‹ Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la FrancheComté et des hameaux qui en dépendent, classés par département. Tome premier VI département du JuraChapitre 12 sur 33 · ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX

Paroisse. L'établissement du christianisme est environné , à Lons-le- Saunier, comme partout , d'incertitude et d'obscurité. Nos anciens manuscrits ne se contentent pas de dire que saint Lin , successeur de saint Pierre, prêcha dans notre ville, mais encore qu'il y trouva déjà établis un oratoire et un baptistère.Nous voudrions pouvoir admettre celte légende , mais elle est trop invraisemblable pour mériter la moindre confiance. Si l'Evangile fut annoncé dans quelques parties des Gaules dès le ier siècle de notre ère, il y fit si peu de progrès , que ce ne fut qu'au milieu du second qu'on vit paraître les églises les plus anciennes. Aurait-on voulu parler de saint Lin , évéque de Besançon , au m° siècle, qui passe pour avoir opéré un grand nombre de conversions ? La tradition ainsi présentée serait admissible , mais elle ne repose sur aucun témoignage. L'église de Saint - Etienne - de - Coldres est sans contredit l'une des plus anciennes du Scodingue, et cependant elle ne peut être antérieure au ive siècle, car l'usage de dédier des églises à des saints ne s'établit dans aucune contrée chrétienne avant cette époque. La légende de la vie de saint Désiré dit positivement que ce prélat fut non-seulement le patron

de l'église de Lon9-ïe-Saunier, mais encore qu'il en fut le fondateur.

Saint Désiré naquit dans cette ville, sur la fin du i?e siècle, d'une famille très illustre (probablement sénatoriale). Ainsi que son nom l'indique, cet enfant fut accordé par le ciel aux prières de ses parents. Avant qu'il vint au monde , ils curent des révélations de sa sainteté future et il leur fut prédit qu'un jour il deviendrait évêque. Adonné de bonne heure à l'étude des lettres, saint Désiré se distingua dans les écoles parmi ses camarades, par sa sagesse et par son éloquence. Après le massacre de saint Antide , par les Vandales (407) , le clergé et le peuple de Besançon le choisirent unanimement pour remplacer ce saint évéque. Uniquement préoccupé de la gloire de Dieu et du salut de son troupeau, il était assidu à instruire les fidèles de la parole divine; il visitait lui-même les malades et en guérit un grand nombre; il allait dans les prisons voir les captifs , les consoler et même les racheter quand il le pouvait ; les pauvres, les veuves et les orphelins étaient comme sa famille ; enfin , il eut soin de former de saints prêtres, qui furent les témoins de son zèle, les imitateurs de ses vertus et qui continuèrent ses bonnes œuvres. Telle fut la vie de ce saint prélat , d'après les traditions qui ont été conservées dans les légendaires et les martyrologes.

Saint Désiré était en 413 ou MU dans sa ville natale, et y faisait bâtir une église en l'honneur de la Résurrection de Jésus-Christ, et sous l'invocation de saint Nicolas , lorsque la mort le surprit. Son corps , placé dans un sarcophage de pierre , fut déposé dans l'église , dont il fut le fondateur et qui porte encore son nom. Le tombeau du saint at-

tira bientôt un grand concours de fidèles. Les populations qui avaient leurs cabanes éparpillées sur les différents points du territoire , au sud de la Vallière , vinrent se mettre sous la protection du saint et formèrent un petit bourg , auquel on donna le nom de Saint -Désiré. 11 est assez vraisemblable que c'est au fondateur de l'église Saint - Désiré, que l'on doit l'établissement de ht communauté des clercs, chargée de la desservir. Celte communauté se composait d'un prêtre, de chapelains ou vicaires, d'un écolâtre, d'un gardien et d'un portier. Le curé ou recteur résidait avec les prêtres qui l'aidaient dans ses fonctions , et les jeunes clercs qu'il formait au sacerdoce , demeuraient dans un bâtiment voisin de l'église. Pendant l'anarchie féodale, les archevêques de Besançon, impuissants à protéger les biens du clergé contre la rapacité des seigneurs , confièrent la défense de ceux de l'église de Saint- Désiré, aux sires de Montmorot, vicomtes de la ville ; mais pour obtenir cette protection , il fallut lenr céder une grande partie des choses confiées à leur garde. Non contents de ce qu'on leur avait donné volontairement, ils ne se firent aucun scrupule d'usurper la plupart des droits ecclésiastiques. Ainsi , en 1083 , te vicomte Thibert , Hugues, clerc, et leurs autres frères , se regardaient comme les propriétaires de l'église de Saint-Désiré et en disposaient comme d'un bien patrimonial. Nous ferons observer du reste que celte possession leur donnait moins un droit absolu de propriété , qu'un droit de seigneurie, et une part plus ou moins forte dans les revenus territoriaux et le casucl. Cette même année, ils vendirent leurs droits à Bernard , abbé de Baume , du con-

scnlement du bénélieier qui desservait l'église. La rareté des prêtres séculiers à celte époque, détermina ce prélat à transférer à Lons-le- Saunier les religieux qui occupaient le prieuré de Chavenay, et à leur confier l'administration de la paroisse.

En 1185, le pape Urbain III statua que , dans les lieux où il y avait des moines, les fidèles ne devaient point les avoir pour recteurs , mais bien un chapelain perpétuel présenté par les religieux et institué par Pévèque.

Les papes Urbain II, par bulle du 5 janvier 1089 (v. st. ); Pascal II , le 3 des calendes d'avril 1107; Guillaume , archevêque de Besançon , en 1 1 1 1 ; Anseric, l'un de ses successeurs, en 1 133 ; l'empereur Frédéric Barberousse, en 1157; l'antipape Victor, en 1 162; le pape Clément III , en 1190, confirmèrent à l'abbaye de Baume la possession de l'église de Saint-Désiré et de ses dépendances. Dans le traité d'association fait en 1 208, entre Thiébaud, abbé de Baume , et Etienne , comte de Bourgogne , pour la seigneurie de Monlaigu , il fut convenu que le comte bâtirait dans le bourg de ce dernier lieu une église monacale, en laquelle serait transféré le prieuré qui auparavant était à Chavenay, et que les possessions du prieur de Lons-lc-Saunier ne feraient point partie de l'inféodalion. Le pape Alexandre IV, par une bulle datée des ides de juillet , première année de son pontificat (125b), déclara que Jean de Chalon, comte de Bourgogne et sire de Salins, ayant manifesté l'intention de donner plus d'importance au prieuré de Saint- Désiré, où il n'y avait eu jusqu'alors que deux moines et un prieur, il permettait à l'abbé de Baume d'y porter le nombre des religieux jusqu'à douze , outre la personne du

prieur, à condition que ces moines feraient desservir l'église de Saint- Désiré par un vicaire capable, auquel ils assigneraient sur leurs revenus un traitement suffisant pour vivre et pour payer les redevances dues à l'archidiacre et à l'officialité diocésaine. Cette bulle rencontrant de graves obstacles dans son exécution, le même pape chargea, au mois d'août suivant, l'abbé de Saint- Claude, de prononcer l'union de la cure au prieuré , lorsque le recteur titulaire serait mort ou aurait résigné. La paroisse fut alors desservie par un vicaire perpétuel ordonné par l'évéque et institué par le prieur. Cet ecclésiastique recevait pour tout traitement, une somme annuelle de 18 florins, et une part dans les menues oblations. Les revenus de l'église apppartenaient entièrement au prieur, curé primitif. Dès le xu* siècle , il se forma une association de prêtres , appelée la Confrérie des clercs et des prouvoires ou la Confrérie des chapelains desservant la première messe , exclusivement chargée de célébrer une messe matutinale à l'autel de la Croix et d'exécuter les fondations particulières.

Au mois de décembre 1494, Guy Vaucher, vicaire perpétuel, envoya secrètement des députés à Rome , résigna sa vicairie et supplia le pape de l'unir à la confrérie des chapelains. Le pape Alexandre VI (R.

Borgia), crut devoir accueillir celte demande et prononça l'union sollicitée. Aussitôt que celte nouvelle fut connue , Claude du Pin , prieur de Saint-Désiré et vicaire-général de Jean , cardinal de Saint-Marcel , appelé vulgairement le cardinal de Saint-Ange , abbé commendataire de Baume , protesta énergiquement, en disant que le pape avait été trompe ; que de tout temps le vicaire de

Saint-Désiré avait été institué alternativement par l'abbé de Baume et le prieur de Lons-le-Saunier ; que tous les droits paroissiaux , tels que les dîmes, oblations, mortuaires et autres lui avaient toujours appartenu et que l'union n'avait pu être prononcée sans son consentement. Il envoya Pierre d'Arlay, notaire et bourgeois de Lons-le-Saunier, près de Jean de Louhans, doyen de l'église collégiale de Saint-Hippolyte de Poligny , chargé de fulminer la bulle d'union , pour déclarer qu'il appelait de la décision du pape au pape lui-même , mieux informé ( 5 février 1498, v. st.). A la suite de longues procédures , Pierre Levret, curé de Plainoiseau, Antoine Saclion de Montaigu et Pierre d'Arlay terminèrent la difficulté par un arbitrage. Au mois de septembre 1501, Claude du Pin acquiesça à la sentence qui maintenait l'union prononcée par le pape. Il fut convenu que le corps de la familiarité présenterait au prieur un vicaire élu parmi eux et approuvé par l'archevêque, et que ce vicaire toucherait, sur les revenus du prieure, la portion congrue. Le 14 mai 1616, l'archevêque Ferdinand de Longwy, dit de Rye , désirant mettre fin à des querelles sans cesse renaissantes , décida dans le cours de sa visite pastorale, qu'à l'avenir les familiers éliraient tous les trois ans parmi eux, deux prêtres capables, approuvés de lui et admis par le prieur, lesquels seraient chargés de la desserte de la paraisse; qu'ils recevraient un traitement de 50 écus, et que le prieur aurait seul le droit d'officier aux fêles de Noël, Pentecôte, du corps du Christ, de saint Désiré, de la Toussaint , de la Nativité , de I Epiphanie , et lors des dévolions ou supplications publiques. Après

le siège et l'incendie de 1637, il n'y eut plus ni religieux ni familiers.

Tous étaient morts de la peste, avaient pris la fuite , ou avaient été tués. M. de Belot , le seul familier qui restait, avait été fait prisonnier par les Français. De 1642 à 1646, cinq prêtres parvinrent à se réunir pour desservir la paroisse. Us étaient les maîtres absolus, lorsque dom Fulgence Brenier obtint, en 1647, du roi d'Espagne , la commission de relever le prieuré et d'y introduire la réforme de saint Vannes et saint Idulphe. Ce nouveau prieur se hâta de réclamer les 'droits de son monastère. Les nouveaux familiers, le considérant comme un intrus , refusèrent de reconnaître sa supériorité. Enfin, le 28 avril 1640 , Jean- Baptiste Jeaunin , docteur ès-droits, lieutenant-général du bailliage de Montmorot, et Pierre Boy, maire de Lons-le-Saunier, choisis pour arbitres , rapprochèrent les parties et les amenèrent à un traité d'après lequel il fut décidé, 1° que les vicaires reconnaîtraient le prieur pour recteur in habitu de l'église , sans charges d'âmes, sans juridiction ni supériorité, soit sur eux, soit sur le corps de la familiarité ; 2° que le prieur aurait la première dignité dans l'église; 3° qu'il instituerait les vicaires élus tous les trois ans par les familiers ; 4° qu'il célébrerait ou ferait célébrer par ses religieux , le service divin aux jours de fêtes déterminés en 1616, par l'archevêque de Besançon. Le prieur abandonna une grande partie des revenus paroissiaux et fut déchargé en retour de beaucoup de charges , notamment du banquet qu'il devait donner chaque année aux familiers, la veille de fête Saint-Désiré. On fondait de grandes espérances sur culte transaction, pour rameuer le

calme dans l'église , mais elles ne* se réalisèrent point. Les questions de préséance , la garde des reliques , l'usage commun d'un même édifice pour deux corps , dont les offices étaient entièrement différents, le partage des oblations , firent naître chaque jour de nouvelles difficultés.

La déclaration du roi, du 24 janvier i686, ne lit qu'aggraver le mal. Elle décidait que les cures unies à des chapitres ou autres communautés ecclésiastiques et celles où il y avait des curés primitifs , seraient desservies par des curés ou des vicaires perpétuels, qui seraient pourvus en titre. La familiarité de Lons-le-Saunier élut des vicaires perpétuels et se crut tellement affranchie de toute soumission envers les religieux du prieuré , qu'elle voulut leur interdire en quelque sorte l'entrée de l'église. Des scènes regrettables naquirent de cet antagonisme. Le magistrat jugea la séparation indispensable. Par un traitédu i9juin 1716, le maire , les échevins et les bourgeois de Lons-le-Saunier, s'engagèrent à faire bâtir une église paroissiale, sous le vocable de saint Désiré, dans laquelle on solliciterait l'érection d'un chapitre collégial, composé d'un doyen et de huit chanoines, soumis à la juridiction de l'archevêque de Besançon. M. Bereur, alors prieur, consentit que la mense prieurale, avec tous les biens, droits et revenus en dépendant, fût unie à ce chapitre, à condition qu'il jouirait pendant sa vie de tous les droits, honneurs et revenus attachés à son prieuré, et qu'il serait pourvu du litre de doyen du chapitre. Il fut convenu que les huit familiers les plus anciens seraient pourvus, pour la première fois, des canonicats , et qu'après leur mort , ils seraient remplacés par les familiers que le

chapitre présenterait au roi. Les revenus de ces huit familiers devaient faire partie de la dotation du chapitre. Les P. Bénédictins donnèrent leur adhésion à ce trailé , à condition qu'il y aurait séparation complète entre eux et les vicaires ou familiers ; qu'ils ne seraient point tenus de se trouver aux processions et cérémonies publiques, et que s'ils y allaient, ils marcheraient en corps séparé sous leur croix et leur bannière. L'église de Sainl-Désiré fut cédée alors par les familiers et le magistrat , aux Bénédictins, moyennant une somme de 15,000 fr., qui devait être employée à la construction d'une nouvelle église, avec stipulation que l'église cédée serait mise sous le vocable de saint Benoit, et qu'on enlèverait les deux pierres du tombeau de saint Désiré, les cloches, les orgues, les sanctuaires, les reliques , les châsses , les livres, les lampes, ainsi que les autres meubles. Les supérieurs de la congrégation de Cluny et de la réforme de saint Vannes n'ayant point voulu consentir à cet arrangement , les choses en restèrent là. MM. Roux et de la Maillauderie , élus vicaires perpétuels, se regardèrent à leur tour comme complètement indépendants des familiers et crurent pouvoir disposer en toute liberté de leurs bénéfices. M. Roux résigna sa cure en cour de Rome, en faveur de son collègue, et ce dernier obtint des bulles qui le nommaient seul curé inamovible. Les familiers demandèrent au roi , en 1721 , la nullité de la résignation du sieur Roux et de la bulle donnée en faveur de M. de la Maillauderie. Louis XV, par une déclaration du mois d'août 1725, leur permit d'élire, après le décès du sieur Roux , deux vicaires pour la desserte de ta paroisse,

conformément à l'ordonnance de l'archevêque de Besançon, de 1616, et de renouveler cette élection tous les trois ans , à charge de ne commettre que des sujets approuvés par l'archevêque diocésain, et de ne les changer qu'avec la participation de ce prélat, lt fut en même temps interdit au sieur Roux de résigner ou de remettre son titre en d'autres mains qu'en celles des familiers.

L'édit du roi fut exécuté jusqu'en 4791. Le 14 janvier de cette année, MM. Engle et Volpillat, vicaires, et les autres familiers , ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé , furent remplacés, le 5 avril suivant, par M. Sachon, de Montaigu , qui adressa lui-même sa démission au représentant Lejeunc, le fi mars 1794. L'église fut alors fermée.

La paroisse de Lons-le-Saunier était très étendue ; elle comprenait les villages de Montmorot, Savagna, Montaigu , Vaux , Macornay , Courbouzon , Messia , Pannessières , la Lième , Ghille, Pymont, Villeneuve etFeschaux. Les chapelles qui existaient dans quelques-uns de ces villages n'étaient desservies que par des vicaires amovibles institués par le prieur de Saint-Désiré.

Les droits curiaux de cette paroisse présentaient des particularités assez curieuses. Le cheval de l'homme noble et le lit garni de la femme noble appartenaient au prieur. Le dimanche qui suivait le jour des funérailles d'un paroissien , les héritiers devaient présenter à l'offertoire de la grand'messe , un vase rempli de farine de froment , trois chandelles, des œufs et du sel ; les dimanches suivants , pendant un an , l'offrande se composait d'un pain , de vin et de chandelles. À l'expiration de l'année , le vase qui avait

servi à offrir la farine, la serviette qui recouvrait le pain , la bouteille qui contenait le vin, étaient remis au prieur. Ce dernier taxait à sa volonté les frais funéraires, selon la fortune des défunts , et restait propriétaire du drap mortuaire, du luminaire et d^deuij/tnceute. Il y avait d'autres redevances fixées pour les baptêmes, pour* les lettres portant permission de se marier hors de la paroisse, pour les mariages et les confessions.

Les nouveaux mariés , le lendemain de leurs noces, devaient offrir à la messe, un pain, une pinte de vin et une chandelle. Les paroissiens se récrièrent souvent contre ces perceptions. Des règlements faits les 7 mai 1&74, 12 novembre 1510, 19 février 1670, en 1739 et en 1776, modifièrent les tarifs. Le 30 novembre 1722 , les offrandes en pain et vin qui se faisaient chaque année, le jour de fêtes des Trépassés et de Saint-Etienne , furent converties en une redevance annuelle de 4 sols par feu. Le jour de Noël , le prieur devait une réfection de pain et de vin aux habitants de Messia et de Courbouzon.

Doyenné. On ignore à quelle époque précise le diocèse de Besançon fut divisé en quinze doyennés.

La vente de l'église de Saint-Désiré par les sires de Montmorot, en 1083, mentionne déjà Haymon , comme doyen de Lons-lc-Saunier. L'administration des doyennés n'avait point d'endroit fixé; elle suivait le doyen , qui était choisi parmi les curés de la circonscription , non «à cause de son domicile, mais pour ses mérites.

