‹ Dictionnaire géographique, historique et statistique des communes de la FrancheComté et des hameaux qui en dépendent, classés par département. Tome premier VI département du JuraChapitre 5 sur 33 · GO · texte numérisé non relu

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de douaire , à Béatrix , fille d'Humbert de la Tour-du-Pin, dauphin du Viennois , son épouse. Après la mort de son mari (1522), cette dame vint habiter ce château et continua d'y résider pendant sa vie.

Elle y testa, et mourut en 1338.

Jean de Chalon-Arlay II , fils ainé de Hugues , l'obtint dans son lot et le laissa, en 1362, à Louis , sire d'Arguel et -de Cuiseaux, le troisième de ses fils. Louis avait épousé , en 1360, Marguerite , fille de Philippe de Vienne, seigneur de Pymont.

Pour apaiser les querelles que lui suscitait chaque jour Guy de Vienne, frère de son épouse , il lui céda la seigneurie de l'Etoile en 1363. Guy de Vienne, le plus violent chevalier de son temps et le désespoir de sa famille , était tellement gonflé d'orgueil , qu'il se refusait à reconnaître toute espèce de suzeraineté sur ses domaines. Il avait conçu une haine si violente contre Hugues de Chalon- Arlay II, qu'il chercha tous les moyens possibles pour le faire mourir. Un jour, il tenta de l'empoisonner. N'ayant pas réussi, il trouva un prétexte pour l'attirer en son château de l'Etoile. Après lui avoir fait mille protestations d'amitié , il le mena à l'écart pour lui faire des confidences. Tout-à-coup il le saisit par le corps et le tint suspendu au bord de la plate- forme, prêt à le précipiter dans l'abime. Hugues de Cbalon, secouru à temps, échappa à la mort et s'enfuit avec ses gens. Sa vengeance ne se fit pas attendre. H dirigea une chevauchée contre le château de l'Etoile, s'empara de Guy de Vienne et le fit enfermer dans son château de Rochejean. Toutefois, cédant aux prières de Marguerite de Vienne , d'Amé , comte de Savoie , de l'amiral Jean de Vienne, de Guillaume III de Vergy, archevêque de

Besançon et de l'abbé de Faverney, il voulut bien le relâcher ( 1 375 ) , à condition qu'il s'exilerait au-delà des mers , qu'il renoncerait pour jamais à ses forteresses de Chevreau, de l'Etoile et de RufTey , qui seraient dès lors du fief de ce prince et demeureraient dans la main de Marguerite de Vienne , sa sœur consanguine • jusqu'à l'âge parfait de ses enfants. » Guy fut obligé d'accepter ces humiliantes conditions. Il s'y soumit par une déclaration du 1 5 mars 1376 (v. st.). Au moment de partir pour Jérusalem, il autorisa sa sœur à marier Marguerite de Vienne, la seconde de ses filles , à qui bon lui semblerait et à lui assigner la terre de l'Etoile pour dot. Les intentions de Guy de Vienne ne furent pas exécutées. Jeanne, sa fille aînée, épousa Guillaume de Rougemont, chevalier, seigneur d'Usies , et Marguerite, son autre fille , fut alliée à Vaulhier de Frolois, seigneur de Sainl-Germain-du-Plain. Les deux sœurs possédèrent la terre de l'Etoile, par moitié, et en firent hommage au sire d'Arlay en 1382 et 1384. Marguerite mourut en 1388, laissant trois enfants de son mariage avec Vaulhier de Frolois ; lluguelte, mariée plus tard à Thomas de la Rochelle; Marguerite, épouse de M. de Neufville, et Jeanne, morte sans postérité. Jeanne de Vienne et Guillaume de Rougemont , moururent tous deux en 1 389 , laissant deux enfants mineurs , Jeanne et Humbert , sous la tutelle de Humbert de Rougemont, leur aïeul. Ce dernier reprit de fief du sire d'Arlay, au nom de ses pupilles , le 28 avril 1389, en présence de Jean, bâtard de Cbalon, seigneur de Montrichard , de Jean de Doubs, chevalier, et de Pierre du Pin , écuyer.

Jeanne de Rougemont fut mariée à

Aimé de Montarbey, fils de Jean de Montarbey, chevalier. Dans son contrat de mariage , Humbert de Rougemont lui constitua une dot de 1400 florins d'or, pour tous les droits qu'elle pouvait prétendre dans sa succession , dans celle d'Alix de Neufchàtel, son aïeule, et dans celles de ses père et mère. En paiement de celte somme, il lui assigna, sous la réserve de rachat perpétuel, la moitié provenant de Jeanne de Vienne dans la terre de l'Etoile. Le 14 mai 1401, Aimé de Montarbey, sire de Larnaud , en fit le devoir de vassal envers le sire d'Arlay. Lorsque le jeune Humbert II de Rougemont eut atteint sa majorité, il s'empressa de payer à sa sœur les 1100 florins , montant de sa dot, et rentra dans la propriété de la moitié de l'Etoile.

Il en fit hommage au seigneur d'Arlay, le 5 mars 1410. Le 28 mars 1429 (v. st.), il consentit à céder ses droits à Louis de Cbalon-Arlay III, moyennant une rente annuelle de 110 livres, assignée snr les salines de Salins. Louis de Chalon avait pour écuyer Jean Fosscux Alias Guyon de Lons-le-Saunier, auquel il portait le plus vif attachement. Il en avait reçu de nombreux services dans son voyage du Languedoc en 1419. Le 21 janvier 1447 (v. st. ) , il lui donna ce qu'il avait acquis d'Humbert de Rougemont.

Les trois filles de Marguerite de Vienne etdeVauthier de Frolois, avaient vendu à rachat perpétuel, en 1405, la moitié qui leur appartenait dans la terre de l'Etoile, à Jean de Chalon- A rlay III. Cette aliénation avait été faite à vil prix. Jeanne , l'une des sœurs, mourut peu de temps après. Marguerite et Huguette remboursèrent, en 1412, au prince d'Orange, le prix qu'elles avaient reçu de lui et rentrèrent dans leur

propriété. En même temps, Huguette vendit sa part à Jean de Chàteau-Morand , qui lui avait fait des offres avantageuses. Marguerite , épouse de M. de Neufville, conserva ses droits et les transmit à Emard et Huguenin de Neufville , ses enfants.

Le 14 juillet 1464, Jean Guyon se rendit acquéreur des portions qui appartenaient à ces derniers et aux héritiers de Jean de Château-Morand, et devint ainsi seul propriétaire de l'Etoile. Il transmit cette seigneurie à Anne, dite la Blonde , sa fille unique, qui épousa Louis Guyon de Lons-le-Saunier, son cousin germain. Pierre Guyon, leur fils, se qualifiait de seigneur de l'Etoile en 1498. 11 s'était allié à Marguerite de Bernaud.Cettedame jouit de l'Etoile, à titre de douaire , jusqu'à sa mort, arrivée en 1519. Les enfants de Claude et d'Etienne du Vernois d'Arbois, succédèrent, en qualité de légataires universels, à tous les biens délaissés par Pierre Guyon. Simon du Vernois , l'un d'eux , chevalier, gentilhomme de la maison de l'empereur Charles V, épousa Françoise du Vernois, et ce mariage eut pour effet de réunir toute la terre de l'Etoile sur leurs tètes. Françoise du Vernois, héritière de son mari, donna toute sa fortune, en 1584, à Claude- François de Fouchier, baron de Savoy eux, son parent éloigné. Ce seigneur épousa Rénée, fille de Philibert de Vautravers, seigneur de Domblans et de Jeanne de la Chambre et mourut en 1524 , en laissant une succession très obérée. Nicolas de Thomassin, seigneur de Mercey, provoqua la vente par décret de ses biens et l'adjudication de la terre de l'Etoile fut tranchée, le 15 novembre 1625, à Emmanuel-Philibert de Fouchier, l'aîné de ses fils. Ce dernier laissa pour seul enfant Claudc-

Alexandre de Fouchier de Genève , marquis de Lullin, qui se ruina à son tour. Ses domaines furent acquis par décret au bailliage de Besançon en 1688, par François-Emmanuel de Fouchier de Genève, marquis de Lullin. Ce gentilhomme n'ayant pas de postérité, institua pour son héritier Joseph-Marie d'Alinge de la Chambre , de Seyssel , marquis de Coudrey, d'Aix, de Lullin, comte de Langen, d'Apremontetde Montréal, seigneur de Publy, chevalier, gentilhomme du duc de Savoie, capitaine des gentilshommes de sa garde , maréchal de ses camps et armées et cornette blanche de Savoie. Ce seigneur vendit l'Etoile, le 22 septembre 1700, à Gabriel-Philibert de Binand , de Joux , de Grammont, baron de Châtillon-Guyotte , seigneur de Chambéria,Charrin, Vellefaux, Roche, etc.

Gabrielle- Charlotte - Françoise-Suzanne, fille de Gabriel -Philibert de Grammont, Tune des plus belles personnes et des plus riches héritières de son temps, s'éprit du marquis du Cheylard, officier brillant , mais sans fortune, alors en garnison à Lons-le-Saunier. Elle l'épousa malgré la volonté de ses parents et lui légua sa fortune entière. Son testament fut attaqué par ses héritiers. Une transaction intervint le 10 février 1751, entre le marquis du Cheylard et le baron Claude- Ljuis-Maximien d'Isselin de Lanans, d'après laquelle l'Etoile fut attribuée ;iu marquis. M. du Cheylard qu'aucun lien ne retenait dans la province, vendit les domaines qu'il y possédait. M. Jeannin, subdélégué de l'intendant de Franche-Comté , à Lonsle-Saunier, acheta la seigneurie de l'Etoile. Ses héritiers la revendirent plus tard à M. de Longeville. M. le comte de Richard d'tvry , ancien j

officier de cavalerie, la possède aujourd'hui par son mariage avec MUe Emilie de Longeville.

Seigneurie. La seigneurie de l'Etoile, décorée du titre de baronnie, comprenait le bourg et la ville de ce nom , Plain oiseau , Jonay ,] la grange de Brenans , et Quintigny, avant la vente de ce village, faite par M. Claude-François de Fouchier à M. de Beaurepaire. Le seigneur avait la justice haute, moyenne et basse, sur ses sujets et sur le territoire, les amendes de justice, les épaves, l'impôt des quatre cas et la banalité des fours. Il avait le droit d'instituer un bailli , dont les sentences se portaient par appel devant le bailli d'Arlay, un prévôt châtelain , un scribe et des sergents. Les habitants avaient reçu de Jean de Châlon- Arlay 1er, en 1295, une charte de franchises, d'après laquelle ils pouvaient élire deux prud'hommes pour l'administration des affaires communes. Ils devaient l'ost et la chevauchée pendant vingt-quatre heures, à leurs dépens, le guet et garde au château et l'entretien des murailles du bourg. Ils pouvaient chasser, mais il leur était défendu de détruire les cerfs , les biches, les chevreaux, les sangliers, les lièvres, les perdrix et les faisans avec des armes à feu, des engins et des lacets. Ils ne pouvaient se réunir pour danser, jouer aux caries, aux dés ou à d'autres jeux, sans la permission du seigneur. Ils avaient le droit de couper du bois mort, pour leur usage seulement, dans les forêts de la seigneurie, d'écorcer les ebénes et de mener paître leur bétail dans les bois. La glandée s'amodiait, et le prix en appartenait par moitié au seigneur et à la communauté. La banalité des fours fut éteinte en 1693, moyennant un cens de 10 sols par feu. Lorsque les rai-

sins étaient mûrs, chaque famille, devait en offrir un panier des plus beaux à la dame du lieu.

Fiefs divers. Il y avait plusieurs fiefs importants répandus dans la seigneurie de l'Etoile. L'un d'eux appartenait en 1269 , à Renaud de Fallctans. Un autre appartenait à Hugues de Ghalon , comte palatin de Bourgogne, qui le transmit à Renaud , comte de Monlbéliard , l'un de ses fils. Renaud l'inféoda à Jean de Bornay , et le céda, à titre d'échange, en 1304, à Jean de Ghalon- Arlay 1er, son oncle, en ordonnant à Jean de Bornay, de reconnaître ce dernier pour son suzerain. La famille Pelissonnier en possédait un autre qui passa par une alliance à M. de Grain de Saint-Marsault. M. Benoit de Sappel avait aussi, en 1700, une chcvancc à laquelle étaient attachés différents droits seigneuriaux.

Fief de Persange. Après avoir longtemps appartenu aux descendants de Jean de Bornay, ce fief décoré plus tard du titre de baronnic, passa à la fin du xvne siècle, à M. Antoine de Laurencin, comte de Beaufort, qui le transmit à M. Philippe de Laurencin , son fils. Il arriva ensuite par une alliance à M. Jousserandot.

M. Goyet de Savy en est actuellement propriétaire, par son mariage avec Mlle Jousseiandot. Le château de Persange, de construction moderne, occupe un site délicieux. Sa construction est monumentale. Un parc magnifique l'environne. C'est une des belles résidences de notre département.

Fief de Pise. Il fut possédé dans l'origine par une famille noble qui en portait le nom. Jean de Pusie (Pise) , était un des témoins du traité intervenu en 12S3, entre Jean de Ghalon et Guillaume de Vienne. Il appartenait, au moment de la révo-

lution, à M. le marquis de Pillot, et se trouve aujourd'hui, par acquisition, entre les mains deMme la douairière de Ronchaux. Pise est une élégante demeure, embellie par un jardin et des bosquets plantés avec beaucoup d'art.

Château , bourg et ville. Le château de l'Etoile occupait le sommet occidental de la montagne de Montmusard et remplaçait probablement un fort plus ancien, puisque dans une charte de l'an 1260, Jean de Ghalon le qualifiait de château-neuf , castrum nomm. A ses pieds s'étendait jusqu'à Larnaud un bois de haute futaie, de trois mille journaux (1000 hectares) , appelé le Grand-Troussent, le Petit-Troussent et la Pièce- Rouge. Un chemin pavé , étroit et tortueux suivait les contours de la montagne et conduisait à une tour massive percée d'une porte défendue par une herse et un pont-levis. Au centre d'une cour assez vaste, s'élevait un bâtiment carré, flanqué de quatre tours circulaires , de 8m de circonférence. Derrière, était une haute tour ronde servant de donjon.

Une ceinture de murailles et de fossés , avec des tours aux angles, enveloppait le tout. A côté de cette enceinte, au sud, se trouvaient l'église paroissiale et le prieuré de Saint-Corneille. Au nord était le presbytère. Un bourg considérable couvrait le plateau de la montagne, à Test du château. Il était entouré d'une muraille épaisse, qui semblait faire corps avec le rocher et en être la continuation. Une seule porte y donnait accès. Une suite de maisons, suspendues contre les flancs de la montagne, bordait le chemin qui conduisait au château et formait un faubourg, au centre duquel était une chapelle dédiée à sainte Anne , dont l'emplacement porte le nom de Vi-

gne des Bouchets. Le fond du vallon était occupe par plusieurs groupes de chaumières qu'on appelait la Fille. La défense du château et du bourg était confiée à un capitaine châtelain, ordinairement choisi dans la noblesse du pays. Celte charge était remplie en 1494, par Aimé de Beaufort, et de 1632 à 1650, par Claude Lallemand. Le bourg était habité par plusieurs familles nobles, par une nombreuse bourgeoisie , à laquelle étaient confiés les offices de judicature , par des juifs et des artisans. Du bourg et du château , il ne reste que quelques pans de murs.

La dernière maison a été détruite en 1650. M. le comte de Richard a fait du presbytère une belle villa qu'il habite quelquefois. Le village a gagné à la destruction du bourg.

Plusieurs familles du duché de Bourgogne sont venues s'y fixer dans le cours du xvue siècle. Nous ne connaissons pas de villages qui réunissent autant de maisons de plaisance que l'Etoile. On y remarque le château de Persange, les habitations de Mme de Ronchaux, de M. de Sappel, de Mme9 Mignerot , de Mme Mazuyer, etc. Les carmes de Clairvaux y avaient un beau domaine , qui a été vendu en 1795.

Evénements divers. Il est à croire que les Routiers, qui s'emparèrent du château de Pymont en 1362, ont aussi occupé l'Etoile. Nul titre cependant le constate. En 1451 , le château et le bourg furent en partie consumés par un incendie. A la suite de ce sinistre , Anne Guyon , dite la Blonde, voulut contraindre ses sujets à rebâtir son manoir ; mais les habitants s'y refusèrent, et leur cause triompha devant le bailli d'Aval.

Les protestants de France, s'avancèrent, au moisde septembre 1578, jusqu'à l'Etoile, et y commirent les I

plus grands excès. Les paysans avaient pris les armes et s'étaient rangés sous la bannière de M. de Chaignez , qui défendait le château avec une faÛ>le garnison. Us durent céder devant le nombre. Le vaillant capitaine Junet de la Rivière , à la tète d'une compagnie de cent arquebusiers, assiégeâtes huguenots dans le château , les força à se rendre et les chassa du pays. Par un acte daté de son camp deConliège, le 19 août 1595, Henri IV donna une lettre de sauvegarde à Claude - François de Fouchier, et défendit à ses officiers et soldats, de commettre aucun dommage dans la seigneurie de l'Etoile, à condition que ce seigneur resterait neutre. Au mois de juillet 1637,1e duc de Longueville fit le siège du château. Il s'en empara et envoya la garnison prisonnière en Béarn. En 1846, lasuette milliaire sévit pendant douze jours dans le village et y fit plusieurs victimes.

Prieuré. Lorsque l'abbaye de Tournus eut reçu, en 1076, l'église de Saint-Corneille de l'archevêque de Besançon, elle envoya une colonie de ses religieux dans le village pour y fonder un prieuré. Le mercredi après la Saint-Mathieu 1260, Jean de Chalon l'Antique fonda dans ce nouveau monastère un anniversaire pour le salut de son âme et pour celle de Laurette de Commercy, son épouse, et déclara qu'il voulait qu'il y fût entretenu six religieux à perpétuité.

Il donna à cet effet 20 livres estevenantes de rente annuelle, assignées sur le revenu de la chaudière des aumônes à Lédon (Lons-le-Saunier) , quatre charges de sel et dix muids de vin , à la mesure de Chàteau-Chalon, à prendre dans ses vignes de l'Etoile. Le nombre des moines de ce prieuré ne tarda pas à être réduit à quatre , par suite des

dispositions faites en 1*64 par le même prince; et peu de temps après, les revenus en furent affectés à l'entretien de l'inquisiteur de la foi, dominicain qui résidait à Besançon dans le couvent de son ordre. Le prieuré cessa dès lors d'être habité ; il devint rural et la nomination du prieur fut réservée au pape. Henri de Vaux était prieur en 4539; Pierre d'Ugna, réfecturier de Gigny, en i 570 , et M. de Marnix, infirmier de l'abbaye de Saint Claude, en 1760.La garde du monastère appartenait au seigneur.

La maison prieurale était près de l'église. Tombant en ruine à la fin du XVIIe siècle , elle fut rebâtie dans le village et vendue nationalementle 18 juin 1793, à M. Jean-Louis Combette, de Lons-le-Saunier, moyennant 10,100 fr. Les descendants de M. Gombette en jouissent aujourd'hui.

Eglise. L'église prieurale et paroissiale de Saînt-Gorneille occupait le sommet de la montagne de Montmusard et s'élevait près du château.

Elle se composait de trois nefs, d'une chapelle seigneuriale , dédiée à sainte Anne, et d'une autre chapelle à la nomination des seigneurs dePersange, dédiéeà l'Annonciation Notre-Dame. Une confrérie de saint Vernier y faisait ses exercices. Le cimetière entourait l'église. Cet édifice tombant de vétusté en 1812 , les habitants résolurent de le démolir et de reconstruire une nouvelle église dans le centre du village. Ce monument est comme celui qui l'a précédé, sous le vocable de saint Corneille , pontife , dont on célèbre la fête le 16 septembre. Il se compose d'une nef voûtée en ogive, de deux chapelles , d'un chœur et d'une sacristie, sur laquelle s'élève un clocher couronné par un dôme. Il a été restauré en 1851. On y remarque

un bel autel en marbre bleu et blanc, un bon tableau , provenant de l'ancienne chapelle seigneuriale, qui représente la Vierge , l'enfance de Jésus et celle de saint Jean ; la tombe de Jacques- Joseph Trouillet, ancien curé d'Ornans, doyen de l'académie de Besançon, docteur en théologie , mort en 1809 , à l'âge de 95 ans, et celles de deux anciens curés de l'Etoile. Le cimetière renferme les tombes de M. Marie-Gabriel Mazuyer, célèbre professeur de chimie à la faculté de médecine de Strasbourg, né en 1761 et mort en 1849; de M. François -Aimé Thiéry de Franqueville, colonel d'état major en retraite , officier de la Légiond'Honneur, mort en 1850; de M. Louis Jousserandot , baron de Persange , né en 1779 , mort en 1830, et de Jean-Charles Petetin, ancien officier de marine, mort en 1839.

Commanderie de Girefontaine.

Guy de Falletans s'étant fait templier dans la commanderie de Dole , Thiébaud , son père , fit donation à cette maison, en 1183, d'une partie du fief qu'il avait à l'Etoile, pour y fonder une succursale. Ce nouveau temple fut appelé la commanderie de Girefontaine et fut dédié à saint Georges. En 1254, Jean de Chalon l'Antique céda au maître et aux frères du temple de Girefontaine, le cens annuel de 150 livres estevenantes , à prendre sur les sauneries de Salins , pour leur tenir lieu de tous les meix et hommes qu'ils avaient sur la montagne de l'Etoile, qu'il reçut en échange, en stipulant que la commanderie continuerait de jouir des biens et des hommes qu'elle avait en Valikre. La garde de ce prieuré appartenait au seigneur. Les officiers de justice de la baronnie y tenaient leurs assises le jour de fête de saint Georges, pour

recevoir le serment du commandeur ou de son représentant , des gardes et messiers de l'Etoile, Plainoiseau , Jonay et Brenans. Chaque année, les jours de fêtes de Pâques et de Saint-Georges , il se faisait un pèlenage à Girefontaine, qui attirait une foule d'étrangers. De si graves abus finirent par s'y commettre, qu'il fallut instituer des gardes pour les réprimer. On les payait avec les oblations que des fidèles pieux déposaient devant la statue de saint Georges. La maison du temple fut ruinée par les huguenots en 1578.

11 ne restait qu'une petite chapelle, qui a été vendue avec dix journaux de terre à l'entour, le 18 juin 1 793, à Claude-André Delhomme, de Lons- Ic-Saunier, moyennant 80,000 fr.

en assignats. Cette propriété appartient aujourd'hui à M. le docteur Bouillaud.

Biographie. L'Etoile est la patrie :

1 0 de Jean- Jacques Bonvalot , chevalier, premier président du parlement de Dole, mort le 22 novembre 1667. Le marquis d'Ienne , Philippe de la Baume-Sajnt-Amour, voulut lui faire cadeau d'une cassette richement ornée , qui renfermait les titres honorifiques de la famille Bonvalot de Besançon. M. Bonvalot la lui renvoya , disant que ces titres lui seraient inutiles, puisqu'il ne descendait pas de la même famille, quoiqu'il portât le même nom ; que la sienne était originaire de l'Etoile, où ses prédécesseurs n'avaient jamais rempli que les charges de procureurs, de châtelains et de baillis; 2° de Jean Coytier, père de Jacques Coyticr, célèbre médecin du roi Louis Xf ; 3° et de M. le commandant Goy, en activité de service, auteur du plan de la Rochelle.

Bibliographie. Annuaire du Jura,

1842. — Archives de M. le prince d'Aremberg, à Arlay; archives de M. le comte de Richard , à l'Etoile.

Etrepigney, Estrapigney, Estrepigney, vg. de Parr. de Dole, cant.

et percept. de Dampierre , bur. de poste d'Orchamps; succursale; à 6 kil. de Dampierre, 18 de Dole et 70 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 260m.

Le territoire est limité au nord par le Doubs , qui le sépare de la Barre et d'Orchamps ; au sud par la forêt de Chaux, qui le sépare de Chissey , Châtelay et Germigney ; à l'est par Plumont et Kans ; à l'ouest par Plumont, la Bretenière et Our.

La Châtelaine, Cinq-Cents, le Moulin et les Baraques du 6e triage de la forêt de Chaux , font partie de la commune.

Il est traversé par les ch. vie.

tirant à Orchamps, à Rans, à Plumont et à la Bretenière; par le Doubs, le ruisseau de la Doulonne et celui de la Vaine-Raie.

Popul. en 1790, 736 hab.; en 1846, 798; en 1851, 795, dont 384 nom. et 41 1 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 55 hab.; 178 maisons, savoir : dans la rue d'Orchamps 1 0, dans la rue derrière l'Eglise 1 5, dans la rue de la Chi relie 16 , dans la rue du Bois 27, dans la rue Gardée 15, dans la rue du Cuchot de la Ville 31, dans la rue de Fontaine 9, dans la Grande-Rue 10, dans la rue du Presbytère 7, dans la rue des Maréchaux 1 3, au Moulin 1, à Cinq- Cents 16, à la Châtelaine 1, aux Baraques 7 ; 229 ménages.

Les plus anciens registres de L'état civil remontent à 1602.

Cadastre exécuté en 1809 : surf, territor. 1428\ divisés en 2745 parcelles que possèdent 261 propriétaires, dont 57 forains; surf.

imp. *97h, savoir : 175h en terres lal>„ 86 en prés, 19 en pâtures , 5 en sol et aisances de maisons, 4 en jardins, 3 en vignes, d'un rev. cad.

de 18,049 fr.; cont. dir. en princ.

5285 fr. La surface non imp. se compose de Ii3ih, faisant partie de la forêt de Chaux.

Le sol , en partie ondulé et une autre partie en plaine , produit du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, de la navette, du colza , des betteraves , des carottes fourragères, des pavots, de la cameline , des pommes de terre , du chanvre , un peu de vin rouge , du foin, et beaucoup de fourrages artificiels.

On importe le tiers des céréales et le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

Le Doubs ravage souvent le territoire.

On élève dans la commune des bêtes à cornes , des moutons , des cochons et des volailles. On y engraisse des bœufs et des porcs. 1 60 ruches d'abeilles.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole et de Salins.

On trouve sur le territoire des carrières de pierre ordinaire et de taille de bonne qualité, des carrières de pierre à chaux , des sablières et d'excellente argile pour la poterie.

Les patentables sont : 3 aubergistes , 2 cafetiers , 1 boulanger, 2 bouchers, 1 épicier, 3 menuisiers, 2 charpentiers , 2 vanniers, 1 charron , 1 sabotier, 2 marchands de bois, 3 maréchaux-taillandiers, 1 maréchal- ferrant, 1 marchand d'étoffes, 45 potiers et 10 marchands de poterie.

l<a principale ressource des habitants consiste dans l'agriculture et

dans la fabrication de la poterie. Il y a au moins 120 ateliers, dans lesquels on fabrique de la vaisselle.

Dans plusieurs , on fait des briques réfractai res pour les fours , les usines, les calorifères, etc. La terre est d'un blanc grisâtre mêlé de mica.

Elle se tire de plus de dix mètres de profondeur, et plus on creuse, plus la qualité de l'argile est parfaite.

Elle soutient très bien le feu et sert à faire des creusets propres à fondre les métaux. La poterie d'Etrepigney jouit, depuis le xiv6 siècle , d'une grande réputation et s'exporte nonseulement en France , mais encore à l'étranger. Les procédés de fabrication attendent encore de nombreux perfectionnements. On évalue les produits de cette industrie à 60,000 fr. par an. La population, sans être riche, est dans l'aisance.

Les nombreux voyages qu'elle fait pour l'écoulement de sa poterie, l'a fait rapidement entrer dans les voies de la civilisation. Il y a un moulin à trois tournants avec une huilerie et un battoir à blé sur le ruisseau de la Doulonne , et une tuilerie. Il y avait autrefois une verrerie, qui a été abandonnée. La création de deux foires serait très utile dans cette commune.

Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, une maison commune construite en 1840, renfermant le logement de l'instituteur et la salle d'étude des garçons, fréquentée en hiver par 80 élèves ; une institutrice laïque et la salle d'étude des filles, fréquentée en hiver par 50 élèves , occupent une maison louée par la commune ; trois fontaines avec abreuvoirs , dont une au hameau de Cinq-Cents ; un puits communal, une pompe à incendie manœuvréc par une compagnie de 30 pompiers , deux fours à cuire la

polerie, et 20h 77* de terres , pâtures et friches, d'un rev. cad. de 189fr.

Bois. Les habitants sont usagers dans la forêt de Chaux ; leurs droits ont été confirmés par Marguerite , comtesse de Bourgogne, le 17 novembre 1388 , par le duc Philippele-Hardi en 1 399, et par le duc Jeansans-Peur en 1&08.

Budget : recettes ord. 6202 fr.; dép. ord. 6202 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Etrepigney occupe le revers d'un côteau sur la rive gauche du Doubs.

Ses habitations sont groupées, généralement construites en pierres, couvertes en tuiles et élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.

C'est un des beaux villages de l'arrondissement de Dole. Il paraît remonter à une haute antiquité. Une voie romaine partant de Salins, passait à Villers-Farlay, dans la contrée dite la Levée de César, traversait la Loue à Chissey, passait près de Plumont et à Etrepigney, sous le nom de chemin de Salins , et aboutissait de l'autre côté du Doubs à la ville de Crusinie, où elle rencontrait la grande voie de Dole à Besançon. Le nom d'Etrepigney semble dériver de si rata pugnœ , chemin du combat. La tradition a en effet conservé le souvenir d'une grande bataille livrée sur les bords du Doubs, pour en défendre le passage. Les deux côtés du chemin , entre Plumont et Etrepigney, sont couverts de débris de constructions, de fondations d'édifices et de tuileaux à rebords, surtout aux Buttes , point élevé et dominant la plaine. Il a dû exister un fortin à la Châtelaine. Au moyenage , Etrepigney se composait de deux parties bien distinctes et isolées; l'une appelée Cinq-Cents, et

située sur une éminence, formait un bourg ou castrum, et l'autre, appelée la Fille, d'Etrepigney, se composait de l'église paroissiale, d'un prieuré et de chaumières groupées à l'entour. On ne rencontre nulle part le nom de ce village avant la première moitié du xu* siècle.

Seigneurie. Etrepigney et Cinq- Cents dépendaient en toute justice de la prévôté d'Orchamps, et faisaient partie du domaine des comtes souverains de Bourgogne. Par son testament du mois de juin 1512, Hugues de Bourgogne, fils du comte palatin Hugues de Chalon, légua Orchamps, Etrepigney, Cinq-Cents, etc., aux héritiers d'Otton , comte de Bourgogne. Louis XIV vendit, le 12 juin 1698 , la seigneurie d'Etrepigney, à M. Claude-François Matherot de Preigney, conseiller au parlement de Besançon, pour 4020 livres. M. Antoine-Baptiste-Hyacinte Matherot, chevalier de Saint- Louis, habitait encore la maison féodale de sa famille à Etrepigney, lorsque la révolution le détermina à émigrer.

Sa sœur fit un partage avec la nation, et le lot échu à l'Etat fut vendu. 11 n'y eut jamais de châteaufort dans ce village. Les habitants, par un traité du xme siècle , s'engagèrent à contribuer aux réparations de celui d'Orchamps, à condition qu'ils auraient le droit de s'y retirer. Le seigneur avait la justice haute, moyenne et basse , la rivière du Doubs , depuis la Barre jusqu'au bief de la fontaine d'Orchamps. Il pouvait entretenir un bateau sur la rivière et percevoir un péage sur les voyageurs qui s'en servaient. Les mortes du Doubs, le moulin, le four banal lui appartenaient. Les dîmes se partageaient par tiers entre lui , le curé ut le prieur. Les sujets lui devaient deux corvées de charrue et

des cens. Chaque cuite de terre façonnée se payait un blanc. Il était défendu d'exporter de la terre non façonnée, sous peine d'amende et de confiscation.

Prévôté. Une famille noble tenait, à titre héréditaire, la prévôté de Cinq-Cents et portait le nom de ce lieu. Plusieurs de ses membres occupèrent des postes élevés dans la province.

Prieuré. Une bulle du pape Callix II , de Tan i 120, confirma à l'abbaye de Saint-Paul de Besançon , la possession de l'église d'Etrepigney, qui lui avait été donnée par le chanoine Narduin. Ce monastère envoya une colonie de religieux de l'ordre de Saint-Augustin , pour fonder un prieuré dans le village. Ce nouvel établissement ne tarda pas à être enrichi par les libéralités du comte Rainaud III. Une sentence de Burcard d'Ancel, légat de l'empereur Frédéric, confirma en 1175, au prieur d'Etrepigney, son droit d'usage dans la forêt de Chaux. Ce prieuré cessa d'être habité au xme siècle , et ses revenus servirent à la dotation d'un des officiers de l'abbaye de Saint-Paul , qui ajoutait à ses titres celui d'obédiencier d'Etrepigney. La maison prieurale était attenante à l'église. Il n'en reste d'autres traces que des tronçons de murs elles débris d'une tour, sur lesquels s'élèvent les bâtiments appartenant à François Poux et aux héritiers de Pierre Besson. Le prieur percevait la neuvième gerbe sur toutes les récoltes. Les habitants trouvant cette charge trop lourde, menaçaient, en 1650 , de déserter le village si on ne la diminuait point. Le prêtre qui desservait la paroisse , adressa une supplique au chapitre de Saint-Paul, dans laquelle il exposa que les épines couvraient les champs , que les bêtes

sauvages s'y retiraient, que le saint office allait entièrement cesser, si on ne réduisait le cens à la douzième gerbe. Celte proposition fut agréée.

Curiosités naturelles. Au nordest d'Etrepigney, dans un climat appelé au gouffre , on remarque un entonnoir, dans lequel vient se perdre, à travers de noirs cailloux, un ruisseau qui , après un long cours souterrain , reparaît sur le territoire de Rans. Au hameau de Cinq-Cents, est une autre ouverture pleine d'eau, appelée aux Mortes , ou au Creux- Bozon. On raconte qu'à minuit de Noël, on y entend sonner des cloches.

Cette tradition , commune à beaucoup de localités, remonte aux tenps celtiques. On croit qu'au xie siècle, le Doubs coulait au pied de la forêt de Chaux , et que le déchargeoir du moulin se trouvait alors aux Mortes.

Sur les deux côtés du chemin d'Orchamps , il y a plusieurs creux connus sous le nom de Creux de Sancy, qui communiquent avec le Doubs.

On ne sait quelle a pu être leur destination.

Evénements divers. (Voyez Orchamps.)

Biographie. Ce village a vu i Claude - François Berlan ( 1765- 1845), capitaine décoré, ayant fait la campagne d'Egypte , et Pierre Clerget (1778-1846), aussi officier décoré.

Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole , par M. Marquiset.

Evans , fteana^vg. de l'arr.^de Dole, cant. de Dampierre > bur.de poste de Saint-Wit (Doubs); succursale , composée d'Evans et d'Anlorpc; à d kil. de Dampierre, 26 de Dole et 78 de Lons-lc-Saunier.

Grand-Merccy, Collier el Berlhelange (Doubs); au sud par Dampierre , Fraisans et le Doubs , qui le sépare de Salans ; à Test par Saint- Wit , Antorpe et Berthelange ; à l'ouest par Dampierre et Petit-Mcrcey. La Fin-Basse , le Polu, la Combe , font partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de fer de Dole à Besançon ; par la route imp. n° 75 , de Moulins à Bàle ; par le Doubs ; par les ruisseaux du Grand et du Petit-Etang , de Fortbonne et de Mal pari y.

Pop. en 4 790, 339 hab.; en 1 846, 627 ; en 1851, 546, dont 289 nom.

et 387 fem.; pop. spécif. par kil.

carré, 37 hab.; 158 maisons; savoir : à Evans 135 et à la Fin-Basse 3; 139 ménages.

Les plus anciens registresde l'état civil remontent à 1557.

Depuis 1848 , époque à laquelle l'extraction du minerai de fer s'est ralentie , par suite du chômage des hauts-fourneaux du voisinage , les habitants émigrenten grand nombre pour être ouvriers ou domestiques dans les villes , et surtout à Paris.

Cadastre exécuté en 1807 : surf, territ. 1176b, divisés en 3541 parcelles que possèdent 275 propriétaires , dont 111 forains ; surf. imp.

934h, savoir : 472h en terres lab., 258h en bois, 131 en prés, 42 en vignes , 8 en vergers , 4 en sol de bâtiments, 5 en jardins, d'un rev.

cad. de 35,546 fr. ; contrib. dir.

3682 fr.

Le sol , d'une moyenne fertilité , produit du blé, du seigle , de l'orge, beaucoup d'avoine, peu de maïs, des légumes secs , de la navette , du colza, des pommes de terre, des betteraves, des carottes fourragères, du chanvre, des fruits, des vins blancs et rouges , des foins et des fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe les trois quarts des vins.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune beaucoup de bêles à cornes, quelques chevaux, des moutons el des volailles. On y engraisse des bœufs et des porcs. 50 ruches d'abeilles.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole et de Besançon. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture, l'extraction et le lavage du minerai.

On trouve sur le territoire de riches raines de fer en grains , exploitées pour les hauts-fourneaux de Fraisans, de Foucherans, etc. On les exploite au moyen de puits ayant une profondeur de 30m. Ce travail occupe 30 ouvriers , gagnant chacun 2 fr. par jour. On y trouve aussi des carrières de bonne pierre à bâtir, du sable , employé dans les forges pour la sablerie , de la marne et des carrières de pierre à chaux , dont l'exploitation a été abandonnée depuis la suppression de la tuilerie d'Evans.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, une maison commune bien distribuée, construite en 1844, contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 62 garçons ; 79h 10* de parcours, carrières, terres et prés , d'un rev.

cad. de 1851 fr. ; un presbytère insuffisant, dont M. le curé Millerand a cédé la jouissance à deux institutrices religieuses de l'ordre de la Providence, dont la maison principale est à Portieux ; leur salle d'étude est fréquentée en hiver par 60 filles.

Bois communaux: 6tb 29% dont lh 80* sont coupés annuellement.

Budget : recettes ord. 3255 fr.; dépenses ord. 2901 fr.

Evans esl situé sur la rive droite du Doubs , au fond d'un bassin arrosé par un cours d'eau. Il est divisé en deux quartiers par le ruisseau du Grand-Etang ; le plus élevé porte le nom de citadelle , et le plus bas celui d'Evans. Les maisons sont disposées par groupes , construites en pierres et généralement couvertes en tuiles. Ce village tire son nom du mot latin via , le chemin. La grande voie romaine de Dole à Besançon , passait en effet entre Evans et la route actuelle. Ses traces en sont encore parfaitement reconnaissables sur une grande longueur. La tradition rapporte qu'une grande bataille aurait été livrée sur ce territoire, à une époque reculée. Dans la contrée dite aux Sarrasins , au village sarrasin, M. Bruanda ouvert un vaste tu mu lus , dans lequel il a trouvé de nombreux ossements humains d'une grandeur extraordinaire , des sabres et des débris d'armures en cuivre.

Les squelettes avaient la tète tournée à l'orient et étaient renfermés dans des cercueils en pierre , dressés sur champ et recouverts de dalles.

Dans le lieu dit au champ des vies , on a découvert plusieurs tombeaux en pierre , d'un seul bloc, d'une longueur de 2m, et percés d'un trou dans le milieu. Us sont exactement semblables à ceux trouvés à Augerans, à Asnans et à Chaussin. Une grande partie du territoire est couverte de débris de constructions romaines. Les noms de champs sarrasins, villages sarrasins, pourront faire soupçonner à quelques archéologues qu'ils indiquent non-seulement le passage , mais encore le séjour des disciples de Mahomet à Evans ; nous leur ferons remarquer que dans le langage du peuple , le

mot sarrasin sert assez généralement à désigner les monuments anciens , de quelque époque qu'ils soient , et que les tombeaux, comme les ruines , dont nous avons signalé l'existence, appartiennent évidemment à la période qui a précédé la chute de l'empire romain. Le titre le plus ancien qui mentionne ce lieu est de l'an 1148.

Seigneurie. Ce village formait une seigneurie en haute, moyenne et basse justice , qui relevait de celle de Salans. Les sujets étaient mainmortables et soumis à de nombreuses charges féodales , dont on trouvera l'énumération à l'article Salans.

Le signe patibulaire, pour l'exécution à mort des criminels , était aux Fourches, et le poteau, pour l'exposition des coupables , au Carcan.

Seigneurs, Les seigneurs d'Evans portèrent le nom de cette terre jusqu'au xvie siècle. Guillaume d'Evans était marié, en 1515, avec Catherine d'Epenoy. Il vendit son fief à Pierre de Montrichard. Anne de Montrichard , fille de Pierre de Montrichard et de Gasparde Merlet , dame de Goux , épousa , le 1er août 1540, Joachim de Poligny, se remaria avec Jacques de Montrichard , et disposa de la terre d'Evans en faveur de Guillaume de Poligny, le second de ses fils. Guillaume de Poligny, seigneur d'Evans , se maria à Magdeleine de Poligny, sa cousine, dont il eut un fils du nom de Jean-Claude et plusieurs filles. Jean-Claude de Poligny testa, le 7 juin 1636 , et disposa de sa fortune en faveur de ses cousins, nés du mariage de Claudine de Montrichard, sa sœur utérine, avec Claude de Poligny, seigneur d'Augea. Son testament , qui contenait une substitution masculine à perpétuité, fut publié au bailliage de Dole, le 5 avril 1666. François de Poligny,

seigneur d'Augea , fut le premier à recueillir la succession et la substitution de Jean-Claude de Poligny.

11 épousa Etiennelte-Jacques , dame de Nans , dont il eut plusieurs enfants. François-Gabriel, l'aîné, eut la terre d'Evans dans son lot et ne cessa d'en habiter le château. Il vivait en 1745. 11 eut de Claudine-Antoinette de Beaurepaire, plusieurs filles et un fils nommé Charles- Claude-Ferdinand , qui fut seigneur d'Evans et d'Àugea. Il obtint le titre de comte pour lui et ses descendants.

Ce dernier mourut en 1776, laissant de dame Marie de Mignot de la Bévière, cinq filles, savoir : Marie-Antoinelte-Césarine, Marie - Josephe- Gabrielle , Marie- Jcannc-Xavière , Jeanne Baptiste et Marie-Antoinettê- Anne de Poligny. Comme il ne laissait point d'enfants mâles , MM. Joseph-Ignace Froissard , marquis de Broissia, et Bernard - Alexandre - François-Xavier Barberot , seigneur de Vellexon, prétendirent qu'ils devaient profiter des effets delà substitution contenue au testament de Jean-Claude de Poligny. Un immense procès s'engagea. Il parait que les suites en furent heureuses pour les filles du comte de Poligny, car M. le comte d'Augicourt-Poligny possède actuellement le domaine d'Evans, du chef de sa mère , qui était l'une de ces demoiselles.

Château. L'ancien château d'Evans n'existe plus. Il était clos par une muraille , dont la base était baignée par un vaste étang. Celui qui existe actuellement avait été reconstruit en 1665, par Jean-Claude de Poligny, qui en avait fait une des résidences les plus agréables de la contrée. Il se compose d'un bâtiment ayant la forme d'un parallélogramme rectangle , avec une tour quadrangulaire , surmontée d'une

flèche à trois des angles. Une quatrième tour a été démolie. Ce corpsde-logis n'était que les écuries et les dépendances d'un autre château beaucoup plus beau, qui était en face, et qu'on a démoli en 1813, parce qu'il menaçait ruine. Deux superbes avenues bordées , l'une de vieux tilleuls , et l'autre de gros marronniers , conduisaient à la cour d'honneur par deux directions différentes. Il ne reste plus que l'allée de marronniers.

Industrie ancienne. Il y a près de deux siècles qu'on commença à exploiter les mines d'Evans, pour l'usage du haut - fourneau et des forges qui étaient à côté du château.

Il y avait aussi près des forges, un moulin alimenté par l'eau du déversoir du Grand-Etang, et une tuilerie.

Tous ces établissements ont disparu.

Eglise. La chapelle primitive d'Evans et le cimetière , étaient dans la partie du village appelée la citadelle.

Us ont été supprimés , et leur emplacement a été converti en vigne.

L'église actuelle, dédiée comme la précédente, à saint Jean-Baptiste, a été construite en 1732, près du château ; elle n'est pas orientée et se compose d'un clocher, couronné par un dôme , d'une nef voûtée , de l'ancienne chapelle seigneuriale, sous laquelle était un charnier, renfermant les tombes des seigneurs d'Evans , et d'un chœur qui se termine octogonalcment. Cette église est desservie par un curé et un vicaire, qui tous deux ont été militaires M. le curé Millerand , vieillard âgé de 85 ans, est un ancien chirurgien des armées , qui guérit certaines maladies invétérées, et principalement les affections cancéreuses. Ses cures merveilleuses lui ont acquis une grande réputation. On vient pour le consulter, non-seulement de tous les

points de la France , mais encore de l'étranger. Son vicaire , après avoir servi sous les drapeaux pendant plusieurs années , rendit ses galons de sergent-major pour entrer au séminaire. Le cimetière entoure l'église.

On remarque dans son mur de clôture un piédestal érigé en 1851 , sur lequel s'élève une belle statue en fonte, représentant la Vierge conçue sans péché.

Pèlerinage. Saint Jean-Baptiste est en grande vénération à Evans.

On vient de très loin l'invoquer pour la guérison des maladies épileptiques et de la folie.

Curiositésnaturelles. Le ruisseau de l'Etang, après avoir donné la vie à un moulin , tombe en écumant de cascade en cascade sur des pierres anguleuses couvertes de mousse , et se jette dans un gouffre, dont la gueule béante s'ouvre au pied d'un rocher, traverse la montagne et se montre de l'autre côté avant d'aller se perdre dans le Doubs.

Fatraea ( les) , les Fesses , vg.

de l'arr. et du canton de Poligny, percept. de Crotenay, distrib. de poste de Mirebel ; succursale; à 16 kil. de Poligny, 20 de Lons-le-Saunier et 27 d'Arbois.

Altitude: 603m.

Le territoire est limité au nord par Fay et Picarreau , au sud par Mirebel ; à l'est par Pont-du-Navoy, et Crotenay; à l'ouest par Lamare. La grange de la Vermillière et le Patouillet font parte de la commune.

11 est traversé parle chemin de grande communication n° 5 , de Blelterans à Champagnole; par les cb . vicinaux tirant à Fay, à Picarreau, à Lamare, à Mirebel et à Pont-du- Navoy.

Le village est situé sur le premier plateau du Mont-Jura , au pied occidental de la côte de L'Heute. Les maisons sont groupées, composées d'un étage au-dessus du rez-dechaussée, construites en pierres et couvertes en laves.

Populat. en 1790, 222 hab.; en 1846,294 ; en 1851, 249, dont 152 nom. et 115fem.; pop. spécif. par kil. carré, 53 hab.; 53 maisons ; 56 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1710.

Les habitants n'émigrent pas.

Cadastre exécuté en 1835 ; surf, territ. 878h 81a, divisés en 1277 parcelles que possèdent 96 propriétaires, dont 17 forains; surf. imp.

871h, savoir : 456h en bois-taillis , 247 en terres lab., 135 en pâtures, 41 en prés-secs et prés-bois, 6 en broussailles , 4 en friches et murgers, d'un rev. cad. de 12,612 fr.; contributions directes en princip., 1868 fr.

Le sol , partie en plaine et partie montagneux , est d'une fertilité moyenne et craint la sécheresse. Il produit du blé , de l'orge , de l'avoine, du méteil d'orge et d'avoine , du maïs, des légumes secs, des pommes de terre, du chanvre, des fruits , du foin et des fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 25 c. pour cent.

On élève dans la commune des chevaux , des betes à cornes , quelques mulets , des moutons et des

volailles. On y engraisse des cochons.

80 ruches d'abeilles.

L'agriculture y est en grand progrès.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier, Poligny et Champagnole.

On trouve sur le territoire beaucoup de marne qui reste sans emploi , du minerai de fer, qui a été exploité dans le cours du xvin* siècle, pour le haut- fourneau du Pontdu-Navoy. On le lavait dans le lieu dit au Patouillet , et ensuite il était transporté à dos de mulets , par un sentier encore appelé le chemin des Mulets. On trouve aussi des sablières-, des carrières de pierre à bâtir, de la pierre de taille de première qualité , de couleur blanche avec des veines bleues, susceptible de recevoir le poli , et de la pierre à chaux.

Une fromagerie produit annuellement 15,000 kil. de fromage façon Gruyère, de bonne qualité.

Les patentables sont : un charron, un marchand de bois et un marchand de poterie.

Biens communaux : une église, un cimetière à l'en tour, un presbytère très vaste , mais en mauvais état , une belle maison commune , construite en 1847, sur les plans de rarchilecte Paillot ; elle contient la mairie, le logement de l'instituteur, une salle d'étude, fréquentée en hiver par 30 garçons et 22 filles ; une salle de pompe à incendie ; 5 fontaines avec abreuvoirs, une place publique, et 20frh 3ia de pâtures, bois et broussailles, d'un rev. cad.

de 1153 fr.

Bots communaux : 12ôb 16a, dont 3h 78* sont coupés annuellement.

Budget : recettes ord. 2175 fr. ; dép. ord. 2175 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Le village des Fesses ou des Faisses parait tenir son nom du mot latin fœx, qui signifie nuage, brouillard. Placé au pied de la côte de l'Heute , qui s'élève à 821 mètres au-dessus du niveau de la mer, il est en effet souvent environné de brouillards. Uue voie romaine , indiquée sur la carte dressée parles officiers d'état-major, partait de Poligny, passait à côté de la grange de la Vermillière , pour venir aboutir au Pont-du-Navoy et de là se continuer sur Champagnole et Pontarlier. Un embranchement de cette route traversait le bois des Vemes , sur le territoire des Faisses, etvenaitaboutirsur les routes qui tiraient à Lons-le-Saunier et à Orgelet. On reconnaît parfaitement les traces de ce chemin dans le bois près de la Fontaine au Larron et des ruines du château de la Garde. On ne doit pas être surpris de rencontrer des habitations ruinées aux Faisses. Les voies de communication que nous venons de signaler ont dû nécessairement y attirer de bonne heure des habitants. A VEtourbion , aux Argillards , on trouve des fondations de murs , des débris de constructions et des pavés d'appartements.

Toutefois , le premier titre qui mentionne ce lieu , ne date que de l'an 1154. C'est Pacte par lequel le pape Adrien IV, confirma la possession de l'église des Faisses à l'abbaye de Chàteau-Chalon.

Seigneurie. Ce village dépendait en toute justice de la seigneurie de Mirebel. (Voir l'article Mirebel.) En 1442, Jean devienne inféoda à la famille Touillier, de vastes domaines dans sa terre, notamment les grauges Bruand et des terres aux Faisses.

Marguerite Touillier fut mariée à

M. (TOlivet , conseiller au parlement, et lui porta ces biens en dot. La maison seigneuriale , construite par Anatoile Touillier, contiguë à la place publique , appartient actuellement à MM. deChassey, Sa face sudest est flanquée d'une grosse tour circulaire contenant un escalier, et d'une tourelle en pierre de taille , dont la naissance est à la hauteur du premier étage ; elle repose sur un cul- de-lampe et servait autrefois de chambre d'archives.

Château de la Verne ou de la Garde. Sur la côte de PHeute , au nord du territoire des Faisses , et au sommet d'une éminence, se voient les ruines d'un château , appelé aujourd'hui château de la Verne , du nom du bois qui l'entoure , et qui s'appelait jadis château de laGarde.

Son existence est rappelée dans une charte datée à Mirebel , du mois de décembre 1301, par laquelle Jean de Vienne , sire de Mirebel , déclare qu'il a fait construire une maison forte sur la côte de PHeute, entre Mirebel et Montrond , sur le Puy ( la montagne), appelée la Garde-le- Comte , vers le chemin de Vermil- Hères qui conduit de Grotenay à Chàteau-Chalon. Il reconnaît que cette forteresse a été construite sur un terrain qui lui a été donné par Jean de Chalon , comte d'Auxerre , et qui dépendait de la seigneurie de Monnet , il la reprend en fief de ce dernier, avec tous les travaux qu'il pourra y ajouter.

Prieuré. Il y avait autrefois un prieuré d'hommes aux Faisses ; il était de l'ordre de saint Benoit. 11 en est fait mention dans un titre de l'an 1227, et figure dans l'état des bénéfices dépendant de Cluny. H cessa d'être habité au xiva siècle et devint rural. La maison prieurale sert actuellement de presbytère. Elle est

très vaste , très ancienne , près de l'église et à l'extrémité occidentale du village.

Eglise. L'église a toujours été une succursale de celle de Mirebel; le patronage en appartenait à Pabbesse de Château-Chalon , qui percevait la dime sur le territoire. Elle est dédiée à l'Assomption de la sainte Vierge , dont on célèbre la fête le 1 5 août. Elle est orientée et se compose d'un clocher, d'une nef , de deux chapelles , d'un chœur, d'un sanctuaire rectangulaire et d'une sacristie. Sur la porte est la date de 1780. Le clocher est couronné par une toiture peu élevée ; les voûtes de la nef sont à berceau et légèrement ogivales; le sanctuaire est plus élevé et moins ancien que la nef. On y remarque les tombes, 1° d'Anatoile Clermont, de Salins, prieur de Saint- Germain-en- Montagne et curé de Mirebel et des Faisses, mort en 1744 ; 2° de noble Jean de la Roche, écuyer, lieutenant au régiment du Plessis, mort le 18 janvier 1679 i et d'un curé des Faisses , mort en 1614. Il y avait une chapelle dédiée à saint Anatoile , qui avait été fondée par Anatoile Touillier, au xvne siècle. Le cimetière contient la tombe d'Augustin Dussous , né aux Faisses, le 6 avril 1767, lieutenantcolonel d'infanterie légère , chevalier de la Légion-d'Honneur, mort le 18février 1834.

Falletans, Phalctans , Faletans , vg. de l'arr. de Dole , cant. et distrib. de poste de Rochefort 4 perception d'Authume ; succursale, composée de Falletans , du hameau de Gros-Buisson et des Granges - Vaunory; à 4 kil. de Rochefort, b* de Dole et 58 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 209.

Le territoire est limité au nord

par Rochefort; au sud par Dole, la Grande-Loye et Belmont ; à Test par Nenon ; à l'ouest par Dole , par le Doubs qui le sépare de Brevans et Baverans, et par Rochefort. Le Temple, la maison du bac , les Baraques des 2° et 3e triages de la forêt de Chaux, la grange Gervais-Thiébaud, font partie de la commune.

Il est traversé parles ch. vicinaux tirant à Brevans , à Rochefort , au Temple, à Belmont, à Dole , et du Temple à Belmont ; par le Doubs et ses mortes; par le Vieux-Bief, le bief du Moulin , le bief de l'Etang et celui de la fontaine de l'Efondré, qui y prend sa source.

Pop. en 1790, 527 hab. ; en 1846, 609; en 1851, 567, dont 367 nom. et 300 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 33 hab. ; 147 maisons , savoir : dans la Grande-Rue 21 , au centre du Village 32 , dans la Rue-Neuve 22, dans la rue de la Cure 32 , au Temple 17, dans le 3e triage de la forêt de Chaux, 13, dans le 2* 11 ; 186 ménages.

Les habitants n'émigrent pas.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1669.

Cadastre exécuté en 1836; surf, territ. 2426h 18», divisés en 1526 parcelles que possèdent 210 propriétaires, dont 79 forains; surf, imp. , 389h 60*, savoir : 231* 45»

en terres lab. , 1 22h 23» en prés , 9h 92* en bois , 7h 50* en vignes , 4h 23* en vergers , 3h 28* en mares, 2h 32* en étangs , 3h 01* en sol de bâtiments, lh 77* en saussaies, lh 41» en pâtures, broussailles et friches, d'un rev. cad. de 22,474 fr. ; contributions directes en priocip.

3559 fr.

La surface non imposable, de 2036h 58», se compose principalement d'une partie delà forêt nationale de Chaux.

Le sol , parfaitement exposé cl très fertile, produit du blé, de l'orge, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, de la navette, des pommes de terre, des betteraves, du chanvre , d'excellents fruits et eo abondance, des vins rouges médiocres , du foin et des fourrages artificiels.

On exporte le tiers des céréales et on importe presque tout le Yiu.

Le revenu réel des propriétés est «!e 4 pour cent.

Les inondations du Doubs ravagent souvent les récoltes.

On élève dans la commune beaucoup de bêtes à cornes et de porcs qu'on engraisse , quelques chevaux, des moutons et des volailles. 50 ruches d'abeilles.

L'agriculture est la principale ressource des habitants , qui fréquentent habituellement les marchés de Dole.

II y a une fromagerie , dans laquelle on fabrique annuellement 44 1 6 kil. de fromage, façon Gruyère, et un moulin à farine à deux paires de meules.

Les patentables sont : k aubergistes, 2 maréchaux - ferrants , 3 maçons , 1 menuisier , 1 fermier du bac , 2 charrons et 1 marchand de pressoirs à manège.

Biem communaux: une église et un cimetière à l'entour; un presbytère très convenable, proche de l'église ; deux places publiques ornées de croix remarquables ; une maison commune, construite en 1842, qui a coûté 17,000 fr. ; elle renferme la mairie , une salle de pompe à incendie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 60 élèves ; le logement de l'institutrice et la salle d'étude , fréquentée par 40 jeunes filles ; 1 fontaine avec lavoir et abreuvoir , et

lh 98* de prés et pâtures , d'un rev.

cad. de 174 fr.

Budget : recettes ord. 4591 fr. ; dép. ord. 4391 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Falletans est situé entre la rive gauche du Doubs et la forêt de Chaux, sur le revers occidental d'un coteau d'où l'on jouit d'une charmante perspective. Les rues sont bien percées. Les maisons sont groupées , construites en pierre et couvertes en tuiles plates, à l'exception de quelques-unes qui ont des toitures en chaume. Plusieurs ont un étage au-dessus du rez-de-chaussée.

On y remarque la belle habitation entourée d'un jardin anglais de M. Donzelot, ofûcier supérieur de cavalerie, en retraite, et la maison de plaisance de M. Garnier de Falletans. Placé à peu de distance de deux villes importantes sous la domination romaine , traversé par une voie antique, connue sous le nom de chemin de la poste, il a dû être habité dès les temps les plus reculés. Aucune preuve matérielle n'est cependant encore venue le constater. Le premier titre qui nous révèle son existence , est une charte de l'an 1040 , par laquelle Hugues 1er, archevêque de Besançon, confirma à l'abbaye de Baume-les-Nonnes, la possession de l'autel de Falletans.

Seigneurie. Ce village faisait partie de la prévôté de Rochefort et se divisait en plusieurs fiefs. Différents meix dépendaient en toute justice de la seigneurie de Rochefort; les autres se partageaient dans des proportions inégales entre les fiefs dits de la Tour, de Vaudrey , de Montrond, de Bernaud, et&Àmange.

Le plus important était celui de la Tour ; la prévôté du village y était attachée. Une famille noble, très dis-

tinguée dans la province, en avait la possession. On lit dans le nécrologe de Saint-Paul de Besançon : Nono kal maii 1088» obiit Guillelmus de Phdletans, subdiaconus noster redditus, apud nos sepultus, à quo ha* bemus ecclesiam de Phaletans. Thiébaud de Falletans, chevalier, confirma en 1 1 82 , la donation de l'église de Falletans à l'abbaye de Saint-Paul.

Néanmoins, l'abbaye de Baume-les- Nonnes ne tarda pas à recouvrer sur cette église les droits qui lui avaient été usurpés. La liste des membres de la famille de Falletans qui ont possédé le fief de la Tour, publiée par Labbey de Billy , dans son Histoire de l'université du comté de Bourgogne» étant exacte, nous nous dispenserons de la reproduire. Le dernier représentant de celte maison qui possédait ce fief en 1790, est M. Marie-Nicolas , marquis de Falletans , comte en Bavière , chevalier de Saint-Louis , de Saint-Georges et de la Légion-d'Honneur, maréchalde-camp, inspecteur -général des gardes nationales du département du Doubs , marié le 1 1 décembre 1786, avec Mll° Henriette-Charlotte-Christine -Andrault de Langeron, fille de M. le comte de Langeron. L'archiduc Maximilicn avait disposé en 1494 du fief de la Tour, en faveur de la maison de Vautravers.

François de Vautravers le possédait en 1577, mais il rentra en 1711 dans l'ancienne famille de Falletans.

De ce fief dépendait : c une haulte et apparente tour (marrée à quatre pans de murailles fort épaisses, étant couverte de laves, fondée sur une petite motte fossoyée, dans un vergieret meix contenant environ deux bonnes soitures, sur lequel était clos de palissades et contigu à la forêt de Chaux; à côté était une morte ou mare , dans laquelle les sujets ne

F — Sh — F

pouvaient pécher sous peine d'amende. » La tour n'existe plus aujourd'hui.

Fiefs divers. Les deux fiefs dits d'Amange et de Bcrnaud, étaient possédés en 1538, par Prudent de Saint - Mauris , comme époux de Jeanne Belin. Anne-Paule de Saint - Mauris , une des héritières de cette maison , les porta en dot à Jean- François , comte de Dortans , mort après 1789.

Celui de Vaudrey était possédé en 1538, par le sieur Yauchard, de Dole. Antoinette Boutechaux, mère de Pierre Vauchard, en fit hommage au souverain en 1670. Celui de Montrond passa à Antoine Garnier, écuyer, professeur de langue grecque à l'université, et plus tard viceprésident au parlement de Dole, par son mariage contracté le 15 janvier 1579 , avec Marguerite Lemaire, fille de noble Claude Lemaire , coseigneur de Falletans. Antoine Garnier fut envoyé plusieurs fois en députalion à la cour de Bruxelles et fut employé dans plusieurs négociations importantes en Flandre et en Suisse. Il reçut des archiducs une belle médaille d'or, en reconnaissance des services qu'il leur avait rendus, avec une gratification pécuniaire.Claudc Garnier, fils d'Antoine, fut successivement nommé de 1619 à 1629, avocat-général, conseiller et vice-président du parlement de Dole. Par son testament du 1er octobre 1653, il institua héritier Hugues Garnier, son fils ainé. Hugues et ses descendants, dont nous avons donné la liste à l'article Choisey, furent co-seigneurs à Falletans jusqu'au moment de la révolution.

Cette famille existe encore et continue de posséder une maison seigneuriale et un domaine à Falletans. I A tous ces fiefs, était attachée la |

moyenne et basse justice seulement.

Les sujets étaieat main-raortables , devaient une corvée à bras et une poule par ménage. Le conseiller Le* inaire acheta la haute justice sur tout le village de Falletans du roi Louis XIV, le 22 novembre 1697.

Commanderie du Temple. La commanderie du Temple- lez-Dole, placée sous le vocable de saint Denis, était située entre Falletans et Azans, sur la rive gauche du Doubs , dans une gracieuse vallée qui plongeait dans le flanc occidental de la forêt de Chaux. Elle fut fondée de 1133 à 1134, par Renaud III, comte de Bourgogne, qui la dota richement.

L'illustre Bernard de Dramelay, devenu plus tard grand -maître de l'ordre du Temple , en était le commandeur en 1 1 34 . Béalrix de Bourgogne, femme de l'empereur Frédéric Barberousse, y séjournait très souvent, pendant que son époux combattait en Syrie où il trouva la mort. Elle data de ce lieu deux chartes, l'une en 1181 et l'autre le 2 octobre 1 183. Cette commanderie relevait du Grand-Prieuré d'Auvergne, dont le siège était à Lyon.

Elle était dirigée par un supérieur, appelé maître ou recteur , et habitée par des chevaliers destinés spécialement au service des armes.

Dans le procès fait aux Templiers par Philippe-le-Bcl , on voit figurer plusieurs fois un Henricus de Dola , qui était assez éminent pour avoir été d'abord précepteur d'tfncey, près de Vitteaux, puis le chef de la baillie de Bure. Après la suppression de l'ordre du Temple, cette commanderie fut concédée aux frères hospitaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem. De cette maison magistrale dépendaient les commanderies tfAbergement - Saint - Jean, de Saint-Georges de V Etoile

et deSaligney. Le commandeur avait la justice haute , moyenne et basse, sur le village du Temple, la moyenne justice à Baverans , le droit de pèche et de bac sur la rivière du Doubs, des droits d'usage importants dans la forêt de Chaux et de nombreux privilèges. Cette maison était très riche; ses revenus s'élevaient, en 1788 , à plus de 19,000 francs; elle devait au chapitre métropolitain de Besançon, un cens de 80 quartaux de blé , moitié froment, moitié avoine , pour dotation d'un canonicat. Parmi les commandeurs, on connaît Jean de Villers-Sexel , en 1459, Claude d'Ugna, en 1593, Philibert-Bernard de Froissard-Broissia, en 1732; Georges-Etienne- Joachim Buson de Champvans , en 1755; Claude - Antoine de Vaudrey, en 1785. Le dernier titulaire fut Alexandre-Louis Savary de Lancesme , bailli, grand-croix de l'ordre et grand bailli de Bourgagneuf. 11 existe dans les archives du Rhône, une liste des commandeurs dès l'an 1 380 à 1 639.

Nous publierons cette pièce plus tard.

La maison du Temple, autrefois fortifiée et entourée d'une muraille flauquée de plusieurs tours , a été vendue nationalement en 1791. Une partie a été démolie et le surplus a subi de nombreuses transformations .

Elle appartient aujourd'hui à M. Nicolas Gauthier, qui l'habite. A l'extrémité nord de la face orientale , on remarque un fragment de corniche qui repose sur quatre corbeaux en pierre, appartenant à l'architecture romane, usitée au xu* siècle. Un mur reliait l'église avec la face septentrionale du château. Celte église avait 30 mètres de longueur et était orientée. On voit sur le bord de la rue principale du Temple, des débris de cet édifice , tels que corniches ,

chapiteaux, cordons, etc. Chaque pierre est parfaitement sculptée.

Eglise de Fallet ans. Elle est située au sommet d'un coteau qui domine le village, et dédiée à l'Assomption de la Mère de Dieu , dont on célèbre la fête le 15 août. Elle est orientée et se compose d'un clocher, d'une tribune , de trois nefs , d'une chapelle à droite des nefs , d'un chœur , d'un sanctuaire rectangulaire et d'une sacristie. Le clocher n'a sa naissance qu'au-dessus de la voûte de la nef principale.

Cette nef est décorée de frêles pilastres, sur lesquels s'appuie une voûte à arc surbaissé, en forme d'anse de panier. Les collatéraux sont très étroits. Le chœur et le sanctuaire sont beaucoup plus étroits et plus anciens que le reste de l'édifice. Ils datent du xuie siècle et formaient l'église primitive. Des pilastres avec chapiteaux ornés do feuillages , d'oiseaux , de fruits , de tètes d'hommes, et surmontés de nervures et d'arcs-doubleaux , dé»

corent cette partie du monument.

L'ogive s'y dessine timidement et y alterne avec le plein-cintre, ce qui indique l'époque traditionnelle de l'architecture romane à l'architecture ogivale. On remarque dans le sanctuaire un beau retable en pierre, du style de la renaissance et un autel provenant de la chapelle domestique de M. Garnier de Falletans. On a placé dans la nef trois jolies statuettes en albâtre, datant du xivc siècle et représentant l'une, sainte Anne, qui instruit la sainte Vierge, une autre, saint Antoine, ermite, accompagné de son cochon et entouré de flammes , et la troisième , la sainte Vierge. Dans la sacristie est une statue très ancienne de Notre-Dame. A la chapelle du Rosaire , se trouve un tableau sur bois

représentant l'adoration des mages ; il mérite d'être conservé comme peinture de la lin du xve siècle. A coté de l'autel de Sainte-Pbilomène, est une statue de la Mère de Dieu , dont l'enfant est représenté avec un oiseau dans ses mains. De l'autre côté de l'autel , on voit un buste de saint Denis , ainsi qu'un reliquaire en forme de main , qui étaient autrefois un but de pèlerinage et auxquels on) vient encore présenter les enfants sujets à des convulsions ou affligés du mal caduc. Ils proviennent de réglise des Templiers. Dans la chapelle contiguë à la naissance du chœur, et que M. le curé vient de faire restaurer , on remarque contre le mur une pierre richement encadrée d'enroulements , portant cette inscription : • Scéans gist vénérable personne messire Didier Pasqvevote a son vivant de ce liev, pbrestre 6acîielier en décret, qui de son vivant fonda et esleva ceste chapelle , et y ordonna trois messes la sebm. les mardi, jeudi et sâbedi, et en fit colateur honnàr. hùe Jehan Pnsqvote son nepvevr... et trespassa le 19e de décembre en l'an 1554. Dieu aye son âme. Amen. » L'épi taphe de Jean Paquotte vient ensuite. Une tombe, avec une inscription en caractères bizarres, recouvre les restes de Didier Paquotte , le jeune , mort en

Du cimetière, on jouit d'un point de vue admirable; on distingue la vallée du Doubs, bordée par la forêt de Chaux , les rochers escarpés de Rochefort, la superbe ligne de peupliers qui ombragent le canal du Rhône au Rhin , la ville de Dole , Rochefort, Baverans, Brevans et Azans, tous disposés en amphithéâtre , comme sur des gradins.

Maladrerie. Un hospice pour les lépreux existait à Falletans. Un titre de 1292 le mentionne.

Evénements divers. Ce village i placé à proximité de deux places de guerre souvent assiégées , vit son territoire à chaque instant occupé par les invasions ennemies. Un compte de la prévôté de Rochefort, de 1569 à 1570 , nous laisse apercevoir la désolation de cette terre :

« Le receveur ne peut être payé des cens de Rochefort, d'Àudelange, de Chastenois, de Falelansetdes autres villes, pour cause de ce que li meix sont et les terres en ruynes et en planches, et sunt morts et trépassés ceux qui dévoient les dites censés et n'y a nuls hers ( héritiers ). » De fréquentes inondations du Doubs, plusieurs incendies , et notamment celui de 1842, qui détruisit 15 maisons , le pillage des maisons et le rançonnement des habitants au xvne siècle , tels sont les événements principaux qui composent les annales de ce village.

Bibliographie. Statistique de Par rondissement de Dole, par M. Marquiset. — Annuaire du Jura, année 1849. — Labbey de Billy. — Mémoire statistique sur les établissements des Templiers en Bourgogne, par M. César Lavirotte.

Fa verges - lts-C hnrnod • Commune réunie à celle de Yilleneuvelez-Charnod, le 8 mars 1821.

Faverges-lez-Saint-Imetlèrc ,

commune réunie à celle de Lavanssur-Valouze, le 8 mars 1821.

Favtére (la), vg. de l'arr. de Poligny, cant., percep. et bur. de poste de Nozeroy ; paroisse de Gillois ; à 2 kil. de Gillois, U de Nozeroy, 30 d'Arbois , 33 de Poligny et 45 de Lons-le-Saunier.

Le territoire est limité au nord

par Noxeroy ; au sud par Gillois ; à rest par Billecul et Trébief; à l'ouest par Conte et Gillois.

Il est traversé par le chemin de grande com. n° 17, de Nozeroy aux Planches ; par les ch. vie. tirant à Nozeroy, à Gillois et à Billecul.

Le village fait partie du val de Mièges, et occupe le revers d'un coteau ; les maisons sont peu isolées , construites en pierre et couvertes en bardeaux ou tavaillons.

Pop. en 1790, 103hab.;en 1846, 96; en 18b 1, 11S, dont 68 nom. et 44 fera. ; pop. spécif. par kil. carré, 40 hab.; 18 maisons; 20 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1793.

Les habitants n'émigrent pas. Plusieurs d'entre eux sont parvenus à un âge très avancé. On cite une dame Garnier, qui vivait encore en 1846, et ayant à cette époque plus de 100 ans. Claude -Joseph Michel , âgé de 96 ans, est encore très agile et jouit de toutes ses facultés. 11 est cultivateur et tisserand.

Cadastre exécuté en 1814; surf, terril. , 276* 93», divisés en 596 parcelles que possèdent 56 propriétaires, dont 27 forains ; surf, imp., 273h 80*, savoir : 154h en terres lab., 95h en pâtures, 20b en prés, 4* en broussailles, d'un rev. cad.

de 6343 fr.; cont. dir. en princip., 645 fr.

Le sol , montagneux et d'une fertilité moyenne, produit du blé, du méteil d'orge et d'avoine , peu de seigle, des légumes secs , des betteraves, des pommes de terre, du chanvre, peu de fourrages artificiels et beaucoup de foin.

Le revenu réel des propriétés est ile 3 fr. 75 c. pour cent.

On exporte le dixième des céréales et on importe le vin.

On élève dans la commune des

chevaux , des betes à cornes et on engraisse quelques porcs. 45 ruches d'abeilles.

L'agriculture y est en progrès et forme avec les fromages la principale ressource des habitants, qui fréquentent habituellement les marchés de Champagnole.

On trouve sur le territoire, de la marne, non exploitée , des sablières et des carrières de mauvaise pierre à bâtir.

Une fromagerie produit annuellement 12,000 kil. de fromage, façon Gruyère, de bonne qualité. Le. chalet appartient aux sociétaires.

Biens communaux : une maison commune sans destination , un lavoir en bois , deux oratoires dédiés à la Vierge, patronne du village, une fontaine et 98h 36* de pâtures et broussailles, d'un rev. cadast. de 791 fr. Les enfants fréquentent les écoles primaires de Gillois, lorsque les neiges n'interceptent point les communications.

Bois. 5h se coupant à des époques irrégulières.

Budget : recettes ord. 946 fr. ; dép. ord. 946 fr.

Bureau de bienfaisance. Il y a un bureau de bienfaisance commun à toute la paroisse de Gillois. La Favière a droit à un revenu d'environ 20 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Le petit village de la Favière est le groupe d'habitations le plus rapproché de la source de l'Ain , l'une des rivières importantes de l'antique Séquanie. On croyait ce lieu d'origine toute moderne, lorsque la découverte faite en 1848, de plusieurs médailles romaines , vint indiquer le point où l'encens avait fumé jadis en l'honneur de cette source divinisée. La religion païenne qui ,

pour frapper les sens, avait tout personnifié, aurait manqué à son principe si elle n'eût rendu les honneurs suprêmes aux quatre éléments constitutifs de la nature. Le premier de ces éléments , l'eau , fut dans tous les temps et chez tous les peuples de l'univers , l'objet d'une vénération toute particulière. Aristide, dans son hymne en l'honneur de Neptune, nous apprend que dans l'antiquité la plus reculée, on considérait les fleuves, les fontaines et généralement toutes les eaux , comme les premiers et les plus grands d'entre les dieux. Chez les Romains , comme chez les Gaulois , les divinités des eaux étaient multipliées à l'excès. Lors de l'introduction du christianisme , les évoques eurent toutes les peines du monde pour substituer le nouveau culte aux anciennes superstitions, qui avaient chez le peuple de si profondes racines. A la Favière, dans la contrée dite au Stau ou sous le Calvaire, on a trouvé au mois de septembre 1848, trois médailles romaines en bronze, toutes trois à l'effigie de Lucille, fille de Marc-Aurèle et de Faustine.

C'est là que dut être le temple élevé en l'honneur de l'Ain. Une croix lui fut substituée plus tard. On alla longtemps en procession au calvaire pour faire des prières dans les temps de sécheresse, afin d'obtenir la pluie.

Ce souvenir chrétien, de même que les deux oratoires consacrés à Notre- Dame , se rattachent au culte rendu au roi des fleuves du Mont-Jura. Le village de la Favière , apparaît dans les titres dès le xive siècle, comme une dépendance de la seigneurie de Nozeroy. On en trouvera l'histoire aux articles Mièges et Nozeroy.

Fay, Faia , Faëta, Fay~en-Mon- Lagne , vg. de l'arr. et du cant. de

Poligny, perc. deCrotenay, dislrib.

de poste de Mirebel ; succursale ; à 13 kil. de Poligny, 23 de Lons-le- Saunier et 24 d'Arbois.

Altitude : 530m.

Le territoire est limité au nord par le Fied ; au sud par Lamare et les Faisses ; à l'est par Picarreau et à l'ouest par la Doye.

II est traversé par le chemin de grande corn. n° 5 , de Bletterans à Champagnole ; par les ch. vicinaux tirant à Poligny, aux Faisses, à Lamare et à Picarreau.

Le village est situé sur le premier plateau du Mont-Jura, contre le revers septentrional d'une éminence , dans une position agréable. Les maisons sont généralement groupées, construites en pierre , couvertes en laves et composées d'un étage au^ dessus du rez-de-chaussée.

Pop. en 1790, 202 hab. , en 1846, 270; en 1881 , 259, dont 129 nom. et 130 fem. ; pop. spécif.

par kil. carré , 41 hab.; 49 maisons; 58 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1700.

Les habitants n'émigrent pas.

Cadastre exécuté en 1836; surf, terril. Ô2ÔU 23a, divisés en 1238 parcelles que possèdent 188 propriétaires , dont 1 22 forains ; surf, imp. , 617h49*, savoir: /i76h en terres lab., 119 en pâtures, 9 en bois, 8 en broussailles, d'un rev.

cad. de 7371 fi\; cont. dir. en prino. 1769 fr.

Le sol présente quelques acci^ dents de terrain assez prononcés.

La terre végétale repose sur le roc vif ou sur une marne très compacte.

On récolte dans la commune du blé, de l'orge, de l'avoine , du maïs , des pommes de terre , peu de légumes secs, de chanvre et de fruits, du foin et des fourrages artificiels. On

y élève quelques chevaux, des bêtes à cornes , des volailles, et on y engraisse quelques porcs. 18 ruches d'abeilles.

L'agriculture y est en progrès.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 75 c. pour cent.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Poligny, de Champagnole et de Lons-le-Saunier. Us jouissent presque tous d une grande aisance.

