SCIENCES ET BEAUX ARTS
Lons-le-Saunier avait au moyenâge de l'importance par son commerce , mais l'industrie de luxe y était à peu près inconnue. Les peintres , les sculpteurs sur bois ou sur pierre, dont on employait le talent, étaient étrangers à la localité. Il n'y avait d'autre musique que les chants d'église et d'autres instruments que l'orgue , les tambours , les fifres et les trompettes. Les représentations théâtrales consistaient en farces jouées par des baladins, sur des tréteaux disposés en face de la porte du château. Les confrères de la Croix jouaient quelques mystères dans la salle de leurs réunions. Les principaux du collège furent astreints, dès le xvue siècle , à composer chaque année une pièce de tragédie, qui était jouée en public par les élèves.
Les cérémonies religieuses, les processions surtout , tenaient la principale place dans les distractions des habitants. Le 28 octobre 1699, M.
Euvrard, curé de Sirod, donna à la ville sa bibliothèque , composée de 150 volumes, à condition que les livres seraient prêtés au public sur récépissé. En 1717, M. Pierre Couthaud , seigneur de Rambey et chanoine à l'église métropolitaine de Besançon , ajouta au don précédent sa bibliothèque, composée de 600 volumes. On crut devoir en faire le dépôt au collège. Les Cordeliers et
les Capucins avaient aussi un assez grand nombre d'ouvrages , dont ils donnaient volontiers communication.
En 1777, les chevaliers de l'Arquebuse élevèrent un petit théâtre dans la salle de leurs réunions , à la Chevalerie. Le 8 décembre 1794, lu représentant du peuple Besson affecta ce bâtiment aux représentations de la société dramatique et aux fêtes publiques. En 1795 , le représentant du peuple Saladin fit cession à la ville de l'église de la confrérie de la Croix , pour l'établissement de la salle de comédie , et alloua une somme de 20,000 francs pour l'appropriation et l'ameublement. Celle salle a servi de théâtre jusqu'en
ÉTÀBLISEMENTS D'UTILITÉ COMMUNALE.
Nous avons déjà parlé des fours , des moulins, des boucheries, des halles; nous ne reviendrons pas sur ce sujet.
Hôtel- de- ville. Le plus ancien hôtel-de-ville connu de Lons-le-Saunier, était la tour au nord de la porte Saint-Michel ou du Maisel. Elle servait de salle de réunion pour les séances municipales , quoique le beffroi fût à la tour de l'Horloge. Cette tour ayant été ruinée en 1637, les assemblées se tinrent pendant quelques années dans le couvent des Cordeliers et ensuite au Château.
Le 30 janvier 1680 , le prince d'Orange ayant accensé à la ville l'emplacement des Halles , du Marché et des Boucheries , on éleva un bâtiment pour servir d'hôtel-de-ville et d'auditoire pour le bailliage. Plus tard, le présidial et les autres juridictions établies par Louis XIV y tinrent leurs audiences. Ce bâtiment, construit avec parcimonie et avec de vieux matériaux , ne tarda pas à
menacer ruine. Par arrêt du conseil d'Etat du roi , du 7 juillet 1733 , la ville obtint l'autorisation de bâtir nn nouvel bôlel-de-villesur les ruines du cbàlcau. Le plan en fut dressé par M. de l'Egoutaille , ingénieur des ponts-el-chaussées , et rectifie par Galzot, architecte de Besançon.
Le roi accorda 40,000 francs , et le surplus de la dépense fut réparti entre tous les bailliages qui étaient du ressort du présidial. Les travaux, commencés en 1733 , furent terminés le 16 décembre 1743. L'ancien hôtel-de-ville fut vendu à M. de Rotalier. En 1 748 , la cour de rhôtel-de-ville fut désignée pour servir de halles au grain. On éleva autour de cette cour des appentis en bois , remplacés en 1845 par les balles qui existent aujourd'hui.
Glacières. En 1689 , on établit à l'entrée occidentale de la rue de l'Agriculture, une glacière qui , dixhuit ans après, fut remplacée par deux autres , situées près du faubourg des Dames. Ces glacières, peu profondes et mal construites, ne conservaient pas la glace , ce qui détermina le conseil municipal , en 1711, à faire construire celle qui existe actuellement près de la caserne de gendarmerie.
Champ de foire. Le champ de foire du bétail était depuis une époque très ancienne , entre le couvent des Cordelicrs et la prairie des Mou!lières. Par une délibération du 5 juillet 1 755 , la ville céda une partie de ce terrain aux chevaliers de l'Arquebuse , pour y établir une promenade et leur jeu.
