NOTICE HISTORIQUE SUR LE VILLARD
Le hameau du Villard a pris naissance dans la contrée dite au Pteux- Villard, où l'on reconnaît encore les ruines de quelques anciennes maisons formant des murgers de pierres qui ont visiblement éprouvé l'action du feu. On a trouvé au milieu de ces ruines une croix en pierre , garnie de ses croisillons. Il y avait une fontaine , appelée fontaine du Vieux- VUlard. Ce village, probablement détruit pendant les guerres du xivc siècle , n'existait déjà plus en 1437.
Sur une partie de son emplacement, les religieux du prieuré établirent une ferme , appelée la grange de la Cellérie. Par un acte du 4 février 1437, Jacques de la Roche, célerier du monastère, accensa à perpétuité, à Jean Caillon et à ses deux fils , ainsi qu'à ses successeurs , le meix ou la grange du Villard , avec ses accessoires , tant en maisons qu'en prés, champs, bois, pàquiers , cours d'eau et autres droits au-delà et à l'orient de la montagne de Cessey. Cet accensement fut une cause d'accroissement rapide pour le Villard. Ce lieu, qui n'était composé en 1437, que d'un seul ménage, formait en 1546, une communauté de 8 ou 9 feux , administrée par des échevins. Au commencement du xvme siècle, on y comptait 12 feux, et aujourd'hui il y a 17 maisons. Ce
village avait été érigé en commune distincte en 1790, mais il fut réuni à Gigny en 1821. Il fut continuellement en procès avec ce dernier lieu, à l'occasion des droits de pâturage, d'usage et même de propriété dans les bois communaux de Gigny. II était assujetti aux mêmes droits seigneuriaux que les autres habitants de la terre monastique ; seulement ils ne devaient point de dîmes.
NOTICE SUR CROUPET OU CROPET.
Le premier titre qui mentionne ce lieu, est un acte de Pan 1282, par lequel Raymond Madères, de Cropet , vendit à Guidon de Cuisel , pitancier du prieuré, la moitié de ses biens situés à Cropet. Il parai trait que ce village formait une seigneurie particulière et était un démembrement de Graye. Suivant une certaine tradition , qu'aucun document du reste ne justifie, le dernier seigneur de Cropet , après avoir tué des maraudeurs de Cuiseaux, qui venaient pêcher et dérober le poisson de son étang, aurait été tué lui-même dans son château. D'après une autre version, au contraire, il serait allé chercher à Rome, le pardon de ses meurtres , et après l'avoir obtenu , il serait mort en route avant son retour. Deux filles , héritières de ses grands biens , que l'on qualifia vulgairement de dames de Cropet, auraient remis ensuite, dans l'un comme dans l'autre cas , toute leur fortune aux moines de Gigny, soit pour obtenir le pardon de leur père en l'autre monde, soit surtout, dit-on, pour se procurer à elles-mêmes des places en paradis , que nos bons religieux leur auraient assurées. On affirme même que cet acte de cession existe dans l'élude d'un notaire à Saint-Amour.
Le château de Cropet était plus
considérable et plus fort que celui de Graye. 11 était construit sur un monticule isolé, baigné au nord par la rivière du Suran , et il occupait un espace circulaire de 30IQ de diamètre , entouré par un fossé creusé dans le roc vif. Son emplacement est appelé au Chàtelet.
Le village, composé de deux sections , a toujours été de la paroisse de Gigny. Il fut érigé en commune en 1790 et réuni à Gigny en 1823.
Le moulin portait autrefois le nom de moulin de la foule Jean Guyot.
Les habitants soutinrent de nombreux procès avec Gigny, à l'occasion de leurs droits de pâturage.
Curiosités naturelles. Sur les confins des communes de Gigny et de Graye , existe une grotte , appelée la Baume par les gens du pays , et mal à propos grotte de Loysia , par les étrangers. Elle est couverte et entourée des bois dits, sous la Roche des Fays. Son ouverture regarde le nord-ouest , et sa température habituelle est de 8° R. Elle est vaste, profonde, de plain-pied , très saine et sans précipices. Elle est située au milieu d'un bois et au-dessus d'une demi-lune de rochers presque inaccessibles. Il est probable qu'elle servit de refuge pendant les guerres du xvu8 siècle. On a découvert à son entrée, en 1824, les fondements d'un mur construit à mortier calcaire et destiné sans doute à servir de clôture ; de chaque côté de celle entrée, on voit des traces carrées , pratiquées de main d'homme , pour recevoir une poutre transversale.
La grotle renferme un grand nombre d'ossements humains. Des squelettes enfouis sous des incrustations pierreuses, furent regardés pendant quelque temps comme remontant à un très grand nombre de siècles. Mais une étude plus attentive a.
fait reconnaître que ces ossements appartenaient au xvne siècle.
Biographie. Ce village est la patrie des capitaines Boyaud , père et fils ; Berllielet ; de M. Charles-Joseph-Emmanuel Guillaumot, docteur en médecine, ancien chirurgien major aux armées, né en 1793, et de M. Bernard Gaspard , docteur en médecine , naturaliste distingué , auteur de plusieurs ouvrages médicaux traduits dans plusieurs langues, et d'une excellente Histoire de Gigny, imprimée en 1 843. Ce savant modeste est un des hommes qui honorent le plus notre département.
C'est à Gigny qu'est morte, le 20 novembre 1843, Marie- Anne Moucos , veuve Moreau , qui a donné le jour à M. Marie-Augusle-Bonaventure Moreau , général du génie , en activité de service, à Paris, officier de la Légion-d'Honneur, chevalier de Saint-Louis et de l'ordre de Charles III d'Espagne, né vers 1795 ; 2° de M. Alphonse Moreau , ingénieur des ponls-el-chaussées , à Chalon-sur-Saône, chargé du service de la navigation de la Saône , depuis les Vosges jusqu'à Lyon, et membre de la Légion-d'Honneur, né en 1804; 3° de M. Emile Moreau- Bey, lieutenant-colonel d'artillerie, décoré des ordres de la Légiond'Honneur de France , de Belgique et du Nichan d'Egypte, décédé à Alexandrie, le 27 août 1850, à l'âge de 54 ans, inhumé à Gigny. Ces trois frères sont sortis de l'école polytechnique avec les premiers numéros. Aucune autre famille en France n'a fourni trois frères à celte célèbre école.
Bibliographie. Annuaires du Jura, 1842, 1843 et 1 844 . — Histoire de Gigny, de sa noble et royale abbaye et de saint Taurin, son patron, par Bernard Gaspard, de Gigny.
Cette histoire est la plus complète qui ait été publiée sur un monastère de la province. Elle est d'autant plus précieuse que les archives du prieuré de Gigny ont été livrées aux flammes en 1794. Elle est écrite avec autant d'exactitude que de talent. Nous en avons extrait la plupart des documents contenus dans cette Notice.
«iiloi» , Gilley , vg. de l'arr. de Poligny, cant., percept. et bur. de poste de Nozeroy; succursale, composée de Gillois et la Favière ; à 6 kil. de Nozeroy, 32 de Poligny, 32 d'Arbois et 45 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 823m.
Le territoire est limité au nord par Conte et la Favière ; au sud par Treflay, les Chalémes et Bief-des- Maisons ; à l'est par Billecul et Arsure-Arsurelte; à l'ouest par Conte, Sirod et Treflay. Gilleret et la Douraise font partie de la commune.
Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 17, de Nozeroy aux Planches ; par les ch. vie. tirant à Sirod, à Arsure-Arsurelte, à Conte, à Treflay, et longé par le bief de la Malatière, qui prend sa source sur celle commune.
Le village est situé en grande partie contre le pied sud-est d'un mamelon, sur la rive gauche de l'Ain.
Les maisons sont généralement groupées, construites en pierres et couvertes en bardeaux ou ancelles. La plupart ont un étage au-dessus du rez-de-chaussée.
Popul. en 1790, 563 hab.; en 260 hom. et 279 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 56 hab.; 96 maisons, savoir : 93 à Gillois et Gilleret et 3 au hameau de la Douraise ; 116 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1522.
Les habitants émigreut peu.
Cadastre exécuté en 1813; surf, territor. 954h 99a, divisés en 2808 parcelles que possèdent 189 propriétaires, dont 131 forains; surf, imp, 923h, savoir : 775h en terres lab., 102 en pâtures, 25 en prés, 8 en bois-taillis , 8 en broussailles et le surplus en sol de bâtiments , marais , jardins , abreuvoirs , murgers et friches, d'un rev. cadast. de 22,884 fr.; cont. dir. en princip.
2844 fr.
Le sol, montagneux et peu fertile, produit du blé , de l'orge, de l'avoine, du méteil, des pommes de terre , du foin , des fourrages artificiels , peu de fruits et de chanvre.
Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes et des porcs qu'on y engraisse. L'agriculture y est en progrès. 50 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire, beaucoup de marne, des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille, peu exploitées, des carrières de marbre gris cendré, avec des taches de couleur bleue foncée, exploitées.
11 y a trois châlets appartenant aux sociétaires, dans lesquels on fabrique annuellement 35,000 kil. de fromage, façon Gruyère.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole. L'agriculture, te produit des fromageries et la fabrication des chapeaux de paille pour femmes, forment leurs principales ressources. Ils sont généralement dans l'aisance.
Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère convenable près de l'église, une maison commune , acquise en
1828, contenant le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 60 élèves , le logement d'une institutrice laïque et la salie d'étude, fréquentée en hiver par 52 élèves ; sept puits communaux , deux oratoires dédiés à la Vierge , un pont dit du Sauget , sur le ruisseau de la Malatière , une pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 26 pompiers , et 34h 85* de pâtures , marais , boistaillis, abreuvoirs et friches, d'un rev. cad. de 11 1 fr..
Bois communaux : 62h 77* ; coupe annuelle, lh 88*.
Budget : recettes ord. 2173 fr. ; dép. ord. 2068 fr.
Bureau de bienfaisance : revenu ord. 160 fr. Jean-Louis Chauvin et son épouse, ont légué en 1842, une rente de 50 fr., destinée à l'instruction des enfants pauvres qui fréquentent l'école toute l'année.
NOTICE HISTORIQUE
Le plus ancien monument dans lequel il soit fait mention de ce village, est l'acte par lequel Gaucher II de Commercy, sire de Château-Vilain , céda , en 1 284 , à Marguerite de Bellevesvre , son épouse , les terres de Gilley (Gillois), Gîllaret (Gilleret) et le Pasquier, pour lui tenir lieu de cellesde Coulhenans et Saint-Didier, au duché de Bourgogne, qu'elle avait relâchées à Gaucher 111 de Commercy, son fils , au moment de son mariage. Gillois et Gilleret , ont toujours fait partie de la baronnie de Château -Vilain.
En 1789 , les habitants proposèrent à leur seigneur de lui abandonner une grande partie de leurs communaux , pour être affranchis de la main-morte , des nombreuses corvées et exactions féodales qui les accablaient. Cette négociation n'était
pas terminée, lorsque survint la révolution.
Eglise. L'église de Gillois était depuis le commencement du xvie siècle , une église vicariale dépendante de Sirod , desservie par un vicaire résident. Elle fut érigée en église succursale lors du rétablissement du culte en France. Elle occupe le sommet d'une éminence qui domine le pays d'alentour et se trouve ombragée par les nombreux tilleuls qui couvrent le cimetière.
Elle est dédiée à la Nativité de la sainte Vierge , dont on célèbre la fête le 8 septembre , et se compose d'un porche, d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles, d'un chœur de forme octogonale et d'une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme. La nef et le chœur sont voûtés en ogive et décorés de nervures. Les chapelles sont de construction plus récente que le surplus de l'édifice, qui parait dater du xvme siècle.
Biographie. Ce village est la patrie du commandant Petetin et du commandant Courvoisier, mort dans la campagne de Russie, des officiers Chauvin et David et d'un grand nombre d'ecclésiastiques.
«Ula. Gisiacus, Gizia, vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant. de Beaufort , percept. et bur. de poste de Cousance; succursale; à 10 kil.
de Beaufort et 25 de Lons-le-Saunier. Altitude : 255m.
Le territoire est limité au nord par Cuisia et Rosay; au sud par Digna et Chevreau ; à l'est par Rosay, et à l'ouest par Digna , Cousance et Cuisia. Le Pelit-Gisia , le moulin Garnier, le Pachod , les Bretenods, le moulin Bonot, Montferrand, Chàtel, le Chànelet et le Grand-Moyria font partie de la commune.
Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 2, d'Orgelet au Miroir; par les ch. vie. tirant au Chànelet, à l'Abergcmcnt , à Digna , à Chàtel , à Montferrand et à la Biolée ; par la rivière de Salle ou de Cousance, qui y prend sa source et par le ruisseau du Bief.
Les maisons sont échelonnées sur les bords de la rivière de Salle , bien bâties en pierres, et couvertes en tuiles.
Pop. en 1790, 459 hab. ; en 1846, 558; en 1851,552, dont 286 hom. et 266 fcm.; pop. spécif. par kil. carré, 75 hab.; 140 maisons, savoir : au Grand et au Pelit-Gisia 58, à Montferrand 4, aux Bretenods 16, à Chàtel 7, au Chànelet 54 et au Grand-Moyria 1 ; 144 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1761. Les jeunes gens émigrent pour être ouvriers en soie à Lyon , ou domestiques dans les grandes villes.
Cadastre exécuté en 1835; surf, territ. 735h 06* , divisés en 3860 parcelles que possèdent 413 propriétaires, dont 201 forains; surf, imp. 722h, savoir : 248b en terres lab., 209 en bois-taillis, 111 en vignes, 67 en pâtures , 39 en prés, 24 en friches et murgers, 12 en vergers et le surplus en sol de bàtimenis, jardins et broussailles, d'un rev. cad. de 19,880 fr. ; cont dir.
en princip. 3108 fr.
Le sol se divise en deux parties :
la partie basse est très fertile, la partie haute l'est moins. Il produit du blé , de l'orge , de l'avoine , du méteil , du maïs, des légumes secs, de la navette , beaucoup de fruits aussi bons que précoces , des vins rouges et blancs de bonne qualité , les blancs surtout , du foin et des fourrages artificiels , peu de betteraves et de chanvre. On importe le
tiers des céréales et on exporte moitié des Tins.
On élève dans la commune des bêtes à cornes, des moutons et quelques porcs qu'on engraisse. 15 ruches d'abeilles. On se sert d'ânes pour l'usage des moulins et pour conduire les fruits aux marchés.
L'agriculture y fait de grands progrès , depuis que M. de Thoisy habite la commune.
On trouve sur le territoire, de la marne, des carrières de pierre à plâtre et de pierre à chaux, exploitées , des carrières de pierre à bâtir et de taille, de bonne qualité, et de couleurs très variées; du marbre bleu -noir, dont l'extraction vient d'être abandonnée.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Cousance et de Lons-Ie-Saunier.
La Salle met en mouvement six usines, appelées les moulins de la Doye, Fougerard , Garnier, Pachod, Pommier et Bonot. L'un de ces mou lins est à cinq tournants avec deux battoirs à blé , un autre à quatre tournants , avec une huilerie et un battoir à blé , un troisième , à deux tournants , avec une scierie et un battoir, deux à trois tournants, avec battoirs à blé , et un autre à deux ou trois tournants. Il y a en outre une fabrique de chaux et un four à plâtre.
Les autres patentables sont : un cordonnier, un tourneur sur bois , un maréchal-ferrant, un aubergiste et un marchand de vin.
Biens communaux : une église , une chapelle à Ghâtel et un cimetière à l'entour, un oratoire, un presbytère, construit en 1881; une maison commune , contenant la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude des garçons , fréquentée en hiver par 55 élèves; une citerne au
Chànelet , et %H0h 87* de bois, friches, pâtures, rochers, d'un rev.
cad. de 2052 fr.
L'école des filles , fréquentée en hiver par 55 élèves, est dirigée, par une institutrice religieuse, de l'ordre de la Sainte-Famille, dont la maison principale est à Besançon, et occupe une maison dont la munificence de M. de Thoisy a doté la commune ; cette habitation , appelée autrefois la maison du seigneur prieur de Chàtely appartenait au chambrier de Gigny.
Bois communaux : 190h 86a; coupe annuelle, 5h50a.
Budget : receltes ord., 3423 fr.;
Gisia occupe un site des plus pittoresques. Il est bâti à la naissance d'un charmant vallon qui commence à la source de la Salle et se termine à Cousance. Les maisons se cachent sous des massifs de verdure. C'est un véritable Eden. Du haut de la montagne de Châlel, qui domine ce village, l'œil embrasse une perspective magnifique ; fraîches prairies , riches vignobles , roches agrestes et escarpées, plaine immense sillonnée de routes et de rivières, avec Màcon, Tournus, Chalon, Dijon et les côtes de Bourgogne pour bordure à ce tableau. Une localité aussi favorisée ne pouvait manquer d'habitants; aussi la trouve t on occupée dès les temps les plus anciens. 11 n'est pas rare de rencontrer sur son territoire, comme à Cuisia, à Digna et â la Biolée , des médailles consulaires et impériales , et des tombeaux antiques. La voie romaine de Lons-le- Saunicr â Lyon , passait à peu de distance à l'orient. Le nom de Gisia ne commence à figurer dans l'histoire qu'au xne siècle , mais on a la
certitude que ce village existait bien antérieurement.
Eglise et prieuré de Châtel- Chèvre!. Suivant une tradition constante, l'église de Chàtcl remonterait aux premiers sièclesdu christianisme dans les Gaules. Elle aurait été souterraine d'abord, comme les cryptes des premiers chrétiens, comme les anciennes églises de Saint- Valérien à Tournus, de Saint-Etienne à Dijon, de Saint-Sulpice à Paris, etc.; c'est pour ce motif que son pavé serait encore aujourd'hui bien inférieur au sol voisin. Elle serait sortie de terre sous Constantin, aurait été détruite de fond en comble par les Vandales, en 408, et reconstruite immédiatement après leur départ.
Elle aurait élé dans l'origine, l'unique paroisse de tout le territoire situé entre la chaîne inférieure du Jura et la Saône. Il n'y avait pas d'église intermédiare jusqu'à Mâcon, Tournus et Chaton. On allumait un grand feu pendant la messe pour annoncer aux populations de la plaine la célébration des saints Mystères. Plusieurs circonstances viennent confirmer ces traditions. D'abord l'église est placée comme, toutes les premières églises , sous le vocable du protomartyr saint Etienne.
La base du deuxième pilier à droite de la nef, représente un poisson grossièrement sculpté. Cette figure symbolique remonte au ne ou ni* siècle, avant que l'empereur Constantin eût embrassé et proclamé la religion chrétienne. A cette époque le culte du Christ était secret, et ses sectateurs, n'osant pas en nommer l'objet , le désignaient sous l'emblème d'un poisson et l'appelaient ichthus, (txQvi), mot grec, qui signifie poisson et dont chaque lettre est l'initiale des mots, Jésus Christus Dei Filius Salvator. La chose est
devenue plus évidente que jamais, depuis la découverte faite à Autun , en 1839, d'une inscription acrostichique en vers grecs, du ne ou iue siècle. Du reste, Plutarque rapporte déjà , au commencement du ne siècle , que les Syriens adoraient le poisson , comme Dieu , ce qui a sans doute rapport au culte des premiers chrétiens de l'Orient persécutés. Une autre preuve de l'antiquité de celte église , c'est son isolement au sommet d'une montagne de Mb* mètres de hauteur, à peu de distance d'une voie romaine. Toutefois, le premier titre qui la mentionne est du xe siècle. Manassès III , sire de Coligny et du Revermont, cédant probablement aux sollicitations de Mayeul, abbé de Cluny, et administrateur de l'abbaye de Gigny, donna à Dieu, aux princes des apôtres Pierre et Paul, et à Gigny, les églises de Treflfort {Très fortium), Marboz ( Marbosium) et Chevreau ( Cabre Jlutn) , situées dans le Revermont, (in pago Heversi<montis)i avec leurs dépendances, telles quedimes, oblations, sépultures, champs, prés, eaux et cours d'eau, sans réserve aucune. Des colonies de religieux furent immédiatement envoyées dans chacun de ces lieux , soit pour desservir ces églises, soit pour en régir les revenus. Un prieuré se forma à côté de l'église de Chàtelet ne tarda pas à donner naissance à un village.
Le prieur de Chevrel était curé primitif non-seulement de la paroisse de ce nom , qui comprenait Gisia , la Biolée, les Bretenods, le Chànelet et Châtel, mais encore de toutes celles qui dépendaient du prieuré , c'est-à-dire de la Chapelle-Naude, Cousance , Sainte-Croix , Cuisia , Digna , Dommarlin , Frontcnaud , Rosay et Varcnnes-Saint-Sauveur.
Il en nommait les desservants et en
percevait les dîmes. Les deux seuls prieurs titulaires de Cheyrel , dont les noms soient connus , sont Barthélémy, qui vivait en 1236 , et Etienne de Montcunin (Montconis), qui vivait en 1513. Un statut de 1 308 , ayant décidé que les officiers claustraux des monastères de Tordre de Cluny, recevraient un traitement particulier , le prieuré de Chevrel , appelé Châtel - Chevrel , depuis la construction du château de Chevreau , fut uni à l'office de chambrier de Gigny , et cessa dès lors d'être habité. La date de cette union n'est pas connue d'une manière précise , mais on sait qu'elle est antérieure à 1400 , car déjà à cette époque, le chambrier de Gigny se qualifiait de prieur de Chàtel. Il parait que les grandes compagnies détruisirent au xive siècle, nonseulement l'église et le prieuré , mais encore le village entier de Châtel. Le sol était depuis longtemps en friche et couvert de ronces , lorsque le 26 septembre 1431, Guy de Leslzon, chambrier de Gigny, abergea et concéda à perpétuité à Pierre Pyat de Seizéria ( aujourd'hui Aizeray) en la commune de Bruailles, et à Jeannette , sa femme , tout le meix de son prieuré , tant en maisons ou chezeaux, qu'en terres cultivées ou incultes, prés, vignes, bois, eaux , cours d'eaux ou autres possessions quelconques, ne se réservant que la maison prieurale. Cet accensement fut consenti moyennant la rente annuelle et perpétuelle de quatre florins d'or, quatre quartaux de froment, quatre quartaux d'avoine, deux pots d'huile et une geline , et à condition que les censitaires et leurs héritiers seraient les hommes du prieur, sans pouvoir jamais s'avouer à un autre seigneur.
Le meix devait être inaliénable. Dès
ce moment le village de Chàtel se repeupla. Il y avait en 1621, cinq maisons couvertes en lozes , quatre en paille et quatre en chazeaux.
Les terrains concédés passèrent entre différentes mains et furent l'objet de longs procès. Les églises de Chàtel et de Digna étaient déjà unies au xv* siècle et desservies par un seul prêtre. La bulle d'union ayant été égarée, on ne put jamais savoir laquelle était l'annexe de l'autre.
Un arrêt du parlement de Dole , du 20 juin 1629, décida que l'église de Châtel n'était qu'une succursale de Digna. Un décret de l'archevêque de Lyon, du 26 novembre 1726, déclara au contraire que la première était chef-lieu de paroisse et la démembra de Digna. On reconnaît encore les vestiges de l'ancien prieuré et de l'enceinte circulaire au milieu de laquelle se trouvait l'église. On voit aussi les ruines du puits qui fournissait l'eau aux religieux. Gisia, sur le territoire duquel se trouve Chàtel , ayant été érigé en succursale en 1808, les habitants firent construire une église dans le fond du vallon , au centre de la population de celte paroisse, et descendirent dans celle église , la cloche , l'autel et le reste du mobilier qui se trouvaient dans celle de Chàtel. Dès lors, cette antique église fut entièrement abandonnée , et elle n'aurait bientôt plus présenté qu'un monceau de ruines, si M. le vicomte de Thoisy ne Peut fait recouvrir à ses frais.
Plus tard, sa charité inépuisable fit à l'intérieur les réparations convenables pour qu'elle pût être rendue au culte. Celte église se compose d'un porche , sur lequel s'élève le clocher, d'une tribune , d'une nef, de deux chapelles à droite de la nef, d'une troisième chapelle à gauche , d'un sanctuaire, d'un chœur et d'une
sacristie. On descend six marches d'escalier pour y arriver. Le clocher est couronné par une flèche quadrangulâire. L'intérieur de l'édifice est voûté en ogive. Les deux travées orientales qui comprennent le sanctuaire et le chœur, sont décorées de nervures retombant sur des piliers et des figures humaines grotesquement sculptées. A l'intersection des nervures diagonales, sont des écussons représentant la croix de saint André. La pierre sur laquelle est gravé le poisson dont nous avons parlé, provient de la construction primitive, qui n'existe plus. Celle chapelle possède depuis 1850 : trois corps saints de nom propre , saint Prudent, saint Claudius et sainte Domitia. M. l'abbé Roussel les ayant obtenus à Rome, les a fait placer dans des châsses richement ornées , et en a fait don à M. l'abbé Perrey.
On y remarque aussi un beau tableau donné par M. Poirier * du Chànelel, représentant une descente de croix, et un autre tableau de Notre-Dame de la Providence , enrichi d'indulgences par le pape Pic IX , suivant un rescrit écrit et signé de sa propre main, en date du 19 septembre 1848, pour ceux qui visiteraient dévotement cette image de Marie. D'autres indulgences ont été accordées à ceux qui visitent l'église , certains jours de l'année. Par suite de l'établissement qui s'y est formé d'une archiconfrérie de Notre-Dame de la Providence, le maître-autel est privilégié pour tous les jours.
Seigneurie. Gisia, Chàtel, le Chànelet et les Bretenods, formaient une seule communauté dépendant en toute justice de la baronnie de Chevreau. Les habitants étaient soumis aux mêmes charges féodales que ceux des autres villages de la seigneurie.
Par une charte datée du château de
Chevreau, le lundi après la fête de saint Laurent, martyr, de l'an 1349, Guy de Vienne affranchit ses sujets de Gisia de la main-morte réelle et personnelle, leur permit de disposer par vente, donation et testament de leurs meubles et immeubles, et ne se réserva que la succession de ceux qui décéderaient sans laisser de parent résidant dans i'élendue de sa terre. Les habitants lui offrirent par reconnaissance soixante ânées de bon vin. François-Joseph Damas, chevalier, marquis d'Anligny, et baron de Chevreau, renonça à la restriction stipulée par Guy de Vienne, pour les successions vacantes, par un acte du 6 février 1 090, et reconnut que la charte d'affranchissement s'appliquait aux hameaux dépendant de Gisia.
Fief des Bretenods. Les Bretenods formaient une espèce de seigneurie particulière en toute justice, appartenant dans des proportions différentes , aux seigneurs de Chevreau et de Rosay. François de Romanet, chevalier, seigneur de Rosay et de Labergement, vendit ses droits et ceux de Catherine de Caille, sa mère, veu ve de Joseph de Romanet, à François-Joseph Damas, marquis d'Anligny et baron de Chevreau, par acte du 1 0 mai 1 700. Il ne se réserva que son droit de mouture franche au moulin des Bretenods, une dîme de 40 mesures de froment, appelée la dîme de Chaussin , et ses vignes de Montferrand.
Fief de Montferrand. Par une charte de l'an 1151, Humbert de Coligny donna à l'abbaye du Miroir, qu'il avait fondée, le terrain situé à Gisia, sur lequel les religieux de ce monastère avaient planté une vigne. Il leur fit probablement d'autres donations au même lieu; car une sentence arbitrale de l'an 1270,
les maintient dans les droits d'usage et de pâturage qu'ils avaient dans toute la seigneurie de Chevreau, dans le privilège de vendanger leurs vignes hors des bans communs, dans la faculté de construire en pierre l'écluse de leur moulin de la Doye à Gisia, et de pêcher dans la Salle.
Le moulin de la Doye fut accensé en 1482, à la famille Féaux, dont les membres devaient être à perpétuité, les hommes main-mortables, taillantes et guisables de l'abbaye. Les moines avaient au nord -ouest de Gisia , et sur le sommet de la côte, une maison isolée et spacieuse, d'une construction remarquable; plusieurs frères y séjournaient presque continuellement pour soigner les vins récoltés dans le célèbre vignoble de Montferrand. Celte propriété, vendue nationalement , appartient actuellement à M. de Thoisy.
Château. M. le vicomte de Thoisy ayant acquis, en 1818, le domaine que M. Monnier de Savigna possédait à Gisia, fit reconstruire la maison et en a fait une charmante maison de plaisance. Sâ principale décoration extérieure consiste en plantes variées s'enroulant en spirales autour des poteaux qui supportent les galeries dont l'édifice est entouré. On croirait voir un palais bâti en feuillage par la main des fées. A côté est une belle grotte artificielle, de laquelle s'échappe un jet d'eau. Le château est entouré d'un très beau parc , où croissent parfaitement les arbres exotiques les plus rares. On y admire surtout de magnifiques cèdres. La rivière de Salle roule à travers ce parc ses eaux transparentes, et mêle son murmure au gazouillement des oiseaux et au bruit des nombreuses usines du voisinage.
©rafotre. Entre Gisia et Cousance
se trouve un oratoire dédié à la Vierge , dont l'érection date de
Église. L'église de Gisia est située presque au centre du village, et est dédiée à l'Invention des reliques de saint Etienne, dont on célèbre la fête le 3 août; elle est de construction récente; son architecture n'offre rien de remarquable.
Œuvre de Châtel. Cet établissement a pris naissance le 1 2 mai 1 8 50* sous la direction de M. l'abbé Perrey.
Il se compose de plusieurs vastes bâtiments qu'a fait construire cet ecclésiastique distingué, proche de la vénérable église de Chàtel. Ces bâtiments sont parfaitement disposés et réunissent l'utile à l'agréable. Le but de l'institution est, 1° d'apprendre la religion à tous ceux et à celles qui voudraient en avoir une notion complète, par un cours d'instructions solides, claires et raisonnées ; 2° de préparer les enfants des deux sexes a faire leur première communion ; 3° de former des religieuses de l'ordre de la Présentation , pour diriger l'éducation des jeunes personnes et servir d'institutrices communales.
Le pensionnat des demoiselles, constitué en chef-d'ordre, est confié aux soins de six religieuses. Il est habité par 14 novices ou postulantes, et par plusieurs élèves qui y reçoivent une éducation très soignée. Le pensionnat des jeunes gens , complètement isolé et éloigné du précédent , est dirigé par M. Perrey et par plusieurs professeurs ecclésiastiques. La méthode d'enseignement qu'on emploie dans ces deux écoles, produit les plus heureux résultats et leur promet un brillant avenir.
Curiosités naturelles. La source de la Salle et la grotte qui la surmonte , méritent d'être visitées.
Biographie. Ce village est la patrie
des capitaines décorés, Daniel et Pérron.
Bibliographie. Histoire de Gigny, par M. Gaspard. — Notice sur la fondation du hameau de Cbàtel, publiée par4e même auteur, dans le Bulletin de la société d'Émulation du Jura , année 1852. — Annuaire du Jura, i 846. — Notice sur l'église de Chatel et sur l'archiconfrérie de Notre-Dame de la Providence, qui y est établie , imprimée à Lyon, par Bajat.
«tontine (la) , petite rivière qui prend sa source au vallon de Vaux, près de Poligny, reçoit le ruisseau de Grosanne en descendant sur Colonne , passe au Deschaux , et revenant à l'ouest, atteint Chaussin et le Doubs , après avoir pris le nom ù'Orain.
Gonx, Guoto, Golz, vg. de l'arr., cant. et bur. de poste de Dole ; perception de Villette; succursale, composée de Goux et du hameau du Bois-Banal , commune de la Loye ; à 7 kil. de Dole et 49 de Lons-le- Saunier. Altitude : 228m.
Dole ; au sud par Parcey et Nevy ; à l'est par la Grande-Loye, et à l'ouest par Villette et Parcey. Le Moulin fait partie de la commune.
11 est traversé par le chemin de gr. com. n° 7, de Dole à Arc-et- Senans; par les chemins vicinaux tirant à Villette , au chemin n° 7, et de Parcey à la Loye ; par la rivière de Glauge et le ruisseau du Gouvernon.
Le village est situé dans le Vald'Amour ou d'Amaous , au pied occidental de la forêt de Chaux. Sa position est tout à la fois pittoresque et romantique. Les maisons sont isolées, construites en pierres, briques et terre, et couvertes en chaume,
à l'exception de 22, couvertes en tuiles.
Pop. en 1790, 280 hab.; en 1846, 320; en 1851, 332, dont 157 nom.
et 175 fem.; pop. spécif. par kil.
carré, 57 hab.; 62 maisons, savoir :
sur la place publique , 2 ; dans la rue Bicot , 7 ; sur le chemin de grande corn. n° 7, 7 ; dans la rue Neuve, 8 ; dans la Grande-Rue, 20 ; dans la rue de la Fontaine, 18 ; dans la rue des Bouhelier, 1 ; dans la rue de l'Usine , 3 ; 87 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1681.
Cadastre exécuté en 1812 ; surf, terril. 575h 93a, divisés en 1240 parcelles que possèdent 185 propriétaires , dont 1 14 forains ; surf, imp. 561h, 75a, savoir : 381h en terres lab., 141 en bois, 22 en prés, 8 en vergers ; 3h 50* en étangs , et le surplus en jardins, pâtures et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 27,603 fr. ; cont. dir. en princip., 2932 fr.
Le sol, en plaine, et d'une fertilité ordinaire, produit du froment, du seigle, beaucoup d'avoine, du maïs, du sarrasin , des légumes secs , de la navette, des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de fruits, du foin, des fourrages artificiels, peu de colza , d'orge et de betteraves.
On exporte le tiers des céréales , et on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des chevaux, des bêtes à cornes, des porcs qu'on engraisse , et des volailles. 70 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès.
On trouve sur le territoire, de la marne et des gravières.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole.
Les patentables sont : un aubergiste, un maréchal-ferrant, un cor-
donnier, un charron, un médecin rétérinaire et un sabolier.
Le moulin Perron est construit sur un canal de dérivation de la Clauge. Il se compose de trois tournants, de deux battoirs à blé et d'une huilerie. 11 a reçu de grands accroissements depuis 1830.
Les habitants s'occupent d'agriculture pendant l'été et se font coupeurs de bois dans la forêt de Chaux, pendant l'hiver. Ils sont loin d'être dans l'aisance.
La Clauge cause des dégâts considérables par ses fréquents débordements. On a agrandi et accéléré le cours des affluents de cette rivière, par des fossés d'assainissement ouverts dans la forêt de Chaux , sans élargir le lit principal. Telle est la cause des inondations qui détruisent chaque année une grande partie des récoltes de cinq communes des plus fertiles du Jura.
Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère, une maison commune, construite en 1835, contenant la mairie, le logement de l'instituteur, et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 25 garçons et 20 filles; deux oratoires , l'un dédié à saint Claude et l'autre à la sainte Vierge ; un pont construit sur la Clauge en 1777, trois autres ponts ou aqueducs, une fontaine avec lavoir et abreuvoir, et 108b 68" en bois-taillis, pâtures et terres, d'un rev. cad. de 1386 fr.
Bots communaux : I07b coupe annuelle , 3b 23*.
Budget : recettes ord. , 5781; dép. ord., 3781 fr.
KOTICE HISTORIQUE.
Le culte que les Gaulois rendaient aux arbres des forêts, et aux chênes en particulier, avait attiré l'attention des anciens. Lucaio, dans sa Phar-
soie, a donné une magnifique description d'une de ces forêts divines, dont le fer respectait les rameaux, et dans laquelle les Romains n'osaient, qu'en tremblant , porter la hâche. 11 parait que la forêt de Chaux était personnifiée , comme celle des Ardennes , en une déesse que les Romains assimilèrent à leur Diane. On y reconnaît plusieurs sanctuaires qui ont dû servir de lieu d'assemblée pour les Druides et les Eubages. De ce nombre était l'enceinte qu'on remarque à Goux , au sommet d'un monticule qui domine le chemin de Dole aux salines d'Arc, près d'un ancien oratoire. Elle est formée par un vallum de gazon disposé en parallélogram-
sa
me. Sa longueur est de 108 largeur de 9km, et le rempart de 3m de hauteur. Aucun fossé ne la circonscrit. Plusieurs archéologues la qualifient de camp romain; mais nous préférons nous ranger à l'opinion de H. D. Monnier, qui la regardecomme une sepla religieuse. M. de Caumont range au nombre des enceintes druidiques les valla de terre de forme carré long, semblables à de petits remparts. Celles qu'il a reconnues en Bretagne sont exactement disposées comme celle de Goux, et ne réunissent aucun des caractères d'un camp. Dans diverses localités de la France , on a trouvé des cimetières gaulois au milieu des bois. Les tombeaux des grands personnages y sont généralement connus sous le nom de mottes* La forêt de Cbaux en renfermait plusieurs. On y compte encore la motte des Mars, la motte dela Loue et la motte ou la Toppe de Goux. Cette dernière est à 10 mètres au plus du bord de la Clauge. Elevée de h mètres au-dessus de l'eau du fossé qui la contourne , elle offre la figure d'un cône tronqué , dont le plan supérieur, qui a 64m de dia-
G — 2fJ2 — G
mètre , est parfaitement nivelé et planté d'arbres depuis quelques années. On y a trouvé des débris de constructions, un glaive et deux casse -tètes. La contrée dite aux Buttes, semble avoir été parsemée de tombelles. On y a découvert plusieurs médailles celtiques de Marseille. Des souvenirs du culte druidique se sont conservés en grand nombre à Goux. Le peuple croit encore que la forêt de Chaux est habitée par des esprits mystérieux qui y viennent prendre leurs ébats. De nombreuses superstitions entourent la vieille borne qui sert de limite du côté de la Loye, et qu'on appelle la pierre qui vire. Cette pierre est évidemment le reste d'un menhir. Après la conquête de la Séquanie, les Romains se plurent à embellir les cités et les bourgades qu'ils trouvèrent dans cette province. Us tracèrent à travers la vallée de la Clauge un chemin qui reliait Dole à Salins.
Us ornèrent la fontaine sacrée de Goux , d'une colonne de marbre antique et d'une mosaïque, en même temps qu'ils entourèrent la source d'un récipient en béton. Un riche praticien se fit construire dans ce village une somptueuse maison de plaisance , au centre de laquelle était un sacellum dédié à Diane chasseresse. On a recueilli sur l'emplacement de cet édifice, les débris d'une statue de Diane, et différents objets qui annoncent le luxe et le règne du bon goût , tels que des tablettes de marbre blanc, de petits cubes de verre et de pierres de diverses couleurs, provenant d'une mosaïque, des tenons en fer qui assujettissaient un carrelage précieux, des tuileaux striés, de la poterie fine, le fond d'un vase de terre blanche, une pierre étrangère au pays , qui a dû servir de base à une statue , le
stratum en ciment d'an bain particulier, des tuyaux en briques et en plomb , l'épaule et le fragment de la cuisse d'une biche, en marbre blanc, un bras de femme sortant d'une légère tunique grecque, ouverte vers l'épaule, une jambe gauche nue, avec son pied, non lacé, et un autre pied gauche, appartenant nécessairement à un autre personnage. Ce travail est d'un faire exquis et d'un ciseau savant. Le territoire de Goux est parsemé de médailles à l'effigie des empereurs romains. Les champs dits la Corvée maigre, le Dreuil et YEssart-Beaujeu, restituent à chaque instant à la lumière des tuileaux à rebords , des briques antiques et des fondations d'édifices. C'est probablement pour christianiser les fêles païennes qui se rapportaient au culte de Diane , qu'une chapelle fut construite dans ce village et placée sous le patronage de la Vierge. De 1092 à 1098 , Hugues III , archevêque de Besançon, donna à Jarenton, abbé de Saint -Bénigne de Dijon, les églises de Ta vaux, Chaussin, Augerans, Goux , ecclesiam de Guors , ou de GoU, et la chapelle de laNeuve-Loye.
Les chanoines de Sainte-Magdeleine de Besançon réclamèrent, au commencement du xue siècle, des droits sur l'église de Goux , et eurent à cette occasion un différend avec le monastère de Saint-Bénigne. Le pape Célestin H, par une bulle de Tan i 1 hZ , leur en confirma la possession, et la recensa parmi leurs biens, sous le titre tfecclesiam Beatœ Maria de Goux.
Seigneurie. Goux dépendait de la châtellenie de Dole, et formait une seigneurie particulière, qui appartint d'abord à la maison de Frontenay, et ensuite à une branche cadette de cette famille, qui prit le nom de Merlet de Frontenay. Gasparde Her-
let, dame de Goux, petite-fille d'Huguenin Merlet, la porta dans la maison de Mont richard , en s'alliant à Pierre de Montrichard , dont elle eut Anne , mariée en 1540 à Joachim de Poligny, seigneur d'Evans, et épouse en secondes noces de Jacques de Montrichard. Claude de Poligny, seigneur d'Augea, devint seigneur de Goux, par son mariage avec Claudine de Montrichard, fille de Jacques, seigneur de Montrichard, et d'Anne de Montrichard. Il transmit cette terre à Henri de Poligny, seigneur d'Augea, Courbouzon et le Fied. Les biens de ce dernier s1 étant vendus par décret, Goux fut acquis par Vincent Jacquinot, trésorier général de Bourgogne. Ce gentilhomme se distingua pendant les guerres du xvne siècle. A la tête d'une grande fortune, il offrit de former un régiment entier à ses frais, à condition que la province lui rembourserait plus tard ses avances. Un fait singulier, c'est qu'il n'eut pour capitaines dans ce régiment que ses propres fils. L'aîné avait servi dans les Pays-Bas , et était un officier très expérimenté. Le second fils défendait la ville de Saint- Amour avec sa compagnie et les retenants , lorsque le duc de Longueville vint en faire le siège, le 29 mars 1657. Après une résistance héroïque , il fut tué sur. la brèche par un coup de canon. Vincent Jacquinot avait emprunté, sous sa propre responsabilité, une somme de trois cent mille livres pour la défense du pays. Il ne put en obtenir le remboursement du gouvernement d'Espagne , et Louis XIV, après la conquête, se borna à défendre aux créanciers de demander leur paiement.
Jean -Claude Jacquinot succéda a Vincent son père , et était seigneur de Goux en 1668. Il laissa pour héritière une seule fille, Antoine-Phi-
lippine, qui épousa Claude-Antoine de Saint -Mauris , co-seigneur de Falletans , dont elle eut entre autres enfants Anne-Paule de SaintMauris, mariée à Jean-François, comte de Dortan. Ce dernier fit ériger la terre de Goux en comté en 1744. Son fils fut envoyé par la noblesse, en 1789, à l'Assembléeconstituante. En 1 793, la municipalité de Goux fut accusée de s'être pendue coupable de prévarication et de forfaiture, pour avoir délivré un certificat de civisme à l'ex-comte de Dortan , qui avait été un des membres protestants de PAssemblée constituante, et qui avait renoncé au titre de citoyen actif.
On lança des mandats d'arrêt contre les deux domestiques de ce seigneur.
Ctiàteau. Le château de Goux était peu important et d'une grande simplicité. Il a été démoli , et sur son emplacement on a construit une maison de ferme qui appartient à M. de Rougemont , banquier à Paris , gendre de M. de Pourtalès.
Prévôté. Cinq villages en Franche- Comté portent le nom de Goux. Il est très difficile de distinguer entre elles les familles de ce nom. On sait cependant que celle qui fournil des chanceliers aux ducs de Bourgogne, tira son origine de Goux près de Vercel , et non de Goux près de Dole, ainsi que l'avancent Dunod et M.
Marquiset.
Eglise. L1églisc est située au centre du village , et se compose d'un clocher, d'une tribune, d'une nef, d'un sanctuaire et d'une sacristie. Le clocher est couronné par une flèche de forme octogonale. La nef est voûtée à arc de cercle surbaissé , et décorée de pilastres de mauvais goût. Plusieurs réparationset embellissements ont été faits de 1760 à 1782. L'église est actuellement dédiée à saintFiacre, dont on célèbre la fête le 30 août.
Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole , par M. Marquiset. — Annuaire du Jura, 1841.
Grand -ChAtel, Châtel-SUT-
Jeurre , et sous la première république, Héria, vg. de l'arr., cant., perc. etbur. de poste de Moirans; paroisse de Jeurre ; à 4 kîl. de Jeurre, 7 de Moirans, 17 de Saint-Claude et 49 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 610*
Le territoire est limité au nord par Villard-d'Héria ; au sud par Jeurre ; à Test par Pratz et Jeurre ; à l'ouest par Jeurre. Le Marais fait partie de la commune.
11 est traversé par les ch. vicin.
tirant à Villard-d'Héria , à Jeurre, à Pratz et au Marais ; par le bief des Chaudières et celui de la Creuse.
Le ruisseau d'Héria sépare Grand- Chàtel de Jeurre sur une grande longueur.
Le village est situé vers le sommet de la seconde chaîne des montagnes du Jura, qui s'élèvent presque à pic sur la rive gauche de la vallée d'Héria. Les maisons sont groupées , mal bâties en pierre et couvertes en chaume ou en tavaillons. La plupart n'ont qu'un simple rez-de-chaussée.
Il est d'un accès difficile. Il n'y a presque pas de chemins pour y arriver.
Pop. en 1790, 134 hab.; en 1846, 102; en 1851, 116, dont 53 nom. et 63 fera.; pop. spécif.
par kii. carré, 35 hab.; 24 malsons; 24 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1834 ; surf, territ. 302h 22% divisés en 1073 parcelles que possèdent 46 propriétaires , dont 9 forains ; surf. imp.
298h 72a, savoir : 94b en pâtures ,
77 en terres lab., 70 en bois , 38 en broussailles , friches et murgers, et 80* en sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 1552 fr. ; cont. dir.
542 fr.
Le sol , très montagneux et peu fertile , ne produit que trois fois la semence. On récolte du blé, du seigle , de l'orge , de l'avoine , du maïs, des pommes de terre, do chanvre , des fruits , du foin et des fourrages artificiels. On importe le tiers des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr.
50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes et quelques porcs qu'on engraisse. L'agriculture y fait des progrès.
On trouve sur le territoire, des sablières , peu exploitées , des carrières de pierre ordinaire et de taille , de bonne qualité.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Moirans et de Saint-Claude. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et le produit des fromages.
Quelques-uns sont tourneurs sur bois et sur os , et travaillent pour le compte des négociants de Saint- Claude et de Jeurre.
Biens communaux : un châlet , dans lequel on fabrique annuellement 2500 kil. de fromage , façon Gruyère , de bonne qualité. Ce châlet servait de salle d'étude , qui était fréquentée en hiver par huit garçons et six filles ; 4 fontaines , dont une avec lavoir et abreuvoir , et 1 34h 87* de pâtures, bois et broussailles, d'un rev. cad. de 197 fr.
Bois communaux : 50b ; coupe annuelle, lh 50*. Essence dominantes : buis.
Budget : recettes ord. 770 fr. ; dép. ord. 770 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le village de Grand-Cbàtel, placé au bord de la vallée d'Héria, qui reliait la ville d'Antre à la ville de Jeurre, a dû être habité durant la période gallo-romaine. On n'y trouve cependant aucun vestige de constructions antiques. Une contrée du territoire porte le nom de Bois de Châtillon. Il y eut probablement en ce lieu un fortin pour la défense de la vallée. De là est peut-être venu aussi le nom de Grand Chàtel, par opposition au Pelit-Chàtel Grenet qui était dans le voisinage. Celte communauté dépendait en toute justice de la partie de la terre de Saint-Claude , dite de la Grande-Cellererie. Le prieur de Saint-Romain-de-Roche y percevait quelques dîmes. Grand- Châtel ne forma jusqu'en 1685, qu'une seule communauté avec Jeurre. Les deux tiers du territoire appartenaient à Jeurre, et l'autre tiers à Grand-Cbàtel , mais le tout était indivis.
Crande-BlTlére , les Rivières , et sous la république . Ile-Libre , vg. de l'arr. de Saint-Claude , cant., percept. et bur. de poste de Saint- Laurent; paroisse de l'Abbaye du Grand vaux ; à 2 kil. de l'Eglise, 21 de Saint-Claude et 45 de Lons-le- Saunier. Altitude : 938m.
Le territoire est limité au nord par Saint-Pierre , Saint-Laurent et Rivière-Devant; au sud par Cbauxdes-Prés , Chàteau-des-Prés et Rivière-Devant ; à l'est par Lézat et Tancua ; à l'ouest par Prénovel et Saint-Maurice.
Il est traversé par la route dép.
n° 10, de Besançon à Saint-ClBude; par le chemin de gr. com. n° 28 , de Clairvaux à Morez ; par les chem. vicinaux tirant à Chaux-des-Prés ,
à Prénovel , à l'Abbaye , des Brenets à la Cusant , et des Perrets à l'Abbaye; par les biefs de la Maladie, de la Creuse, de Tréraontagne ou d'Anchay, qui y prennent leurs sources ; par ceux des Creux , de la Reculée et du Lac.
Le village est situé dans le val du Grandvaux , au bord occidental du lac de l'Abbaye. Il se compose de hameaux et maisons isolées disséminées sur toute l'étendue du territoire. Les maisons sont construites en pierre, couvertes en bardeaux ou tavaillons et élevées d'un étage aur dessus du rez-de-chaussée.
Pop. en 1790, 1052 hab.; en 1 846, 785 ; en 1851 , 722, dont Sofr hom. et 568 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 31 hab.; 157 maisons, savoir : aux Chauvins 26 , aux Guillons 20 , aux Richards 5 , aux Bouviers , 21 , aux Bey 25 , aux Brenets 13 , aux Perrets 3 , aux Faivre 1 1 , sur l'Arête 5 , au Pré-Cocu 2 , au Moulin-Jean 1, au Moulin-Morel 1, au Moulin -Chaussin 1, à la ferme de la Motte 2 ; à la Grange- Veuille! 1 , sur la Croix 2 , à la Combe-Bride ou aux Burlet 3, au bas de la Joux 1 , aux Combes-Martelet 1 , chez Cattin 1, aux Cernois 6, sur la Côte 2, et à la ferme du Moulioet 2 ; 162 ménages.
Les habitants émigrent pour aller fabriquer des fromages dans les dé-, parlements du Jura et de l'Ain, et pour être commerçants ou dômes-, tiques dans les villes. Avant l'établissement des chemins de fer , un grand nombre s'occupaient du roulage et se chargeaient des transports dans toute la France.
Surface territ. 226fch 73», divisés en 5025 parcelles que possèdent 448 propriétaires, dont 157 forains; surf. imp. 2240h, savoir : 755h en bois, 679 en terres lab., 316 enpà-
tares, 175 en prés-gras, 173 en friches, 126 en prés-secs et le surplus en cultures diverses et sol des bâtiments, d'un revenu cadast. de 7412 fr.; cont. dir. 5906 fr.
Le sol , montagneux et peu fertile, produit de l'orge, de l'avoine, des pommes de terre , peu de betteraves, de chanvre, de lin et de fourrages artificiels. On importe les deux tiers des céréales et le vin.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bètes à cornes , quelques porcs , et on y emploie des chevaux et des mulets , achetés hors du pays.
On trouve sur le territoire de la marne, des sablières, non exploitées , etd<«s tourbières qu'on ne sait pas ménager. On y cultivait autrefois beaucoup de safran, mais cette culture ruineuse a été abandonnée depuis longtemps.
Foires. Il y a trois foires, qui se tiennent les 28 mars, 2 juillet et 1er octobre. Cette dernière, seule, est importante pour le commerce du bétail.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Saint- Laurent , Saint-Claude et Clairvaux.
Leur principale ressource consiste aujourd'hui dans l'agriculture et le produit des fromageries. Plusieurs fabriquent des cuviers et des seaux; d'autres commencent à s'occuper d'horlogerie.
11 y a six chàlets communaux , dans lesquels on fabrique annuellement 50,000 kil. de fromage , façon Gruyère, de bonne qualité; trois moulins à farine, à deux tournants , avec scieries à deux lames; une scierie mécanique à trois lames de scie.
Les autres patentables sont :
10 voiluriers, h tailleurs de pierre,
2 boisseliers, 1 marchand ambulant de fromages en gros, 1 forgeron , 1 cordonnier , 2 maréchaux ferrants , 1 aubergiste , 1 marchand de cuirs en détail, 1 boucher et 1 marchand de vin en détail.
Il y avait autrefois deux brigades de douane, l'une aux Chauvins et l'autre à la Motte, mais elles ont été supprimées.
Biens communaux : une chapelle, au hameau des Chauvins, et 781b32*de parcours, friches, bois, terres , tourbières , broussailles , d'un rev. cad. de 916 fr.
Bois communaux : 606h 72a, dont 10b et 200 stères de bois- sapins sont délivrés annuellement aux habitants.
Budget : recettes ord. 4020 fr.
dép. ord. <i020fr.
NOTICE HISTORIQUE
Tous les villages dispersés dans le Grandvaux ayant une origine et une histoire communes , nous réunirons les faits qui les concernent dans la Notice générale sur le Grand- Yaux. Trois châteaux , construits sur le territoire de Grande-Rivière , méritent seuls une mention spéciale.
Château de Chapex. Gérard Ier, comte de Vienne et de Màcon , en traitant avec Pierre , abbé d'Abondance, pour le rétablissement de l'abbaye du Grandvaux , se réserva l'avouerie de ce monastère. Guillaume II, son fils, fortement engagé dans la guerre qu'Etienne II, comte en Bourgogne , soutenait contre le duc de Méranie, fit construire des châteaux dans la plupart de ses terres. Craignant de voir le Grandvaux envahi , il éleva une forteresse sur une colline appelée en Chapex.
Les religieux ne virent pas sans crainte s'élever cette forteresse menaçante. Humbert , abbé de Saint-
Claude , devenu propriétaire , dès l'an 1244, de l'abbaye du Grandvaux, trouva moyen de se rendre maître de ce château , en prêtant aux seigneurs de Vienne de fortes sommes, garanties sur cette forteresse. Son successeur finit par en taire l'acquisition de Jean de Vienne, en 1283, et le fit démolir. 11 n'en reste plus de traces aujourd'hui.
Château Farols. La prévôté du Grandvaux était tenue héréditairement par une famille puissante, qui se divisa en plusieurs branches. Le lot échu à Pernette de Grandval , épouse de Michel de Ferriol, écuyer, du Dauphiné, devint un fief, qui fut appelé le fief des Ferriol ou des Farols. Un procès considérable s'engagea, au xve siècle, entre Etienne Fauquier, abbé de Saint-Claude , et Etienne Farol ou du Grandvaux.
Ce dernier prétendait qu'il avait droit de pêcher à tous engins dans une partie du lac du Grandvaux, appelée la Coinche des Farols, soutenant que son père avait toujours joui de ce privilège. Il prétendait en outre que , comme héritier de Guillaume de Grandval , son oncle, possesseur du fief de la Ferté, il pouvait tenir des barques et pécher dans toutes les rivières , les lacs et les ruisseaux du Grandvaux. Le 9 février 1 445 , il envoya ses domestiques placer des filets dans le lac de l'Abbaye. Guillaume Fauquier, vicaire perpétuel de l'église du monastère , Pierre de Joudes, son valet , et d'autres gens , s'emparèrent de ces filets et les portèrent au prieuré. Etienne Farol , instruit de ce fait , envoya immédiatement Pierre , son fils naturel , pour les réclamer. Après de vives explications , l'envoyé se retira en faisant des menaces. Un procès s'engagea devant le parlement de Dole et ne
fut terminé que le 24 avril 1461 , par une sen tence favorable à E' ien ne Farol. Le fief et le château Farol après avoir appartenu longtemps à la famille Alépy de Vaux, de Salins, furent vendus â M. Michaud de la Tour, qui les céda en 1760, à M. Martelet, curé du Grandvaux. M. Martclet, de Lure, héritier de ce domaine l'a revendu à MM. Bastien. Les enfants de ces acquéreurs occupent actuellement la maison seigneuriale.
Château du Châtelet. Nous avons déjà parlé, à l'article Fort -du- Plasne , du fief du Châtelet, qui appartenait à la famille de Lezay. Le château de ce fief était situé au hameau des Febvre , sur le territoire de Grande-Rivière. Il occupait le sommet d'une éminence, sur laquelle il ne reste qu'un monceau de ruines.
Chapelle des Chauvins. Grande- Rivière dépendait de l'église paroissiale de l'Abbaye du Grandvaux , mais une chapelle , desservie par un vicaire résident, fut érigée en 1 62», au hameau des Chauvins , par la famille Crétin , et dédiée à la Vierge.
Cet édifice subsiste encore.
Curiosités naturelles. 11 y a à Grande - Rivière deux petits lacs, l'un dit des Brenets , et l'autre des Perrets. On y pêche le goujon , La tanche , la perche et le brochet. La caverne des Brenets 'est assez remarquable. C'est de là que sort une partie de l'eau qui alimente te moulin Chapes.
Biographie. Ce village est la patried'Alexandre Lemard ou Lémare, né en 1766, au hameau des Febvre, cultivateur jusqu'à l'âge de quinze ans , chez son père , ensuite élu-, diant, maître de langues , professeur de rhétorique à Lyon , puis à Saint-Claude , curé constitutionnel d'Epy en 1792 ; nommé successive
ment membre et président de la commission administrative du département, il fut l'un des révolutionnaires les plus exaltés du Jura. Il conspira contre Napoléon, se fit nommer chirurgien-major dans les armées de Pempire sous un nom supposé, et se relira plus tard à Paris, où il se fit de nouveau professeur de langues. Il est Pauleur de deux ouvrages remarquables, ayant pour titres : Cours de grammaire latine et française y et Pinventeur de plusieurs appareils ingénieux. On cite surtout son caléfacteur des bains, sa cafetière à feu supérieur et son caléfacteur pot-au feu , qui lui valut une médaille d'argent à l'Exposition de 1835. Il est mort à Paris, le 20 décembre 1835,
Grandvanx. (Terre ou Bâtis du) Magna Vallis , Grandis - Vallis , Grandvallis, ancienne terre monastique, qui forma dès le xme siècle, une des trois grandes divisions de la terre de Saint-Claude. Le Grandvaux est compris entre deux hautes montagnes parallèles, se dirigeant du nord au sud , et appelées Pune la Joux - Devant , et Pautre la Joux Derrière. Il est hérissé de monticules à pentes stériles, au pied desquels s'étendent des pâturages parsemés de maisons et de hameaux.
De magnifiques forêts de sapins couvraient jadis tout le territoire , mais elles ont été détruites. Le sol , déchiré par les torrents, s'est dépouillé de sa couche végétale , et n'a conservé une certaine fertilité que dans les bas-fonds. L'inégalité de ce sol et ïes brusques oppositions qu'il présente, expliquent d'avance les variations de la température, et les différences caractéristiques du climat.
Ainsi, la température du Grandvaux n'est inférieure à celle de la région
du vignoble, que de & ou 8° vers le milieu des plus beaux jours d'été , tandis que la différence, en moins , est de 8 à 10° le soir et le malin.
Origine. Saint - Antidiole , cinquième abbé de Saint Oyan, envoya, vers Pan 8*3 , deux de ses religieux les plus zélés , Aubert et Didier, avec chacun vingt moines, pour fonder des colonies dans le Grandvaux. Deux monastères ne tardèrent pas à s'élever, Pun, au milieu du lac du Grandvaux, sous l'invocation de sainte Marie, et l'autre au milieu du lao d'Hay. Aubert resta à la tête du premier. L'Abbaye du Grandvaux devint bientôt un centre agricole. Les pieux solitaires qui l'habitaient, défrichèrent des lieux boisés et marécageux qui n'avaient été jusqu'alors que le repaire des bétes fauves. La douceur du servage abbatial attira autour du monastère un certain nombre de colons. Durant trois siècles, trois générations de serfs ecclésiastiques et de moines travaillèrent obscurément , dans ce petit coin du Jura, à défricher les terres. Tant que leurs labeurs furent stériles , ils vécurent en paix; mais lorsque les champs se couvrirent de moissons , l'avide féodalité se présenta pour recueillir ce qu'elle n'avait point semé.
On voit tout à coup Gérard Ier, second fils de Guillaume Ier, comte de Vienne , de Màcon et d'Auxonne , apparaître au xue siècle , comme possesseur suzerain de tout le Grandvaux. Ce seigneur résolut de rétablir l'ancienne abbaye, ruinée depuis longtemps. Prévenu contre l'ordre des Bénédictins , dont la plupart des monastères étaient dans une complète décadence , il jeta les yeux sur les chanoines réguliers de Saint- Augustin, qui commençaient à jouir d'une grande faveur dans le diocèse de Besançon, et demanda quelques-
uns de ces religieux à Pierre, abbé d'Abondance, en Savoie. Il céda à ce dernier les biens qui formaient la dotation de l'abbaye primitive, à condition que les chanoines qui habiteraient le Grandvaux, le reconnaîtraient pour leur tuteur et leur défenseur. De grandes sommes d'argent furent employées à la construction de nouveaux bâtiments. Les travaux étaient terminés en 1 172. Celte même année, Thiébert de Montmoret céda aux religieux les droits qu'il avait dans le Grandvaux, différents meix à Grilla , une vigne à Lons-le-Saunier, des terres à Cuiseaux, pour être plantées en vigne, une place à Cousance pour l'établissement d'un moulin , le pâturage pour quarante létes de bétail dans sa foresterie de Montmoret, et le droit d'usage dans ses forêts. En même temps , Ponce Ier, sire deCuisel et de Clairvaux, donna moitié de la terre de Jor, à condition que Henri , son frère , serait admis parmi les moines. Munis de la recommandation de ces deux seigneurs, les chanoines du Grandvaux allèrent trouver Borcard, abbé d'Abondance, et lui demandèrent l'autorisation de se donner un abbé particulier, et de se constituer en abbaye. Cette faveur leur fut accordée par l'assemblée capitulaire d'Abondance, à condition que leur monastère resterait sous son obéissance primitive, et que toutes les fois que l'abbé d'Abondance s'y présenterait , il y serait bien venu et convenablement traité.
Les moines de Saint-Oyan voyaient avec peine cet établissement se former. Ils commencèrent par réclamer l'emplacement même du couvent, les moulins, et toutes les terres cultivées ou non , qui se trouvaient à l'occident du lac. Un traité intervint enfin en 1185, d'après lequel, Bernard, abbé de Saint-Oyan, aban-
donna à Pierre, abbé du Grand* vaux , tous ses droits en litige, moyennant une réfection annuelle en pain, vin et fromage pour tous ses moines , et un cens en argent assez considérable. D'autres querelles survinrent avec les chartreux de Bonlieu, et s'envenimèrent tellement, qu'elles amenèrent les scènes déplorables dont nous avons rapporté le détail dans notre notice sur la Chaux-du-Dombicf. Pierre de Préverange, en 1187, Guillaume II , fils aîné de Gérard de Vienne, en 1209, Michel de Charézier, en 12U, Ponce 11 de Cuisel en 1217, Gaucher de Commercy, sire de Monlrivel, en 1223, firent des dons importants aux religieux du Grandvaux, tandis que les seigneurs de la maison de Montmoret les inquiétaient continuellement, tantôt pour leur reprendre quelques biens, tantôt pour exercer quelque droit de justice sur leurs terres, et surtout la justice sur les voleurs. Un traité intervenu en 1229, entre Humbert de Montmoret, surnommé Arragon et l'abbé Albin, régla que tous les droits de ce seigneur se réduiraient à l'exécution des criminels condamnés à mort par la justice de l'abbé. Afin d'arrêter les usurpations des seigneurs du voisinage, le pape Honorius III déclara, en 1226, mettre cette abbaye sous la protection immédiate du Saint- Siège. Dans la crainte d'être excommunié, Aimon de Bornay, chevalier, renonça en 1235 à la construction d'un moulin qui devait porter un grand tort aux moines, et en 1236, Réné de Grilla , l'un des plus ardents persécuteurs de l'abbaye, touché de repentir t se dévoua à son service , promit de la protéger dans toutes les occasions, à condition que les religieux lui donneraient à dîner quand il viendrait les visiter, et que
s'il lui prenait fantaisie de se convertir et d'embrasser la vie monastique , il aurait une prébende canoniale. L'abbé de Saint-Oyan n'était peut-être pas tout à fait étranger aux tribulations des moines du Grandvaux. Leurs possessions, enclavées dans les siennes, lui faisaient envie.
Il ne négligea aucune occasion pour en devenir propriétaire. Guillaume Il , comte de Vienne et de Mâcon , accablé par l'âge, avait laissé à ses deux fils atnés , Gérard II et Henri de Vienne, le soin de soutenir la cause d'Etienne H , comte en Bourgogne, contre le duc de Méranie.
Gérard, blessé pendant la guerre, précéda son père dans la tombe.
Il n'eut qu'un fils de Guigonne de Forez, son épouse, du nom de Guillaume 111, qui lui succéda. Humbert, abbé de Saint-Oyan , profitant de la pénurie d'argent dans laquelle se trouvait Guillaume , lui prêta 230 livres viennoises, et pour cette modique somme se ût engager au mois d'octobre 1343, le château du Grandvaux avec tous les droits qui y étaient attachés, et eut le soin de demander pour sûrelé de cette engagère, le cautionnement de Jean de Ghalon l'Antique. 11 s'entendit ensuite avec Jean, abbé d'Abondance, et proposa de lui céder différents prieurés contre celui du Grandvaux. Cet échange fut consommé au mois de novembre 124&. Cet acte fut rédigé avec une grande adresse. On exposa que l'église du Grandvaux, ancienne abbaye , succombait sous le fardeau de tant de dettes , que ses revenus ne pouvaient suffire à calmer la voracité des usuriers et ne lui permettaient pas de résister aux incursions des tyrans ; que l'office divin ne s'y célébrait plus ; que les cloîtres mêmes étaient occupés par de puissants vassaux ; que l'abbaye d'Abon-
dance était trop éloignée pour lui prêter secours ; que celle de Saint- Oyan , envers laquelle le prieuré du Grandvaux était censable, pouvait seule, par sa proximité, réparer tant de ruines. Après cet exposé, on expliqua que les chanoines d'Abondance n'ayant pas voulu accepter le prieuré de Divonne à litre d'échange, parce que les seigneursquien avaient la garde étaient des hommes violents et dangereux , ils auraient ceux de Huins et de Saint-Gcnest , et que dès ce moment l'église du Grandvaux dépendrait immédiatement de l'abbaye de Saint-Claude , comme elle avait dépendu de celle d'Abondance.
On avait eu soin d'obtenir préalablement le consentement de l'archevêque de Besançon, de Guillaume III, comte de Vienne (juin 1344), et d 'Humbert de Montmoret , dit Arragon , seigneur de Grilla ( octobre 1344 ). Après une enquête faite par Hugues , cardinal-prêtre du titre de Sainte-Sabine , le pape Innocent IV autorisa l'échange, par un bref daté du samedi après la Pentecôte 1250.
Les religieux d'Abondance étaient éliminés; mais il fallait encore se débarrasser des seigneurs de Vienne.
L'abbé Humbert prêta à Guillaume III , une nouvelle somme de 500 liv.
viennoises (avril 1347), et se les fit assurer sur le château de Chapex, ainsi que sur tout ce que ce seigneur possédait dans le Grandvaux par héritage ou par conquête. Un délai de cinq ans seulement fut accordé pour le remboursement , avec stipulation que l'abbé jouirait de tous les droits du comte Guillaume pendant la d urée de l'engagère. Les archevêques de Lyon, de Besançon et l'évèque de Chalon, étaient les garants de ce traité et devaient excommunier quiconque chercherait à troubler l'abbé Humbert. Guillaume III mourut sans
postérité en 1 256, laissant sa fortune à Hugues IV d'Antigny, sire dePagny et à Henri d'Antigny, sire de Sainte- Croix , ses neveux , enfants de Béatrix de Vienne, sa sœur, et de Guillaume d'Antigny, seigneur de Fagny.
Hugues IV, chevalier renommé par sa vaillance, se montra moins traitante que son oncle. Il prétendit que le château de Chapex et la moitié des revenus temporels du Grandvaux devaient lui appartenir eu toute propriété; qu'il pouvait exiger des corvées , des tailles , des dîmes et des coutumes des habitants de cette terre. Après plus d'un an de débals, un traité intervint au mois d'avril *1258, d'après lequel il fut convenu qu'il aurait tout ce qu'il réclamait, mais qu'il en ferait hommage à l'abbé de Saint-Claude , et que ce dernier pourrait aussi faire construire une maison-forte , mais de moindre importance que la forteresse de Chapex. L'abbé Humbert ne se découragea pas; au mois de novembre suivant, il prêta tOOO livres viennoises au comte Hugues , se fit engager de nouveau les droits de ce dernier sur le Grandvaux , et ajoula aux avances précédentes 200 livres au mois de mai 1261. Les seigneurs de Grilla, de la maison de Moulmoret, voulaient aussi reprendre différents meix à Grilla , Saint-Maurice et Cousance, sous des prétextes futiles.
Hugues de Vienne interposa son autorité, et par une sentence de l'an 1 264, rejeta toutes leurs prétentions.
Jean devienne, seigneur de Mirebel, fils de Hugues l*r, sire de Pagny, se trouvant dans l'impossibilité de rendre à l'abbé de Saint-Claude les avances faites , soit à son père, soit au comte Guillaume , vendit définitivement, le h des ides de septembre 1282, tout cequ'il pouvait prétendre dans le Grandvaux, sans réserve au-
cune , à l'abbé et aux religieux de Saint-Claude. Ces derniers firent une association pour leur terre du Grandvaux avec Jean deChalon, sire d'Arlay, par un acte daté du 2 des ides d'août 1301. Tout n'était pas fini.
11 y avait dans l'abbaye du Grandvaux , des religieux décidés à y rester. Guillaume de Beauregard, abbé de Saint-Oyan, croyait dans son orgueil que rien ne devait lui résister.
11 voulait seul régner en maître sur le Grandvaux, et sa volonté ne connaissait point d'obstacles. Guillaume de Montsaugeon, prieur du Grandvaux, était résolu à soutenir la lutte.