On trouve sur le territoire de la marne, qu'on a le tort de ne pas employer à l'amendement des terres, des carrières de pierre à bâtir et de taille, exploitées. Cette pierre imite parfaitement celle de Crançot.

Il y a deux fromageries, dans lesquelles on fabrique annuellement 25,000 kilog. de fromage, façon Gruyère.

Les patentables sont : un marchand de grains, un cordonnier, un mercier et un quincaillier.

Biens communaux : une église et un cimetière à l'entour ; un presbytère convenable, contigu au cimetière; une maison commune construite en 1845, qui a coûté 11,000 francs ; elle renferme la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 36 garçons et 17 filles; une place publique, 3 puits , 3 citernes et H5h 17a de pâtures, d'un rev.

cad. de 178 fr.

Bois communaux : U6h 07**, coupe annuelle 3h 48*.

Budget : recettes ord. 2Î81 fr. ; dép. ord. 2106 fr.

L'élymologie du nom de Fay, parait venir du latin fagus, hétre.

Ce village aurait été ainsi nomme soit parce que cet arbre croit en grande quantité dans le pays , ou qu'un fagus y aurait été consacré à Jupiter. La feuille du hêtre servait à orner les autels de ce dieu dans les grandes solennités. La voie romaine de Lyon à Besançon , avec embranchement sur Salins, passait entre Fay et Lamare , dans les contrées dites la grande vie, la vie, ou le chemin Saunier. On a trouvé à Lamare, sur le bord de cette route, quarante-cinq médaillles romaines. Entre Picarreau et le camp de Sermus, on a recueilli un grand nombre de monnaies gauloises. Une vigie ou station fortifiée pour la défense de cette route existait à Fay, dans le lieu dit au Châtelei. A la Fillette, au Plaigneau , on rencontre souvent des débris de constructions romaines. Nous avons reconnu un puits antique en partie comblé, dans le champ appelé au Poinu. Un chemin très ancien , de Château-Chalon à Nozeroy, passait à Fay, dans le lieu dit la vie des Anes. Un voile épais couvre l'histoire de ce village jusqu'au xne siècle. Le premier titre qui le mentionne, est un diplôme de l'empereur Frédéric Barberousse, du 19 septembre 1 1 65 , par lequel ce souverain confirme à l'abbaye de Château- Chalon l'église de Fay, le tiers du village et les trois corvées de l'ermite Guy. Une bulle du pape Luce, de l'an 1 184, en faveur du même monastère, lui confirme de nouveau l'église de Fay, avec l'ermitage de M. Guy, ecclesiam de Fay cum edificio Domini Guidonis heremitœ.

Seigneurie. Fay dépendait en toute justice, haute, moyenne et basse , de la seigneurie de Mirebel.

( Voir l'article sur ce lieu ).

Prévôté. Le village était administré par un prévôt héréditaire qui

en portait le nom. Etienne de Fay , Stephanus de Fayâ, avait donné un four à l'abbaye de Rosières , parce que son frère, dit d'Àntioche, y avait été admis comme moine. Gaucher, sire de Salins , confirma cette donation par une charte de l'an

Ermitage de Saint-Guy ou de Saint-Fort. Sur les débris d'une villa romaine , dans un terrain appelé à la Fillette , où la tradition place un ancien couvent, s'élevait un ermitage , dont il ne reste plus de vestiges. 11 en est fait mention dans la bulle de Tan 1184, déjà citée, comme d'un édifice encore existant. L'historien Chevalier prétend que Guy, abbé de Baume et de Gigny, de 927 à 937, neveu du B. Bernon , fondateur de Cluny , quitta ses abbayes pour se faire ermite à Fay, qu'il y mourut en odeur de sainteté et y fut honoré sous le nom de Saint-Fort, parce qu'on l'invoquait pour le rétablissement des forces du corps. Cet auteur ajoute que son tombeau se voit dans un oratoire, au côté droit de l'église ; qu'il est élevé de terre d'environ un pied et demi, et environné d'une balustrade en bois ; que ce tombeau ayant été ouvert pour la première fois en 1716, par ordre de l'archevêque de Besançon, on y trouva un corps sans aucun dérangement, déposé en un cercueil creusé dans le roc, fermé par des tablettes de pierres bien taillées , jointes et cimentées, et recouvert de trois pieds de terre , avec une pierre tumulaire superposée. Il affirme avoir lu sur celte pierre les mots suivants, d'une inscription mutilée, en caractères . du xe siècle : Hic fuit in mundo celeber.... virtutibus ornalus etir-

radialus invictus vitiorum

repulit ictus.... presbyter Ber-

nonis Clun animant creatore

suo. M. D. Monnier a relevé cette inscription avec beaucoup plus d'exactitude que Chevalier. Il y a lu les six vers léonins suivants, mutilés :

....ibuiomatut, virtutibus irradiâtes,

sit in hac vità seu Lucifer hic heremita.

.....it i. me lus vitiorum repulit ictus

asti celebris tibique lu* iosLat aprilis

. ...etori... oboni sis démens Cbrisle Widoni. .....radisus..... c..... jit...., det..«.. s.... k.....

M. Gaspard , le savant auteur de l'histoire de Gigny, regarde l'opinion de Chevalier comme purement conjecturale et même dénuée de fondement. Il n'hésite pas à croire que le culte de saint Guy ou saint Fort, à Fay, se rapporte à saint Wit , martyrisé en Calabre , dans le premier siècle , dont l'église fait la féte le 15 juin , et dont le corps fut apporté d'Italie en France dans le vin® siècle, ainsi que la pierre sur laquelle il reçut la couronne du martyre. Cette pierre existe, dit-on, dans l'église de Mouthier-en-Bresse, placée en effet sous le vocable de saint Wit. Le même auteur ajoute que de nos jours, non-seulement on y porte comme à Fay, les enfants faibles ou malades, mais on y conduit encore les paralytiques, qui étendent sur celte pierre noire leurs membres perclus, dans l'espoir que le mouvement s'y rétablira par l'intercession du saint martyr. A Cluny , selon M. Lorain , il y avait aussi à la porte d'entrée de l'église, une table de pierre sur laquelle les mères et les nourrices apportaient les enfants, afin de les empêcher de pleurer. Elles nommaient cette table, table de saint Criard.

M. l'abbé Richard, dans son histoire des diocèses de Besançon et de Saint-Claude, partage l'opinion de M. Gaspard, et affirme que c'est saint

Wit qui est honoré à Fay. M. Monnier pense que c'est l'abbé Guy qui y est honoré , sous le nom de saint Fort. Au milieu de ces opinions, toutes différentes et cependant toutes respectables, il est difficile de dire quelle est la meilleure. Nous penchons toutefois pour celle de Chevalier. Il est incontestable qu'il y a eu à Fay un ermitage; que celte retraite a été habitée par un ermite du nom de Guy; que la tombe de ce saint personnage repose dans l'église; que le curé du lieu, suivant un usage immémorial, a toujours fait l'office de ce saint, le 17 juin, sous le nom de saint Guy ou Widon ; que c'est sur la tombe de saint Guy, surnommé par le peuple saint Fort, que les malades priaient pour obtenir leur guérison. L'ermite Guy est- il le même que Guy, abbé de Baume et de Gigny ? Le fait est possible , probable même, mais il n'est pas certain.

Eglise. L'église est située sur une éminence , à l'extrémité sud-est du village. Elle est orientée et dédiée aux saints Féréol et Ferjeux , dont on célèbre la fêle le 16 juin. Elle se compose d'un clocher, d'une nef , d'un chœur, d'un sanctuaire de forme rectangulaire , d'une chapelle à droite de la nef et d'une sacristie. L'édifice a été réparé en i7S8, aux frais de M. Jousserandot , curé de la paroisse. Le clocher porte le millésime de 1812. Le chœur et la nef sont garnis de stalles et décorés de pilastres de l'ordre composite. On y remarque deux bas-reliefs sculptés sur bois, représentant le Christ après sa mort et descendu de la croix. La chapelle renferme le tombeau de saint Guy, connu vulgairement sous le nom de saint Fort. Le corps du saint repose dans un tombeau en maçonnerie, recouvert de dalles. On

rapporte qu'en 1853, M. Bondicr, alors curé de Fay, assisté de plusieurs de ses paroissiens , ayant ouvert ce tombeau, y trouva une bouteille renfermant du vin d'une limpidité extraordinaire. Ayant voulu toucher au corps du saint pour en détacher un os, qui devait être mis dans un reliquaire , et exposé à la vénération des fidèles, toutes les personnes présentes furent entourées d'une épaisse fumée qui s'échappait du cadavre. La frayeur que cet événement inspira, fit renoncer à l'entreprise.

Pèlerinage. Le pèlerinage à Saint- Fort était célèbre au moyen-âge. On s'y rendait de fort loin. Les paralytiques, les enfonts perclus de leurs membres y étaient amenés en foule.

La chapelle était ornée d'ex-voto attestant des guérisons merveilleuses. Le pèlerinage a encore lieu , mais l'affluence des malades a diminué avec la loi.

Fay-cn-Itressc, Fat Ut, les DeUX-

Fay ou Fay s , les Faix , Fay-lez- Tassennière, Fay-de-Colonne , vg.

de l'arr. de Dole, cant. et distrib. de poste de Chaumergy, perc. de la Cbassagne; succursale, composée des Deux-Fay et de Foulenay ; à tt lui. de Chaumergy, 26 de Dole et 29 de Lons-ie- Saunier.

Sergenon , Bicfmorin et Champrougier; au sud par Foulenay; à l'est par Champrougier ; à l'ouest par la Chassagne, Sergenaux et Sergenon. Le moulin de la Vaivre , le moulin du Grand-Etang, Champmaux , le Petit-Fay et les Baraques font partie de la commune.

Le territoire est traversé par les ch. vie. tirant à Foulenay, à la Chassagne, à Sergenaux et au hameau

de Champ maux ; par les ruisseaux du Mois-de- Jambe , du moulin et des différents étangs qui couvrent le territoire.

Les maisons sont généralement isolées, mal bàlies en terre, briques crues, briques cuites, bois et pierre, et couvertes en paille; quelques-unes ont un étage au-dessus du rez-dechaussée et sont couvertes en tuiles.

Pop. en i 790, 313 hab. ; en 1 846, 320; en 1851, 349, dont 172 nom.

et 177 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré, 51 hab.; 64 maisons, savoir : au Grand-Fay 53, au Petit- Fay 2 , à Champmaux 7 , et aux Baraques 2 ; 93 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil rempnlent à 1792.

Les habitants n'éraigrent pas.

territ. 676* 54% divisés en 1369 parcelles que possèdent 188 propriétaires, dont 66 forains; surf, territ. 667h97a, savoir : 287h 98a en bois, 262h 08* en terres lab., 82h 651 en étangs, 18h 39a en prés, 8h 63a en parcours , 5h &7a en sol et aisances des maisons, 2h iV en jardins, lh 43aen vergers, lh 19a en friches et inares d'eau, d'un rev.

cadasU de 17,023 fr. ; cont. dir. en princip. 1671 fr.

Il y a 17 étangs sur le territoire, nommés : étang Marguillier, petit étang Salignon, étang Chardenet, étang de Roche , étang du Bois , étang du Mois-de- Jambe , étang de la Yaivre, étang Huard, étang Gros, étang Guillemin, étang Neuf, étang Couvent. Le grand étang a été mis en nature de terre labourable et de pré.

Le sol, ondulé, peu fertile et mal cultivé, produit du blé , du seigle , peu d'avoine, d'orge , de sarrasin , des légumes secs, de la navctlc, des betteraves, des pommes de terre,

du chanvre , des fruits , du foin et des fourrages artificiels.

Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants.

On élève dans la commune des chevaux , des bètes à cornes , des moutons, des cochons et des volailles. 30 ruches d'abeilles.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières.

L'agriculture et l'élevage du bétail forment leur principale ressource.

Us jouissent de peu d'aisance. Leur habitude de fréquenter les cabarets et de jouer, contribue à aggraver leur position.

Les patentables sont : un marchand mercier, deux aubergistes, un menuisier et un maréchal ferrant.

Il y a un moulin à farine à deux tournants. Il y avait autrefois un moulin sur le grand étang et une tuilerie , qui ont été démolis.

Biens communaux : une église et un cimetière à l'entour ; un presbytère contigu au cimetière ; une maison commune mal distribuée et mal bâtie, contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 85 garçons des communes de Fay et Foulenay, et 154> 50a de pâtures, bois et friches, d'un rev. cadast. de 3740 fr. L'institutrice et l'école des filles, fréquentée par 65 élèves de Fay et Foulenay, occupent une maison louée par les deux communes.

Bots communaux : 1 47h 02" , dont 3h 70a sont coupés annuellement.

Budget : recettes ord. 2855 fr.; dépenses ord. 2555 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Placé au milieu des forêts, où de vastes étangs s'étendent presque à

perte Ue vue, Fay doil se ressentir d'un si fâcheux, voisinage. C'est comme une fatale influence qui l'enveloppe de tous côtés et pèse sur son existence. L'air y est profondément vicié par les exhalaisons des eaux croupissantes; chaque année, au retour de l'été, il en résulte des fièvres qui désolent la population.

La nature semble condamner ce village à traîner une vie languissante et stérile. Son nom se reproduit fréquemment dans la nomenclature géographique de la province. Il vient du mot latin fagus, hêtre. Un chemin antique, reliant Lons-le-Saunier et Arlay à la ville détruite qu'a remplacée Ta vaux , passait par Froideville , Foulenay , Fay , Tassenière et Rahon. Il est connu à Fay sous le nom de grande Vie ou de chemin de Tassenière. Une autre voie, tirant de Grozon à Verdun -sur-le-Doubs , coupait la précédente au hameau de Champ maux , et est encore appelée le chemin du Gravier. Sur l'éminence qu'occupait le prieuré ou le château, on rencontre une multitude de débris de tuiles et de briques , qui ont appartenu à un établissement gallo-romain. Au vie siècle , la vaste forêt de Colonne était une thébaïde peuplée d'anachorètes. A Fay existait un ancien ermitage , près d'une source encore appelée la fontaine des Ermites.

Seigneurie. Le Grand et le Petit- Fay faisaient partie de la prévôté de Toulouse. Un fief, possédé dans l'origine par Jean de Chalon l'Antique, servit à la dotation d'un prieuré. Le prieur percevait sur un certain nombre de familles , des cens en argent et en nature , et la dime sur certains cantons du territoire , à raison d'une gerbe sur seize.

Prieuré. Par un acte de l'an i 2fl 8, Jean , comte de Chalon et sire de

Salins , donna â Dieu , à la Vierge Marie et aux religieux de l'ordre de Grammont , sa maison de Fay , de Faëta, avec ses dépendances, en eaux , prés , bois , terres , ainsi que les hommes qui y étaient attachés, â perpétuité , leurs héritiers et leurs mcix , le moulin et l'étang contigu à celte maison, les eaux qui y étaient adjacentes et la forêt qu'il avait acquise d'Etienne , sire de la Chassagne. II leur donna en outre 50 livres de rente et la faculté d'augmenter les biensdonnés dans toute l'étendue de son fief. Des religieux de l'ordre de Grammont vinrent immédiatement fonder un monastère dans la maison donnée par Jean de Chalon.

Une bulle du pape Jean XXII , de l'an 1317, unit ce prieuré à celui d'Epoisses, aussi de l'ordre de Grammont , que Hugues III , duc de Bourgogne, avait fondé en 1185, dans le diocèse de Chalon-sur-Saône.

Par l'acte d'union , le prieur de Fay pouvait s'associer un religieux , en faveur duquel il avait le droit de résigner ce bénéfice.

Maison prieurale. Elle est généralement connue dans le pays sous le nom de château. Elle était agréablement assise au sommet d'une éminence , dont les pieds étaient baignés d'un côté par les eaux du Grand-Etang, et de l'autre par celles d'un large fossé. Sa forme primitive est à peine reconnaissable. Elle se composait d'un grand corps-de-logis , flanqué de deux ailes et de plusieurs bâtiments servant de dépendances. Elle a été vendue nationalementen 1791, et appartient aujourd'hui à M. Gauthier, de Saint- Aubin , membre du conseil général du département.

Eglise. L'église, dédiée à saint Vincent , dont on célèbre-la fête le 22 janvier, est bâtie sur une émi-

Digitiz

toence qu'on gravit par un grand escalier en pierre. L'abbesse de Saint- Jean-le-Grand d'Autun en avait le patronage. Elle se compose d'un clocher, d'une nef, d'un chœur, d'un sanctuaire de forme octogonale et d'une sacristie. Le clocher est surmonté d'une flèche octogonale couverte en ardoises ; l'intérieur de l'église est décoré de pilastres, sur lesquels s'élèvent les arcs-doubleaux et arêtes des voûtes; six colonnes de l'orde corinthien et à chapiteaux embellissent le sanctuaire. Ce monument, qui date du xviu4 siècle, est remarquable par sa simplicité et ses belles proportions.

Evénements divers. Jean Morisot, dit Brandebourg , du Fay, s'était acquis une réputation redoutable dans le pays, par sa hardiesse à commettre des vols de toute espèce.

Il parvint longtemps à se soustraire aux poursuites de la maréchaussée.

Ayant été enfin découvert, il fut condamné à faire amende honorable en chemise et à être pendu et étranglé.

Ses parents firent des démarches pour prouver que Brandebourg n'était pas le même individu que Morisot ; néanmoins , la sentence reçut son exécution le i 5 juin 1565.

Le Petit-Fay et Champmaux , aujourd'hui hameaux presque déserts, étaient considérables autrefois. Les guerres et les pestes du xvue siècle en avaient enlevé toute la population. Le Grand-Fay seul s'est reformé autour du prieuré et de l'église.

Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole , par M. Marquiset. — Quatrième livre des bigarrures du seigneur des Accords.

Parts, 1662.

Ferlé (la), Firmitas, La fer té, Lafertey, La Ferté-sout-Fadans ,

vg. de l'arr. de Poligny, cant. eC bur. de poste d'Arbois, percep. dé Villette; succursale; à 10 kil. d'Arbois, 14 de Poligny et 40 de Lonsle -Saunier. Altitude : 252m.

Le territoire est limité au nord par Ounans ; au sud par Aumont ; à l'est par Molamboz et Mathenay, et à l'ouest par Vaudrcy. Rosières fait partie de la commune.

Il est traversé par la route dép.

n° 14, de Dole à Arbois; par les ch.

vie. tirant à Aumont, àCbamblay, à Molamboz, au Petit -Villey et par le chemin de la Tournelle ; par la Vieille-Rivière , la rivière de Cuisance , le canal qui en dérive et le bief Bouchot.

Le village est situé sur la rive gauche de la rivière de Cuisancc, au milieu d'une vaste plaine. Les maisons sont groupées sur les bords de la roule de Dole à Arbois , bien bâties en pierre et couvertes les deux tiers en pierre et les autres en chaume. Un grand nombre ont un étage au dessus du rez-de-chaussée.

On y remarque un beau moulin, appartenant à MM. Dubois frères , de Besançon , qui l'exploitent , et la jolie habitation de M. de Brevans.

Pop. en 1790, 458 hab.; en 1846, 554; en 1851,564, dont 282 nom.

et 282 fem.; pop. spécif. par kil.

carré , 47 hab.; 106 maisons , savoir : à la Route 52, à la rue du Pont 23, à la rue de la Fontaine-dela-Charme 7, à la rue du Moulin 5, à la rue d'Aumont 12, à la rue des Creux 7, au hameau de Rosières 2 ; 158 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1747.

Les habitants émigrent en grand nombre pour être domestiques à Paris ou à Lyon.

Cadastre exécuté en 1810 : surf, territ. U90h 14", divisés en 3021

parcelles que possèdent 408 propriétaires, dont 247 forains; surf, imp. il28h 27*, savoir : B0ih 84»

en terres lab. , 57 3h 03* en bois , 196h 74a en prés, 36h 56aen pâtures, 9h 09a en vignes, 3h 93a en sol et aisances de maisons , 2h 60a en jardins, ih 47a en vergers, lh 22* en gravières, ih en friches et 70* en canal d'irrigation , d'un rev.

cad. de 42,272 fr.; contrib. dir. en priucip. 4703 fr.

Le sol , en plaine et fertile, produit du blé , du seigle , de l'orge , de l'avoine , du maïs, peu de sarrasin , des légumes secs , de la navette, des betteraves, peu de carottes fourragères , des pommes de terre , du chanvre , des fruits , des vins rouges de bonne qualité, beaucoup de foin et des fourrages artificiels.

On exporte moitié des céréales et on importe les trois quarts des vins.

Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des chevaux, des bêtes à cornes, des moutons , beaucoup de cochons et des volailles. 40 ruches d'abeilles.

L'agriculture y fait d« grands progrès et forme la principale ressource des habitants, qui fréquentent habituellement les marchés d'Arbois. Le territoire appartient presque tout entier à des propriétaires forains.

La population ne se compose en quelque sorte, que de fermiers jouissant de peu d'aisance.

On trouve sur le territoire des sablières de bonne qualité , des gravières sur les bords de la Cuisance, de la terre glaise , dont on a abandonné l'extraction depuis la suppression des deux tuileries qui existaient dans la commune.

Foires. 11 y a quatre foires , qui se tiennent les 1er mars, 5 juillet ,

27 août et 5 octobre. Elles sont très fréquentées , surtout la première et la dernière. On y vend beaucoup de bétail à cornes , des cochons et des moulons.

Bien» communaux : une église , un cimetière, un presbytère, une maison commune mal distribuée et en mauvais état, contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 45 élèves, le logement d'une institutrice laïque et la salle d'étude, fréquentée par 25 jeunes filles , le chalet , dans lequel on fabrique annuellement 9000 kil. de fromage, façon Gruyère; un puits communal, une place publique, un beau champ de foire emplanté d'arbres ; 2 ponts à plusieurs travées sur la Cuisance , et 184h 63* de prés, terres, pâtures, bois, d'un rev. cad. de 4028 fr.

Bois communaux : 139h 58*, dont 4h 20* sont coupés annuellement.

Budget : recettes ord. 5703 fr.; dépenses ord. 5703 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Il y a dans la Ferté , FirnUtas , deux époques, deux histoires , sans rapport l'une avec l'autre. Son sol a été occupé, dès l'époque gallo-romaine , par un établissement considérable. Deux chaussées ou voies militaires , la première passant par Darbonnay, Bersaillin, Brainans , Aumont , traversait la Cuisance à la Ferté et se prolongeait jusqu'à Chamblay; la seconde, reliant Arbois à Dole, traversait les territoires de Villette, Vadans, la Ferté, Vaudrey, et se dirigeait de là au pont de Belmont. Un péage fut probablement établi à la jonction de ces deux roules.

On y bâtit une tour à la place dite le Châtel~au-Loup9 afin de faciliter la

rentrée de l'impôt sur le pont jeté sur la Cuisance. Une bourgade se forma autour de ce castellum, et elle fut entourée de murailles percées de portes. Le nom latin de Firmitas , indique un castrum fermé par des remparts. Du côté du sud , près du Chàtel-au-Loup , rentrée du village se nomme encore la porte. Au Champ-des-Creux , au Murger, on trouve beaucoup de débris de tuiles et de briques romaines. Ce castrum fut détruit par les Barbares, du me au ve siècle, et son nom ne reparait plus qu'au xu° siècle, dans les premières chartes concernant l'abbaye de Rosières. Son territoire faisait partie des biens donnés en 523, par le roi Sigismond, à l'abbaye de Saint-Maurice d'Agaune.

Seigneurie. Ce village dépendait en toute justice de la baronnie de Yadans , qui elle-même était un démembrement de la seigneurie de Salins. En 1631 , un fils puîné des seigneurs de Vadans , se qualifiait de marquis de la Ferté. 11 était le gendre du maréchal de Praslin , et servit le duc d'Orléans dans la terre de Luxeuil.

Prévôté. Une famille noble portait le nom de la Ferté et en possédait la prévôté, à litre héréditaire. Jean de la Ferté-sous- Vadans, abbé de fialerne, ayant été envoyé en Angleterre en 1 268, pour visiter et régler les monastères de son ordre, fut submergé avec ses compagnons dans la traversée. Il figure au nombre des bienheureux dans les fastes de l'ordre de Citeaux. Philibert de la Ferté était conseiller laïc au parlement de Dole en 1481. Marie, fille de Guillaume de la Ferté , morte en 1 540, avait épousé Jean Bourrelier de Malpas, de Quingey.

Eglise. L'église, dédiée à saint

SI août, est orientée et se compose d'un clocher, d'une nef, d'un chœur rectangulaire, plus étroit que la nef, et d'une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme couvert en tuiles. L'intérieur de l'église est à plafond et d'une grande pauvreté architecturale. Le chœur est plus ancien que les autres parties de l'édifice. Cette église , dont le patronage appartenait au prébendier de Saint-Wit , possède des reliques de saint Philibert, dont le corps reposait dans l'abbaye de Tournus.

Maladrerie. Dans la contrée dite à la Malatière, existait un hospice pour les lépreux , mentionné dans différents litres du xui6 siècle.

Evénements divers. Des passages continuels de troupes, du xme au xvu6 siècle , les pillages qui en étaient la suite, un incendie survenu le 17 juillet 1832, qui en une heure détruisit 60 maisons, réduisit 90 ménages à la plus grande misère et causa la mort de trois enfants et d'une femme; tels sont les faits principaux qui constituent les annales de cette localité.

Abbaye de Notre-Dame de Rosières , en latin , monasterium de Roseriis , Roseriarum , Roseriense.

Humbert 111, sire de Salins , surnommé le Renforcé, sur le point de partir pour la Terre -Sainte , vers l'an 1130, désigna à Ponce, abbé de Bellevaux, en présence de Robert de Belmont, de Guy de Joux , de Pierre de Longeville et d'Humbert , clerc , de Vadans, un vaste terrain à défricher , qu'il entendait consacrer à la fondation d'une abbaye, etchargea Anseric, archevêque de Besançon , de l'exécution de ses volontés. Ce prélat fit venir plusieurs religieux du célèbre monastère de Morimond en Bassigny, de l'ordre de Citeaux ,

Philibert, dont on célèbre la féte le | et plaça à leur tête un abbé du nom

de Guy. Une église et un cloître furent immédiatement commencés.

Humbert revint mourir à Lausanne , ▼ers Tan i 1 32, à la suite des fatigues et des périls auxquels il avait été exposé. Son corps fut ramené en Bourgogne et déposé sous une tombe modeste, en dehors du portail de la nouvelle abbaye. Gaucher 111, sire de Salins, acheva l'œuvre de son prédécesseur. En présence de Rainaud III, comte de Bourgogne et d'un grand nombre de nobles, clercs et laïcs, il confirma la donation faite par son père, détermina d'une manière précise les limites des terres consacrées à la dotation de l'abbaye de Rosières, y ajouta le Vieux-fttalhenay, village alors presque entièrement détruit , l'usage pour les religieux dans toute sa terre, des pâturages , des bois , des cours d'eau et le domaine de Charnay. L'archevêque Humbert jugea avec raison que des libéralités aussi importantes, desquelles dépendait l'existence entière du monastère, ne pouvaient reposer longtemps sur de simples déclarations verbales. Il manda l'abbé Ancelin et constata par écrit en sa présence les dons faits par Humbert et Gaucher son fils. Celte charte à laquelle l'abbé Guillaume, dans son Histoire des sires de Salins , a assigné à tort la date de 1 1 36, est datée du 7 des ides d'octobre 1135. L'abbaye prit un développement rapide. Les seigneurs du voisinage l'enrichissaient à l'envi. Le comte Rainaud III , en 1137, Raimond de la Châtelaine, Robert, prévôt de Vadans, Simon de Neublans, Guillaume, fils de Hugues de Thoire , Bernard de Dramelay, Odon , chanoine de Saint- Jean-de-Losne , la comblèrent de leurs libéralités, que confirma l'ar cbevéque Humbert en 1143. Rainaud III et Guillaume, son frère,

consuls, c'est-à-dire, comtes supérieurs de Bourgogne, l'abbaye de + Saint-Jean-le-Grand d'Autun, Bovo, fils de Jean de Grozon , Etienne de Fertans , accordèrent des droits de pâturage et d'usage dans leurs terres et leurs forêts, que le même archevêque confirma en 1 145. Les défrichements se poursuivirent avec ardeur, et en peu d'années, plusieurs fermes furent créées et mises en rapport. Une bulle du pape Eugène III, de l'an 1145, nous laisse apercevoir l'étendue de ces travaux. Après avoir placé l'abbaye sous la protection de saint Pierre et la sienne , le souverain pontife énumère ses possessions et désigne spécialement l'emplacement du monastère, les granges de Charnay, de Mathenay, des Iles , de la Tournelle, de Tilleray ( près de Cernans ) , le cellier de Monligny, l'usage dans les bois de Vaudrcy, et exemple ces biens du paiement de toutes dîmes. En 1 1 49 , Gaucher de Salins donna à Dieu et à l'église Notre-Dame de Rosières, pour le repos de son âme et de celles de ses parents , trois bouillons de muire , avec défense cependant d'en vendre le sel. Les chanoines de Saint- Etienne de Besançon , l'abbé de la Charité , renoncèrent à différents droits qu'ils avaient sur le territoire de Grozon. En même temps , les hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem d'Arbois, faisaient un échange tout en faveur de nos religieux. En 1176, Roger, par la grâce de Dieu , sire de Monnet, céda le cens qu'il percevait sur moitié du meix d'Arduin de By. Guillaume de Dramelay donna vers le même temps, ses droits sur le village de Vescles, et Guichard , archevêque de Lyon , con firma le don que fit Guy de Binans, à Rosières, de ses droits sur le même village. Par une bulle du 7 des

calendes de mai 1177, lu pape Alexandre 111 déclara prendre l'abbaye sous sa protection, lui confirma tous les biens déjà désignés dans la bulle d'Eugène III, et en outre la terre de Vescles , les droits de pâturage et d'usage dans les terres de Yadans et de Salins , dans celles de Guillaume de Dramelay et des comtes Rainaud et Guillaume , ainsi que ses terres sur Grozon , les déclara exempts de dîmes , et prononça les peines canoniques les plus terribles contre ceux qui oseraient pénétrer dans le monastère , pour y commettre des violences ou des vols, en enlever ou assassiner les hommes.

Par une autre bulle datée du 4 des noncs de juillet 1 178, le même pape confirma la possession de toutes les propriétés précédentes , et en outre de la grange de Brunens , avec l'aunaie qui était au-dessous de l'abbaye, telle que les chevaliers de Saint- Jean-de-Jérusalem l'avaient donnée et qui s'étendait jusqu'à la chapelle de Brunens, des biens situés à Grozon , à Poligny, à Salins, à Arbois , à By, à Lons-le-Saunier, l'usage dans les terres de Gaucher de Salins et de Guy de Binand ; consentit que l'enceinte de l'abbaye fut un lieu d'asile; exempta les religieux de toute autre juridiction que de celle de sa cour; les autorisa à élire librement leur abbé ; défendit de les mettre à la question , pour aucune cause civile ou criminelle, et déclara qu'un moine qui avait fait profession, ne pouvait plus s'absenter sans l'autorisation de l'abbé. L'archevêque Eberard vint en personne à Rosières en 1177, pour bénir l'église.

Les terres avaient alors si peu de valeur, que les religieux défrichaient toutes celles qui étaient à leur convenance; ils se fondaient en outre sur les privilèges qu'ils avaient re-

çus des papes et des archevêques de Besançon , pour ne payer aucune dlme. Les seigneurs, frustrés de leurs droits, se rendaient justice eux - mêmes. Us employaient les moyens les plus violents pour faire valoir leurs prétentions. En 1 1 80 , Aymon de Vaudrey s'imagina d'empêcher les moines de jouir des droits qu'ils avaient dans ses forêts. Eprouvant dé la résistance, il convoqua ses sujets , parcourut à leur léte les domaines de l'abbaye, incendia ses granges, arrêta l'abbé Guy qu'il accabla d'injures et de coups, et le retint dans une étroite prison. Informé de ce grave événement , l'archevêque Thierry somma Aymon de Vaudrey, ses deux fils, Hugues et Guy, ainsi que ses autres complices , à comparattre devant lui pour rendre compte de leur conduite et réparer les dommages qu'ils avaient causés, évalués à plus de 10,000 sols. Les coupables refusèrent de se justifierai alors l'archevêque les excommunia.

Le pape Luce 111, par une bulle datée du 8 des calendes de décembre 1181, confirma la sentence de l'archevêque.

Aucun prêtre n'osait cependant l'exécuter. Le pape Célestin III , par une bulle du 7 des calendes d'août 1191, chargea Robert , évêque de Chalonsur-Saône et l'abbé de Saint-Bénigne de Dijon, de publier l'excommunication, de lancer l'interdit sur les terres du seigneur de Vaudrey, avec injonction de ne l'absoudre qu'après une réparation complète de ses torts.

Les deux commissaires chargèrent à leur tour Amédée de Dramelay, archevêque élu de Besançon, d'exécuter les ordres du pape. Ce prélat , allié à la maison de Vaudrey, parvint sans doute à terminer l'affaire amiablement. Au mois de mai 1183, l'impératrice Béatrix étant dans la forêt de la Loye, confirma toutes

les possessions de l'abbaye. Gaucher IV, sire de Salins, par une charte de Tan 1187* approuva toutes les donations faites par ses prédécesseurs ou par d'autres personnes dans les limites de sa domination.

En 1189 , Hugues et Humbert, fils . de Pierre , seigneur de Belmont , accordèrent aux religieux le droit de prendre du bois, tant vif que mort, dans la forêt de Bru Mens , l'exemption de tout péage sur le pont de Belmont , la faculté de pécher dans la Loue et de construire une maison de pécheur sur le bord de cette rivière. Par un acte daté du château de Bracon en 1190, Gaucher IV, non - seulement leur accorda une nouvelle confirmation de leurs biens, mais encore il défendit à ses sujets de les troubler de quelque manière que ce fût, et ajouta trois bouillons de muire à ceux déjà donnés par Gaucher 111 , son aïeul , à condition qu'ils ne vendraient pas de sel à Salins. Morestin de Toulouse, chevalier, les inquiétait depuis long* temps pour obtenir la restitution de certains biens qu'il prétendait lui avoir été usurpés. L'abbé Guy II et lui , se rendirent à Ounans, près de Maurette de Salins, comtesse de Vienne et de Màcon , qu'ils avaient choisie pour leur médiatrice, et pendant leur entrevue, qui eut lieu en 1 192, Morestin renonça à toutes ses prétentions. L'abbé se défiait tellement des promesses de ce chevalier, qu'il exigea des cautions ; Maurette et Gérard son fils, consentirent à être ses garants. En 1195, Gaucher IV, à son retour de Jérusalem , exempta l'abbaye de toute corvée et de la fourniture d'instruments aratoires , tant envers lui, qu'à l'égard de ses successeurs. En 1194, Robert de Groxon, atteint d'une maladie grave , se rendit à Rosières , sous l'habit de

frère convers, qu'il avait déjà porté dans sa jeunesse , pour y finir ses jours avec son épouse, ou pour rentrer dans le siècle, s'il recouvrait la santé et que l'abbé Guillaume le permit. Il donna à la communauté sa grange d'Oyselaine, son cellier et sa berne de Grozon, à condition qu'il aurait sa sépulture dans l'abbaye et que l'on ferait pour lui le même service que pour un frère convers. Olton II, comte palatin de Bourgogne , confirma celte donation en 1195, ainsi que la possession de tous lés autres biens du monastère, et exempta les religieux de toute autre juridiction que de celle de sa cour. La même année , Aimé de Thoire et Ponce , son épouse , leur accordèrent des droits d'usage très étendus dans leurs bois de Vaudrey et leur permirent d'y entretenir 120 porcs. Le pape Célestin III adressa en même temps à l'archevêque de Besançon et à l'archidiacre de Salins, l'ordre de veiller à ce que les hommes de cet arebidiaconéne continuassent point à les troubler comme ils l'avaient fait jusqu'alors. A la maison que possédait déjà Rosières dans l'intérieur de la saline , Gaucher IV ajouta en 1196, une nouvelle place à bâtir qui s'étendait depuis la Furieuse et le Pont-Neuf, jusqu'au réservoir d'eau salée. Ce réservoir était en bois et tombait de vétusté ; l'abbé de Rosières, pendant l'absence de Gaucher, l'avait reconstruit en pierre. Par reconnaissance, ce seigneur lui donna une quantité de muire égaie à celle qu'emportait la moitié d'un meix. Par différents actes de l'an 1200, Maurette de Salins, Guillaume II, comte de Vienne et de Màcon , Gaucher IV, sire de Salins, et Gérard , sire de Vadans , ses fils , renoncèrent à toutes leurs prétentions sur la grange des Iles, à

l'occasion de laquelle il y avait un procès qui durait depuis longtemps.

La même année, Marguerite de Blois, veuve du comte OUon II , donna en paiement des 1000 sols légués par son mari, à l'église de Rosières, pour son anniversaire, Etienne Guitton d'Arbois, son épouse et son tencmen t. Une colonie de religieux sortit encore la même année de Rosières , et alla en Grèce , fonder le célèbre monastère de Saint-Thomas. Le pape Innocent III prit, en 1303, l'abbaye sous sa protection et défendit de soumettre ceux qui l'habitaient, en justice séculière aux épreuves du fer chaud, de l'eau bouillante etdu duel.

En 1205 , Marguerite de Blois , se qualifiant de comtesse de Bourgogne, quoique simple tutrice de sa fille, s'empressa d'autoriser l'abandon que Girard , Guy et Pierre , fils de Gaucher, chapelain, faisaient à l'abbaye, de tous leurs biens. Renaud de la Loye et Payen de Bel mont renoncèrent, en 1210, à leurs réclamations sur la grange de Brunens.

Gérard, sire de Vadans, avait donné en 1219, les fours banaux et le moulin de la Fcrté à l'abbaye , s'interdisant la faculté de construire ou de laisser construire d'autres usines sur une certaine étendue de la rivière de Cuisance. ThiébauddeNeufchâtel, héritier du donateur, régla en 1249, les droits à exiger des habitants , soit pour moudre leurs grains ou cuire leurs pâtes. Odon de Neufchàtel, Hérard, son frère , le premier doyen, et le second chanoine de Besançon , et Richard leur neveu, ne voulurent point exécuter la donation de Gérard. Ils finirent cependant par y consentir en 1270 , à l'exception d'Odon, qui n'adhéra au traité qu'en 1273. Richard de By, après avoir inquiété les moines , au sujet de leurs vignes de Montigny,

consentit enfin en 1223, a leur abandonner ses droits. En 1250, Jean de Chalon , comte de Bourgogne et sire de Salins leur céda deux montées de muire sur le puits de Lons-le- Saunier, pour avoir en échange leurs droits sur la saline de Grozon. En 1252, il leur donna une place dans les salines de Salins , à côté de leur maison , pour construire une nouvelle berne, ou tout autre bâtiment.

Pendant la seconde moitié du xin* siècle, l'abbaye fit de nombreuses acquisitions, et apaisa plusieurs procès à prix d'argent. Son état prospère contrastait singulièrement avec celui des anciennes maisons religieuses, dont la détresse était effrayante et la ruine prochaine. En 1352, le chapitre général de Citeaux permit à l'abbé et au couvent d'accenser les domaines de leur maison. Dès ce moment, les religieux cessèrent de cultiver de leurs propres mains ; un relâchement dans la discipline fut la conséquence de leur oisiveté. Avec l'invasion des grande* compagnies au xiv* siècle, commence la série de leurs malheurs.

Placés à proximité de plusieurs grands chemins, leurs domaines étaient chaque jour ravagés par des bandes de pillards qui ne respectaient pas même les vases sacrés et les reliquaires déposés dans l'église.

Etant à Poligny au mois de février Mi* (v. st.), le duc Jean -sans - Peur accorda à l'abbaye le droit de couper du bois mort et vif dans la forêt de Mouchard. Au mois de mai 1*16, il lui confirma ce droit en l'étendant même aux vignerons qui occupaient le cellier de Montigny , avec permission de couper des bois pour pesseler les vignes situées sur ce territoire. Il chargea seulement les religieux de célébrer chaque année, pour le repos de son âme ,

une messe du Saint-Esprit pendant sa vie , et une messe de requiem après sa mort. Par une charte datée de Dole en iftii , Philippe-le*Bon autorisa la perception de la dlme sur Montigny. Le xv* siècle fut un temps de dures épreuves pour notre monastère. Les seigneurs de Vadans inquiélaient continuellement l'abbé, au sujet de la justice qu'il faisait rendre à la Tournelle, et d«s gardes ou forestiers qu'il instituait. Les moines étaient à chaque instant troublés par les habitants de la Ferlé et de Molamboz, dans la jouissance de leurs prés de Rosières. La haine qu'on leur portait était si vive, qu'ils n'osaient sortir. Si on les rencontrait, on les accablait d'injures, on les frappait même. En 1450, plusieurs d'entre eux furent arrêtés dans un bois. Ils reçurent des coups tellement violents, qu'on les laissa pour morts. Charles d' A m boise, lieutenant-général pour le roi Louis XI, des duché et comté de Bourgogne, se trouvant à Àrbois, le 1er juin 1479 , voulut bien accorder une sauvegarde au monastère , sur une lettre pressante qu'il avait reçue de l'abbé de Cileaux. Cette faveur lui épargna bien des pertes ; mais l'état d'anarchie dans lequel se trouvait la province était aussi redoutable que l'invasion ennemie. En 1481, Olivier de Vaudrey trouva commode de supprimer la clôture de l'abbaye, pour ouvrir un chemin qui lui facilitait le transport des matériaux nécessaires au château qu'il faisait construire. Le prieur se présenta humblement pour lui soumettre quelques observations. De Vaudrey se moqua de lui et donna ordre en sa présence aux ouvriers de continuer les travaux- Le lieutenant du bailly d'Aval fut supplié d'intervenir pour réprimer cette injuste entre-

prise. Il se rendit sur les lieux et ordonna à M. de Vaudrey de rétablir les choses dans leur premier état.

Ce dernier, qui avait abandonné la cause de Marie do Bourgogne pour embrasser celle du roi Louis XI, dont il était devenu le chambellan , profite de son influence pour obtenir une commission de visiteur des grands chemins , déclare que la route d'Arbois à Dole doit passer par l'abbaye, et force tous les religieux sans exception, à venir euxmêmes travailler à cette route. Us obéissent, mais le désir de la vengeance dans le cœur. Us firent partir en toute hâte et très secrètement un des frères pour Dijon. Ce messager porta ses plaintes directement à l'évéque de Langrcs, lieutenant-général pour le roi en Bourgogne, et obtint que M. Barbiset, maire de Dijon et maître des requêtes au conseil , fût chargé de faire une enquête. A la suite d'une longue procédure, le nouveau chemin fut supprimé. Dès le commencement du xvie siècle, des efforts furent faits pour introduire la commande. Jean de Maizières, docteur en théologie et proviseur du collège de Citeaux à Paris, avait obtenu , en 1 807 , du roi Louis XII , des lettres- patentes qui lui permettaient de tenir dans le royaume , tous les bénéfices dont il serait pourvu canoniquemenl. Le 19 juin 1515, sur la proposition de l'abbé général de Citeaux , il fut élu abbé régulier de Rosières et envoyé en possession dans le même mois ; mais ce bénéfice lui fut disputé par deux prétendants, Pierre de la Baume, abbé commendataire de Saint- Claude , et Simon de Rye , clerc.

L'un avait reçu sa commission du gouvernement de Flandres, et l'autre de celui d'Espagne. Jean ne put prendre possession de son siège

Digitiz

que le 10 janvier 1517. En 1567, pendant le siège de Besançon par les Huguenots , Guillaume III de Poligny, abbé de Rosières , marcha à la (été des hommes de ses terres au secours de la cité , et fut accueilli avec une grande joie par la population. Dans ces temps de troubles , les abbayes se pillaient entre elles.

Lors de l'inventaire fait par ordre du parlement, après la mort de Philibert Charreton , abbé de Mont- Sainte- Marie, en 1619, on retrouva la crosse en argent de l'abbaye de Rosières. Les religieux de ce dernier lieu la réclamèrent en vain. Ils ne parvinrent pas à se la faire rendre. Après la mort de Pierre Besançon, arrivée en 1668, Eugène- Ernest de Beth , marquis de Leyde , fut nommé abbé commendataire en 1672, par le gouvernement de Flandres. Jean de Bei kel, obtint le même titre de Marie-Anne d'Autriche , régente d'Espagne. Le marquis de Leyde ne put prendre possession qu'après la mort de son concurrent, à la fin de 1691. Il fut le premier abbé commendataire de Rosières.

En 1657, Charles Baud et sa sœur, donnèrent aux religieux la grange de la Ramée, pour servir à la fondation d'une chapelle à la Tournellc, sous le vocable de Notre-Dame-Libératrice, et à la dotation d'un chapelain.

Les guerres du xvue siècle causèrent de grands dommages à Rosières. On croyait qu'en y établissant une maison de noviciat on parviendrait à la relever, mais Pierre Besançon, alors abbé, s'y opposa constamment et se fit appuyer par les abbés des Trois- Rois , de Sainte-Marie et par le proviseur du séminaire de Citeaux à Dole. Pendant tout le cours du xvnie siècle , notre abbaye fut dans un triste cfat. Les bâtiments tombaient en ruine et on ne pouvait les réparer;

on fut obligé de réduire le nombre des religieux à trois , afin de diminuer les dépenses. Des dénonciations continuelles des religieux contre le prieur, ou du prieur contre les religieux, de graves infractions aux statuts de l'ordre et au vœu de chasteté, nécessitèrent de fréquentes visites de la part des supérieurs. Le partage des manses, commencé en 1765, ne fut terminé qu'en 1778.

Abbés. L'Annuaire de 1851 renfermant la liste, des abbés de Rosières, nous nous dispenserons de la reproduire. Nous ferons remarquer seulement qu'à la place de Bernard, il faut mettre Guy, comme premier abbé, et qu'il convient d'ajouter Hugues Quanteal l*c, comme abbé en 1400. Au lieu de Pierre de la Ghaize, il faut lire Pierre, abbé de la Cbaize.

Privilèges. L'abbaye de Rosières, de l'ordre de Citeaux, dépendait immédiatement de celle de Morimont , considérée comme chef d'ordre, quoique étant la quatrième fille de Citeaux. Elle était exempte de la juridiction de l'archevêque de Besançon , était sous la protection immédiate du Saint-Siège et ne pouvait être visitée que par des supérieurs de l'ordre. Les comtes de Bourgogne en avaient la gardiennelé. Les seigneurs de Vadans la prétendaient aussi, mais les religieux refusèrent constamment de les reconnaître pour leurs protecteurs. L'abbé avait la justice haute, moyenne et basse sur le territoire de Rosières, et la faisait exercer à la Tournelle par un juge châtelain, un procureur fiscal et un greffier. Il pouvait instituer des gardes et des forestiers , qui faisaient leurs rapports devant ces officiers. Les appels de cette justice se portaient directement devant le bailli d'Aval ou son lieutenant au siège d'Arbois.

L'abbé avait droit d'assistance à rassemblée des Etals. Guillaume de Poligny fut envoyé en députation à la cour d'Espagne en 1558 , de la part des trois ordres. L'abbaye jouissait du droit de pécher dans la Cuisance et dans la Loue à Bclmont ; elle était dispensée de payer le péage d'Augerans et pouvait vendre toutes ses denrées aux halles d'Arbois sans payer d'éminage. En cas d'imminent péril , les religieux pouvaient se retirer en la ville d'Arbois et ne pas contribuer aux réparations du château de Yadans.

Revenus. Les différents domaines du monastère ne rapportaient que 12 à 13,000 fr. de rente ; avec une bonne administration ils auraient pu rapporter le double au moins. Ces domaines consistaient dans la grosse et la petite grange de Rosières, les granges des lies, de Mathenay, de la Tournelle, d'Oyselaîne, de Brenans , de Charnay, de la Kamée , du Tilleret, de Montigny, dans le moulin et les fours de la Ferté , en bois et en une foule d'héritages dispersés sur différents territoires , tels qu'à Molamboz , Oussières , Bersaillin , Aumont, MoDlholier, Grozon, Colonne, Vaudrey , Vadans , Bans , Souvans , Ounans, Nevy, Chissey, Pont-d'Héry, Cernans, Andelot, Montbarrey, Mont-sous Vaudrey, Villers-les-Bois, Arbois, Villelte, Poligny, Tourmont, etc. L'abbaye avait une maison à Arbois qui lui servait d'hospice et de lieu de refuge , et une chaudrelte entière aux salines de Salins ; elle percevait des dîmes et des droits de tâches sur différents territoires, des cens en argent et en grains , et des redevances sur plusieurs cantons de vignes.

Cloître. L'abbaye était située au milieu d'une grande plaine , sur la rive droite de la Cuisancc. L'enclos,

d'une surface de 10 hectares, était entouré d'un fossé large et profond, toujours plein d'une eau bourbeuse; on ne pouvait le traverser que sur des planches mobiles. Ceux qui tentaient de le franchir à pied on à cheval , étaient certains d'y trouver la mort. Au centre de l'enceinte était l'église ; à côté, un long bâtiment élevé d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée, servait de maison abbatiale ; le cloître était carré et entouré de portiques. Une grande halle, longue de 100 pieds, servait de dépendances. Les cuisines et les chambres des hôtes, occupaient un quartier isolé. Le tout était entouré par des jardins et des vergers. L'entrée principale était formée par un long portail voûté. Une tour carrée, percée de meurtrières, servait pour la défense et en même temps de colombier ; à côté de cette tour existait autrefois un petit moulin et un battoir. A peu de distance de la balle , était une ferme , appelée la grosse grange de Rosières, et plus loin une autre ferme plus petite , appelée la Vacherie. La grange des lies ou de la Fenotle , était en dehors de l'enceinte. L'église était vaste et belle.

Elle se composait de trois nefs et de. plusieurs chapelles , fondées par les seigneurs qui y avaient élu leur sé* pulture. Plusieurs mausolées décoraient les nefs et le sanctuaire. On y remarquait surtout celui de Marguerite de Vcrgy, morte en 1349; de Jeanne de Lannoy, morte vers 1 503, toutes deux dames de Vadans; de Guy de Salins, chambellan du duc de Bourgogne , et d'Etiennettc du Pasquier, son épouse. La chapelle de la famille du Pasquier appartint plus tard aux Charreton. Parmi les reliques, plusieurs étaient un but de pèlerinage. On montrait I une épine détachée de la couronne

qui recouvrit la (été de Notre-Seigneur, une croix faite avec do bois de la vraie croix, et l'habit de saint Pierre , martyr. L'emplacement de régi i se et le cimetière sont aujourd'hui livrés à la culture. Une grande partie des bâtiments a été détruite; ce qui reste , complètement mutilé, sert de logement à des cultivateurs.

La ferme de Rosières appartient à M. de Boissieu de Paris.

Bibliographie. Annuaires du Jura, 4851, 4853 et 485*. — Archives de la préfecture du Jura. — Histoire des sires de Salins, par l'abbé Guillaume.

», commune réunie à celle, de Villeneuve-sous-Pyraont, le 31 juillet 4812.

Fétlgny, Feostingum , Fetigniacum, Fistignia, Fystigna, Festigny, Futigny , Fétignie , vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier , cant., percept. et bur. de poste d'Arintbod ; succursale , érigée le 45 février 4843 ; à 7 kil. d'Arintbod et 51 de Lons-le- Saunier. Altitude : 448m.

par Sarrogna ; au sud par Légna ; à Test par Viremont , et à l'ouest par Savîgna. Le Moulin, chez les Babey, chez Borod , la Teinture , le moulin Bouillout et le moulin des Bois ou de Fétigny, font partie de la commune.

Il est traversé par la route dép.

n° 9, d'Orgelet à Nantua et à Bourg; par les ch. vie. tirant à Savigna et à Monladroit ; par les ruisseaux Dessous-la-Roche qui y prend sa source et celui de Biserand ou de Brisserand.

Le village est situé dans le bassin de la Valouze , au fond d'une gorge.

Les maisons , alignées sur les bords de la route d'Orgelet à Arinlhod ,

sont composées d'un étage au-dessus du rez-de-ebaussée , construites en pierres et couvertes les unes en tuiles plates, d'autres en tuiles creuses, d'autres enfin en chaume.

Elles sont ombragées par de nombreux arbres à fruits. On y remarque la belle habitation de M. Bélamy de Besançon.

Popul. en 4790, 255 hab.; en 4846, 235; en 4851, 250, dont 136 hom. et 1 14 fem.; pop. spécii.

par kil. carré, 76 hab.; 56 maisons; 56 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1733.

Les jeunes gens des deux sexes et principalement les filles émigrent pour être domestiques à Paris ou à Lyon.

terrilor. 328h 44*, divisés en 1640 pareelles que possèdent 150 propriétaires, dont 68 forains; surf, imp, 521h 99*, savoir : 163h 28* en terres lab. , 79h 45* en parcours, 43h 54* en prés, 27h 22* en bois, 5h 24* en friches, lh 19* en sol et aisances des maisons, lb 1 1* en murgers, 66* en jardins, d'un rev. cad.

de 5299 fr.; cont. dir. en princip.

1315 fr.

Le sol, montagneux et traversé par de profonds ravins, est d'une fertilité moyenne ; il produit du blé, de l'orge, peu d'avoine, du maïs, des légumes secs, des betteraves , des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de fruits, des vins rouges assez agréables , du foin, et des fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants.

On importe les deux tiers des vins.

Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes, des mulets, quelques

f — io5 — r

chèvres, des moutons et des volailles.

40 ruches d'abeilles.

L'agriculture n'y fait point de progrès.

On y engraisse quelques cochons et du bétail à cornes.

On trouve sur le territoire , de la marne de bonne qualité qu'on devrait employer pour l'amendement des terres , des sablières et des gravières, des carrières de bonne pierre à bâtir ordinaire et de la pierre de taille en gros blocs. Cette pierre, de couleur jaune veinée , imite le marbre et est susceptible de recevoir le poli. Il y a aussi d'abondantes carrières de tuf.

Foire. Le % mars, il y a une foire très fréquentée et qui jouit d'une grande réputation , principalement pour les mulets qu'on y trouve. Il s'en vend chaque fois près de 600.

On y amène aussi du bétail à cornes.

Cette foire est dite de la Saint-Aubin. Les domestiques des deux, sexes s'y réunissent pour trouver des maîtres.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Arinthod et quelquefois ceux d'Orgelet.

Il y a un moulin à farines à qnatre paires de meules avec battoir à blé, deux autres à deux tournants , une scierie mécanique à une lame, avec un battoir à blé , une foule avec un battoir.

Les patentables sont : un cordonnier, un couvreur en bois, deux aubergistes , deux menuisiers et un marchand mercier. Plusieurs familles s'occupent de tabletterie et fabriquent des articles dits de Saint- Claude.

Biens communaux : une église et un cimetière à l'entour, un presbytère , construit en 1836 ; une maison commune contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle

d'étude, fréquentée en hiver par 30 garçons et 30 filles , et une fromagerie, dans laquelle on fabrique annuellement 7000 kil. de fromage , façon Gruyère; une chapelle dédiée à Notre -Dame-d«-Lorelte , un oratoire dédié à saint Jean-Baptiste; trois ponts , deux places publiques em plantées de tilleuls très anciens , et 95h 64* de pâtures, friches, murgerset bois, d'un rev. cad. de 24 1 f.

Bois communaux ; Fétigny et Montadroit : 46h 58* ; coupe biennale , îh 62*.

Budget : recettes ord. 1482 fr.; dépenses ord. 1454 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Hier, nous foulions avec tristesse les sillons sous lesquels le laboureur insouciant a enseveli les derniers restes de la royale abbaye de Rosières. Aujourd'hui nous marchons encore sur des ruines. Quelle main fatale s'est donc appesantie sur toi , 6 mon pays ! Ce qui faisait jadis ta gloire et ton orgueil, est partout caché sous la cendre t Fétigny, ce bourg célèbre au moyen-âge, qui derrière ses épaisses murailles et son château formidable, se croyait à l'abri de toute atteinte; que le commerce et l'industrie enrichissaient chaque jour davantage; qui se vantait décompter parmi ses maîtres, d'illustres guerriers, de grands prélats, n'est plus qu'une chétive bourgade sans importance aucune. Puisque son présent est sans intérêt , que nos annales du moins consacrent le souvenir de son glorieux passé.

Ongine. Sur les bords de la voie gauloise qui reliait Salins â Isernore, s'élevait trois petites cités également florissantes, Orgelet , Fétigny et Arinlhod. La tour de Dramelay , bâtie au-dessus de leurs tètes, semblait les couvrir de son orgueilleuse

protection. Placées au centre d'un foyer druidique , elles étaient en* to urées de toutes parts de monuments élevés aux anciennes divinités de la Gaule. A la limite des territoires de Fétigny et Savigna , entre la roche Orsa et la fontaine du Bassin, se dressait à la pointe d'une montagne un menhir qui fut longtemps un objet de vénération. C'était une pierre brute , haute de dix pieds et large de sept , n'ayant de remarquable que son isolement au milieu d'un désert ; on la connaissait sous le nom de pierre de Vèvre ou pierre Couqueresse. Le nom de Fesligny, Festum ignis, n'indique-t-il pas lui-même le culte du feu ou la fête du soleil ? Celui de Sarrogna , village situé entre Orgelet et Fétigny, offre une analogie frappante avec Saronia, surnom de Diane ou avec les Saronides , surnom des druides, parce qu'ils vivaient au sein des forêts des chênes. La croyance à la vouivre qui, chaque soir sortait du château pour aller se désaltérer à la source du ruisseau de Dessous- Roche , est d'origine druidique. La foire des domestiques , qui se lient chaque année le 2 mars à Fétigny , perpétue un usage qui remonte à la plus haute antiquité. Le sol de ce village présente à sa surface ou recèle dans son sein des vestiges et des témoignages précieux des établissements formés par les conquérants de la Gaule celtique. On y a trouvé de nombreuses médailles à l'effigie de Marc-Àurèle , de Gordien et d'Antonin-le-Pieux ; des tombeaux antiques, formés en pierres tuffeuses et couverts de dalles, renfermant des squelettes de grande taille, et une plaque de métal doré sur laquelle était représentée une déesse assise sur un char et escortée de deux personnages. Un poste militaire,défendu

par un retranchement en terre, s'élevait au bord du grand chemin d'Orgelet à Arinthod et en protégeait le passage. Le château féodal avait succédé lui-même à une redoute romaine. Le nom de Fétigny se rencontre déjà dans des titres du xe siècle. Par une charte de l'an 941, l'abbaye de Saint Maurice d'Agaune inféoda au comte Albéric de Narbonne, moitié de Fétigny, medietatem de Feostingo, in comitatu Scodingum. On ignore à quel titre ce monastère possédait des biens dans cette partie de la province. On pourrait supposer cependant qu'ils provenaient de la donation qui lui avait été faite par Sigismond, roi de Bourgogne , en 523.

Seigneurie. Elle comprenait le bourg et le château de Fétigny, Montadroit , Légna et une partie de Chambéria, Ugna et Marsenay. Elle s'étendait en outre sur partie des villages de Chavéria et Céséria , qui lui avaient été unis par acquisition.

Le seigneur avait la justice haute, moyenne et basse , pour l'exercice de laquelle il instituait un bailli, un juge châtelain, un procureur, un greffier, des huissiers, des sergents, des forestiers et des gardes. Ces officiers connaissaient de toutes causes civileset criminelles, jusqu'à la mort inclusivement. Le signe patibulaire à deux colonnes et deux pannonceaui s'élevait sur une colline dite les Fourches. En cas d'exécution , tous les sujets qui en étaient requis, devaient s'y trouver en armes. Ces mêmes officiers avaient la police des chemins, des ponts et des cheminées, faisaient la taxe du vin et du pain , échantillonnaient les poids et mesures, recevaient les nouveaux habitants, la prestation de serment des prud'hommes élus et celle des sujets , à l'avènement de chaque sci-

gneor.Ils ordonnaient , conjointement avec le capitaine du château , tout ce qui concernait la milice, les montres et revues d'armes , le guet et garde , la retraite et la réparation des fortifications. Le seigneur avait toutes les épaves et les choses trouvées qui n'étaient pas réclamées dans les quarante jours ; le droit d'imposer un écu sur chaque ménage, en cas de nouvelle chevalerie, voyage d'outre mer, prison en guerre ou mariage d'une fille ; de faire des parcs et bergeries séparés dans les communaux ; la chasse , la pèche exclusives, les cours d'eau et la collation de plusieurs chapelles ; de grands bois, des moulins et des fours banaux. 11 pouvait percevoir , aux foires et marchés, des droits d'éminage et couponage sur les blés amenés aux halles, la moitié des dîmes ou tâches sur les blés ensemencés dans les communaux de Chambéria ; des droits de scel et de tabellionnage. On lui devait des cens en argent et en grain , les lods sur les ventes d'immeubles, etc.

Seigneurs. Une famille noble de nom et d'armes , possédait la seigneurie de Fétigny dès le xne siècle.

C'était une branche cadette de l'illustre maison de Dramelay. Thiébaud, chevalier, se qualifiait de sire de Fétigny, en 1233. Par suite de Ja révolution féodale qui s'opéra à cette époque , ce domaine rentra dans la maison de Ghalon. Perrin de Chalon, dit le Bouvier, quatrième fils du second lit de Jean de Chalon l'Antique et d'Isabelle de Courtenay, l'inféoda au mois de février 1269 (n. st.), à JeandeViremont, écuyer.

Des différents fils de Jean de Viremont, l'un prit le nom de Dramelay, et un autre celui de Fétigny. Geoffroy de Fétigny, écuyer, seigneur dudit lieu , épousa Jeanne de Dra-

melay, dont il eut Garnier, Etienne, Pierre, Humbert, et trois filles, Hélie, Ancellys, et Hnguelte. Geoffroy de Fétigny et son épouse furent inhumés dans l'église paroissiale de Légna. Pierre , conseiller - clerc au parlement de Paris, en 1378, fut promu cardinal au mois de décembre 1383, et mourut le mercredi après l'Assomption de l'an 1390. Il fut inhumé dans la cité d'Avignon, au milieu du chœur du couvent des Célestins , à côté du pape Clément VU.

Etienne de Fétigny fut tué à Bologne , au service du pape , et fut inhumé sous une pierre de marbre dans le cloître de l'église Saint-Dominique de cette ville. Garnier, après avoir servi en la compagnie de Jean de Chalon , comte d'Auxerre et sire de Cbàtelbelin, et contribué à la conquête de la Guyenne, sous les ordres de Bertrand du Guesclin, connu alors sous le nom de Bertrand de Plaquin , s'engagea au service du duc de Milan, et mourut dans cette ville. Humbert avait épousé Catherine de la Palu , fille de feu Louis de la Palu, seigneur de Virechàtel et de Crissey, près de Dole, et mourut en 1385. Son épouse lui survécut jusqu'en 1426. Tous deux furent inhumés dans l'église de Légna.

Jeanne de Fétigny fut mariée à Jean de Toulouse, écuyer.

Du mariage d'Humbert de Fétigny et de Jeanne de la Palu, étaient nés le 24 mars 1368, Guillaume; le 24 août 1370, Robert; au mois d'avril 1 372, Jean; le 6 juillet 1 373, Pierre; le 6 janvier 1376, JsaoeHe/etau mois d'avril 1377, Guigue de Fétigny. Jean devint archevêque de Chartres, fut tué en la 32 à la prise de cette ville, par le duc d'Orléans, et fut inhumé dans le couvent des Jacobins de cette cité. Pierre mourut à Avignon , occupant une des pre-

mières charges à la cour du pape.

Isabelle épousa Huguenin deSugny, de Montmorot , écuyer, et fut inhumée dans l'église des frères Mineurs de Lons - le - Saunier. Guigne fut fait chevalier à la bataille de Crevans en 1424 et mourut la même année. 11 avait épousé Jeanne de l'Espée, dame de Saint -Germain du-Bois et de Costarel, dont il n'eut pas d'enfants. Guillaume de Féligny, seigneur de ce lieu , assista comme témoin, le 3 mai 1396, au testament de Jean, sire de Chàlelbelin, et accompagna son suzerain dans la croisade contre les Turcs. A son retour, il fut nommé premier écuyer de Louis de Chalon, seigneur d'Orgelet, épousa le 24 janvier i 599 ( v. st. ) , Jeanne, fille de feu Jean Alemand , seigneur d'Arbent et de Coisel , mourut le 27 novembre 1426, et fut inhumé dans l'église de Légna. 11 eut de son mariage François, doc-» < teur ès-lois , comte et chanoine de Saint-Jean de Lyon, prévôt de Saint- Pierre de Genève , et trésorier de Notre-Dame de Lausanne; Hugues, abbé de Tournus pendant quarantequatre ans, et inhumé dans ce monastère ; Louis , capitaine de cent hommes d'armes au service du duc Philippe-le-Bon , blessé d'un trait au siège de Bclleville près de Lyon ; il mourut de sa blessure et fut inhumé dans sa chapelle de Légna ;

N épouse de M. de la Forée, en

Savoie; N épouse d'Humbert

Grand, chevalier, deCuiseaui; Huguetle, épouse de Jean du Bois, seigneur de Pressia , près de Bourg ; Isabelle, qui épousa Benestru de Chassai, seigneur de Charchilla , Boutavant et Grilla , et enfin Henri, seigneur et baron de Bornay. Henri de Féligny, seigneur de ce lieu, laissa pour héritiers Marguerite, épouse de Guy, seigneur de Vin-

celle , près de Louhans ; Isabelle , mariée à Etienne de Vuillafans; Marie, épouse de Liénard de Charnod ; Louise , épouse de Guillaume de la Tour, seigneur de la Tour- Saint Quentin de Besançon; Nicolat, qui Tut créé chevalier en la guerre contre ceux de Liège, en 11 68; Guillaume, prévôt et chanoine de Saint- Pierre de Genève ; ce prélat avait employé tous ses efforts, en 1483, à comprimer la révolution religieuse des calvinistes , en assemblant sa chambre capitulaire, et en rédigeant des statuts sévères ; il' se retira de bonne heure en sa terre de Féligny, où il mourut en 1 S 1 3, et fut inhumé devant le grand autel de l'église ; et enfin Humbert. Humbert de Fétigny, chevalier, seigneur de ce lieu , en vertu du testament de Guillaume son frère, et baron de Bornay, épousa Anne de Corsan, dont il n'eut qu'une fille, nommée Guillaume ou Guillemette. Celte demoiselle épousa en première noces Claude de Roussillon , seigneur de Cercey, dont elle eut Jean de Roussillon , chef d'armes de Roussillon , et en secondes noces Jean de Grammont, seigneur de Chàtillon-Guyotle et de Roche, dont elle eut Jean, Guillaume, prévôt et chanoine de Saint-Pierre de Genève, Humbert, dit de Fétigny, deux autres fils du nom de Jean , Lyènard, Anne, épouse de Claude de Cléron , et Claude, religieuse en l'abbaye de Châleau-Chalon. Guillemette légua en mourant la terre de Féligny à Humbert son fils puîné, à charge de relever son nom et ses armes. Ce seigneur s'allia à Anne de Beaumotte, dont il n'eut qu'une fille, Claudine de Féligny, qui épousa Claude de Laubespin, baron de Varay et de l'Aigle. Le 15 octobre 1584, Claude de Laubespin , en qualité de tuteur de ses enfants, fit hommage

de la terre de Fétigny au seigneur d'Orgelet , et dans le même mois la vendit , à titre de rachat , à Claude de Vautravers , ainsi qu'à Georgine de Genève, mère de ce dernier, et la racheta au mois de novembre suivant. Barbe, fille de Claude de Laubespin, la porta en dot à Léonel Mouchetde Battefort, qu'elle épousa en 1588. Louis Mouchet de Battefort, comte de Laubespin, vendit Féligny le %k novembre 1698, à Jean-Claude de Montagu , marquis de Boutavant, qui le revendit le 17 novembre 1711, à Marie-Gabrielle de Saint-Mauris, veuve de M. Louis de Battefort. Celle dame l'aliéna le 1 k avril 17 i 2, en faveur de M. Eléonore-Bénigne-François du Pasquier, seigneur de la Villette. Les héritiers de M. Antoinc-Joseph-Daniel de Maisod du Pasquier, seigneur de la Villette, l'ont possédé jusqu'au moment de la révolution de 1789. Nous avons cru devoir entrer dans d'assez longs détails sur la famille de Fél'i>ny» parce qu'on ne trouve sa généalogie dans aucun nobiliaire.

Armoiries. Fétigny portait : de gueules à trois chevrons brisés d'or.

Bourg et château. Le château de Féligny ayant été pris et rasé par les Français en 1639, il n'est plus pos sible de décrire sa forme primitive.

On sait seulement qu'il était d'une vaste étendue et d'une construction solide. Il y avait une chapelle dans l'intérieur d'une des tours ; une grande basse-cour, un colombier, un jardin, un verger, des parterres, un parc pour la chasse et un pré appelé le Clos , entouraient les bâtiments. Les seigneurs , résidant habituellement dans ce manoir, on peut juger par le rang qu'ils occupaient et par leurs richesses, combien la vie devait y élre animée. Les brillantes noces qui s'y célébrèrent,

les fastueuses funérailles de plusieurs des membres de la famille de Fétigny, attiraient les plus grands seigneurs du pays. Ce qui restait du château a été démoli en 1819, a l'exception d'un tronçon de tour de % mètres de hauteur et des caves qui existent encore. Cette forteresse était bâtie au sud-ouest du bourg qu'elle dominait, contre le revers occidental de la montagne et près de la chapelle de Notre-Dame-de-Lorette. Elle était entourée d'un fossé toujours plein d'eau.

Le bourg était clos d'une ceinture de murailles percées de trois portes.

11 s'y tenait un marché le lundi de chaque semaine et deux foires par an , aux jours de fêtes de Saint-Martin et de Saint-Aubin. Les habitants étaient qualifiés de bourgeois et avaient reçu une charte de franchises de Jean de Viremont, en 1280. Us avaient dans leurs murs une église châtelaine, dédiée à saint Aubin, évéque. L'industrie fut très active à Féligny pendant toute la période féodale. Gilbert Cousin nous apprend que de son temps, il y avait de nombreuses fabriques de draps , de futaines et des tissages d'étoffes. Les compagnons drapiers, au nombre de près de 300, portaient tous l'épée au côté. On y comptait aussi plusieurs blanchisseries et des ateliers de teinture. Les produits de ces fabriques jouissaient d'une lointaine réputation et s'exportaient non-seulement dans le comté, mais encore en Suisse et dans tout le midi de la France. Une papeterie avait été construite sur le ruisseau de Dessous-Roche. Le même ruisseau mettait en mouvement des moulins, des battoirs , des clouteries et des martinets. Une tuilerie s'élevait au bord d'un vaste étang, appelé le lac de Fétigny. Des halles bordaient la

place publique. Leur emplacement porte encore le nom de Halles. A côté était l'auditoire du bailliage. Les officiers de justice étaient nombreux.

Outre le bailli, le prévôt, le greffier, le tabellion, il y avait encore le gruyer, un grand nombre de gardes, de messiers , de forestiers et de sergents. Le château était commandé par un capitaine châtelain et habité par plusieurs écuyers, pages, varlets au service du seigneur.

Maladrerie. Un hospice pour les lépreux avait été fondé en 1220, par Thiébaud , sire de Fétigny. La place qu'il occupaitest encore appelée à la Malatière. Elle est couverte de débris de constructions. Un cimetière pour les pestiférés avait été établi en 1632, entre Légna et Féligny, dans le lieu dit à la Croix-aux-Morts.

Les malades étaient relégués dans des luges en planches construites aux Cabornes.

Eglise. L'église paroissiale de Fétigny était à Légna ce que celle de Bletterans était à Villevieux. Il y avait dans le bourg une église châtelaine ou succursale, desservie par un prêtre et cinq familiers, qui firent approuver leurs statuts par Antoine de Vergy, archevêque de Besançon, le 20 juin 1520. Ces prêtres portaient au chœur le capuce noir et célébraient l'office canonial avec les mêmes cérémonies que celles pratiquées à l'église métropolitaine de Besançon. L'église, dédiée à saint Aubin , dont on célèbre la fête le 1er mars , est située à l'extrémité sudouest du village. Elle est orientée et se compose d'une nef, d'un chœur et d'une sacristie. La porte d'entrée principale est ogivale et est surmontée d'un écusson avec armoiries.

La nef est plus large et moins ancienne que le chœur, quoique du même style ; l'un et l'autre sont dé-

corés de colonnes cylindriques en partie engagées dans les murs latéraux. Ces colonnes supportent les arcs-doubleaux et les nervures diagonales des voûtes. Les points de jonction des nervures sont ornés d'armoiries. Des fenêtres ogivales trilobées éclairent l'édifice. A la jonction du chœur et de la nef, s'élève unearcatureen pierre, dans laquelle est suspendue la cloche. A droite du chœur, se trouvait la chapelle sei gneuriale dédiée à Notre-Dame. Elle était du style ogival flamboyant , voûtée, nervée et éclairée par une belle fenêtre ogivale géminée. Les nervures retombaient sur des culsde- lampe qu'ornaient des figures humaines parfaitement sculptées. La chapelle était séparée du chœur par une grille en fer artistement ouvragée et garnie d'un chauffoir.

Un chapelain y célébrait la messe chaque jour. Les seigneurs de Fétigny avaient deux autres chapelles, l'une dans l'église de Légna, dédiée à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs , et une autre dans l'église d'Orgelet, dédiée à saint Jean «Baptiste. Un chapelain était attaché à chacune d'elles. La chapelle de Fétigny a été divisée en deux parties : l'une sert de sacristie et l'autre de bûcher pour le presbytère. Le chœur de l'église porte la date d'une restauration de l'an 1499 ; la nef et la chapelle seigneuriale ont été ajoutées postérieurement.

On voit dans cette église, deux tombes , représentant les personnages qu'elles recouvrent et entourées d'inscriptions; l'une est celle de Guillaume de Fétigny, premier chanoine de Saint-Pierre de Genève, mort le 27 décembre 15 13 ; elle s'élève au-dessus du dallage de la nef, en forme de tronc de pyramide quadrangulaire ; sur les côtés est l'ins-

cription, et au milieu Guillaume de Fétigny est sculpté en bas-relief, en costume de chanoine ; l'autre , plus simple , représente un autre Guillaume de Fétigny, gravé en simples ciselures.

L'ensemble de réglise est d'une architecture simple et régulière. On remarque sur le cimetière une croix en pierre de style ogival, représentant d'un côté en haut - relief le Christ, et de l'autre la sainte Vierge , tenant l'enfant Jésus.

Chapelle de Notre-Dame- de -Loretta. Elle s'élevait à côté du château et était très ancienne. La statue miraculeuse qu'elle renfermait était en grande vénération, et on y venait en pèlerinage de tous les points de la Bresse, du Bugey et du Méconnais.

Elle a été reconstruite il y a quelques années, par Claude-François- Joseph Clabaud, chanoine de Meximieux , originaire de Féligny. Audevant , est une place publique ombragée par trois vieux tilleuls.

Evénements divers. La haine que se portaient les seigneurs de Chambéria, de la maison de Binans et ceux de Fétigny, mettaient à chaque instant aux mains les sujets de ces deux terres. L'usage commun des parcours , des bois , des communaux , faisaient naître des luttes sanglantes entre les habitants de ces deux seigneuries. Pendant les guerres du xvne siècle, le baron d'Amans et M. de la Villette avaient fait du château un de leurs quartiers généraux. Aussi, le marquis de Villeroy n'eut- il rien de plus pressé , après la destruction du château de Yirechâlel , le îft août 1639, que d'envoyer des troupes pour assiéger celui de Fétigny. Cette forteresse fut prise, brûlée et rasée le lendemain.

On y avait trouvé pour plus de 20,000 écus de grains, qui furent pillés. Le

bourg fut aussi incendié et resta inhabité pendant huit ans , ainsi que le constatent les registres des délibérations municipales. Les habitants qui avaient échappé à la mort s'étaient réfugiés dans les cavernes d'alentour et vivaient dans les bois.

Les Français saccagèrent de nouveau ce bourg qui commençait à sortir de ses ruines, le 2ft février 1671». Les maisons , l'église même , furent livrées au pillage. Six maisons furent complètement incendiées.

Bibliographie. Annuaire du Jura, 1 8*8. — Archives de la préfecture du Jura.

ried (le), le Fief, la Tour-du- Ftefi vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., percept. et bur. de poste de Voileur ; succursale ; à 1 1 kil. de Voiteur et 23 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 528m. *

Le territoire est limité au nord par Plasne, Barretaine et Poligny; au sud par la Doye , Fay et Picarreau ; à l'est par Poligny et Picarreau ; à l'ouest par la Doye et Plasne. Les Baraques , ou le hameau du Chanelet , Ecouvete , la grange desToupes ou des Soufflets, la Saugia , la Baraque du garde , font partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de grande corn. n° 5, de Bletterans à Champagnole ; par les ch. vicinaux tirant aux granges de la Doye, à Poligny, à Lamare, àBesain.

Le village est situé sur le premier plateau du Mont-Jura , contre le revers oriental d'un côteau , dans une position très agréable. 11 est divisé en deux parties, appelées l'une, le Village-d'en-Haut , et l'autre le Village d'en Bas. Les maisons sont disposées par groupes , construites en pierres , couvertes en laves ou en

tuiles. Plusieurs ont un étage au dessus du rez-de-chaussée.

Pop. en i 790, 487 hab. ; en 1 846, 501 ; en 1851 , «01, dont 282 hom.

et 249 fem. ; pop. spécif. par kit.

carré, 73 hab.; 91 maisons, savoir:

au Village-d'en-Bas 33 , au Villaged'en-Haut 45 , aux Baraques 4 , aux Toupes 1 , à l'Ecouvete 5, et au Chanelet 3 ; 103 ménages.

