore en 1421. Il laissa pour héritiers ses enfants, Jean II de Montagu , sire de Couches et de Longwy, chevalier, Odol de Montagu, écuyer, qui partagea avec son frère la succession de sa mère, le 28 juin 1404, et mourut sans alliance, enfin Catherine, mariée le 7 novembre 1404, avec Alexandre de Blésy, dont naquirent Guillaume et Claude de Blcsy. Jean II de Montagu, seigneur de Couches et de Longwy, chevalier banneret, servit le duc de Bourgogne avec 2 chevaliers bacheliers et 68 écuyers , et fut reçu à Paris ,

le 27 octobre 1411. Il vivait encore en 14 33, et fut marié à Marguerite de Mello, dame d'Espoisse, dont il eut Claude et Philippe, alliée le 17 mai 1436, à Louis de la Trémouille , comte de Joigny. Claude de Montagu, seigneur de Couches et baron de Longwy, chevalier, épousa le 22 février 1432 (v. st.), Louise de la Tour, deuxième fille de Bertrand IV, seigneur de la Tour, et de Marie , comtesse de la Tour d'Auvergne, qui mourut le 1 4 juin 1 472.

Il fut nommé en 1468, par le duc Charles-le-Téméraire, chevalier de la Toison d'or, et fut tué en 1470 au combat du Bussy. Il ne laissa pas de postérité légitime. Jeanne, sa fille naturelle , fut légitimée par le roi Louis XI en 1 46 1 , et avait épousé avant 1480, Hugues de Rabutin, écuyer, seigneur d'Epiry et de Ba- Iorre, dont elle eut Claude de Rabutin , duquel sont descendus les barons de Sully, de Chantai et de Bussy- Rabutin, et Biaise de Rabutin, qui a fait la branche des seigneurs.

d'Huban. Après la mort de Claude de Montagu, un immense procès s'engagea entre ses parents collatéraux et sa fille naturelle. Enfin , par une transaction du 2 décembre 1471, la baronnie de Longwy fut attribuée à Guillaume et Claude de Blésy. Guillaume mourut sans alliance, et laissa sa fortune à son.

frère. Claude de Blésy, seigneur de Couches et de Longwy, fut un des plus chauds partisans de Louis XI , contre Marie de Bourgogne. Il se sépara de Guillaume de Glorienne , de Louis et Pèlerin d'Esserlincs , de Guillaume et Pierre de Fautrières , de Jean de Suilly , de Guyon de Treselles , de Guillaume dcMarligny, du sire de Toulongeon, en un mot, de tous ces hardis chevaliers , disposés à mourir pour la

casse de leur souveraine légitime.

Tandis que Dole, Saint- Jean -de - Losne, Auxonne, Chaussin, Pontailler, Rocheforl, Saint- Aubin, Montmirey , et la plupart des bourgs et des châteaux arboraient les bannières de la princesse Marie, des banderoles, aux armes du roi de France, flottaient sur les tours du château de Longwy . Claudede Blésy s'allia, le 30 novembre 1486, à Louise de la Tour, fille puînée de Bertrand de la Tour, VIe du nom, comte d'Auvergne, dont il eut Suzanne deBlésy , dame de Couches et de Longwy, mariée le 8 octobre 1508, avec Christophe de Rochechouard , dont elle eut entre autres enfants, René et Claude de Rochechouard , qui firent le partage des biens de leur mère, le 24 avril 1544. Ces deux seigneurs vendirent, peu de temps après, la baronnie de Longwy, à M.

de Saux-Vcntoux. Anne de Saux la porta en dot à Aimé de Balay, 11° du nom , seigneur de Lavans et Marigna. Le 8 janvier 1550, Aimé de Balay et son épouse accensèrent à sept particuliers d' Asnans, une place dans les bois de Longwy, d'une surface de 500 journaux, pour la mcllrc en culture et y construire des habitations. Chaque meix devait contenir en maison, curlil et verger, un journal et demi. Le village fut nommé Balay -Saux. Les habitants s'en gageaient à supporter les mêmes charges que ceux de Longwy, à payer 5 sols tournois et une geline par ménage , et 6 blancs par chaque journal de terre ou de pré. Le seigneur se réserva le moulin , la foule et le battoir, construits près de la place accensée, et la banalité de ces usines. Il accorda aux nouveaux colons le droit d'usage dans ses forêts , et reçut une somme de lOOécusd'or.

Aimé lî de Balay laissa d'Anne de

Saux, deux fils, Etienne eiMmé III , qui se qualifiaient, en 1570, de seigneurs de Lavans, Peseux, Longwy et Balay-Saux, et deux filles, Jeanne et Marie de Balay. La terre de Longwy resta indivise enlre eux. Jeanne de Balay , dame de Longwy en partie, épousa en 1574, Jean d'Andelot, seigneur de Cromary, dont elle était veuve en 1601. A cette époque , les habitants lui firent sommation de faire connailré quels étaient les sujets sur lesquels elle prétendait avoir droit de haute juslice, afin de savoir ceux qu'elle pouvait contraindre au paiement des épingles du mariage d'Antoinette d'Andelot, sa fille, avec Pierre- Louis Pcrrol, seigneur d'Annoire. L'impol réclamé était de 4 livres et demie par ménage. En 1577, Jean deMarmier, fils de Hugues de Marmier, président au parlement de Dole, se qualifiait de baron de Longwy, en partie. Il possédait alors une plate avec bateau sur le Doubs, pour le passage de cclic rivière, et percevait à celte occasion le péage accoutumé.

En 1"»84, Philibert de Pra, seigneur de Civria , jouissait d'une partie de la lerrede Longwy, du chef de Marie de Balay, son épouse, et comme tuteur d'Aimé de Balay-Saux, son fils. Il y avait un moulin dans le lieu appelé aujourd'hui la Morte de Chanlcreine. Il existait dans le village un moulin à vent, dont Pierre Bouhelier, docteur ès droits, était propriétaire en 1603, et qu'il louait 80 francs par an. En 1617, Philippe de Ponlailler , de Dijon , acquéreur des droits d'Alexandre de Marmier, se qualifiait de baron de Longwy, Gatey, les Jousserots elles Moussières. Louis Pétrey, conseiller au parlement de Dole, acquit en 1628, le quart de la seigneurie, appartenant à Elion d'Andelot, du chef

de Jeanne de Balay, sa mère , et le surplus de Claude-François, Claude, Alexandre , Joacliim et Jeanne de Marmier. Il laissa sa fortune à Jean- Baptiste Pélrey, son fils, baron de Longwy, de 1 654 à 1 656 , et à Suzanne Pélrey, sa fille, alliée à Léonel Bonlemps, dont naquit Marie de Bonlemps , dame d'Aulhume , Eclans, Longwy , Champvans, mariée en 1692, à Claude- François Masson , conseiller au parlement de Besançon. Charles-Emmanuel Masson , né de cette union , conseiller au parlement, fit confirmer à s;« terre de Longwy le titre de baron nie qu'elle avait toujours portée, et obtint à cet effet des lettres-patentes datées du mois de décembre 1745. Ce fief passa à Rodrigue- Thérèse - François - César Masson , qui en fut le dernier possesseur féodal.

Armoiries. La maison de Longwy portait, suivant les uns : d'azur à la bande d'or, cl suivant d'autres, à'azur à la bande de sable.

Château et Boury-Dessus. Ils occupaient une éminenec artificielle, entre le Bourg-Dessous et la ville.

Le château se composait d'un haut donjon, construit en pierre et briques , ayant la forme d'un pentagone régulier. Il était flanqué à ses angles de cinq tours d'inégale grosseur. Les maisonsdes vassaux étaient bâties sur la pente de la Molle. On y comptait celles de MM. de Saint- Hilaire, seigneurs de Bousselanges, deRupt, d'Estrabonnc, elc. Un large fossé , alimenté par les eanx du Doubs , formait une enceinte circulaire, qu'on franchissait à l'aide d'un pont-levis attaché à une porle fortifiée. En dehors du fossé, se trouvaient le four banal , une tour servant de colombier, une maison de ferme, les granges, les écuries et

autres dépendances. Ce château a été démoli pendant le siège de Dole, en 1636. Ses ruines ont servi pendant longtemps de carrière aux habitants. Les derniers fragments de murailles ont élé enlevés en 1818.

On a mis à découvert de profonds cachots , renfermant des ossements humains et de grosses chaînes en fer, scellées dans la pierre. Celte forteresse , souvent habitée par les seigneurs de Longwy, était confiée à la garde d'un capitaine châtelain.

Bourg -Dessous. Le bourg proprement dit , habité par les bourgeois , les officiers de justice , les marchands cl les juifs , était au nordest du château. 11 était clos de palissades, entouré par un large et " profond fossé qu'alimentait le Doubs, et fermé par plusieurs portes avec ponls-levis. Il renfermait la halle et l'auditoire de la justice. Les rues 1 étaient pavées. Une sentence, rendue le 11 mai 1565, en la justice de Longwy, à la requête du procureur d'office , condamna le maire , Antoine Poiffot, à une amende, pour avoir désobéi au commandement qui ordonnait aux habitants de nettoyer et réparer les rues du bourg. Une autre sentence, du 2 oclobre 1579, ordonna aux bourgeois d'enlever les immondices déposées devant leurs maisons , et de faire le guet et garde, afin d'empêcher les personnes atteintes de peste , de se rendre à la foire. Les halles, l'auditoire, le four banal, les moulins, les pavés, ont disparu depuis longtemps. Le grand pont sur le Doubs, reconstruit en 15t6 par ordre du parlement, n'a pas laissé de traces ; mais on reconnaît quelques vestiges des fossés.

En 1402, on complaît 105 feux ou ménages, tant dans le bourg que dans la ville. D'après un plan dressé

en 1611 , on remarque que les habitations du bourg étaient groupées autour du château et au nord-est de l'église , tandis que maintenant elles sont au sud de l'église. Ce déplacement a été occasionné par les envahissements du Doubs. Sur ce plan, figure une des portes d'entrée du bourg, pratiquée sous une tour.

Fille. La ville, au sud-ouest du château , renfermait l'église paroissiale, le prieuré et l'hôpital, et était habitée par des cultivateurs mainmortables , corvéables et taillables.

Buchaille. Entre les Jousserols et la route de Dole à Chalon, se trouvait un village appelé la ville de Buchaille, qui fut si complètement détruit pendant le siège de Dole, en 1636, qu'il n'en reste plus aucun vestige.

Seigneurie desMoussières. Hugues de Vienne , sire de Longwy , avait donné en 1294 , la terre des Moussières à l'abbaye de Sainte-Claire de Lons- le -Saunier. Cette donation fut confirmée en 1302, par le roi Philippe-lc-Bel , et en 1324, par Jeanne, comtesse de Bourgogne, veuve du roi Philippe-le-Long. Ce domaine consistait en 306 journaux de terre d'un seul tenant, divisés en plusieurs mei\. L'abbesse avait sur les habitanls et sur le territoire, la justice moyenne et basse, et une maison seigneuriale dans le village.

Les censitaires devaient une mesure de froment et une mesure d'avoine par chaque journal de terre qu'ils cultivaient , cinq sols d'argent et une poule par ménage, le tout livrable à l'abbaye. Les lods se payaient à raison du douzième du prix. La haute justice appartenait aux seigneurs de Longwy.

Seigneurie d'ffotelans. Hotclans , Ostellens, Ostelens, était traversé par une voie gauloise ou romaine , tirant de Dole et de Tavaux à Chalon-

sur-Saône. Le pape Luce III , par une bulle du mois de février 1181 (v. st.), confirma à l'abbaye deChàteau-Chalon , la possession de Noir et de moitié d'Hotelans. Ce dernier village dépendait de la seigneurie du Petit-Noir, divisée en deux parties, appelées, l'une, la Grande - Seigneurie, ou la Grande Franchise, et l'autre, la Petite-Seigneurie. Noir et Holelans reçurent leurs franchises de Huguenin, sire de Neublans, de Marguerite, sa femme, et de leurs deux fils, au mois d'août 1262.

Nous analyserons cette charte à l'article Petit-Noir. Une partie d'Hotelans avec le fief dit de Mont richard, formait une seigneurie particulière, en toute justice , relevant du comté de Bourgogne , qui fut possédée en 1 39 1 , par Gérard de Plaine , plus tard, par Guillaume des Noyers, et en 1515, par Gérard de Vienne , seigneur de Ruffey, qui l'avait acquise d'Antoine Bouton, seigneur de Pierre. Elle appartenait en 1 562, à Marine de Bourgogne, damed'Autrey, en 1563, à Jacques de Toulongeon, dit devienne, et en 1587, à Philippe de Pra et à Jeanne de Balay, son épouse. Philippe Broch, docteur ès droits , acheta cette terre en 1 600 , et la transmit à Philippe , IIe du nom, son fils, né de son mariage avec Barbe Gérard de Vuillafans, et nommé conseiller au parle:

ment de Dole en 1652. Etienne- Philippe, fils aîné de Philippe Broch IIe, laissa ce domaine à Claude- Charles Broch, qui vivait en 1716.

Il passa ensuite à Guy -François Broch , marié avec Claude Françoise Vuillemaux de Bougelier, dont naquit un fils, allié à Eléonore de Froissard Broissia.

Fief des Jousserots. La mairie héréditaire des Jousserols était inféodéeà une famille noble, qui porta

le nom de ce village. Marguerite de Jousserot était mariée en 1326 à Jean d'Abbans. Sa famille habitait Poligny . Jeanne de Jousserot épousa Jean de Montalbert, sire deMontbel , chevalier, et se remaria avec Pierre de Kosoy, chevalier, châtelain de Grimont. Ce fief fut réuni plus tard à la seigneurie principale de Longwy .

Armoiries. Lesarmesde la famille Broch étaient : de gueules à Varbre arraché d'or, soutenu par un croissant d'argent.

Evénements divers. En 1365, des bandes de Routiers prirent E4rabonne , Corcondray , Pesmes et Longwy. Elles étaient commandées par Lamy, Richard Santon, Nadon de Bagerans, le Bourg Camus et autres redoutés capitaines. Leurs dévastations dépassaient tout ce qu'on avait encore vu. La comtesse Marguerite de France décida son conseil à les renvoyer à prix d'argent. C'était l'avis que lui donnait depuis longtemps l'archiprêtre. Ce dernier se rendit lui-même au château de Longwy, pour traiter avec Lamy qui l'occupait. Le dévouement de (Claude de Blésy à Louis XI , attira sur Longwy de grands malheurs.

Pour punir ce seigneur de sa trahison , les Comtois , vexés de n'avoir pu prendre son château de Couches, ravagèrent sa terre de Longwy. La tradition rapporte que les habitants de Flettcrans ( Saône-et-Loire ) , se ruèrent sur ce bourg , et qu'après y avoir commis de nombreux dégâts , ils enlevèrent les cloches de l'église et les emportèrent. M. Marquiset dit , « que la haine qui fut la suite de ces excès, s'enracina si profondément dans le cœur des habitants de Longwy, que pendant plus d'un siècle, ils ne voulurent permettre aucune alliance entre leurs enfants et ceux de Flettcrans. » Le 8 sep-

tembre 1582 une bande de prolestants envahit Annoire , Longwy , Beauchemin, et y commit toutes sortes d'excès. On peut consulter à ce sujet l'article Dole, page 477.

Longwy fut brûlé pendant le siège de Dole, en 1636. Des incendies partiels ont détruit une maison en 1834, 8 en 1847, 3 en 1849, 4 en 1850, 2 aux Moussières en 1841 , et une au Grand-Jousserot en 1853.

Dans l'inondation du 28 au 31 octobre 1840, cent habitations de Longwy furent envahies par les eaux, et vingt s'écroulèrent. Chaque année, de nouveaux débordements détruisent les récoltes et menacent de renverser les maisons. Des digues, des coursières cependant, ont été établies depuis 1830, pour éviter ce fléau. On prétend que le chemin des Margandiers fut témoin de nombreuses luttes entre les contrebandiers et les agents des gabelles , et que le fameux Mandrin le suivit plusieurs fols, en 1 753 , avec sa bande.

ÉTABLISSEMENTS ANCIENS ET MODERNES

Prieuré. Le prieuré de Longwy, dont l'origine remonte à l'année 930, était près de l'église et dépendait de l'abbaye de Saint-Marcel de Chalon. Il devint rural au xiue siècle , et la nomination du prieur appartint dès-lors au pape. La maison prieurale fut détruite en 1636. Le clos qui en dépendait, d'une surface de 7 hectares, fut vendu nalionalcment en 1791.

Eglise et Familiarité. L'église prieurale et paroissiale de' Longwy existait déjà en 930. Elle était bâtie dans le quartier de la ville, et dédiée à l'Assomption de Notre-Dame, dont on célèbre la féte le 15 août. Elle était autrefois orientée , mais on a placé le chœur à l'occident, à la place de rentrée. L'édifice actuel se

compose d'une nef, de quatre chapelles, d'un transsept, d'un chœur, d'un sanctuaire semi - octogonal , d'une sacristie et d'un clocher sur la première chapelle à gauche. La porte d'entrée principale porte la date de 1714. La grande nef est voûtée à arcs légèrement surbaissés et décorée de jolies nervures qui retombent sur des consoles , des pilastres et colonnelles, en partie engagées dans les murs. Une seule fenêtre, placée au-dessus de la porte, éclaire la nef. Les deux chapelles à droite et à gauche sont les parties les plus anciennes de l'église. On remarque dans cet édifice, la tombe de Philippe dePontallier, baron de Longwy, mort en 1627. Outre le curé, il y avait une familiarité, composée de cinq prêtres natifs du lieu , chargés de la desserte des fondations. Ses statuts furent approuvés par Mgr.

Charlesde Ncufchàlel, le G décembre 13U.

Hôpital. L'hôpital, fondé vers l'an 1260, par Maillée, sire de Longwy et Guillemetle, son épouse, se trouvait entre Longwy et Hotelans , dans le lieu dit à 1" Hôpital. Gollul le signale comme encore existant au xvic siècle.

Il fut ruiné en 1 636 , et n'a pas été rétabli. Ses titres furent perdus à cette époque et ses biens dispersés.

Canton. En 1790, Longwy fut érigé en chef-lieu d'un canton du district de Dole. Il comprenait la commune de ce nom , Annoire , Bcauchcmin , Chemin , Hotelans , Abergemcnt -Saint- Jean , le Grand et le Pelil-Meix , les Jousserots , les Moussières , Neublans et le Petit- Noir. Ce canton a été supprimé en

Biographie. Ce village est la patrie de M. François Bachct , né en 1800, chef de bataillon au U\e de ligne, et officier de la Légion-d'Honneur. Cet

officier, encore en activité de service, s'est signalé par plusieurs hauts faits d'armes dans les différentes campagnes d'Afrique.

Bibliographie. Stalisque de l'arr.

de Dole , par M. Marquiset. — Archives municipales de Longwy. — Archives de la préfecture du Jura.

Lons.le.Saunler (Arrond. de).

Cet arrondissement est borné au nord par ceux de Poligny et de Dole; à l'est par ceux de Poligny et de Saint- Claude; au sud par le département de l'Ain, et à l'ouest par celui de Saône-et- Loire.

Il se divise en trois régions, la plaine, le vignoble et la moyenne montagne. Dans la plaine, le terrain est fertile en produits naturels de toutes sortes. Le vignoble produit des vins estimés, surtout ceux de Châleau-Chalon , l'Etoile, Quintigny, Saint-Laurent-la-Rochc, etc.

La partie montagneuse, moins favorable à la culture, possède beaucoup de forêts cl de pâturages.

Les principales rivières qui sillonnent cet arrondissement , sont :

l'Ain , la Valouze et le Suran , coulant du nord au sud ; la Seille, la Yallière et la Sornc , coulant de Test à l'ouest el la Braine, au nord-ouest.

Chacune de ces rivières a de nombreux affluents.

Il est traversé par les routes impériales n° 78 , de Nevers à Saint - Laurent, et 83, de Lyon à Strasbourg ; par les routes départ. n° 1 , de Paris à Lons-le-Saunier ; n° 2 , de Chalon en Suisse ; n° >*, de Lonsle-Saunier à Genève ; n° 9, d'Orgelet à Nanlua el Bourg ; n° 15, de Saint- Amour à Orgelet ; n° 16 , de Lonsle-Saunier à Poligny; n° 18, de Clairvaux à Saint-Claude ; n° 20, de Poligny à Scllières ; n° 2 1 , d'Orgelet au Pont-dc-Poittc ; n° 22 , de Lons-

L — hll — L

Ie-Saunier à Dijon , el n° 27, de Bevigny à Saint-Maur; par les chemins vicinaux , n° 1, de Sellières à Bellevesvre; n° 2, d'Orgelet au Miroir; n° 3, de Sainl-Trivier à Dorlans; n° 4 , de Lons-le-Saunier à Montfleur; n° 5 , de Blelterans à Champagnole ; n° 14 , de Sellières à Saint- Jean-de-Losne ; n° 28 , de Clairvaux à Morez ; n° 30, de Lons le Saunier à Louhans ; n° 32 , d'Orgelet à Arinthod ; n° 33, de Blelterans à Chaumergy ; n° 34 , de Beauforl à Louhans; n°38, de Lons-le-Saunier à Chaumergy ; n° 59, de Lons-le-Saunier à Saint-Laurent en-Grandvau* ; n° 40 , de Ponl-du-Navois au Pontde-la-Chaux ; n° M, de Macornay à Saint-Maur ; n° 42, d'Aumont à Sellières ; n° 43 , de Sellières à Chatnpagnole ; n° 44, d'Orgelet à Savignyen-Pievermont ; el n° 45 , de Saint- Amour à Varennes; il sera traversé par un chemin de fer, tirant de Lyon à Dole ou à Besançon , par Bourg et Lons-le-Saunier.

Surf, territoriale, 1 56,666h; surf, imposable, 152,397h; revenu imp., 5,444,072 fr.; conlr. dir. en princ, 461,010 fr.

Pop. en 1812, 107,950 bab.; en 1846, 108,785; en 1881, 108,214, dont 53,645 nom., et 54,569 fem.; pop. spécif. par kil. carre, 69 hab.

L'arrondissement renferme 212 communes, réparties dans il cantons, qui sont : Saint-Amour, Arin- Ihod, Beaufort , Blelterans , Clairvaux, Conliége, Saint-Julien, Lonsle-Saunier, Orgelet, Sellières et Voileur.

Lons-Ie -San nier (Cant. de), arr.

du même nom. Il est borné au nord par les cantons de Conliége, de Voileur et de Blelterans ; au sud , par ceux de Beauforl cl Orgelet ; à l'est, par celui de Conliége, et à l'ouest,

par ceux de Beau repaire (Saône-et- Loire) et de Bletterans. Il est vignicole et agricole , mais presque dépourvu de forêts. Le territoire est assez fertile.

II est arrosé par la Vallière, le Solvan , la Sornc et d'autres petits ruisseaux, el;lraverjé parles routes imp. n° 78 , de Nevers à Saint-Laurent, et 85 , de Lyon à Strasbourg; par les routes dép. n° 2 , de Chalon en Su'^e; n° 4, de Lons-le-Saunier à Genève ; n° 16, de Lons le Saunier à Poligny ; n° 22, de Lons-le-Saunier à Dijon , et 27 de Revigny à Saint-Maur ; par les chemins de gr.

coin., n° 4, de Lons-le-Saunier à Montfleur; n° 30, de Lons-le-Saunier à Louhans; 38, de la même ville à Chaumergy; 39, de Lons-le- Saunk-r à Saint-Laurent, et 41, de Macornay a Saint -Manr.

Surf, terr., 10,087h ; surf, imp., 9674h, savoir : 5940 en terres lab., 2226 en vignes, 1517 en prés, 1049 en pâtures, 702 en bois, 86 en jardins , et le surplus en cultures diverses, d'un revenu imposable de 680,807 fr.

Pop. en 1846, 18,815 hab.; en 1851, 19,460, dont 9693 hoin.,et 9667 fem.; pop. spécif. par kil.

carré, 200 hab.

Ce canton comprend 19 communes, qui sont : Bornay, Chilly, Condaminc, Courbouzon, Courlans, Courlaoux, Saint-Didier, l'Etoile, Frehuans, Geruge, Gevingey, Lonsle-Saunier, Macornay, Messia , Moiron, Monlmorot, Trenal, Vernantois et Villeneuve-sous-Pymont. Il comprenait les fiefs importants de Bornay , Chilly, Courlaoux, l'Etoile, Lons-le-Saunier, Montmorot, Vernantois, Pymcnt, et ceux de Courbouzon , Chanlrans , Courlans , Gevingey, Moiron, outre une foule d'arrière- fiefs.

Lons-le-Saunler. Lons , Lœdo , Ledo , Burgus Ledonis , Ledom'um, Ledonum , Lmtdonium, v t'eus ZiCdont« , tu'i/a de Ledone , trilto doms, vt'Ma Legdonensis, Lœdo- Salnetius, Ledon, Ledon-le-Saulnter, Leons , Z.unx , Laons , Lonsle-Rotier, Lyon-le-Saulnier, Lonsle-Salnier, l'une des principales Tilles du département du Jura, cheflieu de départ. , d'arrond. et de canton ; à /Util, de Conliége, i i de Voiteur, i5 de Bletterans, 27 de Louhans, 28 de Poligny, 52 de Dole, 61 de Bourg, 62 de Chalon-sur- Saône, 64 de Saint-Claude par la nouvelle route, 88 de Besançon, i 10 de Dijon, 1 25 de Lyon, 125 de Genève, et 445 de Paris ; sous le 464 40' de latitude, et le 5d 13' de longitude. Altitude : 517m au Puits- Salé, et 255m au bas de la ville.

Le territoire est limité au nord par Pannessières , Chille , Villeneuve-sous-Pymont et Feschaux ; au sud par Macornay et Montaigu ; à Test , par Pannessières et Perrigny; à l'ouest par Monlmorot et Courbouzon.

II est traversé par les routes imp., n° 78, de Nevers à Saint-Laurent, et 83 de Lyon à Strasbourg; par les routes dép., n° i, de Paris à Lonsle-Saunier; n° 2, de Clialon en Suisse ; n° 4 , de Lons-Ie-Saunier à Genève, passant par Orgelet, Moiraus et Saint-Claude; n° 16, de Lonsle-Saunier à Poligny, par Voiteur , et 22 , de Lons-le-Saunier à Dijon ; par les chemins de gr. corn., n° 4 , de Lons-le-Saunier à Montflcur ; n° 30 , de Lons-le-Saunier à Louhans ;

38, de Lons-le-Saunier à Cbaumergy;

39 , de Lons-le-Saunier à Saint Laurenl-en-Grandvaux ; par les anciens chemins tirant à Orgelet , à Champagnole et à Lyon ; par la Vallièrc , le ruisseau de Solvan , le bief des

Combes, le canal de la Saline, et plusieurs canaux de dérivation de la Vallière.

Pop. en 1614, 389 ménages; en 1642 , après le siège de 1637 , 30 hab.; en 1644, 700; en 1790, 6518; en 1846, 8781 ; en 1851,8453, dont 3807 hom. et 4628 fera.; pop.

d'après le culte, 8370 catholiques romains, 41 calvinistes et 24 israélites ; pop. d'après l'origine , 829 1 Français , 8 Français naturalisés , 20 Allemands, 13 Italiens, 40 Suisses , 9 Espagnols , 9 Polonais et 45 individus appartenant à diverses nations ; pop. spécif. par kil. carré, 1597 hab.

La ville est divisée en 33 rues et 8 places , comprenant 929 maisons et 2795 ménages.

Le nombre des maisons par rues se répartit ainsi qu'il suit : rue du Jura. 35 ; de Saint-Désiré , 83 ; des Casernes , 32 ; de Recond , 5 ; de la Préfecture, 7 ; de Saint- Lazare, 37; des Salines, 73; de Vallière, 23; des Tanneurs, 4; du Palais, 32; du Commerce, 66; de Ronde, 10; de la Justice , 24 ; du Collège , 26 ; du Four , 3 ; de l'Agriculture , 33 ; de Balerne, 17-, de la Comédie, 33; des Charrons, 33; de Besançon, 30; de Laubépin, 3 ; de Richebourg, 8 ; des Prisons , 6 ; de la Fontaine de Rome, 1 5 ; des Perrières , 3 ; du Quai-d'Amont delà Vallière, 6; du Quai d'Aval , 9 ; du Puits-Salé, 20 ; rue Neuve , 57 ; Passage-des-Moulins, 4; rue Lafayette, 27; rue Saint- Roch, 29; rue Traversière , 11 ; rue Saint-Antoine, 16; Petite rue des Salines, 6.

La place de la Chevalerie comprend 8 maisons, celle de la Liberté, 1 8 ; de l'Agriculture, 2 ; de l'Hôtelde- Ville, 8 ; du Marché au Bois, 5; de la Paix , 1 7 ; du Collège , 1 4 , et la Place d'Armes, 17.

Les habitants n'émigrent pas.

Les plus anciens registres de Tétât civil remontent à 1600.

Cadastre exécuté en 1 809 : surf, territ., 59lh 60* , divisés en 1217 parcelles, que possèdent 275 forains; surface imp., 558h, savoir :

269 en vignes, 123 en terres lab., 106 en prés, 20 en jardins, 15 en carrières , 15 en sol et cours de bâtiments , k en friches, b en vergers, 5 en mares , 29 en saussaies , d'un rev. cad. de 208,185 fr.; cont. dir.

en principal , 29,931 fr.

La partie du sol en plaine, est formée de terrain détritique et d'alluvion. H produit sept fois la semence. On récolte du blé, du maïs , des légumes secs , de la navette, des pommes de terre, des betteraves, peu d'orge , d'avoine , de chanvre , de foin et de fourrages artificiels. Les coteaux, formés de marnes irrisées, de calcaires à gryphites, sont couverts de vignes, dont les produits sont d'une qualité ordinaire. Quelques cantons, bien exposés et cultivés avec soin, donnent des vins blancs et rouges assez estimés.

La population, presque toute adonnée au commerce et à l'industrie, néglige l'agriculture. L'horticulture prend un grand développement dans cette ville. Les melons précoces réussissent parfaitement et commencent à devenir une branche importante d'exportation.

On importe les vingt-neuf trentièmes des céréales et les trois quarts des vins. Le revenu réel des maisons est de k pour cent, et celui des autres propriétés , de 2 fr. 25 cent, pour cent.

On trouve sur le territoire, de la marne, du calcaire bleu, du calcaire à gryphites et du calcaire marneux, du gypse, du sel gemme, des schistes

bitumineux et des couches de houille à l'état rudimentaire.

Cette ville est le siège de la préfecture, de la 2e subdivision de la 7e division militaire , de la 13e conservation forestière, de la recette générale, d'un tribunal de première instance, composé de deux chambres, de la cour d'assises, d'un tribunal de commerce et d'une justice de paix , des directions des contributions directes, indirectes, de l'enregistrement et des domaines, d'un magasin du timbre et d'un entrepôt des tabacs, d'une conservation des hypothèques, d'une recette ambulante des contributions indirectes, d'unesous-intendancemililaire,d'un gite d'étapes, d'une garnison d'infanterie , de deux brigades de gendarmerie , d'une direction du télégraphe électrique, d'une direction composée des postes, d'un relais de poste aux chevaux , d'une cure cantonale et d'une cure simple, d'une maison de mission, d'une maison de justice, d'une administration de la caisse d'épargne , de la société d'Emulation et du musée départemental.

Elle est la résidence d'un ingénieur en chef des ponts et chaussées, d'un ingénieur ordinaire chargé du service hydraulique , de cinq conducteurs embrigadés ou auxiliaires, et de deux employés secondaires ; d'un conducteur du service hydraulique , d'un agent-voyer en chef et d'un agent-voyer cantonal, d'un inspecteur de l'académie , d'un inspecteur des écoles primaires , d'un inspecteur du service des enfants trouvés , d'un capitaine et d'un lieutenant de recrutement , d'un commandant de place , d'un officier comptable des subsistances militaires, d'un chef d'escadron, d'un lieutenant-trésorier et d'un lieutc-

nant de gendarmerie; de \ h avocats,

10 avoués, 8 huissiers, i commissaire - priseur , 5 notaires ; d'un payeur, d'un vérificateur des poids et mesures, d'un inspecteur, un vériticaleur et deux receveurs de Penregisirement , de deux contrôleurs des contributions directes, de deux contrôleurs, un inspecteur, un receveur principal, un contrôleur de ville et cinq commis des contributions indirectes, d'un contrôleur, un receveur et quatre commis attachés aux salines de Monlmorot, d'un préposé en chef de l'octroi , d'un receveur municipal , 1 commissaire de police; h architectes, 5 géomètres, 12 médecins, 1 chirurgien, (i pharmaciens, 2 vétérinaires, 6 banquiers et 1 i agents d'affaires.

Les établissements d'instruction publique se composent du séminaire diocésain , du collège communal , auquel sont annexées une école primaire et une école primaire supérieure, du collège libre tenu par les Frères de Marie , auquel est annexée une école primaire ; d'une école primaire dirigée par les Frères de la Doctrine Chrétienne, d'une école primaire privée, d une école protestante pour les enfants des deux sexes, d'une école normale pour les institutrices , à laquelle sont annexées une école primaire et une salle d'asile, d'une école primaire des filles, dirigée par quatre sœurs de l'ordre de la Charité , d'un pensionnat tenu par les sœurs de l'Ordre de Marie, de 0 pensionnats tenus par des institutrices laïques et de 6 garderies pour les enfants au-dessous de six ans.

Les collections scientifiques sont :

les archives de la préfecture , la bibliothèque publique et le musée.

11 y a un théâtre.

Les établissements de bienfaisance

sont : l'hôpital civil et militaire, la maison des Orphelines , la maison de la Charité, la maison de Marie, celle des sœurs garde-malades , le bureau de bienfaisance , la société de Saint-Vincent de Paul , la société des dames de la Charité , etcetlede secours mutuels. On y ajoutera probablement le dépôt de mendicité, voté en 1854 par le conseil-général.

Industrie. On compte à Lons-le- Saunier, comme soumis à la patente, 1 fabricant d'allumettes chimiques, 2 armuriers, 6 bourreliers , 26 boulangers , 1 fabricant de balances, 2 boîtiers, 1 courtiergourmet - piqueur de vins; 2 fabr.

de casquettes, 6 confiseurs, il charpentiers entrepreneurs , 2 fabr.

de chaises, 1 fabr. de corsets, 47 cordonniers, U coiffeurs, 6 charcutiers, 3 corroyeurs, 10 charrons, 1 fabr. de couvertures en laine, 2 fondeurs de cuivre , h clouliers au marteau , 3 couturières en robes à façon , 1 fondeur de cloches , 2 fab.

de cuves el banques, 1 carrossier, fi fabr. de chandelles, 1 doreur sur bois , 2 émouleurs , k fabr. d'eaude-vie , 9 ferblantiers , 1 fabr. de formes, 7 fourniers, 1 fontainier, 3 forgerons, 1 fabr. de franges, 3 glaciers, ï> horlogers, 8 lin gères,

1 laveur de cendres, 2 maîtres maçons, 3 modistes, 5* maréehauxfcrranls, 1 mélrcur de bàtimenls,

2 mouleurs de bustes et figures en plâtre, 43 menuisiers, h entrepr.

de maçonnerie , 2 marbriers , 5 entrepren. de monuments funèbres, 2 ornemanistes , 2 orfèvres , h plafonneurs, 1 peintre en équipages, 5 pâtissiers, 10 plâtriers, 5 perruquiers , 2 tailleurs de pierre, 1 fab.

de parapluies, 2 paveurs, h relieurs de livres , 3 sculpteurs , 1 serrurier en équipages, 1 1 serruriers , M sabotiers, h selliers -harnacheurs, 1

salpétrier, 1 fab. de seaux, 5 tourneurs , h tonneliers , 5 maîtres tailleurs , 9 tanneries , 4 entrepr. de travaux publics, 4 teinturiers dégraisseurs, 1 tisserand, 2 vitriers, 1 fabr. de vinaigre, 15 voiluriers, 1 fabr. de vannerie.

Fabrique de cierges , bougies et chandelles. Bile est établie rue des Salines, et exploitée par M. P.-H.

Gousset aîné. Ses produits sont exportés dans le déparlement du Jura et les départements voisins.

Tannerie Ruys. Sur la route de Savagna , près de l'usine à gaz , sont la tannerie et la corroyerie de M.

Ruys cadet. Cet établissement, fondé en 1846, occupe chaque jour 50 ouvriers. Les produits , de bonne qualité « sont exportés en France, en Amérique et en Angleterre.

Fonderie de cuivre. Elle est dirigée par M. Petelin, rue des Salines.

On y fabrique des pompes à incendie, des pompes à puits, des ustensiles en cuivre de toute nature , et des pièces mécaniques pour les usines.

Fonderie de cloches. Créée en 1827, par M. Dunand, à l'extrémité de la rue des Salioes , elle est actuellement exploitée par M. Cauchois- Dunand. Les cloches et les carillons qui sortent de cette fonderie, jouissent d'une réputation bien méritée, et sont exportés dans le Jura , l'Ain, le Doubs, la Haute-Saône , la Côted'Or et Saône-et-Loire.

Fonderie de 2e fusion. Ouverte en 1859, à Perrigny, elle a été transférée à Lons-le-Saunier en 1853, à l'extrémité de la rue du Jura. Elle est dirigée avec une grande intelligence par MM. Preney, père et fils , habiles mécaniciens. On y moule et coule toutes les pièces, telles que rampes, balcons , grilles pour tombeaux, engrenages, roues, pièces pour mécaniques, horlogerie, etc. II ï.

Les matières premières qu'on y emploie proviennent des forges de la Haute-Saône et de la Côte -d'Or.

Celte usine , établie dans des bâtiments neufs et vastes , est destinée à prendre un grand développement.

Atelier de luneterie. MM. Moret- Bailly et Favre, ont introduit à Lonsle-Saunier, l'industrie de la luneterie en 1854. L'atelier des hommes est situé rue des Salines , n° 35 , et celui des femmes, rue Saint-Désiré.

On fabrique annuellement dans cet établissement 200,000 paires de lunettes à tempes, exportées dans toute l'Europe. Les ouvriers sont au nombre de 160. Leur salaire s'élève en moyenne à 2 fr. 50 c. par jour, et celui des enfants à 1 fr. ; aux ateliers de fabrication sont joints des magasins de vente d'instruments de mathématiques et d'optique, d'étuis de lunettes, de tourne-broches, de miroirs d'alloueltes , de mesures linéaires en buis, en bois, en cuivre, fer et composition, en ivoire, en étoû*es, etc. M. Favre dirige cette maison avec autant d'activité que d'intelligence. Un règlement sévère maintient l'harmonie et la moralité parmi les ouvriers. Lons le Saunier et les campagnes environnantes doivent considérer l'introduction de celte nouvelle industrie comme un grand bienfait.

Bains d'eaux minérales salines.

Ils ont été fondés en 1849, par l'administration des salines de Montmorot, à la place qu'occupait l'ancien puits salé. Les bâtiments, construits avec goût , au milieu d'un jardin couvert d'arbres, d'arbustes et de Oeurs, renferment 27 cabinets, dont un est spécialement consacré aux indigents. On peut y boire l'eau minérale à la source, prendre des bains à vapeur, des bains ordinaires , des bains d'eau salée, des douches ascen-

(la nies et saillantes. Les maladies auxquelles les eaux de Lons-le-Saunier procurent du soulagement , ou qu'elles guérissent complètement , sont les conslipations habituelles, les liéraorrhoïdcs, l'engorgement du foie et de la rate , l'aménorrhée , la chlorose , la leucorhrée , les catarrhes de la vessie , la gravelle , la paralysie, l'hystérie, l'hypocondrie, la goutte , les rhumatismes , les maladies des yeux et de la peau , etc.

Les résultats de l'analyse chimique de ces eaux, font connaître qu'un litre d'eau contient 10 gr. 298 de chlorure sodique , 0,056 de sulfate sodique, 1 gr. 009 de chlorure magnésique , i gr. 090 de chlorure calcique, i gr. 561 de carbonate calcique, 0 gr. 358 de carbonate magnésique, 0 g. 124 de carbonate ferreux , 0,048 de silice , 2 gr. 300 d'acide carbonite libre, 0 gr. 842 d'acide sulfurique et de llode en petite quantité. L'intensité de minéralisation de ces eaux, et l'énergie de leur action dans certains cas morbides , leur promettent de prendre l'un des premiers rangs parmi les eaux minérales de France.

Bains-Robert. Ils ont été ouverts au public en 1835, et sont situés rue des Casernes. Les bâtiments sont bien construits et entourés d'un beau jardin. L'intérieur est des plus confortables. Il y a dans cet établissement 18 baignoires , et l'on y administre tous les bains médicinaux.

L'établissement ouvert sur la place, dans la maison Vattageot, renferme i 8 baignoires.

J te lier s de sculpture. M. Forestier, sculpteur cl statuaire distingué, dont les ateliers sont rue de la Vallière , n° 22 , est venu s'établir à Lons le Saunier en 1 830. Dès ce moment, il a exécuté un grand nombre d'ameublements d'églises , tels que

bancs, stales, chaires à prêcher, confessionnaux et beaucoup de statues en pierre , bois et plâtre. Cet artiste excelle surtout dans le genre ogival, dit gothique. M. Bourgeois a aussi un atelier de sculpture et de dorure dans la rue du Jura.

M. Mazoyer, dit Francœur, après avoir exécuté au théâtre de Lons-lc- Saunier les travaux de sculpture les plus importants, a ouvert en 1818, dans la rue des Casernes , un atelier de sculpture et de marbrerie, d'où sont sortis de beaux monuments funéraires. If. Dumanèle, près du cimetière, exécute des cheminées, des tombes, des autels, etc. M Pernot, rue Saint-Lazare, s'occupe spécialement de monuments funèbres.

Fabrique de viti9 mousseux. M.

Eugène Billot dirige, danslaGrande- Rue, une fabrique de vins mousseux, façon Champagne , choisis dans les bons coteaux de l'Etoile et des environs.

Imprimeries et lithographies. M.

Fr. Gauthier a l'imprimerie la plus ancienne et la plus importante du département. Il sort chaque année de ses presses un grand nombre d'ouvrages , dont plusieurs sont périodiques , tels que : la Sentinelle, l'Annuaire et le Messager du Jura. Il a aussi une lithographie, qui a pris un développement considérable. M.

Adolphe Robert, rue Saint-Désiré, a une imprimerie lithographique et typographique. Il s'occupe d'autographie, de chromolithographie, de dessins et plans, d'impressions pour commerce, et les administrations, de daguerréolypie , de photographie, d'encadrement et restauration de tableaux et gravures , et du commerce d'objets d'arts et de curiosités.

M. Ath. Courbet, publie le Nouvelliste du Jura , journal politique, paraissant deux fois par semaine, et

fait des impressions de toute espèce.

Moulins. Les deux moulins de Lons- le -Saunier, situés, l'un dans la rue du Jura , et l'autre dans la rue Neuve , n'ont chacun que deux tournants. Il en existe beaucoup d'autres dans les environs.

Marchés. Il se tient dans cette ville un marché très fréquenté , le jeudi de chaque semaine. On y vend des céréales de toute espèce, du jardinage , des fruits . des volailles, du poisson j du beurre, des œufs et des fromages. L'exportation des volailles et du gibier, achetés à ces marchés, se fait surtout à Saint-Claude, à Lyon, à Besançon et à Genève. Une vente de marée à la criée se fait depuis 1854, tous les vendredis et les samedis , pendant l'hiver.

Foires. Il y a 12 foires , fixées au 1er jeudi de chaque mois , qui jouissent d'une grande réputation. Elles servent de rendez- vous général aux habitants de la montagne et de la plaine. On y vend des chevaux , des porcs , du bétail à cornes , des moutons , des céréales , des bois de sapins , des fromages , de la boissellerie, des meubles dits de foire, fabriqués dans les montagnes , etc.

Commerce. Le commerce de celte ville porte surtout sur les objets de consommation locale. On y compte comme soumis à la patente , 79 hôtels et auberges , 2 marchands d'alambics , 1 m. de bois de sciage, 45 bouchers , 26 boulangers , 3 brocanteurs , 3 marchands de bas et de bonneterie, 27 cafetiers, i marchand de chasubles, 3 couteliers, 1 marchand de couleurs et de verres, 7 chiffonniers, i marchand de charbon de bois, 3 m. de charbon de terre, 2 m. de cristaux, 1 m. de corsels, i courtier de bestiaux, 5 marchands de comestibles, i m. de crins, i m. de pains d'épices, 2

m. d'ébénisterie, 57 m. d'épicerie, 1 m. d'eaux minérales factices , i m. d'eaux-de-vieengros, 4 m. de fromages en gros, 4 m. de fromages en détail, 3 m. de farine, 3 m. de fer et fonte, 3 m. fripiers, i m. de glaces et miroirs, 3 m. de gibier et volailles , 2 m. d'huile, 2 m. d'habits neufs , 2 m. grainetiers, 7 libraires , 4 marchands de lunettes ,

1 m. de laine i 15 loueurs en garni',

2 marchands de liqueurs en gros ' 31 m. de mercerie, 3 m. de meubles d'occasion, 3 m. de nouveautés, 3 m. de poterie de terre, 1 m. de plâtre et briques, 1 m. de poisson ,

3 m. de pipes, 3 m. de plâtre, 4 m.

de parapluies, 5 m. de planches en gros ou en détail , 6 m. de papiers 1 m. de pierres bleues pour blanchissage, 2 m. de porcelaine, U mk quincaillers , 2 m. de sarraux, 1 m. de sangsues, 2 m. de tableaux,

1 m. de tabletterie, 17 m. d'étoffes, 3 m. tapissiers , 2 m. de lournerie,

2 m. de lamis, 20 m. de vins en gros , 11 m. de vins en détail et i m. de vinaigre.

Projet de canal de la Seille à lu Saône. Un décret impérial du 15 avril 1 806 j avait décidé qu'il serait ouvert un canal de la Saône à Lonsle-Saunier , par la rivière de Seille, et que la dépense en serait supportée , moitié par l'Etat et moitié par les fermiers des salines de Montmorot. Les dépenses en furent évaluées à 3 millions. Les habitants de Louhans , effrayés à tort pour leur commerce, de l'ouverture de ce canal, s'entendirent avec les fermiers des salines pour en retarder l'exécution. Le conseil- général insista en 1821 , pour qu'il fût donné suite au projet. On traita en 1825, avec le sieur Parant , pour faire les études préparatoires, et tout se borna là.

Chemins de fer. Un (décret du 20 avril 1854, a concédé à la compagnie de Lyon, un chemin de fer de Bourg à Lons-le-Saunicr, et un aulre de Lons-le-Saunier à Dole ou à Besançon. Ce dernier devra être commencé dans trois ans, et le premier trois aus'après.

Voitures publiques et transports.

Lons-le- Saunier est le point de départ et d'arrivée d'un grand nombre de voilures publiques. Elles se Uirigent'sur Lyon et Paris , par Louhans et Tournus ; sur Lyon , par Villars ; sur Chalon-sur-Saône, par Louhans ou Blelterans; sur Besançon, Morez, Champagnole, Saint-Claude, Orgelet, Clairvaux, Blelterans, Seliières, Poligny, Salins, Dole, Saint-Julien , Saint - Amour , kLouhans ; presque toutes sont en correspondance avec d'autres voitures, pour se rendre dans les différentes villes de France.

Un service d'omnibus fait plusieurs fois par jour le trajet de Lons le Sau nier à Conliége. Trois maisons de commissions et de roulage se chargent du transport des marchandises sur. tous les points de l'Empire. On trouve en outre, dans celte ville, 8 ou 10 voitures à volonté, et plusieurs loueurs de chevaux et de voitures.

Etablissements publics. On compte à Lons - le - Saunier, deux églises paroissiales , un cimetière , l'hôtel de la préfecture, le palais de justice, l'hôtel-de-ville , la halle aux grains , l'hospice civil et militaire , le grand collège , l'école des frères de la doctrine chrétienne, l'école normale des institutrices, le théâtre, le gazomètre, les prisons, quatre champs de foire, deux casernes d'infanterie, une caserne de gendarmerie, une poudrière, neuf bureaux d'octroi, un abattoir, la promenade, la salle de bal de la Chevalerie, un

lavoir public, quatre ponts et deux passerelles, 1 1 fontaines et 2 bornefontaines , la bibliothèque et le

musée.

Budget. Avant la révolution de 1789, les revenus de la ville n'ont jamais dépassé 20,000 fr. Ils provenaient d'un octroi sur les boulangers et les bouchers , et sur les marchandises de toute nature exposées en vente sur les places , de la location des moulins , des fours et des fonds communaux , d'une rente de 1000 fr. sur les salines de Salins et de quelques cens. Ils pouvaient à peine suffire aux dépenses ordinaires les plus indispensables.

En 1 85*, le budget de la commune était fixé, savoir :

en rec. ord. 103,603 f. )

— extraor. 83,200 j*86,803f.

endép.ord. 73,986 i

— extraor. 112,816 f < «8,701 f.

Excédant des dépenses. 102f.

Il faut remarquer que dans les dépenses extraordinaires de cette année, sont compris 66,602fr. pour la construction de l'école des Frères, et 32,56* fr. pour inlérèls et remboursements de différents emprunts.

Par contre, nous voyons figurer, sous la rubrique , Recettes extraordinaires, 57,500 fr., produit d'un emprunt, et 11,500 fr. , produit d'un impôt extraordinaire.

Avec des revenus peu considérables, la ville est parvenue à élever de nombreux monuments, à réparer et embellir ses rues, ses places, et à multiplier ses champs de foires.

