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s'étendait alors sur la plus grande partie de cette rue et avançait jusqu'au clos des Tiercclines. Plusieurs particuliers bâtirent en cet endroit , pour jouir des agréments de la ville sans en supporter les charges. Le magistrat s'y opposa fortement, mais l'autorité supérieure fut contraire à ses prétentions. Du reste , les habitants de la rue des Salines se trouvèrent pris dans un piège. Une ordonnance royale de 1807, porta le territoire de Lons-le- Saunier jusqu'au clos des salines, et ils se trouvèrent ainsi , malgré eux , citoyens de la ville et soumis à toutes ses charges. Les constructions nouvelles débordent de tous cotés , et surtout sur la route de Courbouzon.
De jolies maisons de campagne recouvrent toutes les hauteurs environnantes.
SAUNES.
Les abondantes sources salifères qui jaillissent sur le territoire de Lons-le-Saunier, ont été exploitées depuis l'antiquité la plus reculée.
On peut juger de l'importance que les Celtes attachaient à celte industrie, par les travaux gigantesques qu'ils exécutèrent pour utiliser les eaux salées de la Lorraine. Lons-le- Saunier était, sans aucun doute, un des principaux centres de production de ces viandes salées qui , du temps de Strabon , s'exportaient à Rome , dans toute l'Italie et jusqu'en Grèce.
La découverte faite à différentes époques dans le sol de cette ville, de briques romaines marquées du nom de Clarianus , célèbre architecte , qui vivait du temps d'Auguste, ne permet plus aucun doute à cet égard.
La légende de la vie de saint Oyan , écrite au vi* siècle , nous apprend qu'à cette époque , le mode de fabrication du sel par la voie de Péva-
poralion et de l'cbullîtion, était déjà en usage en Séquanie comme à présent. En 814, l'évèque Jérémie , prévenant Frotaire, évèquedeToul, que son diocèse manquait de sel , parce que les pluies avaient inondé les sillons ouverts pour recevoir l'eau de la mer, le pria de lui en envoyer de la Lorraine et de la Bourgogne, ce qui démontre évidemment que nos salines existaient et que leurs produits pouvaient s'exporter librement. Toutefois, le premier tKre connu qui fasse une mention formelle des salines de Lons-le-Saunier, est une donation faite en 855 par le roi Lothaire, en faveur d'Arduic, archevêque de Besançon. Les souverains de Bourgogne en avaient la propriété, comme successeurs du fisc romain , mais n'appréciant pas à leur juste valeur cette source de richesse , ils la laissèrent tarir entre leurs mains , en multipliant les concessions, les inféodations , les donations des produits qu'ils en auraient pu retirer. Les prévôts de Lons-le- Saunier, les officiers même subalternes des salines , s'arrogèrent comme un droit , une foule d'exactions auxquelles ils donnaient les noms les plus divers , et qu'ils couvraient du voile de la justice, en les réclamant comme la rémunération de certains services rendus. Les seigneurs, qui disposaient d'une partie de leurs droits en faveur des abbayes , des églises on de leurs créanciers, avaient toujours la précaution de les céder francs d'exactions et de servitudes , ce qui n'empêchait nullement les abus de se perpétuer.
Nous n'en finirions pas , si nous vou lions rapporter toutes les donations faites à Cluny, à Citeaux , à Balerne, à Clairvaux, au Miroir, aux abbayes de Chàteau-Chalon,du Grandvaux,de la Charité, de Baume, de Bellevaux ,
de Quincy, cTAcey, de Tart, de Romain-Mou lier, de Sainte-Claire de Lons-le-Saunier, aux Chartreux de Bonlieu , de Yaucluse , au couvent des Cordeliers , aux églises de Besançon et de Lons-le-Saunier, par Lolhaire, Bernon, Rainaud III et Guillaume, son frère, Gérard Ier, Gérard II de Vienne et leurs successeurs, Etienne II, Jean de Chalon l'Antique, Hugues de Chalon et Alix, son épouseet Renaud de Bourgogne, depuis Tannée 855 jusqu'en 1313.
Des vassaux , tels que les sires de Montmoret, de Binans , les familles de Montaigu, de Blye, deChamblay, de la Roche-sur-rOgnon , de Montbéliard, de simples bourgeois, vendaient, donnaient, recevaient en inféodation des droits sur les salines.
On rencontre dans les chartes,rénonciation d'une foule de mesures de capacité dont il est très difficile de déterminer aujourd'hui le rapport.
Ainsi . elles mentionnent des seilles, des flux, des montées de muire, des charges de sel à prélever, chaque semaine ou chaque année. Il était aussi souvent question de bernes et de forges. Les bernes étaient de petites maisons , le plus souvent en bois, renfermant des chaudières en fer et les autres ustensiles nécessaires pour cuire et dessécher le sel. La rue qui montait au puits salé était bordée de ces maisons, d'où lui était venu le nom de rue des Bernes.