H refusa de payer le cens de 60 quartaux , moitié orge , moitié froment , que l'abbé de Saint-Claude lui réclamait, à cause de la chàlellenie de Chàtcau-des-Prés , et bien d'autres redevances encore. Les sergents qui se présentaient pour le gager étaient repoussés à main armée. Jean de la Grange, prieur de Gigny, qui jouissait d'une grande réputation d'équité , fut enfin choisi pour arbitre suprême, et par une sentence du 1 8 décembre 1 356, ce prélat termina la difficulté, en condamnant Guillaume de Montsaugeon à payer ce qu'il devait. Le pape Clément VII donna ce prieuré en commende à Jean III , de Neufchàtel , évêque de Toul, cardinal -prêtre du litre des Quatre-Couronnés. Moyennant une forte somme d'argent , il consentit , par une bulle datée du iue des calendes de décembre 1 388 , à l'unir à l'abbaye de Saint-Claude, et le cardinal Jean, fut invité à se démettre de son titre. Hugues d'Ambronnay vint au mois de février 1389 au prieuré du Grandvaux, et en prit possession au nom du monastère de Saint-Claude. Dès ce moment, on n'entretint plus dans celte obédience que deux religieux, l'un avec le titre
de prieur et vicaire perpétuel, etl'autre avec celui de sacristain. Cet état de choses subsista jusqu'en 1789.
Maison prieurale. L'abbaye primitive occupait une petite lie , appelée la Motte, au milieu du lac du Grandvaux. Lorsque les religieux d'Abondance rétablirent ce monastère au xue siècle, ils placèrent les bâtiments à l'extrémité septentrionale du lac. Ils se composaient d'un cloître carré, au milieu duquel étail une grande cour, où s'élevait l'église. Un large fossé et une ceinture de murailles enveloppaient le tout. Sur le fossé était un pont-levis qui communiquait à un large portail fortifié. Les lieux réguliers tombant en ruines, on construisit au commencement du xive siècle, contre le côté méridional de l'église , un bâtiment qui fut appelé le Prieuré. L'abbé de Saint- Claude ajouta plus tard , au sud du prieuré, une nouvelle construction qui fut appelée la Maison abbatiale. Les cloîtres, le prieuré, les fossés, les murs d'enceinte et la porte ont disparu. Il ne reste que l'église, un ancien bâtiment de ferme et le presbytère. On trouvera la description de l'église à l'article Rivière- Devant.
Seigneurie. Tout le Grandvaux ne forma d'abord qu'une seule communauté et une seule paroisse. Lorsque le peuplement fut plus avancé , le territoire se divisa en cinq grandes rivières ou communautés, appelées le village des Pichons, la Chaumussc, le Voisinai de Joux , Fort-du-Plasne et le lac des Rouges-Truites. Ces cinq communautés avaient pour limites à l'est, Morbier, Tancua et Lésât; à l'ouest, la seigneurie de Chàtel-de- Joux , de Saint-Mauris, la Chaux-du-Dombief et la Chauxdes-Crotenay ; au nord , le territoire
Chaux-des-Prés. Dans ces limites se trouvaient comprises les communes actuelles de Rivière-Devant, Grande- Rivière, laCliaumusse, Saint-Pierre, Saint-Laurent, Four-du-Plasne et tac des Rouges-Truites, occupant une superficie de 97l3h. L'abbé de Saint-Claude, comme seigneur du Grandvaux, y avait la justice haute, moyenne et basse, au civil et au criminel , qu'il faisait exercer par un prévôt , ou par un juge établi par le prévôt , par un procureur fiscal et un greffier institués par lui. Les sujets étaient main-mortables, devaient les lods pour les mutations d'immeubles , à raison du tiers du prix, des corvées pour faucher, et amener au prieuré le foin des prés dits Prés de l'abbaye, de Chaudendé, du Marais-Devant et de Layma. Ils devaient en outre des cens appelés les Menus- Deniers , perçus sur le produit des animaux. Chaque feu ou ménage devait deux bichons d'orge et un d'avoine. La communauté devait trentecinq livres de cire pour concession de droit d'usage dans les forêts. Il était dù une taille tous les deux ans , appelée l'une Haute et l'autre Basse .
La première s'élevait à 320 florins , et la seconde à 505 seulement. La répartition en était faite par les prud'hommes , échevins et conseillers. Le droit de retenue, l'impôt des quatre cas, le guet et garde n'étaient pas en usage dans la terre. Le signe patibulaire était placé sur une éminence appelée leCréldes Pendailles, au territoire de Grande-Rivière.
Fiefs. H y avait quatre fiefs sans justice répandus dans la terre du Grandvaux ; ils étaient connus sous le nom de Fiefs de la Fertè, du CAdtelet , des Farods et de la Tour de Fort-du-Plasne.
Prévôté. La prévôté héréditaire
de Foncine, et au sud, celui de | du Grandvaux appartenait dans l'ori-
gine à une famille dite de Grand val.
Une branche de cette maison prit le nom de la Ferté, que portait un château bâti près de l'abbaye. Huguenin de la Ferté tenait cet office en 1301. Pernet de Lezay, seigneur de Lessart , en devint propriétaire , par son mariage avec Jeanne , fille d'Huguenin de la Ferlé, et le possédait en 1350. Il le transmit à Etienne de Grandval , dit de Lezay, son fils , marié avant 1375 à Romanette de Vertamboz. Etienne de Grandval eut trois fils , Pierre de Lezay , écuyer, prévôt héréditaire du Grandvaux, Albin de Lezay, écuyer, vivant eri 1395, et Gérard de Grandval, chevalier, seigneur delà Ferté et deMornay. Ce dernier fut comblé de faveurs par les rois Charles V et Charles VI. Nommé châtelain et capitaine du château de Courtillon en Dauphiné, Charles VI lui accorda, le 4 août 1389, une pension annuelle de 100 francs , en considération des services qu'il avait rendus à son père pendant 17 ans. Il le nomma ensuite son conseiller et son chambellan , et lui accorda, le 27 octobre 1391 , une nouvelle pension de 500 francs. Le 7 mars 1402, il ordonna aux ducs de Berry, de Bourgogne et d'Orléans, de lui payer une somme de 1000 francs d'or, et le 26 janvier 1404 , il déclara de nouveau le retenir pour son chambellan. Gérard de Grandval devint cependant le chambellan de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne, le 4 octobre 1405. 11 paraît qu'il avait encouru la colère de la reine Isabelle de Bavière , car le roi Charles VI lui écrivit pour l'inviter à revenir à la cour, lui annonçant que la reine n'était plus indignée contre lui. Il testa à Dijon , le 7 septembre 1413, laissant de Renaudine , fille du seigneur d'Andelol sur-Salins , son épouse , Poin-
çard de Grandval, écuyer, seigneur de la Ferté, vivant en 1420, Guillaume de Grandval , chevalier, seigneur de Mornay, nommé en 1391 écuyer d'honneur du roi de France, en 1410, châtelain de Chabriel en Dauphiné, et en 1422, chambellan du duc de Bourgogne, Jeannette, mariée en premières noces à Everard de Mornay, chevalier, et en secondes noces , à Pierre Allemand , frère de Louis Allemand, archevêque d'Arles, et Pernette, épouse de Michel de Ferriol , écuyer , gentilhomme du Dauphiné. La famille des Grandval s'éteignit par le décès de Guillaume de Grandval, sans postérité. Une branche établie à Poligny et â Besançon , subsista plus longtemps.
Pierre de Lezay, prévôt du Grand- Taux, eut de Claire de Menthon, Humbert , marié à Alexis de Pra; Jean, marié à Etiennette de Pra , et Jean de Lezay, religieux à Saint- Claude. Les descendants d'Humbert de Lezay ont possédé la prévôté du Grandvaux jusqu'en 1790. On en trouvera la généalogie aux articles Marnèzia et Moutonne. Le prévôt du Grandvaux rendait la justice par lui - même ou par un lieutenant qu'il instituait. 11 commandait les hommes pour les expéditions militaires , et avait pour sa rétribution le douzième des lods et des écoutes de main-morte. Guillaume , le plus ancien prévôt connu, vivait en 1224, et portait le titre de Ministral, Jffnistralis Grandisvallis.
Coutumes. Le Grandvaux était régi par des coutumes particulières fondées sur l'usage , qui différaient entièrement, soit du droit romain, soit de la coutume de Franche- Comté. Ainsi, toute femme qui se mariait avec un habitant du Grandvaux , avait droit à la moitié de la succession de son mari, et à une part
d'enfant dans les successions de son beau-père et de sa belle-mère. Des enfants nés pendant le mariage, l'aîné prenait moitié des biens de ses père et mère, et pouvait, à sa majorité, quitter leur communion; dans ce cas, il jouissait de suite de cette moitié. Les autres enfants partageaient le surplus entre eux à la mort de leurs parents. Au décès du père ou de la mère, les enfants étaient saisis des trois quarts des biens, l'autre quart restait à l'époux survivant. Si la femme survivante se remariait, elle n'avait plus que le huitième , et si elle avait des enfants de ce second mariage, ses droits étaient réduits à un seizième, qu'elle partageait avec son mari. Les héritiers légitimes d'un propriétaire qui mourait hors de la terre du Grandvaux, étaient inhabiles à succéder ; la succession appartenait alors au seigneur. Les droits mortuaires étaient fixés à un taux unique, quelle que fût la condition du défunt.
Pierre de la Baume , abbé de Saint- Oyan , frappé des injustices de ces coutumes, les modifia peu à peu.
Par un acte du 29 juillet i Si 6, confirmé par Marguerite d'Autriche , comtesse de Bourgogne, le 9 décembre suivant, ce prélat commença par fixer un tarif proportionnel pour les droits mortuaires. Il divisa les chefs d'hôtel en trois classes, les riches , les moyens et les pauvres , selon leur cotisation au jet de la taille. La première classe payait 2fc sols; la seconde 16, et la troisième 8 seulement. Une autre lettre du 19 février 1619 (n.st. ), expliqua que le plus ancien homme de chaque maison, pourrait seul être considéré comme chef d'hôtel; que les femmes et les autres membres de la famille ne paieraient qu'un demi - droit. I Enfin, le 17 juillet 1521, il modifia I
' entièrement le code civil qui régissait la terre. 11 déclara, 1° que la femme n'aurait plus aucun droit héréditaire sur la succession de son mari, mais qu'elle prélèverait sa dot et tout ce qu'elle aurait reçu de ses parents , ses joyaux , son trousseau et ses habits de noces ; qu'elle jouirait, à titre de douaire, d'une partie des biens délaissés par son mari , égale au tiers de sa dot et de tous les héritages qui lui auraient été assignés pour garantie de cette dot, jusqu'à ce qu'elle fût remboursée ; 2° que les enfants nés de différents mariages, succéderaient à leurs père et mère par tête et non par lits ; 5° que les parents pourraient disposer de leurs biens en faveur de leurs enfants , et en faire la distribution comme ils l'entendraient; 5° que les père et mère succéderaient à leurs enfants vivant dans leur communion ; h° que les successions de ceux qui auraient quitté le Grandvaux pour être gens d'église ou apprendre un métier, seraient recueillies par ceux des parents résidant dans celte terre, dont le défunt avait quitté la communion; que les habitants ne seraient tenus de faire leurs corvées de bras et de charrue que sur les propriétés de l'abbé, et qu'ils pourraient même s'en exempter en payant quatre gros vieux, monnaie de Bourgogne; qu'ils ne feraient montre d'armes que devant l'abbé ou ses commis et non devant les amodiateurs ; qu'ils ne seraient point soumis à la commise, au guet et garde, non plus qu'à la réparation d'aucun château. Enfin, il leur permit de mener vendre hors de la terre, du bois converti en lavons, assestes, ou lambris , et même du bois non travaillé , et d'user des forêts comme par le passé.
Privilèges. P. Morel, abbé de Saint-Oyan , confirma ses sujets du Grandvaux, par lettres du 2 décembre 1 500, dans tous leurs droits, usages, prérogatives et dispense de contribution à l'entretien de ses châteaux; il autorisa en même temps la création de deux foires franches par an et d'un marche le vendredi de cha que semaine. La grande communauté pouvait choisir deux prud'hommes chargés de défendre ses intérêts cl de paraître en justice, tant au civil qu'au criminel, pour la défense des habitants. Chaque rivière élisait en outre pour son administration spéciale, deux prud'hommes, des échevins et des conseillers. Us devaient répartir les tailles, l'impôt du don gratuit, et le jour de leur réunion , l'abbé leur donnait à diner.
Paroisse. L'église du prieuré fut longtemps la seule église paroissiale pour tout le Grandvaux. Le vicaire perpétuel et le sacristain étaient tenus à certains services déterminés par une convention faite avec les habitants. Ainsi, il devait y avoir une messe chaque jour et plusieurs le dimanche. Le sacristain était tenu de sonner les cloches en temps d'orage , pour l'angélus et pour les offices, et fournir tout ce qui était nécessaire à l'église , tels que cierges, encens, hosties, etc. Le partage des oblalions et l'administration des sacrements excita de longues querelles et des scandales, entre le prieur et le curé de la paroisse. Un traité fait en 1345 , entre le prieur Guillaume de Montsaugeon et le curé Jacques de Saint-Albin, ramenèrent le calme pour quelque temps, mais les habitants eurent souvent à se plaindre de la négligence de leurs curés et des sacristains. Une familiarité se forma au xve siècle, pour la desserte des fondations; elle ne
fut jamais bien nombreuse ni richement dotée. La grande paroisse de l'abbaye commença à se démembrer au xvn° siècle.
Evénements divers. En 1345, le Grandvaux reçut plusieurs colonies de Dauphinois, exilés volontairement de leurs pays cédé à la France. En 1349, la peste enleva plus des trois quarts de la population. Les terres restèrent en friche jusqu'au commencement du xive siècle. La condition faite aux habitants était si dure, que les colons ne voulaient pas venir s'établir dans cette contrée, ou s'ils y venaient , ils cherchaient aussitôt à en sortir. On n'en finirait pas si on voulait rapporter toutes les luttes que les Grandvalliers soutinrent contre les sujets de la chartreuse de Bonlieu. La question des limites territoriales fut une cause continuelle , non-seulement de procès , mais de combats à main armée, depuis le xme siècle jusqu'en 1 789. Les guerres et les pestes du xvn€ siècle ont causé de grands ravages dans cette terre. La révolution y fut accueillie avec enthousiasme, mais elle y resta pure de tout excès.
Graage-de-Vaivre, vg. de Pair, de Poligny, cant. et percept. de Villers-Farlay, bur. de poste de Mouchard, paroisse de Port-Lesney; à 3 kil. de ce dernier lieu , 10 de Villers-Farlay, 14 d'Arbois, 25 de Poligny, et 53 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 320m.
Le territoire, quatre fois plus long que large, est limité au nord par Rennes (Doubs); au sud , parPagnoz et Chilley ; à l'est , par la Chapelle, Rennes et Chilley , et à l'ouest , par Pagnoz, Port-Lesney et Rennes.
Il est traversé par la route imp.
n° 83 , de Lyon à Strasbourg , et longé par la rivière de Loue.
Le village est situé dans une vallée, entre la rive gauche de la Loue et la rive droite de la route impériale. Les maisons sont groupées, construites en pierre et généralement couvertes en tuiles.
Pop. en i 790, i 52 hab. ; en 1 846, 128; en 1851, 113, dont 58 hom.
et 55 fera. ; pop. spécif. par kil.
carré, 65 hab.; 29 maisons, 32 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les grandes villes.
Cadastre exécuté en 1811 ; surf, territ. 172h 42a, divisés en 985 parcelles que possèdent 113 propriétaires, dont 54 forains; surf. imp.
162h, savoir : 49h en terres lab., 58 en vignes, 31 en bois, 16 en prés , 9 en friches , et le surplus en cultures diverses, d'un rev. cad, de 7,568 fr. ; cont. dir. 820 fr.
Le sol, en partie montagneux, est d'une fertilité moyenne ; il produit du blé, de l'orge, de l'avoine, du maïs , de la navette, des betteraves , des pommes de terre, du chanvre, des fruits, des vins rouges et blancs de qualité ordinaire, du foin et des fourrages artificiels. On importe moitié des céréales et le quart des vins. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes et on y engraisse des porcs. Trois ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Salins.
Biens communaux : 46h 20* , d'un rev. cad. de 312 fr.
Il n'y a ni maison commune, ni école. Les enfants fréquentent habituellement les écoles de Rennes, de Port-Lcsney et de la Chapelle.
Bois communaux : 28h ; coupe annuelle, 84a.
Budget : rec. ord. 823 fr.; dép.
ord. 823 fr.
NOTICE HISTORIQUE
L'histoire de Grange-de-Vaivre peut se résumer en quelques lignes.
Ce ne fut jamais qu'une petite bourgade relevant du château de Montraahoux et dépendant de la seigneurie de Rennes. Son origine est toute moderne. Son territoire était pourtant traversé par un chemin antique, se dirigeant de Salins ù Besançon.
Le 24 juin 1656, le commandeur de Saint-Mauris prit position dans ce village, pour attendre l'ennemi ; ne se sentant pas en force, il demanda du secours. Deux régiments allemands et quelques compagnies comtoises parvinrent à le rejoindre, en suivant des sentiers sur les hauteurs.
Le lendemain matin , les Français se présentèrent pour livrer bataille. Le commandeur fut renforcé d'un régiment d'infanterie du marquis de Varambon, et d'un régiment de cavalerie. Le combat commençait, lorsque la ville de Salins envoya de nouvelles troupes. Les Français, commandés par le prince de Condé , se sentant inférieurs en nombre, se retirèrent pour occuper le pont de PortLesney et se postèrent au sommet de la montagne du Port.
Granges-sur. Baume, les Granges, vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., percept. et bur. de poste de Voitcur; succursale, érigée le 19 mars 1838 ; à 7 kil. de Voiteur et 17 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 502m.
Le territoire est limité au nord par Nevy et Lamare; au sud par Baume; à l'est par Mirebel, et à l'ouest par Baume.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Baume, à Crançot ,
aux bois communaux, aux Saugettcs et au Malatrait; des Ecouvetes à Lamare, à la Saugeat , à Tancua et de la Chaux-de-l'Orme aux Saugettes.
Le village est situé sur un plateau, au bord de rochers à pics qui , semblables à une immense muraille de granit , ferment au nord la célèbre vallée de Baume. Les maisons sont groupées, construites en pierres, converles en laves , et presque toutes élevées d'un étage au-dessus du rezde-cliaussée.
Pop. en 1790, 340 bab. ; en 1846, 306; en 1851,320, dont 185 bom. et 167 fem. ; pop. spécif.
par kil. carré, 40 hab.; 46 maisons, savoir: au bas du village, 38; aux Murs , 3 , et à la Tournelle, 5 ; 60 ménages. Les plus anciens registres de l'élat civil datent de 1793. Les habitants n'émigrenf pas.
Cadastre exécuté en 1 825 ; surf, territ. 793h 98», divisés en 1694 parcelles que possèdent 208 propriétaires , dont 1 20 forains ; surf, imp. 776h, savoir : 500h en terres lab., 157 en bois- taillis, 109 en parcours, 26 en friches et broussailles, et le surplus en cultures diverses, d'un reY. cad. de 8198 fr. ; cont. dir. en princip. 1998fr.
Le sol, rocailleux et peu fertile, produit du blé, de l'orge, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, des pommes de terre , du chanvre , du foin, et des fourrages artificiels. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
bétes à cornes , quelques moutons, et on y engraisse des porcs pour la consommation locale. 15 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fait de grands progrès.
On trouve sur le territoire des sablières abondantes, du minerai de fer non exploité, des carrières de belle et bonne pierre à bâtir, exploitées, de la pierre à chaux qu'on n'utilise pas.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole. Il y a un chàlet, dans lequel on fabrique annuellement 14,000 kil. de fromage, façon Gruyère.
Biens communaux : une église, un cimetière à Pentour, un presbytère, construit en 1837 et déjà en mauvais état, une maison commune, construite en 1844, renfermant la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 40 garçons, et 35 filles; un oratoire, dédié à saint Jean-Baptiste, érigé en 1740; une chapelle, dédiée à Saint-Claude, élevée en 1848, aux frais de Jean -Claude Raison , qui a légué 3,000 fr. à la fabrique pour cette construction ; une place publique , un réservoir d'eau et 230h 98" de bois, pâtures et broussailles, d'un rev. cad. de 1236 fr.
Bois communaux : 133b 88'; coupe annuelle, 4h 21*.
dép. ord., 2712.
Les habitations groupées au sommet du plateau qui domine la vallée de Baume, sont d'origine toute gauloise , ainsi que nous l'avons démontré à l'article Crançot; mais on n'a sur leur existence, dans les temps antérieurs à la conquête de Jules-César, et même pendant la domination romaine, aucun renseignement, pour entrer à ce sujet dans le moindre détail. On sait seulement qu'à cette dernière époque, une grande voie publique, se dirigeant de
Poligny à Orgelet, passait à Crançot, Vevy, Publy et Poids-de-Fiole. Ses traces en sont encore reconnaissables à Test des Granges-sur-Baume, dans la contrée dite l'ancien chemin de Poligny ou à la Grande- A ngime.
C'est sur le bord de celte route que s'étendait, entre Crançot et les Granges, une bourgade assez considérable, appelée la Fille de On , dont on découvre chaque jour des restes, tels que puits, fondations d'édifices, etc. Ce village existait encore au xu° siècle, car l'empereur Frédéric Barberousse en confirma la possession à l'abbaye de Baume, par une charte de l'an 1157. 11 était protégé, à l'époque romaine , par une tour dont l'emplacement porte aujourd'hui le nom de Châtelot. Cette tour était bâtie sur le bord de la voie militaire que nous venons de signaler.
Seigneurie. Baume, les Granges et Sermus ne formèrent jusqu'en 1789, qu'une seule paroisse et qu'une seule communauté, ayant un territoire commun. Les habitants élaient soumis à la main-morte réelle et personnelle, à certaines tailles , à la dime , à des cens en argent et en grains, à la banalité des fours et des moulins. L'abbé de Baume avait sur cette communauté la justice haute, moyenne et basse, qu'il faisait exercer par un bailli , un juge châtelain, un procureur fiscal et un greffier.
Anciennement le doyen du monastère y exerçait la basse justice , mais il la céda à l'abbé en 1456. L'emplacement du village de On , appelé la fin d'An, fut donné aux habitants de Baume et des Granges en 1 288 , par Jean de Vienne, seigneur de Mirebel , moyennant un cens envers lui et ses successeurs.
Fief. Il y avait , sur le territoire des Granges, un fief dit de la Tour-
au milieu du domaine seigneurial.
Il appartenait à la famille Sarrasin , de Poligny, et relevait de l'abbaye de Baume. Aucune justice n'y était attachée.
Eglise. Les religieux de Baume érigèrent, en 1586, une chapelle aux Granges , sous l'invocation de saint Antoine, ermite. Guillaume de Sarrasin, seigneur de Saint-Martin, de Voiteur, y fonda des offices , par son testament du 21 mars 1590.
L'église actuelle fut construite sur l'emplacement de celte chapelle en 1809. Elle se compose d'un clocher, d'une nef, d'un chœur, de deux chapelles et d'une sacristie. Cet édifice est voûté et décoré de pilastres, sur lesquels s'élèvent les arcs-doubleaux et arêtes des voûtes. On y remarque trois belles statues en pierre, aussi grandes que nature , qui proviennent de l'abbaye de Baume , et qu'on a eu le grand tort de badigeonner.
Curiosités naturelles. Il existe aux Granges une vaste caverne ayant son entrée sur la vallée de Baume, et qui s'étend jusque sous l'église.
Elle a au moins 30m de longueur.
Elle a servi de retraite aux habitants pendant les guerres. L'entrée, fermée d'abord par une simple porte , fut ensuite murée , afin d'en rendre l'entrée plus difficile. La vallée de Baume , vue des Granges, ressemble à un immense précipice, Sa profondeur donne le vertige.
Cirayo-et-Gharaaj, Vg. de l'arr.
de Lons-le-Saunier, cant. et bur.
de poste de Saint-Amour, percept.
de Gigny ; succursale , érigée le 1 5 septembre 1846; à i 3 kil. de Saint- Amour et 30 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 375m.
Le territoire est limité au nord
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mile, à cause de la tour qui était | par Loysia; au sud par Véria et
Gigny ; à l'est par Gigny et Loysia , et à l'ouest par Chevreau et Véria.
Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 4 , de Lons-le-Saunier à Monlûeur; par les chemins vicin.
tirant à Loysia, à la route départ.
n° 15, d'Orgelet à Saint-Amour, au chemin n° 4 , et de Loysia à Gigny ; par la rivière du Suran, le ruisseau de la Duyc, le hief de Varay, le bief de la fontaine de la Kochc, et le ruisseau de l'Etang. Le hief de la fontaine sous la Roche sépare Graye-et-Charnay de Véria, sur une petite longueur.
Le village est groupé au pied d'une montagne, dont l'église couronne le sommet , et s'incline sur la rive droite du Suran. Les maisons, assez bien bâties en pierres et couvertes en tuiles creuses , sont généralement élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.
Pop. en 1790, 400 hab.; en 1846, 378; en 1851, 546, dont 178 nom.
et 168 fem. ; pop. spécif. par kil.
carré, 54 hab.; 75 maisons, savoir :
à Graye 40, à Cliamay 30, à Carrât ou à l'Amende 5 ; 77 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1792. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1828 : surf, terril. 630h 59* , divisés en 4338 parcelles que possèdent 295 propriétaires, dont 161 forains; surf, imp. 616U 45», savoir : 260u en terres lab., 147 en bois, 120 en prés, 63 en parcours, 22 en friches et broussailles, et le surplus en jardins, murgers et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 13,413fr.; cont.
dir. en princip. 2232 fr.
Le sol, partie en plaine, partie montagneux , produit du blé, de l'avoine , du maïs, beaucoup de foin , peu de seigle, d'orge, de fourrages artificiels , de légumes secs , et de
vin rouge. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe presque tout le vin. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
On élève dans la commune des bètesà cornes, des moutons, des mulets, quelques chèvres, et on y engraisse des porcs. 15 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.
Il y a des carrières de marbre , exploitées, des sablières, des carrières de pierre à bâtir , de taille , à chaux ordinaire et hydraulique , peu exploitées.
Il existe deux moulins à quatre tournants.
Biens communaux : une église , un cimetière à Penlour , un presbytère, quatre ponts en pierre, et 128U 02a de pâtures, prés et bois , d'un rev. cad. de 1050 fr.
Il n'y a point de maison commune:
l'instituteur, l'institutrice laïque, les écoles, fréquentées en hiver par 42 garçons et 50 filles , occupent une maison louée à cet effet.
Bois communaux : 66b 94* ; coupe annuelle, 2h.
NOTICE HISTORIQUB.
L'opinion la plus accréditée sur l'origine de Graye , est que sa fondation est due à une colonie grecque , qui vint s'établir dans la vallée du Suran, soit avant, soit pendant la conquête romaine. Le nom de Graye , celui de Gréa, que portent la plupart des familles de ce village, de nombreuses dénominations helléniques, d'anciens usages, analogues à ceux qu'on rencontre dans le midi de la Gaule , des croyances populaires sorties du paganisme, la forme des toitures des maisons, tout
en un mot concourt à justifier celte opinion. Le culte rendu à la source de la Doye , la crainte qu'inspire encore aux enfants la dame verte , se promenant en carrosse dans le pàquier du Vernois , remontent en droite ligne au delà du christianisme.
La position de l'église de Graye , au sommet d'une montagne isolée, sa dédicace à saint Saturnin ou saint Sorlin , premier évêque de Toulouse, martyrisé en 2512, sous l'empereur Gallus, font supposer que cet édifice a succédé à un temple païen. De 990 à 994, Bernon, comte en Bourgogne, donna Graye , avec plusieurs autres domaines, pour servir à la dotation de l'abbaye de Gigny qu'il fondait ; les moines se choisirent, comme c'était la coutume , un avoué chargé de défendre le temporel du monaslère. Dans ce village, cet officier et ses successeurs usurpèrent bientôt la propriété des terres confiées à leur garde , firent construire un château près de l'église et se qualifièrent de seigneurs du lieu. En 122^, Guillaume de Graye , damoiseau , fit hommage au prieur de Gigny , de son «ie/x de Leschaux , chargé d'un cens de deux sols et d'une mesure d'avoine, dû précédemment aux chartreux de Montmerle. En 1277, Raymond, prévôt de Graye , traita avec le prieur du même monastère , au sujet des injures graves et des dommages considérables commis par lui, envers l'église de Gigny. 11 promit, en réparation , de payer 200 livres viennoises d'amende, et relâcha aux religieux divers héritages situés à Graye. En 1279, Jean deChalon, comte d'Auxerre et seigneur d'Orgelet , accorda au prieur Guillaume et à ses successeurs, la haute justice sur les seigneuries de Gigny et de Graye. En 1294, Guillaume de
Graye , fils du prévôt Raymond , abandonna au même prieur et à ses religieux , tous les biens et droits qu'il tenait d'eux en fief-lige et qu'il pouvait prétendre dans l'étendue des paroisses de Graye , Loysia et Gigny. En contre-échange , les moines lui cédèrent en fief- lige, et sous la réserve de l'hommage , tous leurs biens et droits dans les paroisses et territoires de Dommartin, Varcnnes - Saint - Sauveur et Chelères, et au hameau des Croses, paroisse de Frontenaud. Ils ne se réservèrent que le patronage des églises, les dîmes, les oblations, les sépultures et autres droits ecclésiastiques , concédant toutefois à ce vassal , en augmentation de fief, UO quarlauxdc blé, moitié froment et seigle , à percevoir chaque année sur les dîmes de Dommartin et de Varcnnes. Dès ce moment Graye , et Ctiarnay qui en était une dépendance , et dont le nom ne commence à figurer dans les chartes qu'au commencement du xive siècle, furent définitivement réunis à la terre monastique de Gigny ; leurs habitants furent dès-lors soumis aux mêmes charges féodales que ceux des autres villages de la seigneurie.
Château. Le château du prévôt de Graye était assis au nord du cimetière , en un lieu où l'on reconnaît des ruines et qui porte le nom de Place du château. Il était de forme rectangulaire , et ceint de fossés creusés dans le roc vif. 11 y avait deux autres tours, l'une au sud -est du cimetière et l'autre au nord-ouest du château.
Affranchissement. Le 27 juin 1687, Abraham de Thésut, prieur de Gigny, considérant « que la macule de main-morte gênait le commerce des habitants et leur établissement ; qu'il était peu convenable
du reste à un chrétien , de porter le nom d'esclave , tandis que la liberté semblait devoir être naturelle ; que les offres que lui faisaient ses sujets, lui étaient plus utiles et à profit que l'incertitude des échutes , • déchargea et affranchit à perpétuité les habitants de Graye-et-Charnay, leurs enfants nésetà naître, et leurs biens de toute macule de main-morte, à charge par eux de lui payer et à ses successeurs, à perpétuité, un supplément de cens d'un cinquième. Ce traité n'ayant pas été revêtu des formes requises pour sa validité , resta sans effet. De nouvelles négociations furent entamées. Les chanoines de Gigny, dans le lot desquels était entrée la communauté de Grayeet-Charnay , déclarèrent affanchir les habitants présents et futurs de ce village, ainsi que leurs biens, de la main-morte réelle et personnelle, à condition que les cens dus, au lieu d'être fiiés, comme précédemment, à la mesure du château de Gigny , pesant 24 livres , le seraient à la mesure royale du bailliage d'Orgelet , pesant 30 livres. Cet affranchissement, daté du 2 août 1778, fut confirmé par lettres-patentes du roi, du 6 janvier 1783, homologuées au parlement de Besançon , le 2* mai suivant.
Eglise. L'église de Graye occupe une position pittoresque , au sommet d'uu monticule ayan tla forme d'un cône tronqué , d'où la vue plonge sur toute la vallée du Suran.
Elle est orientée et dédiée à saint Saturnin, dont on célèbre la fêle le 29 novembre. Elle se compose de trois nefs, d'un chœur rectangulaire, d'une sacristie et d'un clocher s'élevant au-dessus de la partie antérieure du chœur. Les nefs, de bonnes proportions et nouvellcmcut construites, sont décorées de pilastres et
de colonnes de l'ordre toscan , sur lesquelles retombent les arêtes et arcs doubleaux des voûtes. Le chœur et le clocher ne sont autre chose que l'église primitive. La porte d'entrée est surmontée d'une niche, qui renferme une statue en pierre , parfaitement sculptée , représentant un saint moine. Les boiseries du maitre-autel et du chœur ont été exécutées avec talent par M. le curé actuel de Graye. Des deux chapelles, l'une est dédiée à sainte Foy, l'autre à saint Loup , évèque de Chalonsur-Saône.
L'église de Graye dépendit jusqu'en 1742, du diocèse de Besançon , tandis que celle de Gigny était du diocèse de Lyon. Elle était déjà qualifiée de paroissiale en 1294 , et unie à celle de Loysia. Les desservants prenaient le titre de curés des églises de Graye et Loysia. Le presbytère était près de l'église et joignait d'un côté le cimetière et de l'autre le chemin de la Procession.
Le curé résidait tantôt à Graye , tantôt à Loysia. II entretenait un vicaire dans le lieu qu'il n'habitait pas. Près du cimetière , est un tilleul très ancien , d'une grosseur et d'une beauté remarquables. Suivant un usage immémorial, les religieux de Gigny allaient chaque année en procession à l'église de Graye, le mardi des Rogations. Après avoir été reçus avec la bannière , par le desservant du lieu , ils y célébraient solennellement la messe , et ensuite ils déjeunaient au presbytère ou sous le tilleul du cimetière. Le curé de Graye leur devait ce déjeûner frugal , qui ne consistait qu'en un potage de millet, suivi de la tarte verde, et pour lequel le prieur de Gigny lui livrait une prébende , d'un pain de couvent et de deux pintes de vin , I pour chaque moine. Le curé de Loy-
fia faisait aussi une procession des Rogations à Grave, mais un autre jour que celle de Gigny.
Evénements divers. Les administrateurs LémareetGénisset, envoyés dans le canton de Saint-Julien pour étudier l'esprit de la population , se présentèrent , au mois d'octobre 1793 , à Graye-et-Charnay, dont les habitants passaient pour contre-révolutionnaires. Ils se tirent accompagner par 50 hommes de la garde nationale de Gigny. Leur présence jeta la terreur dans le village.
Bibliographie. Histoire de Gigny, par M. Gaspard. — Annuaire du Jura, année 1842.
Gredlann», vg. del'arr. deDole, cant. et dist. de poste de Roehefort, percept. d'Aulbume ; paroisse de Menotey ; à 2 kit. de Menotey, 6 de Roehefort , 8 de Dole et 59 de Lonsle-Sannier. Altitude : 314m.
la forêt de la Serre , qui le sépare de Moissey ; au sud et à l'est par Archelange ; à l'ouest par Jouhe et Menotey.
Il est traversé par les chemins vicinaux tirant à Archelange et à Menotey ; par les ruisseaux de Gredisans et de la Forêt.
Le village est caché au fond d'une gorge , au milieu des collines de l'arrondissement de Dole. Les maisous sont groupées , construites en pierres , couvertes en tuiles et généralement élevées d'un étage audessus du rez-de-chaussée. On y remarque la belle habitation de M.
Corne, ingénieur en chef des ponlset-cliaussées, en retraite ; celles du Séminaire des orphelins et de l'établissement de la Charité de Dole.
Pop. en 1790, 215 hab. ; en 4840, 231; en 1851 , 228, dont 116 nom. et 1 12 fem.; pop. spéc.
par kil. carré, 97 hab.; 52 maisons, savoir^ dans la Grande-Rue 44 , et dans la rue de Dole 8 ; 64 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1792. Les habitans n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1836; surf, terril. 234h 21a, divisés en 1032 parcelles que possèdent 129 propriétaires, dont 77 forains; surf, imp. 229h 35a, savoir : 98h en vignes, 88 en bois , 35 en terres lab. , 2b en prés ,et le surplus en jardins , vergers , friches , murgers , pâtures et sol des bàtimeuls, d'un rev.
cad. de 5195 fr. ; contrit), dir. en princip. 2659 fr.
Le sol , montagneux et peu fertile, produit du blé, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, des fourrages artificiels, peu de betteraves, de navette, de chanvre , de fruits et de foin. On importe les sept huitièmes des céréales et on exporte les neuf dixièmes des vins.
Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
On élève dans la commune des bêles à cornes , et quelques porcs qu'on engraisse. 5 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fait des progrès.
On trouve sur le territoire, des carrières de pierre à bâtir, non exploitées, des carrières de pierre meulière et des sablières, exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole et d'Auxonne. Leur principale ressource consiste dans la culture de la vigne.
Biens communaux : une chapelle, une maison commune, reconstruite en partie en 1851; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 25 garçons et 22 filles ; trois fontaines , dont deux avec lavoirs et abreuvoirs, et 86h
78* de bois , carrières et pâtures , d'un rev. cadast. de 576 fr.
Bois communaux : 86h &6a, dont 2h 05* sont coupés annuellement.
Budget : recettes ord., 1756 fr.; dépenses ord., 1411 fr.
Bureau de bienfaisance. Gredisans a droit aux distributions du bureau de bienfaisance de Menotey.
NOTICE HISTORIQUE
Lorsque les Romains pénétrèrent dans la Séquanie, ils trouvèrent tout le territoire compris entre l'Ognon , le Doubs et la Saône , couvert par une immense forêt parsemée iïoppida, de bourgades et decamps retranchés. Bientôt des roules stratégiques étendirent leurs réseaux sur toute celte surface et facilitèrent les communications, en favorisant le développement des villes et des villages, qui prirent rapidement la place des bourgades celtiques. Une grande voie , reliant Dole à la ville détruite qu'a remplacée Dammartin, passait par Gredisans , dans la contrée dite le Vieux-Grand-Chemiiiy ou le Chemin de la Poste. L'imagination populaire, amie du merveilleux et gardienne des anciennes croyances druidiques, a accumulé sur le bord de cette route une foule de traditions féeriques. Plusieurs croix , disposées autour de la forêt, ont remplacé d'anciens menhirs. L'éminence qui porte le nom de Beauregard, rappelle le culte de l'Apollon gaulois. Telle était l'impression profonde que la vasle forêt de la Serre avait, par sa majesté, laissé dans les esprits, qu'on voit dans tout le cours du moyen-âge , son souvenir se rattacher aux aventures chantées par les romanciers et qu'on en fit le théâtre de mille fictions.
C'est dans ce bois qu'on prétend que l'empereur Frédéric allait tenir ses
cours d'amour. Les dénominations locales se rattachent singulièrement aux idées de chevalerie. Ainsi , on trouve à Gredisans, le champ des Chevaliers ou des Chevalières , les champs de fa Bataille-Dessus et de la Bataille-Dessous. Ce mot bataille semble appartenir à la langue moderne ; cependant beaucoup d'endroits , où des combats ont été livrés aux Sarrasins, portent déjà ce nom. Pour ne citer qu'un exemple, le lieu où Karl-Martel défit les Arabes, commandés par Moussa en 732, sur la voie romaine de Poitiers à Tours , s'appelle Moussais- la- Bataille. Quoiqu'il soit Irès présumable que Gredisans remonte à une époque ancienne , son nom n'apparaît dans les litres que dès le xm* siècle.
Seigneurie. Gredisans dépendait en loule justice de la seigneurie de Rochefort. Le 7 juin 1697, Louis XIV vendit les seigneuries de Raynans, Menotey et Gredisans, au comte de Saint-Mauris , mais dans la réunion des domaines faite plus lard , Gredisans fut excepté de la vente, à cause de son peu de valeur, et aliéné séparément en 1712, en faveur de M. Marie- Augustin de Toytot, de Raynans, qui le transmit à M. Joseph-Xavier de Toytot, de Raynans, son fils, né en 1754, capitaine d'artillerie au régiment de la Fère, marié en 1786, à M11* de Riollct, fille de M. Armand de Riollct, comte de Gissey, et mort en 1833. Il y avah* deux fiefs sans justice, qui appartenaient en dernier lieu , l'un à M. de Truchy de Varenncs, et l'autre à M. de Borel.
Chapelle. La chapelle de Gredisans est située sur une éminence qui domine le village. Elle fut fondée en l'honneur de l'Immaculée Conception , dont on célèbre la fête le 8
décembre, par noble François F roissard, seigneur de Montagna-le-Templier, en 1659, et par Jean-Claude Jacquinot, seigneur de Goux, en 466b. Elle se compose d'un porche, d'une sacristie à gauche du porche, et d'une nef. Le porche est récent.
La nef est très-jolie ; elle est divisée par des pilastres en deux travées, et la voûte est richement nervée. Les fenêtres sont ogivales. Sur le bas de la nef s'élève une campanille que couronne une flèche couverte en tuiles. Le desservant de Menotey célèbre cinq ou six fois la messe dans cette chapelle.
Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole , par M. Marquiset.
Grosanno ou Grozonne, petite rivière qui prend sa source à Groson, se dirige de l'est à l'ouest, et se jette près de Séiigney dans la Glantine ou l'Orain.
Groson , Groso, Grossium, villa Grausonis, Grosonum, Grausaunum, Grosson, Grozon,yg. de l'arr., cant., percept. et bur. de poste de Poligny; succursale, dont dépend l'Abergement-le-Petit; à 8 kil. de Poligny, 8 d'Arbois et 57 de Lonsle-Saunier. Altitude : 257m.
Le territoire est limité au nord par le Grand , le Petit-Abergement et Vadans; au sud par Tourmont et Poligny ; à l'est par Buvilly et Arbois, et à l'ouest par Montholter, dont il est séparé par le bief de Foras.
II est traversé par les chemins vicinaux tirant à Arbois, à Tourmont, à Abergement -le- Petit , à Au mont, à Buvilly, à Montliolier; par les chemins dits de Saulnot et de Boucailles ; par la rivière de Grosone qui y prend sa source, par les ruisseaux de l'Etang et de Fonlcnis,
par les biefs Noir, de Foras, des Fontaines et de la Roche.
Le village est situé au fond d'une agréable vallée, près du pied nordouest de cette chaîne de collines qu'on appelle le Vignoble. Les maisons sont généralement groupées , construites en pierre et couvertes en tuiles ; la plupart ont un étage audessus du rez de chaussée. Celles qui composent les hameaux,sont grandes et bien bâties , mais celles du centre du village sont empreintes d'un cachet de vétusté et de ruine qui rappelle les mauvais jours de ce lieu jadis célèbre.
Pop. en 4 790, 739 hab.; en 1846, 832; en 1851, 834, dont 405 nom.
et 429 fem. ; pop. spécif. par kil.
carré, 65 hab. ; 1 3 1 maisons, savoir : au Village, 94 ; aux granges Longin, 8 ; Bocalet , 6 ; du Mouterot , 4 ; du bois Moine, 3; de Coton, 4 ; de Bellevue , 2 ; à la Grange cVOyselaine, 1 ; de Dessie, 1 ; des Vernes, 1 ; de . Thoriat, 1 ; de Pré-Sang, 1 ; de l'Etang, 1 ; de Monladroile, 1 ; de Montafroid , t ; de la Pepelte , 1 ; à la Gypserie de l'Aile, 1 ; 198 ménages.
Les plus anciens registres de Pétat civil datent de 1675. Les habitants émigrenl peu. Les deux tiers sont affectés de l'endémie goitreuse.
Cadastre exécuté en I83«i ; surf, lerr. 1424h 58», divisés en 4396 parcelles que possèdent 737 propriétaires, dont 543 forains ; surf. imp.
1394h, savoir : 721h en terres lab., 229 en prés, 2 1 6 en vignes , 1 4 1 en bois, 70 en pâtures, 6 en jardins et vergers , 5 en friches et broussailles, et 5 en sol et aisances de bâtiments, d'un revenu cadastral de 53,484 fr.; conlrib. dir. en princip.
6060 fr.
Le sol , accidenté et très fertile , produit du blé, de l'orge, del'avoine, du maïs, des légumes secs, de la na-
velle, des betteraves , des pommes de terre, beaucoup de chanvre et de fruits , surtout des cerises très estimées, beaucoup de foin, des fourrages artificiels , des vins rouges et blancs qui rivalisent avec ceux d'Arbois. On importe le quart des céréales, et on exporte les trois quarts des vins. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes, des moutons , beaucoup de porcs, quelques chevaux et des volailles. 100 ruches d'abeilles. On trouve sur le territoire de la marne non exploitée , de la tourbe, dont l'exploitation est abandonnée depuis 1845, quatre carrières de gypse et une de plâtre, dont les produits sont exportés à Bans, Dole, Poligny, Arbois; elles occupent dix ouvriers ; des carrières de pierre à bâtir, de taille, à chaux hydraulique et ordinaire, de très bonne qualité; des mines de houille à 5 mètres de profondeur, et exploitées pour l'usage des salines; deux sources d'eau salée et un épais banc de sel gemme. Il y a une fromagerie, dans laquelle on fabrique annuellement 16,000 kil. de fromage, façon Gruyère , et deux moulins à farine.
Les patentables sont : deux marchands merciers , deux aubergistes, un menuisier, un maréchal-ferrant et un arpenteur.
Les habitants, généralement peu dans l'aisance, fréquentent les marchés de Poligny et d' Arbois. Leur principale ressource consiste dans la culture de la vigne et dans l'agriculture.
Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, un presbytère très convenable, près de l'église, une maison commune attenante au presbytère, renfermant la mairie, le
| logement de l'instituteur, la salle d'étude, fréquentée en hiver par 70 élèves; le logement de l'institutrice et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 70 élèves; une place publique, quatre ponts en pierre, deux oratoires, six fontaines avec abreuvoirs , et 1 1 lh 73a de bois , pâtures et terres, d'un rev. cad. de 928 fr.
Bois communaux : 104h, dont 3h 27* sont coupés annuellement.
Budget : recettes ord. hkik fr. ; dép ord. kUi k fr.
Bureau de bienfaisance ; revenu ord. 150 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Longtemps avant la venue des Romains dans la Séquanie, Groson était déjà le séjour d'une peuplade qui exploitait ses précieuses sources salifères. Dn passage de Slrabon, appliquable aussi bien à Groson qu'à Salins et à Lons-le-Saunier , nous apprend que les viandes salées de la Séquanie étaient fort recherchées en Italie. Un fait assez remarquable, c'est qu'encore de nos jours, Groson est un des villages où on nourrit le plus de porcs. Pour donner une idée de l'importance que les Celtes attachaient à l'exploitation des salines, il nous suffira de citer les travaux gigantesques qu'ils exécutèrent à Marsal dans la Lorraine.
Afin de solidifier le sol boueux de la vallée de la Scille , sur tous les points où ils désiraient s'établir, ils construisirent un immense radier artificiel , composé de petits fragments de terre cuite, façonnés à la main et noyés dans la vase. Ce radier, connu sous le nom de briquetage de Marsal, est sans contredit le monument le plus extraordinaire et le plus gigantesque de l'industrie de nos aïeux.
Le calcul le plus simple démontre que quatre mille ouvriers, en y Ira-
Taillant pendant huit heures consécutives, chaque jour, durent employer plus d'un siècle pour l'achever. Après la conquête, Groson prit la physionomie d'une ville romaine.
On y retrouve comme dans toutes les •villes fondées ou reconstruites par les légions, la distribution en trois parties distinctes, le castrum, le palatium et la cité proprement dite. Le castrum, ou la ville haute, était à l'orient, le palatium, du côté de Tourmont, dans le lieu dit aux Chambrelles, et la ville basse près des sources salées. Des temples, des bains, des aqueducs s'élevèrent peu à peu , et six voies furent ouvertes pour mettre en communication cette ville avec les cités voisines. Les iraces de plusieurs de ces roules subsistent encore. L'une communiquait avec Besançon par Cramans, et passait sur le coteau de la Sarra. Une autre communiquait avec Lyon , la ville d'Antre et le midi de la Gaule, en passant par Tourmont et Poligny.
Une troisième, appelée le chemin Saunier, se dirigeait sur Salins par Arbois. Une quatrième se dirigeait sur Lons-le-Saunicr, en passant par Montholier, Habeur, Brainans, Darbonnay, Fronlenay, Bréry et le gué Farou, près de Domblans. Une cinquième tirait à Dole, par la Ferlé et le pont de Belmont. Une sixième aboutissait à la voie de Langres à Genève, en traversant Montholier, Seligney, Villers-Robert, Rahon et Tavaux, où elle rencontrait la voie de Besançon à Chàlon-sur-Saône et Autun. Les antiquités gallo - romaines sont si nombreuses à Groson, que nous n'essaierons même pas d'en donner la nomenclature sommaire. On y a découvert et on y découvre chaque jour des médailles gauloises et romaines, tant consulaires qu'impériales , des pièces de
monnaie, des statuettes , des vases, des colonnes, des urnes, des sarcophages , des fragments de tuiles , des décombres de vieux bâtiments, et toute espèce d'objets antiques. Parmi les débris les plus remarquables, on cite un bas-relief d'une Diane, réprésentée assise dans une forêt, le bras gauche appuyé sur un cerf accroupi , et serrant du bras droit un chien endormi derrière elle; un lingot d'or et une chaîne de même métal, à laquelle était suspendu un anneiu; des haches d'armes, des ciseaux, des clefs, des coins, des lances en bronze, des fragments de mosaïques, des marbres , etc. La population avait accueilli avec empressement les superstitions du polythéisme romain et les avait mêlées aux superstitions du polythéisme gaulois, entées sur le culte druidique. Elle se glorifiait de posséder un grand nombre de temples d'idoles, et rendait un culte particulier à Bacchus , à Mercure, à Apollon et à Diane. Sous Constantin, on construisit des églises correspondant par le vocable aux temples païens. Ainsi le temple de Mercure devint l'église Saint-Michel, parce que saint Michel et Mercure étaient regardés tous deux, comme les conducteurs des âmes; le temple de Diane devint l'église de Sainte-Marie; le cimetière fut consacré à Saint- Meurot ou Saint-Maurice , probablement à cause de l'analogie du mot latin mors avec le nom du chef de la légion thébaine. L'invasion des Barbares sous Constance, fils de Constantin , en 355 , amena la ruine presque complète de cette ville. Les Alemmani en occupaient le territoire, quand Julien, alors César, vint dans les Gaules et les chassa. Tant que cet empereur vécut, son épée et son nom continrent les Barbares ;
mais après sa mort, ils reparurent, et à partir de ce moment , jusqu'à l'établissement définitif des Bourguignons'dans noire pays, la silualion deGroson ne fut plus qu'une longue crise. Pendant cette période, le paganisme un moment ressuscité par Julien, disparut devant le christianisme. Le temple deBacchus fut dédié à saint Martin, ce grand destructeur d'idoles. Une église fut bâtie en l'honneur de saint Germain, le protecteur de la Gaule contre les Barbares. L'idolâtrie continua de subsister dans les campagnes seulement. Saint Lolhein chercha à déraciner ces superstitions. Il construisit d'abord un monastère à Silèce, et en érigea un nouveau , près de Groson , dans un endroit appelé Maximiac, et plus tard Buvilly, où il ne tarda pas à réunir plus de quarante moines.
C'est dans cette dernière abbaye qu'il se plaisait davantage. Il s'y trouvait vers l'an 523 , lorsqu'il fut averti de l'arrivée de saint Grégoire, évêque de Langres, qui se rendait à Genève, pour assistera un concile.
Lolhein alla à sa rencontre jusqu'à Groson, et le pressa de venir se reposer dans son monastère de Maximiac qui était tout proche. Saint Grégoire n'ayant pu accepter son offre, ils passèrent un jour ensemble, après quoi ils se séparèrent. Les Burgondes s'étaient empressés de rétablir Groson , à cause de ses salines. On en trouve la preuve dans la légende de la vie de saint Lolhein. On cite souvent un titre qui ferait supposer que les salines de Groson étaient en pleine exploitation en 722 , mais nous ne le connaissons pas. Le premier qui soit parvenu à notre connaissance est l'acte par lequel Vidrude , seigneur bourguignon , donna en 900, à l'abbaye de Flavigny, ses meix et places dans
ces salines. Il semblerait que les Sarrasins ou les Normands ont laissé une colonie à Groson , car beaucoup de familles de celte ville portaient , aux xie et xnc siècle, le surnom de Païens, pagani. Dans la langue du peuple, le mol paganus indiquait alors un Sarrasin ou un [Normand. En 1053, Hugues 1er, archevêque de Besançon, donna à Pabbayede Vauxsous-Poligny une berne à Groson, à la charge de la redevance annuelle d'un muid de sel envers ses successeurs.
Seigneurie. Groson, comme toutes les villes romaines , fut compris dans le lot des rois Burgondes, et fit toujours partie du domaine des comtes souverains de Bourgogne.
La justice y était exercée par un bailli, un prévôt, un procureur fiscal, un scribe, des sergents et des forestiers. Les habitants étaient libres. La communeélailadminislrée 1 par quatre prud'hommes et un conseil , comme les anciens municipes.
Elle avait sa bannière aux armes de Bourgogne. Celle seigneurie fut vendue par l'Etat , le 50 juin 1715, à M. Antoine Moréal , receveur de la maîlrise de Poligny, qui l'a transmise à ses descendants.
Fiefs divers. Il y avait une foule de fiefs à Groson. Une famille noble du nom de celte ancienne ville, issue des sires de Thoire, florissail dès le commencement du xue siècle, et forma plusieurs branches qui possédaient , à titre héréditaire, non-seulement de vastes domaines dans ce lieu , mais encore les offices de baillis, de prévôts, de châtelains, de maires, de sergents et de forestiers.
D'autres fiefs ne consistaient qu'en domaines. Nous allons passer en revue les principaux.
Fief du bailliage. Groson était le chef-lieu d'un bailliage, dont dépen-
daient les prévôtés d'Aumont et de Buvilly. En 125U, Guillaume deGroson se qualifiait de bailli de ce lieu. Ses successeurs prenaient le même titre encore en 1 hi ». Ce bailliage fut uni au xve siècle à celui de Poligny.
Prévôté. La prévôté était possédée à titre héréditaire par une branche de la famille de Groson , qui ajoutait à son nom celui de Ruhal. Odot de Groson élait prévôt de cette ville en 1267. Richard, son fils, chevalier, marié à Elisabeth de Sellièrcs, occupait cet office en 128G. On voit très souvent le prévôt de Groson chargé de commissions militaires avec le prévôt de Poligny. Ainsi, en 1356, on alloua au bailli d'Aval différentes sommes, « 1° pour les dépens du prévôt de Grouzon, lui, huitième de compaignons armés de fer, et pour un bannelier , deux cournours , et un menestrier qui fut avec tous les sergents de Grouzon , ensemble, le prévôt, et les bannières de Poligney, gaigier Mr J. de Chalon devant Arlay ; 2° pour les dépens dud. prévôt, lui 1111e de compaignons armés de fer, qui ont demorés en garnison à Poligney par xv jours, commençants le mercredi après la quinzaine de Pasques, pour aidicr à garder la ville pour la doubtance des ennemis; 3° pour les dépens de Mile de Grouzon, lieutenant dudit prévôt , qui a gouverné les sergents de Grouzon par 15 jours, qui ont demorés avec les sergents de Poligny devant Chaussins ; pour les dépens doud. prévôt lui xc de compaignons armés de fer, xx arbarestriers , et de xxx sergents qui allèrent de Poligney à Grouzon, pour aidier à garder la salnerie de la ville de Grouzon, pour la doubtance que Ton avoit dou bâtard de Chàlon, et du Bouan d'Esclans , qui dévoient venir ardoir la ville et effondrer la sauncrie. »
Mairie. La mairie était tenue en fief héréditaire par une branche de la maison de Groson, dite de Randez.
Cécile , fille de Robert de Groson , porta ce fief dans la maison de Scey, par son mariage avec Henri de Scey.
11 donnait le droit au propriétaire d'instituer des gardes pour la conservation des bois , et de prendre à son profit les amendes de 3 sols.
Sergenteric. Cet office était possédé héréditairement par une autre branche de la maison de Groson, qui se confondit dans la précédente.
Fiefs divers. La garde de chaque église de Groson était confiée à diverses branches de la famille de Groson , qui avaient pour demeure une maison fortifiée près de ces églises. En 1262, vivaient Roderus, fils de feu Pierre de Saint-Michel de Groson, et en 1285, Guy de Groson, clerc , fils de Renaud , dit de Saint- Michel. En 1330, Nicolas, fils de feu Jeannin, dit de Sainte Marie de Groson , faisait une donation à l'abbaye de Rosières. Henri de Groson , dit de Saint-Maurice, figure dans différents actes du xiv° siècle. Une autre branche portait le nom de Saint- Germain, et une autre encore, celle d'Usies.
Fief de la Motte. Guillaume de Groson demanda à Marguerite de France, comtesse de Bourgogne, et obtint en accroissement de son fief, en 1571 , une motte ou tertre et deux journaux de terre au-dessous , pour y édifier à ses frais une maisonforte qui pût lui servir d'asile et à ses successeurs , et même aux habitants. Il éleva cette maison, et l'un de ses fils en prit le nom. Jean de la Motte de Groson et Etiennette sa fille, épouse de Jean de Beauregard, vivaient en 1460. Ce château passa successivement de la maison de Groson dans celles de Mamix et de
Lallemand; il fut acquis en 1609, par le sieur Duc de Salins, seigneur de Rabeurg , et possédé ensuite par M. d'Achey. M. Jacques-François Mcnaud de Bon temps, de Saint-Cernin, chevalier de Saint-Louis, en fut le dernier possesseur en 1790.
Ce seigneur émigra , et ses biens furent vendus nationalement.
Fief et château de Maillot. Le château de Maillot est à l'extrémité sud du village , au sommet d'un coteau escarpé. 11 se compose d'un corps de bâtiment ayant la forme d'un parallélogramme rectangle, flanqué d'une tour circulaire à son angle nord , et d'une autre tour aussi circulaire sur sa face nord-ouest; ces tours sont percées de meurtrières.
Renaud, comte deMonlbéliard, avait reçu d'Alix, sa mère, comtesse palatine de Bourgogne , un domaine considérable à Groson. Il l'assigna pour dot à Agnès , sa fille, en la mariant, en 1320, à Henri de Montfaucon. Il passa par héritage à Hugues de Blonay, sire de Joux. Ce seigneur ne laissa qu'une fille, nommé Jeanne, qui épousa en 1 366 Vauchier de Vienne, sire de Mirebel , mort sans postérité en 1390. Jeanne, dame de Joux , sa veuve, vendit tous ses biensen 1410, à Guillaume de Vienne, sire de Saint- Georges et de Sainte-Croix , parent de son mari. Henri de Scey, marié le 22 août 1427, avec Cécile, fille de Robert de Groson et de Marguerite de Soilley, acheta les droits du sire de Saint- Georges, et fit construire un château, qui fut appelé Château- Maillot. Il laissa ce domaine à Jean de Scey, son fils , seigneur du Larderet et de Maillot, qui épousa, le 25 novembre U84, Catherine d'Epenoy. Ce seigneur testa en 1510, et institua pour héritiers ses trois fils. Claude, l'un d'eux, eut la terre de Groson dans son lot, et la transmit
à Anatoile de Scey, son fils, marié à Suzanne d'Achey, et mort avant 1591. Antoine Baptiste de Scey, chevalier, seigneur de Maillot , Groson, etc., fils d'Anatoile, s'allia en 1597 à Charlotte, fille de Gaspard de Poligny, baron de Traves, et en eut Françoise de Scey , qui épousa Charles d'Achey, baron de Thoraise, auquel elle porta Groson en dot. Claude, fils de Charles d'Achey * épousa Louise Aimée du Réfuge, et en eut Nicolas- Eléonore, marquis d'Achey, seigneur de Maillot, le Vernois, Groson, allié à Jeanne-Thérèse de Bergère dont sont nés, Charles-Louis, comte d'Achey, capitaine au régiment d'Enghien, et plusieurs filles, religieuses.
Le château appartient actuellement a MM. Moréal, de Salins, Parandier, d'Arbois, et à madame Muyard de Vouglans.
Fief des Fauquier. La famille Fauquier, dePoligny, avait un fief et un château à Groson. Philibert Fauquier, seigneur de Commenailles , Aumont, laissa ces biens â Barbe Fauquier, sa fille, dame de Choisey et de Grantchamp , mariée à Guyot de Falierans, seigneur de Grantchamp. Celte dame mourut sans postérité, laissant sa fortune à son mari. La famille de Visemal posséda ce fief pendant longtemps. Il fut acquis au xvme siècle par M. Just-Denis de Sarret, d'Arbois, et Louise Françoise Barberot , son épouse. M. de Sarret laissa pour héritiers, Ignace- François de Sarret, colonel de cavalerie, Louis-Ignace-Thérèse- Vernier de Sarret , major du génie, et Just- Anne- François de Sarret , ses trois fils, qui émigrèrent en 1791. Le dernier fut une des victimes de Quiberon, en 1798. Le domaine de Groson fut vendu nationalement et racheté par MllMde Sarret , anciennes religieuses , qui le remirent à leur
frère. M. Marie-Gabriel de Sarret- Groson, d'Arbois, en est aujourd'hui propriétaire. Le château appelé Château d'en Bas ou deVisemal, est situé entre le pré de la Saunerie et le pré à la Dame. H consiste en un donjon presque carré, ayant 1 6 mètres de chaque face. La face nord est flanquée d'une tour circulaire percée de meurtrières, et sa face sud était pourvue d'un mâchicoulis dont on voit encore les traces. Il se trouve compris dans les bàtime/its de la nouvelle saline.
Fief et château de Rabeurg. Le château de Rabeurg appartint d'abord à une famille noble qui en portait le nom. Etienne de Vaucéans de Frontenay, le reçut en accroissement de fief en 1327. N. fille de Jean de Frontenay, dit Vauxin, porta la terre de Rabeurg à Jacques de Thoraise son mari. Pierre de Lanthenne se qualifiait de seigneur de Rabeurg, en i486; Bonavcnture et FrançoisdeLanlhenne, ses petits-fils, prenaient la môme qualité en 1584. Une alliance fit passer ce fief, en 1 608, dans la famille Duc, de Salins.
11 appartenait , en iCC 1 , à Pierre et Henri Duc, frères, pour une moitié, et à Charles -Claude Duc, leur neveu , pour l'autre moitié. François- Alexis Donat , conseiller à la cour des comptes de Dole, en fit l'acquisition en 1718, et le transmit à ses enfants. Le château appartient aujourd'hui à plusieurs cultivateurs qui l'habitent. Il se trouvait à la jonction de la Grosanne et d'un ruisseau d'eau salée. Il avait la forme d'un polygone irrégulier, composé de six côtés. Au centre était une cour. Un fossé large d'environ 30m, et profond de 6m, entourait cette forteresse.
Un pont-levis jeté sur le fossé, précédait la porte d'entrée. A ce fief était attaché un droit d'usage impor-
tant dans les forêts de la terre de Colonne.
Fief de Rosières. Les religieux de Rosières possédaient à Groson un domaine considérable, composé de la grange d'Oyselaine , d'une maison , d'un cellier dans le bourg et de plusieurs bernes dans les salines. Ils avaient reçu ces biens des sires de Salins, de l'abbaye de la Charité, du chapitre de Saint-Etienne de Besançon , de Nicolas de Groson (avant 1140), de Simon, sire de Chaussin (1 1 65), de Robert de Groson( 1 294), et de différents seigneurs particuliers. La grange d'Oyselaine et les autres biens ont été vendus nationalement en 1791.
Fief du chapitre de Poligny. Jean Chevrot de Poligny, évèque de Tournay, acheta au xv° siècle, de Guillaume de Vienne, sire de Saint- Georges, des dîmes et des droits seigneuriaux à Groson , qu'il donna au chapitre de Poligny, pour la fondation de la messe, dite de Tournay.
Claude de Wuillafans , écuyer, vendit au même chapitre une partie d'un fief qu'il possédait dans le même lieu.
Fief du chapitre de Saint- Etienne de Besançon. Le chapitre de Saint - Etienne de Besançon possédait un domaine féodal à Groson. Le comte Guillaume lui en confirma la possession vers l'an H 47, et y ajouta trois meix , avec la justice, sauf en certains cas graves.
Etat de Groson au mojen-âge.
Jusqu'au milieu du xive siècle, Groson tint un rang distingué parmi les principales villes de la province. On y comptait trois églises paroissiales et une église prieurale, une maladrerie , un hôpital et des salines importantes. Il s'y tenait des foires et des marchés. Il était habité par trente ou quarante familles de gentils-
hommes, par une nombreuse bour- | sirenl ce village en une véritable sogeoisie, des clercs et des officiers lilude. Ce n'est qu'à partir de 1660,
de justice. 11 y avait des tabellions , gardes d'un sceau sur lequel était inscrit : cour de Groson , avec les armes des souverains de Bourgogne, le commerce y était fait en grande partie par les Lombards , auxquels un quartier spécial avait été assigné.
Après la destruction des salines, en 1 369, celle ville déchut tout à coup.
La peste de 1349 avait déjà enlevé une partie de sa population. Les courses des grandes compagnies achevèrent de la ruiner. En Ut 2, il n'y avait plus que UO ménages , et encore étaient ils réduits à la plus extrême misère. Dix ou douze familles seulement "avaient du pain à manger. Dans une requête présentée à la régente des Pays-Bas, en 1514, les habitants exposèrent, « que puis 30 ans lors en çà , ils avoient eu et soubtenu de grandes et dures fortunes et doinmaiges, tant de loger les gens d'armes, appalissements avec eulx, durant ces guerres, lesquelles avoient notoirement régné par longtemps en la comté de Bourgogne , orvalc de feug , flammes et mortalités qui avoient régné au villaige dudit Groson. Tellement, qu'ils estaient demeurés si pourcs et si misérables, que par pourcté les aucuns estoient alez de vie à trespas; les autres avoient absenté ledit lieu et s'estoient retirez es villages circonvoisins. Et les autres demeurez audit village, poures en mendicité, pour les causes dessus dites. Joint que l'armée du roi de France ( Louis XI ) estant , en ladite année , mil quatre cent quatre-vingt-treize, en nombre de 15,000 hommes audit lieu de Grozon , avoit fait auxdils habitants grands dommaiges , les avoit fourragez et pillés , etc. » Les guerres et les pesles du xvue siècle rédui-
que la population commença à se reformer de colons étrangers.
ÉTABLISSEMENTS AîtCIENS ET MODERNES.
Eglise Saint-Michel. Cette église était bâtie sur une élévation , à l'extrémité ouest du village. Elle fut donnée à une époque très ancienne à l'abbaye de Saint-Jean-le-Grand d'Autun, qui en conserva le patronage ; elle était desservie par un curé et un vicaire. Les villages de Montholier, de Rabeurg, des Minières et quelques familles de Groson en étaient paroissiens. Au xvtt6 siècle , le service et la résidence du curé furent transférés à Montholier. Malgré cette translation , l'église conserva son titre, et les curés y prirent possession de leur bénéfice jusqu'au moment où elle tomba en ruine.
Eglise de Notre Dame ou de Sainte- Varié. Celte église, située au sommet d'une éminence, au nord-est du village, était et est encore dédiée à la Nativité de la Vierge, dont on célèbre la fête le 8 septembre. Le patronage en appartenait au chapitre de Saint-Etienne de Besançon, ensuite de l'union de cette cure faite par l'archevêque Vilal, de 1312 à 1533. Cet édifice est orienté, et se compose d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles , d'un chœur rectangulaire et d'une sacristie. Intérieurement, il a la forme d'une croix latine. Le clocher est surmonté d'un dôme couvert en tuiles , sur lequel s'élève une campanille revêtue de fer-blanc.Ce monument est dépourvu de style architectural ; mais il renferme des objets d'art qui font l'admiration des connaisseurs. On y remarque surtout, Ie les boiseries du retable de l'autel qui est dans la chapelle de gauche ; une multitude
de personnages, représentant des scènes du nouveau Testament, y sont sculptés en haut relief ; 2° le retable de l'autel de la chapelle de gauche , sur lequel est représentée l'adoration des mages ; 3° le beau tabernacle du maître-autel ; 4° les boiseries sculptées des confessionnaux, du baptistère et de la chaire à prêcher ; une infinité de statues et de statuettes très bien exécutées. L'église de Groson est sans contredit Tune des plus riches de la province, sous le rapport de l'ornementation sur bois. Il y avait autrefois cinq chapelles dans cette église; celle de Saint-Georges était à la nomination des comtes de Montbéliard , et celle de Saint-Nicolas, à la nomination des possesseurs du château de Maillot. La troisième, dédiée à sainte Catherine , était du patronage de la maison de Groson , finie dans celle de Guerche-Groson, comte de Beaujeu. La quatrième , dédiée à saint Jean-Baptiste, dépendait du fief des Fauquier. La cinquième , sous Tinvocation de saint Claude, et à la nomination des sieurs Gallois , fut réunie, en 1738, au chapitre d'Arbois.
Eglise Saint-Maurice. Le pape Urbain II confirma à l'abbaye de Baume, par une bulle de l'an 1089, la possession de l'église Saint-Maurice de Groson. Cette église, détruite depuis le xve siècle, était à 30m environ de celle de Saint- Michel. Son emplacement porte le nom de Saint- Meurot. On y trouve de nombreux tombeaux romains, formés d'un seul bloc de pierre. Ces tombeaux sont semblables à ceux découverts à Augerans, Chaussin et Asnans.
Eglise et prieuré de Saint-Germain. En 1083, Humbert de Scey, chanoine de l'église de Besançon, donna l'église de Saint-Germain de Groson , à l'abbaye de Baume , du
consentement de Gaucher, sire de Salins. Le pape Urbain II confirma celte donation en 1089. Une colonie de religieux fut envoyée pour desservir celte église et en percevoir les revenus. Elle forma un prieuré, dont Jean de Lorraine était titulaire en 1330. Celte obédience fut réunie à la mense abbatiale de Baume, et cessa dès lors d'être habitée. Les bâtiments furent ruinés par les armées de Louis XI. L'église et le prieuré se trouvaient entre Groson et Tourment; leur emplacement porte encore le nom de Saint-Germain.