Cela explique pourquoi certains doyennés, tels que ceux de Sexlc, des Montagnes, d'Ajoye, de Varcsco, n'avaient point de nom local , mais un nom de territoire. Au xin* siècle, Lons-lc-Saunier était la résidence

des doyens des Montagnes, de Ncub/ans et de cette ville.

Le doyenné de Lons-le-Saunier, dont la circonscription était calquée sur d'anciennes circonscriptions romaines , comprenait les abbayes de Baume, de Châleau-Chalon et de Sainte-Claire, les prieurés de Bréry, Colonne, Fay-en-Brcsse, Frontenay, l'Etoile, Louhans, Lons-le-Saunicr, Maynal, Ruffey , Saint-Laurenl-la- Roche , Saint-Lothein , «avigny-en- Revermont, Vernanlois, et 7k églises paroissiales, dont les points extrêmes étaient Mirebel, Saint-Lolhein , Sellières, Chaumergy, Tassennières , Louhans , Montconis , Savigoy et Maynal.

Familiarité. Une messe matutinate, fondée au xue siècle , à l'autel de la Croix , dans l'église de Saint- Désiré, par un seigneur dont le nom n'est point parvenu jusqu'à nous, nécessita la création de plusieurs chapelains pour la desservir. Cette société de prêtres , appelée la confrérie des clercs desservant la première messe, et formée d'ecclésiastiques originaires de la ville, ne tarda pas à avoir les sympathies de la population et à s'enrichir des libéralités de la bourgeoisie. Elle compta bientôt jusqu'à UO membres.

Cette corporation , jalouse des prérogatives dont jouissait le vicaire perpétuel institué par le prieur, intenta plusieurs procès , pour forcer ce dernier à choisir exclusivement dans son sein le prêtre chargé du service de la paroisse ; mais ses tentatives furent malheureuses. L'archevêque de Besançon , Charles de Ncufchàtcl , en approuvant ses statuts, le 1er septembre ihli , repoussa ses prétentions à ce sujet.

D'après ces statuts , pour être reçu tlans la familiarité, il fallait être né et avoir été baptisé à Lons-le-Sau-

nier, avoir été ordonné prêtre, subir un examen devant le vicaire perpétuel et trois chapelains, sur la lecture et le chant. Le récipiendaire devait payer une somme de dix francs , à titre de droit d'entrée, donner un repas à ses collègues et leur offrir une paire de gants. Antoine de Vergy confirma ce règlement , le 50 novembre 1 5 1 k, et en 1 5 1 7 il rendit une ordonnance pour supprimer certains abus qui s'étaient glissés dans la discipline ecclésiastique. Le S décembre 1862, Ferdinand de la Baume donna de nouveaux statuts , d'après lesquels le nombre des familiers fut réduit à 26, et les conditions d'admission rendues plus difficiles.

Ainsi , ce prélat exigea que le présente fût non-seulement né et baptisé à Lons-Ie-Saanier, mais encore qu'il fût fils d'un bourgeois ou d'une bourgeoise nés dans cette ville. Pour éviter toute cabale, il voulut que les gradués fussent préférés à ceux qui ne l'étaient pas, les plus savants aux plus ignorants, les plus vertueux à ceux qui l'étaient moins. La familiarité se réorganisa sur de nouvelles bases le 28 février 1678. Le nombre de ses membres fut réduit à 15, et le droit d'entrée fixé à 180 fr. Le présenté devait justifier, que nonseulement ses père et mère, mais encore ses aïeux paternels et maternels avaient été bourgeois de Lonsle-Saunier. Les familiers furent assujettis à assister aux offices, le bonnet carré sur la tète , en surplis blancs avec des manteaux noirs tombant jusqu'aux pieds et doublés de rouge aux parements, le capuce doublé de peau à grande queue, tombant jusqu'au bas du manteau.

Le 8 janvier 1680 , Mgr. de Grammont leur permit de porter pour habit d'honneur, depuis le onze novembre jusqu'à Pâques, le manteau

en parements de salin rouge et le capuce bordé en tête , et de Pâques à la Toussaint , Pau musse.

Le plus âgé des familiers avait le litre de doyen ou d'ancien. En cette qualité , il avait sa place marquée au chœur , à côté de celle du prieur.

C'était à lui à convoquer les assemblées capitulaires , à recueillir les voi% , à proposer les peines qui devaient être prononcées contre les membres de la corporation, etc. Le normateur avait la surveillance perpétuelle sur tous ses collègues. Le ponctuateur étaitebargéde marquer les absences. Les titres et l'argent étaient déposés dans un coffre fermant à quatre clefs. Le chapelain reçu le dernier faisait les fonctions de receveur. La familiarité a cessé d'exister en 1791 , et ses biens ont été vendus nationalement. La cure, appelée plus tard la maison de la vicairie et située près de l'église, n'existait déjà plus en 1430. Les fondations qui se faisaient le plus fréquemment dans l'église de Saint- Désiré et dont étaient chargés les familiers, moyennant une rétribution en fonds de terre , en rentes ou en argent , étaient des messes hautes et basses à différents autels, des prières pour les morts , des offices solennels pour les confréries, des processions avec le saint-sacrement sur certaines sépultures au cimetière , des processions à la chapelle de l'hôpital, à la croix Gléricée, autour de l'église, à l'ermitage de Montciel , au couvent des Capucins , et à la chapelle de la Maladrcrie.

Prieuré convetituel de Saint- Dèsirè. Ce prieuré a été fondé en 1083, par Bernard 1er, abbé de Baume, pour deux religieux et un prieur. Sa dotation s'augmenta rapidement par les dons des comtes Guillaume -le- Grand , Rainaud II,

Rainaud III et Guillaume, son frère, ainsi que l'atteste une bulle du pape Innocent II , du 17 des calendes de mai 1143, dans laquelle ce souverain pontife confirma à l'abbaye de Baume, les bernes, les maisons, les fermes et les vignes, situés tant à Lons-le-Saunier, in vico Ledonis , qu'aux environs , et qui lui avaient été donnés par les comtes Rainaud III , Guillaume et leurs prédécesseurs. Ce prieuré fut recensé , sous le titre de monasterium sancti Desiderati Ledonensis, parmi les dépendances de Cluny , dans un diplôme de l'empereur Frédéric Barberousse, de l'an 1 133. Ses revenus s'accrurent du droit de vente perçu aux jours de foires et de marchés, vendas Ledonis , qui lui fut donné en 1 1 88, par le comte Guillaume II , et confirmé par une bulle du pape Clément III , du 5 des ides de décembre 1190. L'inféodation consentie en 1208 par Thiébaud , abbé de Baume, à Etienne, comte de Bourgogne, des biens du prieuré de Chavenay, pour mettre fin à une guerre qui durait depuis longtemps entre eux, contient différentes réserves , telles que le paiement par le comte d'un cens annuel de 93 livres, monnaie de Lons, assigne sur réminage de cette ville, la moitié des amendes de justice, des ventes , des fours , des moulins et des autres produits des biens inféodés. Toutes ces réserves profitèrent, non point à l'abbaye de Baume, mais au prieuré de Saint-Désiré. Il fallait que ce monastère eût des revenus considérables , pour qu'on songeât à y établir, en 1234, douze religieux outre le prieur. Il est vrai que Jean de Chalon avait promis de lui donner de nouveaux biens, pour être dispensé de construire un monastère dans son bourg de Montaigu , ainsi

qu'il y était tenu par rengagement contracté par son père en 1208. 11 parait que les libéralités de ce seigneur se bornèrent à l'abandon de sa part dans l'éminage et le bichenage perçus sur toutes les céréales mises en vente à Lons-le-Saunier , et dans les amendes prononcées aux bailliages de cette ville et de Monta igu. Nous sommes tenté de croire qu'on ne demanda au pape la permission d'entretenir douze religieux dans le prieuré , au lieu de deux , que pour obtenir l'union de la cure à ce prieuré. Une paroisse vaste et riche, comme celle de Saint Désiré, avec des droits curiaux considérables, était en effet bien digne d'envie. Le premier prieur connu est Pierre, qui vivait en 1250 ; on trouve ensuite Roger, en 1275. Guillaume IV , abbé de Gluny, obtint du pape Nicolas IV , en 1 290 , la permission de lever, pendant six ans , le vingtième des revenus de toutes les abbayes et prieurés de la dépendance de Cluny. L'abbé de Baume , les prieurs de Joube, de Saint- Désiré, ne voulurent pas payer ce qu'on leur réclamait , sous le prétexte qu'ils ne dépendaient pas de ce monastère , malgré les traités intervenus en l*i20 et 1239. Bertrand, abbé de Cluny, se présenta dans ces maisons en 1297, pour en faire la visite et ramener les religieux à de meilleurs sentiments. Partout on le laissa entrer avec sa suite. Mais partout aussi il fut victime des voies de fait les plus inouïes (inauditum scelus). Heureux de pouvoir s'échapper la vie sauve, Bertrand ne se vengea qu'en excommuniant les coupables. Celte excommunication fut confirmée dans un chapitre général de l'ordre, tenu en 1298, ce qui n'empêcha pas les religieux de continuer la célébration des of-

fices divins , comme par le passé.

Gérard , prieur de Saint-Désiré, obtint son absolution du pape en 1 300.

Ses successeurs furent Jean de Cusel, 1308, 1311 ; Robert de Charrin, 1358; Eudes de Chalon, 1367, mort en 1399 prieur de Jouhe; Guy de My on, 1400, 1416; Guy de Saubief, 1416, 1421 ; Louis, cardinal ôeFieschi, d'une des premières maisons de Gènes , prieur commenda taire jusqu'en 1423. 11 assista au concile de Constance , concourut à l'élection de Martin V, et joua un rôle politique très important dans toutes les affaires de son temps; Jean Pèlerin , 1429, 1430; Hugues de Montconis, 1439; Bernard de laMuysance, 1439, 1453 , devenu prieur de Coligny, puis de Gigny en 1457; Pierre du Tartre, licencié en décrets, 1446, 1470; Jean Jouffroy, profès à Saint - Denis - en - France , prieur commendataire de Saint-Désiré en 1 47 1 , de Château-sur Salins, abbé de Luxeuil , prieur de Saint- Valbert, puis abbé de Saint- Denis , évéque d'Arras et protonotaire de Bourgogne. Il mourut évéque d'Alby et cardinal, le 24 novembre 1473 ; Claude du Pin, prieur régulier, 1484-1502. Ce prieur fit faire de grandes réparations aux cloîtres et à l'église. Ses armes étaient sur presque toutes les portes de ces édifices ; Jean Sangler ou Sanglier, de Moulins en Bourbonnais , prieur commendataire de Saint-Désiré, et commandeur de la commanderie de Saiot-Antoine-de-Ruffey. Il appartenait à une famille noble , était prêtre séculier et excellent médecin.

Depuis 24 ans , il était attaché à la cour de Jean de Chalon, sired'Arlay, aux gages de 200 livres par an, lorsque ce prince le fit nommer par le pape au prieuré de Lons-le-Saunier, ce qui ne l'empêcha pasd'exer-

cer sa profession , qui lui rapportait plus de 300 écus d'or par an; Bernard de Chalon, 1524-1544 ; Guillaume de Poupet, abbé de Baume , de Goailles et de Balerne, prieur commendataire de Saint-Désiré , de 1846 à 1585. H fit de grandes réparations aux bâtiments claustraux et à l'église ; Antoine de la Baume, 1589-1891 ; Georges d'Abbans , 1592-1599 ; Pierre de Binans , dès l'an 1600 jusqu'en 1601, époque à laquelle il fut nommé abbé de Baume ; Benoit Drouhin ou Droyn , docteur es saints décrets et prieur de Moulhieren-Bresse, 1601-1623 ; Albert Grivel, 1623-1654. C'est lui qui fit faire au chœur de l'église des stalles , où étaient gravées les armes de sa famille. A sa mort , un sieur Mercier s'élait fait pourvoir de ce bénéfice par le Saint-Siège , mais à la suite d'un long procès avec son successeur, il fut obligé de renoncer à ses prétentions; Philippe- Louis Prévost, dit de Pelousey, vicairegénéral de l'abbé de Baume, nommé par le roi d'Espagne, suivant lettres datées à Bruxelles , du 4 décembre 1641 ; sa nomination ne fat confirmée par le pape , à cause de l'opposition du sieur Mercier, que le 13 des ides d'octobre 1645, et les bulles ne furent enregistrées au parlement que le 5 janvier 1647. Ce prieur, qui avait trouvé les bâtiments claustraux entièrement ruinés, à la suite du siège et de l'incendie de 1637, y fit exécuter de nombreux travaux. Dom Fulgence Brenier, professeur de théologie et de philosophie , religieux de la réforme de saint Vannes et saint ldulphe , reçut de Philippe IV , roi d'Espagne, le 30 janvier 1647, des lettres-patentes qui le nommaient prieur de Saint- Désiré, et le chargeaient d'introduire la réforme dans ce monastère.

M. de Pelousey, qui trouvait ce bé^ néfice trop peu productif, présenta une requête le 1 3 février suivant * pour être pourvu de celui de Gigny.

Il exposa qu'il était issu de l'une des plus nobles et plus anciennes maisons du comté de Bourgogne ; que ses ancêtres avaient servi de tout temps dans les armées , et que pendant les guerres avec la France , il y avait eu 12 capitaines de son nom ; que son père avait été pendant trente ans gouverneur des ville et château de Bletterans; qu'il avait encore deux frères et deux cousins germains , capitaines. 11 promettait enfin , de faire ses efforts pour in»

traduire la réforme à Gigny. Le roi le nomma prieur de Gigny , et M.

Brenier fut envoyé en possession du prieuré de Saint-Désiré , le 30 mars 1647 , à charge d'obtenir des bulles apostoliques. M. de Pelousey se trouva alors dans une fâcheuse position. Lorsqu'il voulut prendre possession de Gigny, il y trouva un sieur Basillon qui y faisait les fonctions de prieur, en vertu d'une nomination qu'il avait obtenue du prince de Conti , abbé de Cluny, et confirmée par le pape. Basillon se voyant menacé de perdre ce bénéfice, le remit à Abraham Gérard, fils du sieur Gérard , secrétaire du prince de Condé, qui obtint un brevet du roi de France, et prit possession de tous les biens du prieuré de Gigny, situés hors du comté de Bourgogne. M. de Pelousey prétendait être toujours prieur de Saint-Désiré, mais la cour d'Espagne et le parlement maintinrent dom Brenier dans son titre (1649).

Ce dernier y avait introduit depuis deux ans cinq religieux réformés , qui s'occupèrent immédiatement de reconstruire les cloîtres, suivant les règles de leur institut. Il partagea

avec eux les biens du monastère, le 29 octobre 1649. De trois parts , deux furent attribuées à la mense prieurale et une à la mense conventuelle. Dom Brenier mourut le 4 décembre 1685. Il fut remplacé le 28 avril 1654, par Antoine-Ferdinand Bereur, clerc tonsuré, qui obtint un simple brevet du roi , sans se pourvoir de titre canonique. Il mourut en 1669. Son successeur fut , en 1670, Jean-Jacques Bereur, son frère , chanoine de l'église métropolitaine 0e Besançon, qui résigna son titre en cour de Rome , en 1722, en faveur de Jacques-Philippe Mairot de Vutigney, son neveu , aussi chanoine de Besançon.

M. François-Louis de Verchère, conseiller-clerc au parlement de Besançon , nommé par le pape , dans le mois de mai 1784, fut le dernier prieur commendataire. Il conserva ce bénéfice jusqu'en 1791.

L'existence du prieuré de Saint- Désiré se divise en deux phases bien distiiic(es} Depuis son origine jusqu'en 1637, ce monastère fut habité par trois à six religieux bénédictins de l'ancienne observance , qui faisaient leur noviciat à Baume , y prenaient l'habit et y faisaient leurs preuves de noblesse. De 1647 à 1791 , ils furent remplacés par des religieux de la réforme de saint Vannes et saint Idulphe , au nombre de cinq à six , qui nommaient leur prieur claustral , leur sous-prieur, leur cellerier. Ils jouissaient divisément , suivant des partages faits en 1649, 1701 et 1702, du tiers des revenus du bénéfice, les autres deux tiers appartenant au prieur commandataire. L'abbé de Baume avait droit à la dépouille des prieurs et à une responsion annuelle de 8 livres.

Les revenus du prieuré consistaient, suivant le partage de 1649 ,

dans le patronage des vicariats de Montmorot, Courbouzon, Macornay, Montaigu et Pannessières; dans les dîmes de blé et de vin sur certains cantons des territoires de Lons-le- Saunier, Montmorot, Montaigu, Perrigny et Vatagna; dans la grande garde des vignes de Montaigu ; dans les amendes, droits de scefel de pu blication de testaments, perçus dans le bailliage de Lons-le-Saunier et les justices de Montaigu, Vatagna et Perrigny ; dans le privilège de vendre du vin pendant le mois d'août à Lons-le-Saunier et Perrigny; dans des cens affectés sur la plupart des maisons des rues Saint- Désiré, Saint- Lazare et des Tanneries ; dans des partages de fruits de vignes , des prés , des terres , des vignes et des oblations.

L'histoire particulière du prieuré ne se compose que de nombreux procès soutenus avec un acharnement incroyable de la part des religieux , contre l'abbaye de Baume , contre les prieurs commandataires, contre le magistrat de la ville, contre les directeurs des hôpitaux , contre les vicaires perpétuels et les familiers, contre les paroissiens et les sacristains. Des querelles s'engageaient pour les motifs souvent les plus futiles.

Les bâtiments se composaient de la maison prieurale, d'un cloître longeant l'église, d'une salle capitulairc, d'un colombier, d'une grange, de caves , de remises et autres dépendances. Ils étaient clos de murs et entourés d'un jardin potager , d'un parterre, d'un verger, d'une terrasse, de viviers et cressonnières.

