NOTICE SUR LA MUIRE
Le passage d'une voie romaine à la Muire, Mura, la Muyre, la Meure, ne tarda pas à donner naissance à un village. On trouve dans la contrée dite aux Fontenis , des entassements de décombres de bâtiments, des luileaux antiques à rayures, et des sépultures construites en maçonnerie, renfermant ordinairement des lampes en terre cuite. Le nom de la Muire se rencontre déjà dans le traité intervenu en 1084, entre le comte Rainaud et l'archevêque de Besançon.
Seigneurie. Les princes de Ghalon ont toujours prétendu que la terre de la Muire relevait de leur château d'Arlay, tandis que les seigneurs du lieu soutenaient qu'elle était enclavée dans le val de Voiteur, et relevait par conséquent du souverain.
A cette seigneurie était attachée la justice haute , moyenne et basse , de nombreux droits féodaux et notamment un péage sur l'ancienne voie romaine.
Seigneurs. Les premiers seigneurs de la Muire étaient de la maison dite le Gallois d'Arlay et se qualifiaient de sires de la Muire. Une demoiselle de cette maison porta cette terre en dot à Huguenin de Voufflans , vers Tan 1338. Ce seigneur eut un duel à outrance, en 1347, avec Hugues Rapaire , son écuyer , et le blessa mortellement. Marguerite de Voufflans succéda à Huguenin son père, et épousa Aimé de la Sarra, seigneur du Vergie. Pierre de Vergy, leur lils , vendit la Muire au xve siècle, à Jean Maillardet, IVe du nom, écuyer, grand-mattre d'hôtel de la duchesse de Bourgogne. Ce gentilhomme épousa Marguerite, fille d'Humbert de Plaine, seigneur de Mantry, général des monnaies, et sœur du chancelier Thomas de Plaine. Il mourut en 1491, n'ayant laissé de son mariage que Jeanne Maillardet , mariée à Louis de Brancion , seigneur de Glemencey. Jacques de Brancion, l'un de ses fils , noble et vaillant chevalier, se distingua en 1 5 1 9, à la féte d'armes donnée à Nozeroy, par Philibert de Ghalon. Etienne de Brancion, seigneur de la Muire et de l'Abergement, un autre de leurs fils, épousa Marguerite de Salins , dame de Ration. Jeanne de Brancion , leur fille, porta la seigneurie de la Muire en dot à Marceau de Choiseul , qu'elle épousa le 28 mai 1539. Marceau de
Choiseul mourut le 23 mars 1395 , laissant pour héritiers François , seigneur de Ghevigny, et Claude, seigneur de la Muire. Ce dernier vendit la Muire en 1624 , à Jean Grivel, seigneur de Perrigny, conseiller au parlement de Dole, maître des requêtes ordinaire du conseil privé du roi d'Espagne, diplomate et jurisconsulte habile. Claude Grivel , chevalier, conseiller au parlement de Dole, la recueillit dans la succession de Jean Grivel, son père, et la transmit à Claude- François de Grivel , son fils, capitaine de cavalerie au régiment de Saint-Mauris-Lambrey.
Ce dernier épousa Elisabeth de Saint- Mauris , dont il eut dix-sept enfants, parmi lesquels deux seulement se marièrent. M. Melchior de Grivel , l'un d'eux , laissa la Muire à Claude- Joseph-Nicolas de Grivel , maréchal des camps et armées du roi , mort à la Muire, le 18 octobre 1809. Ce seigneur avait épousé dame Marie- Claudia-Antoinette-Fidèle de Montjoye-Vaufrey, chanoinesse de Remiremont , dont il eut Claude-Alexandre-Bonaventure-Fidèle, comte de Grivel , maréchal-de-camp, inspecteur des gardes nationales du Jura, connu par sa réponse au maréchal Ney, chevalier des ordres de Saint- Louis et de Saint-Georges, mort le 1 7 octobre 1839, et Emmanuel-Alexandre-Claùde-Joscph-Fidèle , comte de Grivel , chevalier de Saint-Jeande-Jérusalem et de Saint-Georges , mort en 1844. L'ainé épousa Mu* Gabrielle de Varennes d'Aigletein, et laissa le château de la Muire à M. Léon de Grivel , l'un de ses fils, qui le possède actuellement.