On préparait dans les forges, les poêles, les balances et les autres ustensiles nécessaires à l'exploitation des salines. Ces forges, qui appartenaient aux abbayes de Baume , de Balcrne , de Chàleau-Chalon, aux Cordeliers, étaient presque toutes placées dans la rue de Uichcbourg et sur le bord du ruisseau du bief des Combes. Chaque rentier fournissait le bois dont il avait besoin pour |
faire cuire le sel dans sa berne, et contribuait proportionnellement aux réparations que les seigneurs de Lonsle-Saunier faisaient exécuter au puits à muire. Malgré les travaux importants faits en 4293, pour empêcher les infiltrations des eaux douces dans le puits, des accidents graves se manifestèrent en 1314. Jeanne de Bourgogne proposa alors à Renaud de Bourgogne et à Hugues de Vienne, de supprimer cet établissement, et de transporter les droits de tous les rentiers sur les salines de Salins.
11 y avait en effet de l'avantage à n'avoir qu'une seule saunerie dans la province, puisqu'elle pouvait suffire à tous les besoins. Les frais d'entretien et de régie se trouvaient par là considérablement diminués.
Le grand puits de Lons-le-Saunier, qui était au pied de la colline de Richebourg, fut donc détruit de 1317 à 1320. On mit le feu aux bâtiments, aux rouages, et on fit pénétrer des courants d'eau douce pour mettre le puits hors d'usage. Il jaillissait une source salifère moins abondante que la précédente , dans le pré de Chaudon , derrière l'abbaye de Sainte-Claire. Elle appartenait à la commune de Lons-le-Saunier. Les prud'hommes en firent réparer le puits en 1 1 7 1 . Les habitants avaient le droit d'y puiser de l'eau pour leur usage et celui de leur bétail. Les étrangers qui venaient chercher de l'eau à celte source, devaient payer chaque année aux échevins une mesure de froment et une geline (une poule). Marie de Bourgogne obtint en 1477, que cette petite saline serait supprimée, en accordant à la ville le droit de prendre, à titre d'indemnité, aux salines de Salins, cinquante charges de sel par mois.
En 1684 , M. de la Fond , intendant de la province, invita le ma-
gistrat de Lons-le-Saunier à faire vider le grand puits à muire. Le maire, Pierre Couthaud, docteur en médecine, convoqua en 1686 le conseil ordinaire et extraordinaire , et fit décider que Ton se mettrait immédiatement à l'œuvre. On commença par enlever une couche de crasse, épaisse de cinquante centimètres, et entrelacée de joncs, sur laquelle d'imprudents enfants avaient coutume d'aller se balancer. Cette couche recouvrait un vaste réservoir, de forme hexagonale, ayant 90 mètres de diamètre. 11 était entouré par un mur qui pénétrait dans la terre à une profondeur de 1 3 mètres 33 centimètres, et percé d'une large ouverture , qui communiquait avec un canal servant à l'écoulement du trop plein de ses eaux. Au fond du bassin, on rencontra une grande quantité de poulies , de rouages , d'arbres de roue à demi brûlés.
Sous cet amas d'objets mécaniques , apparut le puits proprement dit. II était de forme octogonale ; son enceinte était formée par de forts madriers en clièDe et de la terre battue. Après avoir cherché pendant dix jours à épuiser le réservoir, à l'aide de pompes, de chapelets, on reconnut que ce moyen était insuffisant. On ouvrit alors un canal d'écoulement, sans obtenir un meilleur résultat. La ville emprunta 40,000 livres pour solder les ouvriers et renonça à cette imprévoyante entreprise. M. Cordelier, président au présidial de Lons-lc-Saunier et subdélégué de l'intendant, dressa en 1 7 1 5 , un plan pour le rétablissement des salines de cette ville , le soumit à ses amis de Genève , et engagea les cantons suisses à s'entendre avec le roi de France pour son exécution.
La crainte de ne pas trouver dans les environs les bois nécessaires à
1'alimcnlalion de l'usine, fit échouer le projet. Une compagnie, formée à Neuchâtel, fit des propositions au roi, et obtint le î juin 1 733 , des lettrespatentes dont voici les principales dispositions. Art. 1er. Le sieur Chaillet et associés, seront obligés de vider et mettre à sec le grand étang et autres mares d'eaux salées , qui seront , tant à Lons-le-Saunier qu'à Montmorot et autres lieux du voisinage, pour faire une épreuve authentique du degré des sources salées , dégagées et séparées du mélange des eaux douces. Art. 5. Si la séparation des eaux douces se trouve impossible , ou si le degré de salure naturelle des eaux salées est modique à leurs sources , les entrepreneurs seront obligés de construire un ou deux bâtiments de graduation, pour porter les eaux salées jusqu'à 20 degrés de salure au moins. Art. 5 et fc. Ils seront tenus de construire des égouts et aqueducs pour faire couler et perdre les eaux douces , une maison de cuite, avec les chaudières, fourneaux , ouvroirs et ustensiles nécessaires , pour la formation et le dépôt du sel en pains et en grains , une forge et autres ateliers de serrurerie. Art. U. Pour le remboursement de ses avances, la compagnie conservera pendant 30 ans l'usage de la saline, après lequel temps, elle appartiendra à l'Etat. Les travaux commencèrent au mois de septembre 1733. Tous les efforts tentés pour mettre à sec le réservoir et découvrir la source furent infructueux. La compagnie renonça à l'établissement de Iaxsalinc de Lonsle-Saunier, et prit le parti de réunir toutes les sources qui se trouvaient, soit dans celte ville, soit à Montmorot, pour faire une seule exploitation. On trouvera , à l'article Montmorot , tous les faits qui intéressent
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les salines , depuis la concession des 1 Ictlrcs-patentcs de 1753.