Chantier de beis de chauffage. Un arrêt du conseil du roi, de l'an 1743, accorda à la saline de Montmorot , pour l'exploitation du sel , le droit de couper du bois dans toutes les forêts des environs, à quatre lieues
à la ronde , à charge de fournir le chauffage des habitants de Lons-le- Saunier, à un prix qui serait déterminé. Suivant une délibération du 37 décembre 1743, le conseil municipal résolut de fixer le chantier dans un champ que la ville possédait, près de la tour des Cordeliers, contigu au canal du moulin de la Machine. Par une autre délibération du 12 mai 1751 , ce chantier fut définitivement établi à la porte du Collège , hors et au joignant des m urs de la ville, et sur les fosssés qui avaient été comblés et nivelés à cet effet. Il fut convenu en 1768, que les fermiers de la saline livreraient le bois à raison de 1 1 livres 10 sols la corde. En 1786 , la quantité à livrer fut fixée à 3800 cordes par an. Un décret du 23 février 1790 ayant supprimé le droit de la saline sur les bois environnants, le chantier devint sans usage. Son emplacement fut cédé , en 1825 , au département , pour l'établissement du palais de justice et des prisons.
Routes et ponts. L'ancien chemin de Montaigu , par les vignes de Reccon , des Rochettes, traversait la Vallière entre le moulin de l'Echeneau et le battoir Guiche , sur un pont en pierre, appelé le pont Mille, mentionné comme limite du territoire de Lons-le-Saunier, dans les chartes de franchises de 1293 et 1295. Ce pont ayant été entraîné par une inondation au xvur9 siècle , fut remplacé par une simple passerelle pour les piétons. Lorsque la nouvelle route de Montaigu fut ouverte , en 1733 , la ville construisit un pont dans la rue actuelle des Casernes, qui s'écroula en 1744. On le remplaça par un pont en bois, qui a fait place au beau pont en pierre, construit récemment. Le pont qui se trouve au milieu de la rue Saint-Dé-
siré , était appelé le pont de Pitié , et dès 1682 , le pont des Boucheries , parce que les boucheries avaient été transférées au bord même de la rivière , près de ce pont. Elles ne furent rasées qu'en 1840. Par sa forme, il paraissait remonter à la plus baule antiquité. A la fin du xvme siècle , il formait un dos-d'àne si prononcé , que les voitures chargées avaient de la peine à le franchir. Les voilures qui se dirigeaient de Lyon à Besançon , entraient dans la ville par la rue Saint-Lazare ou celle de la Gravetle et passaient sur ce pont. Il est probable que sa construction remontait à l'époque romaine. Il fut abaissé et élargi en 1702. Lorsque le canal du moulin de la rue Neuve coulait à découvert à l'entrée de la rueSaint-Désiré, du côté de la place, on le traversait sur un pont en bois, appelé pont Charrcton ou des Serves , parce que des deux côtés étaient placés des réservoirs loués par des marchands de poissons, des bouchers et même par de simples particuliers. Ce pont fut détruit en 1754, et on couvrit le canal avec des plateaux qui supportaient le pavé. Le pont qui se trouvait à l'exlrémilédc la rue des Charrons, sur la route qui conduisait à Bletterans et à Chalon, par Monlmorot, s'appelait le pont de Malpertuis ou le Pontot. Il est mentionné comme limite territoriale, dans les chartes de franchises de 1293 et 1295. Le pont de la rue Neuve fut construit aux frais de l'Etat en 1743, et fut appelé le pont Royal. M. l'ingénieur l'Egoutaille offrit en 1700, à la municipalité, défaire passer la route de Lyon par la rue Neuve, si la ville voulait placer son moulin sur l'alignement des maisons au sud de cette rue. Celte proposition fut acceptée, et alors la route, depuis la grande
place , traversa la rue Neuve , la rue des Salines et se dirigea à Messia en passant près de l'ermitage de Montciel ( 1724 ). La pente étant reconnue trop rapide , on fit le tracé de la route actuelle en 1762. Le pont sur le Solvan , construit en 1744, fut appelé le pont de l'Abbaye , ou le pont des Dames , parce qu'il était contigu aux bâtiments des religieuses de Sainte - Claire. La route de Conliége , qui sortait par la porte de Perrigny ou du Collège, reçut sa direction actuelle en 1782.