Château. Il est au sud-est de Domblans , au bord d'une vallée que recouvrait autrefois un vaste marais. Il se composait d'un bâtiment rectangulaire avec deux ailes à ses ev
trémilés. Aux angles étaient quatre tours rondes. Le pont-levis était entre l'extrémité de l'aile sud-est et la chapelle castrale. 11 ne reste de l'ancienne construction qu'une partie du bâtiment situé au nord , contre un angle duquel s'élève une tour en encorbellement. Au sud du château est un très beau parc.
Chevances. 11 y avait deux autres fiefs à la Muire , l'un appelé meix Charceny, dont Jacques de Charrin lit hommage à Laure de Commercy, dame d'Arlay, en 1273, et un autre dit le meix des Bouchot ou de Boschat, qui appartint longtemps à une branche de la famille d'Arlay.
Eglise. La paroisse de Domblans comprenait Domblans , Blandans, la Muire et le Louverot, où était une chapelle sous le vocable de saint Denis. L'église est dédiée à saint Symphorien , dont on célèbre la fête le 22 août. Elle est orientée et se compose d'un clocher, de trois nefs, d'un chœur, d'un sanctuaire se terminant octogonalement , et de deux sacristies. Le clocher est couronné par une flèche quadrangulaire couverte en tuiles. Les nefs sont voûtées en berceau , à l'exception de deux travées de la nef de droite, qui étaient autrefois des chapelles , lesquelles sont voûtées à arêtes nervées. De gros piliers rectangulaires et de différentes dimensions séparent la nef principale des nefs collatérales. Les fenêtres sont à plein-cintre, si ce n'est celles qui éclairent la partie orientale des petites nefs. Ces dernières sont ogivales, trilobées et tréfilées.
Il y avait autrefois dans l'église une chapelle seigneuriale dédiée au Rosaire, du patronage des seigneurs de Blandans, une autre, dédiée à la Sainte-Famille, appartenant aux seigneurs de la maison de Blandans,
et enfin une troisième , sous le vocable de saint Joseph , du patronage de la famille Pelissonnier , et que Bonaventurc Courvoisier céda , en 1667, à la confrérie du Rosaire, pour y faire ses exercices.
Oratoire. Il existait à Blandans un oratoire , renfermant une statue miraculeuse de Notre-Dame , qu'on venait implorer de très loin. Cet édicule menaçant ruine, a été transféré à Domblans , à côté de la maison de M. D. Monnier.
3faison historique. On remarque à Domblans la belle habitation qui appartient à M. Bourdon de Sigray, capitaine de cavalerie , membre de l'académie française et auteur d'un grand nombre d'ouvrages sur l'art militaire. Ses héritiers continuent de l'occuper et possèdent la plupart des manuscrits de cet écrivain.
L'église renferme plusieurs tombes, et notamment celle de M™* de Grivel , née de Montjoye-Vaufrey.
Dans le cimetière sont les tombes de MM. de Grivel et une belle croix en pierre, érigée en 1783 ; elle repose sur un riche piédestal de l'ordre composite.
Evénements divers. On trouvera à l'article Voiteur, les faits généraux concernant tous les villages qui entourent ce bourg. M. Monnier a rendu compte , dans l'Annuaire de 1845 , d'un cas de catalepsie extraordinaire arrivé à Domblans. Une jeune fille, nommée Perrine Michel , morte en 1812, resta dans un état complet de léthargie pendant sept ans entiers , et se réveilla tout-àcoup comme sortant d'un sommeil d'une nuit.
Biographie. Ce village a vu naître les deux généraux de Grivel, le général Timonet des Gaudières , MM. les capitaines Dubiez, et M. Etienne Bcaupoil, agronome distingué , in-
Iroducleur dans notre pays de Tusage des prairies artificielles.
Bibliographie. Annuaires du Jura.
— Archives de la préfecture. — Archives de M. le prince d'Aremberg à Arlay.
Dompiem, Domnus Pelrus , vg. de l'ar. de Lons-le-Saunier, cant., perc. etbur. de poste d'Orgelet ; succursale composée de Dompierre, Présilly, Senay et Saint- Georges; à 5 kil. d'Orgelet et 14 de Lons-le-Saunier.