Ces constructions furent gravement endommagées par les incendies de 1536, 1595 et 1637. Pierre du Tartre en 1446 ; Claude du Pin , de 1495 à 1500; Guillaume de Ponpet,

en 1546 ; Benoit Drouhin, de 1601 à 1610; M. de Pelousey, de 1641 à 1643 ; les Bénédictins réformés, de 1647 à 1670 , y Orent de nombreuses réparations. Ces derniers , craignant de voir les prieurs commendataircs venir habiter dans leur enclos , avec leurs familles , leurs gens, leurs domestiques des deux sexes, achetèrent en 1680, la maison de M. de Branges , dans la rue Saint-Lazare , et la cédèrent à M. le prieur Bereur, en échange contre les droits de ce dernier dans les bâtiments du prieuré. En 1711, ils commencèrent à démolir toutes les anciennes constructions, et sur leur emplacement élevèrent un nouvel édifice , qui pouvait contenir 40 religieux. En 1768 , le magistrat demanda la suppression de cet établissement, et en 1784, les familiers présentèrent une requête , pour obtenir l'union de ses biens à leur corps. En 1790, il n'y avait que quatre religieux, qui tous refusèrent de prêter serment à la constitution civile du clergé , et se retirèrent dans leurs familles. Leur maison , après avoir été occupée par l'administration du district et l'administration centrale du département, fut cédée en 1800, pour servir d'hôtel de la préfecture. La maison prieurale , rue Saint- Lazare , fut vendue nationalemenl en 1791.

Eglise paroissiale , prieurale et monacale. L'église de Saint-Désiré occupe le sommet d'une éminence , au sud-est et en dehors de la ville.

Les légendes qui entourent son berceau , certaines pratiques idolàlriques qui se perpétuèrent longtemps dans le culte rendu à saint Désiré, et les dénominations locales que l'on rencontre aux environs , telles que la fontaine de Rome, le champ de Home , le châtel Guérin, le chemin

de la Poste, font penser que la place qu'elle occupe a été consacrée aux divinités païennes. La chapelle primitive, bâtie par saint Désiré, au commencement du v* siècle, était dédiée à saint Nicolas. Elle prit le nom de sou fondateur, lorsque ses dépouilles mortelles y eurent été déposées. On croit généralement que celte chapelle occupait la même position que la crypte de l'église actuelle, et que la fontaine de Rome, qui était à côté, servit de baptistère. Bien ne contredit celte tradition. L'aspect extérieur de l'église indique plusieurs constructions distinctes et successives ; cependant , le style roman domine. Les renseignements historiques sont insuffisants , pour déterminer les dates qu'il convient d'assigner à chaque partie de l'édifice.

La plus ancienne, à prendre comme point de départ, est celle de 1085, époque à laquelle l'abbaye de Baume devint propriétaire de la chapelle de Saint-Désiré. Les nefs , le transsept, l'entrée du chœur, présentent tous les caractères de l'architecture romane, telle qu'elle était au xi4 siècle dans la Bourgogne. La nef était beaucoup plus allongée qu'elle ne l'est aujourd'hui ; aussi , semblaitelle très étroite. Le clocher s'élevait au milieu des transsepts. Quinze chapelles , construites à différentes époques , à partir du xiv* siècle , furent ajoutées contre les deux faces des bas-côtés et rayonnaient même autour du chœur. L'une d'elles , sous l'invocation de sainte Gertrude, était nommée la chapelle du prieur. Les incendies de 1536 et 1595 ayant causé des dommages considérables , on reconstruisit en entier le chœur ; on éleva en même temps un nouveau clocher, en forme de tour carrée, surmontée d'une flèche haute de 40 pieds.

D'autres réparations furent faites en 1646 et 1667, mais avec une parcimonie extrême. Pour se représenter cette église telle qu'elle était au xvie siècle, il faudrait relever ses nombreux autels , remplir les baies des fenêtres de ses chapelles de verrières brillantes, et paver ses nefs des dalles tumulaires , où les seigneurs et les dames de la noblesse étaient représentés avec leurs armoiries et leurs costumes gracieux.

La chasse de saint Désiré et d'autres riches reliquaires ornaient le chœur. Les ornements de l'autel étaient d'une richesse éblouissante.

Un grand nombre provenaient des églises de Saint-Pierre de Genève et de Lausanne. Une croix en vermeil et un ciboire , ornés de pierreries , étaient si artistement sculptés, qu'on les regardait comme des chefsd'œuvre. Trente chapelains , appartenant aux premières familles bourgeoises, et tous gradués dans les universités , cinq religieux bénédictins, issus de la première noblesse de la province, donnaient une grande majesté aux cérémonies du culte et célébraient des offices perpétuels.

Dès le xve siècle , la voix de l'orgue se mêla aux chants des prêtres. Il y avait trois cloches : la plus grosse, pesant 2000 kilogrammes, provenait du beffroi de Liège, et avait été donnée par le duc Philippe-le-Bon , en 14 62 ; la seconde , pesait 1000 kilogrammes, et la troisième 700.

L'invasion de Henri IV, en 1595 , et le siège de 1637, anéantirent toute cette splendeur. Aux dévastations des Français succédèrent les mutilations des révolutionnaires. Le 5 juillet 1794, le conseil municipal ordonna la démolition de la croix qui surmontait le clocher. Un membre ayant fait observer que celte croix ne pouvait être abattue sans

endommager la toiture, il fut décidé qu'on abattrait la flèche entièrement et la tour jusqu'au niveau du toit, ce qui eut lieu. Le 27 juillet, jour de fête de saint Désiré, les ouvriers adjudicataires eurent la folle hardiesse d'aller célébrer la fête dans la boule de cercles de fer qui terminait l'aiguille du clocher. Ils y dressèrent une table et y firent de copieuses libations. Dès 1792, les cloches et les vases sacrés avaient été enlevés au profit de l'Etat. L'église, fermée en 1794, servit à la célébration de quelques fêtes républicaines. En 1 809 , on démolit le grand portail d'entrée , une partie de la nef et quatre chapelles , sur une longueur de 10 mètres, pour dégager les abords de l'hôtel de la préfecture. De nouvelles démolitions réduisirent encore la longueur de la nef en 1821. Celte église, rendue au culte catholique en 1815 , fut érigée en succursale le 28 août 1 822, et en cure de seconde classe le 9 avril

Eglise paroissiale , dite V Eglise- Neuve. L'usage commun de l'église.

Saint- Désiré, pour les familiers et les bénédictins, apportait tant de trouble dans la paroisse , que dès la fin du xvne siècle, la ville songea aux moyens de séparer ces deux corps. Ce ne fut cependant qu'au mois de janvier 1753 , que ce projet reçut un commencement d'exécution. On nomma des directeurs , chargés de tout ce qui aurait rapport à la construction d'une nouvelle église. Le 25 août 1753, on vendit aux Bénédictins le corps matériel diî l'église Saint -Désiré et les cimetières, moyennant 24,000 francs, sous réserve de la jouissance pendant 13 ans. La ville abondonna pour 10 ans , aux directeurs de l'œuvre, le produil du droit d'enlrée

sur les vins, et obtint, en 1763, un arrêt du conseil , qui permit la perception pendant quinze ans , d'un octroi de 6 deniers par livre de viande vendue aux boucheries, pour subvenir aux frais de l'édifice. La première pierre fut posée solennellement , le S mai 1755 , par l'intendant delà province, quoique le plan ne fût pas encore bien ^arrêté , car il fut modifié en 1761, par le célèbre Soufflot, architecte du roi. Les travaux marchèrent avec une désespérante lenteur. Tout-à-fait suspendus en 1768, ils furent repris en 1781 et cessèrent presque aussitôt.

Cette église devait coûter 300,000 francs. Le portail , le frontispice, les deux tours qui le flanquaient et tous les murs étaient déjà construits. Il ne restait que la toiture à placer.

Le 23 avril 1794, le représentant du peuple Lejeune ordonna que les matériaux de ce monument seraient vendus jusqu'à concurrence de 4000 livres , pour employer cette somme à décorer le temple dédié à l'Eternel.

Le 23 novembre suivant , le représentant Besson chargea l'ingénieur en chef du département , de dresser un plan, pour faire de l'église neuve un palais marchand , mais ce projet n'eut pas de suite. Le 20 décembre 1810 , les matériaux furent vendus sur une longueur de 42 mètres , au sieur Altiret, architecte à Besançon, qui les employa en 1 8 1 1 , à la recon struclion des bâtiments de graduation des salines. Les démolitions , continuées en 1817, furen tache vées en 1840. Le sanctuaire existait encore , lorsqu'à la suite d'un mission, on y plaça en 1823, un calvaire formé par une croix colossale et les statues de la Vierge et de sainte Magdeleine. Ce calvaire fut enlevé le 19 octobre 1830 , par ordre de l'autorité. La place de l'église neuve est

occupée aujourd'hui par le théâtre* Le monument projeté aurait été pour la ville , non-seulement une magnifique décoration , mais il aurait satisfait à une nécessité qui se fait sentir chaque jour, car les églises qui existent sont insuffisantes et n'ont de mérite que par leurs souvenirs.

Clerc de l'église. Suivant un usage peu fréquent dans le diocèse de Besançon, les échevins de Lons-le- Saunier avaient le droit d'élire et de présenter un prêtre ayant le titre de clerc de l'église , pour faire les fonctions de sacristain. Le prieur le nommait et provoquait son changement s'il ne lui convenait pas. Le sacristain devait prêter serment de remplir ses fonctions avec loyauté , de conserver et faire respecter les droits du prieur, de tenir note des baptêmes , des mariages et des décès , ainsi que des oblations faites lors de ces cérémonies; d'inscrire les offrandes en argent , en chandelles , en pain , en vin , en cire , faites sur la châsse de saint Désiré , et le produit de la vente de l'eau recueillie dans le tombeau du saint.

Il était chargé de sonner les cloches, d'orner les autels , d'allumer les cierges et de porter l'eau bénite dans les maisons. Le prieur devait le nourrir, lui donner 40 francs et une mesure de froment chaque année. Il habitait à côté du prieuré une maison et un jardin , qui appartenaient à la ville. Dès 1616, le sacristain dut obéir aux familiers comme aux religieux. Sa position devint alors intolérable. Recevant les ordres les plus contradictoires, il était maltraité par les deux corps. La maison du clerc n'existe plus; le jardin qui en dépendait , situé près de la porte occidentale de la préfecture , a été donné en jouissance au receveur du

bureau d'octroi sur la roule de Courbouzon.

Maîtrise des enfants de cheeur.

Au mois d'avril 1631 , Guigonne Boy, veuve de Pierre Blondel, donna aux familiers des rentes suffisantes pour entretenir deux enfants de chœur et un maître de musique. Les guerres qui survinrent peu d'années après , ne permirent pas d'exécuter les vœux de la fondatrice. Le 30 mars 1687, Louis Amidieu, prêtre et vicaire perpétuel de Saint-Désiré , donna une maison située dans la rue Saint-Désiré , en face de l'hôpital , des champs , des prés et des vignes, pour une fondation semblable à celle de la veuve Blondel , à condition que le maître et les élèves seraient nommés par les familiers , etqu'ils n'assisteraient qu'aux offices de ces derniers et non à ceux des Bénédictins. Le testamentde M. Amidieu ne fut jamais exécuté, malgré les réclamations du magistrat. Les revenus des biens destinés à la maîtrise, regardés comme insuffisants , servirent à payer les gages de deux chantres.

Cimetières. Le cimetière primitif de Lons-le-Saunier entourait l'église de Saint-Désiré et était d'une si vaste étendue, que les bâtiments du prieuré , la cure et d'autres maisons encore s'élevèrent dans son enceinte sans le rendre trop étroit. L'abbaye de Chàteau-Chalon y possédait un bâtiment , dont la possession lui fut confirmée par le pape Grégoire IX , en 1233. Les inhumations se faisaient non-seulement dans le cimetière, mais encore dans l'église, dans les chapelles et dans les cloîtres du prieuré. Le prieur avait seul le droit de concéder les places pour les sépultures. Les familiers accordaient l'ouverture de la terre , ce qui donnait lieu à deux perceptions diffé-

rentes. L'administration départementale ayant requis la municipalité de trouver un cimetière hors de l'enceinte des habitations, la ville acheta de la nation, le 10 janvier 1791, un pré de 90 ares , en Chaudon, contigu à l'ancien cimetière des pestiférés. On commença à y inhumer le 25 décembre 1 793, mais on fut obligé d'abandonner ce local en 1795, à cause de l'eau qui encombrait les fosses , et de se servir de nouveau de l'ancien cimetière.

En 1803 , on se défit des deux terrains de Chaudon , pour s'en procurer un derrière le clos des Capucins. Le peu d'étendue de ce dernier, et sa position méridionale , concoururent à le faire regarder comme purement provisoire. Enfin , en 1839, la ville céda ce cimetière à l'hôpital, en échange de terres et vignes appartenant à celte maison , à charge de le laisser pendant 30 ans tel qu'il était. La bénédiction du nouveau cimetière a été faite le 10 avril 1842.

Châsse et reliques de saint Désiré.

Le sarcophage dans lequel fut déposé le corps de saint Désiré , se composait de deux pierres calcaires brutes, sans aucun ornement. Celle qui servait de couvercle n'existe plus depuis la révolution. La pierre inférieure, longue de % mètres 10 centimètres et large de 50 centimètres , se voit encore sous un autel , dans la crypte. On la vénère comme étant le véritable tombeau de sainl Désiré. A la fin du xi° siècle, les religieux de Baume, devenus propriétaires de l'église qui renfermait ce précieux dépôt , porlèreut dans leur abbaye , le chef , la ceinture et la gibecière de peau du saint évéque , et renfermèrent le surplus de ses reliques dans une châsse de bois , qui fut placée à côté du maitre-aulel

de l'église supérieure. En 1&6&, la ville , riche alors , fit un répartement entre tous les habitants, pour subvenir aux frais d'une nouvelle châsse. L'exécution en fut confiée à un orfèvre habile de Salins. Elle était en bois de chêne et revêtue de lames d'argent, sur lesquelles étaient sculptés les douze apôtres et d'autres emblèmes , avec des découpures de la plus exquise délicatesse.

Le 27 juillet U65 , Etienne Faulquier, abbé de Saint-Claude, commis par Etienne de Beauvoir , vicairegénéral de Besançon , fit la translation en grande pompe , en présence des nobles, des échevins, des bourgeois de la ville, de tous les religieux de Baume et d'un immense concours de peuple. Déjà , en 1427, Etienne Faulquier , écuyer de Pliilippe-le-Bon , avait donné à l'église paroissiale un buste en argent , enrichi de pierreries , dans lequel on avait renfermé une parcelle des reliques de saint Désiré. D'autres parcelles avaient été enfermées dans un chef d'argent. En 1635 , on cacha la châsse et les reliquaires dans un caveau profond creusé sous une tour qui servait d'hôtel-de-ville, à côté de la porte du Maisel. Après la ruine de la ville , en 1637, on resta longtemps sans savoir ce qu'était devenu ce trésor. On ne le découvrit qu'au mois de juillet 1647. Lachâsseayant été endommagée par l'humidité, des commissaires nommés par l'archevêque de Besançon, firent la reconnaissance des reliques et les enfermèrent dans trois bottes é'étain fin, revêtues de sceaux , qui furent reconnus intacts en 1785. Le 15 mars 1794 , le représentant du peuple Lejeune, sur l'invitation de la société populaire, lança un mandat d'arrêt contre le ci-devant saint Désiré. Le lendemain, entre dix heures

et minuit , à la suite d'un banquet qui avait lieu à l'Hôtel-National, la châsse et les ossements du saint patron de la ville furent jetés dans un brasier ardent et calcinés. La chasse d'argent fut réservée pour être envoyée à la monnaie , mais les Jacobins s'en partagèrent les débris. Les ossements renfermés dans le chef et le bras d'argent , échappèrent à ces profanations par les soins d'Antoine Martinet et Jacques Blandans , conseillers municipaux , qui en avaient fait la remise secrètement en 1791, au sieur Bole , afin qu'il les reproduisit lorsque les circonstances deviendraient plus favorables au coite catholique. Ces fragments furent partagés entre les deux églises en 1803 et enfermés dans une châsse nouvelle. La fabrique de l'église consacra , en 1836 , une somme de 4000 francs à l'achat d'une châsse en cuivre doré, qui est déposée dans une chapelle latérale de l'église des Cordeliers.

Les reliques de saint Désiré furent de tout temps l'objet de graves débats entre le magistrat, les familiers et les Bénédictins. Déposées pendant plusieurs siècles dans l'église de Saint-Désiré, on les transporta quelquefois dans la chapelle de l'hôpital du Saint-Esprit , pour ne point les laisser exposées au pillage, en temps de guerre. La châsse fermait à doubles clefs. L'archevêque de Besançon décida, en 1616 , que ces clefs devaient rester entre les mains du magistrat et des familiers. Les Bénédictins obtinrent différents arrêts du parlement , notamment en 170îr, qui les maintinrent dans le droit d avoir une clef et de conserver la châsse dans l'église paroissiale. Les reliques étaient exposées, aux fêtes solennelles , le jour de la fêle patronale, dans l'octave de celte fete et dans les

calamités publiques. Les vignerons de Lons-le-Saunier étaient spécialement chargés de garder la châsse pendant la durée de l'exposition. Us raccompagnaient dans les processions, armés de hallebardes. Le jour de la féte, tous les villages de la paroisse , bannière en tète , arrivaient dès le matin , pour assister aux offices. Des pèlerins de toute la province , et même des provinces voisines, accouraient en foule, pour implorer la protection du saint. Les malades venaient boire de l'eau recueillie dans la tombe de saint Désiré ; d'autres portaient au cou comme un préservatif, de petits sachets remplis de terre ramassée autour du tombeau. Fodéré, qui écrivait en 1638 , dit : € Et encore faut-il ré- » puter pour un miracle ce que Ton

• dit , que le 27 juillet, jour de la » féte de saint Désiré , où il y a un » grand abord de peuple , il se » trouve de l'eaudans une des pierres » du tombeau , sans que Ton puisse » savoir d'où elle provient, icelle » pierre n'estant pas en lieu d'où il » puisse découler de l'eau , joinct » que si elle y tomboit naturelle- » ment , cela pourrait aussi bien » arriver en plusieurs autres saisons » de l'année; néanmoins gens d'hon- » neur et de croyance m'ont assuré » qu'annuellement le 26 juillet veille

• de la féte du saint , le prieur, les » religieux et chapelains de cette

• église vont revestus , en proces- » sion dévotement en la cave où est » cette pierre, pour la nettoyer, » comme ils font curieusement la » trouvans et laissans seiche /mais » le lendemain elle se trouve pleine » d'eau et continue tant que l'on en » peut puiser pour en donner à » boire à tous ceux qui y viennent » en affluence, et la feste estant pas-

• sée , elle se trouve vide et seiche

» jusqu'à l'année suivante. Mais tt » est bien vrai que les malades qui » boivent de l'eau qui a ainsi passé » et scest trouvée dans la pierre , » en reçoivent de grands soulage- » ments. » L'archevêque de Besançon toléra cet usage en 1616 , mais il défendit d'en faire un objet de superstition et de proclamer des guérisons merveilleuses sans son autorisation et une vérification par commissaires délégués nommés par lui,.