Les habitants de l'Abergement y étaient desservis.
Eglise de Saint-Martin. L'église de Saint-Martin fut construite sur les ruines d'un temple romain. Elle fut probablement détruite par les Sarrasins ou les Normands, car aucun titre ne la mcnlionne. La place qu'elle occupait s'appelle en Saint- Martin. On y trouve beaucoup de débris antiques , ainsi qu'à l'Egliselle.
Conférences ecclésiastiques. Le clergé de Groson formait un collège et se réunissait en assemblée à des époques déterminées. Guy, curé de Tourmont, légua par son testament, 30 deniers à chacun des curés de concilio Grosonis. C'est la première trace qu'on trouve des conférences ecclésiastiques dans le diocèse.
Oratoire. Vers le centre du village est un oratoire dédié à la Vierge, et surmonté d'une croix en fer; il porte la date de 1730.
Ecoles. Dès le xnie siècle , plusieurs titres mentionnent les écoles de Groson. Dans différentes chartes de l'abbaye de Rosières, les maisons du recteur d'école et de la maîtresse sont souvent données pour confins.
Maladrerie. La maladrerie de Groson existait déjà en 1230. Elle
était dédiée à saint Eloi. Au xvne siècle, les bâtiments étaient en ruine , ses biens dissipés et ses titres perdus. Cet hospice était situé près de la source de la Grozonne, dans le lieu dit au Marais.
Hôpital Saint-Nicolas. L'hôpital était dédié à saint Nicolas, et existait déjà en 1300. Ses biens avec ceux de la maladrerie furent unis en 1 696, par arrêt du conseil, à l'Hôlel-Dieu cl'Arbois, à la charge d'acquitter les services et les fondations dont ils pouvaient être tenus et de recevoir les pauvres malades de Groson , à proportion des revenus. 11 restait une petite chapelle dite de l'Hôpital ou de Saint-Nicolas , dont l'emplacement est aujourd'hui appelé à la Chapelle.
Salines anciennes. Les anciennes salines de Groson étaient aussi célèbres que celles de Salins. Les sources sortaient presqu'au niveau d'un terrain un peu bas et marécageux, que les gens du pays appelaient le Breuil. Le bourg , autrefois par pelotons, sur les bords de ce marais, en occupait les endroits les plus élevés. Les salines se composaient d'une suite de bâtiments appelés bernes, disposés en forme de fer à cheval , et renfermant chacun une chaudière et les ustensiles nécessaires pour la cuisson du sel. La propriété de ces salines appartenait au souverain , mais beaucoup de seigneurs particuliers et de communautés religieuses y avaient des droits.
Nous avons déjà parlé des donations faites à l'abbaye de Flavigny, en 906, par Vidrude, et au monastère de Vaux , par Hugues Ier , archevêque de Besançon, en 1033. Béalrix étant dans la fbrèt près de la Vieille-Loye , en 1083, confirma l'abbaye de Rosières dans ses possessions , mais se réserva de statuer sur ses droits
dans les salines de Groson. Robert de Groson donna à ce monastère sa berne, en 1194. Au mois de novembre 1250, Jean, comte de Bourgogne et sire de Salins , donna en échange aux religieux de Rosières , deux montées de muire au puits de Lons Ie-Saunier, contre quatre meix au puits de Groson. Alix, comtesse palatine de Bourgogne, par son testament de l'an 1378, attribua à Etienne, l'un de ses fils, son étang , son moulin et sa dime de Groson , et cent livres de rente sur les salines de ce lieu. Renaud, comte de Montbéliard, donna en dot à Agnès , sa fille, en faveur de son mariage avec Henri de Montfaucon, cent livres de rente à prendre sur cette saunerie.
Les mêmes motifs qui avaient contribué à amener la suppression des salines de Lons-le-Saunier, firent supprimer aussi celles de Groson.
Par lettres - patentes du Î3 juin 1 369, Marguerite, comtessede Bourgogne, ratifia un traité précédemment fait avec Hugues, Jean, Henri et Tristan de Ghalon, la dame de Blamont et autres seigneurs , ayant droit dans la grande saunerie de Salins , d'après lequel il fut convenu qu'elle détruirait la saline de Groson et qu'aucun autre sel que celui de Salins ne serait débité dans l'arche* véché de Besançon, et qu'à titre d'indemnité, elle prélèverait 600 livres estevenantes sur les revenus de la saunerie de Salins. Elle devait prendre à sa charge les redevances dont celle de Groson était chargée. Les seigneurs s'engagèrent de leur côté à faire fabriquer suffisamment de sel pour l'usage de la province et pour tous ceux qui en prenaient précédemment à Groson. A la suite de ce traité, on effondra la saunerie, c'està-dire qu'on bouleversa les terres de manière à faire disparaître les
sources et on incendia les bâtiments.
Au centre du village , près de la saline nouvelle et du château de Rabeurg, on voit une éminence en forme de fer à cheval, ayant environ 700m de longueur, sur 20m de largeur moyenne et 2m de hauteur.
Cette éminence est formée par une couche de cendres et de charbon , revêtue par les tuiles des anciens bâtiments des salines , dont on retrouve encore les murs. Ces cendres sont vendues par les habitants et produisent plus de 6000 fr. par an.
Salines nouvelles. Une ordonnance royale du 12 avril 1845, porta concession de la mine de sel gemme de Groson , à une société en commandite , formée par MM. Conrod , Longchamp , Thomasset , Clerc de Landresse , de Sarret-Groson et Piguet. La surface concédée est de 2 kilomètres carrés, et 92 hectares.
Le banc de sel est de 6m 50e de puissance, et se trouve à une profondeur de 8Gm. Les 22m de terrain supérieur se composent d'alluYions et de marnes supportés par une couche de gypse de 64m d'épaisseur.
Un arrêté préfectoral avait autorisé l'exploitation de ce sel par puits et galeries, d'après le système employé à Dieuze. Mais sur la demande des gérants, un nouvel arrêté, du 3 août 1854, a autorisé à substituer à ce premier mode , le système par dissolution et à exécuter trois trous de sonde. Les bâtiments sont construits.
Ils sont environnés par une muraille et un chemin de ronde, et se composent du bâtiment des ptimpes, avec une chaudière à vapeur et une cheminée, d'un réservoir, d'un bâtiment d'évaporation avec sa cheminée, de magasins, du logement des employés, de celui du directeur, et d'un entrepôt. Les matières extraites de la mine renferment 87
parties de sel pur, et 13 seulement de parties insolubles. Le capital social de la compagnie , connue sous le nom de Compagnie des mines du Jura, est de 1 million divisé en 2000 actions. L'exploitation va commencer (1854).
lllines de houille. Une ordonnance royale du 8 mars 1845, concéda les mines de houille de Groson aux mômes personnes qui ont obtenu la concession des salines. La couche de houille est de 50° et est exploitée par gradins couchés.
Biographie. Ce village est la patrie de Jacques Routy (1765-1825), capitaine décoré , et de Joseph Gaudry, militaire d'un grand courage , qui a fait toutes les campagnes de la République et de l'Empire, mort en 1853, à l'âge de 80 ans.
Bibliographie. Histoire de Poligny, par Chevalier. — Annuaire du Jura, année 1843. — Archives do la préfecture du Jura.
Cirasue , vg. de l'arr. de Lonsle-Saunier, cant., percept. et bur.
de poste de Dcaufort; paroisse de Vincclle; à 2 kil. de Vincelle , 7 de Beaufort et 14 de Lons-le-Saunier. Altitude : 225m.
Le territoire est limité au nord par Cesancey ;' au sud par Rotalier et Saint-Laurcnt-la-Roche ; à l'est par Cesancey et Saint-Laurent-la- Roche; à l'ouest par Rotalier, Vincclle et Cesancey. Rochelle, les Marchands et la Citadelle font partie de la commune.
Le territoire est traversé par le ch. de gr. corn. n° 44 , d'Orgelet à Savigny-en-Revcrmont ; parles* ch.
vie. tirant à Saint-Laurent, à Cesancey, à Vincelle, et au hameau des Marchands ; par le ruisseau de la Doye ou de la Sonnette, par ceux de Vernamboz , de la Sonneltan ; et
d'autres petits ruisseaux sans nom.
Les maisons sont disposées par groupes, construites en pierre et couvertes en tuiles plates. La plupart sont élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée.
552; en 1851, 339, dont 179 liorn. carré, 110 hab. ; 75 maisons, savoir : au Village 43, a la Citadelle 16, aux Marchands 1 1 , et à Rochelle, 5 ; 83 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les habitants émigrent peu.
Cadastre exécuté en 1 835 ; surf, territ. 325h, divisés en 1460 parcelles que possèdent 152 propriétaires, dont 44 forains; surf, imp., 520h 76a, savoir: 105h en vignes, 95 en pâtures , broussailles, friches et murgers, 64 en terres lab., 20 en prés, et le surplus en jardins et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 10,458 fr. ; contrib. dir. en priuc.
1678 fr.
Le sol , montagneux et d'une fertilité ordinaire, produit peu de blé, du maïs, des pommes de terre, des légumes secs, du chanvre, des fruits, des vins rouges et blancs , d'assez bonne qualité, du foin, des fourrages artificiels, peu d'orge, d'avoine, de navette et de betteraves. On importe les neuf dixièmes des céréales et on exporte les onze douzièmes des vins.
Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.
Le territoire est fréquemment ravagé par les eaux, qui creusent des ravins profonds en se précipitant des montagnes.
On élève dans la commune des bètes à cornes et des porcs qu'on engraisse. 6 ruches d'abeilles. L'agricullure n'y fait pas de progrès.
On trouve sur le territoire des carrières de pierre à bâtir, de cou-
leur jaune foncé , exploitées seulement pour les constructions du village.
il y a une fromagerie nouvellement construite, dans laquelle on fabrique annuellement 5000 kil. de fromage , façon Gruyère ; 2 moulins à farines à trois paires de meules et un martinet.
Biens communaux: une chapelle, un cimetière au nord-est et en dehors du village, établi en 1852; une maison commune, construite en 1842, qui a coûté 7500 fr. ; elle renferme la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 30 garçons et 23 filles ; 6 ponts voûtés en pierre, le tiers de la pompe à incendie qui est à Vincelle , pour le service de laquelle il y a 13 pompiers à Crusse, commandés par un sous-lieutenant , et 107b 85a de pâtures, friches et bois, d'un rev. cad. de 584 fr.
Bois communaux : 27h 36* ; coupe annnuelle, 83a.
Budget : receltes ord. 1301 fr.; dépenses ord. 1301 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Sur les rives du ruisseau de la Sonnette , entre des collines resserrées , au penchant desquelles s'étendent de beaux vignobles ou des pâturages, tandis que de vertes forêts en couronnent les cimes , s'élève le village dcGrusse. Son origine est inconnue. La seule trace d'antiquité que nous ayons pu y reconnaître , est une longue pointe en bronze, enfoncée dans la poitrine d'un squelette, qui était couché dans un champ dit à la longue Pose, près de la maison commune. Perdu , à cause de son peu d'importance, dans le mouvement confus et sombre des faits du moyen-âge, son nom n'ap-
parait dans les chartes qu'à partir du xiii* siècle.
Seigneurie. Grusse formait une seigneurie particulière, en moyenne et basse justice , relevant pour la haute justice du château de Saint- Laureat-la-Roche. Les droits du seigneur consistaient surtout en cens perçus sur certains meix. Les habitants furent affranchis de la mainmorte réelle et personnelle , par Jean de Laubespin, suivant un traité du 18 novembre 1874, moyennant le cens annuel de 7 florins d'or, de % mesures de froment , une corvée de cheval , deux corvées d'homme, 6 gerbes de messerie , 2 gelines et 6 chauvaux d'huile de noix.
Seigneurs. La seigneurie de Grusse fut inféodée par le seigneur de Saint- Laurent-la-Roche, en 1422, à Guillaume de Laubespin, de la maison des sires de risle-sous-Saint-Laurent. Guillaume mourut vers l'an 1442, laissant Grusse à Jean, son fils, qui le transmit lui-même à Guillaume II, son fils. Guillaume II mourut en 1482, et eut pour héritiers Henri et François de Laubespin. Henri donna à son frère tous ses droits sur Grusse, Vincelle, Bonaisot et Geruge. Louise, fille de François de Laubespin , eut Grusse dans son lot en 1518, mais n'ayant pas eu d'enfants de Louis de Chasserai, son époux, elle laissa sa succession en 1837, à Odard de Laubespin, son frère. Jean et Gaspard de Laubespin, furent seigneurs de Grusse , comme héritiers d'Odard , leur père. Gaspard resta seul propriétaire de cette terre, par le décès de Jean, son frère, sans enfants, et la transmit à Odard II et Jean de Laubespin, ses enfants. Ces derniers s'étant ruinés, vendirent Grusse à Philippe-Charles du Champier, chevalier, hailli du Beaujolais et gen-
tilhomme de la chambre du roi de France. En 1680, Dme Anne-Louise de Rabutin , veuve de ce seigneur, aliéna ce domaine en faveur de François de Velzer, seigneur de Nance , qui le revendit à son tour, en 1696, à Hugues et Pierre-François Abriot, frères. Pierre-Désiré Abriot , conseiller-maitre à la cour des comptes de Dole, fils de Pierre -François , fit un testament par lequel il donna les droits qu'il avait sur Grusse, à François-Désiré Abriot, son neveu, fils de Hugues , son frère défunt, et de Dmo Barbe-Ignace Bouhélier d'Audelange. M. François-Désiré Abriot de Grusse, émigra en 1791, et ses biens furent vendus nationalement.
Château. L'ancien château de Grusse est ruiné depuis longtemps et n'a pas laissé de traces. La maison seigneuriale de M. Abriot appartient actuellement à M. Hippolyte Ponsot, qui y fait sa résidence.
Fief de Rochelle. Le fief de Rochelle relevait de la seigneurie de l'Isle-sous-Saint- Laurent, et consistait en un château-fort, en cens et en justice moyenne et basse, sur le hameau de Rochelle ou Rouchelle.
Ce fief fut possédé dans l'origine par une famille noble de nom et d'armes.
Le vendredi après l'octave de la fête de saint Pierre et de saint Paul , de l'an 1317, Béatrix de. Rochelle, dame de ce lieu , donna à Hugues de Rochelle , dit l'Espagnol , son frère, 18 sols de rente sur le four de Vincelle , quatre sujets et autres droits qu'elle avait dans ce village.
François de Rochelle acheta, le 29 novembre 1483, de François de Laubespin , différentes pièces de terre sur Vincelle , moyennant le cens d'un quartai de froment. Louise, fille de François de Rochelle, épousa en 1468 , Guillaume de Berlin, écuyer , et lui porta ce fief en dot»
Jean de Berlin, l'un de9 descendants de Guillaume , le possédait encore en 1884. 11 fut acquis par BonaventuredeChissey, vivant en 1656, qui en laissa l'usufruit, à titre de douaire, à Marguerite de Proby, son épouse. M. Charles-Gaspard de Marnix, baron de Pymorin, en devint propriétaire en 1704 , et le céda la même année à M. d'Ambre. M. d'Ambre le revendit à M. Roch, régisseur de la baronnie de PIsle. M. Claude- Joseph Roux du Rognon, conseiller au présidial de Lons - le - Saunier , l'acheta de M. Roch en 1715.
M. Guillaume-François Roux du Rognon, de Rochelle, son fils, commandant d'un bataillon dans les grenadiers royaux, en fut le dernier possesseur féodal. Il avait épousé Mme Gasparine Breney, dont sont nés MM. Charles -Onésime- Guillaume, chef de bataillon au corps royal du génie , ingénieur en chef delà place de Salins; Jean-Baptiste- Gaspard, diplomate , poète et écrivain distingué , et Mme Claudine- Agape, épouse de M. Jean-Baptiste- Victor de Perrey, de Salins.
Château. Le château de Rochelle était considérable. Il occupait toute la pente d'une montagne, et se composait d'un grand corps-de-logis , flanqué de deux tours , et entouré d'une ceinture de murailles , défendues par six autres tours. Cette conslruction a disparu. M. Colomb
d'Ecotay, acquéreur vers 1836 , du domaine de Rochelle, a remplacé l'ancienne construction par un château moderne très élégant. Au bas du château était un moulin qui appartenait, ainsi que celui de Grasse, au seigneur de l'Isle.
Evénements divers. ( Voir les articles Vincelle et Saint- Laurentla- Roche).
Chapelle. La chapelle de Grusse, dédiée à saint Roch , est orientée et se compose d'un clocher, d'une nef voûtée et d'un sanctuaire se terminant rectangulairement.
Biographie. Ce village est la patrie d'Antoine- Joseph Secrétan , né au moulin de Rochelle, le 26 février 1775 , baron de l'empire, commandeur de l'ordre de la Légion-d'Honneur, ancien colonel de la garde impériale. Ce brave militaire est cité avec éloge parmi les gloires militaires de la France, dans le livre des Victoires et Conquêtes de la grande armée. Simple soldat de la République en 1792, il était parti avec les fameux bataillons de volontaires, et devint plus tard l'un des plus fermes appuis de l'empire. Après la funeste journée de Waterloo , il rentra à Rochelle, s'y fit construire une très belle habitation , dans laquelle il voulut être inhumé, et mourut le 12 janvier 1837. La propriété de M. Secrétan appartient actuellement à Mme de Kerverseau.
, Jutecourt , vg. de Tarr. de Lons-le-Saunier, cant. , percept., bur. de poste et paroisse de Clairvaux ; à 2 kil. de Clairvaux et 26 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 874m.
Le territoire est limité au nord
par Clairvaux et la Frasnée ; au sud par Clairvaux ; à Test par Châtel-de- Joux , et à l'ouest par Clairvaux.
Il est traversé par la route dép. n° 18, de Clairvaux à Saint- Claude; par les chemins vicinaux tirant à Clairvaux et à Cb&lel-de-Joux,
Le village est situé entre la rive gauche du Drouvenant et le grand lac de Clairvaux , contre le revers méridional d'un coteau qui s'incline sur la roule de Clairvaux à Saint- Claude. Les maisons sont un peu isolées, généralement composées d'un étage au-dessus du rez dé chaussée, construites en pierre et couvertes en tavaillons ou bardeaux.
Pop. en 1790, 144 liab.; en 1846, 120; en 1851, 123, dont 61 nom. et 62 fem. ; pop. spécif. par kil. carré, 23 hab. ; 31 maisons, savoir : au Village 22 , au hameau du Cavet 8, à la Maison dans le bois 1 ; 36 ménages. Les plus anciens registres de l'étal civ il datent de 1 792. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les villes.
Cadastre exécuté en 1852 ; surf, territ. 518h68a, divisés en 540 parcelles que possèdent 110 propriétaires, dont 72 forains; surf. imp.
513h, savoir : 34 lb en bois et présbois, 109 en terres lab., 48 en pâtures , 9 en prés , 4 en friches et murgers, et 87aen sol de bâtiments, d'un rev.cad. de 4292 fr.; contrib.
dir. en prîneip. 920 fr.
Le sol , montagneux et peu fertile, produit du blé, de l'orge , de l'avoine, du maïs, des légumes secs, des pommes de terre, des fruits, du foin et des fourrages artificiels.
Le produit des céréales Suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
On élève dans la commune des bêles à cornes, quelques moutons et des porcs qu'on engraisse. 15 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.
On trouve sur le territoire des carrières de pierre à bâtir et de taille, de bonne qualité, à peine exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Clairvaux.
Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et dans le transport des bois de sapin à la scierie du Pont-de-Poitte.
Biens communaux : une maison commune, servant de chàlet, où l'on fabrique annuellement 3500 kil. de fromage , façon Gruyère ; une fontaine avec lavoir, et 80h 61a de pâtures et bois , d'un rev. cadast. de 291 fr.
Bois communaux : 21b 38a de bois sapins; coupe annuelle, 30 arbres.
Budget : recettes ord. 712 fr, ; dép. ord. 712 fr.
L'histoire d'Hautecour, Alla Cur- (is, se confond avec celle de Clairvaux, dont il n'était qu'une dépendance. Ce village s'est formé sur le bord d'une voie gauloise qui mettait en communication les différentes villes de la Séquanie avec Genève , en passant par Clairvaux et Condat.
On a trouvé sur son territoire, dans le champ dit le Crotisa Bas, un squelette humain, d'une taille colossale , trois poignées de sabre, et deux vases en terre noire , provenant d'une sépulture antique. Dans le bois des Rapois, on a découvert une grande quantité de monnaies romaines, renfermées dans des vases en poterie ; les plus récentes étaient à l'effigie de Constantin. Tout ce que nous avons dit sur l'antiquité de Clairvaux , est applicable à Hautecour.
Seigneurie. Hautecour dépendait en toute justice de la baronuie de Clairvaux. Le territoire se partageait en un grand nombre de fiefs sans justice, possédés en 1408 par Philibert Gormont , chevalier , Jean
Grand de Poligny, à cause d'Alaïs , sa femme , Jean de Ghaussin , Jacqtietle de Boissia, et le bâtard de Crilla, à cause de Catherine de Moirans, son épouse.
Ilantes-Nolanes , les BouchoilX, la Pesse, vg. de Parr. de Saint Claude, cant., percept. et distrib. de poste des Bouchoux ; à 6 kil. des Bouchoux, 16 de Saint-Claude et 80 de Lons-le-Saunier. Altitude : Uft2m.
Le territoire est limité au nord par Coyserelte et les Moussières; ïhi sud par Belleydoux et Chanfronier (Ain); à l'est par Forens (Ain) et Bellecombe; à l'ouest par les Bouchoux.
11 est traversé par le chemin de gr. corn. n° 23 , de Saint-Claude à Genève ; par les chemins vie. dits de l'Embossieux, du Chapuzieux, de la Semine, des Bouchoux, de Bellecombc, des Cernois, de Malatrait; par les ruisseaux de la Drouvaine, de la Semine; par les biefs Brun et de PEmboissicux , qui y prennent tous leurs sources.
Le village est situé sur la chaîne la plus élevée du Mont-Jura et est contigu au pays de Gex. Les maisons sont généralement isolées, disséminées par groupes sur toute la surface du territoire, à travers de gras pâturages. Les maisons sont élevées d'un étage au-dessus du rez-dechaussée , bien bâties en pierre et couvertes en tavaillons.
Les sections B et C des Bouchoux, ont été érigées en commune distincte, sous le nom de Hautes-Molunes , le 8 février 1 832.
Pop. en 1 836, 990 hab.; en 1 85 i , 897, dont fc51 hom. et kk& fein.; pop. spécif. par kil. carré, 37 hab.; 199 maisons, savoir: au Village ou à la Pessc 19, à l'Emboussieux 18, à l'EmbouteilIeux 13, au Talonard 17, à la Semine 13, au Cernetroux
34, au Crct ki , à Froide-Combe 19, à Malatrait 25; 191 ménages.
Cadastre exécuté en 1 832 ; surf, terril. 242ob 98\ divisés en 1623 parcelles que possèdent 231 propriétaires, dont 61 forains; surf, imp, 24 16h, savoir : 151 3h en pâtures et bois-pâtures, 525h en terres lab., 201 en bois, 172 en prés, et le surplus en jardins et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 21,695 f.; cont. dir. en princip., 6266 fr.
Le sol , montagneux , ne produit que trois fois la semence. On récolte de l'orge, de l'avoine , des pommes de terre et du foin. Ou importe le tiers des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr.
50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bêles à cornes, quelques chèvres et des volailles. 10 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fait des progrès.
On trouve sur le territoire , des tourbières exploitées , des carrières de pierre ordinaire à bâtir et de taille, peu exploitées.
Trente hommes environ émigrent chaque année , pendant trois mois de l'automne, pour aller peigner le chanvre dans le département du Doubs et dans la Lorraine. Ils rapportent chacun un bénéfice net de 80 fr. 20 autres sont ouvriers sur bois et fabriquent des tabatières pour le compte des négociants de Saint- Claude. Ils peuvent gagner chacun 1 fr. 25 c. par jour.
Chaque propriétaire fabrique du fromage, façon Septmoncel, dans sa maison. La production annuelle pour toute la commune , s'élève & 50,000 kil.
11 y a trois moulins à farines à une meule, avec scierie mécanique à une lame et une scierie particulière à une lame.
Les autres patentables sont : un
médecin, (rots forgerons, deux marchands de tissus , (rois marchands en gros de fromages , un marchand de fer, six auberges, deux voituriers, un boulanger et un boucher.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Saint- Claude et rarement ceux de Genève.
Biens communaux : une église, construite en 1822 et érigée en succursale le 50 janvier 1839, un cimetière à l'entour, un cimetière nouveau hors du village, sur une éminence; une maison commune, construite en 1846, qui a coûté 8000 f.; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'éludé, fréquentée en hiver par 50 élèves , le logement de l'institutrice et la salle d'étude des filles , fréquentée en hiver par 45 filles; un presbytère, construit en 1825, qui a coûté 7000 fr.; une croix en fer près de Téglise ; un puits communal, et 243h 89* de terres, pâtures et prés-secs , d'un rev. cad. de 843 fr.
Budget : recettes ord., 3146 fr.; dép. ord. , 3060 fr.
NOTICE HISTORIQUE
L'histoire des Hautes-Molunes se trouve tout entière dans celle des Bouchoux , dont elles ne sont qu'un démembrement récent. Le Bief- Brun, Becus Brunnum, et la Semine , qui sont sur le territoire des Hautes-Molunes, ont joué un rôle important dans les difficultés qui ont régné si longtemps entre le comté de Bourgogne et les Suisses, au sujet des limites et dont nous avons fait l'historique à l'article Boisd' Amont.
Eglise. L'église est dédiée à l'Assomption de la Mère de Dieu , dont on célèbre la fête le 15 août. Elle n'est pas orientée et se compose d'un clocher, d'une tribune dans le clocher , de (rois nefs , d'un sanc-
tuaire, d'un chœur de forme octogonale et d'une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme. L'intérieur de l'église est voûté à arêtes , avec des arcs-doubleaux qui retombent sur des piliers octogones et des pilastres. Cet édifice , dépourvu de style, n'offre rien de remarquable.
Hérisson (!'), ruisseau formé par le trop plein des lacs d'Ilay, de Bonlieu , du Val et de Chambly, qui se jette dans l'Ain , près de Châtillon! Le cours de cette rivière est brisé par des cascades très curieuses.
iijmetière (Saint-), Sanctus Hymiterius, Imiterius, Itierius , Saint -Hy métier, vg. de l'air, de Lons-le-Saunier, cant., percept. et bur. de poste d'Arinthod ; succursale, dont dépendent Saint-Hymetière , Chemilla , Cézia , Faverges , Montcoux, Anchay et Lavans; à 4 kil. d'Arinthod et 40 de Lons-le- Saunier. Altitude : 412m.
Le territoire est limité au nord par Chisséria ; au sud par Chemilla; à l'est par Cézia et Chemilla; à l'ouest par la Valouze qui le sépare de Valfin, Genod et Vosbles. Le moulin de l'isle fait partie de la commune.
H est traversé par la route dép.
n° 9, d'Orgelet à Nantuaetà Bourg ; par le chemin de gr. com. n° 3, de Saint-Trivier à Dortans ; par les ch. vie. tirant à Valfin et à Cornod; par la Valouze et le canal de dérivation qui fait mouvoir le moulin de l'isle ; par les biefs de Leschères et le ruisseau de Crechat ou du'Grand- Bief qui y prennent leurs sources , ainsi que par le bief de Boissin.
Le village est agréablement situé, entre la rive gauche de la Valouze et la route d'Orgelet à Bourg. Les maisons sont généralement groupées , élevées d'un étage au-dessus
du rez-de-chaussée et construites en pierres avec des toits généralement très plats, revêtus de tuiles creuses.
Pop. en 1790, 174 hab.; en 1846, 164; en 1851, 144, dont 69 nom. et 75 fera.; pop. spécif.
par kil. carré , 40 hab.; 35 maisons , savoir : 32 au Village et 3 à l'isle; 36 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1686. Quelques jeunes gens émigrent pour être ouvriers en soie à Lyon.
Cadastre exécuté en 1830; surf, territ. 331h 10*, divisés en 1431 parcelles que possèdent 169 propriétaires, dont 113 forains ; surf, imp. 320h51*, savoir: 152 en terres lab., 73 en pâtures et broussailles, 69 en prés, 1 1 en vignes, 6 en bois, 5 en friches , murgers et gravières , 3 en vergers , et le surplus en aulnaies et sol de bâtiments , d'un rev.
cadast. de 4586 fr. ; cont. dir. en princip. 9A5 fr.
Le sol, de mauvaise qualité, produit du blé , de l'orge, de l'avoine , du maïs, des légumes secs, des pommes de terre , du chanvre , des fruits , du foin et des fourrages artificiels , un peu de vin rouge et de navette. On importe le quart des céréales et presque tout le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes, beaucoup de mulets , des ânes pour le service du moulin de l'isle, des porcs, des chèvres , quelques moutons et des volailles. 15 ruches d'abeilles.
On trouve sur le bord de la Valouze, des sablières et des gravières, peu exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Arinthod.
Leur principale ressource consiste dans l'agriculture. Ils sont généralement peu aisés.
Il y a un moulin à plusieurs tournants, appelé le moulin de l'isle.
Biens communaux : une église, un cimetière à Pentour , un presbytère très convenable, un pont sur la Valouze, une fontaine avec lavoir et abreuvoir, et 76h 54' de terres et pâtures , d'un rev. cad. de 87 fr.
Budget : recettes ord. 742 fr. ; dép. ord. 700 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Les temps celtiques, l'époque romaine et le moyen-âge sont représentés dans le bassin de la Valouze, par des antiquités nombreuses, importantes et variées. On y trouve encore un grand nombre de monuments d'origine druidique , tels que dolmens, peulvens, roches branlantes , pierres levées et tombelles.
Les croyances et les traditions populaires n'y ont rien perdu de leur empire. Les contes de loups garous, de revenants , de sorciers , sont l'inépuisable entretien des veillées d'hiver. Les vieillards parlent souvent de la vouivre, qui avait fixé sa résidence à Saint-Hymelière , dans la roche Thevenot, d'où elle prenait chaque soir son vol , pour aller se désaltérer dans la Valouze. On remarque dans la curieuse caverne de ce village, une cavité appelée la Caoorne du Bœuf. Elle renferme un bœuf en pierre , couvert de slalactiques. Elle était décorée de piliers comme un temple. Ce bœuf ne serait-il pas un antique symbole d'Osiris, la principale divinité des Egyptiens et des Celtes? Nous sommes tout disposé à faire bon marché de cette supposition, si elle semble trop hazardée. La tradition place un couvent dans la contrée dite au Chézalet ou à la Citadelle, Ce nom de couvent semblerait indiquer l'empla-
cernent d'un sanctuaire druidique.
La voie gauloise de Salins à Isernorc traversait le territoire de Saint-Hymelière. Sur le chemin qui conduit de ce village au moulin de l'islc, on voit beaucoup de fragments de tuiles romaines, parmi lesquelles on a découvert des médailles. Les pratiques du paganisme étaient encore en pleine vigueur dans cette contrée , lorsqu'un moine de l'abbaye de Condat, du nom û'ImUherius, quilta ce monastère au commencement du vie siècle et vint y bâtir un ermilage. Sa réputation de sainteté et de vertu
lui fit un grand nombre de prosélytes. Après sa mort, on déposa ses restes dans une chapelle, qui fut placée sous son invocation. Ce saint devint le patron de tous les villages environnants et les remplit du bruit de ses miracles. Une multitude de pèlerins se rendirent auprès de son tombeau. Un certain nombre des disciples du saint furent commis à la garde de sa dépouille mortelle : c'est ainsi que fut institué le prieuré de Saint-Hymeiière. Des habitations ne tardèrent pas à se grouper autour de la chapelle, et devinrent le noyau d'une bourgade nouvelle.
Seigneurie. Saint-Hymetièrc dépendait en toute justice de la seigneurie de Valfin. On verra le détail des droits seigneuriaux à l'article sur ce dernier lieu.
Prieuré. Le prieuré de Saint- Hymetièrc était habité par des chanoines de l'ordre de Saint-Augustin.
Rainald, vassal de Varrin ou Guerrin, premier comte de Màcon, en revendiquait la propriété. Il finit par abandonner ses prétentions sur ce monastère, à l'empereur Charles-lc- Chauve. Ce bénéfice fut uni au xiue siècle au chapitre de Saint-Pierre de Mâcon, qui en avait obtenu précédemment la concession de Guillau-
me 1er, comte de Vienne. La maison prieurale était au sud de l'église, dans le lieu dit à la Piéfa ou sous le Moutier. Elle fuldétruiie en même temps que le village qui l'entourait, parles armées de Louis XI , au xve siècle.
Eglise. La paroisse de Saint-Hymelière, appelée la Grande Paroisse, comprenait au xvue siècle , Saint- Hymetière, Cbisséria , Montcoux , Faverges, Anchay, Lavans, Chemilla, Cézia, et dans l'origine beaucoup d'autres villages. L'église, dédiée à saint Hymetière , dont on célèbre la féte le 28 juillet, est d'architecture romane. Ce caractère architecloniquc s'annonce à l'extérieur par la forme octogone du clocher et par le flanc méridional du vaisseau, qui se distingue par le nombre de ses contre-forts engagés, supportant de deux en deux arcalures, le cordon de saint Charlemagne. L'édifice est orienté et se compose d'un porche , de trois nefs , d'un transsept , au milieu duquel s'élève une coupole supportant le clocher, d'un chœur, d'un sanctuaire et d'une sacristie.
Il présente le plan de la basilique , terminé par un abside en hémicycle et par une voûte en cul-de-four.
Celle voûte est percée de baies étroites, à pleins-cintres. Elle était autrefois décorée de peintures à fresques, où les vieux habitants se rappellent parfaitement d'avoir vu des figures d'animaux. La conque absidiale est supportée par six colonnes rondes et piliers carrés, sans chapiteaux , sans bases et montés en simple maçonnerie. La tour du clocher s'appuie sur quatre colonnes rondes, de même nature, que l'on a consolidées en date gravée
sur une des retombées de la voûte.
A celte époque on refit la voûte de la nef et on lui donna la forme aiguë à tiers-point, au lieu de la forme
en berceau qui régnait dans tout le reste de l'église. Les piliers et les arcades qui séparent la nef de ses collatéraux sont bas et lourds. Les nefs collatérales se terminent, ainsi que le sanctuaire , en hémicycle , comme dans les églises de Courtefontaine, de Saint-Lothcin et de Saint-Lupicin. A ses extrémités , le transsept est coupé carrément. On trouve à celui de droite une voûte ajoutée, pour faire chapelle sur les reliques du saint qu'on vient y invoquer. La tète de saint Hymetière y est dans une parfaite conservation.
Sous le milieu de la nef de droite, il y a un caveau.
Etat ancien du village. Le village de Saint-Hymetière entourait autrefois l'église ; il en est maintenant à plus de 60 mètres. Dans l'espace intermédiaire coule une humble fontaine, à laquelle on prétend que le bienheureux ermite venait ordinairement se désaltérer. On affirme que saint Hymetière, en se penchant sur cette source, a laissé sur ses bords l'empreinte ineffaçable de ses doigts. On voit dans le village une vieille maison avec tour féodale, appelée V ancienne Cure. Elle a appartenu à la famille Monnier, et est possédée aujourd'hui par Théophile Vittonnet, qui l'habite. Le village actuel fut pillé et dépeuplé pendant les guerres et les pestes du xvne siècle.
Curiosités naturelles. Le dépar-
tement du Jura n'a pas de caverne* dont l'entrée se présente plus grandiose et plus solennelle que celle de Saint-Hymetière. Elle se trouve à l'extrémité nord -ouest du territoire , au bord de la Valouze.
Le vestibule a 25™ de diamètre et 18m de hauteur. Il donneeih.éeà une caverne qui , dit-on , se prolonge souterrainement jusque sous l'église. Elle se composede plusieurs grottes ou chambres successives , communiquant entre elles par des gradins qu'on est obligé d'escalader, et par d'étroites ouvertures qu'on ne franchit qu'en rampant. Les voûtes de chacune de ces chambres ont une largeur moyenne de 7m et une hauteur de Um. On vante les belles stalactites de toutes formes qui décorent les salles et les labyrinthes magnifiques de ces lieux enchantes, qui ont servi de retraite aux populations d'alentour, à l'époque de nos guerres avec la France. On reconnaît encore à l'entrée, les trous pratiqués dans le roc, pour engager les pièces de bois d'une barricade. Ce n'est qu'après avoir parcouru un grand nombre de chambres, qu'on arrive à la salle appelée la Caborne du Bœuf y dont nous avons parlé.
L'entrée de la caverne est impossible à la suite des grandes pluies , à cause des eaux qui en sortent en abondance. Près de cette entrée, on remarque une autre excavation et une jolie cascade.
Ivory, îvoriacum, Ivoiria , Ivoirey, Yvoiry, Yvoire, vg. de l'arr. de Poligny, cant., percept. et bur. de poste de Salins ; succursale , dont dépend Champagny -sur-Salins ; à U kil. de Salins, 10 d'Arbois, 21 de
Poligny et U6 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 6ft6m.
Le territoire est limité au nord par Bracon ; au sud par la Cliàtelaine et Cbilly ; à l'est par Bracon , la Chaux-sur-Champagny et Chilly;
à l'ouest par Prelin , Mesnay et la Châtelaine.
Il est traversé par la route dép.
n° 24 , d'Arbois à Pontarlier; par les chemins vicinaux tirant à Salins, à la route d'Arbois, à Champagny, à A r bois, et par le ruisseau de Raty, qui y prend sa source.
Le village occupe la première ligne occidentale du plateau qui couronne les basses montagnes du Jura.
Sa position est trè.< agréable et domine Salins. Les maisons, entremêlées de vieux arbres , sont généralement très grosses, composées d'un étage au-dessus du rez-dc chaussée, construites en pierres et couvertes en tuiles, à l'exception de quelquesunes , couvertes en laves ou tavaillons.
Pop. en 1790, 300 hab. ; en 1846,321;en 1851,327, dont 170 nom. et 157 fem. ; pop. spécif. par kil. carré , 35 hab.; 40 maisons, savoir : au Village 33 , aux baraques des Roches 3 , à la grange Pariaux i, à la grange de Raty 1 , aux baraques des Bûcherons 2; 67 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1615. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1832 : surf, territ. 912h 97a, divisés en 729 parcelles que possèdent 95 propriétaires , dont 60 forains ; surf, imp. 543h 19* savoir : 417h en terres lab., 101 en parcours, 22 en prés et le surplus en jardins, vergers , murgers et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 9116 fr.; cont.
dir. en princip. 1496 fr. La surface non imposable, de 369h 78*, se com pose en grande partie des forêts nationales de Moydon et de Sapois.
Le sol, très accidenté et d'une fertilité moyenne , produit du blé , de l'orge , de l'avoine , des betteraves, des pommes de terre, du
chanvre, beaucoup de foin et de fourrages artificiels , peu de légumes secs, de navette et de fruits.
On exporte les trois quarts des céréales et on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr.
30 c. pour cent.
On élève et on engraisse dans la commune dés bêtes à cornes et des porcs. 30 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès, depuis que les habitants emploient la marne pour l'amendement des terres et qu'ils élèvent beaucoup de bétail.
On trouve sur le territoire , de la marne, du minerai de fer en grain et en roche, dont l'exploitation a été abandonnée depuis la suppression du haut-fourneau de Moutaine; des carrières de belle et bonne pierre à bâtir et de taille , de la pierre à chaux, de la terre glaise, dont l'extraction a été abandonnée en 1841, époque à laquelle les deux tuileries d'Ivory ont cessé de fonctionner.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Salins.
Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et la fabrication des fromages ; trois fruitières produisent annuellement 40,000 kil.
de fromage, façon Gruyère, de bonne qualité.
Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère très commode, donné à la paroisse, par M. Abry; une maison commune, construite en 1842, qui a coûté 17,000 fr. ; elle renferme la mairie, une salle de pompe à incendie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 36 élèves , y compris les enfants île Champagny ; une maison d'école de filles , donnée à la commune en 1824, par Mlle Jeanne-Claudine Reverchon ; elle contient le logement
d'une institutrice laïque et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 32 filles; 4 puits communaux ; un oratoire dédié à la Vierge , et érigé en 1766, par Pierre Reverclion; une place publique, et 103h 31* de pâtures et terres, d'un revenu cad.
de 178 fr.
Bois. Les habitants étaient usagers dans les forêts nationales de Moydon et de Sepois. Leurs droits , reconnus par différentes déclarations des souverains , furent néanmoins contestés par l'Etat en 1844 ; mais un arrêt de la cour de Cassation , rendu sur la plaidoirie de M. Ledru- Rollin , a maintenu les usagers dans leur possession.
Budget : recettes ord. , 4950 fr. ; dépenses ord., 2410 fr.
NOTICE HISTORIQUE
La voie gauloise d'isernore à Salins , par Orgelet, Poligny et Arbois, qui reliait aussi Groson à Salins, traversait le territoire d'Ivory; elle est appelée le chemin des Bennatiers , par allusion à la forme des voilures qui servaient au transport des sels.
Quelques habitations groupées sur le bord de la roule, donnèrent naissance à ce village. On a trouvé, dans le lieu dit au Château de Loisy, des débris de constructions romaines, des tuileaux à rebords , des canaux en pierre destinés à conduire dans des bains, les eaux de la fontaine des Nœufs et de celle de Raly. M. Reverchon a découvert en cet endroit, vers l'année 1800, deux baignoires en marbre , des fragments de mosaïques et des tuyaux en plomb.
Toute la contrée est parsemée de médailles romaines. Ce qui tendrait à prouver qu'Ivory ne fut point ruiné parles invasions germaniques, ou qu'il fut promptement rétabli par Jcs Bourguignons , c'est qu'on y a
découvert une pièce d'or des premiers rois Burgondes , et un christ en bronze du vie ou du vne siècle au plus tard , mêlés aux débris d'une villa incendiée. La dédicace de l'église à saint Martin, est une autre preuve certaine d'antiquité. Cette église figure dès le commencement du xme siècle, comme une dépendance de l'abbaye de Goailles.
Seigneurie. Ivory dépendait en toute justice de la chàtcllenie de Bracon. Les sujets , libres de toute main morte, n'étaient assujettis qu'à de faibles redevances féodales.
Prévôté. La prévôté d'Ivory était possédée à titre héréditaire par une famille noble qui portait le nom de ce village. Des membres de cette maison, figurent comme témoins dans des chartes de l'abbaye de Rosières, datées du xue siècle. Monseigneur Renaud, dit de la Cour, d'Ivory, chevalier, se reconnut en 1299, débiteur d'un cens envers l'abbaye de Goailles , pour une fondation faite par ses prédécesseurs.
Etienne d'Ivory, chevalier, frère de Renaud, testa en 1306, en faveur de Henri, Renaud et Guillaume, ses enfants, et des enfants de feu Yiennet d'Ivory, son fils ainé. Guyette d'Ivory était mariée vers l'an 1400 àAraé de Mantry, damoiseau. Hugues de Bracon, chevalier, surnommé Perceval , était prévôt d'Ivory en 1361 , et prenait pour cela la qualité de seigneur de ce lieu. Il laissa cet office à Perrin, son second fils, père de Jeanne de Bracon, épouse de Jean de Chavirey, de Salins. Ce dernier, déjà seigneur d'Ivory en 1463, fut anobli au mois de décembre 1473, par le duc Charlesle-Téméraire , et avait été nommé conseiller des parlements de Beaunc et de Saint-Laurent , le 22 février précédent. Ce seigneur étant mort
après 1488, laissa pour son successeur, Jean de Chavirey, 11e du nom, son fils, licencié en lois. Jean 11 épousa en premières noces Guycltc Loyte, qui le rendit père de Marguerite, mariée à Nicolas de Lalye, écuyer, et en secondes noces, Barbe Bonvalot, de laquelle il eut Antoine, Nicolas et Simon de Chavirey. Le seigneur de Bracon voulut exiger de Jean II de Chavirey , quelques prestations féodales ; mais une sentence de la justice de Bracon décida, que le domaine qu'il possédait à Ivory était un vneix noble, franc.
Antoine, l'aîné, eut la seigneurie d'Ivory dans son lot ; ses deux frères n'eurent que des terres éparses, qu'ils agrandirent par des acquisitions. Antoine de Chavirey épousa Bernardine de Saint-Moris, et vécut jusque vers l'an 1560, laissant l'usufruit d'Ivory, à titre de douaire , à sa veuve , qui en jouit jusqu'en 1597, et la nue-propriété à son fils , Jean 111. Ce dernier n'eut d'Antoine Ferlin , son épouse , que deux filles, dont l'une, Anne, épousa en 1617, Claude du Pin, seigneur de la Chanée. Jean III se ruina; sa maison et son domaine seigneurial furent vendus par décret, en 1648, etadjugés à Antoine Beley, de Salins, docteur en droit. D'Antoine Beley, ils passèrent à noble Jacques Beley, son fils, aussi docteur en droit , qui les transmit à Thérèse Beley, sa fille, épouse de Richard Droz, seigneur des Verrières. Henri , second fils de Richard Droz , eut Ivory en partage ; n'ayant pas de postérité, il en disposa en faveur de Jean-Baptiste- Yve-Antoine Droz , son neveu. Ce dernier le légua à son tour, à M.
Bousson , colonel d'artillerie en retraite , commandeur de la Légiond'Honneur, né en 1789, à Pontarlier, et non à Aiglepierre, ainsi que i
nous l'avions indiqué , par erreur.
Château. L'ancien château d'Ivory fut reconstruit au xve siècle , par Jean de Chavirey, Ier du nom.
La porte fortifiée est la seule partie qui reste de la construction primitive. Ce château appartient actuellement à M. le colonel Bousson.
Fief de Vorne. Il y a eu deux maisons du nom de Vorne; l'une qui tirait son nom de la terre de Vorne, dans le marquisat de Chaussin, et l'autre, originaire d'Ivory.
Aimé Vorne d'Ivory, écuyer, fils de Jean , testa à Salins en 1405, conjointement avec Alix Ferroux , son épouse, en faveur de Jean et Guillaume , ses fils ; Guillaume Vorne , écuyer, s'allia en U59 avec Alix Vauchard, de laquelle il eut Guillaume. Guillaume de Vorne, écuyer, eut deux femmes , Marguerite de Gilley, et Jacquette du Tartre; la seconde le rendit père de Henri , Jean et Henriette de Vorne , épouse de noble Claude Romanet de Meussia .
Ce fief passa à la famille de Loisy.
La maison féodale, appelée le château de Loisy, existait sur l'emplacement d'une villa romaine. On voit encore à Ivory une autre maison féodale qui appartenait à la famille de Vauldry. M. Quatrième de Vauldry l'habita longtemps et la transmit à son gendre, M. de Blonay, ambassadeur de Sardaigne près des cantons helvétiques.
Eglise. L'église, dédiée à saint Martin, évéque de Tours, dont on célèbre la fête le 11 novembre, est orientée, et se compose d'un porche, d'un clocher, d'une vaste tribune, d'une nef, d'une chapelle à droite de la nef, d'un chœur rectangulaire et d'une sacristie. Le clocher, peu élevé , est couronné par une flèche quadrangulairc. La chapelle est divisée en deux travées ; les nervures
de la voûte retombent sur quatre létes grossièrement sculptées, qui semblent provenir d'une construction plus ancienne. Le chœur est plus élevé et d'une antiquité plus reculée que la nef. Il est d'une très belle architecture ogivale secondaire ; sa voûte, divisée en deux travées, est à ogive, et décorée d'arcs et de nervures , qui s'appuient sur des consoles ornées d'écussons. La nef est plafonnée et éclairée par des fenêtres à plein cintre. On remarque dans cette église, 1° les sculptures de la chaire à prêcher, représentant différentes scènes de la vie de saint Martin ; 2° dans la chapelle , la tombe de D. U. Ardouin , chevalier de Saint-Louis, et bienfaiteur de la paroisse , mort à Ivory, le 24 septembre 1826, à l'âge de 92 ans; 3° et dans le chœur , les bancs en maçonnerie, recouverts de dalles, qui restent comme des témoignages de l'antiquité de l'édifice.
Evénements divers. Placé à proximité de Salins, des châteaux de Bracon et de la Châtelaine , traversé du reste par un grand chemin, Ivory n'offrit pendant tout le moyen-âge, que des scènes de désolation et de misère. Un combat meurtrier parait s'être livré sur son territoire, au lieu dit le Champ de la guerre. On y a trouvé un grand nombre de boulets. Après le combat de Chamole, au mois de juin 1638 , le duc de Lorraine se posta avec son armée entre Ivory et la Châtelaine , et s'y retrancha. On reconnaît encore plusieurs redoutes en terre au Champ des terreaux et au Champ de la guerre. La peste exerça de grands ravages à Ivory au xvne siècle. On avait établi des loges pour les pestiférés près d'une fontaine, et lc£ morts étaient inhumés dans le champ appelé le Cimetière Bossu , où est
entassée une masse d'ossements. Le village fut complètement incendié par les Suédois , en 1639. On rencontre, en creusant le sol, des pierres et d'autres débris de construction complètemenlcalcinés. Des sinistres partiels, arrivés en 1812, 1842 et 1849 , ont détruit sept maisons.
Curiosités naturelles. Entre le territoire d'Ivory et celui de Bracon, près de la grange Sauvaget, on remarque un des plus beaux arbres qui existent en France. Son pied est creux et peut contenir une table avec douze personnes à l'entour. Sa circonférence est de 1 8 mètres. Les racines et les branches sont encore très vigoureuses. Cet aibre reçoit de nombreuses visites des étrangers qui passent à Salins.
Biographie. Ivory est la patrie de Joseph- François- Martin Petit jeon, né le U mai 1788 , capitaine au 63e régiment de ligne , chevalier de la Légion-d'Honneur, en retraite à Lons-le-Saunier. Ce brave militaire, blessé à Fleurus, a fait les campagnes d'Allemagne , d'Espagne , de Russie , de Saxe et de France.
Bibliographie. Annuaire du Jura, année 1840.
Ivrey, Yvrey, vg. de l'arr. de Poligny, cant., percept. et bur.de poste de Salins ; paroisse de Sainl-Thicbaud; à 4 kil. de Saint-Thiébaud , 10 de Salins , 20 d'Arbois ,31 de Poligny et «5 de Lons-le-Saunicr.
Altitude : 442m.
Le territoire est limité au nord par By et Bartherans ( Doubs) ; au sud par Saint-Thiébaud ; à l'est par Myon et Salins , à l'ouest par la Chapelle et Saint-Thiébaud. Combelle et le Martinet font partie de la commune.
Il est traversé par les ch. vicin.
tirant à Salins , à la Chapelle , à Saint-Thiébaud et à By; par les ruisseaux d'Ivrey et d'Entre-Deux - Biefs , qui y prennent leurs sources.
Le village est caché au fond d'une étroite gorge, au nord du mont Poupet. Les maisons sont disposées par groupes, composées d'un rez-dechaussée et d'un premier étage , bien bâties en pierres, couvertes en laves ou en tuiles, et bordent le ruisseau d'Ivrey.
Pop. en 1790, 470 hab. ; en 1846, 237 ; en 1851 , 237, dont 122 hom. et 115 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 35 hab.; 32 maisons, .savoir : à Ivrey 30 , à Combellc 1 , et au Martinet 1 ; 63 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1756. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1831 : surf, territ. 667h 24», divisés en 1782 parcelles que possèdent 98 propriétaires, dont 37 forains; surf, imp. 659h 62», savoir : 238h en bois, 167 en pâtures et broussailles, 161 en terres lab., 65 en prés, 19 en vignes , 5 en jardins , 4 en friches et murgers, elle surplus en sol de bâtiments, d'un revenu cad.
de 5811 fr. ; contrib. dir. en princ.
1496 fr.
Le sol , montagneux et d'une culture difficile , est cependant fertile ; il produit du blé, de l'avoine, du maïs , des légumes secs , de la navette , des carottes fourragères , des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de fruits, des vins rouges, du foin , des fourrages artificiels et un peu d'orge. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On exporte le quart des vins.
Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des
bêtes à cornes , des moutons , des porcs et de la volaille. 15 ruches d'abeilles. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Salins. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture.
On trouve sur le territoire de la marne , du minerai de fer en grains et en roches, des carrières de pierre à bâtir, de pierre à chaux et hydraulique.
Une fromagerie produit annuellement 8000 kil. de fromage , façon Gruyère. Il y a une tuilerie. 11 existait autrefois un moulin dans le lien dit au Vieux -Moulin , et un autre près du château.
Biens communaux : une chapelle et un cimetière à l'entour, un presbytère, une maison commune, construite en 1841 , qui a coûté 12,000 fr. ; elle renferme la mairie, le chàlet, le logement de l'Instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 22 garçons et 20 filles; le logement pour une institutrice , actuellement inoccupé; deux fonlaines avec abreuvoirs , un pont en bois, trois places publiques, et 534h 43* de bois, pâtures et broussailles, d'un rev. cad. de 1482 fr.
Bois communaux : 208h 29a; coupe annuelle, 6b 39*
Budget : recettes ord. 3646 fr.; dép. ord. 5646 fr.
NOTICE HISTORIQUE
L'aspect du pays au milieu duquel est bâti Ivrey, est d'une beauté remarquable. L'œil s'arrête avec plaisir sur les sommets boisés et les découpures des monts de Salins , sur des groupes de rochers, et enfin sur le cours de la petite rivière qui partage pilloresquement le village en deux parties. Quoique perdu au fond d'une gorge resserrée , Ivrey n'en fut pas moins nabi té de bonne
heure. On trouve à la Maisière , mot dérivé de maceriœ , masures , beaucoup de débris de tuiles romaines. La tradition place en ce lieu un couvent. On sait que le peuple en général , regardait toutes les ruines antiques comme des restes de monastères. Les dénominations du Châtelot, de sur la Motte, se rattachent aussi à d'anciennes constructions. La source du ruisseau d'Ivrey, l'aiguille de rocher qui s'est détachée du mont Poupet , ont dû être les premiers objets du culte des habitants de ce vallon. Les Burgondes , en sortant de la Savoie , au v* siècle , pourraient bien avoir donne à ce village le nom qu'il porte , en souvenir de la ville d'Ivrée. La plupart des lieux qui avoisinent Salins , portent des noms qui ont leurs homonymes en Italie et dans la Sardaigne.
Seigneurie. Ivrey et Combelle dépendaient en toute justice du château de Bracon. Ils formaient deux fiefs , presque toujours possédés par les mêmes propriétaires. Henri de Salins, chevalier, seigneur de Poupet, Flacey, lvrcy, Combelle et Saizenay, testa le 4 mai 1396; il légua sa terre de Flacey seulement , à Antoinette sa fille, et donna à Etienne et Huguenin ses frères, ses châteaux , bourgs et châlellenics de Poupet, Combelle, By, lvrcy, Saizenay, sa maison de Salins et ses rentes sur les salines. Il avait épousé Huguette , fille de Jacques de Granson, sire de Pesmes. Etienne de Salins, chevalier, devint seigneur d'Ivrey et de Combelle, après la mort de son frère Henri. 11 testa le 1 8 août 1 4 1 1 , et partagea ses biens entre ses quatre filles , nées de son mariage avec Louise , fille de Matbé de Rye , chevalier, seigneur de Balançon , et de Béalrix de Vienne. Il
était mort en 1416. Louise de Salins, instituée héritière par son père en son château de Poupet , et en ses terres d'Ivrey, By, Combelle , Saizenay, etc., épousa, avant 1419 , Charles de Clermont, chevalier, seigneur de Vaussère et Hautefort , fils de Joffroy II, baron de Clermont en Dauphiné, dont elle eut Gabrielle et louis , morts jeunes, Isabelle, mariée au seigneur de Montconis, et Jacques de Clermont, allié à Jeanne de Poitiers, avant i486. Guillaume de Clermont, seigneur d'Ivrey, fils de Jacques, vendit celte terre vers l'an 1530, à Jean Viennot , seigneur de Provenchères. Les héritiers de cet acquéreur l'aliénèrent en faveur de la famille Billard, de Salins. En 1634, Jeanne-Cécile se qualifiait de veuve de Nicolas Billard , seigneur d'Ivrey. Cette seigneurie fut acquise avant 1670, par Nicolas Masson, avocat fiscal au ressort de Salins , qui la transmit à sa postérité. M.
Charles-Philibert Joseph de Masson d'Ivrey, né à Salins, le 24 novembre 1748, la possédait au moment de la révolution. Ses biens furent vendus par l'Etat , à cause de son émigration , le 14 messidor an îv, et rachetés par Josephe Magnin , son épouse. Mlleï Catherine-Emma* nuelle et Charlotte Masson d'Ivrey possèdent le domaine utile de cette terre et en habitent le château.
Hôpital. Etienne de Salins, seigneur de Poupet, Ivrey, etc., avait destiné, par son testament du 18 août 1411, une somme de 1000 florins d'or , pour la fondation d'un hôpital . Cet hospice fut érigé à Ivrey, sous le vocable de saint Jacques . et construit sur de grandes proportions. Il parait que la dotation fut insuffisante , ou qu'elle fut dissipée pendant les guerres , car moins de
doux siècles après, l'hospitalité n'était déjà plus exercée dans cette maison. La chapelle seule servait à la célébration de certains offices.
Un arrêt du conseil et des lettrespatentes du Vi février 1696 , démembrèrent l'hôpital d'Ivrey de Tordre de Saint-Lazare, et l'unirent à l'hôpital du Saint-Sépulcre de Salins , à charge de satisfaire aux prières et services de fondations , dont pouvait être tenu cet hôpital , et de recevoir des pauvres de la commune , à proportion de son revenu.
Les habitants ont perdu , par négligence, leurs droits dans l'hospice de Salins. Il ne reste de cet établissement que la chapelle et le logement de l'hospitalier. Le surplus a été démoli.
Chapelle. Ivrey dépendait de la paroisse de la Chapelle- lez-Rennes.
Le curé de cette paroisse venait dire une messe le vendredi de chaque semaine , dans la chapelle de l'hôpital. Jeanne Cécile, dame d'Ivrey, ayant donné différents immeubles pour l'augmentation des offices, les habitants firent un traité avec le curé de la Chapelle , le 26 avril 1G34 , par lequel cet ecclésiastique devait célébrer la messe dans cette chapelle tous les dimanches et jours de fêle , y faire des prônes et des catéchismes. Un décret de l'ordinaire diocésain, du 2 juin suivant, autorisa rérection d'un cimetière, de fonts baptismaux , et qualifia cette chapelle d'église succursale de la cure de la Chapelle- lez-Rennes. Des démarches furent faites en 1752, pour faire ériger celle église en cure , mais l 'archevêque de Besançon refusa cette faveur. L'édifice actuel, dédié à saint Jacques , se compose d'une nef, d'un sanctuaire rectangulaire , d'une chapelle à gauche de la nef, d'une sacristie, d'un clo-
cher, qui s'élève en encorbellement sur un contre- fort , du côté droit de l'église. 11 est du style ogival usité au xve siècle, mais il a subi de grandes transformations. Ses anciennes fenôlres ogivales trilobées et les élégants arcs de la voûte, indiquent son ancienne magnificence.
On y remarque quelques pierres tombales, dont les inscriptions sont effacées, un tabernacle et un retable très beaux.
Curïositésnaturelles. Les rochers qui entourent Ivrey renferment de nombreuses grottes et d'immenses cavernes , qui ont servi de refuge à la population pendant les différentes guerres qui ont affligé la province.
Je»n.d'É<renx (Saint-), villa Sancli Joannis de Torcularibus, ou de Cortuberibus , Saint- Jean- des- Truils, Saint- Jean, Saint -Jeand'Elreux, Saint- Jean- des-Treux , qu'on devrait appeler simplement Saint-Jeant vg. de l'arr. de Lonsle-Saunicr, cant., percept. et bur.
de poste de Saint-Amour; à 4 kil.
de Saint-Amour et 37 de Lons-le- Saunier.
Nanc ; au sud par Coligny ( Ain ) ; à l'est par Senaud et Nantey; à l'ouest par Chazelles et Coligny. Cessia et les Maisonnettes font partie de la commune.
Il est traversé par la route împ.
n° 83 , de Lyon à Strasbourg ; par les ch. vicinaux tirant à Coligny, à Saint-Amour, à Cessia, au vallon de Nantey, à Toissia , et au-dessus de la Montagne.
Le village est silué sur le revers occidental de la chaîne de collines qui se déroule en festons, depuis Coligny à Salins. Les maisons , ombragées par des massifs de noyers, sont groupées, construites en pierre
et couvertes en tuiles creuses. Les toitures sont aplaties et très saillantes.
La commune de Cessia a été réunie à celle de Saint-Jean-d'Etreux, le 26 juin 1823.
Pop. en 1790, de Saint-Jean, 200 hab.; de Cessia, 166; pop. en 1846, 330; en 1851, 383, dont 173 nom.
carre, 82 hab.; 86 maisons, savoir : à Saint-Jean 56, à Cessia 29, aux Maisonnettes 1 ; 86 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1660. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les villes.
Cadastre exécuté en 1828 ; surf terril. 428h 38a, divisés en 2586 parcelles , que possèdent 320 propriétaires, dont 168 forains; surf, imp. 41 8b 12% savoir : 204b en terres lab. , 87 en vignes , 62 en parcours, 41 en bois, 12 en friches cl broussailles, 7 en prés, 2h 15° en sol de bâtiments , lh 50a en jardins et vergers, d'un rev. cad. de 9096 fr.; conlr. dir. en princip.
1399 fr.
Le sol , d'une fertilité ordinaire , produit du blé, du maïs, des pommes de terre , des vins rouges et blancs estimés , surtout ceux de Cessia , peu d'orge , de chanvre, de betteraves , de foin et de fruits , excepté des noix, et beaucoup de fourrages artificiels. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On exporte moitié du vin. Le revenu réel des propriétés est de 4 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes, de la volaille et quelques porcs qu'on engraisse. 15 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de tels progrès , que depuis trente ans les produits du sol ont doublé.
On trouve sur le territoire des
carrières de pierre à bâtir et de taille, de bonne qualité, mais peu exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Saint- Amour et de Coligny.
Une fromagerie produit annuellement 4000 kil. de fromage, façon Gruyère.
biens communaux : une église , un cimetière à côlé , un presbytère en mauvais état; 5 fontaines, dont 3 à 8aint-Jcan, et 2 à Cessia ; h lavoirs à côté des fontaines, et 40h 98* de pâtures , friches et broussailles , d'un rev. cad. de 70 fr. 94 cent.; la section de Cessia a 1 7h 73* de pâtures et bois , d'un rev. cadast. de 68 fr. 93 cent.
Bois communaux : 5h 27"; Cessia, 43».
Budget : recettes ord., 1274 fr.; dépenses ord., 1274 fr.
(NOTICE HISTORIQUE
Saint-Jean- d'Estreux s'élève en amphithéâtre sur le penchant d'une colline, à l'extrémité méridionale du département du Jura. Il est impossible de se figurer un plus magnifique spectacle que celui qu'offre ce village au lever du soleil. L'œil plonge non seulement sur Saint- Amour et Coligny , mais encore sur les immenses plaines de la Bresse , de la Bourgogne, de la Franche- Comté, qui ne se terminent qu'à la Saône et aux montagnes de la Côtcd'Or, qu'on aperçoit comme un nuage. De tous côlés , la nature y est riante et gracieuse. Les savants ne s'accordent pas sur l'étymologie de son nom. Les uns le font dériver de strata via, c'est-à-dire de Saint- Jean sur la voie ferrée, d'autres de Saint- Jean des Pnssoirs , de Torctilaribus. Les différentes manières d'orthographier ce nom , paraissent
rendre le problème insoluble. La voie romaine de Lons-le-Saunier à Lyon par Gevingey, Ilotalier, Rosay , Graveleuse , les Grangcs-de- Nom, Curny, Laubespin, se dirigeait sur Coligny, en passant au pied de Saint-Jean-d'Elreux , entre la route impériale actuelle et le village de Chazelles. Ses traces en sont encore rcconnaissables sur plusieurs points, surtout dans le lieu dit à la Peyrouse. Cette voie était protégée par une castramétation que le P. Prudent a reconnue, mais qu'il regardait à tort et malgré la tradition, comme des travaux stratégiques exécutés du xive au xve siècle. M. le major Cancalon possède au sud-ouest du territoire de Chazelles, une villa appelée vers la Fille, où Ton a découvert d'anciennes sépultures formées de murs secs et couvertes de dalles brutes. Les corps étaient très grands et avaient à leurs côtés des lames de fer qui semblent avoir été des armes. On a aussi trouvé dans les murs de fondation de la maison , des pièces de monnaies en argent, convexes; plus loin, on a recueilli des monnaies consulaires , portant pour légende : Orifl. ch. VI, ce qui indique qu'elles appartenaient à des soldats de la vie légion, et une pièce d'argent au type de J. César. D'autres sépultures ont élé ramenées à la lumière dans la contrée dite au Grand-Pas, et des tuileaux à rebords avec d'autres débris, à la Ruine, à la Vigne- Manin et proche du cimetière. Un climat du territoire s'appelle aux Martinières. Les Martinières ou pierres Marlines étaient partout des monuments celtiques. Il est incontestable que le village de Saint-Jean existait déjà sous un autre nom , pendant les périodes gauloise et romaine. Nous ferons remarquer
d'un autre côté , que les sires de Coligny avaient dans l'origine le droit exclusif d'avoir un pressoir pour l'usage de tous leurs sujets de Saint-Jean. À différentes époques , il fut permis à certains particuliers d'en établir dans leurs maisons, moyennant une redevance annuelle en vin. Ceci expliquerait peut-être pourquoi Saint Jean était surnommé des Treuils. Les deux étymologies proposées sont donc admissibles.
Le premier titre connu qui mentionne ce lieu , est un acte de l'an 1274 , contenant donation par Alix de Commercy, épouse de Gauthier, sire de Coligny, en faveur d'Etienne de Coligny , son cousin , parmi les témoins duquel figure Joannes, mairalus (inaire) Sancli Joannis.
Seigneurie. Saint-Jean , Cessia et Cbazelles, formaient une seule paroisse , dépendant en toute justice du château de Coligny-le-Neuf.
Fief de Cessia. Le fief de Cessia, consistant en cens , corvées et différents droits honorifiques , appartint pendant plusieurs siècles à la maison de Laubespin , qui le vendit à celle de Montmoret. On trouvera ailleurs la généalogie de ces deux familles. Anne de Montmoret, épouse de Jean de Montcony, seigneur de Bellefond, le possédait en 1617. Il passa ensuite à la famille Desglans.
Philibert Desglans se qualifiait, en 1693, de seigneur de Cessia. Ce gentilhomme transmit celte terre à M. Pierre Desglans , son fils , conseiller à la cour des comptes de Dole, qui en laissa l'usufruit avant 1758, à Mme Célénie de Moyria , de Chàtillon , son épouse , et la nue-propriété à Joseph-Marie-Emmanuel Desglans, son fils, lieutenant-colonel de dragons , et chevalier de Saint-Louis. Les descendants de ce dernier possèdent encore la terre ei
le cbàteau de Gessia. Les religieux Augustins de Saint-Amour possédaient en arrière-fief dans ce village, un domaine considérable, pour lequel ils payaient un cens au seigneur.
Clos Saint- Jean. Les religieux de Gigny avaient à Saint-Jean-d'Elreux, un bâtiment avec chapelle, grangeagcs , et 120 ouvrées de vigne , qu'ils appelaient le Prieuré; mais ce n'était qu'un cellier, qui faisait partie des revenus de l'office de sacristain du prieuré. Ce domaine fut vendu nalionalement, le 25 février 1791 , moyennant 12,600 fr., aux sieurs Bachelard et Fleur, de Saint- Amour.
Prieuré de Chazelles. 11 existait un autre cellier à Chazelles , appelé aussi le Prieuré, qui consistait en un bâtiment , une chapelle , dédiée à Notre- Dame-des-Planches, transférée plus tard à Gigny, et 6 1 ouvrées de vigne , compris dans le lot du grand-ouvrier de Gigny. De ce domaine dépendaient encore un bâtiment et 39 ouvrées de vigne à Saint- Jean-d'Elreux. Ces propriétés furent vendues nationalement, au mois de février 1791. La première fut acquise parlestcurBouiller, moyennant 9850 fr., et la seconde, par le sieur de la Croix , de Saint-Amour, moyennant 5450 fr. Le prieur de Domsure avait aussi un vignoble qui s'étendait sur Chazelles et Saint- Jean-d'Elrcux.
Hôpital. Les testaments des différents seigneurs et dames de Coligny-le-Neuf, contiennent presque tous, à partir de l'an 1397, des legs en faveur de Yhôpital de la bienheureuse fierge Marie, Sous-Saint- Jean-des-Truils. Les revenus de cet établissement furent unis au xvue siècle à l'hospice de Saint-Amour.
On croit qu'il était bâti sur le terri
toire de Chazelles et qu'il occupait l'emplacement de la maison appelée le château Lancette ou le Pavillon.
Ce petit château était habité en 1825, par le comte Gustave de Damas , et en 1830, par le général de Sourdis.