Octroi. L'octroi de Lons-lc-Saunier porte sur les vins, les spiritueux, la bière, les huiles, le bétail, l'avoine, le foin, la paille, les charbons, les suifs, la cire, les bois travaillés ou non, la chaux, les pierres, le sable, le plâtre, les

briques et les tuiles. Il y a 8 bureaux, placés à rentrée des roules de Lyon, de Conliége, de Montaigu, de Besançon , et des chemins de Villeneuve, de Savagna , de Pannessières et de Courbouzon. Il y en a un neuvième dans la rue des Salines , pour la perception des droits sur la bière. Le produit brut de l'octroi s'est élevé en 1852, à 64,000 fr. Le traitement des employés s'élève à 7770 fr.

Biens communaux. L'église des Cordeliers, celle de Saint-Désiré , le cimetière, Phôtel-4e-ville , la Italie aux grains, les champs de foires des chevaux , des porcs et du bétail à cornes , la promenade et le bâtiment de la Chevalerie , la glacière , le théâtre, le collège, l'école des Frères de la doctrine chrétienne, l'école des filles, dite la Charité, l'abattoir, le pré Clémencey et la côte de Montciel-sur-Montmorot cl la cote UeMancy. Les biens-fonds. sont d'une surface de 16b 91* en sol d'édifices, terres , prés, carrières, d'un revenu cadastral de 388 fr.

Bureau de bienfaisance. Ses revenus ordinaires s'élèvent à 3780 fr., et proviennent d'intérêts de rentes sur l'Etat et sur particuliers , de droits de concession de terrain au cimetière, de ceux prélevés sur les bals et spectacles. Les secours sont distribués en nature et en argent.

Les receltes extraordinaires s'élèvent de 1 2 à 1 500 fr., et proviennent de dons faits par des particuliers.

Lons-le-Saunier se déploie à l'entrée d'un riche bassin qu'arrose la Vallière , et qu'encadre une vaste ceinture de verdoyantes collines et de montagnes pittoresques. Des hau teurs qui le dominent, la vue erre au loin sur de charmants horizons.

Ses rues, ses édifices, présentent

un aspect tellement moderne, qu'on le croirait né d'hier, si tout ce qui l'entoure ne rappelait son noble passé. Le camp romain de Coldres , l'église de Saint Etienne, la chapelle de Saint-Désiré , la tour de Montinorot , se dressent encore debout , comme de muets témoins de son antique et glorieuse existence.

Pour bien comprendre l'origine et les développements successifs de celte ville , il ne suffit pas de connaître sa topographie actuelle, il faut se reporter au temps où la civilisation n'avait pas encore effacé les traces du désordre de la nature. Les eaux de la Vallière, se précipitant bruyamment des gorges de Revigny , se répandaient alors sur ses rives incultes ; les terres voisines , beaucoup plus basses qu'elles ne le sont de nos jours, étaient en grande partie submergées. Tout l'espace compris entre les collines de Richebourg , de Pymont et l'éminence de Saint- Désiré, n'était qu'une plaine marécageuse , sur laquelle la rivière , à chaque nouvelle crue, débordait sans obstacle , et laissait des dépôts d'eaux dormantes et de galets. Au nord, plusieurs sources s'unissaient pour former un ruisseau qui gagnait la Vallière , en suivant l'inclinaison du sol. Toutes les hauteurs voisines de ce bassin étaient couvertes de bois, et les loups devaient régner en maîtres dans ces giboyeuses et sauvages retraites.

Les savanls ont mis les langues anciennes à la torture pourdécouvrir rétymologie du nom de Lons-le- Saunier. Les uns le font dériver du mot celtique led, d'autres, du mol latin, ledb, qui tous deux signifient flux de la mer, par allusion à l'intermittence des sources salifères qui jaillissent sur le territoire. Si la dénomination originale de cette ville

avait été inspirée par ce phénomène, elle ne devrait pas avoir d'homonyme en France , et cependant ils y sont si nombreux , qu'il a fallu leur donner des surnoms pour les distinguer. Ainsi, on disait Laon le Cloué, Clavatum, Lons le Saunier, Salnerius. etc. L'opinion de ceux qui, prenant l'effet pour la cause , ont supposé que Lons tirait son nom d'une certaine mesure usitée dans ses salines , n'est pas assez sérieuse pour être discutée. Le nom de Lons nous parait venir du mot celtique Loon , qui indiquait un site montoeiix, élevé au dessus d'une plaine.

Tous les dérivés latins et français de ce mot (Lugdunum, Laudunum, Lons, Laons, Laon), expriment la même idée. Il est à remarquer que Lyon , Laon, Loyon, près de Saint- Julien, occupent des positions à peu près identiques à celle qu'avait primitivement Lons-le-Saunier.

Longtemps avant l'arrivée des Romains dans notre pays , une bourgade importante se groupait déjà sur le plateau de Richebourg. Des haches en pierre de jade , des instruments en bronze, des monnaies au type grec trouvés dans les environs , T'attestent suffisamment. L'agrément du site , la fertilité du territoire , les avantages qu'il offrait pour la chasse et la pêche , attirèrent les premiers habitants. La découverte de sources salées dans le voisinage , détermina un accroissement rapide de population. De nombreuses Voies ne tardèrent pas à relier cette bourgade à celles de Groxon , de Poligny, de Salins , d'Orgelet , aux villes de Besançon , Chalon, Autun, Genève et au midi de la Gaule. Elles attirèrent les marchands étrangers et facilitèrent l'écoulement des produits du sol. L'éducation des chevaux , la préparation des viandes salées, qui

s'exportaient non-seulement à Rome et dans toute l'Italie , mais même jusqu'en Grèce, augmentèrent rapidement les richesses de cette contrée. Les relations ouvertes avec des peuples civilisés , adoucirent les mœurs des habitants et modifièrent les objets de leur culte. Ils cessèrent de porter leurshommages à la source sainte du Bief-des-Combes , appelée plus tard la Fontaine -de -Saint- Martin , et élevèrent un temple au soleil, à la naissance du ruisseau de Salamanque , qui prit depuis le nom de Solvan, SoWs fanum. Un collège de druides , chargés de présider aux cérémonies religieuses et d'instruire la jeunesse, s'éleva, à l'ombre d'un bois de chênes, sur le flanc du Mont-Aigu, à la place qu'occupa dans la suite le prieuré dé Saint-Martin-de-Chavenay. Les traditions , la disposition des lieux , le vocable du monastère , semblent du moins favoriser cette conjecture. La dénomination de Louvatan , que portait jadis une prairie couverte aujourd'hui par la Rue-Neuve , les rues Lafayette , Saint-Antoine et des Charrons, se rapporte à des traditions druidiques bien caractérisées.

Le loup éveillait chez les Celtes certaines idées symboliques et leur cassait des terreurs superstitieuses.

Il était pour eux le symbole d'Osiris et de la Lumière. Ce peuple était persuadé que les druides prenaient à volonté toutes les formes , et qu'ils se changeaient particulièrement en loups. Les villes les plus anciennes, telles qu'Amiens, Blois, avaient leurs rues du Louvatan, ou du Loup qui varonne.

Loon était dans un état florissant, lorsque, partageant le sort des autres villes de la Séquanie , il passa sous le joug de Rome. Sous cette domination nouvelle , sa prospérité ne fit

que s'accroître. Les conquérants commencèrent par latiniser son nom, en l'appelant Ledo. Négligeant sa décoration architecturale , ils n'élevèrent sur sa colline ni amphithéâtre, ni thermes, mais ils l'entourèrent d'une ligne de fortifications. Cette enceinte se composait d'une muraille de trois mètres d'épaisseur, flanquée de tours de distance en distance. On en a retrouvé les fondations en 1784, surtout dans la contrée dite à la Ferlé, mot dérivé de firmitas. De la porte au nord, sortait la voie qui se dirigeait sur Besançon. Celte route, connue sous le nom de Chemin de la Poste , passait entre la Lième et Pannessières , et se dirigeait par Lavigny au Gué-Farou. Elle était protégée, à peu de distance du bourg, par une tour bâtie sur l'éminence du Châtelet. De la porte opposée , sortait un autre chemin , qui se dirigeait par Perrigny , C on liège et Revigny, du côté de Clairevaux et d'Orgelet. II était défendu par un second castel , élevé près du lieu dit Trans-la-Tour. L'enceinte devint bientôt trop étroite. De nouvelles habitations se pressèrent sur la pente de la colline de Richebourg, puis autour du réservoir d'eau salée , et s'étendirent successivement sur une partie de l'emplacement actuel de Lons-le-Saunier. La ville se distingua alors en deux quartiers principaux, la Ville -Haute et la Fille-Basse. Une nouvelle route fut ouverte, pour communiquer avec la colonie de Lyon. Elle franchissait la côte de Monlciel et tendait à Coligny par Gevingey, Cesancey, Sainte- Agnès , Vincelle et Rotalier.

Ledo ne tarda pas à occuper un des premiers rangs parmi les villes les plus importantes de la Séquanie. Elle devint le séjour d'un comte, chef cilil et militaire, et d'un préposé im-

périal, pour l'administration des salines. On pourrait presque affirmer qu'elle posséda un sénat en petit, et des consuls , quoique aucun monument ancien ne lui donne le nom de municipe. Elle eut son forum, son palais et ses temples. Le mont Cœlius vit probablement , comme à Besançon , son sommet couronné par de grandes colonnes , qui supportaient les statues des divinités spécialement honorées par les Séquanais.

La pierre trouvée à Richebourg, sur laquelle était représenté saint Michel terrassant le diable, fait supposer que le culte de cet archange fut substitué à celui de Mercure.

Tout porte à croire que la chapelle bâtie par saint Désiré, remplaça un édifice consacré à Bacchus. L'usage constant d'orner la châsse du saint évéque de feuilles o> pampre et de raisins , le privilège revendiqué par les vignerons , de porter cette châsse dans les processions publiques , les cérémonies singulières qui. se pratiquaient le jour 4e la fête patronale, appuient fortement cette opinion.

Heureuse sous la domination des empereurs , celte ville s'était assez enrichie par son commerce , pour devenir une proie digne d'exciter la convoitise des conquérants barbares.

Leurs premières invasions, auiu'siècle, rirent songer aux moyens de leur résister. Un camp retranché fut construit sur la montagne deColdres, et on le rattacha à un système complet de fortifications , qui s'échelonnaient sur les deux rives de l'Ain , et sur la route de Poligny à Orgelet.

Des tours, élevées sur les collines de Montmorot , de l'Etoile , d'Arlay, de Mont-Orient , de Bornay, de Binans, de Beau regard, permirent aux vigies de se communiquer par des signaux l'approche des ennemis. Vaines mesures. Ledo disparut en 388 , s'ous

le torrent dévastateur des hordes germaniques. On pourrait comparer la ville actuelle à une habitation superposée sur un tombeau ; chaque fois que son sol a été profondément remué , on y a découvert des débris de constructions romaines. On reconnaît sur le plateau de Richebourg, dans un espace étendu, des vestiges d'anciennes voies, et des fondations d'édifices qui coupent la terre en tous sens. On y trouve fréquemment des fragments de tuiles , de petites statues, des médailles, des morceaux de poteries , des ustensiles rappelant une existence, des arts et une civilisation, dont quinze cents ans nous séparent. Les environs du puits salé ne sont pas moins riches en antiquités de tout genre.

Parmi les objets recueillis dans la Ville-Basse , on cite un petit faune de cuivre rouge , couronné de feuillages et finissant en terme; une épingle d'or, surmontée d'une tête coiffée à la grecque; une lampe de terre, sur laquelle le sculpteur s'était plu à graver des feuilles de pampre et un petit génie versant un panier de raisins; une médaille de Néron , en or, et plusieurs monnaies en bronze , au type de Maximin. En faisant des fouilles pour rétablissement du palais de justice, on a retiré en 1827 et 1828, avec une médaille consulaire et des monnaies d'Auguste, de Nerva , d'Adrien , de Claudius et Trélicus , de Constantin, des vases mutilés de terra campana, un trépied de bronze et des meules de moulins à bras. Des travaux entrepris pour la construction du quartier de gendarmerie, sur l'emplacement de l'ancien collège, ont mis au jour une épaisse couche de cendres et de charbon, dont on a retiré de nombreux fragments de poterie fine , ornés de figures; une multitude de

médailles de Nerva , d'Antonin , de Faustine , de Dioclélien et de Constantin; des urnes cinéraires, des amphores brisées ; un vase de sacrifice en terre; l'anse d'une aiguière d'airain ; un couvercle en pavillon quadrangulaire , de même métal; les pieds de deux chaudières de bronze et une sonnette de cuivre ; les tronçons d'un fût de colonne; deux tombeaux formés de dalles, renfermant les dépouilles de trois guerriers , avec leurs épées et leurs plaques de baudriers , et enfin des pans de murs calcinés. Les ouvriers, occupés à creuser le grand canal d'assainissement qui traverse la ville, trouvèrent en 1832, sous la rue Saint-Antoine, une grande quantité de fragments de poterie romaine , mêlés à des morceaux de bois de chêne à demi-brùlés. Une observation curieuse ressort de la profondeur moyenne à laquelle on découvre les ruines de Ledo , c'est f|ue le sol actuel de la ville est élevé de sept mètres au-dessus de son niveau primitif. Lepalàtium, ou résidence du comte, devait occuper la place du séminaire. La grande tour du Châtelet ou des Cordeliers en faisait partie. On a trouvé dans le ciment qui liait ses fondations, une médaille de Gallien.

Les débris que nous venons de signaler , suffisent pour démontrer l'importance de Ledo pendant la période gallo-romaine. Si nous voulions chercher d'autres preuves dans les dénominations locales , elles ne nous feraient point défaut. Ainsi, le nom de Richebourg, qui est assez généralement resté aux quartiers les plus élevés et les plus anciens des cités gallo-romaines , comme à Besançon et à Crusinie, le champ de Rome, campus Romœ , mentionné dans une donation faite en

4168, à l'abbaye du Miroir, la fontaine de Rome , sont des souvenirs incontestables du séjour du peupleroi à Ledo. Cette ville ne figure pas sur les cartes de la Gaule , dressées par les géographes latins , mais on ne peut tirer aucune induction de cette lacune, car combien d'autres, plus importantes encore, ont été omises. Publius Végèce, qui vivait à la fin du iv* siècle , est le premier auteur qui nous révèle son existence.

Enumérant dans son Art vétérinaire les races de chevaux les plus connues par leur bonté , il vante celles de Ledo; malheureusement, l'authenticité entière du texte de cet auteur est fortement contestée. Nous aurions à remonter beaucoup plus haut , s'il était vrai , ainsi que l'affirment d'anciens manuscrits , que le pape saint Damase eût dit : Linus plurimos Lœdone baptisavit, erat enim baplisterium prope sacellum ; mais il est évident que le mut Lœdone a été substitué à celui de Fesontione. La légende de saint Lin porte en effet, que ce prélat vint annoncer l'Evangile à Besançon, l'an $4 de l'ère chrétienne ; qu'un tribun de la ville , nommé Otnnasius , lui donna un terrain pour élever un baptistère et construire une chapelle ; qu'il y convertit quelques habitants , en présence desquels il fit tomber par sa prière une idole adorée dans la ville ; qu'à cause de ce fait , il en fut chassé, et que désespérant de pouvoir amener à la foi ces cœurs endurcis , il retourna auprès de saint Pierre à Rome, et devint son successeur. H est reconnu depuis longtemps, que la mission de saint Lin en Séquanie est fabuleuse, et que la lumière de l'Evangile ne pénétra dans celle province qu'au ne siècle.

Il y a eu à Besançon un évèque du nom de Lin , mais la durée de son

épiscopat et la place précise qu'il doit occuper dans les catalogues, sont encore des problèmes. On sait seulement qu'il vivait au m* siècle.

Il est très probable que ce prélat n'est pas venu à Lons- le -Saunier plus que le successeur de saint Pierre ; de son temps , les évéques ne quittaient point leurs cités; ils laissaient aux missionnaires le soin de faire des prosélytes au dehors, L'expulsion des Alamans par Julien, permit aux populations de rebâtir leurs villes incendiées. Les nombreuses médailles d'Honorius et de Valentinien III , trouvées à Ledo , à peu de profondeur dans le sol , permettent de supposer que ses habitants vinrent s'abriter de nouveau dans le ca&trum de Riche bourg. Les mauvais jours qu'ils venaient de traverser, lesdisposèrentpromptement à embrasser le christianisme, ce grand consolateur de toutes les misères. Us renversèrent un temple païen bâti près du camp de Coldres , et lui substituèrent une église dédiée à saint Etienne. Le vocable de celte église, son orientation , sa construction au sommet d'une montagne, peuvent la faire considérer comme une des plus anciennes du diocèse ; suivant la tradition , elle ne céderait en antiquité qu'à la seule cathédrale de Saint- Etienne de Besançon. Elle> devint bientôt le centre d'une paroisse qui avait 10 à 12 lieues de circuit. Lorsqu'on y célébrait l'office, divin, on allumait un grand feu, pour avertir les fidèles éloignés, de s'unir d'intention au sacrifice. A la fin du:. e siècle , les idées chrétiennes.

avaient fait de tels progrès parmi le peuple, que les grands seigneurs, les gens du monde , furent obligés de les adopter, pour conserver quelque importance réelle et jouir d'une influence active. On voyait les

gïstrats les plus puissants, d'anciens préfets des Gaules , aspirer à Pépiscopat. Saint Désiré, que la tradition fait naître à Lons-lc-Saunier, d'un père qui était comte de cette ville , se montra chrétien si fervent, qu'il fut élu évéque de Besançon. Les légendes le représentent comme très zélé pour l'honnêteté des mœurs. Il faisait des aumônes aux pauvres et aux captifs , protégeait les veuves et les orphelins, et visitait souvent son troupeau. Etant venu faire une station évangélique dans sa ville natale, il y Gt construire une église en l'honneur de saint Nicolas , et y mourut en h 1 3 ou h l k . On possède si peu de documents sur la vie de ce saint , que les Bollandistes ont dit : Alla quœ de sancto Desiderato hieenarrenturaut illtistrentur nusquam invenimus, neque de proprie natali dée aut ejus cultu decerni quidquam potest prœter id quod ex sola et mica traditione habetur. Il est certain que saint Désiré a été inhumé à Lons le-Saunier, et que son sarcophage existe encore dans la crypte qui porte son nom.

Les miracles qui s'opérèrent sur son tombeau, rendirent son culte célèbre dans toute la Gaule, et donnèrent lieu à un pèlerinage qui fut très fréquenté jusqu'au moment de la révolution. Des habitations ne tardèrent pas à se grouper autour de la chapelle où s'opéraient tant de prodiges, et devinrent le noyau d'une nouvelle bourgade. Ledo dut avoir sa large part des effroyables misères qui accompagnèrent et précipitèrent la ruine de la domination romaine.

Les Burgondes, relégués dans la Savoie par Aélitis , cherchaient à profiter des déchirements de l'empire, pour s'établir dans la Séquanie.

Leur6 mœurs douces , le gouvernement paternel de leurs rois étaient

si connus, qu'on les attendait comme des libérateurs. Le comte Agrippin, instruit de ces dispositions, vint fixer le centre de son commandement dans le Jura , et l'illustre maître de la milice , Egidius , s'établit dans les montagnes de Saint-Claude, pour fermer les passages. La mort de ce dernier , arrivée vers l'an 465 , rompit tous les obstacles , et de ce moment date le premier établissement des Burgondes dans notre pays. Deux populations se trouvèrent alors juxta- posées , la population barbare et la population gallo-romaine. Pour comprendre leur coexistence dans la même contrée, dans les mêmes villes , il faut se rappeler que la Séquanie, comme la Gaule entière, avait vu décroître dans une proportion continue, le chiffre de sa population et l'étendue de ses terres cultivées. Les Burgondes ne dépossédaient donc guère que les morts, et n'avaient à disputer les champs qu'au désert boisé qui gagnait chaque jour du terrain.

Comme successeurs du fisc romain , leurs rois curent en partage Ledo et ses salines. Us disposèrent d'une partie des terres de leur domaine en faveur de leurs leudes et des hommes de leur nation, maintinrent les anciens habitants dans leurs propriétés , leurs lois et leur religion , et placèrent sur un pied d'égalité parfaite , vainqueurs et vaincus.

L'établissement des Bourguignons à Ledo, a laissé longtemps de profondes empreintes. Malgré les envahissements des grands seigneurs, le territoire presque entier resta de franc-alleu. Les hommes qui habitaient le bourg , ne cessèrent jamais d'être libres , et la plupart prirent un rang distingué dans la hiérarchie féodale.

MM. Béchet et de la They&son-

nière ont prétendu que les salines de Lons-le-Saunier n'existaient pas encore au vi* siècle. Ils s'appuient, pour soutenir leur opinion , sur un passage de la vie de saint Oyan, abbé de Condat, mort en 810, dont voici la traduction : « Craignant les cruelles incursions de leurs voisins, les Àlamans, qui avaient coutume de surprendre les voyageurs à l'improviste , non par un combat engagé de face à face , mais en fondant sur eux subitement, à la manière des bêtes féroces , les moines de Condat allaient chercher le sel dont ils avaient besoin , jusqu'au bord de la mer Tyrrhénienne , plutôt que du canton des Hériens, qui était tout près d'eux. > S'il avait existé des salines a Ledo , disent ces historiens , ces moines ne se seraient inquiétés, ni du val des Hériens , ni de la Toscane, qui était à une si grande distance.

Cette objection n'est pas sérieuse.

Les religieux ne pouvaient pas plus venir à Ledo et à Grozon, qu'à Salins et dans la Lorraine. Ils étaient obligés de se diriger par le midi de la Gaule, parce que les chemins qui longeaient le Mont-Jura, présentaient trop de dangers , en raison du voisinage des Alamans. C'était en route qu'on les attaquait; or, ils étaient aussi exposés en venant à Ledo qu'à Salins. Du reste , les fondations d'édifices romains , les monnaies impériales qui se trouvent autour du puits salé , lèvent tous les doutes sur leur origine. Les sources salifëres étaient jaillissantes ; elles comblaient un vaste réservoir et alimentaient même un ruisseau. Comment les propriétés de ces eaux auraient-elles pu être ignorées des premiers habitants ?

La légende du séjour de la reine Cblotilde dans la tour de Montmorot, I est d'origine tonte moderne* Les!

auteurs anciens et nos manuscrit* n'auraient pas manqué de citer une tradition aussi honorable, s'ils l'eussent connue, et s'ils ne l'ont pas connue , c'est qu'elle n'existait pas encore. On attribue généralement aux Burgondes la division de notre province en quatre pagi, mais il est probable qu'elle existait déjà du temps des Celtes, car l'acception du mot pagus n'était pas d'un usage nouveau. César s'en sert dans le dénombrement des Helvétiens, divisés, dit il, en quatre districts, omnisHelvetia in quatuor pagos divisa est.

Mous avons lieu de croire que Ledo fut toujours le lieu principal , la capitale du Scodingue , et que ce canton a tiré son nom d'une tribu germanique de Stadewingues, envoyée par Constance-Chlore, pour le repeupler, en même temps que des Chamaçes ou Amaves venaient par ordre de cet empereur, cultiver les plaines du canton d'Amaous.

Lorsque la race des rois Bourguignons fut anéantie, Ledo passa sous la domination des Francks, sans éprouver de modification sensible dans son organisation matérielle et politique. Cette ville est sans histoire pendant toute l'époque mérovingienne. Le seul fait qui ait pu avoir * quelque influence sur ses destinées pendant cette période obscure , esl la fondation dans son voisinage des célèbres abbayes de Baume et de Chàteau-Chalon. On croit que les Sarrasins ravagèrent ces abbayes et Lons le Saunier en 732. Màcon, Chalon, Autun, Besançon, furent en effet pillés et brûlés par ces infidèles. L'avènement des Carlovingiens ne parait pas avoir changé la situation de cette ville. La tendance des princes de cette race à favoriser les églises , coulribua surtout à dissiper les nuages qui en*-.

velop paient son existence. Le roi Pépin, de 752 à 7G0, et son fils Cliarlemagne, de 790 à 807, avaient donné successivement à Abbon et à Gédéon , évéques de Besançon , les trois terres de Cavenniacum , (Chavenay-sous-Monlaigu) , Campaniœ (Champagne près Loisia), et Alisiaçum (Alièze). La première servit à la dotation d'un prieuré, dédié à saint Martin, comme à peu près tous ceux bâtis du temps de Cuarlemagne. Audon, beau-frère de Louisle-Bègue,et comte du Scodingue, eq- Irainé par l'exemple du comte Mat- Inde , qui venait de s'emparer des plus beaux domaines de l'abbaye de Saint-Oyan , usurpa de son côté les biens de l'église de Besançon, placés à sa convenance. L'archevêque Arduic , instruit que l'abbé Remy avait obtenu justice du roi Lolhaire Ier, en 855 , contre tyallride, porta ses plaintes au, roi Lolhaire II , qui traversait son diocèse en se rendant à Home (869). Le roi avait intérêt à ménager Audon , son parent ; il le maintint dans sa possession , mais il donna à l'église de pesancon , les abbayes de Baume, de Cualeau- Chalon, et lui accorda en outre une rente sur les salines de Ledo. Audon tîlail le type des mœurs et des passions de son temps. Tandis qu'il s'appropriait les terres de l'église de Besançon , il en donnait une partie aux moines de Glandfeuil , fuyant devant les Normands. Retirés dans l'abbaye de Baume avec les reliques de saint Maur, leur patron, ces religieux obtinrent de ce prince un vaste territoire près de Montaigu , pour bâtir une église et un monastère. Les prétentions d'Audon sur le domaine de Ciiavenay, sa donation aux moines de Glandfeuil , le nom de la forêt qui s'étend entre Conliége et Perrigny, appelée le Bois-

ci' Audon, démontrent suffisamment que ce comte habitait Lons-le- Saunier, centre de son commandement.

A sa mort , qui précéda ou suivit de près celle de Charles-le-Chauve , ses fils profitèrent dé l'anarchie féodale, pour s'ériger en maîtres indépendants dans les bénéfices attachés précairement à la dignité de leur père. Saint Bernon, l'un deux, comte dans le Scodingue, consacra son apanage à la fondation de l'abbaye de Gigny. Cet illustre abbé dut nailre à [«ons-le-Saunier, séjour de sa famille. Son affection constante pour l'abbaye de Baume , ferait supposer qu'il en avait fréquenté les écoles dans sa jeunesse.

Pendant le siège de Paris par les Normands, en 888 ou 889, quelques bandes s'élant avancées dans la haute Bourgogne, sous la conduite d'Has-r ting , avaient pillé les églises , incendié les monastères et massacré les religieux. Bernon se fit céder par le roi Rodolphe , en 894 , les abbayes de Baume, de Saint Lolhein, de Chavenay, et les releva de leurs ruines. Les habitants de Lons-le- Saunier n'échappèrent probablement à la fureur de ces barbares , qu'en abandonnant leur ville , pour se réfugier sur les hauteurs environnantes. L'ancien camp romain de Coldres , les montagnes de Montmorot , du Pin , de Pymont , leur offraient des asiles assurés. Aussi , ces lieux se couronnèrent-ils tous de bourgs fortifiés.

Le xe siècle s'ouvrit et se continua à travers des misères et des désordres tels, que les hommes l'ont appelé le siècle de fer. La guerre était partout; les suzerains s'efforçaient d'établir leur domination sur leurs vassaux ; les vassaux se disputaient les lambeaux du territoire.

Ces guerres civiles, faites avec achar-

ncmcnt, amenaient la famine, puis la peste. Pendant cette période malheureuse, le nom de Lons-le-Saunier n'apparaît que deux fois dans les chartes. Par son testament de l'an 926, Bernon disposait, en faveur de Cluny, dont il était abbé , de. plusieurs biens qui faisaient partie de la dotation de Gigny, et notamment de sa part dans les salines de Ledo.

Guy , abbé de Gigny , se refusa à exécuter les vœux de Bernon , et ne céda que devant une injonction formelle que lui adressa le pape Jean, en 9S9. Dans l'épouvantable anarchie de ce siècle, les croupes de nos collines se couvrirent de châteaux-forts. Les st-igneurs les élevaient non-seulement pour y être en sûreté , mais encore afin de pouvoir, sans crainte, se livrer au brigandage et mettre à couvert les produits de leurs rapines. Il leur fallait un repaire où ils pussent se renfermer aprèsquelque expédition, repousser les vengeances de leurs adversaires, et résister aux magistrats qui essayaient de mettre quelque ordre dans le pays. Ces tours féodales de Montmorot, du Pin , de Rinand, de Beau regard , remontent toutes à celle époque. L'invasion des Hongrois dans l'Alsace, la Lorraine, la Bourgogne, la Champagne, qui dura de 934 à 937 , vint mettre le comble à tous les maux. Ces hordes pillaient et mettaient à feu et à sang tous les lieux qu'ils traversaient.

Après leur départ, quelques familles s'enhardirent jusqu'à descendre dans la plaine. Les unes s'établirent autour de la chapelle de Saint-Désiré , d'autres se logèrent au pied de l'ancien retranchement romain , près du puits à muire. Ce quartier s'entoura peu à peu de fossés , de remparts et de quelques apparences de fortifications. La tour

qui occupait remplacement de l'art cien palatium et dans laquelle les comtes de Scodingue faisaient leur résidence, fut relevée pour protéger à la fois et le bourg et le quartier de Saint Désiré. Une charle de 10Î9 mentionne déjà le bourg de Groion, où existaient des salines. A cette époque, Salins était aussi clos de murs et se divisait en deux bourgs.

Il est à peu près certain qu'il en était de même de Lons-le-Saunier, quoique le premier document connu qui nous l'apprenne, date seulement de 1147.

A la fin du x" siècle , la société féodale était formée et avait atteint la plénitude de son existence. Les sires de Coligny occupaient tout le Revermont, vaste contrée, détachée du Scodingue. La partie du royaume de Bourgogne , représentée aujourd'hui par le département du Jura , était dès l'an 950 , démembrée en petits états, qui formaient autant de souverainetés indépendantes. Les sires de Salins possédaient tout le territoire qui s'étendait du sud au nord, depuis la terre de Saint Claude jusqu'auprès de Besançon, et de l'ouest à l'est, depuis Ounans jusqu'en Helvétie. La terre de Saint- Claude embrassait une surface de près de trente lieues de circonférence. Le comté de Scodingue , dont Létalde, comte de Mâcon , était propriétaire dès l'an 9kk , comprenait tout le pays situé entre l'Ain et la Braine. Le comté d'Amaous et Poligny étaient possédés par le comte supérieur de Bourgogne, sous la seule obligation de certains devoirs envers leurs suzerains. Chacune de ces grandes divisions se subdivisait en une infinité de fiefs , dans lesquels leurs possesseurs exerçaient également tous les droits de la souveraineté. Au milieu de cette orga-

nisation sociale, la royauté était une espèce d'anomalie , une contradiction , et ne pouvait jouer qu'un rôle très secondaire. Olton-Gutllaume, héritier par sa mère du comté de Scodingue, sut habilement, profiter de la faiblesse de Rodolphe III , roi delà Bourgogne-Transjurane, pour réunir sur sa tète et les domaines et la puissance de ce souverain. Il supprima les comtes inférieurs, dont il redoutait les idées d'indépendance , et les remplaça par des vicomtes. La vicomlé de Lons-Ie-Saunier et de son district fut inféodée alors, à titre héréditaire, à l'illustre maison de Mohtmoret. On s'est étonné de la facilité que trouva Otton - Guillaume à s'emparer du comté de Bourgogne. On a eu tort.

En s'abstenant de prendre le titre de roi, il ne pouvait porter aucun ombrage aux grands vassaux. Il n'avait point de souvenirs , point de passé; c'était un prince parvenu, en harmonie avec une société nouvelle. Ce fut là sa force , ce qui du moins rendit sa position plus facile que celle de la race qu'il écartait.

Sa mort , arrivée en 1026, fut suivie d'une peste des plus meurtrières, qui amena la famine. « Après avoir brouté l'herbe des prés , » dit une chronique * « rongé les feuilles et l'écorce des arbres, on alla chercher sa nourriture dans les cimetières. »

Ces hommes s'attendaient sur les routes pour se dévorer. Les loups , accoutumés à manger de la chair humaine, attaquaient indistinctement les vivants et les morts. Ces horreurs durèrent quatre années (1027 à 1051 ).

Otton-Guillaume avait laissé un fils et un petit-fils : son fils , Rainaud I*r, eut la presque totalité du comté de Bourgogne ; son petit-fils, nommé Otton , reçut en partage

Mâeon , une partie du Scodingue et le ressort d'Auxonne. Après la mort de Rodolphe III , Henri , troisième roi d'Allemagne et second empereur de ce nom , partagea avec son père, Conrad, le trône de Bourgogne , dès l'an 1038. Pour maintenir sa puissance contestée dans cette province , il rechercha l'alliance du clergé, et traita les ecclésiastiques réguliers et séculiers avec une faveur infatigable ; on le voit sans cesse appliqué à se les concilier, leur prodiguant les donations , leur rendant ceux de leurs privilèges qu'ils avaient perdus dans le désordre de la féodalité naissante, ou leur en concédant de nouveaux. Il poussa la générosité envers Hugues Ier, archevêque de Besançon , jusqu'à lui accorder la souveraineté sur sa ville épiseopale (iOUk). Rainaud ne refusait point de reconnaître la suzeraineté de l'empereur sur la partie du comte de Bourgogne que Rodolphe III avait inféodée à son père, mais il ne voulait point admettre son pouvoir comme roi. Il avait toujours soin de prendre dans les actes le litre de comte par la grâce de Dieu , et de les dater du règne deNotre-Seigneur Jésus Christ. Lorsqu'il sut qu'Henri avait donné la souveraineté de Besançon à l'archevêque Hugues l*r , il appela à son secours Gérold de Genève , qui avait aussi des griefs contre l'empereur , et vint assiéger Monlbéliard. Louis, comte de cette ville, envoyé par Henri, présenta la bataille à l'armée des rebelles , la mit en déroute , et força Rainaud et Gérold à se rendre à Soleurc , pour faire leur soumission à l'empereur.

Afin de combattre l'idée de la légitimité du pouvoir de ce souverain , Rainaud prit le seul moyen efficace ; il flatta aussi le clergé, et rechercha l'amitié de l'archevêque de Besan-

çon. Il se fil son homme-lige, et reprit de lui en fief, Vesoul , Gray, le val de Quingey, le val de Liesle, la garde des abbayes de Baume , de Cliàteau-Ghalon et le puits de Lonsle-Saunier. La propriété des mines et des salines faisant partie des droits régaliens , l'empereur Henri put sans difficulté confirmer, en 1049 , à l'église Saint-Etienne de Besançon, les quatre chaudières de sel avec leurs bernes , provenant de la cession qu'en avait faite Clotaire II en 869. En même temps que l'archevêque Hugues 1er ouvrait un atelier monétaire à Besançon , et faisait frapper des monnaies à son coin , Rainaud Ier en ouvrit un autre à Lons-le-Saunier, capitale de son comté de Scodingue , où il était maître absolu et complètement indépendant. Aussi put il le faire sans éprouver aucune contradiction, soit de la part de Pempereur, soit de celle de l'archevêque. On croit que ce prince habita quelquefois cette ville. 11 mourut en 1057, et fut enterré dans la paroisse de Saint- Etienne à Besançon. Il laissa la partie du Scodingue qui lui appartenait, du chef de ses aïeux , et le comté de Bourgogne , à Guillaume , son fils atné, surnommé le Grand, ou Tète- Hardie. Après avoir vaincu Guy, le plus jeune de ses frères, qui était venu en Bourgogne réclamer, les armes à la main , sa part dans l'héritage paternel, Guillaume épousa Eliennette de Vienne, qui lui apporta en dot le comté de ce nom. 11 quitta la vie d'isolement qu'avait menée son père , et se conformant aux habitudes de son époque, il alla vivre à la cour de l'empereur Henri IV, son suzerain. En son absence, les sires de Montmoret, vicomtes de Lons-le-Saunier , étaient les véritables seigneurs de cette ville.

Le mouvement social qui enfantait la chevalerie, qui poussait les pèlerins en Palestine (lOôfc)j dirigea aussi les esprits vers la vie monastique. Tandis que Simon , comte de Crépy-en- Valois, renonçait à une alliance illustre , aux honneurs , au pouvoir, pour venir s'enfermer dans les cloîtres de Saint-Claude, Guillaume de Montmoret se faisait religieux dans l'abbaye de Tournus , et donnait à ce monastère les églises de Saint-Corneille , de l'Etoile et de Saint-Didier, qu'il tenait sous la mouvance de sa famille (1076). Presque en même temps , Guy III , petit-fils d'Olton - Guillaume, se relirait à Cluny avec son fils et trente de ses vassaux, après avoir donné à Guillaume-le-Grand , son cousin , son comté de Màcon et ses droits dans le Scodingue (1078). De leur côté, l'épouse de Guy , et beaucoup de dames et de demoiselles de sa suite, prenaient le voile à Marcigny ou à Faucigny-les-Nonains. Les papes, les archevêques, commencèrent à prendre des mesures sérieuses pour raffermir l'état des églises ébranlées et empêcher la simonie. En 1078, Grégoire VII mit sous sa protection spéciale l'abbaye de Baume , la confirma dans tous ses biens, notamment dans la possession de l'église de Chavenay , et menaça d'excommunication quiconque retiendrait ou usurperait ses domaines. L'abbé Bernard déploya un zèle inoui à acquérir, par tons les moyens possibles, les églises et les monastères possédés par des laïcs. Il acheta du comte Gnillaume-le-Grand, l'abbaye de Jussa-Moutier de Besançon , les églises de Poligny et de Dole; de Guy, sire de Scey, et de Thibert de Montmoret, l'église de Scey; de Gaucher, sire de Neublans, et de ses frères, Hugues et Etienne, l'église

de ce lieu, et celle de Saint Désiré de Lons-le-Saunier, de Hugues Clerc , du vicomte Thibert (de Montmorel) et de leurs frères. Comme les prêtres qui desservaient ces églises les possédaient à titre de bénéfices acquis à prix d'argent , ils furent appelés à donner leur consentement pour en autoriser l'aliénation. Àymon , curé de Saint-Désiré et doyen, ainsi que David, son fils, fournirent leur adhésion. Hugues II , archevêque de Besançon, par un décret de 1083, manifesta la satisfaction qu'il éprouvait à voir des églises , jusqu'alors abandonnées, sortir des mains d'avides laïcs, pour tomber sous l'administration de l'abbé de Baume, et ratifia tout ce qu'avait fait ce dernier. On ne verra peut-être pas sans surprise, figurer David, fils du prêtre Aymon, comme intéressé dans la vente de l'église de Saint-Désiré; mais il faut se rappeler que dans ces temps de simonie, la plupart des benéficiers étaient engagés dans les liens du mariage. Les évoques de Lausanne, de Bâle , de Constance, de Sion , refusaient d'obéir aux décisions des conciles et du pape, qui leur ordonnaient de renvoyer leurs épouses ou de quitter leurs sièges.

La qualité de doyen, donnée à Aymon , nous apprend que déjà au xi" siècle , Lons-le-Saunier était le centre de l'une de ces circonscriptions ecclésiastiques calquées sur d'anciennes circonscriptions civiles des Romains. Aussitôt après l'acquisition de 4083, l'abbé Bernard et les fidèles de la paroisse réunirent leurs efforts pour ériger une vaste basilique au-dessus de la chapelle de Saint-Désiré , qui ne fut plus qu'une crypte , où continua de reposer le corps du patron de la ville.

Une colonie de religieux bénédictins fut envoyée de Baume pour fonder |

un prieuré près du nouvel édifice * veiller à la garde des reliques et desservir la paroisse.

Gtiillaume-le-Grand mourut le 2 des ides de novembre 1087, laissant cinq fils et cinq filles, entre lesquels il avait partagé ses biens depuis trois ans. Tous ses fils se qualifiaient indistinctement de comtes ou de consuls des Bourguignons. On igoore quelle part fut attribuée à chacun d'eux 4 II paraîtrait cependant que Raiaaudll , l'aîné, eut une partie des comtés de Bourgogne , de Vienne , de Nàcon et le Scodingue , avec la suzeraineté sur le tout ; qu'Etienne fut apanagé dans l'autre partie de ces mêmes comtés, et que Raimoml eut le canton d'Amaous. Rainaud 11, élevé sous les yeux de son père, à la cour de l'empereur d'Allemagne, s'allia à Régine, fille de Conon, landgrave d'Ollingcn , l'un des plus puissants seigneurs de la Transjurane, et en eut un fils, du nom de Guillaume, déjà né en 1094. Gagné par la fièvre de la guerre sainte, avant même la proclamation de la croisade au concile de Clermont , il abandonna la régence de ses étals à Etienne, son frère, et partit pour la Palestine en i09k. Il mourut à Jérusalem en 1097. Etienne gouverna en l'absence de son frère, sous le litre de grand prince de Bourgogne , de très noble consul , ou de consul des Bourguignons. Ses contemporains l'avaient surnommé Tête- Hardie , à cause de son courage.

C'est à tort, selon nous, que les historiens modernes le fout figurer dans la liste des comtes supérieurs de Bourgogne , car il ne fut jamais que comte vassal et régent des états de son frère. A la nouvelle de la prise de Jérusalem par les croisés , Etienne et son frère Hugues III , archevêque de Besançon , se détermi-

Gèrent au voyage de la Terre-Sainte ( 1 100 ) , accompagnes de plusieurs de leurs fidèles et du jeune Guillaume , leur neveu. Les deux frères périrent dans cette expédition.

Etienne s'était distingué en Paphlagonie « où , dit Albert d'Àix , avec cinq cents cavaliers cuirassés , il protégea si bien l'armée, que les chrétiens ne perdirent pas un seul homme. Fait prisonnier à Rama , il fut massacré par les Musulmans (1102). «Ce prince avait épousé Béatrix , fille de Gérard d'Alsace , duc de Lorraine, dont descend la noble lignée des ducs de Lorraine , aujourd'hui assise sur le trône d'Autriche. Il en eut Rainaud III , Guillaume et deux filles. Guillaume, dit l'Allemand, fils de Rainaud II, plus heureux que son père et que ses oncles, revint sain et sauf de la croisade. Il s'allia à Agnès , fille de Berthold IV, duc de Zœhringen , et vécut constamment près de l'empereur Henri V. Il ne fit que de courtes apparitions dans le comté et à Màcon.

Sa mort subite, arrivée en 1025, donna lieu à mille commentaires.

Guillaume, surnommé l'Enfant, son fils et son successeur, ayant été assassiné à Payerne , le 9 février 1 1 27 (n. st.), laissa sa riche succession à ses deux cousins. Rainaud III et Guillaume, fils d'Etienne Tête- Hardie, n'avaient pas attendu l'extinction de la branche ainée , pour prendre le titre de comtes de Bourgogne et de Mâcon. Ils le portaient déjà en 1 1 10, à une époque où Guillaume l'Allemand était en rivalité avec le suzerain de ces deux provinces. Le partage de la succession de Guillaume-l'Enfant fit éclater une rupture entre lesdeux frères. Après une guerre de courte durée, Guillaume consentit à recevoir pour son lot le Scodingue avec les comtés de Vienne

et de Mâcon , à reconnaître son frère aîné pour son suzerain , et à lui faire hommage de son consulat. Rainaud III , comte supérieur de Bourgogne, fixa ses principales résidences à Dole, Besançon, Arbpis et Poligny ; Guillaume , à Lons-le-Saunier, Vienne et Màcon. Guillaume était à Lons-le-Saunier , avec Rainaud le connétable, Gérard d'Estrabonne , Jérémie de Ruffey, Harduin du Pin et d'autres gentilshommes, lorsqu'il ratifia en 1133, le traité par lequel son frère abandonna à l'abbaye de Baume , la justice de prévôté sur Saint - Lothein , comme indemnité des dommages que ses troupes avaient causés dans ce lieu. Ce qui prouverait que les deux frères avaient des droits sur Lons-le-Saunier, c'est qu'en 1143, ils donnèrent ensemble à Baume, des bernes , des maisons , des vignes et des granges, villas, qu'ils y possédaient. Rainaud consacra la plus grande partie des domaines qu'il avait dans celte ville, à doter deux maisons de l'ordre de Citeaux , pour servir d'hospices aux moines du Miroir et de Balerne.

Lorsque la grande voix de saint Bernard , s'élevant du sein de l'assemblée de Vezelay, annonça à l'Europe les progrès de Zenguy et de Nourredin , la prise d'Edesse et la désolation de l'église d'Orient , la Bourgogne entière s'émut , « les villes et les châteaux devinrent déserts , et partout on vit des veuves, dont les époux n'étaient pas morts (1147). »

Toutefois Rainaud ne se croisa point; Vingt ans de guerre qu'il soutint en vain contre les empereurs Lolhaire, de Saxe et Conrad , pour échapper à leur suzeraineté, l'avaient mis hors d'état de pourvoir aux dépenses d'une si longue expédition , et d'ailleurs , atteint d'une maladie cruelle, il sentait qu'il lui restait peu de jour*

a vivre. Il mourut en effet Tannée suivante (1148), laissant sa fortune à Béatrix, sa fille unique, née de son mariage avec Agathe de Lorraine.

L'abbé de Clunj eut l'adresse de gagner le comte Guillaume, et d'obtenir son concours pour mettre l'abbaye de Baume sous sa domination.

Par un acte de l'an 1 U7, ce prince approuva tout ce qu'avait fait le pape Eugène à cette occasion , et enjoignit à ses vassaux , de mettre Cluny en possession de ce que chacun avait en sa main , appartenant à Baume.

Ces vassaux, que le comte appelle ses très chers amis et ses hommes , étaient Guy de Monnet , Aimon, prévôt de Lons-le-Saunier, Hugues du Pin, Thibert de Montiuoret , Pierre de Galardon et autres. La même année , il céda à Cluny une berne aux salines de Lons-le-Saunier, dite la Berne-Monteria , et un bourgeois avec sa berne , qui provenaient du prévôt Aimon , pour le prit de §000 sols , monnaie de Cluny , et quatre mules. 11 employa cette somme à un voyage en Terre-Sainte. Il partit avec le roi Louis-le-Jeune, et se battit bravement au passage du Méandre. Les croisés étaient enveloppés : à la fin , dit Odon de Deuil , les illustres comtes Henri , fils de Tbibaud , Thierry d'Alsace et Guillaume de Mâcon, tombent sur les infidèles comme un tourbillon, à travers une grêle de flèches, et enfoncent les escadrons. A la suite de la défaite des croisés sur la montagne de Laodkée et de la destruction de l'armée française à Satalie, Guillaume revint en Bourgogne (t U8), où il apprit bientôt la mort de son frète. Son ambition désordonnée lui inspira les projets les plus coupables.

Au lieu de protéger la jeune Béatrix, sa nièce, il la fit enfermer dans

une tour, où , dit Albéric , il l'avait destinée à mourir, et prit le titre de consul des Bourguignons. Il convoqua les hauts barons, pour justifier sa conduite, leur exposa que lui seul avait droit au comté , puisque Rainaud n'avait pas laissé de postérité masculine , et que du reste , il importait au salut du pays, qu'un homme de guerre eût seul les rênes du gouvernement , pour résister au duc de Zœhringen, qui se disposait à venir revendiquer, les armes à la main, l'héritage de Guillaume-l'Enfant. Désirant se faire des partisans par ses largesses , il mit en activité l'atelier monétaire de Lons-le-$aunicr, et répandit ses pièces dans la province. Frédéric Barberousse , élevé sur le trône de Germanie en 1 153, ne tarda pas à être instruit de la perfidie de Guillaume. Il s'allie aussitôt avec le duc Berthold IV de Zœhringen, et convient avec lui que l'usurpateur sera immédiatement mis au ban de l'empire. Berthold s'engage a faire remettre en liberté la fille de Rainaud III, et l'empereur promet d'entrer en Bourgogne avec les troupes impériales, le 1er juin 115*2* La résistance de Guillaume fut longue et répondit à sa haute réputation de bravoure. Cependant, après avoir senti • combien savaient couper les glaives allemands , » il fit sa soumission , et quitta le titre de consul des Bourguignons pour reprendre celui de comte de Màcon (fin de 1 152). 11 s'attacha ensuite à la cour de l'empereur, comme un simple vassal , et mourut le 27 septembre 1 155 , laissant de Poncelte, son épouse, fille de Thiébaud, seigneur de T raves , deux fils, Etienne 1er, tige de la seconde maison de Ckalon , et Gérard , qui continua celle de Vienne et de Màcon.

Les deux frères partagèrent entre

eux Lons-le-Saunier. Il importe de constater quel était ? à cette époque, l'état de cette ville.