Les plus anciens registres de Tétât civil remontent à 1714.

Les habitants u'émigrent pas.

Cadastre exécuté en 1 825 : surf, territ. 67 9h 28% divisés en 1358 parcelles que possèdent 197 propriétaires, dont 58 forains; surf, imp. 667h, savoir : 436 en terres lab., 211 en bois, 6 en friches, 4 en broussailles , 5 en pâtures , d'un rev. cad. de 11,473 fr.; cont. dir.

en pricip. 2847 fr. A la surface précédente , il faut ajouter la section D , qui a été distraite du territoire de Poligny, pour être réunie à celle du Fied.

Le sol , peu accidenté et d'une fertilité ordinaire, produit du blé, de l'orge, beaucoup d'avoine , du méteil d'orge et d'avoine , du chanvre , des pommes de terre , peu de fruits , de légumes secs et de foin , beaucoup de fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 75 c. pour cent.

On élève dans la commune quelques chevaux , des bêles à cornes et des volailles. 100 ruches d'abeilles. On y engraisse quelques porcs. L'agriculture y fait de grands progrès.

On trouve sur le territoire, beaucoup de marne , employée pour l'amendement des terres , et des carrières de bonne pierre à bâtir et à chaux , non exploitées.

11 y a deux fromageries , dans lesquelles on fabrique annuellement 38,000 kilogr. de fromage , façon Gruyère.

Les patentables sont : 3 aubergistes , un forgeron et un marchand mercier.

tuellement les marchés de Poligny et de Champagnole.

Biens communaux ; une église, un cimetière à l'entour, un presbytère convenable, près de l'église; une place publique, cmplanlée d'arbres ; une maison commune , construite en 1841 , qui a coûté 14,000 fr.; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 4 3 élèves ; le logement d'une institutrice laïque et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 40 élèves ;

3 puits communaux , et 180h 96» de parcours, mares ou abreuvoirs, d'un rev. cad. de 180 fr. 96 c.

Il existe dans le bois de Villeneuve, une source abondante dont on pourrait facilement amener l'eau dans le village , qui en est dépourvu durant les sécheresses. Il faut aller très loin pour s'en procurer.

Bois communaux : 126b; dont 3h 78* sont coupés annuellement.

Budget : receltes ord. 2971 fr. ; dépenses ord. 2933 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu annuel, 35 fr.

NOTICE HISTORIQUE

La grande voie romaine de Lyon à Besançon , avec embranchement sur Salins, traversait le territoire du Fied sous le nom de vie Saunier.

Un rameau de cette route se détachait au Fied même , tirait au Pontdu-Navoy , suivait le cours de l'Ain et mettait en communication Besançon , Poligny et Grozon avec la Tille

d'Antre. Cette branche reliait aussi Château -Chalon à Nozeroy. Sur le bord de la première de ces voies , on rencontre cinq puits romains, disposés près d'une mare qui sert d'abreuvoir au bétail de la commune , et en dehors de la clôture du château. La rue qui en a pris le nom de rue des Poits, conduit du Fied à Poligny par Plasoe. Le premier de ces puits , voisin de la maison Doubez , n'a que quatre mètres environ de profondeur. Le plus rapproché de l'abreuvoir commun , appelé le puits de la Croix , est le plus grand de tous : il a treize à quatorze mètres de profondeur sur trois mètres de diamètre au moins. Le troisième, que l'on nomme le puits Sarrasin, est aussi profond que le précédent, mais il n'a que quatre décimètres de diamètre. Le quatrième et le cinquième, l'un dans le chemin même, l'autre dans un champ , s'enfoncent de dix mètres dans le sol , et se trouvent presque pleins d'eau. Ils sont tous forés dans le roc vif et construits en maçonnerie. Trois d'entre eux servent encore de puits communaux. Autour du Fied, se groupaient plusieurs villas patriciennes , si l'on en croit du moins les noms latins restés à leurs emplacements primitifs. Placée sur le passage des Barbares , la bourgade que remplaça plus tard le village du Fied, disparut sous leurs pieds destructeurs, et son nom même fut oublié.

En creusant les fondations de ta maison qu'occupe M. Estiévant, on a découvert d'anciens murs et des voûtes d'une excellente construction. Ces débris appartiennent sans doute à une ancienne villa romaine.

Seigneurie. Avant le milieu du xve siècle , le Fied était de trois seigneuries et de trois paroisses différentes. La partie qui dépendait de la

seigneurie de Poligny était de fa paroisse de Saint-Savin ; celle qui dépendait du comté de Frontenay était de la paroisse de ce lieu; l'église était alors sur les hauteurs, entre Bougelier et les fermes de l'Ecouvete; la partie de la seigneurie de Mirebel était desservie par le curé de Fay.

Gauthier de Falerans, seigneur de Frontenay, possédait au Fied une tour seigneuriale appelée la Tour du Fied , qu'il vendit en 1447, à Jean de Plaine, avec tous droits de justice , par dismembration de la juridiction du châtelain et du bailli de Frontenay. Le duc Philippe permit à l'acquéreur d'ériger un signe patibulaire sur le territoire de la Tour, en déclarant que ce lieu serait du ressort du bailliage d'Aval, sans moyen. Ses enfants furent Humbert et Gérard de Plaine. Jean de Chalon, sired'Arlay, avait inféodé , par une charte du 16 décembre 1*47, la partie du Fied qui dépendait de la terre de Mirebel, à Guichard Girod , écuyer de sa maison, en récompense des nombreux services militaires qu'il en avait reçus, en se réservant toutefois certains droits sur 23 feux ou maisons de ce village, et le guet et garde au château de Mirebel.

Gérard de Plaine , président des parlements et chef des conseils de Bourgogne, acheta la partie inféodée à Guichard Girod, fit ériger le lieu du Fied en seigneurie particulière et y fonda une église, que le pape Callixte III érigea en paroisse, par une bulle de Tan 1457. Gérard de Plaine n'ayant pas eu d'enfants de Jeanne de la Bastie, son épouse, dame de Magny-sur-Thil , Jean , fils dliumberl de Plaine , son frère, recueillit sa succession. Jean de Plaine n'eut de Ferrie de Cluny, son épouse, nièce et filleule du cardinal de ce nom , que deux filles , Françoise ,

dame de Mantry, mariée à Jean, seigneur de Verges, et Claude, mariée à Hugues du Pin de la Cbasnée, seigneur de Villers-Serine , à qui elle porta en dot la terre du Fied. Charles du Pin, fils de Hugues, seigneur du Fied, épousa en 1579, Jeanne d'Aubonne , dame en partie de Cramans, et en eut une fille, du nom de Claude , qui épousa Henri de Poligny, seigneur d'Augea et de Courbouzon. De cette union naquit Magdeleine de Poligny, qui fut mariée à Guillaume de Poligny, seigneur d'Evans. Celte dame vendit la terre du Fied à Hugues - François Patornay, écuyer, de Salins , qui la transmit à Bernard - François Patornay , son fils aîné, né de son mariage avec Antoinette -Françoise Richier, dame de Varras. Bernard-François Patornay, conseiller au parlement de Besançon en 1695, s'allia, en 1698, à Jeanne-Philippe Boy, dame de Saubief, dont il eut, entre autres enfants , Charles-Emmanuel, seigneur du Fied , né en 1700. Frédéric- François de Patornay, seigneur du Fied , fils de Charles - Emmanuel , émigra en 1790; ses biens furent veudusnationalementen 1793. M. de Patornay avait épousé Mlle de Damedot et en avait eu Jacques-Alexis- François , Jeanne-Antoine-Magdeleine et Charlotte-Angélique-Françoise de Patornay , qui épousa M.

François-Marie Gagneur.

Château. Il se composait d'un grand bâtiment couvert en ancelles, avec tours , d'un jardin , d'un parterre et d'une chapelle. Il a été incendié en 1 800 , et n'a pas été reconstruit. Son emplacement appartient aujourd'hui à M. le commandant Gagneur , de Poligny, qui en a fait un jardin.

Eglise. L'église est située sur une éininence, à l'extrémité méridio-

nale du village. Elle est dédiée à la Nativité de saint Jean-BapUsle, dont on célèbre la fêle le 24 juin.

Elle est orientée et se composed'un clocher, de trois nefs , d'un sanctuaire se terminant octogonalement, et d'une sacristie. La nef principale est belle ; des pilastres de Tordre toscan , des arcs-doublcaux , des arêtes nervées avec ornements à leurs intersections , la décorent.

Elle a été exhaussée en 1 825 , en même temps qu'on a construit les nefs collatérales. On y remarque plusieurs tombes très anciennes. Le patronage de cette église appartenait au seigneur. Il y avait une chapelle , dédiée à saint Antoine, fondée par une famille de ce nom.

Biographie. Ce village a vu naître:

Antoine Antoine , secrétaire de l'empereur Charles-Quint , qui l'anoblit, mort le 17 février 1543.

Pierre Antoine, petit-fils du précédent, fut religieux de l'ordre des Frères Prêcheurs, docteur en théologie, prieur du couvent de Poligny, et mourut en odeur de sainteté en

,Yg. del'arr. de Lonsle-Saunier, cant., perc. et distrib.

de poste de Saint-Julien-sur-Suran ; paroisse de Nantey ; à 3 kilom. de Nantey, 5 de Saint-Julien et 41 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 426ro.

Le territoire est limité au nord par Andelot-lez-Saint-Amour ; au sud par la Balme-d'Epy ; à l'est par Villechantria et Morval ; à l'ouest par Epy et Nantey.

Il est traversé par les ch. vicin.

tirant à Saint-Julien , à Epy, à Tarda , à Nantey, à Morval.

Le village est situé dans les basses montagnes du Jura. Les maisons sont adossées contre le revers oc-

cidcntal d'une colline, disposées par groupes , généralement composées d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage, mal bâties en pierre et couvertes en tuiles creuses. Elles oot un aspect misérable.

Pop. en 1790, 106 hab. ; en 1846 , 99 ; en 1851 , 90 , dont 40 nom. et KO fera.; pop. spécîf. par kil. carré, 28 hab.; 20 maisons; 20 ménages.

Les plus anciens registres de Pétât civil datent de 1793.

Les jeunes gens émigrent pour être domestiques et ouvriers à Lyon.

Cadastre exécuté en 1819; surf, territ., 317h 85*, divisés en 1035 parcelles que possèdent 98 propriétaires, dont 67 forains ; surf, imp., 312h20a , savoir : 146h02aen terres lab., 79h 77* en bois-taillis, 59h30a en parcours , 1 lh 85* en prés , 8b 03*en broussailles, 4b 13* en friches, lb 96* en bois-futaies , 68* en sol et aisances des maisons, 42* en jardins, d'un rev. cad. de 2848 fr.; cont.

dir. en princip., 684 fr.

Le sol , peu fertile et craignant la pluie , produit du blé, de l'orge, de l'avoine , du maïs , des légumes secs , peu de navette , des pommes de terre , du chanvre , peu de fruits , et des fourrages artificiels.

Il y avait de la vigne qu'on vient d'extirper.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune des bêles à cornes , des moutons et des volailles. On y engraisse quelques porcs. 12 ruches d'abeilles.

L'agriculture n'y fait point de progrès.

On trouve sur le territoire de la marne qu'on a cessé d'exploiter pour

l'amendement des terres , des carrières de mauvais sable, de pierre à bâtir, de taille et à chaux, non exploitées.

Biens communaux : deux fontaines avec lavoirs et abreuvoirs , construites en 1846, qui ont coûté 7500 fr. Elles sont mal construites et ne retiennent pas l'eau ; 99b 30* de pâtures, bois -taillis et broussailles, d'un rev. cad. de 205 fr.

Il n'y a point de maison commune.

Les enfants fréquentent les écoles des villages voisins.

Bois communaux : 40h 50*; coupe annuelle, lb 21a.

Budget : receltes ord. 1208 fr. ; dép. ord. 973 fr.

NOTICE HISTORIQUE

L'obscur village de Florentia a la prétention d'être d'origine romaine, et en apporte pour preuve son nom qui est le même que celui de la belle ville de Florence, en Italie.

Il emploie comme un autre témoignage, les tombeaux antiques couverts de dalles, dispersés sur son territoire. Le plus ancien titre qui le mentionne est de l'an 1290. Il dépendait du marquisat d'Andelot et de la paroisse d'Epy. Ses souvenirs historiques ne présentent aucun intérêt.

Fonclne-le.lla*, Vg. de l'air, de Poligny. cant. et percept. des Planches, distrib. de poste de Foncine-le-Haut ; succursale ; à 4 kil.

des Planches , 43 de Poligny, 43 d'Arbois et 51 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 80 lm.

Le territoire est limité au nord par Chapelle-desJtois (Doubs), Foncine-le-Haut et les Planches ; au sud par Fort-du-Plasne , le lac des Rouges-Truites et Chapelle-dcs-Bois ; à l'est par Chapelle-des-Bois et Fon-

cinc-le-Haut ; à l'ouest par Fort-du- Plasne et les Planches. La grange de l'Olive, la Combe, les Tareillers, les Tourgeniers , les Replats, les Serrettes, Rapoutier-Dessus , Rapoutier - Dessous , la Renaud, en Beauregard , vers les Biefs , vers chez Guedon , au Liamon, vers chez André , chez Dayet , vers chez Gustin , la Chancenelte, sur le Moulin , chez Douanet , chez les Fumey, la Grange-à-la-Dame , au Delvret, la Cingernaux, le Mont à la Chèvre et les Côtes, sont des hameaux ou fermes isolées qui font partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 16, de Mouthe à Saint- Laurent ; par les ch. vie. tirant à Fort-du-Plasnc, à Chapellc-des Bois, à la Grange-à-la-Dame, à Rapoutier- Dessus et Dessous, aux Serrettes et chez Douanet; par la rivière de Sène ; par les ruisseaux du lac à la Dame, desSeignes, des Prés-Mous, de la Seneta, de la Fontaine-Noire ; par le bief de Bouchon et le ruisseau Simonot.

Le village est situé au fond de la vallée de la Sène , dans les hautes montagnes du Jura , sur un terrain sillonné de ruisseaux, au bord desquels s'élèvent çà et là de petits mamelons escarpés et les habitations.

Les maisons sont généralement isolées, à l'exception du groupe appelé le village ; elles sont construites en pierre, couvertes en tavaillons et élevées d'un étage au-dessus du rezde-chaussée.

612, dont 305 nom. et 307 fem.; pop. spécif. parkil. carré, 65 hab.; 125 maisons, savoir : au Champdc-Mars 36, sur la Place 11, sur le Moulin 8, chez Douanet 4, aux Serrettes 4, à Rapoutier-Dessus 10, à Rapoutier-Dcssous 8 , chez André

6, à la Grange-à-Ia-Dame 14, chez les Fumey 1 1 , sous le Mont-Noir 13; 164 ménages.

Les plus anciens registres de l'étal civil remontent à 1740.

Les jeunes gens des deux sexes , les filles surtout, émigrent pour être domestiques à Lyon ou à Paris , ou instituteurs primaires dans le département.

Cadastre exécuté en 1828 : surf, terril. 929h 34* , divisés en 1811 parcelles que possèdent 218 propriétaires, dont 37 forains; surf, imp. 907h 43a, savoir : 507* 34»

en terres lab. , 290h 53* en boistaillis, 233h 05* en pâtures, 61h 79* en prés, 7h 91* en broussailles, 3b 61a en sol et aisances des bâtiments, 2b 40* en friches et 72* en jardins, d'un revenu cadastral de 8689 fr. ; contrib. dir. en princ.

2514 fr.

11 y a un lac très poissonneux , appelé le lac à la Dame , appartenant à M. Guérillotde la Chaux des- Crotenay ; il est d'une surface de 2h 50a et d'une profondeur de 14 mètres.

Le sol , montagneux , peu fertile et d'une culture pénible, produit du blé, de l'orge, du méteil d'orge et d'avoine , des pommes de terre , du chanvre , peu de lin et de betteraves, du foin et des fourrages artificiels.

On importe les deux tiers des céréales et le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 75 c. pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes et quelques chèvres.

On y engraisse quelques porcs. 40 ruches d'abeilles.

L'agriculture y fait des progrès.

On trouve sur le territoire de la marne peu employée, de l'albâtre, des carrières de gypse , dont une

seule est exploitée par M. Claude- Joseph Bourgeois; de la pierre ordinaire à bàlir, de bonne qualité.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole. Un grand nombre d'entre eux, fabriquent des pièces d'horlogerie. Celte industrie, avec l'agriculture et le produit des fromages , forme leur principale ressource.

Il y a quatre chalets, dans lesquels on fabrique annuellement 55,000 kil. de fromage, façon Gruyère , de bonne qualité; une fabrique de plâtre à un four, un martinet à un arbre de carnage , une scierie mécanique pour bois de construction à quatre lames de scie, outre une scie circulaire ; une tannerie ayant 25 mètres cubes de fosses et cuves ; un moulin à farines à trois paires de meules , avec scierie mécanique à une lame pour bois de construction , et un battoir à blé ; un fabricant de pièces d'horlogerie par procédé mécanique.

Outre ces établissements, il existe d'autres patentables qui sont : un marchand de vaches , un marchand de planches, deux épiciers, deux marchands de vin en détail, un tonnelier fabricant de barriques et de cuves, un menuisier, Irois horlogers et trois aubergistes.

Ce village est la résidence d'un huissier et d'une brigade de douane, composée de 1 5 douaniers.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour , un presbytère convenable, mais trop éloigné | de l'église ; une maison commune , contenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 40 élèves ; le logement d'une institutrice et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 55 élèves; une pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de

95 pompiers; une place publique, un ancien cimetière dit des Pestiférés , et 56h 68° de parcours, mares et bois, d'un rev. cad. de 287 fr.

La commune de Foncine-le-Bas possède en commun et en litige avec la Grange-à-la-Dame, 7h 12a de parcours, d'un rev. cad. de 29 fr. 55 c. ; avec le châlet du Pont, en sol de chàlet et parcours, 2ih 23* , d'un rev. de 98 fr,; avec le hameau de Hapoutier-Dessous , lih &2* d'un rev. cad. de 99 fr.; le hameau de la Grange-à-la-Dame et celui des Fumey, possèdent en commun, 69b 59* de parcours, d'un rev. cad. de 166fr.

Bois communaux : 20h, sans aménagement régulier.

Budget : recettes ord. 1719 fr.; dépenses ord. 1719 fr.

Le

NOTICE HISTORIQUE

village de Foncine-le-Bas

n'étant qu'un démembrement récent de la grande communauté de Foncine, n'a pas d'histoire particulière.

Pour tout ce qui concerne son origine et sa constitution politique au moyen-âge , voir l'article Foncinele-Haut.

Eglise. Les deux Foncinc dépendirent longtemps de la paroisse de Sirod. La chapelle de Foncine-le- Haut fut démembrée de celle de Sirod en iùhk , et forma une succursale , comprenant Foncine-le-Haut, Foncine-le-Bas , et différents hameaux de la terre de Châtelblanc.

En 1785, elle fut érigée en cure. Un oratoire très ancien, qui existait à Foncine-le-Bas, fut converti en chapelle en i 6 10. Cet édifice fut érigé, le k novembre 17ft0, en chapelle vicariale, sous la dépendance immédiate de Téglise de Sirod et indépendante de celle de Foncine-le- Uaut. La chapelle, qui ne consistait

à son origine que dans le carré du milieu de l'église actuelle, fut agrandie du chœur au levant par un permis de 1692; des deux chapelles au nord et au sud, vers 1735; de rentrée qui porte le clocher en 1 776, enfin d'un nouveau chœur en 1837.

L'église de Foncine-le-Bas est dédiée à saint Pierre ès-liens et à saint Denis , dont on célèbre la fête le 1er août. Elle est orientée et se compose d'une nef, d'une tribune, d'un clocher qui n'est apparent qu'audessus des combles, de deux chapelles , d'un chœur se terminant en forme d'hémicycle , et plus élevé que la nef, et d'une sacristie. On y remarque un beau maltre-autel en marbres variés , un bon tableau représentant la délivrance de saint Pierre, deux autres tableaux donnés par MM. Cordier, avocat à Paris et ses fils , représentant l'un , saint Denis et l'autre la Visitation. M. Cordier a fait transporter dans sa grange à l'Olive un ex voto en pierre, grossièrement sculpté, qui représente la fuite en Egypte. Cette pierre provenait d'un oratoire, que de malheureux habitants qui s'étaient cachés dans le creux Maldru au moment des guerres du xvu° siècle, avaient érigé sur le Mont-Noir, en mémoire de leur heureuse délivrance.

Biographie. Il est sorti de Foncine-le-Bas un grand nombre d'ecclésiastiques. Ce village est la patrie de M. Bourgeois, Auguste, ancien proviseur du collège de Dole , et actuellement curé de Taxenne , né en 1 808 ; de M. Cordier , Auguste , avocat distingué du bareau de Paris, né en 1800, et de M. Martin, ancien supérieur de la maison de mission de Lons-le-Saunier, et chanoine titulaire de Saint Claude, né en 1 793 .

FoncIne-le-Haut , FonssenttS ,

Fonsenne , vg. de l'arr. de Poligny, cant. et perc. des Planches; dist. de poste ; cure cantonale ; à 10 kil. des Planches , 80 de Poligny , 50 d'Arbois et 57 de Lons-le-Saunier. Altitude : aux Ruines , 9&3m ; sur la Côte, 1003"*; sous le Bayard, 97 2m.

Le territoire est limité au nord par Chàtelblanc (Doubs) et Arsure- Arsurette ; au sud par Foncine-le- Bas ; à l'est par Chàtelblanc et Chapelle-des-Bois (Doubs); à l'ouest par Arsure-Arsurelte, Bief-dcs-Maisons , les Chalèmes et Foncine-le- Bas. Les Ruines , Yers les Chàlets , chez Rulillet , Voisiney-Sauvonet, la Chèvrerie , chez Pierre, le bas de la Ville , sur la Côte , chez les Valle , chez les Berthet , chez les Petctin , le Rochêret, Gros-Voisiney, chez les Dourdicr, surlesGyts, sur les Côtes, le bas des Prés , sous le Mont-Noir, la Cerney-des-Chardons , la Villeneuve , les Essarts- Valle , le Pré- Audin, les Arboux, Entre-Côte, les Nevreaux , le Saujet , le Paradis , Enlre-Côte-Dessus , Entre-Côte-du- Milieu, Entre-Côte-Dessous, sous Bayard, la Grange-Charnod et la Sèche , font partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 16 , de Mouthe à Saint- Laurent ; par les ch. vie. tirant à Chapelle-des-Bois , aux Chalèmes , aux Ruines , au Rocheret et à Chàtelblanc , sur la Côte , chez les Berthet et au bas des Prés; par la rivière de Sène, le bief Brideau , les ruisseaux d'Entre-Côte et de la.Séneta, le canal du Moulin , les biefs de la Combe-Noire, de Pillechoux , le bief Guedon et celui de la Pisse, qui produit la belle cascade des Planches.

Le village est situé dans les hautes montagnes du Jura , au fond de la vallée de la Sène et près de la source de cette rivière. 11 se compose d'un

grand nombre de hameaux et de maisons isolées, répandus sur toute la surface du territoire. Le village, proprement dit , est au fond de la vallée , sur les bords de la rivière.

Les maisons sont groupées, bien bâties en pierres et couvertes en tavaillons. Elles ont un étage audessus du rez-de-chaussée ; quelques-unes en ont même deux. On y remarque la belle habitation de M. le docteur Munier, qui a été rebâtie sur remplacement d'une des plus anciennes maisons du village.

Pop. en 1812, 1848 hab. , en 1846, 1*92; en 1851, 1817, dont 734 nom. et 783 fcm. ; pop. spécif.

parkil. carré, 52 hab.; 324 maisons, savoir : au centre du Village 71, chez Petit-Richard 2, au Moulin- Chaudet 1 , à la Chèvrerie 10, au Voisiney-Sauvonet 13, au Haut et au Bas-des-Prés 8 , sur les Gyts 1 , sous le Mont-Noir 19, vers les Châlets 5 , chez les Petetin 16, sur la Côte 12, à Villeneuve 2, chez Gentillet 2, chez Petit-Pierre 3, au Gros- Voisiney et sur les Côtes 29 , chez Doudier 1 , au Rocheret 15 , sur la Doye et aux Essarts-Valle 6 , chez Valais 8 , chez Berthet 1 3 , sous le Bayard 6, chez Rulillet 3 et au bas de la Ville 24; 381 ménages.

Les plus anciens registres de Tétai civil remontent à 1753.

Un grand nombre d'habitants émigrent pour aller raccommoder les seaux et les vans en Suisse; d'autres vont couvrir les maisons dont les toitures sont en bois.

Cadastre exécuté en 1826; surf, terri t. 290th, divisés en 4718 parcelles que possèdent 647 propriétaires, dont 157 forains; surf, imp., 2854h 97* , savoir : 984b 56» en terres lab. , 915h 70* en pâtures, 712h 90* en bois-taillis, 206h 77* en prés, 17h 70* en broussailles,

9h 58» en sol et aisances des bâtiments, 6h 41» en friches, lh 10* en jardins et 21* en canal du moulin, d'un rev. cad.de 21, 873fr.;cont.

dir. en princ. 6524 fr.

Le sol, montagneux, froid et cependant fertile dans de certaines parties , produit de l'orge , de l'a-r voine, du méleil d'orge et d'avoine, des choux-raves, des pommes de terre, beaucoup de foin, peu de blé, de betteraves , de carottes fourragères , de lin , de fourrages artificiels et de fruits.

On importe les trois quarts des céréales et on importe le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes et quelques porcs qu'on engraisse , des volailles et un petit nombre de chèvres. 30 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.

On trouve sur le territoire , de la marne employée pour la confection des fours , des tourbières appartenant à des particuliers et exploitées pour le chauffage des habitants de la commune, de très bonnes sablières, du minerai de fer et des carrières de pierre à plâtre ou sulfate de chaux , non exploitées, de la pierre à chaux, de la pierre ordinaire à bâtir et de la pierre de taille.

Foires et marchés. 11 y a foires qui se tiennent le 19 mai et le 4 octobre. Celte dernière est très importante par les transactions auxquelles donne lieu la vente du bétail à cornes. 11 y a aussi un marché le vendredi de chaque semaine, qui fut érigé en 1584 , et rétabli en 1744.

11 n'est pas fréquenté. Les habitants se rendent habituellement à celui de Champagnolc.

Commerce et industrie. Il existe à Foncine-lc-Haut, une scierie mé-

canique pour bois de construction , à deux lames de scie ; un moulin à farine à deux tournants, avec scierie mécanique à une lame; un autre moulin à trois tournants , avec une scierie mécanique à deux lames; un troisième moulin à trois tournants , avec battoir à blé et scierie mécanique à deux lames ; une fabrique de forets , neuf fabriques de pièces d'horlogerie , une fabrique de cuves et barriques.

Les autres patentables sont : un marchand de vin en détail, deux bouchers, trois marchands d'étoffes, cinq marchands merciers , un horloger, deux marchands de grain avec voitures, cinq menuisiers, cinq aubergistes, deux cordonniers, quatre voituriers , un escompteur, un maréchal-ferrant, un marchand de fromages, un épicier,un quincaillier, un charron, un marchand de vaches, un horloger-repasseur, un cafetier, un marchand de farines en gros et deux en détail , un marchand de vin en gros, un boulanger , un débitant de tabacs et de pipes, et un horloger-repasseur.

La principale ressource des habitants consiste dans le produit des fromageries , l'horlogerie , la fabrication des seaux , des caisses d'horloge et le roulage. Ils font des horloges dites de Comté , des pendules et des montres. Les ouvriers qui s'occupent d'horlogerie gagnent t f.

par jour.

Il y a dix châlets, dans lesquels on fabrique 110,000 kil. de fromage, façon Gruyère, de très bonne qualité.

Foncine est la résidence d'un notaire.

Biens communaux : une église , un cimetière bordé de tilleuls très anciens, qui l'entoure, un cimetière nouveau à côté du précédent, un presbytère près de l'église, une maison

commune en voie de construction qui coûtera 12,000 fr.; elle renfermera la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude, une salle de récréation et la salle des pompes à incendie ; deux pompes , manowivrées par une compagnie de ^2 pompiers ; une promenade , établie par M. Jacquin , maire de la commune, sur les bords delà Sène, emplantée d'ormes et de tilleuls; une chapelle au hameau des Ruines; quatre oratoires; quatre ponts en pierre , deux autres ponts aussi en pierre , avec tabliers en bois ; une maison d'école, occupée par une institutrice laïque, et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 80 élèves. Un instituteur donne l'éducation à 97 garçons ; enfin , 445h 42* de parcours, friches et bois, d'un rcv. cad. de 601 fr.. Le hameau des Valais possède 2h 08* de pâtures , d'un rev. de 5 fr. 58 c; celui des Arboux, t lh 80*, d'un rev.

de 33 c; celui des Berthet , 7» 50°, d'un rev. de 51 c; celui de la Chèvrerie, 15h 88*, d'un rev. de 81 fr.

21c; ceux de la grange Charnod et du bas de la Ville , 19b 56* d'un rev. de 80 fr. 38 c; celui du Voisiney-Sauvonct , en sol de chàlct , pré, pâtures, terres et bois, 78h 67*, d'un rev. de 249 fr. ; celui de Ncrveaux, 18h 88* de pâtures, d'un rev. de 43 fr. 68 c. ; celui de Petetin , en sol de chalet , pâtures et bois, 56h 56*, d'un rev. de i26 fr.

50 c. ; celui de Rocheret, en pâtures, 47h 68*, d'un rev. de 63 fr.; celui des Ruines, en sol de cbâiet, pâtures et prés, 72b 81*, d'un rcv. de 19 i fr.; celui sur la Côte, en sol de fromagerie, pâtures et bois, 48h 97% d'un rev. de 99 fr. 43 c; et enfin, celui de sur la Côte , en pâtures, I8h 91*, d'un rev. de 53 fr.

Les habitants de ces hameaux pos-

sèdent ces biens en commun, et peuvent en disposer comme ils l'entendent, sans Tintervention de l'autorité municipale et de l'administration supérieure. Cette circonstance est digne de remarque. On ne la rencontre dans aucune autre localité.

Bois communaux : 357h 72*; coupe annuelle, 5h 32*.

Budget: rec. ord. B&36 fr.; dép.

ord. 3436 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu ord. 500 fr., employés à l'éducation des enfants pauvres.

NOTICE HISTORIQUE

Les hautes montagnes du Jura n'ont ni la hauteur ni l'aspect imposant des Alpes et des Pyrénées ; elles n'inspirent ni la même terreur, ni la même admiration; mais les sites y sont plus variés, plus doux, et s'ils parlent moins à l'esprit, ils émeuvent plus le cœur. Le vallon qu'arrose la Sène et au fond duquel sont disséminés les deux Foncine , est fermé à l'est par le Mont-Noir et à l'ouest par le mont Bayard. Prenant sa source au pied d'un rocher escarpé, au nord de Foncine-le- Haut, la Sène s'élance dans la direction du sud , en tombant de cascades en cascades. De nombreux torrents jaillissent à grand bruit du flanc des montagnes et se précipitent dans cette rivière. Foncine-le Haut, Foncine-le-Bas et les Planches, dont le vaste territoire , d'une circonférence de sept lieues, ne forma qu'une seule communauté jusqu'en 1790, et on pourrait presque dire jusqu'en 1 850, puisque les partages n'eurent définitivement lieu qu'à cette époque, peuvent être considérés comme représentant , avec ses caractères particuliers, le littoral de la Suisse et les éléments divers qui sont venus s'y heurter, puis s'y confondre , la

race indigène, les Gallo- Romains , les Bourguignons et les Mamans.

On trouve dans lès superstitions, les coutumes et les pratiques religieuses de celte contrée, des réminiscences du culte des Celtes pour les pierres et les fontaines. On a attribué longtemps à l'eau de la source de la Sène des vertus miraculeuses pour la guérison de certaines maladies et surtout de celles des yeux.

Cette croyance n'eût pas existé , que le mot sen, qui en langue celtique signifiait saint, suffirait pour faire reconnaître que cette source était sacrée et recevait les hommages de la population . Le nom de Sène rappelle aussi le souvenir des prêtresses druidiques , ces fées séquanaises qui prédisaient l'avenir et possédaient l'art de guérir les maladies les plus cruelles. Le cheval blanc, que l'on voit paître aux environs de la source même , ou galoper légèrement à la cime de la montagne qui la domine, près de la grange de la Doye , est une tradition qui appartient aux peuples primitifs de la Gaule. On reconnaît les traces de l'alliance des pratiques religieuses du Fonssenier aux superstitions druidiques , dans les menhirs couronnés de croix , dans les grands feux de nuit, dont te soleil a eu les honneurs avant saint Jean , dans les fêtes de Noël , où le cri de Failles , Failles se fait entendre , comme celui VEgui-na-né à la fête gauloise de VEguinat, et dans l'aumône publique faite le premier jour de l'an, près du pont de la Cheverie. Sur la rive droite de la Sène , apparaît isolée , au milieu du pré appelé la Cheverie, une pierre brute d'une grande hauteur, percée à son sommet de deux trous, qui furent ouverts pour fixer une croix. Cette pierre est un pculven , monument druidique très

rcconnaissable. Le pâturage de la Thieulettc , d'où la vue s'étend sur le Grand vaux , Champagnole et Mirebel, porte un nom qui indiquerait la présence, suivant l'opinion de M. D. Monnier, d'un dolmen ou d'une pierre levée gauloise. La tradition peuple le territoire entier des deux Foncinc, de sorciers, de loups-garoux , de luttons ou follets, semblables aux Poulpiquets ou Gourils de la Bretagne , de fées , en un mot , de tous ces génies plus ou moins malfaisants, qui étaient la terreur du peuple des campagnes. C'était surtout près de la roebe à Jean Jouari, à SaintEgon, à la Combette de Brayon, sur les Montceaux, près du lac de la Grange-à-la-Dame, sur le mont à la Chèvre, que les sorciers se réunissaient pour faire leurs rondes infernales. On voyait aussi de séduisantes dames blanches sur les bords de la Séne , où elles s'efforçaient d'attirer et de noyer les crédules passants. Le costume des hommes et des femmes de Foncine imitait, il y a peu d'années encore, avec une exactitude singulière , celui des anciens Celtes , tel que Strfibon l'a décrit. Si l'on se rappelle le flot d'invasions qui coula pendant plusieurs siècles le long des pentes du Jura, on s'étonnera, non pas qu'il ne reste que très peu de monuments de l'époque romaine dans nos hautes montagnes , mais qu'il en existe encore quelques vestiges. Nous avons déjà signalé les ruines romaines de Charency, de Monlrivel , de Champagnole , de Saint-Germain et la voie qui les traversait. Nous trouvons à Foncinc le-Haul un hameau appelé les Ruines , mince , qui portait déjà ce nom au xive siècle ; un autre , appelé la Citadelle, quoiqu'on n'y rencontre aucun reste de fortification féodale ; des champs appelés le chazal, les

chazeaux , casalise , conservant encore l'empreinte d'habitations détruites. Nous sommes d'autant plus disposé à admettre que dans tous ces lieux ont existé des établissements gallo-romains, qu'on a trouvé des tuiles romainesjusqu'au sommet du Mont-Rixou. Des roules très anciennes , connues sous le nom de tries poires, traversaient Foncinc; l'une se dirigeait sur Sirod , une autre sur Nozeroy et une troisième sur Jougne. Celte dernière est appelée en patois vie des Bouanet , ce qui signifie chemin des Bernois. On en reconnaît les ornières dans les pâturages.

La vallée de Foncine, comme celle de Mièges, présenta de bonne heure le curieux spectacle de la lutte de la nouvelle société chrétienne contre lessectalcurs obstinés du paganisme.

Un oratoire fut élevé à Sirod , en l'honneur de saint Etienne, premier martyr. On peut, sans témérité, faire remonter l'érection de ce monument au ive siècle, car, de toutes les églises bâties au moment de la conversion de l'empereur Constantin , la plupart sont dédiées à saint Etienne. Sigismond , roi de Bourgogne, dota vers l'an 523 , l'abbaye d'Agaune , de terrains considérables qui formèrent plus tard la seigneurie de Salins. Le val de Mièges faisait partie de cette concession , et celui de Foncine y était implicitement compris. Par suite des rapports qui s'établirent au vi* siècle, entre ce monastère et celui de Condat , ce dernier devint propriétaire de l'église de Sirod. La possession lui en fut confirmée par le roi Lothaire, en 855 ; par Humbert , archevêque de Besançon, en 1151 ; par l'empereur Frédéric Barberousse , en 1 185, et par le pape Innocent IV, en 12*5. Une colonie de religieux fut

envoyée pour desservir cette église, et donna naissance à un prieuré qui a subsisté jusqu'en 1790. Dans Pacte de confirmation des biens de l'abbaye de Condat, par Charlemagne, vers 790, cet empereur donna pour limite à la terre monastique , le versant du Mont-Noir, nigermonSy en suivant la pente de l'eau, sicut pendet aqua. Cette borue a toujours été respectée dans les actes de délimitation qui sont intervenus à différentes époques entre les habitants de Foncine et les communautés de la terre de Saint-Claude. Celle qui séparait Foncine-le-Haut de Chàtelblanc et de Chapelle - des - Bois , a de tout temps été fixée au Crèt des Isles.

Cette contrée du Crét des Isles tirait sa dénomination d'un rocher formant un pic sur le plateau moyen du Mont-Noir et dominant Foncine.

Le premier titre connu qui mentionne spécialement Foncine, est l'acte par lequel le sire de Montrivel donna, en 1282, à l'abbaye de Saint- Oyan, la moitié des dîmes de cette communauté, dont il avait reçu précédemment la totalité , à titre de fief, de l'abbé de ce monastère.

Seigneurie. La grande communauté de Foncine dépendait en toute justice de la seigneurie de Chàteau- Vilain , et était décorée elle-même du titre de baronnie. Elle avait ses officiers de justice particuliers et son tabellion, droit qui fut confirmé par arrêt du parlement de Besançon, du 5 août 1775. Le signe patibulaire était dans le lieu dit au Chauffant.

Après la mort de Gaucher III , sire de Château-Vilain, la terre de Foncine se divisa entre ses héritiers; une partie fut appelée seigneurie en la partie du Quart , et l'autre seigneurie en la partie de Chauvir ey.

La première prit plus tard le nom de seigneurie en la partie de Joux , et

l'autre en la partie de Watteville.

(Voir la liste des seigneurs, à l'article Bourg-de-Sirod.) La délimitation entre la terre de Foncine et celle de Nozeroy eut lieu en 1 307, par le seigneur de Bolivan. Un nouveau traité de bornage eut lieu le 1 1 juin 1474, entre Louis de Chalon , prince d'Orange , seigneur de Chàtelblanc , Jean de Joux et Pierre de Chauvirey, co-seigneurs de Foncine. Une borne fut placée à la pointe de la roche du Croz. Elle existe encore , avec les armoiries de ces familles.

A (franchissement et privilèges.

La peste ayant enlevé une grande partie de la population du val de Foncine , en 1349, les sires de Château- Vilain firent tous leurs efforts pour y attirer de nouveaux habitants. Au mois de juillet 1372, Henri, seigneur du Quart et de Château-Vilain en partie, affranchit ses sujets de la main morte réelle et personnelle.

Sur sa demande, Hugues de Chalon- Arlay II et Guillaume, abbé de Saint- Oyan, accordèrent, par une charte du 28 février 1373 (n. st.), aux habitants de Foncine , demeurans en Foncine , différents droits dans leur terre de Chàtelblanc, moyennant le cens annuel de 50 livres de cire. Ces droits furent confirmés le 22 août 1 6 1 1 , par Albert et Isabelle, avec explication qu'ils s'étendaient dès le prieuré de Mouthe à celui du Grandvaux, et dès le Mont-Rixou au val de Sirod. Le 6 mars de la même année 1373 , une transaction intervint entre l'abbé de Saint-Oyan et les habitants de Foncine , par la médiation de Pierre d'Eschalon , prieur de Sirod. Ces derniers reconnurent qu'ils devaient à l'abbé le cens annuel de 25 livres de cire , pour une ancienne concession de droits d'usage dans les bois du Grandvaux. Ils ne le firent toutefois qu'a-

avoir obtenu Passen liment d'Henri de Joux et de Gaucher de Chauvirey, leurs seigneurs. On voit figurer dans cet acte , une trentaine de chefs de famille composant alors toute la communauté. Us étaient presque tous originaires de la Suisse, du Bugey et de la Savoie. Ainsi , on y rencontre les noms de Gérard, dit le Genevois , de Perrin Jeannet, dit de Saint-Gall, d'Humbert, dit de Saint-Valbert , de Gérard, dit de Gex , de Perrin , dit Valois , des Davonet, des Brunei, des Savonnet, des Berthelet , des Gorbet , des Vuillermet , des Perrenet et des Oudet ou Odct. Les meix concédés à ces nouveaux colons prirent le nom de leurs censitaires , et plus tard , les grands meix devinrent des hameaux.

Par actes des 38 octobre et 7 novembre 1451, Pierre de Chauvirey, seigneur de Château- Vilain en partie, imitant l'exemple qui lui avait été donné par Henri du Quart , affranchit aussi ses sujets de la mainmorte réelle et personnelle, moyennant la somme de 300 livres et le cens annuel de 5 sols , affecté sur chaque meix. Ces chartes d'affranchissement donnèrent lieu à de nombreuses difficultés. Ainsi, en 1726, les seigneurs contestaient aux habitants le droit de pêche dans la rivière de Sènc. Charles-Emmanuel de Watteville, marquis de Conflans, n'eut pas de peine à obtenir une sentence favorable des officiers de sa justice ; mais sur l'appel , ses prétentions furent rejetées par le parlement. Une autre fois , M. de Watteville prétenditque les deux parties de la seigneurie de Foncine étaient distinctes , et que les sujets de l'une ne pouvaient s'établir dans l'autre sans devenir main-mortables. Par un traité du 9 août 1756, les habitants payèrent une somme de 1200

livres et constituèrent nuelle de 300 livres , à condition , est-il dit, « que tous demeurent libres et de franche condition à tous égards , telle que le sont les francs bourgeois et sujets de Sa Majesté , sans distinction ni modification. »

Commerce et industrie aumoyenâge. Gilbert Cousin nous apprend qu'au xvie siècle , il y avait dans la communauté de Foncine 27 usines, tant moulins que scieries , et que les habitants s'occupaient principale' ment de la fabrication de meubles en bois. Ou faisait surtout des seaux et des cuviers, qui se transportaient dans toute la France. Ce commerce ne s'étend aujourd'hui pas plus loin que Lyon. Cet historien ne parle pas de l'industrie des fromages , qui cependant y était ancienne et très ac-* tive. Les chèvres avaient été introduites dans cette communauté en ih 79 et y étaient fort nombreuses.

Elles n'avaient été amenées que pour alimenter une fabrique de droguet. Leur poil servait de matière première. On ne tarda pas cependant à utiliser leur lait, en le mélangeant à celui des vaches pour la fa-» brication des fromages. Les anciennes fruitières furent abandonnées à la suite des guerres et des pestes du

xvu6 siècle. Un premier chàlet fut rétabli à Foncine-le-Bas, en 1747 ; supprimé en 1763, il fut remplacé par deux autres , bâtis , l'un au hameau de chez d'Ay, et l'autre au hameau de chez Jean- Jacques. Uno ordonnance de l'intendant de la province, du 20 août 1769, statua qu'il ne pourrait y avoir plus de trois fromageries à Foncine-Ie-Haut. Les associations se formaient par écrit et pour une durée ordinaire de 29 ans.

Elles possédaient des biens en propre. Leur administration était confiée à deux procureurs élus par Fas

semblée générale des sociétaires.

Ces agents étaient seuls chargés de la surveillance du fruitier et de la vente des fromages. Nul ne pouvait quitter une association pour se faire admettre dans une autre. Toutes les difficultés auxquelles pouvaient donner lieu les traités d'association , la répartition égale des vaches et des chèvres entre chaque chàlet , étaient de la compétence exclusive de l'intendant de la province. L'autorité judiciaire n'était jamais appelée à s'en occuper. Les frères Mayet, fuyant la persécution des sectateurs de Calvin , s'établirent , les uns à Sep I m once 1 et d'autres à Morez ou à Fond ne. Us introduisirent les premières fabriques d'horlogerie dans le Haut-Jura. Daniel-Jean Richard, dit Bressel, né à la Sagne en 1665 , après avoir appris en Angleterre à fabriquer des montres , importa celte industrie en Suisse. Daclin , l'un de ses élèves , s'établit à Foncine , et y répandit l'art de la petite horlogerie, qui se perfectionna, surtout pendant le séjour a Morez , de 1771 à 177Î, du célèbre Antide Janvier. Une fabrique d'armes fonctionnait à Foncine en 1793; tous ses produits étaient achetés par l'Etat.

Paroisse. La vallée de Foncine dépendait de la paroisse de Sirod ; il y avait néanmoins à Foncine-le- Haut une chapelle très ancienne , desservie par un chapelain qu'entretenaient les habitants des deux Foncine , des Flanelles et de plusieurs hameaux qui dépendaient en tout ou en partie de la terre de Chàtelblaiic, tels que la Combe-David, la Thieulette , le Parc , les Combes et la Fouillasse. Cette chapelle, mentionnée dans des titres de 1 307 et 1 3 1 1 , comme un bénéfice de l'abbaye de Saint-Claude, étant insuffisante pour contenir la population toujours crois-

sante, fut détruite du xv° au xuc siècle, et remplacée par un vaisseau plus vaste. Un titre de 16Î7 qualifiait déjà celte nouvelle église de paroissiale. Un décret de l'archevêque de Besançon la démembra en 1644 de celle de Sirod, ce qui devint l'occasion d'un immense procès. Un traité intervint cependant en 1673, d'après lequel il fut convenu que l'église de Foncine serait desservie par les vicaires nommés par les curés de Sirod ; que les habitants ne pourraient être contraints de faire ailleurs que dans leur église aucun des devoirs de paroissien, de la manière qu'ils en avaient toujours usé depuis un temps immémorial ; que les vicaires institués à Foncine ne pourraient l'être que du consentement des habitants ; qu'ils pourraient faire desservir leurs confréries par tels prèlres qu'ils choisiraient , etc. Par un nouveau traité de 1697, les échevins de Foncine consentirent que leur église demeurât une vicairie perpétuelle dépendante de Sirod et fût desservie par des vicaires nommés par les curés de ce dernier lieu. Enfin , un décret de l'archevêque de Besançon , de l'an 178», érigea cette église en litre de cure.

Eglise. La chapelle primitive de Foncine-le-Haut s'élevait à peu de distance de la place qu'occupe l'oratoire deSaint-Roch. L'édifice qui lui succéda ayant été incendié avec le village en 1 639 , n'a reçu depuis que des restanralions partielles. II est dédié à saint Léger, évéque d'An- (un , dont on célèbre la fête le 2 octobre , et occupe le sommet d'une éminence qui domine le village. Il se compose d'un clocher formant porche , de trois nefs , d'un chœur et d'une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme disgracieux.

Les nefs sont voûtées, à nervures et arêtes ogivales ; leur partie inférieure date de 4546 ; la partie supérieure et le chœur portent le millésime de 1613 et 1690. Le chœur est de forme octogonale. H y avait dans cette église une chapelle dédiée à saint Pierre, érigée en 1684, par le sieur Jacquet, prêtre. Ce bénéfice servit, en 1640 , à la dotation d'un vicaire résident à Foncine-le-Bas. H y avait aussi des reliques de saint Marcellin et de saint Eugène, qui furent accordées de 1708 à 1709 , sur la demande de M. Oudet , alors vicaire perpétuel de la paroisse , par M. Jobelot , vicaire-général du diocèse.

Confréries. Il existait à Foncine de nombreuses confréries , qui faisaient leurs exercices dans l'église.

La grande congrégation des hommes s'assemblait dans une maison qui lui appartenait et qui fut vendue na tionalement en 1791.

Chapelle des Ruines. A une époque ancienne , s'élevait au hameau des Ruines , un oratoire dédié à saint Laurent. 11 était tombé , faute d'entretien , et il n'en restait plus que la cloche , fondue à Pontarlier en 1659, lorsque les habitants de ce hameau demandèrent à l'archevêque de Besançon la permission de le remplacer par une chapelle. L'autorisation fut accordée en 1725.

Celte chapelle, aujourd'hui dédiée à saint François de Sales et à saint Laurent, possède quelques revenus, qui servent à son entretien. Le culte catholique n'en discontinua point pendant les jours les plus orageux de la révolution. Elle a été restaurée vers 1842, par les soins de M. Boussaud , ancien vicaire de Foncine-le- Haut.

Chapelle d'Entre-Càte. Les habitants de ce hameau firent entre eux,

le 14 juin 1763, une convention) pour ériger une chapelle. Le sieur Jean-Baptiste Jeunet, prêtre, donnait pour cela toutes ses propriétés et s'obligeait d'en être le chapelain pendant toute sa vie. Diverses circonstances firent échouer ce pieux projet.

Oratoires. Il y a quatre oratoires à Foncine : l'un dédié à saint Roch, bâti au moment de la peste en 1 6 1 7 ; un autre dédié à saint Joseph , construit en 1675; un troisième, dédié à saint Claude , au hameau de sur la Cote, qui remonte à 1680, et un qua»

trième, placé sous l'invocation du Dieu-de-Pitié , érigé en 1747. Les habitants de Foncine avaient obtenu, en 1415, des abbés de Saint-Claude, la permission d'aller en pèlerinage visiter les reliques de saint Claude , dans le cas où ils se trouveraient menacés de quelques dangers ou sinistres. Cette procession eut lieu régulièrement pendant plusieurs siècles, mais étant devenue une occasion de rixes entre les habitants de Foncine et ceux des Planches , la construction d'une chapelle dédiée à ce saint fut autorisée dans le village même , et l'abbé permit que le pèlerinage se fit à cette chapelle. Il se pratique encore aujourd'hui, lorsqu'on veut obtenir la pluie ou le beau temps.

Charité. Il y avait à Foncine-lc- Haut un bureau de charité , fondé par plusieurs personnes pieuses de la localité. Les revenus étaient employés à faire instruire les enfants pauvres et à soulager les indigents malades. Une grande partie des rentes de cet établissement a été aliénée par l'Etat, de 1794 à 1793.

Evénements divers. La communauté de Foncine a été ravagée par la peste en 4349, 4617 et 4636.

Au xv* siècle, le passage d'un prince

mil loul le village en émoi. Louis de Chalon-Arlay III, sentant sa Gn approcher, manifesta le désir de voir son trésor transporté au-delà des monts , afin d'en assurer la possession au plus jeune de ses fils, Hugues de Clialon , seigneur d'Orbe. Pierre de Jougne , l'un de ses écuyers , se chargea de conduire par les chemins du Jura et le trésor et le jeune Hugues. Le vendredi 2 décembre 1 463, on amena près du pont du château de Nozeroy, un fort mulet sellé, des écuries du prince , on suspendit de chaque côté de l'arçon des coffres ferrés très lourds, et on mit en Ira* vers une malle aussi ferrée et bien remplie. Le convoi se mit en marche après dîner. Pierre de Jougne montait un grand cheval grison , et Hugues de Chalon un petit cheval , en menant en main un autre coursier de couleur brune. Quelques valets ne lardèrent pas à les rejoindre. La petite troupe arriva à Foncine dans la soirée. Elle s'arrêta devant une auberge de modeste apparence , ayant pour enseigne : A la Croix blanche, que tenait le sieur Guérard jeune. « Ne voulez- vous pas loger M. le prince ? » dit Pierre de Jougne à l'hôtelier, qui s'inclina , en répondant qu'il n'avait d'autre vaisselle que des plats et des écuelles d'étain avec un seul lit. « Monseigneur, il nous faut loger céans , continua Pierre de Jougne , dussions-nous coucher au long du foyer. » Ils descendirent de cheval, détachèrent les coffres et les portèrent avec soin dans la chambre du prince. Ensuite ils se mirent à table , firent joyeuse chère , et couchèrent ensemble. Ils ne repartirent que le landemain , à i 0 heures, pour se rendre à l'abbaye du Grand vaux.

Au mois de septembre 1JM3 , les protestants du canton de Berne s'a-

vançant par les défilés du château de Joux , pour aller piller l'abbaye de Saint-Claude, passèrent par Foncine. Ils mirent le feu au hameau de Joux , qui se trouvait sur leur chemin. Ce hameau s'est rebâti sous le nom de Villeneuve. Dans la requête présentée en 16M , à l'archevêque de Besançon , pour demander la permission de faire célébrer la messe sur un autel provisoire , les habitants exposèrent que leur village avait été incendié en 1639 et qu'ils avaient été obligés, â cause des guerres , de se réfugier dans les bois et les cavernes. Weimar alors désolait les montagnes du Jura , et procédait, de concert avec le comte de Nassau , à l'attaque du fort de Joux, de Pontarlier, de Nozeroy, de Château- Vilain , de la Chaux-des- Crotenay et de Saint-Claude. Le i 2 août 1793, M. Ebrard, M. Dumas ainé, le premier, procureur-général syndic , et l'autre vice -président du directoire du département du Jura , et Pierre Saillard , membre du comité de salut public, vice-président du district de Lons-le-Saunier, qui fuyaient en Suisse, pour échapper aux terribles décrets rendus contre eux par la Convention nationale , furent arrêtés aux Planches et le lendemain conduits à Foncine , résidence du juge de paix .

Le peuple ameuté accabla* les proscrits de reproches et de menaces , et ne se calma que sur les sages représentations du curé du lieu , en qui ils avaient pleine confiance. Un incendie, survenu en 1810, détruisit une partie du village des Sauvonets.

Curiosités naturelles. La principale source de la Sènc s'échappe d'une anfractuosité creusée dans la montagne qui couvre au nord-ouest le vallon de Foncine. Son aspect est

très pittoresque. Le creux Maldru, dont le nom celtique parait indiquer un lieu d'assemblée des druides, est une caverne du Mont-Noir, située à une lieue de distance de Foncinele-Haut, autour de la Chapelle-des- Bois , entre l'un et l'autre village et au pâturage de la Tliieulette. Il passe pour avoir été en des temps de guerre et de persécutions religieuses ou politiques , un lieu d'asile introuvable , car son entrée se dérobe à toutes les recherches. De 1791 à 1793, quatre prêtres n'ont pas quitté cette grotte ; c'étaient MM. Jacquin, chapelain de Foncinele-Haut , Henriet , vicaire à la Chapelle-des-Bois , Blondeau , curé de laChaux des Crotenay, etBénétruy, mort curé de Songeson. M. Grapinct, devenu plus tard principal du collège de Poligny, et chanoine de Saint-Claude, ainsi que plusieurs nobles émigrés y cherchèrent aussi un refuge contre les fureurs révolutionnaires. Arrivé an bord de cette caverne , on voit un grand trou , presque rond, ayant 28m de circonférence et la forme d'un entonnoir.

Le fond de l'orifice n'a que 6m de contour et se trouve à llm de la surface du sol. Là, se présente à droite,Pentrée dans une petite chambre , et à gauche une grande pièce qui mérite une description particulière. On y descend par une porte taillée dans le roc par fes mains de la nature , haute de 2m, large de 3m 80c t et par un escalier en pierres que les prêtres y ont construit. Le plain-pted de cette chambre se trouve à 4m en contre-bas du fond de l'entonnoir et à 15m sous terre. La salle a 17m de longueur et 8m de largeur.

La paroi n'a que 2m de hauteur seulement, mais la voûte s'exhausse jusqu'à 6™ vers le centre. Les réfugiés avaient bâti dans cette grotte |

un mur qui subsiste encore en partie. L'une des deux pièces servait de crypte : on y voit un bénitier taillé dans le roc vif, à un décimètre de profondeur ; une niche où était placée une petite statue de la Vierge , et l'emplacement d'un autel, sur lequel on célébrait tous les jours la messe. Souvent , le dimanche, lorsque le temps était favorable , on la célébrait en plein air, sur la montagne. L'autre pièce , servait de maison d'habitation; elle conserve encore les traces du foyer. La fumée s'échappait par des fissures latérales, qui l'éloignaient assez pour rendre toutes les recherches infructueuses.

Biograplûe. Ce village est la patrie de Pierre -Claude-Ignace Perrenet (1741-1822), prieur et docteur de Sorbonne , mort instituteur des sourds-muets, à Lons le Saunier; de François-Xavier Fumey (1778- 1 847 ) , lieutenant de la garde impériale et officier de la Légion d'Honneur; de Pierre Jeunet, prêtre, connu par sa correspondance et ses vives discussions avec Voltaire ; de J -B. Munier, médecin , membre de la société d'Emulation du Jura, de la société d'Agriculture, sciences et beaux-arts de Besançon , auteur de plusieurs Mémoires intéressants sur les tourbières et les fromageries du Jura ; de M. l'abbé Munier, aumônier au xvm' siècle de Mme la princesse de Conti.

Bibliographie. Annuaires du Jura, par M. D. Monnier , 1842 , 1844 et 1 848. — Notes de M. le médecin Munier, à l'obligeance duquel nous devons une grande partie des documents publiés dans cette notice. Cet écrivain prépare une histoire complète du canton des Planches.

Fontenu, vg. de l'arr. de Lonsle Saunier, cant. de Clairvaux, perc.

et distrib. de poste de Doucier ; paroisse de Saffloz ; à 3 kil. de Saffloz, 17 de Clairvaux et 29 de Lons-le- Saunier. Altitude : Ô40m.

Le territoire est limité au nord par Marigny et Mont-sur-Monnet ; au sud par Doucier et Songeson ; à Test par Chcvrotaine et Mont-sur- Monnet; à l'ouest par Marigny et Villars-sur-l'Ain. Le château, et le moulin de Chalain font partie de la commune.

Il est traversé par les ch. vicin.

tirant à Marigny , à Gbevrotaine , à Saffloz , à Songeson et à Montigny ; par les ruisseaux des Sources , des Bourdons , du Pré-Rond et de dessous la Petite-Charrière.

Le village est situé au bord d'une chaîne de montagnes qui s'élèvent à pic à l'extrémité sud-est du lac de Chalain. Les maisons sont généralement groupées, construites en pierres et couvertes en laves , ancelles ou tuiles. Du point qu'il occupe , la vue plonge sur le lac de Chalain et sur la vallée de l'Ain.

Pop. en 1790, 566 hab. ; en 1846, 238; en 1851, 276, dont 135 nom. et 141 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 30 hab.; 60 maisons; 60 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793.

Les habitants n'é migrent pas.

Cadastre exécuté en 1 852 : surf, terril. , 903h 26*, divisés en 1427 parcelles que possèdent 123 propriétaires , dont 33 forains ; surf, imp. , 674h 13», savoir : 206h 09* en terres lab., 150h 83* en boistaillis, 14 lh 89* en pâtures et broussailles , 73h en prés-secs, prés-bois et prés-marais, 44h en bois-sapins, 33h en friches et murgers , 3h en jardins et vergers , 2* en sol et aisances des bâtiments, d'un rev. cad.

de 6180fr.; contrib. dir. en princ.

1 07 2 fr.; la surf, non imp., de 229'', se compose en grande partie du lac de Chalain.

Le sol , d'une fertilité ordinaire, produit du blé, de l'orge, de l'avoine, du méteil, du maïs, des pommes de terre, des légumes secs, du chanvre, peu de betteraves et de fruits , du foin et des fourrages artificiels.

On importe le tiers des céréales et le vin.

Le revenu réel des propriétés est «le 2 pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes, des volailles , et on y engraisse quelques porcs. 50 ruches d'abeilles.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole et de Lons-le-Saunier.

Leur principale ressource consiste dans l'agriculture. Sans être dans la misère , ils sont généralement peu aisés.

On trouve sur le territoire des carrières de pierre à bâtir et de taille, de bonne qualité, ainsi que de la pierre à chaux.

Il y a à Chalain, un moulin â trois tournants, avec un battoir à blé, une scierie et un battoir à chanvre.

Biens communaux : une chapelle, un cimetière à l'entour, une maison commune construite en 1849 , qui a coûté 11,000 fr.; elle renferme la mairie , le logement de l'instituteur, une salle d'étude, fréquentée en hiver par 50 garçons et 2 S filles ; un châlet , dans lequel on fabrique annuellement 10,000 kil. de fromage , façon Gruyère , de bonne qualité ; 2 fontaines , un puits communal et 284h 56* de bois-sapins , terres lab., pâtures, friches, boistaillis, d'un rev. cad. de 919 fr.

34 cent.

Bois communaux : 30* 61* de

bois-sapins; 40 stères sont délivres tous les deux ans ; 84h 44* de boislaillis ; coupe annuelle, 2h 54*.

Budget: recettes ord. 1712 fr.; dép. ord. 1608 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Le vallon de Chalain offre un aspect pittoresque que la plume ne saurait reproduire. Semblable à un golfe , il est creusé de Test à l'ouest dans une montagne boisée et appartient moins à la terre qu'à Peau. Un lac immense, qui se déroule comme une large nappe d'azur en occupe le fond. Le château avec ses tourelles gothiques, est enserré d'un côté par un magnifique rempart de rochers, et de r&utre parait surgir du sein du lac. On croirait voir un de ces beaux paysages écossais, si bien décrits par Waïter-Scolt. Les traditions locales s'accordent à faire considérer ces lieux comme une terre druidique. En effet, ces aspects agrestes et romantiques , devaient être fort convenables aux cérémonies du culte austère des Gaulois. On a trouvé à Fontenu une hache en bronze, qui a pu être employée aux sacrifices , et sur les rives du lac , des haches celtiques en pierre de jade. La voie romaine de Besançon à Poligny et à la ville d'Antre , passait au Pont-du- Navoy, et longeait le lac de Chalain, pour se diriger sur Clairvaux. M. Ed.

Clerc a reconnu près du lac, un retranchement militaire et 43 tumuli disposés comme une couronne funéraire. Ces monuments se rapportent à une grande bataille livrée dans la Combe d'Ain, entre les Gallo- Romains et les hordes germaniques.

Les premiers titres qui mentionnent Fontenu , ne datent toutefois que du xn* siècle.

Seigneurie. Fontenu dépendait de deux seigneuries différentes ; une

partie relevait de la baronnie de Monnet et l'autre de celle de Chàtillon-sur-Courtine. Le château de Chalain relevait de celui de Chàtillon; ses possesseurs avaient la justice haute , moyenne et basse sur la portion de seigneurie relevant de ce dernier lieu, et la justice moyenne et basse seulement, sur celle qui dépendait de Monnet. Louis de Chalon II, comte de Tonnerre, avait vendu les droits qu'il avait à Fontenu et à Pont-du-Navoy, à Jean de Cbalon-Arlay III. Le duc Jean-sans Peur, après avoir confisqué les biens de Louis de Chalon , fit annuler celte vente et donna, en 1415, les droits qui y étaient compris , au comte de Charollais, son fils, pour servir à son apanage. Ils restèrent ainsi au pouvoir de nos souverains jusqu'en 1494, époque à laquelle l'archiduc Maximilien en fit la remise à Jean de Chalon-Arlay IV, en récompense de ses services. Par un acte du 1 6 mars 1625, le roi d'Espagne , qui jouissait des biens de la maison de Chalon par confiscation, céda à Claude Gollut, seigneur de Chalain, la haute justice sur ses sujets de Fontenu dépendant de Monnet , contre un quartier de muire au puits du Bourg-Dessous de Salins.

Dès ce moment, les seigneurs de Chalain furent seigneurs hauts , moyens et bas justiciers de tout le village de Fontenu. Us avaient le droit d'instituer, pour l'exercice de leur justice, un bailli, un juge châtelain , un procureur, un scribe, des sergents, d'avoir un carcan et un signe patibulaire pour la punition des coupables. Les audiences se tenaient à Marigny , sur un motard tout rond. Us avaient la pèche , la chasse exclusives, la banalité du four et du moulin. Les sujets étaient main-mortables , devaient le guet

et garde au château, des tailles, des corvées, l'impôt des quatre cas, des cens en grains et en argent. La dlme, à raison de 13 gerbes Tune, se partageait entre le seigneur et l'infirmier de l'abbaye de Saint-Claude, patron de l'église de Saint Saturnin.

Les habitants pouvaient couper dans la forêt de Monnet, toutes sortes de bois pour leur chauffage et pour réparer leurs charrues , à l'exception des pommiers , des cerisiers et des poiriers. Us pouvaient aussi y mener parcourir leur bétail.

Seigneurs. Les premiers seigneurs de Cbalain étaient de la maison de Marigny, branche cadette des sires de Monnet , qui descendaient euxmêmes des sires de Salins. Ce fief passa par une alliance à la famille dite d'Epercie , d'Ëpercey, de Percey ou de Pressey. Humbert , fils d'Aimé de Pcrcey et Humbert , son neveu, fils de Pierre d'Ëpercey, tous deux chevaliers, reconnurent en 1305, que tout ce qu'ils possédaient à Marigny, à Fontenu , au Navoy et à Doucier, était du fief de Jean de Chalon, comte d'Auxerre, à cause de Monnet. Aimé d'Ëpercey, chevalier, vivait en 1319, suivant le bail à cens qu'il fit du moulin de Chalajn. Il fut père de Guillaume et d'Henri d'Epercie. La postérité de celui-ci prit le nom de Chalain, qu'il eut dans son lot. Guillaume de Chalain , fils d'Henri d'Ëpercey, reçut à foi et hommage , Jean , dit Petit , fils d'Humbert de Marigny, pour ce qu'il tenait de lui dans ce lieu. Cette terre passa par une alliance dans la famille de Molpré , qui s'éteignit dans celle de Genève ou de Genévois, et appartint ensuite à la maison de Vaudrey. Anne de Vaudrey la porta en dot à Claude de Chissey, chevalier, son époux et la transmit à Philibert de Chissey, son fils , sei-

gneur de Chalain et de la Villetle , marié en 1587, à Hélène de la Villetle. Anne de Chissey , épouse de Guillaume du tartre, seigneur de Parcey, succéda à Philibert de Chissey, son père. Claude Gollut , docteur ès-droils, juge des sa une ri es de Salins , seigneur de Chalain et de Villers-Farlay en 1623, laissa pour veuve en 1 634 , Catherine Lombard , dont il avait eu deux fils.

Simon Gollut , l'atné , chanoine en l'église de Sâint-Anatoile de Salins, eut le fief de Chalain, et le transmit à Jeanne Catherine Gollut, sa nièce, épouse de Philippe-Louis Girardot, dit Billard, seigneur de Raze et de By. Cette dame le vendit le 1er mars 1693, à Henri Blandin de Conliége, docteur en médecine. La famille Blandin jouissait depuis longtemps des prérogatives de la noblesse.

Guillaume Blandin in Daulido, commandait à Banay des soldats flamands en 1520, et avait pour armoiries : tin dez d'azur à la bande d'or. Claude Blandin , son fils, sergent de bataille en ^lalie , fut tué en 1530 devant Florence , en même temps que l'illustre Philibert de Chalon. Edouard Blandin, fils de Claude , perdit un doigt et mourut de sa blessure au château de Montsaugeon , dans la Combe d'Ain , en 1386. Par lettres du 25 octobre 1628, le roi d'Espagne accorda des lettres de noblesse à Jean Blandin , docteur ès-droils et de médecine à Conliége, pour les service qu'il avait rendus dans l'exercice de sa charge et pour avoir « à très grand danger et péril de sa personne, traité et guéri les sujets du roi des pestes et épidémies qui avaient ravagé la province pendant longtemps. » Par lettres-patentes du mois d'octobre 1712, Louis XI Y permit a Henri Blandin , capitaine au régiment

meslre de camp général de dragons, de posséder en fief les terres de Chalain et Fontenu. Ce gentilhomme laissa pour .héritiers ses trois fils , Hugues-Joseph , Louis-Etienne-Elisabeth et Charles -Louis Blandin , entre lesquels la terre de Chalain resta indivise. Charles-Louis , seul se maria et succéda à ses frères. Il avait épousé dame Elisabeth Maréchal, dont il eut Claude-Charles-' Victor, né à Poligny en 1728, Maurice-Jean-Léopold, né au même lieu en 1741 , et enfin Louis-Etienne Elisabeth Blandin. Mauris Jean-Léopold Blandin du Mesnois, capitaine de chasseurs au régiment de Poitou , succéda à ses frères morts sans enfants et décéda en 1800 , laissant sa fortune à son fils, Joseph -Léopold Blandin. Ce seigneur, ancien officier de cavalerie , s'allia à Melle Vandelin d'Augerans et mourut le 17 mars i$Uh. M. Joseph - Gabriel-Maric- Victor Blandin de Chalain, son fils , né en 1822, et allié à Htllû de Montluc de Dole , est le possesseur actuel de la belle terre de Chalain.

Château. Les seigneurs de Fontenu , de la maison de Marigny , avaient fait construire au xnie siècle, sur le bord du lac de Chalain , une maison-forte appelée par Gilbert Cousin arxChalina et par d'autres écrivains , château d'Escharlein. Le château proprement dit, se compose d'un seul corps de bâtiment rectangulaire. Au milieu de la longueur de la façade principale, s'avance en saillie une tour octogonale qui contient l'escalier et l'entrée principale.

Aux angles de la même face , sont deux tours, l'une à plan circulaire et l'autre à plan quadrangulaire. Il y avait deux autres tours aux angles de la façade postérieure , mais elles ont été démolies. Une chapelle , dédiée à saint Georges, occupait la tour

orientale ; elle a été supprimée et remplacée par une autre chapelle ouverte sous l'autre tour. La porte d'entrée principale est remarquable par son architecture prismatique.

Elle est surmontée de trois grandes pierres qui servaient de support aux mâchicoulis. Sur ces corbeaux s'élevait autrefois une pierre en forme d'appui de balcon , sur laquelle reposaient deux beaux lions en pierre, portant les armes des ducs de Bourgogne. Ces deux lions sont à présent à terre devant le château. La plus grande partie de ce manoir est du style ogival prismatique usité au xv° et au commencement du xvi* siècle.

Les parties les plus remarquables de l'édifice sont : 1° la gracieuse fenêtre ogivale et trilobée de la chapelle primitive, 2° la fenêtre de la cuisine avec ses compartiments en pierre de taille richement profilés, et ses barreaux en fer très rapprochés et croisés. La cheminée de la cuisine est monumentale. Elle se compose de deux jambages formés par des colonnes torses à cannelures prismatiques. La corniche qui règne sur tout le pourtour de la cheminée est couronnée par de délicats ornements , des feuillages, des anges ou des génies tenant des écussons , des animaux fantastiques et des figures grimaçantes. Il est à regretter que cette œuvre d'art ait subi des mutilations pendant les Cent-Jours. , Le salon du premier étage a deux de ses côtés décorés de belles boiseries anciennes; les deux autres côtés sont couverts de paysages peints par une dame de Chalain. On remarque dans ces peintures le fini des personnages, la richesse de leurs costumes et le bon goût des ornements. Ces peintures viennent d'être restaurées avec beaucoup de talent, par M. Maire, jeune artiste de Dole plein d'avenir.

Sur la plaque en fonte de la cheminée de la buanderie, qui est dans l'ancien bâtiment des remises, appelé aujourd'hui le petit château, on lit : c Je suis au duc de Bourgogne, 1368 ». Celte devise rappelle le cri de nos paysans, qui se faisaient bourgeois du duc, pour échapper â la tyrannie de leurs seigneurs. Indépendamment du principal corps-delogis , il y a plusieurs autres bâtiments servant de dépendances. Il y avait une forge , dans laquelle la fabrication des faux était très active en 1634; elle est supprimée depuis, longtemps.

Chevance. Il existait à Fontenu une chevance possédée, en 1763, par MM. Rabeur de Salins. Elle passa par acquisition à M. Cuynet de Germigney, qui la possédait en 1789.

Chapelle de Saint Bonot ou Saint- Bonnet. Fontenu et Chalain dépendaient de la paroisse de Saint-Saturnin , et furent annexés au xvw* siècle à l'église succursale de Marigny. Il y avait à Fontenu une chapelle très ancienne , dédiée à saint Bonot ou saint Bonnet, dans laquelle on célébrait une messe basse le jeudi de chaque semaine, et une messe solennelle le 15 janvier, jour de la fête de ce saint. L'archevêque de Besançon permit, en 1765, que cette messe fût transférée à un autre jour, à cause du marché de Lons-le-Saunier. Ce petit édifice est situé au bord Occidental du rocher et se compose d'un clocher et d'une nef voûtée. La nef, de style ogival prismatique , a de belles proportions.

Elle est divisée en deux travées par des colonnettes engagées dans les murs et sans chapiteaux. Les nervures partent de ces colonnettes , comme les rameaux d'un arbre et vont décorer la voûte. Une grande fenêtre géminée et trilobée, murée

en partie, éclaire la chapelle. On cé* lèbre la messe à Fontenu le jour de la féte patronale et cinq ou six fois par an. Un cimetière sert depuis peu de temps aux inhumations. Deux confréries étaient autrefois organisées dans le village; l'une, dite du Saint-Esprit, fut érigée en 1584; l'autre, dite du Rosaire, remontait à

Curiosités naturelles. Le lac de Chalain est, après celui de Saint- Point, le plus grand de la province de Franche-Comlé. Il a plus de 320 hectares de surface. On n'en connaît que six en France d'une plus vaste étendue. Il était désigné dans les litres sous le nom de lac de Marigny. Il est très poissonneux.

On y pêche des tanches , des brochets , des carpes , des truites , des barbeaux et on y rencontre beaucoup de gibier aquatique. Le lac est alimenté par un ruisseau faisant mouvoir un moulin dès sa source ; ce ruisseau sort au pied d'un haut rocher qui le surplombe d'une manière curieuse. Il s'échappe du lac par le côté opposé, met enjeu le moulin de Marigny, et ne tarde pas à aller mêler ses eaux à celles de l'Ain. 11 y a quelques années, un curieux pénétra dans la grotte où se montre la source, et y trouva les débris d'une barque. Plus tard, d'autres curieux y trouvèrent une autre barque qui avait été placée là pour explorer les cavités de la montagne, dans l'espoir d'y découvrir des raines d'or. On est persuadé dans le pays que ces raines existent, et qu'un des fermiers du moulin s'est enrichi rapidement en les exploitant. La grotte de Chalain passe pour avoir servi de refuge à plusieurs habitants pendant les guerres du xvn° siècle.

Fontcny, vg. de l'arr. de Poli-

gny, cant. et bur. de poste de Salins, percept. de Cernans, paroisse d'Aresches; à 3 kil. d' Aresches, 20 4'Arbois , 36 de Poligny et 54 de Lons-le-Saunier. Altitude à la Papeterie : 539m.

Le territoire est limité au nord par Aresches; au sud par Pontd'Héry; à Test par Andelot-en-Montagne, et à l'ouest par la Chaux-sur- Champagny. La grange Charnay , Vauferrand, la grange sur le Mont, la Doye , la grange sur les Côtes , la Papeterie et le moulin Roussel, font parle de la commune.

Il est traversé par les routes dép.

n° 3, de Besançon à Genève, et 24, d'Arbois à Pontarlier ; par les cb.

vie. tirant à Vauferrand, a Pontd'Héry, à Moutaine, à Aresches; par la Furieuse qui y prend sa source et le ruisseau de Prédery.

Le village est situé dans le val de Salins, appelé autrefois te val d'Héry, au fond de la vallée de la Furieuse.

Les maisons sont échelonnées sur les bords de cette rivière , bien bâties en pierres , couvertes en tuiles et élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée. On y remarque la belle habitation Ai. de Guiseuil et la papeterie de M. Lespermont. Ce village est situé au pied de la côte que recouvrait Cercenne. On voit à Test de son territoire les déchirements du rocher et les énormes éboulements qiu* ont écrasé Cercenne et qui semblent menacer Fonteny du même sort.

Pop. en 1 790, 103 hab.; en 1 846, 140; en 1851, 141 , dont 71 bom.

carré, 41 hab.; 17 maisons, savoir :

au Village 6 , à la Doye 4 , à la Papeterie 2 , au moulin Roussel 1 , à Vauferrand 1, à la grange Charnay I, aux Côtes 1 et sur le Mont 1 ; 22 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792.

Les habitants n'émigrent pas.

Cadastre exécuté en 1831 ; surf, territ. 340h 12*, divisés en 258 parcelles que possèdent 36 propriétaires, dont 23 forains; surf, imp., 334h 04*, savoir : 156h 48* en terres lab. , 1 53h 50* en parcours , I3h 97* en bois , 3h 73* en prés, 2h 08* en broussailles, lh 10" en sol et aisances des bâtiments, 89* en vergers, d'un rev. cad. de 6862 fr. ; contrib. dir. en princip.

1427 fr.

* Le sol , d'une culture difficile et d'une fertilité moyenne, est froid et montagneux; il produit du blé, peu d'orge, beaucoup d'avoine , des légumes secs , de la navette, peu de betteraves , des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de fruits , du foin et des fourrages artificiels.

On importe moitié des céréales et le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 25 c. pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes, des moutons, des cochons et beaucoup de volailles.

20 ruches d'abeilles.

tuellement les marchés de Salins et de Champagnole.

L'exploitation des usines, le transport des bois et l'agriculture forment leurs principales ressources.

On trouve sur le territoire, beaucoup de marne, exploitée , des carrières de plâtre , de tuf et de pierre à bâtir, non exploitées.

Une fromagerie produit annuellement 10,000 kil. de fromage, façon.

Gruyère.

Il y a quatre moulins à blé , avec deux battoirs et cinq scieries à eau pour bois de construction.

Papeterie Lespermont. Cet éta-

blissement, fondé vers l'an 1800 , I avait pris un grand développement I depuis 1817 , époque à laquelle M. d'Espermont en devint propriétaire, lorsqu'un incendie détruisit les bâtiments et le matériel en 1 829.