Eglise. La paroisse de Saint-Jeand'Elreux dépendit du diocèse de Lyon jusqu'à l'époque où l'abbaye de Saint-Claude fut érigée en évèché. Le chapitre de Saint-Vincent de Màcon avait le patronage de l'église. Les dîmes se partageaient entre les seigneurs de Coligny , de Saint-Amour, le chapitre de Saint- Vincent et le curé de Saint-Jeand'Elreux. L'édifice actuel, dédié à saint Jean-Baptiste, dont on célèbre la fêle le 24 juin , est orienté et se compose d'une nef, d'une tribune , d'une chapelle, autrefois placée sous 1'invocalion de saint Antoine et de saint Joseph , d'un chœur , d'un sanctuaire rectangulaire, d'une sacristie et d'un clocher qui s'élève sur le chœur. La porte d'entrée principale , le chœur, le sanctuaire et le clocher, sont du style ogival secondaire et paraissent dater du xive siècle. Le clocher, quadrangulaire à sa base , et de forme octogonale à sa partie supérieure, est surmonté d'une flèche en pierre , très élancée. Il est percé de belles fe^»
nôtres géminées , trilobées et tréfilées et décoré de gracieuses colonnettes. Il y en a peu dans le Jura d'aussi remarquables. La nef, plus, récente, est voûtée à arêtes et ornée de piliers gros et saillants. La chapelle est du style ogival prismatique.
La voûte est décorée d'une rosace et de nervures qui retombent sur les quatre animaux emblématiques des évangélistes. On remarque dans la face postérieure de l'église , une tète humaine grossièrement sculp-
j — SU - J
lée, qui date du xi6 siècle. Près de celte tète, est une niche renfermant une statue d'évéque, en pierre. L'intérieur de l'édifice recèle plusieurs petits chefs-d'œuvre; tels sont un ancien tabernacle , les statuettes des quatre évangélistes, sculptés en hautrelief sur hois, et deux tableaux, exécutés à l'aiguille sur tissus, représentant saint Nicolas , la sainte Vierge, l'enfant Jésus et saint Jean- Baptiste. Il y a un Missel qui date de 1658, et une bannière exécutée en 1735. Un bon harmonium est placé sur la tribune.
Le presbytère fut donné à la commune, le 12 mai 1490 , par nobles Charles et Jean Morel , frères , seigneurs du fief de la tour de Coligny, à condition que Pierre de Muntrichard, curé de Saint- Jean-d'Elreux el ses successeurs , célébreraient leur anniversaire chaque année , le samedi après la féle de saint Luc ,
évangéliste , et que la veille , on sonnerait la grosse cloche. Le château du fief de la tour de Coligny appartient actuellement à M. Cancalon ( Célestin - Pierre - François ) , gros-major de cavalerie, en retraite, décoré de plusieurs ordres, dont nous avons omis le nom dans la liste des hommes recommandables, nés à Saint-Amour. Cet officier supérieur est le neveu de Jean-Marie-Anne Renaud, chef de brigade, commandant la 83e, d'infanterie, en Pan 8, et du colonel Nicolas Renaud, de Saint-Amour, tous deux nés en cette dernière ville. Le nom de Cancalon rappelle une ancienne famille de bienfaiteurs pour la maison de charité et l'hôpital de Saint-Amour, où elle possède encore deux lits de fondation. Elle a fourni depuis ISO ans, des magistrats, des militaires et des ecclésiastiques distingués.
Jeurre, villa Juren&te , villa Jurensium, viens Jurensis, Juriasum , villa de Juero , Gerre , vg.
de Parr. de Saint - Claude , cant. , percept. et bur. de poste de Moirans; succursale, dont dépend Grand Chà tel-, à 8 kil. de Moirans, 17 de Saint- Claude et 49 de Lons-le-Saunicr.
Altitude : ZoO™.
Le territoire est limité au nord par Moirans el Grand Chàlel ; au sud par la rivière de Bienne, qui le sépare de Dortans (Ain) ; à l'est par Grand- Châlel, Pralz, Vaux, Lavancia et Rhien ; à l'ouest par Marligna, Mont cusel , Cliancia et la Bienne. Epcrcy et Douvres font parlie delà commune.
Le territoire est traversé par la route dép. n° 8 , de Saint-Claude à
Lyon ; par le chemin de gr. com.
n° 27, de Salins à Dortans ; par les ch. vie. tirant à Marligna, à Chàlel et à Douvres ; par la rivière de Bienne, le ruisseau d'Héria, ceux de Marligna, de Guillère, par les deux ruisseaux de Douvres et par le bief de la Creuse.
Le village de Jeurreest situé sur le revers d'un côleau qui s'incline sur la rive droite de la Bienne. Sa position est agréable ; les maisons sont mal bâties en pierre, couvertes en chaume , en tuiles creuses ou plates, ou en tavaillons. Moitié d'entre elles n'ont qu'un simple rez-dechaussée. Les plus anciennes ne sont que de pauvres chaumières.
La commune de Douvres a été réunie à celle de Jeurre, le 25 sep*.
lembre 18)3, et celle d'Epercy, le 12 novembre 1823,
Pop. en 1790, de Jeurre , 260 hab.; d'Epercy, UO; de Douvres, 59 ; pop. réunie en 1846 , 422 ; en 1851 , 585, dont 216 bom. et 169 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 35 hab.; 81 maisons, savoir : 55 à Jeurre, 17 à Epercy et 9 à Douvres; 98 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1647. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1834 : surf, terril. 1083h 55* , divisés en 3724 imp. 1030h83*, savoir : 440 en bois, 270 en pâtures , 158 en terres lab., 73 en prés, 28 en oseraies, 26 en broussailles , 7 en vignes, 4 en vergers, et le surplus en jardins et sol de bâtiments , d'un revenu cadastr.
de 2964 fr. ; cont. dir. en princ.
1892 fr.
Le sol , composé de sable et de gravier, et craignant les sécheresses, ne produit que trois fois la semence.
On récolte du blé, du seigle, de l'orge, beaucoup de maïs, des légumes secs , des pommes de terre, du chanvre, des fruits et surtout des noix, un peu devin rouge, de médiocre qualité , du foin et des fourrages artificiels. On importe le tiers des céréales et les neuf dixièmes des vins. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes , quelques ânes pour le service des moulins et des porcs qu'on engraisse. 15 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.
On trouve sur le territoire , de la marne , d'abondantes sablières et gravières, des carrières de pierre à bâtir, à chaux et de taille.
Les habitants fréquentent habi-
tuellement les marchés de Moirans et de Saint-Claude. L'agriculture, le produit des fromages , la tournerie sur bois , la boissellerie et la fabrication de balles en bois coupé comme de l'osier, forment leur principale ressource.
Il y a un châlet appartenant aux sociétaires, dans leqnel on fabrique annuellement 5000 kil. de fromage, façon Gruyère ; 2 moulins à 2 tournants, 2 auberges, 1 cafetier, 1 tabletier, 2 expéditeurs d'articles de tournerie de Saint-Claude , 4 marchands de bois de sciage, 1 charron et 1 épicier.
Biens communaux: une église, un cimetière à l'entour, un presbytère très vaste, près de l'église, une maison commune , construite vers 1838, qui a coûté 8000 fr.; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude des garçons , fréquentée en hiver par 55 garçons, et celle des filles , fréquentée par 30 élèves. L'institutrice occupe une maison louée par la commune; un oratoire dédié à la sainte Vierge ; deux fours communaux, dont un à Jeurre, et un à Epercy , et 298h 54" de pàlures, bois et friches, d'un rev. cadast. de 447 fr.; la section d'Epercy a 161 b de pâtures et terres, d'un rev. cad, de 261 fr.; et celle de Douvres, 78*»
58* de bois et pâtures, d'un rev.
cad. de 108 fr.
Bois communaux : Jeurre, I44> 16a; coupe annuelle, 5h 40*; es* sence dominante : buis; Epercy, 1 02^ 01*; coupe annuelle, 5h 82* ; Douvres, 22b 18*; coupe annuelle, 85*.
Budget: recettes ord. , 1745 fr.; dép. ord., 1745 fr.
Bureau de bienfaisance : revenu annuel , 1 60 fr. Il a été fondé en 1837, par M. Jean-Louis Monnier, de Jeurre , et doté d'une somme d*
2,000fr. en 1841, par César Marie Berrod.
Ponts suspendus sur la Bienne.
Une ordonnance royale du 10 septembre 1855, aulorisa M. Louis Monnier, député du Jura, à construire un pont en fil de fer sur la Bienne, à Jeurre, et à percevoir un péage pendant quarante ans, qui expireront en 1877 ; ce pont fut construit et a été ouvert au public, en vertu d'arrêté préfectoral du 2ÎJ juin 1857. Il a coûté 60,000 fr. Il y a un aulre pont suspendu en fer et bois, au hameau d'Epercy, construit en 1 838, par une société d'actionnaires qui est aussi autorisée à percevoir un péage pendant 40 ans.
KOTICE HISTORIQUE.
Au point où la vallée de la Bienne vient se confondre avec celle de l'Ain , apparaît le village de Condes, sur l'emplacement de l'antique Condate, ville celtique que les Romains se plurent à embellir. Si de Condes, on remonte la vallée de la Bienne, on ne tarde pas à apercevoir un étroit vallon bordé de hautes montagnes , au fond duquel coule le ruisseau d'Héria. C'est au sommet et à la naissance de celte gorge, que se trouvait le célèbre oppida, si connu sous le nom de ville d'Antre. Jeurre était au confluent de VHèria et de la Bienne. L'énumération seule des édifices que ce village a perdus, suffira pour faire comprendre qu'il a dù marquer, aux temps passés, parmi les lieux les plus considérables du midi de la Séquanie, et que sous les empereurs, son importance a dù égaler celle de Condes. Vncastrum ou caslellum était placé sur la pointe de la colline. Le jésuite Dunod appelle ee quartier, Caslellum Gerrense, et dit que de son temps, on voyait encore de grands débris de la
forteresse, dont une partie avait servi à la construction de l'église.
L'historien Dunod, plus digne de foi que son oncle, dit aussi que l'église paroissiale était sur un roc escarpé et accessible seulement du côté du village, et qu'on voyait sur ce roc, les restes d'un bâtiment romain , temple ou château qui communiquait à la rivière par un chemin couvert , dont il a vu les vestiges.
La ville basse occupait le pied de la montagne. Son sol est parsemé de précieux restes d'antiquités. On y a trouvé des inscriptions , des fûts de colonnes , des corniches sculptées , des urnes de formes élégantes , des mosaïques, des tablettes d'albâtre, de granit et de porphyre , des restes d'aqueducs, unebague en oràdouble anneau, une agathe-onyx ayant servi de sceau et représentant en creux un soldat romain , des fragments de statuettes en bronze, des monnaies de tous les empereurs, jusqu'aux fils de Constantin compris, une médaille de Faustine, une autre en or à l'effigie de Néron , dont le revers ayant à la légende le mot custos , représente un personnage assis, les jambes croisées, une pièce d'argent de l'empereur Antoninus Ptus, et enfin une médaille au type de Nîmes, empreinte des deux tètes d'Auguste et d'Agrippa, d'un côté, et du crocodile égyptien de l'autre, avec les mots Col. Nemt séparés par un palmier.
Parmi les inscriptions, nous citerons celle gravée sur une pierre qui a la forme d'un autel païen et sur laquelle on croit lire : BENVSAE
MIVCBNI F que M. Monnier traduit : aux mânes de Benusa , fille de M. Lucenus , et une autre où on Ut : JVL1I SVRLE, en beaux caractères romains. Le temple bâti en l'honneur de Junon, était sur l'émincnce de Terra ; c'est
là qu'on a trouvé le pied d'une statue de femme, en bronze, attaché à un fragment du piédestal qui la supportait, et un joli bras de bronze , ayant des formes correspondantes à celles du pied. Ce monument était somptueux, à en juger du moins par les morceaux de marbre blanc, ornés de moulures sculptées, qu'on trouve sur son emplacement. Jeurre dut être dévasté une première fois par les Barbares, en 357, car les médailles qu'on trouve en si grand nombre sur son territoire, s'arrêtent à cette époque. Il se reforma probablement après les victoires de Julien. Ce qui le ferait supposer, c'est que l'auteur anonyme de la vie des saints Romain, Lupicin et Oyan, qui écrivait au vi° siècle, dit positivement que saint Romain se retira dans les déserts voisins de la ville de Jeurre, Vicinas Jurensium villœ, silvas intravit. L'hermitage que ce saint construisit à Saint-Romainde-Roche est en elTet tout près de Jeurre. On a vu que du temps de saint Oyan , plusieurs familles patriciennes habitaient encore Condes ; il en devait être de même de Jeurre.
De 725 à 733 , les Sarrasins firent plusieurs irruptions dans la Bourgogne. C'est probablement alors que Mauriana , Jeurre et Condes , furent détruits. Ce fait parait résulter de Ja légende de la vie de saint Marin, que nous analyserons à l'article Moirans. Après l'expulsion des Sarrasins, Jeurre se rebâtit de nouveau. Il figure parmi les possessions de l'abbaye de Saint-Oyan-de-Joux, sous le nom iïeccksia de Juriaso , dans le idplôme de l'empereur Frédéric Barberousse , de l'an 1184 ou
Seigneurie. Jeurre dépendait en toute justice de la partie de la terre de Saint-Claude, dite de la Grande-
Cellererie , propriété de l'abbé. Les sujets étaient main-mortables, taillables et corvéables. Ils devaient les lods sur les mutations d'immeubles , à raison du quart du prix , des cens en argent et en grains, affectés sur chaque meix , outre ceux dus par la communauté en corps, appelés Droits. La dime se percevait à raison de onze gerbes l'une pour le froment , et de une gerbe sur seize pour les menues graines. L'abbé avait la chasse et la pêche exclusives , ainsi que les autres droits attachés à sa qualité de seigneur haut-justicier, tels que la banalité des moulins et du four. Le droit de construire des moulins , foules et battoirs sur la Bienne et le ruisseau d'Héria , fut accensé à plusieurs particuliers, dès l'an 1350 à 1753.
Prévôté. La prévôté de Jeurre cony prenait Jeurre , Douvres et Grand- Chàlel. Elle fut possédée d'abord par une famille qui prit le nom de Jeurre et ensuite par celle des Prost.
Fief de Jeurre. La famille de Dorlans possédait un fief à Jeurre, qui ne consistait qu'en une maison seigneuriale, isolée des autres habitations par des chemins , en un jardin contenant une chapelle, près du cimetière, en champs, prés et bois.
Philippe, Catherin et Philibert de Dorlans en firent hommage à Pierre de la Baume, abbé de Saint-Claude en 1535.
Seigneurie d'Epercy. Le village d'Epercy, désigné dans les titres sous les noms de Esparcis, des Parcins, Esparcisis, Esparcins, Esparcty, est très ancien et avait au moyen-àge un port très fréquenté , sur la Bienne. C'était une terre en franc-alleu , enclavée dans la terro de Saint-Claude, mais dont les seigneurs ne relevaient que de Dieu et de leur épée. Ses premiers posses-
seursen portaient le nom. La veille des calendes de mai 1251, Guillaume, fils de feu Hugues de Esparcis , du consentement de Àymon de Esparcis , son oncle , vendit à Humbert, abbé de Saint-Oya:** et à son couvent, Pavenerie et \g pa.meterie que lui devaient les habitants de Jeurre ( de Juerro) , de Douvres et de Grand-Serve (de Grandi-Silva) pour le droit qu'il leur avait concédé de faire des essarts et de couper du bois dans ses forêts. 11 leur céda en même temps les meix et les hommes qu'il possédait à Vaux (apud Vallès), à Clùria (apud Chyriacum), et ses prétentions sur la morte de Lavancia. Au mois de décembre 1261 , Aymonot Guillcns de Valoyre (la Vélière), damoiseau, bourgeois de Nanlua, et Agnès, fille de Guillaume de Espar ci s, son épouse, vendront à Guillaume de Plsle , pour 58 livres 5 sols de Vienne, le meix d'Esparcis, situé à Sièges, de franc-alleu , avec les coutumes , services et usages en dépendant , ainsi que ses droits sur Ruent ( Rhien ) et Lavancia. Au mois de mars 1271 , Guillaume de Plsle de Martigna, chevalier, céda à Pabbé et aux religieux de Saint- Claude, les choses précédentes contre les droits qu'ils avaient dans la paroisse de Dortans, les redevances ecclésiastiques seules exceptées. Au mois d'août 1280, Pabbé Guy, continuellement harcelé par ses moines, qui lui réclamaient certaines réfections de gros poissons du lac de Genève et différentes autres redevances , ne trouva d'autre moyen pour les calmer, que de leur céder les villages de Clianon , Lavancia , Rhien, Sièges, ses droits à Epercey et dans toute la paroisse de Dortans, avec la justice haute, moyenne et basse, les champs, les prés, les forêts, les hommes , les usages, les
tâches , les dîmes et les pâturages qui en dépendaient. Au mois d'octobre 1296 , Pabbé Etienne de Villards et son couvent, désirant retirer le château de Noirans des mains d'André Ghatard, châtelain d'Arben, auquel ilsavaient été obligés de l'engager pour avoir 2000 livres viennoises , dont ils avaient un besoin urgent , prièrent Humbert de Dortans, damoiseau, de leur prêter 1000 livres pour les aider à faire ce remboursement , et lui engagèrent Lavancia et ce qu'ils avaient à Sièges, à Epercy , à Rhien , et dans la paroisse de Dortans. Ce ne fut que le 11 décembre U21, que les religieux purent racheter ces terres. La seigneurie principale d'Epercy continuait, malgré toutes les conventions précédentes, à rester entre les mains de la branche ainée de la famille d'Epercy. Elle passa par acquisition à Humbert, seigneur de Chàtillonde-Michaille , de 1520 à 1540. Ce gentilhomme eut deux fils de Poly de Viry, son épouse, Pierre etNicod.
Béatrix , fille de Guillaume de Châtillon, seigneur de Chapelle, épousa Louis de Chàtillon, seigneur de Cotaillou et institua son mari pour son héritier universel. Louis donna moitié de la terre d'Epercy aux religieux de Saint-Oyan , et transmit l'autre moitié à Philibert et François de Chàtillon , frères , ses neveux. Ces derniers vendirent leurs droits, le 17 septembre 1569 , à Louis de Boisset , professeur à l'université et conseiller au parlement de Dole. Ce dernier poursuivit les religieux pour procéder à un partage. Après de longs débats , les moines consentirent à vendre leur moitié, le 10 juin 1578, à M. de Boisset, moyennant un somme de 1000 livres, et reconnurent que Pacquéreur serait haut, moyen et bas justicier à Epercy;
qu'il aurait seul le port, le péage, le pontonage , moitié de la rivière de Bienne vis-à-vis sa terre, avec le droit de construire toutes usines sur cette rivière.
Louis de Boisset laissa deux fils , Guillaume et Humbert. Guillaume, sieur d'Epercy , et grand-juge de la judicature de Saint-Claude , épousa Catherine de Beaufort , dont il eut Louis - François , prévôt de Viry, Prospère , religieuse au couvent de l'Annonciade de Saint-Claude , et Jeanne-Marie , dame de Bellegarde en Savoie. Il était mort en 1622.
Humbert de Boisset, par son testament de l'an 1637, institua pour ses héritiers les enfants de son frère.
Louis-François de Boisset s'allia à Claudine d'Bnsberque, qui le rendit père, i° de Guillaume, tué devant Orgelet en 1674 , et inhumé à Flaisia ; 2° âeJeanne-Humberte, épouse d'Ambroise de Millet ; 3° d'Hélène, épouse de Jean-Baptiste Billon , et de Prospère, épouse d'Etienne de Joux d'Arlay, écuyer. La petite-fille d'Etienne de Joux a porté la seigneurie d'Epercy en dot à M. Renaud , subdélégué de l'intendant d'Arbois. M. Renaud d'Epercy , ancien préfet des Vosges, en est le propriétaire actuel.
Château. Le château d'Epercy, au nord du village, occupait le sommet d'une montagne qui s'élève à pic de tous côtés, excepté au nordest. De ce côté , il est isolé du reste de la montagne par un fossé creusé dans le roc vif. 11 a la forme d'un polygone , imitant un peu un parallélogramme rectangle. Sa longueur est de 2S mètres et sa largeur de 12 mètres. A l'angle nord-est s'élève une tour carrée de 1 S mètres de hauteur et de 8 mètres de côté.
Les murs sont percés de meurtrières et reposent sur le rocher.
Seigneurie de Douvres. Ce village faisait partie de la Grande-Cellererie et appartenait en toute justice ù l'abbé deSaint-Claude. Les habitants étaient de même condition et soumis anx mêmes charges que ceux de Jeurre»
Eglise. La paroisse de Jeurre se composait de Jeurre, Douvres et Grand-Chàtel , et était un démembrement de celle de Molinges. Epercy dépendait de la paroisse de Dortans.
L'église primitive avait été construite sur les ruines et avec les débris du temple de Junon. Elle fut détruite en 1760 et remplacée par celle qui existe aujourd'hui. L'édifice actuel, dédié, comme le précédent, à saint Léger, évéque d'Autun , et martyr, dont on célèbre la fête le 2 octobre, est situé au sommet d'une éminence qui domine tout le village. On y arrive par une rampe d'escalier. 11 est orienté et se compose d'un clocher au côté gauche de la nef, d'une nef, d'un chœur rectangulaire, de deux chapelles et d une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme couvert en lavaillons. Les autres parties de l'église sont voûtées eu ogive et couvertes en laves.
Château de M. Monnier. Le château de M. Monnier, bâti en 1837, est aussi remarquable par la régularité de sa construction que par le bon goût qui a présidé à sa décoration. Trois statues, de grandeur naturelle, imitées de l'antique, couronnent le fronton. Un élégant pont suspendu , en fer et bois , met en communication la partie supérieure avec un beau parc situé sur une colline, au pied de laquelle s'étend une des rues du village. Cette résidence et ses alentours sont d'un délicieux effet.
Curiosités naturelles. La rivière
de Bienne coule à travers des précipices, depuis sa source jusqu'à deux lieues plus bas que Saint-Claude; mais arrivée à Jeurre , le bassin s'élargit et se développe d'une manière tout à fait gracieuse. Les rochers qui bordent la vallée sont très remarquables. Ils sont percés de grottes , dont la plus belle est celle de Herbier; pendant les grandes pluies il en sort une très jolie cascade.
Biographie. Ce village est la patrie de Claude Bourbon , soldat de la garde impériale et chevalier de la Légion - d'Honneur , en retraite à Epercy. C'est un vaillant militaire ayant fait vingt-deux campagnes , et dont le corps est criblé de dix-sept blessures. Il fut laissé pendant trois jours pour mort sur le champ de bataille de Waterloo.
Bibliographie. Annuaires du Jura, 1840 et 1844; la découverte de la ville d'Antre, par le jésuite Dunod ; Histoire des Séquanais, par M. Dunod.
Jonhe , Joha , Joë , Jo , Gauda , Galda, villa Gaudensis ou deGaude, Jouta, Johia, Joiïe, vg. de l'arr. de Dole, canl. de Rochefort, percept.
d'Authume; à 7 kil. de Rochefort, 7 de Dole et 59 de Lons-le-Saunier.
Le territoire est limité au nord par Raynans, Mcnotcy et Gredisans ; au sud par Sampans , Dole et Authume; à l'est par Archelange et Authume; à l'ouest par Raynans, Byarne et Sampans. Montroland et le Moulin font partie de la commune.
Il est traversé par la route dép.
n° 1 5, de Dole à Gray ; par les ch . vie. tirant à Archelange et à Menotey ; par le canal du Moulin et le ruisseau de la Muire qui y prennent leurs sources; par les ruisseaux de la Vaise , de l'Etang et de la fontaine Barjon.
Le village est situé à gauche de la route de Dole à Gray, au fond d'une étroite vallée , qui s'étend au pied nord-ouest de la montagne de Montroland. Les maisons sont disposées par groupes , construites en pierre, couvertes en tuiles, élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée et généralement bien bâties, excepté les plus anciennes, encore couvertes en chaume.
Pop. en 1790, 846 hab. ; en 1846, 658 ; en 1851 , 647, dont 315 nom. et 333 fem.; pop. spéc.
par kil. carré, 110 hab.; 130 maisons; 149 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1577. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques à Paris.
Cadastre exécuté en 1 837 ; surf, terril. 383'1 09a, divisés en 3217 parcelles que possèdent 331 propriétaires, dont 73 forains; surf, imp. 570'1, savoir: 207 en vignes, 175 en terres lab., 78 en bois, 66 en pâtures, 29 en prés et 15* en jardins, vergers, friches , murgers, broussailles et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 11,790 fr.; cont.
dir. en princip. 4812 fr.
Le sol , fertile , produit huit fois la semence. On récolte du blé, peu de seigle, de l'orge, de l'avoine, du maïs , des légumes secs , de la navette, des betteraves, des pommes de terre, du chanvre, des fruits, des vins rouges et blancs, qui passent pour les meilleurs de l'arrondissement de Dole , du foin et des fourrages artificiels. On importe les trois quarts des céréales et on exporte les quatre cinquièmes des vins. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr.
50 cent, pour cent.
On élève dans la commune quelques chevaux , des bétes à cornes, des porcs qu'on engraisse , et beaucoup de chèvres. 30 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire, de la marne, des carrières de bonne pierre ordinaire et de taille , de la pierre à chaux ; la pierre de taille imite le marbre et est susceptible de recevoir le poli.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole et d'Auxonne; ils sont généralement dans l'aisance. Leur principale ressource consiste dans la culture de la vigne.
H y avait une fromagerie , qui a été abandonnée. Il y a un moulin à farine à trois tournants , avec huilerie ; 1 sabotier, 2 cordonniers , 2 bouchers , 3 auberges , 2 épiciers , 1 menuisier , % maréchaux-taillandiers , i couvreur à paille , 1 entrepreneur de bâtiments et 1 marchand de porcs.
un cimetière à Pcntour , un presbytère à côté du cimetière, une maison commune, construite en 1837, contenant la salle d'étude des garçons, fréquentée en hiver par 60 élèves, et la salle de pompe à incendie; une pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 25 pompiers; trois fontaines en mauvais étal, dont une seulement avec lavoir; une place publique, eroplanlée d'arbres; deux beaux puits, exécutés en 1853, sur les plans de l'architecte Ruffier, de Dole, qui ont coûté 6000 fr., et 140b 88a de pâtures, friches et bois, d'un revenu cadastral de 602 fr.
L'instituteur est logé dans une portion de maison , d'une manière très incommode. L'institutrice , religieuse de Tordre de la Sainte-Famille, de Besançon , et l'école, fréquentée en hiver par 65 filles, occupent une maison appartenant à la fabrique.
Bois communaux : 77b bia; coupe annuelle, 2h 34a.
Budget : recettes ord., 3414 fr.; [ dépenses ord., 3414 fr.
Bureau de bienfaisance. 11 possède un capital de 4000 fr., donné par M. Martin, ancien curé de la paroisse.
NOTICE HISTORIQUE
Le Montroland, dont tant de souvenirs intéressants ont contribué à illustrer et à populariser le nom parmi nous, s'élève au milieu de la plus rianle contrée de la province. De l'esplanade qui le couronne, on dislingue à l'orient , les majestueux ombrages de la forêt de Chaux , les gradins sourcilleux du Jura, et au loin les cimes scintillantes des Alpes; au couchant, apparaissent Auxonne] la Saône aux bords fleuris, Dijon avec ses flèches élancées et ses tours gothiques ; au nord, courent les collines de la Serre, semblables à des béliers bondissants , et au sud s'étend une vaste plaine , parsemée de bois et de villages, à travers laquelle le Doubs promène ses capricieux contonrs. On voit presque à ses pieds , Dole, cette ville charmante, qu'on ne se lasserait point d'admirer, si l'ange de la mort, qui pendant deux mois a plané sur sa tète , ne la recouvraitencored'un voile funèbre.
Mais renonçons à décrire les magnifiques tableaux que le Montroland étale à nos yeux éblouis, car ils ont élé chantés déjà par M. Dusillet , ce mélodieux rossignol des rives du Doubs. Une légende traditionnelle raconte qu'aussitôt après la naissance de Noire-Seigneur , une chapelle fut bâtie sur la montagne de Montroland , en l'honneur du Sauveur et de la Vierge Marie, sa mère; que saint Martin, revenant de Rome, la bénit et la consacra en 430 ; que Roland-le-Pieux fonda à côté un prieuré de moines noirs, en 810 ;
que cent ans après , Agnès , épouse de l'empereur Lothaire transféra la demeure des moines à Joube , où elle fit bâtir des cloîtres et une église, dans laquelle elle voulut être inhumée. Cette chronique, dont le style trahit le xvie siècle , renferme tant d'erreurs, que beaucoup d'historiens en ont profilé pour la rejeter tout entière. Quelle foi ajouter, disent-ils, à un obscur auteur anonyme, assez ignorant pour faire passer saint Martin à Montroland en 450 , tandis qu'on sait que cet illustre prélat mourut le 11 novembre UOÔ; assez stupide pour avancer que le palatin Roland y fonda un prieuré de moines noirs en 810, lorsqu'il est à peu près certain que ce héros n'est qu'un personnage imaginaire, ou que s'il a existé , il fut tué à Roncevaux en 768? Appeler Béatrix , Àgnès, faire de celte princesse l'épouse de Lothaire , la faire vivre en 910 , la faire mourir à Joube, sont des absurdités qui, suivant eux , doivent faire reléguer la légende entière au rang des fables. Ce n'est pas ainsi , il me semble , qu'on doit apprécier ce genre d'écrits. Après avoir fait la part de l'ignorance et du merveilleux, on peut admettre sans inconvénient tout ce qui est vraisemblable. Ainsi , nous croyons que saint Martin est réellement venu à Dole et à Montroland; que le neveu de Charlemagne a fondé un prieuré sur la montagne; que Béatrix a transféré les religieux ipii l'habitaient dans le monastère de Joube et que cette princesse a eu un mausolée dans l'église de ce dernier lieu. Les éléments de notre conviction seront développés dans le cours de cette notice.
Prieuré de Saint-Pierre de Jouhe.
La voie romaine, de Gray à Salins,
passait par Jouhe , où elle jetait un rameau sur Dole, et ensuite se continuait par Rochefort , Falletans , la Vielle- Loye , Châtelay , Chissey et Villers-Farlay, sous le nom de chemin de la Poste ou grand chemin de Rochefort. On a trouvé sur ses bords, à Jouhe, plusieurs sépulcres construits avec des pierres plates , qui contenaient des ossements , et des débris d'armes rongés par la rouille. On en a retiré , enlre autres choses, la lame d'un glaive romain à deux tranchants et une boucle de baudrier. Dans l'enceinte même du prieuré , on voyait encore au siècle dernier, un espace carré , dont les angles étaient ombragés par quatre vieux noyers. Cette enceinte, toujours considérée comme sacrée , marquait , suivant la tradition , la place qu'occupait un temple dédié à Jupiter. Celte croyance parait d'autant plus fondée, que le nom de Jouhe, Joa , Jo, Joë, offre une analogie parfaite avec celui du maître des Dieux. Il est probable que ce temple était un foyer d'idolâtrie pou r toutes les populations d'alentour, et que les premiers moines quî s'établirent en ce lieu ne trouvèrent pas d'autre moyen d'extirper le culte rendu à la statue de Jupiter, que de lui substituer celui de saint Pierre.
Jusqu'au vme siècle, il se fit une alliance bizarre de tous les dogmes et de toutes les superstitions. Ainsi , de Pan , dieu de l'agriculture et des troupeaux , on fit Saint-Pan , d'où est venu le nom du village de Sampans. Les Romains avaient placé, sur la fontaine d'Archelange , l'effigie d'une de leurs divinités, pour détruire la consécration druidique dont elle était l'objet, et cette idole fut ensuite honorée sous le nom de saint Marcou , qui désignait le diable. On ignore l'origine du prieuré
de Jouhe. Gollut en attribue la fondation à Berthe , ûlle de Lotliaire II, et de Waldrade, sa criminelle épouse. La chronique de Montroland, dora Grappin et Simplicien Gody, en font honneur à l'impératrice Béatrix. Ces opinions ne sont pas soutenantes , car Lothaire II n'a eu aucune fille du nom de Berthe et le prieuré existait longtemps avant Béatrix. S'il fut érigé , comme nous le pensons , du vie au vue siècle , il dut être détruit par les Normands , en 888 ou 889 , comme celui de Saint-Vivant qui était dans le voisinage. Les religieux de Baume, appelés à le rétablir, probablement par la reine Berthe, épouse de Rodolphe II , roi de la Bourgogne transjurane, mort en 937, fondatrice d'un grand nombre de monastères et d'églises, soit dans la Bourgogne, soit dans le pays de Vaud , en firent te plus riche monastère de leur dépendance. La possession leur en fut confirmée par les papes Grégoire VII, en 1078; Urbain II, en 1089; Pascal II, en 1107, et Callixte II, en 1 120. Le comte Rainaud III et Guillaume, comte devienne et de Màcon, son frère, donnèrent aux moines de Jouhe , la justice de prévôté sur le village qu'ils habitaient, libertatem Gaudensispotestalis, et cette donation fut confirmée par le pape Innocent II, en 1143. Béatrix, épouse de l'empereur Frédéric Barberousse, ajouta à ce don celui de la haute justice et différents fonds de terre, ainsi que des rentes , dans la châtellenie de Dole. Les prieurs de Jouhe prirent une part active à la lutte que soutint l'abbaye de Baume , pour ne pas tomber sous la domination de Gluny. Guy fut expulsé de son siège en 1260, pour avoir refusé la visite de l'abbé de Cluny, et en 1297, Girard , l'un de
ses successeurs, fut excommunié et sa maison mise en interdit, pour avoir maltraité Bertrand , abbé de Cluny et les gens de sa suite. Cette résistance ne fut pas vaine. Jouhe ne reconnut jamais d'autre chefd'ordre que Baume et ne fut rattaché à l'ordre de Cluny, que par des liens à peu près illusoires. Ce monastère était habité par six religieux et un prieur , appartenant tous àla noblesse. Les cloîtres et l'église furent brûlés par les Anglais en 1362.
Marguerite de France, comtesse de Bourgogne, pour aider à réparer ce désastre, donna au prieur le droit de couper du bois dans la forêt de Chaux , et d'y entretenir vingt-cinq porcs (12 février 1364). Le prieuré fut mis en commende au milieu du xve siècle. Parmi les prieurs connus, on cite plusieurs hommes célèbres, tels que le cardinal Jean de Neufchâlel, mort en 1398 ; Hugues de Chalon , frère naturel du sire d'Arlay, mort en 1399 ; le cardinal Jean Rollin , mort le 22 juin U83 ; Antoine de la Roche, fondateur du collège Saint-Jérôme à Dole ; Claude de la Magdeleine , grand prieur de Cluny, mort en 1332 ; Pierre d'Andelot , abbé de Bellevaux ; le cardinal Claude de la Baume, archevêque de Besançon; Jean Richardol, évêque d'Arras et ensuite archevêque de Cambray, et enfin Jean de Charreton, qui fut le dernier prieur.
A sa mort, Albert et Isabelle consentirent à l'union du prieuré de Joube au collège des Jésuites de Dole, par un brevet daté à Morimont, le 21 juin 1617, et l'union fut prononcée par le pape au mois d'octobre 1619. Dès ce moment, les Jésuites fnrent prieurs de Jouhe et jouirent des revenus attachés à cette qualité. Les religieux bénédictins continuèrent d'habiter le prieuré et
de jouir des revenus de la mense conventuelle. Ce singulier état de choses amena des procès interminables, qui ruinèrent les religieux.
Les bâtiments, Féglise tombaient de vétusté et personne ne voulait les relever. Dans leur désespoir, les moines sollicitèrent l'admission dans leur maison des bénédictins réformés de la congrégalion de Saint- Vannes. Les abbés de Baume et de Cluny approuvèrent ce projet, que le pape sanctionna en 1629, malgré l'énergique opposition des jésuites.
Toutefois , ce n'est qu'en 1654 que les bénédictins réformés prirent possession de celte maison, qu'ils occupèrent au nombre de six, jusqu'au moment de la révolution.
Bâtiments claustraux et église.
Le prieuré de Jouhe, situé au sommet d'une éminence , se composait de la maison du prieur, en forme de château-fort ; elle était précédée d'un porche, sous lequel se faisait chaque samedi une aumône de pain et de viande; d'un cloître, divisé en bâtiments particuliers, depuis la cessation de la vie commune au xme siècle ; d'un logement de fermier , de cuveries , caves , pressoirs , jardins en terrasses et vignes , le tout clos par une haute muraille percée d'une porte sous une tour fortifiée. L'église était au centre de la cour.
Elle renfermait le mausolée de l'impératrice Béalrix, ce qui prouverait que cette princesse avait réellement une partie de ses dépouilles mortelles déposées dans cette église.
Dans une enquête faite le 14 juillet 1585, par Anatoile Galiot, avocat général, et Henri Camus, conseiller au parlement de Dole , les religieux de Jouhe déposèrent, « que l'église et les lieux réguliers ayant été consumés par un incendie causé par les incursions des troupes anglaises, au
xive siècle , le mausolée de Béalrix fut enveloppé dans cette ruine, ensorte que le peu qui en resta ayant été transporté dans le préau du cloître, ne pot tenir contre les injures du temps, qui achevèrent de le détruire. » Dom Catherin Mairot , affirma même avoir vu ces restes, avant leur complète destruction. Le prieur Jean de Neufchàlel ayant fait réparer l'église peu de temps après cet événement , voulut conserver le souvenir de ce mausolée, qui était placé devant l'autel de la Vierge ; il en fit faire le modèle en plàlrc. Ce tableau, détruit seulement en 1685, a été vu par dom Adrien Fraiscbot , qui en fait la description. On fit graver alors, pour suppléer à ce monument , l'inscription suivante, sur une pierre qui est encore dans la cour du prieuré : « Cy-git sérénissime madame Béalrix, tille unique de Renaud III, comte de Bourgogne, femme de l'empereur Frédéric, fondatrice de ce prieuré de l'ordre de Sainl-Benoist, l'an 1 167. » Il y avait aussi dans l'église beaucoup de reliques, et entre autres celles de saint Théodule , qu'on portait en procession pour obtenir le beau temps. L'église et le prieuré ont été vendus avec le clos en dépendant, le 6 avril 1791, à M. Rossigneux père, de Pesmes, moyennant 127,000 fr.; sur partie de leur emplacement, M. Chavelct a fait construire un château qui a la forme d'un parallélogramme rectangle très allongé, avec un avant-corps décoré de pilastres de l'ordre dorique et d'un fronton.
Seigneurie. Le prieur de Jouhe était seigneur haut , moyen et bas justicier à Jouhe , Archelange et Montroland. L'exécution à mort des criminels était seule réservée au i de Dole. Les sujets étaient
main- m or table s, corvéables et taillables à volonté. Ils étaient soumis à la banalité du four, du moulin et à des cens considérables. Le revenu de celle terre s'élevait à plus de 10,000 fr. en 1789.
Prévôté. La prévôté de Jouhe élait inféodée à une famille noble qui en portait le nom. En 1240, Etienne, comte vassal de Bourgogne , donna au couvent le fief de Jacques de Jouhe.
Fief de yerchamp. 11 s'étendait sur Jouhe et Montroland , et fut acquis au xive siècle par le prieur, qui l'incorpora à la seigneurie principale.
Eglise paroissiale. L'église paroissiale de Jouhe , dédiée à saint Pierre , dont on célèbre la fétc le %k juin , desservie d'abord par les religieux du prieuré , eut à sa tète , dès le xui6 siècle , un vicaire amovible institué par le prieur. Elle est située dans la partie la plus basse du village , et se compose d'un clocher, d'une nef, d'un chœur, d'un sanctuaire semi-octogonal et d'une sacristie. Le chœur date du xvi* siècle, la nef de 1749 et le clocher est moderne. On remarque dans cet édifice les panneaux sculptés de la chaire à prêcher, plusieurs tableaux et statues , des tombes très anciennes et la statue miraculeuse delà Vierge de Montroland , qui y fut déposée en
Eglise et prieuré de Montroland.
II est incontestable que saiot Martin a parcouru une partie de la Gaule , catéchisant les populations rustiques , luttant , au péril de sa vie , contre des superstitions enracinées , renversant les idoles et substituant des oratoires chrétiens aux édifices du culte profane. Septime Sévère , son biographe et son disciple , nous a laissé le récit des luttes violentes
qu'il eut à soutenir dans les montagnes Eduennes en 376 , ainsi que les merveilleux résultats qu'il obtint. La tradition nous apprend que saint Martin , revenant de Rome , s'arrêta à Dole et à Montroland. Sa mémoire est restée dans ces deux localités, comme un témoignage irrécusable de sa prédication. A Dole, une chapelle extra muros, une rue, une porte dcjla ville et un faubourg, étaient appelés du nom de Saint- Martin- de-Sayens. A Montroland , un autel spécial lui était dédié. Cet autel était le chef-lieu d'une vaste paroisse , dont Monnières et beaucoup d'autres villages faisaient partie. Dès les temps les plus reculés , une multitude de pèlerins se rendaient auprès de cet autel. 11 est très probable qu'un oratoire païen occupait le sommet de la montagne ; que cet édifice fut renversé par saint Martin ; que les habitants d'alentour, convertis par les prédications du saint évéque , élevèrent un autel en son honneur, et que ce n'est que plus tard que le culte de la Vierge a été introduit dans la chapelle , pour déraciner quelques superstitions qui restaient attachées au temple primitif. Nous trouvons trop de traces du paganisme à Jouhe , à Archelange , à Sampans, à Monnières, pour admettre qu'avant saint Martin, les populations de ces villages étaient déjà chrétiennes. Nous avons lu une attestation délivrée par M. deBroissia, constatant que , lorsqu'on voulut transférer l'autel de saint Martin , qui était au milieu d'une chapelle , entouré par une balustrade en chêne, Claude de la Barre, évéque d'Andreville et suffragant de Besançon , ouvrit un secret qui se trouvait sous cet autel , et y trouva un billet qui énonçait positivement sa consécration par saint Martin.
Nous n'avons pas de motifs sérieux pour contester la partie de la chronique qui attribue à Roland la fondation d'un prieuré près de la chapelle de Montroland. Les fictions de nos trouvères ont tellement exagéré les exploits de ce chevalier, son olifan et les pompes de sa sépulture dans la basilique de Blaye , qu'un grand nombre d'historiens ne regardent ce personnage que comme un symbole. Cependant, l'historien Eginhard, intendant et chancelier de Charlemagne , en a parlé et le qualifie de préfet maritime de Bretagne. Un vieux chroniqueur de Bordeaux fournit des détails sur sa sépulture, avec une naïveté qui leur donne tous les caractères de la vraisemblance. La famille Lafayette possédait autrefois le cor d'ivoire ou cornet de Roland, dont elle prouvait la glorieuse descendance. Elle l'avait déposé aux archives du chapitre de Lyon , où il était conservé avec soin. A Montroland , dans le roc vif de la crête de la montagne . on fait remarquer des espèces de pas d'homme , et le vulgaire aime à les reconnaître pour les empreintes des pieds de Roland. On voyait encore , il y a quelques années , sur la façade de l'église , debout dans une niche , une statue de pierre , haute de dix à douze pieds, représentant ce neveu de Charlemagne. 11 était armé de toutes pièces, tenait d'une main une épée longue et plate , et de l'autre un modèle de couvent ; son casque était à ses pieds, et plus bas cette inscription: Rolandus intrepidus .
Firginis servus, ex veteri noms ejus cœnobii fundator. Le chronogramme exprimé par les lettres numériques de cette inscription donne 1719. Cette statue en remplaçait une plus ancienne, dont Simplicien <;ody a donné la description. Pour-
quoi donc nier la fondation de Roland , attestée par une tradition constante, et par un concours de circonstances qui la rendent vraisemblable? L'excès de scepticisme en histoire , est aussi dangereux qu'un excès de crédulité. C'est encore l'abbaye de Baume qui fut chargée d'ériger le monastère de Montroland. Ce prieuré, ecclesia montis Rolenis , Relenis , dé monte Roolino, figure parmi ses dépendances, dans des bulles d'Urbain II, de 1089 , de Pascal II , de 1 107, de Clément III , de 1190, et dans un décret de Guillaume d'Arguel , archevêque de Besançon, de l'an 1111.
Les moines établis sur la montagne, continuellement inquiétés par les pèlerins qui affluaient dans leur maiso n, obligés du reste de cultiver un terrain difficile et peu productif, exposèrent leur situation à l'impératrice Béatrix , qui les autorisa à se réunir aux moines de Jouhe, pour ne former qu' une seule communauté , dont elle augmenta la dotation. Dès ce moment , le prieuré de Montroland ne fut plus habité que par deux religieux de Jouhe , dont l'un avait le titre de gardien de la chapelle. Cet état de choses a subsisté jusqu'en 1629. Le pèlerinage de Montroland fut pendant tout le cours du moyen-àge le plus célèbre de la province . Les souverains du pays , les plus grands seigneurs venaient souvent s'incliner devant la madone. On parlait chaque jour de nouveaux miracles opérés par son intercession. Jeanne de France (1525), Marguerite de France (1364), Philippe-le-Hardi , Philippe-Ie-Bon (14331), les princes des maisons de Chalon et de Vienne, ornaient la chapelle des plus riches offrandes , y fondaient des messes quotidiennes hautes et basses, leurs
anniversaires et des offices particuliers. Des guerriers célèbres , des magistrats illustres, des prélats distingués, tels que Hugues de Chalon ( 1 399 ) , Guyot de Doubs ( 1 487 ) , Guillaume d'Estrabonne, Jean d'Occors, chevalier, seigneur de Chay (IM5), le président Lullier (1660), élisaient leurs sépultures dans cette chapelle , et ordonnaient à leurs héritiers d'ériger sur leurs tombes de magnifiques mausolées en marbre , sur lesquels ils devaient être représentés à genoux ou debout. Les pèlerinages se succédaient sans interruption. Les villes, les corps ecclésiastiques et judiciaires venaient à chaque instant demander à la Vierge la préservation des calamités qui les menaçaient. Les voûtes du temple étaient décorées de drapeaux de guerre, de cornettes, de bannières, pris surles ennemis.Les murs étaient tapissés de tableaux sur bois , sur toile , sur tissus , en paille , représentant des guérisons miraculeuses.
On voyait suspendus de toutes parts des armes , des lances , des chaînes de prisonniers , des bougies longues comme des enceintes de villes , des personnages et des oiseaux en cire , des bras, des jambes, des tètes, des cœurs en or ou en argent. Des lampes ardentes, conlinuellemeut allumées par centaines , inondaient la nef de lumière. Les chapelles particulières, surtout celle de la maison de Chalon , étaient éblouissantes. L'or brillait partout sur un fond d'azur. Des reliques précieuses , rapportées de Rome, d'Espagne ou de la Palestine, y recevaient toutes un culte particulier. La madone , haute de deux pieds, reposait sur le grand autel.
Elle était assise sur un trône , et tenait sur son sein l'Enfant Jésus donnant la bénédiction. Les couronnes d'or et de perles , les robes en ve-
lours , en drap d'or ou d'argent, en satin , les voiles de dentelles , destinés à la couvrir, étaient si nombreux , qu'on pouvait , à chacune de ses fêles , lui mettre un ornement nouveau. Les vêlements ecclésiastiques des religieux provenaient tous de dons et étaient de la plus grande richesse. Le samedi de chaque semaine , et à toutes les fêtes de la Vierge , les moines de Jouhe assistaient en corps à l'office. Le service était toujours grave et majestueux.
Toute cette splendeur disparut en un jour. L'église fut abandonnée , lors du siège de Dole, en 1 636, à la fureur des Suédois et autres hérétiques de l'armée assiégeante. « Ils y mirent , dit Boyvin , le feu par deux fois , ainsi qu'au monastère ; ils renversèrent les autels, fouillèrent les vieilles sépultures , brûlèrent et mirent en pièces toutes les images , les tableaux de vœux et de vermeilles, el tous les autres ornements de la chapelle, et n'y laissèrent rien d'entier que le tombeau de marbre avec la statue priante d'un seigneur d'Etrabonne, à la faveur du sieur d'Aumon , François , qui en est issu. L'image miraculeuse de Notre- Dame , qui avoit été par plus de six cents ans en grande vénération , fut abattue et foulée aux pieds et abouchée sur sa face , parmi les ordures des hommes et des chevaux. Le prince de CondéV l'envoya relever et la fit porter au couvent des Pères capucins d'Auxonne. » Ce n'est qu'au mois de septembre 1649 , qu'on put la recouvrer. Elle fut replacée sur son autel avec une pompe extraordinaire. Lorsque le prieuré de Jouhe fut abandonné aux Bénédictins réformés de la congrégation de Saint- Vannes (1629), il fut convenu que deux d'entre eux s'établiraient d'abord à Monlroland. Leur
couvent était commencé lors du siège de Dole. Ils ne purent l'occuper de nouveau qu'en 1640. Les travaux se continuèrent jusqu'en 4750. L'ancienne église fut rasée et remplacée par une nouvelle, dont la première pierre fut posée en 1 7 1 8. Le prieuré de Montroland , enrichi par l'union de celui de Mouterotlez-Estrabonne, faite en 1649 , fut occupé dès 1634 par neuf à douze religieux , outre les six qui étaient à Jouhe. Expulsés en 1790, leur maison servit à recevoir les anciens prêtres et les moines qui désiraient y vivre dans la retraite. Plus tard , elle fut vendue nationalement. Les Pères jésuites de Dole ont acheté , en 1 843 , les masures de l'église et le corps de bâtiment qui restait , où, ils ont séjourné quelque temps. Ils font construire en ce moment une nouvelle chapelle.
Eglise et cloître. La chapelle primitive de Montroland était bâtie à la pointe nord-est de la montagne.
Elle avait 130 pieds de long et 17 de large. Elle se composait de trois nefs ; le chœur avait été reconstruit en 1439 , par le prieur de Coigny ou de Cogna, et était plus élevé que la nef. Il y avait quatre autels : le principal était dédié à la Vierge; celui qui était dans la chapelle de Ghalon , et qui terminait le collatéral droit, était dédié à saint Jean- Baptiste ; celui du collatéral opposé, à saint Martin. Le quatrième était l'autel consacré par saint Martin , et adossé contre un pilier du côté de l'épitrc. Les bâtiments construits par les Bénédictins réformés , de 1640 à 1730, étaient environnés par une muraille percée d'une porte monumentale. L'église occupait une partie d'un des côtés du carré. Un grand corps-de-logis , destiné aux pensionnaires et aux novices , était
bàli sur le côté opposé. Le cloître habité par les religieux était perpendiculaire à ces deux ailes; le bâtiment des hôtes était à l'un des angles de la cour. Un beau jardin , une longue avenue bordée de tilleuls , servaient de promenade. 11 ne reste aujourd'hui que l'avenue et le bâtiment des pensionnaires.
Village de Montroland. Depuis l'origine de la chapelle de Montroland et du pèlerinage dont elle devint l'objet , il se forma des habitations sur la montagne. On y comptait , en 1530, quinze maisons, presque toutes occupées par des hôteliers et des marchands. D'après un compte que nous avons vu, chaque cabaretier vendait pour plus de 300 francs de pain , de vin et de viande , le jour de l'Assomption.
L'or affluait dans cette petite communauté. Plusieurs de ces maisons furent acquises de 1631 â 1633 , par les Bénédictins réformés , et démolies. Les prieurs de Jouhe étaient seigneurs de Montroland.
Eglise moderne. L'église que les RU. PP. jésuites font construire en ce moment à Montroland , sur les plans de l'architecte Ducat , de Besançon , est orientée et se compose d'une nef, de deux chapelles , d'un chœur semi-octogonal, d'une sacristie à gauche du chœur et d'un clocher à droite. Malgré quelques irrégularités dans sa symétrie, cet édifice sera remarquable.
Evénements divers. Le passage des grandes compagnies avait fait tant de mal â Jouhe , que le prieur ne pouvait payer ses redevances envers Marguerite , comtesse de Bourgogne. En 1 367 , les officiers de cette princesse entrèrent par forcedans le prieuré, et y enlevèrent deux chevaux , douze grandes cuillères d'argent et une émeraude. La plu-
part des habitants abandonnèrent le pays. La peste et les guerres du ivn° siècle causèrent de tels ravages dans cette localité , que les religieux mouraient presque de faim. Les jésuites refusaient de leur payer leurs prébendes , parce que leurs terres restaient en friche et ne produisaient point de revenus. Le 3 avril 1791 , les habitants saccagèrent la maison de M. Moutrille, curé d'Auxonne, et maltraitèrent gravement son domestique. Le 28 septembre 1792, un attroupement d'anarchistes se porta de nouveau sur cette maison.
Le conseil du département fut obligé d'envoyer la force armée pour rétablir le calme dans celte commune.
Curiosités naturelles. Près de Jouhe , au lieu dit aux Champs de la Muire , est une source d'eau minérale froide , connue depuis longtemps, et qui fut signalée à l'expérience des praticiens par le docteur Normand , qui exerçait la médecine à Dole avec de grands succès, au milieu du xviu* siècle. Ces eaux froides et salines ont la propriété de guérir les obstructions des viscères, les flux chroniques de la membrane muqueuse de l'utérus, les catarrhes invétérés , les paralysies anciennes, les maladies de la peau , le relâchement ou l'affaiblissement de la constitution physique , l'hypocondrie et les maladies nerveuses. Elles ne sont pas utilisées.
Biographie. Ce village est la patrie de Philibert Poissenot , religieux de la congrégation de Cluny, docteur en droit et professeur au collège Saint-Jérôme de Dole. Il profita de sa faveur près de Charles- Quint pour obtenir de riches bénéfices , dont il employa le produit à faire élever des jeunes gens et à acheter des livres ou des manuscrits rares. C'est à lui qu'on est redevable
de la publication de l'Histoire de Guillaume de Tyr, qu'il fit imprimer à Baie en 1549.
Bibliographie, Statistique de l'arrondissement de Dole, par M. Marquiset. — Annuaires du Jura, 1842 et 191(5. — Histoire de l'antiquité et des miracles de Notre-Dame de Montroland , par D. Simplician Gody, religieux de la congrégation de Saint-Vannes. Dole, 1651. — Archives de la préfecture du Jura.
Julien (Saint- , Cant. de), an*, de Lons-le-Saunier. It est limité au nord par les cantons d'Orgelet el de Saint- Amour ; au sud par le département de l'Ain ; à l'est par le canton d'Arinthod , et à l'ouest par celui de Saint- Amour.
11 est traversé par les chemins de gr. corn. na 4 , de Lons-le-Saunier à Montfleur , et n° 5 , de Saint- Trivier à Dortans ; par la rivière du Suran et sept petits ruisseaux qui s'y jettent. Les villages qui composent ce canton , sont situés dans la vallée du Suran , ou sur les collines qui la bordent. Dans certains lieux, la surface du sol est aride, dans d'autres , elle est douce et d'une culture facile. Les céréales , le maïs et les légumes secs y croissent bien.
L'éducation des jeunes mulets est la principale ressource du pays.
Pop. en 1790, 6*55 hab. ; en 1846, 6340; en 1851, 6118; pop.
spécif. par kil. carré, 45 hab.; surf, territ. 13,337b 64a ; surf. imp.
12,110h, savoir : 5916b en terres lab., 2490 en pâtures, 1904 en bois, 1 246 en prés , 54 en parcours, 9 en vignes et 8 en jardins , d'un revenu cad. de 140,886 fr. Ce canton comprend 19 communes, qui sont:
Andelot , la Balme-d'Epy, Boureia , Broissia, Dessia, Epy, Florentia, Gigny, Saint-Julien, Lains, Laney-
ria, Louvenne, Monnelay, Monlagna le Templier, Montfleup, Morval, Villechantria et Villeneuve - lez - Charnod.
Les seigneuries d'Andelot , de Gigny, de Saint-Julien , de Montfleur, de Broissia et de Sivria se partageaient le territoire.
Julien ( Saint- ) , Loyon , Sanctus Julianus, Saint-Julien-le-Lyon ou le-Loyon , et sous la république, Julien-le-Guerrier, bourg de l'arr.
de Lons-le-Saunier, chef-lieu de cant. et de percept.; dist. de poste aux lettres ; cure cantonale ; à 34 kil. de Lons-le-Saunier,
Altitude : 420™.
Le territoire est limité au nord par Louvenne et Montrevel ; au sud par Villechantria et Montagna-le- Templier; à l'est par Lains, et à l'ouest par Morval et Villechantria.
La grange Bérard , le moulin Barraud, la Chapelle, la Rivière et l'Aval font partie de la commune.
Il est traversé par le chemin de gr. corn. n° 4 , de Lons-le-Saunier à Montfleur; par les ch. vie. tirant à Montagna-le- Templier , à Louvenne , à Montrevel , à Florcntia , et du hameau de la Rivière à Louvenne ; par la rivière de Suran , les ruisseaux de Toissin, de Ponçon, de Cousançon , de la fontaine du Sauveur, de la fontaine des Bergers, et par plusieurs canaux dérivés du Suran.
Le bourg est situé dans la vallée du Suran, sur une éminence à pentes rapides. Les rues sont bien percées; les maisons , disposées comme dans les villes, sont construites en pierre, couvertes en tuiles creuses et élevées d'un ou de deux étages au-dessus du rez-de-chaussée.
Pop. en 1790, 748 hab. ; en 1846, 767; en 1851 , 764, dont
404 nom. et 360 fem.; pop. spécif.
par kil. carré, 63 hab. ; 18$ maisons, savoir : à Saint- Julien 120 , à la grange Bérard 1 , au moulin Baraud 2 , à la Chapelle 10, à la Rivière 82 , et à l'Aval 1 ; 211 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1618. Les jeunes gensémigrent en grand nombre , pour être ouvriers ou domestiques dans les grandes villes , surtout à Paris et à Lyon.
Cadastre exécuté en 1819 ; surf, territ., 1212h35a, divisés en 457»
parcelles que possèdent 532 propriétaires , dont 264 forains ; surf, imp. ,1187b, savoir : 501 en terres lab., 322 en bois, 195 en prés, 156 en friches et parcours, 6 en jardins, 5 en sol de bâtiments et 2 en vergers , d'un rev. cad. de 24,709 fr. ; cont. dir. en princip.
4869 fr.
Le sol , montagneux et d'une fertilité moyenne, produit du blé , de l'avoine , beaucoup de maïs, des légumes secs, de la navette , des betteraves, des carottes fourragères, des pommes de terre , beaucoup de chanvre et de foin , des fruits , des fourrages artificiels, peu d'orge, de sarrasin , et de vin rouge. On exporte le quart des céréales et on importe presque tout le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bètes à cornes , beaucoup de mulets , quelques chevaux , des ânes , des porcs et des chèvres. 60 ruches d'abeilles. L'agriculture y est en progrès.
On trouve sur le territoire , de la marne, non exploitée, de bonnes sablières , des carrières de gypse , de pierre ordinaire et de taille , de la pierre à chaux commune et hy-r draulique , et du minerai de fer.
Foires et marchés, 11 se tenait autrefois à Saint-Julien un marché le jeudi de chaque semaine, et quatre foires par an , fixées au jour de féte de saint Antoine (janvier), de la Décollation de saint Jean-Baptiste ( août) , aux jeudis de la mi-carème et avant la féte de sainte Lu ce. Il y a aujourd'hui sept foires, qui se tiennent les 17 janvier, 12 mars, 19 avril , 27 juin , 29 août, 21 octobre et 12 décembre. On y vend principalement du bétail à cornes, des chevaux , des porcs et des mulets.
Le marché a lieu le lundi , mais il est peu fréquenté.
Commerce. Les patentables sont:
4 aubergistes , 4 épiciers , 1 mercier, 1 bouclier, et 2 marchands d'étoffes.
Industrie. Il y a deux moulins à cinq tournants , avec cylindres ; un chalet , dans lequel on fabrique annuellement 15,500 Ml. de fromage , façon Gruyère ; 2 charrons , 3 cordonniers , 3 menuisiers , 3 fabricants de sabots, 3 maréchaux ferrants et un teinturier dégraisseur.
Une voiture publique part chaque jour de Saint-Julien pour Lons-Ie- Saunier, avec retour le même jour.
Saint-Julien est le siège d'une justice de paix, la résidence d'un notaire, de deux huissiers, d'un agentvoyer cantonal , de deux médecins et d'une brigade de gendarmerie à pied.
Biens communaux : une église , un presbytère très ancien et en mauvais état , un cimetière en dehors du bourg, ouvert en 1816; une maison commune, bâtie en 1771 , et donnée à la commune en 1841, par M. le baron Janet; elle contient P auditoire de la justice de paix , la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en biver par 60 élèves; quatre fon-
taines, dont une inachevée , une citerne , cinq ponts en pierre sur le Suran , une place publique servant de champ de foire, et 107h 77a de terres, friches et pâtures, d'un rev.
cad. de 409 fr. Le hameau de la Rivière a 71h 63a de bois et pâtures , d'un rev. cad. de 86 fr.
Bois communaux : 58b 77a; coupe annuelle, lh 71a; le hameau de la Rivière , 35h; coupe annuelle, lh 04a.
Budget : recettes ord. 3813 fr. ; dépenses ord. 3696 fr.
Bureau de bienfaisance : revenu ord., 2400 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le bourg de Sainl -Julien s'élève pittoresque ment au sommet d'un monticule à pentes abruptes, dont le Suran baigne te pied. Son heureuse position parait avoir attiré des habitants dès les temps celtiques.
On a trouvé sur son territoire , en 1837, une faucilllc en bronze, qui ne peut appartenir qu'à celte époque. La Fontaine du Sauveur, celle des Bergers, sont entourées de traditions qui attestent leur consécration druidique. La citerne creusée dans le milieu du bourg , est considérée comme un ouvrage romain.
La chapelle Saint-Maurice semble avoir été bâtie au milieu d'un cimetière païen. En ouvrant la route de Lons-ie-Saunier à Montfleur, en 1840 , on a découvert , dans la contrée dite au Pion , des tombeaux en laves , renfermant des ossements humains. Ce lieu se trouvant rapproché d'une montagne sur laquelle on reconnaît encore des traces de retranchements, où se livra, dit-on, une grande bataille, ces corps pourraient appartenir aux guerriers morts dans le combat. La voie romaine d'Orgelet à Lyon , par Cé-
séria, Monnelay, Lains, le Pont d'Evans, Simandre, {tassait au nord de Saint-Julien , et s'y reliait par un embranchement. D'autres chemins, venant d'Arinthod, de Suint Amour, de Gigny, se croisaient au point appelé aux Cinq- Vies , ou en Saint- Vit. Les Romains étaient dans l'usage constant de placer à la jonction des routes une borne surmontée d'une idole. Le christianisme substitua à celle divinité le culte de saint Wit, à cause de l'analogie de ce nom avec celui de viœ. Une église fut bâtie sur une éminence , portant le nom celtique de Loyonel fut dédiée à saint Jean -Baptiste. On serait tenté de croire qu'elle succéda à un temple de Jupiter, car aucun vocable ne se rapproche plus de Jovini que celui de Joannis. Une bourgade assez considérable se forma autour de cette église, et d'autres hameaux, tels que Craméria, Pollia, Villa- Poillet , Chichivière , prirent successivement naissance à l'ombre de 1" édifice chrétien . La grande paroisse de Loyon fit sans doute partie de l'apanage de Bernon et de la dotation de l'abbaye de Gigny, car le prieur Aymon lit , en 1 1 9 1 , un acte d'association avec Etienne II , comte vassal de Bourgogne, pour Morges, Lancette, Leyns, Chichis ière,Pollia, Chentiia, Loyon, Craméria, aux mêmes conditions que pour Montfleur. Etienne II fit bâtir une forteresse sur la partie la plus escarpée du territoire. Ses vassaux élevèrent des habitations autour du château et les enveloppèrent d'une muraille.
Ce quartier fut appelé le Château et le Bourg-Dessus. Les populations dispersées dans la plaine vinrent chercher un refuge près de ce point fortifié , s'environnèrent aussi d'une ceinture de murailles , cl érigèrent une église châtelaine , qu'ils placè-
rent sous le vocable de saint Julien.
Celte nouvelle agrégation reçut le nom de Bourg de Saint- Julien. Les hameaux environnants ne tardèrent pas à devenir déserts. Au xive siècle, ils n'exislaient plus que de nom.
Un titre de 1227 mentionne déjà le bourg de Saint-Julien.
Seigneurie. La seigneurie de Saint- Julien était limitée par celles de Dramelay, Valfin, Andelot, Bourcia, Broissia, Montagna-le-Templier, Marigna et Gigny. Elle comprenait le Château, le Bourg-Dessus, le Bourg- Dessous, le Faubourg de Saint- Julien, le village de la Rivière, ceux de Lains , Lancette , Morval , Licona et Villechantria. Le seigneur y avait la justice haute, moyenne et basse, avec pouvoir de la faire exercer par un bailli , un juge , un capitaine , un procureur, un scribe , un prévôt et des sergents , et de faire exécuter les criminels au signe patibulaire , élevé en un lieu dit le Molard du Coin. Il avait un four banal, où tous les habitants devaient apporter cuire leurs pains, en en donnant un sur vingt; des moulins, des foules et des battoirs aussi banaux. Il recevait le serment des prud'hommes et des échevins , pour lequel il lui était dû chaque fois cinq sols de Savoie, ceux des bliefs et messiers élus par les échevins; percevait l'impôt des quatre cas porlés en la coutume, les droits d'étalage aux halles, de vente aux foires et marchés ; échantillonnait les poids et mesures; il pouvait faire crier par ses sergents que ceux qui lui devaient des cens en blé , en argent , en cire , en gelines aient â les payer à son receveur le jour de fête de saint Michel archange, à peine d'une amende de 5 à 60 sols , suivant le retard.
Les lods sur les mutations d'immeubles lui étaient dus, à raison de deux
gros par franc, outre le droit de scel. On lui devait les langues de toutes les grosses bêtes tuées dans Pélendue de la seigneurie. Les habitants étaient tenus à l'entretien des murailles , à la revue d'armes , au guet et garde dans le bourg, à accompagner les criminels au lieu du supplice. Certains d'entre eux étaient corvéables et taillantes. Tous avaient droit d'usage et de pâturage dans les forêts du seigneur et sur les communaux.
Seigneurs. Etienne II de Bourgogne transmit la seigneurie de Saint-Julien à Jean de Cbalon , son fils. Par son testament daté du jour de Pasques fleuries, Tan 1362, Jean de Cbalon attribua Rocheforl, Saint- Julien, Orgelet et Vernanlois à Jean, Etienne et Perrin, ses trois fils, nés de son second mariage avec Isabelle de Courlenay. Jean , l'alné , comte d'Auxerre , eut Saint-Julien dans son loi. Il mourut en 1309 , après en avoir légué l'usufruit , à titre de douaire , à Marguerite de Beaujeu, sa troisième épouse, qui en jouit jusqu'à sa mort, arrivée en 1538. Jean de Cbalon II , comte d'Auxerre et de Tonnerre, petit-fils de Jean de Cbalon 1er, sire de Rochefort, prit possession de cette terre à la mort de Marguerite de Beaujeu , son aïeule ; mais elle resta peu de temps entre ses mains, car il fut tué à la bataille de Crécy eu 1346. Alix de Bourgogne, fille de Renaud , comte de Montbéliard , sa veuve , en conserva la jouissance jusqu'en 1 362 , époque de sa mort.
Le 6 mars 1365, Jean de Cbalon III, comte d'Auxerre et de Tonnerre , et Tristan de Cbalon , sire de Cbâtelbelin , son frère , procédèrent au partage de la succession de Jean de Cbalon II , leur père. Saint-Julien éebut à Tristan , qui le laissa à
Jean , sire de Cbâlclbelin , son fils. Ce dernier testa , le 3 mai 1396.
Après avoir réglé le douaire de Jeanne de Guistelle , son épouse , il donna à Alix , sa sœur, épouse de François de Sassenage , Monlflenr , Ariiilbod , Dramelay, Cbavannes, et institua pour son héritier dans tous ses autres biens, Louis 11 de Cbalon, comte de Tonnerre, son cousin encore dans l'adolescence. Dès que ce testament fut publié au bailliage d'Aval (janvier 1398, n. st. ), Alix déclara vouloir en poursuivre la nullité , mais elle renonça à ce procès. Louis de Cbalon , toujours pressé d'argent malgré sa grande fortune, lui céda le 20 janvier 1406, la justice haute , moyenne et basse sur la cbàtellenie de Saint-Julien , moyennant 2000 livres. Un arrêt du parlement de Dole prononça le bannissement de ce prince et la confiscation de ses biens , au profit du duc de Bourgogne, pour avoir enlevé du palais de la duchesse, Jeanne de Perellos , demoiselle d'honneur de la cour ducale. Philippe-le-Hardi voulut que Marie de la Trémouille jouit du château et des terres de son volage époux. Le 14 mai 1410, le duc de Bourgogne pardonna à Louis de Cbalon , et donna l'ordre à ses baillis d'Aval et de Dole, de lui restituer ses domaines, à l'exception du partage d'Auxerre sur les sauneries de Salins et de Cbàlelbelin, qui restèrent définitivement confisquées.
Un nouvel arrêt du parlement , de l'an 1413, déclarant Louis de Chalon coupable du crime de lèse-majesté , prononça son bannissement et la confiscation de tous ses biens. Le duc de Bourgogne , si souvent pressé par des besoins d'argent , vendit , le 10 octobre 1413, à Jean de Cbalon- Arlay III, prince d'Orange, les terres , châteaux , bourgs et châtel
lenics de Saint-Julien et de Saint- Aubin , moyennant 7000 livres , ne se réservant que le fief-lige , la souveraineté et la grâce de réachat pendant cinq ans. Le 15 décembre 1416, il donna au comte de Cbarollais, son fils, à titre d'apanage, les grandes terres d'Orgelet et de Chàtelbelin , et lui céda le droit de racheter les seigneuries de Saint-Aubin et de Saint-Julien. La duchesse de Bourgogne convoqua les Etats du comté à Salins , et pria l'assemblée d'accorder à son fils la somme nécessaire pour rembourser le prince d'Orange. Le rachat de Saint-Julien et dn Saint-Aubin eut effectivement lieu, le 21 octobre 14 17, et dès ce moment, Philippe-le-Bon fut seigneur de Saint-Julien , qu'il vendit en 1435, au prix, de 4000 écus d'or, et sous la réserve de réachat perpétuel, à Philibert Andrevet, chevalier, seigneur de Corsans , son conseiller et son chambellan. Ce dernier testa le 12 octobre 1437, et laissa d'Antoinette, son épouse , fille de Jacquemard, seigneur de Coligny et d' Andelot , deux enfants , Claude et Jeanne. Claude Andrevet, chevalier, seigneur de Corsans, Montfalcon, Saint- Julien , marié en 1433, à Guillemelle de Chandée , dame de Monlfalcon, testa le 27 mai 1467, léguant Saint- Julien à Gilbert , son second fils , conseiller et chambellan du duc de Savoie. Marie de Bourgogne et l'archiduc Maximilien donnèrent, en 1477, à Jean de Chalon- Arlay IV, tous les biens provenant de la confiscation sur Louis II , comte de Tonnerre. Le roi Louis XI disposa des mômes biens en 1479, en faveur de Hugues de Chalon, sire de Cuâtelguyon, qui avait embrassé son parti. Le roi Charles VIII révoqua cette dernière donation en 1483, et l'archiduc Philippe confirma , en
1496, celle faite au sire d'Arlay.