Le quartier principal , appelé le bourg de Lons, burgus Ledonis, était entouré par un fossé et des remparts flanqués de tourelles. Cette enceinte descendait du pied de Richebourg jusqu'au pont jeté sur le Solvan , à l'entrée de la rue des Dames ; à partir du pont , elle suivait une ligne qui aboutissait à l'angle des rues des Juifs et du Collège , remontait cette dernière et côtoyait ensuite le pied de Richebourg. Elle renfermait le Forum , ou place du marché , la rue des Boucheries, vicus macelti , le puits à mu ire, les rues de Richebourg , de l'Aubépin , des Bernes , des Juifs, de Balerne et plusieurs impasses. La plupart des maisons étaient en bois et en argile avec des toitures en chaume. Elles étaient disposées sans aucun ordre, au bord de rues sales et tortueuses. Les grands chemins tendaient tous à l'ancien castrum de Richebourg , et se repliaient sur le bourg. La maison de Balerne avec sa chapelle, les maisons du prévôt, du maire, et plusieurs hôtels privilégiés, jetaient sur toutes ces misères un certain rayonnement de grandeur. Trois portes avec pont-levis donnaient accès dans la campagne. Elles étaient masquées par des chaumières servant de faubourgs. Un autre quartier, presque aussi populeux que le précédent, mais sans fortifications , était appelé le bourg de Saint-Désiré, vicus sancti Desiderati, ou la ville de Lons-le-Saunier, villa Ledonte. Il se composait d'une rue principale qui suivait la direction actuelle de la rue Saint-Désiré , du prieuré et de l'église de ce nom , et de quelques petites maisons dispersées, soit autour du prieuré, soit sur les bords

de la voie romaine tirant à Mon (ciel; Les constructions en pierre y étaient très rares. Un château , qui servait de résidence aux comtes, et en leur absence aux vicomtes , ne consistait qu'en une haute tour pentagonale avecquelques bâtiments accessoires, en une vaste cour close de murs , aux angles desquels s'élevaient des tours rondes, et en quelques maisons féodales disposées à l'entour. Ce quartier est occupé aujouid'hui par le grand séminaire , le palais de justice et les prisons. En dehors de ces trois principales divisions , se dressaient la maison de Citeaux avec sa chapelle, celle des dames de Cliâteau- Chalon , entourée de quelques habitations qui formaient un village, appelé villa Sancti Symphoriani, la maladrerie, Ihôpilal Saint -Antoine , celui de Saint-Lazare et des granges éparscs avec leurs meix , leurs champs, leurs vignes et leurs vergers. La rue du Commerce èt toutes celles au nord-ouest n'étaient qu'une vaste prairie couverte de joncs et de roseaux. Plusieurs petits moulins et des battoirs à chanvre ou à écorce étaient bâtis sur la Vallière ou sur des canaux qui en dérivaient.

Le vicomte de Lons-le-Saunier était le premier magistrat de la ville.

C'était un personnage politique qui représentait le pouvoir du comte, et dont les fonctions étaient remplies par les sires de Montmoret. A la téte de chaque bourg était un prévôt, prœpositus, institué par le comte ou le vicomte, et un maire, major. Les habitants du bourg fortifié étaient libres, et se qualifiaient de bourgeois. Ils possédaient presque tous leurs maisons et des redevances sur le puits à muire, en franc-alleu. Us avaient le droit d'être créés chevaliers, écuyers, tout aussi bien que les seigneurs féodaux. L'administr*-

lion de ce bourg était une image fidèle du régime municipal , dont la ville avait joui du temps des Romains.

Ainsi, les prud'hommes, boni tontines, probi homines , qui avaient la juridiction municipale, correspondaient aux anciens senatores. Le conseil commun , consilium commune , c'était la curie romaine. Par une charte de Tan 1171 , les prud'hommes du bourg de Lons-le-Saunicr donnèrent à l'abbé de Balernc , pour le repos de l'âme de leurs prédécesseurs, une demi-montée de muire par semaine, sur leur puits, à condition que ce prélat enverrait un certain frère de sa maison , nommé Humbert , qui passait pour un ingénieur habile , avec un charpentier, pour refaire ce puits, presque en ruine. Ils ne signèrent ce traité qu'après avoir pris l'avis du conseil commun. La mention dans un titre du xii* siècle, de prud'hommes, de conseil, est une preuve incontestable de l'origine romaine de Lonsle-Saunier. La rue de Saint-Désiré formait une espèce de seigneurie particulière , qui appartenait en partie à l'abbaye de Baume. Les habitants de ce quartier, ainsi que ceux des maisons répandues autour des deux bourgs , étaient d'une condition intermédiaire entre la complète servitude et la liberté, c'est-à-dire qu'ils étaient main mortablcs. Ils n'avaient pas le droit de tester, de laisser leurs biens à qui ils voulaient ; quand ils n'avaient pas d'enfants, d'héritiers naturels et directs, c'était le seigneur qui héritait d'eux. Au milieu de ces meix, se trouvaient quelques fiefs et des alleux. La dime n'était point générale et ne frappait que certains cantons. La plupart des bourgeois exerçaient des métiers ; ils étaient bouchers, tanneurs, forgerons, boulangers. Autour de l'église Saint-

Désiré se pressaient de petites boutiques , des tavernes à l'usage des pèlerins et des voyageurs. La route de Besançon à Lyon était déjà trè9 fréquentée à cette époque. Il y avait dans chaque bourg un marché par semaine et deux foires par an, qui attiraient un grand concours de peuple. Les habitants n'étaient connus que par leurs prénoms et des surnoms tirés de leurs professions , de leurs défauts physiques, de leur origine ou de leur culte. Plusieurs étaient appelés païens, paijani, ou chrétiens. Beaucoup de noms décelaient une origine normande.

Après la mort du comte Guillaume , ses deux fils partagèrent sa succession. Etienne 1er, l'aîné , eut le bourg fortifié, et Gérard, le bourg de Saint-Désiré. Le territoire environnant fut divisé par lots très irréguliers et sans aucun ordre. Le puits à muire resta en partie la propriété du comte supérieur de Bourgogne.

Seigneurs du bourg de Lons.

Etienne 1" , fils aîné du comte Guillaume, a laissé peu de souvenirs dans l'histoire de Lons-le-Saunier. Il vécut presque toujours à la cour de Frédéric Barberousse, dont il était le vassal et le parent, comme cousin de Béatrix, épouse de cet empereur. Avant d'entreprendre le voyage de Terre-Sainte ( 1170), il se rendit à Lons-le-Saunier. Là, il fit appeler Pétronille , abbesse de Chàteau-Chalon , lui déclara que la maison qu'elle possédait dans ce bourg serait un lieu d'asile inviolable , si ce n'est pour les traîtres et les voleurs , et lui donna deux fours avec les employés qui les faisaient valoir. Il donna en outre , à l'abbé de Rosières, dix charges de sel, à prendre chaque année sur son puits de Lons. De retour de la croisade, il fixa son séjour à Auxonne (t 172).

Sentant sa fin approcher, il multiplia ses libéralités envers les églises et les monastères. Les abbayes de Citeaux , de Tart, de Bellevaux, reçurent en aumône des montées de muire sur le puits de Lons, des hommes, des terrains pour construire des bernes et des maisons. Sa dernière visite à Lons-le-Saunier eut lieu en 4172; il était accompagné de l'abbé de Citeaux. Il mourut à l'abbaye de Glairefontaine en 1173, laissant de Jeanne ou Judith de Lorraine, son épouse, Etienne II , cl À g nés, mariée à Richard de Montfaucon , comte de Montbéiiard. 01lon , quatrième fils de l'empereur Frédéric, venait alors de prendre possession du comté de Bourgogne.

Etienne II s'allia en 1188a Béatrix , fille de Guillaume II , comte de Chalon. Tant que l'empereur Frédéric vécut, il n'osa point lever l'étendard de la révolte, mais dès qu'il connut la mort de ce dernier (1 190), il se posa fièrement en rival d'Otton. Prenant le litre de comte de Bourgogne, par la grâce de Dieu, il ne laissait échapper aucune occasion d'étendre sa puissance. Il se faisait inféoder, en 1190 et 1 191 , les plus beaux domaines de l'abbaye de Gigny, et élevait des forteresses à Montfleur, à Saint-Julien et à Saint- Laurenl-la-Roche. 11 disputait, à main armée , au comte Otton , les terres de Chay, Choyé et les Ferrières, et ne les abandonna en 1 193 que par la crainte que lui inspirait Henri VI , roi des Romains et frère d'Otton. Le comte de Bourgogne s'effraya , ajuste titre , de l'ambition d'Etienne. Il lui défendit de porter le même titre que lui , et le força à ne se qualifier que de comte d'Juxonne. A peine Henri VI eut-il fermé les yeux (1197), qu'Etienne se posa non plus en rival , mais en

ennemi d'Otton. Il abjura sa vassalité, et fit hommage à Eudes, duc de Bourgogne , de son château et de sa ville d'Auxonne. Il s'engagea à ne pouvoir rentrer dans l'hommage du comte de Bourgogne, qu'en abandonnant au duc sa ville et son château. Le duc promit, de son côté, de lui fournir des troupes toutes les fois qu'il aurait guerre avec le comte Otton (1 197). On croit qu'une lutte s'engagea immédiatement, mais on ne possède aucun document qui en fasse connaître les détails. Olton mourut au mois de janvier 1201 (n. st.), à l'âge de trente-cinq ans.

11 laissa pour héritières Jeanne et Béatrix* ses filles , toutes deux en bas âge, sous la tutelle de Marguerite de Blois , leur mère. Cette princesse chercha un protecteur au dehors, en se hâtant de faire hommage du comté de Bourgogne à l'empereur Philippe , son beau-frère. Sans renoncer à ses projets ambitieux , Etienne se borna à reprendre le titre de comte de Bourgogne , à s'assurer de ses vassaux , et il attendit les événements. Jeanne mourut en 1205.

Béatrix succéda alors au comté de Bourgogne. Etienne H aspira à sa main pour Jean de Chalon, son fils, mais l'empereur Philippe ne voulut point se prêter à une combinaison qui avait pour but de confondre les droits de la branche cadette et de la branche aînée de Bourgogne. Il maria sa nièce , au mois de juin 1208 , au comte Otton , duc de Méranic.

Etienne II aurait peut-être dissimulé le mécontentement que lui causa ce mariage , si l'assassinat de Philippe et l'avènement d'Olton de Brunswich au trône impérial , ne lui eussent pas offert l'occasion de se venger. Il se fit inféoder, par l'abbé de Baume, la montagne de Monlaigu ( 1208), y construisit un château

formidable, pour la défense de Lonste-Saunier, fit appel à ses vassaux et se mit à leur tète , en se proclamant seul comte légitime de Bourgogne. La province se divisa en deux camps. Le Scodingue, Auxonne, Salins, tenaient pour Etienne; Poligny, Dole, le Warasc, soutenaient Olton. Après une guerre terrible, Olton de Méranie, battu sur tous les points, demanda la paix, qui fut signée à Dijon en 1211. 11 abandonna toutes ses prétentions sur les châteaux que le comte Etienne avait dans le comté de Bourgogne, renonça à toute indemnité pour les dommages causés à lui ou à ses vassaux pendant la guerre, consentit au maintien de toutes les forteresses élevées par Etienne , et promit que ni lui, ni sa femme, ne vendraient, ni n'engageraient jamais la terre de Bourgogne, sans le consentement de ce prince. De nouvelles luttes s'engagèrent en 1218 et 1226, et ne se terminèrent que par un nouveau traité fait en 1227. Pour mieux assurer la paix du comté, Olton convint, au mois de février 1230 (v. st.), que Hugues, fils de Jean de Chalon l'Antique, et petit-fils d'Etienne, épouserait dans cinq ans Alix, l'une de ses filles. De son premier mariage avec Béalrix de Chalon, Etienne eut deux fils, Etienne , mort dans l'enfance, Jean, surnommé le Sage ou l'Antique, et deux filles. Après avoir répudié sa première femme , il se remaria à Agnès de Dreux, dont il n'eut point d'enfants. Il cessa de vivre le 12 mars 1241 (n. st. ) , et fut inhumé dans l'abbaye de la Charité. Il avait eu de Blandine de Cicon , sa maîtresse, un fils naturel, Etienne, qui sous le nom de sire d'Oyselay, est devenu la tige d'une puissante maison. L'administration d'Etienne II à Lons-Ic-

Saunier n'est marquée que par des donations faites à l'abbaye du Tart (1190), à celle de la Charité (1212), et à l'église Saint-Jean de Besançon ( 1 2 1 4), de montées de muire sur ses salines. On ignore quels furent les résultats de ses guerres avee Otlon , en ce qui concerne cette ville. Le courage des habitants et la construction du château de Montaigu en 1208, suffirent peut-être pour la protéger.

Jean dè Chalon , dit le Sage , né vers 1190, épousa en!2U, Mahaut, fille de Hugues III, duc de Bourgogne. Son père voulant le récompenser des nombreux services qu'il en avait reçus, lui céda, au mois de septembre 1235 , toutes ses possessions en aval de Villers - Robert et d'Arbois, c'est-à-dire presque tout l'ancien canton du Scodingue, ce qui comprenait le bourg fortifie de Lons. Par un acte du mois de juin 1237 , le duc de Bourgogne, son beau-frère, lui abandonna la seigneurie de Salins , avec les fiefs de Château - Vilain , Montrivel , les terres d'Ounans ou Ornans et Villafans, et reçut en contre-échange le comté de Chalon , Auxonne , et d'autres biens que le comte Jean possédait le long de la Saône , du chef de sa mère et de son épouse.

Cet échange fut approuvé par le comte Etienne. Mahaut de Bourgogne mourut en 1238, laissant quatre enfants de son mariage avec Jean de Chalon, savoir : 1° Hugues, devenu comte palatin de Bourgogne en 1236, par son union avec Alix, sœur d'Otton II de Méranie; 2° Elisabeth, mariée à Henri, fils de Guillaume, comte de Vienne, dont elle était veuve en 1233, et remariée à Ulric Ier, comte de Ferrelle ; 3° Marguerite, veuve d'Henri de Brienne, mort en 1280 en

Egypte, et remariée à Guillaume de Courtenay ; 4° enfin , Blanche , mariée en premières noces à Guichard de Beaujeu , et en secondes noces , à Béraud de Mercueil , connétable de Champagne. Jean de Chaton s'allia en secondes noces , avant le mois d'octobre 1942, à Isabelle, fille de Robert de Courtenay, et veuve de Renaud de Montfaucon en Berry. Il en eut, 4° Jean, sire de Châtel-Belin et de Rochefort ; 2° Mahaut, religieuse du Sauvement ; 3° Robert , mort en bas âge après 1245; k° Etienne , sire de Rouvres et de Montenot, mort vers 1502, et inhumé aux Cordeliers de Lons-le-Saunier; 5° Perrin, dit le Bouvier, mort en 1274; 6° Guillauma , abbesse de Battant , en 1261 ; 7° et Marguerite, abbesse de Chàteau-Chalon , en 1263. Au mois de février 1253 (n. st.), Jean de Chaton se fit inféoder par l'abbé de Baume , le bourg du Pin , et y construisit un château à la place d'un plus ancien , alors en ruine. Guillaume 111 de Vienne , qui possédait moitié de Lons-le-Saunier avec les seigneuries de Pymont et de Montmorot , s'émut de cette nouvelle acquisition, menaçante pour lui. Il commençait des hostilités sur les terres du comte Jean , lorsque des arbitres intervinrent pour concilier les deux seigneurs. Par un traité du mois d'octobre 1253, ces derniers convinrent, entre autres choses, « qu'ils ne feroient nouvel chàtel au val de Lons, doires en avant, dois ledit chestel de Garde-Chemin (le Pin), jusqu'à Valnantey (Vernanlois) et Revignez, et qu'ils ne fermeroient ni ne laisseroient fermer le puits de Corde (la montagne de Coldres) sur Conliége. » Guillaume abandonna toutes ses prétentions sur le château et la montagne du Pin. De son côté ,

Jean de Chaton céda à Guillaume tout ce qu'il avait sur la montagne de Pymont, à condition qu'il aurait la suzeraineté sur ce fief. De graves dissensions se manifestèrent entre Jean de Chalon et le comte palatin Hugues, son fils. Elles amenèrent une guerre qui ne se termina qu'en 1255, par la médiation de saint Louis. Isabelle de Courtenay testa au mois d'août 1257. Elle donna à tous les châteaux de son époux, situés < dans le val de Laons,» dix livres , 40 francs à l'hôpital , autant à la maladrerie de celte ville , et quinze livres de rente annuelle à l'abbaye du Sauvcment, assignées sur le puits de Lons, que son époux lui avait cédé en jouissanoe. Les exécuteurs de son testament furent les abbés de Saint-Claude, de Baume et de Goailles. Cette dame mourut le 22 septembre suivant, et fut inhumée chez les Frères Mineurs de Salins. Jean de Chalon se remaria en 1258, à Laure, fille de Simon de Commercy, et en eut Jean, sire d'Arlay ; Hugues , dit le Sourd , évèque de Liège , puis archevêque de Besançon; Marguerite, épouse de Hugues, sire de Montréal, et Agnès , femme d'Amé II , comte de Genève. Le comte Jean se distingua par ses libéralités envers les églises.

En 1230, il fournit la dotation nécessaire, pour que le prieuré de Saint-Désiré de Lons-le-Saunier fût habité pour douze religieux et un prieur, tandis qu'avant lui , il n'y en avait que deux et un supérieur. II confirma toutes les donations faites par ses prédécesseurs à diverses abbayes , de montées de sel à prendre aux salines de cette ville. Ce prince, dont le séjour habituel était Bracon ou Salins , partagea ses biens entre ses enfants , en 1262. 11 donna h son fils aîné Hugues , Bracon, le bourg

de Salins et une grande partie de l'héritage provenant du comte Etienne, son père, ce qui comprenait \ebourg de Lons ; puis , il divisa le reste de ses biens entre les enfants mâles qu'il avait de ses deux autres mariages. Plus tard, le 9 septembre 1267, il fit un nouveau partage, voulant que tous ses biens fussent divisés en trois lots et par tiers , entre ses enfants des trois lits. Le lot des enfants du premier lit , ou pour mieux dire, des fils de Hugues, qui était mort peu auparavant , fut formé de Bracon, de Salins, et de tout ce qu'Etienne II , père de Jean, avait possédé, saufRochefort, Saint- Julien , Orgelet et Yernantois. Il fut convenu du reste, que la branche aînée serait suzeraine des deux autres. Jean de Chalon l'Antique mourut au mois de septembre 1367, et fut inhumé à Salins. C'est un des personnages les plus remarquables et les plus puissants qui aient vécu au xm6 siècle. 11 se qualifiait dans tous ses actes de comte de Bourqogne et de sire de Salins, Hugues de Chalon avait fini ses jours au mois d'octobre 1266. Alix, sa veuve, contracta un nouveau mariage, et épousa en 1267, Philippe II , comte de Savoie , qui à son tour prit le titre de comte palatin de Bourgogne.

Aucun enfant ne résulta de cette seconde alliance. Les douze enfants de Hugues et d'Alix étaient, Olton, Rainaud , Jean , Hugues , Etienne, Alix , religieuse à Fontevrault , de 1266 à 1286, Guye ou Guyette, femme en 1274, de Thomas III de Savoie, Agnès, mariée en 1259, à Philippe de Vienne, Elisabeth, mariée en 1254, à Hartmann, le jeune, fils de Werner, comte de Kibourg , Marguerite, religieuse à Fontevrault (1269), Jacquelte, à Remiremont (1285), et Béalrix, abbesse élue de

Baume (1279). Otlon ou Ottenin , l'alné , d'abord sire de Salins , devint comte de Bourgogne après la mort de sa mère. Rainaud eut dans son partage Sellières, Montaigu, Pymorin , Binans , Dramelay, le bourg de Lons-le-Saunier, le Pin , Montfleur et d'autres terres dans la contrée de Scodingue , avec des domaines dans la chàtellenie de Poligny. L'administration du comte Otton fut très agitée : après avoir pris part à l'expédition que Philippele-Hardi envoyait à Naples, pour venger les Vêpres Siciliennes (1283), il revint en Bourgogne , et fut en guerre avec ses oncles de Chalon , puis avec l'empereur Rodolphe, auquel il refusait l'hommage pour ses états. Rainaud épousa, vers l'an 1282, Guillemette de Neufchàlel- Outre-Joux , petite-fille de Sybillc de Montbéliard et de Rodolphe IV de Neufchàtel. Thierry III , en considération de ce mariage , lui donna la seigneurie de Montbéliard. Son premier soin fut d'apaiser, par des cessions de territoires et des remises en argent , tous ceux qui prétendaient des droits à la succession du comte Thierry. A la suite d'une guerre malheureuse avec l'évéque de Bâle, que soutenait l'empereur Rodolphe de Habsbourg, Rainaud perdit Porrentruy et dut payer au monarque une forte amende, pour avoir voulu se soustraire à son obéissance (1289).. Il s'occupa beaucoup de Lons-le-Saunier. De 1283 à 1294, il acheta dans celte ville, d'Henri de Montmoret, chevalier, dit de Lons , de Guyot et Etienne, arberestiers , d'Huguenin de la Porte, de Lons, de Perrin de Chavenay , bourgeois de Lons, de Guillemette, fille de Jean Jaccon, de Guillaume, Humbertet Guillemette, dits Baud, des fours, des cens , des fonds de bernes, et

le moulin Chassai , contigu à la muraille des Frères Mineurs.

Olton V, comte palatin de Bourgogne, avait épouse en 1358, Philippine de Bar, dont il eut une seule fille, Alix, fiancée en février 1279, (v. st.) , à Jean , fils aîné de Robert, duc de Bourgogne, morts tous deux en bas âge. Il se remaria au mois de janvier 1285, avec Mahaut , fille de Robert , comte d'Artois , et petitefille de saint Louis. Par lettres datées de la veille de la Pentecôte 1291, Otton et Mahaut promirent de donner en mariage Jeanne, leur fille unique , à l'un des deux fils du roi Philippe-le-Bel , et de lui accorder pour dot , dans le cas où elle épouserait Palné, la baronnie de Salins et ses appartenances, ainsi que la moitié du comté d'Artois, avec usufruit dès le jour même de la célébralion du mariage, et après leur décès, l'autre moitié de l'Artois et tout le comté de Bourgogne , s'ils ne laissaient point d'héritiers mâles. Par un second traité signé à Vincennes, le 2 mars 1294 (v. st.) , le comte Otton remit sa fille dans les mains du roi de France , avec le comté de Bourgogne , sans aucune réserve de sa mouvance envers l'empire, ni celle de retour à ses héritiers mâles, s'il devait lui en survenir. Les soigneurs francs-comtois , mécontents de ces dispositions , se réunirent à Besançon et jurèrent que jamais le roi de France ne régnerait sur leur pays. La confédération avait à sa téte Jean 1er de Chalon , sire de Roche fort, Rainaud de Bourgogne, Jean Ier de Chalon, sired'Arlay, et comptait dans ses rangs les plus puissants seigneurs du comté. Rainaud , voulant s'appuyer de ses bourgeois de Lons-le-Saunier, leur concéda une charte de franchises au mois d'août 1.295. La guerre civile, après avoir

duré deux ans , loin de s'éteindre , se ranima avec une nouvelle fureur.

Encouragés par l'empereur d'Allemagne, les barons se liguèrent avec Edouard, roi d'Angleterre. Il fut convenu (2 août 1 297) que les nobles du comté « feront et continueront contre le roi de France , ses aydours et fauteours , guerre vive et à perte dans le comté de Bourgogne et es lieux voisins, » tant que durera la guerre entre la France et l'Angleterre. La paix conclue entre Edouard et Philippe -le-Bel ébranla la ligue comtoise. Les confédérés firent leur soumission et s'engagèrent à prêter hommage-lige au roi de France (8 juin 1301). Dès le mois de mars 1302, Rainaud reprit le cours de ses acquisitions à Lons-le-Saunier. Il acheta surtout des fonds de berne , et s'y créa de nouveaux vassaux, en leur concédant des biens en fief.

Perrin de Reccon, Guichard de Culay, lui firent hommage en 1303 , de vignes et de maisons en pierre dans cette ville. Trop fier pour reconnaître Jean de Chalon , sire de Rochefort , son oncle , comme son suzerain, il refusa de lui faire hommage de ses châteaux de Dramelay* Binans et Pymorin. Le comte d'Auxerre lui déclara la guerre en 1305 , le surprit et le retint prisonnier.

Les arbitres nommés pour terminer ce différend , reconnurent que le comte Rainaud était dans son droitv et le firent mettre en liberté. Ce prince se rendit à Lons-le-Saunier en 1310, convoqua ses vassaux et reçut leurs serments de fidélité.

Ponçot Brassard , Elhcvenin de I& Porte, Guillaume Mercier, furent les premiers à s'acquitter de ce devoir.

Pendant la lutte qu'il soutenait contre Philippe-le-Bel , Rainaud avait fait un premier testament ( 1296 ) , dans lequel il manifesta l'intention,

d'être inhumé dans l'abbaye de Baume-les-Messieurs. Il renouvela le même vœu dans son codicille de Tan 1314 , cl donna en même temps une maison qu'il avait fait construire à Lons-le-Saunier, appelée le Château-Gaillard, a Guillemette de Neufcbàtel , son épouse. Lorsque Jeanne, sa nièce, et Philippe-lc- Long , son mari , vinrent à Dole en 1318 , pour prendre possession du comté de Bourgogne, Rainaud alla avec une partie de la noblesse, jusqu'à la frontière, près d'Auxonne, pour les recevoir. Il leur prêta serment de fidélité et se dévoua constamment à leur service. Par un dernier testament daté à Héricourt, du 14 mars 1323 (n. st.), il établit son frère Hugues de Bourgogne, pour régir sa succession , pendant cinq ans , à partir du jour de sa mort , au nom de son fils, Ottenin , et passé ce terme , si celui-ci n'est point en estât dehu , pour gouverner ses terres et seigneuries, il veut qu'elles se partagent outre ses quatre filles , de manière que les aînées, Jeanne, épouse de Raoul-Hesse, marquis de Bade , et Agnes , épouse de Henri , sire de Montfaucon , aient entre elles le comté et la baron nie de Montbéliard , compris Belfort et Héricourt ; les deux autres filles, Alix, mariée en 1317 à Jean de Chalon II , sire de Rocliefort et d'Orgelet , et Marguerite, mariée à Guillaume, fils de Henri d'Antigny, seigneur de Sainte- Croix , devaient posséder les terres siluéesenavalde Besançon. Le comte Rainaud mourut en 1323, et fut inhumé en grande pompe dans l'abbaye de Baurae-les Messieurs. Ses grands chevaux de parade , ses harnais, ses armures de guerre, furent, selon ses intentions , offerts devant le grand autel de l'église de ce monastère. Sa tombe se voit encore dans

une des chapelles , mais complètement mutilée. Rainaud est représenté couché , avec un écusson, sur lequel est dessinée une aigle aux ailes éployées. A sa tète sont assis deux anges habillés, qui élèvent dans leurs bras un enfant , symbole de l'âme du défunt. Par un règlement fait en 1323, Hugues de Bourgogne déclara qu'Alix , sa nièce , aurait pour ses droits paternels et maternels Montfleur, Montaigu et la partie de Lons-le-Saunier que possédait son père; et que si Ottenin , son frère, mourait sans postérité (ce qui arriva), elle aurait encore Sellières , le fief de Rennes , Château- Rouillaud, Dramelay et Oliferne, C'est ainsi que Jean de Chalon II , sire de Rochefort, époux d'Alix de Monlbéliard, devint seigneur de Montaigu et du bourg de Lons-le- Saunier. Ce prince , d'une humeur guerrière , prit une part active dans tous les événements de son époque.

Ayant embrassé le parti d'Amé IV, dit le Grand , comte de Savoie, contre Guy VI , dauphin de Viennois, il fut fait prisonnier à la journée de Voray (7 août 132»), et ne fut rendu à la liberté qu'en 1 329. A peine estil arrivé à Orgelet, qu'il apprend le meurtre d'Etienne de Saint-Dizier , shro de Sa int-Laurenl -la-Roche, son écuyer et le compagnon de ses périls. Il ordonne une enquête, pour découvrir les auteurs de ce crime , et des témoignages accusateurs lui révèlent le nom d'Huguettede Sainte- Croix , sœur de Guillaume d'Antigny, son beau-frère. Son bras est désarmé , mais son indulgence soulève contre lui les haines de toute la puissante famille d'Etienne de Saint- Dizier. Il se hâte alors de fiancer l'une de ses filles , Béatrix , à Béraud , unique enfant né du mariage du sire de Saint-Laurent avec Hu.r

g uelle de Sainte-Croix (avant 1336).

Lorsque le dnc Eudes IV fut devenu possesseur du comté de Bourgogne, par son mariage avec Jeanne III, fille du Philippe-le-Long, Jean II deChalon mit le plus grand empressement à faire sa cour au nouveau souverain. Il alla le visiter au château de Baume - les -Nonnes. L'accueil flatteur qu'il y reçut, ne lui laissait guère soupçonner que le terrible bailli, Guy de Villefrancon , commencerait ses premières gageries sur ses terres (mai 1336 ). Retenu par la crainte de voir son comté d'Auxerre confisqué , il n'osa point prendre parla la révolte des barons comtois contre le duc, en 1336.

Requis par Eudes de marcher sous sa bannière , il sollicita la faveur de rester neutre. Lon s- le -Saunier se trouva ainsi exposé à la fureur de tous les partis. Le duc de Bourgogne possédait le château et le bourg de Montmorot, où il comptait de nombreux vassaux dévoués à sa cause.

Pymont et le bourg de Saint-Désiré obéissaient à Philippe de Vienne , allié du duc. Le bourg de Lons-le- Saunier et le château de Monlaigu , propriété du comte d'Auxerre , ne pouvant embrasser aucune cause, durent ressentir tous les contrecoups d'une lutte atroce. Tandis quo les barons ravageaient l«« terres de son domaine , le duc promenait le fer et la flamme dans celles de ses vassaux révoltés. Cette guerre ne se termina qu'en 1337, par la médiation de Philippe de Valois. Le comte d'Auxerre vint, en 1339, passer les fêtes de la Pentecôte à Lons-le-Saunier, et y reçut l'hommage de ses feudataires. Perrin de Reccon , Richard de Présilly, écuyer, Humbert Grand , reconnurent tenir de lui en fief, des maisons de pierre et des portions de la grande dlme de vin ,

qui se percevait dans cette ville* Vassal du duc de Bourgogne , pa" rent ou allié des barons comtois qui ne cessaient de lutter contre ce prince, il se trouva souvent dans la pénible nécessité de combattre contre ses propres gendres, notamment contre Thiébaud VI , sire de Neufchâtel , époux de sa fille Jeanne. Il osa, en 1349, ouvrir un atelier monétaire dans la ville d'Orgelet, et y faire frapper des pièces en or ou en argent. Excommunié pour ce fait par Hugues de Vienne , son parent , archevêque de Besançon , il envoya ses fils porter le feu dans les terres du prélat (1343). Cette même année, il donna en fief à Perrenin Grivel , son châtelain de Lons, une rente annuelle de bO livres , à prélever sur la justice de ce bourg. Les historiens s'accordent pour faire mourir I e comte d'Auxerre a Crécy, en 1346, mais c'est une erreur grave , car on le voit encore, en 1349, faisant alliance avec le dauphin de Vienne et reprenant de lui en fief ses châteaux de Monnet et de Monlrivel, pour les soustraire à la mouvance du comté de Bourgogne. Il accompagnait , comme boutelier de France et comme vassal pour son comté d'Auxerre, le roi Jean, à la funeste bataille de Poitiers, où il fut fait prisonnier avec son souverain (1356). On en trouve la preuve dans une procuration datée de Londres , qu'il envoya à Fromont, seigneur de Toulongeon, chevalier, son lieutenant en Bourgogne , et à Etienne de Beaufort , sire de Bélieu , son conseiller, pour consentir au mariage d'Henriette de Chalon , sa fille, avec Huguenin , fils de Philippe de Vienne, sire de Pagny. Le contrat de mariage , auquel assistait Alix de Montbéliard , mère de la fiancée , se passa le 24 mai 1358, en l'hôtellerie des Frères

Mineurs de Lons-le-Saunier. Jean de Chalon était encore prisonnier dans la tour de Londres en 1360 , époque à laquelle son fils Tristan et lluguenin de Vienne , son gendre , allèrent traiter de sa rançon. Lorsque le comte d'Auxerre résidait en Bourgogne, il habitait surtout les châteaux d'Orgelet , de Saint-Julien, de Montfleur et de Montaigu. Alix de Montbéliard , son épouse , affectionnait surtout le séjour du château de Binans. Cette dame étant veuve en 1363, fit un testament par lequel elle élut sa sépulture dans l'église de Baume -les- Messieurs , à côté de ses père et mère.

Les nombreuses années que Jean de Chalon passa dans les prisons du dauphin de Viennois et de Londres, ne l'empêchèrent pas de laisser une nombreuse postérité, il eut douze enfants. Trois filles embrassèrent l'état religieux; les autres contractèrent toutes de brillantes alliances.

Ses principaux héritiers furent Jean III , comte d'Auxerre et de Tonnerre , l'ainé de ses fils , et Tristan de Chalon, sire de Chàlelbelin. Ce dernier eut , du chef de sa mère , le bourg de Lonsle Saunier, Montaigu, Montfleur, etc., et dans la succession de son père, Châtelbelin , Orgelet, Monnet, etc. Il se qualifiait même , ayant le partage du 6 mars 1366 (n. st.), désire de Rochefort.

Né après 1324, il épousa en premières noces Jeanne de Vienne, fille de Philippe, sire de Pymont, et d'Huguelte de Sainte-Croix (1361), dont il eut deux enfants, Jean et Alis.

Ce prince combattit avec un courage inouï contre les Anglais et les grandes compagnies. Il reprit, en 1562, le château de Pymont sur Thiébaud de Chauffeur , et abandonna à ce fameux chef de Routiers , qu'il attacha a son service, la jouissance du

château d'Oliferne, moyennant une somme de 1000 florins de Florence.

Il parvint à s'entendre avec Philippe de Vienne et les habitants de Lonsle-Saunier, pour réunir les deux bourgs de cette ville en un seul , et établir une clôture commune (20 décembre 1364). Les dégâts considérables qui furent commis sur ses terres en 1365, lui causèrent des regrets d'autant plus vifs , qu'ils avaient été exercés par Guy de Vienne, sire de Chevrel, son beaufrère et son vassal, aidé de Hugues de Vaudrey et de Thiébaud de Granges, ses anciens amis. Etant au château de Saint- Julien, le U janvier 1366 (n. st.), il fit un testament, par lequel il élut sa sépulture devant le grand autel de l'église des Frères Mineurs de Lons-le-Saunier, et donna une rente de 25 livres, assignée sur les salines de Salins , pour la fondation dans cette église, de son anniversaire , et de cinq messes par semaine. Jeanne de Vienne testa le même jour, en présence de son époux , de Philippe de Vienne , son père , et de Hugues de Pymorin , docteur en droit. Elle fonda dans la même église son anniversaire , cinq messes par semaine , et voulut être inhumée à côté de son mari. Après la mort de son épouse (1366), Tristan de Chalon accompagna le comte Verd dans la croisade contre les Turcs et le roi des Bulgardes , qui détenait prisonnier Jean Paléologue, empereur de Constantinoplc.

Ce voyage compromit tellement l'état de ses finances , qu'il ne put rendre à ses écuyers des .sommes même minimes, qu'il avait empruntées d'eux. U se trouva dans l'impossibilité de payer la contribution qui avait été jetée sur les seigneurs , pour obtenir le départ des grandes compagnies. Les officiers delà com-

(esse Marguerite furent obligés d'tfcheller ses châteaux, c'est-à-dire d'y prendre de force les meubles qui s'y trouvaient , pour en obtenir le paiement ( 1367 ). Tristan se remaria vers 1367, à Béalrix, fille de- Guillaume de la Baume , sire de l'Abergement, et de Clémence de la Palud. Il eut la douleur de perdre, l'année suivante, sa nouvelle épouse.

Un malheur constant semblait s'attacher à sa destinée. Il avait un neveu, Jean de Chalon IV, comted'Auxerre, auquel il portait la plus vive affection. Ce jeune homme , après avoir combattu vaillamment à Cocherel et à la journée d'Auray, devint lout-àcoup furieux et courut en armes les deux Bourgognes, à la tète des grandes compagnies. Toute la noblesse arma contre lui. Un rendezvous général fut fixé à Lons-le-Saunier, et on se mit à sa poursuite.

Arrêté dans le duché de Bourgogne par le duc Philippe , le comte d'Auxerre fut conduit dans les prisons du Louvre, à Paris (mars 1368).

Le 16 mai suivant, il fut provisoirement remis en liberté sur parole.

Au lieu de retourner dans sa prison, il recommença ses ravages avec des voleurs à sa solde. On l'assiégea dans son château de Rochefort. L'attaque, dirigée avec vigueur par Tristan àc Chalon , eut une issu» fovorable. Le comte d'AuKcrre fut pris , enchaîné et conduit dans les prisons de Dole.

Ses brigands jurèrent la mort de Tristan. Etant parvenus à le surprendre , ils l'accablèrent de coups et l'assassinèrent (mai 1369). On le porta baigné de sang à sa forteresse de Chàtelbelin, où il ne tarda pas à expirer. Ses deux jeunes enfants furent mis sous la tutelle de Hugues de Chalon , sire d'Arlay. Jean de Chalon , sire de Chàtelbelin , n'avait que sept ans lorsque mourut son père. Elevé

à la cour du sire d'Arlay, ce jeune homme se fit bientôt remarquer par ses heureuses qualités. Son courage précoce, son extrême sensibilité, les malheurs de sa famiHe le rendirent cher à tous les hauts barons.

Héritier des plus belles terres de lu branche d'Auxerre , il possédait le bourg de Lons-le-Saunier, Montaigu, Orgelet , Chàtelbelin , et les nombreux fiefs qui en dépendaient. Dès qu'il fut en âge de porter les armes , il accompagna en Espagne l'ancien maréchal Jean de Rye , qne Charles VI envoyait au secours du roi de Castille contre les Portugais (1385). Après la mort du maréchal, qui avait été tué à la funeste bataille de Juberoth , il revint d'Espagne par Paris , où il trouva Hugues de Chalon , son ancien tuteur, qui le présenta au roi de France. Il se rendit ensuite en Franche-Comté , et visitant son bourg de Lons-le-Saunier , il reçut en 1386 (24 août) , l'hommage de ce que Perrin de Ville- Vaudrey tenait de lui en fief , du chef de Simone de Savagna, son épouse. Ce prince épousa , en 1387, Jeanne de Montfaucon, âgée de seize ou dix-huit ans. Ce mariage, parfaitement heureux, fut brusquement interrompu parla mort de Jeanne, qui mourut en couches dans le château du comte de Monlbéliard , son père. Rien n'égala la douleur du sire de Chàtelbelin. 11 ne pouvait s'arracher des lieux où il avait perdu son épouse chérie ; il fut malade pendant plusieurs mois (nov. et déc.

1 388 ), et dans la pensée qu'il ne survivrait pas à ce coup mortel , il ordonna par son testament, que son corps fût inhumé dans le même tombeau. Il fallut l'arracher à ces lieux désolés; ses écuyers le conduisirent à Chàtelbelin . Sur les instances d'Henr i de Montfaucon , son beau-frère , U

Di

consentit à se rendre à Paris , à l'époque du mariage du roi Charles VI avec la trop célèbre Isabelle de Bavière , mais il ne voulut prendre part à aucune des fêtes qui accompagnèrent et suivirent celte cérémonie (juin 1389). Craignant de laisser soupçonner son courage, il consentit à figurer dans les joules et les tournois qui eurent lieu à Dijon, lorsque le roi de France vint visiter le duc de Bourgogne. Il se montra très habile en tout exercice d'armes et fut couronné plusieurs fois vainqueur. Les atteintes graves que Philippe-le-Hardi portait chaque jour aux droits des seigneurs, en déclarant qu'à lui seul appartenait le droit de publication des testaments , en recevant dans sa commandise et sa bourgeoisie les sujets de ses vassaux, en attribuant à son parlement des pouvoirs exorbitants, finirent par exaspérer la noblesse. Un soulèvement paraissait sur le point d'éclater, lie sire de Chàtelbelin engagea les barons à prendre patience , et son avis prévalut ; et cependant , personne plus que lui n'avait eu des sujets de mécontentement. De fortes amendes , des assignations à comparaître en personne devant les officiers du parlement , rien enfin , n'avait été ménagé contre lui. Sa douceur et sa prudence lui firent oublier toutes ces humiliations. Sa générosité envers les gentil hommes attachés à son service , ne connaissait pas de bornes. Gérard d'Andelot et Guillaume, dit Bouton , ses écuyers, reçurent de lui en fief, des maisons et des domaines considérables à Lons-le-Saunier (1391-1393).

Remarié en 1 393, à Jeanne de Ghistelle, il profila du séjour qu'il fit avec sa nouvelle épouse à la cour du duc de Bourgogne, pour solliciter de ce prince la révocation de toutes

les mesures qui blessaient les droite des barons francs-comtois. Ses conseils obtinrent un succès complet.

Philippe-le-Hardi prononça l'abolition de toutes les commandises et bourgeoisies , èt fit enlever partout les emblèmes de son protectorat.

La noblesse triomphait. Aussi, malgré les chaleurs de l'été , se réunitelle avec joie à Perrigny, près de Lons-le-Saunier, sous la bannière du gouverneur, Jean de Vergy, pour aller attaquer le Beaujolais. Jean de Chàtelbelin fut un des chefs de celle expédition guerrière , entreprise dans l'intérêt du duc de Bourgogne ( juillet 1 394 ). Au mois de mai précédent, il avait accensé à Pierre Courraultde Lons, un vaste terrain, pour être em planté en vigne. L'année suivante, il partit pour la Provence , afin de prendre part à la guerre que se faisaient les maisons d'Anjou et de Duras (9 déc. 1395).

11 assistait aux ,noces de Pierre de Présilly , l'un de ses vassaux, lorsqu'il apprit qu'une croisade allait être dirigée contre Bajazet. 11 se prépara aussitôt au voyage d'Orient.

Le 19 avril 1396, il emmena son épouse dans son château de Chay, .

ou il passa quinie jours avec l'abbé de Baume , le bâtard de Clialon et i®« écuyers qui devaient le suivre dans cette gWieuse campagne. Le 3 mai , il fit un testament , par lequel il donna à Alix sa sœur , dame de Sassenage , ses terres de Montfleur, Arinthod , Dramelay et Chavannes, et à Louis II de Chalon , comte de Tonnerre, son cousin , Orgelet, Chàtelbelin, Monnet, Montaîgu, le bourg de Lons-le-Saunier , Bornay, Saint-Julien, Chay et Hotelans. Le lendemain , il fit distribuer à tous ses hommes d'armes , l'bypocras préparé par ses ordres, et but avec eux à la gloire de Tannée

française et à la défaite des infidèles. A quatre heures, il monta le meilleur de ses coursiers, Montbelier, et disparut rapidement, pour échapper aux lamentations de son épouse.

Comme la plupart des chevaliers français et bourguignons , le sire de Châtelbelin succomba à la désastreuse journée de Mcopolis (1396).

Jeanne de Ghistelle envoya à Paris, à Venise, et jusqu'en Hongrie, pour apprendre de ses nouvelles. Lorsqu'elle sut la vérité, elle tomba dans le plus profond désespoir. La vaste fortune que laissa le sire de Chàlclbelin à son cousin Louis , ne servit qu'à précipiter la ruine de ce jeune fou et celle de la maison d'Auxerre.

Louis de Chaton-Auxerre, H* du nom , montra dès sa jeunesse des goûts excessifs de dissipation et de prodigalité. Ses dépenses de chaque jour, les charges de la succession de son cousin , ses procès avec Jeanne de Ghistelle , avec sa tante Alix , le forcèrent bientôt de vendre au roi son comté d'Auxerre, et au sire d'Arlay, son bourg de Lons-le-Saunier (vers 1400). Dès ce moment , celte ville ne forma plus qu'une seule seigneurie, possédée par les princes de Chalon de la branche d'Arlay.

Seigneurs du bourg de Saint- Désirè. Guillaume, fiJ« d'Etienne Tèle-Hardie, et frère de Raynaud III, comte supérieur de Bourgogne, obtint dans son lot Lons-le-Saunier et une partie du Scodingue, soit du chef de son père , soit comme héritier pour moitié du comte Guillaumei'Enfant. Après sa mort (1156), Etienne 1er, l'ainé de ses fils, eut le bourg de Lons-le-Saunier, et Gérard , le cadet , le bourg de Saint- Désiré. La vie de ce dernier fut une lutte continuelle contre les évéques I deMâcon. En 1157, il enleva des ter- 1

res au chapitre. L'évéque , Etienne de Baugé , se plaignit à Louis-le- Jeune, qui envoya contre Gérard des troupes commandées parEudon de Bretagne. Vaincu et fait prisonnier, à peine Gérard eut- il racheté sa liberté , qu'il s'empressa de reprendre les armes. Il forma contre le prélat une ligue , dans laquelle entrèrent l'archevêque de Lyon , Humbert , sire de Beaujeu , et plusieurs autres seigneurs (1 163). Enivré bientôt par quelques succès, il se brouilla avec le sire de Beaujeu , dont il envahit les domaines. Louisle-Jeune intervint et le comte se désista de ses prétentions. Au bout de deux ans, Gérard renouvela son système d'usurpation contre l'évéque, qui était alors Pons de Rochebaron. Cité devant le parlement que le roi tint, en 1 166, à Chalonsur-Saône, le perturbateur confessa ses torts et restitua les biens qu'il avait enlevés à l'église. Assigné de nouveau , sur la plainte du prélat , devant une cour réunie à Vezelay ( 1 172), il y fut condamné , en punition de tant de récidives, à démolir toutes les maisons fortes qu'il possédait dans l'intérieur de Mâcon, une seule tour exceptée , et à reprendre en fief ses châteaux de Vin- Belles, Monlhelet et Sales, « sauf toutefois , dit le procès-verbal , la fidélité qu'il devait à son frère aîné, le comte Etienne. » La même année, il donna, pour le repos de son àmc et de celle de ses prédécesseurs , aux moines de Quincy, près Tonnerre , de l'ordre de Cileaux , deux montées de muire par semaine au puits de Lons, et les montées domaniales qu'il tenait de son père , avec pouvoir d'en acquérir deux autres. 11 les affranchit en outre de tous péages et éminages sur ses terres, prit leurs biens sous sa

garde et ajouta à sa donation Etienne Frarinus , avec son tennemcnt. II fit approuver le tout par Maurette, son épouse , Guillaume , Vaucher , Rainaud et Etienne, ses lils, en présence du vicomte Roger de Monnet.

L'année suivante , il confirma la do nation faite par son frère Etienne , à la maison de Citeaux, de plusieurs montées de muire , sur le puits de Lons , franches de toutes exactions.

Cette charte est datée de Lons-le- Saunier, Laudonium. Ses bonnes dispositions pour l'ordre de Citeaux, ne l'empêchèrent pas de continuer ses usurpations sur les églises* En 4180, Philippe-Auguste le somma de comparaître devant un parlement qu'il tint à Pierreperluis , près Vezelay, et où furent confirmées toutes les sentences portées contre lui.

Gérard attenta aussi aux privilèges de l'abbaye de Saint -Philibert de Tournus. Mais , au lieu d'invoquer la protection royale, les moines employèrent un moyen de défense plus efficace. Un soir qu'il était entré dans leur église pour prier, Gérard vit tout à coup un fantôme se dresser devant lui , une crosse à la main, et lui demander d'une voix tonnante :

« Comment es-tu si hardi d'entrer dans mon monastère et mon église, toi qui ne crains pas de m'enlever mes droits? » Le fantôme, à ces mots, saisit par les cheveux Gérard à moitié mort et le terrassa. Revenu à lui, le comte sortit de l'église, et encore tout épouvanté de cette scène , il envoya aux moines de riches présents et s'empressa de leur faire restitution de tout ce qu'il leur avait enlevé. Le comte Gérard avait réuni à son patrimoine les biens de la maison de Salins, par son alliance avec Maurette, fille et unique héritière du sire Gaucher III.

De ce mariage naquirent le comte

Guillaume II, qui succéda aux comtés de Vienne , de Mâcon et autres biens paternels ; Gaucher IV , qui fut seigneur de Salins; Gérard, sire de Vadans ; Etienne , archevêque élu de Besançon , et trois filles. Guillaume II devint seigneur du bourg de Saint-Désiré , après la mort de son père , arrivée en U8&. Il approuva la même année avec Maurette, sa mère, en présence de Thierry, archevêque de Besançon, les différents dons faits par son père à l'ordre de Citeaux. En 1 188, il autorisa toutes les acquisitions faites par l'abbaye d'Acey dans la ville de Lons - le - Saunier , de ses hommes et notamment les dons de Rolland et Durand Chairdeporc, et d'IIumbert Mazeline. A cet acte assistaient Richard et Humbert, chevaliers , de Salins, Renaud de la Loyc , Hugues de Beaujeu et Zacharie, prévôt de Lons. En 1204, il donna à l'abbaye de Balerne , une rente de 10 sols, monnaie lédonienne , payable chaque semaine, sur le produit de sa chaudière de Lédon. En 1309, il gratifia l'abbaye du Grandvaux , pour le salut de sa mère et pour celui de ses prédécesseurs, d'une rente de 12 livres estevenantes , assignée sur la chaudière que possédait la comtesse Maurette de Salins, k Lédon, et payable toutes les semaines que Ton y ferait bouillir l'eau salée. En 1218, il donna à l'abbaye de Romain-Mouthier, une charge de sel à prendre annuellement dans les salines de Lédon .

« pour le repos de Pâme de Gaucher, fils de Rodolphe de Monnet, mort à son service à Orbe, et honorablement enseveli en présence du comte dans l'église de ce monastère. » Par son testament de l'an 1224, il donna au chapitre de Saint-Etienne de Besançon , une montée de muire , et

aux moines de Citeaux, deux montées, à prendre sur le puits de Lons.