Le territoire est limité au nord par Alièze , Nogna et Marnézia , au sud par Orgelet, à Test par Mérona et Marnézia , à l'ouest par Présilly et Alièze.
Le territoire est traversé par la route départ. n° 4, de Lons-le-Saunier à Genève; par les ch. vicinaux tirant à Orgelet , à Lons-le-Saunier et à Poids de Fiole, et par le ruisseau de la Serpentine ou de la Thoreigne , qui y prend sa source.
Pop. en 1 790, 294 hab. ; en i 851 , 352, dont 162 hom. et 190 fem. ; pop. spécif. par kil. carré, 47 hab. ; 77 maisons ; 94 ménages.
Les habitants n'émigrent pas.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1640.
Cadastre exécuté en 1821 ; surf, territ. , 756h, divisés en 1912 parcelles, que possèdent 187 propriétaires, dont 75 forains; surf, imp., 726h , savoir : 336h en terres lab., 266h en bois , 72h en prés , 21 h en friches, et 19h en murgers, d'un rev. cadast. de 10,457 fr. ; contrib.
dir. en princip. 2506 fr.
Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.
Le sol , assez fertile, produit du blé , de l'orge, de l'avoine, du maïs, des légumes secs , des pommes de terre, des betteraves, des carottes
fourragères, du chanvre, peu de fruits et de navette, du foin et beaucoup de fourrages artificiels.
On exporte le tiers des céréales et on importe le vin.
On élève dans la commune des bétes à cornes, des mulets , et on y engraisse des cochons. 20 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fait de grands progrès.
Il y a une fromagerie dans laquelle on fabrique annuellement 9000 kil. de fromage, façon Gruyère.
On trouve sur le territoire , des tourbières , non exploitées, une carrière exploitée de pierre à bâtir et de belle pierre de taille blanche , ainsi que d'abondantes sablières.
Les patentables sont : un maréchal-ferrant , un aubergiste, deux marchands merciers , un menuisier et un maçon ; les habitants fabriquent pendant l'hiver des fileltes en bois , et en vendent pour environ 3000 fr. par an.
Le village est groupé sur le sommet d'une éminence , à droite de la route de Lons-le-Saunier à Orgelet.
Les maisons , composées d'un simple rez-de-chaussée, sont construites en pierres et couvertes un tiers en tuiles et le surplus en chaume. La population y jouit d'une grande aisance. On y remarque la belle habitation et le parc de M. Clément.
Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, un presbytère attenant au cimetière, une maison commune bâtie en 1844 , qui a coûté 25,000 fr. ; elle renferme la mairie, la salle de pompe à incendie, le logement d'un instituteur et celui d'une institutrice laïque, la salle d'étude des garçons , fréquentée en hiver par 36 élèves et celle des filles par 40 élèves; 1 puits communal en face de l'église, 3 fontaines , dont
une avec lavoir, et 280h 82* de bois et pâtures.
Budget : recettes ord., 33ft8 fr. ;
Orgelet et ses environs sont si riches en monuments celtiques , qu'il n'est pas possible de mettre en doute leur haute antiquité. A Senay, hameau très rapproché de Dompierre , on a trouvé deux hachettes en bronze et des médailles gauloises.
La voie romaine de Lyon à Besançon, par le premier plateau du Jura, traversait le territoire de Dompierre , dans les contrées dites à la Pérouse ou au chemin des Allemands. Il est à présumer qu'une borne milliairc, placée sur celte route, étant devenue un lieu de dévotion païenne , le christianisme lui aura fait substituer une statue de saint Pierre, qui aura communiqué son nom au village, DominusPetrus. Les plaines d'Orgelet ont servi de champ de bataille aux Romains résistant aux invasions germaniques. Celte vaste et longue plaine est semée de tombeaux , des deux côtés de l'ancienne route dont nous venons de parler.
La culture a affaissé huit tumuli dans les pâturages près de Dompierre. Dans le village même , M.
Clément a recueilli différents débris antiques. Le premier titre qui mentionne ce lieu est le diplôme de Frédéric Barberousse , de l'an i 1 8ft. , par lequel cet empereur confirme â l'abbaye de Saint-Oyan , l'église de Dompierre, avec le prieuré et la . chapelle de Saint-Georges , ecclesiam de Domno-Petro cum prioratu et capella Sancti-Georgii.