La fabrication du papier à la main fut remplacée en 1833, par une machine continue , dite machine Ferdinand, avec séchoir à foyer dans le cylindre. C'était la première machine à sécher employée en France. La même année , M. Lespermont obtint un brevet pour une machine dite presse coucheuse, de son invention.

Plusieurs incendies survenus depuis 1840, ont détruit cette usine, qui se relève chaque fois avec de nouveaux perfectionnements. On y fabrique annuellement 180,000 kil. de papier d'emballage, de couleur bleue, grise et jaune. 1) ouvriers y sont continuellement occupés.

Biens communaux : un oratoire dédié à saint Charles ; une fontaine et 38h 88* de pâtures , terres lab., broussailles et jardins, d'un rev.

cad. de 105 fr. H n'y a pas de maison commune. L'instituteur et son école, fréquentée en hiver par 12 garçons et 10 filles, occupent un logement loué à cet effet.

Budget : receltes ord. 919 fr.; dépenses ord. 919 fr.

nOTICE BISTOBIQVB.

Comme tous les villages qui entourent Salins, Fonleny remonte probablement à une haute antiquité.

II est déjà question du val des Hériens , dans la légende de saint Romain et de saint Lupicin au vi* siècle, et son territoire faisait partie de la dotation de l'abbaye d'Agaune, par le roi Sigismond, en 823. Fonteny dépendait de la seigneurie de Bracon. La ville de Salins y eut plus lard la justice haute , moyenne et

basse, en vertu de la concession qui lui en avait été faite par les souverains de Bourgogne. Les cours d'eau appartenaient au seigneur d'Aresches. Les habitants avaient droit d'usage dans la forêt de Moidon ; ce privilège leur fut confirmé par Albert et Isabelle, d'après des lettrespatentes de l'an 1610.

La grange Charnay fut ajoutée, en 1135, à la dotation de l'abbaye de Rosières, par Gaucher, sire de Salins.

Fief de Vauferrand. Ce fief appartint dès le xv* siècle, à la famille Trousset de Salins , qui s'est distinguée par ses alliances ; elle portait : de gueule à un léopard d'argent.

Sergenteiie. La sergenterie de Fonteny était inféodée à une famille noble qui en portait le nom. Guyot de Fonteny vivait en 1423.

Paroisse. Ce village a toujours dépendu de la paroisse d'Aresches, et a pour patron saint Mélaine , dont on célèbre la fête le 6 novembre.

Les écrivains qui se sont occupés de l'agiographie franc - comtoise ont paru ignorer le véritable nom de ce sain t. M. l'abbé Richard l'appelle saint Mélèce; M. D. Monnier saint Milan , et M. l'abbé Malfroy, dans ses Notices sur les saints honorés dans la province, n'en fait nulle mention.

Nous croyons donc devoir entrer dans quelque détail sur le patron de la paroisse Tl'Aresches. Saint Mélaine a été le quatrième évêque de Rennes. Il était issu d'une famille noble de Vannes, et fonda la célèbre abbaye de Saint - Mélaine , où ses restes furent inhumés (485-531). Ce monastère occupait le sommet d'une éminence qui dominait Rennes. Les nombreux miracles opérés par son saint fondateur ne tardèrent pas à lui donner une grande célébrité. On ' y avait construit une église , dont

Grégoire de Toors parle avec admiration, mais elle avait été presque aussitôt détruite par les flammes.

L'abbaye fut rebâtie de 612 à 645 et fut peuplée d'un grand nombre de prêtres et de moines. Pendant le cours du ixe siècle, deux princes se disputèrent le trône de Bretagne.

L'un d'eux , Pasqueton , comte de Vannes , appela les Normands à son aide et envahit le territoire de Rennes avec une armée de 30,000 hommes. Bientôt il arriva sous les murs de la capitate du duché et y mit le siège (874). Les moines de Saint Mélaine s'enfuirent épouvantés avec les précieuses reliques de leur patron , et se réfugièrent en Bourgogne. Us les déposèrent probablement à Aresches , en se rendant à Salins, et l'église, dans laquelle s'opérèrent des prodiges , fut placée sous son invocation. Nous avons lu, aux archives de la préfecture du Jura , un titre très ancien , dans lequel il est dit positivement que l'église d'Aresches est sous le vocable de saint Mélaine , évéque de Rennes. On sait du reste que dans le cours du ixe siècle , eurent lieu de nombreuses translations de reliques dans notre province.

Curiosités naturelles. La Furieuse prend sa source à Fonteny. Elle* jaillit avec violence du pied de la montagne d'Aresches, et se précipite de cascades en cascades au fond de , la vallée, qu'elle vivîiie en mettant enjeu un grand nombre d'usines.

tort-du-PIaane , Fumum Plani , Four ou Fourg-du-Plàne , vg.

de l'arr. de Saint-Claude, cant., percept. et bur. de poste de Saint- Laurent; succursale, composée de Fort-du-Plasne et du Lac-des-Rougcs-Truites; à 7 kil. de Saint-Laurent , 33 de Saint-Claude cl 54 de

Lons- le- Saunier. Altitude : 9VJm.

Le territoire est limiléau nord par Enlre-Deux-Monts, les Planches et Foncine-le-Bas ; au sud-est par la commune du Lac - des - Rouges - Truites ; au sud-ouest par la rivière de Layme, qui le sépare de la Chaumusse et de la Chaux-du-Dombief.

La grange du Couloir, sur la vie du Four, la Cressonnière , la Marechette, le moulin du Saut, le Bourg- Derrière , le moulin du Milieu , le Gros-Louis, le Rochat, le Coind'Aval , le Pont-de-Layme, le moulin Chaumerant, Vers-chez-la-Ruine , les Vernes , la Grosse-Pierre , chez les Martin , les Monnet et les Voigneux, sont des hameaux et maisons isolées qui font partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 16, de Mouthe à Saint- Laurent ; par les ch. vie. du Lac , des Martin et des Mareschet; par ceux tirant à Foncine-le-Bas et à Saint- Laurent; par la rivière de Layme , les ruisseaux de Fontaine- Noire, des Voigneux et de la Grande- Fontaine, qui y prennent leurs sources ; par ceux du Devant et du Ravanier; par le bief de la Fontainedu-Chat et par un canal de dérivation de Layme.

Le village est situé dans le Grandvaux , sur le second plateau des Monts-Jura. Son territoire est parsemé d'accidents de terrain couverts de pelouses. Les maisons sont généralement disposées par groupes, composées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée et bâties en pierre, avec toitures en bardeaux ou tavaillons, défendues contre les coups de vent par de grosses pierres.

Pop. en 1790, 758 hab.; en 1846, 844; en 1851, 824, dont 421 nom.

et 304 fem.; pop. spéc. par kil.

carré, 63 hab. ; ift3 maisons, sa-

voir : au Ckàtelet 1 , au Pont-de- Layme 2, au Gros-Louis 7, au moulin du Milieu 1 , au Saut 3 , au Bourg-Derrière 8 , au Coin -d'Aval 3 , au Village 49 , aux Monnet 31 , au Cenisset 1, sur 1a vie du Four 4, aux Vernes 2, au Cressannier 1 , à la Marecbette 3; 191 ménages.

Les plus anciens registres de Pétât civil remontent à 1793.

Les habitants émigrent pour être domestiques à Paris.

Cadastre exécuté en 1833; surf, territ. 129ih 78', divisés en 3051 parcelles que possèdent 402 propriétaires , dont 414 forains ; surf, imp. 1278h 68*, savoir : 466b 73* en terres lab., 31 5h 12* en pâtures, 277h 19» en bois, 124h 94» en prés, 67b 30* en friches et murgers, 18h 05* en broussailles, 5h 1 3* en sol et aisances des bâtiments, lb 18* en jardins, d'un rev. cad. de 9781 fr.; contrit), dir. on princip. 3793 fr.

Le sol, montagneux et peu fertile, produit peu de blé, de l'orge, de l'avoine , du méleil d'orge et d'avoine, des pommes de terre, peu de chanvre, du foin et peu de fourrages artificiels.

II y a un lac de lh 30*, d'une profondeur moyenne de 5m ; il est peu poissonneux; on n'y pèche que de la truite et quelques poissons blancs.

On importe les deux tiers des céréales et le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 75 cent, pour cent.

On élève dans la commune des bêles à cornes , des volailles et on engraisse quelques porcs. 6 ruches d'abeilles. L'agriculture n'y fait pas de progrès.

On trouve sur le territoire de la tourbe exploitée , des sablières , des carrières de pierre à bâtir, à chaux et de taille, aussi exploitées.

tuellement les marchés de Saint- Laurent , Champagnole et Morez.

Leur principale ressource consiste dans le produit des fromageries, l'agriculture et la fabrication des pièces d'horlogerie. Presque tous se livrent à cette dernière industrie.

Plusieurs fabriquent aussi de la bois sellerie.

Trois fromageries produisent annuellement 30,000 kil. de fromage, façon Gruyère, de bonne qualité. 11 y a une scierie mécanique pour bois de construction à 3 lames de scie , un moulin à farine à 4 tournants avec une scierie mécanique à 3 lames , trois autres moulins , dont 2 à 3 tournants et 1 à 3 seuls tournants, tous avec des scieries ; et enfin un martinet à un arbre de carnage. Les autres patentables sont :

1 marchand épicier, 6 voituriers, 2 auberges, 3 tailleurs de pierre, 3 merciers, 1 maréchal-ferrant et 1 marchand de vin en détail. Il existait autrefois une forge, dite la forge du Saut, qui avait été fondée par Emmanuel Touverez, mort en 1811.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'en tour, un presbytère, construit en 1825; une pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 33 pompiers; une place publique, ornée d'une fontaine, quatre autres fontaines avec lavoirs et abreuvoirs, deux ponts en pierre, et 444h 99* de pâtures et broussailles, d'un rev. cad. de 932 fr. 72 cent.

Le hameau dit du Village possède en terre, lh 90*; celui du Coin-d'Aval, enpàturesct sol dechàlet, 10h 30», d'un rev. cad. de 0, 85 cent.; celui de la vie du Four, 2h 95»; d'un rev.

de 0, 04 cent.

L'instituteur et son école, fréquentée en hiver par 78 élèves; l'institutrice et son école, fréquentée par 70 élèves, la pompe à incendie,

occupent des logements loués par la commune.

Bois communaux : 534h 74a; coupe annuelle de bois-taillis , 1 lh 30» et 834 stères de bois-sapin.

Budget : recettes ord. 5214 fr.; dép.ord. 5214 fr.

NOTICE HISTORIQUE

On ne peut séparer Fort-du- Plasne des autres villages du Grandvaux» sans affaiblir l'intérêt qui s'attache à leur histoire. De tout temps unis par les mêmes liens politiques et religieux , ils vivent encore sous l'empire de souvenirs et d'idées que la révolution n'a pu détruire. Ils ne forment d'ailleurs qu'un cercle, dont Saint- Laurent est le centre ; aussi se trou vent- ils tous compris dans le même arrondissement administratif. Nous grouperons donc les faits qui les concernent à l'article Grandvaux.

11 est difficile de décider si on doit dire et écrire Fort ou Four-du- Plâne. Quelques auteurs , pensant qu'il n'y a jamais eu de forteresse dans ce village, supposent que ce lieu doit son nom à l'établissement d'un four pour la poix que distillent les arbres résineux dont la montagne est boisée. Us appuient leur opinion sur cette circonstance, que les titres du moyen-âge traduisent Fort-du- Plàne , par Furnum Plani. On aurait tort de croire qu'il n'y a pas eu de château à Fort-du-Plâne. La dénomination de Châtelet, que porte un hameau, est déjà une présomption grave qu'il y a eu là une forteresse et même très ancienne ; mais un titre plus précis est la reprise de fief faite, en 1282 par Gaucher III de Commercy, à l'abbé de Saint - Oyan, de la tour dcFort-du-Plasne.

Un ancien chemin portait le nom de Vie du Fort à Fort-du-Plâne. Nous

pensons donc que le véritable nom de ce village est Fort-<lu-Plâne.

Fief. Indépendamment de la seigneurie principale qui appartenait à l'abbaye de Saint-Claude, il y avait un fief à For.t-do-Plàne , appelé le fief du ChâteUt, qui appartenait à la famille de Lezay. Par un acte du 15 janvier 1584, noble Pierre de Lezay de Saint-Oyan se présenta au château de la Tour-du-May , devant Joachim de Rye , se mit à genoux, tête nue, et reconnut tenir en fief-lige de ce prélat et de son église au lieu de Fourg-du-Plàne età Grandvaux, deux meix , savoir : les meix , maisons et héritages appelés au Cbàtelet, aux Landy et aux Mareschetet une maison dite en Trépied, le tout exempt de charge,servitudcs,obligations quelconques, même de dîmes.

Cet aveu fut fait en présence de Marin Malnoury, commandeur d'Agnafenetta, et de Claude de Conflans. Un autre hommage du même fief eut lieu le 3 décembre 1663 , par Thomas de Lezay, chevalier, seigneur de Marnézia, qui était devenu propriétaire de ces domaines par suite de la concession qui lui en avait été faite, à titre d'échange, le 7 mai précédent, par Frédéric de Lezay , son frère, chevalier , seigneur de Moutonne. Ces trois propriétés étaient closes par des ruisseaux ou des chemins, et notamment par le grand chemin tirant à Morillon. Elles s»s composaient de 200 journaux de bois, 60 journaux de terre, de prés, produisant 300 charriots de foin, et d'un canton de Chastenage, dit à la Rivière.

Eglise. Fort-du-Plasne dépendait de la paroisse du Grandvaux. II en fut démembré en i 693 , et son ancienne' chapelle fut érigée en église succursale pour ce village et celui du Lac-des-Rouges-Truiles. L'église

actuelle a été construite en 1820, sur remplacement de l'ancienne.

Elle est dédiée à sainte Magdeleine, dont on célèbre la fête le 22 juillet, et se compose d'un clocher, d'une tribune régnant sur toute la largeur de Pédiûce, de trois nefs, d'un chœur et de deux sacristies. Le clocher est couronné par un dôme couvert en tavaillons, comme toute l'église. Les nefs, voûtées à plein-cintre et à arêtes, sont séparées les unes des autres par des colonnes et pilastres de l'ordre de Pestum , sur lesquels sont de lourdes architraves qui supportent la retombée des arcs-doubieaux et arêtes des voûtes. Le chœur se termine en hémicycle, et est voûté en forme de calotte semisphérique. Il est décoré de belles boiseries, représentant plusieurs saints personnages sculptés en basrelief. Le jeu d'orgues occupe la tribune au fond de la nef. Des vitraux coloriés éclairent l'édifice. On remarque dans cette église un beau maitre-autel, dont le sarcophage est en marbres de diverses couleurs , une table de communion et un baptistère aussi en marbre, et plusieurs bons tableaux. 11 est rare de rencontrer des églises de villages ornées avec autant de richesse et de goût.

Dans le cimetière qui entoure l'église, on voit une jolie croix reposant sur un piédestal en pierre; les tombes des familles Ferrotet, Touveret et Martinez.

Oratoire. Entre le territoire de Fort-du-Plasne et celui de Foncinele-Bas, est un oratoire appelé l'Orateire à Pardon. C'était un lieu d'asile comme la croix de Miséricorde à Arlay. Il y en avait un grand nombre répandus dans la province, dont l'origine remontait à l'époque de l'anarchie féodale.

Evénements divers. Au mois de

septembre 1543 , les protestants du canton de Berne s'avancèrent au nombre de 500, par les défilés du château de Joux jusqu'à Fort-du-Plasne. Ils méditaient alors la conquête de Saint- Claude. A leur approche, une partie des habitants de Saint-Claude fuirent dans les solitudes voisines; d'autres, plus courageux, se réunissent autour de Claude Blanchot et forment avec les habitants de Moyrans, des Villars et de la Rixouse un corps de 400 hommes disposés à marcher contre les luthériens et les calvinistes. A la nouvelle de ce rassemblement, ceux-ci sont saisis d'épouvante et prennent la fuite. Les catholiques, les voyant battre en retraite, se mettent à les poursuivre et engagent un combat sanglant. Le Chroniqueur suisse- prétend que ce mouvement de troupes catholiques de la terre de Saint-Claude avait été suscité par le maréchal de Bourgogne, frère de l'évéque de Genève , qui devait conduire 6000 hommes au duc de Savoie devant Genève.

Biographie. Ce village est la patrie : de Jean-Baptiste Catini , horloger-mécanicien très habile , qui construisit un globe imaginé par l'abbé Outhier, et dont on voit la figure parmi les machines de l'académie des sciences.

Bibliographie. Annuaires du Jura, 1841 et 1848.

Foncheran*, Foucherans-lez- Dolet vg. de l'arr., cant. etbur. de poste de Dole, percept. de Champvans ; succursale ; à 4 kil. de Dole et 56 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 2421*.

Le territoire est limité au nord par Champvans et Dole ; au sud par Damparis et Choisey; à l'est par Dole et Saint- YKe; à l'ouest par Champvans et Damparis. La llara-i

— 1/jO

que elle Haut-Fourneau font partie de la commune.

Il est traversé par les ch. vicinaux tirant à Dole , à Damparis , à Saint- Ylie , à Monnières ; de Champvans à Damparis , et des forges au chemin de Dole ; par les biefs de Belaine et de Taconne.

Le village est agréablement situé, au fond d'un vallon qu'arrose la Belaine. Les maisons, irrégulièrement groupées, sont construites en pierre et couvertes le tiers en tuiles et les autres en chaume. On y remarque les élégantes habitations entourées de jardins anglais de MM. Ri baudet, banquiers, de Mme8 Picard et Villard.

Pop. en 1846,654 hab.; en 1851, 671 , dont 345 hom. et 326 fem. ; pop. spécif. par kil. carré, 87 hab.; 139 maisons, savoir : à la rue des Chênes 35, à la rue du Château 17, à la rue de l'Eglise 12, à la rue Gothminey 19 , à la rue d'Amont 36, à la rue Jolie 14 , à la rue de l'Usine 6 ; 168 ménages. Les habitants n'émigrent pas. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à

Cadastre exécuté en 1812 ; surf, terril. 770h 13% divisés en 3033 parcellesque possèdent 360 propriétaires, dont 217 forains; surf. irap.

747h, savoir : 326h en terres lab., 200 en bois, 146 en vignes, 41 en prés, 14 en pâtures, 11 en terres vagues, 3h 57* en sol et aisances des bâtiments , 35* en vergers et 20* en carrières , d'un revenu cadastral de 26,424 fr. ; cont. dir. en princip., 4233 fr.

Le sol , peu fertile et très accidenté , produit du blé , de l'avoine , de l'orge, du maïs, des légumes secs , de la navette , des pommes de terre , des betteraves, du chanvre , beaucoup de fruits, des vins rouges et blancs de médiocre qualité , du

foin et des fourrages artificiels. Le produit des céréales et du vin suffit à la consommation des habitants. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes , des chevaux , des moutons , des volailles ; on y engraisse des bœufs et des porcs. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole; ils y portent vendre chaque jour du laitage.

On trouve sur le territoire du minerai de fer, qu'on a cessé d'exploiter, des sablières , des gravières , d'abondantes carrières de bonne pierre à bâtir et de taille , dans lesquelles 12 ouvriers sont continuellement occupés , et de la marne qu'on n'utilise pas.

Les patentables sont : 1 tonnelier, 1 aubergiste , 2 bouchers , 2 maréchaux-ferrants taillandiers et 1 entrepreneur de travaux publics.

Haut - Fourneau. Cette usine, propriété de M. de Tinseau, de Saint-Ylie, fut établie en vertu d'arrêt du conseil d'Etat , du 15 janvier 1743, et de lettres-patente* du 18 août de la même année ; abandonnée en 1810, elle fut rétablie en 1824; mais frappée d'interdiction , elle ne put être mise en mouvement qu'à la suite d'une ordonnance royale du 28 août 1827.

M. Guyon jeune entra en possession de ce haut- fourneau en 1839 , et y ajouta une sablerie pour le moulage en première fusion. En 1853, il y créa une fonderie de deuxième fusion. Celte usine est pourvue d'une bonne machine soufflante et d'une machine à vapeur. On y fabrique une grande quantité de produits, principalement employés pour les fourneaux de cuisine de toute espèce , que la maison Guyon frères à

Dole livre abondamment au commerce, et le surplus, pour les pièces mécaniques qu'on y coule sur modèles. Le moulage y est parfaitement exécuté , et la fonte d'une qualité supérieure. Cet établissement occupe ebaque jour 50 bommes et 6 femmes , et ne cesse de croître en importance.

Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour et un cimetière nouveau au nord du village; un presbytère convenable , près de l'église ; une maison commune, renfermant la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 65 élèves ; le logement d'une institutrice laïque et la salle d'étude , fréquentée par 55 élèves ; la salle d'asile , fréquentée en été par 55 enfants des deux sexes ; le logement de la directrice et le dépôt de la pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 31 pompiers; une fontaine avec lavoir et abreuvoir, entre le jardin du presbytère et l'église ; le bassin de cette fontaine est recouvert par une niebe monumentale en pierre de taille, portant la date de 1 828 ; celte niche est précédée d'un portique de l'ordonnance grecque , dite de Pestum; enfin, iOôh 56* de pâtures, friches , bois-taillis , prés , terres , d'un rev. cad. de 1727 fr.

Bois communaux : 93h 25*; coupe annuelle , 2b 90*.

Budget : recettes ord. 4879 fr. ; dép. ord. «879 fr. Le bureau de bienfaisance est sans revenu.

Autrefois la ville de Dole était entourée d'une immense forêt qui la couvrait d'un rempart presque impénétrable. Les larges vallées du Doubs et de la Loue étaient ombragées jusqu'à la Saône par des bois

inaccessibles. Poucherans se forma au fond d'un vallon traversé par un petit cours d'eau, au bord d'une forêt qui ne se terminait qu'à Auxonne. Le druidisme, proscrit par la politique romaine, se dispersa avec ses prêtres et ses prêtresses dans les profondes retraites de ces forêts. La superstition populaire a gardé le souvenir à Poucherans , de ce séjour des druides et des druidesses , sous les vieux chênes. . De là, ces sorciers, qui tenaient leur sabbat autour du creux de la Belaine , ces poulpiquets et ces fées qui peuplent encore les forêts d'alentour. La source de la Belaine était, ainsi que son nom l'indique , une fontaine consacrée à Belenus, l'Apollon gaulois. M. D. Monnier signale les dénominations localesd'fssart-Belin^ de Mansenes, de combe, bois et chemin des Arches , comme autant de preuves de l'existence d'un collège druidique à Poucherans , ou dans le voisinage. Un ennemi bien plus redoutable que les empereurs, vint attaquer le druidisme dans ses derniers retranchements. Vers la fin du u* siècle, le christianisme fut apporté dans la Séquanie par saint Féréol et saint Ferjeux. Ses progrès , longtemps arrêtés ou combattus par le polythéisme romain , finirent par triompher. Les prêtres de l'ancienne religion de la Gaule cédèrent alors, moins par conviction, que pour conserver leurs biens ; les collèges druidiques se changèrent en couvents.

Les monastères de Montroland , de Jouhe, de Damparis, prirent la place des pierres et des arbres autour desquels le peuple se rassemblait avec vénération . Un oratoire , dédié à saint Martin , ne tarda pas à s'élever au sommet de la colline qui domine Foucherans, sur les ruines d'un temple païen.

Seigneurie, Jusqu'à la fin du xue siècle, les ducs de Bourgogne , respectant la limite de la Saône , n'avaient pas songé à étendre leur domination au-delà de ses bords ; mais dès qu'ils eurent mis le pied sur celte rive , ils ne cessèrent de s'y agrandir. Auxonne, tenu par Etienne II, comte en Bourgogne, était du fief de Saint-Vivant de Vergy ; en l'année 1 197 , ce seigneur reprit du duc Eudes III, du consentement de ce monastère , cette ville et son château , en fiefjurable et vendable , à lui et à ses successeurs , sous la condition que ce prince l'aiderait contre Otton, palatin deBourgogne, chaque fois qu'ils auraient guerre entre eux.

Depuis ce traité , il est curieux de suivre l'ardeur que mettaient les ducs de Bourgogne à étendre leur domination dans le comté. En 1221, le duc Hugues IV donna à Simon , sire de Chaussin, le château de Franxeaut , à condition que ce seigneur lui ferait hommage-lige de sa terre. En 1224, il acheta de Marguerite de Vienne et de Jocerand de Brancion, son mari, le Bourg-Dessus de Salins , avec la grande saline , les châteaux d'alentour et leurs dépendances, les seigneuries d'Ornans et de Vuillafans et un grand nombre d'autres fiefs. Peu de temps après , il acquit Foucheransde Hugues d'Antigny , seigneur de Pagny. Le 1er août 1365, il traita avec Béatrix d'Orlamunde et ses deux filles , de toutes leurs prétentions sur le comté, moyennant 20,000 marcs d'argent, et le 20 avril 1 270, il obtint que Dole et sa châtellenie , Rocbefort et ses dépendances, seraient de son fief.

Devenu propriétaire du comté d'Auxonne par l'échange qu'il fit avec Jean de Chalon l'Antique , il annexa Foucherans à la châtellenie de la Perrière. Il acheta, en 1271, de

Guiilemetle, fille d'Etienne de Foucherans, chevalier, tous les droits qu'elle avait sur ce village , en fonds et en dîmes , moyennant hOO livres.

Malgré son enclave dans le comté de Bourgogne , Foucherans fut toujours considéré comme faisant partie du duché. On voit encore à la limite des territoires de Dole et de ce village, dans une vigne, la borne armoriée , séparative .des deux provinces.

Foucherans formait un fief particulier en haute , moyenne et basse justice. Les sentences du bailli se portaient par appel au bailliage de la Perrière , et ensuite au parlement de Dijon. Un arrêt de 1733 décida qut les officiers d'Auxonne connaîtraient seulement des appellations ides cas concernant le scel royal.

Affranchissement. Le 30 juin 1350, Jean Griffon de Laubespin , chevalier, sire de Foucherans, Guyot Griffonet , son fils , et Marguerite de Sainte-Anne , épouse de ce dernier, affranchirent leurs sujets de la mainmorte réelle et personnelle, moyennant le cens annuel de 20 livres estevenantes, payable à la Saint-Michel. Cette charte fut confirmée en 1817. Pour éviter toute contestation sur l'exécution de ce litre , les habitants consentirent, en 1367, à céder à leur seigneur, le terrain communal d'Essa r t-Belin . Ils avaient le droit de mener paître leur bétail dans les bois deChampvans. Ce privilège leur fut reconnu par une sentence du 18 novembre tft!7.

Seigneurs. La prévôté héréditaire de Foucherans était inféodée à une famille noble qui prit le nom de ce village. Henri de Foucherans fut témoin , au xue siècle , d'un acte par lequel Odon de Champagne confirma aux moines de Saint-Bénigne de Dijon , la possession de leurs biens.

Cette maison s'éteignit au xvi€ siècle, dans la personne de Laurent de Foucherans, qui vendit en 1880, la terre de Pois-de-Fiole. Jeanne, reine de France et comtesse de Bourgogne, inféoda Foucherans à Guillaume de Pontaillier, l'un des officiers attachés à sa cour, et dont les descendants , Guy et Hugues , furent maréchaux de Bourgogne. Par son testament de Tan 1 336 , ce seigneur légua son faucon àOlhenin de Gissey, son neveu. A Guillaume de Pontaillier succéda Jean Griffon de Laubespin, chevalier, puis Guyot Griffonet, fils de ce dernier. Ce fief passa par acquisition , au xve siècle, dans la famille Vurry, de Dole. Gérard Vurry, licencié ès-lois, conseiller, maître des requêtes du duc de Bourgogne, était seigneur de Foucherans en l&frtt. 11 travailla avec Gérard de Plaine à recueillir les coutumes du pays , et fut père de Catherine et d'Anne Vurry. Catherine, dame de Foucherans , épousa Guy de Rochefort, docteur es- droits, conseiller laïc au parlement de Dole en 1475 , nommé par Louis XI président du parlement de Dijon en 1 482, et mort chancelier de France. Par suite d'un traité intervenu entre les deux sœurs, Foucherans passa à Anne Vurry, épouse de Louis de Plaine.

Nommer les Vurry, les Rochefort , les Plaine , c'est peindre la division qui régnait dans les familles pendant les guerres de Louis XI. Jean Vurry, comblé des bienfaits du duc Charles- le-Téinéraire , et nommé par lui trésorier des deux Bourgognes, fut un des premiers à embrasser la cause du perfide roi de France. Il se faisait le complice de la rapacité du sire de la Trémouille, pendant qu'Arlhus de Vurry se signalait à Dole par son dévouement à Marie de Bourgogne. Guy de Ro-

chefort se mettait au service du même roi, tandis que Guillaume, son frère, sacrifiait tout pour sa souveraine légitime. Louis de Plaine figurait dans les rangs de l'armée française en même temps que Thomas son frère , devenu plus tard chancelier de Maximilien , travaillait à soulever le duché de Bourgogne contre Louis XI. La princesse Marie compta de nobles dévouements à sa cause , mais aussi combien de défections l'attristèrent t Gérard , fils de Louis de Plaine et d'Anne Vurry, seigneur de Foucherans , eut de Philippolte deMenda , son épouse , un seul fils, du nom de Maximilien. Ce dernier épousa Anne deBoufflers, dont il n'eut pas d'enfants. Sa fortune fut recueillie par Claude de Plaine, son cousin germain, qui épousa Anne de Falerans , dont il eut , cutre autres enfants Hugues de Plaine. Hugues épousa, en 1588, Catherine de Saulx. De ce mariage naquirent Louis, Pierre et Marie de Plaine, épouse de Thomas de Piquet , seigneur de Mollien. Pierre entra , comme religieux, à l'abbaye de Cluny, et mourut jeune, après avoir institué Louis de Plaine , son frère , pour son héritier universel.

Louis fit une fondation importante dans l'église de Foucherans en 1 628.

Il avait épousé Henriette de Malassis.

Etant mort sans postérité, sa succession fui recueillie par Marie de Plaine, sa sœur, qui la transmit à Ferdinand de Piquet, son fils. Ce dernier donna la terre de Foucherans à Joseph-François-Hyacinte Béreur de Malans , maréchal des camps et des gardes du roi, d'une famille très distinguée de Dole. Ce seigneur épousa dame Marie-Denise Pélremand de Valay, de laquelle il eut un fils, mort sans postérité et une fille du nom d'Antoinette , qui fut

alliée à M. le comte de Chargeras du Breuil. Cette dame mourut au château de Saint-Ylie, en 1791, après avoir institué pour son légataire universel M. Antoine-Pierre-Thérèse de Tinseau , son cousin-germain , dont le fils possède actuellement le domaine utile de Foucberans.

Armoiries. Pontaillier portait :

de gueules au lion d'or couronné de même, armé et lampassé d'azur.

Laubespin avait pour blazon : un arbrisseau tigé de cinq branches fleuries et feuiltées , dont les émaux ne sont pas connus. Vurry portait :

d'azur à trois roues d'or. Les de Plaine portaient : de gueules à la - fasce d'argent sommée de trois grelots de même.

Château. 11 est au nord du village f t fut reconstruit à la place d'un plus ancien , par Louis de Plaine , au xve siècle. Il ne se compose que d'un corps de bâtiment en forme de donjon. Sa face sud présente une tourelle qui fait avant- corps sur l'édifice et renferme l'escalier. La porte d'entrée , surmontée d'un rustique mâchicoulis , s'ouvre sous la face orientale. Une tourelle semi-circulaire, percée de meurtrières, fait avant-corps sur la face nord. Ce château , qu'habitèrent plusieurs membres de la famille de Plaine , était entouré de fossés , qu'on traversait à l'aide d'un pont-levis. Ces fossés sont aujourd'hui comblés, et sur leur emplacement s'élève une belle maison de ferme. Plusieurs souvenirs historiques se rattachent à ce manoir. Le prince de Condé y établit son quartier-général en 1636, après l'incendie de Saint- Ylie. Louis XIV y logea au mois de février 1668. On montre encore à l'étage la chambre où coucha le grand, roi.

Fief de Chaillot. La famille de Chaillot avait fait ériger en fief un

domaine qu'elle avait à Foucberans.

Jean de Chaillot, écuyer, capitaine de cavalerie au service de Charles V, en fournit le dénombrement au mois de mai 1545.

Eglise. L'églisede Haens occupait le sommet d'une éminence placée entre Dole et Foucberans. Elle était dédiée à saint Martin. Gollut affirme avoir lu dans les titres du prieuré de Jouhe , que l'évèque saint Martin consacra lui-même celte chapelle, après avoir célébré le saint sacrifice de la messe dans l'église de Montroland. Nous examinerons plus tard jusqu'à quel point cette assertion est fondée. Ce qu'il y a de certain , c'est que l'archevêque Hugues III la donna au chapitre de Sainte-Magdelei ne de Besançon, en 1092 , et que cette donation fut confirmée en 1101 par l'archevêque Ponce. Elle servait de paroisse aux villages de Foucberans, des Mars et de Truchumc. Ruinée pendant les guerres du xve siècle, le prêtre qui la desser?ait demanda, en 1590, l'autorisation de faire une quête dans la ville de Dole pour la rétablir. Sur le refus qu'il éprouva , les habitants de Foucberans se décidèrent à construire un nouvel édifice dans le centre de leur village, et furent desservis patun vicaire résident , institué par le chapitre de Sainte-Magdeleine. L'église actuelle, placée sous le vocable de saint Martin , dont on célèbre la fête le 1 1 novembre , se compose d'un porche , sur lequel s'élève un clocher couronné par un dôme , d'une nef, de deux chapelles et d'une sacristie. Elle est en mauvais état et dépourvue de style architectonique. Elle renferme plusieurs tableaux assez curieux , provenant de l'ancienne église de Montroland. Le plus ancien représente le Christ descendu de la croix et entouré de per-

sonnages parfaitement dessinés.

Dans nn autre tableau qui n'est pas sans mérite , est retracée une guérison miraculeuse opérée dans un cooyent de moines. Un troisième offre la synagogue assemblée pour juger le Sauveur du monde.

Evénements divers. Foucherans se trouvait comme Cbaussin et le comté d'Auxonne , dans une position si singulière , qu'il était victime de toutes les dissensions qui divisaient le duché et le comté de Bourgogne. Les barons comtois le saccagèrent en 1536, lors de la guerre qu'ils soutinrent contre le duc de Bourgogne. Il se relevait à peine de ses ruines , que les grandes compagnies le dévastèrent en 1362, afin de faire une solitude autour de Dole, qu'ils tentaient de prendre par la famine. C'est à cette époque que disparurent les villages des Mars et de Truchume. Du premier de ces villages dépendait un manoir féodal placé à l'entrée delà forêt de Chaux.

On l'appelait le château de la Motte des Mars. Après la* dispersion de la des Mars , ce fief passa à la Duchamp. Les membres de cette maison se qualifièrent dès-lors de seigneurs d'Assaut et de la Motte.

Lorsque la Trémouille vint mettre le siège devant Dole , au mois d'août 1477, il disposa son armée, de 14,000 hommes , autour de la ville, les uns près de la chapelle Saint- Martin , les autres sur la place qu'avaient occupée les villages des Mars et de Truchume. Après avoir tenté deux assauts infructueux , il n'osa plus revenir à la charge. Il distribua de nouveau son armée autour de la ville , lui coupa les vivres , ravagea les campagnes environnantes , et attendit du temps et de la famine ce quHl n'avait pu obtenir du courage de ses troupes. Dès que Guillaume

de Vaudrcy se fut emparé de Gray par surprise ( 29 septembre 1 /i77 ) , il fil partir au galop un chevaucheur, qui apprit bientôt à Dole cette nouvelle importante. « Le moment est venu , dit-il aux assiégés : annoncez la prise de Gray au camp du roi ; profitez de la terreur qu'elle va y répandre , et cette nuit même , fondez sur les assiégeants. Vive Bourgogne ! la victoire est à nous. » Le soleil se couchait; les églises s'ouvrirent, les femmes et les enfants s'y rassemblèrent au pied des autels , pendant que les nommes s'armaient en silence. La pluie tombait à torrents , la nuit était profonde , le vent d'ouest soufflait avec impétuosité. Les gens du roi s'endormirent dans leurs tentes. Tout à coup le mayeur et le sire de Toulongeon ouvrent les portes de la ville , se précipitent à la tète des bourgeois et des écoliers sur les sentinelles avancées, culbutent les premières cabanes ; on annonce en même temps l'arrivée des Suisses et du prince d'Orange. Les assiégeants surpris et épouvantés, songèrent plus à fuir qu'à se défendre. L'artillerie de la Trémouille fut prise ; il laissa , diton , 3000 hommes sur le champ de bataille et fit retraite sur Dijon. Ce célèbre combat eut lieu le 1er octobre 1477, sur le territoire de Foucherans. La Trémouille ravagea les terres de Chaussin et de la Perrière , parce qu'elles appartenaient , à titre de douaire, à la veuve du duc Charleslc-Hardi , Marguerite d'Yorck. Celle princesse s'en plaignit à Edouard IV, son frère, roi d'Angleterre. Louis XI, avec sa ruse habituelle, protesta que cela avait été fait contre son gré. François 1er les dévasta de nouveau en 1515 , parce que Marguerite , fille de Marie de Bourgogne et de l'archiduc Maxlmilien, avait con-

fisqué les terres de la duchesse de Longueville. Foucherans fui pillé en 1635, par les troupes du duc de Lorraine, et cet acte d'hostilité fut un des motifs qui amenèrent le siège de Dole. Le prince de Condé y établit son quartier-général en 4636 , après l'incendie du village de Saint- Ylie. Lorsqu'il se décida à se retirer, il fit ranger son armée en bon ordre à Foucherans. Lamboy se préparait à l'attaquer ; mais n'ayant pas d'infanterie , il envoya des dragons, dont plusieurs furent tués.

Fortkalz se plaça au-dessus de la colline de Saint -Martin , pour arrêter les troupes commandées par Gassion .

Il les chargea en front , mais sans résultat. Le marquis de Gonflans arriva avec trois escadrons. Les Français se jetèrent alors à la hâte dans les bois de Damparis et se dispersèrent dans le plus grand désordre.

C'est encore à Foucherans que Louis XIV établit son quartier-général en 1 668 . Il ne nous reste plus qu'à enregistrer quelques sinistres partiels survenus en 1835, 1845, 1850, et un incendie qui dévora 28 maisons, le 10 août 1855.

Biographie. Ce village est la patrie : d'Antoine Janin (1776-1 836), capitaine en retraite décoré, et de Jean-Baptiste Huchotte , capitaine de cavalerie, aussi décoré (1774- 1838).

Bibliographie. Annuaire du Jura, 1849. — Statistique de l'arrondissement de Dole, par M. Marquiset.— Histoire de dix ans de la Franche- Comté de Bourgogne , par Girardot deBeauchemin. — Histoire de Bourgogne , par M. Rossignol.

r, Foullenay, Foulnay, vg. deTarr. de Dole, cant. deChaumergy, percep. de la Chassagne ,

paroisse des Deux-Fays; à 2 kil.

des Deux-Fays, 5 de Chaumergy, 28 de Dole et 27 de Lons-le-Saunier. Altitude : 220m.

Le territoire est limité au nord par les Deux-Fays; au sud par les rivières de Braine et d'Ainson, qui le séparent de Chaumergy et du Villey ; à l'est par Champ-Rougier et la rivière d'Ainson , qui le sépare de Chemcnot ; à l'ouest par la Chassagne. Les Monturot , le moulin Ravonneau et la ferme du Pont-d'Ains font partie de la commune.

Il est traversé par les chemins de gr. com. n° 14, de Sellières à Saint- Jean-dc-Losne ; par les ch. vie. tirant aux Deux-Fays et au Villey.

Le village est enclavé dans les forêts de la terre de Colonne , sur la rive droite de la Braine. Les maisons sont situées sur le penchant d'un pli de terrain , peu isolées, mal bâties et construites en terre ou briques. Quelques-unes sont construites en pierre et couvertes en tuiles ; les autres ont une toiture en chaume.

Pop. en 1790, 187 hab. ; en 1846, 307; en 1851, 289, dont 147 nom. et 142 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 69 hab.; 55 maisons; 69 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1793.

Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1830 : surf, lerrit. 4i5b85», divisés en 1304 parcelles que possèdent 179 propriétaires, dont 76 forains; surf, imp. 407h29a, savoir : 263h 86* en terres lab., 66h 1 1* en bois, 54h 59* en prés, 15h 66* en étangs et 2h 66* en sol et aisances des bâtiments, lh 81a en parcours , lh 54* en jardins, 75* en vergers, 44* en friches et murgers , d'un revenu cadastr.

de 8938 fr. ; eont. dir. en princ.

1389 fr.

Le sol , ondulé et peu fertile , produit du blé , du seigle , du maïs, du sarrasin , peu de légumes secs , de la navette , peu de betteraves , des pommes de (erre, beaucoup de fruits , du foin et des fourrages artificiels. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants.

On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 6 pour cent.

On élève dans la commune des chevaux , des bétes à cornes , quelques moutons, des cochons et beaucoup d'oies. On y engraisse des bœufs et des porcs. 80 ruches d'abeilles. L'agricuKure y est très négligée.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières et ont la funeste manie de courir à toutes les foires, sans autre but que de hanter les cabarets. Ils y contractent des habitudes de débauches et d'oisiveté qui les maintiennent dans un état déplorable de misère.

On trouve sur le territoire , des sablières, d'excellente terre glaise, exploitée par les potiers de Sellières; si cette terre était employée sur place par des poteries ou des tuileries , elle serait une source de richesse pour la population.

Il y a un moulin à farine à & tournants , 1 pressoir à manège et une auberge.

Biens communaux : une chapelle , un cimetière, une place publique, trois puits, deux ponts, et 31h *ô» de bois , terres et pâtures , d'un rev. cad. de 498 fr. Il n'y a ni maison commune ni école.

Bois communaux : 23h ; coupe biennale, tous les 18 ans.

Budget : receltes ord. U*3 fr.; dépenses ord. Uftîfr.

NOTICE HISTORIQUE

Une voie antique , se dirigeant à Salins et à Grozon depuis Verdunsur-le-Doubs , par Bellevesvre , le Chàtelet, et Colonne, traversait le territoire de Foulenay. Cette circonstance explique pourquoi on trouve des tuiles et des briques romaines au Champ-Martin et en Chures -Pierres. L'historien Chevalier fait passer par Foulenay une voie romaine partant de Poligny et tirant au Petit-Noir. Cette direction ne nous paraît pas admissible.

Seigneurie. Foulenay dépendait de la prévôté de Toulouse, et formait néanmoins une seigneurie particulière. Anne, fille d'Adrien de Vaudrey, dame de Bersaillin , étant veuve de Claude , baron de Ray, fit un testament par lequel elle légua par préciput à Jean Baptiste de Ray, son fils, les seigneuries de Vaudrey, la Chassagne, Foulenay, Sergenon, Sergenaud, ses étangs de la Boulayc et ses vignes d'Arbois, à condition que s'il avait deux fils , l'un d'eux prendrait le nom et les armes d« Vaudrey ; elle stipula que si son fils mourait sans héritiers mâles , ce préciput appartiendrait à Rénée de Ray, sa fille , épouse de François de Vergy, comte de Champlitte, gouverneur de Bourgogne , aux mômes conditions ; et elle substitua enfin , Nicole de Montmartin, épouse d'Antoine de la Baume , comte de Montrevel, et Claude de Montmartin, ses petits- enfants , nés du mariage de Louise de Ray, sa fille ainée, et de Philibert de Montmartin. A défaut d'enfants mâles dans toutes ces branches, elle légua, dans le cas où Jean Baptiste de Ray, son fils, mourrait sans postérité (ce qui eut Heu), à Rénée de Ray , ses seigneuries de Vaudrey, de la Chassagne , de Pou-

lenay , de Sergenon, de Sergcnaud, du Pin, de Romctte, de Bersaillin, de Cliaumergy, de Mont-Saint-Vincent (c'était remplacement du prieuré des Deux-Pays), sa chevance de Publy, ses vignes d'Arbois et ses étangs de la Boulaye ; et à Claude et Nicole de Montmartin , ses seigneuries de Saint- Julien , la Barre, Courlaoux , Montjay , Charmotte , Frangy, Granod. Ce testament peut donner une idée de l'immense richesse de cette dame. Rénée de Ray, dame de Foulenay, eut deux enfants, Alexandrine de Vergy, morte sans être mariée, et Clériadus de Vergy, gouverneur de Boulogne. Ce seigneur futobligéd'aliéner une grande partie de ses terres pour subvenir aux grandes dépenses de sa maison.

Privilèges. Le duc Philippe-le- Hardi , par une charte du 7 mars 1401 , confirma aux habitants de Foulenay, les droits d'usage qu'ils exerçaient de toute ancienneté dans les bois de Colonne. En 1881, le roi d'Espagne réitéra celte confirmation. Les difficultés que firent naître ces concessions , sont rapportées à l'article Colonne (terre de).

Chapelle. Foulenay, qui a toujours dépendu de la paroisse des Deux-Fays, avait une chapelle, dans laquelle on célébrait quelquefois les offices. Cet édifice existe encore ; il occupe une éminence au centre du village, et est dédié à la Nativité de la sainte Vierge, dont on célèbre la féte le 8 septembre. Il est orienté et se compose d'un clocher reconstruit en 1825, d'une nef et d'un sanctuaire plafonnés. Son ameublement respire la plus grande pauvreté.

Frai»aiM , Frazans , Frasans , Freisens, Fraisans-lez-Dampierre , vg. de Parr.de Dole , canl., percep.

cl paroisse de Dampierre ; bur. de

poste de Saint-Wit (Doubs) ; à 3 kil.

de Dampierre , 24 de Dole et 76 de Lons-le-Saunier. Altitude : 258m.

Le territoire est limité au nord par Dampierre , Evans etSalans; au sud par la forêt de Chaux , qui le sépare d'Arc-et-Senans; à l'est par Salans et Courtefontaine ; à l'ouest par Dampierre , Ranchot , Rans et Plumont. Les Baraques et le Haut- Fourneau font partie de la commune.

Il est traversé par les ch. vicin.

tirant à Rans , à Dampierre, à Courtefontaine, aux Baraques de Salans, à Salans , à Arc-et-Senans (Doubs), à Fourg ; de Rans à la saline d'Arc ; par le Doubs et plusieurs canaux qui en dérivent, ainsi que par le ruisseau de Fortbonne.

Le village occupe un bel emplacement, sur la rive gauche du Doubs et sur la pente du plateau que la forêt de Chaux recouvre. Les maisons, généralement groupées, sont bâties en pierre , la plupart couvertes en tuiles et élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.

Pop. en 1790, h 60 hab.; en 1846, 555 ; en 1851, 526, dont 259 nom.

et 267 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré, 32 hab. ; 77 maisons, savoir :

à la rue des Forges 7, à la rue de Salans 5 , à la rue du Bac 8 , dans la Grande-Rue 1 3 , snr la place de la Faire 6 , à la rue Froide , 8 , à la rue de Rans 3 , à la rue des Rucliolles 17, aux Forges 7, au Fourneau 3; 137 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1793. Les jeunes gens, et les filles surtout , émigrenl en grand nombre , pour être domestiques dans les grandes villes.

Cadastre exécuté en 1809; surf, territ. r6*3h 88", divisés en 726 parcelles que possèdent 95 propriétaires, dont 23 forains; surf.

Imp , 31 2h, savdir: 231h en terres lab., 43h en pâtures, 20h en prés, 6h en vergers , ftb 67" en sol et aisances des bâtiments, 4h en jardins , 2h en vignes, 16aen carrières, d'un rev. cadast. de 28,096 fr.; contrib.

dir. en princip., 5234 fr. La surface non imposable, de 1331h, se compose d'une partie de la forêt de Gbaux.

Le sol , d'une fertilité moyenne, produit du blé , peu d'orge , de l'avoine , des légumes secs , de la navette , des pommes de terre , des betteraves, des carottes fourragères, du chanvre , des fruits , un peu de vin rouge de mauvaise qualité , beaucoup de foin et des fourrages artificiels. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe les onze douzièmes des vins. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes , des chevaux , des chèvres et des volailles. On y engraisse des porcs et quelques bœufs.

b'O ruches d'abeilles.

On trouve sur le territoire , des gravières , des sablières et des carrières de mauvaise pierre à bâtir.

Foires. Il y a quatre foires, qui se tiennent les 16 mars, 18 juin, 15 septembre et 7 décembre. Elles sont très anciennes et jouissent d'u ne certaine réputation. On y vend du bétail , de la mercerie et delà quincaillerie. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Salins. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et le transport des objets d'approvisionnement ou des produits des usines.

Forges et haut- fourneau. Fraisans possède les usines les plus importantes de l'arrondissement de Dole. Elles ont été établies par suite de concession de Marguerite, ar-

chiduchesse d'Autriche , en date du 27 mars 1326. Placées sur la rivière du Doubs, elles sont divisées en deux parties. Celles de la rive droite se composent de deux patouillets et d'un haut-fourneau; dans celles de la rive gauche , il y a trois feux d'affinerie , un cylindre à laminoir, une tréfilerie à 28 bqbines, et plusieurs machines pour la fabrication des pointes. Elles occupent 8o ouvriers par jour. On y fabrique des fils de fer, des fers en barres, des pointes, des gueuses, etc. Elles livrent au commerce chaque mois, 30,000 kil.

de fils de fer, 10,000 kil. de fers en barres , 5000 kilog. de pointes et 110,000 kil. de gueuses. Elles appartiennent à M. Charlier, dépulé, et aux enfants Caron. Elles avaient été vendués en l'an m , par la nation, à M. Vermillet, moyennant 655,000 fr. en assignats, ce qui représentait 58,950 fr. en argent.

Le moulin et la scierie furent en outre vendus 58,950 fr. en assignats, ou 7625 fr. en argent. Ces propriétés n'avaient pourtant jamais été louées moins de 12 à 15,000 fr.

M. Vermillet les loua 20,000 fr. par an. Il faut convenir que son capital était bien placé. Une riche société , sous la raison sociale Guénard et C% vient de se former pour l'exploi* tation des usines de Fraisans , de Ilans, du Moulin-Rouge, etc.; elle se propose de leur donner de vastes développements.

Biens communaux : une maison commune, contenant le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 43 élèves; une église et un puits communal en cours d'exécution ; un cimetière près de l'église : deux fontaines , une pompe à incendie , outre les deux qui sont aux forges ; un champ de foire , et 35b Uh* de carrières etpâ-

(ares, d'un rev. cadast. de 185 fr.

L'institutrice et l'école des filles, fréquentée en hiver par 43 élèves, occupent une maison louée par la commune.

Bois. Les habitants sont usagers dans la forêt de Chaux.

Budget ; recettes ord. 5882 fr.

dép. ord. 5732 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu ord. 85 fr. SO c.

NOTICE HISTORIQUE

Fraisans n'est connu par aucun document antérieur au commencement du xn8 siècle et dut probablement sa naissance à un chàteau-fort construit pendant l'époque féodale, pour défendre le cours du Doubs.

Seigneurie. Ce village était le cheflieu d'une prévôté appartenant aux comtes souverains de Bourgogne, l'un des sièges de justice du bailli de Dole et d'une gruerie. Il avait pour dépendances Dampierre , que nous avons indiqué mal-à-propos , d'après M. Marquiset , comme étant de la prévôté d'Orchamps, Plumont et Rendey. Les sentences de plusieurs justices seigneuriales s'y portaient par appel. A ce fief étaient attachés les justices haute, moyenne et basse , le droit de bac , de pèche et de chasse à Fraisans , des corvées et des cens. Louis XIV démembra cette terre en 1697. La seigneurie de Dampierre fut engagée , avec la justice haute, moyenne et basse ; la justice moyenne et basse sur Plumont et Rendey fut aussi engagée à M. Pourcheresse , de Besançon , et le domaine utile de Fraisans au marquis de Brun et à M. de Longeville.

Seigneurs. Hugues de Bourgogne, second fils né du mariage d'Alix , comtesse palatine et de Hugues de Chalon , eut dans son lot Fraisans et

toute la prévôté. 11 donna ce beau domaine, au mois de janvier 1304 (n. st.) , aux enfants d'Otton IV , son frère, et confirma celte donation par son testament de l'an 1512.

Le duc Jean-sans-Peur le donna, le 26 décembre 1407, à Jean Bernard d'Ame, pour en jouir pendant sa vie , en récompense des services qu'il en avait reçus. Le 29 juin 1479, l'évéque d'Alby, lieutenant du roi Louis XI, en ses pays de Languedoc et comté de Bourgogne, en disposa en faveur de Jean Bourgeois , nouveau doyen de Notre - Dame de Beaune , pour prix du zèle qu'il apporta à faire des partisans au roi de France. Louis XI avait mille raisons pour placer des étrangers dans les domaines du souverain. Les chàtellenies étaient les premières dépouilles de la guerre ; elles étaient disponibles depuis la mort de Charles-le-Téméraire. Personne n'y avait de prétentions que Maxirailicn d'Autriche ; les possesseurs pouvaient en recueillir en paix tous les fruits , sans redouter les brigues ou la haine des anciens propriétaires. 11 n'en était pas de même des domaines privés qu'atteignait la confiscation .

En 1484, le roi Charles VIII révoqua tous les dons faits par son père, des terres domaniales, et Jean Bourgeois se trouva ainsi dépossédé de Fraisans. Après la conquête de la province , Louis XIV engagea cette terre à temps , à MM. de Brun et de Longeville (1697), et le 29 septembre 1778, Mme Antoinette-Marie Magdeleine Gauthier d'Auvillars, douairière de mess ire Jacques-François de Pourcheresse de Fraisans , lieu tenant des vaisseaux du roi et chevalier de Saint- Louis , la prit à titre d'arrentement perpétuel, moyennant 800 fr. par an. M. Joseph-Antoine-Pierre de Pourcheresse, l'atné

de leurs fils, fit ériger Fraisans en marquisat , peu d'années avant la révolution. Il émigra en 1790, et ses biens furent vendus nationalement , le 27 messidor an ni.

Château ancien. Les souverains de Bourgogne avaient fait construire à Fraisans un cliàteau-fort, dont Hugues de Bourgogne affectionnait singulièrement le séjour. 11 était bâti près de l'extrémité sud-ouest d'un rocher s'élevant à pic de trois côtés, et accessible seulement du côté de la forêt de Chaux.. L'esplanade était séparée du reste de l'éminence par deux fossés larges et profonds , qu'on traversait à l'aide d'un pont-levis. Il ne subsiste de cette construction , détruite par le sire de Craon en 4477, que des caves , des voûtes souterraines et des pans de murs de l'enceinte. Au mois de mai 1 656 , les troupes comtoises songèrent un moment à occuper ce poste , mais elles ne lardèrent pas à s'apercevoir que les masures du château ne pouvaient leur offrir aucun abri.

Château moderne. La famille Pourcheresse avait fait construire , en 1715, une maison seigneuriale au sud-ouest du village. Elle appartenait, en 1790 , à Mme Marie-Catherine-Bonaventure-Hippolyte de Pourcheresse , sœur du marquis de Fraisans et douairière de M. Gabriel- Philibert- Ignace-Remy-Boniface de Raclet, de Mercey. Vendue nalionalement le 27 messidor an m , elle fat rétrocédée à Mme de Raclet , le 2& janvier 1812, et appartient actuellement à M. Pierre-Louis-Henri, comte de Brunet de la Renoudière- Puisaye , né à Mortagne (Orne), ancien lieutenant, chevalier de Saint- Jean-de-Jérusalem et de l'ordre royal espagnol américain d'Isabellela-Catholique , allié à la famille de

Pourcheresse. M. de Brunet y a fixé sa résidence. Ce château est situé au milieu d'un vaste jardin , ayant 600 mètres de longueur, et longé par le Doubs. Le parc avait été tracé par Lenôtre. Les riches sculptures, les statues qui l'ornaient , ont été brisées ou dispersées par le vent révolutionnaire. Un seul groupe, dû à l'habile ciseau d'Auguste Olivier , membre de l'académie d'Autun , est resté sur son piédestal, mais mutilé.

Deux beaux vases de fleurs et de fruits en pierre , qui couronnent les pilastres de la porte , sont encore intacts. Il y a dans la cour du château et près de la rue communale , une chapelle qui fut fondée les S mai 1616 et 22 décembre 1691, par noble Claude et Luc Pâris de Besançon , en l'honneur de Notre- Dame , de saint Jean-Baptiste et des trois Rois. M. le comte de Brunet vient de la faire restaurer et décorer avec beaucoup de goût. La porte est du style roman tertiaire, usité au xue siècle; la nef et ses pilastres, de l'ordre corinthien , sont du style de la renaissance. Il y a dans cette chapelle une châsse qui passe pour être très ancienne. Elle renferme des reliques de saintNicolas. On remarque dans le château l'escalier et sa belle rampe, ainsi que les riches boiseries de plusieurs des salles.

Prèvûlè. La prévôté de Fraisans était inféodée , à titre héréditaire , aune famille noble qui en portait le nom. Hubald de Fraisans était témoin, en 1115, d'une donation faite à l'abbaye de Vaux-sur-Poligny, par Rainaud III, comte de Bourgogne.

Raymond de Fraisans figure dans un titre de l'abbaye d'Acey, de l'an 1184. Jean de Fraisans était abbé de Corneux en 1385. Le prévôt de Fraisans avait droit d'assister aux I Etats de la province. Après la con-

quête de la province par Louis XIV, la justice royale était exercée par un prévôt , un juge châtelain , un procureur du roi , un greffier et un sergent maire.

Fief de Rans. Par un acte daté à Dole , le samedi avant la féte de la Madeleine 1966, Jean , fils de noble baron Hugues, chevalier, sire de llans et sénéchal de Bourgogne, étant chargé de nombreuses dettes, engagea, pour i 000 livres estevenantes , à Alix , comtesse palatine , la sénéchaussée de Bourgogne , et tout ce qu'il avait « en la ville de Frasans et appendices, en terres arables et non arables, en bois , en maisons , eu hommes , en seigneurie , en justice , etc. » Ce seigneur ne tarda pas à racheter ce fief, car il en fit hommage en 1 295, à Hugues de Bourgogne.

Privilèges. Il est certain que les habitants de Fraisans reçurent une charte de franchises de Hugues de Bourgogne, mais on n'en connaît pas la date. Ce titre constate que de toute ancienneté il y avait deux foires par an dans ce village, autrefois qualifié de ville , un marché chaque semaine , et des balles. Par lettrespatentes datées à Salins, le 2 septembre 1374, Marguerite, comtesse de Bourgogne , déclara qu'elle défendait à ses forestiers de troubler ses bourgeois et habitants de Fraisans dans le droit qu'ils avaient eu de tout temps, de couper du bois mort et vif dans la foret de Chaux , pour maisonner, marriner ( faire du inerrain ) et allouer ( faire du feu ) , dorre leurs champs et leur curtils , et qu'elle entendait confirmer tous ces droits d'une manière expresse.

Le 15 juin 1512 , Marguerite d'Autriche fit une déclaration semblable.

La forêt de Chaux était alors tellement peuplée de loups et de san-

gliers , que les habitants des différents villages dispersés sur ses bords ou dan? son intérieur , étaient obligés de faire de hautes clôtures autour de leurs maisons, pour se garantir contre la voracité de ces animaux. Les commissaires chargés de la réformation de cette forêt décidèrent , le 25 juin 1729 , que les habitants de Fraisans y conserveraient le droit de pâturage pour leurs bêles au maille , en payant 12 deniers par porc ; et par arrêt du conseil d'Etat, les adjudicataires des 12e et 13* triages furent chargés de leur délivrer chaque année 330 cordes de bois et autant de fascines. Plus tard, le droit d'usage fut converti en une livraison annuelle de 1240 stères de bois.

Evénements divers. Fraisans, placé à la jonction de plusieurs grands chemins, avait un pont pour le pas* sage du Doubs. Cette circonstance fut cause de la plupart de ses dér sastres. Dès que la Trémouille connut les démarches que faisait le prince d'Orange pour soulever contre Louis XI le duché de Bourgogne, il comprit*qu'U ne fallait pas laisser à son rival le temps de soulever les masses ; qu'il devait se montrer au sein de la Franche- Comté avec son armée, et pour comprimer les révoltés de la rive droite de la Saône , frapper de grands coups sur la rive gauche, en répandant partout la terreur. Il sortit de Gray, se jeta tout à coup sur les habitants qui gardaient POgnon , et le dimanche de Quasimodo (13 avril) 1477, il leur lua 300 hommes aux portes de Marnay. 11 s'en empara, le lendemain , passa la rivière , tomba sur Gendrey, Balançon , Ougney, ravageant tout; après avoir pris Pcsines par la ruse, il massacra 300 hommes au pont de Fraisans et autant à Bus*

sey, près de Gy. Ce terrible capitaine continua sa promenade sanglante partout où il pouvait frapper sans crainte, se consolant de ses désastres dans le sac des bourgs et des villages. Au mois de février 1595 , Trcmblecour, chef de quatre à cinq mille hommes, Lorrains et Français, entra dans la province et y commit d'affreux excès. Il tenta de forcer le pont de Fraisans ; mais vigoureusement repoussé, il s'éloigna afin de chercher un gué pour traverser le Doubs. Peu de jours après, plusieurs régiments lorrains , commandés par les capitaines d'Assonville , Lupy et Ronticoty, passèrent à ('improviste sur le pont de Fraisans , dans le but d'aller surprendre Salins.

Leur entreprise ayant échoué, ils se présentèrent pour repasser ce pont, mais ils le trouvèrent abattu et la hauteur des eaux ne leur laissa aucun espoir de trouver un gué. Ils furent obligés de se diriger sur Quingey.

Jean Bonnet, citoyen de Besançon, qui tenait un journal de ce qui se passait de son temps , raconte que ces troupes commirent sur leur passage « de grandes pilleries , lueries et actes inhumains et cruautés inaudites , bruslant plusieurs villages du pays. » Lors de l'invasion d'Henri IV en Franche-Comté , Biron établit son quartier-général à Fraisans , et pendant son séjour accabla ce village et ceux d'alentour de contributions de toutes sortes. Ce poste joua un rôle important pendant les guerres du xvii0 siècle. Dès que les commis au gouvernement du comté eurent acquis la certitude que le prince de Condé allait assiéger Dole, ils décidèrent qu'un camp serait formé à Fraisans. Ils y envoyèrent 2000 hommes de milice et de nombreuses munitions. La difficulté de s'y retrancher fit abandonner ce projet.

Les Français eurent la précaution d'occuper le pont de Fraisans et tous les gués du Doubs jusqu'à Dole, pour empêcher Salins et Besançon de communiquer avec cette ville.

Us parvinrent ainsi à arrêter au passage les Croates envoyés au secours de Dole par le roi de Hongrie. Le 1er août 1636 , Fortkatz se rendit maître de cette position et en fit sa place d'armes. Il s'y établit avec les meilleurs de ses Croates et réunit au tour de lui Mercy et le commandeur de Saint-Mauris , avec 500 chevaux et Mora avec 400 dragons. Il se dis^ posait à quitter Fraisans et à s'approcher de Dole , lorsque des cavaliers qui étaient à Besançon arrivèrent en toate hâte sans armes , et se plaignirent amèrement de ce qu'on secourait Dole sans eux. Ils demandèrent avec instance de pouvoir retourner chercher leurs armes et leurs chevaux de combat. Ce relard fit manquer l'entreprise. Après la levée du siège, Ferdinand de Ryc, archevêque de Besançon , vieillard âgé de 80 ans , se fit mettre en litière pour se rendre en sa maison de Cbàteauvieux, où il espérait rétablir sa santé. Il mourut en chemin à Fraisans, le 90 août 1636, entre les bras du provincial des capucins qui l'accompagnait et de ses chapelains.

Au mois d'avril 1637, le duc de Lorraine et le marquis de Conflans, s'arrêtèrent à Fraisans avec l'armée qu'ils amenaient de Besançon , et y tinrent un conseil avec MM. de Champvans et de ferun, délégués du parlement sur la direction à donner aux affaires du pays.

Château des Forges. Au pied occidental du vieux château , s'élèvent l'habitation et les forges de MM. Charlier etCaron. Le parc qui entoure celte charmante demeure est sans contreditl'un des plus bcau.x

de la province. Les arbres les plus | été jeté sur le Doubs à Fraisans, en variés y offrent d'admirables contrastes. Les ruines de l'ancienne forteresse font partie du parc. De tous côtés la perspective est ravissante. L'intérieur de l'habitation unit au confortable toutes les recherches d'un luxe élégant.

Maison Fermot. M. Théodore Caron avait fait construire en 1825, une jolie villa au sommet d'un roc qui domine le village. Celle maison, d'un aspect imposant , a plusieurs étages. La face qui regarde le Doubs est décorée d'un vaste balcon que supportent six colonnes de l'ordre ionique imitées de l'antique. La corniche à modillons qui entoure l'édifice est couronnée surtout son pourtour de grands vases peints en vert, reliés entre eux par une balustrade en fer. M. l'abbé Vermot avait acquis cetle maison pour en faire une maison de mission. Cet ecclésiastique zélé fit construire, en 1849, une église sur un terrain concédé par la commune. Celle église se compose d'un clocher encore inachevé , de trois nefs , d'un sanctuaire, d'un chœur et d'une sacristie.

L'intérieur est décoré de colonnes et de pilastres de l'ordre dorique.

M. Vermot, par son testament, a légué à la commune cet édifice, estimé 26,000 fr. et il a donné la maison, le parc et les dépendances au diocèse de Saint-Claude. Mgr. l'évèque en a l'administration.

Oratoire de Noire-Dame. Il y a dans la forêt de Chaux , entre Fraisans ctCourlefontainc, une chapelle dédiée à la Mère de Dieu. Richement décorée et entretenue par les frères Maristes de Courtefontaine , elle est un but de pieuse promenade et de pèlerinage pendant l'été.

Pont en fil de fer. Un ponl en fil de fer, de 80 mètres de longueur, a

1852 , pour remplacer un bac , qui lui-môme avait succédé à un ancien pont soumis à un péage, dont la reconstruction donna lieu à un grand procès en 1513 , entre les villages de la prévôté.

Biographie. Fraisans était habité au moyen-âge par plusieurs familles nobles. Louis de Mérey de Fraîsans, secrétaire de l'archiduchesse Marguerite, reçut de celte princesse, en récompense de ses services , à titre d'accensement perpétuel, en 1522, une vaste accrue du Doubs, à Fraîsans , pour être mise en pré.

Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole, par M. Marquiset. — Histoire de dix ans de la Franche-Comté de Bourgogne, par Girardotde Beauchemin. — Histoire de Bourgogne, par M. Rossignol. — Archives de la préfecture du Jura.

Franchevllle, Vg. de l'arr. de Dole, cant. de Chaumergy, percept.

de Conimenailles; paroisse de Vers; à 2 kil. de Chaumergy, 3 de Vers , 33 de Dole et 25 deLons-le-Saunier.

Altitude : 22Gm.

par le Villcy ; au sud par Bois-de- Gand; à l'est par Vers sous Sellières, et à l'ouest par Chaumergy.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° ltt, de Sellières à Saint- Jean-de-Losne ; par les ch. vie. tirant à la Chaux-en-Bresse , à Chaumergy, au Villey et Vers-sous-Sellières , et par la rivière de Braine qui le sépare du Villey.

Le village est situé sur la rive gauche de la Braine , contre le revers d'un côteau incliné entre une forêt et une prairie. Les maisons sont généralement isolées, mal bâties en terre, briques cuites ou crues x

arec pans de bois , et couvertes en chaume.

Pop. en 1790, 66 hab.; en 1846, 88 , en 1851 96, dont 50 nom. et 46 fem.; pop. spécif. par kit. carré, 65 hab.; $1 maisons; 8» ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1792.

Les jeunes gens émigrent pour être domestiques.

Cadastre exécuté en 1829 : surf, terril. 14ôh 49*, divisés en 320 parcelles que possèdent 102 proimp. 14 lh 97», savoir : en terres lab. 79h 66* , en bois 30b 57*, en prés 25h 95*, en étangs 2h 95* , en parcours lh 27* , en sol et aisances des bâtiments 76* , en jardins 60* , en mares 12*, en friches 10* , d'un revenu cad. de 1640 fr.; contrib.

dir. en princip. 491 fr.

Le sol, légèrement ondulé et peu fertile , produit du blé , du seigle , peu d'avoine, du maïs , des légumes secs , de la navette , peu de betteraves , de carottes fourragères et de fruits , des pommes de terre , du chanvre, du foin, et des fourrages artificiels. On importe le quart des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 4 fr. 50 cent, pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes, des cochons, quelques moutons et beaucoup d'oies.

On y engraisse des porcs et des bœufs. 9 ruches d'abeilles. L'agriculture n'y fait pas de progrès. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières. Us jouissent de peu d'aisance.

On trouve sur le territoire d'abondantes mines de fer en grains , dont les forges de Baudin ont abandonné l'exploitation en 1852. On trouva en 1732 et 1733, à une profondeur de huit mètres , une nou-

velle couche de terre végétale et deux chênes couchés horizontalement avec toutes leurs branches.

biens communaux : 30h 78* de bois et parcours, d'un rev. cad. de 28'J fr.; il n'y a ni maison commune ni école ; les enfants fréquentent les écoles de Vers-sous-Sellières.

Bois communaux : 50h 72* , coupe annuelle, 89*.

Budget : receltes ord., 841 fr.; dépenses ord., 785 fr.

NOTICB HISTORIQUE.

L'origine de Francheville est fort obscure. On trouve dans le champ au Maire et au champ Combaisse , beaucoup de débris de constructions romaines. Une tradition qui s'est conservée dans le peuple, affirme qu'il y avait un château sur ce point. Il y eut en effet une tour, sous la proteclion de laquelle se groupèrent les premières habitations. Placé dans le voisinage de Bellevcsvre et de Moulliicr-en-Bresse , et séparé du duché de Bourgogne seulement par la petite rivière de Braine, il n'est pas douteux que ce village a été brûlé et saccagé par les armées de Louis XI, de 1477 à 1479. Il parait même avoir été le théâtre d'une lutte sanglante ; car une partie du territoire porte le nom à^Elang de la Guerre, et l'autre, celui de Champ de la Bataille. Il se reforma à l'ouest de son emplacement primitif. Il dépendait en toute justice de la seigneurie de Sellières. Un terrier de Tan 1558, nous apprend que les seigneurs de ce dernier lieu, avaient à 1 ranclieville un bois de 600 journaux , dans lequel les habitants avaient droit d'usage , un étang de 100 journaux et plusieurs autres d'une moindre étendue. Les sujets étaient tenus de faucher par corvée le pré du Bray de 40 soiturcs, et d'à

mener le foin au château. Ceux qui n'avaient ni bœufs, ni chevaux, devaient vendanger la vigne du Cbasne de 18 journaux. Pendant les guerres du xvue siècle, la garnison de Bellevesvrc faisait souvent des sorties dans les villages d'alentour, pour rançonner les malheureux paysans.

Ce village n'est pas encore parvenu à se relever de ses malheurs passés.

La faible étendue de son territoire , le peu de fertilité de son sol , ne lui permettront jamais d'acquérir de rimporlance.

Franoia (le), Voyez Fra$noi8 (le).

Fraroz , Farreolus, Frarriolus, Frérot, vg. de l'arr. de Poligny, cant., percep. et bur. de poste de Nozeroy ; succursale , composée de Fraroz, Cerniébaud et la Laletle; à 7 kil. de Nozeroy, 41 de Poligny, 41 d'Arbois et 54 de Lons-Ie-Saunier. Altitude : 98 lm.

Le territoire est limité au nord par la Laïcité et Cerniébaud ; au sud par Arsure-Arsurettc; à l'est par les Crouzels (Doubs), Cerniébaud et la Laïcité , et à l'ouest par Bîllecul et Arsurc-Arsurette. Le Chalet fait parlie de la commune.

Il est traversé par les ch. vie. tirant à Arsure-Arsurelte, à Nozeroy et à la Latette.

Le village est situé dans le val de Mièges, contre le revers méridional d'un côteau, au pied des hautes chaînes du Jura. Les maisons sont généralement groupées, construites en pierre et couvertes en anccllcs ou bardeaux. Elles ont presque toutes un élage au dessus du rez-de chaussée.

Popul. en 1790, 159 hab.; en 1846, 164; en 1851, 185, dont 96 boni, et 89 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 29 hab.; 22 mai-

sons ; 50 ménages. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques à Paris. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793.

Cadastre exécuté en 1814 :sorf.

territor. 619h 81», divisés en 551 parcelles que possèdent 135 propriétaires , dont 9 1 forains ; surf, imp. 616h, savoir : 249hen lerres lab. , 202 en bois, 117 en pâtures, 21 en prés, 14 en prés-secs, 12 en friches et murgers, 1 en sol et aisances des bâtiments, d'un rev. cad. de 10,444 fr.; cont. dir. en princip.

1245 fr.

Ke sol , montagneux, peu fertile et recouvert de neige jusqu'à la fin d'avril , produit du blé , du méteil d'orge et d'avoine, de l'orge, de l'avoine , des pommes de terre , peu de chanvre, du foin et des fourrages artificiels. On importe le cinquième des céréales et le vin.

Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes , de chèvres et on y engraisse des porcs. 1 2 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole et de Saint- Laurent. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture, le produit des fromages et la fabrication des chapeaux de paille pour femmes.

On trouve sur le territoire , dV bondantes tourbières appartenant à la commune, qui les exploite pour le chauffage des habitants , et des carrières de pierre à bâtir et de taille v non exploitées.

Une fromagerie produit annuellement 12,000 kil. de fromage, façon Gruyère , de bonne qualité.

Biens communaux : une église avec un cimetière à l'entour, un

presbytère à côté du cimetière, deux puits communaux , un lavoir avec bassin en bois, un oratoire érige à Notre-Dame-de-Compassion en 1849 i et 116h 93a de friches, pâtures et prés, d'un rev. cad. de 729 fr. Il n'y a pas de maison commune. L'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 20 garçons et 10 filles, occupent une maison louée par la commune.

Budget : recettes ord. , 1957 fr.; dépenses ord. , 1357 fr.

Bureau de bienfaisance. 11 est commun aux communes de Fraroz , Cerniébaud, la Latelte et Arsure; son revenu est d'environ 120 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Le pays connu sous le nom de Val de Mièges a eu, pendant plusieurs siècles, sa vie propre , sa constitution régulière , ses institutions , ses règlements , ses coutumes. 11 n'est pas possible d'isoler l'histoire d'un de ses villages. Nous réunirons donc tout ce qui concerne cette contrée au mot Mièges. Par un acte daté au château de Nozeroy , le 20 juillet 1372, Hugues de Chalon, sire d'Arlay, déclara qu'à l'avenir ses sujets de Boucherans, Communales , Villers-du-Bois , Mignovillard , Froidefontaine , Essaviily , la Latette , Fraroz, le Cerniébaud, Arsure et Arsurelte , seraient affranchis envers ses forestiers de toutes redevances en blé , fromages , corvées ; qu'ils pourraient couper du bois dans ses bois de Ban, situés entre le Grandvaux et Château- Vilain , pour tous leurs besoins et même pour en mener vendre où ils voudraient ; qu'ils pourraient les défricher en y mettant le feu , pour les convertir en terres ou en prés. Celte concession fut faite moyennant la somme de

200 florins, qui furent payés de suite, et une redevance annuelle de 80 livres. De cette époque date le véritable développement de ce village.

Eglise. L'église de Fraroz était , dès le xvfl siècle , une succursale de celle de Mièges , unie elle-même au chapitre de Nozeroy. Elle est dédiée à saint Pierre et à saint Paul apôtres, dont on célèbre la fête le 29 juin, et occupe le sommet d'une éminence au nord-ouest du village. Elle se compose d'un porche, d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles, d'un chœur de forme octogonale et d'une sacristie. La grille, qui sépare le clocher de la nef, est en fer et porte la date de 1717. Des arcaturesà pleincintre mettent en communication la nef avec les chapelles. Celte église, à en juger par son mauvais style ogival, qui indique la décadence de l'art, doit avoir été construite au xvu6 siècle. La chaire dans laquelle prêcha Calvin à Nozeroy, n'est point à Fraroz, ainsi qu'on l'a cru longtemps. Placée pendant quelques années dans l'église d'Arsure, elle en fut enlevée lorsqu'on apprit qu'elle avait été profanée par les protestants.

Frasne , Fraocinm , Freisne , Frâne , Frasne- lez - Montmirey , Frasne-lez-Moulières, vg. de l'arr.

de Dole , cant. de Montmirey-le- Chàleau , perc. el bur. de poste de Moissey; chapelle vicariale érigée le 21 février 1829; à U kil. de Montmirey-le -Château , 15 de Dole et 67 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 2ftbm.

Le territoire est limité au nord par Pointre et Montmirey-la- Ville; au sud par Menoley; à l'est par Moissey et Monlmirey-la-Ville ; à l'ouest par Chcvigny, Peintre et Pointre. Les

Baraques de la carrière et le Moulin font partie de la commune.

11 est traversé par la route dép.

n° 13, de Dole à Gray ; par les ch.

vie. tirant à Peintre, à Moissey, à Monlmirey-la-Ville , à Pointre , au Moulin et au bois communal ; par le ruisseau du bief Fuyant et un autre petit ruisseau.

Le village est situé sur le revers d'un côteau d'où Ton jouit d'une vue magniûque sur toute la Bourgogne. Les maisons sont groupées , généralement bien bâties en pierres, couvertes en tuiles ou en chaume et élevées de plusieurs étages.

Pop. en 1 790, 27 1 hab. ; en 1 8ft6, 338 ; en i 851 , 335 , dont 179 nom.

et 156 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré, 69 hab.; 78 maisons ; 96 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1658. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques ou ouvriers à Paris.