Il vécut jusqu'en 1324, sans jamais avoir abandonné la cause d'Etienne II, son cousin, chef de la ligue dirigée contre le comte OUon de Méranie. Marié à Scolastique de Champagne , tante de Thiébaud IV, roi de Navarre , il laissa pour héritiers Guillaume III et Alix , ses petits-enfants , nés du mariage de Gérard II, son flls aîné, et de Guigone de Forez, Henri, seigneur d'Epagny , etBéatrix de Vienne, épouse de Guillaume d'Antigny, sire de Pagny. Guillaume III et Henri, son frère, possédèrent le bourg de Saint-Désiré. Ce dernier refusa d'exécuter les dernières volontés de son père , en ce qui concernait les dons faits1 sur les salines de Lons le Saunier, à Citeaux et au chapitre de Saint-Etienne de Besançon. Le comte Etienne II, Gaucher de Commercy, et Jean, sire de Monnet, exécuteurs testamentaires, furent obligés, sur son refus, d'ordonner eux-mêmes la délivrance de ces legs (17 avril 1324). Ce seigneur épousa Elisabeth, fille atnée de Jean de Chalon V Antique, et de Mahaut de Bourgogne. Il soutint avec acharnement le comte Etienne II et son beau-père, contre Olton de Méranie, et ne consentit qu'en 1927, à accepter l'arbitrage du comte de Cham pagne, au sujet du château de Vaugrenans, dont il refusait l'hommage.

Au mois d'octobre 1232, il manifesta son repentir des dommages qu'il avait causés à l'ordre de Citeaux, en empêchant les religieux de jouir de leurs muires de Lédon , promit aux abbés de Citeaux , du Miroir et de Balerne, de ne plus exercer de violences ni d'exactions contre eux, et s'engagea même à les protéger dans toutes les circonstances. Il mourut à Genève, en 1233

ou 1254, sans laisser de postérité.

Sa succession fut recueillie par Béatrix , Guillaume III et Alix , ses frère et sœurs. Cette dernière avait épousé Jean de Braine, troisième fils de Raoul, comte^de Dreux et de Braine , et frère du duc de Bretagne, Pierre Mauclerc. Ce mariage fut stérile. Jean partit pour la Palestine, et y mourut en 1239. Sa veuve vendit en 1243, le comté de Maçon au roi Louis IX, et alla finir ses jours dans le monastère de Lis, près Melun, dont elle devint abbesse.

Guillaume d'Anligny et Béatrix, son épouse , laissèrent deux enfants , Philippe , qui fut seigneur d'Anligny, et Hugues, qui fut seigneur de Pagny. Ce dernier eut les droits de sa mère dans le bourg de Saint- Désiré. Par son testament de l'an 1243, il donna à l'abbaye de Citeaux, la moitié de tout Péminagc de blé , qu'il percevait en totalité dans la ville de Ledon-le-Savoner, affranchie de toute exaction. Onze jours après sa mort, Hugues cl Henri, ses fils, ainsi que Philippe son frère, se rendirent en présence de Guillaume, évéque de Chalon , el confirmèrent la donation du sire de Pagny. Hugues ajouta à ce don , le passage libre pour les religieux de Citeaux, au port et sur le chemin de Bocelanges , avec chars et chevaux. Hugues, sire de Pagny, laissa de N....

fille de Guillaume, sire de Neublans, deux fils, HUguenin ou Hugues II et Henri. Ce dernier eut dans le bourg de Saint-Désiré, lout ce que son père y possédait du chef de Béatrix de Vienne.

Guillaume III s'étant trouvé par suite de la mort de son frère , Henri de Vienne, à la tête d'une fortune considérable , se fit relever de ses vœux , et épousa Isabelle ou Elisabeth de Lorraine , dont il n'eut pa«'

d'enfants. H mourut eu 1255, ayant institué pour ses héritiers Buguenin d'Antigny , sire de Pagny et Henri d'Antigny, sire de Sainte - Croix , ses neveux. Dans le parlage de sa succession , fait au mois de mars 1256 (n. st.), il fut convenu qu'Huguenin aurait tous les fiefs de Guillaume III , situés en amont de Chilly et tous ceux en aval , jusqu'à Léon-sur-lc-Rotie (Lons-le-Saunier).

Hugues II prit les armes et le titre de comte de Vienne, après la mort de son oncle , et les transmit à ses descendants, malgré la vente qu'il fit de son comté de Vienne en 1266, à Jean de Burnins, archevêque de Vienne. En 1257, Jean de Ghalon , sire de Salins et Hugues , comte de Vienne , du consentement exprès des bourgeois de leurs terres de Laons , Montaigu et Montmorot , constituèrent en faveur d'Amé de Montbéliard, sire de Monlfaucon, le revenu annuel et perpétuel d'une chaudière formée de onze flux de muire, au puits de Laons. En 1260, Hugues de Vienne assigna au môme seigneur trois de ses bernes de Laons, moyennant 1000 livres de bons viennois. Le 12 mai 1264, il donna à l'abbaye du Miroir six montées de muire , franches de toutes exactions. Ce seigneur fut un chevalier des plus renommés pour sa vaillance ; celte réputation de bravoure, justement méritée, lui acquit l'estime du roi Louis IX , qui méditant une nouvelle croisade, cher- , chait à s'entourer, pour exécuter son pieux dessein, de tout ce que la France possédait de plus illustres et braves guerriers. 11 fut mandé près du roi , qui , après l'avoir déterminé à le suivre dans son voyage d'outremer, lui en fit contracter rengagement par écrit , pour le lier d'une manière irrévocable, lui remcltant

à cette fin , une somme de 2000 liv.

Le roi de Navarre , comte palatin de Champagne et de Brie, se rendit caution pour la somme , au cas que le comte de Vienne ne pût remplir l'engagement qu'il prenait ; celui-ci, de son côté, s'obligea par le même acte ( 1 268 ) , à dédommager le roi de Navarre de tout ce que pourraient lui faire éprouver les suites de sa responsabilité. Hugues II rendit de grands services au duc de Bourgogne dans la guerre qu'il eut avec le comte de Savoie. Il mourut de 1273 à 1277 , et fut inhumé à l'abbaye de Baume-les-Nessieurs. Sa femme était Alix de Villars , dame de Pouilly-sur-Saone, fille d'Humbert III , sire de Thoire-et- Villars , et de Béatrix de Bourgogne, dont il eut six enfants; Henri , mort avant son père , sans postérité , et marié en premières noces à Agnès, fille d'Amé, sire de Monlfaucon; Philippe , marié en 1 259 à Agnès , fille de Hugues et d'Alix, comtes palatins de Bourgogne; Jean, sire de Mirebel; Guillaume , Gérard, chanoine d'Autun, et Hugues, chanoine de Besançon. Alix de Villars fut enterrée à Baume en 1 502 , à côté de son époux. Philippe, dit de Vienne, sire de Pagny et du bourg de Saint- Désiré, après la mort de son père, ressentit ce zèle religieux que l'influence du règne de saint Louis avait contribué à répandre parmi les grands. C'est lui qui fonda la chapelle duchâteau de Pagny et l'abbaye des daines de Sainte-Claire de Lonsle-Saunier. Il confirma les franchises de Beaurepaire en 1275 , celles dxi Montmorot en 1287, et affranchit sa ville de Seurre en 1278. Ce seigneur eut de grands démêlés avec le duc de Bourgogne , à raison de l'inexécution de la vente qu'il lui avait faite , un peu inconsidérément peut-

être , de plusieurs liefs et châteaux qu'il refusait de livrer. Le duc lui reprochait aussi de donner asile dans ses terres de Pagny et de Seurre, à des brigands qui ravageaient le pays qui lui était soumis. 11 réclamait encore le paiement d'une forte amende, à laquelle il l'avait condamné, pour avoir voulu décliner sa juridiction , et avoir appelé au roi de France de son jugement, quoique Philippe eût renoncé depuis à cet appel. Le comte de Vienne, pour annuller la vente et apaiser Robert sur tous ces griefs , fut obligé de lui faire hommage-lige de la plupart des biens qu'il possédait auparavant en franc-alleu (1294). Philippe de Vienne eut de sa première femme , Hugues III , Simon, Etienne elMix.

Il se remaria à Jeanne , fille d'Aimon H , comte de Genève, et en eut encore Jean , Hugues , Renaud et Jeanne. Il donna le bourg de Sainl- Désiré à Hugues III , son fils aîné, à l'occasion de son mariage avec Gillette de Longwy. Jean , l'aîné des enfants du second lit, eut la seigneurie de Pagny.

Le duc Hugues V ayant succédé à Robert vers l'année 1305 , Philippe de Vienne sut gagner toute son estime et sa conûance; le nouveau duc le nomma même un de ses exécuteurs testamentaires, lui assignant pour sa peine une somme de 400 livres tournois. Philippe ne put répondre à cette haute marque de confiance , car il mourut trois ans avant Hugues V, l'an 1312. Il fut enterré dans la chapelle de Tousles-Saints de l'abbaye de Citcaux , avec Jeanne de Genève , sa seconde femme. Hugues III de Vienne s'entendit en 1293 , avec Renaud de Bourgogne, pour faire réparer le puits d'eau salée de Lons. Une taille fut jetée à" cet effet sur tous ceux

qui y avaient des droits. 11 accorda la même année (avril 1293) , une charte de franchises à ses sujets de Lons-le-Saunier. Gillette de Longwy mourut vers 1287 , après l'avoir rendu père d'un fils du nom de Guillaume. 11 se remaria en 1304, avec Marguerite de Ruffey , dame dudit lieu , de Montmoret en partie et de Largillais , et réunit ainsi à sa seigneurie la vicomte de Lons-le- Saunier. En 1313, Emonin et Jean d'Orgelet, frères, reconnurent tenir de lui en fief, entre autres choses, quarante montées de muire aux salines de Lons-le-Saunier. Hugues III de Vienne , qui était connétable du duc de Bourgogne , testa vers Tan 1315, et mourut peu de temps après, laissant de Marguerite de Ruffey, sa seconde femme, deux enfants , Philippe et Guillaumelle.

Philippe II de Vienne devint seigneur du bourg de Saint-Désiré , à la mort de ses père et mère. Il épousa en premières noces Marguerite de Monlluel , dame de Chevrel , fille de Guy et de Marguerite de Coligny, dont il eut un seul fils, du nom de Guy , et en secondes noces (1337), Huguelte de Sainte-Croix, veuve d'Etienne de Saint-Dizier, sire de Saint-Laurent-la-Roche, laquelle le rendit père de Guillaume , prieur de Saint-Laurent-la-Roche, de Marguerite , épouse de Louis deChalon, seigneur d'Arguel et de Cuiscaux , et de Jeanne , qui s'allia à Tristan de Chalon , sire de Chàtelbelin.

Philippe II de Vienne, en épousant Huguelte de Sainte-Croix, avait eu pour but principal, de faire cesser les haines de famille occasionnées par le meurtre d'Etienne de Saint- Dizier et les mallteurs qui en résultaient. Il n'avait pas réfléchi qu'il était parent au quatrième degré, soit de son épouse , soit du premier

mari , et que son mariage était, par conséquent, considéré comme incestueux. Par une bulle datée du vi des calendes de janvier, et de la troisième année de son pontificat (1338), le pape Benoit étant à Avignon, déclara que Philippe n'ayant épousé Huguettc que pour arrêter les guerres, les homicides et les incendies qui résultaient de la haine que se portaient tes parents des deux époux, il y aurait de graves dangers et du scandale à rompre cette union, et qu'il permettait en conséquence à Philippe de continuer sa co-habitalion avec Uuguette. Cette dernière testa le 11 août 1359, et mourut peu de temps après. Elle fut inhumée aux Gordeliers de Lons-le-Saunier.

Son mari vécut jusqu'en 1 368 , et fut inhumé à coté d'elle. Guy de Vienne, seigneur du bourg de Saint- Désiré , entraîné par la violence de son caractère et son penchant irrésistible pour les querelles et les aventures , ravagea au mois de mai 1365 , les terres de Tristan de Chaton, son beau -frère, et fut forcé, en juillet suivant, de lui payer une indemnité de 1000 florins. Les domaines de la comtesse Marguerite, loin d'être à l'abri de son humeur turbulente, subirent encore de plus grands ravages. Hugues de Chalon , sire d'Arlay, qui avait gravement à se plaindre de lui, le retint prisonnier, et exigea de lui la cession du bourg de Saint-Désiré et du château de Pymont, en échange contre la forteresse de l'Etoile. Philippe de Vienne n'ayant point voulu autoriser cet échange, Guy resta en prison jusqu'à la mort de son père (1368), époque à laquelle il acheta sa liberté en faisant l'échange exigé. C'est ainsi que la maison de Chalon-Arlay devint propriétaire d'une première moitié de Lons-le-Saunier.

Franchises du bourg de Saint- Désirè. Nous avons déjà eu l'occasion de signaler la persistance du régime municipal romain à Lonsle-Saunier. L'analyse des chartes de franchises accordées aux deux bourgs qui constituaient cette ville , nous permettra de reconnaître les traces d'une administration et d'un état politique bien antérieurs aux concessions seigneuriales. La charte du bourg ou de la ville de Saint- Désiré, a été octroyée par Hugues 111 de Vienne, sire de Longwy, au mois d'avril 1293 , et commence ainsi :

« Nous Hugues de Vianne , sire » de Longvy, fils de noble Mgr.

• Philippe de Vianne, seigneur de » Paigney, émancipé d'iceluy Phi- » lippe , fassons scavoir à tous ceulx » qui verront ces présentes lettres t

• que nous , pensé vehu et regardé » le proufit apparent de nous et des » noslrës presens et advenir, du » consentement de nous et de lau- » thorité dudit Philippe de Vianne, » nostre pere , octroyons à nos bor-

• geois de Lons qui en cette sei- » gneuric de nous et de nos hoirs , » se tiennent et tiendront, ou qui » ont ou auront audit lieu sous notre » seigneurie choses ou possessions » desquelles ils soient nostresbonr- » geois, vraye, pure léale et per- » pet uelle franchise, retenantànous p en tout, toutes justices et seigneu- » ries grandes et petites par ainsi » cornme il est contenu en cette » charte. »

Le seigneur déclare ensuite, qu'il affranchit ses bourgeois et ses hommes , envers lui et ceux de sa maison, de toutes tailles; corvées, charrois, guet et garde, aide, prises, œuvres corporelles d'hommes , de bœufs, de chevaux, d'ânes et de toutes autres exactions de servitudes, de réquisitions forcées, et

promet de ne donner à ses familiers, vassaux et officiers, aucun droit à prélever sur les moissons. Il s'engage à ne prendre ni paille, ni foin, ni laine, sans les payer. 11 se réserve l'ost et la chevauchée pendant un jour et une nuit, pour défendre sa terre, ses fiefs et ses arrière-fiefs.

S'il s'agit simplement d'aider ses amis ou ses voisins , les bourgeois ne doivent marcher que s'il les commande en personne. Il s'interdit la faculté d'accorder aucun privilège qui puisse porter atteinte à la commune ou à l'un de ses membres.

Tout propriétaire d'une maison située dans la ville, s'il est reçu bourgeois, devra jouir des franchises quoique non résident. Le droit de réception , payé par les nouveaux habitants, se partagera par moitié entre le seigneur et les bourgeois.

Les injures, les blessures légères sans effusion de sang , les coups de poing, les coups de palme (soufflets), le* vols de fruits commis de jour dans les vignes, les champs, les prés, les vergers, les délits non prévus dans la charte , la désobéissauce au commandant de l'écharguelle, la contravention à la banalité des fours et des moulins , la falsification du pain, le retard dans le paiement d'une dette, l'achat de raisin en détail hors de la ville, seront punis d'une amende de trois sols. Les coups de bâton , les coups de pierre, les coups de pied non suivis d'effusion de sang ou de fracture de membres, les injures graves, telles que la qualification de ladre, voleur, meurtrier, traître, punais, donnée à un homme, celle de putain , punaise , vicieuse , donnée à une femme, la menace faite avec un couteau , une épée , une pierre , l'action de grenater dans les vignes le jour des vendanges, la dégrada-

tion des chemins, seront punis d'une amende de 7 sols. Celui qui aura vendangé avant la publication des bans , devra 20 sols. Les amendes de 60 sols , qui sont les plus fortes , ne seront prononcées que peur blessures graves , vuls de nuit dans les champs et les vignes, enlèvement frauduleux de bornes , vente à faux poids et à fausse mesure , droit de péage ou de couponnage non payé.

Les voleurs et les assassins doivent seuls rester à la miséricorde du seigneur. Les précautions les plus minutieuses sont prises dans cet acte, pour garantir la liberté individuelle et protéger les personnes. Ainsi, tout l'espace compris dans les limites de la franchise est déclaré un lieu d'asile , si ce n'est pour les meurtriers et les voleurs pris en flagrant délit. Aucun bourgeois ne peut être appelé en champ de bataille par le sujet d'une autre seigneurie, ni être tenu de devenir fermier du seigneur.

Quiconque aura fixé sa résidence à Lons-le-Saunier, dans les termes de la franchise , devra être gardé de toute violence et protégé, à moins qu'il ne soit notoirement meurtrier ou voleur. Aucun criminel ne peut être arrêté avant un jugement de condamnation, s'il offre une caution ou des garanties personnelles suffisantes. Les marchés et les foires sont francs. Personne ne peut être arrêté pendant leur durée. Les bourgeois jouissent de privilèges considérables. Ainsi, aucune poursuite ne peut être dirigée d'office contre eux; il faut une plainte et le témoignage de deux témoins dignes de foi. Ils peuvent appeler, sans amende, devant le seigneur ou son bailli , de toutes sentences rendues par les juges inférieurs. Us ne peuvent être pris sans indemnité, comme étages ou gages des dettes du seigneur. Us

ne sont point responsables des fautes de leurs (ils et de ceux de leur mai» son , s'ils ne sont point complices.

Ils ont le droit de chasser et de faire paître leur bétail dans les bois et les terrains communaux , pécher et faire pécher dans les rivières, de vendre leurs denrées où bon leur semble ; ils ne doivent ni vente , ni couponnage, ni péage. Nul n'est exempt des charges communales.

La commune est administrée par quatre prud'hommes élus chaque année par les habitants. Ces prud'hommes, tenus de prêter serment au seigneur, ont le droit de jeter des tailles et de les percevoir, sauf à rendre compte de leur gestion aux bourgeois , de fixer les bans des vendanges , de faire des règlements de police, de surveiller les meuniers et les fourniers, et au besoin de provoquer leur changement; de recevoir le serment des gardes institués par ceux qui en ont le droit , d'évaluer les dommages - intérêts dus aux parties lésées , et de nommer le commandant de l'écharguette dans le cas où la ville serait close de murs. Les habitants sont libres de quitter le bourg quand bon leur semble, pour aller résider ailleurs.

Ils ne peuvent être tenus de garder plus de quinze jours les gages qui leur sont donnés, avant de les vendre, si ce n'est ceux du seigneur, qu'ils doivent garder un mois. Les principales charges qui pèsent sur eux , sont la banalité des fours , des moulins , les dîmes des vignes et le ban d'août. Les successions des personnes mortes sans testament, appartiennent aux parents. Les limites de la franchise sont le pont de Malpertuis (le l'ontot), la fontaine et le pré de Cliaudon, le cimetière des Juifs , la fontaine Virgedoy, le pont du chemin de Montaigu , la maison

du Miroir, le chemin derrière le prieuré , la maison de Saint-Lazare et l'orme de Bourgillon. Le seigneur jure l'exécution de cette charte , se soumet à ne pas l'enfreindre , sous peine d'excommunication , oblige ses successeurs à jurer à leur avènement son observation , en même temps que tous les hommes audessus de quinze ans feront le même serment. Les cas douteux seront interprétés par quatre arbitres, et ceux non prévus s'exécuteront suivant le droit écrit ou les coutumes anciennes de la ville.

Franchises du bourg de Lons-le- Saunier. La charte octroyée par Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard , datée du mois d'août 1295, est en quelque sorte calquée sur celle de Hugues de Vienne. Nous n'indiquerons que les dispositions qui en diffèrent. Ce prince déclare que ses sujets pourront recevoir dans leur bourgeoisie toutes les personnes qu'ils voudront , excepté ses bourgeois et ses hommes résidant à Montaigu ou dans ses autres fiefs , et que lui-même ne pourra recevoir aucun bourgeois sans la volonté des quatre prud'hommes gouvernant son bourg. Il ne pourra accorder à personne le droit d'appeler ses bourgeois en champ de bataille , si ce n'est pour meurtre, trahison ou vol.

Aucune amende ne pourra excéder 7 sols , si ce n'est en vertu de stipulation expresse contenue dans la charte. Les gages du seigneur ne devront être gardés que quatorze jours, et les autres, sept seulement.

Les blessures faites aux glaneurs et grenatcurs ne donneront lieu à aucune poursuite. Le seigneur ne peut disposer des terrains communaux, sans le consentement des bourgeois.

Nulle personne , même les sergents du seigneur, ne peut être dispensé*

de contribuer aux charges communales. Les sujels devront payer les droits de lods et de vente , à raison du seizième du prix, mais le sire n'aura aucun droit de retenue. Les bourgeois ne doivent point contribuer aux réparations des châteaux du comte , ni en réparer les fossés et les palissades. Personne ne pourra être pris, arrête, dévêtu , ni retenu dans les limites de la franchise , si ce n'est les criminels sous le poids d'une condamnation. Si Hugues de Vienne veutclorre son bourg, les sujets du comte Rainaud devront coDlribueraux travaux. Les amendes de 60 sols et les peines pour crimes, ne pourront être prononcées par le bailli qu'avec l'assistance de deux des prud'hommes. Chaque nouveau seigneur, à son avènement, devra jurer la charte avec quatre de ses chevaliers. Les limites de la franchise sont, lu pont de Malpertuis (le Pontot), la fontaine de Chaudon, le cimetière des Juifs, la fontaine d'Orgedoy , la maison de Cileaux , le pont de pierre construit sur le chemin de Montaigu , la fontaine d'Argentelle , les vignes des Perrières et des champs Boulant.

Réunion des deux bourgs. Les premières fortifications du bourg de Lons-lc-Saunier étaient ruinées depuis longtemps , lorsque les Anglais commencèrent à se répandre dans la Bourgogne. Les habitants supplièrent Jean II de Chalon , comte d'Auxerre, puis Alix de Montbcliard et Philippe de Vienne , de vouloir bien s'entendre pour réunir leurs deux bourgs en un seul , et de les autoriser à faire une clôture commune. La comtesse Marguerite , qui voyait la province désolée par les grande» compagnies, insista pour l'exécution de ce projet , et autorisa même en 15G3, la création d'une

taille , pour ériger les fortifications.

Enfin , Tristan de Chalon , sire de Rochefort et Philippe de Vienne, sire de Pymonl , se réunirent au château de Monnet, le 20 décembre 1564 , et finirent par tomber d'accord. Ils déclarèrent d'abord que, a bien certifiés de leurs droits, à grande délibération et raaturément conseillés , considérant , tant pour le temps passé et celui présent, les divers gaigements , meurtres , guerres , êgorgemenls de plusieurs parties et de plusieurs, tant des seigneurs circonvoisins et autres, qui ont eu greuse et question à leurs devanciers seigneurs de la ville de Lons et à eux-mêmes; qu'en raison des périls des compagnies et autres divers ennemis , les habitants et bourgeois qui voyoient leur ville déclose et comme abandonnée , menaçoient tous de la quitter, à la honte et dommage de leurs seigneurs ; qu'il convenoit de conserver cette ville pour la défense et l'honneur de tout le pays , ce qui ne pouvoit se faire qu'en la fortifiant comme plusieurs autres villes de Bourgogne ; que celte clôture ne pourroit avoir lieu qu'en mettant les deux parties de la ville en union et conjonction. » Ils firent en conséquence le traité suivant : Ils mirent en commun entre eux tous leurs droits sur Lons-Ie^ Saunier, permirent aux habitants de clorre la ville de murs et de portes , et laissèrent aux bourgeois la garde des clefs de ces portes et des guichets. Les deux seigneurs convinrent , que la justice , les moulins , les fours , les halles , le sccl , les renies , les terrages , le Mâconnais et autres cens, seraient dans l'indivision entre eux ; que les bourgeois et habitants continueraient de jouir de leurs libertés, franchises et privilèges comme auparavant ; que la

ville serait administrée par un bailli, un châtelain, un receveur, deux sergents institues par les seigneurs , et par quatre échevins élus par les bourgeois et habitants ; que les officiers de justice auraient l'entière juridiction sur les habitants et les étrangers, sans ressort, ni garde des châteaux de Montaigu , de Pymont , ni autres; qu'il y aurait une prison commune, construite et gardée aux frais des seigneurs ; que les bourgeois et habitants ne seraient tenus de plaider que devant le juge de Lons, et qu'ils ne pourraient être tirés hors de celte juridiction, même en cas d'appel ; qu'ils suivraient tous celui de leur seigneur qui aurait à les mener en ost ou chevauchée , et qu'ils pourraient rester neutres , si les deux seigneurs avaient guerre entre eux. Ces derniers s'interdirent le pouvoir de prendre Lons-Ie-Saunier au préjudice l'un de l'autre. Si tous deux voulaient en même temps aller en chevauchée, les habitants devraient obéir au châtelain, qui aurait corné le premier du château de Montaigu ou de Pymont ; si la ville était menacée , les commandants de ces deux châteaux devraient la secourir à toirtc force des châtelains et des gens de leur chàtellenie. Les habitants seraient placés sous la protection des deux seigneurs, et si l'un de ces derniers était fait prisonnier , ils pourraient s'avouer corps et bien à l'autre. Ils auraient le droit de jeter des tailles sur les étrangers , sur les propriétaires non résidents , même sur les gentilshommes , les gens d'église et autres privilégiés , pour la construction et l'entretien des fortifications. Si quelques personnes voulaient s'opposer à la clôture , les seigneurs devront aider les bourgeois à vaincre ces résistance et les garantir de tous dom -

mages; ces derniers pourront occuper les terrains et démolir les maisons nécessaires pour la construction de leurs murailles. Les habitants seront libres de lever des tailles et d'établir des gabelles sur tous ceux possédant des fonds sur le territoire de la ville , et de les supprimer quand bon leur semblera.

Les Juifs et les Lombards, pendant le terme de leur amodiation , appartiendront au seigneur sur la terre duquel ils sont établis; après ce terme , ils seront communs. Aucun bourgeois de Montaigu ne pourra se faire admettre dans la bourgeoisie de Lons-le-Saunier, sans le consentement de Tristan de Ghalon et de ses successeurs.

Les droits du comte d'Auxerre étant plus considérables que ceux du sire de Pymont , le premier prélèvera sur les revenus communs, avant aucun partage, la somme annuelle de cinquante livres , et conservera ses moulins et battoir de l'Escheneaux, où les habitants pourront moudre comme par le passé.

Tristan de Ghalon continuera d'avoir la garde du prieuré de Saint-Désiré, et Philippe de Vienne, celle du couvent dés Cordeliers, ainsi que la propriété exclusive du pré de Chaudon. Ce traité fut écrit par le notaire Stofflet , de Saint-Laurcnt-la-Roche, en présence de l'official de Besançon, de Jean , sire de Saint- Amour, et de Simon , son fils, de Jacques de Coligny , chanoine-chantre de Lyon , de Renaud de Dramelay , sire de Présilly, d'Etienne de Beaufort, sire de Beaulieu , de Pierre de Montaigu et de Pierre Alaman , chevaliers, de Thiébaud de Chauflbur . seigneur dOliferne, de Renaud de Beaufort, sire de Vircmont , de Jean Vachier, de Montmorot , écuyer, d'Eudes de Chalon , prieur de Jouhe , de Jean

de Salins , seigneur de Pou pet , de Gilles de Montaigu et autres gentilshommes. A partir de ce moment, Lons-le-Saunier se métamorphosa et prit un accroissement très rapide.

Il était déjà habité à cette époque par une bourgeoisie nombreuse et par plusieurs familles nobles. On rencontre dans les chartes du xive siècle > les noms de Guillaume et Guyon de Beaufort , écuyers , fils de Hugues ; de Gilles de Monlaigu , licencié en lois , conseiller de la comtesse Marguerite et Pardessus de la Saunerie de Salins; de Pierre de Montaigu , chevalier ; de Perrin Charreton , de Blye ; de Jean Sallegret, écuyer j de Bertrand de la C ha née; de Jean Othenin et de Gillct, son fils; de Jean de Louhans; de Jean de Bornay; d'Etienne de Viremont; de Jean de Culay; d'Oudet du Chaffaut ; de Hugues de Pannessières et de Marguerite de Loisie, son épouse ; de Pierre de Ruffey et d'Elierina de la Porte de Lons , son épouse ; d'Henri de Loulle ; d'Huguenin de Culay; de Pierre Fauquier; de Guillaume Maréchal; de Perrin Grivel ; de Jean de la Porte ; d'Antoine Bonvilain; d'Etienne de Vertamboz ; de Simon de Sainte- Croix ; de Perceval de Sugny ; de Guillaume de Beyne; de Pierre de Chavenay, Hugues de Pymorin, Guillaume d'Arbois, Pierre de Lons, etc.

Seigneurs de la ville de Lons-le- Saunier. Nous avons vu que Hugues de Chalon, sire d'Arlay , était devenu propriétaire de moitié de Lons-le- Saunier, par réchange qu'il avait fait en 1 368 avec Guy de Vienne. Ce seigneur accompagna , au mois de juin 1369 , le duc Philippe-le-Hardi en Flandres, avec Coucy, l'amiral Jean de Vienne et les plus nobles chevaliers de Bourgogne , pour assister au mariage de ce prince avec

Marguerite , présomptive héritière des Pays-Bas et du comté de Bourgogne. Il marcha en 1382 sous les bannières du duc de Bourgogne, pour soutenir Louis deMàle , contre les Gantois révoltés , et se distingua à la bataille de Rosbèque. En 1388, il fit partie de l'expédition dirigée contre le duc de Gueldrc , et tomba malade la même année , en rentrant à Paris. Il fit son testament le 30 novembre 1388, institua pour ses héritiers ses deux neveux , Jean et Henri, fils de Louis , sire d'Argucl et de Cuiseaux , et de Marguerite de Vienne. Il fonda plusieurs chapellenies , ordonna la célébration de quinze mille messes , rappela dans ses dons le nom de ses quatre sœurs, n'oublia point son chapelain et ses fidèles écuyers. En léguant 300 fr.

d'or à son épouse bien - aimée , Blanche de Genève , qu'il avait épousée en 1 363 , il la pria de pardonner tout le péché qu'il peut avoir envers elle , et donna 2000 francs aux jeunes filles de ses terres pour les marier, à charge par elles de prier Dieu pour lui. Il voulut que Jean fût suzerain de son frère Henri et chef de nom et d'armes de la maison de Chalon-Arlay. Hugues de Chalon , le plus riche seigneur du comté, expira le 30 novembre, entre les bras de l'amiral Jean de Vienne, et son corps fut amené à l'abbaye du Mont-Sainte-Marie. C'est ce seigneur qui fit construire le château de Lons-le-Saunier.

Jean III de Chalon, seigneur d'Arlay et de Lons-le-Saunier en partie, du chef de Hugues , son oncle , s'était allié en 1388 , à Marie de Baux, fille unique de Raymond IV, prince d'Orange. II assista avec son épouse aux fêtes brillantes données à Dijon, par le duc Philippe-le-Hardi , au roi Charles VI , et se fit remarquer dans

les joutes et les tournois qui eurent lieu dans cette ville. Il ne prévoyait pas que bientôt il allait devenir l'ennemi mortel du duc. La révolution que ce prince opérait dans les institutions du pays , dirigée surtout contre la féodalité , excita la fureur des hauts barons. Le sire d'Arlay ne pouvait contenir son impatience en voyant l'audace du parlement , l'empressement de ses sujets à s'avouer bourgeois du duc , l'insolence des sergents du prince, qui se permettaient d'exploiter jusque sur ses terres. « Avec monseigneur Philippe, disait il en colère, à son frère Henri, il ne restera rien debout.

Ma ville de Jougne est impériale , et il prétend en avoir la féaulé et l'hommage ; et ces sarrazins du parlement de Dole , tous gens de son hoslel , ne sont-ils pas pour le déclarer? »

Des agents importuns du prince , le plus actif et le plus odieux était le sergent Guillemin Faguier, que Jean de Chalon prétendait être l'un de ses main-morlables. Il le fatigua de procès, r écrasa de tailles, sans pouvoir le décider à quitter la sergenterie du due. Il prit alors le parti de le faire assassiner (25 avril 1390). Le bruit de ce crime se répandit.

La duchesse de Bourgogne, qui gouvernait le pays en l'absence de son époux , assembla deux fois un grand Conseil, composé de seigneurs et d'ecclésiastiques. Il fut décidé qu'injonction serait faite aux officiers de Chalon, de livrer à la justice les meurtriers. Sur leur refus , Jean de Chalon fut solennellement ajourné à comparaître en personne devant le parlement de Dole. Ne s'élant point présenté , il fut réajourné au 4 juillet 1391 , à peine de bannissement et de séquestration de toutes ses terres. Retiré eu France , mais décidé à ne point obéir au parle-

ment , le sire d'Arlay donna l'ordre de munir ses châteaux -forts. Jean de Vergy, gardien et capitaine du comté, assembla ses hommes d'armes. Chalamont et Chàtelguyon furent emportés, mais les autres forteresses, vigoureusement défendues par des soldats étrangers , ne purent être forcées. Jean de Vergy allait continuer le siège des places du sire d'Arlay, lorsqu'il apprit que ce prince venait d'être arrêté à Paris, par Guillaume de la Trémouille, Philippe de Bar el d'autres capitainesdévoués au duc de Bourgogne.

Du château de Lille , où il avait été déposé, Jean de Chalon fut conduit sous l'escorte de soixante hommes d'armes, au château de Venloux.

Marie de Baux était au château de Nozeroy , lorsqu'elle apprit l'arrestation de son mari. Elle écrivit aussitôt à son oncle, le pape Clément VII , el envoya Henri , son beau-frère, à Dijon, pour implorer sa grâce. Le duc exigeait avant tout , que les châteaux fussent ouverts en signe de soumission. Les parents de Marie lui conseillaient d'obéir; les paysans, au contraire, étaient décidés à opposer une vigoureuse résistance.

Craignant d'exposer la tête de son époux, Marie donna l'ordre de livrer les châteaux , même la ville de Jougne. Le duc s'adoucit ; il permit sur le champ que son prisonnier fût conduit et gardé au château de Chalamont. Au printemps suivant, il lui en lit même ouvrir les portes , et Jean de Chalon put se retirer en liberté dans celui de Nozeroy , à charge de fournir des cautions pour les 100,000 fr., prix de sa rançon. Pour apaiser les nobles du comté, le duc prolongea sa mise en liberté, et dégageant les grands seigneurs de leurs promesses , il permit au sire d'Arlay d'être à lui-même sa caution

des 100,000 fr. Le 16 janvier 1593 ( n. st. ) , il prononça la grâce , se réservant seulement Cliâtelguyon , Chalamont et la portion de Chalon, sur la saunerie de Salins , pour l'amende qui lui était duc. Henri de Chalon, se préparant au voyage d'Orient, ûtson testament à Cuiseaux, au mois de septembre 1395 , et institua pour son héritier universel, le sire d'Arlay, son frère. Ce dernier venait déjà d'hériter de la principauté d'Orange et de la baronnie de Baux, par la mort de son beau-père.

En 1395, Jean de Chalon entra en procès avec Humbert, sire de Thoire- Villars, à l'occasion du comté de Genève , dont il prétendait que son épouse devait hériter, du chef de sa mère. Possesseur de grandes terres dans le Dauphiné, il voulut s'opposer au passage de cinq cents hommes d'armes qu'Enguerrand de Coucy conduisait contre des rebelles de la seigneurie d'Asti , à la prière du duc d'Orléans. Décidés à vendre chèrement leurs vies, ces hommes de guerre élurent un chef, Amédée de Leslrac , capitaine expérimenté. Le prince d'Orange, le comte de Valentinois, le sire de Volta et d'autres seigneurs, à la tète d'une troupe brillante et nombreuse, furent battus et obligés de prendre la fuite. Jean de Chalon tomba , malgré sa bravoure, entre les mains d'Amaury de Séverat, seigneur de Beaucaire, et fut enfermé dans une tour de la petite ville de Saint-Pol , près du Pont- Saint- Esprit , d'où il ne devait sortir qu'après avoir payé la rançon de 20,000 fr. Il fallut députer à Orange et en Bourgogne, pour aviser aux moyens de trouver celte somme. Le 20 novembre 1395, ses conseillers s'assemblèrent à Lons-le-Saunier.

Tous les sujets furent imposés , et encore au bout de six mois , n'étail-

on parvenu qu'à réunir 3000 francs, tant la province était appauvrie.

Pour le surplus , le prince fut réduit à chercher des étages. Il ne sortit du prison que le 24 mai 1396. Poursuivi par Blanche de Genève, veuve de Hugues, son oncle, qui réclamait le remboursement de sa dot et le règlement de son douaire, il fit un traité avec elle ; mais s'élant refusé à l'exécuter, il fut condamné par le parlement à une amende de 250 marcs d'or (1401), ce qui ne l'empêcha pas de se réconcilier franchement avec Philippe-le-Hardi. On croit qu'il acheta vers ce temps , la seconde moitié de Lons-le-Saunier, de Louis II de Chalon , comte de Tonnerre , son cousin. Jean-sans- Peur , fils de Philippe-le-Hardi, dès son avènement au trône ducal (1404), compta le sire d'Arlay parmi ses plus chauds partisans. Lorsqu'il marcha sur Paris contre les d'Orléans , Jean de Chalon s'y dirigea en toute hàle avec un renfort plus puissant encore que le duc ne l'avait demandé. Il obtint pour sa récompense la restitution de Chàtelguyon et de ses droits sur la saunerie de Salins. En 1407, ce seigneur se rendit avec ses Bourguignons à Calais, pour arracher cette ville aux Anglais. L'année suivante , il accompagna le duc Jean dans le pays de Liège, pour secourir l'évèque, frère du comte de Hainaut , contre lequel ses sujets s'étaient révoltés , et contribua au succès de la victoire, remportée sur les Liégeois. En 14 1 0, il faisait partie de l'armée réunie sur les bords de la Seine , pour résister à la faction d'Orléans. En 1 4 11 , après avoir couru et désolé les terres de son félon cousin, Louis de Chalon , comte de Tonnerre , il entra , par ordre du roi , à Saint-Denis , et se chargea de défendre cette place si

importante pour la capitale et si menacée. Il était à la téte de onze chevaliers comtois. Thiébaud VIII de Neufchàtel, Jacques de Vienne, sire de Ruffey et Philippe de Vienne, (lis de l'amiral, gardaient les portes ; Jean de Cusance , sire de Belvoir , promit de bien défendre la muraille la plus menacée et la plus faible.

A la téte de Pavant-garde, le duc d'Orléans vint se loger sous la place, et déjà ses Bretons occupaient le faubourg, lorsqu'ils furent vivement repoussés par Jacques de Vienne.

L'assaut général devenait imminent, mais Jean de Chalon ne s'effraya point. 11 se prépara à une résistance désespérée. Le siège se prolongeant, la ville s'épuisa de vivres et de munitions. Jean de Chalon députa à Paris , pour demander des secours qu'il n'obtint pas. Lorsqu'il se vit entouré par l'armée orléaniste tout entière , il prit les ordres du roi et se rendit , après avoir signé toutefois une capitulation honorable. Le 23 octobre , le duc entra à Paris , et le sire d'Arlay fut créé capitaine de 600 hommes d'armes. Il partit alors pour continuer la guerre contre Louis d'Auxerre, son cousin , et prit Tonnerre après un long siège. Le 50 mars 1413 (n. st.), il fut nommé lieutenant-général des deux Bourgognes. Son épouse étant tombée malade au château de Nozeroy, testa le 22 mai 1416 , et mourut le 1er janvier 1417. Par son testament, cette dame avait élu sa sépulture à Mont-Sainte-Marie ; néanmoins elle fut inhumée dans l'église des Cordeliers de Lons-lc-Saunier. Jean de Chalon habitait le château de cette ville au mois de novembre 1416, ainsi qu'en janvier et mars 1417.

11 a!la, le 20 juin suivant, au concile de Constance, comme ambassadeur «lu «lue de Bourgogne, et rentra à

Lons-lc-Saunier au mois de septembre. En 1418, il devint grand bouteiller, et on dit même grand chambrier du roi de France. Il fut atteint de la peste la même année , et mourut à Paris le 4 décembre.

Ses entrailles furent portées, selon son vœu, dans l'église de Sainte- Catherine-du-Val-des-Ecoliers , et son corps fut amené à l'abbaye du Mont-Sainte-Marie.

Louis de Chalon, à qui sa probité mérita le surnom de Bon , Gis atné de Jean de Chalon-Arlay III et de Marie de Baux, leur succéda dans la principauté d'Orange, les baronnies de Baux , d'Arlay et dans la seigneurie de Lons-le-Saunier. Lorsqu'il apprit la nouvelle de la mort de son père , il quitta le gouvernement du Languedoc, qui lui avait été confié, et vint en Bourgogne prendre possession de ses terres. 11 était à Lons-le-Saunier le 16 décembre, avec Jeanne de Montfaucon , qu'il avait épousée dès l'an 1 4 1 2 . Nommé en 1420 par le roi , gouverneur des pays de Sens , du Màconnais et du Lyonnais , il chassa , de concert avec le maréchal et d'autres seigneurs du comté, les Dauphinois de toutes ces provinces, et fit couper le pont de bateaux sur la Loire, près de Digoin, pour empêcher leur retour. Il s'était rendu au siège de Melun avec ses nombreux hommes d'armes. On voulut le conduire à Henri V , roi d'Angleterre, pour jurer le traité de Troyes , mais il refusa le serment et partit (1420). L'empereur d'Allemagne, jaloux de relever l'empire abaissé par Charles IV son père , et Vensceslas son frère , et dans l'espoir de reconstituer le royaume d'Arles, nomma Louis de Chalon vicaire d'empire. Ce prince, qui aspirait à devenir comte de Bourgogne à la place de son cousin , le

duc Philippe , secondait, dans l'intérêt de sa puissance , les rues de l'empereur. 11 ouvrit une cour impériale à Jougne, y nomma des juges et y battit des monnaies d'or, de la valeur de celles du roi de France (1421). Philippe-le-Bon vint le visiter à Jougne (b avril 1422). Trois mois après , il donna Tordre de fermer sur le champ la cour impériale établie dans cette ville , et fil citer les officiers de Louis de Ghalon , à comparaître en personne au parlement. Le prince d'Orange , nommé par le duc de Bourgogne commandant en chef de l'armée qui devait se rendre en Hainaut (1426), assiégea Mons , et força les habitants à lui livrer Jacqueline de Bavière, qui avait soulevé les populations.

Charles VU avait confisqué ses terres du Dauphiné en 1420, pour les donner au sire de l'Aigle. Louis, voyant en 1428 la cause royale gravement compromise, pénétra dans le Dauphiné, entra en vainqueur dans toutes ses seigneuries, auxquelles il joignit de nouvelles conquêtes. Dans l'impuissance où se trouva Mathieu de Foix , sire de Comminges , d'arrêter de si rapides progrès, Louis imposa au roi un traité de paix, qui lui assura la possession de toutes ses terres , y laissa garnison et rentra triomphant en Bourgogne. En 1429, il renonça à son vicariat d'empire, qui lui avait attiré la haine des Bisontins. En 1430, il apprit que Rodolphe de Gaucourt, nouveau gouverneur du Dauphiné, infidèle au traité de 14 28, par le seul motif que ce traité était désavantageux au roi , remuait tout le Dauphiné contre lui. Sans tarder, Louis négocie à Saint-Claude avec le duc de Savoie , obtient son secours , avec promesse de lui céder, dans la conquête du Dauphiné, la

ville de Grenoble et le haut pays , se réservant pour lui-même le Viennois et les rives du Rhône jusqu'à Orange.

Une partie des seigneurs Bressans avec François de Varembon, nombre de gentilshommes francs - comtois , même Jean de Neufchâtel-Montaigu , marchèrent sous sa bannière. L'armée comptait 700 chevaliers ou écuyers. Louis , en approchant , apprend que le 26 mai son château d'Auberive a été emporté par Gaucourt , réuni au maréchal du Dauphiné, Humbert de Groslée , et que Rodrigue de Villandras , chef de partisans, marche sous la même bannière. Maître par la force de plusieurs châteaux , ce capitaine aventureux emporte, le 10 juin, la ville de Colombier. Le prince accourt pour reprendre la place , et trouve , au sortir d'une épaisse forêt, Gaucourt et Villandras qui l'attendaient en silence sur la route d'Anlhtn à Colombier. Chargés à l'improviste, les Bourguignons ne purent se rallier et furent rompus avant d'avoir pu se reconnaître. Un grand nombre furent faits prisonniers , d'autres se noyèrent dans le Rhône. Louis de Chalon, vivement poursuivi et réduit à fuir, se jeta dans le Rhône , qu'il traversa à cheval , quoique armé de toutes pièces. Cette funeste journée ( 1 i juin ) , lui lit perdre toutes ses terres du Dauphiné. Sa forteresse d'Auberive fut démolie.

Lavilled'Orange, assiégée elle même le 29 juin, ouvrit ses portes le 3 juillet. Louis fit nourrir avec soin dans son château de Lons-le-Saunier le cheval qui lui avait sauvé la vie.

En 1431, il marcha contre le courte de Clermont , qui réclamait au duc Philippe la dot de sa femme et ravageait le Charollais. Il lui reprit toutes ses conquêtes. Sancenay seul résista, fut assiégé et ouvrit ses

portes. Au mois de juin 1432, le prince d'Orange , blessé de ce que le duc de Bourgogne n'avait point voulu le créer chevalier de la Toison-d'Or, se rendit avec Georges de la Trémouille près du roi Charles VII, -et promit de le servir contre les Anglais, à la tète de 000 hommes, à condition que ses terres du Dauphiné lui seraient rendues. Il rentra dans la vie privée en 1436, s'occupa de rebâtir ses forteresses el d'améliorer ses domaines. Il fit exécuter d'importants travaux au château de Lons-lc-Saunier, où il résidait souvent. Un prêt de 15,000 livres fait par ce prince en 1436 à Réné d'Anjou, pour sa rançon, lui permit de recouvrer la souveraineté pleine et entière de sa ville d'Orange. Jeanne de Montfaucon mourut au château deNozeroy, le 14 mai 1445, laissant à son fils unique Guillaume, ses belles terres, Montfaucon, Réaumont, Cicon, Myon, Bouclans, el à Jean de Neufchàtel-Montaigu , son neveu , la seigneurie de Willafansle-Vieux. Elle fut inhumée dans l'église des Cordeliers de Lons-le-Saunier. Louis de Chalon se remaria au printemps de 1446, avec Eléonore d'Armagnac, petite-fille du fameux connétable. Ce mariage , célébré au château de Montluel , en Bresse , avait été négocié par Panti-pape Félix et le duc de Savoie. Eléonore d'Armagnac testa au château de Nozeroy, le 6 décembre 1456, et mourut quatre jours après , ayant rendu Louis de Chalon, père de quatre enfants , Louis , Hugues , Philippe et Jeanne. Elle fut inhumée à l'abbaye du Mont -Sainte- Marie. Le prince d'Orange testa le 8 septembre 1462, laissant à Guillaume, son fils aîné, la principauté d'Orange et la baronnied'Arlay, cikLouis< Châtelguyon, Lons-le-Saunier, Pymont, Blette-

rans , Reau repaire , Saint-Laurent , Cuiseaux , Varennes , Monlfleur , Chavannes, Sellières, etc. 11 mourut dans les premiers jours de décembre 1463, et fut inhumé au Mont-Sainte- Marie. De graves discussions s'élevèrent entre ses trois fils , sur l'exécution de son testament. Guillaume se croyant froissé dans ses intérêts, en contestait la légalité, et provoquait une décision du duc de Bourgogne, qui deviendrait sa loi suprême. Par lettres - patentes du 5 septembre 1464 , le duc Philippe accorda aux deux frères , Louis et Hugues, en attendant la fin du litige , une pension de 7000 livres de rente annuelle, assignée sur plusieurs terres et châteaux. Peu satisfait de cette décision , Hugues se saisit , â main armée , dans le mois de juin 1465, des seigneuries de Jougne, Grandson, Orbe, Echallans et Bottans, tenues par Guillaume.

Ces violences provoquèrent contre lui les poursuites du parlement de Dole, qui, par arrêt du 17 mai de l'an suivant, le bannit des élats du duc , et prononça la confiscation de tous ses biens. Hugues se relira à Genève, puis en Savoie. Le 17 août 1467, il obtint, sur ses instances, un sursis de deux ans, avec la faculté de rentrer dans le comté de Bourgogne; puis en septembre 1469, les terres saisies à son préjudice lui furent restituées. Guillaume de Chalon parvint à avoir Lons-le-Saunier dans son lot. Ce seigneur avait épousé en 1442, Catherine, fille de Richard, duc de Bretagne, et de Marguerite d'Orléans , que sa beauté et son esprit rendirent célèbre. II testa le 24 juillet 1467, et institua pour son héritier universel , Jean de Chalon , sire d'Arguel , son fils unique, et élut sa sépulture dans l'église de Mont-Sainte-Marie. Au mois de juil-

lel 1470, Jean, sired'Argucl , abandonnant le parti du duc de Bourgogne, embrassa la cause du roi Louis XI , «qui lui fit le plus grand accueil. Le duc Charles entra dans une grande colère. Il le déclara rebelle , fit saisir ses biens , et manda à Guillaume , son père , alors à Orange , où il avait établi un parlement , de retourner incessamment en Bourgogne, auprès de sa personne , « pour y résider et le servir en ses guerres et armées et ses autres affaires, sans y faire faute. »

Guillaume, qui possédait de nombreuses seigneuries en France et en Bourgogne , avait cherché à garder une prudente neutralité pendant les querelles sans fin de Louis XI avec le duc Charles; mais par là même, il s'était attiré le mauvais vouloir de ces deux princes , et la défection de son fils iean en 1470 , Pavait fait éclater. Le duc ordonna la saisie des biens du père et du fils , et la démolition de plusieurs de leurs châteaux.