Seigneurie. Dompierre dépendait en loulejuslicc, haute , moyenne et basse, de la baronnie d'Orgelet. Les
habitants étaient corvéables de corps et de biens à volonté. Ils devaient par feu deuxeharriots de bois au seigneur, une poule le jour de carnaval, trois rasettes d'avoine, une taille de 40 florins, payable tous les deux ans et une gerbe de froment , ainsi que des cens en argent et en grains , affectés sur chaque meix ou maison.
Ils étaient tenus de faire le guet et garde, de se retirer, en cas d'imminent péril, au château d'Orgelet, et de contribuer à ses réparations. La communauté en corps devait un cens annuel de 100 sols estevenants , pour la faculté qui avait été accordée aux habitants de prendre du bois blanc dans les forêts de Treschez , de Taillière et de la Vallièrc , pour leur chauffage , la clôture de leurs champs et pour leur constructions.
Us devaient en outre payer les forestiers pour la garde de ces bois.
Toutes ces charges étaient tellement lourdes , qu'elles excitaient de vifs murmures de la part des sujets. Le mécontentement était à son comble, lorsque tout-à-coup un complot fut formé pour ne plus rien payer. Les habitants savaient que les terriers de la seigneurie avaient disparu dans l'incendie d'Orgelet en 4639; ils profitèrent de cette catastrophe pour nier toutes leurs redevances. Les intendants de la maison d'Orange ne négligèrent rien pour les ramener amiablement à des sentiments meilleurs. Ils commencèrent , en 1700 , par céder à la communauté un étang , sur lequel un moulin et un battoir, appelés le moulin Grezct, avaient existé, moyennant un faible cens. Le 22 mai 1741, un second traité intervint, par lequel les sujets consentirent à une rénovation de terrier, à condition que tous les cens et servis dont ils étaient chargés seraient réduits d'un tiers , et qu'ils
auraient rentière propriété du bois de Treschez.
Mairie. Il y avait un fief de mairie qui fut longtemps possédé par une famille noble de nom et d'armes, faisant sa résidence dans une tour construite dans le lieu dit- sur la Tour. En 1267, les enfants de Guillaume de Dompierre donnèrent au prieuré de Saint-Georges toutes les dîmes qu'ils avaient droit de percevoir sur le territoire de Dompierre.
Eglise. L'église, placée sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul , dont on célèbre la fête le 29 juin, était du patronage du prieur d'Arbois, à cause du prieuré de Saint-Georges. Elle est orientée et se compose d'un clocher, d'une tribune, d'une nef, d'une chapelle, d'un chœur et d'une sacristie. Le chœur, seule partie ancienne de l'édifice, est voûté à ogives. Deux dômes superposés couronnent le clocher. Il existait dans la contrée dite à la Chapelle un ancien oratoire dédié à saint Antoine et à saint Nicolas. Comme il menaçait ruine, la famille Clément obtint , au xvue siècle, l'autorisation de l'annexer à l'église, et M. Clément en jouit aujourd'hui. Le cimetière renferme un des plus beaux tilleuls du département. Mesuré à hauteur d'homme, il a 5TO 40e de circonférence.
Evénements divers. Le marquis de Villcroy, général français, étant parti de Lons-le-Saunier pour aller faire le siège du château de Virechàtel , s'arrêta avec son armée, le 23 août 1659, à Dompierre, et y passa la nuit. Le lendemain , il fit mettre le feu au village. Pas une seule maison ne fut épargnée. Un second sinistre , arrivé en 1839, a détruit cinq maisons. Dix ans après, quinze autres maisons furent la proie I des flammes. Au mois de juillet I
1852 , une épidémie typhoïde y fit beaucoup de victimes. Elle effraya tellement les populations d'alentour, qu'on ne pouvait trouver de gardemalades. On fut obligé d'en conduire de Lons-le-Saunier.
Biographie. Ce village a vu naître M. Berger, Jtan-Joseph (1773), colonel en retraite, décoré de plusieurs ordres, et M. Faton, Pierre-François (1805), jésuite et mathématicien distingué.