Cadastre exécuté en 1824 ; surf, terril., &80\ divisés en 2085 parcelles; surf. imp. , &70h, savoir : l*0h en terres lab., 136 en bois , 117 en vignes, 45 en prés, 25 en pâtures , et le surplus en sol de bâtiments et cultures diverses , d'un rev. cad. de 9787 fr.; cont. dir. en princip. 2136 fr.

Le sol , monlueux et d'une fertilité ordinaire, produit du blé, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, de ta navette, du colza, peu de betteraves, des pommes de terre, des earoltes fourragères, du chanvre, beaucoup de fruits, du foin, des fourrages artificiels, des vins rouges et blancs. Les vins blancs sont très estimés, et des meilleurs de l'arrondissement de Dole. On exporte les quatre cinquièmes des vins et on importe les trois quarts des céréales.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune quelques chevaux, du bétail à conies, des volailles et on y engraisse des porcs. 33 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès. Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Auxonne et de Dole.

On trouve sur le territoire de riches mines de fer en grains , dont les excellents produits sont exportés dans les principales usinesde France, des sablières exploitées pour l'usage de la tuilerie de Moissey ; des carrières de pierre à bâtir et de taille , de première qualité ; cette pierre est rouge veinée ; de la pierre à chaux , non exploitée; des carrières de pierre de grès , propre à faire des meules ; les meules de Frasne sont très estimées et recherchées par les plus habiles meuniers. 50 ouvriers sont continuellement occupés à l'extraction du minerai. Au Bois-de- Bretagne, on trouve un dépôt de coquilles marines.

Il y a un moulin à trois tournants.

Les patentables sont : un marchand épicier, un aubergiste , un menuisier, uu fabricant d'instruments aratoires, un marchand de pierres taillées et un exploitant de carrières.

Bitns communaux : une église , un cimetière, un presbytère, une maison commune en mauvais état , renfermant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 45 garçons et 20 filles ; 5 croix monolithes en pierre meulière; 2 puits communaux construits , l'un en 1822, et l'autre en 1842; 2 fontaines, une pompe à incendie , manœuvrée par une compagnie de 25 pompiers.

Bois communaux : 107* 47*, donl 3h 30* sont coupés annuellement.

Bureau de bienfaisance. Revenu ordinaire , 266 fr. 80 c. , provenant de dons fails par MM. Burgillard, de Vuillafans , curé de Frasnc , Jean B.

Chapoulot et Xavier Prenel.

NOTICE HISTORIQUE

Un grand nombre de communes ont tiré leurs noms des essences forestières qui croissaient avec le plus d'abondance sur leurs territoires. Ainsi , huit villages ou hameaux situés dans les départements du Doubs et du Jura seulement s'appellent Fay ou Faye , et ont pour élymologie le mot fagus , hêtre ; Frasne , la Frasnée , le Frasnois , sont aussi des noms très communs en Franche-Comté , et viennent de fraxinus , frêne. Vingt villages ou hameaux, dans cette province, s'appellent le Fernois ou le Vernoy, nom qui dérive du mot celtique vern, et signifie aune. Ces similitudes de dénominations sont une calamité pour les historiens , car elles ne leur permettent pas de faire avec certitude l'application des titres anciens. Le village qui nous occupe nous donnera bientôt un exemple de ces difficultés.

Frasne, de même que tous les lieux placés dans le voisinage de la forêt de la Serre , ancien débris du saltm sequanus, paraît remonter à une haute antiquité. On trouve des débris de constructions romaines sur plusieurs points de son territoire, notamment à la Grande-Haie et à la Come-Mongin. On reconnaît encore dans ce dernier lieu , les traces d'une voie antique reliant Tavauxà Dammarlin, deux villes détruites, et passant par Champvans , Pagus pagani , et Raynans.

Cette ligne était protégée par la cas-

tramétalion du mont Guérin , au pied duquel se trouve Frasne. On rencontre , dans les déblais des cari ières de ce village, de petites meules de douze à quinze pouces de diamètre, et qui datent de l'époque des moulins à bras. C'est ce que les Romains appelaient molœ trusilates.

Il y a quelques années, on trouva une de ces meules , nuancée de plusieurs couleurs très vives, dans des débris de bâtiments et de luileaux à rebords. En 1822 , des ouvriers occupés à creuser un puits, en retrouvèrent un à quelques pieds de profondeur, qui était comblé depuis longtemps et dont la date de construction n'est pas connue. Le premier titre qui mentionne ce lieu date de 1134.

Seigneurie, Frasne dépendait en toute justice, pour une partie, de la prévôté de Montmirey-le-Chàteau , et pour l'autre partie de la terre de Chevigny. Les seigneurs de ce dernier lieu se qualifiaient de seigneurs de Chevigny et de Frasne , mais ils n'y avaient qu'un certain nombre de meix. La chevancede Velleguindry , dont Hugues de Champd hivers fit hommage au souverain en 1532, s'étendait aussi sur une partie du territoire de Frasne. Les sujets devaient faire le guet et garde au château de Montmirey. Ils étaient assujettis à la livraison annuelle d'un pain , en valeur de quatre deniers parisis, qui se portait le jour de Noël au château. Le prévôt de Montmirey instituait à Frasne un maire, chargé de faire tous exploits de juslice et de nommer lui-même des messiers et des forestiers.

Fief de mairie. On voit souvent figurer dans des titres desxii6 etxm* siècles , les membres d'une famille dite de Frasne , de Fraxino. Bernard et Théobald de Frasne appo-

sèrent leurs sceaux à une donation faite en 1088 par Stéphanie et Henriette de Bourgogne , au profit de Téglise de Saint-Etienne de Besançon. Un Jean de Frasne, seigneur de ce lieu, était connétable du comté en 1292. M. D. Monnier pense que cette famille portait bien le nom de Frasne , des environs de Montmirey (Annuaire 1849); mais nous ne pouvons partager son opinion. D'abord, ce village n'a jamais eu de seigneur particulier , tandis que Fra9ne-le-Chàteau , dans le canton de Gy, Fresne-Saint-Mamès , cheflieu d'un canton , dans l'arrondissement de Gray (Haute-Saône), formaient des seigneuries importantes.

Notre Frasne n'eut jamais à sa téte de prévôt, mais un simple maire, officier subalterne, qui n'occupait qu'une faible place dans la hiérarchie féodale. Ce n'est point là que les souverains de Bourgogne allaient chercher leurs connétables.

Evénements divers. La prévôté de Montmirey a été ravagée pendant les guerres des xivc, xvie et xvne siècles. On trouvera des détails sur ces événements à l'article Montmirey-le- Château. Il existait à Frasne, encore en 1586, un groupe d'habitations appelé Moulières, dont il ne reste plus de vestiges.

Eglise. L'église date de 1560; elle est dédiée à saint Michel , dont on célèbre la fête le 29 septembre , et orientée. L'édifice se compose d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles de forme octogonale et de deux sacristies. La nef est divisée en quatre travées par des colonnes à moitié engagées dans les murs ; de ces colonnes partent les belles nervures de la voûte. Le clocher, reconstruit en 1 7 1 8 , est couronné par un dôme. On a eu le tort de remplacer les fenêtres ogivales par des

ouvertures à arc surbaissé. Dans la chapelle de droite on lit l'inscription suivante : « Celte chapelle a esté érigée et fondée par honorable Pierre le Febvre , natif de Frasne , sous l'invocation de la sainte Vierge et de saint Pierre , et celle qui est à l'opposite a esté érigée et fondée par Françoise Morel, sa mère, sous l'invocation de saint Hippolyte ; les deux en l'an 1695. » Le pavé de la nef est formé de tombes appartenant pour la plupart aux familles Febvre et Richardot. Les plus anciennes remontent à 1562. On remarque dans l'église plusieurs tableaux qui ne sont pa9 dépourvus de mérite, le baptistère, les boiseries du confessionnal et de la chaire à prêcher et quatre belles colonnes corinthiennes en marbre, supportant un baldaquin qu'on a laissé tomber en ruines.

Bibliographie. Annuaire du Jura, année 1849. —Statistique de l'arrondissement de Dole , par M. Marquiset. — Archives de la préfecture du Jura.

Frasnéo (la), vg. de l'arr. de Saint-Claude , bur. de poste et paroisse de Clairvaux; percept. des Petites-Chieltes; à 6kil. de Clairvaux, 20 de Saint-Laurent, 50 de Lons-lc-Saunier et 52 de Saint- Claude. Altitude : 546m.

Le territoire est limité au nord par Grilla et Cogna ; au sud par Chàtelde-Joux ; à l'est par Grilla et Châtclde-Joux ; à l'ouest par Hautccour et Clairvaux. La maison des Plainesde-Nans fait partie de la commune.

Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Clairvaux , à Grilla et à Châtel-de-Joux ; par le ruisseau du Drouvenant qui y prend sa source , le ruisseau de Châtel-de-Joux et le bief Jannier.

Le village est situé au fond d'un profond et étroit vallon , resserré entre deux chaînes de hautes montagnes couvertes de noirs sapins et de bois- taillis d'un vert tendre. Les maisons sont groupées sur la rive gauche de la source du Drouvcnant, construites en pierre et couvertes en tavaillons. Quelques - unes seule* ment sont couvertes en tuiles.

Pop. en 1790, 116 hab.; en 4846, 133; en 1854» 1*8, dont 66 bom.

et 69 fem. ; pop> spécif. par kil.

carré, 10 hab.; 30 maisons; 58 ménages. Les plus anciens registres de rétat civil datent de 4793. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques ou ouvriers à Morez.

Cadastre exécuté en 1833 : surf, territ. 319h 31a , divisés en 836 parcelles que possèdent 86 propriétaires, dont 35 forains; surf, imp. 51 lh, savoir : 139h en présbois , 71 en terres lab., 55 en prés , &fe',en pâtures et le surplus en broussailles, friches , murgers, gravières, jardins, vergers et sol de bâtiments, d'un revenu cadastral de 2967 fr. ; contrib. dir. en princ. 869 fr.

Le sol , d'uue fertilité ordinaire , produit du blé, de l'orge, de l'avoine, du maïs, peu de légumes secs , de betteraves et de lin , des pommes de terre, beaucoup de fruits et surtout des noix , du foin et des fourrages artificiels. Les frênes y croissent parfaitement.

On importe moitié des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune du bétail à cornes, quelques moutons, et on y engraisse des pores. 40 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès.

Or trouve sur le territoire de la marne, non utilisée, quelques sablières , des carrières de tuf, de

pierre à bâtir et de taille , non exploitées , de la pierre à chaux ordinaire et hydraulique , exploitée , et de la terre glaise propre à faire des briques et des tuiles.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Glairvaux .

Leur principale ressource consiste dans l'agriculture, le transport et le sciage des bois de sapin, et le blanchiment des toiles.

Il y a un moulin à trois tournants, trois scieries et un battoir à blé. Il y avait une tuilerie , dans laquelle on fabriquait d'excellentes tuiles vernissées. Elle a été démolie il y a environ cinquante ans.

Biens communaux : une chapelle, une maison commune, renfermant la fromagerie, dans laquelle on fabrique annuellement 9000 kil.

de fromage , façon Gruyère , et une salle d'étude, fréquentée en hiver par 19 garçons et 10 filles; une place publique, 3 ponts en bois, 9 jolis ponts en pierre , à deux arcades , et 115h 13» de pâtures, bois- taillis , broussailles et bois-sapins, d'un rev.

cad. de Mi fr.

Bois communaux : 65h 30* ; coupe annuelle, lh 96*. On délivre en outre 95 stères de bois- sapins.

Budget : recettes ord., 1918 fr.; dépenses ord., 1218 fr.

NOTICE HISTORIQUE

L'archéologie de Glairvaux et des environs présente un champ fertile aux explorations. On voit encore dans le pay s quelques-uns des monuments celtiques connus sous le nom de menhirs et peulvens. La roche de Gargantua et l'aiguille de Prin- Pela sont de ce nombre. Mille idées absurdes circulent sur ces masses de pierre. Si les superstitions populaires se sont accumulées autour de la pittoresque source du Drouvenant,

c'est que cette fontaine était sacrée et attirait les pèlerins. Le prétendu couvent qui existait sur l'éminence appelée le Molard des Nonnes, n'était probablement autre chose qu'un point de réunion pour les druidesses.

On trouve à la Frasnée quelques vestiges de la civilisation romaine.

M. Grillet y a découvert en 1848, en extrayant du sable , des débris de constructions, des tuileaux à rebords et une petite meule à bras. Néanmoins, le nom de ce village ne commence à figurer dans les litres qu'en 1208.

Seigneurie. La Frasnée dépendait en toute justice de la baronnie de Clairvaux. Le seigneur y possédait, en 1408, une foule, un battoir et une serre. 11 n'y avait, à cette époque , que sept familles , dont quatre étaient censables et trois main-mortables et taillables. Les droits féodaux qui pesaient sur elles étaient considérables. Le four banal était près de la chapelle. Ce village paraît avoir été détruit pendant les guerres du moyen-àge. En remuant le sol des jardins, on rencontre des débris de constructions qui ne remontent pas jusqu'à la période gallo-romaine.

Chapelle. La Frasnée a dépendu de l'église prieurale et paroissiale de Clairvaux, et pendant quelque temps de l'église de Saint-Mauris. Il y avait une chapelle qui existe encore. Elle se compose d'un clocher, d'une nef et d'un sanctuaire rectangulaire.

On y célèbre les offices trois ou quatre fois par an et le jour de Saint- Jean devant Porte-Latine , patron de la commune.

Curiosités naturelles. La source du Drouvenant est d'une remarquable beauté. Les eaux sortent vers le sommet d'une haute montagne coupée à pic , forment plusieurs rameaux et se réunissent pour tomber

en une magnifique cascade. Elles ne tardent pas à mettre en mouvement plusieurs usines. Les barrages créent de nouvelles chutes , qui causent un bruit semblable à un vent impétueux. Près de la source est une grande caverne, qui a été murée pour servir de refuge aux habitants pendant les guerres du xvue siècle.

A peu de distance de la cascade et dans le flanc du rocher, s'ouvre une vaste grotte imitant une bouche ouverte et appelée la Baume. De jeunes bergers découvrirent , en 1810, un squelette avec une épée espagnole à ses côtés. On crut quelque temps que c'était le corps du célèbre partisan Lacuzon. On ne sut que plus tard que ce guerrier était mort en Italie.

Les eaux du Drouvenant ont la propriété de blanchir les toiles sans savon. Cette rivière est très poissonneuse. On y pèche d'excellentes truites.

Frasnols (le), Fraxinus, Frânois, Franoy, vg. de l'arr. de Lonsle Saunier, cant. de Clairvaux, perc.

de Doucier ; succursale , composée du Frasnois, de Narlay et de la Fromagerie; à 17 kil. de Clairvaux et 40 de Lons-le-Saunier. Altitude :

863ra.

Le territoire est traversé par les ch. vie. tirant à Ilay, à Entre-Deux- Monts , à Chevrotaine ; de la Fromagerie à Songeson , à Menetru , à Ilay et à Morillon , et par le ruisseau du Saut-Girard.

Le village est situé sur le second plateau du Mont- Jura. Son horizon est circonscrit de toutes parts par de hautes montagnes. Les maisons sont généralement peu isolées , construites en pierre et couvertes en tavaillons ou bardeaux. Les deux tiers au moins sont élevées d'un

étage au-dessus du rez-de-chaussée.

La commune de la Fromagerie a été réunie à celle du Frasnois, le 18 décembre 1815.

Pop. en 1 790, 286 hab. ; en 1 846, 552; en 1881, 341, dont 172hom.

et 169 fem.; pop. spécif. par kil.

carré, 23 hab.; 81 maisons, savoir :

au Frasnois 48 , à Narlay 9 , à la Fromagerie 18, à la Grange-Martin 2 , à la grange sur les Bornes 2 , au moulin Rosset 1, à la grange Jean- Charles 1 ; 89 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1717. Les jeunes gensémigrent , pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1832 ; surf, territ. 1485b 63*, divisés en 1921 parcelles que possèdent 8 1 propriétaires , dont 42 forains ; surf. imp.

1374b, savoir : 608h en bois, 390 en pâtures , 214 en terres lab., 124 en prés , 20 en friches et murgers, 1 8 en broussailles , 2h 37* en sol de bâtiments, et 2h 19* en jardins, d'un rev. cad. de 3613 fr.; cont.

dir. 1368.

La surface non imp., composée en partie de lacs , est de 81b. Ces lacs sont ceux du Vernois, du Grand et du Pelit-Maclus etd'llay en partie.

Ils sont très poissonneux. On y pèche des brochets, des perches, etc.

Le sol, montagneux et peu fertile, produit du blé, de l'orge, de l'avoine, peu de légumes secs, de betteraves et de lin , des pommes de terre , du chanvre , du foin et des fourrages artificiels. On importe moitié des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes , peu de chevaux et beaucoup de chèvres. On y engraisse des porcs. 50 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.

On Irouve sur le territoire de la tourbe et des sablières peu exploitées , des carrières de belle pierre à bâtir et de taille , d'abondantes et nombreuses carrières de marbres de nuances très variées , mais les défauts que présentent la plupart des blocs , en ont rendu l'exploitation si dispendieuse , qu'on a abandonné ces carrières depuis 1849.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole. Leurs principales ressources consistent dans l'agriculture, le produit des fromageries et l'exploitation des forêts.

Il y a un moulin à farines à deux tournants , avec un battoir à chanvre, deux aubergistes, un maréchalferrant , un cordonnier , et trois chà lets appartenant aux sociétaires, dans lesquels on fabrique annuellement 30,000 kilogr. de fromage , façon Gruyère.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère appuyé contre l'église ; une maison commune attenante au presbytère et construite en 1848; elle a coûté 7,000 fr., et renferme la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 25 garçons et 19 filles ; une fontaine avec abreuvoir et une autre sans abreuvoir, un puits communal, et 719h65* de bois et pâtures , d'un rev. cad. de 990 fr. Le hameau de la Fruitière a 2h 02* de parcours , d'un rev. de 6 fr., et celui de la Fromagerie , 204h 49*, d'un rev.

cad. de 204 fr. 40 c.

Bois communaux : Le Frasnois , 393b 62*, dont 1 ib 88* sont coupés annuellement; la Fromagerie, 66h; coupe annuelle, lb 98*.

Budget : recettes ord. 3125 fr. ; dépenses ord. 2871 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Dans sa dissertation sur le culte des esprits dans la Séquanie, M. D. Monnier signale plusieurs traditions qui se sont conservées au Frasnois. On raconte qu'un village a été englouti à T endroit même où s'est creusé le bassin du lac de Narlay. Une mendiante , probablement une fée , s'étant présentée à toutes les portes et n'ayant pu trouver un asile pour la nuit , si ce n'est sous le toit d'un pauvre vieillard, Dieu, pour la venger, noya le village entier et n'excepta que la maison hospitalière, située à l'extrémité. C'est autour de celte demeure patriarcale que se seraient groupées les familles qui ont successivement formé le second hameau de Narlay. A minuit de Noël , tous les ans, on entend au fond du lac , chanter le coq du village englouti. Une vieille femme , qui fréquente les bords sauvages de ce lac, qui se retire dans une grotte décorée de stalactites, près de la grange Bataillard , dont nul ne sait le nom, mais dont on dit des choses incroyables , a donné aux eaux du lac la propriété de blanchir le linge sans lessive et sans savon. Les monts majestueux qui dominent les lacs du Frasnois , de Maclus , de Narlay, de Bonlieu, ont aussi leur esprit. C'est un magnifique seigneur, botté , armé, casqué, traversant les airs sur un cheval blanc. On le voit quelquefois s'abattre dans la plaine sans la toucher et repartir comme un éclair.

D'autres fois , c'est le cheval qu'on aperçoit, attaché parla bride au haut de la roche escarpée, tout en dehors, attendant que son maître vienne l'enjamber pour recommencer ses courses aériennes. La combe aux Folle te,au hameau de la Fromagerie, a aussi ses traditions , non moins

singulières que les précédentes.

Toutes ces croyances nous rappellent le génie des descendants de cette race de Kimris ou de Celtes, qui, des plateaux de l'Himalaya et du Tbibet, se frayèrent, les armes à la main , une route nouvelle à travers l'Europe, et se répandirent dans les Gaules. La fondation du prieuré d'Ilay, au vi* siècle, par des disciples de saint Romain et de saint Lupicin , attira de nouveaux colons dans celte contrée et donna lieu à de nombreux défrichements. En 1189, Roger II, sire de Monnet , confirma à l'abbaye de Balerne , la possession du lac de Narlay. En 1223, une partie du territoire du Frasnois fut accensée aux habitants de ce lieu , conjointement par le prieur de Saint-Vincent de la Motte d'Uay, par l'abbé de Balerne et par les seigneurs de l'Aigle et de Cbâtelneuf. Jean de Chalon, sire d'Arlay, et frère Guillaume, abbé de Balerne, firent un abergement de tout le territoire compris entre llay et Narlay , aux habitants qui s'y trouvaient déjà et à ceux qui pourraient y survenir , en les mettant à la coutume des Escratonois. Cette charte est datée à Monnet du lendemain de la Saint -André. Elle ne peut être antérieure à 1298, ni postérieure à 1297. Béatrix de Viennois , veuve de Hugues de Chalon- Arlay Ier, au nom de ses enfants, et Jean , abbé de Balerne , confirmèrent la concession précédente, au mois de novembre 1325. Agnès (de Fouvens), veuve de Gaucher I" de Commërcy, avait abergé les territoires des Escrotcnois (Chaux-des- Crotenay) et d'Entre-Deux-Monts, à charge par les censitaires de lui payer chaque année un cens de 5 sols par meix. Gaucher III de Commërcy, et Marguerite son épouse , approuvèrent cette concession par

une charte du mois de septembre 1295, en déclarant, 1° que chaque habitant pourrait vendre à un autre sa maison ou sa terre, en payant les lods; 2° qu'ils n'auraient aucun droit sur les successions de leurs sujets de ces deux villages, qui mourraient sans héritiers , au préjudice des parents les plus proches; 5° qu'ils renonçaient à la main-morte et à toutes exactions; 4° qu'un habitant pourrait quitter son meix librement pour aller demeurer ailleurs, et que dans ce cas le seigneur devrait l'accompagner pendant un jour et une nuit ; 5° et enfin que les sujets seraient tenus de leur payer une aide en cas de nouvelle chevalerie, de voyage d'outre-mer , de mariage d'une fille ou d'achat de terre en valeur de plus de 200 livres. Cette charte d'affranchissement , applicable aux villages de la Chaux-des-Crotenay et d'Entre-Deux-Monts, servait de règle pour celui du Frasnois, d'après la déclaration des seigneurs de Chàtelneuf , dont ce lieu dépendait en toute justice. Les populations étaient singulièrement disposées à se fixer sur un sol libre. Aussi, il y avait déjà, en 1586 , 28 maisons au Frasnois, 10 à la Fromagerie et 6 à Narlay.

Eglise. Le Frasnois dépendit de la paroisse de Loulle jusqu'au moment où l'église de Chàtelneuf fut érigée en succursale (1694). Le 15 mars 1596, Hugues Mouillard du Frasnois, fils d'Etienne Mouillard et d'Antoinette de la Chambre , légua au curé de Loulle , sa maison et sa grange du Vernois , à condition que cet ecclésiastique érigerait au Frasnois, «ne chapelle en l'honneur de saint Claude et de saint Roch ; qu'il y célébrerait la messe tous les dimanches et jours de fêtes; que celte chapelle aurait un cimetière et

les mêmes caractères que les églises de Loulle et de Chàtelneuf.

Cette chapelle fut érigée en cure en 1716 avec Narlay pour annexe; la communauté de la Fromagerie fut unie à cette nouvelle paroisse en 1758. L'édifice actuel est orienté et se compose d'un porche, sur lequel s'élève le clocher, d'une nef, d'un chœnr, d'un sanctuaire et d'une sa* cristie. Le clocher date de 1762 , et est couronné par une toiture quadrangulaire. Le sanctuaire , de for»

me rectangulaire et voûté à arêtes , date de 1789. M. Monnier a remarqué dans cette église , des tableaux en relief, dorés et peints, qui représentent les principales circonstances de la vie de la sainte Vierge, et d'autres tableaux sur bois détachés d'un plus grand, qui retracent le souvenir de la Nativité du Sauveur et de l'Adoration des Mages, et enfin diverses sculptures d'une belle exécution.

Les femmes y sont corsées comme les vierges de Raphaël. Cet archéologue pense que ces riches objets d'art proviennent du monastère de Romain-Moutier.

Frtbuans . Freboens, Frebuansy vg. de l'arr., cant. et bur. de poste de Lons- le -Saunier, percept. de Montmorot; paroisse de Chilly ; à 1 kil. de Chilly et 7 de Lons-le-Saunier,

Altitude : 239m.

Le territoire est limité au nord par Courlaoux et Chilly ; au sud par Trénal et Beyne ; à l'est par Gevingey, et à l'ouest par Nilly et Trénal. Saint-Georges fait partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 50, de Lons-le-Saunier à Louhans; par les chemins vicinaux tirant à Gevingey , à Courlaoux , à Trénal , à Nilly; de Trénal à Chilly, de Saint-Georges à Beyne ; par le

Digitiz

ruisseau de la fontaine Saint-Georges, qui y prend sa source; parla rivière de Sorne , par le canal du moulin de Killy et celui du moulin de Frébuans. Le ruisseau des prés de Jean de Laut, sépare le territoire de Frébuans de celui de Gevingey, sur une longueur de 300™*.

Le village est situé à peu de distance de la chaîne du vignoble du Jura, dans la vallée de la Sorne, entre la rive gauche de cette rivière et la route impériale de Lyon à Strasbourg. Les maisons sont groupées sur le revers occidental d'une éminence, construites en pierre et couvertes en tuiles ou en chaume.

Frébuans a été réuni à Chilly, le 25 septembre 1822, et en a été distrait le 5 août 1839.

Populat. en 1790, de Frébuans, 244 hab. ; de Saint-Georges , 36 ; pop. réunie en 1 8 'i 6 , 336; en 1851, 347 hab.; 102 maisons, savoir ; 91 à Frébuans et 11 à Saint- Georges ; 99 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1810; surf, territ. , 265h 33a, divisés en 1023 parcelles que possèdent 241 propriétaires , dont 1 53 forains ; surf, imp., 257h 04*, savoir: 155hen terres lab., 35 en vignes, 33 en prés , 26 en friches, 2h 65* en vergers, 2h 53* en sol de bâtiments , 2h 22* en jardins, 88* en bois, d'un rev. cad. de 17,608 fr.; cont. dir.

en princip., 2478 fr.

Le sol , d'une fertilité moyenne et légèrement accidenté, produit du blé, peu de seigle, de l'orge, de l'avoine , du mats , du sarrasin , des légumes secs , de la navette , des betteraves , peu de carottes fourragères , des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de fruits, des

vins rouges et blancs, du foin et des fourrages artificiels.

Le produit des céréales et du vin suffit à la consommation des habitants. Le revenu réel des propriétés est de 4 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune quelques chevaux , des bêtes à cornes , quelques moutons et on y engraisse des porcs. 30 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.

On trouve sur le territoire des sablières et des carrières de mauvaise pierre, non exploitées.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-le- Saunier. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture.

Il y a un cbàlet , dans lequel on fabrique annuellement 9000 kil. de fromage, façon Gruyère, et un beau moulin à quatre tournants , avec huilerie et battoir à blé, appartenant à M. Victor Clavez.

Biens communaux : une chapelle et un cimetière à l'entour; une maison commune , construite en 1845 ; elle a coûté 8000 fr. et renferme la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 28 garçons et 25 filles ; deux puits communaux ; une place publique , deux ponts en pierre et un autre avec tablier en bois; enfin, 21h 43* de friches et terres, d'un rev. cad. de 265 fr.; le hameau de Saint-Georges al* 90* de friches, d'un rev. de 22 fr. 86 c.

Bois communaux : 20h 86*, non exploitables.

Budget : recettes ord. 1937 fr. ; dépenses ord. 1882 fr.

NOTICE HISTOfUQCB.

Frébuans parait avoir été bâti sur l'emplacement ou les ruines de quelque villa romaine qui dominait la rive gauche de la Sooie, Des lui-

leaux à rebords et d'autres débris de constructions , arrachés en 1854 à l'ancien sol , dans la contrée dite au Grand-Prost , nous font pressentir vaguement cette première page de son histoire; la tradition seule nous raconte la fondation de son église de Saint Georges, et de son prieuré de Saint-Vincent , et puis il faut passer d'un bond au xue siècle, où le terrain historique s'affermit sous nos pas et ne manque plus. A la Pérouse était un ancien chemin partant de Lons-le-Saunier, et traversant Chilly, Frébuans et Trénal , où il aboutissait sur une route qui se dirigeait sur Louhans. Saint- Georges a la prétention d'avoir été un des premiers postes occupés dans la province par la propagande chrétienne. Ce village regarde son église comme contemporaine de celles de Saint-Etienne de Coldres, de Chàtel et de Besançon ; mais nous pensons que sa construction est postérieure à l'établissement des Bourguignons dans notre pays, et qu'elle ne remonte qu'au vie siècle. Un monastère de bénédictins s'était formé non loin de cette église, dans le lieu dit à la cour Saint -Vincent. Les religieux qui l'habitaient, imitant l'exemple de ceux des abbayes de Saint-Vincent d'Àrlay et de Saint- Maurice de Coldres, se retirèrent à Baume , leur chef d'ordre, du xa au xie siècle. Le premier litre connu qui mentionne l'église Sa in t- Georges , est la bulle, par laquelle le pape Clément III en confirma la possession, en i 190, à l'abbaye de Baume.

Seigneurie de Frébuans. 11 ne paraît pas que ce village ail eu , avant le xive siècle , d'autres seigneurs directs que ceux du château de Pymont. Louis de Chalon , sire d'Argiiel et de Cuiseaux, marié en 1560 à Marguerite de Vienne, trouvant

plus commode de donner des domaines à ses serviteurs , que de payer leurs services en argent, inféoda Frébuans à Claude de Baume, d'Arlay, l'un de ses écuyers. Ce dernier le vendit à Pierre Simon , de Lons-le-Saunier, écuyer. Par un acte du 9 avril 1455 , Jean , fils de Pierre Simon , céda ce fief, à titre d'échange, à Guillaume de Vaudrey, seigneur de Courlaoux et du Pin.

Dès ce moment, Frébuans fut uni à la terre de Courlaoux , à l'exception de quelques meix qui étaient censables envers les seigneurs de Chilly, de Gevingey et les possesseurs de la chevance dite de Beaurepaire.

Château. Dans la contrée dite au Chazal ou au FieuxChâtel, s'élevait une maison-forte, qu'habitèrent quelquefois les seigneurs particuliers de Frébuans. Détruite pendant les guerres du xyii® siècle, il n'en reste plus, de vestiges.

Seigneurie de Saint-Georges. Guy de Vienne, sire de Pymont, donna, en 1402, le village de Saint-Georges à l'abbaye du Miroir. Cependant, Etienne de Saint-Georges se qualifiait de seigneur de ce lieu en 1409, et Guillaume Brelin, seigneur de Rochelle , prenait la même qualité en 1545. Plus tard, celte terre fut possédée par une branche de la famille Pelissonnier, d'Arlay , qui habitait Lons-le-Saunier. Une demoiselle de cette maison la porta en dot à M. Jao quemet. M. l'abbé Boquet de Courbouzon acquit ce fief en 1784.

Eglise de Saint - Georges - des - Champs. De vieilles traditions populaires entourent le berceau de cette église, et ne permettent pas de douter de son antiquité. Elle servait de paroisse dans l'origine à un grand nombre de villages. L'abbéde Baume en céda le patronage en 1 4 1 9, au cel lerier de son monastère, en échange

contre celui de l'église de Blellerans.

Une chapelle, érigée au xve siècle à Chilly, lui enleva une partie de son importance. Un presbytère fut bâti dans ce dernier lieu, et le curé y fixa sa résidence. Ruinée par les guerres du xvue siècle, l'église de Saint- Georges perdit peu à peu ses caractères d'église- mère. On continua seulement d'y célébrer une messe basse chaque dimanche et les jours de fête. Dans la nuit du 11 au 12 nivôse an xi (1er janvier 1803), quelques jeunes gens de Chilly s'y introduisirent furtivement et en enlevèrent la cloche, ainsi que le buste de saint Georges. Celte soustraction fut à peine connue, que les habitants de Prébuans et de Saint-Georges s'ameutèrent et se disposaient à marcher sur Chilly, pour exercer des actes de vengeance. L'autorité supérieure intervint assez tôt pour empêcher une rixe imminente. Cette chapelle est située au sommet d'une eminence naturelle , dans une position très agréable. Elle est orientée et se compose d'une nef, d'une chapelle à droite, d'un chœur et d'un sanctuaire rectangulaire. L'intérieur est voûté en ogive. La voùle est très élevée et de belles proportions. Ses arcs - doubleaux se prolongent en forme de pilastres jusqu'au sol. Le chœur et le sanctuaire sont du style ogival secondaire usité au xiv6 siècle.

Ils sont bordés de bancs en pierre, engagés dans la muraille. Au-dessus des combles, s'élève une arcature, dans laquelle la cloche est suspendue. On remarque dans cette chapelle, deux belles fenêtres ogivales géminées et trilobées , de jolies statuettes en marbre blanc, dont l'une représente sainte Catherine, et des armoiries peintes dans la chapelle.

Le pavé est formé de tombes , dont plusieurs, très anciennes, sont ornées d'ecussons.

Prieuré de Saint-Vincent. Aucun titre ne mentionne ce monastère. On sail seulement que le curé de Saint- Georges devait quatre quartauts de blé annuellement à l'abbé de Baume et deux livres de cire au sacristain de ce monastère, indépendamment de dix florins pour droit de patronage, et qu'il y avait au milieu du clos de la cour Saint-Vincent, une chapelle très ancienne, dédiée à saint Vincent, dans laquelle les habitants de Frébuans avaient fondé plusieurs services solennels. Il est très probable que lorsque les religieux de ce prieuré se retirèrent à Baume , les biens qui formaient leur dotation furent unis à la mense de l'abbaye chef d'ordre et cédés au curé de Saint-Georges, moyennant certaines redevances.

Evénements divers. Placés à la limite du duché de Bourgogne, à proximité des châteaux de Courlaoux , de Chilly, de Savigny-en-Revermont, de Saint-Laurent-la-Roche, Frébuans et Saint-Georges ont du, souffrir de tontes les invasions dont notre province fut le théâtre. On peut affirmer que ces villages ont été dévastés trois ou quatre fois par les Français. En 1789 , une inondalion extraordinaire menaça d'engloutir toutes les maisons de Saint- Georges.

Biographie. Ce village est la par trie de Jean-Etienne-Désiré Thouverey, avocat en parlement, né le 31 mai lCoôetmort le 31 mai 1754.

Ce vieillard présentait un bel exemple de longévité. Son fils , M. Jean- Pierre-Désiré Theuverey, contrôleur principal des contributions directes, en retraite, possède dans sa jolie maison de Saint-Georges, un poiv trait original du célèbre capitaine Lacuzon , qui provient du château, de Beync.

Bibliographie, Annuaire du Jura, année 1841 . — Archives de la préfecture du Jura.

FroldeoFontaine , Froidefontaine, vg. de Parr. de Poligny, cant.

et bur. de poste de Nozeroy, perc.

et paroisse de Mignovillard ; à 1 kil. de Mignovillard, 6 de Nozeroy, 40 de Poligny, 40 d'Arbois et 86 de Lons-le-Saunier. Altitude : 895°*.

Le territoire est limité au nord par Communautés et Mignovillard ; au sud par Essavilly , la Latelte , Cerniébaud et les Pontets (Doubs) ; à l'est par Mignovillard, et à l'ouest par Essavilly. Le Sillet , Bonnet , la grange Blondel et la grange Oudet font partie de la commune.

Il est traversé par le ch. de gr.

com. n° 38 , de Nozeroy à Bonnevaud ; par les ch. vicin. tirant à Miguovillard et Nozeroy, à la La te! te, à Molpré, à Boucberans, au Sillet ; de Cerniébaud à Mignovillard, et par le bief des Deux-Fontaines.

Le village est situé dans le val de Mièges, sur une légère éminencedu second plateau des Monts-Jura. Les maisons sont peu isolées, échelonnées sur les bords du chemin vicinal de Nozeroy à Mignovillard, construites en belles pierres de taille et couvertes en bardeaux ou ancellcs.

Les faces formant pignons présentent un étage au-dessus du rez-dechaussée; les autres faces n'indiquent qu'un étage très bas , sur lequel s'avance en saillie, de plusieurs mètres , la toiture, qui forme ainsi une espèce de porche. Les habitations sont tenues dans un parfa it état de propreté.

La commune de Bonnet a été réunie à celle de Froide-Fontaine , le 5 décembre 1813.

Pop. en 1790, de Froide-Fontaine seulement, 320 hab. ; en 1846,

436 ; en 1881, 372, dont 191 hom.

et 181 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré , 30 hab.; 55 maisons, savoir :

à Froide-Fontaine 39, au hameau de Sillet 9 , à celui de Bonnet 8 , à la grange chez Oudet 1, à la ferme de Blondel , 1 ; 80 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1795. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1813 : surf, territ. 1236h 38», divisés en 1220 imp. 121 7h, savoir: 847h en pâtures, 472 en terres lab., 123 en boistaillis^, 68 en prés , 4 en friches , et le surplus en sol de bâtiments et jardins, d'unrev. cad, de 19,824 fr.; cont. dir. enpricip, 2816 fr.

Le sol, montagneux et d'une fertilité ordinaire, produit du blé, beaucoup d'orge, de l'avoine, du méteil , peu de légumes secs , des betteraves , des pommes de terre , du chanvre , peu de lin , beaucoup de foin , peu de fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 5 fr. 80 c. pour cent.

On élève dans la commune des.

bêtes à cornes, quelques chevaux et des chèvres. On y engraisse quel-, ques porcs. 80 ruches d'abeilles.

Les habitants fréquentent habU tuellcment les marchés de Champagnole , Saint-Laurent et Morez. Leur principale ressource consiste dana l'agriculture et le produit des fromages.

On trouve sur le territoire , de la marne , non utilisée , de la tourbe , dont l'exploitation a été abandonnée, des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille , de bonne qua^ lité.

Il y a deux fromageries, dans lesquelles on fabrique annuellement 30,000 kilog. de fromage, façon Gruyère.

Les patentables sont : un épicier, un marchand mercier, un voilurier, un aubergiste et un menuisier.

Biens communaux : une chapelle , un cimetière abandonné ; deux fontaines , et 370b 38* de friches, pâtures et terres lab., d'un rev. cad. de 2249 fr. L'instituteur et l'école , fréquentée en hiver par 28 garçons et 15 filles, occupent un logement loué par la commune.

Budget : recettes ord. 2706 fr. ; dép. ord. 2263 fr.

Bureau de bienfaisance. Revenu , 190 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Froide-Fontaine est un des nombreux villages du val de Mièges qui durent leurs principaux développements aux concessions de droits d'usages dans les forêts de la Haute- Joux , consentis par Hugues de Chalon , seigneur de Nozeroy, en 1372.

On trouvera son histoire à l'article Mièges.

Eglise. Ce village, successivement membre de la paroisse de Mièges , puis de celle de Mignovillard , avait une chapelle, qui fut érigée en succursale au xvne siècle. Celte chapelle, dédiée à saint Jacques , apôtre , est orientée et se compose d'un clocher, reconstruit en 1780, d'une nef, d'un sanctuaire de forme octogonale, et d'une sacristie. L'intérieur est plafonné. On remarque contre les murs de la nef, des statuettes en pierre, recouvertes de diverses couleurs. Elles sont parfaitement exécutées. 11 y a aussi deux fragments de sculptures, dont on ne connaît pas l'origine. Devant l'église est une belle croix en pierre , de style ogival

tertiaire , qui remonte au commencement du xvie siècle. Contre le fût de sa colonne , sont sculptés en relief les apôtres , et contre les croisillons , le Christ et d'autres personnages. On rencontre rarement des croix aussi belles.

Prieuré. Il existait dans le diocèse de Besançon en un lieu appelé Froide - Fontaine , un prieure de l'ordre de Cluny, relevant immédiatement du Saint-Siège , et dont Jean Dupin était prieur en 1*86. S'agilil du village de Froide-Fontaine dans le val de Mièges ? Nous ne pouvons l'affirmer. Il existe près de l'église un climat appelé Clos de Vhôpital.

Cette indication ne suffit pas pour fixer notre opinion.

Biographie. Ce village est la patrie de : Xavier JottcJerc (1780- 1851), colonel en retraite et officier de la Légion-d'Honneur ; du capitaine décoré Benetruy (1 792-1 8!»4), et d'Amable Ardiet , né en 1809, capitaine en activité de service et chevalier de la Légion-d'Honneur.

11 a aussi fourni un grand nombre d'ecclésiastiques.

Froide ville, vg. de Parr. de Dole , cant. et distrib. de poste de Chaumergy, percept. de Commenailtes , paroisse de Vincent ; à 3 kil. de Vincent , 4 de Chaumergy , 57 de Dole et 22 de Lons-le-Saunier.

Altitude: 2 18m.

Le territoire est limité au nord par la Chaux et Bois-de-Gand ; au sud par Vincent ; à l'est par Boisde-Gand, Recanoz et Lombard; à l'ouest par Commenailles et Vincent.

Les Charbonnières et le Moulin font partie de la commune.

11 est traversé par les ch. vicinaux tirant à Recanoz, à Vincent, à la Chaux , à Commenailles , et par le bief du Petit-Etang ; le bief de PE*

f ang-du-Prince le sépare de la Chaux sur une grande longueur , et le ruisseau de Commenailles le sépare de ce dernier Heu.

Le village est situé en plaine , et en quelque sorte perdu au milieu des forêts. Les maisons sont groupées , construites en terre , briques cuites ou crues et pans de bois , et couvertes en chaume.

Pop. en 1 790, 1 88 hab.; en 1 846, 155; en 1851 , 148 , dont 69 hom.

et 79 fem.; pop. spécif. par kil.

carré, 49 hab.; 29 maisons, savoir : au Village 23 , aux Charbonnières 5 , et au Moulin 1 ; 55 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1793. Les habitants émigrent, pour s'établir dans les villages voisins.

Cadastre exécuté en 1830; surf, territ. 297h 11», divisés en 427 parcelles que possèdent 94 propriétaires, dont 44 forains ; surf, imp., 292h 71*, savoir : 99h en terres lab. , 76 en bois , 68 en étangs, 46 en prés, et le surplus en jardins, vergers , parcours , broussailles et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 10,020 fr.jconlrib. dir. en princip.

992 fr.

Le sol , légèrement ondulé , marécageux et peu fertile , produit du blé, du seigle, peu d'avoine, du maïs, beaucoup de sarrasin, des légumes secs, de la navette, des pommes de terre, du chanvre , beaucoup de fruits , peu de foin et des fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 5 pour cent.

L'étang du Prince, le Petit-Etang et Pétang de la Brue , occupent presque le tiers de la surface du territoire.

On élève dans la commune des

bétes à cornes, beaucoup de cochons et des volailles. On y engraisse des porcs et des bœufs. 20 ruches d'abeilles. L'agriculture y est très négligée et n'y fait nul progrès.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Bletteranset deSellières. Leur unique ressource consiste dans l'agriculture.

On trouve sur le territoire des filons de lignites.

Il y a un moulin à farines a trois tournants et un taillandier. Il y avait un ancien moulin sur la chaussée de l'étang du Prince , mais il a été démoli en 1811.

Biens communaux ; une maison commune insuffisante, renfermant une chambre pour le logement de l'instituteur et une salle d'étude, fréquentée en hiver par 18 garçons et 14 filles ; une croix en pierre sur une éminence, au centre du village, formant un calvaire; un puits communal, une grande place publique et 73h 59» de bois, pâtures et mares, d'un rev. cad. de 2007 fr.

Bois communaux : 71h 53»; coupe annuelle, lb 44*.

dépenses ord. 1271 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Froideville est ensevelie dans les marais du bassin de la Braine.

L'existence de ses habitants se passe sous de mauvaises cabanes , entourées de forêts humides. La population, décimée par les fièvres, se distingue par une apathie insurmontable. On reconnaît à Test du village, au milieu de l'étang du Prince , les traces d'une voie pavée partant d'Arlay et se dirigeant sur Chaumergy.

Des habitations se seraient probablement groupées sur les bords de cet antique chemin, si la nature n'avait pas refusé tous ses dons à cette

triste localité. Froideville n'a toujours été qu'une obscure dépendance de la baronnie d'Arlay, chargée spécialement de pourvoir à la nourriture des meutes des princes de Chalon.

Placée à proximité du duché de Bourgogne et du château de Bellevesvre, son territoire fut souvent ravagé par la guerre. Le bois qui l'environne est appelé le Bois des Batailles. En 1606, il ne restait que quatre ménages dans cette communauté. En 1680, elle était complètement déserte. Pendant le cours du xvme siècle, les seigneurs d'Arlay attirèrent quelques colons par l'appât de terrains à défricher, moyennant un cens presque nul. Les terres mises en culture prirent le nom de Grands-Essarts , d'Essarts-Bady et d'Essarts-Cabot.

Biographie. Ce Village est la patrie de Jean-François Chaffin, nommé plusieurs fois électeur par les cantons de Sellières et de Chaumergy, en 1790 et 1791 , député suppléant à l'assemblée constituante, administrateur du directoire du département en 1790, et président du conseil du district de Poligny, Son lils a été un avocat distingué.

Fromagerie (la), commune réunie à celle du Frasnois, le 18 décembre 1815.

FrontenuT, vg. de Parr. de Lonsle-Saunier, cant., bur. de poste et percept. de Voiteur ; succursale ; à 5 kil. de Voiteur et 16 de Lons-lc- Saunier,

Altilude : au Château, 424m; au Viscney, 324m; à Vaux; 372m.

Le territoire, six fois plus long que large , est limité au nord par Montchauvier, section de Mantry, Saint - Lamain , Passenans, Saint- Lotliein , Miéry, Plasne et le Ficd ;

au sud par la Seille sur une petite longueur, Domblans, Menetru, Chàteau-Chalon et la Doye ; à l'est par Miéry, Plasne et le Fied, et à l'ouest par Bréry. Les Toupes , l'Ecouvete, la Grange-Neuve , la Grange-Lamy, Vaux, le Viseney et la Ville font partie de la commune.

Il est traversé par le ch. de gr.

com. n° 43, de Sellières à Cbampagnole; par les ch. vie. tirant à Domblans, au Fied, à Montchauvier, à Menetru, à Bréry, au Gué-Farou, à Saint-Germain , à la Muire ; par les ruisseaux de Saint- Vincent et de la Courtille, qui y prennent leurs sources.

Les maisons du village sont disposées par groupes, généralement composées d'un étage au-dessus du rez- de - chaussée , construites en pierre et couvertes en tuiles. Les plus belles habitations sont le château, les maisons de MM. Paraud, père et fils, et de M. Simonin.

Pop. en 1790, 490 bab. ; en 1846, 558; en 1851, 570, dont 276 nom. et 294 fem.; pop. spécif, par kil. carré, 72 hab.; 97 maisons; 147 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1642. Les jeunes gens émigrent peu.

Cadastre exécuté en 1825 : surf, territ., 81 lh 96* , divisés en 1560 parcelles que possèdent 226 propriétaires, dont 115 forains ; surf, imp., 795h, savoir: 349hen forêts, 257 en terres lab., 101 en vignes, 58 en prés, 12 en parcours , 7 en friches et broussailles , 9 en sol de bâtiments , jardins et vergers , d'un rev. cad. de 9916 fr.; contrib. dir.

en princ. 3443 fr.

Le sol, montagneux et d'une fertilité ordinaire, produit du blé , du seigle , de l'orge , de l'avoine , du maïs , des légumes secs , de la na-

vclle, des betteraves , des pommes de terre, du chanvre, des fruits, de bons vins rouges , du vin blanc, des foins et des fourrages artificiels.

Les vins dits de paille de Frontenay, sont d'une excellente qualité»

On importe le tiers des céréales et on exporte les trois quarts des vins.

Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune quelques chevaux , des moutons et des bêtes à cornes. On y engraisse des porcs et des bœufs. 20 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès. Les habitants fréquentent les marchés de Sellières , de Lonsle-Saunier et de Poligny.

On trouve sur le territoire de la marne, employée pour l'amendement des terres , des sablières et des carrières de mauvaise pierre à bâtir.

Il y a un moulin à farines à trois tournants.

Les patentables sont : un boucher, un mercier et un débitant de liqueurs.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère , un oratoire , une chapelle à l'extrémité de la promenade , une maison commune, donnée en 1850, par Auguste Prost , de Fronlenay ; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude des garçons, fréquentée en hiver par KO élèves, le logement de l'institutrice, la salle d'étude des filles, fréquentée en hiver par 45 élèves ; une fruitière, dans laquelle on fabrique annuellement 9000 kil. de fromage , façon Gruyère; un puits communal, une fontaine avec abreuvoir, deux bornes-fontaines ; une pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 26 pompiers, et 62h 87* de bois, pâtures, murgers et terres, d'un rev. cad. de 405 fr.

Bois communaux : 59u ih* ; coupe annuelle, ih 75*.

Budget: rec. ord. 2943 fr.; dép.

ord. 2756 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Du sommet de la colline sur laquelle sont situés le château et l'église de Fronlenay, la perspective est admirable. Des vignes, élagées sur les flancs de la montagne, la revêtent d'une riche végétation ; au bas , s'étend le village , divisé par quartiers ; plus loin, la plaine, semblable à une mer parsemée d'Iles , dont les côtes de Bourgogne formeraient le rivage ; du côté opposé, se montrent de verts coteaux couronnés de futaies. Un gracieux vallon , au fond duquel murmurent la source et le ruisseau de Saint- Vincent, se ferme en demi -cercle à côté du château et embellit le paysage.

Il ne reste sur l'existence gauloise de Fronlenay, désigné en latin sous le nom de Frontiniacum , Frontoniacum, Fronteniacum, que des souvenirs incomplets et fugitifs, mais l'époque gallo-romaine y a laissé de profondes empreintes. Près d'un bois, appelé le Bois de Nat> on voit les ruines d'un lieu assez considérable, qui était situé sur l'éminence de Mont-Bélard. On y a découvert en 1759, un grand nombre de sépultures , de sarcophages et d'urnes funéraires. La contrée sur laquelle on les a trouvés , regarde l'orient; les corps étaient tous tournés suivant l'aspect de cette colline. Au pied du côtean , passait une voie romaine élevée en chaussée et pavée, appelée le Chemin des Allemands ou le Chemin de la Poste; elle partait du Gué-Farou, et se bifurquait à Passenans. Au bord de cette route, s'élevait un temple païen, dans le lieu dit en Saint-Martin , près

(F un bois rapproché du château de la Sauge. On en reconnaît ençore les vestiges. On a trouvé sur son emplacement des tuileaux à rebords et d'autres débris. Quelques tombeaux ont été recueillis près de ce sacellutn et aux Muriets ou aux Muriots. Le hameau de l'Ecouvete, à l'est de Frontenay, occupe la place d'une bourgade qui devait aussi avoir de l'importance dans l'antiquité, à en juger par les restes de constructions qu'on rencontre sur une grande surface, notamment aux Chambreltes. Le château de Frontenay, que nous croyons avoir été bâti à l'époque romaine, apparaît dès les premiers temps de notre histoire. C'était un de ces châteaux ou palais, comme celui de Blandans, qui faisaient partie du domaine souverain. Un prieuré existait déjà au pied de cette forteresse, avant l'an 1109. La position qu'il occupait prouve évidemment que le château a précédé le monastère.

Seigneurie^ seigneurie de Frontenay , qualifiée successivement de * comté, de vicomté, et depuis 1748, de marquisat , était une magnifique terre enclavée entre celles de Poligny, de Sellières, de Toulouse, de Bréry, du val de Voiteur, et relevant dès le xme siècle du château d'Arlay.

Une infinité de fiefs se partageaient le territoire et relevaient du château principal, auquel ils se réunirent insensiblement. Dès le xvie siècle, les seigneurs de Frontenay eurent la justice haute, moyenne et basse sur toute la communauté , les amendes, la police , les épaves , les droits de lods et de retenue, la commise, l'impôt des quatre cas , la banalité des fours et des moulins. Les sujets, affranchis de la main-morte , n'en étaient pas moins soumis à de nombreuses corvées d'hommes et de

charrue. Us devaient réparer le château, y faire le guet et garde, et s'y retirer avec leurs meubles et leurs , en cas d'imminent péril.

Les possesseurs de trois meix voisins de la maison-forte, devaient accompagner le seigneur, à cheval , le fusil en bandoulière, dans toutes ses courses et expéditions, et lui servir continuellement d'escorte.

Des amendes de 60 sols, somme considérable pour le temps, étaient prononcées pour des délits souvent minimes. Une haie non coupée , un chemin non réparé, au jour prescrit, des jeux , des danses organisées la veille, le jour ou le lendemain de la féte patronale, donnaient lieu au maximum de la peine. Il y avait un carcan devant le four banal, au Quartier de la ville, et un signe patibulaire aux Fourches , pour la punition et l'exécution des coupables. Le seigneur instituait un tabellion général, pour recevoir tous les actes qui se passaient dans sa terre , un bailli , un prévôt , un procureur d'office , un scribe et plusieurs sergents , pour l'exercice de la justice. De nombreux forestiers et messiers étaient chargés de la conservation des forêts et des récoltes. Les habitants ne possédaient aucuns terrains communaux. Une contrée, dite le Meix commun, près du quartier de Viseney, et un autre, appelé les Tachières, a l'Ecouvete, étaient cultivés suivant un usage tout particuculier. La jouissance en était annuelle. Celui qui mettait le premier la charrue dans un champ, récoltait tout ce qu'il pouvait y ensemencer, à charge de donner la dixième gerbe au seigneur et de payer la dime au prieur, ainsi qu'au curé. Cette coutume se pratiquait aussi à Baume , à la seule différence , que dans ce | dernier lieu , il suffisait de planter

quatre croix aux angles du lorrain qu'on voulait mettre en culture, en présence de deux témoins , pour jouir pendant une année de l'espace compris entre ces bornes fragiles.

Seigneurs. La terre de Frontenay parait avoir servi d'apanage à un fils cadet ou plutôt à un fils naturel d'un de nos comtes souverains. Il est fait mention de Frédéric, comte de Frontenay , dans une charte d'Anseric, archevêque de Besançon, en faveur de l'abbaye de Faverney, datée de l'an 1 132. Il y est nommé, parmi les témoins, immédiatement après Rainaud III , comte de Bourgogne. La vicomté de Besançon ayant été inféodée aux descendants du comte Frédéric, ces derniers ne portèrent plus que le titre de vicomtes. Humbert , chevalier, fils de Lambert, vicomte de Frontenay, après avoir longtemps inquiété les moines de Rosières, leur abandonna, en 1188, ses droits sur une vigne située à Grozon. Renaud de Frontenay se qualifiait, en i 193 , de vicomte de Besançon. Le château de Frontenay étant jurable et vendable à toute réquisition aux comtes de Bourgogne , les princes de la maison de Chalon , issus des comtes souverains, profitèrent de celle réserve pour en devenir propriétaires. On vit alors les sires de Frontenay déchoir de leur rang, en même temps que les sires de Dramelay, de Binand, de Monnet , etc. , ne conservant plus que des fiefs en moyenne justice à Frontenay, à Polignj, à Dramelay. Cette famille s'éteignit au xve siècle, par le mariage de Pierrette de Frontenay avec Pierre de Grandval. Jean de Frontenay, chevalier, était bailli en 1308 et 1309, de Mahaut d'Artois , veuve du comte Otton , dans son douaire de Bourgogne. Hugues de Chalon-Arlay II

donna Frontenay à Blanche de Genève , son épouse , en paiement de se* droits dolaux , réservant toutefois à ses héritiers le droit perpétuel de racheter cette terre, en remboursant 4000 florins. Après la mort de son mari, arrivée en 1388, celte dame fixa son séjour habituel au château de Frontenay. Elle institua, avant de mourir, pour son héritière universelle , Mahaut de Savoie , sa nièce, épouse de Rupert, duc de Bavière. Louis de Chalon-Arlay III, voulant récompenser Gauthier de Fallerans, son écuyer, qu'il avait nommé gouverneur d'Orange en iUh# , lui donna Tannée suivante le droit de réachat sur la terre de Frontenay, dans laquelle il possédait déjà un fief. Ce gentilhomme remboursa au prince Rupert les 4000 florins convenus, et devint ainsi seigneur haut justicier et propriétaire du château principal. Guillemette , petite-fille de Gauthier de Fallerans, épousa Henri de Visemal, chevalier, et lui porta en dot la seigneurie de Frontenay avec le fief ancien de sa famille. Henri de Visemal avait déjà, du chef de ses ancêtres, le fief de Viseney ou Visemal , dont sa famille portait le nom. Malgré l'opion de Chevalier, qui regarde le nom de Visemal comme un sobriquet n'ayant rapport à aucun fief, il est certain que le quartier de Frotenay appelé Viseney, est désigné dans d'anciens titres sous le nom de Visemeau, Viseneau, et que c'est ce lieu qui a communiqué son nom à la famille Visemeau ou Visemal. Du mariage d'Henri de Visemal et de Guillemette de Fallerans naquirent deux fils, Jean et François. Jean fut la tige des seigneurs de Tassenière, et François, des seigneurs de Frontenay. Ce dernier fut chargé par sa mère de relever le nom et les armes

de Fallerans. Il acheta en 1 886 , le fief de Saint-Vincent, de Claude Vincent, chanoine de Poligny, et épousa en 1587, Gasparine, fille de Jean-Baptiste d'Andelot, grand bailli de Dole, dont il eut entre autres enfants, N. de Visemal , gouverneur de Blelterans, dont la réputation militaire fut gravement compromise lors du siège de cette ville, en 1 657, Henri-Nicolas , prieur de Vaux , et Jean-Baptiste de Visemal. Jean- Baptiste de Visemal , dit de Fallerans, seigneur de Frontenay, la Sauge, etc., s'allia à Anne de Longeville et en eut plusieurs enfants , du nombre desquels fut Ferdinand de Visemal. Ferdinand de Visemal de Fallerans, dit le comte de Frontenay, eut d'Antoinette de Vy, son épouse, morte à Frontenay en 1691 , Marc-Alexandre- Joseph de Visemal, Nicolas et Jean-Gaspard , religieux à Baume , deux filles religieuses à Gbàteau-Ghalon, et Suzanne, mariée en 1679, à Nicolas- Jean-Baptiste de Montrichard , seigneur de Saint-Martin de Voiteur.

Marc-Alexandre-Joseph de Visemal de Fallerans seigneur de Tassenière, colonel de dragons, épousa en premières noces , Marguerite de Thomassin , dame de Montboillon et de Pirey, morte sans postérité, et en secondes noces Mlle de Barnayge , comtesse de Mauve, en Flandre, qui lui donna un fils du nom de Ferdinand. Ce seigneur mourut en 1699, laissant à son père le soin de son enfant. Le jeune Ferdinand fut mis en pension à Lyon, chez les Jésuites, et y perdit la vie à l'âge de quatorze ans. Ferdinand de Visemal ayant survécu à son fils et à son petit-fils, vit ainsi faillir l'espoir d'une postérité masculine. II lit un testament en 1711, par lequel il institua pour son héritier celui des deux enfants

mâles de Suzanne de Visemal, dame de Montrichard, sa fille, que ses fils, religieux à Baume, choisiraient, de l'avis des sieurs Renaudot et Chevalier de Poligny, à la charge par cet héritier, ses successeurs ou substitués, de relever le nom «et les armes de Visemal et de Fallerans.

Laurent-Gabriel de Montrichard fut choisi et succéda à son aïeul en 1713. C'était un gentilhomme instruit , curieux d'antiquités , ami et correspondant du comte de Caylus, membre de l'académie des sciences, belles-lettres et arts de Besançon. Il mourut peu avant 1769, sans laisser de postérité de dame Catherine-Pau* line de Jaucourt, son épouse. 11 avait fait ériger la terre de Frontenay en marquisat, le %1 janvier 1748, sous le titre de Montrichard , en sa faveur et en celle de Pierre-Joseph de Montrichard , son frère, qui lui était substitué. Pierre - Joseph de Montrichard, allié en 1740 à Jeanne- Charlotte de Ko u g rave , ent de son mariage Phîlippe-Théodore-Nicolas- Laurent - Hyacinle , né le 8 août 1741, Jacques-Paul, chanoine tréfoncier de Liège, et un troisième , appelé le comte de Montrichard , dont le fils a été marié à Nevers, à une demoiselle de LaRochefoucault.

Pierre-Joseph de Montrichard , seigneur de Saint-Martin et de Frontenay, major au régiment de Royal- Comtois, fut tué en Italie, au combat de Crémone. Philippe-Théodore- Nicolas-Hyacinte , marquis de Montrichard,«son fils ainé , ancien officier de dragons, lui succéda dans la terre de Frontenay. Ce gentilhomme, qui fut obligé d'émigrer en 1 79 1 , a laissé de M11* Esselin , son épouse, morte à Poligny, en i 825 , à l'âge de 85 ans, trois garçons et trois filles.

L'atné des fils, Théodore, s'est allié à M110 de Pécault, dont il a eu plu-

sieurs enfants; le second, du nom de Louis , comte de Montrichard , et le troisième, Rose-Gabriel, chevalier de Montrichard , ont suivi leur père en Amérique, et s'y sont établis; Joséphine de Montrichard, ancienne chanoinesse de Dombière, est morte à Passenans en iShk; Pierrelte- Margueriie a été mariée à M. Fuyard de Gevigney, capitaine d'infanterie, et Marie- Charlotte de Montrichard , qui habite actuellement le château de Frontenay, est veuve de M. A.-J.

Joseph T. de Chamberet, ancien capitaine du génie, ingénieur en chef des ponts et chaussées, mort à Frontenay, le 12 juin [SUU.

Armoiries. Frontenay portait :

équipollé d'argent et de gueules; Fallerans : d'argent d la bande de gueules , accompagné de deux coticesde même; Visemal: de gueules au chevron d'argent, adextré d'un croissant de même en chef ; cimier, un léopard naissant d'argent. Les armes de la maison de Montrichard sont vairées à la croix de gueules , timbrées , couronnées d'or , surmontées d'un buste de maure, supportées par deux anges.

Château. Le châieau de Frontenay occupe le sommet d'une colline presque assez élevée pour être décorée du titre de montagne, et domine le village. Des pentes rapides lui servent de remparts de trois côtés. Le seul côté accessible était défendu par un large et profond fossé creusé dans le roc vif, et aujourd'hui comblé. La maison-forte se composait d'un énorme donjon flanqué de tours, percé de meurtrières et garni de mâchicoulis. Une enceinte de murailles avec des tours disposées de distance en distance enveloppait le donjon, les bâtiments accessoires et la cour destinée aux retraitants. Un passage voûté conduisait du château

à la chapelle. L'ensemble des constructions a subi de tels changements à des époques différentes , que l'édifice primitif est à peine reconnaissable. La position pittoresque de ce château en fera toujours une charmante demeure. Plusieurs souvenirs historiques s'y rattachent. Henri de Baume , religieux franciscain d'une grande piété, avait unfrère, nommé Alain de Baume, qui habitait une maison féodale à Frontenay. Etant venu voir ce frère , il fit une visite à Blanche de Genève, au château, et eut occasion de lui parler de sainte Colette, de ses inspirations et de ses projets de réforme des monastères de Clarisses. Cette dame se détermina à faire le voyage de Picardie pour voir cette jeune fille, la tirer de sa cellule et l'amener en Bourgogne. Elle l'y amena en effet avec deux de ses compagnes. Peu de jours après son arrivée , sainte Colette se rendit à Nice , auprès du pape Benoit XIII.

Elle obtint du Saint-Père les pouvoirs les plus étendus pour opérer la réforme qu'elle projetait. Agée seulement de vingt-six ans , elle fut nommée abbesse et supérieure générale de tous les couvents de l'ordre de Sainte-Claire. A son retour, Blanche de Genève l'engagea â commencer sa réforme dans nos contrées , mais elle voulut diriger ses premiers efforts dans le diocèse d'Amiens. Elle ne tarda pas à s'apercevoir de la vérité du proverbe, que nul n'est bon prophète dans son pays. Découragée par les résistances énergiques qu'elle éprouvait dans les différents monastères de Picardie , elle revint en Franche-Comté.

Blanche de Genève lui céda moitié de son château pour son logement.

Plusieurs demoiselles de Frontenay, de Poligny et des environs , s'em pressèrent de se mettre sous sa dis-

ciplinc, et commencèrent à pratiquer la règle de sainte Claire dans toute sa rigueur. C'est celle première congrégation qui a donné naissance à l'illustre réforme de Sainte -Colette, et qui fut le berceau d'un grand nombre de monastères.

Perrine de Baume, connue sous le nom de Perrine de Fronlenay, servit de secrétaire à la B. Colette , cl en a recueilli les actions dans un volume. Il est probable que le château de Frontcnay fut assiégé et pris par les armées de Louis XI en 1479, en même temps que celui d'Arlay , mais on ne possède à ce sujet aucun document positif. A l'époque de la peste de 1656, les dames d'Ounans de Dole, vinrent se réfugier au château de Fronlenay et y résidèrent près d'une année. Lorsque le duc de Longueville vint assiéger cette forteresse, au mois de juillet 1637, il y trouva} dit Girardot de Beauchemin, « un commandant soldat nommé Flamand , natif de Dole, qui l'arresta plusieurs jours, bien que ce fut simple maison de gentilhomme, sans fossées, ni rem pars, mais les tours esloient bonnes et de vielle massonnerie à laquelle le canon ne faisait rien : il fallut prendre le loisir de creuser une mine soub la tour de la porterie, qui estant faicte n'estonna pas le commandant, et ayant joué avec ruine d'une partie de la tour, le commandant retiré dans une autre continua sa deffense :

enfin estant contraint de se rendre , sa vertu ne lui sauva pas la vie, mais il mourut avec la mesme constance qu'il avoit monstré à la deffense de la place. » La tradition nous apprend que Flamand fut pendu à la porte du château. On retrouve souvent des boulets enfoncés dans la terre, daus le voisinage de la forteresse.

Fiefs. Les quatre principaux ar-

rière-liefs de Fronlenay, étaient ceux de Saint- Vincent , de Vaux , de Viseney ou de Visemal et de VEcouvete. Le premier consistait en une maison seigneuriale, placée près de la source du ruisseau de Saint- Vincent, au pied du château, dans la moyenne justice , sur seize meix et maisons du quartier de Viseney, en domaines et en cens. La maison féodale a été remplacée par une forge, devenue simple martinet. Le fief de Vaux , qui lirait son nom du Vaux de Frontenay ou de Saint-Vincent, était peu éloigné du précédent et consistait en une tour, avec la moyenne justice sur le hameau de Vaux , et une partie du quartier de l'Ecouvete et du Fied. Le fief de Visemal se composait d'une haute tour carrée , attenante actuellement à la maison de M. Paraud, de la moyenne justice sur une partie du quartier de Viseney, de domaines et de cens. Le quatrième comprenait une partie de TEcouvete et du Fied, avec une tour dans ce dernier lieu.

La Sauge, actuellement du territoire de Saint-Lamain , était un démembrement du fief de Visemal. Tous ces fiefs se réunirent entre les mains de Henri de Visemal. Il est très difficile de déterminer par qui ces différentes portions de seigneuries furent possédées avant le xve siècle. On voit en 1319, Etienne, dit Mellet de Frontenay, faire hommage à Hugues de Cbalon-Arlay 1er, de sa forte maison de Frontenay; Jean, écuyer, nommé tantôt Jean de Frontenay et tantôt Jean Merlet de Frontenay^ était gardien , bailli d'Aval et capitaine-châtelain de Poligny en 1369. Une branche de la famille de Frontenay pritle nom de Vaucéan ou de Vauxin, à cause du fief de Vaux qu'elle possédait. Etienne, dit Vaucéan de Frontenay, reprit en accroissement de

fief la ferre de Rabeur, en 1327.

Avant Tannée 1300, Jean Gelin, de Poligny, chevalier, avait fait bâtir un manoir dans le fief de Saint- Vincent, appartenant à Guillelme de Frontenay, son épouse. Claude Sarrasin, mari de Claudine Gelin, mort avant 1480, se qualifiait de seigneur de Frontenay en partie. Pierre Sarrasin , son fils , donna ce fief à Pierre Sarrasin, son fils naturel , qui en fit hommage au roi Chartes VIII , en 1489. Jean et Huguenin de Visemal portaient, en 1462, le titre de co-seigneurs , en moyenne et basse justice à Frontenay. Guy de Salins, dit Chambier, avait le fief de Vaux en 1378, et le transmit à Huguenin de Salins, son fils, en 1416. Guillemetle de Salins le porta en dot à Claude de Fallerans , écuyer. Le fief de l'Ecouvete, avec la tour du Fied , appartenait en 1416, à Guillaume de r Eco u va te ou de l'Ecouvete , et avant 1448, à Gauthier de Fallerans.

Etat ancien de Frontenay. La physionomie actuelle de Frontenay, ne peut donner qu'une idée très incomplète de l'état de ce village pendant la période féodale. Sur la croupe de la montagne s'élevait un château formidable ; près de la porte d'entrée et en dehors de l'enceinte , se trouvait la chapelle castrale entourée d'un petit cimetière ; en face de la chapelle, une avenue couverte d'arbres, et bordée de précipices , conduisait à un oratoire dédié à Notre- Dame. Un prieuré de bénédictins était attenant au cimetière. La pente de la montagne au nord-est était couverte d'habitations fortifiées, occupées par des familles nobles, tels que les de Baume , de Cbaumergy, de Chaussin , de Montjouvent, d'Ecrilles , de Monnet , les Merceret , les Coytier, etc. Chaque maison avait sa tour. Au pied du bourg,

s'étendait sur les deux côtés du chemin qui y conduisait , une double ligne de maisons, appelée la Ville , habitée par des bourgeois , des officiers de justice et des marchands.

Au centre était un four banal. C'est devant ce four que se faisaient les cris publics, la vente des objets saisis et que les coupables étaient mis au carcan. A une certaine distance de la ville, s'étendait isolément le quartier populeux du Viseney, à l'extrémité duquel étaient la maison et la haute tour des Visemal, et au centre le four banal. Au fond du vallon de Vaux, les châteaux de Saint-Vincent et de Vaux protégeaient les groupes d'habitations bâtis à l'entour. Sur le plateau qui dominait ce vallon à l'est , on voyait les granges de l'Ecouvete, la tour du Fied, l'église paroissiale, éloignée des habitations; et à peu de distance de l'église, un hôpital pour les lépreux. Le ruisseau de Saint-Vincent mettait en mouvement deux moulins , appelés les moulins d'Amont et d'Aval. Le premier était au hameau de Vaux , et le second, près du Viseney.

MM. de Visemal avaient fait construire une forge sur ce ruisseau , à la place de la maison féodale de Saint-Vincent, et un haut-fourneau à la place du moulin d'Aval. Quand les flammes recouvraient ces établissements au milieu de la nuit et inondaient Je vallon de lumières, le spectacle devait être magique. Le prieuré de Gigny , celui de Frontenay, l'abbaye de Château-Chalon , avaient dans le village des celliers , où ils conservaient avec soin les précieux vins jaunes qu'ils récoltaient dans leurs domaines, et qu'ils se faisaient un honneur d'offrir aux hôtes illustres qui visitaient leurs monastères.

Prieuré. Proche du château de

Frontenay, eiistait un prieuré de Tordre de Cluny, sous le titre de Sainte-Magdeleine , fondé avant Tan i 109, par Etienne, chevalier, qui s'y fit religieux. Vers le même temps , Falcon et Adélaïde , son épouse , donnèrent au prieur et à Hugues, abbé de Cluny , l'église de Banoz.

L'emplacement de cet édifice n'est plus connu. Ce prieuré conventuel était habité par deux religieux, y compris le prieur. Ils faisaient l'aumône une fois par semaine. Une bulle du pape Clément XIII, de l'an 1765, en unit les biens au séminaire de Beaupré. M. l'abbé de Courbouzon fut le dernier prieur.

Maladrerie. L'hospice des lépreux de Frontenay était à l'Ecouvete. Son existence n'est constatée que par le testament d'Isabelle de Courtenay, seconde épouse de Jean de Chalon l'Antique, du mois de mars 1257 (n. st.), par lequel cette princesse légua à cet établissement une somme de 20 fr.

Eglise paroissiale. L'église primitive de Frontenay était bâtie sur les hauteurs, entre les granges de l'Ecouvete et Bougelier. Guillaume 1er, archevêque de Besançon, en donna le patronage à l'abbaye de Vaux, par une charte sans date, mais antérieure à l'année 1116. On ignore à quelle époque cet édifice fut détruit, et quand la chapelle castralc de Frontenay commença à servir d'église paroissiale. Cette église , placée entre l'ancien prieuré et le château, est dédiée à sainte Magdeleinc. Elle se compose d'un clocher, d'une tribune, d'une nef, d'un chœur, d'un sanctuaire semi-octogonal , de trois chapelles et d'une sacristie. Le sanctuaire et le chœur sont voûtés et décorés de nervures reposant sur des consoles qui semblent supportées péniblement par

des personnages occupant tous des positions différentes. Cette partie de l'édifice est du style ogival usité au xive siècle. A gauche du chœur, sont deux chapelles, et à droite une seule. Le chœur servait de chapelle aux seigneurs suzerains de Frontenay ; la chapelle de droite, dédiée à sainte Marguerite, était à la nomination des Fallerans, et la première de gauche, dédiée à saint Biaise et à saint Guillaume , à celle des Visemal. Le 10 juin 1582 , Anatoile Jeanneaul, de Frontenay, marchand, et Philiberte Chaussm , son épouse, en fondèrent une troisième au bas de cette dernière , sous l'invocation de la Vierge et de saint Anatoile , à condition que Claude Jeanneaul , leur fils , en serait le premier chapelain. La nef est plafonnée et éclairée par des fenêtres cintrées. L'ensemble du monument a subi de telles transformations, qu'on ne lui reconnaît plus aucun caractère arebitectonique. On y remarque quelques tableaux qui ne sont pas sans valeur, les pierres tombales d'Antoinette de Vy, épouse de Ferdinand de Fallerans, de Visemal, de Marc- Alexandre- Joseph de Visemal, son fils, de Ferdinand de Barnayge, comte de Mauve en Flandre, mort au château de Frontenay, le 22 mars 1701, d'un ancien prieur de Frontenay, et plusieurs autres tombes , dont les inscriptions et les armoiries sont effacées. Le cimetière renferme les tombes armoriées de Marie- Charlotte, marquise de Montrichard de Visemal, morte à Poligny, en 1825, de Mme Joséphine de Montrichard , sa fille , de M. de Chamberet, père, et de Charles- Joseph - Abel T. de Chamberet, ancien élève de l'école polytheenique , lieutenant de vaisseau de la marine royale, mort au château de Frontenay , le

17 juin 1844, à l'âge de 3G ans.

Oratoire. Au pied du mont qui domine Frontenay à l'est, on voit un oratoire appelé VOratoire-du- Mont, qu'ombragent deux beaux tilleuls.

Biographie. Ce village a donné naissance à plusieurs personnages distingués, des maisons de Frontenay , de Fallerans , de Visemal , de Montrichard, de Baume, etc.; à M. Abel de Chaniberet, lieutenant de vaisseau ; à M. Ernest de Chamberet, ingénieur des ponts-et-chaussées , professeur de mécanique appliquée aux arts, à l'école de Lyon , né vers 1808; à SI. Gabriel de Cham-

beret, frère des deux précédents, chef d'escadron du génie , et aidede-camp du ministre de la guerre , né en 1818, ainsi qu'à plusieurs honorables ecclésiastiques encore vivants.

■e (la), rivière qui prend sa source à Fonteny, sort du petit lac de Ponl-d'Héry, descend par le nord -ouest sur Salins, avec une impétuosité qui lui a mérité son nom ; de Salins elle coule parallèlement à la route, dans le vallon, jus* qu'à la grange de Vaivre , où elle se réunit à la Loue.

Gatey, Gastey, vg. de l'arr. de Dole, cant. et percept. deChaussin, bur. de poste du Deschaux , paroisse d'Asnans ; à 2 Jc.il. d'Asnans , 4 de Ghaussin , 22 de Dole et 42 de Lons-le-Saunier. Altitude : 227m.

Le territoire est limité au nord par Balay-Saulx et le Deschaux ; au sud par Asnans , la Chènée-des- Coupis, Pleure et Chêne- Bernard; à l'est par Cliéne- Bernard ; à l'ouest par Asnans, Chaussin et Saint- Baraing. La Fragneuse fait partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 11, de Monlbarrey à Chaussin ; par les chemins vicinaux tirant à la Chasnée , à Chaussin , à Asnans et au Deschaux ; par le ruisseau de (la Redoute de Louis XIV; par les biefs des étangs Président , Frénier, Lussate, de la Fragneuse et de Gatey.

Le village est situé entre la forêt de Longwy et la vallée du Doubs , sur un sol très ondulé. Les maisons sont généralement peu isolées ,

construites en terre, en briques cuites ou crues , avec pans de bois , et couvertes en chaume.

Pop. en 1790, 388 hab.; en 1846, 491 ; en 1851, 483, dont 337 nom. et 256 fem.; pop. spécif.

par kil. carré , 33 hab.; 104 maisons , savoir : dans la rue de Pleure 34 , dans la rue Tournier 5 , dans la rue Neuve 33 , dans la rue de la Ville-Brise 13 , dans la rue du Bois 1 2, dans la rue du Communal 2, aux Baraques 3 , et aux Fragnosses 2 ; 124 méniges.

Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les jeunes filles» émigrent pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1829 ; surf, territ. 1474h 73a, divisés en 2197 parcelles que possèdent 447 propriétaires , dont 302 forains ; surf, imp. 1452h, savoir: 732hen bois, 636 en terres lab., 40 en prés, 33 en étangs et llh 68a en sol de bâtiments , jardins , vergers , pâtures et friches, d'un rev. cad. de 17,466

fr.; eont. dir. en princip. 3005 fr.

Le sol , argileux et imperméable, est peu fertile ; il produit du blé , du seigle, peu d'avoine, de maïs et de foin , beaucoup de sarrasin et de betteraves, des légumes secs, de la navette , du chanvre , des pommes de terre, des fruits, surtout des cerises, et des fourrages artificiels.

Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants : on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 5 pour cent. Il y a sept étangs, exploités comme dans la terre de Colonne. On élève dans la commune des betes à cornes et des porcs qu'on engraisse. 40 ruches d'abeilles. L'agriculture n'y fait aucun progrès. Les cultivateurs, au lieu de drainer leurs terres , les reboisent.

On trouve sur le territoire du sable vitrifiable, des gravières et de la terre à poterie , non exploités.

Les patentables sont quatre aubergistes et un marchand épicier.

Biens communaux : une maison commune construite en 1 848 , qui a coûté 8000 fr.; elle renferme le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 40 garçons et 42 filles.

Bois communaux 62h 5 ia; coupe annuelle, ih 81*.

Budget : recettes ord. *35a fr. ; dép. ord. 2350 fr.

NOTICE HISTORIQUE

L'existence de Gatey , ou Gastcy, nous est révélée pour la première fois par les archives de l'abbaye de Saint-Claude. Une charte, qui parait avoir été inconnue de tous les historiens de la province , jette un grand jour sur l'ancien canton d' Amaous. Elle est intitulée : caria de pago Amaorum , et porte la date du premier jour de la lune

après les calendes de septembre, de la seizième année du règne du roi Charles. Nous avions pensé d'abord qu'il s'agissait du règne de Charlesle-Chauve , mais la mention de Bertaldus ou Berlhaud , qui figure dans cette donation, comme abbé de Saint-Oyan , prouve évidemment qu'il s'agit de Charlemagne , puisqu'on est certain que Berthaud vivait du temps de cet empereur. Par cet acte, dont la date correspond à l'année 785 , le comte Frédéric, mû par la crainte de Dieu et par l'espoir d'une récompense éternelle , donna au monastère de Sainl- Oyan et à ses gardiens, tout ce qu'il possédait par héritage de ses père et mère ou par acquisition dans le canton d'Amaous , et notamment dans les villages appelés Alnoras (Annoire?), Sentincus (Senlans?) Alblinnus (Saint-Aubin?) Perlingus, (Pourlans? ) Àutsidingus (Auxange?) Tingus , Rcccus , Casseago , Co«niaco, (Chavannes, dans la Côtcd'Or?) Catliliago (Gastey ?) Longovico (Longwy ?) Pisaditio (Peseux ?), Saviniacho, Gtneriaco, (Gevry?), Emeningas , Badenem , Jadangos , et in fine Lastriacense , Germi niacOy Genreco (Gendrey). Il ne se réserva que l'usufruit pendant sa vie de ce qu'il avait à Pagniaco, ( Pagney ? ) et Audinnaco. 11 défendit à ses héritiers et à toute autre personne, de contester celte donation , sous peine de cinq livres d'or que le roi était prié de faire payer, et pour plus de sûreté , il fit confirmer cet acte par le comte Fridigisc , homme illustre, illustri virt, en présence de F. Pindane , F. Erlaïc , F. Ramfroy , F. Fulcard , F. Sulerart, F. Winitier et F. Manulfe. Ces derniers étaient probablement tous des religieux du monastère de Saint- Oyan. Il parait que le comte Fré-

déric était un vassal direct de la couronne , puisqu'il s'adresse à Cuarlemagne , pour rendre ses volontés exécutoires. L'ordre dans lequel sont nommés les lieux de Cattiliago , Longovico et Pisaditio , laisse facilement deviner qu'il s'agit de Gatey, Longwy et Pescux , trois villages très rapprochés les uns des autres. Une mention , dans un titre de la fin du viu° siècle , est déjà une preuve d'une grande ancienneté. Si on ajoute que Gatey est dans le voisinage d'Asnans et de Cbaussin , qui abondent tous deux en antiquités celtiques, on sera amené à en conclure que ce village remonte aussi à l'époque celtique.

La dénomination de Ville-Brise parait avoir quelque rapport avec la tradition , qui prétend que le mou de Pleure occupe la place d'une ville engloutie. Ce lieu , comme Montbrison , pourrait avoir été primitivement consacré à Briso, déesse du sommeil et des songes , empruntée par les Gaulois au culte des Grecs. Celte divinité infernale , dont le nom signifie en grec, dormir, se reposer, avait sans doute été choisie à dessein pour patronne d'une bourgade , à côlé de laquelle on distingue tous les signes d'un bouleversement géologique. Auprès de la maison de Jean-François Prost, il a existé un creux rond , profond , plein d'eau, ayant des rebords élevés et formés du matériel du creusage. Cette mare, appelée la Pauche, d'environ hOm de diamètre, et entourée d'arbres , a été comblée d'abord par des fascines et par de la terre ensuite. Des tuyaux en poterie , placés à 0,50e de profondeur, communiquaient avec ce réservoir et se dirigeaient du côté de Chaussin. M, D. Monnicr pense que la Pauche a servi de silos pour con-

server les grains , ou de demeure souterraine pendant la période gauloise. L'historien Chevalier a reconnu dans les bois de Longwy, en deçà du Doubs , et près de Gatey, les restes d'une voie romaine ferrée avec le gravois. C'est précisément près de. cette route que se trouve à Gatey,la contrée dite le Mauvais pas.

Seigneurie. Gatey a toujours été une dépendance de la baronnie de Longwy. Les possesseurs de ce dernier lieu se qualifiaient de seigneurs de Longwy et de Gatey. Par un traité de l'an 1782, M. Masson d'Eclans , baron de Longwy, céda aux sujets de sa terre la propriété de 430 arpents de bois , pour leur tenir lieu des droits d'usage qu'ils avaient dans ses forêts. Girardot de Beauchemin parle souvent , dans ses Mémoires , d'un monsieur de Gastey qui trahit, en 1636, la cause de la Franche Comté, et fut un des premiers à se jeter dans les bras de Louis XIV. Il s'agissait du seigneur de Gastey-lez-Champlitte, et non de Gatey, dans l'arrondissement de Dole.

Château. Le château de Gatey n'est qu'une simple maison de chasse construite en briques et pierres de taille, qui appartient à Mmc la comtesse de Toulongeon, comme héritière de M. Masson d'Eclans , baron de Longwy, son père.

Fief de la Fragneuse. La Fragneuse, que de vieux titres nomment la Fragnosse , Fraignosse , Froigne, Frougne , Franosse , Frenoisse , Frenesse, Fregnose, est un très ancien village, actuellement détruit, arrière-fief de la seigneurie de Rahon. Il est mentionné dans un acte du 50 janvier 1 37 i , comme formant un corps de communauté.

La surface de son territoire était de i70 hectares.

Des dénombrements de 1402, 1534 et 1584, nous apprennent que les seigneurs de Rahon tenaientle fief de la Fragnosse des sires de Longwy et que ce fief se composait d'hommes et de femmes mainmortables , de champs , de prés , de paquiers , de vaines pâtures , etc.

Ce village fut détruit pendant les guerres de Louis XI. Un compte du receveur de la seigneurie de Rahon , porte qu'en 1511, le revenu de la Fragnosse était nul , parce que les habitants avaient déserté et que le sol était recouvert de bois. Dans un autre compte de 1513, on lit : des cens de la Fragnosse , néant , pour ce que les dites terres n'ont pas été amodiées , et qu'elles sont en bois.

Un terrier de la seigneurie de Rahon, de Tan 1574, classe le territoire de la Fragnosse au nombre des bois banauxet seigneuriaux de celle terre.

Par un acte du 27 mai 1684, François de Lorraine , prince de Lillebonne , agissant en qualité de tuteur de Charles de Lorraine , son fils , mineur, vendit au sieur Durragou le canton de la Fragnosse , moyennant 1800 livres. Le 1er octobre suivant, l'acquéreur céda ce terrain, I à titre d'échange, au sieur de Nuzeret. M. de Ptoret attira quelques colons pour opérer des défrichements ; en 1729 on comptait 8 ménages répandus dans ce domaine.

M. Henri de la Falconière , petit fils de M. de Nuzeret, possédait la Fragneuse en 1800 ; elle passa à M. Aimé, juge de paix, et appartient actuellement à M. Forclause de Santans.

Evénements divers. Gatey fut à diverses époques désolé par plusieurs fléaux. Du xive jusqu'au milieu du xvue siècle, ce sont tantôt des pestes affreuses , tantôt des incendies et des pillages causés par

la guerre, et souvent toutes ces calamités à la fois, qui en détruisent les maisons et en déciment la population. Dans un climat appelé aux Combasses , près du territoire d'Asnans , on remarque un fossé d'environ 200m de longueur, semblable à ceux que nous avons reconnus sur le territoire de la Chénée-des- Coupis. Ce qu'on appelle aux Grands Terreaux ou Redoute de Louis XIV > est un retranchement qui fait suite à celui de la Chcnée. On y a trouvé des armes. Ces travaux remontent à 1636 et furent exécutés par ordre de Lamboy , pour protéger sa retraite sur Dole, lorsqu'il allait assiéger Verdun-sur-le-Doubs.

Biographie. M. Denis Boulet , né en 1784, à Asnans, ancien officier d'artillerie et décoré sur le champ

de bataille de Montereau , a

été de

longtemps maire du village Gatey , sa patrie d'adoption.

Bibliographie. Annuaire du Jura, année 1845. — Statistique de Parr.

de Dole, par M. Marquiset.

Gendre? (Canton de)', arr. de Dole , borné au nord par l'Ognon , qui le sépare du département de la Haute-Saône ; au sud par les cantons de Dampierre et de Rochefort ; à l'est par le déparlement du Doubs, et à l'ouest par le canton de Montmirey.

H est traversé par les routes dép.

n° 25 , de Saint-Wit à Ougney, et 1 1 , de Besançon à Dijon ; par les chemins vie. de gr. corn. n° 10, d'Ougney à Dole, 12, d'Orchamps à Taxcnne, et 36, de Rans à Gendrey.

Ce canton , agricole , vignicole et forestier, comprend 14 communes, qui sont : Auxange, Gendrey, Louvatange, Malange , Ougney, Pagney, Petit-Mcrcey, Romain, Rouffange t

Saligney, Sermange, Serre -lez- Moulières, Taxenne et Vitreux.

Pop. en 1790, 4238 hab. ; en 1 846 , 4933 ; en 1 8o 1 , 4728 ; pop. spécif. par kil. carré, 54 hab.

Surface terril. 8670h ; surf. imp.

8490h, savoir : 4i72h en terres lab., 24l5h en bois, 9ithen prés, 588 en vignes, 203 en pâtures, 28 en jardins, et le surplus en cultures diverses.

Les communes de ce canton faisaient anciennement partie de la prévôté de Gendrey, qui dépendait du domaine du souverain.

Gendrey , Genrecus , vg. et autrefois ville, chef-lieu de canton, de Parr. de Dole , chef-lieu de perception , direction de poste aux lettres; cure cantonale; à 22 kil.

de Dole et 74 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 240m.

Le territoire est limité au nord par Ougney et Taxenne ; au sud par Lavans , Orchamps et la Barre; a l'est par Visgearde , Lou valante et Rancbot ; à l'ouest par Auxange , Sermange et Saligney. Vassangeen-Haut, Vassange-en-Bas, l'Ermitage de Saint-Aubin , Neuillot et le moulin Ghaillot font partie de la commune.

Il est traversé par les ch. de gr.

com. n° 12, d'Orchamps à Taxenne, et 36, de Rans à Gendrey ; par le ruisseau dit le bief d'Ame et le canal qui en dérive pour faire mouvoir le moulin Ghaillot ; par les ruisseaux de la Lachère et des Prés Rondot.

Pop. en 1790, 553 hab.; en nom. et 388 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 52 hab.; 172 maisons, savoir : dans la rue du bas de la Fontaine 22, dans celle de Classerdot 1 1 , dans la rue de Sermange 4 ,

dans celle des Auges 43, à Richebourg 84 , à Saint-Aubin 2 , à Vassange 4, au moulin Chaillot 2; 207 ménages.

Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1641. Les jeunes gens, les tilles surtout, émigrent pour être domestiques à Paris.

Cadastre exécuté en 1816; surf, territ. 1373h, divisés en 3984 parcelles; surf. imp. 1349h, savoir:

544h en terres lab., 492h en bois, 156 en prés, 83 en vignes, et lu surplus en sol de bâtiments, jardins, vergers et pâtures, d'un rev. cad.

de 29,898 fr.; cont. dir. 4552 fr.

Le sol , très ondulé et d'une fertilité ordinaire, produit du blé , peu d'orge , de colza , de betteraves , de carottes fourragères, beaucoup d'avoine, du maïs, des légumes secs, de la navette, des pommes de terre , du chanvre , des fruits , des vins rouges et blancs assez bons, beaucoup de foin et des fourrages artificiels. On exporte le quart des céréales et du vin. Le rev. réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune des chevaux , des bêtes à cornes , des moutons, des cochons et des volailles; on y engraisse des bœufs et des porcs. 20 ruches d'abeilles.

L'agriculture y fait beaucoup de progrès depuis qu'on y emploie la marne pour l'amendement des terres.

On trouve sur le territoire de la marne bleue, exploitée, des carrières de pierre ordinaire à bâtir, d'une extraction difficile , et du minerai de fer, exploité pour les forges de Fraisans.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole , de Besançon et d'Orchamps. Leur principale ressource consiste dans l agri

culture, la culture de la vigne et l'éducation du bétail. Quelques-uns se livrent au transport du minerai pour les usines. Ils sont générale-, ment dans l'aisance.

Foires. Il y a quatre foires par an , qui se tiennent le lundi avant la Saint-Georges , au mois d'avril , le lundi avant la Saint-Jean, au mois de juin , le lundi avant la Saint-Michel , au mois de septembre et le lundi avant la Saint-Thomas , au mois de décembre. Ces foires sont importantes pour la vente du bétail.

Gendrey est le siège d'une justice de paix , d'une brigade de gendarmerie à pied , la résidence d'un notaire , d'un huissier et d'un agentvoyer cantonal.

Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, un presbytère très convenable , acquis en 1820; une maison commune acquise en 1830, contenant la mairie, l'auditoire de la justice de paix , le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 80 élèves ; une maison d'école de filles, dirigée par deux religieuses de la Sainte-Famille, dont la maison prin cipale est à Besançon ; elle renferme le logement des institutrices , et la salle d'étude des filles , fréquentée en hiver par 70 élèves ; 3 fontaines avec lavoirs et abreuvoirs ; 3 puits communaux ; 3 aqueducs et ponts ; une vaste place publique ; une salle de pompe à incendie et une pompe manœuvrée par une compagnie de 25 pompiers.

Bois communaux: 377b 82% dont 9h 39* sont coupés annuellement.

Budget : recettes ord. 7368 fr. ; dép. ord. 7U0 fr.

Bureau de bienfaisance : rev.

ord. 51 fr. 30 cent.

NOTICE HISTORIQUE

En parcourant le territoire de Gendrey, on sent qu'on marche sur une terre toute druidique. A chaque pas, d'antiques traditions vous rappellent le souvenir des temps primitifs de la Gaule. Après avoir entendu les vieillards raconter les légendes de leur enfance , vous croyez encore voir au sommet de la colline du Châtelard , cette pudique dame blanche , mystérieuse sylphide, que le peuple d'alentour vénérait comme sa protectrice. Vous cherchez ces génies bienfaisants, esprits du soir, qui couraient le long du torrent d'Arne , sous la forme d'une flamme d'azur, puis montaient jusqu'aux régions étherées, où voyagent silencieusement les étoiles.

Vous redoutez la rencontre de l'esprit du Fiestre, ce génie malin, dont les espiègleries iraient jusqu'à arrêter voire cheval et votre voiture, à vous égarer dans la profondeur des forêts, et à vous effrayer ensuite par ses diaboliques ricannements ou par ses cris et ses hurlements sauvages. Des croyances populaires aussi vivaces suffiraient pour démontrer l'anliquilé de Gendrey , mais elle est justifiée par des témoignages bien plus positifs encore. La carte de Peutinger, dressée par ordre de l'empereur Théodosc, à la fin du ive siècle , nomme trois stations entre Chalon-sur-Saône et Besançon, Ternutio , Ponte Dubris et Crusinie. Les auteurs ne s'accordent pas sur l'emplacement qu'occupaient ces trois villes. Chevalier, MM. Marquiset et E. Clerc ont cru reconnaître Crusinie à Orchamps, M. D. Monnier et d'aulres géographes à Crissey. Aucune de ces opinions ne nous parait parfaitement admissible. Nous pensons

que la forêt d'Ame, qui s'étend sur le territoire de Gendrey, recouvre de ses ombrages les ruines de cette noble cité. Nous allons essayer de le démontrer. L'itinéraire romain assigne le chiffre XV à la distance de Vesontione à Crusinie. Ce chiffre représente XV mille romains ou six lieues communes de France. On trouve en effet exactement cette distance entre Besançon et le bois d'Ame. La grande voie de Clialonsur Saône à Besançon , tracée sur les tables Théodosiennes, passait au bord de la forêt d'Arne, pour se diriger sur Evans et Anlorpe. Cette roule était protégée par un camp, que le comte de Caylus a reconnu et fait dessiner. Il était défendu au nord et au sud par des rochers escarpés , à Test et à l'ouest, par des remparts gazonneux qui subsistent encore. Leur hauteur est de 2 à 3m ; leur largeur de 10 à 12m. On suit ce rempart dans le bois, où il s'enfonce au nord. La disposition de ce camp est encore reconnaissable sur la commune de Lavans. On aperçoit en face Montjcu , Mans Jovis, la montagne de Jupiter. Une autre route passait le Doubs sur un pont à Orchamps et traversait le bois d'Arne, pour se rendre à Pesmes. Un poste militaire occupait la colline du Châtelard.

Les grands champs d'Arne, les Chambrettes , les Mur g ers , Montefond, renferment en abondance des débris de constructions , des fondations d'édifices , des voûtes , des tuileaux à rebords , de la poterie , des ustensiles, des fragments de colonnes et des médailles de la plupart des empereurs. Les dénominations de Chambrettes et de Murgers sont très significatives. On connaît les magnifiques mosaïques trouvées aux Chambrettes , près de Poligny, et les belles ruines découvertes aux

Chambrettes au roi, à Saint-Lothein.

Le quartier principal de Gendrey porte le nom de Richebourg. A Lons-le-Saunier, la partie de la ville qui restitue le plus de débris de l'époque romaine porte le même nom. Placée sur le bord de grands chemins , Crusinie vit de bonne heure le christianisme pénétrer dans ses murs. Des églises ne tardèrent pas à s'élever à la place des temples païens. Une chapelle, dédiée à saint Sauveur , subsista jusqu'au xive siècle , au bord de la forêt d'Arne.

Une église fut bâtie à Orchamps sur une hauteur, en l'honneur de saint Etienne, et une autre au Grand Mercey, sous le vocable de saint Martin.

Une chapelle , placée sous l'invocation de la Vierge, fut érigée à Gendrey. On sait que les plus anciennes cryptes , en France , telle que celle de Sens, étaient dédiées à saint Sauveur, et les premières églises , à saint Etienne , à saint Martin et à la Vierge. Un monastère de bénédictins se forma près de l'église de Saint-Sauveur, pour combattre l'idolâtrie. La ville de Crusinie fut emportée sans doute par le torrent des invasions germaniques qui couvrirent le pays au ve siècle , à moins qu'on aime mieux admettre qu'elle fut effacée sous les pas de ces nombreuses bandes sarrasines , qui marquèrent si cruellement leur passage dans la province , au vme siècle. On rencontre, non loin du hameau de Vassange , la grotte des Sarrasins, et à Orchamps, la fontaine Sarrasine. Crusinie fut tellement dévastée , qu'elle perdit jusqu'à son nom. Son emplacement continua cependant d'être considéré comme le chef-lieu d'un vaste canton compris dans le comté d'Amaous. Dans la charte de l'an 785, que nous avons citée à l'article Gatey, on voit le

comte Frédéric donner à l'abbaye de Saint-Oyan , des biens situés à Germiniaco et Genreco, c'est-àdire à Germigney et à Gendrey , in fine Lastriacense. On aperçoit la trace d'un municipe romain jusque dans la charte de franchises de Gendrey. Ainsi, les habitants de ce lieu furent de tous temps propriétaires de leurs bois , de leurs communaux *, ils pouvaient y chasser librement. Comme les anciens curiales, ils devaient recueillir et faire payer les cens et redevances dus au seigneur, tant à Gendrey qu'aux lieux voisins. Les habitations qui se reformèrent sur les ruines de Crusinie , prirent deux noms différents.

Le quartier voisin de l'église et du monastère de Saint-Sauveur fut appelé Saint-Sauveur, et le quartier principal, la ville d'Ame. Une famille noble très ancienne portait le nom d'Ame. Ses membres , qualifiés de chevaliers, figuraient, dès le xue siècle, parmi les bienfaiteurs de l'abbaye d'Acey ; elle subsista jusqu'au xve siècle à Arbois. Dans un terrier de la seigneurie de Gendrey, de l'an 1436 , on Ht : * qu'au seigneur appartient le droit qui se prend chaque année au terme de Saint-Michel , sur les hommes de Saint-Sauveur, que paient les habitants de Gendrey, et sur certaines terres assises au finage de Gendrey et d uneville déserte, appelée la ville d'Ame. » Il est à remarquer que sous les Burgondes, Crusinie, comme toutes les villes romaines , fit partie du domaine royal, et que la forêt d'Arne a continué d'appartenir aux souverains du pays. Il nous semble qu'en présence de faits aussi précis, de preuves aussi nombreuses, il est impossible de nier que celte énigmatique cité de Crusinie , était située dans la vallée de l'Ame , sur le territoire de Gendrey.

Seigneurie. Gendrey était le cheflieu d'une prévôté considérable, qui avait dans sa dépendance Gendrey, Sermange, Auxange , l'Abergement, appelé autrefois Fonlenoy, SerrelezMoulières, Saligney, les granges d'Achier, de Vaux et du Colombier, Thcrvay, Balançon, la Tuilerie et l'Abbaye d'Acey, la Grange-Ronde, celles de Vassange , Taxenne , Ougney, Vitreux , Pagney, Jallerange, le Moutherot, Courchapon, Burgille, Chazoy, Cordiron , Franey, Lavernay, Villershyver, Corcondray, les granges et tuileries dites de Gérardle-Grand , Corcelle , Bois-Murie , Collier, Lantenne , Vertière , Elrabonne , Mercey- le- Petit, et les moulins de la Barre, appelés le moulin des Malades. Le moulin Chaillot et le four étaient banaux.

Chaque village de la prévôté , administré par un maire , devait des cens en argent , en poules , en grains et en cire, qui se payaient au château de Gendrey. Le prévôt de ce dernier lieu était chargé de la recette, et devait donner à dîner aux maires qui apportaient les redevances. Un grand nombre de meix et de maisons de Gendrey étaient tenus, à litre de fief, soit du seigneur, soil de l'abbaye d'Acey, ou par des bourgeois, moyennant un cens. Il y avait aussi quelques meix tenus en franc-alleu.

Prévôté. La justice haute, moyenne et basse, était exercée par un prévôt, un juge châtelain , un procureur d'office , un greffier et des gardes.

Le signe patibulaire, pour l'exécution des criminels, était dans la contrée dite aux Fourches , et le carcan devant les halles. Les audiences se tenaient dans un auditoire construit à côté des halles du marché. La prévôté était possédée, dans l'origine, par une famille très riche et

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très puissante. Dès Pan 1130, on I voit figurer Guy de Gendrey, cbe- I valiez parmi les bienfaiteurs de l'abbaye d'Acey. Lambert son fils , au contraire , ne cessa d'inquiéter ce monastère. Il fallut, en 1181, l'intervention toute puissante de Pierre, légat du Saint-Siège , pour ramener ce seigneur à de meilleurs sentiments. Le prévôt de Gendrey avait droit d'assister aux Etats de la province. L'appel de ses sentences se portait directement devant le bailli de Dole. 11 tenait ses journées le samedi de chaque semaine.

Outre la prévôté , il y avait un tabellionné général pour la réception des contrats, et une chancellerie, où les actes étaient scellés du sceau de la cour de Gendrey. Les délits forestiers étaient jugés par un tribunal spécial, composé d'un gruyer, d'un procureur et d'un greffier. Les rapports étaient dressés par des forestiers. Cette gruerie fut supprimée en 1692.

Charte de franchises. Par un acte daté à Dole, du mois de juillet 1 27ft, Alix, comtesse palatine de Bourgogne , concéda aux habitants de Gendrey, des franchises à peu près semblables à celles qu'elle avait accordées , le 22 du même mois , à la ville de Dole. Après avoir détaillé , en neuf articles , les droits du seigneur, les obligations des vassaux et les règlements de police, Alix institua une municipalité pour l'administration de la commune , et reconnut que les forêts appartenaient en toute propriété aux habitants.

Elle se réserva seulement le droit d'y prendre du bois de chauffage et de construction, et d'y chasser concurremment avec eux. Elle se réserva aussi les amendes qui seraient prononcées à raison de délits forestiers, et un demi-droit de panage sur les

porcs mis à la glandée. Il est facile de voir, par les termes de cette charte , que la princesse confirmait plutôt des droits antérieurs qu'elle n'en cédait de nouveaux. Pour prix de cette faveur, les habitants payèrent comptant à leur souveraine une somme de 300 francs , s'obligèrent à payer un cens annuel de 29 francs et demeurèrent chargés de remaisser et faire payer les cens et redevances dues à la comtesse ès lieux voisins. Troublés dans leurs possessions , dès le xve siècle, par les seigneurs engagistes , les habitants virent , dès 1Ù94, leurs droits de propriété sur les bois dégénérer insensiblement et se transformer bientôt en simple droit d'usage. Après une lutte longue et persévérante, qui se prolongea jusqu'en 1811, un arrêt les remit dans la possession des forêts dont ils avaient perdu la jouissance depuis plus de trois siècles.

Seigneurs. Gendrey faisait partie du domaine des comtes souverains de Bourgogne. Par un acte daté du mois de novembre 1278 , la comtesse Alix , faisant le partage de ses biens entre ses enfants , attribua à Etienne de Bourgogne, le plus jeune de ses fils , Lavans , Gendrey, Berthoulange , Auxange , Sermange et Lavangeot, avec leurs dépendances.

Elle déclara qu'Etienne reconnaîtrait pour son suzerain Otton , son frère ainé ; qu'il n'aurait que l'usufruit de son lot s'il mourait sans héritiers , et que dans ce cas , les biens qui lui étaient attribués seraient recueillis par Hugues de Bourgogne, son frère putné. Cet événement se réalisa.

Etienne embrassa l'état ecclésiastique, fut nommé chanoine en l'église métropolitaine de Besançon, et mourut en 1298, dans un voyage qu'il fit à Rome. Hugues de Bourgogne ,

devenu propriétaire de Gendrey , y fixa souvent son séjour. Il s'y faisait ordinairement accompagner par une nombreuse suite de serviteurs. Il se dépouilla d'une grande partie de ses biens longtemps avant de mourir.

Au mois de janvier 1 504 ( n. st. ) , il donna aux enfants du comte Otton, son frère aîné, Apremont, Fraisans , Gendrey, Orchamps , Dampierre et la Brelenière. Il confirma ce don par son testament du mois de juin 1312 , et ne mourut cependant que plus de vingt ans après ce testament. Jeanne II, fille d'Otton et épouse de Philippe-le-Long, resta seule pour recueillir les biens donnés par Hugues de Bourgogne , son oncle. Jeanne III, fille de cette princesse , épouse d'Eudes IV, duc de Bourgogne, consentit à abandonner, pour supplément d'apanage , à Isabelle, sa sœur, épouse en premières noces du dauphin de Vienne , et en secondes du seigneur de Faucogney, Gendrey, Lavans, Apremont, etc. ; cette dernière n'ayant pas d'enfants, institua sa sœur Jeanne pour son héritière universelle. C'est ainsi que Gendrey rentra dans le domaine de nos souverains. Le duc Philippe-le- Bon, obligé de compléter les 1 3,000 livres de rente que la duchesse de Bourgogne , sa mère , devait avoir pour son douaire , lui céda , par lettres-patentes du 22 août 1420, la jouissance des châteaux et seigneuries d'Apremont , Gendrey et Lavans. La guerre que ce prince , uni aux Anglais, soutint contre le roi de France , avait tellement altéré ses finances , qu'il fut obligé d'engager ses plus beaux domaines à ses officiers. Par une charte datée à Bruxelles, du 16 février 1438, il céda à réachat, pour le prix de 5000 saluts d'or, monnaie de France , à son améet féal chevalier, conseiller

et chambellan, Philippe, seigneur de Ternans, les baronnie, ville, château et châtellenie d'Apremont , ainsi que sa ville de Gendrey, avec la justice haute , moyenne et basse , les fiefs , les domaines, les prés , les bois , les rivières , les pêcheries et les cens qui en dépendaient. De la famille des Ternans , ces biens passèrent à celle des Perrenot. Le 15 avril 1494, l'archiduc Maximilien en confirma la possession , toujours avec la clause de réachat, à Frédéric Perrenot, chevalier, gentilhomme de Sa Majesté catholique, capitaine et gouverneur d'Anvers. Frédéric Perrenot eut pour successeur le fameux Nicolas Perrenot, son fils, seigneur de Grandvelle , chancelier de l'empereur Charles-Quint. On ne sait précisément à quelle époque Gendrey fit retour à la couronne ; ce qu'il y a de certain , c'est que Louis XIV, peu de temps après la conquête , aliéna le moulin Chaillot et le four banal de Gendrey, et que la justice haute , moyenne et basse sur les différents villages de la prévôté, les cens et autres droits utiles et honorifiques , furent adjugés, le 21 avril 1698, à plusieurs acquéreurs qui en firent le partage entre eux. MM. de Salans, de Coureaut , Matherot , Mayrot et Tricalet eurent Gendrey dans leur lot et en furent les seigneurs engagistes.

Château. Dans la contrée dite Derrière les vignes , on remarque une légère motte qui servait de base à un château-fort. Il ne reste de cette construction que des monceaux de pierres , de tuiles et de briques.

Ce château fut assiégé , pris et brûlé par le sire de Craon , en 1477.

Fief de Vassange. Vassange , qu'on écrivait autrefois Faschenge , Vaussangc, était un hameau considérable, qui servit d'apanage à une

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branche cadette de la maison dite de Gendrey. Les seigneurs de Vassange figurent , au xu° siècle , parmi les principaux bienfaiteurs de l'abbaye d'Acey. Lambert de Vassange vivait en 11 8 i . Guy de Gendrey donna son lennement de Vassange à Acey, en H 88, Ce monastère possédait deux domaines dans ce village et y avait le droit de messerie. La ferme de Vassange-le-Bas, composée de 100 journaux de terres , 1 2 soitures de prés et de vastes bâtiments , fut vendue nalionalement à Jean-Baptiste Baudot, de Paris, le 25 mars 1791, moyennant 46,000 fr. ; celle de Vassange-Dessus , composée de bâtiments, dans lesquels était une chapelle dédiée à Notre-Dame et saint Sébastien , de 43 journaux de vigne et 21 arpents de bois, fut adjugée le même jour à M. Grenot , de Gendrey, moyennant 22,900 fr.

État ancien de Gendrey. Au moyen-âge, Gendrey figurait parmi les villes de troisième ordre de la province de Franche- Comté. L'administration communale était confiée à deux prud'hommes, plusieurs écbevins et à des conseillers. Il y avait un marché le samedi de chaque semaine , des halles et plusieurs foires par an. Différentes familles nobles et bourgeoises habitaient cette ville. II y avait en outre de nombreux officiers de justice attachés à la prévôté et à la gruerie , deux notaires et des marchands. Aujourd'hui les rues sont bien percées et bordées de maisons qui se touchent comme dans les villes. Ces maisons sont bien bâties en pierre , couvertes en tuiles et ont un et même deux étages au-dessus du rezde chaussée. Les faubourgs, qui ne se composent que de misérables buttes couvertes eu chaume, impressionnent défavorablement les

voyageurs qui entrent pour la première fois à Gendrey. Ce village est du reste très agréablement situé, sur le revers d'un coteau.

Evénements divers. Gendrey et son territoire furent tellement saccagés par les grandes compagnies, au xive siècle , que la ville d'Arne et le village de Saint-Sauveur disparurent pour ne plus se relever. En 1456, leur emplacement était déjà occupé par une forêt. Lorsque le sire de Craon sortit de Gray, il se jeta tout à coup sur les paysans qui s'étaient réunis pour l'empêcher de passer l'Ognon , et le dimanche de Quasimodo(i3 avril) 1477, il leur tua 500 hommes aux portes de Marnay. 11 s'empara de celte ville le lendemain , passa la rivière , tomba sur Gendrey, Corcondray, Balançon, Ougney, ravageant tout sur son passage. Deux ans plus tard , lors du sac de Dole par Charles d'Amboise , Gendrey éprouva le même sort. Les habitants les plus aisés quittèrent alors le pays , et la ville ne forma plus qu'une bourgade de cultivateurs. En 1895, ce village fut occupé par Tremblecourt et servit quelque temps de quartier-géuéral aux troupes françaises. Les pestes et les guerres du xvue siècle achevèrent de le ruiner.

Eglise et prieuré de Saint-Sauveur. On ne possède aucun détail sur l'origine de ces deux établissements. On voit, en 1256, Odon , prieur de Saint-Sauveur , figurer comme témoin d'une charte de l'abbaye d'Acey, au bas de laquelle il apposa son sceau , à côté de celui de Guy, prieur de Saint- Léger. Des ruines recouvrent l'emplacement de l'église et du prieuré, qui étaient près de la forêt d'Arne. Dans le mur du cimetière actuel , en face d'une porte latérale, on remarque plu-

sieurs bas-reliefs > dont l'un a été reproduit par la gravure, dans la Statistique de M. Marquiset. On croit qu'ils proviennent de l'église de Saint-Sauveur.

Eglise paroissiale. L'église paroissiale de Gendroy était à Merccyle-Grand, de même que celle de Montmirey-le-Chàteau était à Pointre , celle d'Eclans à Eclangeot, etc.

Il y avait néanmoins une église succursale à Gendrey, dont M. l'abbé Richard a constate l'existence déjà au xe siècle. Il y avait dans cette église plusieurs chapelles : l'une , fondée le 9 mai 1610 , en l'honneur de saint Pierre et de saint François, de la nomination de Guy cl Jean de Rouffange ; trois autres fondées par différents bourgeois du pays, el une cinquième , dédiée au Sainl-Esprit et à saint Vincent, dont les confrères du Saint-Esprit avaient le patronage. L'édifice actuel date de 1764.

Il est situé au sud du village, et placé sous l'invocation de l'Assomption de la Mère de Dieu , dont on célèbre la fêle le 15 août. 11 est orienté et se compose d'un clocher que couronne un dôme, d'une nef, de deux chapelles formant transsept et d'un sanctuaire qui se termine en hémicycle. Il est voûté et décoré de pilastres, sur lesquels s'élèvent les arcs-doublcaux etarètesdela voûte.

Le pavé se compose de tombes du xvie siècle, dont les inscriptions sont entièrement effacées.

Ermitage de Saint-Jubin. Les bénédictins d'Acey avaient érigé un ermitage à Gendrey, dans le lieu dit & Saint-Aubin. Il était habité ordinairement par trois ermites, qui instruisaient les enfants du voisinage. Le bâtiment, le clos, le jardin et la vigne ont été vendus nationalement, le î juillet 1793, à Joseph Bonvalot , de Pagney, moyen-

nant 5500 francs. 11 ne reste que le bâtiment qui servait de chapelle , et encore il est mutilé.

Curiosités naturelles. Non loin de Vassangc , existe une grotte des Sarrasins , qui se compose de quelques cavités pratiquées dans le rocher. Des vieillards affirment y avoir pénétré forl avant, sans en avoir atteint le fond. Le moulin Chaillot occupe un lieu solitaire et sauvage, digne de l'attention des peintres.

Biographie. Gendrey est la patrie:

1 0 d'Antoine Grenot, né en 1774, député à l'Assemblée constituante par le district de Dole. On le compta parmi les 73 qui protestèrent contre la faction cruelle dont les actes désolaient alors la France ; mis hors la loi pour cet acte courageux , il fut obligé de fuir. Il revint au bout de quinze mois , reprendre sa place à la Convention, et reçut bientôt après l'ordre de se rendre dans la Vendée, qu'il contribua puissamment à pacifier; envoyé plus tard dans le département des Ardennes, il remplit cette nouvelle mission avec le même tact et la même sagesse. Après treize ans de députation , il renonça aux fonctions publiques et vint habiter Besançon, oû il mourut en 1809.

2° De Claude-François Fardet , chef de bataillon d'artillerie de marine , membre de la Légion-d'Honneur, mort en 1836, et d'Alexis Fardet, son frère, officier de marine, mort en 1835.

3° De Jean - Baptiste Boichoz , né en 1765, et mort en 1838, bon géomètre, chimiste habile. On lui doit des améliorations importantes dans plusieurs procédés technologiques. Ce fut lui qui imagina le pressoir à excentrique , d'une construction aussi simple que d'une puissance énergique. Le premier, il employa le sulfate d^alumine pour la

clarification de la bière, à une époque où ce procédé était à peine connu. Il détermina avec exactitude les quantités d'alcool que Ton peut retirer, par des procédés pratiques , des farines et fécules de toutes les plantes cultivées en Franche-Comté.

Il obtint, en 1820, une médaille d'or de la société d'Encouragement, pour la culture des plantes qui fournissent le plus de potasse et pour un Mémoire sur la richesse comparative de ces végétaux en carbonate de potasse. On lui doit plusieurs perfectionnements aux apparcilsdistillatoires.

4° De Boichoz , Etienne , fils du précédent , né en 1792. Il remporta un prix proposé deux fois , par la société d'Encouragement, pour l'invention d'une machine à faire le fil de caret , dans un local de petite dimension. Il fut alternativement employé au cadastre et aux contributions directes. Dans ces deux branches de services publics , il parvint par son seul mérite, des grades inférieurs aux emplois les plus élevés.

Après avoir été vérificateur général du cadastre , il est aujourd'hui directeur de 1" classe des contributions directes. On lui doit de grandes améliorations dans les règlements relatifs au cadastre. Il a imaginé et perfectionné quelques instruments de mathématiques pour la construction des plans , et publié plusieurs Mémoires. sur des questions financières , politiques et économiques , qui lui ont valu de grands éloges.

Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole, par M. Marquise!.

Genod, Genoscum , Genox , Genout, Genost, Genoz , Genos, Genot, vg. del'arr. de Lons-le Saunier, cant.

et bur. de poste d'Arinthod, perc.

de Thoirelte; succursale; à 8 kil.

d'Arinthod et 44 de Lons-Ie-Saunier. Altitude: 44 lm.

Le territoire est limité au nord par Valfin ; au sud par Vosbles ; à l'est par la Valouze , qui le sépare de Saint-Himetière, et à l'ouest par Valfin. Le moulin des Planches fait partie de la commune.

Il est traversé par les ch. vicin.

tirant à Arinthod , à Vosbles et à Valfin ; par la Valouze et un canal qui en dérive ; par le ruisseau des Fouillatons, par ceux des Combede-Nas, Dégoulloux et des Replates, qui y prennent leurs sources.

Le village est disposé en amphithéâtre sur une colline, entre la rive droite de la Valouze et une haute montagne. Les maisons sont généralement groupées, toutes construites en pierre et couvertes en tuiles creuses.

Pop. en 1 790, 280 hab. ; en 1 84 6, 250; en 1851, 200, dont 113 bom.

et 87 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré, 63 hab.; 44 maisons; 45 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1662. Les habitants émigrent peu , et cependant la population diminue.

Cadastre exécuté en 1830 : surf, terril. 314h Ua, divisés en 1724 parcelles que possèdent 85 propriétaires , dont 17 forains; surf, imp. 307h, savoir : 137hen terres lab. , 80 en parcours , 54 en bois , 25 en prés, 8 en friches et murgers, et le surplus en vignes, jardins et sol de bâtiments , d'un rev. -cad. de 4050 fr.; contrib. dir. en princip.

817 fr.

Le sol, montagneux et fertile, produit du blé, beaucoup d'orge, d'excellent [maïs et de fruits, peu d'avoine . et de légumes secs , des pommes de terre , du chanvre , du vin pour la consommation du village,

du foin et des fourrages artificiels.

On exporte la moitié des céréales et du maïs. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. KO c. pour cent.

On élève dans la commune des bétes à cornes, des mulets, des moutons et des volailles. On y engraisse quelques porcs. 15 ruches d'abeilles.

On trouve sur le territoire de la marne, d'abondantes gravières, des sablières , des carrières de pierre à bâtir, de taille et à chaux , le tout peu exploité.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Arinthod.

Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et les mulets. Ils sont actifs, laborieux, économes et d'une grande régularité. 11 n'y a jamais eu d'auberges ; aussi n'y voiton pas de pauvres ; les patentables sont : deux maçons , un menuisier, un tisserand et un maréchal.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère , deux fontaines avec lavoirs et abrevoirs, un pont en bois sur la Valouze; une maison commune, qui contient la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude ; enfin, 127h 941 de pâtures, terres et broussailles, d'un rev. cadast. de 266 fr. L'école est fréquentée par 20 garçons et 18 filles.

Boix communaux : 46h 12a; coupe annuelle, lh 58a.

Budget : recettes ord., 1228 fr.; dépenses ord., 1228 fr.

11 est impossible de préciser la date de la fondation de Genod. On peut affirmer seulement que ce village existait déjà à l'époque romaine.

On a découvert en Prèle , nom probablement dérivé du mot latin prœtium, combat, il y a quelques an-

nées un ancien cimetière, d'une surface de douze ares , renfermant des tombeaux construits en maçonnerie et recouverts de dalles. Plusieurs contenaient deux et même trois corps. Sur la Fille , en Rey- Buisson , aux Fontanis , au pré du Preux , à la Pythia, au verger d'Amon, on a trouvé, à une profondeur de près de deux mètres , du charbon, des fondations d édifices, des voûtes, des caves, des fragments d'urnes, d'amphores, de poterie, des tuiles romaines , des tuyaux en pierre, destinés à conduire l'eau dans une fontaine, et des pièces de monnaie de forme hexagonale. Le territoire était traversé par un ancien chemin , appelé la vie de Faugrineute. On trouve en Lolinier et Anriset , dans la direction du château de Dramelay à celui de Cornod quelques restes de voie romaine.

Une contrée s'appelle en JBey, mot dérivé de Belenus, l'Apollon gaulois ou le soleil. 11 est asseï singulier de rencontrer dans trois villages rapprochés les uns des autres, des dénominations qui rappellent le culte de trois divinités païennes, en grand honneur chez les Celtes elles Romains. Ainsi , il existe un lieu dit en Bacchus , à Dramelay; en Uars, k Yalfin, et en Bellone, à Genod.

Le combat qui s'est livré sur les bords de la Valouze , pourrait avoir fait rendre des hommages aux divinités qui présidaient aux batailles.

Placé à la limite du canton de Scoding , l'une des divisions de la Séquanie et du pays des Sébusiens, clients des Eduens , Genod eut probablement à souffrir des luttes que firent naître les rivalités et les haines qui divisaient les Séquanais et les Eduens. On ignore absolument les circonstances qui ont amené sa ruine. Son nom apparaît pour la

première fois dans la charte par laquelle l'empereur Frédéric a continué, en 1184 ou 1188 , la possession de son église à l'abbaye de Saint-Oyan.

Seigneurie. Genod dépendait en toute justice de la seigneurie de Valfin, à l'exception de quelques meix épars , sur lesquels le prieur de Cbàtonnay exerçait sa juridiction.

Par un acté daté du mois d'août 1248, Jean de Gbalon l'Antique donna en fief à Raoul deCourtenay, avec son château de Dramelay, ce qu'il avait à Sésigna , à Genoz et à Dessia. En 1 308, Pierre de la Baume fit hommage à Renaud de Bourgogne, comte de Monlbéliard , de tout ce qu'il possédait dans la cbàtellenie de Dramelay , ainsi qu'à la Bastie , à Broissia et à Genoux. Etienne de la Baume, son fils , acquit en 1365, de Tristan deChalon, seigneur d'Orgelet, la terre de Montagna-le-Templier, et reçut de ce prince , en accroissement de son fief de Valfin , les villages, justice et rentes de Genod. On trouvera le détail des droits seigneuriaux , à l'article Valfin. Il y avait une famille noble du nom de Genost, mais elle appartenait à la Bresse et non au comté de Bourgogne. La communauté était administrée par deux prud'hommes et des échevins. Elle eut de longs procès à soutenir au xve siècle contre les communes de Vosbles et de Saint- Imetière, au sujet de la vaine pâture sur certains parcours indivis. Ces difficultés faisaient naître des luttes sanglantes entre les habitants de ces trois villages. Les sentences judiciaires d'alors n'ont pas entièrement éteint les antipathies nés de ces différends.

Eglise et prieuré. Par son diplôme de l'an 1184 ou plutôt 1185, l'empereur Frédéric Barberousse con-

firma à l'abbaye de Saint-Oyan , la possession de l'église de Saint-Michel de Genost, Ecclesia Sancti Michaelis de Genosco , ce qui suppose une donation antérieure. Une colonie de bénédictins fut envoyée pour desservir ce bénéfice et en régir les biens. Une maison prieurale fut construite près de l'église. On en retrouve encore les fondations dans la contrée dite au Moutier. Au xiv* siècle , ce monastère n'existait déjà plus. Par un acte du 15 décembre 1331 , Jean , abbé de Saint-Oyan et ses religieux, inféodèrent les dîmes de Genost à Etienne le Gallois, chevalier , seigneur de Valfin , et à Guillaume , son fils , mais pour leur vie seulement. La paroisse de Genod cessa, en 1737, de faire partie du diocèse de Lyon et fut comprise dans le diocèse de Saint-Claude.

Après le rétablissement du culte, ce village fut classé comme une dépendance spirituelle de Vosbles , et son église ne reprit le titre d'église succursale, qu'en vertu d'une ordonnance royale du 5 juin 1845.

L'édifice actuel , reconstruit au xive siècle , sur les ruines d'un plus ancien , est isolé à l'est du village et continue d'être dédié à saint Michel, dont on célèbre la fête le 29 septembre. Il est orienté et se composa d'un porche, d'une nef, d'un sanctuaire et d'une sacristie. L'intérieur est voûté en ogive et décoré de pilastres, sur lesquels s'élèvent les arcs-doubleaux de la voûte. Une arcature qui apparaît au-dessus des combles, supporte la cloche.

Curiosités naturelles. Les rochers qui bordent la vallée profonde du lit de la Valouze, sont très beaux et contiennent plusieurs grottes qui se détachent en noir au milieu de massifs de bois et de verdure. La tradition rapporte que durant une peste

qui désola le village, deux jeunes filles, d'une remarquable beauté , se réfugièrent au fond d'une de ces grottes, et qu'on leur descendait des aliments à l'aide d'une perche.

Biographie. Ce \illage est la patrie : 1° de M. Christophe Janod, capitaine en retraite, décoré , né en 1796. Ce brave militaire mérita d'être mis à l'ordre du jour de l'armée par son courage et son sangfroid dans une affaire du Jurjura, en Afrique. Son lieutenant et son souslieutenant étaient morts; lui-même était couvert de blessures et son sang ruisselait de toutes parts; il persista cependant à rester sur le champ de bataille. Il ne cessa de combattre que lorsqu'une balle, qui lui fracassa l'épaule , l'eut renversé à terre sans connaissance; 2° de M. Claude- Marie Martin, né en 4795, chanoine honoraire du diocèse de Saint-Claude, ancien supérieur du petit séminaire de Belvoir et actuellement directeur de l'établissement de sourds-muets de Besançon. Les résultats remarquables obtenus dans cette institution , font le plus grand honneur au zèle et à l'intelligence de cet estimable ecclésiastique. M. Martin a publié différents ouvrages qui témoignent d'un goût éclairé en littérature, notamment les Eléments de fart d'écrire, pour servir d'introduction à la rhétorique; les Eléments du récit; plusieurs discours sur l'éducation des sourds-muets.

Geralse , vg. de l'arr. de Poligny, cant. et bur. de poste de Salins, percep. et paroisse de Cernaos ; à k kil. de Cernans, 8 de Salins, 22 d'Arbois , 52 de Poligny et 88 de Lons-le-Saunier. Altitude : 7hOm.

Le territoire est limité au nord par Nans et Salins; au sud par Cer- i

nans ; à l'est par Cernans , Sainte- Agnès ou Sainte-Anne; à l'ouest par Satins et Clucy. La grange Gadoi ou la Roche-d'Or, le Chalet, la grange de Vaux , et les Baraques de charbonniers font partie de la commune.

Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Saizenay, à Clucy, à Cernans , à Sainte-Agnès ; par le ruisseau de la fontaine de la Guène et par celui de la Grande-Raie de Gadoz.

Le village est situé sur un beau et agréable plateau , qui couronne les monts de Salins. Les maisons sont toutes neuves, grandes, bien bâties, composées d'un rez-de-chaussée et d'un premier étage, construites en pierre et couvertes en tuiles.

Pop. en 1790, 98 hab.;en 1846, 121 ;en 1881, 117, dont 69 nom.

et 48 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré, 19 hab. ; 20 maisons, savoir:

au Village U , à la Grange Gadoz 1, au Chàlet 2 , à la Grange de Vaux % aux Baraques 1 ; 20 ménages. Les habitants n'émigrent pas. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793.

Cadastre exécuté en 1831 ; surf, territ. 603h78a, divisés en 731 parcelles que possèdent U7 propriétaires, dont 29 forains; surf. imp.

575h, savoir : 279h en bois, 265 en terres lab., 18 en parcours, 15 en prés , et le surplus en cultures diverses , d'un rev. cad. dc90i6 fr-î cont. dir. en princip. 1087 fr.

Le rev. réel des propriétés est de 3 pour cent.

Le sol, montagneux et fertile, produit du blé , de l'orge , de l'avoine , du maïs , des légumes secs , de la navette, peu de betteraves, des carottes fourragères , des pommes de terre , du chanvre, des fruits , du foin et des fourrages artificiels.

On élève dans la commune des bétes à cornes , des chevaux et quelques moutons. 4 ruches d'abeilles. On y engraisse des porcs et des bœufs.

Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Salins.

On trouve sur le territoire de la marne, exploitée, du minerai de fer en grains , des sablières , des carrières de pierre à bâlir et de taille, de la pierre à chaux et hydraulique.

On trouve aussi de la pyrite martiale , ou sulfure de fer natif. Sa couleur, d'un jaune brillant , la fait regarder comme de l'or. De là est venu le nom de la Roche-d'Or et celui de Mons mire us.

Il y a une tuilerie, appartenant à M. Louis Billon, maire de Geraise , qui l'exploite. Ses produits sont de première qualité et exportés dans le voisinage. Sept ouvriers y sont continuellement occupés.

Biens communaux : un chalet , construit en 1 848, qui a coûté 3800 fr.; on y fabrique annuellement 10,000 kil. de fromage, façon Gruyère, de bonne qualité ; 3 fontaines , une place publique et 18h de pâtures et bois-taillis , d'un rev.

cad. de 130 fr. Les enfants fréquentent les écoles de Cernans.

Bois communaux: 13h en broussailles.

Budget : receltes ord. 801 fr.

dép. ord. 964 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Nous ne rencontrons nulle part le nom de Geraise avant le milieu du xii6 siècle. L'heureuse situation de ce village , sa proximité de Salins , ont dû cependant y attirer de bonne heure des habitants. Ce point, presque imperceptible, était une dépendance de la seigneurie de Sainte- Agnès ou Sainte-Anne : deux fiefs

étaient répandus sur son territoire , l'un appelé le fief de Vaux et l'autre le fief de Billard.

Fief de Taux. 11 a donné son nom à une famille noble de Salins, alliée à celle des Alépy. Philiberte, fille de Gaspard de Vaux , écuyer, seigneur de Marnoz, épousa en 1574, Jean Alépy. Gaspard Alépy, leur fils, fut institué l'héritier de Gaspard de Vaux, son oncle, à condition qu'il relèverait le nom et les armes de ce dernier. L'abbé Guillaume ayant donné la généalogie de celte famille, nous nous dispenserons de la reproduire.

Fief Billard. La famille Billard , de Salins , anoblie par les archiducs Albert et Isabelle, en 1 6 1 8, possédait un domaine à Geraise, qui fut érigé en fief. Un château-fort fut bâti vers l'an 1620, par Simon Billard, à l'extrémité sud d'une montagne appelée la Côte-Billard, et isolé par un fossé large et profond, creusé dans le roc vif. Un monceau de pierres, de 20ra de diamètre, et quelques fondations de murs sont les seuls restes de cette construction. On a trouvé près de ce castd plusieurs boulets et des pièces de monnaies au type de Louis XIII et de Louis XIV. Les habitants appelaient ce château le c/uiteau de la Famine. A ses pieds était un moulin dit le moulin de Roche-d'Or, remplacé par une maison appelée aujourd'hui le Gros- Gadoz.

Evénements divers. 11 est certain que Geraise a été dévasté pendant les guerres du xvue siècle , et que la peste en avait enlevé la population.

Un incendie , survenu le 15 juillet 1847, a détruit le village entier, à l'exception de quatre baraques et d'une seule maison. La ferme du Chàlct, incendiée en 1852, n'a.

pas été rebâtie.

Curiosités naturelles. On remarque dans le flanc d'une montagne qui est au nord du territoire de Geraise , une belle caverne, appelée la Grotte- de-Faux. L'entrée en est difficile, mais l'intérieur offre un spectacle spendide. Tout ce qu'on y aperçoit parait d'or, d'argent, de nacre , de diamants divers. On croirait se trouver dans le palais des fées. Les plus belles stalactiques ont été brisées par des amateurs indiscrets, mais il en reste encore de très remarquables qui imitent des statues naturelles. L'une de ces statues ressemble à celle qui surmonte la place Vendôme. Un autre affecte la pose d'une vierge. M. l'abbé Robin , qui a visité ces grottes en 1838, y a vu une jolie fontaine qui ne donne plus d'eau , mais dont le bassin a conservé toute sa décoration artistique, et une salle de spectacle dont l'architecture est intacte.

L'une des chambres est appelée la Grotte du Ciel et une autre Grotte de l'Enfer. On prétend qu'au fond de l'une d'elles, se trouve un précipice.

Bibliographie. ( Voir , sur la grotte de Vaux , l'Annuaire du Jura, année 1844).

Germain- en-Mont agne (Saint),

Sanctus-Gennanus , et sous la première république, Plaisance, vg.

de l'arr. de Poligny, cant. et bur.

de poste deChampagnole , percept.

de Vers , succursale , composée de Saint-Germain et de Moutoux ; à 5 fc.il. de Champagnole , 24 de Poligny, 24 d'Arbois et 39 de Lons-le- Saunier. Altitude : 88 lm.

Le territoire est limité au nord par Moutoux ; au sud par Vannoz et Equevillon ; à l'est par les Nans , et à l'ouest par le Pasquier et Vannoz.

Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 21, de Poligny à No- |

zeroy; par les chemins vicinaux tirant à Moutoux , à Equevillon , à Vannoz et au Pasquier.

Le village est situé entre le pied septentrional du Mont-Rive! et le revers méridional de la montagne de Fresse, que recouvre une belle forêt de sapins. Il occupe le penchant d'un coteau peu incliné. Les maisons sont groupées , construites en pierre et couvertes en tavaillons. Elles sont petites, basses, et ressemblent à des chaumières.

Pop. en 1790 , 298 hab. ; en 1846, 436 ; en 131, 439, dont 220 bom. et 219 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 82 hab.; 53 maisons; 102 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1737.

Les jeunes gens émigrent beaucoup, pour être domestiques ou ouvriers ; plusieurs s'engagent comme remplaçants militaires.

Cadastre exécuté en 1839; surf, territ. 534h 92», divisés en 887 parcelles que possèdent 131 propriétaires, dont 38 forains; surf. imp.

327h, savoir : 238b en terres lab., 88 en parcours, et le surplus en murgers, friches , jardins et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 2830 fr. ; cont dir. 1847 fr.; la surface non imp., de 207b, se compose en partie de la forêt de la Presse.

Le sol, partie montagneux et partie en plaine , est peu fertile ; il produit du blé , de l'orge , de l'avoine , du méteil d'orge et d'avoine, peu de légumes secs et de navette , des betteraves , des carottes fourragères , des pommes de terre , du chanvre , beaucoup de fruits , du foin et des fourrages artificiels.

On importe le tiers des céréales et le vin. Le rev. réel des propriétés est de 3 fr. 30 cent, pour cent.

On élève dans la commune des bêtes à cornes, quelques chèvres

et on y engraisse des porcs. 30 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès. Elle forme, avec le produit de la fromagerie, la principale ressource des habitants, qui fréquentent habituellement les marchés de Champagnole.

On trouve sur le territoire de bonnes sablières , et des carrières de bonne pierre à bâtir et de taille , mais d'une extraction difficile.

11 y a une fruitière, dans laquelle on fabrique annuellement 15,000 kil. de fromage, façon Gruyère.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'en tour, un presbytère contigu au cimetière , une place publique, une salle d'étude, fréquentée en hiver par 60 garçons ; une fontaine avec lavoir, hors du village ; une croix en pierre, érigée en 1632, une autre en fer, posée à l'occasion de la mission de 1837, quatre autres en bois, et 89h 96* de pâtures et broussailles, d'un rev.

cad. de 238 fr. L'institutrice laïque et la salle d'étude des filles , fréquentée en hiver par 48 élèves, occupent un local loué par la commune.

Budget : recettes ord., 2665 fr.; dépenses ord. , 1933 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu ord. 130 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Saint-Germain est bâti sur les ruines d'une ville romaine importante , ruinée par les Barbares dans la seconde moitié du tu6 siècle. Cette ville avait succédé elle-même à une bourgade celtique, bâtie au pied de Voppida qui couronnait le sommet du Mont-Rivel. On s'accorde généralement à considérer comme un monument du culte druidique le bloc de pierre appelé la Pierreifitfi , qu'on rencontre dans le bois

de la Presse, entre Saint-Germain el Mournans. Cette pierre , dont il ne reste qu'un tronçon de 2 mètres 50° de hauteur, était aussi remarquable par ses dimensions et sa forme que par les légendes dont elle était l'objet. Elle est exactement semblable aux menhirs de la Bretagne. Les débris épars de la ville gallo-romaine qui s'appelait Placentia, si l'on en croit une vieille tradition , couvrent un terrain d'une grande étendue. On a trouvé sur son emplacement une Minerve en bronze , un vase d'airain, des sépultures, des médailles qui commencent au type de la colonie de Nimes , et se terminent à Trajan-Dèce , des fondations d'édifices, une multitude de tuileaux à rebords , de la poterie , une tête de statuette de femme, en pierre décomposition, des voûtes et une habitation enfouie , un autel en granit feld-spatique des montagnes de l'Auvergne , et une meule des terrains volcaniques du même pays , appelée pierre de Valvic , la moitié d'une flûte tibicinienne en ivoire, de grandes épingles aussi en

ivoire, destinées à la coiffure des cheveux , un instrument de chirurgie , qui servait à la pratique des saignées , des débris d'armilles, un fragment de globe, en verre doré, des tests de vases en verre, sur l'un desquels on lisait : Campaniodius , un reste d'urne en bois avec reliefs, une anse en bronze, parfaitement ciselée , et une foule de menus objets antiques. M. le docteur Germain, de Salins , a recueilli beaucoup de ces précieux restes. Les points qui restituent le plus de débris , se trouvent dans la plaine de Sérilly, entre le village actuel et le pont de Grateroche et aux H er mettes. Ce territoire était du reste traversé par une voie romaine, qui descendait

de Pontarlier à Champagnole. La ville de Placentia , comme la plupart des villes romaines , se divisait en deux parties : la ville haute occupait le sommet du Montrivel , et la ville basse s'étendait dans la plaine au pied de cette montagne.

On perd les traces de son existence depuis sa ruine jusqu'au commencement du xue siècle.

Seigneurie. Saint- Germain forma une seigneurie particulière , démembrée de celle de Montrivel , et relevant cependant directement de celle de Salins. Gaucher II de Commercy, sire de Château- Vilain et de Montrivel, en fit hommage à Jean de Chalon, sire d'Arlay, en 1386 , et la transmit à Guillemelte, sa fille, épouse de Guillaume de Sainte- Creix , chevalier , sire de Longepierre. Cette dame la vendit en 4315 , à Jean de Chalon- Arlay 1er.

Jean de Chalon-Arlay II , furieux des atteintes que portait chaque jour Eudes IV, duc et comte de Bourgogne , aux privilèges féodaux de la province , et sur le point de lui déclarer la guerre , fit hommage de la seigneurie de Saint-Germain et de Montrivel, à Humbert II, dauphin du Viennois. II s'exposait par là à la confiscation de ses fiefs , mais il se croyait assez puissant pour pouvoir lutter avec son suzerain. Depuis l'acquisition de 1515, cette terre ne cessa d'être un membre de la baronnie de Montrivel et n'eut point d'autres seigneurs que ceux de ce dernier lieu.

Charte de franchises. Guillaume de Sainte-Croix et Marguerite de Commercy, accordèrent une charte de franchises à leurs sujets de Saint-Germain, par un acte daté de l'an 1294. Ils leur permirent d'instituer deux prud'hommes pour l'administration de leur commu-

nauté , les affranchirent de la mainmorte , de toutes exactions et tailles arbitraires, et leur accordèrent des droits d'usage importants dans la forêt de la Fresse , leur permettant de couper tous bois vifs et morts pour leur chauffage et la cons^ tructionde leurs maisons, et d'y mener parcourir leur bétail. Les dé" lits prévus par cette charte sont les mêmes que ceux dont parlent celles déjà analysées dans le cours de cet ouvrage.

Prévôté. La prévôté de ce village était inféodée à une famille noble très distinguée dans la province.

On voit en 1 153, Savaric de Saint- Germain figurer parmi les témoins d'une donation faite à l'église de Saint-Paul de Besançon , par Gaucher de Satins, et en 1 1 48 dans une autre donation faite par le même prince aux chanoines de Montbenoit.

Il parait que ce Savaric était un des chevaliers attachés à la cour brillante des sires de Salins. Conrad de Saint-Germain , probablement fils du précédent , prévôt de l'église de Spire , accompagnait ordinairement Otton , comte de Bourgogne , et figura comme premier témoin dans une donation faite par ce souverain, en 1 1 90, à l'abbaye de Balerne. Jean de Saint-Germain , chevalier, possédait une partie du fief de Rabeur en 1327.

Prieuré. Le prieuré de Saint- Germain, dit dans les Bois, s'élevait entre la montagne de la Fresse et Vannoz. Il remontait probablement au ve siècle , et dut être établi dans le but de dissiper les pratiques idolâtriques qui se perpétuaient autour de la Picrre-Lite. Il était occupé par des religieux de l'ordre de Saint- Benoit et fut uni, au xive siècle , à l'office de prévôt de l'église collégiale de NeufchâteJ en Suisse. Parmi

les prieurs connus, on cite les noms de Claude Legrand , vivant en i î>90 , Pierre Bresson , en 1601, Claude Pécault en 1633, Anatoile Clermont , de Salins , mort curé de Mirebel, en 1744, et M. Bernardet, vivant en 1748.

Eglise. Le premier titre qui la mentionne est la charte par laquelle Anseric , archevêque de Besançon , donna en 1 1 52 , à la cathédrale de Saint -Jean, certaines redevances qui lui étaient dues par cette église et celle de Mièges. Le patronage en appartenait au prieur. L'édifice actuel, reconstruit en 1770, est dédié à saint Germain , dont on célèbre la fête le 24 juillet. Il est orienté et se compose d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles, d'un chœur, d'un sanctuaire et d'une sacristie. Le clocher, reconstruit en 1790, est couronné par une flèche quadrangulaire couverte en tuiles ; la nef et les chapelles sont voûtées à plein-cintre; les voûtes sont décorées d'arètes se coupant diagonalement et d'arcs-doubleaux reposant sur des consoles ; le chœur est plus bas et plus étroit que la nef, et voûté en ogive peu prononcée. Cette église possède des reliques de saint Germain et un fragmentdela vraie croix.

La chapelle dédiée à sainte Philomène , est l'objet d'un pèlerinage.

On assure que neuf personnes étant mortes dans une seule semaine , à la suite d'une fièvre maligne, les habitants se mirent sous la protection de celte sainte, et que l'épidémie cessa immédiatement. On remarque dans l'intérieur du monument un bel ostensoir en vermeil , trois beaux lustres et plusieurs tableaux, qui ne sont pas dépourvus de mérite. Le 3 octobre 1772, la princesse de Neufchàtel envoya à M. le curé Denisot, un ornement

complet de toutes couleurs, avec dalmatiques, à condition que cet ecclésiastique s'en servirait la nuit de Nfël et qu'il prierait pour elle quand il en ferait usage.

Biographie. Ce village a donné naissance à Théodule Bugnet, capitaine décoré, en retraite (1800- 1846), et à Simon Jfarescof ( 1761- 1857 ), le bienfaiteur de la paroisse.

11 a fondé le bureau de bienfaisance, a racheté l'ancien presbytère , moyennant 8000 fr., pour le donner à la commune , a fait des legs considérables pour l'instruction des enfants indigents et pour l'embellissement de l'église.

Bibliographie. Annuaires du Jura, 18&4 et 1848.

C2ermaln-les-Ar!ay (Saint-), Sanctus Germanus, vg. de l'arr.

de Lons-le-Saunier, cant. , bur. de poste et percept. de Voiteur ; succursale; à 5 kil. de Voiteur et 10 de Lons-le-Saunier. Altitude : 220m.

Le territoire est limité au nord par Bréry et Mauffans, section de Btantry; au sud par l'Etoile et Quintigny; à l'est par Plainoiseau et Domblans, et à l'ouest par Arlay et Quintigny.

Platenay et Tortelet font partie de la commune.

Il est traversé par la roule imp.

n° 83 , de Lyon à Strasbourg; par le ch. de gr. com. n° 5, deBIetterans à Champagnole; par les ch.

vie. tirant à Bréry, à la Muire, et de la maison Prost à la maison Meynier; par la rivière de Seille , le canal du moulin , le bief de Montmorin , les ruisseaux du Ponlot, de la Muire ou de Fontaine-Salée , des Caris et le bief de Sédan.

Les maisons du village sont disposées de chaque côté de la route de Lyon à Strasbourg , construites en pierres , couvertes en tuiles ci

généralement élevées d'un étage audessus du rez-de-chaussée.

Popul. en 1790, 422 hab.; en 296 nom. et 284 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 95 hab. ; 136 maisons, savoir : à Saint-Germain 124, à Platenay 8 , et . à Tortelet 4 ; 146 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1637. Les habitants émigrent peu.

Cadastre exécuté en 1825 : surf, territor. 608h 72*, divisés en 2399 parcelles que possèdent 386 propriétaires , dont 220 forains ; surf, împ. 588h 72a, savoir: 278h en terres lab. , 117 en Yignes, 105 en prés, 54 en pâtures, 20 en boistaillis, et le surplus en cultures diverses, d'un rev. cad. de 26,798 fr.; cont. dir. en princip. 4071 fr.

Le sol, d'une fertilité moyenne, produit du blé , du seigle , beaucoup d'orge, de l'avoine , du maïs , des légumes secs, peu de fruits, du chanvre , du foin et des fourrages artificiels. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On exporte le quart des vins.

Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des bœufs, des vaches et des porcs. 30 ruches d'abeilles.

Il y a une fromagerie, dans laquelle on fabrique annuellement 3000 kil. de fromage, façon Gruyère, deux tuileries et un moulin à quatre tournants , avec huilerie et scierie mécanique à deux lames.

Les patentables sont : deux aubergistes, un cafetier, un charron, un boucher, un marchand de grains, un marchand de planches , quatre épiciers , un sabotier, un maréchalferrant, un tisserand et un marchand de vins en gros.

Biens communaux : une église ,

un cimetière à l'entour, un presbytère, construit en 1851 , qui a coûté 17,000 fr.; une maison commune dans l'ancien presbytère , comprenant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 70 élèves; une maison d'école de filles, comprenant le logement d'une institutrice laïque et la salle d'étude , fréquentée en en hiver par 60 élèves ; enfin 75h de bois, friches et murgers, d'un rev. cad. de 1127 fr.

Bois communaux: 110h 90"; coupe annuelle , 3b 28*.

Budget : recettes ord. 4328 fr. ; dép. ord. 4328 fr.

Bureau de bienfaisance : revenu ord. 50 fr.

nonce histo bique.

Saint -Germain se rattache tout naturellement et par ses souvenirs historiques, à Arlay, dont il était une ancienne dépendance. On fait remonter son origine aux temps celtiques. On croit que la romantique fontaine des Bauches ou du Perron, a été une source sacrée, et que des druides avaient fixé leur séjour dans le vallon boisé qu'elle arrose. Au moment où Arlay brillait parmi les plus belles villes de la Séquanie, plusieurs villas gallo-romaines se bâtirent dans son voisinage, notamment au sommet des éminences du Paterna et de Platenay. On a trouvé, il y a peu d'années, au sud de ce dernier lieu, près de la fonfontaine des Bauches , au haut des vignes du versant oriental de Montmorin, quelques sépultures antiques formées de dalles et renfermant des vases de terre , placés à côté d'ossements humains. Aux Bouchots, on a découvert des constructions romaines et des tuileaux à rebords, et au Champ -du-Suchot, une urne à,

côté d'un foyer où les cendres étaient encore conservées. Une route antique passait à Tortelet et s'appelait au moyen-âge, le grand chemin de Dote. Une chapelle, bâtie en l'honneur de saint Germain , é?éque d'Auierre , ce grand prélat , dont le nom était invoqué dans toute la Gaule, lorsqu'on était menacé d'une invasion de Barbares , devint le noyau d'un groupe d'habitations, dont se forma insensiblement le village de Saint-Germain. Cette église est déjà mentionnée dans le diplôme de l'empereur Frédéric Barberousse, de Tan 1168, confirmatif des possessions de l'abbaye de Cbiteau- Chalon.

Seigneurie. Saint-Germain dépendait en toute justice de la baronnie d'Arlay. Il ne commença à avoir un territoire distinct qu'au xve siècle. De vaste terrains continuèrent à rester communs entre ces deux localités. L'administration en était confiée à deux prud'hommes , qui rendaient compte de leur gestion devant la porte de l'église d'Arlay.

Fief de Platenay. Il s'étendait sur les territoires d'Arlay, Saint-Germain etQuintigny, et relevait du château de Ruffey. Il se composait dans l'origine d'un cbàteau-fort et de KO hectares de terres , prés et bois.

Plusieurs privilèges et droits féodaux y étaient attachés. Les sires d'Arlay en furent les premiers possesseurs.

Louis de Chalon-Arlay, prince d'Orange , avait emmené en Languedoc Claude de Barnaud, l'un de ses écuyers. Satisfait de ses services, il lui céda le domaine de Platenay, en 1446 , pour le récompenser de son dévouement. Claude de Barnaud en fit hommage, en 1483, à Jean de Vienne, seigneur de Ruffey. Jean de Chalon-Arlay IV , gouverneur du comté de Bourgogne pour la prin-

cesse Marie, employa activement ce gentilhomme pour soutenir la cause de sa souveraine, et l'envoya plusieurs fois dans le duché avec la mission de soulever les populations contre Louis XI. Le fief de Platenay fut confisqué par le roi de France , comme toutes les terres du prince d'Orange. Claude de Barnaud eut la douleur de voir son fils périr sur la brèche du château d'Arlay, lorsque d'Amboise en fit le siège, en 1479.

Dès que Jean de Chalon fut rentré en possession de ses domaines , il rendit le fief de Platenay à son fidèle écuyer, et lui fit épouser sa nièce, Antoinette Isabeau de Bourbon , veuve de Gilbert de Chastelox , seigneur de la Chaise, et fille naturelle de Charles de Bourbon, archevêque de Lyon. Louis de Barnaud, fils d'un premier lit de Claude , ayant épousé, en 1 480, Guigone de Thoisy, dame d'Amange, en eot six fils et deux filles. Les quatre premiers fils moururent sans postérité ; les deux cadets, Etienne et Gérard, héritèrent de lui du fief de Platenay.

Etienne , capitaine de cent hommes d'armes, épousa Isabeau de Jouffroy.

Il vendit avec son frère Gérard , en 1568, la belle chevance de la tour de Barnaud , à Arlay, et le fief de Platenay, à Pierre et Louis Pelissonnier, fils de Pierre Pelissonnier, sieur au Deschaux. Le château de Platenay ayant élé incendié en 1878, par les bandes de Huguenots qui étaient venues surprendre l'Etoile , les frères Pelissonnier le remplacèrent par deux bâtiments de ferme avec maisons de maîtres. Louis céda sa moitié, à l'orient, du domaine de Platenay, à Jean Pelissonnier , son oncle , auteur de la branche des Pelissonnier, seigneurs de Saint-Georges; l'autre moitié, au couchant, resta à Pierre Pelissonnier. Dorothée

Pelissonnier, dame des Gaudières , porta cette partie à Jean de Ronchaux, écuyer, qu'elle épousa et qui mourut à Platenay en 1695. Gasparine de Ronchaux, sa fille, la porta de même, par l'effet d'un mariage , à Etienne Boisson d'Arlay, en 1 69& , et la transmit à Claude- Guillaume Boisson , sou fils , mort en 1728. Thibert, fils de Jean-Baptiste et petit-fils de Claude-Guillaume Boisson , obtint du roi, en 1766, la permission de relever le nom et les armes de Ronchaux. Il fut le dernier eo-seigneur de Platenay. La partie au couchant de ce fief fut transmise, par Pierre Pelissonnier, à Jean Pclissonnier, son fils, seigneur de Saint-Georges, mort en 1595. Ce dernier, marié à Anne Desprez, eut une fille nommée Pernette , qui lui succéda. Celte dame épousa Simon Desprez, et laissa pour héritier Claude Desprez , son fils , écuyer.

Pernette , fille de Claude Desprez , épousa Jean Caillon de Poligny , et en eut une'fille, Claudine Caillon, mariée en 1680, à Adrien Maigrot, de Poligny, docteur ès-droits. M.

Maigrot vendit Platenay en 1684, à Jacques Cliarreton , qui le revendit en 1705 à Charles Parguey. François-Joseph Parguey, fils de cet acquéreur, le transmit à Claude-Joseph-Nicolas Courbe , conseiller au présidial de Lons-le- Saunier ; ce magistrat le légua, en 1815, au général Lecourbe , son neveu. Les héritiers du général l'ont divisé et vendu.

Fief de Tortelet. Le domaine dit de Tortelet, était un ancien fief de la maison de Clialon. Il se composait d'une tour à Àrlay et d'une autre tour carrée, en forme de donjon, bâtie sur une éminence , au bord du grand chemin de Dole , avec une chapelle à côté , et une tour ronde

servant de pigeonnier. Une enceinte de hautes murailles enveloppait le donjon , la cour, la chapelle et un bàliment de ferme. Ce domaine appartint longtemps à une famille du nom de Tortelet, établie à Arlay, et passa par une alliance à celle des Gentil. En 1652, les biens de Guy et Charles Gentil passèrent par décret à M. Claude-Guillaume de Joux, curé d'Arlay. Cet ecclésiastique légua Tortelet à Etienne de Joux, son neveu , marié en premières noces à Melle Prosper de Boisset. Etienne de Joux testa en 1701 , et institua pour ses héritiers Claude-Adrien et Simon de Joux , ses fils. Ces deux frères se ruinèrent ; leurs biens furent vendus par décret et acquis par M. Adrien Febvre , avocat en parlement, demeurant à ^rinthod, gendre de l'un d'eux. Ce domaine appartient actuellement en grande partie aux enfants de M. Cuenne, ancien maire de Lons-le-Saunier. Le donjon a été transformé en une maison d'habitation ; des bâtiments de ferme l'environnent. Cette belle propriété , dont dépend un moulin important bâti à ses pieds, occupe un site très agréable.

Eglise. L'église de Saint-Germain, dont le patronage appartenait à l'abbesse de Chàteau-Chalon , existait déjà en 1165. Le vaisseau actuel a été bâti sur l'emplacement de l'église primitive. Il se compose d'un clocher couronné par un gracieux dôme, d'une nef décorée de pilastres , d'un chœur et d'une sacristie L'architecture de cet édifice est d'un style lourd et sans grâce. Saint Germain est le patron de la paroisse.

Prieuré. Un prieuré existait à Saint -Germain antérieurement au xue siècle. Il était occupé par des chanoines réguliers , de l'ordre de Saint- Augustin. On voit Hugues,

chanoine de Saint-Germain, figurer comme témoin, de 1170 à 1178, dans un traité intervenu entre Odon, chevalier, d'Arlay, et Bernard, abbé de Rosières. Cet acte se passait dans la maison du prieuré. Dès le xme siècle, ce monastère fut uni au chapitre de Saint-Pierre de Màcon. Les bâtiments claustraux tombèrent en ruine et avaient déjà disparu au xve siècle. Le 3 avril 1607 , les chanoines de Saint- Pierre de Màcon cédèrent les biens dépendant de ce prieuré au chapitre de Baume-les- Messieurs , et reçurent en échange le prieuré de la Frette , dans le duché de Bourgogne.