Guillaume s'était retiré à Orange, où bientôt après il eut à subir une révolte ouverte de la part de ses sujets. A la suite de négociations secrètes, il avait obtenu de Charles la promesse de main-levée de ses biens , à charge de venir résider en Bourgogne. Dans ce dessein , il prit la route par le Dauphiné avec une escorte peu nombreuse. 11 avait quitté Auberive, dépendant de son patrimoine , et se préparait à passer le Rhône au pont de Laectes , lorsque Philippe de Groslée , sieur de Lins et gouverneur de Lyon , parut inopinément à la tète de douze hommes à cheval bien armés , et sous le prétexte d'un manque de passe-port , le fit prisonnier le 26 février 1473 (y. st.). A la nouvelle de cette arrestation , le roi mande à Groslée d'exiger une si haute rançon , que

le prince soit dans l'impuissance de la payer. Elle fut fixée à 40,000 écus d'or. En même temps on commença un procès criminel , comme si Guillaume avait eu le dessein de se joindre aux ennemis du monarque. 11 fut envové au château de Rouen , et après dix-huit mois de captivité, dans celui de Lins. La contrainte et la nécessité l'amenèrent enfin à transporter à Louis XI la souveraineté d'Orange ( 9 juin 147S), pour prix de sa rançon. Remis en liberté, le prince retourna à Orange , et y mourut trois mois après (27 septembre), à l'âge de 58 ans. Jean IV, sire d'Arlay, succéda à son père Guillaume. Il avait épousé en 1467, Jeanne, fille de Charles Ier, duc de Bourbon , et d'Agnès , sœur de Philippe-le-Bon. Ce prince, qui s'était réconcilié avec Chârles-le-Téméraire en 1 4 7 5 , se détacha une seconde fois du parti des Bourguignons, parce que le duc, par arrêt du 28 mai 1474 , avait adjugé arbitrairement à ses deux oncles , Louis et Hugues , une partie de ses biens. On le voit en 1475, dans l'armée royale, faire de grands dégâts dans tous les lieux voisins de la place du Quesnoy. Louis deCbalon , sire de Chàtelguyon , fut tué à la bataille de Grandson , après avoir accompli des prodiges de valeur. Etant mort sans postérité, sou opulente succession passa à Hugues, son frère. Dès que Louis XI connut la mort de Charles* le - Témérai re , son ennemi mortel (9 janvier 1477, n. st. ) , il manda le sire d'Arlay, et lui dit : « Votre duc est mort, prêtezmoi main - forte en Bourgogne , je vous rends les terres, les forêts , les châteaux , les places fortes , que le duc vous a enlevés , et je vous donne en outre le gouvernement de la province. » Le prince d'Orange ne put résister à une si belle perspective ,

cl se mil à la tète de l'expédition.

Se confiant en la parole de Louis XI , il détermina les Etats de Bourgogne assemblés à Dijon , le 35 janvier, à mettre le duché entre les mains du monarque , en attendant la conclusion du mariage qui devait unir le dauphin , encore en bas âge , à la princesse Marie, fille unique et seule héritière de Charles -le-Téméraire.

Il se rendit ensuite à Dole , où s'étaient réunis les Etats du comté et du ressort de Saint-Laurent , et leur donna connaissance des lettres du roi. Il fit valoir tous les arguments déjà employés à Dijon : l'oubli du passe et la générosité du roi , si l'on Se mettait sous sa garde; sa vengeance , si l'on résistait ; la pureté de ses intentions , l'épuisement de la province, la fureur des soldats de Nancy, la présence des troupes françaises, la soumission du duché, le mariage du dauphin et de mademoiselle de Bourgogne. * Qui êtesvous? — lui répondit un gentilhomme, dont le nom s'est perdu.

— Non, non, ce n'est pas pour nous que vous parlez, moins encore pour la princesse Marie : vous plaidez pour Louis XI . Si les deux Bourgognes voulaient bien s'entendre , l'on lui feroit la conques te fort difficile. Au pis-aller, grande en serait la gloire et la souvenance éternelle. » Le prince d'Orange envahit la chambre des nobles , et moitié de gré , moitié de force , enleva son assentiment. Lesdeux autres chambres durent céder. L'acte par lequel les Etats confièrent au roi la garde de la province, au profit de la princesse Marie, est daté de Dole, le 18 février 1477 (n. si.). En promettant au prince d'Orange le gouvernement de la Bourgogne , Louis XI n'avait pas l'intention de tenir sa parole. Le 24 février, un courrier vint à Dole, ap-

prendre à la Trémouille qu'il était gouverneur de toute la Bourgogne.

Il prêta immédiatement le serment de fidélité au roi , entre les mains du gouverneur de Champagne , son collègue , et de Jean Jouard , président de Bourgogne. Cette nomination blessa profondément le sire d'Arlay. 11 avait été trompé, ses espérances étaient perdues , son rival l'avait foulé aux pieds. Il se réconcilia aussitôt avec sa famille , et se déclara tout à coup pour Marie de Bourgogne. Cette princesse comprit tout le parti qu'elle pouvait tirer d'un homme riche, influent, d'une activité dévorante , et décidé à tirer vengeance de l'injure qu'il avait reçue. Elle le fit immédiatement son gouverneur dans nos contrées. Ce prince vint établir son quartier-général à Blclterans , d'où il pouvait à la fois donner des ordres des deux côtés de la Saône , se ménager des intelligences, se frayer des passages pour mettre en commu nication le Charollais , qui venait de se soulever, et la Franche-Comté, qui avait donné l'exemple de la révolte. Quand Louis XI apprit le succès des capitaines de Marie de Bourgogne, dans le Comté et le Charollais, il entra dans une grande fureur, et écrivit à la Trémouille de brûler Jean de Chalon , s'il tombait en ses mains, ou de le pendre et de le brûler ensuite. Le sire d'Arlay ne se laissa ni brûler, ni saisir. Ne pouvant faire mieux , Louis XI le fit pendre en effigie dans ses principales villes, confisqua sa principauté d'Orange , et fit raser le bel hôtel qu'il possédait à Dijon. Jean de Chalon riait de la comédie , pressait la Trémouille en tout sens , se montrait à la fois partout , ébranlant sa puissance partout où elle était encore établie. Hugues de ChàtHguyon ne

déployait pas une ardeur moindre.

Ayant voulu , avec les Suisses qu'il commandait, empêcher à la Trémouille de traverser TOgnon avec son armée, près de Pin-Iez-Magny, il eut à soutenir un choc effroyable, et fut fait prisonnier par Gaston, sénéchal de Toulouse. On renferma dans les prisons de Chalon - sur - Saône. Louis XI savait que la soumission de ce haut personnage lui serait plus avantageuse que sa captivité. Après lui avoir fait dire que la noblesse bourguignone se rendait chaque jour, que les armées royales triomphaient , on le menace de la confiscation de ses biens, de la mort même, s'il persistait à rester attaché à la cause de Marie. Hugues de Chàtelguyon aimait depuis longtemps une nièce du roi de France , Louise de Savoie, qu'il allait épouser au moment où la guerre éclata.

Quand Louis XI vit ses armées sur le point d'entrer en Franche-Comté (1479), il lui fit dire que sa dernière heure allait sonner ; que s'il ne se rendait pas, il allait perdre pour toujours , avec sa fortune et sa liberté, la main de la princesse de Savoie. Hugues se troubla, leva la main , jura fidélité à Louis XI , et s'engagea à marcher à la tète de l'expédition. 11 se rendit dans ses terres et les livra au roi. Louis XI lui rendit Chàtelbelin avec ses dépendances, Monlrond, Valempouïières, Monnet, Saint- Julien , Montaigu, Saint-Aubin , Arbois , et enfin tout ce qui provenait de la confiscation faite sur Louis II, comte de Tonnerre, à l'exception d' Arbois, qui remplaçait Rochefort , dont le monarque avait disposé. Le prince d'Orange prit la fuite et se retira à Bàle , où il employait ses dernières ressources à faire des levées. Le 24 août, Hugues épousa à Dijon Louise

de Savoie , en présence du roi , et reçut terres, seigneuries, monceaux d'or, et toute la dépouille du prince d'Orange, son neveu. Il devint ainsi seigneur de Lons-le-Saunier.

Jean de Chalon se rendit à Londres le 16 avril 1481 , avec le comte de Chimay, pour signer un traité d'alliance contre la France, avec le duc de Bretagne, et courut ensuite au secours de l'évêquede Liège, auquel le sieur de la Mark avait déclaré la guerre. Ce prince , qui avait assisté au sacre du roi Charles VIII ( mai 1484) , et l'avait accompagné à son entrée solennelle dans Paris , s'était joint , deux ans après , à son oncle , le duc de Bretagne et au parti du duc d'Orléans , contre la régence de la dame de Beaujcu, sœur de Charles VIII. Il se trouvait à Renty, lorsqu'il y fut rejoint , au mois de janvier 1487, par le duc d'Orléans et les autres mécontents. Accusé d'avoir provoqué son départ de la cour, Jean de Chalon déclara publiquement que les auteurs de cette imputation en avaient menti; ce qui n'empêcha pas le roi de prononcer la confiscation de ses biens, qu'il remit toutefois à la princesse d'Orange, par l'affection qu'elle lui avait inspirée (6 mai 1487). De son côté , le duc François l'avait nommé son lieutenant-général , gratifié des comtés de Penthièvre et châtellcnie de Montconlour, sous la seule réserve de l'hommage et de «es droits souverains (4 juillet). Vers le même temps, il recevait une pension viagère de 12,000 livres tournois, de la part de l'archiduc Maximilien , devenu roi des Romains , qu'il avait décidé, le 13 décembre 1486, à prendre part à la guerre qui se faisait en Bretagne contre le roi de France , avec des succès très variés.

Il fut le principal instrument <îu

traité de mariage de Maximilicn avec Anne de Bretagne , conclu par Engclbert , comte de Nassau , chef de l'ambassade , et qui épousa la princesse au nom de son maître (20 mars 1489, v. st.). Aussi, eut-il la promesse d'une somme de 1 00,000 écus d'or pour ses services, et quelques jours après , la nouvelle épouse du roi des Romains lui remit , à titre de jouissance viagère , les revenus de plusieurs domaines considérables (avril et mai 1490). Si dès lors ce prince, se rapprochant du roi de France , ménagea la rupture de l'alliance autrichienne , et consentit à s'employer à la négociation du nouveau mariage, il est toutefois certain , que le jour même qu'il était célébré au château de Langeais (6 décembre 1491), il protestait devant un notaire de Tours , « que son consentement n'a été par lui donné, que par suite de fraudes et ruses , et contre sa volonté , et qu'il ne peut lui préjudteier, ni à ses successeurs. » Jeanne de Bourbon, épouse du prince d'Orange, mourut au château de Lons-le-Saunier, le 10 juillet 1 493, et fut inhumée dans l'église des Gordeliers de celte ville. Le sire d'Arlay accompagna Charles VIII à la conquête de Naples , et avait, dit Commines , la principale charge de son ost, le roi lui donnant tout crédit. En quatre mois et demi , rien ne résistait plus à sa puissance , et le 20 mai 1494, Naples avait ouvert ses portes au vainqueur. Il se remaria en secondes noces, le 1 6 mars 149» (n. st.), avec Philiberte, fille d'Antoine de Luxembourg et d' Antoinette de Beauffremont , et lui donna pour son douaire , une pension de 4000 francs , assignée sur le château et la seigneurie de Lonsle-Saunier. Le 23 août suivant , il reçut de l'archiduc Philippe, la com-

mission de recevoir en son nom, les foi et hommage des vassaux du comté de Bourgogne. Le 20 août 1498, le roi Louis XII le rétablit dans sa souveraineté d'Orange, et le gratifia en même temps d'une somme de KO, 000 livres. Au mois de juin 1499, il prit possession du comté de Bourgogne, dont il était lieutenant et gouverneur, au nom de l'archiduc Philippe. Il accompagna ensuite le roi Louis XII à Milan , et entra avec lui dans cette ville , le 2 octobre 1499. Il était de retour au mois de décembre. Claude de Chalon, son fils, né au mois de mai précédent, et que la reine de France avait tenu sur les fonts baptismaux, mourut au mois de novembre 1500, et fut inhumé aux Cordeliers de Lons-le-Saunier. Le prince d'Orange mourut le 25 avril 1502, et fut inhumé dans le même couvent. Il laissa de Philiberte de Luxembourg, sa seconde épouse , deux enfants , Clauda al Philibert. Clauda épousa , le 24 avril 1515, Henri , comte de Nassau, veuf de Françoise de Savoie.

Elle reçut pour tous droits paternels et maternels, une dot de 100,000 fr., payable dans cinq ans. Le roi François 1er assista au contrat de mariage.

Philibert deChalon, dont la courte vie brilla d'un si vif éclat, naquit au château de Noxeroy, vers le 1 5 mars 1502, six semaines seulement avant la mort de son père , et en recueillit l'opulente succession , qui se composait de tous les biens de la maison de Chalon , Hugues, sire de Chàtelguyon étant mort sans postérité. 1J eut pour curateurs Antoine de Longwy, sire de Rahon, et Simon deCourbouzon, seigneur dudit lieu.

N'ayant pas été accueilli à la cour de François 1er avec toute la distinction qui lui était due, à l'époque du

baplèine du dauphin (26 février 1 5 1 8 ) , il se décida à vocer à l'Espagne des services qu'il était disposé à rendre à la France. Il fut aussitôt nomme gouverneur et lieutenant-général du comté de Bourgogne et chevalier de Tordre de la Toison-d'Or.

Le 8 avril après Pâques 1521, il laissa une procuration générale à sa mère , pour administrer ses biens , avant d'aller au service de l'empereur. Fontarabie avait été prise sur les Espagnols par l'amiral Bonnivet, au commencement d'octobre 1821.

Jaloux de voir celte place importante dans les mains de l'ennemi , les Espagnols tentèrent de la reprendre dès l'année suivante. Mais les assiégés firent une résistance longue et vigoureuse, qui se prolongea jusqu'au 27 février 1824. Philibert de Chalon , blessé pendant les travaux du siège, eut l'honneur d'introduire Charles-Quini dans la ville conquise.

Il s'embarqua ensuite à Barcelone, à la tète d'un corps de troupes qui devait se réunir à l'armée de Provence. Déjà il se trouvait à Villefranche-les-Nice, quand une malheureuse fatalité le fit tomber entre les mains de Doria , alors au service de François 1er. Sans égard à la neutralité du duc de Savoie, souverain du territoire, il se saisit de Philibert au commencement du mois de juillet, et l'envoya prisonnier en France.

Il fut enfermé à Bourges , puis au château de Lusignan , en Poitou , d'où il sortit par échange , avec le comte de Saint-Pol, en juin 1828.

La nouvelle de sa prison avait répandu le deuil en Franche-Comté.

Plusieurs villes, et notamment Salins, députèrent auprès de sa mère, la princesse d'Orange , pour lui témoigner l'affliction de leurs habitants. Dans tous les lieux considérables de la province, on fit des

prières publiques et des processions, afin d'obtenir du ciel sa prompte délivrance. De leur côté, les cantons suisses s'intéressèrent vivement auprès du roi , pour qu'il rendit la liberté au jeune prince , arrêté au mépris du droit des gens. Philibert de Chalon commandait , en qualité de lieutenant du connétable de Bourbon, en 1827, devant Rome. Le connétable ayant été tué sur la brèche -, le prince d'Orange fut proclamé généralissime de l'armée impériale. Il prit le château Saint-Ange et livra Borne au pillage. Il passa ensuite dans le royaume de Napies, d'où il chassa les Français , et fut nommé vice-roi de Napies. Il périt de deux coups d'arquebuse au siège de Florence, le 8 août 1830, à la veille de son mariage avec la jeune et belle marquise de Montferrat. Son corps fut ramené en Bourgogne, et dépose, après de magnifiques obsèques, dans l'église des Cordeliers de Lons-le- Saunier. Sa mère continua de jouir de Lons-le-Saunier jusqu'à sa mort, arrivée en 1 839. Le prince d'Orange avait institué pour son héritier universel Réné de Nassau , son neveu , fils de Clauda de Chalon , sa sœur, et d'Henri , comte de Nassau , cham bellan en 1828 , de l'empereur Charles V. Réné fut gouverneur général de Bourgogne de 1830 à 1844. Il avait épousé, le 22 août 1840, Anne, fille d'Antoine, duc de Lorraine , et lui avait donné , en cas de décès sans enfants , l'usufruit de tous ses biens. Il mourut le 18 juillet 1844, d'une blessure qu'il avait reçue , trois jours auparavant , au siège de Saint-Dizier. N'ayant point d'enfant , il institua pour son héritier, par testament du W juin 1844, Guillaume de Nassau, son cousin germain , fils de Guillaume , Paine , comte de Nassau , et d«?

Julienne , comtesse de Slolberg.

Guillaume eu( pour administraleurs Guillaume, son père, Jean-François de Mérodc et Claude Bouton , seigneur de Courbcron. Guillaume de Nassau , l'un des plus grands capitaines de son temps, s'élanl mis à la tête de l'insurrection des Pays- Bas, contre Philippe II, les grands biens qu'il possédait dans le comté de Bourgogne furent saisis et adjugés au domaine. Un fanatique de cette province, Baltazard Gérard, de Willafans, lui tira un coup de feu à bout portant , dont il mourut à Delft, le 10 juillet 1584. Il avait été gouverneur général de Bourgogne, de 1560 à 1566. La confiscation de ses biens dura jusqu'en 1601 , époque à laquelle ils furent restitués à Guillaume 11 , son fils.

Une nouvelle confiscation fut prononcée contre ce dernier en 1621, et ne fut levée que lors de la paix conclue à Munster, en 16ft8. Par les articles 25, 26 et 27, il fut convenu que tous les biens du prince d'Orange, lui seraient rendus. Guillaume 11 mourut le 6 novembre 1650, laissant Marie , son épouse , fille de Charles 1er, roi d'Angleterre, enceinte de Guillaume-Henri. Lorsque Louis XIV eut conquis la Franche- Comté, en 1674, il confisqua les biens que le prince d'Orange possédait dans cette province , et ne les lui restitua que par le traité de Nimègue ( 10 août 1678 ). Le prince d'isenghien ayant une créance dotale de 1,700,000 florins sur Guillaume- Henri de Nassau, liquidée par arrêts de la cour souveraine de Matines et de plusieurs parlements , poursuivit par décret la vente des biens de la maison de Chalon en Franche-Comté.

L'adjudication fut faite à son profit , h* 17 mai 1684. Guillaume-Henri de ÎSassau, devenu roi d'Angleterre,

exigea de Louis XIV , par le traité de Riswick (20 septembre U97), la mise en possession de tous les biens de la maison de Chalon, situés dans le comté de Bourgogne. Le roi de France, qui subissait la loi du vainqueur , céda une chose qui ne lui appartenait pas. Le roi d'Angleterre décéda en 1702, et peu de temps après , les deux fils du prince d'isenghien, mort en 1687, furent réintégrés dans les biens dont ils avaient été injustement dépouillés.

Ces deux seigneurs furent de nouveau troublés dans leur possession, en 1713, par le roi de France, qui se fondait sur le traité d'Utrecht (1 1 avril 1 7 1 3) , par lequel l'électeur de Brandebourg, devenu roi de Prusse , qui était aux droits du roi d'Angleterre , avait renoncé, en faveur de Louis XIV, à tous droits sur la principauté d'Orange , et sur les seigneuries de la succession de Chalon, situées en Franche - Comté.

Après de longues contestations, dans lesquelles intervint le prince de Conli, représentant la maison de Longueville, le roi de France rendit lui-même, en son conseil d'état, le h avril 1730, un arrêt solennel , par lequel il maintint définitivement MM.

d'isenghien dans la propriété des biens de la maison de Chalon. Par suite d'un partage fait entre les deux frères, ces domaines échurent à Alexandre Baltazard de Gand, comte deMidelbourg, l'un deux. Ce prince les transmit en 1758, à Louise-Pauline de Gand de Mérode , de Montmorency , épouse de M. le duc de Larochefoucault - Liancourt. Cette dame , l'une des plus belles et des plus spirituelles de la cour, assistant à une partie de chasse au bois de Liancourt, fut emportée par son cheval à travers la forêt , et eut la tète fracassée contre une branche

d'arbre (16 septembre 1771 ). Elle n'avait que vingt-quatre ans. Son mari était adoré comme elle en Franche-Comté. Il était l'ami des Malesherbes , des Bailly, des Germon t- Tonnerre, et n'eut pas un meilleur sort. Il fut assassiné dans sa campagne de Liancourt, par des malheureux envoyés par les Jacobins , qui tirent le siège de son château en 1793. Mm6 Elisabeth-Pauline de Gand , de Midelbourg, sœur de Mme de Larochcfoucault , fut son héritière. Née le % octobre 1737, elle avait épousé, le 1 1 janvier 1755, Louis - Léon - Félicité de Brancas , comte de Lauraguais, dont elle se sépara quelques années après. Cette dame, qui habita souvent le château d'Àrlay , et qui affectionnait Lonsle-Saunier, fut arrêtée à Arras, condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire , et exécutée à Paris , le 6 février 1794. Sa fille, Louise- Antoinette - Pauline - Candide - Josephe-Félicilé de Brancas , aussi remarquable par sa beauté que par ses qualités morales, s'était alliée à Paris, le 19 janvier 1773, avec Louis- Engelbert , fils de Marie-Raymond- Augustin, prince héréditaire d'Aremberg, prince du Saint-Empire romain, ducd'Arschol, feld-maréchal des armées impériales , général d'artillerie, et de Louise Marguerite, comtesse de la Marck, duchesse régnante d'Aremberg. Elle mourut à Paris, le 10 août 1812, laissant pour héritiers les princes Prosper- Louis-Philémon, Paul-Marie, Pierre d'Alcantara , Charles - Marie - Philippe-Joseph , ses quatre fils , et Pauline d'Aremberg, sa fille, épouse de Son Altesse Joseph , prince de Schwarlzemberg. Le prince Pierre d'Alcantara , ancien pair de France, a eu dans son lot les domaines invendus de la maison de Chalon en

Franche-Comté , et possède le château d'Arlay , qu'il habite quelquefois.

Fief de Varax ou de Fitrey . Une foule de liefs plus ou moins importants étaient répandus sur le territoire de Lons-le-Saunier, tels que ceux de Reccon, des Verrières et des Houillères. Nous ne nous occuperons que des deux principaux. Le fief de Varax avait pour centre une maison bâtie non loin du château primitif de Lons-le-Saunier, dont l'emplacement est occupé actuellement par une caserne, près de l'église des Cordeliers. Il s'étendait sur une prairie que couvrent aujourd'hui les rues Neuve , Saint-Antoine et de la Gravelte. Après avoir appartenu à la maison de la Palu , il passa dans celle des Fauquier, anoblie en 1400, par le duc Philippe-le-Hardi , dans la personne de Pierre Fauquier, de Lons-le-Saunier. Jean Fauquier, chevalier, bailli de Dole, transmit le fief de Varax à Claudine Fauquier, sa fille, qui fut mariée avant 1547, à Hugues de Villelume, chevalier, seigneur de Montbardon. De ce mariage naquit Chrétien de Villelume.

seigneur de Montsaugeon, etc., qui épousa Claude-Philippe de la Chambre , marquise de Meximieux , dont il eut Claudine de Villelume, épouse de Guillaume de Beauffremont , eo*lonel d'Aval et gentilhomme de la bouche du roi d'Espagne. Claudine- Philippe de la Chambre étant veuve, acquit de sa fille le fief de Varax, et le vendit , par acte passé au château de Beauregard, le 37 février 1597, à Benoit Charreton, seigneur de Chassey, Pymorin , Brans , conseiller-d'état de sa Majesté catholique et commis de ses finances. Ce fief, qui relevait directement du comté de Bourgogne, resta, depuis celle acquisition , réuni à la baronnic du

pin. Le dernier propriétaire fut M.

Abriot de Grusse.

Fief de prévôté et lieux pnVi- Ugiés. Les deux bourgs de Lons-le- Saunier avaient été déclarés par les chartes de franchises , lieux d'asile , si ce n'est pour les meurtriers et les voleurs ; mais il y avait antérieurement , certaines maisons dans cette ville, qui jouissaient du privilège d'être un asile inviolable , en vertu d'un droit puisé dans la législation romaine. De ce nombre était celle du prévôt, située près des halles et isolée par des chemins, des autres habitations. Elle avait appartenu & Jean de Lons, chevalier, qui la transmit à Cécile de Lons, sa fille, mariée à Hugues de Pymorin , docteur en droit et bailli des terres de MM. de Chalon. Nicole de Pymorin, née de cette union , épousa Guillaume d'Arbois, licencié en lois, bailli des terres de la maison de Vienne, et en eut Guy d'Arbois, licencié en lois, seigneur de Penthaise. Guy d'Arbois eut une fille , du nom de Marie, alliée à Huguenin de la Chanée, écuyer, fils d'Huguenin du Pin et de Guyette d Usier.

De ce mariage naquirent dix-neuf enfants, et entre autres Claude du Pin , docteur en droit , seigneur de Pymont, conseiller et maître d'hôtel du roi. Ce gentilhomme épousa en Flandres, dans l'hôtel du duc Philippe-le-Bon, Marguerite de Francières.On lit dans un dénombrement du fief de Claude Dupin, « qu'à cause de la maison provenant de Jean de Lons, compèle audit messire , que tous meurtriers et autres , commettant cas par accident ynopiné, soit de glaive , bâtons , affiert , pierre de trait et autrement , qu'ils viennent toucher et empoigner la boule de fer pendant en l'arnaud de la dite maison criant franchise, que de dix

jours après , on ne doit ni peut prendre les criminels ou malfaiteurs commettant ledit cas , ainsi franchement lesd. dix jours peuvent aller par la ville de Lons sans être repris , détenus prisonniers en leur personne par justice ou autrement.

Desquels privilèges et franchise, jouit Jean de Beaulieu , sellier, qui cuida avoir tué Henri Huguenel, sergent de Bourgogne ; Pierre Mareschault , clere notaire, quand il frappa et navra frère Etienne Blanc , au tloll redes Frères Mineurs ;Cki ude Parisot, dud. Lons, quand il frappa à mort un nommé le Brûlé , de Maynal , sergent de Bourgogne ; Pierre Levret , sergent de Bourgogne , quand il frappa Jean Palmey, procureur de Lous , lesquels cas advinrent du temps de messire Guillaume de Saulieu , Vaucher Bonviiain , et Jean Mogrot , lors baillis de Lons , et Guichard de Rougemont , procureur. » A ce même fief était attaché le droit de couper du bois dans la seigneurie du Pin , pour entretenir la maison ; de cuire franchement le pain aux fours de Lons ; de vendre et faire vendre vin dans cette ville tous les ans, pendant la seconde quinzaine du mois d'août ; de percevoir treize langues de bœufs aux boucheries, et de recevoir des bouchers qui ne vendaient pas aux halles, six deniers estevenants, outre plusieurs autres droits seigneuriaux , cens , rentes , etc.

L'abbesse de Château-Chalon possédait aussi dans le bourg de Lons • lc-Saunier une maison, qu'Etienne, comte de Bourgogne , et Gérard , comle de Màcon, son frère, déclarèrent , par une charte de l'an 1 1 70, être un lieu d'asile, dans lequel nul ne pourrait être arrêté ni inquiété , si ce n'est les traîtres et les voleurs.

A côté de la porte principale de

l'église de Saint-Désiré , qui s'ouvrait au sud-ouest , on voyait un trou également destiné à l'exercice du droit d'asile. Si un criminel , poursuivi par les agents de la justice, arrivait assez tôt pour y introduire la main, il ne pouvait élre arrêté pendant les dix jours suivants.

Un concile, tenu à Maçon en 888, recommanda expressément le respect du droit d'asile.

Châtellenies. Au xme siècle, le territoire de Lons-le-Saunier dépendait , dans des proportions inégales , de quatre châtellenies différentes.

Le bourg en formait une , le quartier de Saint-Désiré , une seconde, et certaines portions des banlieues, faisaient partie des châtellenies de Montmorot et de Montaigu. Dans chacune d'elles , il y avait un châtelain, un bailli, un prévôt, des sergents , un tabellion , et des clercs chargés d'apposer le scel sur les contrats. Chaque seigneur avait sa chancellerie. Par la réunion des deux bourgs, opérée en 1364, il n'y eut plus qu'un bailli , un châtelain , un prévôt , deux sergents , un scribe , un receveur et un tabellion , garde du scel. Lorsque Marguerite de Vienne eut cédé, au nom de Jean et Henri de Chalon, ses enfants mineurs , la seigneurie de Pymont à Hugues de Chalon- Arlay (vers 1 385), tes sujets de cette seigneurie furent retraitants au château de Lons-le- Saunier et dépendirent de la châtellcnie de cette ville.

Prévôtés. Les deux prévôtés de Lons-le Saunier étaient possédées, à titre héréditaire, par deux familles, qui prirent le nom , l'une de Lons , et l'autre de Saint-Désiré. Toutes deux étaient issues des sires de Montraoret , vicomtes de cette ville.

Vicomtè. Le premier vicomte connu de Lons-le-Saunier est Thi-

bert de Montmoret, qui vivait en 1078. On trouvera la liste de ses successeurs à l'article Montmorot.

Hugues de Vienne réunit la vicomté à sa portion de seigneurie , par son mariage avec Marguerite de Ruffcy, en 1304. A l'office de vicomte étaient attachés des droits considérables sur les deux bourgs, tels que des droits de péage , de tavernage , de justice , etc.

Seigneurie. D'après un terrier dressé en 1583, par le notaire Thubet , à la réquisition de Philippe II , roi d'Espagne, qui tenait alors par confiscation les biens de la maison de C lia Ion , on voit qu'à sa majesté appartenait alors la terre et seigneurie de Lons-le-Saunier, en toute justice, haute, moyenne et basse, pour l'exercice de laquelle elle commettait un bailli, un châtelain, un procureur, un greflier et deux sergents, auxquels il était défendu de faire aucune ordonnance ni règlement de police, sans prendre l'avis des échevins; que le châtelain exerçait la justice moyenne et basse; que le bailli exerçait la haute justice , faisait les publications de testaments, prononçait les condamnations à mort et statuait par appel sur les sentences du châtelain; que le signe patibulaire pour l'exécution des criminels, était sur la côte de Montciel (au bord de l'ancienne voie romaine) ; que la justice du bailliage d'Aval , au ressort de Montmorot, s'exerçait dans cette ville depuis la confiscation de 1866; qu'au seigneur appartenaient le château de Lons-le-Saunier, auquel les habitants de Villeneuve et Feschaux étaient tenus de faire guet et garde, comme sujets en haute justice de sa majesté; la garde de Téglisc Saint-Désiré, du couvent des Cordeliers et de celui des dames de Sainte- Claire ; la halle , les bancs des dra-

picrs , l'auditoire de la justice , la conciergerie des halles , où se faisaient le pesage et le mesurage des marchandises; les droits d'étalage sur les merciers étrangers , de péage sur les routes d'Orgelet et de Montaigu ; les halles et les bancs de la boucherie ; les droits de vente aux jours de foires et de marchés; la redevance due par la ville pour l'accensement des fours et des moulins banaux ; le droit de vendre seul du vin en détail pendant le mois d'août; les droits de lods sur les mutations d'immeubles de la censive du seigneur, à raison de k blancs par franc; l'échantillonnage des poids et mesures, la propriété du bois du Chamoy, de vignes, de terres, de prés et de cens.

Châteauprimitif. Le château primitif de Lons-le-Saunier, dont nous avons déjà signale l'existence , occupait par ses constructions, ses cours, ses jardins, un espace considérable, représenté aujourd'hui par le séminaire , le palais de justice et les prisons. L'épaisseur des murailles, leur forme, la nature du ciment , les médailles trouvées dans les fondations attestent suffisamment que le château féodal avait succédé à un palatium romain. Après avoir appartenu aux comtes de Bourgogne, il se partagea ou resta indivis entre les seigneurs des maisons de Vienne et de Chalon. Il parait avoir été détruit par un incendie violent, car les pierres étaient complètement calcinées. Par l'acte d'inféodation des domaines dépendant du prieuré de Chavenay, consenti en 1208, par Thiébaud, abbé de Baume, au profit d'Etienne H , comte de Bourgogne , il fut convenu que ce dernier n'exercerait aucun acte de justice et ne prendrait rien à Perrigny, Chavenay, Valagna, ni sur les maisons situées

derrière la tenir de Lotis ( la rue de la Fustcrie ou du Jura). L'emplacement du château fut donné , de 1250 à 1256, aux Frères Mineurs de Besançon et de Salins, pour construire un couvent de leur ordre à Lons-le-Saunier. Il y avait encore debout à cette époque une haute tour à trois étages, une prison à côté, une autre tour plus petite du côté de l'ancien collège, des fragments du mur d'enceinte , au pied duquel passait un canal servant de fossé, dérivé de la Vallière , un chemin couvert, caché sous une terrasse, qui aboutissait sur la campagne et un ancien bâtiment construit sur cette terrasse, faisant avant-corps sur la muraille. La grande tour n'a été démolie qu'en 1829.

Château-Gaillard. Ce château , dont on ignore l'origine, n'était qu'un donjon, flanqué de quatre tours et entouré de fossés, qui s'élevait isolément dans la prairie du Louvatan. Guichard de Culay reconnut en 1303, le tenir en fief de Renaud de Bourgogne , et en 1314, ce prince le reprit à Humbert , fils de Guichard de Culay, pour le donner en douaire à Guillemctte de Neufchâtcl , son épouse. Tristan de Chalon le céda, en 1364, aux bourgeois de Lons-le-Saunier, pour en faire un des angles de l'enceinte qu'ils construisaient à celte époque.

Ce château fut détruit en 1749 , et a été remplacé par la maison qu'occupe actuellement M. Breuch, maître de poste.

Château moderne. Ce château , dont les dernières traces ont complètement disparu, n'avait pas, ainsi qu'on l'a souvent écrit , une origine qui se perdit dans la nuit des temps.

Un dénombrement fourni en 1390, par Jean , sire de Châtelbelin , fils de Tristan de Chalon , au duc Phi-.

lippe-le-Hardi, précise l'époque de sa fondation. On y trouve le passage suivant : « Est à savoir que feu messire Hugues de Chalon , mon oncle, cui Dieu pardoint, moi ettant en son gouvernement a fait faire le château qui est en la dite ville de Lons , soubz place et juridiction commune, et en autre partie sur mon propre terrain. » Hugues de Chalon-Arlay II, n'étant devenu propriétaire de moitié de Lons-Ie-Saunier que par l'échange fait en 1368 avec Guy de Vienne , et étant mort en 1388, il est certain que le château a été bâti dans cet intervalle.

Sa forme était celle d'un carré long, à trois étages , accompagné de plusieurs tourelles et de deux grands pavillons carrés sur les côtés. La basse-cour était au nord et comprenait les écuries, les logements des jardiniers, des vignerons et des gens de service, les fours, les pressoirs et les granges. Le tout était clos par d'épaisses murailles crénelées et surmontées de galeries couvertes, communiquant à d'énormes tours placées aux quatre angles. Des fossés profonds, creusés à fond de cuve, qu'alimentaient les eaux du bief des Combes et du puits Salé, amenées par des canaux, baignaient les murs. On entrait par deux porches ouverts sous des tours, précédés de ponts-levis et armés de herses. L'une des portes communiquait avec la ville et l'autre avec le verger. Le parc s'étendait au nord du château jusqu'au ruisseau du Solvan , d'où une porte débouchait sur les chemins de I'ymont et du Pin. Il était embelli par des plantations et des constructions diverses.

L'intérieur des appartements était décoré avec tout le luxe de l'époque.

Les dorures , les étoffes rares , les tapisseries, les meubles précieux,

rendaient ce séjour digno de la puissante maison de Chalon. La garde en était confiée à un capitaine châtelain. Les habitants de Villeneuve et de Feschaux étaient seuls tenus d'y faire le guet et garde.

Ce château fut à différentes époques visité par d'augustes personnages. Blanche de Genève, veuve de Hugues de Chalon-Arlay II, y séjourna souvent. Jean de Chalon- Arlay III , prince d'Orange , y vint plusieurs fois. Marie de Baux , son épouse, affectionnait celte résidence et y mourut en i ft 17. Aussitôt après la mort de Jean de Chalon , Jeanne de Montfaucon , mariée à Louis, fils de ce prince, vint habiter le château de Lons-le-Saunier. Ce fait résulte de la déposition faite par Renaudine de Salins, demoiselle d'honneur attachée à sa cour : « Au » temps de la mort de messire Jehan » de Chalon , son fils , le prince es-

> tant au pays de Languedoc , ma- » dame Jeanne ( de Montfaucon ) » avec qui je demorois , alla veoir » les places dudit feu seigneur, à » Sainl-Laurent-la-Roche , où elle » trouva assez peu de meubles , et » de là s'en alla à Lons-le-Saunier, » et , un jour après diner , elle » monta dans une chambre haulte » du chastel d'illec , seule , du » moins aucune de ses damoisclles » n'estoit avec elle ; ains les avoit » fait mettre à danser et demeura » environ trois heures sans relour- » ner de lad. chambre. En revenant, » elle façait très bonne et joyeuse » chière. Les dames qui dansoient » et moi, nous lui dismes : ah, ma- » dame , vous avez bien cause de » fere bonne chière, parlant du tré-

> sor dont estoit langage dans l'bos- » tel de céans que sire Jehan avoit ■ laissé. A quoi elle répondit : Tait sez-vous, foies, n'avez- vous pas

» bien dansé ? Et ne plus parlèrent » du trésor. » Jean de Chalon avait en effet un coffre rempli d'or et de pierreries, qu'il ne quittait jamais.

Le 7 août 1419 , Renaudine de Salins épousa au château de Lonsle-Saunier, Lancclot de Luyrieux , en présence de Louis de Chalon , de Jeanne de Montfaucon , et d'une foule d'autres seigneurs invités à la cérémonie. Le prince d'Orange ne quitta cette résidence qu'au mois de janvier suivant. H y reçut en juillet 1425, la visite du duc Philippele-Bon , et déploya à celte occasion un luxe éblouissant. En 1431, « il » fit édifier, dit Gauthier de Fale- » rans, son premier écuyer, au chas- » te) de Lons- le -Saunier, deux » tours toutes neuves , et relever le » pont dessus la saule , la rammure » dudit pont, et grand maisonne- » ment par dedans ; recouvrir et » machicoler les autres deux tours, » faire les fossés et les glessis à » l'entour. » Au mois de novembre 1442 , Philippe-le-Bon , la duchesse et toute la chevalerie de Bourgogne, vinrent à Nozeroy., pour assister au mariage de Guillaume de Chalon avec Marguerite de Bretagne. Les jeunes époux suivirent les nobles invités dans un pèlerinage à Saint- Claude, et les accompagnèrent jusqu'à Blelterans. Des fêtes magnifiques , des joutes, des tournois marquèrent leur passage à Lons-le-Saunier. Jeanne de Montfaucon mourut auchàlcau de celte ville en 1448.

Le 17 juin 1457, Jean de Neufchàlel-Montaigu , frère du maréchal , y arriva , amenant la princesse Charlotte de Savoie , qui allait épouser Louis XI, encore dauphin. Le prince d'Orange ne négligea rien pour offrir à la future reine de France une somptueuse hospitalité. En 1461,1c comte de Charollais (Charlcs-le-Té-

méraire) , fut envoyé par sou père pour visiter la Franche-Comlé qu'il n'avait pas revue depuis son enfance.

Il arriva au château de Lons-le- Saunicr, le 10 octobre, accompagne seulement de cent cinquante chevaux. 11 y reçut une députation intéressée de la ville de Besançon. Le prince d'Orange lui présenta ses deux fils, Louis et Hugues , et promit de lui envoyer en Flandre, l'année suivante, le premier, alors âgé de douze ans. Après la mort de Louis de Chalon, Guillaume, son fils aîné, fit d'incroyables efforts pour retarder la publication de son testament. Dès que l'official eut rempli cette formalité (août 1464), Louis, seigneur de Chàlelguyon, déclara qu'il était prêt à exécuter les dernières volontés de son père. Guillaume annonça avec audace qu'il attaquerait le testament en loutes manières. 11 semblait que toute la succession dût être à lui. En sortant de Besançon , Louis , à cheval et déjà dans la campagne , s'arrêta pour délibérer avec son conseil, quels châteaux de la succession il choisirait pour sa résidence. Il se décida pour Lons-le-Saunier et Blelterans, et donna l'ordre à quelques hommes de prendre le devant, lis obéirent et entrèrent en son nom dans ces places. Mais trois jours après , le prince d'Orange arriva à la tète de deux cents chevaux et se présenta devant Lons-le-Saunter. II fut reçu avec respect, le château restait fermé. Le prince, en fureur, fit rompre la porte de la basse-cour; il fallut que les femmes vinssent en pleurant le prier de « ne meffaireà leurs maris et à leurs enfants retirés dans le donjon du chastel. > Les clefs lui ayant élé présentées , il manda les échevins de la ville , voulut savoir si la forteresse avait

été fermée par leur ordre, reçul leurs excuses et coucha au château.

Hugues deChalon ayant prêté serment de fidélité à Louis XI (1479), obtint par confiscation sur Jean de Chalon-Arlay IV, la seigneurie de Lons-le-Saunier. Par ses ordres, et surtout par l'influence de Hugues Portier, dit deFrolois, la place se rendit sans combattre. Le château fut ainsi épargné. Au mois d'avril 1482 (n. st. ), Louis XI , celte anatomie cheminante, dit un contemporain, vint à Saint-Claude pour accomplir le vœu qu'avaient fait pour lui, pendant sa maladie, du Bouchage et Gommines. Il passa par Bletterans , et séjourna au château de Lons-le-Saunier. lt marchait sous la protection de 800 lances et de quelques autres compagnons qui pouvaient faire autour de sa personne une petite armée de 6000 combattants. Il paraît qu'il se défiait singulièrement de notre province.

Lorsque le prince d'Orange eut obtenu la restitution de ses biens (1494 et 1495), il habita souvent Lons-le-Saunier. Il y célébra en 1495, les noces de Jacques, son fils ou son neveu naturel, avec Marie,fille d'Antoine de Luxembourg et sœur naturelle de Philiberte de Luxembourg, son épouse. Anne de Bretagne, mariée depuis peu d'années au roi Louis XII, vint dans celte ville au mois de mai 1 h 99, pour être marraine de Claude de Chalon. Jean d'Aulun raconte ainsi la cérémonie du baptême : « En l'entrant du mois de may, la royne feut en voyage à Saint-Claude, et de là à Lyon-le- Saunier en Bourgogne, tenir un enfant du prince d'Orange. Avec elle furent les seigneurs de la Roche de Bretaigne, de Tournon , de Chastillon et plusieurs gentilshommes de la maison du roi, les cent suisses

de la garde et trois cents hommes.

Des danses, banquets, esbats et joyeux passe-temps, qui à ce voyage furent faicts, ne ferait autre compte si n'est que peu durèrent les jours à ceux qui là se trouvèrent. Car oneques ne feut vue meilleure dame, tant honorable, ne si délibérée que pour lors estoit la royne. » Philiberte de Luxembourg, qui avait son douaire assigné sur le château de Lons-le-Saunier, en fit une de ses principales résidences. Un incendie, survenu le 24 février 1510 (n. st.), le consuma presque entièrement.

Il ne resta debout qu'une cuisine voûtée et une tour à côté. Ce sinistre, constaté dans le terrier Thubet en 1585, n'eut pas de cause connue, aussi donna-l-il lieu plus tard aux contes les plus absurdes.

Les uns disaient que la princesse d'Orange avait fait mettre le feu aux quatre coins de la ville , parce que les bourgeois avaient assassiné un de ses pages qui avait déshonoré une jeune demoiselle sans vouloir l'épouser ; d'autres , qu'elle avait fail entrer secrètement par la porto »

du verger, plusieurs paysans de sa terre de Nozcroy, et qu'elle leur avait donné l'ordre de brûler la ville, pour punir les jeunes gens de la ville d'avoir maltraité son frère naturel, Georges de la Trémouille , à la suite d'une querelle survenue entre eux. De telles accusations ne peuvent atteindre Philiberte de Luxembourg. 11 est certain d'une part que l'incendie n'a détruit que le château et quelques maisons voisines; d'un autre côté, comment admettre que la mère de Philibert de Chalon , femme d'un esprit très élevé, ait fait brûler une ville qu'elle affectionnait, à l'occasion d'une querelle de jeunes gens? Après ce désastre, celle princesse se retira avec

les personnes de sa suite, dans une maison qui dépendait du couvent des Cordeliers, pendant qu'on rétablissait les toitures et l'intérieur du château, et qu'on relevait la grande tour au nord, pour lui servir d'habitation. Henri de Nassau et René , son fils, visitant la Franche Comté en 1533, logèrent au château. Dès ce moment sa splendeur s'éteignit. On cessa de l'entretenir; ses beaux jardins, ses cours disparurent sous les ronces ; son parc fut défriché. Benoit Charreton , baron de Pymorin, en était capitaine, lorsque la ville se rendit à Henri IV, le 19 août 1595.

D'Assonville, obligé de s'éloigner au mois d'octobre, pour éviter la rencontre du connétable de Castille qui approchait à grandes journées , fit mettre le feu à la forteresse. Lorsque la ville eut capitulé avec le duc de Longueville (25 juin 1 637),lecolonel de Raincour se retira dans ses masures avec ses gens, s'y maintint plus de huit jours et ne composa que lorsque les vivres et les munitions de guerre lui manquèrent entièrement.

, Le 30 janvier 1680, les agents de la maison de Nassau accencèrent à la ville, les ruines et l'emplacement de ce château, et cédèrent le verger à plusieurs habitants, moyennant une redevance annuelle. Les fossés furent comblés en 1690. Par arrêt du conseil d'Etat du 7 juillet 1733, le roi permit à la ville de construire un holel-de-ville sur l'emplacement du château. Une tour et quelques pans de murs qui restaient , furent démolis en 1735.

Régime Municipal. Dès le xue siècle , on reconnaît à Lons-le Saunier la trace d'un gouvernement municipal , présentant tous les caractères du municipe romain. Une charte de 1172, que nous avons déjà citée , montre clairement qu'à

cette époque le bourg de Lons avait déjà ses magistrats particuliers , ap pelés prud'hommes , sa police , son administration et son conseil. Le quartier de Saint-Désiré seul n'avait d'autre chef que le vicomte et le prévôt du seigneur. Après la concession des franchises, chaque bourg fut régi par quatre prud'hommes élus annuellement, qui administraient toutes les affaires communes, avec le concours d'un conseil coinposé de douze membres. Lorsqu'il s'agissait d'affaires importantes , on consultait l'assemblée générale des habitants. A la suite de la réunion des deux bourgs en 1364, il n'y eut plus que quatre prud'hommes, et le nombre des conseillers fut porté à vingt.