Cependant, Saint-Julien continua de rester entre les mains de Gilbert Andrevet ; la suzeraineté seule passa au prince d'Orange. Le 29 août 1499, Gilbert Andrevet chargea Jean le Houx de comparaître devant ce prince , pour prêter en son nom le serment de foi et hommage. Le 12 mars 1 503 , l'archiduc Philippe fit don à messire Philibert, seigneur de Veyré(Véria), dit la Mouche, ancienjconseilleret chambellan du duc Charles-le-Téméraire , du droit de racheter labaronnie de Saint-Julien, en remboursant 4000 écus d'or à Gilbert Andrevet . Le rachat fut exercé immédiatement. Le 20 juillet suivant, Philiberte de Luxembourg, mère tutrice de Philibert de Chalon, prince d'Orange , permit au nouvel acquéreur de prendre possession , sans danger de commise , des ville, terre et seigneurie de Saint-Julien , comme fief de Chàtelbelin. Au mépris de cette déclaration , Philiberte de Luxembourg voulut , peu de temps après , exercer, comme suzeraine , le droit de retenue ; mais l'archiduc Philippe , par une lettre du 8 décembre 1504 , s'y opposa formellement. Il interdit à la princesse le droit d'exercer le réachat , et réitéra le don perpétuel à Philibert de Veyré, de la terre de Saint-Julien.
Ce don reçut son exécution et fut enregistré à la chambre des comptes.
Philibert de Veyré laissa deux fils , Jean et Pierre. Jean , l'aîné , seigneur de Saint-Julien, se voyant privé de postérité , donna sa fortune à Jean et à Marguerite , appelée quelquefois Jeanne , de Veyré , ses neveu et nièce. Marguerite conserva Saint-Julien dans son partage, malgré les réclamations réitérées de son frère. Elle épousa , en 1520, Adrien de Vaudrey, seigneur deCourlaoux,
dont elle eut trois enfants , Claude, Pierre et Charles de Vaudrey. Adrien de Vaudrey fit Caire , en 4 533 , au nom de ses trois fils , une reconnaissance générale des droits seigneuriaux de Saint-Julien. Par suite du parlage intervenu entre les trois frères, Pierre eut Courlaoux et Saint- Julien, et les donna à Anne de Vaudrey, sa sœur consanguine , née du second mariage d'Adrien de Vaudrey avec Anne de Vuillafans , dame de Bersaillin. Anne de Vaudrey épousa Claude , baron de Ray, et en eut trois enfants , Louise, mariée à Philibert, baron de Montmarlin , gruyer général de Bourgogne ; Jean - Baptiste , mort célibataire , et Bénée de Ray , mariée en 1377, à François de Vergy, comte de Champlitte , chevalier de la Toison-d'Or et gouverneur des deux Bourgognes.
Par son testament, Anne de Vaudrey légua Saint-Julien , Véria , Courlaoux, etc., à Claude et Nicole de Montmartin, enfants de Louise de Ray, sa fille. Claude étant mort jeune , Nicole de Montmarlin , sa sœur, recueillit sa succession. Elle épousa Antoine de la Baume, comte de Montrevel , colonel général de l'infanterie bourguignone, et en eut, entre autres enfants, Claude, François et Philibert de la Baume.
Claude-François de la Baume, comte de Montrevel, seigneur de Courlaoux et de Saint- Julien , né le 18 mars 1 584 , eut de Jeanne d'Agoust , son épouse, Ferdinand, Charles et deux filles. Ferdinand de la Baume, comte de Montrevel, marquis de Saint- Martin , baron de Courlaoux et de Saint- Julien , lieutenant des armées du roi de France , en ses pays de Bresse, Bugey, Valromey et comté de Charollais, épousa en 1623, Marie Olier de Nointel. Après sa mort, ses biens furent mis en décret , en
1678, et restèrent sous le séquestre jusqu'en 1733 , époque à laquelle le chevalier Claude-Hubert, marquis de Lezay-Marnézia , brigadier des armées du roi , acquit les terres de Saint-Julien, Courlaoux et Présilly, de Melchior-Esprit de la Baume, comte de Montrevel , héritier bénéficiaire de Ferdinaud de la Baume.
Claude-Hubert de Lezay laissa , de Claudine-Françoise de Poligny, son épouse , trois enfants, François- Gabriel, marquis de Lezay, Claude- Gaspard, lieutenant-colonel du régiment d'Orléans, dragons, et Louis- Albert de Lezay, évèque d'Evreux , abbé de Bellevaux et ancien doyen des comtes de Lyon. François-Gabriel et Louis-Albert possédèrent indivisément Saint-Julien. Le premier eut d'Antoinette de Bressey, son épouse , Claude-François-Adrien , marquis de Lezay-Marnézia , né en 1733; le second mourut à Lons-le- Saunier, le h juin 1790, âgé de 83 ans, et fut inhumé au couvent des capucins. Il laissa sa fortune à son neveu. M. Claude-François-Adrien de Lezay vendit Saint-Julien , en 1792, au sieur Tavernier-Boulogne, qui le céda au sieur Coalte , commissaire à terrier à Saint-Amour.
Ces deux acquéreurs n'élaient que des préte-noms. 11 eut de Annc-Marie-Claudine de Nélancourt , son épouse, deux fils, M. le comte Adrien de Lezay-Marnézia , ancien préfet du Bas-Rhin , beau-frère de M. de Beauharnais et oncle de la grande duchesse de Bade , mort en 18U, et M. Albert de Lezay, ancien préfet du Rhône, actuellement sénateur, et possesseur de la terre de Saint-Julien.
Prévôté. La prévôté de Saint- Julien avait été inféodée à une famille noble qui portait le nom de ce bourg, auquel elle ajoutait celui
de Baleure, qu'elle portail précédemment. Il est probable que le cbef de cette maison était un fils naturel de Jean de Chàlon-Auxerre Ier, car ses droits à Saint-Julien étaient considérables. Outre l'office et les revenus de la prévôté, cette famille possédait le flef de Baleure, consistant en chàteau-fort, domaines, moulins banaux et forêts. Elle avait aussi près de la porte qui séparait le Bourg- Dessus du Bourg-Dessous, une tour et de vastes bâtiments. Arthaud de Saint- Julien vivait en 1301 . Le plus illustre membre de cette maison fut Pierre de Saint-Julien de Baleure, mort doyen du chapitre de Saint- Vincent de Ghalon , inhumé dans le chœur de la cathédrale de cette ville en 1582. Cet ecclésiastique, doué d'une vaste érudition qui lui a mérité le titre d'Hérodote de la Bourgogne, a composé de nombreux ouvrages, parmi lesquels ses Antiquités des Bourguignons et celles d'Aulun, Maçon, Chalon et Tournus, sont encore recherchées. Ses armes étaient:
de gueules à trois jumelles d'argent.
Le fief de Baleure était déjà réuni à la seigneurie principale en 1 55* .
Elat ancien de Saint Julien. Nous avons déjà dit que la paroisse de Loyon ne se composait dans l'origine que de hameaux isolés, dont la plupart ont disparu. Au xiii4 siècle , sa forme était complètement changée.
Il y avait un château, deux bourgs, des faubourgs et une petite communauté appelée la Rivière. Nous allons décrire chacune de ces parties.
Château ancien. Dans le milieu de la vallée du Suran , s'élève une petite montagne ovale, dont les extrémités aplaties sont dirigées du midi au nord ; c'est sur la sommité et dans la partie septentrionale de cette montagne, que le seigneur de Saint-Julien avait placé sa forteresse :
cette position lui fournissait l'avantage d'une défense aisée et l'agrément des points de vue les plus variés et les plus pittoresques. Le château se composait d'un donjon couvert en laves, derrière lequel étaient une citerne et un poteau soutenant le pont-lcvis jeté sur les fossés; au-devant» un boulevart rond, couvert en laves et percé de canonnières défendait la basse-cour. En 1533 on ajouta un grand corps de bâtiment à Test du donjon. Il se composait de grandes pièces voûtées et de deux grosses tours aux angles.
Toute la maçonnerie était faite de pierres de tailles. La basse-cour était entourée d' une haute muraille percée d'une porte avec pont-lcvis; de chaque côté s'étendaient de longs bâtiments servant d'écuries , de remises, de greniers, etc. Une haute tour ronde, percée de meurtrières, défendait l'angle sud-ouest. Les jardins étaient en dehors des fossés. Ce château , démantelé par les troupes de Henri IV en 1595, n'offrait plus que des masures en 1637, et fut rasé dans le cours du xviii0 siècle.
Les princes de la maison de Chaïon- Auxerre affectionnaient singulièrement ce séjour. Ils y passaient une partie de l'année avec une nombreuse suite de chevaliers, d'écuyers et de varlets. Marguerite de Beaujeu y séjourna continuellement de 1309 à 1338. Elle y avait une petite cour, composée ordinairement d'IIumbert de Beaujeu , son frère , de Jacques de Rans , de Jacques de Nozeroy , de Jean d'Oliferne et d'Humbert Thoramberl, son chapelain. Lorsque Tristan de Châlon voulut partir en 1366, avec Amédée VI de Savoie, dit le Comte-Fert, pour marcher contre les Turcs et le roi des Bulgares , il enferma ses enfants dans ce château, faisant jurer au châtelain
qu'il ne les confierait jamais au sire de Py mont, son beau-père. Jean, sire de Chàtelbelin, fils de Tristan , ne cessa d'aimer ce séjour et y mena joyeuse vie. On*voit par les comptes de ses dépenses , qu'il y faisait une consommation étonnante de vin de Chàteau-Cbalon. Louis de Chalon, son héritier, vint en 1400 dans celte forteresse , pour y recevoir l'hommage de ses vassaux. Celte circonstance donna lieu à des fêtes très brillantes pendant plusieurs jours.
La défense de ce poste important était toujours confiée à un capitaine expérimenté, chargé d'y faire les revues d'armes, de veiller au bon entretien des murailles et d'y entretenir en tout temps de fortes munitions de guerre.
Bourg Dessus. Au sud du château, se groupaient un certain nombre de maisons féodales , occupées par les vassaux du seigneur, notamment par les familles de Charnod , de Montmoret, de Bussy, d'Arlay, de Toulongeon. Elles étaient environnées par un mur d'enceinte et un fossé, et formaient le Bourg-Dessus. C'est là que se trouvait le four banal. On communiquait du château et du Bourg-Dessous au Bourg-Dessus par une porte fortifiée, inféodée à la famille de Saint-Julien de Baleure.
Bourg-Dessous. 11 se prolongeait depuis le Bourg-Dessus à l'église, et était environné de murailles défendues par des tours disposées de distance en distance, et percées de trois portes, appelées porte Italique t, au nord-est ; porte de la Juine; au sud-ouest , et porte du Clocher.
Il renfermait les balles où se tenaient les foires et marchés , et à un pilier desquelles élait attaché le carcan ; l'auditoire de la justice, et était habité par les bourgeois , les officiers de justice et les marchands. Lequar-
tier réservé aux juifs portail le nom de rue des Lombards. Il y avait plu sieurs maisons féodales , défendues par des tours, qui appartenaient au siècle dernier au chevalier Martinet, conseiller au parlement de Besançon, à l'abbé Champagne, à M. le comte de Balay-Marigna , et à la famille Bailly. Les murailles, les fossés, les portes, excepté celle du clocher, ont complètement disparu.
Faubourg. On appelait le faubourg toutes les maisons qui se trouvaient en dehors et à l'extrémité méridionale du Bourg-Dessous.
On n'y voyait que des chaumières en bois, qu'on incendiait au moindre bruit de guerre.
Village de la Rivière. On appelait la Rivière-lez-Saint-Julien , toutes les maisons qui se groupaient au pied du château sur les bords du Suran. C'est là que se trouvaient l'hôpital, les moulins, les foules à drap , les baltoirs > les tanneries et autres établissements industriels.
Cette section avait des biens communaux particuliers, et un prud'homme ou échevin. Les grands chemins venant de Gigny, de Saint- Amour, de Cuiseaux , de Monfleur, traversaient ce quartier.
Hameau du Uolard. Les maisons du Molard , au nombre de quatre ou cinq, étaient bâties sur la pente septentrionale de la colline, au nord du château. Elles ne remontent qu'au xve ou xvie siècle.
Franchises. C'est à Jean deChalon-Auxerre 1er, sire de Rochefort et de Chàtelbelin , que le bourg de Saint-Julien doit ses franchises et sa première organisation municipale.
Par un acte du mois d'avril 1284, ce prince déclara les habitants du bourg, libres de toutes tailles arbitraires, corvées et exactions, envers lui , son prévôt et les gens de sa
maison , fua des amendes graduées de 5 à 60 sols pour les délits, se réserva la connaissance et la punition arbitraire des crimes ; régla tout ce qui pouvait garantir la liberté individuelle, la libre transmission des biens, l'usage dans les forêts, et assurer une égale répartition des charges entre tous les citoyens, ne faisant d'exception qu'en faveur des clercs, des ecclésiastiques et des moines. Il permit aux habitants d'élire quatre consuls ou prud'hommes pour l'administration des affaires communes, imposa à ces officiers l'obligation de rendre compte chaque année de leur gestion, et de prêter serment entre ses mains ; il n'exclut de la franchise que les juifs , exigea qu'à son avènement , chaque nouveau seigneur jurerait avec quatre chevaliers, l'exécution de la charte, à condition que tous les habitants au-dessus de quinze ans, feraient en même temps le même serment.
On distinguait à Saint-Julien plusieurs classes de personnes , les officiers et commensaux du seigneur, les nobles, les bourgeois, les simples manants et résidents. Le droit de bourgeoisie se vendait jusqu'à 200 francs; les simpîes|leltres d'habitantage se payaient de 6 à 60 francs , selon la fortune.
Evénements divers. La guerre qu'Etienne II et le comte Jean de Chalon , son fils, soutinrent au commencement du xme siècle contre le duc de Méranie, comte palatin de Bourgogne, amena la ruine de toute la paroisse de Loyon. Le bourg seul et le château résistèrent. La peste de 13b 9 y fit de grands ravages, moins cependant que dans les hautes montagnes. L'invasion de Louis XI fut terrible pour cette localité. Le chàleau fut gravement endommagé, le Bourg-Dessus presque détruit,
et le Bourg- Dessous incendié. Ces désastres étaient à peine réparés, que les troupes de Henri IV saccagèrent de nouveau cette place en 1895, et démantelèrent les fortifications. Néanmoins, lorsque le 16 juillet 1637, le duc de Longueville se présenta pour s'en emparer, il éprouva une résistance à laquelle il était loin de s'attendre. Les deux jeunes frères de Ronchaux, baraqués dans les masures du donjon, se défendirent longtemps avec une intrépidité admirable. Longueville dirigeait lui-même l'attaque, et fut repoussé dans tous ses assauts. Ses canons étaient impuissants à ouvrir une brèche. II se décida alors à faire jouer la mine et consentit enfin à une capitulation. Il admira tellement le courage de MM. de Ronchaux, qu'il les traita avec la plus grande distinction. Lacuzon se posta plusieurs fois à Saint-Julien , d'où il faisait des courses meurtrières sur la Bresse. La révolution française fut accueillie avec peu de faveur à Saint-Julien. Les habitants passaient pour des aristocrates et des fédéralistes. Les administrateurs Léoiave et Génissct se transportèrent dans cette commune au mois d'octobre 1793, convoquèrent le peuple et lui adressèrent une harangue qui commençait ainsi : « Nous savons que nous sommes dans un repaire de brigands, que prétendez vous faire? Au défaut de la raison , les flammes de Lyon ne peuvent-elles vous éclairer ? Savez-vous qui vous êtes? Un quart d'heure suffirait pour raser votre village. Vous croyez à la contre-révolution, détrompez- vous. Croyez à la République, ou votre ruine est décidée. Vous mériteriez peut-être tous, d'être conduits en captivité.
On n'y mènera que vos chefs ; après cela tremblez ! Si vous n'aimez pas
la République, tous serez frappés dans vos biens , dans vos bestiaux , dans vos personnes. » Après ce discours sauvage, les habitants furent désarmés. Le conseil général de la commune, le corn mandant de la garde nationale, etc. , furent renouvelés, un club et un comité de surveillance furent établis , et dès ce moment , la division se mit entre les citoyens.
ÉTABLISSEMENTS ANCIENS ET MODERNES
Eglise de Loy on. Celte église, bâtie sur une éminence , à un kilomètre au nord-est de Saint-Julien, était dédiée à saint Jean-Baptiste. A l'entour se groupaient le presbytère, une tour féodale et plusieurs maisons de cultivateurs. Elle servait de paroisse à de nombreux hameaux.
Après l'érection de l'église châtelaine de Saint-Julien, elle conserva sa qualité d'église mère , mais ne fut plus fréquentée que par les fidèles de Morges, du Petit-Lancette et du quartier du Molard. Cet édifice fut détruit par les Français en 1657.
Un décret de l'archevêque de Lyon, de l'an 17SS, permit à ceux qui la fréquentaient de se faire desservir par le curé de Louvenne. L'abbé Lorge obtint en 1779 la cure de Loyon , par dévolution en cour de Rome, et fit défendre au curé de Louvenne de continuer sa desserte.
Une chapelle fut bâtie dans le village de Morges la même année, et fut érigée en église succursale , par décret de l'évèque de Saint-Claude du 91 novembre 1781.
Eglise et familiarité de Saint- Julien. Lorsque le bourg de Saint- Julien se forma, une église châtelaine fut bâtie dans l'enceinte de ses murailles , et dédiée à saint Julien, né à Vienne, et martyrisé à Brioude sous l'empereur Dioclétien. Les miracles opérés sur son tombeau don-
nèrent lieu à un pèlerinage qui fat le plus célèbre de toute l'Auvergne.
Au xive siècle, une société de prêtres se forma pour la desserte des fondations dans cette église. L'édifice actuel est situé à l'extrémité méridionale du bourg. 11 se compose d'un clocher,'d'une nef, d'un chœur, d'un sanctuaire, de trois chapelles à droite de la nef, d'une quatrième à gauche et d'une sacristie. Le clocher servait de beffroi et de porte de Ville. La porte principale d'entrée de l'église est ogivale, nervée, et était décorée de trois statues en pierre, dont il ne reste que les supports. La nef est voûtée à ogives et à lunettes. Le chœur elle sanctuaire, moins élevés, sont voûtés â arcs-surbaissés et à arêtes. Le sanctuaire est de forme octogonale et éclairé par des fenêtres à plein-cintre. La chapelle à droite du chœur est de forme elliptique avec coupole; des colonnes ioniques, à moitié engagées dans les murs, la décorent. Les trois autres chapelles sont du style ogival tertiaire et datent du xvie siècle ; celle de gauche, plus richement nervée que les autres, est éclairée par deux belles fenêtres à meneaux , garnies d'anciennes verrières représentant des scènes de la vie de Jésus Christ. Le patronage de l'église appartenait au prieuré de Gigny. Le seigneur en avait la garde ainsi que de celle de Loyon , et la collation des trois chapelles dédiées à saint André, à saint Antoine et à sainte Magdeleine.
Chapelle Saint-Maurice. Elle s'élevait dans le lieu dit à la Côte Saint- Maurice , et était desservie par un chapelain à la nomination du seigneur. Privée d'offices en 1553, Adrien de Vaudrey en unit les revenus à la chapelle Saint-André.
Chapelle de Notre-Dame de Pitié.
Sur le chemin de Saint-Amour à
Saint- Julien, s'élève isolée, au bord du Suran , une chapelle gothique, dédiée à Notre-Dame, qui appartient à l'hospice du Refuge de Besançon.
On y célèbre la messe une fois par mois.
Maladrerie. Etienne II , comte vassal de Bourgogne , avait fait construire à Saint-Julien, un hospice pour les lépreux, dans le lieu appelé aujourd'hui à la Malalière. Isabelle de Courtenay, épouse de Jean de Chalon l'Antique, légua à cet établissement, en 1257, une somme de 10 fr. ; ses revenus ont été unis à ceux de l'hôpital.
Hôpital. Jean de Chalon- Auxerre 1er, fonda en 1502 un hospice à Saint- Julien, pour les pauvres et les pèlerins , et en confla l'administration à des hospitaliers de l'ordre du Saint- Esprit de Besançon. Il y avait une chapelle, dans laquelle un prêtre célébrait la messe chaque jour. L'hospice et la chapelle étaient situés entre le Suran et le grand chemin. Le seigneur en avait le patronage et la collation. Cet établissement, dont les revenus s'élevaient à 80 livres en 1533, fut ruiné en 1595, et n'a pas été rétabli.
Hospice de la Charité. En 1776, M. l'abbé François Champagne, aumônier de Mgr. l'évêque d'Evreux , consacra un capital de 8600 livres, pour l'entretien de deux religieuses chargées d'élever gratuitement les jeunes filles pauvres de Saint Julien.
Frappés de l'utilité de cette institution , Mgr. Louis-Albert de Lezay, et Claude-François-Adrien de Lezay, marquis de Marnézia, son neveu, seigneurs de Saint-Julien, résolurent 'te lui donner de l'extension. Ils firent un traité à Paris , le 23 mars 1778, avec les supérieurs de la Charité, dite de Saint-Lazare , pour obtenir trois sœurs de cet ordre , et
consacrèrent à cette fondation une somme de 20,000 livres. Des lettrespatentes du roi , du mois de janvier 178&, approuvèrent cet établissement. Une maison fut immédiatement construite et meublée aux frais de Mgr. l'évêque d'Evreux. Les trois sœurs étaient chargées de distribuer des secours et des remèdes à tous les pauvres malades, et d'instruire les jeunes filles de toute la terre d« Saint-Julien. De nouveaux dons, par MIIe Martinet, d'une somme de 6000 livres (1785), de M. de Lezay, de 12,000 livres (1787), augmentèrent bientôt la dotation. Cette maison prospérait et rendait de grands services, lorsque Lémare et Génisset , dans leur tournée révolutionnaire en 1793, chassèrent les pauvres religieuses. Le mobilier et les bâtiments furent vendus par la nation. Les capitaux de renies se perdirent par la négligence des administrateurs, à l'exception d'une somme de 12,000 livres. M. Albert de Lezay fit des démarches actives en 182*, pour le rétablissement de cet hospice. Le J 8 octobre 1828, Joseph-Marie Barraud légua, à cet effet, une maison et nn pré en valeur de 3000 fr. Le bureau de bienfaisance fit un règlement le 20 octobre 1834, pour la réorganisation de l'hospice. L'administration en fut confiée à trois sœurs de l'ordre de Saint-Vincent-de-Paul de Besançon. Cent élèves fréquentent l'école.
Une des sœurs est spécialement chargée du soin des malades.
Château moderne. L'ancien château était détruit et abandonné depuis les guerres du xvne siècle, lors que M. de Marnézia , ancien évèque d'Evreux, ayant choisi Saint-Julien pour sa retraite, fit construire le château actuel sur l'emplacement du Bourg-Dessus; des jardins, des parterres, des bosquets, des avenues
couvrirent bientôt le sommet de la montagne. M. le marquis de Lezay y fixa aussi son séjour. Il y réunissait les écrivains et les artistes les plus distingués de son temps , tels que Montesquieu, Champfort, Dupaty, le marquis de Boufflers , Saint-Lambert, Fontanes, Céruty, etc. Luimême y composait des poésies, tandis que Mmo Marie-Claudine de Nelancourt, son épouse, y peignait admirablement les fleurs et le paysage.
Prévoyant les malheurs qui allaient fondre sur la France, M. de Lezay s'embarqua en 1790, pour l'Amérique, accompagné de cultivateurs, d'ouvriers et d'artistes , dans l'intention de fonder une colonie sur les bords du Scioto. 11 revint à Paris en
1792, languit , pendant onze mois, dans les prisons de Robespierre et mourut en 1801 , des suites d'une maladie cruelle causée par sa longue captivité. Son épouse mourut en
1793, à Londres, où elle avait été obligée de se servir de son talent pour vivre. Le château actuel , propriété de M. le sénateur de Lezay, se compose d'an principal corps de bâtiment déforme rectangulaire, avec plusieurs bâtiments servant de dépendances, d'un beau jardin potager, d'un jardin d'agrément avec terrasses , tracé d'après le système de Lenôtre , et d'un vaste parc.
Biographie. Saint-Julien a donné naissance au savant et naïf Pierre de Saint-Julien de Baleure ; à plusieurs membres de la famille de Lezay; à M. Laurent-Marie Janet, conseiller d'état , mort à Lons-Ie-
Saunier, le 29 septembre 1841 , à l'âge de 73 ans. Avocat au bailliage d'Orgelet et ensuite à Lons-le-Saunier, M. Janet devint successivement membre de l'administration centrale du département , conseiller de préfecture, député au corps législatif, maître des requêtes au conseil d'Etat, membre de la junte de Toscane et de la consulte de Rome , président du conseil de liquidation et intendant général du trésor. Nommé baron de l'empire et décoré de plusieurs ordres, il était désigné comme futur ministre des finances , lorsque la chute de l'empire vint briser sa carrière. Il fit partie de la chambre des représentants pendant les Cent- Jours et fut de nouveau nommé maître des requêtes au conseil d'Etat en 1830. 11 fut élu député de l'arrondissement de Dole en 1837, et devint enfin conseiller d'Etat. Sa fille unique , encore vivante , est veuve de M. le comte de Mosbourg , mort pair de France. Ce bourg est encore la patrie de M. Antoine-Bernard Clerc ( 1 772-1 8M ) , capitaine décoré, qui s'est distingué dans les guerres de la République et de l'Empire.
Bibliographie. Archives municipales. — Archives de la préfecture du Jura. — Annuaires du Jura, 1840»
ISbfc, et les Jurassiens recommandables, par M. D. Monmer.
Jura (Dép. du). Cet article ne pouvant être rédigé qu'après une étude complète du département , terminera l'ouvrage.
Lac*des-HonKeB-TruUc« • vg. | percept. et bur. de poste de Saintde l'arr. de Saint-Claude, cant. , J Laurent } paroisse de Fort du-Plasne;
à 2 kil. de Fort-du-Plasne , 6 de Saint-Laurent , 33 de Saint-Claude et 54 de Lons-Ie-Saunier.
Altitude : 950m.
Le territoire est limité au nord parFoncine-le Baset Fort du-PIasne; au sud par Saint-Laurent et Morbier; à Test par Morbier, et à Poueil par Fort-du-Plasne et Saint- Laurent.
11 est traversé par les chemins tirant à Fort-du-Plasne; par la rivière de Lemme ; par les ruisseaux de la fontaine du Bois , de la fontaine au Chat ; par le bief du Lac et un autre petit ruisseau.
Le village est situé dans le Grandvaux , au fond d'un vallon que resserrent de hautes montagnes. Les maisons sont construites en pierre , couvertes en tavaillons ou bardeaux, élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée , et disséminées.
Pop. en 1846, 688 hab. ; en 1851 , 677, dont 313 nom. et 564 fem. ; pop. specif. par kil. carré, 34 hab.; 169 maisons , savoir : sous la Côte 5 , aux Martins 30, à la Favière 12, aux Moulins 11, aux ïhevenins 22 , au Voisinai 31 , au Marêchet 29, sous le Mont-Noir 29 ; 169 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les jeunes gens émigrent pour être fromagers ou domestiques.
Cadastre exécuté en 1 833 ; surf, territ. 1938h 66% divisés en 3216 parcelles que possèdent 308 propriétaires, dont 101 forains; surf, imp. 1948h, savoir : 104ihen bois, 472 en terres lab. , 246 en pâtures, 1 30 en prés, 39 en friches et murgers, 13 en broussailles, 8 en sol de bâtiments , 2h 50» en jardins , d'un rev. cad. de 9043 fr. ; cont. dir. en princip. 2741 fr.
Le sol, montagneux, très froid et peu fertile, produit du blé, de Porge, de l'avoine, des pommes de terre,
du lin , du foin et peu de chanvre.
On importe les deux tiers des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes , des chèvres, et on y engraisse quelques porcs. 10 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait peu de progrès.
On trouve sur le territoire des tourbières exploitées, des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille de très bonne qualité , qu'on exporte jusqu'à Morez , ainsi que de la pierre à chaux.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole et de Morez. Leur principale ressource consiste dansl'agricullure, le produit des fromageries, la fabrication des seaux et de l'horlogerie.
Il y a cinq fromageries appartenant aux sociétaires, dans lesquelles on fabrique annuellement 48,000 kil. de fromage, façon Gruyère , de bonne qualité; cinq moulins à farine à une ou deux paires de meules avec scieries mécaniques à une lame, 3 auberges et h voilurïerS.
Biens communaux : une maison commune, contenant le logement de l'instituteur et la salle d'éludé , fréquentée en hiver par 48 élèves; 5 fontaines et 765h 89* de bois, pâtures, marais, d'un rev. cad. de 1 740 fr. L'institutrice et l'école des filles, fréquentée en hiver par 40 élèves , occupent une maison louée par la commune.
Bois communaux : 893b 63* , dont 8b sont coupés annuellement. On délivre 1019 stères de boissapins.
Budget : receltes ord., 4639 fr. ; dép. ord., 4639.
NOTICE HISTORIQUE
Il existe sur le territoire de cette
commune , un lac de la forme d'un quadrilatère , long de 600 mètres et large de 300. Nulle source coulant à la superficie du sol ne lui porte son tribut, mais il est certain que cet amas d'eau ne s'entretiendrait pas à la hauteur de ses rives , s'il ne recevait secrètement quelque source inconnue; car il laisse échapper à son extrémité méridionale un des affluents de la petite rivière de la Sènette. On pèche dans ce lac des tanches, des brochets et des perches, mais il n'y a pas de truites. 11 semblerait pourtant que ce village lire son nom de la couleur des truites de son lac. Cette espèce de poisson a-t-elle disparu? Nous l'ignorons.
Ce que nous avons pu remarquer, c'est que les perches pèchées dans le lac, ont généralement les nageoires rouges. Suivant la tradition, les premiers colons qui défrichèrent la partie du Grandvaux où se trouvent aujourd'hui Fort-du-Plasne et le Lac-des-Rouges-Truites, étaient des étrangers venus pour recueillir la poix distillée par les nombreux sapins q»> recouvrent les montagnes, celte poix était vendue aux siresd'Arlay, qui en faisaient un grand commerce au xive siècle. Plusieurs fours étaient disposés pour la préparation de cette résine. La place qu'ils occun paient à Forl-du-Ptasne et au Lacn des-Rouges-Truites, s'appelle encore le Champ du Four ou le Raffour. Un ancien chemin de Saint- Claude à Jougne , passait à l'abbaye du Grandvaux, au Lac-des-Rouges- Truites ct à Foncine-le-Bas. Il est connu sous le nom de vie du Grandvaux, Pendant tout le cours du moyen-âge, Fort-du-Plasne et le Lac-des-Rouges-Truites prospérèrent, tandis que les autres communes du Grandvaux étaient misérables ;
était la même ; ils supportaient les mêmes charges ; aucun privilège ne les distinguait. Deux moulins avec foules et battoirs, furent établis en i545 , sur le bief du Lac , en vertu d'accensements consentis par l'abbé de Saint-Claude ; un troisième s'établit en 1647, sur le ruisseau des Genévriers. On peut consulter pour l'histoire de la commune qui nous occupe , les articles Qrandwux , Fort-du-Plasne et Saint-Laurent.
Ladoye, Dote, Doye, qu'on devrait écrire La Doye , vg. de l'arr.
de Lons-le-Saunier , cant., percept.
et bur. de poste de Voiteur; chapelle vicariale, érigée le 13 mars 1847, composée de la Doye et les Granges; à i 1 kll. de Voiteur et 20 de Lonsr le-Saunier. Altitude : 54 6m.
par Chàleau-Chalon et Frontenay ; au sud par Blois; a l'est par Lamare, Fay et le Fied , et à l'ouest par Châleau-Chalon. Les Granges et leChaumois-Boivin font partie de la commune.
U est traversé par les chemins de gr. com. n° 5, deBletterans à Champagnole, et 43, de Sellières à Champagnole; par les ch. vie. tirant à Plasne , à Blois, de Lamare à Poligny , ct de Blois aux Granges ; par la Seille , les ruisseaux de Baumion et de Saulelard ; par deux brandies du bief Moureau et deux branches du ruisseau de la Côte.
Pop. en 1790, 246hab.;en 1846, 236, en 1851 , 255,donl 127 nom. et 1 28 fein. ; pop. spécif. parkil. carré, 71 hab.; 58 maisons; 60 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1757. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques dans les grandes villes.
Cadastre exécuté en 1825; surf.
cependant la condition des habitants I terril. 35511 75»; surf. imp. 346h
66*, savoir : 496h en terres lab., 120 en pâtures, 14 en bois, il en prés , et le surplus en cultures diverses et sol de bâtiments , d'un rev.
cad. de 8479 fr.; contrib. dir. en princip., 1418 fr.
Le sol , montagneux à la Doye et en plaine aux Granges, est d'une fertilité ordinaire; il produit du blé, du seigle , de l'orge , de l'avoine , du maïs , des légumes secs , de la navette , des betteraves , des carottes fourragères, des pommes de terre, beaucoup de chanvre et de fruits , des vins rouges de bonne qualité, du foin et des fourrages artificiels. On importe le quart des céréales et on exporte moitié des vins. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
On ^élève dans la commune des bétes à cornes , des moutons , des cochons , quelques mulets, des chèvres et de la volaille. 100 ruches d'abeilles. L'agriculture y est en progrès et forme la principale ressource des habitants.
On trouve sur le territoire , de la marne employée pour l'amendement des terres , des sablières , des gravières, de la bonne pierre à bâtir, de la mauvaise pierre de taille, de belles laves, de la pierre à chaux, quelques minces filons d'argent, qu'on essaya d'exploiter en 1743 et les plus belles carrières de tuf du Jura. Ou les exploite au moyen de scies à eau et leurs produits, employés pour la construction des cheminées, des cloisons , rochers et grottes artificiels , sont exportés dans toute la province.
Quatre ouvriers y sont continuellement occupés et extraient chaque année 200 mètres cubes de tuf. II y a deux fromageries, produisant annuellement 6000 kil. de fromage, façon Gruyère ; trois moulins à farines ayant chacun quatre tournants,
l'un, avec une scierie à une lame et les deux autres avec un battoir.
Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, un presbytère, une maison commune, acquise en 1883 , en voie d'appropriation ; elle contiendra la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude des deux sexes, actuellement fréquentée en hiver par 30 garçons et 25 filles; 2 ponts en pierre, une fontaine avec lavoir, près du hameau des Granges, des bois et des parcours.
Bois communaux : 143h54a; coupe annuelle , 4h 34*.
Budget : recettes ord., 2478 fr.; dép. ord., 2413 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le village de la Doye ou Ladoye, est situé au fond d'une vallée, entre de hautes montagnes qui s'élèvent presque à pic. Les habitations sont disposées par groupes , rustiquement bâties en pierres et couvertes en laves. Du flanc des montagnes s'échappent plusieurs sources qui se réunissent au fond de la vallée et se confondent à Nevy ^rec les eaux qui viennent de Baume, pour former la rivière de Seille. Le nom de ce village semble indiquer une origine celtique; cependant le premier titre dans lequel on le trouve mentionné, est le diplôme de l'empereur Frédéric Barberousse , de l'an 1165, confirmatif des possessions de l'abbaye deChâteau-Chalon.
Seigneurie. La Doye dépendait en toute justice de l'abbaye de Château- Chalon. Les habitants étaient assujettis aux mêmes charges féodales que ceux de Blois. L'abbesse avait la propriété exclusive de la rivière de Seille, depuis la Doye jusqu'au pont placé sur le chemin de Nevy à Baume. Il y a au hameau des Granges , une maison seigneuriale; qui a
appartenu longtemps à la famille Droz*. Elle appartient actuellement à M. Quégain, de Voray-sur l'Ognon.
Eglise. Ce village dépendait de la paroisse de Chàtcau-Chalon ; il possédait néanmoins une chapelle , un cimetière et des fonts baptismaux avant l'année 1500. Les prêtres, appelés les Quarts-Fiefs , attachés à l'abbaye et à l'église paroissiale de Châleau-Chalon, desservaient à tour cette chapelle, moyennant certaines rétributions convenues avec les habitants, et suivant un tarif approuvé par l'archevêque de Besançon. L'église de la Doye est dédiée à saint Bruno, dont on célèbre la fête le 6 octobre, et se compose d'un clocher, d'une nef, d'un chœur, d'un sanctuaire se terminant octogonalement, et d'une sacristie. Le clocher a été construit en 1850; le surplus de l'édifice date du xvm* siècle.
Oratoire de Sainte-Foy. Il a été érigé au hameau du Chaumois-Boivin, près des moulins, le 8 mai 1 853, par Thérèse Dalloz et Marie- Foy Ménétrier. Il est construit en pierre de taUlc avec grille en fer et fronton.
Curiosités naturelles. Les différentes sources de la Seille , la cascade de Bobignon, les stalactites qui se trouvent dans les carrières de tuf, méritent d'être visitées. On * remarque au-dessus de la Doye et à mi-côte de la montagne, un espace de 100 mètres de longueur sur 2 mètres de largeur, où la neige fond à mesure qu'elle tombe. On attribue ce phénomène à une source d'eau chaude.
Lains , Leins , Ljns , vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., percept. et dist. de poste de Saint- Julien ; à 3 kil. de Saint- Julien et 38 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 443".
Le territoire est limité au nord par Montrevel ; au sud par Villeneuve ; à l'est par la Boissière, le Mont , Dessia et Valfin ; à l'ouest par Saint- Julien et Montagna- le -Templier.
Lancette, le Petit- Lancette, la Chapelle , les Creux-Dessus, les Creux- Dessous et le moulin de Lancette , font partie de la commune.
Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 3 , de Saint-Trivicr à Dorlans ; par les ch. vie. tirant à Montagna-le-Templier, à Marigna et à Cbarnod ; par le ruisseau de la Doye , le bief de la Chapelle, qui y prennent leurs sources , et par le ruisseau de Ponson.
Le village est situé sur la chaîne de montagnes qui sépare le bassin de la Valouze de celui du Suran. Les maisons sont agréablement groupées sur une éminence , construites en pierre, mais sans goût, et couvertes en tuiles creuses. Les toitures , un peu aplaties, sont très saillantes. Des massifs de frênes et de noyers ombragent les habitations.
La commune de Lancette a été réunie à celle de Lains, le 8 mars
Pop. en 1790, 438 hab.; en 1846, 400; en 1851, 396, dont 191 hom.
et 205 fem. ; pop. spécif. par kil.
carré, 40 bab.; 89 maisons, savoir :
à Lains 55 , aux Creux 7 et à Lancette 25; 87 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1729. Les jeunes gens émigrent pour être domestiques ou ouvriers en soie à Lyon.
Cadastre exécuté en 1820; surf, terril. 973h 90% divisés en 5144 parcelles que possèdent 300 propriétaires, dont 131 forains; surf, imp. 960h 67-, savoir : 435h en terres lab., 274 en parcours, 145 en bois-taillis , 52 en friches , murgers et broussailles , 42* en prés ,
9h en vignes, et le surplus en vergers, jardins et sol de bâtiments , d'un rev. cad, de 8018 fr. ; cont. dir. en princip. 1921 fr.
Le sol, montagneux et peu fertile, produit du blé, de l'avoine, beaucoup de maïs, des pommes de terre, du chanvre, des fruits, surtout des noix , du vin rouge et un peu de vin blanc, peu d'orge, de légumes secs, de navette et de betteraves. On exporte le tiers des céréales et on importe moitié des vins. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
On élève dans la commune des bêles à cornes, beaucoup de mulets et de volaille, des moutons, des porcs qu'on engraisse et quelques chèvres. 80 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès sensibles.
On trouve sur le territoire , des carrières de tuf abondantes et de bonne qualité , de la pierre à bâtir et de taille , de la pierre à chaux ordinaire et hydraulique, des carrières de pierres à fusil, non exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Arinthod.
Leur principale ressource consiste dans l'agriculture. Ils sont loin d'être dans l'aisance.
Il y a une fromagerie , dans laquelle on fabrique annuellement 4000 kilog. de fromage, façon Gruyère, un moulin à deux tournants, trois aubergistes, un voiturier et un maçon.
Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, un presbytère près de l'église, en bon état, une fontaine , trois puits , une chapelle au hameau des Creux , une place publique , ombragée par un beau tilleul très ancien, et 9Gh 59* de bois - taillis , pâtures , mares , abreuvoirs, friches, d'un rev. cad.
de 1 78 fr. La section de Lancette a 1 i»h 39* de pâtures, d'un rev: cad.
de 182 fr.
Bois communaux : Lains, 5lb 97a; coupe annuelle, 96*. Lancette, 32b 13*; coupe annuelle, 82".
Budget: recettes ord. 2394 fr.; dépenses ord. 2394 fr.
Bureau de bienfaisance. Revenu ord., 4 fr. ; la commune a en outre droit aux distributions du bureau de bienfaisance de Saint-Julien.
NOTICE HISTORIQUE
La voie romaine de Lyon au Rhin par Besançon, passait par Simandre, Chavannes, le Pontd'Evans, Lains, Monnetay et Orgelet. Bergier croit que c'est par cette route que , du temps d'Auguste, Tibère fit, à l'aide de relais, 200 milles italiques (environ 60 lieues communes de France de 25 au degré) en 24 heures, tant sa construction était admirable.
Philibertc de Luxembourg avait établi des courriers sur celle ligne pour obtenir plus vite des nouvelles de Philibert de Châlon, soit-fiu ^ alors en Italie (1550). C'est encore parce chemin qu'en 1567 , le fameux duc d'Albe arriva dans la Franche Comté à la tète de 12,000 hommes de pied espagnols et de 2000 chevaux , en marchant contre les Pays-Bas. Cette voie était protégée par une station fortifiée, dont on voit encore les (races à Lains , dans le lieu dit au Châtelard. On y trouve des fondations de murs, des tuiles romaines, des armes et des monnaies. M. Pelissard, curé de cette paroisse, conserve des médailles aux types de Jules-César et de Tibère, ainsi que d'autres antiquités recueillies en cet endroit. En 1191, on voit déjà figurer Lains et Lancette, parmi les possessions dont l'abbaye de Gigny
confia la garde à Etienne II , comte vassal de Bourgogne.
Seigneurie. Lains et Lancette dépendaient en toute justice de la baron nie de Saint-Julien. Les habitants qui tenaient des chèvres, devaient chaque année au seigneur un chevreau. Chaque ménage devait en outre un sol de cens. Les sujets étaient tenus de faire guet et garde au château, de contribuer à ses réparations et de s'y retirer en cas d'imminent péril ; ils étaient taxables et corvéables.
Prieuré des Creux. Entre le village de Lains et celui de Charnod , s'étend une étroite vallée, enfermée entre de hautes montagnes, jadis couvertes d'épaisses forêts. Du sommet du cirque formé par ces montagnes, une source tombe en cascade au fond du vallon et alimente on réservoir d'une eau toujours pure. C'est près de ce réservoir qu'était le prieuré des Creux , d'£creux ou des Crues. Vers le milieu du vne siècle, un apôtre de Flandres, saint Amand, évéque d'Utreclit et fils 'do ecrenus, duc d'Aquitaine, était venu fonder un monastère dans la vallée déserte de Nantua.
L'un de ses amis, du nom de Pondus, qui avait été aussi revêtu de l'épiscopat, vint le rejoindre dans sa retraite et lui succéda dans sa dignité abbatiale, en 671. Il quitta quelques années après le monastère de Nantua , pour venir jeter les fondements d'un prieuré dans le vallon des Creux, assez semblable à celui de Nantua. Ce pieux cénobite érigea une chapelle dans le village de Lains, dont la population encore païenne à son arrivée, avait été convertie par lui, et y choisit sa sépulture. La tombe placée sur son tombeau, entre le chœur et la nef de l'église , porte pour inscription :
S. Pontius , et représente ses (rails gravés au ciseau. Il porte le costume de moine et un nimbe entoure sa tète. Des fouilles, faites récemment sous la pierre tumulaire, ont amené la découverte d'un cercueil en plâtre ou en chaux , renfermant des ossements , dont la longueur atteste qu'ils appartenaient à un homme d'une haute stature. Un monogramme gravé à la clef de voûte du chœur porte en initiales : S. P. E.
ce qui signifies. Pontius episcopus.
Le martyrologe de Nantua indique qu'il mourut le 6 mars , sans désignation d'aucune année. Saint Laurent était le patron du prieuré des Creux, qui fut uni en 1510 à la chamarerie du monastère de Nantua , parmi les dépendances duquel il figure déjà dans une bulle du pape Luce II , du 15 des calendes de mai 1 174. Le seigneur de Saint- Julien avait la garde noble de ce prieuré. Il y faisait exercer la justice haute, moyenne et basse, depuis le midi de la veille de la fête de saint Laurent , jusqu'au midi du lendemain de celle fête. Le prieur était tenu de nourrir convenablement à ses frais pendant ce temps-là , le châtelain ou son lieutenant , le procureur, le scribe, le prévôt, le receveur, les francs-sergents et les autres officiers du seigneur de Saint- Julien , ainsi que leurs chevaux et leurs serviteurs. Les sergents devaient faire le guet et garde tant de jour que de nuit, pour éviter, dit une reconnaissance de l'an 1533 « aux inconvénients, bruits, violences et injures qui se pourraient (aire durant le dit temps , pendant lequel il survient et afflue audit lieu plusieurs gents pèlerins et autres y allant en voyage. » Ce prieur était tenu de fournir une prison et des liens pour retenir les coupables peiy
dant la durée de la fétc. Le seigneur percevait seul le droit de vente et de couponnage des denrées amenées à la foire qui se tenait le lendemain de la féte. Toutes les mesures étaient échantillonnées par ses officiers. « Les tabourniers, m en es triers et instrumentales, nedevaient jouer de leurs instruments pour commencer danses et il était défendu de jouer à jeux de quilles ni autres semblables sans la permission du châtelain, sous peine de 60 sols d'amende. » La féte de saint Laurent amenait aux Creux un concours extraordinaire d'habitants de la Bresse; la jeunesse s'y livrait à des excès de toutes sortes, malgré la police sévère qui y était faite. Un village assez considérable réduit aujourd'hui à quelques fermes , entourait le prieuré.
Le prieur en était le seigneur haut, moyen et bas justicier, et faisait exercer sa justice par un prévôt, qui tenait cet office à titre héréditaire.
Bérard des Crues était témoin , en 1237, de la donation faite par Mariasses de Coligny à l'ordre du Temple , du territoire de Monlagna. Le chambrier de Nantua se qualifia dès le xive siècle, de prieur des Creux.
Le patronage de l'église de Lains lui appartenait. La maison prieurale n'existe plus. L'église, ruinée depuis les guerres du xvue siècle , fut rebâtie en 1752. On y célébrait la messe une fois par semaine. Elle renferme encore l'ancienne statue de saint Laurent.
Eglise de Lains. Elle est dédiée à sainte Anne, dont on célèbre la fête le 26 juillet, et orientée. Elle se compose d'un porche , sur lequel s'élève le clocher , d'une nef , d'un choeur, d'un sanctuaire semi-octogonal et d'une sacristie à droite du sanctuaire. Le clocher est surmonté d'un dôme dépourvu de grâce ; la
nef date du xvne siècle; elle est voûlée en berceau. Le chœur et le sanctuaire sont du style ogival et plus anciens que la nef ; ils sont décorés de piliers cylindriques en partie engagés dans les murs ; de ces piliers, partent les nervures qui se ramifient sous la voûte. Trois fenêtres géminées , trilobées et richement décorées de moulures , éclairent le sanctuaire. Elles étaient garnies de précieuses verrières du xv0 siècle, représentant des personnages empruntés au nouveau Testament; il n'en reste que des fragments.
Curiosités naturelles. On remarque dans le bois de Coissonet, une vaste grotte et un puits naturel très profond.
Liions v £a Joux, Les Joux, val lis média Jurai , My-Joux , Mijoux, vg. de l'arr. etcant. de Saint- Claude, perc. et distrib. de poste de Septmoncel ; sucursale à Mijoux , composée de la Joux et Mijoux ; à 16 kil. de Saint-Claude et 75 de Lons-le-Saunier. Altitude : 1182m.
Le territoire est UmU« au nord par Lamoura et Prémanon ; au sud par Septmoncel et les Molunes ; à l'est par la Suisse et le pays de Gex, dont il est séparé par la Valserine ; à l'ouest par Lamoura et Septmoncel.
Mijoux, laCombc-de-Mijoux, Forêt- Mont, la Chenevière, la Pelite-Joux, la Grande-Cala , les Songeons , sur Montoysel, sous Montoysel , l'Aubarette , la Moulotte , la Cote-dc-Mijoux , la Joux- Verte et la Frasse , sont des hameaux et maisons isolées qui font partie de la commune.
Le territoire est traversé par la route dép. n° de Lons-le-Saunier à Genève; par le ch. de gr. com.
n° 25, de Saint-Claude à Genève ; par les ch. vie. tirant aux Molunes, à Septmoncel et aux Rousses.
Mijoux est situé au fond de la vallée de la Valserine, et la Joux sur les hautes montagnes qui s'élèvent sur la rive droite de cette rivière, en face de la Faucille. Les maisons sont éparses sur toute l'étendue du territoire, élevées d'un étage audessus du rez-de-chaussée, très bien bâties en pierres et couvertes en tavaillons.
Cette commune a été détachée de celle de Septmoncel , le 21 octobre
Pop. en 1846,828 hab.; en 1851, 754 , dont 384 nom. et 370 fem. ; pop. spécif. par kil. carré, 29 hab.; 100 maisons, savoir : à la Joux 33, sur les Champs 6, à la Joux-Dessus 10, à la Petite-Joux 7, à Songeon 6, à la Combe-de-Mijoux 32 , à Mijoux 6; 144 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent à 1770. Les habitants n'émigrent que pour être lapidaires à Paris.
Surface territ. 2369h 94% divisés en 1453 parcelles que possèdent 192 propriétaires, dont 30 forains; surf. imp. 2551h, savoir :
894 en boi»-<ainis, 745 en pâtures, 059 en bois-sapins , 336 en terres lab., 30 en prés, 3h 85a en sol de bâtiments, lh 86* en tourbières, 44a en jardins et 23* en friches, d'un rev. cad. de 29,836 fr. ; cont.
dir. en princip., 5126 fr.
Le sol, montagneux, produit quatre fois la semenee, mais les récoltes sont très sujettes à la gelée. Elles consistent en orge, avoine, pommes de terre, un peu de lin et du foin.
On fait de Pcau-dc-vie avec la gentiane. On importe les trois quarts des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes, quelques chèvres et des volailles. L'agriculture y fait des progrès.
On trouve sur le territoire des tourbières exploitées, des sablières, des carrières de pierre à bâtir et de taille , ainsi que de la pierre à chaux.
Il y a deux fromageries à la Joux, dans lesquelles on fabrique annuellement 10,000 kil. de fromage , façon Gruyère, de première qualité. Chaque particulier fabrique en outre dans sa maison de gros fromages gris, dits persillés ou de Septmoncel, façon Septmoncel , et de petits fromages , appelés Chevrets. La production totale de la commune est d'environ 30,000 kil. par an.
tuellement les marchés de Saint- Claude. Presque tous s'occupent de façonner des pierres de diverses cou leurs (saphir, topaze, émeraude et améthyste), que d'habiles ouvriers et des enfants intelligents taillent , percent et polissent. Ils font aussi de la bimbeloterie , pour le compte des négociants de Paris, et façonnent le bois de sapin. Ils ne se livrent ù ce genre d'industrie que pendant le temps où ils ne peuvent exécuter leurs travaux agricoles. Il y a plusieurs usines sur le cours de la Valserine.
On remarque à la Joux, les beaux bâtiments qui renferment les ateliers de M. Claude-Marie David , dans lesquels on travaille les rubis pour montres , les pierres fines et la lapidairerie. Cet établissement occupe continuellement 250 ouvriers , tant hommes que femmes et enfants.
M. David est le propriétaire actuel du château de Voltaire, à Ferney, qu'il habite une partie de l'année.
Il y a à la Joux une capitainerie de douanes , et un bureau à Mijoux, composé d'un receveur et d'un visiteur.
Biens communaux: une église,
un cimetière, et un presbytère au hameau de Mijoux; une maison commune à la Joux, construite en 1840, qui a coûté 11,000 fr.; elle renferme la mairie, le logement de l'instituteur et une salle d'étude , fréquentée en hiver par 35 garçons et 30 filles; une fontaine, deux puits communaux , trois chàlets communaux , et 30" 60° de pâtures , d'un revenu cad. de 2 fr. 20 cent. Les propriétés de celte commune ne sont pas encore séparées de celles de Septmoncel.
Budget : receltes ord., 2861 fr.; dép ord., 230b fr.
NOTICE HISTORIQUE
La vallée de Mijoux, traversée par la Valserine, est un inonde nouveau pour l'habitant de la plaine ; son horizon , limité par les deux chaînes colossales de montagnes qui la resserrent, et dont l'une e*t dans l'ombre quand l'autre est éclairée ; le silence de ce majestueux désert qu'interrompt le son monotone et lointain des bétes au pâturage, l'air frais et vivifiant que l'on respire, tout fait naître chez l'étranger qui la parcourt, des sentiments inexprimables. Mijoux a eu pour origine quelques chàlets épars sur les deux versants de la vallée, et construits pour donner asile aux troupeaux de vaches que Septmoncel et le pays de Gex y envoyaient en été. Toutes ces habitations provisoires étaient abandonnées à la fin de l'automne, et cette étroite contrée restait déserte et silencieuse. Les sapins descendaient jusque dans la vallée et se mêlaient aux robustes hêtres , qui bravent les rigueurs de l'hiver comme les arbres résineux. Avec le temps , ces vieux habitants du sol ont disparu et ont été relégués sur les froides sommités du Jura ; ils ont fait
place à d'excellents pâturages, dont le produit fait la richesse principale du pays. L'âpreté du climat de cette vallée, qui s'élève à 961 mètres audessus de la mer, devint plus supportable. On y construisit des maisons plus chaudes, plus solides.
Quelques vigoureux pâtres y passèrent l'hiver, bravant l'isolement, les tempêtes et l'amoncèlement des neiges au niveau de leur habitation.
Les maisons qui forment le village de la Joux ont eu les mêmes commencements que celles de Septmoncel. La route actuelle de Saint-Claude à Genève, par Mijoux et Gex, n'a été construite qu'en 1742; mais il existait un chemin très ancien, tirant directement par Septmoncel et Mijoux , et qui n'était praticable qu'à cheval ou à pied. Un autre chemin venant de Nyon, aboutissait au précédent à Gex , et un troisième tirait à Saint-Cergues , en passant par Septmoncel et l'Etroit de la Joux. II est question du chemin de Nyon dans la vie de saint Romain, écrite au vie siècle, où il est qualifié de Semita. Ces routes, malgré difficultés qu'elles présentaient, furent trest™.
qucnlées au moyen-âge et même dès l'époque romaine. 11 devait exister des rapports assez fréquents entre les villes de la Séquanie et celles de Genève et de Nyon , colonia Julia equestris , et il n'y avait pas de voie plus directe que celle passant à Condat (Saint-Claude). En 790 ou 791, l'empereur Charlemagne donna ou confirma à l'abbaye de Saint-Oyan une immense étendue de forêts et de montagnes , silvam quœ vocatur Juris , limitée par l'Orbe, l'arête du Noirmont, le chemin de la Ferrièresous-Jougne, la Valserine, le bief Brun, la Semine, le bief iVoct/ (aujourd'hui le ruisseau d'Orval , qui passe sous Bel leydoux), Eschalon, et
qui se prolongeait jusqu'aux plaines du pays de Vaud. L'empereur Frédéric Barberousse confirma cette donation en 1184 ou 1185, et ses successeurs en firent de même. Ces belles forêts , ces gras pâturages devinrent un objet de convoitise pour tous les voisins. Les religieux de Cbézery, dont le monastère avait été fondé par le comte Amédée III de Savoie, le 29 août 1U0, les chartreux d'Aujon , les moines de Bonmont , du lac de Carnens ( lac de Joux), anticipaient chaque jour sur ce territoire. Les habitants de Gex , de Nyon, ne craignaient pas d'y venir en force , couper et écorcer les arbres. Les nobles des environs étaient les premiers à provoquer ces actes de violence. L'abbé de Saint- Oyan ne pouvait résister à des attaques dirigées sur tous les points de sa souveraineté. Le dimanche avant l'Ascension 1386, il fit un alicment, c'est-à-dire une alliance offensive et défensive avec Jean de Chalon , comte d'Auxerre , 1er du nom. Ce seigneur s'engagea à faire la guerre pour le compte de l'abbé, à grande «4 a petite force, toutes les foi» qu'il en serait requis et à ses propres frais, pour protéger les domaines du monastère depuis la Valserine jusqu'à Genève , à condition que tout le butin pris par ses gens d'armes leur appartiendrait et que l'abbé ne ferait aucune paix avec les nobles qui seraient gagés, sans son consentement. Il ne voulut pas s'obliger à marcher en agresseur contre le sire de Vignory, son frère , contre Otton , comte palatin de Bourgogne et Renaud , comte de Montbéliard , ni contre le comte de Savoie ; mais il promij de leur résister en cas d'attaque de leur part. Ce traité ne produisit aucun résultat satisfaisant.
L'abbé Etienne de Thoire-Villars ,
après avoir exposé à ses religieux que les nobles et les barons, ses voisins, s'efforçaient plus que jamais d'usurper les Hautes-Joux du monastère , leur dit qu'il conviendrait de bâtir un chÂteau-fort sur la montagne de Saint -Cergues (Sanctus Cyricus), mais que l'état de détresse dans lequel se trouvait sa maison ne permetlant pas de le faire , il fallait choisir un avoué assez puissant pour les protéger. Il proposa de s'adresser à son propre père, Humbert IV, sire de Thoire-Villars, de Montréal, Arbens, etc.; nulle famille, disait-il, ne s'était montrée plus attachée que la sienne à l'abbaye qu'il administrait. En effet, Bernard et Bérard , avaient été tous deux abbés de Saint-Claude avant que de devenir évêques de Belley et avaient comblé celte maison de leurs largesses. Il n'y avait pas à hésiter. Au mois de novembre 1299 , on signa un traité d'association avec Humbert IV , par lequel on lui céda en pleine propriété , moitié de tout l'espace compris entre l'abbaye de Chèzery, la Valserine, l'Orbe, le lac de Carnens et la terre de Genève, à la* seule exception de la montagne de Montoysel, et à condition qu'il bâtirait à ses frais une forteresse et une enceinte sur la montagne de Saint-Cergues, dont l'abbé pourrait se servir pour y loger des gens de guerre. Humbert ne put qu'exécuter en partie ses promesses, car il mourut le 14 mai 1301, et fut inhumé dans l'abbaye de Saint-Claude. L'abbé Etienne mourut lui-même le 30 septembre 1303. Louis de Villars, archevêque de Lyon, frère d'Etienne, mourut le 4 juillet 1308. Tous deux furent inhumés à côté de leur père. Odon III de Vaudrey, successeur d'Etienne, offrit en 1319 à Hugues de Chalon-Arlay 1er, de le
subroger aux effets du traité fait avec Humbert IV; mais pendant les pourparlers, Humbert V de Thoire- Villars , par un acte daté à Poncins, du mardi après la Nativité de Notre- Seigneur, de l'an 1520 (v. st.), renonça en faveur de l'abbaye à sa moitié de la terre de Saint-Cergues, moyennant une rente annuelle de 120 livres, assignée sur Poncins, Neuville, Saint-André et les revenus temporels du prieuré de Menestreuil. Les enfants d'Humbert V tentèrent de revenir sur cette cession, mais ils furent obligés de se désister de leurs prétentions, et l'empereur Charles IV prononça même en 1360 l'extinction de la rente de 120 livres. Saint-Cergues se trouvait jusqu'à un certain point protégé par son château , mais la vallée de Mijoux était abandonnée à ses propres forces. Les habitants de Gex et de Septmoncel s'y livraient chaque jour des luttes atroces , se disputant les bois et les pâturages. Hugues . fils de Guillaume de Joinville , se prétendait propriétaire de cette vallée.
L'abbé de Saint-Oyan lui déclara la * guerre. Des prélats, des chevaliers, des docteurs en lois , tinrent une conférence et firent proposer un arbitrage qui amena un traité de paix, signé le mardi avant la Nativité delà Vierge, de l'an 132k. Les sujets intéressés à cette transaction , loin de l'accepter, se livrèrent à des combats plus furieux que jamais.
Le mardi avant la fête de saint Barthélémy, apôtre, de l'an 1334, un nouveau traité de paix intervint entre l'abbé Jean de Roussillon et Humbert, fils d'Hugues de Joinville, seigneur de Gex. Après avoir exposé que la vallée et combe de Mijoux, située sur leurs limites respectives, était l'occasion de longues querelles qui avaient amené entre
leurs sujets « de grands désordres, dissenlions et guerres , voire en seraient ensuivis des homicides, voleries, brulcments de maisons et plusieurs autres malheurs, » les parties convinrent, 1° que le territoire compris entre la fontaine de Diane ou la Vauférine, jusqu'aux possessions de l'abbaye de Çhézery, serait commun entre eux, en justice haute, moyenne et basse, chasse , cours d'eau , pâturages , bois, revenus et amendes, sans préjudice des droits des particuliers ; 2° que les droits spirituels seuls resteraient réservés à l'abbé ; 3° qu'un hôpital serait bâti à frais communs, et que la collation en serait alternative ; k° qu'il serait institué un prévôt ou mistral , chargé de rendre la justice , de percevoir les revenus et de prêter serment aux deux parties contractantes; 5° que si on ne s'accordait pas sur le choix, l'abbé et le seigneur de Gex nommeraient chacun le leur, mais que ces deux officiers ne pourraient agir qu'en commun ; 6° qu'aucune maison-forte ne pourrait être bâtie dons la vallée ; 7° que la moilie i»
divise de celte vallée resterait toujours annexée à la seigneurie prin cipale de Gex. L'abbé s'obligea de payer à Humbert de Joinville , 600 livres pour les dommages causés pendant la guerre, et lui céda le fief d'Etienne de Gorent, pour l'indemniser d'un gentilhomme qui avait succombé dans une de ces luttes.
Les gens de Septmoncel , regardés comme les principaux coupables , furent condamnés à payer perpétuellement le cens de 13 livres de cire , dû à l'abbaye de Saint-Oyan par le seigneur de Gex. Ce dernier s'obligea enfin à faire hommage de sa moitié à l'abbé. Ce nouveau traité commençait déjà à être foulé aux
pieds, lorsqu'une peste épouvantable, qui se communiqua de l'Italie à la Savoie , envahit nos montagnes en 1349, et enleva à peu près toute la population. Le pays de Gex, Septmoncel, devinrent presque déserts. Le petit nombre de ceux qui résistèrent au fléau fut enlevé par la famine, en même temps que le bétail était dévoré par les ours. Les colons étrangers qui vinrent repeupler ces solitudes ne s'accordèrent pas mieux que leurs prédécesseurs. En 1389 , l'abbé et les religieux de Saint-Claude exposèrent, d'un ton suppliant, à Bonne de Bourbon , veuve d'Amédée VI , comte de Savoie, que ses sujets de Gex et de Nyon se portaient chaque jour en force et puissance dans les forêts de l'abbaye ; qu'ils en coupaient et écorçaient les arbres; qu'ils menaient paître leurs bestiaux dans les pâturages et les dévastaient entièrement ; que quelques moines ayant voulu les engagera se retirer, furent faits prisonniers et conduits dans les prisons de Gex, où le châtelain les retenait incarcérés. Bonne de Bourbon nomma Jacques Champion, chevalier, docteur ès-lois et Aymon de Sergy, pour prendre connaissance de cette affaire , et ce ne fut qu'après une longue procédure, que les pauvres moines purent recouvrer leur liberté. Nous avons déjà rapporté dans notre notice sur Bois-d'Âmont, les différents événements qui eurent pour résultat d'enlever à la terre de Saint-Oyan et au comté de Bourgogne la seigneurie de Saint-Cergues et une foule d'autres possessions qui nous furent arrachées par la mauvaise foi des Bernois; il nous suffira de dire que la vallée de Mijoux était placée sur les frontières de troi3 puissances qui se la sont longtemps disputée et que sa pos-
session a été l'objet d'importantes et nombreuses négociations diplomatiques. Quant à la souveraineté, elle resta indivise entre les seigneurs de Gex et les comtes de Bourgogne, jusqu'en 1612, époque du traité d'Auxonne. La délimitation en fut réglée par une commission mixte , qui prit pour ligne de démarcation la rivière de Valserine dans toute sa longueur du nord au midi. Par cet arrangement , les habitants de la rive droite perdirent le privilège de pouvoir exporter leurs produits à Gex et à Genève * et ceux de la rive gauche , celui de se procurer, sans impôt , dans la Comté , le sel nécessaire à leur consommation, à la fabrication de leurs fromages et à l'entretien de leurs bestiaux : c'était ruiner d'un seul coup le commerce et l'industrie des deux côtés. Les efforts des abbés de Saint-Claude empêchèrent toujours l'introduction du lutbérianisme dans la vallée de Mijoux. 11 était défendu d'y recevoir des ouvriers , des fermiers ou des bergers huguenots.
Le 25 septembre 1 657, M. Foissotte, .
intendant de dom Juan d'Autriche, abbé de Saint -Claude , donna un ordre formel d'expulser tous ceux qui s'y trouvaient.
Hôpital. Jean de Roussillon et Humbert de Joinville , sire de Gex , firent construire en 1334 , suivant le traité passé entre eux, un hôpital à Mijoux , dédié à saint Jacques et à saint Christophe. L'abbé de Saint- Claude consacra à cette dotation une partie des biens de l'aumônerie de son monastère, et confia l'administration de cet hospice au ebambrier de l'abbaye. On y entretenait un hospitalier, qui recevait les voyageurs et les pèlerins arrêtés par les neiges. Il y avait quatre lits seulement. Cette maison était en ruine
en 1657 ; un hospitalier y résidait , mais n'exerçait plus l'hospitalité. Il en retirait les revenus, à charge de donner deux chapons et 6 gros au chambricr. Il fut décidé dans un chapitre général tenu en 1686, que l'hôpital de Mijoux serait abandonné et ses biens réunis à l'hôpital de Saint-Claude. Les religieux du Mont- Carmel et de Saint-Lazare voulurent s'en emparer, mais des lettres-patentes du roi , du mois de janvier 1699 , prononcèrent l'union de cet hôpital à l'Hôtel -Dieu de Saint- Claude , à charge par ce dernier de recevoir des malades de la paroisse de Septmoncel, à proportion des biens que l'union lui procurait.
Eglise. Mijoux et la Joux dépendaient de la paroisse de Septmoncel.
L'éloignement de l'église avait de fâcheux effets. Les habitants qui portaient les morts au cimelière , étaient souvent arrêtés par les tempêtes et les neiges; il fallait alors déposer le cercueil et venir le reprendre quand le chemin était praticable. Un décret de Mgr. l'évêque de Saint-Claude, du 16 août 1755, érigea une église succursale à Mijoux ; cette église fut commencée en 1759, et terminée en 1760. On la dédia à saint Jacques et saint Christophe, dont on célèbre la féte le 35 juin. Cet édifice , nouvellement restauré , se compose d'une nef, d'une grande tribune, de deux chapelles , d'un sanctuaire , d'un chœur de forme octogonale, d'un clocher et d'une sacristie. Il a été construit sur l'emplacement de la chapelle de l'hôpital.
Seigneurie. Voir l'article Septmoncel.
Evénements divers. Lors de la guerre qu'Edouard, comte de Savoie,
neveu, au seigneur de Gex et à Humbert , frère de Guigue , dauphin du Viennois, en 1323, Jean de Chalon- Arlay II courut au secours du dauphin et de ses alliés, en passant par Saint-Claude , la vallée de Mijoux et Gex. Pendant les courses des grandes compagnies, les habitants de Septmoncel , Mijoux, Longchaumois et Orcières, faisaient continuellement le guet et garde au château de Saint-Cergues , dont ils étaient retraitants et fermèrent tous les passages. Il en fut de même au moment de la guerre de Charles le Téméraire contre les Suisses et surtout lorsque se livra la bataille de Morat (1476).
Après qu'Olivier de la Marche eut enlevé aux portes de Genève, Iolande de France, veuve du duc de Savoie, par ordre du duc de Bourgogne , dont il était le chambellan , il la contraignit à se placer en croupe derrière lui sur son cheval et se fit suivre par les jeunes enfants de cette princesse. Il profila de l'obscurité de la nuit pour la ramener à Gex , et de là , par le col de la Faucille , dans la vallée de Mijoux. Il se dirigea ensuite à travers les montagnes sur Saint-Claude. L'évêque de Genève quitta Gex , suivi de plusieurs cavaliers et poursuivit l'escorte du chambellan , mais il ne put l'atteindre (27 juin U76). Durant la guerre d'Edouard III , duc de Savoie, contre la ville de Genève , en 1534, ce prince donna ordre au marquis de Mus, plus tard marquis de Marignan , de réunir quelques troupes pour serrer* les Genevois de plus près et les réduire à la famine.