Evénements divers. Tous les événements dont Arlay fut le théâtre , eurent leur contre-coup à Saint- Germain. Une chronique manuscrite et plusieurs historiens respectables, sur la foi de cette chronique , ont raconté avec de grands détails une entrevue qui aurait eu lieu , le 20 février 1668 , à la fontaine de Bauche , entre le célèbre Jean de Walteville, abbé de Baume, et un certain marquis de Loisy, général des troupes françaises , pour traiter de la reddition de la Franche- Comté à la France. Afin de donner une couleur de vérité à ce roman , on a eu soin de mettre en scène des personnages connus de la province; on a cité la place qu'occupait la table du banquet , les discours qui se sont prononcés dans cette réunion. Il suffisait cependant , pour reconnaître l'invraisemblance de ce récit, de remarquer que la province avait capitulé dès le M février; qu'il ne restait plus de résistances à vaincre, et que le 20 février, l'abbé de Watleville était à la suite de Louis XIV, bien loin d'Arlay. Si ce prélat avait été accusé d'avoir assisté à ce rendez- vous, il lui eût

été facile de prouver son alibi. Ce qu'il y a de certain, c'est que Saint- Germain fut dévasté par les troupes d'Henri IV, en 1595, et dépeuplé par les guerres elles pestes du xvue siècle. Ce village, qui comptait 50 feux en 1560, n'en avait plus que 2fc en 1606, et 12 seulement en 1680, et encore ces douze familles étaientelles composées de colons attirés par les seigneurs d'Arlay dès l'an 1650, pour remettre en culture les terres qui s'étaient couvertes de bois. Le 8 avril 1 790 , la plupart des habitants de Saint-Germain se portèrent en masse , la hache en main , dans la forêt communale et y commirent des dégâts considérables. Le directoire du département se hâta d'envoyer la maréchaussée pour rétablir l'ordre et constater le délit. Les habitants sonnèrent le tocsin , tant à Saint-Germain qu'à Plainoiseau , et repoussèrent les cavaliers. La nomination d'un curé constitutionnel excita de grands troubles dans la commune, au mois de janvier 1792.

La municipalité se plaignit de ce que ce prêtre, après s'être emparé par force des clefs du tabernacle et de la sacristie, avait enlevé la nappe d'autel, la boiserie à laquelle étaient adossés un confessionnal et un banc à l'usage de l'ancien curé. Les conseillers demandaient que leurs administrés ne fussent pas inquiétés pour leurs opinions religieuses et qu'ils pussent se confesser et communier où ils voudraient. Le directoire du département décida que M. Engle, curé dépossédé , pourrait dire sa messe , sans l'annoncer toutefois à son de cloche.

Biographie. Ce village est la patrie : des commandants Tissol, mort en 1820 , Philippe - Hugues , tué sur le champ de bataille pendant les guerres de la République, et du ca-

pitaine décoré Pion (J.-B.), 1762-

Bibliographie. Annuaires du Jura, années 1847, 1849, 1850 et 188*.

«ermigney, Germiniacum, Ger mineum , Germaney, vg. de Parr.

de Dole , cant. , distrib. de poste et percept. de Montbarrey, paroisse de Chissey; à 5 kil. de Chissey, 4 de Montbarrey, 21 de Dole et 84 de Lons-le-Saunier. Altitude : 280m.

Le territoire , sept fois plus long que large , est limité au nord par Santans et Elrepigney ; au sud par Chamblay ; à l'est par le Chàtelay, et à l'ouest par Santans. Les Baraques de la forêt font partie de la commune.

Il est traversé par le ch. de fer de Dole à Salins; par le ch. de gr. corn. n° 7, de Dole à Arc-et-Senans ; par les ch. vie. tirant à la Bretenière , à Chamblay et à Chàtelay; par la rivière la Clauge ; par les ruisseaux de la Tanche et de la Reverotte , et par le bief de la Lue.

Le village est situé dans le val d'Amaous, entre la rive droite de la Loue et la forêt de Chaux. Les maisons sont groupées, construites les unes en briques , pierre et terre , avec un simple rez-de-chaussée ; les autres , plus élevées, sont construites en pierre et couvertes en tuiles. On y remarque le château de M. le marquis de Germigney, l'habitation de M. Ferdinand Amoudru, et celle des héritiers de M. Chavelet de Raze , ancien juge de paix.

Pop. en 1790, 170hab.;en 1846, 913; en 1881, 205, dont 101 hom.

et 104 fem. ; pop. spécif. par kil.

carré, 37 hab.; 39 maisons; 49 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1792. Les jeunes gens n'émigrent pas.

Cadastre exécuté en 1837; surf.

territ. 844h 2i», divisés en 1343 imp. , 308h, savoir : 237h en terres lab., 61 en prés, 27 engravières et mares, et le surplus en cultures diverses, d'un rev. cad. de 15,115 fr.; contr. dir. en princ. 1601 fr.; la surface non imposable , de 227h, dépend de la forêt de Chaux.

Le sol , partie en plaine et partie en côtes , est très fertile ; il produit du blé, du seigle, de l'orge, de l'avoine , du maïs , des légumes secs , de la navette , des betteraves , des carottes fourragères, des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de fruits , peu de lin , du foin et des fourrages artificiels. On commence à y planter de la vigne. On exporte les deux tiers des céréales et on importe les vins. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune quelques chevaux et moutons, des bêtes à cornes et des cochons. On y engraisse des bœufs et des porcs. L'agriculture y fait peu de progrès.

Les seuls patentables sont un charron et un aubergiste.

Biens communaux : lh 23* de pâtures et gravières, d'un rev. cad.

de 3 fr. 68 cent. Il n'y a ni maison commune ni maison d'école. L'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 12 garçons et 10 filles, occupent un logement loué à cet effet.

Bois communaux. Les habitants sont usagers dans la forêt de Chaux.

dépenses ord. Ibô2 fr.

Agrestement assis sur le penchant d'un coteau, Germigney charme par son heureuse situation, dans un pays d'une admirable beauté. En

voyant les magnifiques paysages qui l'entourent, on s'imaginerait presque qu'il a été bàli pour le plaisir des yeux. Son origine, comme celle de tous les villages des bords de la Loue , remonte aux temps les plus reculés , mais deux principes de vie paraissent avoir contribué à son développement, l'existence d'une station romaine au ChAtelay et le passage d'une des grandes voies de la Scquanie. Près du territoire de Chamblay, au bord d'un bras de la Vieille-Loue et aux troues, il arrive fréquemment de découvrir des débris de constructions et des tuileaux à rebords. Nous ne pouvons encore indiquer d'une manière précise la direction de la route qui passait à Germigney. Elle devait tirer à Chamblay, pour aboutir à la voie de Dijon à Pontarlier. Une contrée du territoire de Chamblay porte le nom de voie de Germigney et de gué de Germigney. Le chemin traversait à Germigney, un lieu dit le champ Ferré, La Loue , dans ses courses vagabondes, a tellement bouleversé le sol qui l'avoisine, que les traces du passé n'y sont plus reconnaissablés. 11 semblerait qu'une colonie germaine serait venue , sous Constance-Chlore , s'établir sur les ruines de la bourgade gallo-romaine qu'a remplacée Germigney, en même temps que des tribus de Chamaves se répandaient dans tout le val d'Amaous. Le nom de Germiniacus , Germaney, favorise du moins cette conjecture. Le diplôme du comte Frédéric , de l'an 785 , mentionne déjà Germigney parmi les possessions dont ce prince dota l'abbaye de Saint-Oyan. La date de ce titre prouve suffisamment l'antiquité de ce village. Gollut , dans ses Mémoires sur la Franche-Comté, affirme avoir vu une charte, par laquelle Hugues,

comte de Bourgogne, donna en 967, au chapitre de Saint-Etienne de Besançon , Germigney , Pouilley , Saint-Wit, ainsi que l'acte contenant la confirmation de cette donation , par Raoul II, roi de Bourgogne.

Cette assertion du vieil historien de la province, a été répétée par les annalistes modernes , et cependant elle contient un double anachronisme. Hugues ( Hugues-le-Noir), comte de Bourgogne, était mort en 955 ; il n'a donc pu faire une donation en 967. Raoul ou Rodolphe II, roi de Bourgogne, était mort en 936. Il ne pouvait guère non plus signer une charte en 967. Ce qu'il y a de vrai , c'est que Cotfrad , roi de Bourgogne par un acte daté de Cully, . au pays de Vaux , le 2 des nones de septembre 967, confirma à l'abbé Ermenfroy et aux chanoines de Saint-Etienne de Besançon , le village de Pouilley et son église, qu'ils devaient aux bienfaits du glorieux comte Hugues ( le Noir) , plus les villages , églises et dépendances de Saint-Wit, Martinco-Filla , Serre, Cussey, Bonnay, Geneuille, Germigney et autres lieux, inconnus sous les dénominations qui leur sont données dans le diplôme. S'agit- il dans cet acte de notre Germigney ou du village du même nom , situé dans le canton de Gray (Haute-Saône)?

C'est ce qu'il est difficile de décider. Nous croyons cependant que le titre s'applique à ce dernier heu ; car il n'y avait point d'église au x° siècle à Germigney près de Chissey.

Seigneurie. Germigney se partageait en deux seigneuries différentes : une partie dépendait de la terre de Chàteau-Rouillaud , et le surplus formait un fief particulier relevant directement du comté de Bourgogne. Ce fief fut possédé pendant quelque temps par une famille

qui en portait le nom. Fourcant de Germigney en fit hommage, en 1385, au duc et comte de Bourgogne. En 4588, vivait Etienne de Germigncy, connu par son duel avec Jean le Guignet, de Pontarlier, qui avait tué Liébaud de Scey dans un tournoi , en 1388. Le gage avait été relevé, mais l'amiral Jean de Vienne , puis ensuite le duc de Bourgogne, purent, à force de temporisations, en arrêter l'effet. Le Guignet en fut quitte pour assigner une rente annuelle de 15 francs d'or, destinée à la fondation d'une chapelle , dans la paroisse de Liébaud de Scey , pour le repos de Vàme de la victime. Jean de Germigney était marié, en 1 590, avec Pernette de Chamblay. Cette famille s'établit à Beaufort, où elle possédait un fief considérable et une tour à côté du château , dite la tour de Germigney. Simon de Quingey, chevalier, vendit la seigneurie de Germigney, le 2 juillet 1522, à Jean Bourelier, IIe du nom, gruyer de Bourgogne , qui en donna la nuepropriété à Renobert Bourelier, son fils , et en laissa l'usufruit à Marie de la Ferlé , son épouse , morte en 1540. Jean de Méligney, seigneur de Dampierre, époux de Magdelcinc de Quingey, usant du droit de reirait lignager, rentra en possession de Germigncy, le 11 mai 1538. Le (ils de Jean de Méligney vendit celte terre, en 1 582, à Louise Àlépy, veuve de noble Gaspard Coquclin , et à Guillaume Goquelin , fils de cette dame. Ce dernier en resta seul propriétaire à la mort de sa mère , arrivée en 1604. Il mourut le 6 juillet 1619 , laissant de Catherine Jacquinot, son épouse, un fils, nommé Jean-Baptisle et une fille. Jean-Baptiste Coquelin , seigneur de Germigney, Chilly, Aresches , etc., obtint en 1 635, des lettres-patentes de Phi-

lippe II f 9 roi d'Espagne, qui lui permettaient, en considération de ses services militaires et de ceux de son père, de quitter le nom de sa famille, et de prendre celui de Germigney. Il épousa, le 29 août 1617, Anatoile- Suzanne Duchamp d'Assaut et en eut un fils , du nom de Guillaume.

Guillaume de Germigney, seigneur dudit lieu, Aresches, etc., s'allia, le 1er juin 1660 , à Marguerite Bancenel, dont il eut Jacques-François de Germigney. Jacques- François de Germigney, écuycr, seigneur dudit lieu , capitaine de cavalerie dans le régiment de Saint-Mauris , obtint du roi, au mois de décembre 1717 , l'érection en marquisat, sous le nom d'Aresches, des terres d'Arcsches , Chilley , Germigney, l'Abergemcnt et du Perret, en considération de sa noblesse et de l'ancienne possession de ces terres dans sa famille. 11 avait épousé, le 4 février 1691, Françoise-Bonaventure, fille de Jean Simon de Saint-Mauris, seigneur d'Augerans , dont il eut entre autres enfants, Claude-François de Germigney, seigneur dudit lieu , qui fit ériger, au mois de juillet 1740, les terres de Germigney et de Rennes , en marquisat , sous le nom de Germigney. Claude-François de Germigney avait épousé en premières noces Marie-Rosalie, fille de Louis, comte d'Essalle, et en secondes noces, Charlotte Bancenelde Myon. Du premier mariage sont nés, entre autres enfants, Jacques-François, marquis de Germigney, capitaine dans le régiment du roi , infanterie , marié à Denise-Victoire de Chastellier du Mesnil, dont sont nés Françoise - Emilie de Germigney, épouse de Joseph-Luc-Jean-Baptiste, comte de Maréchal - Veiet ; Bonaventure - Denise - Victoire de Germigney, épouse de Réné-Louis,

comte de Gros-Préville , et Agalhe- Féltcilé-Joseph de Gerinigney. Le marquis de Germigney émigra en 1790, et ses biens furent Tendus nationalement.

Château. Le château a été construit en 1780, et appartient aujourd'hui à M. le marquis de Germigney, qui a fait des voyages intéressants en Perse , en Arabie et au Caucase.

11 en a rapporté une grande quantité d'armes , de costumes , d'objets rares , dont il a formé une collection curieuse.

Chapelle. Il existait à Germigney une ancienne chapelle, qui a été démolie en 1815, et remplacée par une simple croix.

Biographie. Ce village est la patrie : de M. Cliavelet-de-Raze, Anatoile ( 1790-1853) , qui fut juge de paix pendant plus de 30 ans et longtemps membre du conseil général du département; de M. Chavelet, Claude-Etienne, frère du précédent, commandant du génie , décoré, actuellement en retraite, et de M. Cha- Ion , Anatoilc-Augustin , conseiller à la cour impériale de Besançon, membre de la Légion-d'Honneur , né en 1802.

Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole, par M. Marquiset. — Annuaire du Jura, année

Geruge, vg. de rarr., cant. et bur. de poste de Lons-le-Saunier, percept. de Cesancey ; paroisse de Saint-Laurent-de-la-Roche ; à 5 kil.

de Saint-Laurent et 7 de Lons-le- Saunier. Altitude : 47 lm.

Le territoire est limité au nord par Courbouzon et Macornay ; au sud par Saint-Laurent-de-la-Roche et Macornay ; à Test par Macornay, Vaux- sous -Bornay et Bornay; à l'ouest par Gevingey et Saint-Lau-

rent-de-la-Roche. Mont - Orient fait partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 4 , de Lons-le-Saunier à Montfleur ; par les ch. vie. tirant à Arthena , à Gevingey ; par les ch.

dits de Gravelle et des Feuilles.

Le village est situé sur le premier plateau des basses montagnes du Jura. Les maisons sont groupées , construites en pierre, couvertes une partie en tuiles et les autres en chaume. Elles ne se composent, à peu d'exceptions près, que d'un simple rez-de-chaussée.

Pop. en 1790, 181 hab.;ent846, 218; en 1851, 311, dont 119 hom.

et 92 fein.; pop. spécif. par kil.

carré, 48 hab.; 27 maisons, savoir :

à Geruge 26 et à Mont-Orient 1 ; 47 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1740. Les jeunes gens émigrent, pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1810 ; surf, terril. 436b 38a, divisés en 880 parcelles que possèdent 156 propriétaires , dont 65 forains ; surf. imp.

425h, savoir : 27 2b en terres lab., 95 en pâtures, 33 eu bois, 13 en prés , 4 en vignes , et le surplus en jardins, vergers, friches et sol de bâtiments, d'un rcy. cad. de 12,224 f,; cont. dir. en princip. 1428 fr.

Le sol, de nature variée, est d'une fertilité moyenne; il produit du blé, de l'orge, de l'avoine , du maïs, des légumes secs , de la navette, peu de betteraves, de foin et de vin, et des fourrages artificiels. On exporte le quart des céréales et on importe moitié du vin consommé dans la commune. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.

On élève dans la commune des bêles à cornes, des porcs et des moutons. 6 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès.

On trouve sur le territoire des carrières de pierre à bàlir et à chaux, non exploitées.

Il y a une fruitière, dans laquelle on fabrique annuellement 5000 kil.

de fromage , façon Gruyère.

Le seul patentable est un cabaretier.

Biens communaux : un châlet acquis en 1854, qui doit être prochainement converti en maison commune. Ce bâtiment renfermera la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, qui est fréquentée actuellement par 30 garçons et 22 filles ; une chapelle entourée d'un cimetière ; trois fontaines avec lavoirs et abreuvoirs, un ancien puits sans eau, et 125h ft4ade pâtures, terres et friches , d'un rev. cad. de 1118 fr.

Bois communaux : 35h 29*5 coupe annuelle, 99a.

Budget : receltes ord. 1836 fr. ; dépenses ord. 1642fr.

NOTICE HISTORIQUE

Du point qu'occupait la tour de Mont-Orient, on découvre un des plus beaux points de vue de la province. A l'ouest et au midi , l'œil s'égare avec délices sur les riches plaines du Jura , de la Bresse , de l'Ain , du Rhône et de la Côte d'Or, toutes parsemées de villages ; à l'est et au nord, se hérissent les croupes verdoyantes des différentes chaînes du Mont-Jura, dont les cimes se noient dans l'azur du ciel. On voit dans le rapprochement des côteaux couverts ; de pampre , étalant avec orgueil les ruines qui couronnent leurs sommets, tels que celles des châteaux de Monlaigu, de Montmorot , de Pymont, de l'Etoile , du Pin , d'Arlay, et les églises de Saint-Maur, de Sainl-Etienne-de- Coldres et de Mon tain. La tour de

Mont-Orient, Mons Orienlis, est d'origine romaine. On a trouvé parmi ses décombres, des armures et des (lèches semblables à celles dont se servaient les soldats romains et des pièces de monnaie au coin des empereurs. Du reste , on peut être à peu près certain que tous les noms de lieux dans lesquels on rencontre le mot mont , doivent leur dénomination aux Romains. Nous pourrions appuyer cette remarque de plus de cent exemples. Cette tour était destinée non-seulement à surveiller le pays, mais encore à protéger la voie romaine qui , de Lons - le - Saunier se dirigeait sur Lyon, en passant par Gevingey, Rolaillier, Rosay et Curny. Gilbert Cousin et après lui Mérula , prétendent qu'elle fut détruite par les premiers Burgondes qui arrivèrent dans la Séquanie , parce qu'elle servait d'asile à des brigands. Elle fut reconstruite au moyen-âge, et c'est probablement alors que se groupèrent sous sa protection les premières habitations de Geruge. Ce village formait une des nombreuses dépendances de Ja seigneurie de Saint- Laurent-la-Roche, et en relevait en toute justice. Mont- Orient était un fief direct de la même seigneurie , à laquelle il demeura presque toujours annexé. En 1314, Béraud de Mercœur, seigneur de Saint-Laurenl-la-Roche, donna à Marguerite de Ruffey, épouse de Hugues de Vienne , tout le droit qu'il avait et pouvait avoir dans le château de Mont-Orient , en murs, tranchées et édifices. Philippe de Vienne, fils de Hugues , vendit ce château en 1 350 , à Cherbert de Chalon , fils naturel de Hugues de Chalon Arlay Ier; mais cet acquéreur lui donna la faculté pendant quatre ans , de pouvoir le racheter, en remboursant le prix qu'il avait reçu. H y avait alors

plusieurs maisons près de la tour.

Le château-fort de Mont-Orient s'élevait à l'extrémité nord-ouest du territoire de Geruge, au sommetd'un rocher ayant 40m de largeur et 60m de longueur. Ce rocher était à pic de trois côtés. Le seul côté accessible était défendu par un fossé de 8m de largeur , creusé dans le roc vif. Aussi, celte forteresse était-elle regardée comme imprenable. Le fossé existe encore , mais les constructions ne forment plus qu'un monceau de ruines recouvertes par un jardin anglais. Non loin de ces ruines était la maison de M. Vernier, sénateur de l'empire , et mort pair de France.

Chapelle. La chapelle de Geruge, dédiée à la sainte Vierge , à saint Sébastien et à sainte Catherine, fut construite par les habitants en 1478, et devait être desservie par un vicaire du curé de Saint-Laurent-la- Roche. Plus tard, on construisit une maison curiale qui fut occupée par un vicaire résident. La cure ayant été incendiée en 1715, ne fut pas reconstruite. L'église actuelle est orientée et se compose d'un clocher, d'une nef et d'un chœur rectangulaire. Le clocher, rétabli en 1778, est surmonté d'une toiture aplatie et couverte en laves, ainsi que l'église. Contre le mur de la façade principale, on voit extérieurement un pupitre en pierre. L'intérieur est voûté en ogive , et au fond du chœur, on remarque une belle fenêtre ogivale géminée. Le cimetière , autour de l'église, est ombragé par des tilleuls très anciens. Pendant la peste du xvii® siècle, ce cimetière était devenu insuffisant. La population presque entière mourut. On tenta de porter les morts à Saint-Laurent , mais les habitants de ce lieu s'opposèrent énergiquement à ces inhumations.

Evénements divers, (Voir l'article Saint-LaurentdelaRoche.) Un incendie survenu en 1718 , a détruit au moins les quatre cinquièmes des habitations du village.

Bibliographie. Annuaire du Jura, année 1840.

Gevlngey, Juvingey, GèvingeZy Gevingé, vg. de l'arr., cant. et bur.

de poste de Lons-le-Saunier , perc.

de Cesancey ; succursale ; à 7 kil. de Lons-le-Saunier. Altitude : 520m.

Le territoire est limité au nord par Chilly, Messia et Courbouzon ; au sud par Saint-Laurent-de-la-Roche et Cesancey ; à l'est par Geruge et Courbouzon ; à l'ouest par Cesancey, Beyne, section de Trénal et par Frébuans. Le Carrouge fait partie de la commune.

Il est traversé par la route imp .

n° 83 , de Lyon à Strasbourg; par le ch. de gr. com. n* 50 , de Lonsle-Saunier à Loubans ; par les ch.

vicin. tirant à Lons-le-Saunier, à Saint-Laurent, à Trénal, à Cesancey , à Geruge ; par le chemin de Mars, tirant à Lons-le-Saunier, et par celui de la Paule ; par le ruisseau de Vaux et celui de Jean-de- Lans.

Le village est situé au pied nordouest de la chaîne du Vignoble , sur la rive gauche de la roule de Lyon à Strasbourg. Il se divise en plusieurs rues, appelées, rues des Juifs, des Crapeaux, des Bouvard , quartier & En -Haut et rue du Château. Les maisons sont groupées , généralement bien bâties en pierre et couvertes en tuiles plates. La plupart ont un étage au-dessus du rezde-chaussée.

Pop. en 1790, 430 hab. ; en 184G, 513; en 1851, 639, dont 322 hom. et 317 fem.; pop. spécif.

par kil. carré, 108 hab. ; 146 mai-

sons ; 178 ménages. En 1614, il n'y avait que 58 feux. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1 7 1 8. Les habitants n'émigrent pas.

Cadastre exécuté en 1810 : surf, territ., 589h 87», divisés en 2217 parcelles que possèdent 332 proimp., 57 lb, savoir: 243b en vignes, 135 en terres lab., 135 en pâtures, 43 en prés, et le surplus en jardins, bois , friches et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 29,235 fr.; cont.

dir.en princ. 4219 fr.

Le sol, très fertile, produit du blé, du maïs , des légumes secs , de la navette, des pommes de terre, du chanvre, des vins rouges , blancs et clairets, de bonne qualité, du foin et des fourrages artificiels. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr.

50 c. pour cent. On importe les trois cinquièmes des céréales et on exporte des vins pour une valeur annuelle de 60 à 80,000 fr.

On élève dans la commune des bètes à cornes , quelques moutons et chèvres. 20 ruches d'abeilles. La principale ressource des habitants consiste dans la culture de la vigne.

Ils fréquentent habituellement les marchés de Lons-le-Saunier.

On trouve sur le territoire , des carrières de pierre à bâtir et de taille, exploitées.

Il y a un chàlet , dans lequel on fabrique annuellement 13,000 kil.

de fromage , façon Gruyère , de bonne qualité.

Les patentables sont : un aubergiste, un charron, un vétérinaire, un cafetier, deux bouchers , un fabricant d'huiles, un mercier, un marchand de vin en gros, un tailleur de pierre , un entrepreneur de bâtiments et un exploitant de carrières.

un cimetière à l'entour, un presbytère en mauvais état, acquis en 1825 ; une maison commune, construite en 1835, qui a coûté 12,000 francs ; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude, fréquentée en hiver par 60 élèves, le logement de l'institutrice et la salle d'éludé, fréquentée en hiver par 60 élèves ; deux fontaines avec abreuvoirs ; une pompe à incendie, manœuvréc par une compagnie de 31 pompiers: enfin, U8fc 43* de terres, pâtures et friches, d'un rev. cad. de 392 fr.

Budget : recettes ord. 2148 fr.; dép. ord. 2161 fr.

NOTICE HISTORIQUE

Les premiers temps de Gcvingey sont enveloppés d'une grande obscurité. On prête à son nom plusieurs étymologies , entre lesquelles nous n'osons pas nous prononcer. Son existence , comme bourgade gauloise ou romaine , est encore un problème. Cependant , le voisinage de la tour de Mont- Orient, le passage de la grande voie romaine , de Lons-le-Saunier à Lyon, sur son territoire, les dénominations àeChàtelet , de Châtillon , de rue de Mars, qu'on y rencontre , nous paraissent suffisants pour témoigner de son antiquité. Son église est déjà mentionnée parmi celles dont l'empereur Frédéric Barberousse confirma la possession , en 1 1 65, en faveur de l'abbaye de Chàteau-Chalon.

Seigneurie. Gcvingey dépendait , dans l'origine , en toute justice, de la seigneurie de Saint- Laiirent-la- Rocbe , mais une foule de fiefs s'en partageaient le territoire. Le principal était celui que possédaient Etienne et Huguenin de Ruftcy, frères , chevaliers. Etienne de Ruffey transmit sa moitié à Marguerite,

sa fille , devenue épouse , avant 4 310, de Hugues de Vienne , chevalier, seigneur de Pagny et de Montmorot ; Huguenin de Ruffey donna aussi la moitié qui lui appartenait, à sa nièce. Béraud de Mercœur, connétable de Champagne , seigneur de Saint-Laurent-de-la- Roche , exigea de Marguerite de Ruffey, l'hommage de ce qu'elle tenait de son fief à Gevingey. Après de nombreuses difficultés, cette dame consentit à reconnaître qu'elle tenait sous la mouvance de ce seigneur , 100 livrées de terre, qu'elle assigna sur deux fiefs situés à Cuiscaux et à Gevingey , et par le même acte, daté de l'an 1314, Béraud de Mercœur donna à Marguerite de Ruffey et à Hugues de Vienne, son mari, tout le droit qu'il avait et pouvait avoir à cause de Saint-Laurent-de-la-Roche , à Gevingey et lieux en dépendant, en fiefs, hommes, sergents, arrièrefiefs , seigneuries et en toutes autres choses , même le château , murs , tranchées et édifices de Mont-Orient.

Philippe de Vienne , seigneur de Pymont , succéda à Hugues de Vienne et à Marguerite de Ruffey , ses père et mère, dans la seigneurie de Gevingey, et épousa, en 1337, lluguette de Sainte - Croix , veuve d'Etienne de Saint-Dizier. 11 en eut un fils et deux filles nommées Marguerite et Jeanne. Marguerite fut mariée , en 1 352 , à Louis de Chaton , seigneur d'Arguel et de Cuiscaux, cl Jeanne, à Tristan de Chalon , seigneur d'Orgelet. Marguerite eut Gevingey dans son lot. Guy de Vienne, son frère consanguin , notifia aux habitants de ce lieu , qu'il avait fait entrer dans le lot de sa sœur les droits qu'il avait lui-même sur ce village , et leur ordonna de la reconnaître pour leur dame. Decclle manière, Gevingey fut réuni de nou-

veau à Saint-Laurent-de-la-Roche.

Le 31 octobre 1656, le roi d'Angleterre , aux droits de la maison de Chalon , céda , à titre d'échange , la seigneurie de Gevingey, à Marc de Montagu ou Montaigu, baron de Boutavant , avec stipulation que ce contrat serait autorisé par le parlement et par la chambre des comptes.

Marc de Montaigu , chevalier, était un officier d'un grand mérite , mais d'un caractère emporté. Ayant commis un homicide en 1625, il fut obligé de s'expatrier pendant dix ans. Il rentra en 1635, et obtint du roi d'Kspagne le litre de capitaine de la compagnie de Varambon. Le 6 novembre 1635 , le parlement lui permit de résider pendant six mois dans la province , afin de lui donner le temps de solliciter sa grâce. Quatre jours après , Ferdinand de Rye , archevêque de Besançon , écrivit au marquis de Balançon , son neveu , général d'artillerie aux Pays-Bas , pour l'engager à user de toute son influence à la cour, afin d'obtenir la grâce du baron de Boulavant. Ce dernier épousa Charlotte de Gilley, dont la fortune s'accrut subitement de la succession des seigneurs de la Tour Saint -Quentin de Besançon.

De ce mariage naquit Jeau-Claude de Montagu , qui épousa au château deCornod , le 8 juin 1 679 , Polixène de la Poypc. Ce seigneur était très riche. Il fut en même temps baron de Boutavant , seigneur de Vallin , Charchilla, Gevingey, Attouse, Rotallier en partie, la Combe, Moiron, Augea, baron de Cornod, Monldidier et des deux Vaulgrineuses , seigneur d'Arinthod , Dramelay, Fétigny, Oliferne, Montcroissant, Saint- Coloinb , Verlrieux , comte de la Tour Saint- Quentin, etc. Le luxe effréné qu'il déploya amena sa ruine.

Le 17 janvier 1711, ce seigneur et

son épouse étant au château de Gevingey , leur résidence habituelle , firent une donation entre-vifs de tous leurs biens , à Claude-Marc de Montagu, leur fils , à charge par lui de payer toutes leurs dettes et de leur servir la modeste pension de 1600 fr., réductible de moitié à la mort de l'un d'eux. Claude-Marc de Montagu prit le sage parti d'aliéner quelques-uns de ses domaines, pour éteindre les dettes mises à sa charge par ses père et mère. Il vendit la seigneurie de Gevingey, le 50 avril 1712, à M. Pajot. M. Pajot de Vaux, conseiller - maître à la cour des comptes de Besançon , petit-fils de cet acquéreur, la possédait en 1789.

Il était marié à MUe Franchet de Rans, dont Voltaire était le parrain. Cette dame , d'un esprit élevé , entretenait une correspondance très suivie avec cet iliustre écrivain. M. Droz , de Besançon , dont la famille a fourni des membres à l'Institut et de savants écrivains , auteur lui-même de plusieurs travaux historiques sur la province , jouit aujourd'hui de la terre de Gevingey, par son mariage avec Mlle Pajot de Vaux.

Château. Le château de Gevingey a été construit par Marc de Montagu en 1657. Il se compose d'un portail flanqué de deux grosses tours à bases quadrangulaires et couronnées , ainsi que le portail , de toits pyramidaux; d'une grande cour et d'un corps de-logis flanqué de tours, que surmontent des flèches pyramidales. A côté se trouvent les dépendances. Le portail est décoré d'un fronton coupé, au-dessus duquel est une niche. Au nord-est de ce manoir est une belle avenue d'arbres séculaires. Un parc semi-agricole , d'une lieue de circonférence , est attenant au château. Une chapelle avait clé bâ(ic et dotée par

Marc de Montagu en 1675, mais elle a été démolie. Le séjour à Gevingey de MM. de Montaigu, qui figuraient parmi les plus grands seigneurs de la province , donna longtemps un certain reflet à ce village.

Fief de Montaigu. Marguerite de Vienne , dame de Saint-Laurent-la- Roche , voulant récompenser les services de Gilles de Montaigu , licencié en lois, son conseiller ordinaire, lui donna en fief, en 1571, dix livrées de terre à Gevingey. Les descendants de Gilles de Montaigu , dont on trouvera la liste à l'article Moiron, firent hommage de ce fief à Marguerite de Vienne, en 1597 ; à Jean de Chalon, en 1401, et au roi d'Espagne, en 1574, pendant la confiscation des terres des seigneurs d'Orgelet. Il fut réuni à la seigneurie principale, entre les mains de Marc de Montaigu.

Fief de la Bastie. Marguerite de Ruffey avait attaché à sa maison Jacques de Chilly, chevalier, et lui promit une robe chaque année. Elle lui donna en outre, en 1298, un fief sur Gevingey, appelé le fief de la Bastie , qui se composait d'une maison -forte , de terres , prés et cens, lui provenant d'Etienne de Ruffey, son père.

Fief de Faux. Il y avait, près de la source du ruisseau de Vaux , une maison féodale qui donna son nom à une famille noble. Antoine de Vaux , marié à Guilk mette de Ravary, vivait en 1458.

Fief de la Baume. Il existe dans les pâturages de Gevingey , une grotte appelée la Baume. Le territoire avoisinant cette grotte, formait un domaine féodal, qui donna aussi son nom â une famille noble.

Guillemin de Ruffey et Clémence d'Ematrole , son épouse, en 1280, Henri de Lons, en 1284, avec Ici,

héritiers de Guillemin de la Baume pour arrière-vassaux , firent hommage de leurs fiefs au seigneur de Saint- Laurent-ïa-Roche. L'arrièrefief de Guillemin de la Baume se composait « de bois , prés , vignes, terres arables et non arables, prés , vignes, hommes, cens, corvées, seigneurie , chazal et curlils, »

Fief de sergenterie. La sergenterie de Gevingey fut donnée, en 1347, par Huguelte de Sainte-Croix, dame de Saint-Laurent , à la Ravary , sa nourrice. Guillemette Havary la porta en dot à Antoine de Vaux, son mari.

Fiefs divers. De nombreux fiefs étaient répandus à Gevingey , indépendamment de ceux que nous avons spécialement cités , mais tous furent réunis à la seigneurie principale par Marc deMontaigu, qui les acheta successivement. On connaît des reprises de fief de Huguenin Ottenin, de Lons* le-Saunier, en iftâO; de Jacques Bouton , seigneur du Fay, en et U40 ; de Rudelin , en 1436 ; des familles de Blye , en U8* et 1500 ; de Malpas, en 1569; de Louis de Chissey, seigneur de Rosay, héritier d'Antoine de Litteau,cn 1629. Le four banal appartenait à l'hôpital de Saint-Laurent-la-Roche. M. Roux , de Grandfonlainc , fit ériger en fief, en U51, la maison qu'il avait dans ce village.

Affranchissement. Philippe II , roi d'Espagne , par lettres-patentes du 19 juillet 158&, affranchit les habitants et le territoire de Gevingey de la main-morte réelle et personnelle. Les sujets devaient se retirer, en cas d'imminent péril , au château de Saint-Laurent- la-Roche et contribuer à ses réparations. Leur seigneur particulier avait sur eux la justice haute, moyenne et basse, exercée par un bailli, un juge

châtelain , un procureur et un greffier.

Prieuré. L'abbaye de Châleau- Chalon possédait à Gevingey , nonseulement le patronage de l'église , mais encore tout le terrain qui entourait le cimetière. Un prieuré fut construit sur une partie de ce terrain, sous le vocable de saint Léger, et était habité par quatre religieuses sous les ordres d'une supérieure.

Cet établissement ayant été ruiné parles guerres du xvne siècle, l'abbesse de Château - Chalon nomma un ecclésiastique pour régir , sous le titre de prieur, les revenus qu'elle avait dans ce village.

Eglise. L'église est située au centre du village, et dédiée à saint Léger, évéque et martyr, dont on célèbre la fête le 2 octobre. Elle se compose d'une nef, d'un chœur plus étroit que la nef, d'un clocher, attenant au côté droit du chœur, d'un sanctuaire se terminant rectangulairemcnt , et d'une sacristie sous le clocher. Des pilastres de l'ordre toscan décorent l'intérieur de la nef.

Sur ces pilastres , s'élèvent les arcsdoubleaux de la voûte , qui est légèrement ogivale. Cet édifice est du style de la renaissance. 11 renfermait autrefois trois chapelles. Il n'en reste qu'une. Les confréries du Scapulaire et de Notre-Dame du Mont-Carmel , instituées en 1 664 , y faisaient leurs exercices. Le cimetière renferme les tombes d'un grand nombre d'ecclésiastiques.

Evénements divers. (Voir l'article Saint- Laurenl-de-la-ttoche.)

«e*ry, Geveriacum , Villa Gui* riacensis, Gevriacum, Villa Givriacensis , Gèvre , Gevrer, Givry, Gevrey-sur-le-Doubs , Givrey, vg. de Tarr., cant. et bureau de poste de Dole , percept. de Villette; succur-

sale ; à S fc.il. de Dole el 60 de Lonsle-Saunier. Altitude : 205m.

Le territoire est limité au nord par la route imp, n° 73 , de Moulins à Bâle , qui le sépare de Y Abbaye- Damparis , et par Gboisey ; au sud par Molay et Parcey ; à Test par Crissey et la Loue , qui le sépare de Parcey ; à l'ouest par Ta vaux.

Il est traversé par les ch. vicin.

tirant à la route imp. et à Damparis, à Villette, à Molay et à Parcey; par le Doubs et ses mortes ; par la Loue et ses bras ; par la rivière de Clauge et le ruisseau du Gargouillon.

Le village est situé au milieu d'une immense plaine , sur la rive droite du Doubs. Les maisons sont groupées, construites en pierre et couvertes un tiers en tuiles et les deux tiers en chaume. La plupart n'ont qu'un simple rez-de-chaussée.

Pop. en i 790, 460 hab. ; en 1 846, 502; en 1851 , 526, dont 261 nom.

et 265 fem.; pop. spécif. par kil.

carré, 100 hab.; 108 maisons, savoir : dans les rues de PArcène 18, de l'Oratoire 17, de la Bouteille 2, de l'Eglise 1 1 , du Château 10 , de la Chevalerie 7 , du Pasquier 28 , du Chêne 13 , aux Graviers du Port 2; 138 ménages. Les plus anciens registres de l'étal civil datent de 1736. Les jeunes gens émigrent , pour être domestiques dans les villes.

Cadastre exécuté en 1812; surf, lerrit. 529h 44*, divisés en 1579 parcelles que possèdent 274 propriétaires, dont 106 forains; surf, imp., 467\ savoir : 250h en terres lab. , 113 en prés , 77 en pâtures , 1 5 en gravières , 5 en oseraies , et le surplus en cultures diverses , d'un rev. cad. de 29,113 fr.; cont.

dir. enprincip. 3191 fr.

Le sol , très fertile , produit du blé, de l'orge , de l'avoine, de l'excellent maïs, peu de foin, beau-

coup de fourrages artiGciels , du chanvre, des pommes de terre, peu de fruits, des légumes secs et des betteraves. Le territoire souffre considérableraentdes inondations causées par les débordements du Doubs. On exécute en ce moment une digue , pour le préserver. Il a l'inconvénient d'être coupé en deux parties par cette rivière. Les cultivateurs sont obligés à chaque instant de traverser un bac pour l'exploitation de leurs propriétés. On exporte les deux tiers des céréales el on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.

11 y a d'abondantes sablières et gravières , exploitées , sur les bords du Doubs.

On élève dans la commune des bêtes à cornes, beaucoup de cochons et des chevaux. On se sert exclusivement, pour le labourage , de chevaux.

Le Doubs est très poissonneux à Gevry ; le gibier d'eau y afflue..

Les patentables sont : 2 aubergistes , 2 épiciers, 2 fermiers de pèche, 1 maréchal-ferranl , 1 sabotier, 2 cordonniers, 2 charrons, 1 marchand de grains en gros et 1 fabricant d'instruments aratoires.

Biens communaux : une église , un cimetière à l'en tour, un presbytère très convenable, une maison commune, renfermant la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 65 élèves ; le logement d'une institutrice de l'ordre de la Sainte-Famille, dont la maison principale est à Besançon, et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 64 élèves ; un bâtiment servant de dépôt de la pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 23 pompiers ; un oratoire , et 86h 66* de pâtures, mares, terres , gravières , prés et oseraies ,

d'un rev. cad. de 822 fr. Les écoles sont gratuites, ce qui contribue beaucoup à répandre l'instruction.

Bois communaux : 97b 63a; coupe annuelle, 3h 08a.

Budget : recettes ord.. 4805 fr. ; dépenses ord. 4648 fr.

NOTICE HISTORIQUE

C'est à tort que plusieurs savants ont cru reconnaître dans Gevry Pantique ville de Dubris ou Ponte Dubis, placée par les anciens itinéraires sur la route de Chalon-sur-Saône à Besançon , entre Ternutium ( Verdun-sur-le-Doubs ) et Crusinie. Des découvertes récentes ne permettent plus d'attribuer cette origine à un autre lieu qu'au village de Pontoux, où on remarque encore les restes d'un ancien pont sur le Doubs. Il a existé un établissement gallo-romain très important sur la place qu'occupe aujourd'hui le village de Tavaux , point de convergence de plusieurs grands chemins dans l'antiquité , mais rien n'indique que Gevry ait existé à cette époque. Les ruines qu'on aperçoit au champ Brésilien, à l'extrémité du territoire de Gevry et près de Molay, proviennent probablement d'une villa qui s'élevait près de la ville, dont le nom est encore une énigme. Une tradition prétend que ce sont les restes d'un village de Saint- Vincent, détruit depuis des siècles. Du reste , toute exploration archéologique est impossible à Gevry. Le sol y a été tellement remué par les inondations du Doubs, qu'on retrouve à des profondeurs de 6 à 7 mètres, des arbres entiers enfouis sous terre .Nous avons lieu de croire que ce village se forma au ive siècle , après la ruine de Tavaux , et qu'il dut sa naissance aux colonies que l'empereur Constance-

Chlore , envoya dans le comté d'Amaous, pour le repeupler et réparer les désastres causés par les Barbares. Il est certain qu'il existait déjà au vme siècle, puisque le comte Frédéric le nomme dans la donation qu'il fit, en 785, en faveur de l'abbaye de Saint-Oyan, et l'appelle Generiacum ou Geveriacum. Un grand chemin, d'origine romaine sans doute, traversait son territoire au xme siècle. Dans une convention passée le mercredi après l'octave de la Purification, de l'année 1294, entre Lanzalo Curcherla de Plaisance, chef de la communauté des marchands d'Italie, fréquentant les marchés de la Champagne et du royaume de France, Otton, comte palatin, et Hugues de Bourgogne son frère , il fut stipulé que ces derniers protégeraient les marchands italiens ( les Lombards), à condition qu'il leur serait payé , pour chaque balle de marchandises et pour chaque cheval passant par Gevry ou par Dole, quatre deniers de petits tournois.

La route qui conduisait de Ponlarlier à Dijon par Salins , se bifurquait à Belmont ou à Augerans. Une branche passait par la Loyc, Dole et Auxonne, et une autre par Gevry et Saint -Jean -de- Losne. Cette dernière rencontrait près de Gevry, d'un côté, la roule qui conduisait à Chalon-sur-Saône, par Tavaux et Chemin, et de l'autre, celle qui se dirigeait de Langresà Genève, par Sacquenay, Flaraerans et Champvans.

Un troisième chemin, venant de Bellevesvre, passait par Chaussin et Gevry, pour aboutir à Dole. Gevry étant au moyen-àge un lieu de passage considérable, dut nécessairement prendre un rapide accroissement. Aussi, avait-il déjà une église paroissiale en 1139.

Seigneurie. La seigneurie de Ge~

vry était un démembrement de la ctiàtellenie de Dole , propriété des souverains du comté. Elle comprenait Gevry, moitié de Tavaux , l'Abergement-la-Ronce et Villelte, en toute justice , Dam paris et Viiletle pour la haute-justice seulement. Elle relevait directement des comtes de Baurgogne. Le seigneur avait le droit d'instituer un bailli, un juge châtelain, un procureur d'office, un greffier, un tabellion, des sergents et des forestiers. Il avait le droit de messerie, de chasse , de pèche dans le Doubs , depuis le pont de Dole jusqu'à l'embouchure de la Loue, ainsi que dans la Glauge. Il percevait un cens de k sols par chaque journal de terre ; les lods et la retenue, à raison d'un sol par franc. Il lui était dû deux corvées par charrue, le guet et garde au château , en temps de paix et en temps de guerre ; et quand les habitants n'avaient pas à s'acquitter de cette obligation , ils devaient lui porter à Noël, deux blancs, un pain de la valeur d'un blanc et une gerbe du prix de deux engrognes. Les épaves étaient sa propriété. Il avait la faculté de prendre du bois de service et de chauffage dans la forêt de Chaux , dans les bois communaux de Gevry et d'autres lieux voisins, tant pour son four banal que pour l'entretien du moulin à bateau qu'il avait sur le Doubs. 11 percevait un droit de péage pour le passage du Doubs, qui cousis tait en un sol pour l'homme à pied, en deux sols six deniers pour les cavaliers et les charrettes, et en trois sols par charriot. Ce droit se perçut successivement dans le lieu dit au Vieux-Portaux et à l'Ile-du-Portaii.

Par traité fait le 10 septembre 1547, Françoise de Longwy, dame de Gevry, permit à ses sujets de construire de petits fours « de la cuite

et contenue d'une mesure de Gevry, pour y faire cuire flancs, fer tes, flamusses, ga&telets, millets, pâtés et autres pâtes non levées, ainsi que prunes , pommes , poires et autres fruits, » avec défense expresse d'y cuire des pâtes levées, sous peine de démolition du four, et de 60 sols d'amende. Pour prix de cette faveur, les habitants s'obligèrent de payer la redevance annuelle de fi petits blancs par four. Ils n'en restaient pas moins soumis à la banalité du four pour la cuisson de leur pain.

Seigneurs, Philippe de Valois, roi de France, chargé comme arbitre de terminer les difficultés qui régnaient entre le duc Eudes IV et Isabelle de France, dame de Faucogney, sa belle - sœur, qui réclamait depuis longtemps un supplémentd'apanage, condamna le duc, en 1341, à donner à Isabelle les terres de Montbozon , Gevry et Sampans , à condition que ces terres et leurs revenus appartiendraient aux enfants qui naîtraient du mariage de cette princesse avec le seigneur de Faucogney, et qu'à défaut d'enfants , ces biens feraient retour au domaine. Jeanne, héritière de Faucogney, s'allia à Henri de Longwy, chevalier , sire de Rabon, l'un des principaux officiers attachés à la cour de Marguerite, comtesse de Flandres et de Bourgogne, et lui porta Gevry en dot.

Elle en eut un seul fils , du nom de Jean. Henri de Longwy testa en 1390. Il voulut être inhumé au couvent des frères mineurs de Dole, ordonna qu'un drap d'or, armoyé de ses armes , recouvrît son corps à ses funérailles, fit des legs à ses écuyers, à son fauconnier, son bouteiller et aux autres officiers attachés à sa maison, et institua pour son héritier Mathey de Longwy, son pelit-

fils, né du mariage de Jean de Longwy, son fils défunt , et d'Henriette de Vergy. Mathé de Longwy, damoiseau , épousa à Dijon , le 27 avril 1 396, Bonne, fille de Guillaume de la Trémouille , chevalier, maréchal de Bourgogne. Cette dame étant veuve , épousa en seconde noces Jean , sire de Côlebrune, chevalier, chambellan du roi de France et des ducs Jean-sans-Peur et Philippele-Bon , maréchal de Bourgogne de 1418 à 1422. Ce seigneur annonça une grande fête de chevalerie au château de Gevry, qu'il habitait.

Nous allons extraire textuellement les détails de ce tournoi, de l'excellente Histoire que M. Ed. Clerc a publiée sur la Franche-Comté. «Vers carême-entrant, il y eut auchasteau grande assemblée de noblesse tant baronsqu'écuyersetgenlilshommes.

Car estoit en ce temps dans la Bourgogne grande noblesse et gens qui désiroient d'eux montrer nobles et courageux ( enquête de i&SG). » De mémoire d'homme , on ne vit dans une lice plus grands faits d'armes , à la lance, au maillet , à la terrible hache d'armes, plus de nobles coups d'épée de haut et de taille, te maréchal , faisant les honneurs de la fête, ne combattait pas, mais depuis son nourri, il considérait les combattants. Un cri s'était élevé : Girard de Vaites courait à la rencontre d'Henri de Citel , et les deux chevaliers s'étaient si rudement rencontrés , hommes et chevaux, qu'Henri vidant l'élrier, avait été jeté sans connaissance sur le sable. Pendant que les gardes du tournoi le relevaient , on vit arriver un noble seigneur , suivi de vingt chevaux de parade couverts , dont trois étaient montés par les héraults d'armes, Orange, Arlay et Charollois. 11 portait une longue robe de velours cra-

moisi, relevée d'orfèvrerie. A ses armes mi partie de la couleur rouge à la bande d'or de Chalon, et des couleurs d'Orange, chacun reconnut Louis de Chalon , le vainqueur du Languedoc. En tête des pages et à ses côlés , marchaient deux jeunes chevaliers, c'élaient ses frères, Jean, seigneur de Viteaux, et Huguenin , gracieux enfant, dont Louis gouvernait les terres , et qui mourut cinq ans après, dans l'adolescence, après une lente maladie, dans son château de Saint-Laurcnt-la-Roche. Tous les chevaliers, bannerels et autres, saluèrent les puissants héritiers de la maison de Chalon ; Louis sauta légèrement et de plain saut hors de la selle, car il n'avait pas trente ans; puis il monta vers le maréchal , lui serra la main , ainsi qu'à Guillaume de Vienne, assis à son côté. Mais il regarda à peine un seigneur vêtu de sa cotte d'armes, qui la visière baissée, parlait au vieux sire de Vienne : c'était son fils unique, peu digne de ce Nestor de toute la Bourgogne. Le prince d'Orange avait reconnu son beau-frère, l'époux de la belle Alis de Chalon, jeune homme dépourvu de sens et de jugement , jetant son bien à tout venant, et dont la femme, issue du sang de Bourgogne, mourait de faim, au point qu'elle fut obligée, un peu plus tard, de chercher un refuge chez le prince , son frère , au château de Nozeroy.

Tandis que le sire de Chalon, suivi de quelques pages, se relirait pour s'armer, dans une salle écartée du château , Thicbaud de Rougemont fournit vingt courses de chevaux à la lance contre Guillaume de Champdhivers, bailli d'Aval, dont le cheval était paré d'une couverture traînante de damas bleu au soleil d'or.

« Cesluy escuyer gtait de noble mai-

son , bien renommé de vaillance, et de sa personne , le plus grand et le plus haut de stature, noble homme, qui pour lors fut en toute Bourgogne. » Son père, Guy de Rougeinont, appesanti par l'âge, n'avait pu accompagner son fils aux joules de Gevry. Le bailli, dans la force de l'âge , maniait une lance comme si ce n'eût été qu'une flèche d'archer. Plus d'une fois les lances volèrent en éclat dans leurs mains , en se brisant contre les écus et les rondelles ; à l'avant-dernière course , le fer de Rougemont enleva le cimier du bacinet du bailli , dont la lance emporta une aiguillette verte, brodée de perle et de diamants, que son adversaire portait au bras gauche. Plus tard , ils combatlirent la hache d'armes au poing, et soutinrent quinze coups sans blessures , « beaux et fiers que oneques Ton peut voir. »

Pendant qu'à la suite de ces terribles épreuves les deux adversaires touchaient en main comme des frères d'armes , le prince d'Orange entra dans la lice, où il devait se mesurer contre Jean de Toulongeon.

Les trois frères de ce nom , Jean , Antoine et André, modèles de loyauté cl vaillantise, commançaient à être fort renommés dans la Bourgogne :

on les voyait, alors comme depuis, les premiers à l'attaque, les derniers à la retraite. André épousa plus tard Tune des filles naturelles de Philippc-le-Bon ; Jean, compagnon du dernier duc à Montereau , devait un jour succéder au sire de Côtebrune dans le maréclialat de Bourgogne, poste d'honneur que son frère Antoine occupa après lui. Tous les yeux étaient fixés sur Jean de Toulongeon ; il marchait froidement dans la lice, mais au dernier moment sa rencontre élait terrible. Louis avait

lancé son coursier. Dans le choc de ces deux adversaires, le feu jaillit de leurs écus ; à la cinquième course, la lance du prince , atteignant son adversaire, alla se briser sur le gardebras de fer qui vola en éclat, mais la lance de celui-ci, pénétrant au défaut de Técu , s'enfonça dans le côté gauche du prince. Le sang rougit la cotte de maille. Toulongeon en eut grand regret. Les huit gardes du tournoi, avec leurs bâtons courts sans fer et sans pointe, s'élancèrent de toute la force de leurs chevaux pour arrêter le combat ; mais le prince , levant sa visière, déclara qu'il ne quitterait point la lice , et il acheva de fournir ses courses avec une contenance, une chaleur, une fierté digne des anciens preux. Après ces nobles exercices, « soutenus et achevés en grandes pompes de vestements et festins, » la noblesse reprit la route de France. Le maréchal de Côtebrune mourut en 1422. Jean de Longwy, 1er du nom , seigneur de Gevry, fils de Mathé de Longwy, et de Bonne de la Trémouille, épousa par contrat du 24 novembre 1436 , Jeanne de Vienne , fille de Jean de Vienne , seigneur de Neublans et de Saillenay et d'Henriette de Granson, et devint ainsi seigneur de Pagny.

Jean de Longwy gouverna ses nombreux vassaux avec une bonté toulà-fait paternelle, s'unissant à sa femme, modèle de vertu, pour toutes les œuvres que lui faisait entreprendre son éminente piété. C'est Jeanne de Vieunc qui fit faire le magnifique retable qui surmonte le maître autel de la chapelle du château de Pagny. Son mari mourut le 22 janvier 1462. Dès ce moment, celte dame fixa sa résidence habituelle au château de Gevry, qu'elle reçut pour son douaire. La douleur qu'elle éprouvait de la perte de son époux

ne lui permit point d'assister à la célébration du mariage de Gérard de Longwy , son fils atné , damoiseau , seigneur de Pagny et de Gevry, qui se célébra à Dole, le 27 octobre 1465 . avec Jeanne, fille de Thiébaud de Keufchâtel, maréchal de Bourgogne. Elle chargea la veille, Olivier de Longwy, son beau-frère, seigneur de Rahon et de Clairvaux , de la représenter à celte cérémonie. , Elle mourut le 7 septembre 4472, et fut inhumée dans sa chapelle de Pagny, à côté de son époux. Leurs enfants, Gérard, Etienne, Jean et Philippe , leur firent ériger dans le chœur un superbe tombeau. Gérard de Longwy cnlra en possession de la terre de Gevry après la mort de sa mère. Il mourut sans laisser de postérité. Sa succession fut recueillie par Jean de Longwy, II* du nom , écuyer, seigneur de Choie, l'un de ses frères , qui avait épousé , le 1 8 février 1475, en l'hôtel de Vergy, près la porte Saint-Pierre à Dijon , Philibertc , fille de Pierre de Beauffremont , comte de Charny, et de Marie de Bourgogne. Jean de Longwy étant mort aussi sans enfants , Philippe de Longwy, marié en 1481, à Jeanne de Beauffremont , devint seigneur de Gevry, Pagny et Longepierre, à l'exclusion d'Etienne, son frère, évêque de Màcon. Il fut le père de l'illustre cardinal Claude de Longwy, appelé le cardinal de Gevry, évéque et duc de Langres, mort le 8 août 1561 , avec la réputation d'un homme 1res pieux. Il eut encore quatre autre fils et deux filles : Jean, Antoine, Christophe, Etienne, Charlotte et Jeanne. Jean , l'aîné , eut en partage les terres de Gevry et de Pagny, etc. Il se qualifiait, en 1517, de chevalier seneschal héréditaire de Bourgoingne , baron de Paigny et Mirebcl, seigneur desdils

lieux, Gcvry-sur-le-Doubs , Fontaine-Française, Courlonge et Bignan. 11 avait épousé Jeanne , bâtarde d'Angouléme, fille naturelle de Charles d'Orléans , comte d'Angouléme, et sœur naturelle du roi François 1er, dont il n'eut que trois filles, Françoise, Jacqueline et Louise.

Françoise , l'ainée , eut Gevry et Pagny dans son lot. Elle épousa , le 10 janvier 1526 , Philippe Chabot, comle de Charny et Busançois, seigneur de Brion, d'Apremont, amiral de France, chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Jarretière, gouverneur de Bourgogne et de Normandie. Ce grand seigneur, dont la vie fut un exemple frappant de l'instabilité des grandeurs humaines, était bon, généreux, ami des arts ; il passait au château de Pagny tout le temps qu'il ne consacrait pas au service du roi, et de là venait souvent à Gevry. Il mourut le 1er juin 1 543, laissant six enfants. lAonor, Fronçois, Françoise, Antoinette, Anne et Jeanne. Sa veuve vivait encore en 1547, et habitait très souvent le château de Gevry. Léonor Chabot succéda à sa mère dans les terres de Gevry et Pagny. Il était comte de Charny et Busançois, grand écuyer de France, commandant d'une compagnie de cinquante lances des ordonnances du roi. Henri III, auquel il rendit de grands services, le nomma lieutenant-général au gouvernement de Bourgogne. Il fut marié en premières noces à Claudine Gouftier , dont il eut deux filles , Catherine et Charlotte, et en secondes noces, à Françoise de Rye , dame de Longwy, dont il eut quatre filles, Marguerite , Catherine , Françoise et Léonore. Il mourut le 12 juillet 1597, à Saint-Jean-de-Losne. Marguerite Chabot porta les terres de Gevry et Pagny, comprises dans son lot, dans

la maison de Lorraine, par son mariage avec Charles de Lorraine , 1er du nom , créé duc d'Elbeuf en 1581.

Celte dame mourut le 27 septembre 1652, à Page de 87 ans. Son mari, après avoir fait des prodiges de valeur à la bataille de Fontaine-Française, était décédé en 1605, laissant six enfants ; Charles, Henri, Claude- Eléonor, Henriette, Françoiseci Catherine» Charles de Lorraine, 11° du nom , seigneur de Pagny et de Gevry, fut duc d'Elbeuf, comte d'Harcourt, etc., pair de France, chevalier des ordres du roi et gouverneur de la Picardie. Il représenta, le 17 octobre 1610, le comte de Flandre, au sacre de Louis XIII , et en 1654, le duc de Guyenne , au sacre de Louis XIV. 11 mourut à Paris le 5 novembre 1657, laissant de Catherine-Henriette, légitimée de France, fille naturelle du roi Henri IV et de Gabrielle d'Estrécs, qu'il avait épousée en février 1619, six enfants :

Charles, Henri , François- Louis , François- Marie , Catherine et Marie-Marguerite-Ignace. D'après un partage qui fut opéré en 1659, la terre de Gevry échut à Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, de Brienne, d'Armagnac et de Marsan, pair et grand écuyer de France, gouverneur de la Haute et de la Basse- Alsace, et de la ville de Philisbourg, grand bailli de Haguenau, et général des armées du roi. Ce seigneur épousa en 1683, Marie d'Albret, dont il eut Charles-Louis de Lorraine , comte de Marsan , né le 17 novembre 1 696, et marié le 1 er mars 1714, à Elisabeth de Roquelaure.

De ce mariage naquit Gaston-Jean- Baptiste-Charles, comte de Marsan, né le 7 février 1721, et plusieurs filles. Gaslon-Jean-Baptistc-Charles de Lorraine n'eut pas d'enfants de la princesse Marie-Louise de Rohan-

Soubise, son épouse, et mourut quelques années avant la révolution de 1789, après avoir institué pour ses héritiers les princes Louis-Henri- Joseph de Condé, duc de Bourbon , et Charles-Alain-Gabriel de Rohan, duc de Bouillon et de Monlbazon , qui furent les derniers seigneurs de Gevry. Par suite de leur émigration, leurs biens furent vendus nalionalemenl en 1795.

Château. Le château de Gevry était une des forteresses les plus imposantes de la province. Sa surface était d'un hectare. Il avait la forme d'un vaste trapèze. La rivière du Doubs , qui baignait ses pieds , alimentait ses fossés palissa dés et creusés à fond de cuve. Les fortifications consistaient en une ceinture de remparts flanqués aux angles de quatre grosses tours circulaires. Une de ces tours, plus haute et plus épaisse que les autres, servait de donjon. On pénétrait dans le château , précédé d'une cour d'honneur de 20 toises au carré, par une grande porte et un guichet, munis d'un beau pont-levis. Le château avait la forme d'un parallélogramme, était construit en pierres de taille et flanqué de quatre tours aux angles. Au sortir de la première clôture à droite, était un autre clos fermé de murs : c'était un jardin en terrasse , de 53 ares d'étendue, qui servait autrefois de lieu élevé pour se promener et pour voir la campagne par des fenêtres et reposons en pierre de taille. A gauche du pont-levis, se présentait une clôture spacieuse environnant un jardin potager. Pendant le siège de Dole en 1636, ce château fut brûlé, et en 1 659, il n'était plus habitable. En 1793, on vendit nationalement les matériaux; on chargea seulement l'acquéreur de conserver les

murs qui longeaient le Doubs, pour résister aux inondations. L'emplacement de eelte magnifique forteresse appartient à M. de Boisdenemelz, cadet, de Dole.

Fiefs. Plusieurs fiefs relevaient du château de Gevry. Le monastère de Vaux-sous-Poligny avait reçu en 1029 et en 1120, des souverains du comte, la pêcherie de Gevry. Au mois de mai 12W , Poncaz de Poligny, dit Galaphin , reprit de fief, avec le consentement de Fernère, son épouse, de Hugues , comte palatin de Bourgogne , cinq journaux de terre et trois soitures de pré, situés à Gevry, moitié des moulins du même lieu et un meix tenu par J. Musnier. Le moulin de Gevry était construit sur le Doubs. On traversait un pont en bois jeté sur un bras de celte rivière pour y arriver. Les dames Tiercelines de Doie avaient aussi dans ce village un beau domaine et les deux tiers des dimes inféodées.

Prévôté. La prévôté de Gevry était tenue, à titre de fief héréditaire, par une famille noble qui portait le nom de ce lieu,. et dont plusieurs membres se qualifièrent même de sires de Gevry. Hugues de Gevrey était bailli du comté de Bourgogne, de 1283 à 1286. Oulhenin de Gevrey, son fils, vivait en 1356, époque à laquelle il fit hommage de ses fiefs au duc et comte de Bourgogne.

Evénements divers. Le village de Gevry fut pillé et brûlé par les armées de Louis XI, de 1477 à U79; en 1882, par des bandes de protestants, qui venaient pour prendre Dole. La peste et les guerres du xviie siècle achevèrent de ruiner ce village. De 80 feux qui existaient à Gevry avant 1636, il n'en restait que 12 en 1689, et encore ces 12 ménages se composaient de nou-

veaux venus. On ne peut remuer le sol, sans rencontrer des débris de constructions, du charbon, des couches successives de cendres et de la pierre calcinée. Ces ruines sont postérieures à la chute de l'empire romain.

Eglise. Par une charte de Tan 1139, Humbert, archevêque de Besançon , donna à son église métropolitaine , les églises de Choisey et Gevry. Ce don fut confirmé par le pape Eugène III, en 1 148. Un même prêtre , établi à Choisey, desservait ces deux églises. De longs et de fréquents procès s'élevèrent sur la question de savoir si celle de Gevry élait indépendante, ou si elle n'était qu'une succursale de l'église de Choisey. Ces difficultés n'étaient pas encore terminées en 1790. L'édifice actuel est dédié à saint Remy, dont on célèbre la fêle le 1er octobre. Il se compose d'un clocher, d'une nef, de deux arcalures formant des niches dans les murs latéraux de la nef, au centre desquels sont deux aulels, de deux chapelles, d'un chœur se terminant reclangulairement et d'une sacristie. Le chœur, les deux chapelles et la partie supérieure de la nef, appartiennent au style ogival de transition, usité au xuie siècle. Le clocher, couronné par un dôme, et la partie inférieure de la nef, sont modernes. On remarque dans le dallage de l'église, plusieurs tombes , dont les écussons ont été effacés, et contre le mur de la nef à gauche , un tableau peint sur bois , représentant la sainte Vierge tenant l'enfant Jésus, entourée de quinze médaillons, dont chacun représente une scène de la vie, de la mort et de la passion du Sauveur du monde.

Biographie. Ce village est la pa- IriedeM.d'^ubiOTtey, (1757-1838),

mort à Dole commandant en retraite; de M. Mittaine , président actuel du tribunal civil de Saint-Claude, et de plusieurs officiers décorés.

Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole, par M.Marquiset. — Annuaires du Jura , années 1840 et 1844.

r, Gigniacum , Gigniacus , Gigneacum , Gignium, Ginniacum, Ginyacum, Ginniacus, Giniacus, Gignie , Gignié , Gigniè , Gigny e , Gigney , Gignal , Gignia , bourg de l'arrondissementde Lons-le-Saunier, cant. et dislrib. de poste de Saint- Julien; chef-lieu de percept,; succursale ; à 6 kil. de Saint-Julien et 28 de Lons-le-Saunier.

Altitude : 37 lœ.

Le territoire est limité au nord par Grayc-et-Charnay, Loisia, Pymorain et Nancuise ; au sud par Morval et Louvenne ; à Test par Monnetay et Louvenne ; à l'ouest par Andelot , Véria , Grayc-et-Charnay et Morval.

Cropet ou Croupet , le Villard , les maisons du Sauget et des Vignes font partie de la commune.

Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 4 , de Lons-le-Saunier à Monlfleur; par les ch. vie. tirant à la Pérouse , à Montrevel , Véria , Andelot, Grayc-et-Charnay, Orgelet, le Villard, Louvenne, Morval; de Croupet à Morval, du Villard à Pymorin et Orgelet , de Louvenne à Morval ; par la rivière du Suran, les ruisseaux de la fontaine de Pierre , qui prend sa source à Croupet , de la Doye , de la Combe ; par les biefs du Villard, de la Creuse , de Gigny, de la fontaine à la Roche , et par une dérivation du ruisseau Sous-la- Roche.

Les communes du Villard et de Croupet ont été réunies à celle de Gigny, les 5 octobre 1821 et 30

juillet 1823. Elles ont demandé en 1831 à en être distraites , mais leur demande n'a pas été accueillie par l'administration.

Pop. en 1790, de Gigny, 888 hab.; de Croupet, 166; du Villard, 77; total, 1131; pop. réunie en 1846, 889; en 1851 , 925, dont 469 nom. et 456 fem. ; pop. spéc.

par kil. carré, 53 hab. ; 244 maisons, savoir : à Gigny 200, à Croupet 27 et au Villard 17; 244 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1680. Les jeunes gens des deux sexes émigrent en grand nombre, pour être domestiques ou ouvriers en soie à Lyon.

Cadastre exécuté à Croupet en 1819 , à Gigny et au Villard réunis en 1820; surf, territ. 1603u02a , divisés en 6061 parcelles que possèdent 508 propriétaires, dont 200 forains; surf. imp. 1566b, savoir :

746h en terres lab. , 349h en bois, 224h en parcours et friches, 179h en prés, 54h en friches et le surplus en cultures diverses, d'un rev. cad.

de 19,443 fr. ; contrib. dir. en princip. 5940 fr.

Le sol, peu fertile, produit du blé , de l'avoine , du maïs, des betteraves, des pommes de terre, du chanvre , du foin , peu d'orge , de légumes secs , de navette , de fruits et de vin. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe les onze douzièmes des vins consommés. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.

On élève dans la commune des chevaux , des mulets , beaucoup de bétail à cornes et de chèvres , des moutons , des porcs et des volailles.

86 ruches d'abeilles. L'agriculture n'y fait pas de progrès.

On trouve sur le territoire de la marne non utilisée , des sablières ,

des carrières de pierre ordinaire à bâtir, exploitées, de la mauvaise pierre de taille, des carrières de pierre à chaux ordinaire et hydraulique, exploitées.

Foires et marchés. Les plus anciennes foires de Gigny étaient au au nombre de trois ; une quatrième fut instituée en 154-2, et dès-lors, jusqu'en 1804, elles furent tenues le 6 mai , le 1 2 août , lendemain de la fête de saint Taurin, le 9 octobre et le lundi de décembre avant la féte de saint Thomas, apôtre. Un décret du 25 prairial an xu, en créa deux nouvelles, et fixa ces six foires au dixième jour des mois de février, avril , juin, août, octobre et décembre. Elles sont très importantes comme foires de bétail. L'ancien marché , tombé en désuétude pendant les pestes et les guerres du xvn* siècle, rétabli le 11 mars 1772, et fixé au vendredi de chaque semaine , tomba enlièrement en 1793. Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Orgelet et de Saint-Amour.

Commerce et industrie. Il y a 2 moulins à quatre tournants, 5 fabricants de sabots, 1 serrurier, 1 teinturier, 2 menuisiers, 2 charrons, 2 marchands merciers, 6 aubergistes, k bouchers, 1 boulangère!

2 épiciers. Il y avait autrefois plusieurs tanneries le long du ruisseau de la Sarrasine, mais elles ont cessé d'exister au xvme siècle. Il existait aussi une tuilerie, déjà en ruines en

Gigny est la résidence d'un notaire, d'un percepteur et d'un médecin.

Biens communaux : une église , un cimetière au nord et en dehors du bourg, un presbytère en mauvais état, peu éloigné de l'église ; quatre fontaines avec abreuvoirs, un lavoir

couvert , une ancienne église servant de halle pour les foires , deux ponts en pierre , deux pompes à incendie roanœuvrées par une compagnie de 25 pompiers; deux places publiques; une salle d'école attenante au presbytère , et fréquentée en hiver par 100 élèves; 381h 39* de terres, parcours, friches et bois, d'un rev. cad. de 508 fr. La section de Croupet possède 78h 01* de parcours, bois et friches, d'un rev.

cad. de 53 fr. ; celle du Vil lard a 72b 48* de biens de même nature, d'un rev. cad. de 53 fr. Il n'y a pas de maison commune *, les archives sont déposées chez M. le maire, et l'instituteur occupe une maison louée.

Bois communaux : Gigny, 270h 29*; coupe annuelle, 8h 61*; Croupet , 25h 07* exploités tous les 1 8 ans , et le Villard , 34h 30* ; coupe annuelle, lh.

Budget : receltes ord. 5366 fr.; dép.ord. 5156 fr.

Hospice de bknfaisance. Suivant un acte passé devant Perrod , notaire à Besançon , le 1 7 mai 1 808 , Marie -Sylvestre Regaud , curé de Vernantois, et Claudine-Augustine Regaud, sa sœur, fondèrent un hospice de bienfaisance à Gigny , lieu de leur naissance. Ils donnèrent à cet effet à la commune , une maison meublée, un jardin et un domaine, composé de 5h 52* de prés , et 6h 65* de terres labourables, d'un revenu annuel de 1200 fr., à condition que les biens seraient affectés à l'entretien d'un hospice, dont la direction appartiendrait à des sœurs de la Charité de Besançon , qui seraient assujetties aux mêmes règles et statuts que celles de Besançon , prises dans la même congrégation , et dirigées par la même supérieure.

Ces religieuses devaient être char-

gées, 1° de porter aux malades et aux vieillards infirmes et indigents les secours temporels et spirituels que leur position réclamerait ; 2° de donner gratuitement aux jeunes filles, nées de parents pauvres, une éducation morale et religieuse. Le bureau chargé de l'administration des biens donnés, devait se composer du curé de la paroisse, du maire et de trois notables habitants, nommés par le préfet. Cet établissement, qui fonctionnne depuis 1829, est dirigé par trois religieuses de Tordre de Saint- Vincent- de-Paul , dont la Maison principale est à Besançon. Ces dames donnent l'instruction gratuitement à 100 jeunes filles, et tiennent un pensionnat composé actuellement de sept demoiselles. Les sœurs et les élèves occupent la maison donnée par les fondateurs.

NOTICE HISTORIQUE

Le nom de Gigny avait incontestablement, dans la langue des anciens peuples , une signification aujourd'hui perdue pour nous. Il se reproduit souvent dans la nomenclature géographique de diverses contrées de la France. Ce nom, dans la composition duquel entre le mot latin ignis , semble se rattacher au culte du feu. La vallée du Suran est encore pleine des souvenirs de la théogonie gauloise. Des traditions à peine effacées permettent d'y reconnaître les hommages rendus jadis aux éléments, anx pierres et aux fontaines. Une voie romaine, signalée par les historiens Chevalier, dom Jourdain et Ed. Clerc, passait au village de Monnctay, près duquel on a trouvé des tuiles à rebords, des tombeaux et des armures antiques, traversait le Suran au pont des Vents, et se dirigeait sur Lyon , par Cha-

vannes et Simandre. Tout porte à croire que des habitations étaient déjà dispersées sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui Gigny, lorsque des religieux vinrent y fixer leur séjour.

Abbaye. L'empire de Charlemagne était en pleine dissolution, et une foule de prétendants s'en disputaient les lambeaux , lorsque le comte Bernon , issu d'une des premières familles de Bourgogne , résolut de se dérober au spectacle des crimes qui couvraient le monde, en embrassant la vie monastique. Admis comme simple religieux dans l'abbaye de Saint-Martin d'Autun , son zèle ardent fut bientôt remarqué par ses supérieurs. Il fut envoyé à Baume avec saint Hugues d'Autun pour y faire revivre la discipline et en relever les cloîtres ruinés par le temps et peut-être aussi par les barbares , Sarrasins ou Normands. Sa mission accomplie, son activité le porta à ériger de nouveaux monastères. En 893 ou 894 au plus tard , il j«ta les fondements de l'abbaye de Gigny, de concert avec son cousin Laîfin.

Ce lieu, situé à l'extrémité méridionale du comté de Bourgogne, dans le canton du Revermont, au diocèse de Lyon , leur appartenait en propre. Disposé à favoriser les vues de Bernon , Rodolphe Ier, roi de la Bourgogne transjurane, donna à l'établissement naissant , l'abbaye de Baume, le prieuré de Saint- Lothein, le village de Chavenay-sous- Monlaigu et celui de Clemencey, près de Montmorot , avec leurs dépendances. Celte libéralité faite d'abord verbalement , ne fut constatée par écrit que dix ans plus tard, c'est-à-dire en 904. Après avoir pourvu suffisamment à la dotation de son monastère, Bernon se rendit à Rome auprès du pape Formose ,

pour le placer sous la protection du Saint-Siège Par un précepte de Tan 895, le pape le mit, ainsi que ses biens présents et futurs, sous la protection de saint Pierre et de ses successeurs, défendit à quiconque d'y porter atteinte, déclara qu'après la mort de Bernon , les moines se choisiraient toujours parmi eux un nouvel abbé , selon Dieu et selon la règle de saint Benoit, et que leurs domaines seraient exempts de toutes dîmes. L'autorité des papes commençait à être généralement reconnue, mais au milieu de l'anarchie féodale , elle était souvent peu res»

peetée. Louis , fils de Boson , proclamé solennellement roi d'Arles, dans un synode tenu à Valence en 890, ne tarda pas à obtenir d'Arnoul , roi de Germanie, l'investiture des villes et des provinces soumises à la Bourgogne transjurane. Au mépris de la donation du roi Rodolphe, considéré par lui comme un usurpateur, il disposa de l'abbaye de Baume en faveur de Bernard , son vassal , l'un de ces abbés laïcs habitués à placer une mitre sur leurs casques et véritables fléaux des monastères.

En occupant Baume, Bernard violait ouvertement le quatrième canon du concile de Vienne, de l'an 892, qui enjoignait aux séculiers de s'abstenir de l'injuste invasion et possession des choses ecclésiastiques. Bernon et ses religieux le citèrent à comparaître devant la reine Ermengarde, veuve de Boson, et tutrice du roi Louis, son (ils, au plaid qu'elle devait tenir à Varennes, en 898 et s'y rendirent eux-mêmes.

I/accusé allégua pour sa défense que Baume lui avait été donné par le roi Louis. La reine , ni les seigneurs qui l'entouraient, ne voulurent accueillir ce moyen. Bernard,

condamné à déguerpir, promit de ne plus inquiéter à l'avenir les religieux de Gigny. Bernon rentra alors en possession de l'abbaye de Baume et y fixa sa principale résidence. S'il crut devoir soumettre Gigny à Baume, c'est que Baume était plus ancien , plus riche et avait déjà de nombreux prieurés sous sa dépendance. Guillaume-Ie-l'ieux , comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine, instruit parla renommée des vertus de Bernon , l'appela à lui (909), et lui confia l'exécution du projet qu'il avait formé, d'ériger un monastère à Cluny, dans un domaine que lui avait légué sa sœur Avane. Ce pieux abbé tira de Baume et de Gigny douze de ses religieux , avec lesquels il jeta les fondements de celte abbaye fameuse, qui devait remplir un jour l'Europe du nom de ses abbés et donner à l'Eglise douze cardinaux et plusieurs papes. Bernon, suivant la chronique de Sigebert , ne fonda Cluny que comme un prieuré dépendant de Gigny. Baume et Gigny peuvent donc se glorifier d'avoir donné naissance à l'établissement cénobitique le plus célèbre de la chrétienté. Un événement simple en apparence et cependant capital dans ses résultats , vint tout-à-coup donner une grande célébrité à Giguy. Sur le bruit d'une irruption de pirates, les religieux de l'abbaye de Saint -Taurin d'Evreux avaient transporté en Auvergne, au ixe siècle, la châsse de leur patron, les reliques de saint Aquilin et celles de sainte Florence, vierge et martyre. Les portes de l'église de Lezoux s'étaient ouvertes pour recevoir ce précieux dépôt.