Donha pe) » J^&fe » Aldua-Dubis, la principale rivière qui traverse le département du Jura, prend naissance au pied du mont Rixou, sur la frontière du département du Jura ; se grossit , non loin de sa source, des eaux qui s'épanchent du lac de Remoray; forme ensuite le lac de Saint-Point , passe à Pontarlier, et après avoir traversé la vallée marécageuse de Morteau, baigne la limite du canton suisse de Neufchàtel. Là , il est resserré par des rochers à pic, entre lesquels il tourne , sans qu'on en voie l'issue ; il n'a presque plus de cours , et devient un lac profond , tout enfermé entre des murs énormes sur lesquels croissent des sapins et quelques arbustes. Après de nombreux détours, le Doubs sort du milieu des rochers et tombe en écumant, avec un bruit effroyable, du haut d'une plateforme , dans un ravin par lequel il continue son cours. Ce lieu s'appelle le Saut du Doubs, et offre un coupd'œil imposant. Celle cataracte est la plus haute de France. Après avoir coulé quelque temps sur le territoire de la Suisse , celte rivière revient dans le département auquel elle donne son nom , et qu'elle a d'abord traversé dans la direction du nord-est. Elle le traverse cette seconde fois dans la direction oppo-
séc , et sort au sud-ouest. Elle entre dans le département du Jura à la maison des Prés ; promène , depuis Salans, ses replis tortueux à travers une riche vallée qui se prolonge jusqu'à Dole. Elle descend ensuite du nord-est vers l'ouest, arrose le territoire d'Annoire et court ensuite jusqu'à Verdun, où elle se jette dans la Saône.
Les eaux du Doubs sont légères , limpides et très poissonneuses. Ses carpes, ses brochets, ses truites, jouissent d'une réputation lointaine.
Le cours de cette rivière dans le Jura , à raison de ses nombreuses sinuosités , peut être évalué à plus de sept myriamètres. La pente totale , depuis sa source à la Saône , est de 77ôm.
Il résulte de plusieurs litres anciens, que l'on trouvait des paillettes d'or dans cette rivière , et que les seigneurs de Longwy et du Petit- Noir affermaient le droit de chercher ce métal précieux dans l'étendue de leur territoire. Le Doubs roule ses eaux capricieuses sur un terrain d'ail uv ion peu résistant. Il déchire alternativement l'une et l'autre de ses rives et détruit des terres d'un haut prix, tandis qu'ailleurs il forme des dépôts de graviers arides, qui donnent peu et souvent point de végétation. A chaque crue il modifie son lit; quelquefois même il change entièrement de position.
Nous avons déjà démontré , à l'arlicle Dole, que cette rivière était navigable et fréquentée dès la plus haute antiquité. En 815, Louis-Ie- Débonnaire permit aux religieux de l'Ile Barbe , à Lyon , d'entretenir trois bateaux sur les rivières du Rhône , de la Saône et du Doubs , sans payer aucun péage. En 875 , Charles-le-Chauve accorda aux religieux de Tournus le droit de com-
mercer, avec exemption de péage non seulement sur mer, mais encore sur ces trois rivières. En 1059, Henri Ier confirma à ce monastère toutes les possessions qui lui avaient été accordées par ses prédécesseurs, et défendit à tous juges , comtes , percepteurs, etc., d'exiger de ceux qui négociaient pour son bénéfice , aucun droit de tonlieu , tant sur mer que sur la Loire , la Saône et le Doubs , ainsi que sur tous autres fleuves navigables de France. Il est donc certain que la navigation n'a été interrompue sur le Doubs que par la création de barrages élevés pour mettre en mouvement les usines que le régime féodal multiplia aux xie et xue siècles.
Doueler , Dulcia , Dulceium , Doucey, Doucye , Doulçon , Doulct'er, vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, canton de Clairvaux; distribution de poste; percépt.; succursale composée de Doucier, Collondon et Chambly ; à 13 kil. de Clairvaux et 25 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 329m.
Le territoire est limité au nord par Chàtillon-sur-Courtine , Villarssur-l'Ain, Fontenu et Songeson; au sud par Charcicr et Denezières; à l'est par Menctru et Songeson , et à l'ouest par Châtillon. Collondon , le Martinet , le Moulin et Chambly font partie de la commune.
Le territoire est traversé par les chemins de gr. com. n°* 27, de Salins à Dortans, et 39, de Lons-le- Saunier à Saint-Laurent; par cinq chemins vicinaux ; par la rivière d'Ain, les ruisseaux de l'Hérisson et de Dudon ; par les biefs de Martin, Vinon , Collondon et de Chenetin.