Trois prud'hommes étaient élus par la ville et un par les faubourgs. Par une charte datée à Bruxelles , le 27 avril 1587, Philippe II , roi d'Espagne , qui possédait par confiscation les biens de la maison de Chalon , concéda aux habitants une mairie , « avec telles autorité et prérogatives que celles établies es lieux de Dole , Salins , Poligny, Arbois et autres villes , » laquelle mairie devrait être exercée par l'un des notables élus chaque année par les échevins et les conseillers. Le mayeur demeura chargé de l'exercice de la justice haute, moyenne et basse, mais en fait de police seulement, < sans pouvoir prendre connaissance d'aucunes causes civiles , de publications de testaments , de dation de tutelles et confection d'inventaires. » L'élection du procureur syndic et celle du scribe devaient se faire comme celle du mayeur. Le souverain se réserva les émoluments du scel, de la clergerie et les amendes. Le 22 août suivant, Jean Tricornot, conseiller au parlement de Dole , se transporta à Lons-lc-Saunier, « dans la maison

d'honnête Guy, où pendait pour enseigne l'image de saint Claude, »

avec Mathieu Froissard, scribe, Jean du Chasne , substitut du procureur général, et Gilbert Lejeune, premier avocat fiscal, pour exécuter les lettres de Philippe II. Il fut décidé que le sieur Benoit Charreton , seigneur de Chassey , serait prié d'accepter les fonctions de maire pour la première fois , et qu'ensuite l'élection du maire se ferait par les maires anciens , les trois échevins et les conseillers ordinaires et extraordinaires , au nombre de quarante ; que ces électeurs se réuniraient chaque année, le 1er janvier, en l'hôtel-de-ville , à sept heures du matin , et ne se sépareraient qu'après l'élection terminée ; que le maire élu serait tenu d'accepter la charge et de prêter serment à l'issue de la messe, entre les mains du bailli d'Aval ou de son lieutenant ; enfin, que le procureur syndic et le scribe seraient élus par le maire , les échevins et le conseil , et prêteraient le même serment que le maire. Sur l'observation des habitants, il fut arrêté que l'élection des échevins aurait lieu chaque année , le 31 décembre. Le substitut du procureur général insista pour qu'il fût reconnu que le maire n'aurait aucune juridiction sur les hauts chemins. On remarquera que la création de la mairie amena l'anéantissement du suffrage universel. Philippe-Guillaume de Nassau ayant obtenu , le 29 octobre 1601, des archiducs Albert et Isabelle , la restitution des biens de la maison de Chalon , confisqués sur son père , prélendit que la mairie concédée par Philippe II ne pouvait avoir aucun effet à son égard, et voulut établir des juges locaux pour faire exercer la justice en sou nom. Les bourgeois se récrièrent et

recoururent à la médialion des archiducs , pour être maintenus dans leurs privilèges. Enfin, par un traité passé au château de Nozeroy, le 6 mars 1605, il fut convenu • que les » manants et habitants assemblés » en corps de communauté , au lieu » d'élire deux d'entre eux pour rem- » plir les fonclious de maire et celles

• de syndic , choisiraient chaque » année six personnes qualifiées et » les présenteraient au prince ou à » son représentant ; que sur ces six

• candidats , le prince en prendrait » deux à son choix , pour être maire » et syndic, lesquels , sous son nom » et autorité, exerceraient la juslicc » haute , moyenne et basse , en*Ia » forme et manière qu'avaient cou- » tume de le faire le bailli et le chà- » telain ; que le maire et le syndic » prêteraient serment entre les » mains du prince, auquel demeu-

• raient réservés le greffe et la cler- » gerie de la mairie. » Les diverses confiscations prononcées en 1621 et 167b, permirent aux habitants d'élire leur maire et de jouir de l'exercice de la justice. Le prince d'isenghien, acquéreur par décret en 1684 , des domaines de la maison de Chalon , insista pour l'exécution du traité de 1603, mais la résistance qu'il éprouva l'amenèrent à une transaction. Par acte du 9 juillet 1685, il renonça, moyennant la modique somme de 2500 livres , nonseulement au choix du maire et du syndic , mais encore aux amendes et aux émoluments de greffe. La ville ne put payer cette somme et fut obligée, au mois de novembre suivant , de renoncer aux effets de ce traité avantageux. Par édit du mois d'août 1692, le roi s'empara des magistratures urbaines et les érigea en offices héréditaires. Un maire et des assesseurs perpétuels furent ini-

posés à toutes les municipalités du royaume. Les habitants montrèrent en général peu d'empressement à acquérir ces offices; alors le roi, par arrêt du conseil , déclara que les corps municipaux resteraient à l'élection comme par le passé , mais que les villes paieraient le prix des offices , suivant la taxe qui en serait faite. Lons-le Saunier eut à payer

I 1,200 livres, qui furent acqui liées le 15 mars 1 094. Ce nouveau moyen de baltre monnaie parut si commode, que le gouvernement créa, en 1 G94, de nouveaux offices sous les dénominations les plus diverses, pour les meHre aux enchères. Lons-le- Saunier eut encore à payer 5 1 30 liv. en 1098, pour être déchargé de l'établissement d'un contrôleur des deniers communs et de l'octroi , d'un substitut du procureur du roi de police , d'un colonel de la milice bourgeoise et de jurés-mouleurs et visiteurs des bois cl charbons. Le roi d'Angleterre , réintégré dans les domaines de Chalon , chargea son ambassadeur de se plaindre au roi de France des atteintes portées à ses droits. Louis XIV décida alors , en 1702 , que l'institution du maire et du syndic de Lons-lc-Saunier se ferail conformément au traité de i 605, et ordonna de rendre les 1 i ,200 liv. payées par la ville. Le prince d'Isenghien, maintenu dans son acquisition par un arrêt de 1702, présenta au parlement, des officiers locaux pour exercer la justice en son nom.

Louis XIV prétendit que les domaines de Chalon lui appartenaient.

II les séquestra en 1713 et ils restèrent entre ses mains jusqu'en 1730. Le prince d'isenghien, confirmé définitivement dans sa propriété à celle époque, renouvela ses prétentions. Il parvint à faire ins'iluer ses juges , malgré l'opposition

du conseil municipal. Cet état de choses dura jusqu'en 1744. La ville n'ayant point voulu ou n'ayant pu acquérir les offices municipaux , créés par lesédils de 1753 et 1771, perdit son droit d'élection et resta soumise à l'arbitraire et aux vexations de l'intendant de la province.

Le nombre des conseillers fut réduit ù douze et celui des notables à un chiffre pareil. L'intendant envoyait une liste des personnes qu'il fallait nommer , et cette liste devait être adoptée sans discussion. Le talent, le mérite n'entraient point en considération , pour déterminer les choix. L'intendant ne présentait que ceux qui lui faisaient les plus beaux cadeaux. Il recevait très mal les observations qu'on pouvait lui faire et répondait toujours : N'ètes-vous pas contents ? achetez les offices.

Le maire se qualifia, dès 1587, de vicomle-mayeur et capitaine de la ville. Après son élection , il prêtait serment entre les mains du bailli d'Aval ou de son lieutenant au siège de Montmorot, * de vivre en obéis- » sanec et selon le tradit de notre » mère sainte Eglise catholique , » apostolique et romaine, de garder » envers le seigneur de Lons-le- » Saunier , le devoir de bon et fi- » dèle sujet , et de conserver ses » autorités et droitures. » Le syndic et le scribe faisaient le même serment. Celte cérémonie avait lieu à l'église, aux pieds du grand antel.

Libertés , privilèges et immunités de la ville. Quoique ville seigneuriale, Lons-le-Saunicr a joui de privilèges très étendus qui résultaient soit d'usages immémoriaux , soit de concessions ou d'acquisitions successives.

Franchise, Tout l'espace compris entre les quatre croix, c'est-à-dire, tout l'espace affranchi par les char-

les de 1293 et 129», était un lieu d'asile. Personne ne pouvait y être arrêté, si ce n'est les voleurs et les meurtriers. Ce privilège était plus favorable au seigneur qu'aux, habitants, car il attirait dans la ville une foule de vagabonds et de serfs , qui désertaient les seigneuries voisines.

11 y avait plusieurs maisons franches , appartenant au prévôt , au prieur de Saint-Désiré et à l'abbesse de Chàteau-Chalon , dans lesquelles on pouvait vendre du vin en détail , à l'exclusion de tous autres, pendant les quinze derniers jours du mois d'août. Ces mêmes maisons étaient des lieux, d'asile inviolables , même pour les criminels. La plus grande partie du territoire étant de francalleu , n'était soumise ni à la dime, ni au paiement d'aucun cens.

Garde des portes et des clefs de la ville. Les citoyens avaient la garde des portes et des clefs de la ville , suivant le traité de 1564. C'était à eux à élire et instituer le commandant du guet et de la milice bourgeoise. Le mayeur, et avant lui le premier échevin, avait seul le droit d'ouvrir et de fermer les portes. Les clefs restaient confiées à sa garde exclusive.

Privilège des foires franches. Depuis un temps immémorial , il se tenait à Lons-le-Saunier un marché le jeudi de chaque semaine et quatre foires par an , ûxées au jeudi avant la Pentecôte , au jour de fête de Saint-Mathieu, au jeudi après la Saint-Nicolas et au lendemain des Cendres. Elles commençaient la veille, dès midi, et duraient le lendemain toule la journée. Le seigneur en avait la garde. Il percevait des redevances sur la plupart des objets achetés, et avait les amendes de police prononcées pour les délits commis ces jours- là. Le prévôt de

Montaigu avait droit aussi à certaines redevances , notamment sur les verres mis en vente. 11 pouvait choisir sur chaque étalage, la plus belle pièce. Les étrangers qui venaienlaux foires et marchés, ne pouvaient être arrêtés et leurs marchandises ne pouvaient être saisies pendant leur séjour dans la ville. Les habitants ne payaient aucun droit , ni pour vendre, ni pour acheter.

De 1648 à 1650, le nombre des foires fut élevé à 8, qui se tenaient le jeudi le plus près de la fête des Rois, les 1er et U* jeudis de Carême, le mercredi avant Pâques, le jeudi avant la Pentecôte, le 28 juillet , le 22 septembre et le jeudi avant la fêle de saint Thomas. Par lettrespatentes du mois d'avril 1743, le roi créa une nouvelle foire, qui devait commencer le lendemain de la fête de saint Désiré et durer trois jours. Pour y attirer les étrangers , le conseil municipal déclara en 1 757, qu'elle serait franche de toute espèce de droits. Ce moyen réussit parfaitement. Les marchands affluèrent. Il est regrettable qu'elle soit tombée en désuétude.

Droit de chasse et de pêche. Les bourgeois de Lons-le-Saunier jouissaient déjà, avant les chartes de franchises de 1293 et 129» , de la faculté de chasser à cor et à cri , toutes espèces de bêtes et d'oiseaux sur le territoire de la ville. Ils avaient aussi le droit de pêcher dans les rivières communes, avec toutes sortes d'engins.

Droit d'incolal. Nul étranger n'avait le droit de venir fixer sa résidence à Lons-le-Saunier, sans le consentement des habitants. Il devait justifier qu'il était libre ou qu'il avait été affranchi par son seigneur.

Il était en outre tenu de payer un droit de réception ou d'habilantagc

qui variait, selon la fortune, de 6 fr. à 24 fr., et de fournir un seau de cuir pour les incendies.

Droit de bourgeoisie. 11 était difficile de se faire admettre dans la bourgeoisie de Lons-le-Saunier. On regardait ce titre comme tellement honorable, que les nobles mêmes s'empressaient de le solliciter. Il fallait justifier qu'on n'avait jamais été lâché de la macule de mainmorte, qu'on avait toujours professé la religion catholique, apostolique et romaine, qu'on était de bonnes vie et mœurs , et qu'on jouissait d'une certaine fortune. Au moment de la délivrance des lettres de bourgeoisie, on payait une somme variant de 100 à 300 fr. On fournissait plusieurs seaux de cuir ou un mousquet. Les bourgeois seuls étaient appelés à remplir les fonctions municipales.

Droit sur les salines. Lorsque les salines de Lons-le-Saunier existaient, les prud'hommes percevaient , au profit de la communauté, un certain droit sur chaque cuite de sel qui se faisait dans les bernes. Au xive siècle , la difficulté de se procurer des bois dans le voisinage , engagea les seigneurs de Lons-le-Saunier à s'entendre avec Marguerite de France, comtesse de Bourgogne, pour les supprimer et ne laisser en exploitation que les salines de Salins. Les habitants obtinrent alors en dédommagement le droit de prélever sur ces dernières, la redevance annuelle de cinquante charges de sel, livrables par douzième, outre les trente - huit charges de sel d'ordinaire* Cette redevance, reconnue par Marie de Bourgogne en 1478, et plus tard par Charles-Quint, se paya régulièrement jusqu'à la ruine de la ville en 1637. Le mayeur et les échevins présentèrent en 1650, une

requête au conseil des finances de Bruxelles, pour réclamer l'arriére de cette rente et son rétablissement pour l'avenir. La demande fut renvoyée à la chambre des comptes de Dole, à M. de Brun, conseiller d'Etat aux Pays-Bas, au juge et au fermier des salines. L'archiduc Léopold , prince de Parme et de Plaisance , gouverneur et capitainegénéral du comté de Bourgogne, ordonna, par édit du 13 février

1651, que la ville toucherait provisoirement chaque année, pour lui tenir lieu des 50 charges de sel, 100 pistoles, faisant 1500 fr., monnaie du Comté. Le parlement confirma cette décision, le 16 juillet

1652. Louis XIV reconnut cette créance en 1700, et chargea le fermier des salines de payer exactement à la ville 1000 livres par an , représentant les 1500 fr. , monnaie du Comté. En 1764, cette dette fut inscrite au trésor pour un capital de 20,000 livres. Les démarches faites pendant la révolution et continuées jusqu'en 1809, n'ont pu faire rentrer la ville dans ce capital , dont les arrérages ont cessé d'être payés en

Droit d'entrée sur les vins. Depuis un temps immémorial , la ville percevait un droit d'entrée sur les vins et vendanges qui n'étaient pas du crû des bourgeois. La perception de cet impôt fut confirmé pai le duc Philippc-le-Bon en 1458 , et par le parlement en 1656. Deux arrêts du conseil , des 11 et 15 octobre 1754, maintinrent ce droit et fixèrent l'entrée à 13 sols 4 deniers par baral de vin , et à 6 s. 8 d. par baral de vendanges. Lescabaretiersse refusèrent au paiement de cet impôt , dont ils contestaient la légitimité. M. de Boynes, intendant du comté de Bourgogne, commis pour juger la

difficulté, amena les parties à un arrangement. Par un traité du 13 avril 1756 , il fut convenu que tes cabaretiers, au nombre de 13, paicraientà la ville, à litre d'abonnement, une somme annuelle de 3000 livres, et qu'alors ils seraient libres de faire entrer tout le vin qu'ils voudraient, pour le revendre ; que les bourgeois continueraient de ne payer aucun droit pour le vin de leur crû ; qu'ils pourraient le vendre en détail , mais qu'il leur serait défendu de le mettre sur une table et de donner à manger aux acheteurs ; que la vente ne pourrait s'en faire dans la cave ou dans pn lieu fermé, et seulement dans les rues , les cours ou au devant des maisons, à peine de 20 livres d'amende et de confiscation.

Banalité des fours et des moulins. Il y avait à Lons-le-Saunier deux fours banaux , l'un près de la boucherie, appelé le Four de la Fille ou de la Boucherie , et l'autre ' au faubourg Saint-Désiré , appelé le Four de l'Hôpital. Le seigneur élait tenu de les entretenir en bon état, et percevait 9 deuiers par quartal de blé. 11 y avait aussi deux moulins, l'un situé en travers de la rue Neuve, dont il interceptait en quelque sorte le passage, appelé le Moulin d'en Haut y Moulin-Dessus ou le Moulin d' si mont , et l'autre plus bas, appelé le Moulin d'Aval) du Creuzot, de Grozon, de Crozon , du Pontot , ou de Malpertuis , que le seigneur devait aussi entretenir, en percevant 5 deniers par quartal de blé. En 1577, les échevins et le conseil exposèrent à la chambre des comptes de Dole, que la ville n'avait pas 500 fr. de revenu ; que le passage des troupes espagnoles se dirigeant sur les Pays-Bas, qui ne cessait depuis douze ans , avait tellement foulé la population , que les bourgeois

avaient contracté en leur nom plus de 1 S, 000 fr. de dettes, et que la plupart menaçaient de s'éloigner. Ils demandaient en conséquence,que le roi voulût bien leur accenser ses fours et ses moulins, et leur permettre de surhausser la taxe pour moudre le grain et cuire le pain. La chambre des comptes renvoya cette demande directement au roi. Dans l'intervalle, des troupes françaises, placées sous les ordres du duc d'Alençon , s'approchèrent de Lons-le-Saunier, à l'insu de leur chef, tentèrent de s'emparer de la ville , brûlèrent et pillèrent les villages environnants.

Le comte de Champlitte et des régiments espagnols prévenus à temps, entrèrent dans la ville, et avec l'aide des habitants , parvinrent à chasser l'ennemi. Les dommages causés par les Français furent évalués à plus de 100,000 fr. Le moulin du Creuzot avait été complètement incendié. Les échevins présentèrent une nouvelle requête, pour faire valoir l'urgence de l'accensement qu'ils sollicitaient. Par lettres closes , datées du camp de Maestrick, le 13 juin 1579, l'archiduc Léopold ordonna à la chambre des comptes de faire droit à la demande des habilanls. Des commissaires furent envoyés sur les lieux, pour procéder à la visite des moulins et des fours , et enfin , le 1er juin 1581, la chambre accensa à la ville les deux fours, les deux moulins, les cours d'eau, les dépendances et la moitié d'un bois de 1500 journaux à la Petite- Levanchée , en nature de broussailles, indivis avec le seigneur de Savigny, avec permission de couper du bois pour l'usage des fours. Les amendes pour délits et mésus, prononcées par le châtelain , furent réservées à sa majesté. Les habitants furent autorisés à surhausser les droits de imom-

ture et de fournage^ à condition que le revenu à en provenir serait employé à l'acquittement des dettes de la ville 9 à l'entretien des murailles et au pavement des rues. Le prix . de l'accensement fut fixé à 120 fr. par an, monnaie du pays.

Cette concession fut très avantageuse à la ville , car au xvme siècle , les deux fours se louaient 1760 fr. , et les deux moulins trois mille francs.

Les eaux delaVallière qui mettaient en jeu le moulin du Creuzot , étant devenues nécessaires pour les nouvelles salines de Montmorot, le roi acheta du sieur Vuillermot, en 1 74 3, un battoir d'écorce , dit le moulin Guiche (Moulin Gruet), et le céda en échange à la ville contre le moulin du Creuzot (11 novembre 1745). Il avait existé au xme siècle un moulin proche la tour des Cordeliers , qui était détruit depuis longtemps, lorsqu'on le réédifia en 1758; on l'appelait Moulin de la Machine , parce qu'il avait remplacé une machine hydraulique. 11 fut supprimé en 1778, et en 1780, on construisit le moulin près de la Chevalerie. Les trois moulins furent vendus , en exécution de la loi du 20 mars 1813 , par le gouvernement impérial.

Droits de boulangerie et de greneterie. Le 30 janvier 1680, le prince d'Orange , seigneur de Lonsle-Saunier, vendit à la ville son droit de boulangerie et greneterie. Le premier consistait à recevoir de chaque boulanger 2 sols 6 deniers par mesure de froment convertie en pain.

Le second, donnait droit de recevoir h deniers par chaque mesure de grains vendue par les étrangers , cl 6 deniers par sac de grains non vendu et entreposé aux halles, à charge par le fermier de répondue des sacs, de veiller à leur conservation cl de fournir Us mesures nécessaires.

Droits de fuUles et de bouelierie.

La rue du Collège , depuis la rue du Commerce jusqu'à celle des Cordeliers , s'appelait autrefois la rue de la Greneterie. Il y avait là , en effet, une grande et belle halle, environnée de hautes murailles et couverte à tuiles. Elle était bordée de porliques formés par des piliers en pierre de taille. Le pourtour était occupé par des bancs de drapiers , de merciers, de cordonniers, etc. Deux grands portails s'ouvraient, l'un au nord et l'autre au midi. D'un côté des halles , se trouvait l'auditoire de la justice, et de l'autre, la chambre du concierge , dans laquelle étaien t déposés les poids et les mesures', pour l'usage desquels on payait un pclil blanc par quintal.

La boucherie était en face des halles, dont elle n'était séparée que par une ruelle. Il y avait deux portails en pierre pour y entrer et en sortir. Elle était garnie de quatorze bancs d'étalage, accensésaux maîtres bouchers. Ces établissements ayant été complètement ruinés par le siège de 1637, ne furent pas relevés. Le prince d'Orange en accensa les places à la ville, en 1680, avec les droits de bancs , moyennant le cens annuel de 200 fr., monnaie du comté. On construisit en 1682, une nouvelle boucherie dans la rue Saint-Désiré, près du pont, et on vendit l'emplacement de l'ancienne à plusieurs particuliers. A la place des halles , on éleva un hôtcl-de-ville et un auditoire, qui furent vendus à M. de Rotalier en 1741. On construisit en 1748 des appendices autour du nouvel hôtel-de-ville. Les droits qu'on y percevait avant 1789, s'élevaient à plus de 5000 fr. La boucherie produisait près de 1500 fr. par an.

Droit d'entrée sur le bétail. Un arrêt du parlement de Dole de 1660,

permit à la ville de percevoir un droit assez élevé sur les bœufs, chevaux, vaches, chèvres et porcs vendus aux foires et marchés. Çe droit était dù par les acheteurs. Sa perception était très difficile et faisait naître à chaque instant des querelles. Un arrêt du conseil du roi , du 22 janvier 1 75ft, réduisit la taxe d'un quart et la convertit en un droit d'entrée.

Droits sur les revendeurs. Une sentencedu bailli d'Aval , du 18 mai 1 785 , décida que de temps immémorial , la ville avait le droit de percevoir deux deniers par livre de beurre , fromage ou chevrets exposés sur les places. Les revendeurs de vieux fers, les merciers, les cordonniers, les marchands d'étoffes qui étalaient sur les places , étaient aussi soumis à payer une redevance.

Droits seigneuriaux. La commune percevait non-seulement des cens sur les maisons et les terrains qui lui appartenaient, mais encore des droits de lods et de retenue sur chaque mutation d'immeubles censeables envers elle.

Droit sur le sel. Lorsque les finances de la ville étaient obérées , ce qui arrivait toujours , le maire se faisait autoriser à surhausser de deux jusqu'à cinq sols chaque pain de sel de l'ordinaire. Cette branche de revenu était très productive.

Biens communaux. Le territoire de Lons-le-Saunier était tellement resserré par les seigneuries de Montmorot, de Pymont, du Pin, de Baume , de Perrigny, de Montaigu , que la ville ne possédait aucun bien patrimonial ancien. Elle jouissait du droit de parcours sur la côte de Mancy indivisément avec Macornay, et possédait la côte de Montciel sur Montmorot. Les possesseurs du fief de Chateau-Rouillaud et du fief de Chantrans à Messia , prétendaient

que la ville n'avait que l'usufruit de cette montagne pour le pâturage, et qu'eux seuls étaient propriétaires du sol ; mais à la suite de longs procès, M. Guillaume de Crécy, Henriette de Balay, son épouse, et M. Boquet de Gourbouzon renoncèrent à leurs prétentions en 1705 et 1707.

Le pré Clémencey, sur Montmorot , qui était de franc-alleu , avait été acquis en 1606, de Corneille de Monlfort, dit de Moyron; il fut revendu à réachat en 1625 , à Claude Béreur de Dole, et racheté en 1665.

Une partie a servi à l'établissement des bâtiments de graduation des salines, et une autre partie a été cédée en 1829 à l'hôpital, en échange contre un terrain qui sert actuellement de champ de foire.

Amendes. Les amendes prononcées par la justice de mairie appartenaient au seigneur. Néanmoins , d'après l'usage, celles qui ne dépassaient pas 60 sols étaient attribuées à la ville.

Exemption de péage. De tout temps , les habitants furent exempts du péage de Montmorot , appelé péage dïAngerans. Us ne payaient aucun impôt indirect.

Droits honorifiques et de justice.

La ville avait sa maison commune , son sceau et son beffroi. Au conseil appartenaient la collation de plusieurs chapelles dans l'église paroissiale , la présentation des familiers , du sacristain , l'administration des hôpitaux et du collège. Le maire pou vait prononcer les peines du fouet , du bannissement et même la mort.

Il faisait les règlements de police et veillait à leur exécution , recevait le serment des corporations industrielles, était le capitaine né des com pagnies de l'arc et de l'arquebuse , avait le droit d'assister aux Etatsgénéraux de la province, et présidait

ou faisait présider par son lieutenant le tribunal de la justice de mairie.

Ses tentatives , pour connaître des causes civiles, des appositions de scellés , des publications de testament , triomphèrent quelquefois , mais furent toujours réprimées par les juridictions supérieures. Dès Tan 1710, des médailles d'honneur furent décernées par la ville , aux maires, échevins et conseillers, lorsqu'ils quittaient leurs fonctions. Le maire* portait un costume officiel dans les cérémonies,

Armoiries. Dans Porigine , les deux bourgs de Lons-le-Saunier avaient chacun leur bannière, peinte aux armes de leurs seigneurs. Au xv" siècle , la ville adopta les armoiries suivantes : d'argent cantonné de Chalon au premier quartier et d'Orange au second. Chalon portail:

de gueules à la bande d'or ; Orange : d'or au cornet d'azur lié de gueules.

En 1809, un décret impérial confirma ce blason et permit d'ajouter deux lions pour supports. Par lettrespatentes du 30 avril 1812, ces armoiries furent ainsi fixées : Ecartelè au premier des villes de seconde classe , quiontdexlre d'azur à un N d'or, surmonté d'une étoile rayonnante de même; au deuxième, d'azur à la bande d'or; au troisième, de gueules, au cor enguiché d'argent ; au quatrième , d'or plein , et pour livrées les couleurs de Vécu. Les ornements extérieurs, comme ceux des autres villes de seconde classe, devaient consister en une couronne murale» à cinq créneaux d'argent , pour cimier ; traversée en face a"un caducée contourné de même, supportant deux festons de chêne aussi servant de lambrequin , à dexlre d'olivier , à senestre d'argent , noués et rattachés par des banderolles d'azur.

La Restauration ayant supprimé, le 26 avril 1814 , les signes du gouvernement impérial , Lons-le-Saunicr a été autorisé à reprendre ses anciennes armoiries.

Commerce et industrie au moyenâge. Par son commerce et son industrie , Lons-le-Saunier a toujours tenu un des premiers rangs parmi les villes de la province. Les chartes du xtifl siècle mentionnent déjà tin grand nombre de pannetiers ( boulangers), demaizeliers (bouchers) , de couturiers (tailleurs), de pclleliers,de forgerons, de Derniers, de cordouanniers , etc. Le commerce était fait par des Juifs, qui occupaient une rue entière, appelée la rue des Juifs , et aujourd'hui rue de l'Agriculture. Les chartes de franchises de 1293 et 1295 , mentionnent le cimetière des Juifs comme une des limites du territoire, et le traité fait en 1364, pour la réunion des deux bourgs, règlent les droits des deux seigneurs à l'égard des Juifs, qui leur payaient la permission de résider dans la ville. Le tarif du péage de Monlmorol fixe une taxe de 20 deniers par chaque Juif qui passait par ce bourg, venant de Lons-le-Saunier. Au xme siècle, on voit se multiplier les tanneurs, les cordonniers , les marchands de drap , de mercerie et les hôteliers.

Une verrerie se forma dans le lieu dit aux V errières , et une forge dans le Champ de la Forge. Le pèlerinage de Saint- Désiré , qui avait lieu surtout le 27 juillet, avait donné naissance à une vogue qui devint une foire importante, à laquelle affluaient les marchands de tous les pays. Du xiv6 au xvie siècle, le commerce lendit toujours à s'accroître , et cet état de prospérité ne cessa qu'avec la ruine de la ville , en 1637. Chaque corps de métiers formait une cor-

poratron, qui avait ses statuts, sa bannière , ses offices religieux. Le pouvoir municipal et même le parlement eurent souvent à intervenir pour réprimer les abus de ces confréries. Les repas dispendieux imposés aux récipiendaires, les traités faits pour maintenir les prix des marchandises à un taux élevé , les difficultés que l'on faisait pour recevoir les étrangers et éviter ainsi la concurrence, soulevèrent souvent des plaintes auxquelles on parvenait difficilement à faire droit. Les marchands trouvaient toujours le moyen d'éluder les taxes et la surveillance des magistrats.

Fortifications. Nous avons déjà parlé de l'enceinte qui entourait le castrum de Richebourg et de l'origine féodale des fortifications du bourg de Lons. Il ne reste plus de vestiges apparents de ces dernières, mais leur direction est indiquée dans différents titres des xne et xm° siècles. Les portes , les tours , des parties de murailles même , étaient inféodées à des familles nobles. La porte de Saint - Estève ou Saint- Etienne, qui s'ouvrait sur le chemin Ue Perrigny, donnait son nom à la famille dite de la Porte de Lons. 11 y avait aussi les familles du Chaffaut, de la Tour, etc. La tour près des boucheries était appelée le Fort de la Boucherie. Une autre tour, près de la maison de Balerne , était inféodée à une maison qui prit le nom de Balerne. En 1280, les murailles étaient encore debout, mais en mauvais état. Les ravages des grandes compagnies dans le comté de Bourgogne , et les invasions fréquentes des voulons (voleurs) de Louhans , dit un ancien manuscrit, engagèrent les habitants à solliciter de leurs seigneurs la permission d'élever une nouvelle clèlure. La comtesse Mar-

guerite de France écrivit en 1365 , à ses deux cousins , Philippe II de Vienne et Tristan de Chalon , pour les autoriser à réunir leurs deux bourgs qu'ils possédaient divisément, à élever des fortification s et à imposer une taille pour ce travail important. Le traité fait avec les habitants intervint en 1364. Nous en avons déjà fait l'analyse. On y lit que : « par les franchises et libertés données précédemment par les seigneurs de Lons, les bourgeois et habitants pouvaient fermer et mettre en fermeté cette ville ; qu'autrefois ils avaient usé de chaffauts (galeries ' de bois sur les murailles) et de portes , et qu'ils sont en possession de se clore de fossés, de terreaux et de palissades. » Les travaux de la nour velle enceinte étaient à peine commencés, qu'une bande errante de maladrins pénétra dans la ville , et l'incendia (1365). Ce fait est rapporté dans une charte de l'abbaye de Baume, de l'an 1367. La population , loin de se décourager , n'en poursuivit son œuvre qu'avec plus d'ardeur. Le creusage des fossés , la construction des murs coûtèrent des sommes énormes ; il fallait chaque jour faire de nouveaux emprunts près des Juifs , et à des taux exorbitants. Par un acte passé en 1375, en présence de Guillaume, seigneur de Rosay , de Guyot de Montmoret , châtelain de Pymont , écuyer , et de beaucoup d'autres gentilshommes , Odet du Chaffaut , Guyon , l'apothicaire , Perrenin Petit, clerc et Henri Vincent, prud'hommes et gouverneurs de Lons ; Gilet Othenin, Etienne Naquclin , Simon Garnicr , Jean le Bouvier , barniers; Etienne Nalet, Thomas de Pagny, Gillet Guillet, Etienne Carteron , Hugues de Binans , Gilet Vauchier, Etienne le Geôlier, d'Etir

val, agissant au nom de toute la communauté, « regardant et consi- » déranz la grande charge des ha- » bitants de la ville de Lons, les » grant missions, ouvraiges, pertes, » interest et deppens que Ton fait à » chascun jour audit lue, tant en » façons des terreaux de la ville, » la cloyson , les cbaffaul , les echif- » fes , combien d'argent mis et em- » ployé en autre grand édifiement » et missions pour lad. ville et aussi » regardant et considérant ce que » lesd. habitants furent obligés et • endeptés es mains des Lumbers » ( Lombards ou Juifs ) pour grant » somme d'argent et à grand monte, » au grand gect , péril et domaige » de lad. ville et des habitants de » yccllc , par grant délibération sur » ce eue et spécialement par le con- » seil et accort des plus grants et > meilleurs bourgeois et habitants , » et de tout le commun de la ville, » créèrent envers dame Guye de Toulouse , dame de Boruay , représentée par Jehan Giboz , son écuyer , une rente annuelle et perpétuelle de hO fr. d'or, moyennant la somme de 400 fr. qui fut prêtée à la ville. On voit par cet acte , scellé du sceau de la cour de l'official de Besançon et de celui de la cour de Hugues de Chalon - Arlay à Lons-le-Saunier , que les travaux n'étaient pas encore terminés en i 375. Le château aurait alors été bâti en même temps que l'enceinte de la ville , dont il devait èlre le principal boulevart. Avant de décrire chacune des parties de cette seconde enceinte , jetons d'abord un coup-d'œil sur l'espace qu'elle occupait, et rendons-nous compte de la partie de la ville qu'elle enveloppait. A partir de la tour qui était au sud- ouest du château, un mur se dirigeait à peu près au milieu de la rue actuelle du Palais, et jetait deux

branches , l'une contre le Château- Gaillard et l'autre contre la porte de l'Horloge, qui s'ouvrait sur la Grande-Rue. De celle porte , le mur se continuait de l'ouest à l'est jusqu'à la tour des Cordeliers ; de l'autre côté de celte tour, il décrivait un triangle , et remontait du sud au nord jusqu'à la porte Ottenin ou du Collège ; de cette porte , il se dirigeait contre une grosse tour, à l'extrémité de la rue de Balerne ; de cette tour, il revenait de l'est à l'ouest , à la porte du Maisel , et de cette porte au château. Il formait presque un carré parfait. Un chemin de ronde , large de 3 mètres , régnait sur tout le pourtour de l'enceinte. Dans ce circuit, se trouvaient comprises les rues actuelles du Commerce , de Saint-Roch , des Cordeliers , du Collège, de l'Agriculture , de la Comédie, de Balerne, le couvent des Cordeliers , les halles du Marché et de la Boucherie , la rue Traversière et le Château. Un large fossé baignait le pied des murs et était alimenté par» une dérivation de la Vallièrc , ainsi que par les eaux venant des Moulières. H y avait trois portes , précédées chacune d'un pont-levis, d'un pont en pierre , et fermées par des herses. L'une , à l'extrémité de la Grande-Rue , s'appelait porte du Maisel , porte Saint -Mi diel ou porte des Dames , parce qu'elle s'ouvrait sur le faubourg des religieuses de Sainte-Claire; l'autre , à l'entrée de la même rue, s'appelait porte de l'Horloge , et servait de beffroi ; la troisième , à l'extrémité de la rue du Collège, était appelée porte Ottenin ou du Collège , et s'ouvrait sur les chemins de Pannessières et Perrigny. La porle de l'Horloge se composait d'une tour carrée, haute de 18 mètres , et surmontée d'un dôme en plomb, qu'entourait une galerie

avec balustrade sculptée. Au-dessus du dôme, s'élevait une lanterne, renfermant des carillons à sonnerie harmonique. La grosse cloche de la ville était suspendue dans la tour.

■ Les seigneurs de la maison de Chalon , dit un de nos manuscrits , avaient placé un très bel horloge contre celte tour. Il était orné de ligures en relief par le dehors , aux armes, quartiers et alliances de leur maison , richement travaillées et dorées, portant son éclat jusque bien loin. » Endommagée par les troupes sous les ordre d'Assonville, en 1595, la tour de l'Horloge était encore en 1 679, un des plus beaux ornements de la ville. La démolition des maisons voisines rayant ébranlée, on crut devoir la démolir en 1759.

Celle qui existe actuellement au nord de la précédente , ne date que de 4 7 59 . Elle servait de corps-de-garde et de logement aux sergents de ville.

La porte du Maisel ou des Dames , était flanquée de deux grosses tours carrées, dont Tune à l'est servait d'hôtcl-dc-ville. Elle était percée de meurtrières et garnie de mâchicoulis. Une délibération du 15 avril 1716 en ordonna la démolition.

La porte OUenin, ée YEcole, du Collège, ou de Perrigny, était ouverte sous une seule tour à meurtrières. Sa démolition , commencée en 1731 , ne fut terminée qu'en 1737; ses matériaux servirent à la reconstruction du moulin de ta rue Neuve.

L'enceinte était flanquée de tours et de demi- tours carrées, placées à des distances inégales et de dimensions différentes. Il y en avait une entre le château et le Château-Gaillard, dont on ne connaît plus le nom.

La Tour du Canon s'élevait entre le Château-Gaillard et la porte de l'Horloge, au nord de la grande

place. Accensée en 1679 à M. Boy, seigneur de Saubief , pour quelques années seulement , elle fut cédée aux chevaliers de l'Arquebuse pour faire leurs exercices, et revendue par ces derniers en 1699. La ville la racheta en 1719 et la fit démolir, pour ouvrir la rue du Palais , alors en projet.

La Tour des Mussillons se trouvait entre la porte de l'Horloge et la tour des Cordeliers , à l'entrée de la rue Saint- Roch. Elle fut démolie en 1715, pour donner un débouché à celte rue sur la place de la Fusterie.

La Tour des Cordeliers , antérieure de plusieurs siècles aux fortifications de 1364, était de forme pentagonale et se divisait en trois étages. Le 9 avril 1402 , la ville flt un traité avec les Cordeliers, d'après lequel elle fut autorisée à construire un double escalier, pour communiquer d'une courtine à l'autre en traversant le 3° étage , à condition que les Pères seraient libérés des 33 florins d'or auxquels ils avaient été taxés pour leur part dans les frais de construction de l'enceinte; qu'ils recevraient 60 fr. comptant, cl qu'ils ne contribueraient jamais à l'entretien des murailles. En 1555, les échevinsprétendirentqu'ilsdevaient avoir les clefs de la tour, pour y aller quand bon leur semblerait. Jean Henrici , ministre de la province de Saint-Bonaventure , refusa de les remettre , sous le prétexte que les jeunes gens avaient fait du deuxième étage « une place à jouer à l'épéc, • et que d'une maison ecclésiastique on voulait faire « cam brade et bourdellerie. » Assez de scandales déjà avaient lieu dans le chemin de ronde, pour ne pas offenser davantage la pudeur des religieux. Les échevins insistèrent cl engagèrent un procès devant le parlement. Enfin, une Iran-

«action mit fin aux débats (1555).

Il fut convenu que les portes de la tour resteraient ouvertes en cas d'imminent péril de guerre , en temps de guet et lors du passage des princes. Le 15 décembre 1609, le bruit d'une invasion prochaine des Français s'étant répandu , le comte de Cbamplilte, gouverneur du comté de Bourgogne , décida que le marquis de Listenois , bailli et colonel d'Aval, entrerait àLons-le-S aunier avec un régiment ; que la compagnie de M. de Mont-Saint-Ligier, capitaine des élus du bailliage de Montmorot, y prendrait aussi garnison avec M.

de Roncbaud, chargé de commander aux retrahanls. M. de Pelousey, capitaine de la ville, chargé de visiter les fortifications, considérant la tour des Cordeliers comme le point le plus défensable , ordonna d'y établir un corps - de - garde. Le père gardien s'opposa à l'exécution de cet ordre et obtint un arrêt favorable du parlement. Cette tour, reliée par une galerie couverte à l'aile orienlale du cloître, avait plusieurs destinations.

Quelques religieux y avaient leurs cellules. Certaines chambres servaient à loger les aliénés et les jeunes gens de mauvaise conduite que les parents confiaient aux soins des Cordeliers. Convertie en prison pour les criminels et les prévenus politiques au temps de la révolution , t'est là que, dans la nuit du 25 au 26 mai 1795 , les terroristes de Bourg, envoyés à Lons-le-8aunier pour être mis eh jugement, furent assassinés par une bande d'hommes masqués et inconnus , qui avaient escaladé le mur de clôture du couvent. Elle a été démolie le 24 juillet 1829.

La Petite Tour des Cordeliers était derrière l'église des religieux. Elle fut détruite par les Français en

La Tour du Ravelin s'élevait à l'angle nord-est des maisons de la rue de Balerne. On la considérait comme très forte. Elle portait à son angle saillant une guérite en pierre, assise sur un cul-de-lampe faisant saillie sur le mur. Démolie à différentes époques , on voyait encore des vestiges de celte tour, il y a peu d'années, à l'angle sud «est du jar-i din de l'école normale des institutrices.

La tour de Balerne se trouvait presque en face de la rue de ce nom.

Elle a été rasée en 1730.

Chaque côté de l'enceinte avait une longueur d'environ 100 toises.

Les murs avaient 20 pieds de hauteur et 2 pieds et demi d'épaisseur.

Les fossés qui entouraient la ville, comblés par ordre de Louis XIV, de 1674 à 1678, furent accensés à perpétuité , à partir de 1725 et dès l'an 1749 , s'élevèrent sur leur emplacement, partie de la rue du Palais, la rue Lafayette, les maisons qui bordent la place à l'est depuis l'angle de la rue Lafayette jusqu'au corpsde-garde, le chantier de bois de chauffage (aujourd'hui le palais de justice et les prisons), et les maisons au sud de la place d'armes.

Le bourg de Saint-Désiré n'était point clos de murs. En 1757, on y reconnut des vestiges de fossés et d'une clôture en palissades. Il y avait deux portes, appelées, l'une la porte de Courbouzon , et l'aulre porte de Saint-Lazare.

La première était flanquée de deux tours, et se trouvait entre les jardins de la préfecture et l'ancienne école des Frères de la doctrine chrétienne. Déjà bâtie en 1 595 , elle fui démolie en 1718.

La seconde, élevée en 1627, à l'extrémité occidentale de la ru«

Saint-Lazare , se composait aussi de deux tours , dont la destruction eut lieu en 1716 et 1718.

Le 18 juin 1667 , le vicomtemayeur et les échevins présentèrent une requête à la cour, pour établir deux nouvelles portes , l'une à rentrée du faubourg de la Fusterie , et l'autre à celle du faubourg du Louvatan. M. Marc de Monlaigu , seigneur de Boutavant, fut appelé à donner son avis , qui fut favorable ; alors on fit marché avec deux maçons de Lons-le-Saunier , originaires de Savoie, pour faire ces constructions.

La première existait près du Séminaire , et la seconde , appelée porte de Saint- Amour ou du Louvatan , roche du moulin de la rue Neuve , l'entrée de la rue Saint-Antoine.

Elles ont clé démolies en 1728.

Etat de Lons-le-Saunier du xve au xvne siècle. La construction du château et de la nouvelle enceinte changèrent complètement la physionomie de Lons-le-Saunier. De l'ancien bourg , on ne comprit dans les murs que les boucheries , les halles, la grande et la petite rue de Balerne, et la rue des Juifs. Les rues des Bernes, de Laubepîn , de Richebourg, ne composèrent plus qu'un faubourg habité par des cultivateurs cl des vignerons. On l'appela le faubourg de Richebourg. Une nouvelle rue se forma au bord de la roule de Poligny, depuis la porte du Maiacl jusqu'à l'abbaye de Sainte-Claire, et reçut le nom de rue ou faubourg des Dames. Un hameau se développa sur les deux côlés du chemin de Montmorot (aujourd'hui la rue des Charrons), et fut appelé le Faubourg du Louvatan. Il se trouvait placé sous la protection du château. Les habitations dispersées sur le bord du chemin de Monlaigu , proche du couvent des Cordelicrs, devinrent

le faubourg de la Fusterie. Le bourg de Saint-Désiré resta dans son étui ancien. Dans l'inlérieur de la ville , la rue de la Tisserie, celle des Cordeliers , la rue de l'Epicerie ou des Arcades , recouvrirent des terrains précédemment en culture. Un vaste espace marécageux , qui s'étendait entre la porte de l'Horloge, le bourg de Saint-Désiré et le faubourg de la Fusterie , devint une place , sur laquelle les revendeurs étalaient chaque matin leurs marchandises.

Le ruisseau qui la traversait fut rempli de viviers que les marchands de poissons louaient du seigneur.

Les nombreux chemins qui aboutissaient à Lons-le-Saunier, en rendirent le commerce très actif, et firent de celte ville un lieu de passage très fréquenté par les marchands. La route de Chalon et de Louhans, qui passait par la rue des Charrons , le Pontot et au pied de la montagne de Montmorot, celle de Poligny, de Besançon par le Pin, celle de Dole par Sellières, d'Orgelet par Monlaigu , de Clairvaux et de Saint Claude par Conliége, deCharapagnole par Crançot, de Lyon par Montciel , rendaient les communications si faciles, qu'on avait surnommé Lons-le-Saunier Lyon-le- Boutier. La plupart étaient soumises à des péages créés d'abord par l'abus de la force , favorisés par la position topographique, et enfin passés en usage. Deux sortes de droits se payaient à Montmorot, l'un appelé le Péage d' Jugerons , et l'autre lu Rouage. Le premier se percevait sur chaque balle de laine , de fustaine -, de mercerie et d'épicerie, sur lea draps, les harengs, la cire, les balles d'acier, les chevaux et les.

juifs. Le second se percevait depuis l'entrée du territoire de Montmorot jusqu'à la limite de celui de Lons-*

Je-Saunier; il était dû par les hommes à pied ou à cheval qui passaient sur la planche de Saubief. Un impôt, dit le Méconnais y se percevait sur les futailles qui étaient conduites de la montagne dans la plaine.

Les marchés et les foires attiraient une grande affluence d'étrangers. De nos temps, où le commerce étale chaque jour les productions brillantes et merveilleuses de l'industrie humaine , on a peine à se ligurer ce qu'étaient nos foires au moyen-âge. C'était une époque de jouissances, de surprises, de vives émotions : on en attendait l'arrivée avec impatience ; on s'y préparait longtemps auparavant ; marchands étrangers et bourgeois, baladins, charlatans, cabaretiers, filous, tous y accouraient à l'envi. C'est là qu'on mettait au grand jour les produits de l'industrie, que de sombres boutiques cachaient le reste de l'année, ou qu'on y cherchait même inutilement.

Il faut maintenant voir l'industrie , les métiers et les corporations d'artisans de Lons-le-Saunier à cette époque. La ville était loin d'avoir ces rues larges, ces places bien aérées , ces beaux magasins qui en font aujourd'hui l'ornement. Le rapprochement des boutiques, le peu de largeur des maisons et des rues, permettaient aux marchands d'appeler l'acheteur chez eux avant qu'il eût quitté l'étal du voisin. Les artisans d'une même profession étaient alors tous près les uns des autres. C'est ainsi que les tisserands (fabricants d'étoffes de laine , de fil et de lin), étaient réunis dans la rue de la Tisserie ; les charrons , dans la rue de la Charronnerie ou des Charrons; les fabricants de tonneaux , de cuves , de seaux et autres meubles en bois, dans la rue

de la Fustcrie. Ceux qui, par leurs travaux , avaient besoin de l'eau de la rivière , comme les tanneurs , les mégissiers , les teinturiers , les foulons, étaient réunis sur les bords de la Vallière. A la fois amis et rivaux, ces artisans voisins et membres de la même confrérie, étaient toujours aux aguets de ce qui se passait autour d'eux. Les boutiques des épiciers et des merciers occupaient les deux côtés de la rue des Arcades. Elles étaient surtout fréquentées par la noblesse et les gens de la cour du seigneur. Les merciers tenaient alors les articles de parure , les parfums, les soieries du Levant et de l'Italie, les fourrures, les fins tissus, les broderies en or ou en perles, et une foule d'instruments, d'objets de lnxc et de nécessité. Les regratiers ou revendeurs de légumes, de fromages, de fruits , de poisson , de cire , de môme que les fripiers, avaient chacun une place spéciale assignée pour leurs étalages. Les tavernes étaient surtout dans les faubourgs et dans le bourg de Saint-Désiré. Toutes les boutiques se fermaient le soir quand la cloche du beffroi avait sonné te couvre-feu. Le jeudi, la ville offrait le spectacle d'uu mouvement extraordinaire. Le petit commerce cessait dans la plupart des quartiers, pour se concentrer aux halles. C'est en ce lieu seulement, que ce jour-là beaucoup de métiers pouvaient vendre les objets de leur industrie; obligés de fermer leurs boutiques et de se transporter aux halles, ils louaient du hallier qui percevait le tonlieu au nom du seigneur, des étaux ou des huches pour l'étalage de leurs marchandises ; les boulangers , les drapiers , les tisserands , les tanneurs, y étalaient leurs pains, leurs étoffes, leurs cuirs, tandis que petits fripiers, savetiers, et au-

1res vendeurs de vieux , étalaient par terre les hardes et chaussures pour le menu peuple. Les bouchers ne pouvaient vendre qu'aux halles de la boucherie. Us formaient une corporation puissante et ancienne.

Ce qui prouve en effet son ancienneté , c'est qu'elle .avait conservé quelque chose de l'organisation donnée par les empereurs romains aux corporations des bouchers dans les villes. Chez les Romains, les familles une fois vouées à l'état de boucher, y demeuraient forcément affectées et ne pouvaient plus le quitter ; leur qualité se transmettait de père en fils ; ils formaient donc une classe entièrement séparée du reste de la bourgeoisie. Voilà à peu près comme nous trouvons la boucherie de Lons-le-Saunier , à l'époque où les actes publics constatent son existence corporative , étant exercée alors exclusivement par un certain nombre de familles, qni transmettaient leurs étaux comme un héritage à leurs descendants. Plusieurs arrêts du parlement de Dole intervinrent pour atténuer les effets du monopole exercé par ces familles.

Aux xv* et xyi° siècles , il existait dans cette ville de huit à dix corporations industrielles, placées sous la protection d'un saint. On y comptait les confréries de Saint-Joseph, pour les charpentiers; de Saint Hémobon, pour les tailleurs et couturiers ; de Sainte-Barbe, pour les marchands; de Saint - Antoine , pour les bouchers; de Saint-Sévère, pour les tisserands; de Saints - Crépin et Crépinien, pour les cordonniers ; de Saint- E loi, pour les forgerons ; des Quatre-Couronnés . pour les maçons et les tailleurs de pierre, et de Saint- Vernier, pour les vignerons.

La corporation des avocats avait pour patron, saint 1res; celle des pro-

cureurs, saint Nicolas; celle des musiciens , sainte Cécile ; la milice bourgeoise, saint Sébastien .

Les confréries religieuses y étaient multipliées à l'infini ; nous les indiquerons plus loin.

Parmi les familles nobles, on comptait au xv* siècle , celles des Fauquier, des Mercier, du Pin , des Pymorin , des Mellet de Frontenay, des Montaigu, des Sugny, des Cbaussin , des Louverot , des du Tartre , des Portier, des Boujailles, des Bonvilain. Plusieurs nobles avaient les degrés de bacheliers, de licenciés ou de docteurs en droit. La bourgeoisie y était riche et nombreuse.

Des docteurs en droit, en médecine, des orfèvres, des apothicaires, des chirurgiens , des avocats , des procureurs, des notaires occupaient les fonctions municipales. Beaucoup de légistes étaient baillis ou châtelains des seigneuries environnantes. Plusieurs , telles que les Fauquier, les.

Grivel , les Mercier , les Roillard , devinrent conseillers des ducs de Bourgogne et membres du parlement.

Ouerres et Sièges. On ne possède aucun détail , en ce qui concerne Lons-le-Saunier, sur les guerres soutenues par le comte Etienne II , soit contre Thiébaud , abbé de Baume , soit contre le duc de Méranie. Nous n'avons même pu découvrir qu'un seul titre qui soit relatif à l'invasion, de Louis XI.