Maison de Citeaux ou du Miroir.

L'abbaye du Miroir avait été fondée en 1131, par les sires de Coligny, pour des religieux de l'ordre de Citeaux. Le comte Rainaud III et Guillaume son frère, désirant figurer au nombre des bienfaiteurs de cette maison, lui donnèrent des biens assez considérables à Lons-le- Saunier. Une colonie de moines fut envoyée sur les lieux pour les dire valoir, et donna naissanee à un hospice qui subsista jusqu'au xv* siècle. En 118», Maurette et son fils Guillaume se rendirent à Besançon, en présence de Thierry, archevêque de cette ville, où étaient déjà réunis Bernard . abbé de Citeaux, Hugues , abbé du Miroir, et l'abbé de la Ferté, et là, déclarèrent qu'ils approuvaient les dons faits par le comte Gérard à Citeaux»

de biens situés à Lons-le-Saunier.

En 1245 , Hugues, sire dePagny* donna à la maison de Lons-le-Saunier, moitié de l'éminage de blé qu'il percevait dans celte viHe. Les.

chartes de franchises de 1295 et 1295 mentionnent la maison de Ci-* teaux comme étant sur la limite du territoire affranchi. Cet hospico n'existait plus en 1*55. L'abbé du Miroir avait acccnsé cette mémo année un terrain appelé le clos du Miroir, de quatre journaux, et avait vendu au sieur Voiturier, d'Arbois ,

sa moitié de réminage , dont le surplus appartenait au prieur de Saint- Désiré. Le 31 décembre 1457, la chambre des comptes de Dijon , instruite de ces aliénations, faites sans le consentement du duc de Bourgogne , fit saisir les biens vendus ; mais les moines obtinrent bientôt main-levée de celte saisie et maintinrent la vente faite au sieur Voituturier. MM. de Pécault, héritiers de cet acquéreur, possédèrent moitié de l'éminage et du bichenage jusqu'en 1790. La maison de Citeaux était bâtie sur le nord de la voie romaine, non loin de remplacement qu'occupa plus tard le couvent des Capucins.

Maison ou Hospice de la Charité.

Par acte daté à Auxonoe de Tan 1188, le comte Etienne de Bourgogne, du consentement de Béatrix, son épouse , donna à l'abbaye de la Charité deux montées de muire franches à Lons-le-Saunier, confirma l'acquisition qu'elle avait faite , d'une autre montée, de Guillaume Balbus , et leur permit d'en acquérir une quatrième. Par le même acte , il amortit la maison que les religieux avaient fait bâtir dans cette ville , et ratifia les dons faits par son père à çetle communauté.

Maison ou Hospice d'Acey. L'abbaye d'Acey, de l'ordre de Citeaux, avait dès l'an 1 1 88 , acquis ou reçu de grands biens à Lons-le-Saunier , dont Guillaume , comte de Màcon , leur confirma la propriété cette même année. En mai 1230, Milon de Frolois, chevalier, donna aux moines de ce monastère une maison située à l'entrée de la place du Marché de celte ville. Ils la vendirent en 1250, à Pierre, dit Faivre, de Monlmorot, sous réserve de réachat perpétuel. Ils conservèrent leurs bernes et leurs droits sur les salines,

jusqu'à la suppression de ces établissements, au xive siècle.

Maison ou Hospice de Balerne.

L'abbaye de Balerne possédait à Lons-le-Saunier une maison et un clos qui occupaient presque toute la rue qui a conservé son nom. Elle avait d'autres maisons dans la rue du Marché et dans celle des Juifs.

Dès le commencement du xve siècle, elle commença à en aliéner un grand nombre , moyennant des cens. En 1415, l'abbé vendit à Jean de Pagny, une maison de pierre , située rue des Juifs , à condition que l'acquéreur entretiendrait des appartements propres et une écurie pour quatre chevaux , que l'abbé et les religieux occuperaient exclusivement lorsqu'ils viendraient dans cette ville pour leurs affaires.

Maison ou Hospice de Bonlieu.

Les chartreux de Bonlieu avaient su s'attirer l'affection d'Etienne II de Bourgogne et de Jean de Chalon, son fils. Ils en reçurent de grands bienfaits , et notamment des droits sur les salines de Lons-le-Saunier.

Dès le commencement du xuie siècle, ils achetèrent plusieurs maisons dans cette ville , situées sur la place du Marché , dans la rue des Boucheries et dans la rue des Juifs. Celle qu'ils habitaient, était située rue des Juifs et fut accensée à Jean Boqucl en 1413.

Maisons ou Hospices\ie Château- Chalon, Les religieuses de ce monastère avaient au xue siècle deux maisons à Lons-le-Saunier, l'une sur le cimetière , l'autre dans l'enceinte du bourg et une ferme'dtlc de Saint-Symphorien, parce qu'il y avait une chapelle dédiée à ce saint.

Toutes les abbayes dont nous venons de parler, entretenaient dans leurs hospices de Lons-le-Saunier deux ou trois membres de leur cor-

paration, qui y régissaient leurs biens. Les abbés mêmes y faisaient de fréquents séjours.

Couvent des frères Mineurs , des Cordeliers, ou de VObservance régulière de saint François. Toutes les archives de ce monastère ayant été détruites par l'incendie de 1536, le titre de fondation n'a pu être retrouvé ni en original, ni en copie.

On sait seulement que Guillaume III, comte de Vienne et de Mâcon , neveu et non point le frère d'Henri de Vienne, ainsi que nous l'avions dit.

par erreur, page 513, fit venir pour être ses chapelains, des frères Mineurs de Besançon et de Salins , de 1250 à 1 255, et leur donna la grosse tour de son château , les masures qui y étaient attenantes et les jardins environnants, pour y construire un monastère de leur ordre. Les maisons de Besançon , de Salins et de Lons-le-Saunier, sont nommées dans un chapitre général de l'ordre, tenu à Narbonne , en 1 260 , sous la présidence de saint Bonaventure.

Les dons des grands seigneurs du pays se multiplièrent tellement, que l'église et les bâtiments claustraux furent terminés en très peu de temps. Etienne de Chalon , sire de Vignory et de Saint-Laurent-la- Roche , fit construire une chapelle à côté du chœur, y fonda une chapellenie et y fut inhumé en 1302.

Le 11 août 1359, Huguelte de Sainte-Croix , veuve d'Etienne de Saint-Dizier, et épouse en secondes noces de Philippe II, dit devienne, seigneur de Fymont , fit son testament et voulut être inhumée dans celte chapelle, où elle fonda un service. Son mari manifesta les mêmes intentions en 1 368. La chapelle dite de Vienne, subsiste encore, dans le vaisseau actuel de l'église, avec ses fenêtres et ses voûtes ogivales et avec

deux enfoncements pratiqués dans l'épaisseur du mur septentrional.

Le premier arc renfermait un beau mausolée en marbre , représentant deux personnages couchés, vêtus en costumes du temps , avec cette inscription sur les bords : cr git noble baron messire Philippe de Vienne, sire de Pimont , et dame Huguette d'Jntigny, sa femme, père et mère de dame Marguerite d'Jntigny , dame de Saint -Laurent. Le second enfoncement renfermait un autre mausolée aussi en marbre, sur lequel étaient représentés en relief et couchés , trois personnages , avec cette inscription : cy git dame Marguerite de Vienne , dame de Saint- Laurent-de-la-Rothe , et femme de noble baron, messire Louis de Chalon; et dame Marie de Baux , princesse d'Orange, et dame Alix de Chalon , sa fille , dame de Saint- Georges. Le 26 décembre 1394, Marguerite de Vienne avait donné.

20 livres de rente pour fonder une messe quotidienne dans la chapelle où elle devait être inhumée. Alix de Chalon, sa fille, dame de Saint- Georges , de Sainte-Croix et de Chagny, chargea Jean de Vienne, son, fils, le 10 octobre 1456, d'assigner aux Cordeliers une rente annuelle, de 30 livres, sur la terre de Longe-, pierre, pour rémunération d'une, messe haute, piquée à 12 coups , chanter ehaque jour dans la même chapelle. Les deux tombeaux précédents ont été arrachés clandestinement de leurs places, brisés et jetés dans un caveau funéraire, en 1835, par les filles de la conférence, pour y mettre la châsse de sainte Philomène. Jean de Chalon , le jeune , seigneur d'Auberive , fils ainé de Jean de Chalon-Arlay II, et de Marguerite de Metlo , assistait en 1 560, à un tournois donné à Salins, à l'oç-

ca&ion du mariage de Louis de Chalon , son frère , avec Marguerite de Vienne, lorsqu'il fut blessé d'un coup mortel par l'un de ses frères , qui fut inconsolable de ce malheur.

Son corps fut ramené à Lons-le-Saunier et déposé dans l'église des Cordeliers de celte ville. M. Ed. Clerc, trompé par les manuscrits Chifflet , a donné le dessin du mausolée de ce seigneur, tel qu'il existait dans l'église des Cordeliers de Salins. Ou le personnage représenté sur ce tombeau n'est pas celui de Jean de Chalon , ou ce seigneur a eu deux tombeaux , car il est certain qu'il a été inhumé à Lons-le-Saunier. Par un acte passé le 4 juillet 1361, devant Jean de Braignans et Jean d'Abbans, clercs notaires, jurés, Hugues et Louis de Chalon , frères, chevaliers, fils émancipés de Jean de Chalon , seigneur d'Arlay et de Cuiseaux , ont déclaré donner 20 livres de rente, pour édifier une chapelle à l'autel de la sacristie du monastère des frères Mineurs de Lons-le-Saunier, dédié à Notre- Seigneur Jésus- Christ , pour le repos de l'âme de Jean de Chalon, leur frère aîné, enseveli dans ledit monastère , et dotèrent cette chapelle de 20 livres de rente, à condition qu'il y serait chanté chaque semaine une messe à note, et qu'après la messe il y aurait procession au tombeau du défunt , où l'on chanterait l'office des morts. Jean de Chalon -Arlay II ratifia la fondation faite par ses fils, le 29 août suivant. On voyait au-dessus de la porte qui conduisait à la chapelle Sainte-Anne, une petite statue en pierre blanche , représentant un homme à genoux devant un arbre et couvert d'un grand manteau traînant. C'était peut - être l'image de Jean de Chalon , le jeune , mais non comme on l'a supposé, celle de Louis

de Chalon , prince d'Orange , mort en 1465, car ce dernier fut inhumé dans l'abbaye du Mont-Sainte-Maric.

Tristan de Chalon, sire de Rochefort et Jeanne de Vienne t son épouse , par leurs testaments datés de Saint- Julien, le 5 janvier 1365 (v. st.) , donnèrent chacun une rente de 25 livres sur les salines de Salins, pour la fondation de cinq messes hautes par semaine, à dire au grand autel de l'église des Cordeliers , devant lequel ils voulaient être inhumés. On ignore si ce vœu a été exécuté. Le 23 décembre 1423, Jeanne de Montbéliard , du consentement de Louis de Chalon , prince d'Orange et seigneur d'Arlay, son époux, fit édifier une chapelle dans la même église, à côté de celle de Vienne ; elle voulut que l'autel fût consacré à la Conception de la Vierge Marie, y fonda une messe chaque jour, se réservant la collation du chapelain et la dota de 23 livres de rente sur. son partage à la saunerie de Salins , à cause de son château de Myon. En 1445, cette princesse voulut être inhumée dans sa chapelle et ordonna qu'une lampe ardente fût perpétuellement entretenue sur son tombeau. Louis de Chalon fit élever un superbe mausolée à son épouse. 11 était de marbre blanc. Autour d'une belle princesse, qui paraissait reposer comme sur un lit de parade , étaient groupés des anges et diverses figures en relief. Le soubassement était enrichi de statuettes d'anges, de pleureuses et de pleureurs, placées dans des niches en ogive. Sur le bord du tombeau on lisait : cygit très noble dame Jeanne de Montbèliard, femme première de très noble monseigneur le prince d'Orange , qui trespassa le quatorzième jour de mai 1443.

Dieu ait son âme. Amen. Le vitrail peint de la chapelle était armorié.

aux armes de Montbéliard, qui étaient de gueules à deux bars ou barbaux adossés d'argent. Les mêmes armes avaient été sculptées au bas des pilastres du retable, ainsi que sur les quatre voussoirs à la naissance de la voûte. Le mausolée était adossé contre le mur qui sépare la chapelle du chœur, en face de la fenêtre. 11 occupait une espèce de chambre, dans laquelle 12 ou 1 5 personnes pouvaient se tenir debout. Celle place était fermée par un haut grillage en stuc, avec deux portes arlislement sculptées et décorées d'un si grand nombre de statuettes, qu'on avait appelé cette chapelle, la Chapelle de tous Us saints.

Ce beau monument a été brisé en 1795, par les révolutionnaires, et traîné en lambeaux sur des charrettes, dans le gouffre où s'était engloutie en 1793, la maison de M. de Lescbaux. Sous l'abside de l'église, entre le mattre-autel et le chevet , s'ouvre un caveau funéraire, où furent inhumés plusieurs membres de la famille de Chalon-Arlay. On y descend par un escalier, et sous une double voûte partagée par un arc doublcau, on voit encore les squelettes (autrefois renfermés dans des cercueils de plomb ) de quatre personnages étendus sur quatre tables de pierre malheureusement submergées par des eaux d'inûltralion. En tête de chaque table et un peu au-dessus, sont incrustées dans le mur cinq tablettes de pierre blanche , blasonnées aux armes des défunts et couvertes de leurs épilaphes. Sur la première on lit : cy git dame Jeanne de Bourbon, princesse d'Orange, première femme de messire Jean de Chalon, prince d'Orange , laquelle trespassa le 10 de juillet 1495. Au-dessus de l'inscription est sculpté en bas- relief un

écusson mi -parti aux armes de France, qui sont d'azur à trois fleurs de lys d'or, deux et une, et aux armes des princes d'Orange. Sur la seconde , on lit : cy. git Claude de Chalon, seigneur d'Arguel, fils de messire Jean de Chalon et de dame Philiberte de Luxembourg , qui trespassa au mois de novembre 1500.

Dieu lui fasse mercy. Sur la troisième : cy git messire Jean de Chalon, prince d'Orange; mari premièrement de dame Jeanne de Bourbon , et secondement de dame Philiberte de Luxembourg , père de messire Philibert de Chalon, prince d'Orange; lequel trespassa le 25 avril 1502. Dieu lui fasse mercy.

On voit au-dessus de cette pierre un écusson surmonté d'une couronne de prince , et entouré du collier de l'ordre français de Saint-Michel. Les armes sont écartelées de Chalon et d'Orange. Au-dessus de la table funéraire où sont déposés les ossements de Philibert de Chalon , on remarque une représentation de ses pleines armes, entourées du collier de' la Toison-d'Or et surmontées d'une couronne. Ecartelées de celles de Bretagne qui sont d'hermine, ces armes sont surchargées de celles de Luxembourg , brochant sur le tout.

Philiberte de Luxembourg s'était fait préparer une place à côté de son fils, et elle l'avait désignée par l'inscription suivante : cy git dame Philiberte de Luxembourg , princesse d'Orange y comtesse de Charny, seconde femme de Jean de Chalon, prince d'Orange, mère de Philibert de Chalon, prince d'Orange, la-

quelle décéda le Obligée de

quitter la Franche-Comté , à la suite de difficultés qu'elle avait eues avec Henri de Nassau , son gendre, cette princesse mourut en 1559 , au château de Mont-Saint-Jean, et choisit

sa sépulture dans l'église du prieuré de Glamont , auprès du tombeau de sa mère. Le 25 janvier 1531 (n. st.), Philiberte de Luxembourg conclut un traité avec Goura ou Conrad Mai, flamand, et J.-B. Mariani , florentin, maîtres sculpteurs , pour l'érection de deux mausolées. Sur le premier, devait être représenté Jean de Chalon , son mari , avec Jeanne de Bourbon , d'un coté, et elle, de l'autre. Le second étaif destiné au prince Philibert seul. Voici quelques extraits de ce marché. « Premièrement a prins en lui la charge et promet par cestes led. mailre J.-B. Conrad Mait , de faire et parfaire au milieu du chœur de l'église du couvent des frères mineurs dudit Lons, une belle et riche sépulture de pierre d'albastre,'Ia mieux reveslue à l'entour d'ouvrages d'antiquailles, feuillages et autres y nécessaires pour l'embellissement de la sépulture.

Laquelle sépulture sera de la longueur de dix pieds et de sept de largeur entre les soubasses , et sera posée audit chœur, à commencer de la rive de la pierre qui se lève pôur entrer ès degrés du charnier, en devers et tirant vers le grand autel, et sur icelles sépultures seront faits, mis et enlevés trois personnaiges gisants, représentant l'un, la personne de feu de bonne mémoire monseigneur messire Jean de Chalon , à son vivant , prince d'Orange, que dyeu ait, en habit de prince, l'ordre de France au col; l'aulre représentant madame Jeanne de Bourbon, femme première dudit feu seigneur ; et l'autre gisant représentant madame la princesse , à présent vivante. Toûs lesdits personnages faits et le mieux habillés et le plus richement en princes et princesses que faire se pourra.

Iteim Aux pieds dudit gisant re-

présentant ledit feu seigneur, sera fait le gisant d'un petit enfant le mieux que faire se pourra , représentant feu monseigneur d'Arguel , son fils , qui sera habillé comme un enfant de prince , ayant deux ans , à genoux ou ainsi qu'il sera advisé pour le mieux. Sur les piliers de la dite sépulture seront faites et mises les statues des quatre frères d'Hercule, etc.