Canaux , aqueducs. Lons-le- Saunier était sillonné de canaux et d'aqueducs, dont on retrouve à peine aujourd'hui la direction. L'un d'eux traversait la rue de Balerne , longeait la rue du Collège et déchargeait ses eaux dans les fossés du château. Un autre dérivait de la Vallière , coupait la route de Conliége , passait au pied des murs de la Chevalerie , de la tour des Cordeliers, mettait en mouvement un moulin construit près de cette tour, et se perdait dans les fossés de la ville. Un troisième mettait en jeu le moulin de la rue Neuve. Lorsqu'on combla les fossés de la ville, de 1674 à 1688, on fut obligé d'établir des canaux dans la rue du Palais et sur la place, pour donner une direction aux eaux que fournissaient des sources abondantes qui, précédemment, alimentaient les fossés. L'établissement des salines de Monlmorot donna lieu à la construction de plusieurs canaux et aqueducs, pour diriger les eaux douces et les eaux salées aux bâtiments de graduation.
Puits, fontaines, machine hydraulique. Au xive siècle, il existait quatre puits publics à Lons-le-Saunicr, un au milieu de la Grand'rue , en face de la rue Traversière , un I second au haut de celte rue , près
des boucheries , appelé le puits du Marché, un troisième presqu'à rentrée de la rue Saint-Désiré , appelé le puits Clairicée, et un quatrième, au pied de la tour des Cordeliers.
Une croix en pierre était à côté de chacun d'eux. Vers l'an 1660 , on songea à utiliser la source pure et abondante qui jaillissait de la côte de Montciel. On fit venir des fontainiers de Lyon et de Besançon, qui proposèrent d'amener les eaux dans la ville , au moyen de conduits en terre, et de construire des fontaines jaillissantes. L'une d'elles fut placée devant le bâtiment de l'hôpital de la rue Saint-Désiré , une seconde dans la Grand'rue , laquelle ne disparut qu'en 1841 et une troisième dans la rue Saint-Désiré. On en ajouta successivement plusieurs autres dans la rue Saint-Désiré , dans la rue du Collège , etc. Au pied de la tour des Cordeliers , jaillissait une source d'eau excellente. De 1691 à 1704 , le conseil municipal résolut de construire une machine hydraulique , pour élever ces eaux et les conduire dans les fontaines de la ville. On établit quatre corps de pompe, mis en jeu par une roue, dont un cheval était le moteur; on transporta alors la fontaine de la rue Saint-Désiré sur la grande place, au lieu qu'occu pait le pilori. Cette machine offrit tant d'inconvénients, qu'on l'abandonna pour prendre de nouveau les eaux de la source de Montciel.
Grenier public. En 1658 , le conseil général de la commune vota l'établissement d'un grenier public , où tous les hôtes, boulangers et pannetiers , seraient tenus de s'approvisionner et de prendre leur blé d'après une taxe qui serait faite chaque mois.
Eclairage. En 1743, il n'y avait point encore d'éclairage public à
Lons-le-Saunier. A une séance du 21 décembre de cette année, le maire proposa au conseil et aux notables, • de délibérer, si pour l'utilité publique, il ne convenait pas de placer des lanternes dans les rues et places où elles seraient nécessaires, et principalement le long de la Grande-Rue de cette ville, eu égard, fut-il dit, aux vols et insultes qui arrivent journellement par l'obscurité qui règne sous les arcades. > 11 fut décidé que l'on se pourvoirait de 24 lanternes , comme celles dont on se servait à Besançon , sauf à en augmenter le nombre plus tard. Les finances de la ville étaient si obérées, qu'à chaque instant il fallut supprimer l'éclairage, ce qui arriva notamment en 1770 ei en 1784.
Agrandissement de la ville. Depuis le commencement du xviu* siècle , Lons-le-Saunier a subi une transformation complète. Les dernières traces de ses remparts, de ses portes , de ses fossés , ont disparu. La baie de maisons qui borde le côté occidental de la rue du Palais, la rue Lafayelte entière, n'ont commencé à se bâtir que de 1725 à 1749. Avant l'ouverture de la nouvelle route de Lyon (1700 à 1724), la rue Neuve ne se prolongeait pas au-delà du moulin et de la rue Saint- Antoine. Tout l'espace qui s'étendait depuis le moulin jusqu'au pont Royal , n'était qu'un cloaque infect.
Dès que le pont fut construit (1743), la rue se prolongea ; dix auberges au moins s'ouvrirent dans ce quartier, et y amenèrent un mouvement extraordinaire. La construction des salines de Montmorot en 1733, détermina beaucoup d'habitants à s'en rapprocher, et la rue des Salines commença ainsi à se former. Il y avait 4 maisons en 1756, près du pont. Le territoire de Montmorot
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