Il consiste dans des lettres-patentes accordées par ce roi à Hugues Portier, dit de Frolois, et datées au Plessis-les -Tours , du 2fc avril 148.0. Cet acte commence ainsi:

< Loys , par la grâce de Dieu , roy de France , scavoir fascons à tous présens et à venir, que nous ayant considération à ce que nostre amé et féal conseiller Hugues Portier,

dit de Frotois, natif de la ville de Lons-le-Saunier en nostre conté de Bourgogne , s'est puis un an en ça ou environ , libéralement porté et employé en nostre service, et de son pouvoir nous a aidé et servi au recouvrement et réduction en notre obéissance de la cité de Besançon et de la dicte ville de Lons-le-Saunier et de plusieurs bonnes et fortes places, seigneuries, baronnies et capitaineries de nostre dit conlé de Bourgogne.... sur ce nous a supplié et requis pour ces causes , et pour la sûreté de lui et de ses héritiers, avons octroyé et octroyons, voulons et nous plaict, que les biens dont il jouitet pourra jouir, en cesluy nostre royaume, il puisse tenir et posséder ainsi que bon lui semblera tout ainsy que s'il esloit natif de nostre royaume, et quant à ce, Pavons habilité et habilitons de grâce espécial,etc. » En 1493, à l'exemple de Dole, de Salins, les habitants de Lons-le-Saunier chassèrent la garnison française qui occupait la ville et le château. L'empereur Maximilien leur adressa une lettre très flatteuse , pour les remercier de ce qu'Us avaient généreusement secoué le joug des Français. Nous avons déjà raconté les désastres causés , en ib78, par les troupes du duc d'Alençon , autour de Lons-le- Saunier , et leurs tentatives infructueuses contre cette ville. Henri IV, ;iprès avoir soumis Foligny, Salins, Arbois, vint mettre son camp devant Conliége (18 août 1595) et somma les habitants de Lons-le-Saunier de se rendre. Les échevins , jugeant la résistance impossible, lui envoyèrent une députalion pour discuter les articles d'une capitulation. Le roi promit verbalement de maintenir la ville dans ses libertés , franchises et privilèges anciens, à condition

qu'elle recevrait une garnison et qu'on lui paierait une somme de 25,000 écus , « pour subvenir à ses plus urgentes affaires. » Le lendemain , il publia un règlement , contenant les dispositions suivantes :

1° Le sieur d'Assonville, lieutenantgénéral de S. M. dans la partie du comté de Bourgogne située en deçà du Doubs , sera respecté et honore comme le roi lui-même, dans la ville de Lons-le-Saunier, dans le château et le reste de son commandement , et obéi en ce qu'il commandera pour le service de sa Majesté ; 2° le sieur de la Forest, mestre de camp d'un régiment français , sera gouverneur de la ville et du château , sous l'autorité du sieur d'Assonville, selon le pouvoir qui lui en a été dépêche ; 3° les six compagnies du régiment du sieur de la Forest et deux autres du sieur de Vaubécourt, composées de cinquante hommes chacune , tiendront garnison dans la ville, vivront de gré à gré, sans désordre ni violence contre les habitants, à peine de la vie , et ne prendront aucune chose qu'en payant ; 4° de l'une des six compagnies , à tour de rôle , il en entrera tous les jours 20 hommes en garde au château , sous le commandement du capitaine ou du lieutenant de la compagnie. Une nouvelle députation retourna près du roi et soumit à sa signature les articles suivants , qui furent tous acceptés : 1° Les habitants seront conservés dans les droits , litres et franchises qui leur ont été concédés précédemment par leurs seigneurs ; 2° la garnison qui sera mise dans la ville par Mgr. le connétable de Montmorency, se contiendra modestement en la discipline militaire , sans attenter aux personnes ou aux biens , et se contentera du logement , sans pouvoir

exiger aulre chose ; 3° pour la nourriture.des soldats, il sera fourni des denrées , dont la valeur viendra en diminution des 35,000 écus; &° les actes d'hostilités exercés parles garnisons voisines cesseront dans tout le ressort de Montmorot ; 5° les biens et les personnes seront respectés et protégés, en quelques lieux qu'ils soient ; 6° passe-port général sera accordé aux habitants , pour aller, venir, traiter et négocier dans tous les pays de S. M., comme cela avait lieu avant la rupture de la neutralité; 7° la somme de 25,000 écus sera payée par tous les habitants du ressort du bailliage de Montmorot , lesquels participeront aux effets de la capitulation ; 8° plusieurs bourgeois se proposant de quitter la ville pour aller chercher fortune ailleurs, pourront le faire librement ; il leur sera permis d'emmener leurs femmes, leurs enfants , leurs familles, leurs meubles, de vendre leurs maisons et leurs autres biens , en laissant toutefois des objets suffisants pour répondre de la part à laquelle ils seront taxés dans la contribution des 25,000 écus. Avant de partir , Henri IV, pour éviter toute difficulté, ordonna que 5000 écus seraient versés entre les mains du baron d'Assonville , pour le paiement de ses troupes pendant deux mois , et que les 20,000 écus restants serviraient au paiement des régiments suisses de Baltazard et de Gallaly. Dès que le roi se fut éloigné, d'Assonville abusa de ses pouvoirs illimités et exerça le plus affreux despotisme. Non - seulement il fit vivre ses huit compagnies de gens de pied à discrétion dans la ville , mais y fit encore entrer les compagnies des capitaines Limonet et Stallien , la compagnie d'arquebusiers à cheval du capitaine Lagrange et sa

compagnie de gens d'armes de ses gardes , qu'il habilla de ses livrées aux frais des habitants. Il permit à ces différentes troupes « toutes sortes de violences, volleries, forces et cruautés. » Le 22 août , il publia plusieurs ordonnances , pour défendre aux bourgeois de porter des épées et de sortir hors des murs sans sa permission , sous peine de mort. Il prit dans les maisons 150 quintaux de blé, 100 queues de vin , des draps , des marchandises , des armes, sans en offrir le paiement. A chaque instant ses soldats arrêtaient les plus notables bourgeois sous le moindre prétexte , et ne les rendaient à la liberté que moyennant une forte rançon. M. de Balay-Marigna , capitaine' de la milice bourgeoise, s'étant permis de se promener un jour, l'epée au côté , fut arrêté et enfermé au château. Ses amis ne purent obtenir son élargissement, après plusieurs jours de détention , qu'en payant une somme de 6000 fr. Fatigué de ces vexations, M. de Balay résolut de quitter Lons-le-Saunier pour se retirer à Mangna. Il monta à cheval et cacha ses armes sous ses vêtements.

Arrivé à la porte de Saint-Désiré , cinq ou six soldats , cachés derrière celte porte, sortirent tout-à-coup , s'emparèrent de sa personne et le déclarèrent prisonnier de guerre.

On l'enferma de nouveau au château.

D'Assonville permit à son maître d'hôtel et à ses autres domestiques de fouiller les tombes qui étaient dans l'église des Cordeliers et de prendre ce qu'ils y trouveraient. Ils ouvrirent celles des princes d'Orange, et renversèrent les cendres et les os qu'elles renfermaient, dans l'espoir d'y découvrir quelque trésor. Le père gardien , prévenu de ces profanations , alla se plaindre à

(TAssonville , mais ce dernier menaça de le faire pendre , s'il ne surtait immédia te m en tde la ville, ce que le bon Père s'empressa de faire. Les lieui saints furent si peu respectés, que l'église de Saint-Désiré servit d'écurie pour les chevaux de la compagnie du capitaine Lagrange. « Si ceux de la ville ont été contraints de souffrir des cruautés et insolences, porte une requête présenlée au roi en 1596, ceux du plat pays des environs ne furent pas plus à leur aise, à cause des exactions et extorsions qui ont été commises sur eux. »

D'Assonville, de son autorité privée et sans l'aveu du roi , jeta une contribution sur Lons-le-Saunier et les villages voisins, de 25 à 30,000 écus, qui devait tourner exclusivement à son profit. Les habitants de Conliége n'ayant pu réunir assez tôt la somme pour laquelle ils furent imposés , ce féroce général marcha sur leur bourg avec ses gens de guerre, le pilla et l'incendia entièrement. L'église seule resta debout.

• Assonville (écrivait de Salins M.

Merceret à M. de Champagncy), qui commande à Lion-le-Saulnier, se fortifie à toute reste , traictant très mal les y habitans, mesmes aux principaux leur fait pourler la hotte. »

M. de Froissard , de son côté, écrivait de Dole : « Sont ceulx dud.

Lion-le-Saulnier, si mal traictés, que ceux qui peuvent en distraire leurs femmes et enfans, s'en retirent, voyant que leurs personnes sont asservies , et ne leur reste aulhorité sur leurs biens. » Les cantons suisses se décidèrent à envoyer des ambassadeurs à Henri IV, pour l'engager à renouveler la neutralité avec le comté de Bourgogne. Cette négociation réussit. Par un traité signé à Lyon , le 23 septembre 1595 , il fut convenu : « 1° que la neutralité sti-

pulée au mois de mars 1580, serait entretenue et observée; que le roi de France et le roi d'Espagne ne pourraient réciproquement envoyer des gens de guerre dans les pays compris dans le traité de'neutralité pour les endommager; 2° que tous gens de guerre étrangers seraient retirés des places des pays de la neutralité dans quatre semaines et lesd.

places rendues aux gouverneurs des provinces sans rien emporter de ce qui appartenait à L. M. et à leurs sujets , et sans qu'on pût pendant ce temps , fortifier les places ni en augmenter les garnisons ; qu'aucunes hostilités ne seraient commises ; que les soldats vivraient doucement dans les places hors ceux de Lonsle-Saunier, qui se contenteraient de ce qui avait été reçu en argent ou promis, et que le commerce serait libre ; 3° que lorsque les articles seraient ratifiés par le gouverneur et le parlement de Franche-Comté , les gens de guerre français seraient retirés et les places remises trois jours après, excepté celles de Lons-le-Saunier, Jonvelle, JusseyetFaucogney, qui ne seraient rendues que dans quatre semaines; k° que tous prisonniers faits de part et d'autres seraient rendus sans rançon, à moins qu'ils n'en eussent composé; que les sieurs de Nontrond , maire d'Arbois , et le sieur de Narigny (Harigna) , maire de Lons-le-Saunier, ayant été faits prisonniers au préjudice des traités , il serait député par S. M.

T. C. deux personnages pour juger s'ils étaient de bonne prise , etc. »

Aussitôt que d' Assonville connut ce traité , il prévint les habitants qu'il avait l'intention de quitter le service du roi de France , pour prendre le parti du roi d'Espagne , et que si on voulait lui donner ou lui promettre une somme raisonnable , il

quitterait la ville de suite , sans attendre les quatre semaines stipulées dans la neutralité. Sa proposition n'ayant pas été accueillie , il réclama, 1° 2525 écus pour le paiement de sa compagnie de gens d'armes de ses gardes ; 2° 3000 écus pour sa vaisselle d'argent qui lui avait été enlevée à Chàteau-Chalon ; 3° i 100 écus pour frais de voyage ; 4° 1 300 écus pour solde de ses autres troupes. Apprenant que Ferdinand de Valesco , connétable de Castille, s'avançait avec des troupes nombreuses pour le chasser, il fit enlever au milien de la nuit douze à quinze bourgeois des plus notables et des plus riches de la ville , les réunit dans la maison de Nicolas Petite, et à trois heures du matin , les fil conduire avec M. de Marigna , par un de ses capitaines, dans les prisons de Loubans. 11 prétendait les garder comme otages de ce qui lui était dû.

Du nombre des prisonniers étaient Jean Mercier, docteur en droit , lieutenant-général au bailliage de Monlmorot , Claude Hoquet , Gilbert Grivel , Jean Roi l lard , seigneur de Mantry, Pierre Amyot, Philibert Jeannin , Antoine Mutey , orfèvre , etc. Huit jours après l'arrestation , un capitaine vint à Loubans avec le notaire Boy, pour engager les prisonniers à payer ce qui était réclamé par d'Asson ville. Sur leur refus, ils furent conduits dans les prisons de Chàlons-sur-Marne. On leur prit en route leurs chevaux , leurs voilures , leur argent ; on les fit marcher à pied et on les maltraita tellement , que deux d'entre eux moururent en route. Le connétable de Castille approchait toujours. Le 6 octobre , d'Assonville dut songer à se retirer, mais dans sa fureur, en quittant la ville , il y mit le feu. L'église et le prieuré deSaint-Désiré, le cou-

vent des Dames de Sainte-Claire, l'hôpital du faubourg, la porte de l'Horloge, le château , l'hôtel-de-ville , et plus de 300 maisons dans les faubourgs furent brûlés. Le connétable de Castille entra dans Lons le Saunier avec 25 compagnies. Me pouvant pardonner à cette ville de s'être rendue à Henri IV sans combattre, il s'y montra aussi cruel qued'Assonvilie. Les parents des otages pris par ce dernier, insistaient pour que la commune payât ce que le baron réclamait.

Le 6 novembre 1596 , les habitants présentèrent une requête au conseil privé du roi , pour être déchargés des prétentions de d'Assonville , et obtenir la mise en liberté des otages.

Ce conseil accueillit la demande et ordonna que d'Assonville serait assigné ; mais le baron était introuvable , il avait quitté la France.

Rencontré cependant un certain jour à Paris , un huissier parvint à lui remettre son assignation. Une longue procédure s'engagea et allait avoir sa solution, lorsque le baron déclina la compétence duconseil. Le roi évoqua l'affaire le 16 septembre 1598, et nomma des commissaires pour la terminer. Enfin , par une sentence rendue le k décembre 1598, Henri , duc de Montmorency , pair et connétable de France, de l'avis des ducs de Bouillon , de Joyeuse, de Brissac, maréchaux de France, ordonna que les prisonniers seraient remis en liberté , à charge de payer leur dépense et de compter à d'Assonville 4000 francs. Ainsi, les malheureux prisonniers restèrent détenus plus de trois ans ; plusieurs étaient morts de chagrin et de souffrances. Nous avons insisté sur tous ces faits encore inconnus, pour détruire toutes Ips fables débitées sur Henri IV par l'historien Courbe et ceux qui l'ont suivi. On a dit que le baron de Py-

morin (Benoll Charrelon , seigneur de CUassey ) , avait été obligé de se sauver sous un déguisement, pour éehapper à la colère du roi , tandis qu'il est certain qu'il n'a pa? quitté la ville et que les officiers français lui offrirent un cadeau , comme un témoignage de leur estime pour sa personne. Au moment de l'entrée des Français à Lons-le-Saunier , en

1 595 , il y avait 479 ménages. Les familles nobles étaient celles des Berthin , des Pelissonnier, despourlier, des Benoit, des Magnin , des Glannc, desCbarreton, des Clément, des de Saubier , des de Balay , des Marécbal et des Grivel. Il y avait 66 vignerons , 34 cordonniers , 29 marchands, 10 notaires, 10 procureurs postulants au bailliage de Montmorot , 9 docteurs en droit, 4 huissiers, 3 sergents, 10 bouchers, 8 tanneurs, 6 barbiers-chirurgiens,

2 docteurs en médecine, 1 apothicaire , 7 charpentiers , 4 maréchaux, 4 selliers, 3 menuisiers, 1 pâtissier, 2 hôteliers , 2 armuriers, 2- bourreliers , 3 serruriers , 3 cordiers, 2 drapiers, 4 maîtres -maçons , 2 teinturiers , 2 meuniers , 1 magnin, un potier de cuivre, 1 quincaillier, 1 coutelier et 1 joueur d'instruments. Dans la taille qui fut jetée en 1609, pour solder la contribution exigée par Henri IV, quelques riches furent taxés à 1000 écus, les bouchers à 400 écus et les vignerons à 10 écus.

Lons-le-Saunier s'empressa de s'engager en 1636, avec les autres villes de la province, pour l'emprunt de 100,000 écus, que les commis des Etats proposèrent de contracter, afin de mettre le pays en état de repousser l'invasion française qui paraissait imminente. Dès que le prince de Condé eut mit le siège devant Dole, on envoya deux compagnies du ré-

giment de M. de Laubespin , à Lonsle-Saunier, sous les ordres de M. de Reculot de Colonne, et Merceret de Salins, leurs capitaines (juin 1636).

Quelques jours après, arriva M. Maître de Salins, alors sergent-major du régiment de cavalerie de Saint- Mauris, qui se hâta de lever une compagnie dans le ressort de Montmorot. Le 1 5 juillet , le marquis de Conflans et le conseiller de Beauchemin envovèrent l'ordre de remettre un canon qui était dans la tour de la porte de l'Horloge , pour l'envoyer à Dole. Celle belle pièce d'artillerie, du poids de 2075 livres, avait été donnée avec ses roues et ses affûts par Jean de Chalon-Arlay IV, et était décorée de ses armes. Elle pouvait contenir 15 livres de balles et valait 2000 francs. Le bruit s'étanl répandu que les Français allaient attaquer Lons-le-Saunier, M. de Lezay accourut dans cette ville et y prit son quartier avec 200 hommes (août 1636). Il fut remplacé par le colonel de Goux, qui arriva le 21 novembre avec son régiment et son état-major, et resta en garnison jusqu'au 1 5 avril suivant. La population succombait sous le poids des charges.

Il fallait non-seulement loger les soldats , mais encore les nourrir, les payer et leur fournir du vin à discrétion. Au mois de décembre, le marquis de Conflans vint établir son quartier général à Lons-le-Saunier.

Il était accompagné d'un régiment entier d'infanterie, du comte de Bus solin , son fils, de M. de Brun, procureur général au parlement et de plusieurs des conseillers commis au gouvernement du comté de Bourgogne. M. de Beauchemin n'approuvait pas le choix de cette place, comme centre des opérations militaires. Sa position sur les frontières d« France , le mauvais état de ses

murailles pouvaient chaque jour exposer les chefs à une surprise. Le marquis et le procureur général persistèrent dans leur résolution.

Dès le mois de janvier 1637, on dirigea des courses contre Cuiseaux , Savigny, Dortans et d'autres châteaux de la Bresse. La défaite éprouvée devant le château de Cornod, le 13 mars 1637, eut les suites les plus funestes. Près de 600 hlessés furent ramenés à Lons-le-Saunier.

La plupart des chefs avaient été tués ou faits prisonniers. Le 1 6 mars, le colonel de Raincour arriva avec six compagnies de son régiment, pour défendre cette ville , menacée d'un siège très prochain. Le 31 mars , le marquis de Conflans envoya encore le baron de Vatteville, avec tout son train , mais le séjour de ce dernier fut de courte durée. M. de Raincour s'attira la haine des habitants par ses vexations continuelles. Il les accablait de corvées , pour réparer les murailles et curer les fossés. Ses insistances pour incendier les faubourgs avant l'approche de l'en nem i , ses manières hautaines envers le magistrat , sa rigueur à exiger la solde de ses troupes, le faisaient considérer comme un impitoyable tyran. Un combat sanglant se livra le 2 avril, entre les troupes auxiliaires et les Français, au bourg de Sainte-Agnès. Les blessés encombrèrent toutes les habitations de Lonsle-Saunier. Au mois de mai , le capitaine de Magny vint avec 200 chevaux se réunir au régiment de M. de Raincour. A la fin de juin , le duc de Longueville attaqua le château de Savigny et se présenta ensuite devant Lons-le-Saunier. M. de Raincour , à son approche , ordonna de brûler les faubourgs. Les flammes , poussées par un vent violent, gagnèrent une grande partie de la

ville et causèrent d'immenses ravages (2b* juin 1637). Les Français marchaient déjà au milieu des ruines lorsqu'ils s'emparèrent de la place.

Us accordèrent une capitulation honorable aux habitants, à condition qu'on leur paierait une somme de 80,000 francs. Celte somme n'ayant pu être réunie, les plus riches bourgeois furent faits prisonniers et emmenés en otages; les pauvres furent massacrés. Les soldats pillèrent les maisons , les églises et ensuite les brûlèrent (27 juin ). Le couvent des Cordeliers, entouré de jardins et d'une forte muraille, avait été préservé , mais le dimanche 28 juin , M. de Longueville y fit mettre le feu, et ce beau monument s'écroula dans les flammes. « M. de Raincour, dit M. de Reauchemin, se retira dans les masures du château qui ne pouvait brusler, car il estoit descouvert et sans aucuns planchers de bien long temps. Le marquis (de Saint-Martin) accourut à sa cavalerie bourguignone et lorraine, pour secourir Raincour. (II était déjà à Quingey avec 3000 hommes tant d'infanterie que de cavalerie) et l'eut secouru , si le duc (de Lorraine) ne l'eut contremandé et protesté contre luy :

car Longueville mesprisoit les masures où était Raincour et son bagage s'estoit advancé pour marcher, et toute son armée estoit peslc-mesle, soldats et bagages ensemble, en totale confusion sans crainte de nos troupes , pour ce qu'elles estoient esloignées de huit lieues. »

t Rincourt se maintint huict jours et plus dans ses masures, entassé dans icelles avec ses gens et composa lorsque les vivres et les munitions de guerre leur manquèrent , et comme en sa composition qui lut très honorable, fut dit seulement , qu'il seroit envoyé et remy dans les

terres du roi d'Espagne, Longucvillc le fit conduire avec son régiment (qui restoila peu près entier) partout le travers de la France jusques en Espagne, d'où le roy le renvoya par mer en Italie , et arrive en Italie, il s'y signala et mourut combattant vaillamment à la prise de Verceil. »

Lorsque les Français furent partis , les habitants des campagnes voisines , attirés par l'espoir du butin, vinrent par bandes dans la ville enlever tout ce qui s'y trouvait. M. de Lacuzon amena luimême à ce pillage les paysans de Montaigu. Les Cordeliers , les Capucins furent les premiers éclaireurs qui rentrèrent à Lons-le-Saunier (1639 à 1641). Quelques familles échappées à la peste et au massacre ou à la captivité, après avoir vécu quelque temps dans les bois et les cavernes , vinrent chercher un asile dans l'intérieur des murs du château. D'autres se construisirent des baraques en bois à Penlour. En 1642, il y avait déjà 500 hommes et autant de veuves et d'orphelins. Après la signature du traité de neutralité (t 642), plusieurs familles expatriées en Suisse, en Savoie, se hasardèrent à revenir dans leur ville natale, mais elles n'y trouvèrent point le repos. Les garnisons françaises établies à Saint- Laurent-la-Roche , à Bleltcrans, à Courlaoux , entraient à chaque instant à Lons-le-Saunier, menaçaient de s'en emparer et insultaient la population. Au mois de décembre 1645, le magistrat fit publier un édit, d'après lequel toutes les personnes éloignées devaient rentrer dans la ville , sous peine de confiscation de leurs biens. Un certain nombre de maisons en bois étaient déjà construites , lorsqu'un nouvel

incendie éclata et se répandit avec une effrayante rapidité sur cette surface inflammable (1646). Le 12 mars 1647, les communautés du ressort de Montmorot furent requises d'envoyer des hommes avec des pioches et des paniers, pour enlever les décombres qui obstruaient tous les passages. Les maisons n'étaient alors , selon un auteur comlemporain, que des nids de serpents, et les fossés , une batandière de sauvageons. La municipalité supplia la cour d'accorder un répit de quelques années pour payer les 80, 000 f.

de dettes contractées en 1636 et 1637 pour la solde des troupes , en exposant que la population était décidée à retourner vivre dans les bois, si on ne suspendait pas les poursuites des créanciers. Cette demande fut accueillie et les délais furent prorogés à chaque échéance. De 1651 à 1653, on s'occupa de faire relever les murs , les tours et de fermer les brèches. La paix ne dura pas assez longtemps pour permettre à la ville de réparer ses pertes et d'oublier ses infortunes. Après la mort de Philippe IV, Louis XIV prétendit que la Franche-Comté devait revenir à sa femme, fille aînée du défunt. Au mois de mai 1667, le maire proposa de murer la porte des Dames et le guichet , d'élever quelques murailles, barrières et tranchées au faubourg du Louvatan ; de revêtir de gabions la tour du Canon, et d'acheter des piques, de la poudre, du plomb et des armes. Le 9 juin suivant , le marquis d'Ienne et le parlement, ordonnèrent de mettre la milice sur pied et de l'équiper. Dès le 27 décembre , ou fit le guet de jour et de nuit au clocher de Sainl- Désiré. Aussitôt que la ville de Dole eut capitulé (1 4 février 1 668), Lonsle-Saunier fit sa soumission et obtint

une sauvegarde par l'intermédiaire de M. le comte deBissy, qui , en récompense reçut à titre de cadeau un cheval et de la vaisselle d'argent.

M. de Belot de Chevigney était alors maire de la ville.

Le 25 février, le marquis de Noisy, gouverneur de Salins et bailli d'Aval, ordonna aux habitants de Lons-le- Saunier de se transporter de suite au château de Saint-Laurent-la-Roche, pour démolir cette forteresse.

Le 16 mars, il invita les bourgeois à apporter dans l'hôtel-de-ville, leurs mousquets , piques , hallebardes , pertuisanes , et de ne conserver que leurs fusils , arquebuses et pistolets. Le 9 avril , il leur ordonna, sous peine de la vie , d'apporter à Salins , toutes leurs armes à feu ; il permit seulement aux officiers du roi, de garder leurs pistolcls et aux gentilshommes, leurs pistolets et leurs fusils « et ce, dit-il, pour obvier aux assassinats qui se commettent journellement dans le pays. »

Au mois de mai suivant , la province retourna sous la domination espagnole^ exécution du traité d'Aix la- Chapelle. Le 28 octobre, on fit marché pour réparer la muraille qui séparait le fossé de la ville de celui du château, et pour curer les fossés. 11 fut stipulé que des oiseaux , des poissons , de l'or , de l'argent , du

fer, du cuivre et des autres meubles qu'on y trouverait, moitié appartiendrait aux entrepreneurs et moitié à la ville; que les canons, pétards, mortiers , armes et cloches fondues resteraient la propriété exclusive de la commune. Le sire de Lacuzon , nommé capitaine de Lons-le-Saunier par le prince d'Aremberg, gouverneur de Franche - Comté , demanda en 1669, que la ville lui

bascule du pont de 1" Horloge, l'autre dans la tour des Canons. Le conseil, par délibération du 1 9 janvier, décida qu'on lui ferait remise et présent seulement de la pièce qui était sur la bascule. Dès que Louis XIV eut déclaré de nouveau la guerre a l'Espagne (15 octobre 1673), Lonsle- Saunier reçut l'ordre de réparer ses palissades , ses barrières et de loger M. de Lacuzon avec ses soldats (8 novembre). Peu de jours après, arriva le baron de Cbàtenois, mestre de camp d'un terce d'infanterie , avec la qualité de gouverneur de celte ville. Le 27 novembre , le sieur de Terwel, chevalier, sieur d'Estrepigny, maréchal général des logis des camps et armées du roi de France , répandit dans la province un manifeste daté d'Auxonnc, dans lequel il invitait les habitants des villes , bourgs , villages , abbayes , châteaux du ressort des bailliages de Poligny, Lons-le- Saunier, Arbois, Salins, à lui envoyer des députés, pour savoir à quel prix on leur délivrerait des sauvegardes. Cet écrit parvint à Lons-le-Saunier le 10 décembre. Le conseil s'assembla aussitôt et prit la délibération suivante : « At été résolu que l'on ne respondra point au billet ; mais qu'au contraire , ayant été unanimement résolu que l'on souffriroit plustùt la perte de la vie et des biens et mcsroe l'incendie général , que de faire aucune chose au préjudice du serment royal , l'on se détiendra avec toute la résolution et la vigueur que doibvent tesmoigner de bons, fidcls et véritables subjecls du roy, repoussant les attaques avec le plus de force qu'il sera possible, etc. » Le dévouement des habitants de Lonsle-Saunier à la cause d'Espagne est

vendit les deux pièces de canon de | d'autant plus honorable, que depuis fer qui se trouvaient , l'une sur la | deux ans , les ministres de ce gou-

vernement n'avaient cesse de les persécuter, pour les punir de leur peu de résistance en 1668. Le 16 janvier 1674, la garnison fut renforcée de 2 compagnies, commandées par dom Lucas de la Sierra , et la milice fut mise sur pied. Le 10 mars, H. d'Aspremont se présenta devant celte ville pour en faire le siège. La garnison , trop faible pour résister, demanda à capituler et sortit avec h fauconnaux et 120 émines de blé.

Le 28 avril , le marquis de Renel , général des troupes de France en Bourgogne , le marquis de Lislenois et le comte de la Feuillée , prirent quartier dans Lons-le-Saunier, et le 20 juillet suivant , arrivèrent quatre compagnies du régiment Lyonnais , sous les ordres de M. de PEtoile. Le 8 octobre, le chevalier de Montcault, commis à la démolition des places du comté, envoya Tordre de combler les fossés de l'enceinte de la ville.

Toutes les communautés du ressort de Montmorol furent mises en réquisition à cet effet. Ce travail fut long et difficile. Il ne fut terminé qu'en 1688. Indépendamment des guerres que nous venons de rapporter, Lonsle-Saunier fut foulé à différentes époques par des passages de troupes allemandes, italiennes et espagnoles, dont les exigences furent intolérables. Le baron de Polwiler, le duc d'Albe, dom Juan d'Autriche, le duc de Parme, le baron de Visconli , firent des séjours plus ou moins prolongés dans cette ville , avec de véritables armées. Nous ne parlerons pas des expéditions auxquelles prit part la noblesse de Lons-le-Saunier, à la suite des ducs de Bourgogne ou des princes d'Orange. Elles appartiennent à l'histoire générale.

Pestes , famines , vœux. Les maladies contagieuses ont été extrêmement fréquentes à Lons-le-Saunier.

Elles étaient les hôtes naturels de ses rues étroites, sales et tortueuses.

Ses carrefours mal aérés , sa rue des Juifs , véritable cour des miracles , furent souvent visités par la peste et la lèpre. Les eaux bourbeuses de ses fossés exhalaient des miasmes qui amenaient périodiquement pendant les chaleurs des fièvres dangereuses. La peste de 1349 décima la population. Les premières atteintes du mal étaient des pustules qui paraissaient sur le corps; puis survenait une fièvre maligne, qui enlevait les malades au bout de deux jours. Le moindre commerce avec les pestiférés était mortel. Ce fléau régna penJant six mois dans la ville.

Tous les jeunes gens moururent.

En 1458, la peste régna pendant plus de six mois et fit de grands ravages.

Elle reparut en 1586 et atteignit un grand nombre de familles. On fit à cette époque le vœu de construire une chapelle en Chaudon, au milieu du cimetière des pestiférés , mais il ne fut pas exécuté. Au mois de juillet 1 629 , une mortalité effrayante se manifesta dans les faubourgs. Le 15 août, Etienne Domet, vicomte mayeur, assisté de Gilles du Plan , docteur en médecine, de Jacques Brégaml, procureur, de Jean Perron et Pierre Amidieu , échevins , de Guillaume de Pise , syndic , et de Vincent Varat , secrétaire, se rendirent à l'église paroissiale de Sainl- Désiré , et prononcèrent le vœu solennel : 1° de faire trois processions, l'une à la chapelle de Notre-Dame- Miraculeuse de Montciel , l'autre à l'église de Courbouzon, en l'honneur de saint Roch , et la troisième au couvent des Augustins de Saint- Amour, en l'honneur de saint Nicolas de Tolentin ; 2° d'offrir à ce dernier saint, une image en argent, de la valeur d'environ 100 fr. ; 5°

de faire une procession générale le premier dimanche de juillet de chaque année , à la chapelle qui serait construite à Chaudon , dans le cimetière des pestiférés. Le U septembre 1630, la peste éclata avec une violence extrême et dura jusqu'à la destruction de la ville , au mois de juin 1637. Elle enleva les deux tiers au moins des habitants. Claude- François Bussenet, docteur ès droits et vicomte mayeur, le syndic et le secrétaire, vouèrent la Yille en 1637 à la Vierge, à saint Roch , saint Sébastien, saint Charles , saint Désiré et saint François, et promirent d'envoyer après la cessation des fléaux qui l'affligeaient, au couvent des Capucins de Gray , deux familiers , deux cordeliers, deux capucins et deux membres du conseil , qui feraient le voyage à pied , feraient célébrer dans l'église de ce monastère, une messe en l'honneur de la Vierge et offriraient une plate peinture, en valeur de 1 % écus. Ce vœu n'ayant pas été exaucé , quatre docteurs en théologie déclarèrent qu'il n'était pas obligatoire. Le 18 juillet 1721 , le conseil proposa aux habitants de faire le vœu perpétuel de solenniser la fête de saint Roch, afin d'èlre préservés de la peste qui désolait alors la Provence, et décida, 1° qu'un tableau de ce saint serait placé sur le grand autel de l'église de Saint- Désiré ; 2° qu'une procession générale, à laquelle seraient invités les corps religieux réguliers et séculiers, aurait lieu chaque année autour de la ville, le jour de féte saint Roch ; 3° qu'au retour, seraient célébrées une messe solennelle, des vêpres et la bénédiction du saintsacrement. Les vœux faits par la ville de Lons-le-Saunier présentent un caractère particulier, c'est d'être îous conditionnels, c'est-à-dire,

qu'on ne promettait rien , si la demande n'était pas exaucée. Au mois de juillet 18U, une fièvre putride se manifesta dans la ville et atteignit principalement les personnes qui assistèrent aux audiences pendant le jugement du célèbre chef de voleurs Paneras Mayet. Le président des assises, son domestique, un juge, plusieurs jurés, avocats et assistants qui avaient suivi les débats , moururent en quelques jours. Le nombre des morts s'éleva à près de 30. Lorsque le choléra désola notre département, en 1884, les habitants eurent le bon esprit de ne pas im- | poser, comme leurs aïeux, des conditions à la Divinité, et de faire des prières publiques avant l'invasion du mal. Une procession faite aux flambeaux , à la chapelle de Notre- Dame de Montciel , au mois d'octobre , présenta le spectacle le plus touchant. La ville eut le bonheur d'échapper en quelque sorte au fléau. 33 personnes seulement succombèrent , tandis que , dans beaucoup de lieux environnants , la mortalité fut effrayante.

Lorsque la peste éclatait , le conseil nommait un capitaine de la santé , auquel on conférait les pouvoirs les plus illimités, pour l'expulsion des mendiants et des vagabonds , la construction des loges , la surveillance et la nourriture des malades et des suspects , la nomination des enterreurs, etc. Il pouvait faire arquebuser les pestiférés rencontrés dans les rues, mettre des gardes à toutes les issues des maisons barrées , faire des réquisitions de vivres et d'argent. Le maire défendait aux habitants de s'éloigner, sous peine de voir leurs maisons livrées au pillage et confisquées , ce qui n'arrêtait nullement les peureux. Les malades et même

les simples suspects, sans distinction de rangs , étaient conduits de gré ou de force dans des loges en planches élevées au-dessus du pré de Chaudon , ou dans la cour de l'abbaye des daines de Sainte-Claire. A côté des loges de Cliaudon , élail un cimetière, dans lequel on entassait pèle-mêle les corps morts.

Incendies. De 1510 à 1637, la ville fut quatre fois désolée, abîmée par des incendies qui s'étendaient d'une de ses extrémités à l'autre.

Ceux dont la cause restait inconnue, donnaient lieu aux suppositions les plus absurdes, aux calomnies les plus outrageantes. Nous avons déjà parlé de celui de 1b 10, qui ne respecta pas même le château , malgré ses épaisses murailles et son isolement. Le 17 juillet 1536, le feu éclata au prieuré de Saint-Désiré, par la négligence d'un fondeur de cloches, et brûla les deux tiers de la ville et des faubourgs. Les uns disaient que le feu avait été mis par l'esprit malin, d'autres, par des étrangers vagabonds, d'autres encore, par Antoine Longet , deChamhéry , qui était détenu au château de Lons-le-Saunier, pour s'être habillé en diable avec deux jeunes compagnons, et pour avoir entrepris de jeter la mortalité parmi les habitants. Une prétendue tradition , recueillie chez les Cordeliers par le P. Fodéré, le P. Anselme, l'avocat Courbe et le professeur Dunod , expliquait l'événement d'une toute autre manière. Lors des funérailles de Philibert de Chalon, on avait suspendu au-dessus de son mausolée la bannière papale et le grand étendard des Romains , conquis par cet illustre guerrier. Les Italiens , diton , firent les plus actives démarches pour obtenir la restitution de ces trophées , et offrirent même en I

échange , une somme suffisante pour fonder un hôpital à Lons-le- Saunier. Piqués du refus qu'ils éprouvaient , ils résolurent de détruire et les étendards et le lieu qui les renfermait. « Deux insignes » brigands, deux fameux scélérats » sont choisis pour l'exécution de » ce noir projet. Et pour qu'on ait

• aucun lieu de soupçonner leur » marche criminelle, on les revêt » chacun d'un habit de cordelier; on » leur met en main de fausses obét diences, dans lesquelles même,

• sous prétexte d'un voyage de dé-

• votion à Saint-Claude et à Notre- » Dame de Montaigu en Flandre, » on les recommande avec autant » d'adresse que de force , aux cha- » ritables exercices de l'hospita- » lité.

• Dans cet équipage, ils parlent , » et bientôt ils arrivent à Lons-le- » Saunier. Le couvent des R. Pères » cordeliers leur est ouvert ; on les » accueille et on les reçoit avec » bonté. Aucune défiance sur leur » voyage : on n'est en peine que de » ce qui peut les soulager de leurs » fatigues. Chacun s'empresse de p leur rendre service, et ils sont » traités comme bons confrères. Le » temps où on leur fait le plus d'a- » milié est celui - là même qu'ils » choisissent pour machiner la perte » de l'église et du couvent. En dif- » férents endroits, de l'un et de » l'autre, ils placent adroitement » des feux artificiels. Enfin le mo- » ment fatal est arrivé , l'arlilice » joue, le salpêtre s'allume, et dans » le même moment pour ainsi dire, » l'église et le couvent ne sont plus » que flammes cl fumée. Quel spec- » tacle î Le feu est partout si ardent, » que tout secours humain devient » inutile; du couvent il passe à la h ville, où il est si violent, qu'il

» porte partout la terreur et l'effroi. » Ville infortunée, elle vil, par le

• même artifice, la plus grande par- » tic de ses maisons réduites en

• cendres et subir le même sort que

• le grand étendard de Rome. »

Celte tradition est complètement détruite par l'enquête commencée le 2 août 1536, sur la cause de l'incendie. Le P. Fodéré raconte ainsi un miracle qui s'opéra lors de eut événement : « Ce qui fut pré- » servé de la ville, ensemble le » chœur de notre église ( des Cor- » deliers), arriva miraculeusement » par la résolution et sincère foy » d'un de nos religieux, lequel porté

• d'un fervent désir de sauver une i* espine de la couronne de Jésus- » Christ , laquelle estoit au plus » haut du maistre-autel, se jeltad'un » courage asseuré dans les flammes » qui remplissaient le chœur, pro- » venantes de la ramure de la nef, » qui était déjà tombée et toute em- » brasée, puis alla prendre cette *■• sainte espine, avec laquelle faisant

• le signe de la croix , alla chassant » devant luy les flammes jusqu'à la » porte du chœur, et au mesme in- » stant , le feu qui estoil à la nef » fut éteint. Et de là il sortit par le » verger en mesme posture et par » le moyen d'une échelle, s'en alla » à la ville faire le tour du costé des » halles et vint à l'opposite du feu ,

faisant toujours le signe de la croix - avec la sainte espine, ensuite de » quoy le feu fut aussitôt et en un » instant étouffé , d'où est venu ,

• qu'en action de grâces d'un tel » miracle , Ton fait une belle pro-

• cession générale avec grande dé- » votion, tous les ans, le 17 juillet. » Le jour de celte cérémonie , chaque habitant plaçait un seau d'eau devant sa maison. On désigna longtemps Tannée 1536, sous le nom

de l'année des grands feux. L'incendie causé par d'Assonville, le 6 octobre 1895, atteignit surtout les faubourgs. Celui des 26 , 27 et 28 juin 1637, fut général. Aucune maison ne fut épargnée. Un nouveau miracle se manifesta alors, dans l'église des Cordeliers. Cet édifice était tout en flammes, le3 pierres étaient calcinées , les murs s'éeroulaient . les arbres du verger étaient au loin desséchés et flétris , et cependant une statue en bois de la Vierge , ayant son fils sur ses bras , resta intacte dans sa niche. Les voiles de soie qui la couvraient , les vases et les fleurs qui ornaient son autel n'éprouvèrent pas la moindre atteinte. Ce fait parut si surprenant , qu'une confrérie de Notre-Dame des- Flammes se forma dès qu'il y eut des habitants rentrés dans la ville. Deux sinistres se manifestèrent encore en 1646 et le 27 août 1677 , mais ils ne furent que partiels. Depuis ce moment , ils sont devenus très rares et sans importance.

Inondations. La Vallière, avant d'être encaissée, était sujette à de fréquents débordements ; elle enlevait les ponts, les usines qui la recouvraient, et envahissait les quartiers bas de la ville. La dépense qu'entraînait la reconstruction des ponts , en faisait ajourner le rétablissement, et les communications restaient ainsi longtemps interrompues. Il fallait attendre que la rivière pût être traversée au gué.

Mœurs , usages. L'auteur de l'un de nos anciens manuscrits rapporte, que les habitants de Lons-le-Saunier étaient si paisibles , que les prisons élaient toujours vides et que leurs cours servaient de lieu de récréation pour les enfants; que les marchandises de toute sorte restaient étalées des nuits entières devant les bouti-

qucs, simplement cachées par une tuile, et que les denrées restaient exposées sur la place, garanties seulement contre les injures du temps , sans que nul songeât à les enlever.

On ne prenait même pas la précaution de fermer les portes de la ville pendant la nuit. Lorsque le numéraire était très rare , ce qui arriva notamment en 1560, on payait les marchands avec des cartes portant le nom de l'acheteur; ces cartes avaient cours sur les marchés comme de l'argent. Au moment des vendanges, celui qui s'approchait d'un tonneau , en disant un pater, recevait un chauveau de vin. On en donnait une pinte à celui qui disait un pater et un ave. Beaucoup de bourgeois s'occupaient eux-mêmes de la culture de leurs terres. « Les » hommes , dit le même manuscrit, » s'adonnaient aux arts libéraux, et » par certaine inclination naturelle, » étaient cupides des sciences, et » tels sans jactance ont été toujours » tenus et réputés entre tous ceux » de la province. Les étrangers , » même de mérite et de distinction, » charmés du seul abord- de ce lieu » et pour l'humeur douce et traita- » ble des habitants, oubliaient les » naturels attraits de leur patrie.

» Les conversations et compagnies r étaient civiles et édificaUves et » aussi récréatives et en tous exer- » cices et passe- temps de vertu, en » sorte que ceux qui y fréquentaient * n'en sortaient mal contents ou » avec disgrâce. Les demoiselles : même toujours dans une bien- » séance et en habits et en honnê- » teté , étaient d'un beau coloris et » teint agréable et ainsy parois- » santés, elles éloient caressées et » par les étrangers, se rendant de » chacun aimables. »

Les jeunes gens, organisés en

corporation , nommaient chaque année l'un d'entre eux pour être capitaine de la jeunesse. Cette société , dont la bannière était de couleur verte et blanche avec des emblèmes rouges, percevait un droit sur les nouveaux mariés. Elle organisait les charivaris contre les veufs et les veuves qui se remariaient , et ne les faisait cesser que lorsqu'un bal avait été promis et une somme offerte.

La ville prenait moitié de toutes les recettes. Le parlement rendit plusieurs ordonnances pour faire cesser les abus de cette association. La corporation des enfants de la ville était sous la conduite d'un officier électif, qui prenait le nom d'abbé de la grande abbaye. Cet abbé était élu chaque fois qu'un souverain, un prince ou un grand personnage faisait sa joyeuse entrée à Lons-le- Saunier. Les enfants , richement vêtus, étaient placés sur un théâtre dans la rue principale, haranguaient les princes et offraient le don de la ville.

Les fêtes du carnaval se célébraient avec des cérémonies tout-à— fait païennes. Cet usage est presque tombé en désuétude. La dernière masquarade eut lieu en 1845. Elle représentait les funérailles de Maiboroug. Favorisée par un beau temps , elle attira une affluence extraordinaire de curieux.

Les jeux les plus en usage étaient les cartes , les dez et la paume. Le jeu de paume était près des halles , à la place que remplaça plus tard la chapelle de la confrérie de la Croix.

Les danses et la représentation des mystères jouissaient d'une grande faveur dans le public au xvie siècle.

Les filles communes habitaient principalement la ruedeLaubespin , appelée pour cela la ruedu point du jour, parce que les hommes en sor-

laicnl le malin. Une maison spéciale, entretenue par la ville, s'appelait le liourdeau , et était confiée aux soins d'un agent nommé le Bourdelier.

La municipalité devint plus sévère à la fin du xvne siècle. Le mayeur ayant exposé, en 1691, qu'une fille nommée Marie Poncet, menait une vie scandaleuse avec des jeunes gens, et que l'année précédente, elle avait déjà été emprisonnée pour semblable désordre , le conseil résolut , « que Ion la ferait raser dans les conciergeries et fouetter par des personnes de son sexe ; qu'ensuite l'on lui mettrait un chapeau de paille et qu'elle serait conduite hors de la ville par le chasse-coquins , assisté des deux valets de la ville , avec le tambour. » A la même époque, on expulsa tous les maîtres de danse qui se présentaient pour donner des leçons. A la suite de chaque guerre, de chaque disette, on voyait accourir dans la ville des individus chassés des campagnes, par le froid, par le défaut d'abri , par la faim.

Une délibération du 13 août 1666, porte : « Par le sieur mayeur at été représenté que plusieurs personnes inutiles sont dans la ville sans y rendre aucun service. Sur quoy at été résolu que les personnes inutiles seront expulsées de la ville , aussi bien que les pauvres serviteurs et servantes qui prendront employ particulier et vouldront vivre à leur pain , et sera interdit à tous d'en retirer. » En 1730, les mendiants pullulaient dans la ville. Pour les repousser, on fut obligé d'établir divers corps-de-garde et de placer à l'entrée des rues des palissades et des barrières. On craignait surtout qu'il y eût parmi eux des gens du Midi infectés de peste.

Croyances papulaires. Les vau- Uois , les sorciers , les rcmassières ,

semblaient se multiplier après chaque calamité publique. Rien , en effet , ne rend crédule comme les souffrances. La peur s'empare des esprits , des fantômes se transforment en réalités ; on accorde à de méchantes créatures des pouvoirs surnaturels. Au moyen -âge, les sorciers surtout inspiraient une terreur particulière. On leur attribuait une puissance extraordinaire. D'un mot ils tuaient un troupeau ; d'un regard ils jetaient des maladies incurables ou la mort. Ils se transportaient d'un lieu à un autre avec la rapidité de l'éclair, pour exécuter les ordres de Satan, ou se trouver au sabbat. Soldats du diable, ils avaient en horreur Dieu et ses saints, l'église et ses prêtres : aussi, étaientils tous des impies et des hérétiques.

Le mot sorçier et hérétique est presque toujours synonyme dans les documents contemporains. Si les archives de la justice du bailliage de Montmorot avaient été conservées , on y trouverait une foule de procès dirigés contre les sorciers , du xv6 au xviu* siècle. Dans une seule audience, tenue le Î9 janvier 1658 »

il y eut trois condamnations prononcées pour fait de sorcellerie. Le procureur fiscal Pelissonnier , avait traduit devant les officiers du bailliage , Louis Vaucher, dit Canard , des Poids-de-Fiole, domicilié à Perrigny t ■ P°ur avoir esté chargé d'estre sorcier par une femme condamnée comme sorcière et exécutée à Orgelet ; pour avoir été au sabbat au Poids-de-Fiole ; pour estre mat instruit en la foy et créance , ignorant beaucoup de mots d'ycelle , ne sçachant les commandements de Dieu que confusément, et en obmettant quelques mots d'yeeux ; pour avoir été requis et pressé de plorer et n'avoir pu jelter aucunes

larmes ; pour estant au sabbat avec d'autres , avoir dansé , mangé des crapeaux , serpents , petits enfants , et avoir offert de petites chandelles ; pour s'être trouvé marqué , audessus de la cuisse droite , de marques prestigieuses etdyaboliques, et du tout insensible , etc. » Reconnu coupable , il fut condamné par J.-D.

Matherot , lieutenant - général , au bannissement perpétuel du comté de Bourgogne , avec défense d'y rentrer, sous peine de mort. Le même jour, Marie- Françoise Divry, de Beaufort , fut poursuivie pour :

« étant obsédée dois cinq ans, avoir continué de donner consentement aux trois dyables qu'elle voyoit; pour eslre par eux portée tantost sur des arbres , licts , buffets et audessus des maisons, sans en donner advisà ses père et mère, mesme sans crier ; pour, dois l'aage de neuf ans et jusques à présent, avoir esté à diverses fois au sabbat, conduite sur une remasse , et à la seconde fois avoir renoncé à Dieu, eresine et baptesme, ainsy qu'elle a confessé le tout; pour avoir esté marquée en quinze endroits de son corps par le démon ; pour avoir fait mourir aud. sabbat, et venant d'ycelluy, plusieurs personnes et bestail , etc. ; pour avoir déterré plus de douze enfants en deux ou trois villages proche de Salins et jusques à sept ou huict fois ; pour avoir faict assez souvent la greslc et quantité de petits serpens que l'on a vus cesle année sur les arbres , à dessein de faire perdre les fruits , Payant aussi déclaré par ses réponses ; pour avoir donné du mal à aullrui et bestail avec de l'onguent que le dyable lui faisoit mcllre par les chemins et au voisinage où se lenoit le sabbat ; pour avoir donné quatre dyables à la sœur Anne déjà possédée par le

diable Cailloux , etc., etc. » La coupable fut en conséquence condamnée « à faire amande honorable en chemise , teste et pieds nus , et à genoux devant la grande porte de l'église Saint-Désiré , tenant en sa main une torche de cire ardenle, du poids de deux livres, et là, dire et déclarer a haulte voix que par une abominable impiété, elle a oublié Dieu et ce faict, estre menée et conduite par l'exécuteur de la haute justice vers le signe patibulaire du siège de Montmorot , pour là estre attachée à un poteau et y estre étranglée jusqu'à ce que la mort s'en ensuive , et en après, son corps mort bruslé et réduit en cendres, et y celles jettées au vent ; auparavant laquelle exécution , elle sera interrogée sur ses complices, pour eslre y ceux énoncés volontairement par elle , si non elle sera à cet effect , appliquée en présence du lieutenant général et des sieurs fiscaux , à la torture des manottes , par led. exécuteur, etc. » La condamnée acquiesça au jugement , qui fut exécuté dans toute sa rigueur. On poursuivait les vaudois avec le même acharnement que les sorciers. Au xvne siècle , deux soldats du ressort de Montmorot, revenant des guerres, furent décapités à Lons-le-Saunier, pour avoir mangé chacun un œuf en temps de carême. Le 18 février i G98, le conseil pria les sieurs Jeannin et Abriot de voir promptement le procès criminel instruit contre Mu bel Berlatier , accusé d'avoir mangé de la viande un vendredi. On craignait tellement l'introduction du protestantisme, que nul ne pouvait être reçu habitant ou bourgeois à Lons-le-Saunier, sans juslilier qu'il avait toujours professé la religion catholique, apostolique et romaine.