Le mausolée de Philibert devait avoir la forme d'un arc de triomphe et être construit en albâtre. 11 devait coûter 10,000 livres.

Item. Fera et promet ledit maître Jean-Baptiste Conrat , de faire un arc en volte triomphant , joignant audit pilier en forme et façon de chapelle , la plus belle et enrichie que faire se pourra, tant d'ouvrages d'antiquailles, médailles, feuillages, frises et autres; déans laquelle ledit maistre Gonrad fera mettre et assèra à genoux la pourtraiture de mon dit seigneur le prince , bien fait et emprès du vif, et babillé en habit ducal , le couronnel sur la tête , le collier de la Toison-d'Or au col , de telle hauteur et grandeur que faire se pourra et devra ; devant lequel et déans la dite chapelle, il fera aussi l'image de Notre-Dame-de- Lorrelte , droitement , à l'aspect et regard dudit prince; ladite image de Notre-Dame faite enlevée et soutenue par anges et sur nues, ainsi qu'il appartient, etc. • Le mausolée de Philibert de Chalon a existé jusqu'en 1637. Un témoin qui l'a vu, écrivait : « Cependant lad. dame de Luxembourg fit effigier et arborer pour trophée des conquêtes de son fils, les enseignes et étendards des Romains, dans l'église des frères mineurs de Lons , et dez le thole et sommité fort haut du chœur d'icellc penchait en terre et sur la cave et

charnier le grand étendard , ayant fait construire audit Philibert de Chalon , un monument de diverses excellentes figures d'un beau dessin et très bien élabourées et taillées tant en marbre qu'albâtre , l'art desquelles relevant la matière, avait donné de l'envie et du désir à nos princes , même à des princes étrangers de les posséder, étant estimées d'un bel artifice et jugées d'un grand prix par les plus braves sculpteurs. »

Podéré nous apprend que le tombeau de Jean de Chalon fut exécuté, mais non placé. Il dit que « de fortes dépenses avaient été déjà faites pour un grand nombre de belles et hautes statues de marbre blanc de diverses figures très bien polies, taillées et gravées d'après le naturel > mais qu'elles ne furent pas posées et restèrent longtemps dans une chambre basse du couvent , d'où on en tira plusieurs pour les mettre autour du grand autel. » Par un motif que nous n'avons pu découvrir, tous les titres et meubles du couvent des Cordcliers avaient été saisis, enfermés dans un grand tonneau cacheté aux armes du roi de France et emmenés à Dole. Suivant une ordonnance de la cour du parlement , du il août 1S0G, Pierre de Vers, procureur général au parlement, les amena à Lons-le-Saunier et en fit l'inventaire en présence de Hugues de Vers, Guillaume Vincent et Guillaume Grand , secrétaires de Philiberte de Luxembourg. Cet inventaire contient la description de vêtements ecclésiastiques de la plus grande richesse, en drap d'or, damas et satin, armoiries des armes des seigneurs qui les avaient donnés, de reliquaires enrichis de pierres précieuses , d'une statue de saint Sébastien en argent massif, garnie de saphirs , d'une riche châsse conte-

nant le chef de saint Corneille, martyr, et d'un drap d'or cramoisi avec une grande croix de damas blanc au milieu , que l'on mettait sur le tombeau de Jean de Chalon-Arlay I V, prince d'Orange, le jour anniversaire de sa mort.

Le drap que l'on plaçait sur le tombeau de Philibert de Chalon était de la plus grande richesse. Il avait 1 & pieds et demi de long , sur dix pieds moins un pouce de large, avec une bordure d'un pied , qui était de satin noir, accompagnée d'hermine.

Le fond en était broché et tissu d'or très épais. La bordure de satin était relevée par des feuillages en or , et sous la croix de satin rouge , on lisait en lettres d'or gothiques, de 9 pouces et demi de hauteur, requiescat in pace. Aux deux extrémités du drap, étaient brodées en fil d'or, d'argent et de couleurs , les pleines armes du prince. Elles étaient couvertes d'un casque à visière , vu de face , surhaussé d'une couronne de prince , et ayant pour cimier un bois de cerf. Du bas du casque , partaient des lambrequins d'or et d'azur, d'où pendait le collier de la Toison-d'Or formé de briquets. Ce drap fut envoyé à la monnaie en 4793. Des vases sacrés et d'autres ornements splendides, furent donnés au xvi° siècle par le cardinal de la Baume , par Henri et Réué de Nassau , et par dom Louis de Vers , abbé de Mont- Sainle-Marie.

Le couvent de Lons-le-Saunier était un des plus considérables de l'ordre dans la province de Bourgogne, dite de Saint-Bonaventure et peut-être de France. 11 était occupé ordinairement par 25 à 30 religieux , presque tous décorés du titre de docteurs en théologie de la faculté de Paris. Plusieurs acquirent une grande réputation comme pré-

uiginzeo

dicateurs. On cite surtout Jean Henrici, élevé dans ce monastère, qui fut élu évèque de Damas et suffragant de l'archevêque de Lyon. 11 mourut au mois de janvier 1574, à Lons-le-Saunier, et fut inhumé dans l'église des Cordeliers , près de l'escalier qui conduisait de la nef dans le chœur.

Laurent Perrin , religieux profès de cette maison et docteur de Sorbonne, mort en 1715, devint gardien du grand couvent de Paris , et fut placé à la tète du collège général que les Cordeliers tenaient dans cette capitale. Il y ût éclater les plus rares talents et des qualités qui lui valurent l'amitié de Louis XIV et de ses ministres. Deux chapitres généraux de Tordre se tinrent dans ce monastère, l'un en 1800 et l'autre en 1601 . Philiberte de Luxembourg fit tous les frais du premier, et le roi d'Espagne ceux du second. Il y avait dix-huit chapelles dans l'église, magnifiquement ornées, dans lesquelles se célébraient continuellement des messes à diacre et sousdiacre , pour le repos des âmes des différents seigneurs qui y étaient inhumés. Les seigneurs du Pin, de l'Etoile, de Charrin, de Clialain, les familles de Balay , de Fauquier, deMontaigu, deMarnix, de Maillot, de Saint- Vincent , de la Villette , de la Tour, deBoquet, y avaient tous des charniers. On comptait dans la bibliothèque plusieurs milliers de volumes. L'incendie de 1536 détruisit tout le couvent, à l'exception du chœur de l'église , des chapelles à côté de la sacristie, de la grosse tour et de l'infirmerie avec sa petite chapelle. En 1537, les religieux déblayèrent l'église, et en 1538 ils commencèrent la reconstruction de la nef sur les anciens fondements.

Les travaux étaient presque termi-

nés, lorsque les murailles s'affaissèrent tout- à-coup, au grand désespoir des pères , qui ne purent réparer ce désastre que 45 ans après. Le P.

Valentin Surreau, qui fut appelé deux fois du couvent de Lons-le- Saunier, pour être gardien du grand couvent de Paris , était parvenu à relever les cloîtres. Pendant la peste de 1637 , le P. Balland, religieux de ce monastère, déploya un courage héroïque. Seul prêtre qui fût resté dans la ville , il visitait continuellement les malades > et leur portait tous les secours dont il pouvait disposer. Il disait deux messes chaque jour, l'une dans l'église , et l'autre dans les villages de la paroisse. S'élanl rendu l'ami du gouverneur français du château de Courlaoux , il y allait chercher du blé , qu'il apportait sur son cou, pour aider les bourgeois à subsister. L'incendie qui suivit le siège de 1637 fut aussi fatal que le précédent. Les religieux , dispersés , ne rentrèrent qu'en 1641. Us cédèrent les chapelles qui avaient résisté au feu, pour servir de grenier et de cellier aux malheureux habitants, et les chambres basses du couvent pour leur servir de lieu d'assemblée.

L'église fut réparée et en partie reconstruite en 1714. Le portail et le frontispice ne furent achevés qu'en 1731. Le beau cloître qui sert aujourd'hui de séminaire , fut entièrement reconstruit de 1737 à 1747.

Ce couvent, dans lequel la réforme avait été volontairement embrassée en 1503, fut supprimé par les décrets de l'Assemblée nationale en 1790 , et abandonné par les religieux , qui étaient au nombre de neuf, le 16 mai 1791. Par délibération du conseil municipal, du 17 novembre 1793, on fit d'une partie du cloître, une maison de détention

pour les nobles , les prêtres et les parents des émigrés. Dans le surplus, on plaça la gendarmerie, les prisons , le tribunal criminel , et en 1 802 , la justice de paix. Le 1 5 mars 1794, l'église devint le temple de la Raison. Rigueur fut chargé d'en foire disparaître les tableaux , les statues et les vitraux armoriés. Elle devint en 1799, le temple décadaire, et en 1800, un magasin de subsistances. Elle fut rendue au culte catholique le 8 juillet 1803. Le %h avril 181 1, un décret impérial abandonna au département le couvent des Cordeliers , à l'exception de l'église , qui avait déjà été cédée pour servir d'église paroissiale. Par un acte du 13 septembre 1828 , le département le céda en échange à la ville, contre les bâtiments de l'ancien collège , le chantier au bois et une somme de 60,000 fr. Le 1 2 mai 1826, on transporta à l'hôtel-deville le mobilier de la cour d'assises, la bibliothèque et les prisonniers, afin de permettre aux ouvriers de disposer le couvent pour le séminaire.

Couvent des Clarisse*, des Cordelières,abbaye des Dames urbanistes, abbaye royale ou chapitre noble des Dames de Sainte-Claire. La fondation ou l'origine précise de ce monastère est inconnue. Suivant la tradition, il remonterait au xie ou xue siècle , et aurait été primitivement un collège de chànoinesses, soumises à la règle de saint Augustin. C'était, dit -on, simplement quelques filles nobles ou veuves de la contrée , qui se réunissaient dans une habitation commune , pour se livrer plus sérieusement aux exercices de la piété chrétienne, et chercher la paix qu'on trouvait si rarement dans un château féodal. Elles vivaient de leurs revenus , sous la (11.

protection des seigneurs voisins, qui presque tous comptaient parmi elles un ou plusieurs membres de leur famille. Elles auraient embrassé, au xme siècle, la règle de sainte Claire, par ordre des papes. Nous ne sommes en mesure ni de combattre , ni d'appuyer l'exactitude de cette tradition .

Il semblerait cependant , d'après les documents écrits , que ce couvent fut fondé en 129ft , par Philippe 1er de Vienne , sire de Pymont , et Hugues IV, son fils , pour des filles nobles qui devaient suivre la règle de sainte Claire, mitigée par Urbain IV, et qu'Alaïsde Vienne, fille et sœur des fondateurs , en fut la première abbesse. Le cloître était entre la rue Saint-Dcsiré et la grande place; son emplacement ne peut être déterminé d'une manière précise. On sait seulement qu'il existait devant la maison Simon, un puits et une croix en pierre, appelés puits et croix Clair issée. La croix ne fut enlevée qu'en 1766, pour être transférée dans le cimetière des Pestiférés. Philippe de Vienne avait donné, pour la dotation primitive , une redevance annuelle de 18 livres sur la seigneurie de Uufley , et 1 8 mon* tées de muire sur son puits de Lonsle-Saunier. Hugues de Vienne , son fils, et Gillette de Longwy, épouse de ce dernier, y ajoutèrent la terre des Moussières, d'une surface de 320 journaux , avec la justice moyenne et basse. Le 12 mai 1297, Renaud de Bourgogne donna a l'abbesse, moitié de toutes les langues des bètes bovines tuées par les bouchers de la ville. En 1302, Philippe-le- Bel , agissant au nom de Jeanne de Bourgogne, fiancée à son fils, confirma le don de la terre des Moussières fait par Hugues de Vienne.

Huguettc, épouse de Philibert de Montaigu , en \ 299 ; Marguerite de

Bellevesvre, en 1300; Guillcmctte et Huguetle de Frontcnay, en 4302 eti303; Gilles de Mon taigu, en 1304, donnèrent des cens, des fonds de terre, etc. Le 10 des calendes de décembre 1309 , le pape Clément V exhorta les fidèles à aider de leurs aumônes les Clarisses de Lons-le- Saunier à bâtir leur église. Le 8 oc* tobre 1314, Mabaut d'Artois , veuve du comte Olton V, répondant à cet appel , donna 20 livres de rente , assignées sur les sauneries de Grozon, et Etienne de Bourgogne, frère du comte Olton, en donna autant en 1316, sur les salines de Salins.

Guye de Rigney, ayant succédé à Alaïs de Vienne en 1318 , se fit confirmer par le roi Philippe- le- Long, et Jeanne de Bourgogne, le 20 juillet de la même année , le don de la comtesse Mahaut. Le 20 décembre 1320, celte dernière ajouta encore à ses libéralités, une rente de 10 livres estevenantes. Le 8 décembre 1332, Guillaume de Vienne, sire de Saint-Georges et Marguerite de Vaudemont , son épouse , ayant acquis , à titre d'engagere, de Jean de Vienne , seigneur de Boucelanges , 40 livres de rente sur les cens de Saint- Aubin , en donnèrent moitié à Jeanne de Vienne, leur fille , religieuse , à l'abbesse et au couvent de Sainte-Claire. Les abbesses qui succédèrent à Guye de Rigney, furent Béatrix de Bellevesvre, de 1536 à 1342, et Marguerite de Sainte- Croix > de 1342 à 13*9. Sous Jeanne de Vienne, qui occupa le siège abbatial , les bâtiments du monastère fureul incendiés. Philippe H de Vienne donna alors un vaste terrain en nature de pré, situé entre l'ancien puils salé et son château de Pymont, pour en reconstruire un nouveau.

Le 20 mars 1357 (n.st.), Pierre d'Arbois, visiteur des Cordeliers,

permit à Jeanne de Vienne, de transférer le couvent de l'endroit de la ville où il se trouvait * dans le nouvel emplacement qui lui avait été donné.

Le 5 juin 1412, Jeannette, veuve de Simon du Pasquier, donna tous les droits qu'elle avait sur les langues de bœufs mises en vente au Maisel (à la boucherie) de Lons-le Saunier.

Marguerite d'Andelot intenta un procès, en i 424, à tous les bouchers .de la ville , qui avaient formé une conjuration pour ne plus livrer Ie9 langues des animaux qu'ils tuaient 11 durait encore en 1429. Jeanne de Chilty, qui lui succéda cette même année, reçut la soumission des bouchers et leur pardonna , à condition qu'ils jureraient de ne plus agir ainsi à l'avenir. Marguerite de Quingey n'a laissé qu'un seul acte de son administration , c'est un accensement fait en 1436, d'un vaste terrain en friche, pour le planter en vigne , en se réservant le quart des fruits.

Catherine de Duretal était abbesse depuis l'année 1443, lorsqu'un incendie dévora, en 1448, les cloîtres et l'église. Elle les rebâtit avec une certaine somptuosité , grâce aux nombreuses aumônes qu'elle reçut des seigneurs du pays. EUe fut remplacée par madame de la Moutonnière, qui vécut jusqu'en 1470.

Clauda de Montjoupent fut nommée abbesse le t*r novembre 1497, et gouverna l'abbaye jusqu'à sa mort , arrivée en 1 3 1 6 ; Jaque iv a de Montjouvent lui succéda et fut témoin du terrible incendie qui dévora le monastère, le 17 juillet 1336; Clauda de Tervant, de 1349 à 13S9; Isabeau de Nance, de 1560 à 1565; Pernetted'Àrestel, de 1566 à 1567; Jeanne de Mauffam , dame de Pymorin, de 1568 à 1582; Clauda de Romanet, de 1582 à 159* , fuccessivement abbesses , avaient fait tous

leurs efforts pour relever les cloîtres, lorsque le 6 octobre 1598, les troupes du baron d'Assonville mirent le feu au couvent et le détruisirent de fond en comble. Tous les litres furent brûlés. Pour réparer cette perte , le P. Jean Ctiapuisot , provincial des Cordeliers de la Custodie de Bourgogne, ordonna en 1607, à Louise de la Fillette, alors abbesse, de faire constater la perte des archives et d'exiger des reconnaissances de tous les revenus de l'abbaye. Cette dame mourut en 1616.

Elle s'était occupée de réparer les désastres causés par d'Assonville, mais elle n'y parvint qu'imparfaitement.

Anne de Be&sey fut nommée pour lui succéder, le 12 mai 1616. Sous son administration, les chambres du clergé et de la noblesse représentèrent à l'assemblée des Etats, tenue en 1629, « qu'en l'abbaye des dames religieuses de Lons-le-Saunier, laquelle avait été fondée seulement pour des dames qui seraient de noblesse ancienne, qui est un privilège particulier dudit couvent , l'on y admettait d'autres religieuses qui n'avaient ladite qualité, et qu'il était très important de pourvoir à ce que ledit couvent fut maintenu dans son ancienne splendeur , conformément à l'intention des fondateurs. » Les chambres résolurent, qu'il serait écrit à ce sujet à la dame révérende abbesse, de ne recevoir aucunes autres religieuses que celles qui auraient les qualités requises par l'acte de fondation. Cette abbesse mourut en 1632. Antoinette de Ronchaux lui succéda. Aux premiers bruits de l'invasion française en 1637, cette dame cacha chez le sieur Claude Jacquemet, les ornements de son église, les calices, sa croix et sa crosse d'argent, les chapes, les chasubles, les chandeliers d'argent , le

riche reliquaire renfermant le chef de saint Denis l'Aréopagite et les litres. Craignant que ces objets ne fussent pas assez en sûreté , elle en envoya une partie au château de Saint-Laurent-de -la-Roche, où ils furent pillés par le duc de Longueville et ses officiers. Si le couvent fut brûlé le 2* juin 1637, ainsi que le dit une ancienne chronique, il faut supposer que le feu y fut mis par ordre du colonel de Raincour , qui depuis longtemps insistait pour faire raser tout le faubourg des Dames. Ce qu'il y a de certain , c'est que s'il n'a pas été incendié le 24 juin par la garnison , il l'a été le 26 par les Français. Du reste, l'abbaye était alors déserte, les religieuses avaient toutes pris la fuite , à cause de la peste. Biles ne rentrèrent en paHie qu'en 1647, et choisirent pour leur supérieure Suzanne de Mouthier. Mesdames de Pression, qui s'étaient retirées en France chez leurs parents, eurent l'occasion de racheter d'un officier français , qui les avait pris , une croix d'argent , au pied de laquelle étaient gravées les armes de madame l'abbesse de la Moutonnière, et deux chandeliers aussi d'argent , aux armes de M9 de Bessey. Suzanne de Mouthier administra les revenus du monastère, mais elle ne put trouver moyen de rétablir les lieux réguliers ni l'église. A sa mort, arrivée en 1652, la cour du parlement nomma Antoinette de Poligny administratrice de l'abbaye pendant la vacance , et le roi lui donna la même année, le titre d'abbesse. Elle obtint de l'archevêque de Besançon , la permission de faire célébrer provisoirement la messe dans sa chapelle particulière ; elle fit reconstruire l'église , le quartier abbatial et le cloître.