Le roi de France , François 1er, qui favorisait les protestants à l'extérieur, tandis qu'il les persécutait dans son royaume, autorisa le sieur
fit à Hugues de Faucigny, son beau- de Veray, seigneur de Montbel , à frère, au comte de Genevois, son | se mettre à la tête d'un corps de
i 200 ouvriers originaires de Genève et résidant à Lyon , et de les conduire au secours de leur patrie. Cette troupe, à laquelle s'étaient réunis un grand nombre d'aventuriers, traversa une partie de la Savoie , en suivant la rive gauche du Rhône.
Arrivée au village de Salleneuvc, à cinq lieues de Genève, elle fut arrêtée par le seigneur du lieu , aidé des habitants. Cette résistance permit au comte de Chalant, maréchal de Savoie , d'atteindre cette petite armée, composée d'hommes peu façonnés au métier des armes ; elle fut complètement dissipée. Les fuyards revinrent sur leurs pas, et comme tous les passages étaient gardés, ils allèrent par lepontdc Seyssel, passer à Saint-Claude , et de là à Mijoux , pour gagner la plaine de Genève.
Une lutte s'engagea entre eux et les Savoyards qui gardaient le passage de la Faucille. Ces derniers remportèrent une victoire complète.
François 1er, maître de la Bresse et du Bugey (1535), voulut réparer cet échec en envoyant à ses amis de Genève une compagnie de gens d'armes italiens , commandés par Rance de Cère. Ces nouveaux auxiliaires arrivèrent aussi par Saint-Claude , Mijoux et Gex , parce que le fort de l'Ecluse était au pouvoir des Savoyards. A peine cette compagnie d'Italiens eut-elle pénétré par le col de la Faucille , qu'elle fut battue et dispersée par le baron de la Serre et les autres seigneurs du pays. Un bois ù Mijoux, appelé la forêt du Massacre, rappelle encore par son nom une de ces luttes sanglantes. Nous avons déjà rappelé, à l'article Saint- Claude, différentes invasions des protestants suisses, surtout celle de i 57 1 , qui avaient pour but le pillage des églises et de l'abbaye de Saint- Oyan, mais elles furent sans succès.
Le 31 décembre 1813 , deux corps assez considérables de cavalerie et d'infanterie autrichienne arrivèrent à Gex et entrèrent le 2 janvier en Franche-Comté; les uns prirent la route de Morez , les autres celle de Saint-Claude par Mijoux, et traversèrent cette contrée sans commettre d'excès. Il n'en fut pas de même lors de la seconde invasion , au mois de juillet 1815. Les troupes françaises qui défendaient le passage de la Faucille , peu nombreuses et environnées de toutes parts, profitèrent de la nuit pour l'évacuer et se retirèrent à Saint -Claude. 25,000 hommes de troupes alliées traversèrent la vallée de Mijoux et Septmoncel , prenant le bétail , pillant les maisons , enlevant les fromages des chàlcts et fusillant les habitants qui s'étaient enrôlés dans les corps francs.
Bibliographie. Archives de la préfecture du Jura. — Histoire politique et religieuse du pays de Gex , par J. Brossard. — Annuaire du Jura, année 1840.
Lamaln, (Saint-), LOCUS Lamont, Salaman, Sanctus Lamanus, vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., percept. etbur. de poste de Sellières; succursale; à 6 kil.
de Sellières , et 1 8 de Lons-le-Saunier. Altitude : 29 Um.
Le territoire est limité au nord par Saint-Lothein > Toulouse et Darbonnay; au sud par Bréry et Frontenay ; à l'est par Passenans et Darhonnay; à l'ouest par Toulouse, Montchauvrot , Bréry, la rivière de Braine et le ruisseau du Battoir. Montchauvier fait partie de la commune.
11 est traversé par le chemin de gr. corn. n°43, de Sellières à Champagnole ; par les chemins vicinaux
Urant à Sellières et à Passenans , de Montchauvier à Montchauvrot, de Saint-Lamain à Lons - le - Saunier, passant par le pont du gué Farou, et par le chemin tirant à Toulouse, appelé le chemin de la Poste ; par laBraine , le ruisseau du Battoir ou Roselain; par les biefs de Saint- Lamain, de Gorget et du Clusiaux.
Le village de Saint-Lamain est situé sur le revers nord- ouest d'un côteau ; la section de Montchauvier est assise au sommet d'une colline, d'où la vue embrasse un vaste horizon. Les maisons sont peu isolées, construites en pierre et généralement couvertes en tuiles.
La commune de Montchauvier a été réunie à celle de Saint-Lamain, le 27 mars 1822.
Pop. en 1790, de Saint-Lamain , 147 hab. ; de Montchauvier, 100; pop. réunieen 1846, 287; en 1851, 255, dont 126 hom. et 137 fem.; pop. spécif. par kil. carré, 70 hab.; 68 maisons, savoir : à Saint-Lamain 51, et à Montchauvier 37 ; 7k ménages. Les plus anciens registres de l'étal civil datent de 1683. Beaucoup de familles émigrent pour être domestiques à Paris.
Cadastre exécuté en 1808 ; surf, territ. lUOh 8la, divisés en 715 parcelles , que possèdent 287 propriétaires, dont 218 forains; surf, imp. 391h, savoir : i7kh enterres lab. , 92 en prés, 65 en vignes, 27 en pâtures, 26 en bois, et le surplus en friches, vergers, jardins et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 1 9,2 1 7 f. ; contr. dir. en princip. 2785 fr.
Le sol , argilleux , froid et très accidenté, est peu fertile; il produit du blé, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, de la navette, des carottes fourragères , des pommes de terre , du chanvre , des fruits , des vins rouges et blancs de bonne qua-
lité, beaucoup de foin, des fourrages artificiels et peu d'orge. On importe le tiers des céréales et on exporte les cinq sixièmes des vins. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent.
On élève dans la commune des bétes à, cornes , des moutons , des porcs, des volailles et quelques chèvres. 12 ruches d'abeilles. L'agriculture y est en progrès.
On trouve sur le territoire de la marne , du sulfate de chaux à une petite profondeur, des carrières de pierre à bâtir et de taille , de couleur gris-cendré, qui pourrait être convertie en chaux hydraulique , de la pyi ite martiale, ou sulfure de fer natif, près du château de la Sauge, et des lignites dans le bois communal.
Il y a une fromagerie à Montchauvier, dans laquelle on fabrique annuellement 2200 kil. de fromage, façon Gruyère.
M. Gustave Blondeau fait le commerce et la préparation des vins blancs mousseux et clairets, qu'il exporte en Franche - Comté , en France, en Angleterre, en Afrique et même en Amérique. Ses produits sont très recherchés.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Sellières.
L'agriculture et la culture de la vigne forment leur principale ressource.
Biens communaux : une église , un cimetière à Tcntour, un presbytère en mauvais état, une maison commune établie dans l'ancien presbytère ; elle comprend la mairie, le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 25 garçons et 25 filles ; 3 puits communaux, dont 1 à Montchauvier et 2 à Saint-Lamain, 1 pont, appelé le pont des Serves, et 21h 46a de pâtures et bois, d'un rev. cadast.
de 342 fr.; la section de Montchauvier a 30h 93" de bois et parcours , d'un rcv. cadast. de 525 fr.
Bois communaux : Saint-Lamain, 5h, trop jeunes pour être exploités; MonVchauvier, 22h 16*, dont 43a, sont coupés annuellement.
Budget : recettes ord . , 2839 fr.; dépenses ord., 1919 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le village de Saint-Lamain est mentionné pour la première fois en 1156, sous le nom d'ecclesia de Salaman, dans un dénombrement des biens de l'abbaye de Château- Chalon, que fournit une bulle du pape Adrien IV, et selon toute apparence , ce n'était à cette époque qu'une petite bourgade habitée par quelques serfs. 11 est désigné de nouveau dans un diplôme 4e l'empereur Frédéric Barberousse, de Tan 1 1 65 , sous le nom de Locus sancti Lamani, et dans une bulle du pape Luce III , sous celui de Villa sancti Lamani; mais les détails manquent , et il est encore impossible de se faire une idée de l'importance de ce lieu. 11 faut arriver au xive siècle pour trouver quelques souvenirs précis qui se rattachent h son histoire. Au milieu de celte obscurité, il est difficile de savoir si Saint-Lamain n'aurait point clé un établissement romain. Une voie gauloise ou au moins romaine, passant par Domblans, au lieu dit le chemin de la Poste , traversait la Seille au gué Farou , se continuait, entre Bréry et Frontenay, sur Saint- Lamain , Darbonnay, Bcrsaillin et Brainans , et aboutissait à la grande voie de Langrcs à Genève. A Saint- Lamain, un rameau se détachait et se dirigeait sur Poligny par Saint- Lotbein. Il est encore appelé \c chemin
des Allemands, probablement en souvenir des nombreuses bandes de soldats allemands au service de Louis XI , qui sillonnèrent la province au xve siècle , jetant partout la terreur et la mort. Un climat dit aux ChambrctteSy parait avoir été occupé par une villa romaine. Des fouilles dirigées sur ce point amèneraient certainement la découverte de débris précieux. Le nom de Montcbauvier, Calvus Mons> comme celui de Chau mont , est d'origine toute romaine.
On a trouvé en Saint-Martin, des sépultures construites en dalles et en murs secs. Une preuve qui nous parait décisive pour l'antiquité de ce lieu, est la dédicace de son église à l'Invention des reliques de saint Etienne, et la vaste étendue primitive de la paroisse, dont cette église était le chef-lieu. Un ancien martyrologe de l'abbaye de Saint- Claude indiquait à la date du 9 des calendes de décembre , la fête d'un saint Lamain, qui aurait été martyrisé dans le canton de Scodingue.
On ne sait rien de ce saint , si ce n'est qu'il était religieux, et que fuyant devant les païens , Sarrasins ou Normands, il fut mis à mort dans la contrée de Scodingue. Son culte existait à Saint-Oyan-de-Joux, à Autun et à Saint-Marcel-lcz-Chalon, mais nulle part ailleurs. Aucune tradition n'a perpétué à Saint-Lamain le souvenir de ce martyr. L'église ne possède aucun fragment de ses reliques.
Seigneurie. Saint-Lamain et Montcbauvier dépendaient , en moyenne et basse justice, de l'abbaye de Château-Chalon. Les habitants eurent des démêlés fréquents avec ce monastère, pour les droits seigneuriaux auxquels ils tentaient de se soustraire , notamment pour la banalité du four, du moulin et pour les dîmes.
La haute justice appartenait au seigneur de Sellières.
Prieuré. Il y avait à l'entrée du village , du côté du nord , une maison dite de Y Abbaye; elle se composait d'un vaste bâtiment seigneurial, avec tour, chapelle, pigeonnier , de caves , cuvcries , grenier, d'un jardin et verger de 2 hectares, et d'un bâtiment de fermier , le tout clos de murs et entouré de rues , sur lesquelles s'ouvraient des portails. L'abbesse de Chàteau-Chalôn y entretint , jusqu'au xve siècle , quatre religieuses, sous la direction d'une prieure. Les guerres de Louis XI ne permirent pas de laisser plus longtemps déjeunes filles abandonnées dans la campagne aux violences de la soldatesque. Les religieuses qui habitaient ce prieuré , rentrèrent dans l'abbaye. On loua les bâtiments à des fermiers. Le corpsde-logis principal fut seul réservé, pour l'usage de l'abbesse, lorsqu'elle venait visiter sa seigneurie et en percevoir les revenus. Cette propriété fut vendue nationalement en 1791.
Fief de la Sauge. Une partie du territoire de Saint-Lamain dépendait de la seigneurie de Frontenay.
Celte portion fut démembrée au xvie siècle, et devint un fief parliculier, sous le nom de la Sauge. Biaise de Visemal y fit bâtir un château en 1530, qui passa par succession à François de Visemal , seigneur de Frontenay et la Sauge. On peut consulter, pour connaître la série des possesseurs de ce fief, l'article Frontenay. Il fut acquis , peu d'années avant la révolution , de M. de Montrichard, par M. Bidault, de Poligny, qui le revendit en 1810, au général Jarry, de Salins, mort en 1819.
Mme veuve Loiseau , nièce de ce général, en est la propriétaire actuelle et habite le château.
Château. 11 est situé sur le penchant d'une éminence , dont un ruisseau baigne le pied. 11 se composait primitivement d'un grand corps de bâtiment , de forme rectangulaire , d'une tour octogonale contenant l'escalier, et d'une ceur entourée de murs. On y entrait par deux portes à pont-tevis, l'une à l'est et l'autre à l'ouest. Celle qui précédait la cour, imitait les portes des anciennes villes fortes. Le tout était entouré par un profond fossé, aujourd'hui comblé. On a prolongé le château au sud et ajouté une aile de chaque côté, avec galerie au premier étage. On remarque dans cet édifice plusieurs belles fenêtres ogivales, principalement celles de la chapelle ; d'excellents tableaux , dont un sur cuivre , représente le festin de Balthazard ; deux bons portraits du général Jarry , un tableau sur marbre, très estimé , une nombreuse collection de gravures et de sculptures sur bois, parfaitement exécutées, par M. Billet, de Salins, mort récemment à Saint-Lamain.
Les dépendances du château sont vastes et agréables.
Village de Monlchauvier. Le village de Montchauvier a dû être plus important au moyen-âge qu'il ne Test aujourd'hui, car on trouve des ruines sur plusieurs points de son territoire. 11 se divisait en plusieurs fiefs , tous avec château , tels que le château Gaillard , le château Magnin , le château de Montfort. Il y avait deux chapelles , dites de Perceval et de Sainte-Marguerite.
On remarque dans ce village les belles habitations de M. Claude- Aimé-Gustave Blondeau, qui a remplacé le château de Montfort , celles de Mm* veuve Blondeau et de M.
Gilbert Boisson net.
Eglise. La paroisse de Saint-La-
main comprenait le village de ce nom , Montchauvier, Passenans et même Bréry, où il n'y avait qu'une église succursale. L'église primitive était à trois nefs ; une chapelle gril* lée, à côté du chœur, appartenait à l'abbessedeChàleau-Chalon, et servait aux religieuses du prieuré. L'édifice actuel, dédié, comme le précédent, à l'Invention des reliques de saint Etienne, dont on célèbre la féte le 3 août , a été construit en 1760 , sur les ruines de l'ancienne église.
Il se compose d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles, d'un sanctuaire et d'une sacristie. Le clocher est couronné par une flèche quadrangulaire couverte en tuiles. L'intérieur de la nef est décoré de gros piliers quadrangulaires adhérents aux murs , qui supportent les arcsdoubleaux et les arêtes des voûtes.
On remarque dans l'église deux tableaux, représentant sainte Angèle et sainte Ursule, provenant de l'abbaye de Chàleau-Chalon , et dans la chapelle de droite, un tablcan de la Vierge, d'un beau coloris. Il y a aussi des reliques de saint Etienne, renfermées dans un reliquaire qui a la forme de l'avant -bras , ce qui avait fait supposer à quelques personnes qu'on avait pris la main de saint Etienne pour saint Lamain.
Biographie. Ce village est la patrie, 1° de la famille Thoullier, fameuse dans son temps par des événements tragiques , mais plus connue encore par sa piété généreuse. On peut consulter à ce sujet les Mémoires de l'historien Chevalier ; 2° de M. Oscar Blondeau , capitaine du génie , décoré , et de M. Frédéric Loiseau , officier d'infanterie , tops deux en activité de service.
Bibliographie. Archives de la préfecture. — Annuaire du Jura , année 1853.
Lamare-loaucrand, La Mare y Lamart, Lamarre , vg. de l'arr. de Lons-le- Saunier, cant. et percept.
de Voileur, distrib. de poste de Mirebel , succursale ; à 10 kil. de Voiteurel 20 de Lons-le-Saunler.
Altitude : 545m.
Le territoire est limité au nord par Fay-en-Montagne; au sud par Mirebel et les Granges-sur-Baume ; à l'est par Fay et les Faisses ; à l'ouest par laDoye, Bloiset Nevy. Lagrange Queillat fait partie de la commune.
11 est traversé par les ch. vicin.
tirant à Crançot , à Poligny, à Blois, à Mirebel , aux Granges-sur-Baume, à Nevy, aux Faisses et au Fay.
Le village est situé sur le premier plateau des basses montagnes du Jura. Les maisons sont groupées , bien bâties en pierre , couvertes en laves et élevées d'un étage au-dessus de rez-de-chaussée.
Pop. en 1 790, 455 hab. ; en 1 846, 506 ; en 1 85 1 , 507, dont 254 hom.
et 253 fem.; pop. spécif. par kil.
carré, 47 hab.; 107 maisons; 116 ménages. Les pjus anciens registres de l'état civil datent de 1792. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1825; surf, territ. 1063h 11», divisés en 1449 parcelles que possèdent 187 propriétaires, dont 40 forains; surf, imp., 1050b 86», savoir: 6l9h en terres lab. , 218 en bois , 180 en pâtures , 25 en friches , 3 en prés , et le surplus en broussailles , jardins , murgers , mare et sol de bâtiments, d'un rcv. cad.de H, 'i 08 f.; cont. dir. enprincip. 2921 fr.
Le sol, formé d'une mince couche de terre végétale reposant sur le roc vif, n'est fertile que les années pluvieuses; il produit du blé, de l'orge , de l'avoine, du maïs , des pommes de terre, beaucoup de fourrages artificiels , peu de légumes
secs et de foin. On exporte le quart des céréales et on importe le Tin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 80 c. pour cent.
On élève dans la commune des chevaux , des mulets , des bétes à cornes, et quelques porcs qu'on engraisse. 30 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès.
La population est aussi laborieuse qu'économe. Elle fréquente les marchés de Lons-le-Saunier , de Poligny et de Gbampagnole.
H y a deux fromageries, dans lesquelles on fabrique annuellement 40,000 kilog. de fromage, façon Gruyère ; i auberge , 2 forgerons , 1 quincailler et 3 marchands merciers.
On trouve sur le territoire de la marne , des sablières , de la pierre à chaux , des carrières de pierre à bâtir et de taille , qui peut rivaliser par sa qualité avec celle de Crançot.
un ancien cimetière à l'entour de l'église, supprimé, un cimetière nouveau à l'extrémité orientale du village , un presbytère , une croix en pierre très ancienne, représentant contre son fût l'enfance de la Vierge et sainte Anne ; un oratoire dédié à la Vierge; un puits communal près de l'église ; une fontaine en ruines , une place publique devant et autour de l'église, emplantée de tilleuls, et 2* 5h 93* de pâtures, terres et bois, d'un rev. cadast. de 1030 fr.
Bois communaux : 192h 87* ; coupe annuelle, 3h 76*.
Budget : recettes ord. , 4891 fr. ; dépenses ord., 4210 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Ce village semble tirer son nom d'une grande mare , autour de laquelle se sont groupées les premiè-
res habitations. Ce réservoir était d'autant plus précieux , que l'eau est excessivement rare sur tout le plateau qui domine le val de Voiteur. On ne se douterait guère que ce plateau a été sillonné autrefois de routes , car il n'existe aujourd'hui aucnn chemin praticable entre Lamare , le Fied , Picarreau , le Fay, les Faisses , Granges-sur-Baume, et ces communes ne savent comment arriver à Poligny ou à Lons-le-Sau-»
nier. Dès les temps les plus anciens, la voie d'Orgelet à Poligny passait à Lamare. Son emplacement porte encore le nom de Fie de Poligny. On a trouvé sur ses bords et proche des habitations en 1842, plus de cent monnaies gauloises , toutes en argent pur et presque toutes au même type. Elles représentent d'un côté, une tète casquée, d'un style barbare, dont le profil se dessine par des points, et de l'autre, un cheval élancé , dessiné de la même manière, ou des roues de char brisé.
En 1836 , on avait déjà découvert, dans le clos Chevalier, 43 médailles romaines , dont une moitié était grand bronze et l'autre moitié petit bronze saucé. Elles appartenaient aux règnes d'Aotonin-le-Pieux , de Marc-Aurèle , d'Alexandre-Sévère , de Sepli me -Sévère , de Caracalla , de Philippe père et fils , de Gallien et de Gordien III. Il s'y trouvait mêlées des médailles de Julia Mammea, de Julia Masa , de Julia Domna et de Salonine , femme de Gallien.
Une vigie, placée dans le lieu dit au Châtelet , protégeait cette route. On en reconnaît encore les fondations.
La Fie deFay, ou la FieSaunière, quittait le chemin de Poligny à Lamare et se dirigeait sur Salins par Mont rond. Un autre embranchement arrivait de Mirebel. On rencontre aux Clusiaux Chevalier, des débris
de constructions , des toiles à rebords et des ferrures rongées par l'oxide , et à la Marsotte , des fers de lances et des fragments de différentes armes. Parmi les dénominations locales qui semblent évoquer d'antiques souvenirs , nous signalerons seulement celles de Tartre- Beau-les- Bains , Vire - Soleil , la Mallepierre et \ Essart-Belot.
Seigneurie. Lamare dépendait en toute justice de la seigneurie de Mirebel. On trouvera le détail des droits seigneuriaux à l'article sur ce dernier lieu.
Eglise. Ce village dépendait de la paroisse des Faisses , et ne fut érigé en succursale qu'en 1802. Il y avait une ancienne chapelle qui a été démolie. L'église actuelle, construite en 1818, sur l'emplacement de la chapelle , et dédiée à la Sainte-Trinité , dont on célèbre la féte le 1 1 juin, est orientée et se compose d'un clocher, d'une nef, de deux chapelles, d'un chœur, d'un sanctuaire se terminant octogonalement et d'une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme couvert en tuiles vernissées. L'intérieur de l'église est voûté à plein-cintre et décoré de pilastres de l'ordre toscan , sur lesquels s'élèvent des arcs-doubleaux.
Biographie. Ce village est la patrie de l'abbé Outbicr, chanoine de Bayeux (1694-1 2 avril 1774), membre des académies de Berlin, de Caen et de Besançon , astronome et écrivain. En 1736, il accompagna MM. de Mauperluis , Clairaux , Camus et Lemonnier, dans leur course au pôle arctique , et rédigea le journal de ce voyage. Cet ouvrage est orné de dix-huit planches, dessinées par l'auteur ; les observations qu'il renferme sur les mœurs et les usages des Lapons, en rendent la lecture pleine d'attrait. Il a donné
des cartes topographiques des diocèses de Bayeux et de Sens , et des écrits sur la météorologie et l'astronomie. Il avait imaginé un globe , qui figure sans description parmi les machines de l'académie des sciences; de M. Girod, Elisée, curé de la paroisse de Saint-Anatoile de Salins , prêtre très instruit , né vers 1516 ; de Jean-Augustin Perrard , curé de Songeson , bon prédicateur, né en 1795, et de Joseph-Martial Mourey, curé de Saint-Pierre en Grandvaux, né en 1798.
Lamoura, La Mor a, La Meure, La Moura , vg. de l'arr. et cant.
de Saint-Claude, percept. et distrib.
de poste de Septmoncel, succursale; à 14 kil. de Saint-Claude et 78 de Lons-le-Saunier. Atitude : 1180m.
Le territoire est limité au nord par Longchaumois et Prémanon ; au sud par la Joux ; à l'est par Prémanom et la haute montagne de la Serra , qui le sépare de la Joux ; à l'ouest par Saint-Claude et Septmoncel.
Il est traversé par la route dép.
n° h , de Lons-le-Saunier à Geuève ; par les ch. vicin. tirant à Septmoncel, aux Rousses , de Septmoncel à Longchaumois, et par le Bief-Froid.
Le village est situé sur les hautes chaînes de montagnes comprises entre la vallée de la Bienne et celle de la Yalserine. Il se compose de maisons éparses sur toute l'étendue du territoire et entourées de présbois. Les maisons sont solidement bâties en pierres , couvertes en tavaillons, élevées d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée , revêtues d'un crépissage et tenues dans un parfait état de propreté.
Lamoura a été détachée de Septmoncel et érigée en commune particulière, le 21 octobre 1839.
Pop. en 1846, 929 hab. ; en 1851, 949, dont 473 nom. et 476 fem. ; pop. spécif. par kil. carré, 149 hab.; 149 maisons, savoir : à Lamoura 20 , au Versois 2 , à la Couibe-du-Lac 32, au Boulu 6, à l'Auverne 2, a Treberruy 3, à Thoramy 7, au Fournet 8 , à la Vic-du- Lac 5 , au Selmenberg 18 , à Tréchaumonl 24 , à la Chaux-Berlhod 15 , et aux Etarpay 7 ; 195 ménages. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1812 : surf, territ. 1959h 75a , divisés en 2297 parcelles que possèdent 227 propriétaires, dont 44 forains; surf, imp. 1943h, savoir : 594h en parcours; 553 en terres lab., 483 en bois-sapins, 248 en bois-taillis, 59 en prés , 5U 34* en sol de bâtiments, et le surplus en friches et jardins, d'un revenu cad. de 31,533 fr. ; contrib. dir. en princ. 5540 fr.
Le sol produit quatre fois la semence. On récolle beaucoup d'orge, des pommes de terre, du foin, peu d'avoine et de lin. On importe les trois quarts des céréales et le vin.
Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 cent, pour cent.
On élève dans la commune des bètesà cornes et des volailles. 25 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait des progrès.
On trouve sur le territoire des tourbières exploitées, et qui suffisent au chauffage du tiers au moins de la population , des sablières, des carrières de bonne pierre à bâtir et de taille, dont les produits sont exportés dans toutes les communes du voisinage , et de la pierre à chaux.
Il y a deux fromageries, communes à un grand nombre de sociétaires, dans lesquelles on fabrique annuellement 6000 kil. de fromage, façon Septraoncel et des chevrets.
Indépendamment de ces deux chà-
lets , les trois quarts au moins des habitants fabriquent chez eux de gros fromages gris, dits persillés, et de petits fromages dits chevrets. La plupart d'entre eux quittent leurs maisons le 1er juin , pour aller demeurer dans des chàlets dispersés au milieu des pâturages, et y restent jusqu'au jour de la Saint -Denis , 9 octobre. La fortune de chaque particulier se calcule par le nombre de vaches qu'il possède. On évalue à 5000 francs la valeur du terrain nécessaire pour la nourriture d'une vache. Il y a dans la commune 443 vaches laitières , produisant 43,000 kil. de fromage.
La route de Lons-le-Saunier à Genève, ouverte en 1742, et qui traverse ce village, donne de la valeur au sol et à ses produits , en facilitant les exportations. Indépendamment de l'agricnlture et de la fabrication des fromages , les habitants trouvent des ressources dans l'industrie. Les deux tiers au moins de la population s'occupent à façonner des pierreries de diverses couleurs , à les tailler, percer et polir. Chaque ouvrier, y compris les enfants, gagne t fr. 25 cent, par jour.
Ces produits s'exportent à Paris, chez des marchands lapidaires originaires du Jura, qui les réexportent à l'étranger. Vingt - huit ouvriers confectionnent des plateaux , pour enrouler la rubannerie et ladentelle, et les vendent à des négociants de Lyon ou de Paris. Six ouvriers seulement s'occupent de l'horlogerie pour pendules, et travaillent pour le compte des négociants de Morez.
Biens communaux .-£une église , un cimetière â côté , une place publique emplantée [d'arbres , à côté du cimetière, un presbytère derrière l'église, construit en 1814 , et servant aussi de mairie ; une maison
commune, bâtie en 1843, qui a coûté 5000 fr. ; elle renferme le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 35 garçons et 25 filles , et en été par 50 garçons et 30 filles. Un sousmaître , établi au hameau de la Combe - du - Lac , tient une école , fréquentée en hiver par 12 filles et 1 8 garçons; une citerne communale; une pompe à incendie , et 3a 90e de terre labourable , d'un rev. cad. de 1 fr. 09 cent. Les autres propriétés sont encore indivises avec celles de Septmoncel.
Budget : recettes ord. 3724 fr.; dép. ord. 3632 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Lamoura n'ayant toujours formé qu'un des trois Bâtis de la grande paroisse de Septmoncel, n'a pas d'histoire particulière. On trouvera tout ce qui concerne son origine à l'article Septmoncel.
Eglise. En 1 808, la commune de Septmoncel demanda à Mgr. l'archevêque de Besançon , un desservant pour la section de Lamoura. M. Mandrillon, élève du curé de Saint Jeand'EIreux , y fut envoyé. Il n'y avait alors ni église ni presbytère. Ce jeune ecclésiastique célébra pendant trois ans les offices dans une grange.
Aidé de ses paroissiens , il parvint avec eux à bâtir l'église et le presbytère. Il en fut à la fois l'architecte , le charpentier et le maçon. Il travaillait chaque jour comme un simple manœuvre. Mgr. deVillefrancon, dans la dernière visite qu'il fit de celte portion de son diocèse,en 1 820, voulut passer deux jours dans celte nouvelle paroisse , et n'admira pas moins l'ouvrage que l'ouvrier. L'église est bâtie sur la route de Saint- Claude à Genève, et fut terminée en 1810. Elle est dédiée à saint Fran-
çois de Salles , dont on célèbre la fête le troisième dimanche après Pâques , quoique d'après le calendrier elle tombe le 29 janvier, et se compose d'un clocher , de trois nefs , d'un chœur , d'un sanctuaire de forme octogonale et de deux sacristies. Le clocher est couronné par un dôme. L'intérieur de l'édifice est voûté à arêtes. On y remarque des reliques du patron de la paroisse et de sainte Françoise de Chantai.
Curiosités naturelles. Le lac de la Combe-du-Lac a 500 mètres de longueur, 400 de largeur et 8 de profondeur. Il est très poissonneux.
On y pêche des brochets d'une grosseur extraordinaire. Autrefois, ce lac formait par le déversement de ses eaux , une rivière se dirigeant à Flumen sur Saint-Claude. Les eaux se sont frayé un lit souterrain à une grande profondeur. Sur l'ancien lit , on remarque à 1 5 mètres de profondeur, un moulin et une scierie , qui sont placés là comme au fond d'un précipice.
Biographie. Ce village est la patrie de Pierre Marie-Céltstin David, professeur de rhétorique et officier de l'université en retraite , auteur d'un Traité sur le style, d'une Grammaire française et de plusieurs autres ouvrages ; d' Alexis Delacroix, capitaine décoré (1774-1850), et de Joseph Crestin , officier aussi décoré ( 1775-1849).
Bibliographie. Annuaire du Jura, année 1854.
Lancette , commune réunie à celle de Lains , le 8 mars 1821.
Lanérla, laneyria. vg. de l'arr.
de Lons-le-Saunier , cant. et perc.
de Saint-Julien , bur. de poste de Saint-Amour ; paroisse d'Epy ; à 1 Ml. d'Epy, 9 de Saint-Julien et 42,
de Lons-le-Saunier. Altitude : 364m.
Le territoire est limité au nord par Epy ; au sud par Poisoux et Bourcia ; à Test par le Balme-d'Epy et Bourcîa, et à l'ouest par Poisoux.
Il est traversé par les ch. vicinaux tirant à Civria , à Epy, à Tarcia , à Poisoux , à la Balme-d'Epy, à Bourcia ; par le ruisseau de Tarcia ou le Gos , et par deux ravins qui y prennent leurs sources.
Le village est situé dans le val d'Epy. Les maisons sont groupées , construites sans goût et d'un aspect misérable. Elles sont bâties en pierres et couvertes en tuiles creuses, avec toitures très plates et saillantes.
Pop. en 1790, 105 hab. ; en hom. et 46 fein. , pop. spécif. par kil. carré, 38 hab., 18 maisons; 18 ménages. Les plus anciens registres de l'étal civil datent de 1 792. Les jeunes gens émigrent peu.
Cadastre exécuté en 1819; surf, lerrit. , 221h 68*, divisés en 1563 parcelles que possèdent 162 propriétaires, dont 128 forains ; surf, imp., 217h, savoir : 117 enterres lab., 53 en parcours, 35 en prés, 8 en friches, 2h 3ia en bois-taillis, et le surplus en murgers , jardins et sol de bâtiments, d'un rev. cad.
de 2806 fr.; cont. dir. 591 fr.
Le sol , montagoeux et peu fertile, produit du blé, beaucoup d'avoine , du maïs , des légumes secs , des pommes de terre , du chanvre , du foin , des fourrages artificiels , peu d'orge, de navette, et des fruits.
Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes, quelques porcs et des moutons. 1 2 ruches d'abeilles.
L'agriculture y fail des progrès. On commence à y cultiver la vigne.
On trouve sur le territoire des carrières de belle pierre à bâtir et de taille, dont les produits, estimés, s'exportent dans les villages voisins.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Coligny et de Saint- Amour. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture. Us possèdent presque tous quelques propriétés, mais ils sont généralement peu dans l'aisance.
Biens communaux : 51h 99* de pâtures et bois , d'un rev. cad. de 52 fr.
Dois communaux: kh 75*, coupés tous les 25 ans.
Budget : recettes ord. 590 fr. ; dépenses ord. 590 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Entre les plaines de la Bresse et la vallée du Suran , se déroule une chaîne de collines , dont le sommet ondulé forme un plateau appelé le val d'Epy. Cette contrée, peu favorisée par la nature , ne réunissait aucun des éléments propres à attirer la population ; aussi, les monuments archéologiques y sont-ils fort rares.
Ce n'est qu'à la lueur incertaine du flambeau étymologique que l'on peut y reconnaître l'existence des hommes dans l'antiquité. On croit retrouver dans le nom d'Epy celui d'Osiris, appelé Epiés par les Grecs, dans Laneyria , celui de Nééria , l'amante préférée du Soleil. Quelques médailles et une bulle d'or,telle que les enfants romains des familles patriciennes en portaient à leur cou, trouvées à Nantey, quelques tombeaux en maçonnerie recouverts de laves, les superstitions qui se perpétuent autour de la Sainte-Fontaine , sont les seuls restes de la civilisation des premiers habitants du
val d'Epy. Cette région, comprise d'abord dans la grande sirerie de Coligny, en fut démembrée en 1 206, pour former la seigneurie d'Andelot. On voit en 1211 , Humbert de Coligny, IIIe du nom, seigneur d'Andelot , donner aux chartreux de Séligna, le droit de pâturage pour leur bétail dans toute sa terre ; Etienne de Coligny, l'un de ses successeurs, faire en 1 290 , des concessions aux habitants de Florenlia et d'Avenans, ou recevoir l'hommage de ses vassaux pour les fiefs qu'ils tenaient de lui dans levai d'Epy; mais dans tous ces actes, on ne rencontre presque jamais le nom de Laneyria, parce que ce village ne formait en quelque sorte qu'une communauté avec Epy, chef-lieu d'une vaste paroisse. L'histoire de toutes les communes qui ont dépendu du marquisat d'Andelot est d'une aridité désespérante. Pour trouver des faits dignes de quelque intérêt , il faudrait suivre les possesseurs de ce fief dans leurs expéditions militaires, ou dans leurs carrières politiques ; ces détails nous mèneraient trop loin , et peuvent du reste se retrouver dans l'Histoire que du Bouchet a publiée en 1662, sur l'illustre famille de Coligny.
Biographie. Ce village est la patrie, 1° de Jean-Baptiste Jeannin, né le 21 septembre 1771, d'une famille de pauvres cultivateurs ; enlré au service comme lieutenant de la 8e compagnie du 10e bataillon de volontaires du Jura, en 1792, il fut nommé maréchal-de-camp le 19 novembre 1808 et chevalier de la Légion d'Honneur ; plus tard, baron de l'empire, et en 1814, chevalier de Saint-Louis. 11 commandait, au mois de juin 1815, comme lieutenantgénéral , le 6e corps de l'armée du Nord, et resta en disponibilité sous
la Restauration. Après la révolution de 1830 , il fut appelé au commandement de la 11e division militaire à Bordeaux, et en 1842, à celle de la 6e division à Besançon; 2° De M. Eléonor Jeannin, frère du précédent, colonel en retraite à Pressia.
(Ain).
le Larderety vg. de l'arr. de Poligny, cant. de Champagnole , distrib. de poste , percept.
et paroisse de Vers-en-Monlagne ; chapelle simple, érigée le 13 mars 1847 ; à 3 kil. de Vers, 1 1 de Champagnole, 27 de Poligny, 25d'Arbois et 45 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 667m.
Le territoire est limité au nord par Chapois ; au sud par le Latet ; à Test par les Nans, et à l'ouest par Vers.
Il est traversé par les ch. vicinaux tirant à Vers, au Latet, à Chapois et aux Nans; par l'Angillon et l'ancien lit de cette rivière.
Les maisons sont groupées , construites en pierre et couvertes en bardeaux ou tavaillons.
237; en 1851, 221, dont 107 hom. carré, 55 hab.; 23 maisons; 51 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil remontent' à 1792.
Les jeunes gens émigrent , pour être domestiques dans les villes.
Cadastre exécuté en 1824; surf terril. 408h 95a, divisés en 899 parcelles que possèdent 126 propriétaires, dont 71 forains; surf, imp. 370b 93* , savoir: 919 en terres lab., 75 en prés , 50 en parcours , 37 en bois , 6 en friches et murgers , et le surplus en broussailles , jardins et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 3970 fr. ; contr.
dir. en princip. 1484 fr.
Le sol , partie montagneux et
partie en plaine, est d'une médiocre fertilité ; il produit du blé , du métcil d'orge et d'avoine , des pommes de terre , beaucoup de fruits et de fourrages artificiels, peu d'orge, de navette et de légumes secs , des betteraves et du foin. On importe le tiers des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 5 fr.
50 cent, pour cent.
On élève et on engraisse dans la commune des bêtes à cornes et des porcs. 30 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait beaucoup de progrès.
On trouve sur le territoire , de la marne et des carrières de pierre ordinaire et de taille, peu exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Salins et de Champagnole. L'agriculture , le produit des fromageries , le transport et l'équarrissage des bois de sapin , forment leur principale ressource. Il y a un chàlet, dans lequel on fabrique annuellement 20,000 kil. de fromage , façon Gruyère , de bonne qualité , et une auberge.
Biens communaux : une chapelle , un cimetière à l'enlour, une maison commune , bâtie autrefois pour servir de presbytère ; elle renferme le logement de l'instituteur et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 24 garçons et 24 filles ; quatre puits communaux ; une place publique,el 66h 28* de pâtures, broussailles, bois-taillis et bois-sapins, d'unrev. cad. de 139 fr.
Bots communaux : 13\ Le récépage en a été autorisé en 1848.
Les sapins sont trop jeunes pour être livrés à l'exploitation.
Budget : recettes ord. , 3556 fr.; dépenses ord. , 1650 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Le village du Larderet s'élève au bord du bois de Presse , l'une des
plus belles forêts de sapins qu'il y ait en France, vers le sommet d'un coteau qui domine la partie orientale de la vallée de l'Angillon. De la charmante position qu'il occupe, on jouit des points de vue les plus variés et les plus pittoresques, sur le bassin de l'Angillon, sur la vallée de l'Ain et sur les montagnes qui les encadrent, couvertes d'un côté de noirs sapins, de l'autre de bois-taillis d'un vert tendre, et couronnées par les ruines de vieux châteaux. Il doit sans doute son origine à quelques huttes éparses , à la façon des peuples pasteurs, construites par les Celtes dans le voisinage des monuments druidiques , dont on voit encore les restes dans la sombre forêt de Fresse. Des droits d'usage, concédés par les seigneurs de Vers dans cette forêt, pendant le cours du xine siècle , durent avoir pour résultat d'attirer de nouveaux colons dans ce lieu. Les seules dénominations locales qui rappellent quelques souvenirs, sont celles de : Pont vieux Belin , le Champ de la Porte , le Tombeau et le Champ à la Belle.
Seigneurie. Ce village se partageait, dans des proportions différentes, en deux seigneuries. Certains meix dépendaient en toute justice de celle de Vers; d'autres n'en relevaient que pour la haute justice seulement , et formaient un fief particulier, en moyenne et basse justice, appartenant dans l'origine à la maison de Scey. Thiébaud de Scey, chevalier, avait eu de Nicole , son épouse , entre autres enfants , Radi ou Roald de Scey, damoiseau , qui contracta alliance avec Marguerite d'Azuel , dame en partie de Neublans. Deux filles furent le fruit de cette union, Jeanne eiEtiennette , morte jeune. Jeanne de Scey, en se mariant avec Richard de
Varre, en 1564, reçut do Thiébaud de Scey, son aïeul , les biens qui auraient faillie partage de son père défunt. Thiébaud deScey étant mort en 1 580 , ses enfants provoquèrent un] nouveau|*partage de sa succession. Philippe, le quatrième de ses fils /obtint dans son lot la terre du Larderet, dont Jeanne, sa nièce, jouissait depuis 1364, et le transmit à Huguenin de Scey, son fils aîné.
Ce dernier épousa Jeanne de Sauvagney, qu'il rendit très malheureuse. Après avoir eu d'elle cinq enfants, il séduisit Jeannette de Barrey, noble demoiselle , et en eut un fils du nom de Gérard ; il prit ensuite pour sa concubine , Alix , sa servante , dont il eut encore quatre enfants. Sa femme mourut de chagrin en 1400; lui-même testa en 1415 , et partagea sa fortune entre ses enfants légitimes , les chargeant de prendre soin de leurs frères naturels, sous la surveillance du curé de Fertans. Jeanne de Scey, la cadette de ses filles, reçut le fief du Larderet pour son apanage. Elle épousa en premières noces Hugues, seigneur de Belmont, et se remaria avec Thiébaud de Maisrnvaux. Elle testa en 1418 , léguant des sommes d'argent à ses filles du premier lit , et sa fortune à Thiébaud de Maisonvaux, son fils. Il se fit un nouveau partage de la succession d'Hugucnin de Scey, et Henri, le troisième des fils , devint par le sort propriétaire du Larderet. Il s'allia, en 1427, avec Cécile , fille de Robert de Grozon , et donna ce fief à Jean , l'un de ses fils, par son testamentdu 9 décembre 1466. Jean de Scey, écuyer, épousa en 1484 , Jeanne d'Epenoy, et en eut trois fils, entre lesquels il partagea sa fortune en 1504. Claude, le cadet, eut le Larderet. Il se maria trois fois. Jeanne de Scey , née de
son second mariage avec Marguerite de Chauvirey, porta cette terre en dot à Jean deCléron, écuyer, qu'elle épousa en 1552. Ses descendants la vendirent avant 1650, à Henri Duc, de Salins , marié à Françoise Pelissonnier, fille de noble Hugues Pelissonnier, seigneur à Nance , et de Catherine de Vaulchier. Claude- Etienne Duc, capitaine de milice, vivant en 1737, et M. Anatoilc-Hyacinte Doroz, de Salins , écuyer, marié à Alexis Florimont, se qualifiaient tous deux de seigneurs du Larderet, en 1737.
Prévôté. La prévôté de ce village était inféodée héréditairement à une famille noble qui en portait le nom.
Henri et Vaulhier du Larderet vivaient en 1404. Marie du Larderet épousa, en 1584 , Jacques d'Estavayer.
A /franchissement. Jeanne de Scey, épouse de Hugues de Belmont, affranchit, en 1408, ses sujets du Larderet de la main - morte et de toutes tailles arbitraires, moyennant un faible cens annuel. Les seigneurs de Vers ne s'étaient pas contentés de rendre la liberté à leurs hommes , ils accordèrent à tous les habitants de ce village , sans distinction , le droit de couper du bois dans la forêt de la Fresse , pour tous leurs besoins, à l'exception des pommiers et des poiriers. Ce droit leur fut confirmé en 1370, en 1492 et en 1540.
Chapelle. La chapelle du Larderet, dédiée à la Nativité de la Vierge, dont on célèbre la fête le 8 septembre , est dépourvue de clocher et se compose d'une nef et d'un sanctuaire rectangulaire. On lit sur la porte le millésime de 1803. Le curé de Vers y célèbre les offices le jour de la fêle patronale seulement. Les habitants s'y réunissent en com-
mun pendant le carême, pour y faire la prière du soir. Le cimelière sert à l'inhumation des habitants.
Largillny-IUarsonnay , Lover-
ciacum , Argillay, LargUla , Marsonacum , Marsonna , vg. de l'arr.
de Lons-le-Saunier, cant., percept.
et bur. de poste de Clairvaux ; paroisse de Saint Christophe ; à 3 kil.
de ce dernier lieu , 9 de Clairvaux et 24 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 446m.
Le territoire est limité au nord par Marnézia , Mesnois et Poilte ; au sud par la Tour-du-Meix ; à Test par la rivière d'Ain 5 qui le sépare de Barézia ; à l'ouest par Plaisia et Merona. Le moulin Gringalet et le Chàlet font partie da la commune.
Il est traversé par la route dêp.
n° 21, d'Orgelet au Pont-de-Poitte ; par le chem. vicinal de Largillay à Marsonnay ; par la rivière d'Ain , le ruisseau du Pontet , le bief du Chêne et le bief Chaud, qui n'est qu'un torrent souvent à sec.
Le village est situé dans la vallée de l'Ain , sur la rive droite de cette rivière , et entouré de montagnes.
Les maisons sont groupées , construites en pierres et couvertes en chaume , à l'exception de quelquesunes couvertes en tuiles. La plupart ne se composent que d'un simple rez-de-chaussée.
Pop. en 1790, 261 hab. ; en 1 846, 252; en 1851, 247, dont 133 nom.
et 114 fem.; pop. spécif. par kil.
carré, 32 hab.; 60 maisons, savoir :
à Largillay, 44 et à Marsonnay 16 ; 66 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1692.
Les jeunes gens émigrent, pour être domestiques dans les villages voisins.
Cadastre exécuté en 1827 ; surf, territ. 754h, divisés en 1824 parcelles que possèdent 121 proprié-
taires, dont 94 forains; surf. imp., 738b, savoir:236hen terres lab., 200 en bois-taillis , 175 en pâtures, 114 en prés et terres-prés , et le surplus en jardins , murgers et sol de bâtiments, d'un rev. cad.de 8336 fr. ; contrib. dir. en priuc. 1564 fr.
Le sol, montagneux et peu fertile, produit du blé , de l'orge , de l'avoine , du mais , des pommes de terre, du chanvre, beaucoup de foin, des fourrages artificiels, peu de légumes secs, de navette , de seigle et de fruits. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants. On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune qnelques chevaux, des mulets, des ânes, des bêtes à cornes, des moutons et des porcs. 80 ruches d'abeilles.
L'agriculture y reste stalionnaire.
On trouve sur le territoire , de la marne , des sablières , des gravières , des carrières de pierre à bâtir et de taille. Cette dernière imite le marbre et est susceptible de recevoir le poli.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés d'Orgelet et de Clairvaux. 11 y a un moulin à farines à deux tournants et un chàlet communal , dans lequel on fabrique annuellement 7000 kilog. de fromage, façon Gruyère,
fl/ens communaux : une maison commune, construite en 1837 , qui a coûté 9000 fr. ; elle renferme la mairie , le logement de l'instituteur et la salle d'étude , fréquentée en hiver par 28 garçons et 12 filles,etunc salle de pompe à incendie; 4 fontaines, 2 lavoirs couverts, construits en 1837, une place publique, ornée d'une fontaine sans eau , et 368h62* de pâtures, friches elbois, d'un rev.
cad. de 2328 fr.
Bois communaux : 181b 31a ; coupe annuelle, 5h 37*.
Budget : recettes ord. 2475 fr.; dépenses ord. 2478 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Nul cours d'eau, dans le Jura, ne présentait plus que la rivière d'Ain , d'obstacles naturels aux invasions et d'avantages pour la défense du pays.
L'escarpement de ses bords , la hauteur des montagnes qui dominent son bassin , opposaient à l'ennemi un rempart presque inexpugnable.
Si les Romains multiplièrent les fortifications sur ce point, c'est qu'ils comprenaient que cette barrière franchie, la plaine était livrée sans défense au flot dévastateur des hordes germaniques. Comme les combats les plus meurtriers se livrent toujours sur les lieux qui présentent le plus d'obstacles , la vallée de l'Ain ne fut pendant toute l'antiquité qu'un vaste champ de bataille. Son sol est jonché d'armes, de tumuli et de squelettes appartenant à différentes races d'hommes. Nous avons déjà signalé le camp de Barésia, sur la rivegauche de la rivière et les tombeaux qui l'entourent. Du côté opposé , on trouve d'autres travaux stratégiques et encore des tombeaux. Nous avons reconnu à Largillay, dans les contrées dites au Maireret et au Galatar, plusieurs sépulcres en maçonnerie et des tumuli. Un grand chemin traversait Marsonnay. Il conduisait d'Arinthod à Poligny par Fétigny. Un embranchement s'engageait dans une gorge entre le premier et le second plateau du Jura, et sous le nom de Recourbière, venait aboutir à la route qui passait aux Poîs-de-Fiole. Un autre rameau traversait l'Ain et se dirigeait sur Clairvaux. La voie qui venait des Pois-de -Fiole était protégée par un fortin ba.ti sur la mon-
tagne boisée de la Provenchère, d'où l'on pouvait distinguer la Haute- Roche de Mirebel, Chàtillon, les monts de Salins et les montagnes de Saint-Claude. Cette vigie est connue dans le pays sous la dénomination de Château-Belin. On reconnaît encore sur son emplacement un monceau de pierres elles traces d'anciens fossés creusés dans le roc vif. On raconte qu'on voyait chaque soir une vouivre s'élancer du Chàteau-Belin dans la direction du château de Costarel , et venir se désaltérer au ruisseau du Pontet. Ce nom de Belin semble se rattacher au culte de Belenus , le soleil ou Apollon. Largillay ou au moins une grande partre de son territoire, s'appelait primilivement Loperciacum. C'est ainsi qu'il est désigné dans une charte de l'an 1165 , par laquelle l'empereur Frédéric Barberousse en confirme la possession à l'abbaye de Château - Chalon, avec Marsonnay, Marsonachum. Le moulin de Largillay était encore appelé au xvi" siècle le moulin de Lovercia.
Seigneurie de Costarel. Costarel, Cotarel, Cotaret, Coutteret, Cotteret est une haute montagne couverte de bois , d'où l'on domine, sur une grande étendue, la vallée de l'Ain.
Au sommet de cette montagne s'élevait une puissante forteresse habitée pendant plusieurs siècles par une famille distinguée qui en portait le nom. Les seigneurs qui la possédaient avaient la justice haute, moyenne et basse sur la montagne , et sur une partie du village de Marsonnay, qui est au pied nord-est. Les sujets étaient main-mortables.
Seigneurs. Castinus de Coterel , chevalier, figure parmi les témoins d'un traité passé en 1213, entre les chartreux de Bonlieu et les chanoines du Grandvaux, au sujet de leurs
limites. Au mois de mars 1 234 , Hugues , sire de Coterel 7 chevalier, reprit de fief de l'abbé de Saint- Claude, tout ce que ses frères, Pierre et Aymon, aussi chevaliers, tenaient de son église à Lect , à Vouglans et dans les dîmes de Meussia , et reçut de l'abbé quarante livres genevoises, comme récompense de son engagement de vassalité. En 1292, Etienne deCotarel, damoiseau, vendit à Bernard, curédeSarrogna, tout ce qu'il avait sur les territoires de Saint- Christophe et de la Tour-du-May, en hommes, terres, prés, pâturages, cours d'eau, forêts, terres labourables, cens, usages, services, communaux , pour le modique prix de 20 livres eslevenantes. Girard , fils d'Etienne , ratifia cette vente en 1287. Jacques de Couteret fit hommage de sa seigneurie en 1505 , à Jean de Chalon-Auxcrrc 1er, à cause de sa baronnie d'Orgelet. En 1354, Gilles de Couteret aliéna sa terre en faveur de Guillaume de l'Epéc , ccuyer, mari d'Isabelle de Château- Chalon ; Jean de l'Epée , fils de cet acquéreur, en jouissait en 1390.
Jeanne de l'Epée, sa fille, dame de Saint-Germain-en-Bresse et du Couteret , épousa Guigues de Féligny, dont elle n'eut pas d'enfants. Elle vivait encore en 1423. Elle légua sa fortune à Henri , fils cadet de Guillaume de Féligny, neveu de son mari, qui laissa entre autres enfants, Humbert de Fétigny, chevalier, seigneur dudit lieu et baron deBornay, marié à Anne de Corsant , dont naquit une seule fille , Guillaume ou Guillemette de Féligny. Celte demoiselle épousa en premières noces, Claude de Roussi lion, et en secondes noces, Jean de Grammont , seigneur de Chàtillon-Guyolte et de Roche, dont elle eut plusieurs enfants. Elle donna la plus grande partie de ses
biens à Humbert, le second de ses fils, à charge de relever son nom et ses armes. Humbert de Grammont , dit de Féligny, n'eut d'Anne de Beaumolte, son épouse, qu'une fille, Claudine de Fétigny, qui fut mariée à Claude de Laubespin, baron de Varay et de l'Aigle. En 1584, Claude de Laubespin , agissant au nom de ses enfants , vendit la seigneurie de Costarel, sous faculté de rachat, à Claude de Vaulravers et à Georgine de Genève , sa mère , mais il exerça celte faculté peu de temps après.
Barbe de Laubespin, l'une de ses filles, eut celle terre dans son lot, et la porla en dot à Léonel Mouchet deBaltefort, qu'elle épousa en 1588.
Claude-Gabriel Mouchet , dit de Battefort, baron de Dramelay, seigneur d'Arinlhod, Fétigny, Costarel, etc., l'un de leurs fils , épousa en premières noces , en 1 608, Catherine , fille de Christophe du Harlay, comle de Beaumont, dont il reçut une dot de plus de deux cent mille francs.
Ses affaires se dérangèrent tellement, que lorsque Charles-Achille de Mouchet de Battcfort, son fils, lui réclama la succession de sa mère, il ne put le payer, et fut obligé de lui abandonner presque tous ses domaines. Ce dernier devint ainsi seigneur de Costarel. 11 s'allia en secondes noces avec Charlotte dHaus sonville , dont il eut Louis Mouchet de Battefort, baptisé dans la chapelle du château de Versailles, en 1675, et dont Louis XV fui le parrain. Louis de Battefort, comte de Laubespin, encore plus dissipateur que son aïeul , absorba rapidement la fortune de Maric-Gabrielle de Saint-Moris, son épouse, et fut obligé de vendre la plupart de ses terres, notamment celles de Féligny et de Costarel , à Jean-Claude , marquis de Montagu.
L'acte en fut passé le 26 novembre
1696. Le 14 février 1701, le marquis de Montagu revendit la seigneurie de Costarel à Pierre-Joseph du Saix, seigneur de Virechàtel. Le 7 janvier 1716, Pierre - Joseph du Saix et Claude-Guillaume , baron d'Arnans, son fils, l'aliénèrent en faveur de Daniel Varod , bourgeois d'Orgelet.
Daniel Varod eut de Mlle Simon, son épouse, (rois enfants : une fille, mariée à M. Oyselet, seigneur de Légna, Gaspard Varod, prêtre, et Jeaif-Baltazard Varod, avocat du roi , et subdélégué de l'intendant au bailliage d'Orgelet. Ces deux derniers léguèrent leur fortune à Mme Oyselet, leur sœur. Cette dame eut trois enfants , François- Xavier Oyselet , conseiller au parlement de Besançon, Jean- Baltazard Oyselet, prêtre familier à Orgelet, et Mlu Anne-Charlotte Oyselet, épouse de M. Eléonor- Gabriel Gaillard de Dananches, de Saint- Amour. Dans un partage fait en 1774, M. le conseiller Oyselet de Légna eut la seigneurie de Costarel dans son lot, et la transmit à sa fille, mariée à N. Froissard de Broissia.
MM. de Broissia en sont les propriétaires actuels.
Château. Le château de Costarel occupait une vaste surface et devait être considérable. Il fut détruit par ordre de Louis XI, en 1479. Sa place est marquée par un monceau de ruines.
Seigneurie de Marsonnay. La haute justice sur Marsonnay appartenait au seigneur d'Orgelet ; la moyenne et la basse justice étaient communes entre les seigneurs de Costarel et. l'abbesse de Château-Chalon. Daniel .
Varod acquit, en 1749, la portion de haute justice appartenant au prince d'Isenghien. Il prétendait qu'elle lui appartenait comme seigneur de Costarel , mais il préféra donner une somme pour l'acquérir,
plutôt que de plaider pour faire valoir ses droits. Le seigneur percevait dans ce village pour cens, deux cents mesures de froment , trois cents rez d'avoine, de l'argent, des poules, des corvées, les lods au 6e du prix, et l'impôt des quatre cas.
Seigneurie de Largillay. Cette terre se partageait, dans des proportions différentes, en deux seigneuries. La principale, à laquelle était attachée la justice, appartenait à l'abbesse de Château-Chalon. Elle y avait 23 meix. L'autre partie appartenait dans l'origine à la famille de Chissey. C'était un de Chissey qui assistait aux funérailles de Philibert de Chalon , sous le nom de sieur de Largillat , et qui portait le guidon des couleurs, au devant des 37 enseignes de gens de pied, gagnées sur les ennemis , portées par autant de serviteurs vêtus de deuil. Sa fille, Marguerite de Chissey, épousa le sieur Gilles , qui assista aux mêmes funérailles, conduisant^ cheval bardé, devant le grand étendard. Cette dame institua pour son héritier, Philibert de Gravelle, écuyer, sieur de Boissia , qui donna la co-seigneurie de Largillay à Pierre, son fils, vivant en 1584. Le 3 mars 1640, Antoine, fils de Pierre de Gravelle, vendit cette seigneurie à Louis, baron de Saint-Germain, colonel d'un régiment de 1000 chevaux , général de bataille et seigneur de Courlans , Chavannes, la Tour-de-Culay et Vertamboz. Louis de Saint-Germain eut d'Elisabeth d'Ouren, chanoinesse à Misterbilsem, son épouse, deux fils, Pierre-Ernest, marié en 1670 à Ursule-Charlotte du Tartre, et Claude- Joachim , capitaine de cuirassiers dans le régiment de son père, marié à Anne , fille de Ponthus de Grain.
Dans un partage fait le 4 octobre 1 667 , ce dernier eut dans son lot les
seigneuries de Vertamboz, tic Lar- I Germain, de se rendre avec ses
gillay, et la maison seigneuriale de Chavannes (possédée aujourd'hui par MM. Jobez). Claude-Joachim de Saint-Germain laissa pour héritier François GasparddcSaint-Germain, lieutenant colonel d'infanterie, père de Claude-Louis , comte de Saint- Germain, né le 13 avril 1707, au château de Vertamboz, feld-maréchal des armées du roideDanemarck, lieutenant - général des armées de France , mort ministre de la guerre le 10 janvier 1778. Au mois de février 1720, François-Gaspard de Saint-Germain vendit la co-seigneurie de Largillay à M. Daniel Varod, qui la réunit à celle de Costarel, dont il était déjà propriétaire. Le rivage de la rivière d'Ain avec le pouvoir d'y construire des moulins , en face de Largillay, appartenait exclusivement à l'abbesse de Château Chalon.
Le possesseur de l'autre partie de la seigneurie pouvait entretenir un navoi sur celte rivière, y percevoir un droit de péage et de pontonnage. La rivière était commune entre eux.
Les habitants pouvaient y pêcher à tous engins ; ils devaient une taille à l'avènement de chaque abbesse , et ne pouvaient vendre leurs biens qu'à des sujets de la seigneurie. 11 leur était défendu de s'absenter de leurs maisons pendant plus d'un an, sous peine de commise. Il y avait (feux moulins banaux, avec foules et battoirs, l'un dit de Lovercia ou le Moulin-Griset , et l'autre le moulin de la Chapelettc , tous deux sur l'Ain. Les dîmes sur Largillay et Marsonnay étaient inféodées et étaient tenues en franc-alleu par différentes familles.
Evénements divers. Par une lettre datée à Orgelet du M mai 1056, le marquis de Saint - Martin donna l'ordre à M. Louis, baron de Saint-
troupes et avec celles du baron de Cléron, de MM. de Jousseaux, Rahon, Cusy et Chevigney , à Saint-Christophe, à la Tour-du May, à Largillay et â Marsonnay, de s'y établir, et de battre sans cesse l'estrade dans les environs , pour empêcher l'ennemi d'approcher. Plusieurs combats se livrèrent dans ces contrées. En 1668 et en 1674, la résistance fut encore plus 'énergique.
Biographie. Archives de la préfecture du Jura. — Annuairedu Jura, années 1850 et 1852.
Lamand, Larnachum , Lamacum , Larnay , vg. de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant., percepl. et bur. de poste de Bletlerans ; succursale ; à 6 kil. de Bletterans et 7 de Lons-lc-Saunier.
Altitude : 227m.
Le territoire est limité par Villevieux, Courlans, Ruffey et Montmorot. La Grange- Bedey, la Pelite- Levanchée , le moulin des Tartres , la Petite-Combe, les Longeailles, Vauvrille, la Petite-Verney, le Frasnois et le Moulin , font partie de la commune.
Il est traversé par la route dép.
n° 2, de Chalon en Suisse ; par sept chemins vicinaux , le ruisseau des Tartres, les biefs des Communaux, du Terrail-Neuf , de l'étang Romelte et de l'étang des Tartres.
Le village est situé sur un pli de terrain, d'où l'œil peut embrasser toute l'étendue du bassin inférieur de la Seille. Les maisons sont isolées, mal bâties en terre , briques crues ou cuites , ou en pierres. Les trois quarts au moins sont couvertes en chaume. On y remarque les jolies habitations de M. Henri Gacon et du capitaine Lardet.
Pop. en 1790, 767 hab.; en 18Ô6,
842; en 1851, 828, donl 400 nom.
carré, 80 hab. ; 167 maisons, savoir:
dans la rue de l'Eglise 18, dans la rue des Guichard 19, dans la rue des Prés 24, au Gravier 7, dans les rues du Troussent 12, des Gantons 14, de la Pièce-Rougemont 25 , du Bois 1 5, des Dardelin 1 1 , et dans la Grande-Rue 21 ; 237 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1720. Les habitants émigrent peu.
Cadastre exécuté en 1814 ; surf, terr. 1035h 52a , divisés en 2153 parcelles que possèdent 37 1 propriétaires, dont 97 forains; surf. imp.
988h, savoir : 506h en terres lab., 292 en bois, 135 en prés, 39 en étangs , 7 en sol et aisances de bâtiments, 5h 4ia en jardins, 2h 44a en vergers , et le surplus en mares d'eau , pâtures et levées d'étangs , d'un revenu cadast. de 37,144 fr.; contrib. dir. en princip. 4698 fr.
Le sol, légèrement ondulé et assez fertile, produit du blé, de l'avoine, du maïs , du sarrasin , des légumes secs, de la navette, des betteraves, des pommes de terre , du chanvre , beaucoup de fruits , des vins rouges d'une qualité inférieure , du foin, des fourrages artificiels , un peu de seigle et d'orge. On exporte le sixième des céréales, et on importe les cinq sixièmes des vins. Le revenu réel des propriétés est de 4 pour cent. Des 1 1 étangs qui existaient il y a 30 ans , un certain nombre a été mis en culture , ce qui a singulièrement amélioré l'état sanitaire de la population.
chevaux , des bêtes à cornes, peu de moutons, beaucoup de porcs, et des volailles. 100 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès.
On trouve sur le territoire d'a-
bondantes sablières , dont les produits s'exportent surtout à Lons-le- Saunier , de nombreuses gravières , des marnes alluviennes très propres à la fabrication des tuiles et briques. Il y a un chàlet établi en 1 854 , dans lequel on fabrique 6000 kil. de fromage, façon Gruyère; 3 tuileries, occupant continuellement de 20 à 30 ouvriers; un moulin à quatre tournants et un autre à trois tournants ; une auberge, 2 maréchauxfer ranls et un épicier. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Blellerans et de Lons-le- Saunier. Plusieurs commercent sur le bétail.
Biens communaux : une église, un cimetière à l'entour, un presbytère en ruine, qui va être remplacé par un nouveau, qui coûtera 1 2,000 fr. ; une maison commune acquise en 1832 , renfermant la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'étude , fréquentée en hiver par 70 élèves, et la salle dé la pompe à incendie; une maison d'école des filles, construite en 1842, qui a coûté 5000 fr.; elle renferme le logement d'une institutrice laïque et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 55 élèves ; une pompe à incendie, manœuvrée par une compagnie de 37 pompiers , et 2U 28a de pâtures et mares, sur Larnaud , d'un rcv. cad. de 49 fr.
Bois communaux : 177h 02°; coupe annuelle, 5b 61a.
Budget : recettes ord. 5556 fr. ;.
dép ord. 5566 fr.
Bureau de bienfaisance : revenu ord. 35 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Larnaud n'occupe dans l'histoire du moyen-âge qu'un rang tout-àfait secondaire. On ne sait rien de son origine ni de son existence dans
les temps antiques , et l'on ne peut guère , en ce qui le concerne , rencontrer que de vagues conjectures , antérieurement au xi* siècle. Les croyances populaires y étaient nombreuses et s'y sont perpétuées jusqu'aux temps les plus modernes.
La vouivre, les loups -garous ou hommes changés en loups , natures féroces et redoutables, puissances malfaisantes émanées du démon, les sorciers , appelés sarrasins , les demoiselles blanches, vertes, noires, attirant les voyageurs et les noyant dans les étangs , toutes les divinités en un mot, de la mythologie celtique semblaient se donner rendez-vous autour de l'étang des Tartres ou des Tertres. 11 n'est pas rare de rencontrer sur le sol des médailles gauloises, surtout au bord de la voie antique qui reliait Ledo à Cabillonum, en passant par le bois de Ruffey, au bas du parc de M. Gacon, au sud de Nance, deCoges, de Sottessard et au pont de l'Etalet. Nous ferons remarquer que toute la ceinture de coteaux qui bordent le bassin de la Seille , conserve des traces du séjour des Celtes , telles que haches en pierre de jade, armes en bronze, tombelles, etc. L'église de Larnaud, ec clesia Larnaci , figure déjà parmi les possessions de l'abbaye de Baume, dans la bulle du pape Adrien II, de l'an 1089. Le diplôme de l'empereur Frédéric Barberousse, de l'an 1165, recense au nombre des domaines du monastère de Château - Chalon, la moitié de ce village, mediam partein de villa Larnay.
Larnaud avait acquis un certain développement lorsque les armées de Louis XI, au xve siècle, le réduisirent en solitude. La végétation arborescente ne tarda pas à s'emparer des champs cultivés. Tout l'espace compris entre l'Etoile , Montmorot et
Loubans, devint une immense forêt.
Les défrichements recommencèrent à Larnaud en 1530. Les hameaux qui se formèrent alors prirent le nom des essences forestières qui dominaient dans les quartiers mis en culture et s'appelèrent le Frasnois , la Grande- Ferney , la Petite- Verney, etc., à cause des frênes et des bouleaux qui y croissaient en abondance. Les guerres et les pestes du xvne siècle avaient encore ramené le sol à l'état dans lequel il se trouvaitdu temps des Gaulois. Aussi, toutes les maisons de Larnaud sontelles postérieures à cette époque.
Seigneurie. La partie centrale du village formait une seigneurie en moyenne et basse justice , relevant pour la haute justice de la vicomte de Bletterans. Le reste du territoire se divisait en fiefs particuliers, dont nous citerons seulement les principaux.
Seigneurs. Jean de Chaton -Arlay 1er, céda en 4309, la seigneurie de Larnaud à Guy dessus les Autres, de Bletterans, chevalier, en échange contre la foresterie de* ce dernier lieu. Amé , fils de Jean de Montarbey, chevalier, se qualifiait en 1 401 , de sire de Larnaud. Cette terre passa par acquisition à la famille de Vaudrey , qui possédait Chilly. Dès ce moment, Larnaud eut les mêmes seigneurs que Chilly. M. le comte de Laubespin vendit ce fief, le 5 janvier 1763, à M. Claude- Antoine Pourtier, conseiller et avocat du roi honoraire au présidial de Lons-le- Saunier. M. Pourtier était un homme d'un beau caractère et d'un esprit cultivé. Il fut nomméj en 1789, député du Tiers-Etat du bailliage d'Aval aux Etats généraux, mais la prudence lui conseilla bientôt la retraite.
Le 9 mars 1 790, des lettres patentes le nommèrent commissaire, à Itcffct
de procéder à l'organisa lion du département du Jura et de ses subdivisions en districts.
Château. Le château était près de l'église. Il fut détruit an xve siècle, et n'a pas laissé de traces.
Fief de Vabbayede Château-Chalon. Celte abbaye possédait une portion assez étendue du territoire de Larnaud , appelée le Bois-VAbbesse.
L'abbesse y exerçait la justice haute, moyenne et basse , et percevait des cens sur chaque meix.
Fief de V Etoile. Il existait à Villevieux un fief important, connu sous le nom de fief de V Etoile, parce qu'il relevait du château de ce nom.
Un canton de bois , sur Larnaud , d'une surface de 60 journaux , appelé la Pièce-Rougemont , en dépendait et fut acquis, le 6 novembre 1682 , de Mme de l'Etang , par les sieurs Maillot, Dardelin etBeaudron.
Ce terrain est actuellement couvert d'habitations.
Fief de la Petite - Levanchée. La Pelite-Levanchée dépendait en toute justice de la seigneurie de Savignyen Revermont.
Fief de Courions. Le territoire de la Grange-Bedey dépendait en moyenne et basse justice delà seigneurie de Courlans, et pour la haute justice , du château de Montmorot.