Chambly a été réuni à Doucier le 10 juin 1815, et Collondon le 50 octobre suivant.
Pop. en 1790, de Doucier, hOh hab.;de Cbambly, 43, et de Collondon , 95 ; total , 342 ; pop. réunie , en 4 846 , 534 , dont 262 nom.
et 272 fem.; pop. spécif. par kil.
carré, 42 hab.; 135 maisons, savoir : à Doucier, 96; à Chambly, 19, et à Collondon, 20; 135 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1743.
Les jeunes gens émigrent pour être domestiques et ouvriers.
Cadastre exécuté en 1 832 : surf, territ., 1231h 76% divisés en 2857 parcelles que possèdent 215 propriétaires, dont 55 forains; surf, imp., 1157h, savoir: 472h en terres lab., 322h en pâtures, 200h en prés, et 154h en bois, d'un rev. cad. de 13,527 fr.
Le sol , d'une fertilité moyenne , produit du blé , de l'orge, de l'avoine , du maïs , des pommes de terre , des légumes secs , du chanvre , peu de lin et de navette , des carottes fourragères , du foin et des fourrages artificiels.
On élève dans la commune des bétes à cornes et des cochons. 25 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fait deS progrès.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour 100.
On trouve sur le territoire des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille bleue et blanche , de bonne qualité.
Foires. 11 y a quatre foires , qui se tiennent les 16 avril, 16 juin, 16 juillet et 16 septembre. On y vend du bétail , de la quincaillerie , de la mercerie et des tissus.
Commerce , industrie. Les patentables sont : 2 cordonniers, 2 sabotiers , 1 charron , 1 maréchalferrant, 1 menuisier, 3 auberges, 1 forgeron et 1 ferronnier ambulant.
II y a un moulin à quatre tournants avec une scierie mécanique à une lame , un battoir à blé et un battoir à chanvre, un martinet où l'on fabrique de la taillanderie et de la ferronnerie, avec un battoir à blé.
Ce martinet a succédé à une fabrique de faulx qui elle-même remplaçait une forge et un haut-fourneau. Les faulx de Doucier jouissaient d'une telle réputation , que l'empereur Napoléon Ier accorda une médaille d'honneur au sieur Girard, directeur de rétablissement.
un cimetière à l'entour, un presbytère , une maison commune construite en 1841, contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 38 élèves ; le logement de l'institutrice et la salle d'étude des filles, fréquentée par 36 élèves ; 2 fontaines avec lavoirs, et 251 h 46' de pâtures , prés , terres et lac , d'un rev. cad. de 821 fr. La section de Chambly a 127h 48* de bois, prés et pâtures, et celle de Collondon, 80h 30a de biens de même nature.
Bois communaux: Doucier, 126h 30*; coupe annuelle, 3h 78a; Chambly, 51h; coupe annuelle, lh 53*; Collondon, 21h 89* sur le territoire, et d'autres bois dans l'arr. de Saint- Claude.
Budget : recettes ord. 3431 fr.; dépenses ord. 3364 fr.
Bureau de bienfaisance. Il a été fondé par Anatoile Cuzin, ancien curé de Doucier, et possède un rev.