Celle abbesse mourut en 1674. Elk

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fut remplacée la même année par Louise-Gabrielle de Pra-Peseux.

Celte dame ût prendre par son chapitre une délibération , d'après laquelle il fut décidé que, suivant une coutume observée de temps immémorial, on ne recevrait dans l'abbaye que des demoiselles nobles faisant preuve de seize quartiers de noblesse. Elle mourut en 1725. Louise-Gasparine de Pra, qui avait été nommée sa coadjutriceen 1718, avec survivance , la remplaça , mais elle ne vécut que jusqu'en 1731.

Sous son administration , le roi érigea en 1730, l'abbaye en chapitre noble , et régla la conduite de l'abbesse et des chanoinesses. Jeanne- Marguerite de Belot-yillelte , fut nommée le 29 juillet 1731, et reçut la bénédiction abbatiale le 28 octobre suivant. Après sa mort, arrivée le 2 décembre 1762, Marie-Françoise de Boulechoux de Montigny lui succéda, et prit possession de son siège le 8 février 1763. Sous son gouvernement, qui se prolongea jusqu'à la suppression des ordres monastiques , l'abbaye fut comblée des faveurs royales, grâce à l'influence, aux charmes et aux actives

démarches de Me la comtesse de Bussy, sa coadjutrice. Par une délibération capitulaire du 22 septembre 1769, l'abbesse et les chanoinesses demandèrent à ne plus rester sous la juridiction des frères Mineurs conventuels de l'ordre de Saint- François, et à être soumises à celle de l'archevêque de Besançon, à condition que leur abbaye ne pourrait être visitée que par l'archevêque lui-même, ou en cas d'empêchement, par celui de ses suffragants qu'il déléguerait. Elles demandèrent encore à substituer des règlements invariables pour le régime de leur maison , aux usages non écrits sous

lesquels elles avaient toujours vécn* Mgr. l'archevêque de Choiseul ayant accepté cette proposition , le roi donna, le 31 août 1770, des lettrespatentes pour approuver ces dispositions. Un règlement fut proposé à l'archevêque, qui le sanctionna le 8 juillet 1771. Le roi, par lettrespatentes du mois de janvier 1 772 , approuva ces statuts , qui réglaient l'état de l'abbaye, l'admission des sujets , la forme des preuves de noblesse exigées des récipiendaires et la discipline intérieure. 11 autorisa en même temps l'abbesse à prendre dans tous les actes, le titre d'illustre et révérende dame , et les personnes qui composaient le chapitre, celui de chanoinesses régulières. Par un décret rendu le 30 mars 1773, l'archevêque de Besançon, en exécution de lettres-patentes du mois de juin 1772 , éteignit et supprima la conventualité du monastère de Goailles, de l'ordre de Saint -Augustin, la mense conventuelle, les offices claustraux, les annexes et prébendes monacales, dépendant de cette abbaye, et en unit les biens et reverius au chapitre noble des dames de Lonsle-Saunier, pour être employés à l'accroissement des douze prébendes du chapitre et à la dotation de cinq nouvelles. Un nouveau brevet du roi , du 8 février 1787, et une bulle apostolique du 19 juillet suivant, prononcèrent la suppression du chapitre noble de Gigny , et en unirent les biens aux chapitres des dames de Lons-le-Saunier et de Migettc.

Le 16 mars 1788 , le roi autorisa le chapitre des dames de Lons-Ie-Saunier, 1° à recevoir douze chanoinesses d'honneur, non résidentes, qui feraient leurs preuves de noblesse devant des personnes employées au cabinet de S. M. ; 2° à prendre le titre de comtesse; 3° à

porter en écharpe, de la droite à la gauche, un large cordon bleu avec liseré vert , auquel serait suspendue une croiro? or émaillée à 8 pointes, surmontée d'une couronne de comte, et représentant d'un côté l'image de la Vierge , avec l'exergue : V irtutis et nobilitatis decus, et de l'autre, l'image de saint Louis , avec l'exergue : Optimo regum patrono; 4° à porter sur le côté gauche , une plaque en broderie, où serait l'image de saint Louis ; 5° à ne faire preuve que de treize quartiers, dont neuf du côté paternel , et quatre du côté maternel. Le règlement , approuvé en 1771 par l'archevêque de Besançon , renferme un grand nombre de dispositions, dont voici les principales. Le chapitre de Lons-le-Saunier, qualifié de chapitre mble et régulier, est soumis pour le spirituel à l'archevêque de Besançon, l'administration du temporel étant réservée en entier à Me l'abbesse , pour les revenus dépendants de la crosse , et ceux des my parts, à la procureuse, qui sera nommée tous les ans. L'église est sous le vocable de sainte Claire; le chapitre est actuellement composé de douze dames prébendées et de vingt-six dames professes ou novices non prébendées. Le droit de nommer aux places appartient à l'abbesse. La demoiselle présentée est tenue, avant d'être admise, de faire preuve, par titres authentiques, de seize quartiers de noblesse , tant paternels que maternels ; il lui est donné deux commissaires gentilshommes à preuve , ou de noblesse admise dans les chapitres , l'un de la part de l'abbesse et l'autre de la part des dames. Lors de la coiffure et prise d'habits, la validité de la preuve doit être jurée par quatre gentilshommes. On peut obtenir une place à tout âge , dès que la pré-

sentée sait parler. Les trois voeux , de pauvreté, chasteté et obéissance, se font à l'âge prescrit par les ordonnances royales, et ne peuvent être retardés au-delà de l'âge de 26 ans. Le noviciat est d'un an complel, sans découcher de l'abbaye ; il y a encore un an de résidence à faire sans découcher de l'abbaye , après les vœux faits. Les demoiselles coiffées sont instruites de leurs devoirs par la dame chez laquelle elles demeurent. Six semaines avant sa profession, la novice est proposée au chapitre, qui examine si elle sait son chant et les rubriques du bréviaire.

A la prise d'habits , on doit à l'abbesse , 25 livres , 8 livres de sucre et un plat de gibier ; à chaque dame présente, 12 livres M) sols et h livres de sucre; aux novices présentes, moitié; à l'aumônier, 12 livres 10 sols ; à l'avocat et à l'homme d'affaires de l'abbesse, 1 1 livres; 3 livres de cire pour l'autel et deux flambeaux d'une livre ; à chaque dame , un cierge, et enfin 100 livres en présents d'église. Lors de la profession , on devait les mêmes cadeaux .

Les pensions ou dots à fournir par • les parents , étaient réglés au moment de la prise d'habits. Les dames jouissaientdes revenus de leurs dots, jusqu'à ce qu'elles entrassent en prébende. L'abbesse a au chœur et au chapitre toute l'autorité attachée à son titre. Toute dame professe est obligée de dire régulièrement l'office chaque jour sans chanter. Il y a un chapitre tous les mois , et deux chapitres généraux par an. Le secrétaire chargé de rédiger les délibérations, doit prêter serment entre les mains de l'abbesse. Les dames doivent toujours porter à l'office et dans les cérémonies de l'église, leur habit de chœur, qui est un manteau à queue, bordé d'hermine, et une

L — ôlA — L

coiffe noire. Elle ne doivent jamais quitter leur petit mari , qui est de mousseline, derrière la coiffure pour les novices , et qui est recouvert , pour les professes , d'un autre de gaze noire. Chaque dame porte une croix d'or suspendue devant sa poitrine, par un ruban noir moiré.

Les dames doivent être habillées d'étoffes noires en soie , modestement, sans blondes ni dentelles blanches, avec du linge ou de la gaze , sans broderie ; elles ne peuvent porter ni fleurs, ni aigrettes dans leurs cheveux, mais seulement des rubans de gaze. U est défendu aux dames professes ou novices de sortir de l'enceinte de l'abbaye pour aller en ville , sans permission de l'abbessc. Les clefs de l'abbaye restent chez l'abbesse, ou en son absence, chez l'ancienne. Les portes sont fermées à 8 heures en hiver, et à 9 en été ; la petite porte seule reste ouverte jusqu'à dix, temps, auquel les hommes qui se trouveraient à l'abbaye doivent sortir. Les dames qui souperaient en ville, sont tenues de rentrer à dix heures.

. Chaque dame professe a droit de se choisir une nièce , si elle a maison , et de la présenter au chapitre. La nièce d'adoption jouit de la maison et des meubles de sa tante après sa mort. La tante est obligée de loger et tenir en pension chez elle sa nièce d'adoption. Si une dame veut se séparer de sa nièce, elle est tenue de lui donner un logement pour elle et une femme de chambre dans sa maison. Les prébendes des douze dames sont de 30 mesures de froment , 9 baraux de Yin , 36 livres d'argent, et 2 langues de bœuf, pour chacune.

Par une délibération capilulaire du 2 octobre 177b, il fut décidé que pour éviter aux parents les grandes I

dépenses, dont la réception de leurs tilles était l'objet, ils ne pourraient plus donner aucun repas dans l'abbaye, si ce n'est lors de la prise d'habits, et qu'ils n'inviteraient que la dame qui conduisait la demoiselle, les deux demoiselles filles franches, le crossier, les deux commissaires aux preuves, les deux gentilshommes jureurs , le prédicateur et l'aumônier.

Les revenus de l'abbaye se composaient de redevances sur les seigneuries de Monnet et de Présilly , sur les sauneries de Salins, dédîmes sur tous les fonds en vignes et terres à Conliége , qui dépendaient de la baronnie de Binans , du patronage et des dîmes de Lay, des dîmes de Trenal, d'amodiations de terres, prés , vignes , etc.

Le quartier abbatial et les maisons des chanoincsses bordaient, trois côtés d'une vaste cour, au centre de laquelle se trouvait l'église. Un mur de clôture , percé d'une grande et d'une petite porte, régnait le long de la route tirant à Poligny. Un autre mur, percé d'une petite porte à l'entrée orientale du quai du Solvan , fermait l'abbaye au sud-ouest. Ce monastère fut supprimé en 1790.

On vendit l'église le 16 juin 1792.

Le représentant du peuple Besson annula la vente en 1794 , et décida que ce monument serait revendu, à charge d'être démoli. Les matériaux servirent à combler le gouffre de la maison de Leschaux. Les maisons des chanoinesses, au nombre de 18, elle quartier abbatial, furent vendus comme biens nationaux en 1795 , à divers particuliers et subsistent encore.

Couvent des capucins. Les capucins furent reçus à Lons-le-Saunicr le 15 octobre 1612. Us obtinrent la permission de se bâtir une de-

meure à l'extrémité de la rue Saint- Lazare , près de la route Je Lyon , (l'ancienne voie romaine par Montciel). Leurs bâtiments, commencés en 1614 , furent terminés en 1715.

Ruinés par l'incendie de 1637, les religieux les relevèrent en 1644, mais avec si peu de soin, que les murs se lézardèrent de toutes paris, fis ne parvinrent à réunir les sommes nécessaires à une reconstruction qu'en 1733. La première pierre d'un nouveau cloître , beaucoup plus vaste que le précédent, fut posée par le maire de la ville , le 30 décembre de cette année. Le conseil fit à cette occasion un cadeau de 300 livres. Les remises et les écuries ne furent bâties qu'en 1 742. Le maire et les officiers municipaux se présentèrent dans le couvent, le 29 avril 1790, revêtus de leurs ceintures tricolores en écharpe , pour y faire apposer les scellés et faire l'inventaire. L'un des conseillers qui marchait en avant , rencontra debout au fond du corridor supérieur, le P. Anastase, (Joseph Prétet, de Gramans), gardien du monastère, dont la figure grande et vénérable, et la majestueuse barbe blanche qui descendait jusque sur la poitrine, lui inspira la plus profonde terreur. S'avançant vers lui d'un air respectueux , il lui dit : J'ai l'honneur de vous saluer, très révérend père, — Je te salue, ange des ténèbres, lui répondit le père Anastase d'un ton foudroyant ; quelle sinistre nouvelle m' apportes-tuf Altéré par ces paroles, le conseiller resta muet.

11 fallut qu'un autre membre de la commission prît la parole. H y avait alors dix-huit religieux au couvent, qui tous refusèrent de prêter serinent à la constitution civile ' du Clergé. Le 27 mai 1792, la ville acheta la maison des capucins avec

l'église et les dépendances, moyennant 40,000 fr. Elle en fit un lieu de détention pour les nobles, les suspects et les riches. En 1793, on convertit l'église en écurie, pour les chevaux galeux de l'armée. En enlevant le pave , on découvrit le charnier dans lequel avait été déposé le cercueil en pierre de Mgr. Louis- Albert de Lejtay , ancien évèque d'Evreux, mort quelques années auparavant. Les ossements furent dispersés et le cercueil devint un abreuvoir pour les chevaux. Le cloître qui entourait la cour servit successivement de lieu de réunion pour le club des Feuillants, d'atelier d'armes , de salpétrière , etc. , et fut démoli avec l'église. La ville ne pouvant ou ne voulant payer son acquisition, l'administration centrale en prononça la nullité, le 22 juillet 1795. Les bâtiments qui restaient furent vendus à plusieurs particuliers et sont occupés actuellement par le collège libre des Frères de Marie.

Couwent des TierceUnes , des dames de Sainte -Elisabeth , du Saint- Sacrement , ou du Tiers-Ordre de Saint-François. Les TierceUnes de Salins, ne pouvant admettre dans leur maison toutes les demoiselles qui demandaient à y entrer, résolurent de fonder un monastère de leur ordre à Lons-le-Saunier. Elles présentèrent à cet effet au magistrat de celte ville, le 1 0 septembre 1 64 'i , une requête qui fut favorablement accueillie. L'archevêque de Besançon , le bailli d'Aval , le parlement, ne s'opposèrent point à ce projet. Les conditions de leur admission furent réglées par un acte du 27 décembre 1644. Il fut convenu, 1° que la ville céderait aux religieuses une certaine place dans la rue de Balerne , sauf à ces dernières à s'arranger

avec les propriétaires des masures qui la recouvraieut ; 2° que ces dames paieraient , à titre de droit d'entrée, une somme de 500 fr., pour acheter des ornements à l'église paroissiale ; 3° que les demoiselles de la ville seraient admises comme novices de préférence à toutes autres, et que pendant vingt ans, elles ne fourniraient qu'une dot de 4200 fr. L'espace qui avait été cédé était si étroit , si incommode , à cause du chemin de ronde et des murailles qui le limitaient de deux côtés , que les Tiercelines renoncèrent à y faire des constructions et prièrent le magistrat, le 91 décembre 1647 , de leur permettre de bâtir leur monastère sur les masures de l'hôtel de M. de Balay, rue de l'Ecole ou du Collège. Ayant obtenu cette permission , elles achetèrent cet emplacement de M. Emmanuel-Philibert de Balay, deChâteau-Rouillaud , au mois de janvier 1648, quoique l'acte n'eût été passé que le 19 mars 1651. Dès que les bâtiments les plus nécessaires furent terminés, Chrispinien de Lyon, provincial des religieux et religieuses du Tiers-Ordre de Saint-François , se rendit à Salins, désigna la supérieure , les cinq religieuses professes et la novice, qui viendraient habiter le couvent de Lons-le-Saunier (29 septembre 16G9). MelIe Tabourot fut la première bienfaitrice de cette maison . Elle l'institua pour son héritière universelle, à charge de certaines aumônes à faire chaque jour à tous les pauvres qui se présenteraient à la porte. Le 23 juin 1 656, on commença le bâtiment des dortoirs. Jacques de Chaoune , ministre de la province de Saint-Louis et Lézéar , étant en cours de visite , en posa la première pierre au nom de Mmc Claude de Fouchier, abbesse

de Château-Chalon. Celte cérémonie se fit en grande pompe, en présence de toute la noblesse et la bourgeoisie du pays. Les religieuses y assistaient , précédées de leur croix , un cierge blanc à la main, une couronne d'épine sur la tète et leurs manteaux réguliers sur leurs épaules. Ce couvent se peupla tellement de demoiselles nobles qui ne pouvaient entrer dans l'abbaye de Sainte-Claire, ou de demoiselles appartenant aux premières familles de la ville , qu'il s'enrichit rapidement et dut songer à fonder de nouvelles colonies. Deux traités furent faits en 1676, pour en envoyer une à Clairvaux , et une autre dans le Bugey. Le 24 août 1677, entre 9 et 10 heures du soir, le feu éclata tout-à-coup dans les dortoirs, se propagea avec une effrayante rapidité et menaçait d'anéantir la ville entière. Au milieu de ce péril , les échevins et le conseil se réunirent à la hâte et coururent dans l'église des Cordcliers, pour vouer leur cité à saint Claude. Leur vœu ayant été exaucé, on envoya le 3 septembre suivant, le premier échevin, un conseiller et un prêtre, porter à saint Claude douze livres de cire blanche, en attendant qu'où pût envoyer Yex voto représentant la ville préservée des flammes. Les pauvres religieuses furent obligées de se disperser. Les unes allèrent dans le couvent d'Arbois , d'autres dans celui de Salins. Les plus âgées demandèrent permission d'occuper un hospice qu'elles avaient dans la banlieue, et d'y faire célébrer la messe dans une chambre particulière. Dès l'année 1678, elles achetèrent l'emplacement de plusieurs maisons incendiées , et reconstruisirent leur monastère, en y ajoutant une église, que l'archevêque de Besançon permit de bénir le 29 août

1679. La maison reprit bientôt son ancienne splendeur. On y comptait en 1700, quarante-cinq religieuses professes, autant de sœurs converses ou novices, et un grand nombre de pensionnaires. L'archevêque de Besançon, fâché de voir dans son diocèse une foule de communautés religieuses qui n'étaient pas soumises à sa juridiction , obtint du roi la suppression d'un grand nombre.