Des titres , que nous avons récemment découverts , nous permettent de rectifier sur quelques points la liste des seigneurs de Courlans. Cette terre appartenait, en 1649, à Adrien de Ronchaux , qui l'avait acquise d'Alexandre de Couthier, seigneur de Biarnc. En 1654 , Louis, baron de Saint-Germain , issu d'une ancienne famille noble du Revermont, sergent-major de bataille , et plus tard colonel d'un régiment de 1000 chevaux , acheta les seigneuries de Courlans et de Chavanncs , de Do-
rothée et de Pierrette, filles d'Adrien de Ronchaux. Ce gentilhomme avait épousé Anne-Elisabeth d'Ouren , dont il eut Pierre-Ernest et Claude- Joachim de Saint-Germain.
Par un partage fait le 14 septembre 1667, le premier eut dans son lot Courlans et partie de Cliavannes.
Il s'était allié à Ursule-Charlotte du Tartre- Laubespin , dont naquirent Claude- Louis , Anne-Françoise et Perronne de Saint-Germain. Claude- Louis acheta les droits de ses sœurs sur Courlans et en resta seul propriétaire. 11 épousa en i 7 1 3, Jeanne- Marie, fille d'Antoine de Laurencin- Persange , seigneur de Beaufort , et en eut Claude-Charles, baron de Saint-Germain , seigneur de Courlans et Chavannes , capitaine au régiment de Flandres, infanterie, marié en 1 7 67 , à Françoise-Elisabeth deBadorot, baronne deHilprich, et dame d'Aloslroff, dont est né Claude- Louis-Claire, baron de Saint-Germain , dernier possesseur féodal de la terre de Courlans.
Fief de la grande communauté de Bletterans. La grande communauté de Bletterans et de Villevieux possédait ses biens communaux en franc-alleu. Elle était représentée par deux prud'hommes élus par les habitants et chargés d'instituer des forestiers , de recevoir leurs serments et d'exercer la justice haute, moyenne et basse , sur le territoire commun. Ils tenaient leurs assises devant la porte de l'église paroissiale, et appliquaient le produit des amendes à l'entretien et à la décoration de cet édifice , ainsi qu'à des aumônes annuelles. La grande communauté s'étendait sur toute la partie occidentale du village de Larnaud. Différents traités , intervenus en 1452, 1554 et 1712, fixèrent le mode de jouissance des bois et des
pâturages. Par l'acte de 1712, il fut convenu que les habitants de Larnaud auraient pour leurs droits , le sixième des bois indivis et le huitième de la gland ée. Les officiers de la maîtrise délimitèrent, en 1729, la portion attribuée à Larnaud. Plusieurs maisons se sont bâties depuis, dans ce cantonnement. Bletterans nous offre le premier exemple d'une commune possédant des biens en franc-alleu , y exerçant seule toute la juridiction , sans concession d'un seigneur suzerain. Les princes de Chalon cherchèrent bien souvent à attenter à ces privilèges, mais ils échouèrent toujours devant la ferme impartialité du parlement. ,
Eglise. L'église , construite en 1840, sur l'emplacement d'une plus ancienne , a coûté 42,500 fr. Elle occupe le sommet d'une éminence et est dédiée à saint Gervais et à saint Protais, dont on célèbre la féte le 1 9 juin. Elle se compose d'un clocher, de trois nefs , d'un sanctuaire, d'un chœur octogonal, de deux sacristies et de trois tribunes.
De belles colonnes de l'ordre dorique séparent la grande nef des collatéraux. Les fenêtres sont à plein-cintre.
Cet édifice, imité de l'architecture romaine antique, peut être rangé au nombre des églises les plus belles et les mieux construites du Jura.
Les plans en sont dus à l'architecte Dalloz, de Saint-Claude.
Biographie. Ce village est la patrie de M. Jacques Lardet , né en 1 782, capitaine d'infanterie, décoré, en retraite à Larnaud.
Lnrrl votre, La Hivoire , Larivoire, vg. de l'arr. de Saint-Claude, cant. des Bouchoux; perc. etdistrib.
de poste de Molingcs ; succursale, composée de Larrivoire, Ranchette, Samia, Samiset et Vulvoz ; à 10 kil.
des Bouchoux, 12 de Saint-Claude et 60 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 733m.
Le territoire est limité au nord par Ranchette et Coyserette ; au sud par Rogna et Vulvoz ; à l'est par Coyserette, les Bouchoux et Vulvoz; à l'ouest par Chassai , Molinges et Rogna. La Tapette, vers l'Eau, Cery, Samia et Samiset font partie de la commune.
Il est traversé par les ch. vie.
tirant à Chassai , aux Bouchoux , à Vulvoz et à Ranchette ; par les ruisseaux de Long-Viry, de la Rousse ; par les biefs de Communales et de Fontenelle.
Le village est situé sur le revers occidental d'une chaîne bifurquée des Hautes-Joux , qui se dirige par Fort - du - Plasne , Saint-Laurent , Chaux- des- Prés et Vulvoz , jusque dans le Bugey. Son accès est très difficile. Les maisons sont disposées par groupes, construites en pierre, couvertes en tavaillons et élevées d'un étage au dessus du rez-dechaussée.
Les communes de Samia et de Samiset, ont été réunies à celle de Larrivoire, le 20 juillet 1811.
Pop. en 1790, de Larrivoire, 88 hab. ; de Samia, 125; de Samiset, 52; pop. réunie en 1846, 246; en 1851, 234, dont 126 hom. et 108 fem. ; pop. spécif. par kil. carré, 36 hab. ; 54 maisons, savoir : à Larrivoire 15, à Samia 16, à Samiset 9, vers l'Eau 3 , à Cery 3 , et à la Tapette 3 ; 162 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1754. Les habitants émigrent , les uns pour être domestiques à Paris , d'autres , pour aller peigner le chanvre pendant l'automne, dans les plaines de la Franche-Comté.
Cadastre exécuté en 1829; surf, territ. 649h 64a, divisés en 1 748 par-
celles que possèdent 88 propriétaires, dont 27 forains; surf. imp.
643h, savoir : 209u en bois, 209 en parcours et broussailles , 1 84 en terres lab., 64 en prés, 3h 61* en friches, ih 69* en vergers, et le surplus en jardins et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 4017 fr.; conlrib.
dir. en princip. 992 fr.
Les montagnes de Larri voire sont coralliennes et portlandiennes avec flanquements néocomiens. Le sol, peu fertile, produit du blé, de l'orge, de l'avoine, des pommes de terre , des fruits, du foin, des fourrages artificiels et un peu de maïs, de légumes secs , de chanvre, de lin et de vin rouge. On importe moitié des céréales et presque tout le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. SO c. pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes et quelques porcs qu'on engraisse. 20 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire des sablières , des carrières de pierre à bâtir, de taille et à chaui , peu exploitées.
II y a 5 châlets , dans lesquels on fabrique annuellement 8000 kil. de gros fromages gris, dits persillés ou de Septmoncel.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Saint- Claude. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et dans le produit des fromages. Ils commencent à s'occuper de tournerie et à fabriquer les articles dits de Saint-Claude.
Il existe une scierie mécanique à une lame pour bois de construction , qui a remplacé un moulin accensé en 1717, par l'abbé de Saint-Claude, à Guillaume Vuillermoz.
Biens communaux ; une église , un cimetière à l'entour, un presby-
tère au nord-est de l'église ; (rois fontaines avec lavoirs et abreuvoirs; trois fours communaux , qui étaient autrefois des fours banaux , et 44u 79* de pâtures, bois et broussailles, d'un rev. cadast. de 137 fr. Le hameau de Samia a 105h 42*, et celui de Samiset, 62h 82* de bois et pâtures. Il n'y a pas de maison commune. L'instituteur et son école, fréquentée en hiver par 24 garçons et 20 filles, occupent une maison louée par la commune.
Bois communaux : Larri voire, 22b 66* ; coupe annuelle , 84*. Samia, 28b 52*; coupe annuelle, lh 06*; Samiset , 24h 94* ; coupe annuelle , 93a. Essence dominante :
Budget : recettes ord. 1262 fr. ; dép. ord. 1262 fr.
NOTICE HISTORIQUE
Les médailles romaines en bronze et en argent, aux types de Caligula , de Néron , de Vespasien, de Domitien , d'Antonin-Ie-Pieux, de Marc- Aurèle , de Commode , d'Otacilla Severa , femme de Philippe, surnommé l'Arabe , de Gai lien , do Posthume, de Claude-le-Gothique , IIe du nom , de Probus , de Constance-Chlore , de Magnence , de Valentinien-le Jeune, trouvées à Samia et à Larrivoire, et recueillies par M. l'abbé Mermet , ne sont point une preuve suffisante de l'antiquité de ces deux villages. Lorsque les villes de Condes , de Jeurre , d'Antre , furent menacées en 407, par l'invasion de Crocus, la plus célèbreet la plus terrible dont la Gaule ait gardé le souvenir, leurs malheureux habitants durent se réfugier dans les bois et les montagnes les plus inaccessibles. Ils n'avaient qu'à traverser la Bienne pour trouver un asile impénétrable, sur les sommets des
Hautes-Joux. Qu'ils y aient perdu ou caché leurs petits trésors, le fait est probable; mais nous ne pensons pas qu'ils y aient formé d'établissements stables , avant l'érection de l'abbaye de Condat. Au moment où les Bourguignons quittèrent la Savoie , à la fin du ve siècle, pour s'établir dans la Séquanie , la fertilité et l'agrément de la vallée de la Biennc en fixèrent un grand nombre sur ce point : c'est ce qui explique la multitude de domaines tenus en franc-alleu, qu'on rencontrait au sud et à l'ouest de la terre de Saint- Claude. L'étendue et la bonne qualité des pâturages qui couvraient les pentes et les plateaux des montagnes, ne tardèrent pas à y attirer des colons ecclésiastiques, qui y fondèrent des métairies éparses , devenues plus tard des hameaux. La charte de Lothaire 1er, de l'an 855, confirmative des possessions de l'abbaye de Saint-Oyan , nomme déjà les paroisses de Viry, de Molinges, de Dortans , etc. Les châlets construits sur le territoire de Larrivoire , de Samia , de Samiset , se trouvaient implicitement compris dans la désignation générale de paroisse de Molinges. Ces trois localités avaient déjà une certaine importance au xme siècle , car elles possédaient à cette époque une chapelle dédiée à saint Georges, qu'elles faisaient desservir par un vicaire résident. L'existence de cette chapelle est constatée dans le livre d'or de l'abbaye de Saint-Oyan, écrit en 1307. Nous avons déjà fait remarquer que le vocable de saint Georges est d'origine bourguignone. Ce saint était le patron d'un grand nombre d'églises bâties dans les vallées de la Bienne et de l'Ain , et au moyen -âge de la plupart des chapelles caslrales. Les noms de Larrivoire, de Samia et de
Samiset , se rencontrent fréquemment dans les titres du xme siècle.
Seigneurie. Larrivoire , Samia et Samiset formaient trois communautés, ayant chacune leur territoire et leur administration distincts.
Elles dépendaient de la partie de la terre de Saint Claude, dite la grande Cellererie , propriété de l'abbé. Ce prélat y avait la justice haute , moyenne et basse , la chasse et la pèche exclusives, les épaves, leslods à raison dn quart du prix pour les immeubles main - mortables et du douzième pour les immeubles affranchis , et enfin moitié des dîmes, à raison d'une gerbe sur onze ; l'autre moitié était inféodée à des laïcs. Le grand prieur du monastère percevait une certaine quantité de froment et d'avoine , pour droit de marguillerie ou de mareille ; le grand-cellerier prélevait un cens sur le croît des animaux, appelé les droits. Le signe patibulaire était au lieu dit à la Potence, entre Larrivoire et Samiset. Il n'y eut jamais de charte d'affranchissement général , mais quelques familles ayant été successivement affranchies , de 1250 à 1515, notamment celles des Millet, des Casier et des Guyennet, ainsi que leur postérité et leurs immeubles, le territoire et les habitants se trouvèrent presque tous francs au xviii0 siècle.
Prévôté. La prévôté de la Côte- Saint-Georges s'étendait sur Larrivoire, Samia, Samiset et Vulvoz, et était inféodée avec un domaine à Samiset, à la famille de Millet.
Fief de Samiset. 11 ne consistait qu'en une maison seigneuriale avec des terres et des prés. Ses possesseurs ne jouissaient d'autre droit honorifique que de celui de chasser et de pêcher dans l'étendue de la terre monastique, et de vendre leurs
denrées en franchise sur les marchés de Saint-Claude et de Moirans.
Il appartint de toute ancienneté à la famille Millet de Vulvoz. Monnet Millet , écuyer , en faisait hommage à l'abbé en 1336. Ce gentilhomme eut de Claudine de Lavoncour , son épouse, Jvachim, Pierre, Daniel et Antoine de Millet, vivant tous en 1584. Daniel de Millet, prévôt de la Côte-Saint-Georges et de Choux, laissa pour héritiers , Jean , Catherine et Claude de Millet, ses enfants.
Catherine eut le Gef de Samiset dans son lot et le laissa à Claudine Blanchot, sa fille , née de son mariage avec Claude Blanchot, écuyer. Cette demoiselle épousa Guillaume Froissard , grand-juge en la judicature de Saint-Claude. M. Philippe-Gaspard de Saporta , de Saint-Lothein, marié à une demoiselle de Froissard- Broissia, vendit ce fief, le 22 mars 1756, à M. Guérin du Moulin, bourgeois de Saint-Claude , qui en fut le dernier possesseur féodal.
Eglise. L'église y dédiée à saint Georges, dont on célèbre la féte le 513 avril, est orientée et se compose d'un clocher, de trois nefs, d'un sanctuaire , d'un chœur semi-circulaire et d'une sacristie. L'intérieur est voûté à arêtes et à pleincintre. Cet édifice, dépourvu de style , a été reconstruit à diverses époques, On y voit la tombe de Philibert de Millet de Vulvoz, mort le 9 octobre 1576, un baptistère, dont le bassin semble avoir été creusé dans un chapiteau romain , et une belle statue équestre de saint Georges , en pierre.
Biographie. Ce village est la patrie de Jean- Louis Panisset , professeur distingué à Lyon , né vers
Bibliographie. Voir, sur Samia , l'Annuaire du Jura, année 1851.
Latet, (le), Latloy , Latoy-lez- Ferst Yg. de l'arr. de Poligny, cant.
de Champagnole ; distrib. de poste, percept. et paroisse de Vers- en - Montagne ; à 2 kil. de Vers, 9 de Champagnole, 25 de Poligny, 25 d'Arbois et kh de Lons-le-Saunier.
Altitude : 652m.
Le territoire est limité au nord par le Larderet ; au sud par Moutoux ; à l'est parles Nans, et à l'ouest par Vers et le Pasquier. La rivière d'Angillon sépare Vers du Latet.
II est traversé par les ch. vie.
tirant à Vers , à Moutoux , à Vannoz et au Larderet ; par le ruisseau de la Teinuse ; par les biefs du Grand et du Petit-Etang et par le bief de la Fontaine.
Le village est situé entre la vallée de rAngillon et la sixième chaîne du Mont-Jura , appelée la Frai&se. Les maisons sont groupées , construites en pierre, couvertes en bardeaux ou tavaillons , et se composent pour la plupart d'un simple rez-de chaussée.
198; en 1851 , 193, dont 96 hom.
et 97 fcm. ; pop. spécif. par kil.
carré, 21 hab.; 23 maisons; 48 ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1792. Les jeunes gens émigrent peu.
Cadastre exécuté en 1823 ; surf, territ. 40th 93a; divisés en 552 parcelles que possèdent 108 propriétaires , dont 56 forains ; surf. imp.
219h, savoir : H9h en terres lab. , 53 en prés, 42 en parcours, 4 en friches et murgers , et le surplus en jardins et sol de bâtiments, d'un revenu cad. de 2311 fr. ; contrib.
dir. en princ. 1055 fr.
La montagne de la Fraisse est oolitique, corallienne et portlandienne, avec flanqueraents oxfordiens et néocomiens, sur une partie de son parcours.
Le sol , d'une fertilité moyenne, produit du blé, de l'orge, de l'avoine , des légumes secs, de la navette , des pommes de terre , du foin, des fourrages artificiels, un peu de betteraves, de lin et de fruits. On importe le tiers des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 4 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes , quelques chèvres , des moutons et des porcs. 45 ruches d'abeilles. Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Champagnole et de Salins.
Leur principale ressource consiste dans l'agriculture, le produit des fromageries, l'équarrissage des bois de sapin et la pêche aux grenouilles dans l'Angillon.
H y a un chàlet , dans lequel on fabrique annuellement 12,000 kil.
de fromage , façon Gruyère.
Biens communaux : une fontaine avec lavoir, un puits communal, une belle et vaste place publique, emplantée d'arbres, eU3u 18a de pâtures , terres , prés et broussailles , d'un rev. cad. de 121 fr.
L'instituteur et |son* école , fréquentée en hiver par 24 garçons et 20 filles, occupent-unemaison louée par la commune.
Bois communaux': th 54a, soumis au régime forestier en 1849.
Budget : recettes ord., 1369 fr.; dépenses ord., 1369cff.
NOTICE HISTORIQUE
Ce village tire son nom d'un ancien chemin qui le traversait et qui mettait en communication Champagnole avec Arbois, en passant au gué Belin , au nord du château de Vers.
Cette route, sur laquelle les princes de la maison de Chalon percevaient un péage pendant l'époque féodale, était protégée par un fortin bâti
dans le Jieu dit au Cfiàlelet-du Bois.
Le champ Saint-Pierre était probablement une enceinte druidique , au milieu de laquelle s'élevait un menhir, remplacé plus tard par une statue de saint Pierre. Ce que nous avons dit sur l'origine du Lardcret , s'applique en tout point à celle du La (et. Cette communauté formait dans l'origine avec Moutoux , uoe seigneurie particulière, démembrée de la baronnie de Atontrivel , dont Erard Damas, chevalier, fit hommage à Louis de Chalon-Arlay, le 10 mai 1412. Peu de temps après, cette terre fut incorporée à celle de Vers. Les habitants avaient le droit de couper du bois pour leur usage et même pour en vendre aux sauneries de Salins , dans la forêt de Fraisse, où ils pouvaient aussi mener paitre leur bétail. Par une restriction semblable à celle contenue dans la loi salique (Lex Bajuvariorum , cap. VU, Ut. XXI), il leur était expressément défendu d'abattre les arbres fruitiers. Leurs droits furent reconnus par Philiberte de Luxembourg, mère de Philibert de Chalon, prince d'Orange, par une charte du 1er décembre 1529 , à charge d'un cens de 5 sols par ménage. Le mode de toiture des maisons a occasionné de fréquents sinistres dans ce village. Des incendies, survenus en 1815, en 1814 et 1848, ont détruit plusieurs maisons et ruiné un grand nombre de ménages.
Lateiie (la) , vg. de l'arr. de Poligny, cant., percept. et bur. de poste de Nozeroy ; paroisse de Fraroz; à 2 kil. de Fraroz, 6 de Nozeroy, 41 de Poligny, 41 d'Arbois et 56 de Lons-le-Saunier.
par Longcochon, Essavilly et Froide
Fontaine ; au sud par Fraroz et Cerniébaud ; à l'est par Cerniébaud et Froide-Fontaine; à l'ouest par Rix et Fraroz.
Il est traversé par le chemin de gr. com. n° 19, de Nozeroy à Mouille ; par les ch. vie. tirant à Fraroz, à Mignovillard, à Rix, à Nozeroy et à Mouthe.
11 est situé au fond d'une des nombreuses gorges qui sillonnent le val de Mièges. Les maisons, presque toutes neuves, sont généralement bien bâties, construites en pierre et couvertes en bardeaux ou tavaillons, retenus par des laves ou des pierres.
Pop. en 1790, 270 bab. ; en 1846, 379; en 1851, 237, dont 125 boni, et U2fem.; pop. spécif.
par kil. carré, 40 bab.; 32 maisons; 46 ménages. Les habitants émigrent peu.
Cadastre exécuté en 1813 ; surf, territ., 588h 52a, divisés en 1037 parcelles que possèdent 116 propriétaires, dont 52 forains; surf, imp. , 582h, savoir : 347 en terres lab., 200 en pâtures, 28 en préssecs, 4h 66a en prés, et le surplus en friches et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 9090 fr. ; cont. dir.
en princip. 1267 fr.
Le sol , en partie montagneux et peu fertile, produit du blé , du méteil de froment et de seigle, ou d'orge et d'avoine, des pommes de lerre , du foin et des fourrages artificiels. Le produit des céréales suffit à la consommation des habitants.
On importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 pour cent.
On élève dans la commune des bètes à cornes , des chèvres et des volailles. On y engraisse des porcs pour la consommation locale. 12 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait d'autant plus de progrès , que les cultivateurs sont très laborieux.
L'eau manque dans le village ; les sources y tarissent complètement pendant les sécheresses.
On trouve sur le territoire, de mauvaises sablières et des carrières de pierre à bâtir et de taille , peu exploitées.
Il y a deux châlets , dans lesquels on fabrique annuellement 16,000 kil. de fromage, façon Gruyère.
Biens communaux : deux fontaines avec abreuvoirs, quatre puits, une pompe à incendie , manœuvrée par une compagnie de 25 pompiers, et 195h9t*de pâtures, terres et prés-secs, d'un rev. cad. de869fr.
L'instituteur et son école, fréquentée en hiver par 1 8 garçons et 1 7 filles , occupent une maison louée par la commune. Il conviendrait de construire une maison commune, qui contiendrait la mairie, l'école et le dépôt de la pompe â incendie.
Budget : recettes ord. 1615 fr.; dépenses ord. 1 146 fr.
NOTICE HISTORIQUE
On trouvera tout ce qui concerne l'origine de la Latette , à l'article Mièges. Ce village fut ruiné en 1 639, par les troupes de Saxe-Weimar. Le sol est jonché de débris , qui rappellent cette catastrophe. Un incendie , survenu le 15 mars 1835, détruisit sept bâtiments, renfermant douze ménages; rien ne put être sauvé. La perte fut évaluée à 47,380 francs. Sept personnes de la même famille périrent dans les flammes.
En décombrantla demeure des sieurs Masson, par laquelle le feu avait commencé, on trouva le cadavre d'un des deux chefs de famille qui l'habitaient, ayant sous chaque bras un de ses plus jeunes enfants, qu'il avait cherché à sauver. Deux autres incendies, arrivés en 1841 et 1850, ont détruit six maisons.
Biographie. Ce village. est la patrie d'Antoine Gaudin, capitaine décoré , en activité de service , et d' Etienne- Joseph Masson, ancien officier d'artillerie ( 1772-1842).
Lanbeapln , commune réunie à celle de Vill«>tte-lez-Saint-Amour, le 26 décembre 1821.
Laurent, (Saint-. Canton de), arr. de Saint-Claude, limité au nord par le caulon des Planches ; au sud par les cantons de Moirans et de Saint- Claude ; à Test par le canton de Morez , et à l'ouest par les cantons de Moirans et de Clairvaux.
Le territoire est traversé par la route imp. n° S , de Paris à Genève , et 78 , de Nevers à Saint-Laurent ; par la route dép. n° 10, de Besançon à Saint-Claude, et par celle n° 28 , qui relie les routes impér.
n" 8 et 78 ; par les chemins de gr.
com. n° 59 , de Lons-Ie-Saunier à Saint-Laurent, et 16, de Saint-Laurent à Moulhe; par la rivière de l.emme , les ruisseaux de l'Hérisson et de la Sirène, et par plusieurs autres petits cours d'eau ou torrents. Il renferme un grand nombre de lacs.
Le canton se divise en deux parties , la partie haute et la partie basse. Dans la première , où se trouve le chef-lieu, l'agriculture est pénible, le sol froid et ses produits insuffisants à la nourriture de ceux qui le cultivent. La seconde , séparée de la première par la montagne de Bonlicu, est agricole et forestière ; on y cultive les céréales communes à la Combe d'Ain.
Sa circonscription primitive a été agrandie en 1817, par l'adjonction d'une grande partie du canton des Petites - Chiettes. Cette réunion a formé une agrégation hétérogène ,
dont le climat , la culture , les travaux , les goûts et les usages des habitants diffèrent entièrement.
Il se compose de 19 communes , savoir : Chàteau-des-Prés , la Chaumusse , Chaux-des-Prés, la Chauxdu-Dombief, Grilla , Denezières , Fort-du-Plasne, la Frasnée, Grande- Rivière, le Lac-des-Rouges-Truites, Saint-Laurent, Saint- Maurice , les Petites-Chiettes , les Piards , Saint- Pierre, Prénovel, Rivière-Devant, le Saugeot et Uxelle.
L'abbaye de Saint - Claude , la chartreuse de Bonlieu et les seigneurs de Grilla possédaient la suzeraineté de tout ce territoire.
Pop. en 1846 , 9088 ; en 1851 , 8812, dont 4423 hom. et 4389 fem.; pop. spéc. par kil. carré, 42 hab.; surf, territ. 2l,253h; surf, imp. 20,658h, savoir : 7275h en bois , 6859 en terres lab., 4251 en pâtures, 1704 en prés, 489 en préssecs, 63 en jardins , et le surplus en sol de bâtiments et cultures diverses, d'un rev. cad. de 120,899 fr.
Laurent ( Saint ) , Rkière -Devant , Voisinal-de-Joux , la Chapelle-Saint-Laurent , Saint-Laurent-en-Grandvaux, et sous la première république , Main-Libre ou Bel- Air, vg. de l'arr. de Saint- Claude , chef-lieu de canton et de percept. , dir. de poste aux lettres ; cure cantonale ; chef-lieu d'une paroisse , composée de Saint- Laurent et la Chaumusse; à 26 kil. de Saint- Claude et 48 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 026n\
Le territoire est limité au nord par Fort-du-Plasnc ; au sud par Grande-Rivière et Rivière-Devant ; à l'est par Morbier et le Lac-des- Rouges-Truites; à l'ouest par Saint- Pierre et la Chaumusse. Au Chaumerand , vers les Moulins, la Char-
bonnière , la Marèchette , la Reculée , Réchardy, les Jourats , Salave de bise , Salave de vent , les Poncets , chez l'Enfa, les Rocliats , les Maisonnettes, sous le Gyps, le Pontdu-Marais , sous la Savine et le Coind" Amont , sont des hameaux et maisons isolées qui font partie de la commune.
11 est traversé par les routes imp.
nos 5 , de Paris à Genève, et 78 , de Nevers à Saint-Laurent ; par la route dép. n° 10 , de Besançon à Saint-Claude ; par l'ancienne route imp. n° 78 ; par le chemin de gr.
corn. n° 16 , de Saint-Laurent à Moullie ; par les chemins vicinaux tirant à la Chaumette , de Salave à la route imp. n° 5 ; par ceux dits des Rocbals et du Coin-d'Ainont ; par la rivière de Lemme, le ruisseau du Marais et le bief Bourdon qui y prennent leurs sources ; par le ruisseau du Saillet et le bief Rouge ou du Perret.
Saint - Laurent , l'un des plus beaux villages des montagnes du Jura , occupe Une éminence qui domine tout le val du Grandvaux. Il se compose de hameaux disséminés sur toute rétendue du territoire.
Les maisons du quartier principal sont groupées sur les bords de la route impériale n° 5 , élevées d'un ou de deux étages au-dessus du rezde-chaussée , bien bâties en pierre et couvertes en bardeaux, lavail- Jons ou tuiles.
Pop. en 1790, 1088 hab.; en 1846, 1250; en 1881, 1228, dont 604 hom. et 624 fem.;pop. spécif.
parkil. carré, 79 hab.; 253 maisons , savoir : au Coin-d'Aval 16, à la Fontaine 8 , à la Boite 15 , dans la Grande-Rue ,41, dans la rue de l'Eglise 18 , au Coin-d'Àmont 33 , sur les Crêts 13 , aux Jourats 6 , aux Poncets 10 , à Salave de vent
23 , à Salave de bise 21 , à la Charbonnière 4 , [aux Moulins 5 , à la Marèchette 3, à la Reculée 2, sur les Gyps 1 8 , aux Bouviers 2 , aux Maisonnettes 10 et aux Rochats 6 ; 338 ménages. Les plus anciens registres de l'état . civil datent de 1744. Les habitants émigrent en grand nombre , pour se livrer au commerce et à l'industrie dans les grandes villes.
Cadastre exécuté en 1833 : surf, terril. 1756h97-, divisés en 3474 parcelles que possèdent 471 propriétaires, dont 110 forains; surf, imp. 1738h, savoir: 660 en bois, 488 en terres lab., 418 en pâtures et broussailles , 148 en prés et 20 en friches , murgers et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 14,149 fr.; cont. dir. en princip. 6241 fr.
Le sol , montagneux et d'une fertilité moyenne , produit du blé , de l'orge, de l'avoine, des pommes de lerre, du foin, des fourrages artificiels , peu de chanvre, de lin, et de fruits.
On élève dans la commune des bètes à cornes , des moutons , des chèvres et quelques porcs qu'on engraisse pour la consommation locale. 150 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès, et de nombreux défrichements s'opèrent depuis que les habitants s'occupent moins de roulage. On importe les deux tiers des céréales et le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.
On trouve sur le territoire, de la marne , non exploitée , des tourbières , des sablières , des carrières de belle et bonne pierre à bâtir et de taille, exploitées. Celte pierre, de couleur jaune , veinée , imite le marbre , et est susceptible de recevoir le poli. On l'importe dans les villages voisins et à Morez.
Foires et marchés. Un édit royal du 31 mai 1775, autorisa la création de deux foires par an , à Saint- Laurent , et d'un marché qui devait se tenir le mercredi de chaque semaine. Aujourd'hui , il y a cinq foires, fixées aux 12 avril, 17 juin,
17 octobre, 11 août et 16 décembre. Elles ont chacune leur spécialité , pour la vente des céréales , du bétail, des jeunes porcs , des porcs gras, et ont toutes de l'importance.
Les habitants fréquentent en automne les marchés de Lons-le-Saunier, et au printemps ceux de Cham pagnole.
Commerce. Les patentables sont :
18 aubergistes, k boulangers, 2 bouchers, 2 marchands de vin en détail , 2 merciers , 3 marchands de tissus , 3 marchands de pièces d'horlogerie en gros, 4 marchands de fromages secs en gros , 2 marchands de fer en barre , 2 marchands de blé, 2 quincaillers , 6 cafetiers et un marchand de bois.
Industrie, 4 maréchaux-ferrants, 11 voituriers, 2 entrepreneurs de voitures publiques, 1 menuisier, 2 cordonniers, 1 entrepreneur d'entretien des routes , un perruquier, 1 chapelier, 3 charrons , 2 bourreliers, 1 serrurier, 1 fabricant de bardeaux , 1 tonnelier, 1 maréchalexpert et 1 concessionnaire de péage du pont. 11 y a septchàlets appartenant aux sociétaires , dans lesquels on fabrique annuellement 40,000 kil. de fromage , façon Gruyère , de bonne qualité. L'agriculture , l'horlogerie et le produit des fromages , forment la principale ressource des habitants , qui sont généralement dans l'aisance.
Saint- Laurent est le siège d'une justice de paix , d'un relais de poste aux chevaux , d'un gtte d'étapes ; la résidence d'un receveur de l'enre-
gistrement, d'un receveur et d'un commis des contributions indirectes, d'un garde-général des eaux et forêts, d'un conducteur embrigadé de 3e classe des ponts-et-chaussées , d'un agent-voyer cantonal , d'une brigade de gendarmerie à pied , de deux notaires , de deux huissiers , de deux médecins , d'un pharmacien , d'un architecte et d'un géomètre.
Biens communaux : une église, un cimetière au sud et en dehors du village, un presbytère peu éloigné de l'église, une maison commune, ronfermant la mairie , le logement de l'instituteur, celui du secrétaire de la mairie, l'auditoire de la justice de paix et la salle d'étude, fréquentée en hiver par 60 élèves ; deux fontaines avec lavoirs j, dont l'un est couvert ; une citerne sur la place ; quatre pompes à incendie , disposées dans une salle conliguë à l'église et manœuvrées par une compagnie de 60 pompiers ; une place publique , et 917h 0ba de pâtures, terres, tourbières, prés et bois, d'un rev. cadast. de 1180 fr.
Bois communaux : 73 lb 08a, dont 17h 23* ou 1731 stères de bois sont délivrés annuellement aux habitants.
Budget: recettes ord., 10,189 f.; dép. ord., 10,661 fr.
Bureau de bienfaisance. Il a été doté en 1 808 , par Séraphine Marion , épouse de Pierre-Célestin Bouvet; en 1816, par Célestin Bouvet, et en 1837, par Jeanne- Marie Morel , épouse de Célestin Bailly. Les dons ont été faits , pour secourir les pauvres vieillards , les infirmes , et pour l'entretien de sœurs de Saint- Vincent-de-Paul , chargéesdc l'instruction des enfants.
Les revenus de cet établissement s'élèvent à 1216 fr.
Ecole des filles. Elle est dirigée par trois religieuses de Tordre de Saint-Vincent-de-Paul , et fréquentée en hiver par 109 élèves. Une des sœurs est spécialement chargée des soins à donner aux malades à domicile.
Ecole des frères de la Doctrine chrétienne. Elle est dirigée par trois frères, qui donnent l'instruction gratuitement à 60 élèves. Cet établissement a été fondé récemment , et doté par MM. Besson , de Saint- Laurent.
NOTICE HISTORIQUE
Le Grandvaux devait déployer, il y a deux mille ans , une majestueuse horreur. Sa surface inégale, hérissée de noirs sapins , éfait toujours revêtue d'une épaisse couche de neige , qui entretenait un hiver perpétuel.
Il n'y avait d'autres clairières que les espaces occupés par des lacs profonds, sombres comme les arbres qui les entouraient. L'aspect de cette contrée était tellement sinistre, que les Romains l'avaient surnommée la mauvaise vallée, mala vallis. Tout ce qui concerne l'histoire du Grandvaux avant le vi8 siècle, est plein d'obscurité. La civilisation y fraya lentement sa voie par le christianisme. Aubert, religieux de Gondat, arriva en K23, à la tète de vingt moines , pour y répandre la lumière de l'Evangile et en commencer le défrichement. Il renversa les arbres consacrés par l'idolâtrie celtique, les purifia en suspendant à leurs branches les symboles du nouveau culte, sanctifia les superstitions païennes, et convertit en quelque sorte les pierres druidiques, en les jelantdans les fondations d'un édifice chrétien.
Il fonda une abbaye au centre même d'un lac, et la dédia à la Vierge Marie , comme l'était déjà celle de
Mièges. Les populations se groupé' rent autour de celte pieuse retraite.
Elle devint pour elles un lieu de défense, un oppidum. Au moindre danger de guerre , elles couraient s'y réfugier. Lorsque les religieux et leurs serfs eurent mis en culture une certaine étendue du territoire , les seigneurs voisins se jetèrent avec avidité sur cette nouvelle proie, s'en disputèrent entre eux les lambeaux et osèrent même chasser les religieux pour occuper leur demeure. Ces petits tyrans durent céder à leur tour devant la puissance d'Etienne Ier, comte vassal de Bourgogne. Ce prince, avant de partir pour la croisade, en 1170, chercha à rendre le ciel favorable au succès de ses armes, en rétablissant l'abbaye du Grand vaux. Il confia l'éxecution de son pieux dessein à l'abbé d'Abondance.
Ce prélat envoya plusieurs de ses chanoines, qui élevèrent de nouveaux cloîtres, non plus au milieu du lac , mais sur ses bords. Un certain nombre de colons savoyards avaient accompagné ces ardents cénobites, et avait repris, sous leur direction , l'œuvre de défrichement commencée par Auberl. Soixante et dix ans à peine s'étaient écoulés, que ces infatigables travailleurs sentirent faillir leur courage. Continuellement harcelés par de turbulents vr.s aux, sans protection, sans moyen u\? défense, ils demandèrent à quitter celte terre étrangère et à rentrer dans leur patrie. L'abbé de Saint- Claude sut habilement profiler de ces dispositions pour devenir p opriétaire du Grandvaux. Il se le fil céder en ilhh par l'abbé d'Abondance , en échange contre d'autres prieurés éloignés de lui , dont il ne retirait aucun revenu, parce que les avoués laïcs qui en avaient la garde en avaient usurpé les biens. Dés ce
moment , les cultures s'étendirent , des métairies se formèrent au milieu des pâturages , et devinrent le centre de différents hameaux. Toutes ces habitations ne composèrent d'abord qu'une seule communauté et qu'une seule paroisse ; mais au xve siècle , une révolution s'opéra. La grande communauté se divisa en cinq circonscriptions particulières, appelées fltVtèrea. La Rivière-Devant embrassait dans ses limites Salave, les moulins et le Voisinai de Joux. Deux siècles plus tard , un mouvement semblable se manifesta dans la circonscription religieuse. Fort- du - Flasne et le Lac des Rouges-Truites, formèrent une nouvelle paroisse ; une chapelle bâtie en 1650, au hameau du Voisinai de Joux , eut un prêtre spécial attaché à sa desserte, et fut érigée en cure le 3 août 1757, pour Salave, laChaumusse, et le Voi sinal de Joux ou la Chapelle-Saint- Laurcnt. On comptait alors dans ce dernier lieu, 42 maisons et 62 ménages, y compris les six ménages des employés des fermes du roi, un moulin et une forge, et à Salave, 45 maisons et 63 ménages. Un ancien sentier , appelé le Chemin des Pèlerins, conduisant à Saint-Claude, traversait alors le hameau de la Chapelle-Saint- Laurent . Trois routes nouvelles pour aller à Saint-Claude ou à Genève , et partant, soit de Lons lc-Saunier, soit de Champagnole ou de Besançon , furent ouvertes de 1740 à 1760. Ces voies de communication développèrent le commerce et l'industrie , et ont amené Saint-Laurent â l'état prospère dans lequel on le trouve aujourd'hui. Trois incendies, arrivés en 1825, en 1836 et en 1845, ont détruit 15 maisons; mais ces sinistres ont été promptement réparés.
Eglise. L'église actuelle a clé bâtie |
en 1 767. Elle est dédiée à saint Laurent, martyr, dont on célèbre la fête le 10 août, et se compose d'un clocher, d'une tribune supportant un jeu d'orgues , de trois nefs , d'un chœur de forme octogonale et d'une sacristie. Le clocher est couronné par un dôme disgracieux. Les nefs sont séparées par des colonnes de l'ordre toscan, qui manquent de proportions. Les décorations intérieures et l'ameublement intérieur sont d'un goût détestable. Le cimetière primitif entourait l'église. Le cimetière nouveau renferme les belles lombes d'Osias Bcsson , de la famille Barbaud, de Céleslin Bailly, bienfaiteur des pauvres de la paroisse (1772- 1844), de Zélie-Malhilde Marguier d'Aubonne, née Loiseau (1804- 1837), et d'Eugène- Antide Marguier d'Aubonne, mort en 1844.
Biographie. Ce village est la patrie de Théophile-Marcellin Bezson, capitaine d'infanterie, en activité de service, né vers 1811 ; des officiers décorés, J.-B.Pyat, J. Céleslin Bourgeois cl Cl. -F. Boley; de plusieurs ecclésiastiques encore vivants; de M. Jean-Séraphin-Désiré Besson, né en 1795, peintre et statuaire distingué , membre de l'académie de Besançon, delà commission d'Antiquités de la Cotc-d'Or et de la société d'Emulation du Jura, directeur de l'école de dessin de Dole, et conservateur du musée de cette ville. M.
Faustin Bcsson, son fils , est compté parmi les bons artistes de la capitale. Les décorations qu'il vient d'exécuter dans la chambre de l'impératrice, au palais des Tuileries, font le plus grand honnenr à son talent.
Curiosités naturelles. La fontaine du Cul est un excellent baromètre ; elle tarit complètement pendant un jour ou deux, chaque fois que le temps veut changer. Elle fournit de
l'eau pendant les plus grandes sécheresses. On remarque sur le territoire plusieurs cavités très profondes et des éboulements occasionnés par des courants d'eau souterrains qui font glisser le sol sur un lit de marne.
Bibliographie. Archives de la préfecture du Jura.
Lanrent-de-la-Roche (Saint-).
Sanctus Laurentius de Rupe, vg.
de l'arr. de Lons-le-Saunier, cant.
ctbur. depostedeBeaufort, percept.
de Cesancey ; succursale; à 10 kil.
deBeaufort et i i de Lons-le Saunier.
Atlitude, 315m.
Le territoire est limité au nord par ficruge et Gevingey ; au sud par Augisey; à l'est par Gerugc, Bornay et Arlhena ; à l'ouest par Cesancey, Grusse et Rotalier. La grange de Virebief, la grange du Bief, la grange de Sancey, la grange en Ley, chez les Poncets , la grange du Pérucle et le hameau derrière le Crêt , font partie de la commune.
H est traversé par le chemin de gr. com. n° 4, de Lons-le-Saunier ùMontfleur; par les chemins vicinaux tirant à Grusse, à Vincelles, à Cesancey, à Gevingey, à Arthena et à la grange d'Ancey ; par le ruisseau du Lavoir qui y prend sa source, et par celui de la Bcaumelle.
Le village est situé sur le revers sud-est d'une colline. Les maisons sont généralement disposées par - groupes, alignées sur le bord de différentes rues, bâties sans goût, en pierre, et couvertes, partie en chaume et partie en tuiles. On y remarque les habitations de M. Paul Babcy, de Besançon , et de Mme Marie Babey.
Pop. en i 790, 736 hab. ; en i 846, 877 ; en 1881, 521, dont 2M hom.
et 277 fem. ; pop. spécif. par kil.
carré, 46 hab.; 130 maisons; 133
ménages. Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1668. Les habitants n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1 835 ; surf, territ. 1112h08a, divisés en 3821 parcelles que possèdent 387 propriétaires, dont 178 forains; surf, imp. 1093h, savoir : 5*8h en terres lab., 281 en pâtures, 165 en bois, 53 en vignes, 40 en friches et murgers, 16 en broussailles, 12 en prés, 4h 31* en jardins, et hh en sol et aisances de bâtiments, d'un rev.
cad. de 8741 fr. ; contrib. dir. en princip. 2231 fr.
Le sol, montagneux et peu fertile, produit cinq fois la semence des céréales. On récolte du blé , de l'orge, de l'avoine, du maïs, des légumes secs, des carottes fourragères , des pommes de terre , du chanvre , des vins blancs et rouges de bonne qualité et très appréciés, peu de foin , de navette , de betteraves, de fruits et beaucoup de fourrages artificiels. On importe moitié des céréales et on exporte les trois quarts des vins. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des bêles à cornes, des moutons, des porcs , quelques chèvres et des volailles. 20 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire , de la marne peu exploitée, du minerai de fer en grains , qu'on extrayait autrefois pour les forges de Clairvaux, des carrières d'excellent gypse, dont l'exploitation a été abandonnée depuis 1820, de la pierre à bâtir ordinaire , de la pierre à chaux ordinaire et hydraulique.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Lons-Ie- Saunier. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture et la culture de la vigne.
Il y a un chàlet, dans lequel on fabrique annuellement 15,000 kil.
de fromage , façon Gruyère.
Les patentables sont : un cordonnier, un mercier, un sabotier, onze maréchaux-ferrants , deux aubergistes, un menuisier et un tisserand.
La création de trois foires par an dans ce village serait très utile.
Biens communaux : une église , un cimetière, un presbytère insuffisant et en mauvais état, une maison commune, contenant la mairie, le logement de l'instituteur, la salle d'éludé , fréquentée en hiver par 60 garçons, et la cave de la fromagerie; 2 fontaines avec lavoirs et abreuvoirs , un lavoir hors du village, 2 citernes, une place publique, emplantée d'arbres, et393h 72a de pâtures, friches, bois et terres lab., d'un rev. cad. de 807 fr. L'école des filles est dirigée par deux religieuses de l'ordre de Saint-Vinccnt-de-l'aul de Besançon. Cet établissement a été doté par M. François Babey.
Bois communaux : 16 lh 30*; coupe annuelle, hh 83".
Budget : recettes ord., 2930 fr. ; dép. ord., 2931.
Bureau de bienfaisance. Revenu
121 fr. SO c. , provenant des dons faits par André Fusier et Désiré Godefm ( 1820), par Marîe-Reinc- Désiréc-Séraphie Humbcrt, Ferdinand Rolland et Amable Brenot.
NOTICE HISTORIQUE
Rien de fantastique comme le site de Saint-Laureut. Figurez-vous une longue chaîne de montagnes, dont la ligne de faite est brusquement interrompue par une profonde échancrure, eu forme de croissant. La pointe au nord, appelée la rtoc/w, est formée par un rocher taillé à pic sur trois de ses faces. Elle suppor-
tait jadis un cbàteau-fort qui joua un rôle particulièrement dramatique dans les annales du pays. La pointe au sud est une montagne conique, appelée le Châtelet, qui supporte sur ses flancs l'église paroissiale, dont le clocher apparaît de loin comme le màt d'un navire. Le bourg descend en amphithéâtre sur le revers oriental de la Roche. Un étroit vallon, qu'arrose la Sonnette , s'évase en entonnoir derrière Grusse , décrit un cirque au pied de Saint- Laurent, et après avoir fait un coude très prononcé, s'ouvre en éventail entre Vincelles et Rolalier, pour se confondre bientôt avec les plaines de la Bresse. Une telle position offrait trop d'avantages pour ne pas fixer l'attention des premiers habitants de la Séquanie ; aussi, y trouve-t-on de nombreuses traces du séjour des Celles. Entre la Roche et le village de Gerugc, s'élève une haute montagne, appelée la Vuarde, au sommet de laquelle on remarque un espace circulaire de 120 à 130m de circonférence, entouré par un retranchement en pierre et en terre , sans fossés. C'était probablement un poste d'observation. A peu de dislance , se trouve un champ connu sous le nom de Pierre-Levée,. Une dénomination aussi caractéristique ne laisse aucun doute sur l'existence d'un peulven ou d'un menhir en cet endroit. Une croix en marque encore la place. A cùté, s'élève le monticule de Beauregard , lointain souvenir du culte du soleil, et près de là, s'étend la Combe Saint- Martin , qu'orna probablement un temple du paganisme. Un caslel ou tour romaine, correspondant avec ceux de Mont-Orient , de Bornay, de Montmorot, de Chevreau , de Laubespin, couronna la pointe de la montagne du Chàtelet. Il pouvait servir de si-
g nal aux populations d'alentour, en même temps qu'il protégeait la voie romaine de Lons-le-Saunier à Lyon, qui passait sur la côte de Montciel, Mons CœliuSy au pied de la tour de Mont-Orient, à Gevingey, près de l'éminence de Saint-Martin à Cesancey, à Test de Sainte-Agnès, à l'ouest de Vincelles, Rolalier et Vercia, au pied de la tour de Crevecœur, à Beaufort, à Maynal, à Graveleuse, à Curny et à Coligny. Au moment où les Bourguignons prirent définitivement possession de notre pays, l'un de leurs chefs s'installa dans le castel romain , et fit bâtir dans le voisinage une chapelle , qu'il dédia à saint Laurent. II y avait à Augisey une église très ancienne, dédiée à Noire-Dame , qui occupait une émi* nence appelée le Molard des Moines.
Elle était le chef-lieu d'une paroisse très étendue. Des religieux y célébraient les offices et occupaient un cloître, à côté du cimetière. Au commencement du xe siècle, ces moines possédaient tout le territoire compris entre les terres monastiques de Gigny, de Saint-Georges, de Saint-Maur et de Maynal. Suivant un acte dressé parle notaire impérial Irénis , le 12 juin 901, dont nous n'avons pu découvrir qu'une mauvaise traduction en français , ils permirent à Philippe, dit Grammont , possesseur de la tour du Chàtelet, d'attacher un ou plusieurs chapelains au service de sa chapelle, et d'ériger un cimetière pour l'inhumation de ses hommes, ne se réservant que le droit de tombe et une redevance annuelle de 1 2 petits francs. Ils s'engagèrent en outre, à célébrer une messe chaque jour au château d'Augisey, qui appartenait alors à une châtelaine du nom de Glairc.Les invasions des Hongrois et les calamités du xe siècle , amenèrent la ruine d'un grand nombre
de monastères. Celui d'Augisey fut abandonné. Ses biens furent unis, à la fin du xe ou au commencement du xie siècle, au prieuré de Gigny, en même temps que ceux de l'abbaye de Saint-Maurice de Coldres devinrent la propriété des moines de Baume. Il est certain que si Augisey , Cressia et Saint-Laurent avaient fait partie de l'apanage du comte Bernon et de la dotation primitive de Gigny, ces domaines seraient recensés nominativement dans la bulle du pape Formose, de l'an 895, et dans le diplôme du roi Rodolphe, de l'an 904.
Une colonie de religieux fut envoyée à Saint-Laurent par les moines de Gigny, pour en faire valoir les biens temporels. L'église de ce lieu continua d'être desservie par des chapelains, dont les noms sont connus dès l'an 1 151 . Le patronage en fut cédé à l'abbaye de Chàleau-Chalon, qui le conserva jusqu'en 1602. Par un traité de l'an 1 192 , Aymon , prieur de Gigny , et Rodolphe . prieur de Saint-Laurent, firent une association pour ce nouveau prieuré, avec Etienne II , comte vassal de Bourgogne. Le prieur se retint les droits ecclésiastiques, c'est-à-dire les offrandes , les sépultures , les dîmes , les prés, lescondamincs, les maisons et la tâche des meix ( les corvées ), avec moitié des cens et des autres revenus. Le comte devait avoir l'autre moitié de ces revenus, et la connaissance exclusive des crimes de vol , d'adultère , d'homicide et des délits commis sur les grands chemins , c'est-à-dire la haute justice. Toute autre juridiction était réservée aux prévôts institués par le comte et le prieur. Ces officiers ne pouvaient agir l'un sans l'antre, soit pour rendre la justice , percevoir ou modérer les amendes , soit pour en faire le partage. Le comte n'avait aucune
juridiction sur les personnes habitant l'enceinte du cloître. Le comte et le prieur étaient tenus de se prêter mutuellement serment pour le château, et chaque nouveau prévôt devait jurer fidélité au prieur. Cet acte influa puissamment sur les destinées de Saint-Laurent. Le comte Etienne fit bâtir un château formidable sur le sommet de la Roche. Les habitations dispersées autour ou au pied de la montagne du Chàtelet , occupées par des serfs attachés à la glèbe , vassaux-nés du château et du prieuré dont ils faisaient valoir les domaines, se groupèrent sous la protection de la nouvelle forteresse, pendant la guerre d'extermination que se faisaient Etienne et le comte palatin de Bourgogne. Elles formèrent un bourg qui fut clos de murailles. Les habitants, attirés par des privilèges, reçurent en 1 284 une charte de franchises et une organisation municipale, d'Etienne de Chalon, leur seigneur. '
Seigneurie. La seigneurie de Saint- Laurent relevait de la baronnie d'Orgelet , et comprenait les villages de Grusse, Sainte - Agnès , Àugisey, Asnières, Arlhena, Essia, Cesancey, Gerugc, Belière, Rotalier, la Combe de Chaland igna , Vercia, Varessia, Rochelle, Vincelles en partie, Gevingey, et plusieurs granges éparscs.
Le seigneur avait la justice haute , moyenne et basse, avec pouvoir d'instituer un bailli, un juge châtelain , un gruyer, un procureur d'office , un greffier, des sergents , des forestiers et un tabellion général ; de percevoir seul les amendes , de faire publier les testaments, et de recevoir devant son bailli, l'appel des sentences des juges des vassaux.
Il avait les épaves , les confiscations, le droit d'exiger l'impôt des quatre
les langues des grosses bêles tuées dans l'étendue de la seigneurie , la banalité du four de Saint-Laurent et du moulin de Grusse. Il percevait le droit d'étalage aux halles, de vente aux foires et marchés, de toises des maisons; des cens en grains, en argent , en poules et en huile. Les habitants avaient été affranchis de la main-morte , des corvées , des tailles arbitraires et de toutes exactions, par leur charte de franchises. Les principaux fiefs relevant de Saint- Laurent étaient ceux de Beaufort , Crevecœur, de Mont-Orient, de l'Isle, de Gevingey, de Maynal , de Cesancey, de Pleure et Saint-Martin, de Rochelle, de Chêne - Bernard , de Rotalier et d'autres situés à Sainte- Agnès, Paisia , Vercia , Condamine, Nilly, Augisey, Bonnaud, Bonnaisod, Saint-Laurent, Cesancey, Saint-Aubin et la Vieille-Loye.
Seigneurs. Etienne II de Bourgogne, qui avait intérêt à s'entourer de vassaux puissants , avait inféodé Cressia à la famille de Coligny , et Saint-Laurent aux seigneurs de Ruffey. Au mois de juin 1252, Etienne de Ruffey, dit le Faivre, chevalier, sur l'ordre de Jean de Chalon , dit le Sage , fils du comte Etienne , reconnut tenir en fief d'Isabelle de Courtenay, épouse de ce prince, le château de Saint-Laurent , la chàtellenic et ses dépendances ; et Tannée suivante, il déclara faire donation perpétuelle de ce beau domaine au comte Jean, son suzerain. Etienne de Chalon , sire de Rouvres et de Monlenot , troisième fils de Jean de Chalon et d'Isabelle de Courtenay, eut Saint-Laurent dans son partage.
Il épousa Jeanne , fille et héritière de Gauthier, sire de Vignory , dont il eut une seule fille , du nom aussi de Jeanne , qui fut son unique héri-
cas , les lods , le scel des contrats , | Hère. Il mourut après le mois de
juillet 1303, et fut inhumé aux Cordeliers de Lons-lc-Saunicr. Jeanne de Chalon s'allia à Guillaume de Dampierre , issu des illustres comtes de Flandres. Les enfants nés de cette union furent Jean , Etienne , Guillaume, Isabelle et Jeanne de Dampierre. A quel titre Béraud de Mercueil , connétable de Champagne, se qualifiait-il en 1314 de seigneur de Saint-Laurent? Possédait-il une partie de cette terre du chef de Blanche, fille du premier lit de Jean de Chalon l'Antique, son épouse? Avait-il acquis ce fief à titre d'engagère de Guillaume de Dampierre , ou ne le tenait-il que comme ayant la garde noble des enfants de Jeanne de Chalon ? c'est ce que nous n'avons pu encore découvrir. Etienne, le second des fils de Guillaume de Dampierre, sire de Saint-Dizier, eut dans son lot la seigneurie de Saint-Laurent. Il épousa à Louhans , le 20 décembre 1319, Huguette de Sainte-Croix, célèbre par sa beauté, fille d'Henri d'Antigny, sire de Sainte-Croix , et de Marguerite de Bellevesvre, dame de Chay. Huguette habita le château de Saint-Laurent avec son époux , jeune homme dont la magnificence et les goûts somptueux menacèrent bientôt d'engloutir la fortune. L'amour d'Etienne pour son épouse, ses riches présents , le don même de son château, ne purent subjuguer cette altière beauté. 11 finit par lui être tout à fait odieux. Peut-être un penchant incestueux conduisit - il Huguette à l'assassinat. De concert avec Guillaume de Saint-Dizier, son beau-frère , qui séjournait au voisinage dana sa forteresse d' Alièze, une nuit de février ( 1528 , n. st.), fut choisie pour enlever Etienne de son château. « Gagés à prix d'or, dit M. E. Clerc, auquel nous empruntons cette relation , et conduits par
Guillaume, huit paysans de la terre.
d'AIièze, arrivent vers minuit au château de Saint-Laurent. La porte et la barrière leur sont ouvertes sans bruit par Pierre de Mont. Ils arrivent à la lueur d'une torche jusqu'à la chambre où le sire de Saint-Laurent, sans défiance, reposait dans son lit.
< Or sus , or sus , crie l'un des compagnons , il faut monter à cheval , sire , vous avez voulu empoisonner madame. (Fous avez trop porté la senaille, et havez empoysené madame) ». — « Tu mens comme faux et traître que lu es. » repart avec indignation le sire de Saint-Laurent, brusquement réveillé. Il regarde autour de lui , il voit des armes , il reconnaît son frère Guillaume. « Frère, lui dit-il , avec tendresse , vous faites mal , vous ai donné ici bonne hospitalité, vous avez bu mon vin. » Mais le sire de Saint Laurent aperçoit que ses prières ne louchent point ces visages impassibles et cruels , et invoquant tous les saints du ciel , il se décide à obéir. Il se lève , se revêt sans se chausser, puis ils le font sortir en silence par la porte du verger, où leurs chevaux les attendaient , ils l'assient sur un cheval noir, et le sombre cortège se met en marche à travers les bois et les champs déserts, vers le château d'AIièze.
La nuit était froide, le malheureux Etienne arrive glacé au château de son frère. « Il est enfermé dans une chambre basse; trois jours après, les meurtriers lui passent un cuir autour du cou et l'étranglent. » Le cadavre est traîné en dehors de la salle , sous les yeux de son frère ; ils l'attachent en travers sur un cheval , et vont le jeter dans une cavité profonde, au sein des bois, entre Alièze et Présilly.
Les meurtriers gardèrent deux nus cet horrible secret. C'est alors que
le cadavre du sire de Saint- Laurent fut retrouvé par un oiseleur. Après le meurtre de son mari, Huguette alla se cacher chez Marguerite de Montbéliard , épouse de Guillaume d'Antigny, son frère, laissant, pour cinq ans , la garde de ses châteaux de Saint-Laurent et de Valcmpoulières , à son cousin , Amé de Montferrand. Dès que le comte d'Auxerrc, Jean II de Chalon, seigneur suzerain, fut instruit de ce triste événement, il assembla sa cour féodale à Orgelet.
11 était fort attaché à l'infortuné seigneur, qui plus d'une fois avait partagé ses périls, et l'avait suivi en 1325 à la journée de Varay , l'une des plus désastreuses pour le noble comte. L'enquête, qu'il fit commencer immédiatement, amena les aveux les plus complets de la part des assassins. Huguette, accablée par ces témoignages et par la voix publique, laissa saisir toutes ses terres sans se montrer. Trois chevaliers ès-lois furent appelés à donner leur avis.
Tous invoquèrent le Digeste. L'un voulait que l'on se contentât de poursuivre au civil , un autre ne trouvait pas d'éléments suffisants dans l'instruction contre d'aussi grands seigneurs. Un grand nom, une parenté nombreuse, les opinions divergentes des jurisconsultes , des sommes payées à litre de composition , sauvèrent les principaux coupables. On se borna à pendre aux fourches d'Orgelet les assassins subalternes. Huguette, non-seulement échappa à la justice des hommes , mais elle alla , en 1337, au pied des autels, recevoir la main d'un second époux, Philippe de Vienne, sire de Pymont , l'un des plus brillants seigneurs de Bourgogne. Ce prince s'était laissé subjuguer par ses attraits, mais il semblait redouter encore ses farouches instincts. H est dit dans leur
contrat de mariage, daté du jeudi après la Saint-Luc (23 octobre) i 337, au château de Saint -Laurent, que si aucune contradiction ne dissention se movoit entre led. messire Philippe et lad. Huguette y le sire de Sainte- Croix (frère de celle-ci), pourra ordener et amender. Béraud, seul enfant né du premier mariage d'Hugueltc avec Etienne de Saint-Dizier, donna à sa mère , la même année , ses châteaux de Saint Laurent, d'Augisey et de Sainte-Agnès , pour s'acquitter envers elle de sommes considérables dont il s'était reconnu débiteur, à raison de prêts et de paiements par elle faits aux créanciers de son père. Cette reconnaissance datait d'une époque où il n'avait que dix huit ans , et par le même acte, il la porta quitte de tout compte de tutelle. Ce jeune homme , fiance avant 1336 , à Béatrix , fille de Jean de Chalon H , comte d'Auxerre, mourut sans être marié en 1342. Les actes étranges qui transmettaient toute sa fortune à sa mère, donnèrent lieu après sa mort à un procès, que perdirent les héritiers. Huguette testa le 11 août 1389, fonda six messes perpétuelles dans l'église de Saint-Laurent, et mourut la même année. Elle fut inhumée aux Cordclicrs de Lons-le-Saunicr. Elle avait eu de son second mari trois enfants, Guillaume, prieur de Saint Laurent en 1377, Marguerite, fiancée le 10 mars 1353 (v. st.), à Louis de Chalon, seigneur d'Arguel et de Cuiseaux, qu'elle n'épousa qu'en 1560, et Jeanne, qui fut alliée eu 1361 , à Tristan , seigneur d'Orgelet et de Chàtelbelin. Marguerite eut la seigneurie de Saint- Laurent pour son partage, en jouit jusqu'à sa mort, arrivée eu 1399, et la transmit à Jean de Chalon-Arlay III, prince d'Orange , son fils aîné. Dès ce mo-
ment cette terre eut les mêmes seigneurs qu'Arlay.
Château. Le château de Saint- Laurent était situé sur le pic d'un rocher, en face des plaines de la Bresse. Jamais lieu ne fut mieux choisi pour établir une demeure féodale. Il était à peu de distance d'un grand chemin, et resserré entre deux vallons qui servaient en quelque sorte de fossés. L'aspect riant que présentait la contrée à l'occident, formait le plus heureux contraste avec les flancs rocailleux des montagnes qui s'élèvent à l'est et ferment l'horizon de ce côté. La montagne était coupée de tous côtés , excepté au nord, par des escarpements si raides , que l'accès de la forteresse était presque impossible. Le château se composait d'une enceinte fortifiée qui suivait les contours de la roche , et dans laquelle on pénétrait par une seule porte à pont-levis du côté du nord. Cette porte était défendue par une grosse tour et des fausses braies ajoutées au commencement du xve siècle. Outre les tours qui servaient à protéger l'enceinte et la porterie, il y en avait une plu3 haute et plus importante, de forme carrée, qu'on appelait le Donjon, placée au centre.
C'était au-dessus de cette tour que le seigneur plantait son étendard , qu'on faisait le guet , et qu'on annonçait à son de trompe l'approche des ennemis. Un fossé creusé dans le roc, séparait le donjon d'un grand corps-de-logis qui se composait d'un certain nombre de chambres, à la suite les unes des autres , et qui servait de résidence aux officiers de la cour du seigneur. A l'entour étaient disposées la chapelle, les habitations de quelques vassaux , les écuries , les remises , etc. Ce château fut constamment habitépar Etienne deSaint- DizieretHuguelte, son épouse, et par
cette dernière, pendant une partie de son veuvage. Philippe de Vienne,sire de Pymont, devenu l'époux d'Huguelte , y fit quelques séjours , mais de peu de durée. Ses noces s'y étaient célébrées en grande pompe eu 1 357 .
Marguerite de Vienne, sa fille, affectionnait cette résidence, et y demeura plusieurs mois chaque année, de 1366 à 1399. Jean II! deChalon, sire d'Àrlay, parait aussi l'avoir habité souvent, car c'est là que le parlement lui fit signifier l'arrêt qui supprimait son péage de Champagnole. La correspondance fort vive qu'il échangea à ce sujet avec le duc Philippe-le-Hardi, est datée de ce lieu. Après la mort de ce prince , Huguenin ou Hugues , le second de ses fils, eut Saint- Laurent dans son lot. Il en habita le château, et y mourut en i 428, à l'âge de 1 6 ou 1 7 ans. Louis, frère atné de Hugues, lui succéda. 11 fit faire les fausses braies devant la porte et dépensa plus de 2000 livres à réparer l'intérieur du château. Le partage de sa succession, en 1456, donna lieu à de grands procès entre ses enfants. Un arrêt du parlement de Dole, du 8 septembre 1464, accorda par provision, à Louis et Hugues , la jouissance des terres de Saint- Laurent, Sainte- Agnès, Gevingey, Sellières, etc.
Guillaume de Nassau , dit le Taciturne, héritier des biens delà maison de Chalon, ayant soulevé les Pays- Bas, Philippe II, roi d'Espagne, le fit proscrire et confisqua ses biens.
Ce souverain ordonna même, en 1470, que la forteresse de Saint- Laurent fût démantelée. Quelques réparations y furent faites au moment de la guerre de 1636. Après la paix deWestphalie, qui confirma le prince d'Orange dans la restitution qui lui avait été faite des terres de la maison de Chalon , ce prince prit possession
solennelle de Saint- Laurent, le 28 octobre 16*8. Ce poste était encore important , lorsque Louis XIV en ordonna la démolition en 1668. Les agents de la maison de Nassau réclamèrentcontrecettedestruction, mais le mal était fait. 11 ne restait plus que moitié du donjon et le corps-delogis. Aujourd'hui l'emplacement du château n'est plus qu'une prairie d'absinthe. Il n'en reste pas plus de vestiges que du castel romain. Le château de Saint- Laurent était d'autant plus fort, qu'il était entouré de toutes parts de puissantes forteresses, telles que celles de Beaufort, Crevecœur, Rotalier, l'Isle , la Bastie, Mont-Orient, Rochelle, Augisey, etc. La défense en était toujours confiée a des capitaines habiles, tirés des corps de la noblesse. Les de Fallerans , les de Courlon , les Rolland, eurent longtemps ce commandement.
Bourg et ville. Le bourg était contigu à l'enceinte du château et s'étendait en rues parallèles sur le revers oriental de la montagne. Il était environné par une muraille épaisse , défendue par quatre grosses tours aux angles et par quatre portes avec ponts-levis. H y avait une halle pour l'étalage des marchandises. Des nobles , des bourgeois , des officiers de ustice , des marchands , des juifs , copiaient exclusivement ce quarier. Il s'y tenait un marché chaque semaine et trois foires par an. On appelait la ville, l'église, le prieuré, le presbytère et les maisons au bas de la montagne du Cbàtelet ; deux ou trois maisons féodales s'y faisaient remarquer. Les autres habitations étaient occupées par des cultivateurs.
Prévôté. Dans l'origine, le seigneur de Saint- Laurent et le prieur avaient chacun leur prévôt, mais
dès le xiii6 siècle , il n'y en eut plus qu'un. Cet office fut inféodé, à titre héréditaire, en 13*3, par Philippe de Vienne et Huguette de Sainte- Croix, à la famille Griffe. Gavain Griffe, écuyer, le possédait en 1441, et Pierre, son fil.«, en 1473. Renobert de Mont-Saint-Ligier en fit boni mage au roi d'Espagne en 1597.
Henriette de Mont Saint Ligier, Anatoile et Joachim Masson , firent le même devoir en 1660. Claude Clergct, écuyer, lieutenant de maréchaussée, époux de Jacques Masson, était prévôt de Saint-Laurent en 1696. Au mois d'avril 1765, MM.
Vernier et Rolland achetèrent moitié de ce fief d'un des héritiers Glergct, et l'ont possédé jusqu'en 1790.
Evénements divers. On ne possède aucun document précis sur les dommages causés à Saint Laurent par les grandes compagnies, au xive siècle; on sait seulement qu'à cette époque, les châteaux d' Augisey, d'Aliéze et de Sainte-Agnès furent ruinés, et que Louis de Chalon- Arlay III fit faire des restaurations importantes à celui de Saint-Laurent, au commencement du xv9 siècle. On ignore également quels désastres suivirent l'occupation de la Comté par les armées de Louis XI, de 1477 à 1479, et par celles de Charles VIII en 1493. Saint Laurent , appartenant au prince d'Orange , auquel Louis XI avait voué une inimitié mortelle , dut nécessairement être saccagé, car le bourg de Sainte- Agnès qui en était tout proche, fut ruiné de fond en comble. Ses bonnes murailles et ses deux portos ne purent le préserver. En 1533, après quarante ans de paix , il n'y avait encore que onze maisons de rebâties, toutes les autres étaient cachées sous la cendre. Une troupe de protestants français entra dans le comté, au mois de septembre 1578,
et marcha sur Lons-Ic-Saunier et Saint - Laurent. Les gens du pays prirent les armes pour faire résistance , mais inférieurs en nombre , ils furent battus et perdirent beaucoup de monde. En 1614 on ne comptait plus que 61 feux à Saint- Laurent. Au mois d'avril 1637, le marquis de Conflans mit une bonne garnison au cbàteau ; malheureusement les chaleurs du mois de juillet amenèrent la peste, qui enleva en peu de temps deux ou trois commandants, tandis que les soldats tombaient les uns sur les autres. Lorsque le duc de Longueville entra dans la place, elle présentait l'aspect d'un cimetière de pestiférés. Les religieuses de l'abbaye de Sainte-Claire de Lons-le-Saunier y avaient fait transporter un reliquaire d'argent renfermant le chef de saint Denis TAréopagite, avec l'argenterie et les papiers du monastère. Après la prise du château, Longueville garda le chef de saint Denis , qu'il porta à Paris, et en fit, dit-on, présent à l'illustre abbaye de ce nom. Pour dédommager l'abbaye de Lons-Ie-Saunier, il lui fit, par son testament, un legs qui n'a jamais été payé. Le 7 septembrel 638, le baron d' Amans ayant appris que le sieur de Beauregard , capitaine du château pour les Français, se proposait de sortir pour quelques affaires , emprunta 400 mousquetaires du comte de Saint- Amour, avec lesquels il se mit sur le chemin que devait suivre le gouverneur. Il arriva un peu trop tard, M. de Beauregard était passé depuis une heure. A la fin de 1641 , Lacuzon surprit par escalade la forteresse et en fit toute la garnison prisonnière.
Ce brillant fait d'armes lui valut le brevet de gouverneur du château , qui lui fut expédié de Bruxelles , le 20 janvier 1642. 11 trouva ce poste
assez important pour y établir son quartier-général, lien sortait chaque jour pour faire des courses sur le duché de Bourgogne , notamment à Flacey , Savigny - en - Revermont , Frontenaud , Cuiseaux, etc. Un jour qu'un détachement de la garnison de Dole s'était avancé jusque dans les environs de l'abbaye du Miroir, pour fourrager , Lacuzon , suivi de quelques cavaliers déterminés et d'une partie de ses gens de pied , se joignit à l'expédition. Il s'en revenait sur le soir, chargé de butin, lorsqu'il se vit cerné, du côté de Maynal , par 400 paysans de Fronlenaud et de Montpont, par 40 cavaliers de la compagnie de Courval , accourus de Cuiseaux , et par 80 soldats de ligne et de milice de cette ville. Séparé de son infanterie et n'ayant alors autour de lui que neuf cavaliers , il fondit l'épée à la main sur les carabiniers de Courval, les renversa épouvantés sur les fantassins et les paysans, et s'ouvrant un passage sanglant à travers cette mêlée, il regagna sain et sauf les hauteurs de son fort. Chaque journée était marquée par de nouveaux exploits. Marc de Montagu , seigneur de Gevingey, chaud partisan de la France, dénonça Lacuzon au parlement, l'accusant de rapts, d'attentats aux mœurs, de viols et d'assassinats. Une enquête secrète fut dirigée contre lui. Le procureur - général Dagay vint à Gevingey chez M. de Montagu, pour entendre les témoignages accusateurs. On paya des misérables pour attester d'odieux mensonges , et on menaça de poursuivre les témoins qui se refusaient de déposer contre l'accusé. Lacuzon fut appelé devant le parlement. On se saisit de sa personne et on le jeta dans les cachots.