ord. de 36 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le vallon de Chambly est sans contredit l'un des sites les plus pittoresques de la Combe d'Ain. Le torrent de l'Hérisson le traverse dans toute sa longueur, en faisant des
chutes successives et toujours croissantes. Le Saut Girard , à l'extrémité orientale du val , commence la série de ces cascades , et tombe d'une hauteur de 50 pieds. Le Saut de la Montagne , qui vient après , forme une seconde cascade de i 20 pieds au moins; le troisième, appelé le Saut des Faux de Chambly, a 180 pieds de hauteur. Après un cours aussi impétueux , le ruisseau reprend une allure plus calme ; ses eaux viennent se reposer dans un lac dit le Lac-Dessus, d'un kilomètre de longueur et de 400m de largeur, descendent ensuite dans un second lac moins important , éloigné d'un kilomètre , et s'en échappent enfin pour aller se perdre dans la rivière d'Ain. L'aspect des deux lacs , au bas de pentes boisées que couronnent deux longs bancs de rochers taillés en corniches, est d'un effet grandiose. Doucier est situé à l'extrémité occidentale de ce vallon , au pied de la chaîne de montagnes qui longent la rive gauche de l'Ain. Les maisons sont groupées, construites en pierres et couvertes en tuiles, laves ou bardeaux. Une voie romaine partant du pont de Navoy se dirigeait sur Clairvaux , en passant par Doucier, dans la contrée dite à laPérouse, à la Vie, ou au grand chemin de Clairvaux. De nombreuses sépultures bordent les deux côtés de celte route , et se rattachent à la grande bataille livrée dans la Combe d'Ain , par les Gallo-Romains , contre les peuplades du Nord. Les premiers colons du vallon de Chambly furent probablement attirés par les religieux d'Ilay, au vi° siècle. Le plus ancien titre qui mentionne Doucier est cependant un acte de 1 176 , par lequel le prieur de Gigny céda à l'abbaye de Balernc tout ce que le prieuré d'Ilay possédait en terres ,
prés , étangs et bois depuis la roche de Dulcia (Doucier). Dès ce moment les titres se multiplient. On aperçoit les seigneurs de Mirebel, de Monnet , de Clairvaux , se disputant les lambeaux du territoire de Doucier et en disposant tour à tour en faveur de l'abbaye de Balerne. En 1 203 , Ponce de Cuisel , après avoir fait d'injustes querelles à ce monastère , fut touché de repentir et lui céda tous ses droits sur Ardun (Ardon), Songisum (Songeson), Val le m de Chambluc (levai de Chambly) et Villam de Doucey (Doucier). En 1261, Eudes, sire de Beauregard , entra en l'hommage de Hugues de Chalon et d'Alix son épouse , souverains du comté de Bourgogne , et promit de les défendre contre toutes gens , sauf contre le comte de Vienne, dont il tenait des biens en fief à Chamblay (Chambly) et à Doulçon (Doucier). En 1268, Guillaume, sire de Monnet , se fit liiomme-lige de Perrin de Chalon, dit le Bouvier, et promit de le recevoir dans son château de Monnet , à grande force et à petite force, et de le défendre contre toutes gens, sauf contre Hugues, comte de Vienne , dont il tenait cent livrées de terre qu'il lui avait assignées sur les biens qu'il possédait en franc-alleu , à Doucey, au val de Chambly, à Fusigon (Songeson) et à Villers (Villars-sur-PAin). Au mois d'avril 1285, l'abbé de Balerne associa Jean de Chalon-Arlay dans les domaines de son monastère, et Châtelneuf devint le chef-lieu d'une seigneurie dont dépendit Doucier. Au mois de juin 1 305 , Jean de Chalon, comte d'Auxerre et sire de Rochefort, abandonna à l'abbaye de Balerne tous les droits qu'il pouvait avoir sur la ville de Doucier et ses dépendances , consistant en justice , seigneurie, hommes, maisons, ter-
res et pâturages. En 1313, Jean de Chalon, sire d'Arlay, donna au même monastère sa part dans les dimes de ce village, à cause des grandes courtoisies, agréables services et bienfaits qu'il avait reçus de l'abbé.
Par reconnaissance , ce dernier lui fit cadeau de trente quarlauts de froment et d'une belle coupe en argent , à pied et avec couvercle, que le seigneur d'Arlay envoya immédiatement au comte de Savoie , son cousin.
Seigneurie. Doucier dépendait en toute justice de la seigneurie de Cbâtelneuf , et était soumis aux mêmes droits seigneuriaux que ce dernier lieu. (Voir à ce sujet l'article Chàtelneuf.
Prévôté. L'office de prévôt était tenu héréditairement par une famille qui portait le nom de ce village. Aymon de Doucier assistait, en 1204, à l'acte par lequel Aymon, prieur de Gigny, accensait au prieur de Bonlieu les dimes d'IIay et d'autres localités.
Fiefs divers. Les sires de Monnet se qualifiaient de seigneurs de Doucier, mais c'était à tort , car ils n'y possédaient qu'un franc-alleu. La famille de Molpré y avait aussi un fief qui passa d'abord dans la maison de Genève ou de Genevois, et ensuite à MM. deBelotde Nozeroy, seigneurs de Villette et Pétremand. L'abbaye de Balerne en fit l'acquisition en 1699 et 1700.