Par une lettre de cachet de l'an 1742, Louis XV défendit au couvent des Tiercelines de recevoir à l'avenir des novices. Sa perte était jurée.

Des démarches actives, dirigées pendant trois ans , par des personnes influentes, firent revenir le roi sur sa décision (1745). Les religieuses voyant le sort de leur établissement assuré, songèrent à transporter leur maison dans un local plus convenable. Celle qu'elles occupaient dans la rue du Collège offrait une foule de désagréments. Elle était privée de jardins , entourée d'auberges fréquentées par des débauchés , des libertins , dont les blasphèmes , les propos indécents parvenaient aux oreilles des sœurs. Des fenêtres voisines , la vue des curieux plongeait jusque dans les dortoirs. Le 20 décembre 1750, M. Paret, seigneur de Moiron , vendit à la communauté, un terrain de cinq ou six journaux , situé entre la Vallière et le couvent des Capucins. Elle y fit construire un très beau monastère, composé de deux ailes, l'une longeant la rue de la Gravette ou de la Vallière, et Paulre, perpendiculaire â la précédente , s'étendant sur les jardins; l'église, dont l'entrée s'ouvrait sur la rue , fut bénite le 3 1 octobre 1773. Les anciens bâtiments , rue du Collège , furent vendus en détail. La ville profita de celle circonslance pour ache-

ter le terrain nécessaire à l'ouverture de la rue du Four. Plusieurs dames et demoiselles de haut parage furent enfermées dans le nouveau couvent, en vertu de lettres de cachet obtenues par leurs maris ou leurs parents. Cet établissement fut supprimé en 1790. On y comptait alors dix sept sœurs professes, trois sœurs converses, deux directeurs de l'ordre des Tiercelins et deux daines pensionnaires. Les bâtiments, les jardins , le verger, les murs de clôture, qui avaient 35 pieds de hauteur , ont été vendus nationalement par lots séparés, le 7 février 1792.

La ville en a racheté une partie le 17 septembre 1837, pour y loger les sœurs de la Charité.

Chapelle de la Croix, de la Miséricorde ou des Pénitents noirs.

Une confrérie de pénitents , formée en 1592, sur le modèle de celle qui existait à Paris depuis deux ans, obtint du magistrat l'emplacement d'un ancien jeu de paume dans la grande rue de Balerne , et y fit édi-» fier une vaste chapelle et des salles pour ses réunions. Les confrères se cotisaient pour faire un fonds destiné au soulagement des prisonniers et à l'apprentissage de quelques métiers à déjeunes orphelins. Ils se vouaient aussi à l'inhumation des supplicies.

Des offices étaient célébrés chaque semaine dans la chapelle, par un familier ou un régent du Collège. A certaines séances, on jouait la passion de Noire-Seigneur jésus-Christ ou d'autres mystères. C'était en quelque sorte le théâtre du temps.

Les confrères faisaient chaque année une procession solennelle, le jour de l'octave de la Fête-Dieu. Ils y assistaient nu-pieds, revêtus d'un sac noir qui descendait jusqu'aux talons et était surmonté d'un capuchon qui enveloppait la tête en-

tièrc et lé visage ; ce sac était percé seulement à l'endroit des yeux, pour laisser la vue libre. Ils portaient à la ceinture une longue discipline armée de petites pointes de fer, et un chapelet composé d'ossements , que terminait une tête de mort. La cérémonie commençait à 10 heures du soir et se terminait à 4 heures du matin. Le cortège s'ouvrait par deux trompettes, derrière lesquels marchaient un porte-enseigne; tous trois étaient habillés de rouge. Venaient ensuite deux bannières noires, un certain nombre de pénitents avec des cierges de cire rouge, une croix avec les instruments de la passion, puis un grand nombre de pénitents noirs avec des flambeaux de cire blanche, rangés deux à deux et séparés par leurs mystères. On appelait ainsi la représentation en grandeur naturelle de divers objels relatifs à la passion de Notre-Seigneur, portés sur des brancards, par quatre pénitents. Le premier était le jardin (tes Olives , il appartenait aux vignerons ; le second, la flagellation, c'était celui des menuisiers ; le troisième , la couronne d'épines , qui appartenait aux avocats et aux procureurs; Vecce Homo, c'était le mystère de la noblesse. Après , venait le porte-croix ou Jésus-Christ , montant au Calvaire , en corset et jupon blanc. Ce rôle était le plus disputé. La procession parcourait ainsi la plupart des rues de la ville et entrait dans toutes les églises, qui brillaient de l'éclat de mille cierges.

Elle se perpétua ainsi jusqu'en 1 790, mais avec des usages moins singuliers. Au mois de mai 1637, le feu prit à la chapelle et incendia le bâtiment entier, qui ne fut reconstruit qu'en 1686, avec les libéralités du marquis de Boulavant, l'un des confrères. Le 3 novembre 1792, on

apposa les scellés sur les portes de la sacristie, des archives et de la chapelle. Cet édifice fut cédé, le 20 juin 1793 , à la société populaire, pour tenir ses réunions. Cinq jours après, les Feuillants se ruèrent dans la salle du club, brisèrent les meubles , chassèrent les Jacobins et les traînèrent en prison. Celte manifestation bruyante eut les suites les plus fâcheuses. Par un arrêté du représentant du peuple Saladin, du 2 août 1 795, la chapelle fut cédée à la ville, pour en faire une salle de spectacle, ce qui n'empêcha pas les exercices du temple décadaire, qui s'y continuèrent jusqu'en 1799. Le bâtiment enliera été démoli en 1854, et son emplacement est devenu une place publique.

Oratoire de Notre-Dame, A un angle de la ruelle étroite qui tirait de la Grande-Rue à l'église des Corbéliers, était une niche renfermant une statue en pierre peinte, représentant , en grandeur naturelle , la Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras. Cette statue, regardée comme miraculeuse, était en grande vénération. On prétend que chaque fois que la ville était menacée d'un grand malheur , on voyait les yeu\ de la Vierge se mouiller de larmes et l'enfant Jésus répandre du sang par les narines. L'auleur de l'un do nos anciens manuscrits prétend avoir observé ce phénomène peu de jours avant le siège de 1637.

Oratoire de Notre-Dame- Libératrice. Le bruit d'une prochaine* rupture entre la France et l'Espagne s'étant répandu, la ville fonda, lo H juin 1667, une procession perpétuelle à faire autour des murs, le dimanche avant le 26 juin, en l'honneur de Notre-Dame-Libératrice. Le magistrat devait y assister en corps. Un oratoire fut érige à

rentrée du chemin de Pannessières, et on y plaça une statue de la madone. L'oratoire fut reconstruit en 1707, avec celte inscription : Sn- CrarlTM Intactœ aDest , dont l'anagramme donne les chiffres M-DCC- VII. A la suite de nouvelles restaurations exécutées par M. Guigue de Maisod , on a ajouté la date de 1816. 11 est assez étonnant que -ce petit monument ait échappé au vandalisme révolutionnaire.

Oratoire du Dieu-de-Pitié. L'hôpital bâti dans la rue Saint-Désiré, sur le bord de la Vallière, était conligu à un pont en pierre très ancien, composé de trois arches, d'un accès très difficile par la raideur de ses rampes. Sur le bord de ce pont s'élevait une lourde croix en pierre , supportant un Christ en relief. Les étrangers ne passaient jamais devant cette croix sans y faire une station, et sans mettre une pièce de monnaie dans le tronc qui était à côté, pour les pauvres malades.

Confréries diverses. Nous avons déjà signalé les nombreuses corporations industrielles qui florissaient à Lons-le-Saunier dès le xve siècle , auxquelles il faut ajouter celle des apothicaires, sous l'invocation de saint Cùme et saint Damien. Çes associations , formées par les individus d'un même corps et métier , avaient surtout pour but de se défendre mutuellement et de veiller au maintien de leurs privilèges. Beaucoup d'autres confréries, composées de personnes pieuses et charitables, étaient organisées pour le soulagement des pauvres, l'exercice en commun des devoirs prescrits par la religion , la protection et le dévouement des uns à l'égard des autres. Six d'entre elles faisaient leurs exercices dans l'église des P.

Cordclicrs ; c'étaient celles de saint

Ives , de saint Nicolas , dû Rosaire , du Cordon de saint François, de l'Ange -Gardien et de Nolre-Damedes- Flammes. La première avait aussi des services fondés dans l'église paroissiale et dans la chapelle de l'hôpital du Saint-Esprit. Les confréries de la Mort et du Car m cl , de Saint-Joseph, de Sainte-Barbe, du Saint-Esprit , de Notre-Dame, de Saint-Désiré , de Saint-Vernier, de Saint-Antoine, de Saint-Crépin , du Saint-Sacrement et de la Visitation, avaient leurs chapelles dans l'église de Saint-Désiré. D'autres associalions étaient organisées dans la chapelle de l'Hermitage et dans celle des Reliques. Toutes ces confréries jouaient un rôle important dans les diverses processions ; elles affectaient d'y déployer une grande pompe , soil par la richesse de leurs bannières , soit par l'éclat de leurs chaperons armoriés , brodés d'or et d'argent, soit encore par le nombre de leurs grosses torches de cire. La question des préséances troublait souvent la bonne harmonie dont elles devaient donner l'exemple.

Ainsi, la confrérie de Saint-Ives, à, l'exemple de ce qui se passait à Dijon, voulait avoir le pas sur le magistrat.

Le parlement fut plus d'une fois, obligé d'intervenir, notamment en 1659, pour lui donner tort. Un édit de police, du 13 juin 1688, ordonna, à toutes les corporations d'assister aux processions , et un règlement, dressé deux jours après , fixa ainsi le rang de chaque corps : « MM. delà confrérie de Saint-Nicolas marcheront en robe immédiatement après MM. les avocats , confrères de.

saint Ives ; après eux , les confrères de sainte Ilarbe, lesquelles confréries marcheront immédiatement après le corps de ville ; les confrères de saint Vcrnier marcheront devant

la croix des P. Capucins ; les confrères de saint Eloy, avant ceux de saint Vernier ; ceux de saint Joseph, immédiatement avant ceux de saint Crépin, et les confrères de saint Crépin, avant ceux de saint Eloy ; les confrères des Quatre - Couronnés , avant ceux de saint Joseph ; ceux de saint Hommebon , avant ceux des Quatre-Couronnés, et ceux de saint Antoine, avant ceux de saint Hommebon. Les confrères de saint Crépin , prétendirent avoir le pas sur ceux de saint Eloy et de saint Joseph; le doyen rural leur donna raison , mais la municipalité maintint son règlement.

Ermitage de Lons-le-Saunier ou de Montciel. Du point qu'occupe l'ermitage de Montciel , on domine à la fois Lons~le-Saunier, Montmorot , le bassin de la Vallière , les plaines de la Bresse et de la Bourgogne. On jouit de tous côtés d'admirables perspectives. Depuis un temps très reculé , il existait sur le revers de la montagne un petit oratoire bordé de précipices et caché dans les bois, qui renfermait un autel et une petite statue de la Vierge.

Une tradition constatée dans une enquête de 1696, rapporte ainsi la fondation de l'ermitage. Etienne Domet , apothicaire à Lons-le-Saunier, avait à son service, au commencement du xvue siècle , Germain Riol , qu'il envoyait souvent sur la côte de Montciel pour y recueillir des plantes médicinales. Ce jeune homme rentrait toujours très tard et les mains vides. Forcé d'expliquer sa conduite, il avoua qu'un sentiment invincible l'entraînait aux pieds de la Vierge, et qu'au lieu de cueillir des fleurs , il priait dans l'oratoire. Résolu de quitter le monde et à vivre en ermite , son maître , loin de contrarier sa vocation , lui

avança la somme nécessaire pour construire une cellule. Le magistrat lui céda un petit espace de terrain à côté de la chapelle, et lui permit de faire une quête chaque semaine dans la ville pour l'aider à vivre. Les habitants de Messia et des villages voisins prêtèrent le secours de leurs bras pour édifier , soit l'ermitage , soit la chapelle qui devait remplacer l'ancienne. M. Domet voulut être le père temporel et le protecteur de cet établissement. Comme le principal bienfaiteur, ses armes furent placées sur la porte d'entrée , et à sa mort , il voulut qu'on gravât sur son tombeau la part qu'il avait prise à celle fondation. En 1603, l'archevêque de Besançon autorisa la bénédiction de la chapelle et la consécration de l'autel. Riol admis à la prêtrise, à cause de sa grande piété, en fut nommé le premier chapelain.

A une époque qui n'est point précisée dans l'enquête, Guillaume Despingler, de Lons-le-Saunier, officier au service des archiducs Albert et Isabelle , rapporta de Flandre un fragment du chêne miraculeux de Montaigu, en fit faire une statue de la Vierge et la donna à Riol. L'inauguration s'en fit en grande solennité dans la nouvelle chapelle. Alors la dévotion à l'ermitage de Montciel ne connut plus de bornes ; on accourait à ce lieu saint de toutes les provinces voisines , telles que de la Bourgogne, la Bresse, la Lorraine, etc. A toutes les heures du jour, la montagne était couverte de pèlerins qui montaient ou qui descendaient, les uns nu-pieds et les autres la corde au cou. Des villages entiers venaient en procession se mettre sous la protection de la madone.

Les nombreux tableaux qui tapissaient les murs de la chapelle ou qui étaient suspendus à la tribune , al-

lestaient les guérisons miraculeuses opérées par l'intercession de la Vierge. Jean Berlin , d'une famille noble de Lons-le -Saunier, sollicita la faveur d'être admis comme ermite, pour vivre avec le frère Germain. La peste ayant éclaté dans la ville en 1629 , le magistrat voua solennellement une procession générale à Notre-Dame-de-Montciel , où il se faisait tant de prodiges.

Lorsque les Français envahirent la province en 1636, les deux ermites se retirèrent à Lons-le-Saunier ; le F. Germain annonça un jour son intention de célébrer la messe dans la chapelle de l'hôpital du Saint- Esprit , pour implorer la protection du ciel en faveur de la ville. Cette église fut bientôt encombrée de fidèles. Au milieu de l'office, la voix du saint prêtre s'altéra , il ne pouvait plus chanter qu'en nasillant.

On lui demanda plus tard la cause de cette indisposition, et il répondit qu'il avait été violemment battu par les démons. Riol mourut de la peste peu de jours après. On l'inhuma dans la chapelle de l'ermitage. Jean Bertin échappa par la fuite au sac de la ville, en 1637, et fut pourvu, quelques années après , de l'ermitage de Monlciel. Jean le Savoyard et Guillaume de Pacta , prêtre vertueux, mais très ignorant, obtinrent la permission de résider avec lui.

Lorsqu'il mourut, on l'inhuma dans le charnier de ses ancêtres , qui se trouvait sous la chapelle des Trois- Rois de l'église Saint-Désiré. Etant le dernier rejeton de sa race, on brisa son écusson sur la fosse. Claude Bruandet, familier de Saint-Désiré, fut nommé en 1662 pour lui succéder, et on lui donna pour aide, Henri Romanet, son neveu. En 1663, une confrérie de pénitents blancs se forma dans la chapelle de l'ermitage.

Les membres qui en faisaient partie assistaient aux offices en aubes blanches et chantaient leurs messes en chœur. Ils firent approuver leurs statuts en 1669, par l'archevêque de Besançon, se firent agréger à toutes les confréries de pénitents blancs de la province , et même à l'archiconfrérie du Confalon de Rome. Leur nombre s'éleva bientôt à plus de 600. Placés sous l'invocation de l'Assomption de Notre- Dame, ils célébraient toutes les fêtes de la Vierge , en grande pompe.

Pierre de Branges , protonotaire du Saint-Siège apostolique , remplaça Claude Bruandet en 1666. Il obtint de Melle Henriette de Balay, dame du fief du Vernois, qui se prétendait nu-propriétaire de la côte de Montciel, la permission d'agrandir les dépendances de l'ermitage, et ajouta plusieurs chambres au bâtiment. Il célébra dans sa chapelle le mariage de Mell« de Balay, avec M. Belotde Chevigney, ceux de M. d'Aubonne et de plusieurs autres gentilshommes.

Le ik janvier 1670, l'archevêque de Besançon unit l'ermitage et ses biens à la familiarité, à charge d'instituer un chapelain pour desservir la chapelle. Le magistrat de la ville consentit à cette union, à condition que la nomination du chapelain et des ermites lui appartiendrait concurremment avec les familiers. M. de Branges étant mort en 1681, Louis XIV invita les familiers à recevoir dans cette retraite un illustre exilé, et à nommer pour chapelain François Turpin de Beauregard, clerc du diocèse de Paris. On ne se permit point de résister aux volontés du monarque. L'exile, dont le nom fut toujours un mystère, mourut à l'ermitage, et le chapelain Turpin, mourut subitement peu de jours après (1691). Tous deux furent in-

humés dans la chapelle. En 1692, la foudre tomba sur le tabernacle , en enleva les dorures , noircit tous les métaux qui étaient sur l'autel et s'échappa par une fenêtre, après avoir lancé une pierre qui resta fixée à la voûte. Pierre -Louis Vuillin, d'une famille noble de Besançon et chanoine de Baume-les-Daraes, fut nommé chapelain en 1692, et vécut à l'ermitage jusqu'en 1721, époque à laquelle François Moureau d'Athosc, vicaire perpétuel de Saint- Laurent-la-Roche, lui succéda. Ce chapelain fit des travaux considérables pour augmenter la surface du clos , en coupant le rocher. A sa mort (17(4), le père Joseph Clerc, ancien religieux profès au couvent des Cordeliers de Lons-le-Saunier, devenu définiteur général de Tordre de saint François, docteur de Sorbonne, prédicateur du roi, et lecteur au grand couvent de Paris , fut pourvu de ce bénéfice, dans lequel il ne résida point. Les familiers demandèrent en vain la nullité de sa nomination. Jean-François Chàtel , docteur en théologie, familier de Saint- Désiré , fut nommé en 1761, et eut pour successeur, en 1775 , M. Eogle, vicaire perpétuel de la même église, que remplaça en 1 789, M. Vulpillat, dernier titulaire. L'ermitage et la chapelle furent vendus nationalement le 12 avril 1792 , à M. Guillaume , curé de Monlmorot.