Le traité fait avec Rollon, en 911 , ayant rendu quelque paix au duché de Normandie , Evreux se releva de ses désastres. Les moines de Saint-Taurin désiraient recons-

truire leur abbaye, mais les ressources leur manquaient et l'absence de leurs reliques les privait de tous moyens de s'en procurer. Désespérant d'en obtenir la restitution volontaire, ils durent songer à les recouvrer par la ruse. Trois d'entre eux , parmi les plus jeunes et les plus habiles , se chargèrent de celte périlleuse entreprise. Ils se présentèrent à Lezoux comme de simples étudiants étrangers. Admis bientôt dans le clergé de cette ville en qualité de clercs , ils surent capter la confiance générale , et le plus adroit parvint à se faire nommer gardien des trésors sacrés. Une certaine nuit, les trois Normands ouvrent la châsse, en retirent les corps saints qu'elle renfermait, les chargent à la hâte sur leurs épaules et sortent furtivement de Lezoux. Ils prennent des chemins détournés pour cacher les traces de leurs pas. Après avoir passé la Saône à la distance d'une journée de Lyon, ils suivirent «à travers la Bresse la voie romaine qui devait les amener dans le comté de Bourgogne. Arrivés dans la vallée du Suran , ils s'arrêtèrent à la porte d'une humble chaumière et y demandèrent l'hospitalité. Ayant repris leur course le lendemain, ils ne furent pas peu surpris , après avoir marché pendant tout le jour, de se retrouver le soir devant la maison qu'ils avaient quittée le matin. Le même phénomène se reproduisit les deux jours suivants. Ils ne doutèrent plus que saint Taurin marquait par un miracle le choix qu'il faisait de ce lieu pour le dépôt de ses reliques. Ils demandèrent à leur viel hôle , le nom du village qu'ils apercevaient à peu de distance. Us apprirent que c'était Gigny, et qu'il y avait un moulier nouvellementconstruit, que le célèbre comte Bernon dirigeait

avec une grande sagesse. Ils se présentèrent àcet abbé, etlui firent le récit de leur voyage. Bernon accueillit avec respect les reliques, dont le seigneur semblait le rendre dépositaire, et bientôt, convoquant tout le peuple de la contrée à une solennité religieuse, il en fit la pompeuse inauguration. On ignore la date précise de cette translation , mais elle n'a pu avoir Heu que de 912 à 915. Dès ce moment, l'abbaye de Gigny associa le nom de saint Taurin à celui de saint IMerre, son premier patron ; elle devint le but de nombreux pèlerinages, et le village qui l'entourait prit de l'importance et un accroissement rapide. Bernon voyant son œuvre parfaitement consolidée, se relira à Cluny, sans cesser cependant de fonder de nouvelles communautés. Lorsqu'il sentit sa fin approcher, il convoqua les évêquesdu voisinage, déposa en leur présence l'autorité abbatiale et invita ses Frères à lui choisir un successeur. 11 leur conseilla de diviser le fardeau qu'il avait porté , et de nommer un abbé pour Baume et un autre pour Cluny. Pressé de désigner lui-même ses successeurs , il nomma Guy, son neveu , à l'abbaye de Baume , et Odon , son ami , à celle de Cluny. Dans son testament, daté de l'an 926, il confirma le choix qu'il avait fait de Guy , pour abbé de Gigny, Baume , Saint-Lothein et Moutier-en-Bresse , et d'Odon pour abbé de Cluny, Déols et Massay. Il détacha du premier lot le village de la Fretlc, Allafracla, le quart des chaudières aux salines de Lons-le- Saunier, et d'autres biens provenant de dons particuliers , pour les attribuer à Cluny, à charge d'un cens annuel de 12 deniers envers Gigny.

En agissant ainsi , Bernon avait sans doute d'excellentes intentions, mais

il dépassait ses pouvoirs. Suivant la bulle du pape Formose, les religieux de Gigny devaient nommer euxmêmes leur abbé , et ne pouvaient être privés d'aucun de leurs biens.

Après la mort de Hernon , arrivée le 13 janvier 927, l'abbé Guy reprit possession presque par force de ce qui avait été enlevé à Gigny. Odon , abbé de Cluny , en porta plainle à JeanX. Ce pape, favorablement disposé pour lui, ordonna à Guy de restituer ces biens et chargea Raoul , roi des Français, Guy, archevêque de Lyon, StaUeus, évéque de Chalonsur-Saône, les comtes Hugues-le- Noir et Gislebert, de l'exécution de sa sentence. L'abbé Guy et ses religieux jugèrent prudent de se soumettre. Par un acte du 2 i janvier 928 (v. st.), ils abandonnèrent à Cluny le village de la Frette , avec ses dépendances, les biens provenant des dons de Samson et Saimon, à la charge de la rente de 1 2 deniers, stipulée dans le testament de Bernon , et ne conservèrent que leurs droits sur les salines. 11 n'y avait alors que dix moines à Gigny, y compris l'abbé. L'invasion des Hongrois en 934, ou au moins la crainte qu'ils inspiraient , ne larda pas à les disperser. L'abbé Guy se réfugia dans un ermitage à Fay, près de Poligny, et y mourut en odeur de sainteté. Il était réservé à Mayeul , abbé de Cluny et successeur d'Odon, de réparer les maux causés par les Hongrois. Recherché des souverains qui l'appelaient le prince de la religion monastique, il sut intéresser en faveur de Gigny, Btanassès III, comte en Bourgogne, sire de Coligny et du Reverinont , et en obtint une magnifique donation. Par un acte daté du château de Coligny, au mois d'août 974, Manassès donna à Mayeul et au monastère de Gigny,

qu'il administrait, les églises de Chevrcl, de Marboz et de Treffort, c'est-à-dire , moitié au moins des paroisses du Revermont , avec leurs dîmes, ablations, terres, prés, eaux, cours d'eau et dépendances quelconques. Cette donation rendit une nouvelle vie à Gigny. En l'an 981 , ce monastère avait à sa tête un abbé particulier, du nom de Zanllin , un prévôt et comptait dix -neuf religieux. Il vit ses richesses s'accroître encore à la fin du xe siècle. La chrétienté était alors sous l'impression d'une terreur immense. On croyait avoir découvert dans la Bible , la preuve que la fin du monde devait arriver après l'an 1000 de Jésus- Christ, et beaucoup de fidèles, pour ■ gagner plus sûrement le ciel, donnaient leurs biens aux couvents. Un grand nombre de chartes de celte époque débutent ainsi : < Dumhujus mundi finem , simulgue ter minum nostrum advenire non duWlamus » ; « meta mundi ineunte , crebescunt ruinai; mundi temiinum appropinquare ruinis crescentibus certa manifestant indicia. » Ce n'est pas seulement parmi le peuple que cette opinion avait cours ; elle était admise dans les hautes régions de la société. Après l'abbé Zanllin , l'histoire de Gigny se perd pendant plus d'un siècle dans la nuit des temps.

Durant cette période, Cluny avait tellement prospéré , qu'il était parvenu à se constituer en chef-d'ordre.

Nantuaen 989, Saint-Marcel en 990, Parav en 999 , les monastères de Tulle, Sarlat, Aurillac et une foule d'autres, avaient embrassé sa règle.

Gigny se laissa entraîner par l'exemple. En 1076, les religieux exposèrent au pape, que leur maison était privée de revenus et dans un état déplorable ; ils le prièrent avec larmes de les secourir et lui réité-

rèrent le vœu de voir leur établissement confié à la conduite et vigilence de saint Hugues , abbé de Cluny , seul capable d'y faire revivre la religion et de lui rendre sa prospérité temporelle antérieure. Le pape Grégoire VII , ami intime de saint Hugues, ne se fit pas longtemps prier.

Far une bulle datée du palais de Latran, le 9 décembre 1076, il confia l'abbaye de Gigny et toutes ses dépendances à l'abbé Hugues, avec pleins pouvoirs de la gouverner pendant qu'il vivrait , et d'y faire les règlements, corrections, modifications et changements qu'il jugerait convenables. Il disposa en même temps, qu'après la mort de saint Hugues, ses successeurs, dans l'abbaye de Cluny, auraient les mêmes pouvoirs que lui sur celle maison , et qu'aucun abbé n'y serait élu ou ordonné sans la présence et l'approbation de l'abbé de Cluny ou de son délégué. Deux ans après celte bulle (4078), un seigneur, du nom de Nantelme , donna à Gigny , du consentement du comte de Savoie et de Tévéque de Genève, le prieuré de Bellevaux -en -Bauges , en Savoie.

multitude de prieurés. Plusieurs abbayes, telles que Baume , Saint- Germain d'Auxerre, Saint -Berlin , Saint-Martial de Limoges, Moissac, Vezelay, voulurent bien considérer saint Hugues comme leur père et leur maître, suivre les lois, les usages et les pratiques établies à Cluny, mais refusèrent d'être membres de la congrégation de ce nom et de s'assujettir aux lois de son gouvernement. Par une charte sans date, mais postérieure à 1 109, Guillaume, arcuevéqne de Besançon, sur la demande de Gaucher, prieur de Gigny, fit donation à Ponce, abbé de Cluny, de l'église de Moutier Haute Pierre, (canton d'Ornans), où la discipline monastique était tout à fait relâchée.

Celte donation, quoique faite à l'abbé Ponce , devait profiter à Gigny. Elle fut confirmée en 1114, par une bulle apostolique. La puissance et les richesses de Cluny amenèrent bientôt sa décadence. Saint Bernard , doué d'un génie prodigieux et d'un cœur brûlant de zèle , entreprit de faire revivre les vertus monastiques bannies des anciens cloîtres. II se présenta à Citeaux, en 1113, avec

11 est évident que saint Hugues ne trente-deux gentilshommes, qui , à

regardait la bulle de Grégoire VII que comme une mesure préliminaire destinée seulement à préparer les esprits à la révolution qu'il méditait.

Profitant de son ascendant sur Pascal II, il obtint de ce pape une bulle datée du 15* novembre 1100, par laquelle il fut décidé qu'à l'avenir il ne serait nommé aucun abbé dans les monastères soumis à Cluny, qui s'en trouveraient alors dépourvus , et que tous ces prieurés , toutes ces celles dépendraient entièrement de saint Hugues et de ses successeurs.

Dès ce moment, Cluny se vit à la tête de trente-cinq monastères des plus considérables de France, et d'une

sa persuasion , renoncèrent avec lui au monde, et deux ans après (1 1 18), il fonda la fameuse abbaye de Clairvaux, au diocèse de Langres. A son appel , apparurent de toutes parts , en France , en Bourgogne , en Helvélie, en Allemagne, des troupes de cénobites qui se rangèrent d'ellesmêmes sous les lois les plus austères. Moins de vingt ans suffirent à saint Bernard , pour élever en Franche-Comté plus de monastères que l'ordre de Saint -Benoit n'en avait fondé dans huit siècles. Les seigneurs ne se lassaient point de les enrichir. Gigny vit avec effroi Hurabert de Coligny, ériger dans son

voisinage l'abbaye du Miroir, de Tordre de Citeaux. Ce seigneur, par un acte du 5 septembre 1131, avait cédé à ce nouvel établissement nonseulement sa terre et sa forêt du Miroir, mais encore son vignoble de Gizia, avec droits d'usage et de pâturage dans ses autres bois. Les moines de l'ordre de Cluny dissimulèrent quelque temps leur haine contre les Cisterciens, leurs rivaux , mais ils devinrent furieux lorsque , par une lettre datée de Cluny , le 10 février 1132, adressée à Etienne , abbé de Citeaux , le pape Innocent II accorda un privilège de dîmes à tout son ordre , statuant qu'aucune personne ecclésiastique ou séculière n'eût à se permettre d'exiger ni de recevoir de ses religieux, les dîmes des terres cultivées de leurs mains ou à leurs dépens, non plus que les dimes de leurs bestiaux. La guerre éclata alors sur tous les points. Les moines de Gigny voulurent percevoir, comme par le passé, leurs dîmes au Miroir et à Gizia. Saint Bernard instruisit le pape du peu d'égards qu'ils montraient pour sa lettre de privilège. Innocent II fulmina une interdiction contre eux , dans le cas où ils ne se désisteraient pas, dans un délai de quarante jours, (1123), et écrivit à Pierre-le-Vénérable, abbé de Cluny, une lettre très sévère. L'abbé Pierre épousa d'autant plus chaudement la cause de Gigny, qu'elle intéressait l'ordre entier. 11 écrivit à ce sujet en manière de plaidoyers , trois lettres admirables : l'une au pape lui-même, l'autre au cardinal Aimeric , chancelier de la cour de Rome, et la troisième, au chapitre général de Citeaux. Le pape resta inébranlable.

Les esprits s'aigrissaient chaque jour davantage. En 1 1 39, les moines

baye de la Bénisson-Dieu, de l'ordre de Clairvaux et l'avaient renversée de fond en comble. Encouragés par l'exemple et du reste vivement blessés de voir les sires de Coligny, de Cuiseaux , de Laubespin , leurs anciens bienfaiteurs, réserver toutes leurs largesses pour le Miroir, les moines de Gigny assemblèrent leurs hommes eu 1150, se portèrent sur celte abbaye, la démolirent entièrement et en livrèrent les meubks au pillage. Saint Bernard n'apprit point cet événement sans douleur. Il en instruisit immédiatement le pape Eugène III. Le souverain pontife enjoignit à Pierre- le- Vénérable de faire estimer de suite les dommages et de les réparer, sous peine d'encourir sa vengeanoe. 11 donna en même temps à l'archevêque de Lyon le pouvoir d'appliquer les censures ecclésiastiques , si dans le délai de vingt jours, on n'avait pas traité sur les pertes éprouvées. Une réunion eut lieu en 1151 à Cluny. Après quatre jours de vifs débats entre saint Bernard , Pierre-le- Vénérable et les religieux de Gigny, on se sépara sans avoir rien réglé. Par crainte ou par esprit de paix, l'abbé de Cluny paya provisoirement, à titre d'indemnité, une somme de 17,000 sols, monnaie de Lyon. La mort de saint Bernard et celte du pape Eugène III, son ami, arrivées en 1 153 , coïncidèrent avec l'élévation d'Héraclius de Montboissier, frère de l'abbé de Cluny, à l'archevêché de Lyon. Ce concours de circonstances fut favorable à Gigny.

L'abbé Pierre et Eustorge , abbé du Miroir, se rendirent en 1 15b, auprès du nouveau pape Anastasc, pour faire définitivement statuer sur leur différend. Eustorge fut condamné à restituer ce qu'il avait reçu, sauf à

de Savigny s'étaient portés sur Pab- I faire estimer plus tard les dommages

causés à sa maison. Cette triste affaire se termina par un traité fait à Cluny, le 1 mars i 1 55. L'archevêque de Lyon, qui en avait été le principal médiateur, parvint à réconcilier sincèrement Guy de Monnet, prieur de Gigny, et l'abbé du Miroir. Un an après (1 158), un incendie accidentel réduisit en cendres tout le village et le monastère de Gigny. Quelques maisons seulement et r église furent épargnées. Ponr obtenir des secours réparateurs d'un tel désastre , on porta en procession, en l'année 1 1 58, les reliques de saint Taurin, à Cluny, Màcon, Lyon, et on revint par Monlluel, Saint-Christophe, Chalamont, en suivant l'ancienne voie romaine.

.Après plusieurs miracles opérés à Curny (hameau de Montagna-le-Reconduil), où se fit la dernière station , la châsse fut reportée à Gigny au milieu d'un immense concours de peuple. Les dommages causés par l'incendie furent vite réparés. Les croisades portaient alors les grands à enrichir les abbayes. Les uns, avant départir pour la Terre-Sainte, cherchaient à intéresser les ordres religieux au succès de leur entreprise.

D'autres réparaient de longues et nombreuses injustices ou fondaient des prières perpétuelles pour les âmes qui leur étaient chères. C'est probablement en 1169, lorsque Etienne 1er, comte et vassal de Bourgogne , se disposait à prendre la robe et le bourdon de pèlerin, et à marcher au secours de la Terre- Sainte, à la tète de la noblesse du comté, que le prieuré de Gigny reçut de ce seigneur les vastes terrains qui servirent à la dotation du prieuré de Saint Laurent la-Roclie; de Ponce, sire de Cuiseaux, les prieurés d'Jlay, de Poitte, de Clairvaux, et le beau vignoble qu'il possédait à Cuiseaux; du sire de Dramelay, la terre de

f Chàtonnay , et de différents seigneurs ou prélats , les domaines et les églises qu'il avait dans les diocèses de Genève , de Lyon , de Besançon et de Vienne. Ces nombreuses donations, utiles d'abord à Gigny, lui devinrent bientôt préjudiciables. Entourés de voisins turbulents , les moines étaient trop faibles pour résister aux usurpations. L'avantage qu'ils avaient de relever immédiatement du Saint-Siège et de ne dépendre d'aucune puissance laïque x ne leur permettait pas d'espérer de secours des souverains. Ils se virent dans la nécessité d'acheter la protection du seigneur le plus puissant du pays. Nul ne pouvait mieux les défendre qu'Etienne II, comte vassal de Bourgogne, suzerain d'immenses domaines dans l'ancienne contrée de Scoding. Par un premier acte de l'an 1191, le prieur Aymon et son couvent, firent avec ce prince un acte ^associai ion ou partage, par lequel ils lui cédèrent le lieu de Montfleur-sur-Suran, pour y construire une forteresse et y établir une ville libre ou franche, à condition que la moitié des bénéfices à provenir de ces établissements leur appartiendrait. Les dîmes et autres redevances ecclésiastiques furent seules exceptées du partage et devaient appartenir en totalité au prieuré. Ils lui cédèrent, aux mêmes conditions, ce qu'ils avaient dans les villages de Monnelay, de Moysia , de Marges , de Lancette, de Lains , de Sainte - Fontaine , de Cliichivère , d'Eperigna, d'Exvens , de Saint- Pierre, de Poillia, de Chirya , de Sa i no na , de Broissia , de Villechantria, de Loyon , de Craméria , d'Àvenans , de Morval , de Plorentia , de Nanley, de Montséria et d'Augisey.

Le comte Etienne s'engagea de son côté et promit par serment de dé-

fendre toutes les possessions du monastère , et principalement les marchés de Gigny. Il fit hommage à l'église, du château de Monlfleur, et s'interdit, ainsi qu'à ses successeurs, la faculté d'aliéner ce qui venait de lui élre donné. L'année suivante, Rodolphe, prieur de Saint-Laurentla-Roche,et Aymon, prieur de Gigny, du consentement de ses religieux , firent une semblable association pour le village de Saint-Laurent. Le prieur Rodolphe se retint la propriété des droits ecclésiastiques, c'est-à-dire des oblations , des sépultures et des dîmes, et moitié des prés, des condamines, des maisons, des tâches, des meix, des cens et autres revenus temporels.

Le comte Etienne se réserva la haute justice; les produits de la moyenne et basse justice , exercée par un prévôt institué en commun , devaient se partager par moitié. Le prieur et le comte étaient tenus de se jurer mutuellement fidélité pour le château. 11 est probable que des conventions semblables furent faites avec le comte Etienne, pour la plupart des autres prieurés dépendant de Gigny, car presque tous étaient à la garde des princes de la maison de Chalon, successeurs d'Etienne II.

Les prieurs de Gigny firent sans doute de grands sacrifices pour se créer un protecteur, mais ils acquéraient par là une puissance qui leur procurait de nombreux vassaux.

Pendant les xui* et xive siècles, on vit les plus grands seigneurs du pays se faire les hommes-liges de celte église et lui donner ses biens , pour les tenir d'elle en fief. Ils se trouvaient par ce moyen sous la double protection de l'abbaye et des princes de Chalon. Ainsi, en 1208, Pierre de Dramelay donna son château de Valfin à l'église de Gigny,

le reprit d'elle en fief et en fit de suite hommage au prieur. Cet exemple fut suivi en 1 223, par Guillaume de Grave, damoiseau, pour son meix de Leschaux ; en 1250, par Gutand de Saint- Amour, pour le meix de Sivria ; en 1 25 1 , par Manassès de Coligny , pour des cens qu'il percevait à Monlagna et à Broissia ; en 1265, par Guillaume de Montdidier, chevalier, pour les meix de Revoire , dans la paroisse d'Oussia; en 1270, par Jacques de Champagna , chevalier, pour le fief qu'il possédait dans ce lieu ; en 1 272, par Poncet de Gigny, pour le fief qu'il tenait du chef de sa femme , à Avignon , commune de Beaupont ; en 1330, par Renaud et Poncet de Sancia ; en 1348, par Jean de Saint- Amour, pour une partie de sa propre ville ; en 1379, par Jean de Coligny, seigneur d'Andclot , pour un d'us à Loîsia. En 1226, Ponce, abbé de Baume et prieur de Gigny, lit en cette dernière qualité, un acte d'association semblable aux précéJents pour Cressia , avec le même comte Etienne, et Jean, comte de Chalon, son fils. Ainsi , le monastère de Gigny, qui ne comptait, à l'époque de son incendie, aucune forteresse sur ses terres , avait pour se défendre , en 1226, le chaleau bâti près de son église, ceux de Monlfleur, Cressia, Saint-Julien, Valfin, et plusieurs autres moins importants. Les religieux pouvaient au besoin, lorsque la guerre les menaçait, se retirer dans la ville fortifiée, de Cuiseaux, où ils avaient déjà une maison et un cellier. C'est celte maison qu'on appela plus tard la maison de l'aumône, ou la maison du grenier du prieuré. Elle était défendue par une tour. De nombreux dons, faits pendant le cours d u xme siècle, des acquisitions même, compensèrent un peu la perte des

biens qu'il avait fallu céder à Etienne II, pour être sous sa garde.

Les revenus étaient cependant tellement diminués, que les supérieurs crurent devoir réduire, en 1266, le nombre des religieux, de 32 à 25 , y compris dix officiers claustraux perpétuels. Les défrichements qu'opéraient les moines; les fermes, les moulins qu'ils établissaient, ne cessaient de leur causer de fréquents démêlés avec leurs voisins. En 1277, Raymond , prévôt de Graye , leur vassal, n'écoutant que sa colère, les accabla d'injures les plus graves et dévasta leurs terres. Touché de repentir, ou plutôt effrayé des conséquences de sa conduite, ce seigneur promit , en réparation , de leur payer 200 livres viennoises d'amende et fut obligé de leur abandonner une si grande partie de son fief, que Guillaume de Graye, son fils, leur échangea, en 1294, tout ce qui lui restait dans la paroisse de Graye et Loysia et dans celle de Gigny. On céda à ce dernier, pour l'éloigner , une chevance située à Dammartin et à Varennes. Les traités faits avec le comte Etienne II étaient trop avantageux à ce prince pour que ses successeurs y renonçassent.

En 1279, Jean de Chalon, comte d'Auxerre et seigneur d'Orgelet, ratifia les actes d'association de 1191, 1192 et 1226, les confirma, accorda au prieur Guillaume II , et à ses successeurs, la haute justice sur les seigneuries de Gigny et de Graye, et autorisa le marché qui se tenait dans le premier de ces lieux. Celte ratification n'empêcha pas les moines d'être dépouillés par la suite de tous leurs droits temporels à Montfleur, à Saint-Julien et à Cressia. Les princes de Chalon respectaient si peu les engagements pris par le comte Etienne, que les religieux furent obligés de

recourir, en 1326, au bailli d'Aval, pour faire décider que Jean de Chalon, seigneur d'Orgelet, n'avait pu recevoir leurs hommes en sa garde, sans le consentement du couvent. Ce procès amena une décision qui fut très favorable à Gigny; il fut défendu aux châtelains et aux officiers de Bourgogne , de recevoir aucun jus-, ticiabie de cette église, en bourgeoisie, garde ou commandise, en aucuns châteaux ou villes de la province. La guerre déclarée au duc de Bourgogne, en 1336 , par les hauts barons du comté, fut excessivement fatale aux églises. Un grand nombre de monastères furent incendiés et presque tous furent victimes de dévastations sacrilèges. Celte guerre avait amené le plus grand relâchement dans la discipline monastique.

Aces fléaux vint se joindre, en 1349, la peste noire , qui décima l'Europe entière. Les villages de Franche- Comté se dépeuplèrent entièrement et les terres tombèrent en friche.

Les religieux de Gigny se dispersèrent ou moururent. Il n'en restait qu'un seul en 1350. Le pape Benoit XII ne négligea rien pour apporter des remèdes à tant de maux.

Les chefs-d'ordre s'appliquèrent, sur sa recommandation, à placer à la tête des monastères , des hommes d'un mérite reconnu. Un des religieux les plus remarquables de son siècle prit la direction de Gigny. Jean de la Grange, originaire de Germolles, près Chalon - sur - Saône , devint prieur de cette communauté en 1353, et ne quitta cette dignité qu'en 1357, pour prendre possession de la riche abbaye de Fécamp en Normandie.

Chargé de plusieurs missions politiques importantes , il s'en acquitta avec un tel succès, que le roi Charles V le combla d'honneurs et de récompenses. Il fut nommé succès-

sivement conseiller au parlement de Paris, président de la cour des aides, surintendant des finances, conseil à la tutelle des enfants de France et premier ministre. Le pape le créa, en 1372, évêque d'Amiens, et en 1375, cardinal-prétre , du titre de Saint-Marcel. Ce prélat n'oublia point Gigny dans son testament. Il donna à cette église une somme de 500 livres (plus de 6000 fr. de nos jours), pour la fondation de son anniversaire et d'une messe quotidienne. Guillaume HI, successeur de Jean de la Grange, mérita, par son administration, la reconnaissance de ses religieux, qui fondèrent, en 1359, pour le repos de son âme, une messe anniversaire, à célébrer chaque année, le 12 novembre. Les dons multipliés faits à la fin du xive siècle à Gigny, eurent sans doute pour but de réparer les dommages causés à cette maison par les courses des Anglais et autres bandes indisciplinées. Le prieur Humberl de Cliatard , marqua son administration bienfaisante par l'érection d'un hospice à Gigny.

L'acte de fondation, daté du 28 mars 1435, exprime des sentiments de la plus tendre charité. A la mort de ce prieur, les religieux, agilés par le schisme qui désolait l'Eglise, ne purent s'entendre sur le choix de son successeur. Les voix se partagèrent entre Pierre de Morel et Etienne de Ghaussin. Le premier parvint à se mettre en possession , mais lorsqu'il demanda au pape la confirmation de son élection, il n'apprit pas sans surprise qu'un prieur était déjà nommé. Jean Lejeune, l'un des ambassadeurs du duc Philippe-le-Bon au concile de Florence en 1439 , s'était fait pourvoir de ce bénéfice directement par Eugène IV, sur la recommandation du duc de Bourgogne. D'un autre

côté, Etienne de Ghaussin avait fuit confirmer son élection par une sentence de l'archevêque de Lyon. Ces trois prétendants portèrent leur contestation en cour de Rome, et après bien de* longueurs , le pape la termina par une bulle du 4 juillet 1442. Le souverain pontife, nonseulemeni, maintint P. de Morel en possession du prieuré de Gigny, mais encore il le nomma abbé de Saint-Claude, en accordant toutefois des lettres de réserve ou de survivance pour notre monastère, au cardinal Lejeune. Ce dernier n'eut pas longtemps à attendre, car P. de Morel mourut le 11 février 1443.

Dès ce moment, l'abus de la cornmende se perpétua à Gigny. Il ne tarda pas à produire les résignations de charges, puis les coacljutoreries, ce qui rendait les bénéfices perpétuels dans certaines familles. De là vint la pluralité des bénéfices , l'impossibilité de la résidence , la perte des vocations et la vie mondaine de la plupart des commendataires.

Jean Lejeune résigna son prieuré , moyennant finance, en faveur- d'Aynard de Luyrieux , prieur du Bourget, en Savoie, et de Talissieu en Bugcy ; celle résignation fut confirmée par une bulle apostolique du mois de septembre 1450. M. de Luyrieux eut assez d'influence pour obtenir, en 1451 , du duc de Bourgogne, le privilège pour son monastère, de n'être point imposé aux droits d'aides et emprunts de finances au comté de Bourgogne.

Benoit de Montferrand, prieur commendataire dès l'an 1472, vit de graves événements s'accomplir sous son administration. L'union du prieuré conventuel de Château-sur- Salins , membre de Gigny, au chapitre de Saint-Maurice de cette ville, proposée dès l'an 1472, par Char-

les-le-Téméraire , et réalisée par une bulle du 39 novembre 1476 , donna lieu aux scènes les plus déplorables. Après avoir pris possession par force de la maison et de l'église prieurales, les chanoines de Sainl-Maurice se virent à leur tour chassés honteusement. Naudet, capitaine du château de Bracon, et un certain prêtre du nom de Mutin ou Duperrier, agissant à l'instigation du prieur de Gigny, se livrèrent aux plus coupables excès. Des mandements de gardes de Marie de Bourgogne, de Maximilien , du prince d'Orange, de Louis XI même, furent impuissants pour proléger le chapitre de Saint-Maurice. L'anarchie qui régnait dans la province pendant la lutte de la maison d'Autriche contre Louis Xï , favorisait ces résistances. Enfin, par un traité du 21 mai 148i, les chanoines, découragés, renoncèrent aux effets de la bulle d'union. On sait tout ce que le pays eut à souffrir pendant les années 1478 et 1479. Les bandes mercenaires , à la solde du roi de France , sillonnèrent la province et la couvrirent de ruines. Gigny n'a pas dû élre ménagé plus que les autres monastères. Julien de la Rovère fut sans contredit le plus célèbre prieur commendatairede cette maison. Pourvu d'abord de l'évèché deCarpenlras, le pape Sixte IV, son oncle, le nomma, en 1471 , cardinalprêtre, du litre de Saint-Pierre èsliens, et il devint successivement évéque d'Albano , de Bologne et dOslie, doyen des cardinaux, archevêque d'Avignon. Il fut envoyé en France en I/18O, en qualité de légal du Saint-Siège , et obtint en 1491 ou 1492, le prieuré de Gigny.

Mêlé à tous les grands événements politiques de son temps , ses intrigues et ses talents l'élevèrent au

' trône pontifical en 1803. Ce grand dignitaire fil restaurer l'église prieurale de Gigny en 1495, et l'année suivante , concourut à la fondation du collège Saint-Jérôme à Dole, en consentant à abandonner le prieuré de Ghàteau-sur-Salins, pour servir à la dotation de ce nouvel établissement.

Il nomma comme son successeur à Gigny, le fameux François Sanderini, cardinal de Sainte-Suzanne de Vollerra. Celle nomination ne fut ratifiée par le roi d'Espagne qu'au mois de décembre 1505. Antoine de Vergy, archevêque de Besançon, pourvu de ce prieuré en 1516, eut de vifs démêlés avec les bourgeois de Gigny, dont il contestait les privilèges et la franchise. Il fut obligé de renoncer à ses prétendions en 1518. Sur sa demande, le pape Paul 111 , par une bulle du 3 novembre 1534, unit les dîmes de Cuisia au prieuré de Gigny, à condition que les revenus à en provenir seraient exclusivement consacrés à l'enlrelien d'un ou de plusieurs maîtres, chargés d'enseigner aux moines novices , le chant , la grammaire et les saintes lettres ■ C'était le temps où la réforme religieuse cherchait par loules les ressources de la ruse, du zèle et de l'audace, à s'étendre au sein de la haute Bourgogne. Il imporlait d'arrèler par l'instruction , des progrès si alarmants. Antoine de Vergy, mort le 29 décembre 1541 , eut pour successeur à Gigny, Louis de Kye, abbé d'Aulerive , devenu en 1544 , abbé de Saint-Claude , évèque et prince de Genève, et en 1545, ahbéd'Acey.

Ce prélat résidait ordinairement au château de Gy ou à Balançon , mais il fit quelques séjours à Gigny, dont il restaura le château. La rénovation de ses terriers ayant soulevé plusieurs réclamations, il termina en

1546 les difficultés qu'elle avait fait naître. Deux ans après , il supprima l'oflicc de pitancicr et en unit les revenus à la mense conventuelle.

Philibert de Rye, son frère, lui succéda, comme éveque de Genève, abbé de Saint-Claude , d'Auterive, d'Acey et comme prieur de Gigny. 11 ne marqua son administration en ce dernier lieu que par un concordat fait avec ses religieux, le 26 mai 1554, dan» lequel furent déterminés les obligations et les engagements respectifs du prieur titulaire , des officiers claustraux, des autres religieux et du curé de Gigny, en ce qui concernait les prébendes, les aumônes, les fondations, etc. Il mourut en 1556, au château de la Tour-du-Meix , et fut inhur.é dans l'église de Saint-Christophe. Clériadus de Ray, qui lui succéda en 1557, cessa d'être prieur de Gigny en 1586. Il quitta l'état ecclésiastique , renonça à ses nombreux bénéfices, et s'élant fait relever de ses vœux, épousa en 1587, Clauda de Beaufiremont , dont il eut plusieurs enfants. Ferdinand de Rye , prieur d'Arbois en 1584, devint deux ans après, archevêque de Besançon , prieur de Gigny et de Morteau ; en 1589, abbé de Saint-Claude; en 1599, abbé de Cherlieu, et en 1615, abbé d'Acey. Il possédait ainsi les plus riches bénéfices de la province.

L'année 1595 fut marquée par l'invasion de Henri IV en Franche- Comté. Du 19 au 25 août, les châteaux de Beaufort, Cressia, Orgelet, Montfleur, furent occupés par les Français. Le 24 août , le corps d'armée principal, commandé par Biron lui-même, en allant d'Orgelet à Saint-Amour, fit composer Vabbaye de Gignal. L'invasion des Français et des Suédois , vit finir le gouverment de Ferdinand de Rye de la

manière la plus douloureuse. II reste peu de détails sur la part de calamités que Gigny peut revendiquer dans celles de 1656 et des années suivantes. Le marquis de Conflans ayant appris, le 2 janvier 1637, que le marquis de Thianges venait de prendre Chavanncs, s'avança dans la vallée du Suran pour l'arrêter.

Arrivé à Gigny , ses coureurs lui rapportèrent que Thianges venait de se retirer à Bourg avec ses gens.

Il se contenta alors, dit Girardol de Beauchemin : « de faire place d'armes à Gigny, en un temps d'hyver très fâcheux, et de disposer ses quartiers en forme de guerre et se préparer pour user de revanche de l'affront de Chavanne, sur quelques places de Bresse. » La guerre dura ainsi pendant près de dix ans. La peste qui avait commencé ses ravages en 1629, n'avait point encore disparu en 1640. En dix-huit jours, dix membres d'une même famille succombèrent à Véria , proche de Gigny, en 1656. La famine qui survint en 1638, acheva de dépeupler entièrement nos villes et nos villages. La grotte de Gigny servit longtemps de refuge aux malheureux qui fuyaient la guerre et la peste. Les religieux réformés de la congrégation de Saint - Vannes et Saint-Idulphe, voulurent profiter de l'état malheureux dans lequel se trouvait le prieuré de Gigny, pour s'y introduire, mais ils rencontrèrent une résistance à laquelle ils ne s'attendaient pas. Un mandement de garde du parlement de Dole, confirmé parle roi d'Espagne , le 18 juillet 1645, maintint les monastères de Baume, de Saint-Claude et de Gigny, dans leur privilège de ne recevoir aucun religieux qui ne fût gentilhomme de naissance et qui ne fit preuve , devant quatre témoins ,

de quatre quartiers de noblesse de chaque lignée paternelle et maternelle. Un autre arrêt, du 25 août 1647, défendit aux bénédictins réformés de troubler à l'avenir, directement ou indirectement, la noblesse, dans la jouissance où elle était de fournir exclusivement de tout temps des religieux à ces (rois monastères.

De nouvelles tentatives faites postérieurement n'eurent pas un meilleur succès. Philippe-Louis de Provost, dit de Pelousey, Abraham et Louis de Thézut, Anne-Louis-François de la Baume de Suze, Jean Bouhier, évèque de Dijon , et Joachim Joseph de la Fare, gouvernèrent sucessivement Gigny, comme prieurs commendataires , dès Tan 1645, jusqu'au moment de sa sécularisation en 1760.

Officiers claustraux. A la fin du xme siècle, il y avait dix officiers claustraux à Gigny , non compris le prieur cloltrier; c'étaient, le Chambrier ou le chamarier (camerarius ou creditarius), V aumônier (helemosinarius), le sacristain (sacris(a), Y ouvrier (operarius), Vinfirmier (infirmarius) , le doyen (decanus), le chantre (canlor) , le réfecturier (refecturarius), le pitancier (pitanciarius) et le célerier (cclerarius). Les cinq premiers de ces onze dignitaires étaient qualifiés de grands, parce qu'ils faisaient partie d'un insigne monastère, d'un grand prieuré. Ainsi , on disait le grandprieur cloîtrier, le grand-chambrier, le grand aumônier, le grand-trésorier ou sacristain et le grand-ouvrier. Au xvi* siècle , les offices de pitancier et de célerier furent supprimés. Il y avait en outre plusieurs bas offices , la plupart occupés par des laïcs, tels que le tailleur de froc, le garde- malade , le barbier, le portier, le jardinier, le boucher,

le cuisinier. Dans l'origine , les officiers du cloître étaient à la nomination de l'abbé ou du grand-prieur, mais dès le xrv* siècle , ils devinrent inamovibles et en titre perpétuel , à la nomination du pape , snr la proposition du prieur.

Prieurés dépendant de Gigny. Un catalogue des bénéfices de Cluny , dressé au xv" siècle , recense au nombre des prieurés immédiatement soumis à Gigny , les suivants. Au diocèse de Lyon : Chàtel-Chevrel , Oussia, Treffort, Domsure, Marboz et Pont-d'Ain; au diocèse de Besançon : Château - sur - Salins , Clairvaux, Ilay, Saint-Laurent-la- Roche, Chàtonnay, Chambornay et Maynal ; au diocèse de Genève : Bellevaux et la Cluse-Saint-Bernard , et au diocèse de Grenoble: Albin.

Celte nomenclature n'est pas complète : il faut y ajouter le prieuré de la Chaze-Dieu , ceux de Chazelles , de Saint-Hilairc, de la Magdeleine , près Cuiseaux , et de Poilte. Tous , à l'exception de celui de Château sur-Salins, étaient ruraux, et la plupart étaient unis aux offices claustraux.

Patronages de cures. Le prieur et les moines de Gigny avaient le patronage de soixante-deux cures ou chapelles, dont voici les principales :

Andelot , Germagna et Toulonjon , Montagna le-Templier, Gigny et Veyria , Louvenne et Loyon , Pressia , Cuiseaux, Epy, Montagna-le-Reconduit, Champagna, Domsure, Joudes, Lains, Nanley, Saint-Julien, Civria, Verjon, la Chapelle-Naude, Montfleur, Loysia et Graye, Pymorin, Rothonay, Cressia , Marigna et Monnetay, la Boissièrc , Chàtonnay, Chambéria, Etrée, Cuisia-en-Bresse, Saint- Nizier et Foissia (à la nomination du prieur) , Cuisia(à la nomination du chapitre ) , Dommartin , Digna ,

Fronlenaud , Sainte - Croix , Cousance , Rosay, Varennes (à la nomination du chambrier ), Condal, Maynal , Beaufort et Flacey (à la nomination de l'aumônier).

Richesses du prieuré. Les biens du prieuré de Gigny consistaient en domaines, cens, rentes, dtmcs, droits de blérie , gerberie , marguillerie , droits féodaux , et produisaient, en 1787 , un revenu de 70,354 fr., sans les bois et non compris les revenus du prieuré de Chàteau-sur-Salins. C'était donc un des plus riches bénéfices de la province.

Privilèges du monastère. Le prieuré relevait immédiatement du Saint-Siège et était exempt de la juridiction de tous archevêques, évéques, ordinaires, et de la visite de tous supérieurs majeurs. Il avait des armoiries et un sceau particulier représentant saint Taurin en costume d'évêque, tenant une crosse de la main droite et de la gauche le livre des Evangiles.

Privilèges du prieur. Le prieur était membre des Etats de Franche- Comté. 11 nommait à toutes les menscs monacales et offices claustraux , y compris la dignité de grand-prieur, ainsi qu'aux prieurés non conventuels. Il était seigneur de la terre de Gigny, et jouissait de tous les droits honorifiques attachés à la qualité de haut-justicier. Il avait un sceau particulier, représentant un abbé avec le bâton pastoral à la main.

Privilèges du chapitre. De tout temps , les nobles seuls furent admis dans le monastère de Gigny. On y fit d'abord preuve de huit quartiers, dont quatre du côté paternel et quatre du côté maternel. Mais dès le xvue siècle, les récipiendaires durent justifier par titre authentique, de seixe quartiers , dont huit de cha-

que côté. Cette obligation rendit les sujets si rares, qu'en 1760, il ne restait au prieuré que cinq religieux. Depuis quatorze ans, on n'en avait pas admis un seul.

Maison prieurale ou château. Le château était construit sur une petite éminence à l'est du bourg, et se composait , l°d'un principal corps-* de -logis de hkm de largeur et de 16m 20» de profondeur, séparé des maisons claustrales , par une cour et un jardin en terrasses fermés de murs ; 2° d'une grande cour nu bas du jardin, bordée au nord de petits bâtiments servant de volière ; 3° d'une autre petite cour à l'orient de la maison ; un escalier à deux rampes conduisait de la cour du chapitre à la terrasse du prieur.

Le château était très élevé , et soutenu aux angles par des contre-forts en pierre de taille. Les appartements étaient vastes , éclairés par de grandes fenêtres coupées par des meneaux et disposées sans régularité.

Des bâtiments accessoires servaient d'écuries et de remises. Une tour carrée était destinée à renfermer les prisonniers. Le château actuel a été reconstruit en 1777, sur les fondations de l'ancien.

Cloître. L'enceinte du cloître comprenait primitivement les lieux réguliers , les maisons des novices et des chantres, les réfectoires, les dortoirs , l'église prieurale avec le cimetière , l'église paroissiale avec un autre cimetière, des remises, deux cours et une fontaine. Le tout était clos par une murai! ie percée de plusieurs portes. La vie commune ayant cessé depuis le xtn* siècle, les lieux réguliers furent abandonnés et tombèrent en ruines.

Chaque religieux eut sa maison particulière, son jardin, ses remises, son icurie. Les bâtiments claus-

iraux étaient disposés en face de l'église. En 1760, il n'y avait plus que les maisons du l'aumônier, du chambrier, du refeclurier, du sacristain , de l'ouvrier, de l'infirmier, et le jardin du doyen. La maison des chantres était contiguë à l'église prieurale. Il y avait deux cours, l'une en fareàe l'église et la seconde entre l'église et les écuries de la maison prieurale. Dans la première était une belle fontaine jaillissante , la seule qu'il y eût pour l'usage du bourg. L'hôtellerie et l'hôpital étaient en face du grand portail du prieuré. Il ne reste des anciens cloîtres que ce portail et quelques portiques. Tout est transformé aujourd'hui en maisons particulières.

Aumônerie. L'aumônier était tenu de distribuer tous les jours de Tannée , l'aumône d'un pain de seigle à chaque pauvre de la seigneurie venant la demander, et même à d'autres, s'il élait nécessaire. Il devait en outre faire, le jeudi-saint, l'aumône de la quarte partie d'une miche , à tout venant à Gigny ; fournir ce jour-là , l'eau , le vin , le linge et les bassins nécessaires pour le mandat de treize pauvres , et faire célébrer la messe matutinale du même jour. 11 était chargé d'entretenir l'hôpital de trois lits, de draps et de couvertures pour les pauvres. Le prieur devait donner, tous les dimanches , trois pains et demi de couvent , pour être distribués aux. pauvres; 2° la veille des cinq fêles de Pâques , Pentecôte , Saint-Pierre , Assomption et Noël , à trois treizaines de pauvres et à chacun d'eux , à la porte du château, un deini-pain de tiers, une pinte de vin et un quartier de fromage ; tous les jours , trois pintes de vin , pour les femmes en couches

et enceintes; k° aux frères des quatre ordres mendiants passant par Gigny et requérant l'aumône , et à chacun d'eux , un demi-pain de couvent et une pinte de vin ; 5° le jeudi-saint, à tout venant à Gigny, un car de Savoie, le pain que l'on bénissait ce jour-là au réfecloire , et treize engrognes à treize pauvres pendant qu'on faisait la cène; 6° à chaque habitant, le jour de carêmenlrant, un pain de couvent et deux pintes et demie de vin. Ces distributions forent modifiées à différentes époques.

Maladrerie. Il existait probablement à Gigny un hospice pour les lépreux , car il y en avait dans tous les villages voisins; mais on ne connaltaucun litre qui le mentionne, ni même la place qu'il occupait. On sait seulement qu'il existe proche du petit Véria , un lieu dit la terre de la Malatière, et vers la grange de Plie , un bois appelé le bois de la Ladrerie.

Hospice, llumbert Chatard, prieur de Gigny , avait fait bâtir « devant la clôture du prieuré, du côté du vent, vis-à-vis l'entrée publique tendante dès ledit prieuré à la ville de Gigny, » un hôpital qu'il dédia a Dieu , à la Trinité , à la sainte Vierge et à tous les saints. Etienne Chatard , son frère , commença par le doter d'un revenu annuel de dix écus d'or. Il ajouta lui-même à celle donation la rente de cinq écus d'or et une vigne àCuisia , près Treffort. Le but de cette fondation élait de donner le logement et la nourriture à tous les pauvres errants et étrangers. Par un acte du 28 mars 1435, le fondateur régularisa cette institution. Il en conlia l'administration à l'aumônier du monastère , à l'office duquel il unit cet hospice , avec tous ses droits et appartenances. 11 dis-

posa, 1° qu'on y donnerait à tous les pauvres une réfection de la moitié d'un pain de froment et la moitié d'un vase de vin pendant leur séjour à l'hôpital, et à ceux qui viendraient plus d'une fois par mois , qu'on ne leur fournirait que le lit ; 2° que les mendiants recevraient la moitié d'un pain d'orge et la moitié d'un vase de vin ; 3° que dans le cas où une pauvre femme étrangère viendrait a y accoucher, on lui donnerait, ainsi qu'à son enfant, outre les choses nécessaires à leur état , une ration de vin de deux tiers; k° que si une personne logée à l'hôpital y était tellement malade qu'on ne pût la transporter ailleurs, on lui donnerait chaque jour, pendant la durée de sa maladie, la moitié d'un pain de couvent et la moitié d'un vase de vin ; 8° que l'aumônier choisirait , pour faire les distributions et soigner les malades , une femme de probité ou un laïc honnête, qui rendrait compte chaque année de sa gestion. II régla ensuite les offices qui seraient célébrés , soit à l'hospice soit à l'église, pour les pauvres et pour le repos de son âme. Cette fondation, faite du consentement des religieux , fut ratifiée le 19 juin suivant, par Oilon, abbé de Cluny.

Les biens de cet hospice ayant été perdus à la suite des guerres du xvne siècle , la maison et le jardin furent cédés, à titre d'accensement.

Une maison hospitalière fut construite vers 1763 , proche de la chapelle Saint-Taurin , mais elle ne fut jamais organisée et n'a servi d'asile qu'à quelques indigents qui n'y recevaient aucun secours.

Chapitre collégial. L'abus de la commende et beaucoup d'autres, faisaient présager depuis longtemps la chute du prieuré de Gigny. L'esprit du siècle avait tellement transformé

les populations, qu'on ne trouvait plus assez de religieux pour occuper tous les offices claustraux. Les moinés qui restaient, désireux de se soustraire à la règle , cependant peu suivie alors, de saint Benoît, demandèrent eux-mêmes leur sécularisation. Dans une requête du 4 décembre 1786, ils exposèrent qu'ils voyaient avec douleur que depuis un temps immémorial , les religieux de Gigny, quoique engagés par des vœux solennels, n'observaient point la règle de saint Benoit ; que la vie commune était entièrement abandonnée et ne pouvait être rétablie ; qu'ils ne portaient pour toute marque de l'état régulier, qu'un petit scapulaire sur leur soutane ; qu'ils ne récitaient pas même l'office de saint Benoit ; que d'ailleurs nul ne pouvant être reçu religieux dans ce prieuré , sans faire preuve de seize quartiers , on ne pouvait trouver de sujets de cette qualité qui voulussent embrasser l'état régulier; qu'ils étaient réduits à cinq seulement, quoiqu'il y eût douze places monacales et huit offices claustraux. Ils demandèrent en conséquence au roi , la permission de solliciter en cour de Rome leur sécularisation , l'extinction et suppression des offices claustraux ainsi que des titres des prieurés de Domsure , Marboz , Oussia , à la collation du prieur et de ceux de Clairvaux, Poitte, Sainl- Laurcnl-la-Roche , Chàtonnay et Chambornay , à la collation du pape, pour être les revenus réunis et former la mensc capitulaire d'une collégiale, dont l'érection aurait lieu dans l'église de Gigny, sous la juridiction de l'ordinaire. Le roi , par .

son brevet du 17 mai 1757, donna son consentement , mais en modifiant un peu les propositions des religieux. Après trois ans de lon-

gucurs , le pape Clément XIII , par une bulle du 21 juillet 1760 , prononça la sécularisation. 11 fut statué, tant par le brevet du roi que par la bulle du pape, que l'église régulière du prieuré était érigée en église collégiale séculière , sous l'invocation de saint Pierre et de saint Louis ; que le chapitre serait composé d'une seule dignité , sous le titre de doyen, et de quatorze prébendes, celle du doyen comprise, lesquels doyenné et prébendes seraient affectés à des gentilshommes qui feraient preuve à l'avenir, avant leur admission , de six degrés de noblesse du côté paternel et du côté maternel et que leur mère était demoiselle ; que la nomination du doyen et des chanoines appartiendrait au roi ( excepté le cas de leur mort en cour de Rome ) , et à charge par les titulaires, d'obtenir dans les six mois des bulles apostoliques; qu'on n'admettrait aux canonicats que des ecclésiastiques liés aux ordres , ou au moins d'un âge suffisant pour recevoir le sous-diaconat au bout d'un an ; que les chanoines seraient tenus de résider à Gigny, au moins pendant dix mois de l'année ; que le chapitre entier serait soumis à la pleine juridiction et à la visite de l'évéque diocésain et de ses vicaires généraux ; que l'évéque aurait le patronage des cures vacantes appartenant à l'ancien monastère , dans le diocèse de Saint- Claude ; qu'il y aurait dans l'église collégiale un ba? chœur, composé de six ecclésiastiques amovibles et de quatre enfants de chœur, à la nomination du chapitre. M. de la Fare, prieur commendataire , conserva pendant sa vie , ses revenus , attributions , titres et prérogatives. II continua à instituer les officiers de justice et à présenter aux cures vacantes. II fut décidé que le grand-

prieur du prieuré posséderait la dignité de doyen et que les quatre autres religieux conserveraient pendant leur vie les revenus de leurs places monacales, offices claustraux, prieurés et autres bénéfices, pour leur tenir lieu de prébendes canoniales. Un concordat fut fait entre le chapitre et l'évéque de Saint- Claude, le 2 décembre 1760. Enfin, la bulle de sécularisation fut fulminée le 1 h décembre , en présence de l'évéque d'Evreux, de plusieurs grands seigneurs , et enregistrée au parlement de Besançon, le 11 février 1762. Les prieurés ruraux de Poitte, Uay, Chambornay-lez- Pin , de Clairvaux et de Châtonnay, ne furent sécularisés que le 3 décembre 1 766 ; ceux de Domsurc , Marboz et Oussia , en 1767. Les statutsdu nouveau chapitre furent présentés à l'homologation de l'évéque de Saint-Claude , le 19 juin 1768.

A cette époque, il ne se composait toujours que des cinq derniers membres de l'ancien prieuré. Deux nouveaux chanoines furent nommés en 1771; Irois autres en 1774 , un en 1780 et deux en 1782. Ces nominations furent les seules qu'on effectua , les autres furent suspendues.

On ne nomma jamais non plus les dix ecclésiastiques qui devaient composer le bas chœur, parce qu'il fut bientôt question de supprimer celte collégiale et de la réunir à d'aulres chapitres nobles de la province. Les nouveaux chanoines firent de nombreuses tentatives pour que leur chapitre fût uni à celui de Saint-Claude.

Mme de Bussy, coadjutrice de I'abbesse du couvent de Saint-Clair de Lons-le-Saunier, se livra à de telles intrigues , qu'elle parvint à obtenir la suppression du chapitre de Gigny.

Un arrêt du conseil du roi , du 1er octobre 1785', déclara que les

biens de ce chapitre seraient mis en [ et sur l'autre, l'image de saint Louis, séquestre. On obtint par intimida- avec l'inscription : Ludovici XV Uon le consentement des chanoines, et le roi , par brevet du 8 février 1787, déclara que son intention était que ce chapitre fût supprimé et que ses biens et revenus fussent réunis à perpétuité aux abbayes nobles de Lons-le-Saunier et de Migelte. Le commissaire apostolique prononça la suppression le 26 mai 1788. Le 51 décembre suivant , les deux chapitres prirent possession des biens de celui de Gigny, à l'exception des maisons canoniales , dont la jouissance avait été assurée aux chanoines pendant leur vie. Ils avaientdépensé plus de 90,000 francs pour arriver à ce résultat. Mme de Bussy seule réclama 13,000 francs pour ses frais de voyage. Les habitants de Gigny firent tous leurs efforts pour s'opposer à cette suppression. L'activité de leurs démarches pour conserver le chapitre au milieu d'eux, ne laissait guère soupçonner que quelques années après , ils allaient se li-

vrer à tous les excès du fanatisme révolutionnaire , enleyer et renverser les croix , jeter dans les flammes les précieuses archives du monastère , au son des cloches et des tambours (1794), profaner la châsse de saint Taurin , dépouiller leur église de ses plus riches ornements et persécuter ceux qui avaient été les amis des religieux.

Armoiries et décorations du chapitre. Le roi, par les lettres-patentes dont il revêtit la bulle de sécularisation, permit aux chanoines de porter une croix d'or et d'émail cantonnée de quatre fleurs de lys, semblable , pour la forme, aux grand'eroix de l'ordre militaire de Saint-Louis. Elle présentait sur une face l'image de saint Pierre . avec la légende : Religio nobilitatis decus ;

munus MDCCLX. Le sceau du chapitre était de forme ovale, et portait la légende : Sigilli prœnobilis Capituli Gigniacensis. Au milieu, était un écusson , où se trouvait figuré un agneau tenant entre ses pieds antérieurs une longue croix garnie de deux rubans flottants ; au-dessus de l'écusson deux clefs de saint Pierre étaient posées en sautoir.

Eglise prieurale. L'église prieurale, dédiée à saint Pierre, devint collégiale en 1760, sous le vocable de saint Pierre et de saint Louis , et paroissiale en 1789, sous celui de saint Taurin. Elle est régulièrement orientée. Son aspect intérieur indique plusieurs constructions distinctes et successives ; cependant , le style roman domine et donne à tout l'édifice un caractère sévère que n'a pu lui faire perdre mainte addition relativement moderne. Elle se compose de trois nefs, d'un avantchœur, d'un sanctuaire , d'un arrière-chœur rectangulaire , d'une chapelle à côté du collatéral de droite , d'une sacristie , d'une salle capitulaire, d'une bibliothèque et d'un clocher. La longueur de la nef principale jusqu'au grillage qui la séparait du sanctuaire , est de 26m 24e, sa largeur de 6m 48c, et sa hauteur de 22m 68e. Le chœur a 20m 41e de profondeur et 5m 83e de largeur. La longueur des collatéraux est de 40™ 82° et leur largeur de 3m 88°. La porte d'entrée principale est placée à l'extrémité occidentale de la grande nef et divisée en deux comparlimenls. Elle est richement nervée en ogive. Trois statues , placées à la hauteur du tympan , ont été enlevées et détruites en 1794. Le millésime de 1495 indique la date de la reconstruction de

cette porte. La grande nef est séparée des collatéraux par dix gros piliers, dont trois sont quadrangulaires et sans chapiteaux; les aulres sont cylindriques avec de lourds chapiteaux quadrangulaires.Sur ces piliers et d'autres demi-piliers engagés dans les murs aux extrémités de la nef, s'élèvent douze arcades en plein-cintre , qui communiquent avec les nefs collatérales. Des fenêtres à plein-cintre , ouvertes audessus de ces arcades , éclairent la grande nef. Les arcs-doubleaux et arêtes de la voûte retombent sur une corniche qui règne sur toute la longueur de la nef. Les nefs collatérales sont, comme la principale, voûtées a plein-cintre et à arèles. Leurs arcs-doubleaux retombent d'un côté sur les piliers et de Pau Ire se noient dans les murs latéraux de l'église. L'avant-chœur forme une coupole peu élevée , dont les nervures s'appuient sur des personnages. Ancienncment, cette coupole avait une grande élévation ; elle était éclairée par les fenêtres du clocher, et de chaque côté se trouvaient les bras du transsept , qui ont été réunis aux petites nefs. Le sanctuaire est voûté à plein cintre et à berceau. Le chœur est voûté en ogive, et ses riches nervures retombent sur de gracieuses colonneltes et colonnes en partie engagées dans le mur. Trois belles fenêtres , placées à son extrémité orientale , l'éclairenl. Au-dessus de ces fenêtres , existe une grande rosace, enrichie de moulures supportées par des personnages , qu'on a eu la malheureuse idée de fermer avec de la maçonnerie. Vis-à-vis le sanctuaire et au nord du collatéral de gauche, sont une ancienne sacristie convertie en salle capilulaire , et la bibliothèque.

Une porte les met en communication .

Cette sacristie a 7 mètres 7 7e de longueur et Um 21e de largeur ; elle est voûtée en ogive et divisée en deux travées. Les penditifs supportaient des rosaces détachées des voûtes, qui paraissaient suspendues par enchantement. L'illusion était si complète, qu'on les abattit, dans la crainte qu'elles ne tombassent. La chapelle de la Vierge , placée du côté opposé , est du style ogival tertiaire. Les nefs, primitivement, n'étaient pas voûtées. Le chœur ne consistait qu'en une grande abside répondant à la nef principale , flanquée de deux plus petites à l'extrémité des bas côtés. Elles se terminaient toutes trois en hémicycles et étaient voûtées en forme de calottes semi-sphériques. Le clocher s'élève sur l'avant-chœur, qui était autrefois la jonction du transsept avec la grande nef. D'abord élancé en aiguille, il est aujourd'hui de forme octogonale et couronné par un dôme revêtu de tuiles vernissées. La base de ce clocher , ainsi que les nefs , sont du style roman usité au xt* siècle. Les corniches extérieures, soutenues par des corbeaux, les cordons, les ouvertures simulées avec arcatures à plein-cintre, présentent tous les caractères de l'architecture romane, telle qu'elle était au xie siècle dans la Bourgogne. Le chœur et la façade , du style gothique , datent de la fin du xv* siècle. La partie supérieure du clocher est toute moderne. D'après une reconnaissance faite en 1760, la nef était séparée du chœur par un très beau grillage en fer. Le maitre-autel était isolé à l'extrémité orientale de la nef. Il était fait à la romaine et très beau, « étant doré et artistement sculpté, le tombeau travaillé de même et richement doré et relevé en relief en figures saillantes. > Le collatéral sud

était terminé par l'autel de Saint- Pierre, converti en 1835, en un autel sous le vocable de la Vierge.

Le collatéral nord se terminait par l'autel de Saint-Taurin. La chapelle actuelle de la Vierge était dédiée à saint André , et au bas du collatéral sud était une chapelle en l'honneur de saint Benoit. Il y avait vingt-trois stalles « au cul-de-lampe du chœur en fort belle menuiserie, tout le reste du chœur boisé, et sculpté jusqu'au grillage. » Cette église était toute pavée de tombes , rappelant les anciennes et nobles maisons des deux Bourgognes. On n'y marchait que sur des écus blason nés et des épitaphes pompeuses, effacées aujourd'hui par le temps ou par le marteau révolutionnaire. Plusieurs grands seigneurs et de grandes dames y avaient élu leurs sépultures.

De ce nombre furent, en 1282, Jacques de Dramelay, veuve de Gérard de Salins , chevalier; en 1358, Marguerite de Beaujeu , dame de Saint- Julien , épouse de Jean de Cualon, comte d'Auxerrc; en 1517, Jeanne de Gorrevod , etc. Un mausolée, érigé sur la tombe du prieur Jean de Marigna, en 1583, à gauche de la chapelle Saint-Taurin , et un autre, élevé en l'honneur d'un personnage inconnu aujourd'hui, près de l'autel Saint- Pierre, furent mutilés en 1793. Il n'en reste que les supports. Un bel orgue, acheté 10,000 francs en 1760, occupait la tribune au fond de la nef. Cet orgue, enlevé en 1806 , décore aujourd'hui l'église des Cordeliers de Lons-le- Saunier. Telle qu'elle est, l'église de Gigny est encore un des monuments religieux les plus remarquables de la province. Il serait à désirer que le gouvernement la classât au nombre des monuments historiques, ou au moins qu'il aidât la com-

mune à la restaurer et à l'entretenir, car elle menace ruine dans plusieurs de ses parties. On y remarque encore un grand nombre de statues et de statuettes très anciennes et parfaitement exécutées.

Cimetière du prieuré. Il se trouvait entre l'église prieurale et l'église paroissiale. Le sacristain était exclusivement chargé d'y inhumer les grandes personnes de la paroisse.

Les paroissiens avaient droit de faire sonner pour leurs enterrements , non -seulement la cloche de l'église paroissiale, mais encore celle de l'église du monastère.

Eglise paroissiale et familiarité.

Dans l'origine, les moines de Gigny, comme ceux des autres monastères, étaient les seuls pasteurs des fidèles de la localité. Us leur administraient les sacrements dans leur propre église, qui en ce sens était aussi paroissiale, et l'un d'eux faisait les fonctions de curé. Le pape Urbain III , ayant statué qnc dans les lieux où il y avait des moines , les fidèles ne devaient point les avoir pour recteurs, mais èlre desservis par un chapelain, présenté par les religieux et institué par l'évèque , on construisit dans l'enceinte des murs du cloilre, une chapelle dédiée à Notre-Dame , pour la célébration des offices paroissiaux, avec un petit cimetière pour l'inhumation des enfants. Suivant un pouillédu diocèse de Lyon , du xive siècle, et l'opinion de Camille de Neuville, l'église de Véria n'était qu'une annexe de l'église de Gigny. En snite de l'incorporation de ces deux églises en une seule paroisse , le curé résidait tantôt à Gigny, tantôt à Véria, ayant un vicaire dans le lieu où il ne résidait pas. En 1 686 , le titulaire ayant quitté Gigny pour aller rester à Véria , il ne résida plus que des vi-

caires à Gigny. Anciennement, les cures de Gigi»y se qualifiaient de chapelains , recteurs ou curés de Gigny, curés de Gigny et Véria, son annexe ; mais depuis un arrêt du parlement de Besançon, rendu en 1763, ils se dirent curés de Véria et vicaires perpétuels de l'église de Gigny. Le desservant de Gigny n'était en quelque sorte que le vicaire du sacristain du prieuré, auquel avaient été concédés , en 1 305 , les droits de curé primitif. A l'exception des droits de baptêmes, fiançailles et mariages, qui lui étaient propres, il devait partager les autres produits casuels avec le sacristain. Il se forma, au xive siècle, à Gigny, comme dans la plupart des bourgs, une familiarité de prêtres nés et baptisés dans la paroisse , pour la desserte des fondations.

L'église paroissiale primitive, réparée en 1672, était moins grande que celle qui l'a remplacée. Elle était couverte en laves et n'avait , en place de clocher, qu'une campanille avec une petite cloche. Une chapelle, dédiée à la sainte Croix , y fut érigée en 1520, par Barthélémy Pytiot, do Gigny, recteur de l'hôpital de Cuiseaux. Comme celte église était insuffisante et tombait de vétusté , elle fut interdite en 1770 et démolie en 1774. Sur son emplacement , en 1780, on en construisit une nouvelle et on la plaça sous le double vocable de Notre-Dame et de saint Taurin. La voûte ne tarda pas à s'affaisser, et les murs se lézardèrent. Elle fut interdite en 1789, et les paroissiens furent mis en possession par Pévèque, de l'église prieurale. Elle se composait d'un clocher couronné par un dôme, d'une nef, d'un transsept légèrement prononcé, d'un sanctuaire rectangulaire et d'une sacristie. Elle

sert aujourd'hui de balle pour les foires.

Cimetière des enfants. Il existait au nord-ouest de l'église paroissiale et était destiné non - seulement aux enfants proprement dits , mais en général aux individus qui n'avaient pas encore communié. Le curé ou vicaire perpétuel était chargé de ces inhumations, mais il en partageait les émoluments avec le sacristain du prieuré. Les parents des grandes personnes pouvaient obtenir de ce dernier la permission de faire inhumer les défunts dans l'église paroissiale ou dans le cimetière des enfants. Cette autorisation était accordée , moyennant une modique rétribution et à charge de présenter préalablement les corps à l'église du prieuré.

Cimetière nouveau. Les deux anciens cimetières ayant été interdits par l'intendant de la province , en conformité de l'ordonnance de 1 776, on fut obligé, en 1787 et 1788, de conduire les corps dans le cimetière de Véria. Ce fut seulement le 24 octobre 1 788-, que le curé, assisté de son vicaire , fit la bénédiction du cimetière actuel*

Chapelle de Saint-Taurin. La maisonnette du pauvre homme où les reliques de saint Taurin s'obstinèrent trois fois à revenir, lors de leur translation, demeura , dit-on , longtemps intacte au milieu des incendies et des ruines du voisinage.

Elle fut ensuite changée en une chapelle , sous le vocable de saint Taurin, et vendue en 1792, comme bien national. Son architecture n'était pas antique.

Chapelle Notre-Dame-des-Planches. Elle était située au couchant du pont , près de l'embranchement des chemins actuels de Véria et de Graye. Malgré sa riche dotation, elle

n'existait déjà plus en i7kh. Une belle croix en pierre , élevée sur son emplacement, en 1776, fut détruite en 1794.

Chapelle de la dame Goy. Elle était située entre Gigny et Gropet , dans le lieu dit aux Arinières. On ne connaît pas son origine. On sait seulement qu'elle existait déjà en ilkk , et qu'elle ne fut supprimée qu'au moment de la Terreur. On y allait processionnellement un jour des Rogations.

Ermitage de la Baume. Il y eut des reclus dans les diocèses de Besançon et de Lyon dès le vie ou le vue siècle. Ces reclus étaient des religieux qui renonçaient à la vie commune pour vaquer plus spécialement à la contemplation. Ils habitaient le voisinage des grandes abbayes , et n'avaient de communication qu'avec les pécheurs, dont ils recevaient les confessions, ou avec les chrétiens fervents , à qui ils donnaient des conseils pour parvenir à une plus haute perfection.

Telle fut l'origine de l'ermitage de Saint-Aldegrin à Baume. D'après une vieille tradition , l'ermite de Gigny aurait habité anciennement dans le voisinage de la Baume, c'està-dire dans une espèce de petite grotte située dans le bois dit Sousla-Roche, sur la limite des territoires de Gigny et de Graye. Celte petite grotte , ouverte en plein midi, profonde seulement de cinq à six mètres , surmontée et abritée au nord par un rocher à pic , haut de quinze mètres au moins, et formant un grand arc de cercle , est divisée en deux chambres l'une sur l'autre, séparées par une voûte naturelle en pierre. L'une , inférieure , est comme un rez-de-chaussée, haut de deux mètres seulement ; mais on ne parvient dans la supérieure qu'au

moyen d'une échelle. A l'entrée de la chambre inférieure , on voit une fosse oblongue , quadrilatère , profonde d'un mètre , qui parait avoir été creusée de main d'homme dans le rocher. Au-devant de cette grotte, règne une sorte d'esplanade ou de terrasse artificielle, longue de quinze mètres et large de cinq , qu'on appelle le Jardin de l'Ermite , et où croissent en effet naturellement quelques plantes potagères. De ce refuge escarpé, où l'on n'arrive que du haut de la montagne , par le défilé étroit dit le Pas de la biche , on jouit d'un coup-d'œil enchanteur. Cet ermitage ne cessa d'être habité qu'au xvme siècle. Les habitants de Gigny sont encore dans l'usage d'aljer , le lundi de Pâques , -manger des œufs cuits durs et teints, à la Baume, et de faire une visite à l'ermitage.

Ermitage de la Craie. Le premier ermite dont les titres fassent mention à Gigny, est Claude Berrod , qui, avant 1712 , dans le dessein de se faire religieux ermite , avait cultivé quelques cantons de terrain communal , entre autres au lieu des Combes. Ayant renoncé à son projet , il se désista de ce terrain , par acte du ik juillet 1712 , en faveur de la commune. Peu d'années après sa démission, les habitants obtinrent de M. de Larians . aumônier du prieuré , une somme en valeur "de 50 mesures de froment, pour aider frère Thaurin , natif de Gigny, à achever la construction de sa cellule et de son oratoire. Cet officier claustral y consentit en 1715, à condition que lui et les aumôniers ses successeurs , auraient le droit de nommer les ermites , s'engageant à préférer les habitants de Gigny à tous autres , s'il les en trouvait dignes. Cet ermitage existait sur le penchant de la montagne de la Craie,

un peu au sud -est de la source de la Sarrasine. Il subsistait encore, ainsi que Termite, en 1748.

Culte de saint Taurin. La féte de saint Taurin était chômée à Gigny, comme fête principale et de première classe, le 1 1 août et le 5 septembre, avec toute la solennité possible. On chantait des grand' messes à notes à l'autel spécial du saint, avec diacre et sous-diacre ; on faisait des processions générales dans les rues de Gigny , où l'on portait pieusement la châsse contenant ses reliques. Les habitants de Véria et d'Andelot y assistaient avec leurs croix et leurs gonfalons. La double fête desaintTaurin attirait un grand concours de fidèles du voisinage , et même de la Bresse. La ville et l'abbaye de Rcmiremont y envoyaient chaque année un député chargé de déposer une offrande et de faire célébrer deux messes à l'autel du saint évêque , qui les avait jadis délivrés de la peste. Dans les temps de calamités, les villes de Franche-Comté et de la Bourgogne votaient des pèlerinages à saint Taurin de Gigny.

En 1780 , il fut décidé que les chanoines du chapitre chômeraient la féte de ce saint , le 1 i août , sous le uom de petite saint Taurin , et que la féte du 5 septembre resterait propre aux paroissiens, sous le nom de grande saint Taurin. Les reliques du patron de Gigny furenfprofanées en 1794 et clouées à l'Arbre delà Liberté. Des personnes pieuses parvinrent à en sauver quelques fragments. On continue à faire la fete de saint Taurin , mais elle a dégénéré sous le rapport de la dévotion et n'est presque plus qu'un but de plaisir. Dans une reconnaissance faite en 1760, le commissaire apostolique , chargé de l'enquête pour la sécularisation du prieuré , constata

que dans la chapelle à côté de celle dédiée à saint Taurin , se trouvait « une châsse considérable par sa grosseur , distinguée par sa beauté, dont le fond était en bois d'ébène , presque toute couverte de lames d'argent en relief, sur le pied de laquelle étaient différentes armoiries de plusieurs officiers claustraux du chapitre. » Ayant visité cette châsse , il trouva qu'elle renfermait plusieurs ossements de différents saints , distingués par des inscriptions particulières, parmi lesquelles il reconnut le chef avec la cervelle et les ossements du corps de saint Taurin , évëque d'Evreux , ainsi qu'un os tout entier de la jambe ou cuisse de saint Aquilin. D'autres procès-verbaux constatent que cette châsse renfermait du sang de Jésus- Christ et des reliques de la sainte Vierge , de sainte Aniane , de saint Colomban , saint Didier, saint Eusèbe, saint Euslache, saint Ferradée, saint Jean, apôtre et évangéliste, saint Jean, confesseur, sainte Julienne , saint Léger, saint Loup , saint Marin, martyr, saint Oyan, saint Romain , saint Sauveur, confesseur, saint Siagre, sainte Trigide de Moirans , saint Vauldcbert , saint André, saint Antonin, saint Benoit , abbé , saint Charles Borromée , saint Philippe de Néri , saint Pierre , saint Paul , sainte Rosalie , saint Vincent de Paul, des fragments de la vraie Croix , des vêtements du bienheureux Benoît XI , de la chemise de sainte Catherine de vicis , du voile de sainte Marguerite de Cortone et d'une toile imbue du sang de saint Pierre. L'argenterie de l'ancienne châsse fut envoyée au district en i 794. La châsse qui existe actuellement, en bois doré et vitrée, a été construite en 1840.

Seigneurie. La terre de Gigny se

composait du bourg de ce nom , et des villages de Louvenne, la Pérouse , Morges , Montrevel , Monnetay, Graye, Charnay et le Villard.

Le prieur y avait la justice haute, moyenne et basse, qu'il faisait exercer par un bailli , un châtelain , un procureur , un scribe , des prévôts , des sergents , des forestiers , des messiers , des bliefs, tenus de prêter serment entre ses mains de garder ses droits et ceux de ses sujets. Il avait droit, 1° d'avoir un signe patibulaire à deux colonnes, au-dessus d'une petite montagne , entre Gigny et Gropet , appelée le mont de Sect , et de forcer ses sujets de comparaître aux exécutions , armés de bâtons, sous peine d'amende; 2° d'instituer un châtelain ou capitaine , devant lequel les habitants de la seigneurie devaient faire montre d'armes au moins un fois par an , et chaque fois qu'il y avait péril imminent de guerre ; 3° de relever toutes épaves ; U° de faire recevoir par son commis les cens et rentes en argent, froment, avoine, huile, lesquels devaient tous être payés et livrés au château de Gigny, dix jours après la criée , sous peine d'amende ; 5° de percevoir les lods , vends, directs ou droits de retenue sur toutes mutations d'immeubles, à raison du sixième du prix ; 6° d'exiger une amende de 60 sols de ceux qui , tuant du gros bétail dans l'étendue de la terre , n'en livraient pas les langues à l'infirmier du monastère; 7° de faire faire le guet et garde en son château ; 8° de faire prendre par son receveur , de tous ceux qui tuaient des porcs , un jambon , sauf à donner à ceux de Graye et Gharnay , chaque année , trois jours après Noël, treize pains et treize pintes de vin ; 9° de vendre seul du vin pendant le mois d'août,

à l'exception des habitants de Gigny, qui pouvaient en vendre depuis les vêpres de la veille de saint Taurin , jusqu'aux vêpres de celte fêle; 10° de faire visiter le poids du pain et les mesures de vin pendant les foires de Gigny, qui se tenaient les jours de la Saint-Thomas, avant Noël, de Saint-Jean, au mois de mai, et de Saint-Denis ; 4 1° de ne rien laisser vendre qu'à la mesure de Gigny; 12° de percevoir les droits dus le jour du marché , qui se tenait le vendredi ; 13° de faire faire deux corvées par ménage, chaque année ; ik° d'exiger de chaque chef de maison une bûche de bois , appelée le lailhon ou la bûche du coulon.

Il avait en outre la chasse exctusive et la pêche dans le canal du moulin ; la banalité du moulin de Gigny, du four de ce bourg et de ceux des villages de Montrevel , Morges , la Pérouse, Cropet, ainsi que des bois.

Les habitants de Gigny étaient libres et francs ; ils pouvaient pécher dans la rivière du Suran, mais ceux des autres villages étaient main-mortabies. Les moines en général n'assujettissaient pas à la main-morte les bourgs voisins de leur monastère ; Gigny en est une preuve.

Prévôté. La prévôté de Gigny était tenue , à titre héréditaire , par une famille noble qui prit le nom de»

ce bourg. Poncet de Gigny vivait en.

1272. Perraudou Perret de Gigny, chevalier, reçut en 1330, à titre d'inféodation , du sire de Thoire-et- Villars, le village d'Aromas en toute justice. Celte maison s'éteignit au xve siècle.

Etat du bourg au moyen-âge.

Gigny était qualifié tantôt de bourg et tantôt de ville. Les habitants portaient le litre de bourgeois. 11 y avait un marché le vendredi de chaque semaine , mentionné déjà dans des.

titres du xia siècle , et trois foires par an. Les nombreux pèlerins qui y arrivaient fréquemment , activaient le commerce. Indépendamment de l'enceinte de l'abbaye et de celle du cbâteau , le bourg était clos par une ceinture de murailles , des fossés et des portes. Ces portes étaient au nombre de trois : Tune fermait le chemin venant d'Orgelet et de Pymorin , une autre celui de Graye et Cuiseaux , et une troisième, appelée la porte de bois ou de bouis , le chemin venant de Saint- Julien. La dernière fut reconstruite en 1776. Les maisons au nord-ouest de la première, constituaient le faubourg de la Creuse t et celles à l'ouest de la seconde , le faubourg du moulin.

Il parait que les murailles furent détruites par les armées de Louis XI, en 1478 ou 1479 , car dans une reconnaissance de droits seigneuriaux, faite en 1542 , on lit : que les habitants de Gigny seront tenus de faire le guet et garde au château , jusqu'à ce que leur bourg soit clos , muré et tenable contre les ennemis , et que , lorsque celte clôture existera , ils ne feront le guet que dans leur ville seulement.

Canton. Gigny fut érigé, le 21 mars 1790, en un chef- lieu d'un canton , composé de dix-sept communes, dont les noms suivent :

Champagne , Cressia , Cropet , Gigny, Granges-de-Nom , Graveleuse, Graye-et-Charnay, Loisia. Marigna, Monnetay, Montséria , Morges, Nancuise, la Pérouse, Pymorin, Véria et le Villard. Ce canton a été supprimé en 1801.

Etat actuel. Gigny occupe la position la plus agréable de la rive gauche de la vallée du Suran. Les maisons, groupées au sud-ouest , au nord et au nord-ouest de l'ancien prieuré, sont généralement bien

bâties en pierre, les unes couvertes en tuiles creuses, les autres en tuiles plates. Un grand nombre sont élevées de deux étages au-dessus du rezde-chaussée. Les rues sont alignées comme dans les villes. La fontaine jaillissante , qui était dans la cour du prieuré , a été transportée sur la place dite du Champ de foire. Gigny , clans son état présent, est encore un des beaux villages du Jura.

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