La cour souveraine ne tarda pas à lui rendre provisoirement la liberté
sur parole. 11 profita de cette faveur pour faire procéder à une contreenquête. Un avocat - général de grande distinction, qui depuis fut élevé à la présidence, Jean-Jacques Bonvalot, de l'Etoile, fut chargé de cette commission. Elle dura du 27 août au h septembre 1659. On entendit soixante-huit témoignages particuliers , et on reçut les attestations des communautés de Lons-le-Saunier, Montmorot, Conliège, Perrigny , Revigny, Saint-Maur, Bornay, Vernantois, Macornay, Courbouzon, Saint-Laurent, Geruge, Alièze, Augisey, Rotalier, la Combe-de-Chalandigna , Sainte-Agnes , Cesancey et Arlay, qui s'étaient fait représenter chacune par trois échevins. Toutes les déclarations furent unanimes pour rendre hommage au beau caractère de Lacuzon , à sa vaillance, à son zèle pour la bonne cause, à sa générosité, à sa modération, à sa douceur même, et pour le proclamer, après Dieu, le sauveur de la pairie.
Il fut acquitté et reprit le commandement de Saint-Laurent. Aucun document écrit n'a conservé le souvenir des détails du siège de celte place par Louis XIV en 1 668 , si ce n'est le dessin fait par le célèbre peintre Vander-Meulen. Nous sommes obligé de nous en rapporter, à cet égard , à la tradition conservée dans le pays.
Dès que Lacuzon connut l'invasion des Français dans le comté de Bourgogne , il renforça sa garnison, appela sous les armes tous les retraitants , qu'il mit sous les ordres de Jean-Baptiste Rolland, son lieutenant, et se prépara à soutenir un siège. Les bourgeois élaient chargés de la défense des murailles et des porles du bourg. Les Français firent avancer leurs canons et disposèrent leurs batteries, soit sur la montagne de la Vuarde , soit dans le champ de
Leschaux. Après plusieurs jours de siège, un grand nombre de maisons étaient incendiées , et beaucoup d'habitants avaient été tués par les projectiles. Lorsque la brèche parut assez large, les assiégeants tentèrent l'assaut, mais ils furent repoussés avec perte. Pour suppléer au nombre des soldats qui lui manquaient , Lacuzon imagina de placer sur les murailles. des fantômes revêtus du costume militaire. Les Français, intimidés par la vue de ces guerriers d'une nouvelle espèce, n'osaient avancer et étaient sur le point de se retirer , lorsqu'un domestique leur offrit de les introduire dans la place par un souterrain dont il connaissait les détours. Les assiégés, ainsi surpris au milieu de la nuit, se virent contraints de capituler. Nous ne garantissons point l'exactitude de ces détails , dont nous laissons toute la responsabilité à la tradition. 11 est certain cependant, que le prince d'Aremberg, nommé par l'Espagne, le 2 mai 1668, au gouvernement de la Franche-Comté , confia à Lacuzon le commandement des bailliages de Lons-le-Saunier, d'Orgelet, et d'une partie de ceux de Dole et de Poligny.
Après la conquête de 1674, Lacuzon préféra s'exiler plutôt que de vivre dans sa patrie asservie. 11 mourut à Milan en 1686, dans un âge très avancé. Une contrée du territoire porte le nom de Champ de la guerre.
On ne sait à quel événement se rapporte cette dénomination. Les annales de Saint-Laurent se terminent par un désastre. Le choléra y fit invasion au mois d'août 185'* , et enleva 24 personnes.
ÉTABLISSEMENTS ANCIENS ET MODERNES
Eglise et familiarité. L'église de Saint-Laurent , mentionnée comme
chapelle en 901 , devint par la suite le chef-lieu d'une paroisse , composée du bourg de ce nom , et des villages d'Essia , de Geruge , d'Arthena , d'Augisey, de Bélière et des différentes granges éparses d'Ancey, de Roquille, de Bandy, de Bricland , de Grandfontainc et de Boisdc-Ban. Un corps de familiarité se forma au xive siècle pour la desserte des fondations. Pour en faire partie, il fallait être né et baptisé à Saint- Laurent ou à Geruge , de père et mère bourgeois de Saint-Laurent.
Cette familiarité reçut en 1581 des statuts , qui furent approuvés en 1614. Les abbesscs de Chàteau-Chalon avaient le patronage de l'église et exercèrent ce droit jusqu'en 1602, époque à laquelle le vicaire-général du diocèse de Besançon prononça l'union de la cure à la familiarité , à l'instance des paroissiens , du consentement de Claude Baldoux , alors curé, qui se réserva la jouissance de son bénéfice jusqu'à sa mort. L'abbesse, de son côté, donna son adhésion, sous la réserve d'un cens annuel de deux écus d'or, et à charge qu'on paierait à la chambre archiépiscopale de Besançon , le cens de deux livres estevenantes. Il fut ordonné par le décret, que la cure serait gouvernée et les sacrements administrés par trois familiers élus à cet effet , qui seraient présentés , examinés et approuvés.
L'église se compose d'un porche, d'une nef, d'un chœur rectangulaire, d'un clocher qui s'élève sur le milieu du la longueur de la nef, de quatre chapelles et d'une sacristie.
Elle est couverte en laves. Des quatre chapelles, l'une était dédiée à sainte Anne , une autre à la Visitation de la sainte Vierge, une troisième à la Sainte-Croix; une quatrième, fondée en t'iOft, était appelée la Cha-
pelle-Baraud. A la chapelle de Sainte- Croix, avaient été unis les biens de celles de saint André d'Augisey et du château. Deux des chapelles sont à droite, et les deux autres à gauche , mais elles ne sont pas disposées symétriquement. Celles qui sont contiguës au chœur se composent de deux travées et remontent ainsi que le chœur et la partie inférieure du clocher, aux xine et xive siècles. Les archivoltes de leurs fenêtres sont bien nervées et retombent sur des figures humaines et des écussons armoriés. La nef a été ajoutée ou reconstruite au xvu° siècle. Le presbytère était à côté du prieuré.
Prieuré. L'origine du prieuré de Saint -Laurent est inconnue. Nous pensons qu'il remonte de la fin du x° au commencement du xie siècle; cependant le premier prieur connu est Rodolphe, qui vivait en 1 183 et 1191. 11 était depuis le concordat à la collation du pape. Les religieux de Gigny , en demandant leur sécularisation en 1756, sollicitèrent la suppression de ce membre de leur établissement et la réunion de ses revenus à la mensecapitulaire. Celle demande ne fut pas accueillie. Ce bénéfice eut des titulaires nommés par le pape, jusqu'en 1790. La maison prieurale était à l'occident du cimetière et était habitée par un prieur et un religieux, qui devaient faire preuve de noblesse au prieuré de Gigny. Les bâtiments ayant été ruinés en 1637, par les troupes du duc de Longueville, leur emplacement, avec le jardin et le verger, furent accensés , moyennant une rente en grains.
Maladrerie. Il y avait à Saint- Laurent, un hospice pour les lépreux, auquel Isabelle de Courtcnay, épouse de Jean de Chalon l'Antique,
légua par son testament de Tan 1257, une somme de 10 fr.
Hôpital. L'hôpital de Saint- Laurent était dédié à la Vierge, à saint Denis et à saint Antoine ; la collation en appartenait au seigneur du lieu. On ne connaît pas l'époque de sa fondation. La chapelle est du style de transition, usité au xue siècle. Jean d'Artois était hospitalier en 1447, et avait alors un procès avec les habitants de Gevingey, à l'occasion du four banal, qui faisait partie des biens de sa maison. Guillaume Sommier a occupé cette charge en 1536. En cette année, il fut traduit en justice pour fait d'inconduile, accusé d'y avoir entretenu des filles de mauvaise vie, d'avoir rendu l'une d'elles , mère de trois jumeaux et d'avoir nourri cette progéniture aux dépens de l'hospice.
La chapelle fut bénite de nouveau en 1618, par l'évéque d'Andreville.
On donna à ce prélat pour ses peines dix francs , trois francs à ses deux chapelains et vingt sols au cordelier qui portait la crosse. L'hôpital fut ruiné en 1 637 ; la chapelle seule resta et fut vendue nationalement.
Elle appartenait encore , il y a peu d'années, à M. Babey. L'abbé Jean- Antoine Tinseau, docteur en droit et en théologie, chanoine métropolitain de Besançon , puis évéque de Belley et ensuite de Nevers , avait été nommé à ce bénéfice en 1722 , sur la présentation du prince dlssenghien.
Hiographie. Ce bonrg est la patrie, l°de Germain Griffe, écuyer du duc Jean-sans-Peur, en la compagnie duquel il se trouva au siège de Bourges , de Saint-Denis , et à la place Maubert de Paris ; 2° de François Dauvcrgne (1784-1820), officier décoré , et des abbés Bouvier, Rolland et Martinet, encore vivants.
Bibliographie, Annuaire du Jura, année 1840. — Histoire de Gigny, par M. Gaspard. — Notice sur Lacuzon , par M. D. Monnier. — Archives de la préfecture du Jura et du château d'Arlay.
Lavanela, vg. de l'arr. et du cant. de Saint-Claude, percept. et distrib. de poste de Molinges ; succursale , dont dépendent Sièges et Rhien ; à 24 kil. de Saint-Claude et 56 de Lons-le-Saunier.
Le territoire est limité par Jeurre, Vaux, Dortans, Sièges et la Bienne.
Rhien, la maison Saint-Louis, le moulin Vuitton , la Baraque et la Brasselelte font partie de la commune.
11 est traversé par la route dép.
n° 8, de Saint-Claude à Lyon ; par quatre chemins vicinaux ; par la Bienne, le ruisseau de la Leschère et le bief des Fontaines.
La commune de Rhien a été réunie à celle de Lavancia, le 4 septembre
Le village est situé sur la pente d'un coteau, qui s'élève entre la rive gauche de la Bienne et de hautes montagnes. Les maisons sont peu isolées, bâties en pierre, couvertes en tuiles plates ou creuses, en chaume ou en tavaillons et élevées d'un étage au-dessus du rez-deebaussée. La position de ce lieu est très agréable ; elle domine une grande partie de la vallée de la Bienne.
Pop. en 1790, de Lavancia, 156 hab., de Rhien, 100; pop. réunie en 1846, 244j en 1851, 244 , dont 137 nom. et 107 fem.; pop. spécif.
par kil. carré, 52 hab.; 51 maisons, savoir : à Lavancia 30, à Rhien 16, à la maison Saint-Louis 1 au moulin Vuitton 1, à la Baraque 1 , à la Brasselelte 2 ; 60 ménages. Les plus
anciens registres de Tétai civil datent de 1792. Les habitants n'émigrenl pas.
Cadastre exécuté en 1812; surf, terril. 466b 61", divisés en 3266 parcelles, que possèdent 127 propriétaires, dont 57 forains; surf, imp. 459h, savoir : 166h en boistaillis , 8 1 en friches , 70 en terres lab. , 55 en pâtures, 33 en prés, 5 eu gravières, et le surplus en jardins, vergers et sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 4626 fr.; contrib. dir.
en princip. 1302 fr.
Le sol , partie montagneux et partie en plaine, craint la sécheresse.
Il produit du blé, de l'orge, du maïs, des légumes secs , des pommes de terre , beaucoup de fruits , du foin, des fourrages artificiels, un peu d'avoine , de chanvre et de vin rouge.
On importe les deux tiers des céréales et presque tout le vin. Le revenu réel des propriétés est de 2 fr. 80 c. pour cent.
On élève dans la commune des bétes à cornes , des ânes pour le service des moulins seulement , des chèvres et des volailles. 6 ruches d'abeilles. On y engraisse quelques porcs pour la consommation locale.
On trouve sur le territoire d'abondantes sablières et gravières au bord de la Bienne , des carrières de tuf, dont l'exploitation a été abandonnée depuis quelques années, des carrières de très belle et bonne pierre à bâtir et de taille, qui fournissent des blocs d'une grosseur extraordinaire, et enfin des carrières de pierre à chaux grasse, exploitées.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dortans , de Moirans , d'Orgelet et rarement ceux de Saint- Claude. Leur principale ressource consiste dans l'agriculture , le transport des bois en radeaux jusqu'à Lyon , cl celui du
charbon de bois , enfin la confection des balles pour emballage , dont la vente s'élève à plus de 4000 fr. par an. Douze ouvriers seulement travaillent sur le tour, des embouchures , des tuyaux de pipes et ce qu'on appelle la petite paitie de Saint-Claude.
Foires. Il se tient deux foires au hameau de Rhien , fixées au 5 mai et au 27 août. Elles ne sont plus guère fréquentées.
Biens communaux : une église , un cimetière nouveau en dehors du village, un presbytère; deux fontaines avec lavoirs et abreuvoirs , une autre fontaine à Rhien ; deux fours communaux à Lavancia et un à Rhien ; un port sur la Bienne , et 260h 97* de terres, broussailles, gravières , d'un revenu cadast. de 1129 fr. ; le hameau de Rhien a 109h 83* de friches, pâtures, terres et prés, d'un rev. cad. de 429 fr.
Bois communaux : Lavancia , 126h 64* ; coupe annuelle, 4h 74*.
Rhien , 57h 30* ; coupe annuelle , 2h 15*. Essence dominante : buis.
Budget : recettes ord., 1620 fr.; dépenses ord., 1620 fr.
NOTICE HISTORIQUE
La Bienne, retenue captivejusqu'à Jeurre , entre d'effrayants rochers , n'a plus écouté que ses folâtres instincts, lorsqu'elle a pu courir en liberté dans la plaine pour se marier avec l'Ain. Elle n'a point su dissimuler les traces de son inconstance.
La morte de Lavancia reste encore pour attester l'hésitation qu'elle mettait à se jeter dans les bras de son impétueux époux. Le colon gaulois redoutait tellement ses caprices, qu'il ne plantait sa lente que sur des hauteurs où elle ne pouvait l'atteindre. En étendant sa domination
sur la Séquanie , Rome apporta aux habitants sa civilisation , ses lois , les pompes de son culte, son industrie et son commerce. Pour affermir son pouvoir, elle exécuta des travaux considérables dans le haut Jura. Auguste y envoya une partie de la légion égyptienne (niliaci milites) qui fonda à la naissance de la vallée d'Héria , une colonie que l'histoire ne mentionne pas, mais dont l'existence nous est attestée sous le nom de ville d'Antre , par de nombreux monuments. Des tours fortes de protection furent bâties sur les montagnes qui dominent celte vallée, au Grand et au Petit-Châtel.
D'autres tours s'élevèrent sur les hauteurs qui bordent la Bienne, notamment celles de Jeurre, d'Epercy, le château Gaillard à Lavancia, en même temps que la tour d'Oliferne, au-dessus de Condes, fut destinée à explorer à la fois les vallées de la Bienne, de l'Ain et de la Valouze.
La longue paix dont jouit le pays favorisa le développement de son commerce. Les nautœ, c'est-à-dire les associations de bateliers et les armateurs, qui avaient le privilège de faire le commerce par eau , exploitèrent les vastes forêts du Jura et expédièrent en radeaux par la Bienne et par l'Ain , à Lyon et dans tout le midi de la Gaule, ces sapins flexibles , aussi avantageux pour la bâtisse que pour la mâture. Les ports de Condes , de Jeurre , d'Epercy, devinrent florissants. Les routes ouvertes pour communiquer avec Lyon par Lavancia, Rhien et Dortans , avec Genève , par Condat et Septmoncel , avec Isernore , avec Salins et le centre de la Séquanie , donnèrent aux habitants les moyens de fréquenter les marchés les plus favorablement situés et d'y transporter leurs produits agricoles. Une
mutation où les voyageurs pouvaient trouver des chevaux de rechange fut établie à Etables, ad stabulos. Les coteaux des rives de la Bienne se couvrirent de vignobles, et tous les terrains cri plaine furent mis en culture. Une foire célèbre , fréquentée par les Ambarres et les Insubres ( les habitants du Bugey et de la Bresse) , fut créée à Rhien.
Pendant le cours de cette prospérité, des temples s'élevèrent de toutes parts aux dieux de Rome. Jupiter Ammon, Mercure, Diane, Mars, Junon , eurent des autels à Antre , Jeurre et Condes. Un sacellum païen recouvrit à Lavancia la place aujourd'hui appelée le pré Saint- Martin. Les traditions conservées dans la vallée de Bienne sur le roi Hérode et le chasseur d'Oliferne , qui ne sont autres que le dieu Mithra, dont le culte fut introduit par les soldats orientaux, sur les esprits servans ou les génies protecteurs des moissons et des bestiaux , attestent encore les hommages rendus aux divinités romaines. Tout le bienêtre dont jouissait cette contrée fut anéanti , lorsque les Allemans en envahirent le territoire, de 350 à 557. Les établissements fondés par les Romains furent alors détruits, saccagés, livrés au pillage et brûlés.
Les médailles trouvées à Jeurre , à Antre, à Dortans, à Lavancia, s'arrêtent brusquement au règne de Constance. Repoussés par Julien, les Allemans ne purent rester à poste fixe dans cette vallée , mais la chute de toutes les forteresses démantelées par eux', leur en avait ouvert les avenues et ils en profitèrent depuis pour s'y ruer à chaque occasion. En creusant une butte de terre pour construire l'écluse d'un moulin , on trouva , il y a quelques années, à Rhien, un énorme dépôt
(^ossements. Sur ce sol, incontestablement , s'est passé un des drames sanglants des longues guerres du ive siècle, entre les Romains et les Allemans. Les Bourguignons, en sortant de la Savoie , à la fin du vie siècle, prirent possession de ce territoire. Nulle part, dans la province, on ne trouve plus de terres qui aient été tenues en franc-alleu. Il y avait des domaines de cette nature à Viry, à Dorlans, à Lavancia, à Rhien, à Sièges, à Epercy et jusqu'aux portes de Saint-Claude. La paroisse de Saint-Martin de Dortans, dont faisaient partie Lavancia , Sièges , Rhien et Epercy, est déjà mentionnée comme une possession de l'abbaye de Saint-Oyan, dans un diplôme du roi Lothairc, de l'an Etienne, sire de Thoire et de Villars, reconnut tenir en fief en 1221, de l'église de Saint-Oyan , tout ce qu'il possédait dans les paroisses de Viry, de Dortans, et ce que tenaient de lui les seigneurs de Montdidier , entre la tour de Chaléa , le val de Dramelay cl Condes, en déclarant que Lavancia appartenait exclusivement au mo nastère. En 1242, Raymond d'Arbens donna aux religieux tous les droits qu'il avait sur les hommes de Rhien. Dans le même temps, Hugues d'Epercy renonça en leur faveur à ses prétentions sur la morte de Lavancia. Le 23 juin 1397, Pierre, seigneur de Chàtillon-de-Michaille, leur abandonna 50 livres de cire , que lui devaient annuellement les habitants de Lavancia, pour certains droits d'usage que ses ancêtres leur avaient concédés.
Seigneurie. Lavancia, Rhien et Sièges formaient une seigneurie particulière, administrée par un prévôt, qui appartenait au chapitre de Saint Claude, en vertu de la cession que l'abbé de ce monastère lui avait
faite en 1280, pour s'acquitter de certaines réfections qu'il lui devait.
Les moines y faisaient exercer la justice haute, moyenne-et basse, par leurs propres officiers, comme dans toutes les terres de la pitance. La haute justice leur fut souvent contestée par l'abbé, mais différents traités leur en assurèrent la possession.
Evénements divers. Rhien, Ruent y servait de limite au comté de Bourgogne, à la Bresse et au Bugey. La ligne précise de démarcation fut pendant plusieurs siècles très indécise. Les habitants de Dortans s'empressaient d'arracher les bornes à mesure qu'on les plantait. A l'époque des moissons, ces derniers venaient en troupes nombreuses et armées, couper les blés ensemencés par les cultivateurs de Rhien et s'en emparaient. Des luttes violentes s'engageaient, et chacune d'elles se terminait par la mort des principaux combattants. L'abbé de Saint- Claude provoquait des enquêtes , sans pouvoir atteindre les coupables, parce qu'ils n'étaient pas soumis à sa juridiction. La délimitation faite en 1612, par les commissaires des rois de France et d'Espagne, ne contenta aucun parti.
Eglise. L'église de Lavancia, érigée en succursale au xvm6 siècle , est dédiée à saint Georges, dont ou célèbre la fête le 23 avril ; elle est orientée et se compose d'une nef et d'un chœur rectangulaire, moins élevé que la nef. Entre le chœur et la nef, s'élève au-dessus des combles , une arcalure en pierre, dans laquelle est suspendue la cloche.
L'intérieur de l'église est voûté en ogive.
Biographie. Rhien est la patrie d'Adrien Biellet , marchand de bois sur les ports de I» Bienne , de l'Ain
et du Rhône, qui de 1750 à 1770, dépensa plus de 50,000 fr. pour améliorer la navigation de l'Ain et en faire disparaître les écueils les plus dangereux.
Lavangcot, Laçanget, Lavanchaud, vg. de l'arr. de DoIe,cant.
et percept. de Rocbefort; bur. de poste d'Orchamps ; paroisse de Lavans; à 6 kil. de Rocbefort, 12 de Dole et 64 deLons-le-Saunier.
Altitude: 21 5m.
Le territoire est limité par Romange , Lavans , Audelange et Amange.
11 est traversé par le chemin de fer de Dole à Besançon ; par la roule imp. n° 73, de Moulin à Bàle; par le chemin de gr. corn. n° 37, de Moissey à Orchamps ; par le Doubs et le canal du Rhône au Rhin.
Le village est situé sur le penchant d'une légère éminence ; les maisons sont groupées, construites en pierre et couvertes, les deux tiers à tuiles et les autres en chaume.
Cette commune a été réunie à celle de Lavans, le 20 décembre 1824, et en a été distraite le 6 septembre ma.
Pop. en 1790, 120 hab. ; en 1846, 145; en 1851 , 145, dont 63 nom. et 82 fetn. ; pop. spécif.
par kil. carré , 60 hab. ; 37 maisons , savoir : dans la Grande-Rue 17, dans la rue Basse 17, et dans la rue Gannerod 3; 41 ménages. Les habitants n'émigrent pas.
terril., 2381' 19»; surf. imp.,234h, savoir : 117 en terres lab., 86 en bois , 20 en prés , 9 en pâtures et friches , et le surplus en jardins, vergers et sol de bâtiments, d'un rev. cad. de 5265 fr.; conl. dir.
772 fr.
Pour les produit du sol, voir l'article Lavans.
Biens communaux : une chapelle, un cimetière à l'entour, qui sert à l'inhumation des habitants de Lavangeot et de Romange; une maison commune, contenant le logement de l'instituteur, la salle d'étude , fréquentée par 20 garçons et 15 filles, et la salle de pompe à incendie , manoeuvrée par une compagnie de 21 pompiers ; deux puits communaux et 96b 19» de terres, bois et pâtures, d'un rev. cad. de 1073 fr.
Budget : receltes ord. 1443 fr. ; dépenses ord. 1372 fr.
NOTICE HISTORIQUE
On rencontre dans notre département beaucoup de villages , dont les noms dérivent les uns des autres, tels qu'Arsure-Arsurette, Coisia- Coiselct, Coyrière -Coyserelle , Esclans-Esclangeot , Lains-Lancctte , Lavans Lavangeot, Loyon-Louvenne, Plenise-Plenisette , Rans-Ranchot.
Ces similitudes de noms indiquent clairement d'anciennes dismembrations de communautés, mais elles ne suffisent pas pour faire reconnaître quelles sont les parties les plus anciennes. Sans ériger en principe général que les diminutifs doivent avoir l'antériorité , nous pensons qu'Esclangeot et Lavangeot sont , ce qu'on appelle ailleurs, comme à Bletlerans, à Sellières, les villes vieilles, c'est-à-dire, le point où se trouvaient dans l'origine l'église paroissiale et un groupe d'habitations occupées par des cultivateurs. II serait trop long de rapporter toutes les traditions populaires qui ont cours à Lavangeot, Amange , Châlenois et Archelange. Nous nous bornerons à signaler quelques procès de sorcellerie, pour démontrer que cette contrée était au moyen -âge un foyer de superstitions. En 1574 , eut lieu,
devant le parlement de Dole, un procès de lycanthropie , intenté à Gilles Garnier, sorcier de Lyon. On accusait cet homme d'avoir : « tost après le jour de faicte Saint -Michel dernier, luy estant en forme de loupgarou, pris une jeune fille de l'âge d'environ dix ou douze ans , en une vigne près le bois de la Serre , au lieu dit es Gorges, vignoble de Chas- (enoy près Dole un quart de lieue , et illec l'avoir tuée ou occise, tant avec ses mains semblant pal tes, qu'avec ses dents , et après l'avoir traînée avec les dictes mains et dents jusques auprès dudict bois de la Serre , l'avoir dépouillée et mangée pourtant de la chair des cuisses et bras d'icelles et non content de ce , en avoir porté à Apolline sa femme, en l'hermitage de Saint-Bonnot près Amanges, en laquelle luy et sa femme faisoyent leur résidence. »
Gilles Garnier était eu outre accusé d'avoir, sous forme de loup , étranglé une jeune fille, tué deux garçons et mangé en partie l'un d'eux. Il fut condamné au supplice du feu, par arrêt du (8 janvier 1574. Daniel d'Auge a donné à Sens une édition de cet arrêt, en y joignant une lettre au doyen de l'église de Sens , qui contient le passage suivant : « Gilles Garnier , lycophile , ainsi Tappellerai-je, estant hermite , prist depuis femme, et n'ayant de quoi sustenter sa famille , tomba , comme est la coutume des malappris, en défiance et tel désespoir, qu'errant par les bois et déserlz en cest estât , il fut rencontré d'un fanstome en figure d'homme qui lui promit monts et miracle et entre autres choses de lui enseigner à bon compte la façon de devenir, quand il le voudroit, loup ou léopard à son choix, et pour ce que le loup est une beste plus mondanisée par deçà que ces
autres espèces d'animaux, il aima mieux estre déguisé en icclle, comme de fait il fut, moyennant un unguent dont il se froltoit à cette fin, comme depuis il a confessé avant que mourir, avec recognoissance de ses péchés. » De quelle source provenait cette idée si caractérisée des loupsgarous , que l'on trouve vivante durant tant de siècles, dans un si grand nombre de lieux ? Selon l'opinion des Celtes, les druides prenaient à volonté toutes les formes et se changeaient particulièrement en loups. La croyance aux lycanthropes chez les Grecs et les Romains avait des rapports frappants avec la croyance aux loups-garous dans notre pays. Il faut ajouter à cela les traditions lycanthropiques Scandinaves, qui jouaient un si grand rôle dans la mythologie germanique. Boguct rapporte ainsi une autre histoire tragique arrivée à Lavangeot. c Une femme nommée Aimée Petit- Jean, de Lavangeot, âgée d'environ cinquante ans , aux octaves de la Fête-Dieu dernière , savoir en l'an 1615 , print secrètement l'hostie dans le ciboire, qui reposait sur l'autel de l'église , selon la sainte et louable coutume qui s'observe de toute ancienneté en la chrétienté. Et eslant faite prisonnière, confessa tout aussilost le sacrilège par elle commis, disant qu'elle avait consumée l'hostie et qu'elle avait logée Dieu auprès de Dieu (ce sont ses mois) sans toutefois vouloir confesser qu'elle fut sorcière. Mais Claudine Bobant, sa fille, âgée seulement de huit ans, rapporta que sa mère l'avait menée au sabbat sur une ramasse (un balai) en de là le moulin d'Audelaugc , eu certain champ, où le diable estait en forme d'homme noir , lequel sa mère alla baiser aux parties hon-
teoses, portant une chandelle verte, après avoir dansé à reculons avec plusieurs autres, et mangé du bœuf et du pain et beu du vin : cette femme fut enfin convaincue de sor- ' cellerie, et à cette occasion bruslée. » La croyance à la magie et à la sorcellerie remonte aux temps les plus reculés. Le pré de l'Esprit , à Lavangeot, la fontaine du Renard (fons ranarum), sont peuplés par l'imagination populaire de génies plus ou moins malfaisants. Tout ce que nous dirons sur l'antiquité de Lavans, sera applicable à Lavangeot.
L'église de ce dernier lieu est déjà recensée parmi les possessions de la cathédrale de Besançon , dans une bulle du pape Callixte », de l'an
Seigneurie. Par son testament du mois de novembre 1278, Alix, comtesse palatine de Bourgogne, donna Lavanget ( Lavangeot ) , avec la justice, les coul urnes, les usages et tous les droits qui en dépendaient, à Etienne de Bourgogne , l'un de ses fils , pour en jouir pendant sa vie seulement s'il n'avait point d'enfants, et à perpétuité s'il en laissait. Etienne ayant embrassé l'état ecclésiastique, fut admis comme chanoine à la cathédrale de Besançon. Il testa dans cette dernière ville, le 5* des ides de mai 1298, et institua pour son héritier universel, Otton, comte palalin de Bourgogne, son frère.
Les successeurs d'Otton ont possédé ce fief jusqu'en 1790. Ce domaine, qui comprenait presque tout le territoire de la commune , fut vendu en détail par la nation en 1791. Lavangeot dépendait de la prév6té d'Orchamps.
Eglise. On ignore à quelle époque l'église de Lavangeot a perdu son caractère de paroissialité, pour devenir une simple annexe de celle de
Lavans. Elle est dédiée à saint Maurice, dont on célèbre la féte le 22 septembre et orientée. Elle se compose d'un clocher, d'une nef, d'un sanctuaire se terminant rectangulairement, et d'une sacristie. Le sanctuaire seul est voûté , le surplus de l'édifice est plafonné. Il conviendrait d'ériger l'église de Lavangeot en succursale avec Romange pour annexe.
Le cimetière renferme deux jolis mausolées, élevés par la famille Husson-Morel.
Bibliographie. Statistique de l'arrondissement de Dole, par M. Marquise!.
EiAvanw-lrz-Or champs, Lovan&p
Lavan$-lez-Romange ou lez-Malange, vg. de l'arr. de Dole, cant.
et percept. de Rochefort ; bur. de poste d'Orchamps ; succursale, dont dépendent Romange et Lavangeot ; à 7 kil. de Rochefort , 14 de Dole et 66 de Lons-lc-Saunier.
Altitude : 220m.
Le territoire est limité par Malange, Auxange, Audelange, Eclans, Our, Orchamps, Romange et Lavangeot.
II est traversé par le chemin de fer de Dijon à Besançon; par la route imp. n° 73, de Moulins à Bàle; par le chemin de gr. corn. n° 37, de Moissey à Orchamps ; par 6 chemins vicinaux ; par le Doubs, le canal du Rhône au Rhin , le ruisseau de l'étang du Moulin -Rouge, le ruisseau d'Ame et celui de Mont-Mourey.
Mo rit jeu, le Moulin -Rouge et le Mont du Doubs font partie dejla commune.
Le village est situé dans la vallée de l'Ame, au bord d'un coteau qui s'incline vers la rive droite du Doubs. Les maisons sont généralement groupées, construites en pierre, couvertes en tuiles et éle-
vées d'un étage au-dessus du rezde-chaussée. Celles couvertes en chaume ne se composent que d'un rez- de-chaussée.
Pop. en 1790,301 hab.;en 1846, 356 ; en 1 85 1 , 33 i , dont 1 6 1 nom. et 170 feui. ; pop. spécif. par kil.
carré, 3'i hab.; 75 maisons, savoir :
dans la rue du Nord 7, dans la rue Basse 24 , dans la Grande-Rue 39, au Mont du Doubs 1 , à Montjcu 2 , au Moulin-Rouge 2; 88 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1601. Les habitans n'émigrent pas.
Cadastre exécuté en 1836 ; surf, terril. 999h 83a ; surf. imp. 966h, savoir : 436h en terres lab., 301 en bois, 87 en prés, 18 en pâtures, 14 en canal et chemin de hallage, 12 en friches et murgers, et le surplus en sol de bâtiments, jardins et vergers, d'unrev. cad.de 21,175 f.; conlrib. dir. en princip. 3210 fr.
Le sol est de nature très variable ; une partie en plaine est appelée la fin ; une autre partie est ondulée et le reste est montagneux. Il est d'une moyenne fertilité et produit du blé , peu de seigle et de fruits , de l'orge, de l'avoine, du maïs , des légumes secs, de la navette, des betteraves, des carottes fourragères, des pommes de terre , du chanvre, du foin et beaucoup de fourrages artificiels. On exporte les trois quarts des céréales et on importe le vin. Le revenu réel des propriétés est de 3 fr. 50 c. pour cent.
On élève dans la commune des chevaux , des bêles à cornes , des moutons , des cochons. On y engraisse des bœufs et des porcs. 10 ruches d'abeilles. L'agriculture y fait de grands progrès.
On trouve sur le territoire des carrières de pierre ordinaire à bâtir el de taille , de couleur grise et de
première qualité; de la pierre à chaux , des gravières, sur les bords du Doubs et du minerai de fer au Crcux-de-Minine, dont l'exploitation est abandonnée depuis longtemps.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Dole et d'Orchamps.
Il y a un moulin à farine à trois tournants.
Les patentables sont : un arpenteur, un maréchal-ferrant , un maçon , un exploitant de carrières, un aubergiste et un charron.
Usine du Moulin-Rouge. Celte usine est divisée en deux parties , séparées par le ruisseau qui la met en mouvement ; le haut-fourneau et les halles sont sur le territoire d Audelangc; la soufflerie, mue par une machine à vapeur de la force de douze chevaux elle logement du commis sont sur Lavans. L'exploitation de cet établissement, pro- * pricté de MM. Caron , est confiée à la société des maîtres de forges, connue sous le nom de /. Lemire, Guénard et C*«, qui vient d'agglomérer en une seule entreprise les fourneaux de Rans, du Moulin-Rou-r ge, les forges de Fraisa ns , de la Saisse , de Clairvaux , de Champagnole, de Chàlillon , de Bâillon , de Lods , de Quingey, avec leurs tréfileries et clouteries el l'atelier de constructions de machines de Casamène. L'usine du Moulin-Rouge a succédé à un ancien moulin, dont le cours d'eau avait été accensé en 1530. On a ajouté au ruisseau une prise d'eau pratiquée dans le canal du Rhône au Rhin.
Biens communaux : une église , un cimetière à l'entour, un presbytère en mauvais état ; une maison commune mal entretenue, contenant la mairie , le logement de l'instituteur , la salle d'étude des garçons ,
fréquentée en hiver par 30 élèves, et la salle de la pompe à incendie; une pompe , manœuvrée par une compagnie de 20 hommes; une maison d'école de filles, contenant le logement d'une institutrice laïque cl l'école, fréquentée en hiver par 35 élèves ; deux fontaines, deux lavoirs et un abreuvoir; un oratoire dédié à la sainte Vierge , et 92h 28* de pâtures, prés, bois et murgers, d'un rev. cadast. de H 29 fr.
Bois communaux : 83h 12" ; coupe annuelle, 2h Sla.
Budget : recettes ord. 2760 fr.; dépenses ord. 2C79 fr.
NOTICE HISTORIQUE
C'est par le tracé des routes, qu'en colonisant un pays , Rome avait coutume de commencer, afin de faciliter d'un côté la marche de9 armées , et de l'autre, le développement du commerce. Strabon nous apprend qu'Agrippa, gendre d'Auguste, fit de Lyon le point de départ de quatre grands chemins militaires, dont l'un aboutissait au Rhin. Les historiens ne s'accordent pas sur la direction de celle voie. Tous admettent qu'elle traversait Besançon; mais les uns la font suivre le premier plateau du Jura, tandis que d'autres la font passer par Chalon-sur-Saône. Je me range d'autant plus volontiers à cette dernière opinion , que cette ligne , qui était de premier ordre, est la seule indiquée sur les tables Théodosienne&. De Chalon-sur-Saône a Besançon, elle traversait deux importantes bourgades, d'origine celtique, qui devinrent des colonies romaines, Dittatium ou Dittation, signalée par le géographe Ptolémée, et Crusinie, dont le nom apparaît pour la première fois sur la table Théodosienne.
L'emplacement de ces villes fait l'objet des plus vives controverses.
N'attachant pas une importance excessive aux mesures indiquées par Ptolémée et par la carte de Peutinger, je reste persuadé que la ville de Dole occupe la place de Dittatium* et que la ville détruite de Crusinie était dans la vallée de l'Ame, au lieu que nous avons indiqué à l'article Gendrey.
En effet, dans sa nomenclature, Ptolémée nomme en parlant de l'occident , Cabyllinum , Dittatium et Vesuntium. Il faut donc chercher Dittatium entre Chalon et Besançon, et ne pas s'éloigner du grand chemin, car les villes devaient toujours se trouver à portée des grandes voies de communication. Dans cette direction , Dole est la seule ville qui ait pu succéder à Dittatium. Elle seule offre des vestiges d'un amphithéâtre, d'un forum, d'un aqueduc monumental, d'un champ de Mars, etc., et d'une suprématie non interrompue sur le pays d'Amaous. Les Romains exécutèrent de grands travaux , pour protéger à la fois te cours du Doubs, le grand chemin qui longeait cette rivière et les colonies ou les bourgades établies sur le bord de cette route. Une tour d'exploration fut bâtie sur le mont de la Châtelaine, à Lavans, pour surveiller les vallées du Doubs et de l'Ame. Elle correspondait avec celle de Rochefort, et eette dernière avec le camp établi sur la montagne de Plumont, au-dessus de Dole. Un vaste camp fut construit à Lavans , sur le Mont-Terrible. Il avait la forme d'un carré parfait , partagé dans sa longueur par la voie romaine. H n'était retranché que sur une de ses faces ; sur toutes les autres il n'avait pour défense que la nature même du terrain. Au nord et à l'ouest, la colline, au sommet de laquelle il était assis , tombe tout à coup dans la plaine , où il existait autrefois ua
marais vaste et profond , qui venait verser le trop-plein de ses eaux dans le Doubs , au lieu même où est aujourd'hui la forge du Moulin-Rouge.
On a tiré de ce marais , à diverses époques , un grand nombre d'armes et d'ustensiles romains, tels que cimeterres , fers de lances , fers de chevaux, etc. Le flanc tourné vers le midi, était uniquement protégé par le versant rapide d'un terrain parsemé de rochers , dont les racines allaient mourir dans la rivière du Doubs , qui dès-lors a reporté son cours plus près de la forêt de Chaux. 1 Le camp n'avait donc qu'un seul retranchement en terre , défendu par un fossé; ce retranchement, presque tout entier, s'étend du nord au midi , s'appuyant d'un côté sur les marais de Lavaus, de l'autre, après avoir décrit une courbe légère, sur le point que le Doubs baignait jadis. Dans la partie nord, aujourd'hui couverte de bois, le rempart romain est resté vierge et montre constamment cinq mètres de hauteur sur vingt-six de largeur. Nous croyons que cet ouvrage appartient au u*ou au me siècle, et qu'il eut pour but d'opposer une digue aux invasions germaniques. L'apparition des Barbares était aussi subite que formidable, et comme toute la contrée environnant Lavans était en majeure partie couverte d'impénétrables forêts, il était aussi difficile aux Romains de prévoir que de prévenir l'attaque de l'ennemi. Quant à la voie militaire qui traversait le camp, appelée aujourd'hui le Vieux chemin ou \a Levée, elle était à deux cents pas de la route actuelle, c'est-à-dire au sommet de la colline qui sépare le bassin de Lavans de la vallée qu'arrose le Doubs. Ses vestiges en sont encore très reconnaissables , malgré les dégradations commises journellement par les ha-
bitants, pour extraire le mastic, dont ils font d'excellents pavages. Sa largeur est partout de 8 mètres. Un chàteau-fort fut bâti à Lavans sur un cône avancé, pour appuyer le camp.
Il se composait d'une haute tour carrée, flanquée de deux ou trois tours rondes, que cernait une enceinte crénelée formée par une épaisse muraille en moellons , disposée en quadrilatère et défendue par un large et profond fossé creusé da us le roc vif. C'est sur celte muraille, dont le ciment est si fort, qu'on brise les pierres qu'il réunit sans pouvoir les séparer, que sont établies les constructions modernes qui couvrent un de ses côtés. Un pontlevis et des mâchicoulis furent ajoutés au xiii* siècle au castel romain.
On remarque de Pautre côté du Doubs , en face du camp et près de l'ancien prieuré de Montjeu, une éminence artificielle, sur laquelle était une tour ou une tète de pont fortifiée , qui faisait face au camp.
Le camp de Lavans, qui renfermait un espace de 80 hectares, pouvait facilement contenir deux légions, c'est-à-dire 8400 hommes et 600 chevaux. Son occupation parait avoir été vivement disputée, car on a découvert, en 1819, au pied même de la colline, et près de l'ancien lit du Doubs , une grande quantité d'ossements d'hommes et de chevaux. Le terrain qui longe le Doubs , de loutre côté du camp, est appelé la Plaine de Lune , et passe pour un ancien champ de bataille.
Il y avait sur les confins de la Germanie supérieure et de la Rhétic, un camp qui s'appelait aussi ad Lunam .
A la fin de Ringe, à la fontaine oVAthe , près de Lavans , on trouve beaucoup de débris de constructions romaines. Les ouvriers occupés aux travaux du chemin de fer de Dole à
Besançon, découvrirent en 1855, sur l'ancienne voie romaine, des ustensiles de cuisine mêlés à plusieurs monnaies impériales, dont il serait important de connaître les types. Il est probable que Montjeu, MonsJovialis , Mont-Joux, fut couronné par un temple dédié à Jupiter, et que la fontaine d'Aihe fut aussi consacrée a ce dieu on à sa fille AU. Malgré les précieux restes d'antiquités découverts à La vans, le nom de ce village ne commence à figurer dans les chartes qu'en il 30.
Seigneurie. La seigneurie de Lavans dépendait du domaine des corntes souverains de Bourgogne. Elle consistait en cens, et dans la propriété d'une grande partie du territoire.
Les prés étaient loués en argent; les terres étaient cédées en jouissance, moyennant une rente en blé et en argent. Chaque champ était ainsi cultivé de père en fils, sans autre formalité que le paiement de la rente. Cette terre faisait partie de la prévôté d'Orchamps. Le souverain y avait une garenne, appelée le Bois, de Lof lier. Par son testament du mois de mars 1 277 (v. st.), Alix, comtesse palatine de Bourgogne , disposa de ses biens entre ses enfants , se réservant La vans et Ougney, qui dépendaient alors de la châtellenic de Dole, pour acquitter ses dettes, ses legs et ses aumônes. Par un autre testament du mois de novembre 1 278 , cette princesse attribua à Etienne , l'un de ses fils, pour sa vie seulement, s'il n'avait pas d'enfants, et à perpétuité, s'il en laissait , « son chàtel et sa ville de Lavans, Gendrey, Lavanget, etc., et les appendices, les appartenances , les finages , les soignies, les justices, les demenures, les droits , les fiefs des vavasseurs , et toutes les issues, renies, values, droitures, costumes et usages, etc. , »
à charge par Etienne de tenir ces biens, en fief- lige d'Otlon, son frère, comte palatin de Bourgogne.
Etienne, devenu chanoine de Besançon , testa au mois de mai 1298 , et institua pour son héritier universel, son frère Olton. Lavans eut sous les ducs de Bourgogne les mêmes seigneurs que Gendrey. Au moment où Louis XI envahissait la Franche- Comté, en 1477, Marie de Bourgogne, souveraine légitime, était presque sans finances. Ne voulant pas que la solde des troupes qui allaient combattre pour sa cause fut prise sur le paoupresubjet, qui devait d'ailleurs tant souffrir, fit de considérables emprunts ; elle aliéna une grande partie de son domaine. Les moulins , l'éminage de Dole et les prés de Lavans , amodiés 669 livres, furent engagés à Simon de Quingey, pour 6,952 livres 6 sols estevenants, mais Maximilicn les reUra en 149*.
La haute justice et autres droits seigneuriaux de Lavans, avec quelques pièces de prés au même lieu , furent vendus par Louis XIV, les 30 décembre 1712, 5 janvier et 7 juillet 1713, moyennant 25,692 livres, au sieur Garniron, de Paris, qui remit immédiatement son acquisition à M. Claude Arvisenet, déjà possesseur du fief de mairie de ce village.
Fief de mairie. Il consistait en un château-fort, avec le droit de prendre du bois dans la forêt de Chaux, pour l'entretenir et le réparer, ainsi que pour le chauffage du four banal, dans la banalité du moulin, dans la justice moyenne et basse, et dans le droit d'exiger certaines prestations en nature et en argent. Il appartenait, dans l'origine , a une famille noble de nom et d'armes. Perrenot de Lavans reçut, le 16 mai 1336, de Thiébaud , sire de Blamont, la commission de se trouver à Salins, et
« de mettre ordre à faire bonne garde, et retirer ce qui était au plein pays , à cause des compagnies qui étaient audit comté, et contraindre les nobles au payement de leur taxe imposée pour raison de ce. » Jean de Lavans vivait en 1595. Ce fief, qui donnait â ses possesseurs le droit de se qualifier de seigneurs de Lavans, se divisa.
Une moitié appartenait en 1537 à Aimé de Balay, 11e du nom, baron de Longwy, etc., marié en premières noces à Véronique de Courcelles, dont il eut Jeanne de Balay, qui épousa, en 1574, Jean d'Andelot, seigneur de Gromary , de Cbassey , etc., auquel elle porta ses droits sur Lavans en dot. Ces biens furent recueillis par une fille, née de celte union , laquelle épousa Claude Béreur, conseiller-d'état au gouvernement des Pays-Bas. Marguerite, fille de Claude Béreur, IIe du nom , et de Jeanne Poutbier de Saône, s'allia, le 3 juillet 1655, à Claude Arviscnet, distributeur à l'université de Dole, reçu dans la chambre de la nol desse en 1654. Ferdinand d'Arvisonet, le plus jeune de leurs fils, eut le fief de Lavans dans son lot.
11 devint président de la chambre des comptes de Dole, et épousa Antoine, fille d'Antoine Jacques de Nans, écuyer, et d'Anne-Claude Mayrot. De ce mariage naquirent deux filles.
Gabrielle, l'aînée, eut la terre de Lavans, et s'allia, en 1728, à Philippe- Joseph, comte d'Eslernoz. Leur fille, Jeanne- Ferdinande , la porta en dot à Louis-Euclier-Ermenfroy de Broissia , dont la fille épousa M. le comte Jean de Jouffroy-Gonsans , baron du Pin. Mlle de Jouflroy la porta à son tour en dot à M. Louis- Théodore , comte de Crécy, capitaine au régiment de hussards d'Esterharzy. M. le comte Raoul de Crécy, marié à Mlle de Courti vron , est le possesseur ac-
tuel du château et du domaine de Lavans. L'autre moitié du château et de la mairie héréditaire de Lavans , appartenait en 1654 , à Désiré Clément. Les biens de cette dame ayant été mis en décret, furent acquis cette même année , par noble Daniel Privey. Anne-Thérèse Privey, dame d'Auxange et de Lavans , fille de cet acquéreur, et de Suzanne de Lirola, épousa, le 8 septembre 1660, Alexandre- Ignace de Santans, seigneur de Montagny. Claude-Françoise de Santans, née de cette union, s'allia à François- Bernard d'Espiard, de Saux , président à mortier au parlement de Besançon , et en eut une fille, qui porta les propriétés de sa famille dans la maison des Terrier, â charge de relever le nom et les armes de Santans.
Château. Le château de Lavans est déjà mentionné dans le testament de la comtesse de Bourgogne, Alix, de l'an 1378. Il est silué à l'extrémité nord-ouest du village , qu'il domine. Le donjon et deux des tours remontent à l'époque romaine. La porte avec ses machin coulis, bâtie au xiuc siècle, est parfaitement conservée, ainsi que le puits , d'une forme remarquable , qui est creusé dans le roc vif. Plusieurs constructions modernes ont élé ajoutées successivement. Ce château, propriété de M. le comte do Crécy, est entouré d'un beau parc.
En remuant le sol , on reconnaît de nombreuses traces d'incendies qui , à diverses époques , détériorèrent les bâtiments. Jean d'Andelot , seigneur de Cromary, faisait sa résidence ordinaire dans ce caslel et y donna asile, en 1588, à Louis Gollut, auteur des Mémoires historiques de la république séquanaise , et à sa famille, pendant que la peste sévissait à Dole.
uo —
Fief de Châtenois. Huguenin, dit le Roux, de Châtenois, chevalier, fils de Guy, avait un fief à Lavans.
En 1275, il vendit à Jean de Chalon- Àuxerre 1er, le meix sur lequel était sa maison-forte avec les fossés qui étaient à l'cntour.
Privilèges. Il est très probable que Lavans reçut une charte de franchises des souverains de Bourgogne , mais on ne la connaît pas.
On sait seulement que cette communauté, autrefois qualifiée de ville, était administrée, au xiv° siècle, par deux prud'hommes et des échevins.
Les habitants avaient le droit de prendre du bois mort dans la forêt de Chaux, pour leur chauffage et du bois vif pour leurs constructions. Ils pouvaient aussi ramasser du bois mort dans la forêt de Lahayer , qui était une garenne des comtes de Bourgogne, et d'y mener pattre leur bétail sans payer aucune redevance.
Ces droits furent souvent contestés par les forestiers, mais ils furent reconnus par une sentence de Pierre de Choiscy, chevalier, gruyer du comté de Bourgogne, en 1593; par Philippe-le-Bon , le h février 1454; par deux sentences de Jean do Moy~ rans, lieutenant-général au bailliage de Dole et de Claude de Plaine, écuyer, sieur de Foucherans, gruyer du comté, le 5 avril 150».
Prieuré de M ont jeu. Bernard de Menthon , mort en Tan 1008 , avait fondé dans le Valais, sur une montagne appelée Montjoux, Monsjovialis , à la place qu'occupaient les ruines d'un temple de Jupiter, un hospice , et une chapelle dédiée à Notre-Dame. Cet établissement devint le chef-d'ordre d'une communauté religieuse, que les libéralités des souverains ne tardèrent pas à enrichir. Un comte de Bourgogne , probablement Rainaud III , donna à
cette maison un domaine appelé Saint-Pharéal, à Salins, et un autre à Lavans. Des frères convers furent envoyés pour faire valoir ces domaines , et y fonder des prieurés.
Celui de Lavans existait déjà au xne siècle. L'auteur de la vie de saint Claude, transcrite vers Tan 1234, dans un Antiphonaire de l'abbaye de Saint-Oyan, rapporte deux miracles arrivés dans le prieuré de Montjeu , domus montis jovialis , apud Esclens , par l'intercession de saint Claude , pendant que ses reliques séjournaient à Arbois (1181-1182).
On voit dans la légende, qu'à cette époque , il y avait à Montjeu une converse du nom de Pétronille, chargée de préparer la nourriture des religieux et des frères qui cultivaient la terre de leurs propres mains. Au xvi6 siècle , différents traités intervinrent , par lesquels l'hospice du Mont-Joux céda à l'abbaye de Goailles , la jouissance de ses biens de Salins et de Lavans , moyennant un cens. Dès ce moment, l'un des chanoines de Goailles se qualifia de prieur de Monfjeux. Alexandre Thérusset était prieur en 1618.
M. Vaudry de Saizenay avait la même qualité de 1766 à 1772. Il eut pour successeur Jean-Jacques Vauldry du Crozay, son neveu, qui jouit de ce bénéfice jusqu'au moment de la révolution de 1789.
Vêlai ecclésiastique de France , en 1784, fait figurer le prieuré de Montjeu parmi les monastères de nomination royale. La chapelle était dédiée à Notre-Dame-des-Anges , appelée plus tard Notre-Dame-de- Goailles. Elle renfermait une statue miraculeuse de la Vierge qui , au moyen-âge, était le but d'un grand pèlerinage ; elle avait été transportée, au xvie siècle , dans la chapelle de l'Hermitage. La maison
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prieurale, bâtie en amphithéâtre sur la rive gauche du Doubs et au bord de la forêt de Chaux , occupait une charmante position. Elle se composait d'une cuisine, d'une salle à manger, de deux chambres à feu et d'un quartier au premier étage. Un jardin , un verger et 23 journaux de terre en dépendaient. Cette propriété fut vendue nationalement , le 30 mars 1791, à Claude -Louis Chapuis, et appartient depuis de longues années, par acquisition, à M. César- Auguste-Pierre-Marie Courly, beaufrère de M. le marquis de Laplace et fils de M. Jean-Baptiste- Joseph Courty , ancien seigneur de Ro mange. Ce propriétaire en a fait le centre d'un beau domaine.
II ermitage de Montjeu. A peu de distance du prieuré, s'était formé au xvne siècle, un hermitage habité par deux ou trois ermites de la congrégation de Saint- Jean -Baptiste, qui instruisaient les enfants du voisinage. Le 10 avril 1680, lachambre des comptes de Dole leur céda une place près de leur maison , à charge d'y planter des noyers, dont les fruits seraient employés à faire de l'huile pour entretenir jour et nuit des lampes allumées dans leur chapelle, devant l'image miraculeuse de Noire- Dame, et à condition que les ermites feraient célébrer annuellement trois messes, les jours de fêtes de saint Louis, des Anges et pendant l'octave de la Toussaint, « pour obtenir du ciel qu'il conserve en santé et prospérité la sacrée personne de sa Majesté, toute la maison royale et leurs successeurs. » L'hermilage et la chapelle ont été vendus nationalement, en 1793, à M. Boichoz,de Gendrey.
La chapelle, dans laquelle on célébrait douze messe par an , a été démolie ; le bâtiment d'habitation appartient actuellement à M. Bey, d'Orchamps.
Eglise. L'église de La vans, dédiée à saint Didier, dont on célèbre la fête le 23 mai, est orientée et se compose d'un clocher , d'une nef, de deux chapelles, d'un chœur rectangulaire et d'une sacristie. Le chœur semble avoir été la chapelle castrale ; il est voûté , plus étroit que la nef, et décoré de colonnes , sur lesquelles s'élèvent les arcs et nervures de la voûte. Il date du xive siècle. Sa façade postérieure présente trois jolies fenêtres, qu'on a eu le tort de fermer avec de la maçonnerie, et un œil-de-bœuf. Les chapelles sont de chaque côté de la naissance du chœur, voûtées à arêtes et décorées de nervures. L'une d'elles , dédiée à saint Louis , était à la nomination des seigneurs de Lavans ; l'autre, dédiée à saint Nicolas, était à la nomination du curé.
Dans la chapelle seigneuriale, se trouvent les tombes de Marie-Thérèse Terrier de Mailley, bienfaitrice de l'église, née en 16ft3, et morte en 1 709, et celle de Marie Délyot, dame en partie de Longwy, du château de Lavans, d'Auxange, épouse de messire de Frachy, seigneur d'Hôtelans.
L'église est pavée d'un grand nombre de pierres tombales. Conlre son côté sud, on remarque une sculpture en haut relief du xiv° siècle , représentant une descente de croix.
Le clocher est couronné par un dôme couvert en ardoises.
Evénements divers. Voir l'article Orchamps. L'histoire des brigands du Moulin - Rouge , racontée par M. de Jouy, dans son Ermite en province, et reproduite dans la Statistique de M. Marquiset , est une pure fable; le cabaret où se passait la scène ne fut pas rasé en 1604 et remplacé par un moulin, puisque le moulin existait déjà en 1530.
Bibliographie. Statistique del'ar-
rondissement de Dole, par M. Marquiset. — Annuaire du Jura , année 1843. — Archives du château de Lavans, dont nous devons la communication à l'obligeance de M. le comte de Crécy.
La > n on- lez-Salat- Claude, £o-
vancum, levant, L'Avenir Lavanslez-Louvières, vg. de Pair., ducant.
et du bur. de poste de Saint-Claude, percepl. de Saint-Lupicin ; suceur- Baie ; à 9 kil. de Saint-Claude et 46 de Lons-le-Saunier.
Altitude : 372ro.
Le territoire est limité par le Petit-V illard, Saint-Lupicin , Saint- Romain de-Roche, Marigna, Chassai, Cbevry, Saint -Claude et Pra. Le pont du Lizon, Brives d'Aval, Brives d'Amont , le moulin du Lizon , le moulin du Monnet, Champ-André, la Pralz, la Ragea, sur le Gy, la scie à eau, les granges Audonnet, Jean Maire , et du Pertuis Louvret, font partie de la commune.
Il est traversé par 1rs routes dép.
n° 4, de Lons-le-Saunier à Genève ; n° 1 8, de Clairvaux à Saint-Claude, et par les chemins vicinaux tirant à Saint-Claude, à Saint-Lupicin, au Patay, à Moiinges , à Saint- Romain et de Ponlhoux au pont du Lizon ; par la Bienne , le ruissseau du Lijson, les biefs de Turey et de la fontaine Gacon.
Le village est situé sur la rive droite de la Bienne , au milieu d'un étroit bassin entouré de montagnes.
Les maisons sont groupées , construites en pierre, couvertes en bardeaux et élevéesd'un étage au-dessus du rez-de-chaussée. Un balcon règne généralement sur la longueur de chaque maison.
Pop. en 4846, 670 hab. ; en 1851 , 648 , dont 550 liom. et 295 fem.; pop. specif. par kil. carré ,
55 hab.; 140 maisons, savoir : à Lavans 101, au Pont du Lizon 9, à Brives 6 , à la Pratz 6 , au Champ- André 7 cl à la Ragea 1 1 ; 148 ménages.
Les plus anciens registres de l'état civil datent de 1793. Les habitants émigrent pendant l'été, pour être terrassiers dans l'intérieur de la France et en Suisse ; d'autres vont pendant l'hiver peigner le chanvre, dans les départements du Doubs, de la Haute-Saône et dans les plaines du Jura.
Les filles émigrent pour être ouvrières en soie à Lyon.
Cadastre exécuté en 1812; surf, territ., 1156h6la, divisés en 3085 parcelles que possèdent 362 propriétaires, dont 135 forains; surf, imp. , 1122h, savoir: 557 en pâtures, 333 en terres lab., 184 en bois-sapins, 169 en bois-taillis, 62 en prés, 8 en vergers, 5 en jardins, et le surplus en sol de bâtiments , d'un rev. cad. de 5032 fr.
Le sol , montagneux et peu fertile, produit du blé, du seigle, de l'avoine, du mais, des pommes de terre, beaucoup de fruits et d'excellente qualité, un peu de vin rouge très médiocre, du foin , peu d'orge, de légumes secs et de fourrages artificiels. On importe le tiers des céréales et presque tout le vin. Le revenu réel des propriétés est de 5 pour cent.
On élève dans la commune des bêtes à cornes et on y engraisse des porcs. 24 ruches d'abeilles.
On trouve sur le territoire des carrières de bonne pierre à bâtir et de taille , de couleur grise et jaune ; cett«î pierre est susceptible de recevoir le poli et est souvent employée pour cheminées et devantures de boutiques, exportées à Saint- Claude.
Il y a deux chalets : dans l'un on fabrique 13,000 kil. de fromage, façon Gruyère, et dans l'autre 1500 kil. de fromage gris, façon Septmoncel; une scierie à ean à une lame ; h auberges, 2 Yoiluriers, 2 maçons , Il tourneurs sur bois et â marchands de fromages.
Les habitants fréquentent habituellement les marchés de Saint- Claude , Moirans et Orgelet. Us se livrent a l'industrie du tour ; les uns font des manches de parapluies, des pipes en bois , des tabatières , d'autres font des chapelets, ou s'occupent de lapidairerie.
Biens communaux : une église, un cimetière au nord -ouest et en dehors du village, un presbytère très convenable, au nord de l'église ; une maison commune, contenant la mairie , une salle de pompe à incendie, le logement de l'instituteur, la salle d'éludé des garçons , fréquentée en hiver par 50 élèves ; un châlet, contenant la fromagerie au rez-dechaussée et au premier étage , le logement d'une institutrice avec la salle d'étude des filles, fréquentée en hiver par 55 élèves ; quatre fontaines avec lavoirs et abreuvoirs; un oratoire très ancien , dédié à saint Jean -Baptiste; trois fontaines avec abreuvoirs, dispersées dans les communaux, pour l'usage du bétail ; une pompe à incendie , manœuvrée par une compagnie de 50 pompiers , et 396h 04* de bois-sapins , bois-taillis et pâtures , d'un revenu cadast. de 1608 fr.
Bois communaux : 130h de boistaillis; coupe ann., 3U 90a; 100h 50»
de bois-sapins ; coupe ann., 100 sapins ou 50 stères.
Budget : recettes ord., 3043 fr.; dép. ord., 288fr fr.
Bureau de bienfaisance : recette ord., 8» fr.
NOTICE HISTORIQUE
Lavans est bâti en amphithéâtre sur une éminence qui domine les pittoresques vallées de la Bienne et du Lizon, non loin du lieu où ces deux rivières unissent leurs ondes.
Son horizon est circonscrit de toutes parts par une ceinture de montagnes.
Placé à proximité des villes ou des bourgades celtiques d'Héria, de Lauconne, de Condat, de Jeurre, d'Epercy, deCondes, deMauriana, de Fontoux, ce village a conservé des traces non équivoques de son origine gauloise. Différentes voies , partant de Clairvaux , d'Orgelet , d'Héria , traversaient son territoire et venaient aboutir à un pont jeté sur la Bienne, pour se diriger ensuite à Gex, à Genève, à Nyon, à Isernore, à Châtillon-de-Michaille et à Dortans. Ce pont, appelé le Pont du Diable, passait, dans l'opinion populaire, pour avoir été construit en une seule nuit. Des habitations se groupèrent à ses deux extrémités et formèrent un village qui reçut le nom de Briva, BriveSy mot celtique, signifiant pont, l'rès de là, s'avançait dans la rivière, un rocher ou pierre sainte , qui a conservé la dénomination de pierre quivire. Après que les soldats égyptiens et les vétérans, envoyés par Auguste , eurent colonisé la vallée d'Héria, les bords de la Bienne et de l'Ain reçurent une vie toute nouvelle. Les ports de Jeurre, d'Epercy, de Condes, devinrent des centres commerciaux importants. Lavans, considéré comme léte de pont , prit la physionomie d'une petite ville romaine. On la distingua en deux quartiers, appelés , l'un le castrum , ou Bourg Dessus, el l'autre la ville, t?i'//a. Le castrum fut entouré de murailles et fermé par des portes correspondant aux chemins qui le traversaient.
Un castel , castellum , couronna la pointe du Mo lard du Chàtillon.
Un temple, dédié à Jupiter, fut bâti au sommet de la roche Juhan , rupellum Joannis, ou Jovis. Une station postale, établie près du pont de la Bienne, sur la route de Condat et de Genève, donna naissance au village d'Etable , adstabulos. La famille patricienne de Veranus, fixée dans la colonie d'Antre, éleva une maison de plaisance entre celte cité et Lavans , dans le lieu appelé aujourd'hui le château Vcrain. La route que suivaient les habitants, pour se rendre aux marchés du voisinage, porte encore le nom de chemin du Maceret , mot dérivé de Macellarium, marché. Les dénominations de Lavis , de Forlena , de Lida, de forêt du Noir-Buisson, d'Entre Mury de JVau de Pontoux , de ChampThoran, rappellent toutes des souvenirs des époques celtique ou gallo-romaine. Lavans subit probablement le même sort que les villes voisines , lors de l'invasion des Barbares au ive siècle, mais il dut rester peu de temps enseveli sous ses ruines. La fondation des monastères de Condat, de Lauconne , de Saint- Romain-de-Roclic , dans la vallée de la Bienne, au v6 siècle, rallia sur ce point les indigènes dispersés dans les forêts , et attira bientôt de nouveaux colons , heureux d'avoir pour maîtres des cénobites parlant la même langue qu'eux. Beaucoup de Bourguignons préférèrent aussi devenir des serfs ecclésiastiques, plutôt que d'obéir à de turbulents guerriers. Les villages de Saint-Lupicin (Lauconna), Pontoux (Pantum), Molingcs , Dortans , étaient déjà rebâtis au ixe siècle , et figurent dans un diplôme du roi Lothaire, de l'an 855 , parmi les possessions de l'abbaye de Saint -Oyan. Ce diplôme
mentionne un lieu du nom de Laris.
Une partie du territoire de Lavans porte cette dénomination. Lothaire a-t-il voulu parler de Lavans ou de la Rixouse ? c'est ce qu'il n'est pas facile de décider. Du reste, cette question a peu d'importance, car si Lavans n'est pas le Laris du titre de 855, il est implicitement compris sous la désignation générale de Lauconne , dont il ne fut tout à fait séparé que par un traité de délimitation du 29 août 1657. Girard de Pra se permit, en 1412, de disposer de la montagne d'Annuel (territoire de Lavans), en faveur de Pierre Nithier desCrozets. Pierre de la Baume, abbé commendataire de Saint - Claude , dont Girard était le prévôt , fut vivement irrité de cet abus de pouvoir.
Il s'empressa d'annuler un don fait a son insu , quoiqu'en son nom , et concéda le même terrain à perpétuité, aux habitants de Saint-Lupicin, avec pouvoir de le partager entre eux , et de le convertir en terre ou en prés , sans lui payer aucune rétribution , si ce n'est une somme de 8 fr. à lui, et U fr. à ses domestiques, comme un témoignage de reconnaissance (lit 12). On serait tenté de croire que Lavans fut de nouveau fortifié au moyen-âge; les dénominations de Bourg - Dessus , d'£n(re- Mur, de Chauffaux, qu'on rencontre dans différents actes du xv* siècle , le feraient du moins facilement supposer.
Seigneurie. Ce village dépendait en toute justice de la partie de la terre de Saint - Claude , dite la Grande- Cellererie , propriété de l'abbé. Les sujets et le territoire étaient mainmortables. L'abbé Pierre Morelli, II* du nom , que Dunod a omis de faire figurer dans sa liste des abbés de Saint-Claude , commença par affranchir Pierre Boclard et Claudine, sa
sœur, en 1487. Son exemple fui imité par ses successeurs. Pierre Favier, en 4884, Michel Crestin, acquéreur des biens de Michel Maillât, en 1588, la famille Vincent, la même année, François et Pierre Dunod, frères , filsde Guillaume, le 23 juillet 1 627 , obtinrent la même faveur, et tous prirent bientôt un rang distingué dans la bourgeoisie de Saint-Claude.
Les différents actes d'affranchissement que nous venons de rappeler, sont conçus à peu près dans les mêmes termes. Les personnes qui sollicitaient l'avantage de sortir de la servitude, déclaraient abandonner à l'abbé tous leurs immeubles maininortables, et les deux tiers de leurs meubles. A ce prix , l'abbé les affranchissait de la main-morte, les dispensait de toutes tailles personnelles , et leur accordait les mêmes privilèges et exemptions que ceux dont jouissaient les bourgeois de Saint-Claude et de Moirans. Par le même acte, il leur accensait leur maison de résidence avec le jardin environnant, moyennant un faible cens, et leur rendait leurs autres immeubles, à condition que ces derniers biens continueraient de rester soumis à la main -morte et à leurs charges anciennes. Quant aux deux tiers des meubles , il les revendait , moyennant un prix une fois payé.
En réalité, il n'y avait d'affranchis que l'individu désigné dans Pacte sa postérité et sa maison. Le prieur de Saint- Komain- de-Roche avait à Lavans plusieurs fonds qui dépendaient de sa directe, et une maison au Bourg-Dessus. Il en était de même des possesseurs du fief du Chàlillonnais.
Prévôté. Ce village dépendait de la prévôté de la tour de Saint-Lupicin. La famille de Charnagc, qui possédait ce fief, y avait une maison,
appelée le château Lallemand, dans laquelle on remarque encore quelques fenêtres ornées de moulures , dans le goût du xvie siècle. Une autre maison féodale existait près du pont du Lizon et appartenait en 14 10, à Pierre de Lizon , sergent de la prévôté.
Eglise. Lavans fit partie, jusqu'en 1789, de la paroisse de Saint- Lupicin. Son ancienne chapelle, érigée en succursale en 1802, fut alors considérablement agrandie. L'église actuelle se compose d'une nef, de deux chapelles, d'un sanctuaire, d'une sacristie à droite du chœur et d'un clocher à gauche. Sa voûte à arêtes est ornée d'arcs-doubleaux.
Le chœur est semi-circulaire intérieurement, et semi - octogonal à l'extérieur. Le clocher est couronné par un dôme.
Biographie. Ce village est le berceau de la famille Dunod. Daniel Dunod, notaire à Lavans, eut de Salomé de Charnage , son épouse , Jean-François Dunod , qui devint notaire à Saint-Claude et mourut en 1713, laissant sa fortune à François- Ignace Dunod, avocat et professeur à l'université de Besançon , l'un des meilleurs historiens de notre province. Louis de Bourbon, prince du sang et abbé de Saint-Claude, anoblit cet illustre magistrat, le 1er avril 1754. Lavans est encore la patrie de Benjamin Crestin, chef de bataillon en retraite, né en 1795; de Valentin Lançon, né en 1774 , sous-officier décoré, qui obtint un fusil d'honneur pour une action d'éclat à la bataille de Marengo , et de plusieurs ecclésiastiques encore vivants.
Bibliographie. Archives de la préfecture du Jura. — Annuaires du Jura, années 1848 et 1849.