On trouvera la suite de l'histoire de cet établissement, à l'article Montmorot , dont il dépend actuellement sous le rapport spirituel et temporel.

La chapelle de Montciel était richement ornée. La statue de la Vierge reposait sur un piédestal en argent et avait une couronne de même métal, enrichie de pierreries.

Parmi les nombreux exvoto, on re- I marquait un beau tableau , repré- I

sentant en pied Charles II, roi d'Espagne , et qui était un don de ce souverain. 11 y avait plusieurs reliquaires en or, en cristal , et de magnifiques ornements ecclésiastiques.

ÉTABLISSEMENTS DE BffiNr AISANCE.

Aumàne du prieur. Les monastères bénédictins étaient tenus de recevoir les étrangers et notamment les pauvres. L'hospitalité était un des points essentiels de leur règle.

On ignore si les religieux du prieuré de Lons- le -Saunier ont eu une maison d'hospice pour les voyageurs et les pauvres pèlerins. Il est certain toutefois que le prieur faisait les jeudis et les dimanches de chaque semaine , une aumône en pain à tous les pauvres qui se présentaient à la porte du cloître , jusqu'à concur- rence de KO quartaux de blé par an.

A la suite des guerres du xvue siècle, celte aumône subit des réductions successives ; mais sur la réclamation du magistrat et des familiers , elle fut rétablie sur son ancien pied et se continua jusqu'en 1790.

Maladrerie. Il existait dans le comté de Bourgogne un grand nombre d'établissements de charité , connus sous le nom de Maladrerics ou Léproseries , destinés à recevoir les ladres ou les infortunés attaqués de la lèpre. Leur institution était imposée aux échevins, lorsque la charité des particuliers n'en faisait pas les frais. La léproserie de Lonsle-Saunier s'élevait sur le territoire de Montmorot , à la place qu'occupe actuellement le bureau d'octroi , entre le chemin qui conduit à Montciel et la route de Lyon. Le premier titre qui en fasse mention, est l'acte par lequel Isabelle de Courtenay, épouse de Jean deChalon l'Antique, légua à cette maison une somme de 60 francs. Le patronage en était

commun et alternatif entre Lons-le- Saunier, Montaigu et Montmorot. La chapelle était placée sous l'invocation de sainte Marie- Magdeleine.

i)ès les xve et xvie siècles , on ne voyait presque plus de ladres dans le diocèse de Besançon. Le bâtiment destiné aux malades dans la maladrerie de Lons-le-Saunier fut alors abandonné. On ne conserva que la chapelle. Le cimetière qui était autour fut affecté aux suppliciés. L'archevêque de Besançon ordonna , en 1616, d'entretenir la clôture de ce cimetière , d'y placer une croix et d'en enlever les ronces. D'après un usage immémorial , le chapelain de l'hospice devait se trouver dans la chapelle le 21 juillet, veille de la fête de sainte Magdeleine , et y chanter les vêpres , que répondaient les familiers de Saint- Désiré. Après la cérémonie, il était tenu d'offrir une collation à ces derniers. Le lendemain , il se rendait à l'église paroissiale ; les familiers l'accompagnaient processionnel le ment à la chapelle ; il chantait la messe, et les familiers la répondaient. La messe dite , les familiers le ramenaient en procession à l'église Saint-Désiré, et il leur offrait ensuite à dîner. Un arrêt du conseil du roi, du 9 décembre 1672, confirmé par un autre arrêt du 31 décembre 1682, réunit lamaladrerie de Lons-le-Saunier ou de Montmorot à l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem. En 1 692 , le sieur Roux , vicaire perpétuel de Saint-Désiré, exposa a l'archevêque de Besançon , que Claude de Vienne , pourvu de ce bénéfice , n'entretenait pas la chapelle ; qu'étant sans clôture , elle était devenue un lieu de débauche et de rendezvous d'amour. Le vicaire général accorda un mois pour faire les réparations. Le 24 février 1696, le roi

désunit cette maladrcrie de Saint- Lazare et l'incorpora à l'hôpital de Lons-le-Saunier. La chapelle fut démolie peu de temps après.

Hôpital de Saint - Lazare. Cet hospice, fondé exclusivement pour les lépreux de Lons-le-Saunier , existait dans la rue de ce nom. Il est mentionné dans le testament de Jourdain, curé dcChilly, de l'an 1286. Ses biens furent réunis, au xiv* siècle, à l'hôpital du Saint- Esprit.

Hôpital de Saint-Antoine ou des Ardents. Il s'élevait dans la prairie du Louvatan , à la place qu'occupe la rue Saint- Antoine. Il était destiné aux malades atteints du feu de Dieu ou du mal des Ardents , qui étaient nombreux au xu* siècle. Son nom figure dans le testament d'Isabelle de Courtenay, de l'an 1258 , et dans celui de Jourdain , curé de Chilly, de l'an 1286. Il cessa de subsister au xiv* siècle , et ses biens furent unis à l'hôpital du Saint-Esprit.

Hôpital du Saint-Esprit. Il était bâti dans la rue des Arcades , où il occupait un vaste emplacement. Les litres de sa fondation ont été brûlés lors de l'incendie de 1536; on est certain qu'il existait au commencement du xiv* siècle , et que la nomination de l'hospitalier qui le desservait appartenait à l'alternative aux échevins de Lons-le-Saunier , Montmorot et Montaigu. Le 15 novembre 1433, Pierre du Tartre, prieur de Saint-Désiré , obligea le sieur Hémery, hospitalier et chapelain de celte maison , à reconnaître, 1° qu'il n'avait pas le droit d'inhumer dans le cimetière de l'hôpital sans sa permission ; de chanter des messes hautes dans la chapelle ; de bénir le pain bénit ; d'administrer les sacrements aux paroissiens et de recevoir des offrandes ; 2° qu'il

était tenu en outre, de lui payer chaque année le cens de 3 sols et 1 maille viennoise, et de lui livrer , la veille de Noël , quatre pintes d'huile, pour entretenir les lampes ardentes sur le maitre-autcl et sur la tombe de Saint-Désirc. Par une bulle du 3 des calendes de novembre 1838 , le pape Paul IV permit à JeanPariset, seigneur de Chavannes et châtelain de Lons-le-Saunier, de reconstruire et augmenter la chapelle de l'hôpital , qui avait été incendiée le 17 juillet 1836 ; d'y faire célébrer la messe à haute voix et tous autres offices fondés. Le 24 décembre 1638 , les échevins de Monlaigu et de Monlmorot renoncèrent à tous leurs droits de collation sur les deux hôpitaux de Lons-le- Saunier , et le magistrat de cette ville leur céda en échange, ses droits de patronage sur la maladrerie. On obtenait difficilement des recteurs de ces établissements , des comptes de gestion ; il fallait à chaque instant entamer des procès , pour connaître remploi des revenus et faire exécuter les fondations. Afin de remédier à ces inconvénients , le conseil , par convention du 27 décembre 1738, homologuée par l'archevêque de Besançon , annexa les deux hôpitaux à la familiarité , à condition que les familiers en prendraient la direction ; qu'ils y établiraient les agents nécessaires et entretiendraient les bâtiments; visiteraient les pauvres, les administreraient et les inhumeraient; qu'un chapelain, choisi parmi eux , résiderait à l'hôpital du Saint-Esprit et y célébrerait les offices. Comme indemnité , on leur abandonna les deux tiers de tous les revenus , l'autre tiers seul restant au profit des pauvres et des malades. Les bâtiments ayant été incendiés en 1637, Claude-Joseph

Grivel , prêtre , les fit rebâtir à ses frais avant 1660. Un nouveau traité intervint le 19 février 1670, d'après lequel le magistrat abandonna aux familiers l'hôpital du Saint-Esprit et tous les biens qui en dépendaient , à charge d'y dire la messe et d'y célébrer tous autres offices fondés, la ville se réservant seulement le droit d'y faire célébrer la messe , prêcher et exposer le saintsacrement en temps de guerre , de peste et de calamités publiques. En 1703, les membres de la confrérie de la Conception Notre-Dame , appelés les congréganistes , obtinrent des familiers la permission de se servir de la chapelle pour leurs assemblées. En 1773, on leur en céda l'usage perpétuel , avec permission de l'agrandir et à charge d'entretien .

Comme la chapelle fermait l'arcade, ils s'obligèrent à ouvrir le passage et à ne le laisser obstruer par aucun banc de marchand. Cette chapelle, dédiée primitivement à la sainte Trinité, fut appelée successivement chapelle du Saint-Eùprit, du Saint- Esprit et de Saint- Antoine , chapelle des reliques , parce que la châsse de saint Désiré y était déposée en temps de guerre et qu'elle y resta de 1647 à 1708, et enfin, chapelle de Congréganistes. Elle fut reconstruite en 1773 , sur un vaste plan, et servit en 1789, de salle de réunion pour l'Assemblée des trois ordres du grand bailliage d'Aval. Au mois de septembre 1792 , on la céda à la Société populaire , pour y tenir ses séances. Le 24 mai 1793, l'Etat vendit à MM. Berlier frères , la chapelle, le bâtiment, la tour et le jardin qui en dépendaient, pour 30,800 francs. On a fait du tout une maison d'habitation.

Hôpital du Faubourg y des Marchands, ou de Sainte- Marthe. Cet

hôpital , fonde par les marchands , dans la rue Saint-Désiré , à la place qu'occupe actuellement la maison Daumal , sur le hord de la Vallière , n'a pas d'origine connue. Le patronage en appartint, jusqu'au traite du 24 décembre 1635 , alternativement aux échevins de Lons-le- Saunier , Montaigu et Montmorot.

Au xvi* siècle , il était incorporé à celui du Saint-Esprit , c'est-à-dire que ce dernier servait de résidence au recteur ou hospitalier, et l'hôpital du faubourg , au logement des pauvres et des malades. Cet hospice ayant été incendié par les troupes du baron d'Assonville , en 1 595 , les confréries de Notre-Dame de Consolation et de Sainte-Barbe se cotisèrent en 1602, pour relever la chapelle. L'hôpital proprement dit était en reconstruction en 1635 , lorsque le magistrat en confia la direction à la familiarité de Saint-Désiré. Complètement détruit par l'incendie de 1637, on le réédifia en partie quelques années après. Le 1 9 février 1670, la ville céda aux familiers tous les immeubles , cens , rentes , redevances de cet hospice, à condition qu'ils célébreraient la messe dans la chapelle qui y était attenante , le premier dimanche de chaque mois , y feraient tous les offices de fondations, visiteraient l'HÔtel-Dieu , instruiraient les pauvres, administreraient les sacrements aux malades , procéderaient aux inhumations et donneraient en outre cinquante francs par an pour les pauvres. Les chevaliers de l'ordre du Mont-Carmel et de Saint-Lazare prétendirent que cet hôpital leur appartenait, en vertu de l'arrêt du conseil du roi, du 9 décembre 1672, mais une enquête faite le 26 décembre 1682 , à la requête de l'archevêque de Besançon et du commandeur de

l'ordre du Mont-Carmel , démontra que la maison de l'hôpital était en réparation et reconstruction ; que le travail fini, la salle destinée aux malades pourrait contenir 12 à 15 lits; qu'il ne restait que la toiture à terminer. Un legs considérable, fait en 1 68 1 , par Guy des Yernois , prêtrechanoine de l'église Saint-Georges de Chalon-sur-Saône, augmenta la dotation en l'hospice, qui ne se composait alors que de la rente de cinquante livres , due par les familiers.

En 1 689 , on traita avec les sœurs hospitalières de Dole, pour avoir quelques religieuses de leur ordre à Lons-le-Saunier. Marguerite Boule not arriva le 7 novembre et prit l'administration de rhôpital , en qualité de maîtresse et supérieure. En même temps que le nombre des hospitalières croissait, les dons se multiplièrent. Jean-Baptiste Pourcelier, apothicaire à Lons le Saunier, Jeanne Domet , son épouse , Etienne Domet, Claude Boy, en 1690, Etienne Tabourot, prêtre, en 1692, Denise Cusin, de Nozeroy, en 1694, Suzanne Domet, en 1695, donnèrent des maisons, des terres, des rentes, pour accroître les revenus de l'établissement. Le 24 février 1696, le roi incorpora à cet hôpital les biens et les revenus de la léproserie de Montmorot et de l'hôpital Sainte- Claire de Chilly, après les avoir désunis de l'ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint -Lazare.

Nicolas Grivel, en 1698, Clériadus du Pin , en 1698 , Pierre Thiébaud, curé de Vincent , en 1 706 , firent de nouvelles libéralités aux pauvres.

Un certificat, délivré en 1712, atteste qu'à cette époque il y avait à l'hôpital une supérieure, six religieuses, des domestiques , une salle pour les femmes, garnie de huit lits, et une sali»' pour les hommes,

garnie de douze lits , des chambres garnies pour les malades de considération , une chapelle au bout des salles, dans laquelle on célébrait la messe chaque jour ; un médecin , un chirurgien , un apothicaire , etc.

Le 20 septembre 1720 , Claude- François Mercier, de Lons-le -Saunier, écuyer, institua pour ses héritiers universels les pauvres de cet hôpital , et leur laissa entre autres choses, son beau domaine du Grand- Sugny, à Montmorot, sa maison dans la rue des Cordeliers ; le droit de prendre chaque mois une langue de bœuf dans les boucheries de la ville, et le droit de ban d'août.

M. Emmanuel Linglois de Nance, en 1725; M. Roz, conseiller-maître à la chambre des comptes de Dole , en 1732, imitèrent son eiemple et peuvent être comptés , avec M. Mercier, parmi les principaux bienfaiteurs de Phospice. Par lettres-patentes du mois d'avril 1732, le roi confirma rétablissement de l'hôpital de Lons-le-Saunier, sous le vocable du Saint-Esprit, s'en déclara le protecteur et le conservateur , en confia le gouvernement à un bureau composé du vicomte-mayeur, d'un échevin et d'un conseiller, du premier président, du lieutenant-général et du procureur du roi au présidial, du curé de la paroisse , d'un familier, de deux notables bourgeois, choisis par les autres directeurs , d'un receveur et d'un secrétaire ; il voulut que les soldats malades, en quartier ou de passage , y fussent reçus et traités , moyennant une rétribution ; autorisa les dons et les legs faits et à faire, les acquisitions et les ventes des biens ; exempta l'hospice et ses fermes du logement des gens de guerre, de tous subsides , péages , octrois , impositions , et accorda aux directeurs le droit de committimus I

à la chambre des requêtes du parlement de Besançon. Les bâtiments de cet hospice furent vendus le 7 juillet 1746, à M. Jousserandot , qui en fit une belle maison d'habitation, que possède aujourd'hui la famille Baumal.

Hôtel-Dieu. En 1734, les directeurs de P hôpital exposèrent au magistrat , qu'ils étaient dans l'intention de construire un nouvel édifice pour remplacer l'ancien hôpital, qui était insuffisant et incommode , et demandèrent la cession d'un terrain communal à l'ouest du château, sur l'alignement des maisons de la rue du Louvatan. Celte place, choisie d'abord pour la construction d'écuries publiques, fut cédée à Phospice le 28 avril 1734. On acheta, peu de temps après, des terrains contigus , pour agrandir le clos. M.

François de Grammont - Châtillon , seigneur de Charrin, donna la même année près de 22,000 livres pour commencer les constructions , et Me Catherine Jeannin , veuve de M. le président Linglois, institua en 1741, pour ses héritiers universels, les pauvres de l'hôpital de Lons-le- Saunier. Le 1er septembre 1735, Claude-Philibert Pajot , conseiller du roi, et Claire Déprez, veuve de noble Claude-François Mercier , posèrent la première pierre du nouvel hôpital, sous l'angle nord-ouest du bâtiment et sous la chapelle. Les travaux étaient terminés en 1744, et avaient coûté, non compris les bois de charpente achetés des chartreux de Bonlieu, 80,000 livres. Le beau grillage en fer qui ferme la cour, et les rampes des escaliers, furent exécutés en 1778 , par François Maréchal, de Lons-le-Saunier, et François-Xavier Cordelier, de Sellières , serruriers, et coûtèrent bOOO livres.

Le clocher de l'ancien hôpital fut

replacé sur le nouveau. Le 29 janvier 1794, on renvoya les hospitalières, parce qu'elles n'avaient pas voulu prêter serment à la constitution civile du clergé. On les remplaça par des journalières de la ville, qui désorganisèrent complètement le service. Toutes voulaient commander, aucune n'était prête à obéir. Le 26 mars 1795 , le représentant du peuple Bailly, se hâta de rappeler les anciennes hospitalières.

Charité des Dames. Son établissement remonte à l'an 1680. Elle se composait de dames pieuses, qui pourvoyaient au* besoins des pauvres malades, en leur distribuant du bouillon , de la viande, du pain , des médicaments et en payant les visites des médecins. Celte association était sous la direction des familiers, et se réunissait le premier lundi de chaque mois , à la chapelle des Reliques. Elle possédait dans la rue des Cordeliers une maison appelée la Charité, dans laquelle des domestiques à gages préparaient le bouillon des pauvres. Celte maison a été vendue nalionalement au sieur Roch de Courbouzon, le 17 juin 179».

Charité des Messieurs. Elle fut établie par les soins des officiers municipaux en 1701 , dans le but d'éteindre la mendicité. Le bureau de direction , organisé comme celui de l'aumône générale de Dole, avait pour président le vicomte-mayeur.

Il se réunissait le premier vendredi de chaque mois, à Phôtel-de-ville.

Celte société, dont les revenus étaient moins considérables que celle des dames , distribuait des secours en argent.

Dépôt de mendicité. Le 24 janvier 1768, le sieur Dumont acheta une partie de l'ancien couvent des Tiercelines , rue du Collège , et y établit

un dépôt de mendicité, dont il confia la direction à Jean-Claude Daguier, prêtre. Cet asile cessa de fonctionner en 1776 , par suite de l'insuffisance de sa dotation.

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