Fêtes publiques. Lons-lc-Saunier

déployait toujours un tel luxe dans ses fêtes publiques, qu'on le qualifiait de pompeuse ville de Lons-le- Saunier; on lui donnait déjà ce titre du temps de Fodéré. L'entrée d'un prince, la naissance , le mariage, la mort d'un souverain de la province ou d'un seigneur de la ville , l'élection du vicomte-mayeur, un traité de paix, de neutralité, une victoire, la première visite d'un intendant, d'un archevêque, étaient autant d'occasions de splendides cérémonies. En rappelant les funérailles de Philibert de Chalon, et la réception d'Henri et de Réné de Nassau , on pourra se faire une idée de ces fêtes.

Philibert de Chalon , prince d'Orange , chevalier de la Toison-d'Or, vice-roi de Naples, etc., ayant été tué de deux coups d'arquebuse devant Florence , le 5 août 1530, son corps fut porté chez Alphonse d'Avalos , marquis du Guast , et de là à une chartreuse peu éloignée , où il resta environ quinze jours. Il fut amené par l'Italie , la Lombardie , le Piémont , la Savoie et le mont Saint- Bernard jusqu'à Saint-Claude, où il urriva le 12 octobre. On l'apporta ensuite par Clairvaux et Orgelet à Lons-le-Saunier. Le dimanche 23 octobre, à deux heures après midi , les ambassadeurs des ligues suisses allèrent jusques près de Conliége , au-devant du cortège, conduit par Antoine de Luxembourg, comte de Ligny, et Georges de Luxembourg , son frère. Réné de Nassau , accompagné des ambassadeurs de Charles- Quint, de ceux du roi de Hongrie, de Philiberte de Luxembourg, du duc de Savoie , du duc de Lorraine , du duc d'Arscot, de Mgr. de Fiennes, du comte de Gaure, du vicomte de Martigue , de Mmc d'Aix , du comte de Monlbéliard et de plusieurs autres princes et seigneurs , l'attendait à

une demi-lieue de Lons-le-Saunicr.

Plus près de la ville, étaient l'archevêque de Besançon , l'évéque et duc de Langres, l'évéque de Genève, les abbés de Baume , de la Charité , de Balcrne , de Montbenolt , du Miroir, de Rosières , de Bellevaux , de Buillon , de Lieu-Croissant et plusieurs autres; les conseillers, bourgeois, marchands , et une immense population accourue de tous les points du comté de Bourgogne et des provinces voisines. Lorsqu'on vit le char funèbre s'approcher, le cortège se mit en ordre. En tête , marchaient les clercs d'écoles , les croix, les enfants de chœur, les religieux, les prélats en costumes pontificaux , les bourgeois et officiers des terres du défunt, les serviteurs des gentilhommes en deuil , les baillis , avocats, trésoriers, secrétaires, receveurs et autres officiers de la maison de Chalon ; ensuite , venaient les gentilhomines, les trompettes, bannières déployées, deux hérauts d'armes, la grande bannière du peuple romain, une enseigne de chevaux légers et 57 enseignes de gens de pied. Au devant du char marchaient, i° les gentilhomines portant les pièces d'honneur du défunt, savoir:

son épée, sa cotte d'armes , son collier de la Toison-d'Or, sa couronne, son chapeau ducal , et son sceptre de vice-roi de Naples ; 2° le cheval d'honneur, couvert de velours noir, mené en main ; 3° deux hérauts devant la bannière papale ; fi° les gentilhommes qui portaient la bannière de capitaine -général de toutes les Italies, armoriée aux armes impériales, le pennon et le grand étendard aux armes impériales, le guidon à la devise de l'empereur, la cornette ; b° les pages d'honneur à cheval, suivis du second écuyer, portant , l'un, l'armet doré, l'autre^

les deux grandes pièces des deux épaules ; le troisième, les gantelets , et le quatrième, les éperons, la inollelle dessus. Le corps du prince était dans une litière couverte d'un grand drap de velours noir, avec une croix de satin cramoisi, et traînée par deux mulets couverts de velours noir, avec un blason au front; ils étaient conduits par deux pages, à tète nue, qui les montaient , revêtus de manteaux en velours noir. Les coins du drap étaient portés par quatre genlilhommes.

Les échevins de Lons-le-Saunier tenaient les coins d'un poêle qui recouvrait le précédent. Ils étaient précédés de sergents , qui portaient les torches de la ville , armoriées de ses armes. 24 hallebardiers du prince , vêtus de deuil et en robes courtes, portant d'une main leurs hallebardes, la pointe en bas, et de l'autre, une torche, marchaient aux deux côtés du char.

Après le corps, suivait Bourgogne , roi d'armes de l'empereur Charles-Quint. Rénéde Nassau , Antoine et Georges de Luxembourg, les ambassadeurs , les princes et autres seigneurs , fermaient le cortège, qui se rendit dans cet ordre dans l'église de Saint - Désiré. Le chœur était tendu de drap noir , orné d'écussons et éclairé par une multitude de cierges. Des deux côtés, étaient disposés des bancs pour les seigneurs et les prélats ; au milieu, s'élevait un immense catafalque. Sur le grand autel , couvert de velours noir avec croix blanches, était la châsse de saint Désiré, d'autres reliquaires et des cierges armoriés. On mit sur le corps la cotte d'armes , et aux pieds , sur des carreaux en velours cramoisi , que supportaient une table recouverte d'un riche drap d'or, les armes du

prince, sa couronne, son sceptre, etc. Les bannières étaient suspendues au-dessus du catafalque. Les prêtres dirent les vigiles , et on se retira. Les hallebardiers et nombre de genlilhommes veillèrent toute la nuit dans l'église, où ne cessaient de se dire des suffrages et oraisons.

Le lendemain , on se réunit dans le même ordre , l'office divin fut célébré, et on se relira ensuite au château pour dîner.

Tout ce qui précède n'était que le prélude d'une cérémonie plus magnifique qui eut lieu le 24 octobre dans l'église des P. Gordeliers.

Le pourtour de la nef de cet édifice était garni de traverses en bois, supportant plusieurs rangs de cierges , et soutenant une tenture en drap noir qui tombait jusqu'à terre.

De trois pieds en trois pieds, étaient suspendus des écussons. La tenture du chœur était en velours noir. Le grand autel, haussé de trois degrés, était couvert par une draperie en velours noir à une croix de satin cramoisi. Au-dessus, reposaient la châsse de sainl Désiré, plusieurs reliquaires et huit cierges en cire blanche. Les petits autels avaient une draperie en drap noir à croii de satin blanc. Au milieu du chœur, entre les stalles , était dressé un catafalque long de douie pieds , large de huit et de quarante , pieds de hauteur. Un dôme, en forme de couronne, le surmontait. Il était d'une richesse extraordinaire. Une allée de douze pieds de largeur avait été établie dès le milieu du chœur jusqu'à l'église de Saint-Désiré pour le passage du cortège. Les traverses de cette barrière supportaient quatre mille toi ches toutes armoriées. Des lambels de velours noirs étaient suspendus à l'entrée du chœur, à la porte de l'Horloge , aux halles et à

la porle de l'église Saint-Désiré. Les bannières entouraient la nef et le chœur. Le cortège , dirigé par trois maîtres des cérémonies et six aides, partit de l'église Saint-Désiré dans l'ordre suivant : les clercs d'écoles suivis de leurs régents, les croix suivies des enfants de chœur, les religieux des différents ordres , les chapelains et les chanoines , les chantres de la chapelle du prince, les prélats en habits pontificaux, les bourgeois et habitants des terres du défunt, les députés des villes de Pontarlier, Vesoul, Poligny, Arbois, Gray, Dole, Salins, Besançon, et les officiers du puits à muire de Salins, 260 pauvres , vêtus de deuil , chaperons en téte, les serviteurs des gentilshommes, revêtus de robes noires et chaperons en téte , les officiers de justice des terres du défunt et de sa mère, ayant devant eux quatre massiers avec leurs masses armoriées, les trompettes, bannières déployées, les pages d'honneur, les gentilshommes de la maison , les maîtres d'hôtel, suivis du grandmaître d'hôtel , deux poursuivants d'armes du prince, nommés Tonnerre et Chàtelbelin , revêtus de leurs cottes d'armes et tenant des rameaux verts de palmiers à la main, les gentilshommes portant le guidon des couleurs , les 37 enseignes de gens de pied conquises en guerre , la grande bannière du peuple romain , les 100 enseignes et bannières conquises , la lergette des couleurs, le grand étendard, le heaume emplumassé , l'écu des joûles, le pennon des pleines armes, les bannières des douze hautes baronnies du prince , savoir : Rougemont, Nozeroy, Orgelet, Montfaucon, Arlay, Orange, Besançon, Tonnerre, Charny, Penlhièvre, Melphes, Gravines; les chevaliers, barons, grands-

mailres , ambassadeurs , les seigneurs portant la bannière du comté de Bourgogne, de Beauffremont, de Bretagne, le guidon de capitaine général , le grand étendard aux armes impériales , le pennon aux armes impériales , la grande bannière de capitaine général de toutes les Italies, la bannière papale, l'épée dans son fourreau , le heaume timbre de cornes de cerf d'or et une couronne , la cotte d'armes , le collier de la Joison-d'Or, le chapeau ducal, enrichi de pierreries et de perles précieuses, et le sceptre. Dans le cortège figuraient 13 hérauts d'armes, appelés Tonnerre, Chàtelbelin, Bonne-Nouvelle, Arlay, Penthièvre , Franche - Comté , Autriche, Charny, etc.; le cheval léger, le cheval bardé et deux chevaux houssés aux couleurs du prince.

La litière dans laquelle reposait le corps était traînée par deux mulets montés par des pages. Elle était couverte d'un grand drap de velours noir à croix de satin cramoisi, et audessus, d'un grand drap noir à cordelières avec une grande croix de velours cramoisi, sur lequel était brodée l'effigie du prince, en habit ducal, de salin cramoisi fourré d'hermine , le pourpoint avec ses manipules d'or, la surcotte et le manteau.

Les coins du poêle étaient tenus par Claude de Vergy, maréchal de Bourgogne , Guillaume de Vergy, Claude de Beauffremont et Jean de Montmartin, seignéur de Monlbis. Les six principaux habitants de Lons-Ie- Saunier tenaient suspendu au-dessus du corps un riche dais en drap d'or, et marchaient entre %k hallebardiers, vêtus de deuil en robes courtes et chaperon en téte. Derrière la litière, s'avançait à cheval Bourgogne , roi d'armes de l'empereur, vêtu de sa cotte d'armes impériale, une verge

blanche à la main. Il était suivi de Réné de Nassau, à cheval et en manteau , de MM. de Luxembourg, des ambassadeurs et des autres seigneurs, parents du prince. Le corps fut dépose dans le catafalque; chacun prit place dans l'église cl furent dites les vigiles. Le lendemain 25* octobre , à huit heures du malin , le cortège se remit en marche comme la veille, pour assister aux funérailles. La première messe fut dite par Louis de Vers , abbé de Mont- Sainte-Marie ; la seconde, par Antoine de Vienne, abbé de la Ferté et de Balerne, et la grand'messe par Claude de Longwy, évéque et duc de Langres , ayant pour diacre et sous-diacre , les abbés de Lieu- Croissant et de Bellevaux , assistes de tous les autres prélats. La messe fut chantée par les chantres du prince. Au moment de l'offrande, les prélats se placèrent devant le grand aulel , avec leurs mitres et leurs crosses. Chaque seigneur vint successivement offrir, précédé du roi & armes Bourgogne. Après celle cérémonie, le F. Jean Gauthier, gardien du couvent des Cordeliers de Beaune, fit l'éloge funèbre du défunt. Le service fini , le corps du prince fut déposé à côlé de celui de son père, dans le charnier de la maison de Chalon. Après le libéra , commença la touchante cérémonie , par laquelle Réné de Nassau releva le nom et les armes de Philibert de Chalon. L'église retenlissait de pleurs, de gémissements. Lorsque tout fut terminé , le cortège se retira en ordre au château pour diner.

Les grandes salles, au nombre de

quatre , étaient tendues de drap noir. Les buffets étaient garnis d'une magnifique vaisselle d'argent doré.

Après le repas, le roi d'armes Bourgogne remercia les assistants au

nom de Philiberlc de Luxembourg »

et les invita à se rencontrer aux halles le lendemain, pour être présents à la lecture et à la publication du testament du prince défunt.

Quentin le Veau , Jean le Moine et deux autres conseillers du parlement de Dole, prononcèrent chacun un éloge funèbre, et ensuite le testament fut publié. Au bout de quarante jours , se fil la cérémonie de la Quarantaine , avec autant de pompe qu'avaient été célébrées les funérailles. C'est alors que la bannière papale, le grand étendard du peuple romain et les enseignes conquises furent suspendus à la voûte de l'église des Cordeliers.

Un document trouvé dans les papiers de la chambre des comptes de Dole , contient une relation très curieuse de la réception qui fut faite en 1533, dans les différentes villes de la province, à Henri, comte de Nassau, marquis de Zenettc, grand chambellan et surintendant des affaires de l'empereur Charles- Quint, accompagné de Réné de Nassau, son fils. Nous en extrairons seulement ce qui concerne Lons-le- Saunicr. Les deux princes arrivèrent dans celte ville le "il octobre, pour assister à l'assemblée des Etats, qui y était convoquée pour le lendemain.

Soixante jeunes gens, vêlusen drap de soie verte , et montés sur des chevaux ayant des caparaçons de même étoffe et de même couleur , allèrent à leur rencontre à une lieue, au-delà des portes. Peu après , s'avancèrent les échevins, les conseillers et les nolables de la ville qui « rendirent leurs devoirs de fidèles sujets à leurs seigneurs naturels , leur faisant offre de corps et de bien et de tout ce qui était en leur pouvoir. » Derrière eux était rangée la milice bourgeoise , com-

posée de 5 ou 600 hommes ù pied « habillés de différentes livrées et ornés de force découpures nouvellement inventées, sur drap de soie. »

Les trompettes et les gros lambours étaient en tête. Plusieurs officiers tenaient de belles enseignes déployées.

Après une première décharge d'artillerie , ces soldats s'approchèrent pour faire leur révérence a avec tant de grâce, qu'on les aurait plutôt pris pour des gens de cour que pour des gens de commerce. »

Le clergé de l'église paroissiale, revêtu de chasubles et tuniques, accompagné des P. Cordeliers, arriva portant les beaux reliquaires de l'église et chantant le Te Deum.

Le cortège se mit en marche pour entrer en ville. Alors UO enfants de 7 ans et au-dessous , habillés en drap de soie rouge avec boutons de même , se présentèrent aux princes et offrirent de leur servir de gardes du corps. Au-devant de la première entrée de la ville, était dressé un arc de triomphe chargé de pièces d'artifices. A gauche et à droite, étaient deux enfants nus, tenant les armes des princes « et rendant grâce à Dieu en vers héroïques de leur tant désirée arrivée. » Les feux d'artifices furent tirés et dirigés contre une tourelle et un bastion élevés un peu plus loin et chargés aussi de pièces d'artifices qui faisaient des feux croisés , avec un bruit effroyable.

En avant de la porte de l'Horloge, on avait dressé un théâtre, sur lequel étaient montés les musiciens jouant de la trompette , du hautbois et d'autres instruments.

Lorsque les princes passèrent sous cette porte , on vit descendre une divinité, représentant Hélène , couverte des plus riches et des plus précieux vêtements. Elle tenait dans

ses mains les clefs de la ville qu'elle leur présenta, et qui furent reçues avec les cérémonies accoutumées.

Au moment où celte sylphide disparut, toutes les cloches furent mises en branle et l'artillerie fit ses décharges. Un homme paraissant suspendu dans les airs au-dessus de la tour de l'Horloge, faisait voltiger une bannière de couleur jaune, sur laquelle était représentée une aigle de sable, couronnée. Les rues étaient bordées de pièces de tapisseries et remplies par une si grande foule de peuple, qu'à peine pouvait-on passer. Le cortège se dirigea à l'église des Cordeliers, où des prières furent dites pour le repos de l'âme de Philibert de Chalon. Il se rendit ensuite au château, en marchant au milieu d'une allée d'orangers chargés de fruits. Dans différents quartiers de la ville , étaient dressés des arcs de triomphe ornés d'écussons , d'armoiries et de devises à la louange des princes. Le 22 , on fit un service solennel pour le repos de l'âme de Philibert de Chalon , et de ses prédécesseurs ; le même jour , se tint l'assemblée des Etats, où furent disculées plusieurs questions intéressant le service de l'empereur, la sûreté de la province et celle du Charollais.

En 1773, on annonça queMme la comtesse de Lauraguais , princesse d'Isenghein , devait arriver à Lonsle-Saunier. Aussitôt le conseil municipal fut convoqué, pour proposer les honneurs qu'on devait lui rendre en qualité de dame de cette ville. Il fut délibéré « de lui faire à son arrivée une visite des corps de la ville et de lui présenter des confitures.

Ou fera tirer les boiles et sonner les cloches. MM. Tamisier de Bar et de la Tour voudront bien aller à sa rencontre. » (Délib. du h juillet).

Lons-le-Saunier a reçu dans ses murs , aux diverses époques de son histoire, une foule d'hôtes célèbres, parmi lesquels nous mentionnerons, outre ceux dont nous avons déjà parlé, Alix, comtesse palatine de Bourgogne, et Robert, duc de Bourgogne, en 1270; le duc de Longueville, en 1629; le comte Guillaume de Nassau , en 1646 ; le duc de Lévy , en 1729 ; le comte d'Artois, le 23 octobre 1814; le duc d'Angoulème , les 9 août 1816 et 13 mai 1820; la duchesse d'Angouléme, le 28 juillet 1830, et Napoléon III , alors président de la république, le 17 août 1850. Le passage de ces princes donna lieu à de grandes démonstrations de joie.

Une fêle publique, dont on gardera longtemps le souvenir, fut celle qui se célébra le 28 juillet 1831, sur la côte de Montciel, pour l'anniversaire des trois journées de juillet. Les autorités du département, deux bataillons de garde nationale -, les compagnies de pompiers et d'artillerie, les gardes à cheval , quatre compagnies du 17e de ligne, assistaient à la cérémonie. Plus de 13,000 personnes , accourues des différents points du département, y étaient réunies. Les banquets , les danses, animés par la gatté la plus vive, se prolongèrent jusqu'à la nuit.

Evénements divers. Les religieux de l'abbaye de Saint-Oyan-de-Joux, ayant été victimes d'un incendie qui dévora leurs cloîtres et leur église , résolurent de porter la châsse de.

saint Claude à travers la province afin de recueillir des dons pour réparer ce désastre. En 1182, ils se présentèrent au bourg de Lons-le- Saunier, en chantant les louanges et les grandeurs du saint, dont ils avaient le précieux dépôt. Un mé-

chant homme, servus nequatn, du nom d'Huinbcrt , qui s'était enrichi en enlevant les biens de l'église de Saint-Oyan , se permit d'interdire l'entrée de la châsse dans l'église de Saint-Désiré. Le clergé et le peuple, méprisant les ordres de cet impie, se portèrent au-devant du pieux cortège , prirent euxmêmes le saint corps et le portèrent dans l'église de Saint-Désiré , en chantant des hymnes et des cantiques. C'est à tort que M. Perrin et d'autres historiens out attribué au maire et au magistrat ,* la mauvaise action d'Humbert. L'autorité municipale y fut tout-à-fait étrangère.

En 1497, les Etats généraux de la province furent tenus dans cette ville, ainsi qu'en 1333.

Nous avons déjà signalé les violences que commettaient fréquemment les soldats en garnison à Lonsle-Saunier. Leur séjour , dont la population sollicite aujourd'hui le maintien comme une faveur, élait considéré jadis comme un véritable fléau. Les procès- verbaux du conseil, des 3, 7 et 19 juin 1748, peuvent donner une idée des scènes qui se renouvelaient à chaque instant.

La garnison se composait alors de 4 ou 3 compagnies du régiment Dauphin , cavalerie , commandé par M. de Marbœuf. Les officiers , accompagnés de quelques cavaliers , coururent les rues pendant la nuit , frappèrent aux portes à grands coups de pierre, et entreprirent d'entrer chez plusieurs membres du magistrat , cassant les vitres, etc. Ils portaient des couvertures pour faire sauter les passants qu'ils pouvaient rencontrer, sans distinction de sexe ni d'âge. Ils firent ainsi sauter l'apothicaire Goirand, sexagénaire , et le laissèrent tomber dans la boue.

Même traitement à plusieurs autres,

notamment à la femme Gindre. Ils distribuèrent aussi des coups de pied à plusieurs personnes. Ne pouvant enfoncer la porte de M. Fougeroux, l'un des trois échevios, ils accablèrent ce magistrat de grossières injures. Le conseil municipal porta plainte, notamment contre MM. de M eau pou , de Champagny et de Noô. Il s'adressa au colonel, M. de Ma r bœuf , qui était absent, et au duc deRandan, lieutenant-général, commandant de la province.

Ces supérieurs promirent justice , mais ils n'infligèrent aucune punition.

Au xvni* siècle , l'esprit philosophique exerça une influence notable dans la ville, et en 1788, au moment des premières rumeurs de la révolution , la population se montra disposée à aborder franchement la question des réformes sociales. L'assemblée des trois ordres du bailliage d'Aval s'ouvrit à Lons-le-Saunier, le 6 avril 1789. Les cahiers du clergé s'y firent remarquer par leurs tendances réformatrices et vraiment libérales. Ils demandaient la délibération par tête , et non par ordre ; le consentement de la nation pour rendre la loi valable ; son droit inaliénable et exclusif d'établir les subsides, l'inviolabilité de la liberté individuelle, l'abolition des privilèges en matière d'impôt, la rédaction d'une charte , l'ordre et l'économie dans les finances et l'administration , la suppression des places inutiles , la réduction des traitements , la suppression ou réforme des aides, gabelles , etc. ; l'abolition des loteries , la réforme des lois civiles et criminelles, l'uniformité de l'instruction publique, l'établissement de greniers d'abondance et de bureaux de charité , la responsabilité des ministres et des fonctionnaires,

l'élection des officiers municipaux , l'abolition des corvées et la permanence des Etats jusqu'à ce que les cahiers eussent été répondus. Les vœux de la noblesse furent conformes, en quelques parties, à ceux du clergé, mais ils en différaient sur beaucoup de poinls. Ainsi, cet ordre sollicitait la suppression des annales, dispenses, etc., la résidence forcée des évèques, la suppression du casuel et d'un grand nombre de communautés religieuses, etc. Le Tiers- Etat réclamait davantage, et Ton pressent, en quelque sorte, dans ses cahiers, la déclaration des droits de l'homme.

Les premiers actes de l'Assemblée nationale furent l'objet à Lons-lc- Saunier d'éloges unanimes. Le conseil municipal vota, le k juillet, des félicitations aux députés du bailliage d'Aval, pour la fermeté qu'ils avaient déployée au milieu des contrariétés impolitiques du commencement de l'installation des Etats-Généraux, et pour s'être constitués avec les aulrcs députés du Tiers Etat en Assemblée nationale. A la nouvelle de la prise de la Bastille, les habitants improvisèrent une garde patriotique ( 1 9 juillet), dont le dévouement ne tarda pas à être mis à l'épreuve. Le 312 juillet , à midi , le maire de Lons-le- Saunier reçoit de son collègue do Vesoul, une lettre qui l'invite à opérer l'arrestation de M. de Mesmay, caché au château de Visargcnt, chez madame deClermonl-Tonnerrc, sa belle-mère. H. de Mesmay, seigneur deQuincey, avait invité à une fêle la garnison et les bourgeois de Vesoul. Au moment où tous s'abandonnaient au plaisir, un baril de poudre, placé au milieu du parc, fit explosion , et plusieurs conviés furent blessés. Le peuple ayant cru voir dans cet événement , auquel la mal-

veillance n'avait cependant pas eu la moindre part, une odieuse trahison, s'exaspéra tellement, que M.

de Mesmay se hâta de prendre la fuite. Sur cet avis , la municipalité de Lons-le-Saunier ordonna aux compagnies des chevaliers de l'arquebuse et de l'arc , ainsi qu'à deux cents hommes de la milice bourgeoise , de se tenir prêts à partir au premier signal. Cette troupe se mit en chemin dans la soirée et arriva a minuit à Visargent. Les sapeurs enfoncèrent les portes du château , et la milice se livra à une perquisition minutieuse, mais sans résultat. En revenant , les jeunes gens s'amusèrent à décharger leurs armes contre les arbres de la forêt de Nance . A cette détonation, à l'aspect de l'habit rouge des arquebusiers , les moissonneurs répandus dans les champs, s'enfuirent en tous sens en criant : voici les brigands , sauvons-nous, tout est perdu. Et de proche en proche, répétant les mêmes mots, toute la eontrée, toute la province, toute la Franee, retentit de ces cris de terreur. Le tocsin sonna dans tous les villages.

Telle fut l'origine de celte fameuse alerte des brigands , qui rendit universelle la révolution du 14 juillet, en provoquant l'armement de la nation. Les premières agitations révolutionnaires à Lons-le-Saunier furent causées par la disette des grains. On eut recours alors à un ancien usage , aux assemblées générales des représentants des corps de métiers, qui furent appelés à former un bureau de subsistances (1er septembre 1789).

Le décret de l'Assemblée nationale, qui avait arrêté pendant la nuit mémorable du 4 août 4789 , l'abolition de tous les privilèges, mil fin à l'ancienne constitution de la ville.

La nouvelle municipalité fut installée |

le 2 février 1 790. Bientôt une société populaire s'organisa sous le nom de Comité deV Arrosoir, qu'elle quitta au mois de juin, pour prendre celui de Société des Amis de la Constitution , après avoir obtenu l'affiliation au club des Jacobins de Paris.

On célébra avec une grande pompe, le 14 juillet, la féte anniversaire de la prise de la Bastille.

Le détachement de cavalerie de Royal-Etranger , la maréchaussée , la garde nationale , étaient sous les armes et formaient un immense carré autour de l'autel de la patrie , dressé sur la grande place. Après le service divin, célébré par dom Molard , cadet , bénédictin , les autorités prêtèrent le serment de fidélité à la nation , à la loi et au roi. L'enthousiasme était dans tous les cœurs. Le 4 août , une nouvelle fête fut donnée , à l'occasion du retour des députés envoyés à la fédération de Paris, mais les partis s'étaient déjà formés. Le 9 , la municipalité somma les administrateurs du département de donner, dans les vingtquatre heures, des explications sur certains passages d'une adresse envoyée à tous les corps municipaux et qui paraissaient offensants; le 14, elle envoya des délégués à Paris , pour dénoncer cette circulaire à l'Assemblée nationale. Les 17, 18, 19, des rassemblements se formèrent dans la rue Neuve et arrêtèrent des convois de grains destinés pour la montagne. Les arrestations ne suffirent pas pour calmer rémeule.

Afin de lutter d'influence avec les Jacobins, une nouvelle société, fondée par l'administration , sous le patronage de Th. Lamelh et des Feuillants , se réunit au couvent des Capucins, obtint l'affiliation de la Société-mère de Paris et la fit retirer à l'ancienne. Cette rivalité de club

ne larda pas à semer des divisions et à compromettre la tranquillité publique. Les Jacobins réclamèrent vivement leurs droits méconnus , et Camille Desmoulins leur servit d'organe. M. Vaucher ayant donné sa démission de maire , Réné-François Dumas , devenu plus tard le terrible président du tribunal révolutionnaire de Paris , fut élu à sa place (20 mars 1791). Cette élection jeta le découragement dans les esprits.

Le commandeur de Lezay , colonel de la garde nationale et 33 officiers envoyèrent leurs démissions; des compagnies entières refusèrent le service (1er avril). Bientôt apparurent des plumets noirst que 1 on regardait comme un signe de ralliement contre - révolutionnaire. Les muscadins qui l'avaient arboré étaient à chaque instant dans la nécessité de soutenir des coml»ats contre les gardes nationaux, pour défendre leurs plumets. Il ne fallut rien moins que l'intervention énergique de l'autorité pour prévenir l'effusion du sang. Les plumets noirs disparurent , mais les partis restèrent en présence. La dissolution du club des Capucins , qui se réunit le 2 mai à la société populaire, ramena momentanément le calme dans la ville. Le 2 août , on donna connaissance de la délibération du directoire du département , en date du 23 juin, qui faisait appel au dévouement des citoyens, pour voler au secours de la patrie en danger. Des registres furent ouverts pour inscrire les enrôlements, et en un moment, ils se couvrirent de signatures. Le 26 avril i 792, deux détachements de volontaires, l'un du Rhin, l'autre de l'Ain, arrivèrent dans celte ville. Le capitaine de l'une de ces compagnies , qui avait été autrefois simple soldat dans celle dont M. Alexis- Désiré

Pelitjeandc Rotalier avait été capitaine, se présenta à la mairie, et demanda à être logé chez son ancien chef. M. de Rotalier, ne le reconnaissant pas, le reçut avec politesse, mais avec froideur. L'officier s'en plaignit à ses camarades. Aussitôt les soldats se ruèrent sur la maison de M. de Rotalier, en enfoncèrent les portes , brisèrent les meubles , se livrèrent à tous les excès et vinrent ensuite danser la farandole sur la place. Le 7 avril 1793, le conseil général de la commune fit incarcérer au couvent des Capucins 77 personnes soupçonnées d'opinions aristocratiques , et en fit consigner et surveiller beaucoup d'autres. Le 10, arrivèrent les commissaires de la Convention, Léonard Bourdon et Prost. Le triomphe de la Montagne dans la Convention amena dans cette ville une réaction, dirigée, suivant quelques historiens, dans le sens des Girondins, ou selon d'autres, secrètement excitée par les royalistes. Quand on apprit les événements du 31 mai et du 2 juin , et la proscription en masse de la Gironde, ce ne fut qu'un cri , qu'une protestation ardente contre la violence dont la Convention venait d'être le théâtre. La société populaire seule approuva cet attentat inouï à l'inviolabilité de la représentation nationale. A l'exemple du conseil général du département de la Gironde , qni dès le 11 avril, avait organisé un conseil de défense , celui du Jura avait décrété , le 31 mai , 1° qu'il serait appelé un membre de chaque administration de district , un de chacune des municipalités de chefs-lieux , et les membres composant le tribunal criminel , pour former, concurremment avec les administrateurs du département, réunis en surveillance permanente , un conseil qcnèral de

salut public; 2° qu'il serait formé un comité particulier de salut public , composé de sept membres du conseil général , choisis au scrutin.

Le 7 juin , le conseil du département ordonna aux conseils de district , du mettre sur le champ en activité de service, dans chaque chef-lieu , 1° la section d'artillerie attachée aux bataillons organisés , en suite d'un arrêté du 29 mars précédent ; 2° cinquante citoyens pris sur la masse de chaque bataillon , parmi ceux qui étaient armés ; 5° un chef de bataillon , un adjudant, un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, deux sergents et quatre caporaux , lesquels resteraient à la disposition des autorités constituées. Indépendamment de celte force armée, le conseil déclara mettre en activité de service permanent, au chef-lieu, les trois sections de cavalerie nationale , organisées en vertu de l'arrêté du 29 mars , et qu'on appelait les plumets rouges. 11 fut décidé en même temps, que tous les départements seraient invités à établir une correspondance active et suivie , par des points centraux convenus, notamment dans les départements de la Sarthe, de la Haute-Marne , du Lot , de la Drôme, du Cher, de la Gironde, de l'Ile-et- Vilaine , du Bas-Rhin et de Rhôneet-Loire. Le 12 juin, le comité de salut public fit fabriquer 6000 fusils, 6000 baïonnettes , 80,000 boulets , des balles, des gargousses à mitraille, des mèches et des lances.

Le 13 juin , des délégués de la société populaire, admis à la barre de la Convention nationale , dénoncèrent les arrêtés pris par le département du Jura. Le 1 8, la Convention envoya en mission dans les départements de l'Ain , de la Côte-d'Or, du Jura et du Doubs , les représentants du peuple Bassal et Garnier,

de l'Aube. Sur la nouvelle que ces commissaires voulaient entrer dans le Jura avec un grand déploiement de force militaire , on battit la générale dans le département , et les citoyens des districts accoururent en armes au chef-lieu. Le 25, le conseil général de la commune , les administrateurs du district, du département , les membres des tribunaux , se rendirent à la société populaire et se réconcilièrent avec elle. Les gardes nationaux à cheval et à pied , sans s'occuper de celte réconciliation , se jetèrent, à dix heures du soir , sur la salle du club , établie dans l'ancienne chapelle de la Confrérie de la Croix , brisèrent les emblèmes républicains , les tables , les chaises, injurièrent les personnes, les renversèrent et se livrèrent contre elles aux démonstrations les plus menaçantes. Les Jacobins furent poursuivis, maltraités dans les rues et incarcérés. Le 28 , les représentants Bassal et Garnier arrivèrent à Lons-le-Saunier sur le soir. Ils descendirent à l'Hôtel national, tenu par M. Balland. Aussitôt le bruit s'en répandit dans la ville , et Ton vit se rassembler devant cette maison une jeunesse exallée, faisant entendre des murmures et des imprécations.

Les commissaires se rendirent le lendemain à la séance du comité de salut public , et jugèrent prudent de repartir de suite pour Besançon. Le 30 , un détachement de gardes nationales du déparlement de l'Ain , venu au chef-lieu du Jura , pour le secourir contre les troupes de Bassal et Garnier, fut accueilli avec un vif enthousiasme. Le 1 "juillet, 150 citoyens, dans une pétition collective, déclarèrent que le corps municipal , le conseil général de la commune et le juge de paix, avaient perdu la confiance publique; ils demandèrent

et obtinrent que l'assemblée primaire avisât au remplacement de ces anarchistes. Le 3 , on renforça de 200 bommes le bataillon central, destiné à marcher sur Paris , pour proléger la liberté de la Convention.

Le 6, le nouveau corps municipal prêta serment entre les mains du conseil général de salut public, et adhéra à toutes ses mesures. Le 16, des volontaires d'Orgelet et de Lonsle-Saunier offrirent au comité de salut public, de voler au secours des Lyonnais. Le 18, organisation d'une garde départementale de 450 hommes , tant infanterie que cavalerie et artillerie. Le 19, premier décret de la Convention nationale, contre les administrateurs du Jura.

Elle appelle à sa barre le procureur général syndic, M. Ebrard, et le vice-président du directoire, M.

Dumas, aîné. Les officiers de la garde nationale, chargés d'arrêter 5IM. Ebrard et Dumas, loin d'obéir à cette réquisition, jurèrent de ne point l'exécuter. Un arrêté du comité de salut public fixa au 25 le départ du bataillon central , pour aller se rallier au drapeau de la résistance , à Lyon. Le 27 , à une séance de la Convention nationale, Dugué-Dussé, au nom du comité de sûreté générale, fit un rapport sur les mouvements qui avaient lieu dans le département du Jura, et fit adopter un projet de décret, dans lequel se trouvent les dispositions suivantes :

Art. 1er. Les membres du comité de salut public , nommés le 2 juin dernier, seront tenus de se séparer immédiatement après la notification du présent décret , et de cesser toutes fonctions, sous peine de mort. Art. 2.

Tous les actes faits par ce comité, depuis son installation , seront déclarés nuls. Art. 3. Tous les autres actes , postérieurs à la notification

du présent décret , seront poursuivis criminellement, comme attentatoires à la liberté publique et individuelle.

Art. 4. Tous les individus détenus et poursuivis par ordre du conseil général cl du comité de salut public, ou du directoire du département du Jura, seront sans délai remis en liberté. Art. 6. Les membres de la société populaire de Lons-lc-Saunier, seront réintégrés dans le local de leurs séances, et maintenus dans le droit de s'assembler paisiblement, aux termes des décrets. Art. 8. Les commissions des gendarmes nationaux , données par ce département depuis le 24 mai, sont déclarées nulles. Art. 9. Les juges de paix , les assesseurs , officiers municipaux et notables qui étaient en fonctions au 1er juin, y seront réintégrés.

Art. 10. Bùuveret, président, Janot, membre du directoire du département , et Faivre , procureur syndic du district de Lons-le-Saunier, seront traduits à la barre , etc. Le 30, à la lecture de ce décret , de grandes rumeurs s'élevèrent au conseil général de salut public. Le lendemain, ce conseil tint une séance dans l'église des Cordeliers. Il prêta serment de rester à son poste , tant que la volonté du peuple et les dangers publics l'y fixeraient et de résister à l'oppression. 11 faut convenir que la ville de Lons-le-Saunier déploya un courage extraordinaire dans la position déplorable qu'elle s'était faite ; mais que pouvait une ville , fût-ce Paris, que pouvait une province , un département , contre la terrible, contre l'accablante énergie de la Convention, qui aurait tout sacrifié, jusqu'à sa propre existence, pour assurer le triomphe du principe qu'elle avait proclamé? Et d'ailleurs , que voulait le département du Jura , si pour son malheur, sa ré-

Di

bcllion eûl triomphé? II ne prétendait pas sans doute avoir son gouvernement particulier ! L'esprit de morcellement et d'antagonisme nalional ne pouvait plus renaître. C'était donc sans nécessité politique, sans résultat possible, ouvrir sous ses fondements un abime de malheurs. 11 n'avait à attendre de secours que de l'émigration et de l'étranger. On croyait généralement que le décret de la Convention devait avoir dispersé toute l'administration et la force armée qui l'entourait.

Cependant des adhésions à la résolution du conseil général de salut public arrivaient de tous côtés. Les citoyens Garnier, de Poligny, Jfarmet, de Salins, et Levrat, d'Orgelet, furent placés à la tête de la force urinée, le premier, en qualité de commandant en chef, les deux autres , comme adjudants généraux.

Le même jour, M. Donneux , d'Orgelet, remplaça M. Garnier, dans son commandement (1er août). Une rencontre qui eut lieu le lendemain au village de Tassenières , entre un détachement fédéraliste, parti de Lons-le-Saunier, et un détachement de la garde nationale de Dole, causa la mort de plusieurs personnes. Le 9 août , la Convention nationale rendit un nouveau décret, dont voici les principales dispositions :

Art. 1er. Les fonctionnaires publics du département du Jura , qui postérieurement à la notification du décret du 27 juillet dernier, ont continué des rassemblements et pris des délibérations ou arrêtés sous le nom de Comité de salut public ; ceux qui , postérieurement à cette époque , ont continué d'exercer des fonctions dans lesquelles devaient être réintégrés , en vertu du même décret, ceux qui avaient été arbitrairement destitués; les comman-

dants en chef des bataillons dits de districts, de cavalerie dite nationale, de garde nationale qui ont pris des arrêtés et des délibérations tendant à s'opposer à l'exécution des décrets de la Convention , ou qui s'y sont opposés par le fait, sont déclarés traîtres à la patrie et mis hors la loi.

Art. 2. L'administration départementale est supprimée. Il sera établi à Dole , une commission administrative, composée de cinq membres.

Le tribunal criminel sera transféré à Dole. Les commissaires de la Convention pourvoiront à l'organisation provisoire de ces autorités.

Art. h. La ville de Lons-le-Saunier est déclarée en état de rébellion , jusqu'à ce que les décrets de la Convention y aient reçu leur pleine exécution. Effrayés des conséquences de leur révolte , et désespérant du succès de leur cause , les administrateurs s'étaient déjà soumis le 9 août , avant de connaître le décret.

Ils avaient annulé leurs arrêtés précédents et mis en liberté les clubistes. Us continuèrent néanmoins de tenir leurs séances jusqu'à la fin du mois , époque à laquelle la commission administrative de Dole entra en fonctions. Le bataillon central ne tarda pas à se disperser. Dès ce moment , la ville perdant son nom pour recevoir celui de Franciade, tomba sous le régime de la Terreur. Les visites domiciliaires, les réquisitions forcées , les emprisonnements arbitraires n'y furent pas épargnés. Les églises furent fermées ou profanées par la célébration de cérémonies ridicules. Le représentant Lejeune mit à l'ordre du jour l'impiété la plus ignoble. Après la chute de Robespierre (28 juillet 1794), une réaction contre-révolutionnaire suivit la ruine du parti montagnard.

Les représentants Faucher et Bes-

son , envoyés pour épurer les diverses administrations, prononcèrent, le 18 octobre, la dissolution du conseil général de la commune , et le réorganisèrent le 20 ; ils firent arrêter plusieurs fonctionnaires prévenus d'abus d'autorité et de prévarications dans l'exercice de leurs fonctions ; le 20 , ils supprimèrent la société populaire et la reconstituèrent sous le titre de société régénérée. Le 29 novembre, le comité révolutionnaire ordonna l'arrestation des terroristes les plus dangereux , qui étaient au nombre de 58. Le parti de l'ancien régime, encouragé par ce mouvement rétrograde, releva aussitôt la tète. Il insulta, attaqua publiquement dans les rues , les partisans de la révolution. Le 25 mars 1795, on célébra à Lons-le-Saunier, par une fête pompeuse , le rapport des décrets des 19, 27 juillet et 9 août 1793, dirigés contre les administrateurs , les membres du comité de salut public et les chefs de la force armée fédéraliste. Le 9 thermidor y fut glorifié par le représentant Bailly. Sur la place , un bûcher fut élevé ; les emblèmes de l'anarchie y furent brûlés au milieu des chants et des danses , et sur les cendres de ces emblèmes , on jura haine implacable aux tyrans et aux buveurs de sang. La fêle se termina par nne illumination générale. Par arrêté du 29 mars, Bailly transporta à Lons-le-Saunier l'administration du département et la réorganisa, en y faisant rentrer les anciens membres du directoire. La commission administrative de Dole fut dissoute.

Une société secrète, qui avait des ramifications dans tout le Midi, organisa le massacre des Terroristes dans les prisons. Dans la nuit du 25 au 26 mai 1795, plusieurs démocrates de Bourg , renfermés dans

le couvent des Cordeliers à Lons-lc- Saunier et attendant leur jugement , furent impitoyablement égorgés par des inconnus. On jouait alors au jeu sanglant de : chacun à son tour.

Le consulat et l'empire virent cesser les luttes intestines, et ramenèrent le calme dans les esprits.

En 1815, les habitants de Lons-le- Saunier furent spectateurs du premier acte d'un drame dont le dénouement devait être sanglant et lugubre.

Chargé par Louis XVIII , d'arrêter Napoléon dans sa marche rapide à travers les populations du Midi, le maréchal Ney arriva à Lons Ic-Saunier, pour y prendre le commandement des troupes mises sous ses ordres , au moment où l'empereur entrait à Lyon. Le 13 mars au matin , il était résolu encore, sinon à amener au roi , dans une cage de fer , l'ambitieux usurpateur, du moins à rester fidèle à ses nouveaux engagements.

Dans la nuit du 13 au 14, son àmc, susceptible d'erreur, mais incapable de déloyauté et de trahison, fut en proie à une cruelle anxiété. Vers deux heures du malui , un agent particulier et un officier de la garde, apportèrent une lettre du général Bertrand, des dépêches de l'cmpcr rcur et plusieurs exemplaires d'une proclamation. Ney les lut, lit appeler aussitôt les généraux Bourmont et Lecourbe, les consulta et n'hésita plus. Le W , à raidi , les 60e et 77e régiments de ligne , le 8e régiment de chasseurs et le 56 régiment, de dragons , assemblés sur la promenade de la Chevalerie et dans la prairie des Mouillières , attendaient l'arrivée du maréchal , qui devait les passer en revue. Comme à l'approche d'un événement qu'on ne fait que pressentir, l'inquiétude se peignait sur tous les visages. Ney s'avança au milieu des troupes, en-

tourc d'un brillant état-major, dont faisaient partie les généraux Bourinont et Lecourbe , et lut la fameuse proclamation, préparée à l'avance par l'empereur lui - même et qui commençait par ces mots : « La cause des Bourbons est à jamais perdue. » Des cris de Vive Vempereur! retentirent aussitôt de tous côtés. L'enthousiasme était à son comble : Ney embrassait les généraux qui l'entouraient , les soldats , les tambours; il pleurait de joie.

Des agents, arrivés le matin du quartier général de l'empereur, avaient apporté des cocardes et des aigles.

Au moment de la revue , les cocardes blanches furent arrachées et foulées aux pieds. M. de Grivel, maréchal de camp, après avoir entendu la lecture de la proclamation , brisa son épée. M. Dobalen , colonel du 64e de ligne , protesta et demanda à se retirer. M. le marquis de Vaulchier, préfet du Jura , prévenu de ce qui devait se passer, n'avait pas voulu assister à la revue, et envoya daus la soirée sa démission au maréchal. Les soldats se répandirent dans la ville en chantant, entrèrent dans le café Bourbon , en brisèrent l'enseigne et les meubles, et y corn mirent de graves excès.

Les invasions des armées alliées , en 1814 et 181 S, n'eurent pour résultat que d'accabler la population de logements militaires et de réquisitions.

L'émeute dite des pommes de terre , en 1 840 ; les événements de la révolution de 1 848 , et l'échauffourée du 4 décembre 1851, sont trop près de nous , pour qu'il soit nécessaire d'en donner les détails.

Enfoncements. En 1703, une maison appartenant à M. Etienne Petitjean de Rotalier , dans la rue Besançon , s'enfonça. Relevée , elle

subit la même catastrophe en 1757.

On attribua ce double malheur à la destruction de l'ancien canal des sauneries , et les gens de l'art estimèrent qu'il devait être rétabli ; mais on se borna à combler le creux qui s'était ouvert. Dans la nuit du 91 au 22 septembre 1793, la domestique de M. Pierre-Désiré de Leschaux , ancien subdélégué de l'intendant à Lons-le-Saunier, entendit à diverses reprises des craquements dans la charpente et dans toute l'habitation de son maître. N'osant éveiller personne, elle attendit le matin pour faire part de ses craintes. Melle de Leschaux voulut ouvrir sa fenêtre , qu'elle trouva tellement serrée , qu'en la forçant , elle en Gt éclater les vitres. A midi , de nouveaux craquements se firent entendre. On se hâta de transporter dans la rue M. de Leschaux qui était malade. A peine fut-il sorti , que la maison disparut dans un gouffre , dont l'ouverture avait 50 pieds de diamètre, et qui était rempli par 30 pieds d'eau.

Au midi de la maison de Leschaux, il s'en écroula une autre, mais beau coup moins vaste. Toutes les maisons voisines furent désertées. La terreur était si grande , qu'on démeubla la plupart des appartements de la rue du Puits-Salé , même ceux de M. de Champagne, bien qu'existant sur un sol supérieur à celui de l'enfoncement. Le lendemain , 11 s'ouvrit aussi , dans le jardin du notaire Jeannin , rue du Puits-Salé, un creux asse* considérable , mais l'eau qui y parut se retira presque aussitôt. Les ingénieurs attribuèrent ces perturbations à un courant d'eau correspondant avec le puits à niuire. L'excavation de la rue des Dames toucha bientôt la maison Galzot, de l'autre

côlé de la rue. On croyait voir à tout instant s'écrouler cette maison, dont la façade offrait plusieurs lézardes.

En 1793, le gouffre continuant de s'élargir, l'administration des pontset-chaussées proposa de le combler et d'établir en même temps un aqueduc , pour procurer aux. eaux un débouché. Dès l'année suivante, on commença à jeter des déblais dans le creux , mais le terrain ne fut entièrement nivelé qu'en 1798. En 1814, il s'opéra une seconde excavation dans le jardin de la maison Jeannin , rue du Puits-Salé. L'emplacement de la maison de Leschaux ayant été vendu , le nouveau propriétaire y éleva des bâtiments. En 1836 , le front de l'un de ces bâtiments s'enfonça en partie ; bientôt on vit s'écrouler un des piliers de la porte cochère. Les pavés de la cour et de la rue s'affaissèrent , et on aperçut des tordes dans une des maisons conliguës. Le 25 juillet 1849, un nouvel enfoncement se manifesta dans le même endroit de la maison de Leschaux (aujourd'hui maison Voidey ) , mais il n'a guère dépassé (rois mètres de profondeur . sur six ou sept mètres de circonférence. Une maison contiguë, au nord, fut aussi ébranlée et dégradée.

Le 6 octobre suivant , à 7 heures du soir, il s'ouvrit, dans le jardin de la maison Jeannin, une excavation plus considérable que celles de 1792 et 18U. Elle s'opéra en moins d'une demi-heure, à une profondeur de plus de sept mètres sur plus de vingt de circonférence. Peu de jours après, la circonférence de l'abtme était presque double. On plaça dans l'excavation une échelle pour y descendre et goûter l'eau qui couvrait le fond ; cette eau ne se trouva pas salée. L'échelle, d'une longueur de 25 uieds , disparut tout-à-coup , et le

terrain se referma sur elle. On a cru reconnaître par un sondage, que l'épaisseur totale des terres, prise du niveau du sol , et formant une voûte sur la nappe d'eau, était d'environ 25 mètres. A l'article Montmorot , nous chercherons à expliquer la cause de ces enfoncements.

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